Québec science, 1 janvier 2020, Juillet-Août 2020, Vol.59, No. 1
[" QUEBEC SCIENCE JUILLET-AOÛT 2020 ZOOM SUR NOS MICROBES EN ORBITE LE RETOUR INATTENDU DU DIRIGEABLE Nombres fascinants Quels sont les secrets des nombres qui gouvernent nos vies ?4 PAGES DE JEUX Québec.ca/coronavirus 1 877 644-4545 On lâche pas.On continue de se protéger.Gardez vos distances Lavez vos mains Toussez dans votre coude 03_05_E?DITO_MOTS_CROISE?S_2020 JUILLET-AOUT_07/08.indd 2 20-06-19 10:03 JUILLET-AOÛT 2020 | QUÉBEC SCIENCE 3 SOMMAIRE 4 Éditorial Par Marie Lambert-Chan | 5 Mots croisés | 11 Technopop Par Chloé Freslon | 12 Polémique Par Jean-François Cliche | 46 Culture Par Émilie Folie-Boivin | 49 Anthropocène Par Jean-Patrick Toussaint | 50 Rétroviseur Par Saturnome I L L U S T R A T I O N D E L A C O U V E R T U R E : N A T A C H A V I N C E N T \u2022 I M A G E S : S H U T T E R S T O C K .C O M QUÉBEC SCIENCE JUILLET-AOÛT 2020 36 6 10 EN COUVERTURE 17 Les nombres et leurs secrets Pourquoi les nombres parfaits demeurent-ils si mystérieux ?Trouvera-t-on un jour la clé de l\u2019énigme des nombres premiers ?Pourquoi le nombre 42 suscite-t-il autant d\u2019intérêt ?Découvrez les réponses dans notre dossier estival.Puis, activez vos neurones avec notre sélection de jeux, d\u2019équations et d\u2019énigmes ! REPORTAGES 32 L\u2019ennui est-il béné?que ?L\u2019humain a horreur de l\u2019ennui.Or, ce sentiment de vide et d\u2019insatisfaction nous a drôlement rattrapés ces derniers temps.Peut-être n\u2019est-ce pas une si mauvaise chose, nous disent les chercheurs.36 Mille milliards d\u2019amies dans la SSI On demande souvent aux astronautes de la Station spatiale internationale (SSI) ce qu\u2019ils mangent ou comment ils font pour dormir.La bonne question serait plutôt : qu\u2019est-ce que ça sent ?41 Le retour du dirigeable En 2019, Québec investissait des millions de dollars dans l\u2019entreprise peu connue Flying Whales, qui fabrique des dirigeables.Est-ce le retour en force d\u2019une technologie déchue ou un mirage de science-iction ?SUR LE VIF 6 LE CABINET DES CURIOSITÉS Plus que jamais, le bois donne des rêves de grandeur aux concepteurs de gratte-ciels.8 TROUVER L\u2019AIGUILLE DANS LA BOTTE DE FOIN La chasse est lancée : trouver les anticorps qui neutraliseront le coronavirus, avant même de disposer d\u2019un vaccin.10 S\u2019INSPIRER DES CHAUVES-SOURIS Elles ont la capacité de coexister avec des virus qui font du tort aux humains.Quel est leur secret ?11 LES ÉMIRATS ARABES UNIS EN ROUTE VERS MARS Le 15 juillet, la sonde émirienne Hope décollera vers la planète rouge.Une première ! 14 COVID-19 : UNE LAISSE NUMÉRIQUE POUR SUIVRE LE VIRUS À LA TRACE Des États prennent de grands moyens technologiques pour stopper la pandémie.Une traque qui soulève bien des questions.Après 2 000 ans, on ne dispose toujours pas de formules simples pour révéler tous les nombres premiers ! 32 03_05_E?DITO_MOTS_CROISE?S_2020 JUILLET-AOUT_07/08.indd 3 20-06-22 13:24 4 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2020 MARIE LAMBERT-CHAN @MLambertChan Éditorial Les boucs émissaires Adulés au début de la crise, des scienti?ques sont désormais conspués par une partie du public.Un jeu dangereux où nous sommes tous perdants.I l y a quelques mois, on les a érigés en héros.Ici, Horacio Arruda.Aux États-Unis, Anthony Fauci.En Allemagne, Christian Drosten.En Italie, Massimo Galli.En Grèce, Sotirios Tsiodras.Ces experts en santé publique, en maladies infectieuses, en épidémiologie ou en virologie incarnaient la voix de la raison alors que notre monde partait en vrille.Mais depuis, la lune de miel a tourné au vinaigre.Le nouveau coronavirus s\u2019est révélé une bête sacrément complexe.Impossible de fournir des réponses dé?nitives au public en manque de certitudes.Tout un chacun s\u2019est approprié les résultats de la recherche, les déformant au gré de ses convictions, de ses frustrations et de ses biais.Les mesures sanitaires sont devenues des objets de contentieux, alimentant les débats partisans et les théories du complot.Les héros sont devenus des « zéros ».Ils personni?ent tous les écueils et les échecs de la crise.Si certains de leurs détracteurs ont formulé des critiques raisonnables et justi?ées, d\u2019autres ont choisi de vomir leur courroux sur les réseaux sociaux.Une af?che comparant le virologiste Christian Drosten au médecin nazi Josef Mengele a circulé pendant un temps.La hargne est telle que certains vont jusqu\u2019aux menaces de mort.Et des élus ne se gênent pas pour en rajouter.« Si la science était erronée, il n\u2019est pas étonnant que les conseils que nous avons donnés l\u2019aient été également », s\u2019est dédouanée Thérèse Coffey, secrétaire d\u2019État au Travail et aux Retraites au sein du gouvernement de Boris Johnson, très critiqué pour sa gestion de la pandémie.Ce changement de ton est inquiétant.Tout comme la recherche de coupables, phénomène typique des épidémies.Dans ce cas-ci, la communauté asiatique a d\u2019abord été ciblée.Et la même chose semble se produire avec les scienti?ques.Pourtant, depuis janvier, ils n\u2019ont pas dévié de leurs objectifs : comprendre le virus, trouver des traitements, mettre au point un vaccin, prévenir le plus de décès possible.Mais la perception de leur travail, elle, a diamétralement changé.Des chercheurs de la London School of Economics and Political Science ont voulu véri?er l\u2019effet à long terme d\u2019une épidémie sur la con?ance à l\u2019égard de la science.Pour ce faire, ils ont comparé des informations sur toutes les épidémies mondiales depuis 1970 et examiné les résultats de l\u2019enquête de 2018 du Wellcome Global Monitor, qui a sondé plus de 70 000 personnes dans le monde au sujet de la crédibilité qu\u2019elles accordent aux experts.Ils se sont concentrés sur les individus qui ont traversé des épidémies lorsqu\u2019ils étaient âgés de 18 à 25 ans, une période charnière où se cristallisent croyances et valeurs.La bonne nouvelle ?L\u2019exposition à une crise sanitaire n\u2019a eu aucune in?uence sur l\u2019opinion des gens quant à l\u2019idée que la science soit une entreprise collective nécessaire, lit-on dans leur article publié en mai dernier.La mauvaise ?Cela a considérablement réduit la con?ance envers les scienti?ques en tant qu\u2019individus, entre autres pour ce qui est de leur ?abilité et de leur altruisme.Ces impressions ont persisté dans le temps.Le problème n\u2019est donc pas tant la science que les visages qui la représentent.Ainsi, personne ne s\u2019oppose à la recherche de médicaments contre la COVID-19, mais nombre d\u2019internautes remettent en cause la crédibilité des chercheurs qui émettent des doutes sur l\u2019hydroxychloroquine.Sachant cela, comment un expert peut-il parler en public de ses travaux ou formuler des recommandations sur des sujets polarisants sans craindre de devenir un bouc émissaire si le futur lui donne tort ?Comment fait Christian Drosten pour continuer de conseiller le gouvernement et d\u2019animer son balado quotidien malgré les paquets suspects laissés sur le pas de sa porte ?Pour éviter à tout prix que des chercheurs cèdent à l\u2019autocensure, les organisations scienti?ques (universités, centres de recherche, organismes sub- ventionnaires, etc.) doivent leur offrir des formations pour mieux communiquer en temps de crise.De leur côté, les politiciens doivent assumer leurs décisions et cesser d\u2019utiliser les hommes et les femmes de science comme des paratonnerres, en af?rmant qu\u2019ils ne font que « suivre la science ».Leurs décisions demeurent avant tout politiques, même s\u2019ils s\u2019inspirent des avis scienti?ques, qui par ailleurs sont multiples et peuvent se contredire.« De la bonne science ne garantit pas toujours une bonne politique ; de la mauvaise ou même l\u2019absence de science ne conduit pas forcément à une mauvaise politique, signalaient des chercheurs dans un article paru en 2005 dans le Journal of Epidemiology and Community Health.[\u2026] Il faut se rendre compte que la science est nécessaire à la fois pour aider à élaborer les décisions politiques et pour les évaluer.» Il faut aussi se rendre compte que la science ne tombe pas du ciel.Elle est la somme du travail acharné de tous ces scienti?ques qui visent le bien commun et qui devraient être célébrés plutôt que chahutés.03_05_E?DITO_MOTS_CROISE?S_2020 JUILLET-AOUT_07/08.indd 4 20-06-18 11:02 Le magazine Québec Science est imprimé sur du papier certi?é FSC® (Forest Stewardship Council®), donc issu de forêts bien gérées et d\u2019autres sources responsables.C M C A A U D I T E D JUILLET-AOÛT 2020 | QUÉBEC SCIENCE 5 JUILLET-AOÛT 2020 VOLUME 59, NUMÉRO 1 Rédactrice en chef Marie Lambert-Chan Journalistes Marine Corniou, Mélissa Guillemette Journaliste Web et médias sociaux Annie Labrecque Collaborateurs Maxime Bilodeau, Jean-François Cliche, Caroline Chrétien, Paule des Rivières, Émilie Folie-Boivin, Chloé Freslon, Jean-François Gagnon, Anne-Hélène Mai, Saturnome, Jean-Patrick Toussaint Correctrice-réviseure Sophie Cazanave Directrice artistique Natacha Vincent Photographes/illustrateurs François Berger, Louise Bilodeau, Nicole Aline Legault, Dushan Milic, Vigg Éditrice Suzanne Lareau Comptabilité Mimi Bensaid Conseillère, relations de presse et marketing Stéphanie Couillard Vice-présidente marketing et service à la clientèle Josée Monette Publicité Claudine Mailloux 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Impression Solisco Distribution Messageries Dynamiques Parution: 9 juillet 2020 (563e numéro) Abonnement Canada, 1 an : 36 $ + taxes États-Unis, 1 an : 72 $ Outre-mer, 1 an : 112 $ 514 521-8356, poste 504, ou 1 800 567-8356, poste 504 Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2020 \u2013 Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide ?nancière du ministère de l\u2019Économie et de l\u2019Innovation du Québec.Nous reconnaissons l\u2019appui ?nancier du gouvernement du Canada.Mots croisés Abonnez-vous www.quebecscience.qc.ca/ abonnez-vous 514 521-8356, poste 504 1 800 567-8356, poste 504 Un changement d\u2019adresse : changementqs@velo.qc.ca Écrivez-nous courrier@quebecscience.qc.ca Magazine Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (QC) H2J 2J9 Suivez-nous www.quebecscience.qc.ca DES MÉDAILLES D\u2019OR POUR QUÉBEC SCIENCE Aux 43es Prix du magazine canadien, Québec Science a remporté deux médailles d\u2019or.Notre dossier « Plastique : on en a abusé.Maintenant, que fait-on ?» (décembre 2019) a remporté les honneurs dans la catégorie Meilleur dossier thématique.Il est le fruit d\u2019une collaboration entre nos journalistes Mélissa Guillemette et Marine Corniou et notre directrice artistique, Natacha Vincent.Les éditoriaux de notre rédactrice en chef, Marie Lambert-Chan, ont décroché l\u2019or dans la catégorie du meilleur texte d\u2019opinion.En?n, Québec Science a obtenu une mention d\u2019honneur dans la catégorie Meilleur magazine d\u2019intérêt général.Ces marques de reconnaissance nous font chaud au cœur et nous motivent à poursuivre notre mission : livrer à nos ?dèles lecteurs la meilleure information scienti?que qui soit.P R I X D U M AGAZINE CANADIEN 2 0 2 0 2 0 2 0 NA TIO NAL MAGAZINE AWA R D S Médaille d'or LA PANDÉMIE ET VOUS Sur notre page Facebook, vous avez été nombreux à réagir à nos articles sur la pandémie de COVID-19.Voici quelques commentaires reçus.Au sujet de la dernière chronique de Jean-Patrick Toussaint sur les liens entre la destruction des écosystèmes et la transmission de maladies infectieuses : Ce texte m\u2019ébranle pour sa choquante réalité.Il faut tous bouger.Maintenant.Il est impératif de changer le grave scénario qui est à nos portes.Certes, il faut bannir les avocats, l\u2019huile de palme, l\u2019énergie fossile, l\u2019élevage industriel, etc.Mais il faut aussi que les scienti?ques du monde entier se concertent pour guider les politiques, les décideurs, les entrepreneurs et les médias, sans quoi l\u2019échec est inévitable.Je n\u2019arrive pas encore à choisir une simple boîte de thon\u2026 On part de loin.?Louise Laurion Au sujet du carnet de bord du Dr François Marquis, chef de l\u2019unité des soins intensifs de l\u2019hôpital Mai- sonneuve-Rosemont : Depuis le début de la crise de la COVID-19, on a entendu ad nauseam les commentaires sur la lourdeur administrative du ministère de la Santé et des Services sociaux et son inef?cacité chronique.On tend trop souvent à oublier que, même s\u2019il est faillible et imparfait, notre système de santé est porté à bout de bras par des êtres humains dont le dévouement est exemplaire.À la lecture du carnet de bord du Dr Marquis, on prend réellement conscience que la très grande majorité des intervenants du réseau de la santé de première ligne sont véritablement nos anges gardiens.La formule du premier ministre n\u2019est pas trop forte.?Gilles Savard Au sujet de notre reportage sur la modélisation des épidémies : Très intéressant.Convertir des attitudes et des comportements humains en données comptables, c\u2019est plus compliqué que ce que les gérants d\u2019estrade pensent.?Dominique Lapointe On nous a présenté tellement de graphiques et de courbes depuis les dernières semaines.Il y avait de quoi en perdre son latin.Merci pour ce reportage qui m\u2019a permis de mieux comprendre la complexité de cette science.?Manon Éthier 03_05_E?DITO_MOTS_CROISE?S_2020 JUILLET-AOUT_07/08.indd 5 20-06-18 11:02 \u2022 IMAGE : OFFERTE PAR MICHAEL GREEN ARCHITECTURE des curiosités LE CABINET 6 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2020 À Vancouver, Tokyo ou Londres, des planches à dessin sont noircies de plans de gratte-ciels en bois d\u2019ingénierie, un nouveau produit robuste fabriqué en usine à partir d\u2019une ressource vieille comme le monde.Depuis 2017, trois projets ont fait école, dont deux au Canada : les appartements en copropriété Origine, à Québec, et la résidence étudiante Brock Commons, à Vancouver.L\u2019an dernier, la Norvège a battu le record de hauteur avec sa tour Mjøstårnet de 85,4 m.L\u2019édi?cation de grands bâtiments en bois ne date pas d\u2019hier.Les monuments bouddhiques d\u2019Horyu-ji, au Japon, ont été érigés dès le septième siècle.Au Canada, des édi?ces industriels en bois et en brique sont apparus entre 1859 et 1940.Mais le béton et l\u2019acier se sont imposés, propulsés par des prouesses comme la tour Eiffel et l\u2019Empire State Building.Alexander Salenikovich, ingénieur et professeur au Département des sciences du bois et de la forêt à l\u2019Université Laval, souligne un autre point : « Une des premières préoccupations pour les codes du bâtiment était la sécurité quant aux incendies.» C\u2019est pourquoi, jusqu\u2019à tout récemment, la hauteur des constructions en bois était strictement limitée au Canada.Mais la crise climatique bouleverse le secteur.Le World Green Building Council estime que l\u2019industrie de la construction est responsable de 40 % des émissions mondiales de carbone.Cela préoccupe plusieurs architectes, séduits par les qualités du bois : production peu énergivore et séquestration du carbone, notamment.Depuis une vingtaine d\u2019années, de nouveaux produits de bois d\u2019ingénierie très performants ont nourri leurs ambitions.Le bois lamellé-croisé (CLT), par exemple, peut servir pour la structure des murs porteurs, des dalles de planchers et des toits.Ce produit métamorphose les chantiers, selon Pierre Blanchet, titulaire de la Chaire industrielle de recherche du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada sur la construction écorespon- sable en bois.« Avec le béton, on va monter deux étages par mois, quand les conditions sont favorables.Pour le bois, on parle d\u2019un étage par semaine », compare-t-il.Les pièces sont livrées dans l\u2019ordre d\u2019assemblage et chaque étage peut être scellé au fur et à mesure que les travaux avancent.La légèreté du bois permet d\u2019asseoir des bâtiments sur des sols plus fragiles.Mais une construction plus légère peut se révéler plus vulnérable aux effets du vent.Des chercheurs du Centre for Natural Material Innovation de l\u2019Université de Cambridge, au Royaume-Uni, ont étudié les techniques d\u2019ancrage au sol de même que la possibilité de renforcer le matériau à l\u2019échelle moléculaire en injectant un composé dans les pores du bois.Les détails architecturaux peuvent aussi aider.« On peut briser le vent avec la forme du bâtiment, en ajoutant des courbes ou des trous dans la façade », illustre Alexander Salenikovich.Au lieu de frapper le bâtiment de plein fouet, le vent est donc dévié.FAIRE POUSSER UN GRATTE-CIEL On le pensait relégué aux oubliettes depuis l\u2019avènement du béton et de l\u2019acier.Mais plus que jamais, le bois donne des rêves de grandeur aux concepteurs de gratte-ciels.Par Caroline Chrétien \u2022 IMAGES : WWW.NATURALLYWOOD.COM \u2022 STÉPHANE GROLEAU Le CLT est fabriqué en collant des planches de bois de manière perpendiculaire.On peut en faire de grands panneaux très robustes, qui remplacent plus ou moins les dalles de béton.La résidence étudiante Brock Commons de l\u2019Université de la Colombie-Britannique est un bâtiment hybride de 18 étages (53 m) comportant deux piliers de béton.Au moment de sa construction (2017), c\u2019était le plus haut immeuble du genre dans le monde.Les appartements en copropriété Origine, à Québec, comptent 13 étages : un podium en béton et 12 étages en bois massif.Le Québec est la première administration nord-américaine à avoir appuyé la construction de ce type de bâtiment.Grâce à cet exemple et à celui de Brock Commons, le Code national du bâtiment de 2020 doit d\u2019ailleurs permettre la construction d\u2019immeubles en bois allant jusqu\u2019à 12 étages.En 2015, Michael Green Architecture a conçu les plans d\u2019un Empire State Building entièrement en bois.Le projet faisait partie d\u2019une initiative de Metsä Wood, dont la mission est d\u2019explorer les possibilités du bois dans la construction urbaine.JUILLET-AOÛT 2020 | QUÉBEC SCIENCE 7 Même si les coûts peuvent encore être élevés, la construction en bois de plusieurs étages mérite qu\u2019on s\u2019y arrête, selon l\u2019architecte canadien Michael Green.« Le plus grand problème, c\u2019est le manque de connaissances », déplore-t-il.Ainsi, les bâtiments en bois massif résistent bien au feu, même si c\u2019est contre-intuitif : le CLT ne brûle pas bien.Il explique aussi que l\u2019approvisionnement est durable s\u2019il se fait à partir de forêts certi?ées, gérées pour minimiser les répercussions de la coupe sur les écosystèmes.Faut-il pour autant construire d\u2019immenses gratte-ciels en bois à tout prix ?Ambitieux, Michael Green assure que la technologie existe.Alexander Salenikovich croit davantage aux constructions hybrides, qui misent sur la force de chaque matériau.Pierre Blanchet est pragmatique.« La réalité, c\u2019est que, à moins que nos gouvernements se mettent à taxer le carbone des bâtiments, peu de ces grands projets se réaliseront.La logique économique ?nira par dominer.Le marché se situe plutôt dans les immeubles de 4 à 10 étages.» SUR LE VIF \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM 8 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2020 I soler les anticorps les plus ef?caces contre le virus de la COVID-19 pour en faire un médicament.Voilà la mission que poursuivent une cinquantaine d\u2019entreprises et d\u2019instituts de recherche dans le monde, motivés par un constat : les personnes qui guérissent de la maladie s\u2019en tirent en grande majorité à l\u2019aide de leur seul système immunitaire ! Ne reste plus qu\u2019à mettre la main sur les meilleurs candidats et à les copier en laboratoire a?n de les produire à grande échelle ?une solution plus sûre et plus simple que les transfusions de plasma de donneurs convalescents.L\u2019entreprise Immune Bioso- lutions, issue de l\u2019Université de Sherbrooke, s\u2019est lancée dans cette quête.« Avant la pandémie, nous avions toutes les connaissances et tous les outils en place pour trouver des anticorps champions contre le cancer.Nous avons changé nos plans pour nous attaquer au coronavirus », indique Frédéric Leduc, chef de la direction et cofondateur de cette jeune pousse fondée en 2012.Que ce soit contre une cellule cancéreuse ou un virus, les anticorps thérapeutiques, dits « monoclonaux » car tous identiques, agissent de deux façons : ils s\u2019agrippent à leur cible, comme des tenailles, pour l\u2019empêcher d\u2019agir et ils alertent les cellules immunitaires pour qu\u2019elles mènent l\u2019assaut contre l\u2019intrus.Très ciblés, ils ont à priori peu d\u2019effets secondaires.« Cette approche pourrait permettre d\u2019avoir rapidement un traitement contre la COVID-19, avant même de disposer d\u2019un vaccin.C\u2019est d\u2019ailleurs un cocktail d\u2019anticorps, le ZMapp, qui a été utilisé en premier lors de l\u2019épidémie d\u2019Ebola en 2014-2016.Les anticorps pourraient aussi être administrés en prévention, pour protéger le personnel de santé », commente Jonathan Abraham, microbiologiste à la Harvard Medical School et président d\u2019un groupe de travail sur les traitements contre la COVID-19.Persistant quelques semaines après leur injection dans le sang, ces soldats de l\u2019immunité pourraient aussi donner un coup de pouce aux personnes âgées ou immuno- déprimées, chez qui un vaccin pourrait être moins ef?cace.Hélas, attraper ces missiles de précision n\u2019est pas une mince affaire.Après une infection, l\u2019organisme produit une foule d\u2019anticorps qui reconnaissent divers morceaux du pathogène, mais qui n\u2019ont pas tous le pouvoir de l\u2019intercepter.Pour déceler des anticorps dits « neutralisants » contre le SARS-CoV-2, les chercheurs ciblent en priorité ceux qui se lient aux protéines S.Situées à la surface du virus, ces « pointes » lui servent de clé pour infecter les cellules.En mai, une équipe de Beijing a passé au crible plus de 8 500 anticorps issus de 60 patients convalescents et n\u2019en a découvert que 14 très puissants contre le coronavirus.Autant d\u2019aiguilles dans une botte de foin ! Si l\u2019équipe chinoise pense disposer d\u2019un traitement dès l\u2019hiver, la compétition est serrée.À Vancouver, l\u2019entreprise AbCellera, partenaire du géant Eli Lilly, a pu sélectionner 500 anticorps à partir du sang d\u2019un patient américain dès la ?n février et en a choisi un qui est en cours d\u2019essai clinique.En Europe, le projet ATAC (Antibody Therapy Against Coronavirus) a examiné le sang de convalescents chinois et italiens et isolé 17 anticorps neutralisants, testés chez des primates.Quant au laboratoire américain Regeneron, il a lancé en juin des essais cliniques avec deux candidats obtenus grâce à des souris qui produisent des anticorps « humanisés ».L\u2019équipe d\u2019Immune Biosolutions a également passé au peigne ?n le plasma d\u2019une dizaine de patients guéris, mais elle a surtout eu recours à des poulets pour dénicher ses candidats.« On leur injecte les protéines virales, puis on isole un par un leurs lymphocytes B, les cellules qui produisent les Trouver l\u2019aiguille dans la botte de foin C\u2019est une chasse au trésor mondiale : dénicher les anticorps qui neutraliseront le coronavirus, avant même de disposer d\u2019un vaccin.Par Marine Corniou \u2022 IMAGE : INSTITUT NATIONAL D\u2019ANTHROPOLOGIE ET D\u2019HISTOIRE JUILLET-AOÛT 2020 | QUÉBEC SCIENCE 9 Le cimetière de mammouths « Il y en a des centaines, il y en a trop ! » con?ait l\u2019archéologue Pedro Sánchez Nava à des journalistes en mai dernier.Il est dépassé par l\u2019ampleur de sa découverte : en quelques mois, son équipe de l\u2019Institut national d\u2019anthropologie et d\u2019histoire a mis au jour 60 squelettes de mammouths, sous une base militaire en passe d\u2019être convertie en aéroport, au nord de la ville de Mexico.Et ce n\u2019est pas ?ni ! Il y a 12 000 ans, ce site bordait le lac Xaltocan, aujourd\u2019hui disparu.Des mammouths de Colomb, espèce cousine nord-américaine du mammouth laineux, y venaient en troupeaux entiers pour se nourrir d\u2019herbes et de roseaux.Ils ont été nombreux ?mâles, femelles et petits ?à s\u2019embourber dans les marécages et à y mourir.Pour l\u2019instant, aucune trace d\u2019outil n\u2019a été décelée sur les ossements, mais les chercheurs n\u2019excluent pas que les humains du coin aient pu pro?ter de cette viande offerte sur un plateau.En 2019, la même équipe avait d\u2019ailleurs découvert les os de 14 mammouths, à 10 km de là, dans deux fosses de 25 m de long, creusées délibérément pour les piéger il y a 15 000 ans.anticorps, dans des nanopuits.On en teste plusieurs centaines de milliers à la fois pour sélectionner ceux qui neutralisent le virus », explique Frédéric Leduc.Les « champions » ont été testés sur des animaux et les meilleurs pourraient entrer en phase clinique cet automne.Il faudra pour cela les produire en grande quantité.Une fois un lymphocyte gagnant repéré, les chercheurs clonent sa séquence génétique qui code pour l\u2019anticorps et l\u2019insèrent dans des cellules cultivées dans des bioréacteurs (des cellules de hamster).Celles-ci produisent des anticorps en masse, qui sont ensuite extraits et puri?és.Le processus est bien rodé : l\u2019utilisation d\u2019anticorps en médecine est en plein boum.Environ 80 d\u2019entre eux ont été approuvés en Amérique du Nord et près de 200 sont en phase ?nale d\u2019essais cliniques, principalement contre le cancer ainsi que les maladies in?ammatoires et neurodégénératives.Leur emploi contre les maladies infectieuses, comme la COVID-19, est plus timide, même si certains sont commercialisés, entre autres contre la rage, l\u2019anthrax et le C.dif?cile.« Chez les agents infectieux, les cibles d\u2019anticorps peuvent être variables et changer à cause des mutations génétiques : il est plus dur de trouver une cible unique pérenne », dit Guillaume Desoubeaux, spécialiste des biomédicaments à l\u2019Université de Tours, en France.Un cocktail de deux ou trois anticorps pourrait donc être nécessaire pour mater le SARS-CoV-2.Mais il y a un autre obstacle de taille : chaque injection coûte plusieurs centaines de dollars, bien plus cher que d\u2019éventuels antiviraux.« Leur potentiel thérapeutique est immense, mais le coût est la principale limite », estime Frédéric Leduc.En produisant son traitement au Québec, dans les installations existantes d\u2019un partenaire encore tenu secret, Immune Biosolutions espère toutefois être compétitive et amener son champion jusqu\u2019à la ligne d\u2019arrivée. SUR LE VIF 10 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2020 \u2022 IMAGE : SAMUEL DUFOUR Il existe 1 300 espèces de chauves- souris sur Terre, ce qui signi?e qu\u2019elles représentent à elles seules 20 % des espèces de mammifères.Sur cette photo ?gure une grande chauve-souris brune, une espèce présente au Québec.I nfectez des cellules pulmonaires humaines en culture avec le coronavirus causant le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS) et elles mourront toutes.Faites de même avec des cellules rénales de grandes chauves-souris brunes et certaines d\u2019entre elles continueront à se développer pendant des mois ! C\u2019est précisément l\u2019expérience qu\u2019Arin- jay Banerjee a réalisée avant même que la COVID-19 entre dans nos vies.Ce chercheur postdoctoral de l\u2019Université McMaster fait partie d\u2019une petite communauté mondiale qui veut comprendre comment les chiroptères sont devenus de vrais réservoirs à virus sans en souffrir.Depuis l\u2019épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère en 2002, les spécialistes ont trouvé plus de 200 coronavirus chez les chauves-souris.« Quand elles sont infectées par un virus, elles ont une in?ammation très limitée, ce qui leur évite les symptômes, et elles ont une forte réponse antivirale.C\u2019est le meilleur des deux mondes », assure Arinjay Banerjee.Le système immuni ta i re des chauves-souris a évolué ainsi au ?l de leurs 80 millions d\u2019années sur Terre.De quoi rendre jaloux Homo sapiens, chez qui l\u2019in?ammation provoque tant de problèmes ; on le voit avec les patients atteints de la COVID-19 qui meurent en raison d\u2019une réponse in?ammatoire exagérée.Comment ces petites bêtes réus- sissent-elles ce tour de force ?Le comprendre fournirait des idées de cibles thérapeutiques à étudier chez l\u2019humain.C\u2019est peut-être grâce à leur aptitude à voler.En battant des ailes, leur température augmente, ce qui pourrait accroître l\u2019ef?cacité de la réponse immunitaire.De plus, chez deux espèces asiatiques, une équipe a découvert des gènes qui réparent les dégâts dans l\u2019ADN causés par l\u2019augmentation de l\u2019activité métabolique en vol.« Certaines des enzymes dans ce circuit de réparation jouent aussi un rôle dans la réponse antivirale, explique M.Banerjee.Ces protéines auraient évolué du même coup pour la réponse immunitaire.» Cette théorie reste à con?rmer.On ignore toujours quel animal est l\u2019hôte naturel de SARS-CoV-2, bien que celui-ci ressemble de très près à un virus observé chez une espèce de chauve- souris.Des scienti?ques s\u2019inquiètent plutôt du scénario inverse : et si les humains transmettaient le virus de la COVID-19 aux chauves-souris ?La recherche menée par Arinjay Banerjee le montre bien : le virus du MERS s\u2019est adapté rapidement aux cellules de chauves-souris grâce à une mutation.D\u2019une part, elles pourraient ainsi devenir un réservoir dif?cilement contrôlable de SARS-CoV-2.D\u2019autre part, le virus pourrait constituer une menace pour les chauves-souris déjà affectées par le syndrome du museau blanc, une infection fongique qui a décimé les populations de trois espèces canadiennes.Des travaux ont montré que les stresseurs (comme cette maladie ou une perturbation de l\u2019habitat) peuvent détraquer l\u2019immunité des chauves-souris.Le risque de transmission de l\u2019humain à la chauve-souris est très faible, indique toutefois Ariane Massé, biologiste au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec.« Mais par principe de précaution, les recherches qui impliquent des contacts avec les chauves-souris au Canada et aux États-Unis sont toutes suspendues cet été.» Selon la scienti?que, il faut surtout éviter de blâmer les chauves-souris et redoubler d\u2019ardeur pour les protéger.« Elles nous rendent des services écologiques.Elles sont les principaux prédateurs des insectes nocturnes, dont des ravageurs qui s\u2019attaquent à nos récoltes.En une heure de chasse, une chauve-souris peut consommer jusqu\u2019à 600 insectes ! » S\u2019inspirer des chauves-souris Les chauves-souris ont la capacité de coexister avec des virus qui font du tort aux humains.Quel est leur secret ?Par Mélissa Guillemette Technopop CHLOÉ FRESLON @f_chloe Les Émirats arabes unis en route vers Mars JUILLET-AOÛT 2020 | QUÉBEC SCIENCE 11 \u2022 IMAGE : AGENCE SPATIALE DES ÉMIRATS ARABES UNIS G rosse comme une voiture, la sonde Hope s\u2019apprête à faire le road trip de sa vie : 60 millions de kilomètres pour atteindre l\u2019orbite de la planète Mars.Malgré la crise de la COVID-19, le bolide d\u2019aluminium est parvenu à se rendre ce printemps de Dubaï au Centre spatial de Tanegashima, au Japon, en vue de sa préparation pour le décollage prévu ce 15 juillet.Ce n\u2019est qu\u2019un début pour l\u2019Agence spatiale des Émirats arabes unis, fondée en 2014 : elle veut établir une colonie sur Mars en 2117 ! « Traditionnellement, le pays misait sur ses puits de pétrole, mais sa stratégie est maintenant de se diversi?er, raconte Dimitra Atri, chercheur au Center for Space Science de la New York University Abu Dhabi.La science et les technologies sont une partie de ce renouveau, tout comme l\u2019exploration spatiale, dans laquelle le gouvernement investit beaucoup.» En septembre 2019, un premier astronaute émirien a d\u2019ailleurs rejoint la Station spatiale internationale, et d\u2019autres sont en recrutement.Dimitra Atri travaille d\u2019arrache-pied avec l\u2019Agence spatiale et un réseau de chercheurs pour qu\u2019ils soient prêts lorsque Hope arrivera à destination, vers février 2021, et que les données commenceront à être acheminées vers la Terre.La sonde scrutera l\u2019atmosphère de Mars pour au moins deux ans.Car on espère obtenir une réponse à l\u2019une des grandes questions relatives à la planète rouge : pourquoi son atmosphère est-elle 100 fois plus mince que celle de la Terre ?Tout indique que, à une certaine époque, la planète possédait une atmosphère suf?samment épaisse pour retenir la chaleur du Soleil et permettre à de l\u2019eau de ruisseler sur ses sols.« On pense que la principale raison de cette perte, c\u2019est l\u2019activité solaire, mentionne M.Atri, qui modélise le phénomène.Grâce à Hope, si une éruption ou une éjection de masse coronale du Soleil survient, on pourra observer ses effets sur Mars et mesurer quelle quantité de gaz s\u2019échappe de l\u2019atmosphère.Si l\u2019on comprend bien ce phénomène physique, on pourra ensuite faire des calculs pour le futur.» Des prévisions particulièrement utiles quand on compte un jour y avoir un pied-à-terre\u2026 La sonde fera des observations dans les domaines visible, infrarouge et ultraviolet pour ne rien manquer, et cela s\u2019ajoutera au travail de la sonde MAVEN de la NASA, en orbite depuis cinq ans autour de la planète.Les relations entre les différentes couches de l\u2019atmosphère seront étudiées, tout comme leur évolution au ?l d\u2019une journée et des saisons.La météo est également dans la mire de cette mission.Mars ne dérougira pas cette année : des astromobiles seront envoyés par la Chine (Tianwen 1) et la NASA (Perseverance).« Il y aura d\u2019importantes découvertes dans les 10 prochaines années, assure Dimitra Atri.C\u2019est très excitant ! » M.G.U n dimanche matin, je suis partie, fébrile, récupérer une plante que j\u2019avais fait mettre de côté par l\u2019entremise du compte Instagram d\u2019une ?euriste du marché Jean-Talon, à Montréal.Je vous vois, lectrice ou lecteur, lever les yeux au ciel en lisant ces lignes.Je ne vous en veux pas.Mais sachez, à ma défense, qu\u2019il ne s\u2019agissait pas de n\u2019importe quelle plante.C\u2019était une Monstera deliciosa, un faux philodendron aussi appelé « plante d\u2019Instagram » parce que ses feuilles perforées font de magni?ques photos.Je ne l\u2019ai pas payée 3 000 $, mais je mentirais si je disais que c\u2019était bon marché.J\u2019ai succombé aux chants des plant?uencers et des #monsteramonday.En 2017, près du quart des plantes achetées aux États- Unis l\u2019ont été par des personnes âgées de 18 à 34 ans.Ces trois dernières années, la vente de plantes dans ce même pays a augmenté de 50 %, selon la National Gardening Association.Qui dit gros chiffres, dit gros sous à la clé\u2026 et donc des arnaques potentielles.Connaissez-vous le philodendron rose du Congo ?Lorsqu\u2019il est apparu sur Instagram, l\u2019engouement a été immédiat.Imaginez : une plante aux teintes rosées ! Y a-t-il quelque chose de plus parfait pour Pinterest ?La folie a été de courte durée.Dans les serres, on traitait ces plantes chimiquement pour que leurs feuilles deviennent roses.Au bout de quelque temps, elles redevenaient vertes.Même si la supercherie a été révélée, il s\u2019en vend encore sur Etsy et eBay à près de 100 $ l\u2019unité.Comment peut-on arriver à vendre des végétaux si cher ?Les millénariaux (dont je fais partie) adorent le jardinage et les raisons sont multiples.D\u2019abord, c\u2019est une activité qui oblige à ralentir et qui ne demande pas d\u2019écran.J\u2019y trouve personnellement une forme de méditation et de lenteur qui calme mes humeurs, s\u2019inscrivant dans le mouvement du bien-être personnel si précieux pour notre génération et notre santé mentale.De plus, comme on fonde des familles plus tard et qu\u2019acheter une maison est rendu quasiment impossible, posséder des plantes nous permet de croire que nous sommes de vrais adultes, à défaut d\u2019en avoir les attributs traditionnels.On arrive à croire qu\u2019on est capables de s\u2019occuper de « quelqu\u2019un ».En cette période dif?cile et incertaine, j\u2019aime prendre le temps de regarder mes plantes naître, mais surtout accepter que parfois des feuilles brunes vont apparaître et ?nir par tomber.Il n\u2019y a rien que je puisse faire contre ça.Et c\u2019est correct.C\u2019est la nature, c\u2019est vrai.La vie n\u2019est pas une photo Instagram parfaite.Le charme des plant?uencers Polémique JEAN-FRANÇOIS CLICHE @clicjf 12 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2020 \u2022 ILLUSTRATION : VIGG Q uand ils entrevoient des bribes du « débat » qui fait rage au sujet des vaccins sur les réseaux sociaux, bien des gens (dont moi) ont le ré?exe de hausser les épaules.Après tout, se dit-on, les bienfaits des campagnes d\u2019immunisation sont si bien démontrés et le rejet des faits scienti?ques des antivaccins est si évident qu\u2019il est inconcevable que leur mouvement sorte un jour de la marginalité, n\u2019est-ce pas ?Une étude parue en mai dans Nature incite à réviser cette croyance : les données ont beau être du côté des vaccins, le « champ de bataille » virtuel, lui, n\u2019est pas à leur avantage.Une équipe menée par le physicien de l\u2019Université George Washington Neil Johnson a analysé le contenu et les commentaires laissés lors de l\u2019éclosion de rougeole de 2019 sur quelque 1 300 pages Facebook rassemblant 85 millions d\u2019internautes à travers le monde.Les auteurs ont classé ces communautés virtuelles en trois catégories : les provaccins, les antivaccins et les neutres.« Les communautés neutres de notre étude peuvent ne discuter que rarement de vaccins, mais quand elles le font, on y trouve des opinions des deux côtés », m\u2019a dit M.Johnson dans un échange de courriels.Il peut s\u2019agir d\u2019une association de parents d\u2019école ou d\u2019organisations de sports pour enfants par exemple.Les chercheurs ont ensuite accordé une attention particulière aux « liens » entre ces pages, c\u2019est-à-dire quand une page en recommande une autre à tous ses membres.Cela leur a permis de cartographier l\u2019in?uence des groupes anti- et provaccins.Le tableau qui s\u2019en dégage est déprimant : les pages des antivaccins sont beaucoup mieux imbriquées dans celles des communautés neutres et occupent une place beaucoup plus centrale que les pages des provaccins qui, elles, se trouvent plus en périphérie.Et cela s\u2019est aggravé au cours de l\u2019éclosion de rougeole : certains des groupes antivaccins ont vu leurs nouveaux membres croître de 300 % entre février et octobre 2019, alors qu\u2019aucune des communautés provaccins n\u2019a dépassé les 100 % d\u2019augmentation.En outre, toujours pendant la même période, les pages neutres ont fait plus de liens vers les anti- que vers les provaccins.C\u2019est inquiétant, souligne Neil Johnson, parce que, même si les communautés neutres ne sont pas uniquement axées sur les vaccins, « le fait que ces gens se font con?ance sur un autre sujet, tels les sports pour enfants, implique qu\u2019ils vont probablement s\u2019écouter assez attentivement les uns les autres sur d\u2019autres sujets tels que les vaccins.Comme ils sont devenus plus liés aux antivaccins durant l\u2019éclosion de rougeole, cela montre qu\u2019ils se sentent plus interpellés par le thème de la mé?ance à l\u2019égard des vaccins, même s\u2019ils n\u2019en parlent pas souvent.Et, plus important, cela signi?e qu\u2019ils sont probablement plus exposés maintenant aux opinions des pages antivaccins, ce qui pourrait éventuellement les faire basculer ».Plusieurs caractéristiques de ces réseaux pourraient expliquer tout cela.D\u2019abord, écrivent les chercheurs, les pages antivaccins ont en moyenne moins d\u2019abonnés, mais elles sont plus nombreuses que les pages provaccins.L\u2019étude dénombre 124 pages provaccins fortes de 6,9 millions d\u2019abonnés, alors que les pages antivaccins ne comptent que 4,2 millions de membres, mais répartis en 317 communautés.Cela leur donne plus de points à partir desquels s\u2019arrimer aux communautés neutres pour, potentiellement, les in?uencer.Alors que les pages provaccins sont très uniformes et monothéma- tiques, celles des communautés antivaccins mélangent une grande diversité de thèmes et de trames narratives, allant des inquiétudes quant aux effets secondaires des vaccins à diverses théories du complot en passant par la « santé naturelle » et les médecines dites parallèles.Elles ont donc plus d\u2019hameçons à l\u2019eau, si je puis dire, et possiblement plus de chances d\u2019en avoir un qui résonnera dans une communauté neutre.Bref, concluent les auteurs, tout cela « révèle que le modèle traditionnel d\u2019action de masse [souvent utilisé par les autorités sanitaires pour promouvoir les vaccins] ne convient pas pour élaborer des politiques publiques » ni pour gagner le débat en ligne.Je ne peux m\u2019empêcher d\u2019établir des liens (un brin spéculatifs, je dois l\u2019avouer) entre cette étude et tous ces sondages qui montrent un effritement de la con?ance à l\u2019égard des vaccins dans le monde.Si les résultats de Neil Johnson sont con?rmés par d\u2019autres travaux, cela nous signalera qu\u2019il faut changer de stratégie.Mais on ne sera pas forcément sorti du bois.À l\u2019heure actuelle, les efforts de promotion de la vaccination sont plutôt centralisés autour des autorités sanitaires et de quelques grandes fondations.S\u2019il faut réorganiser tout cela pour mener une campagne de type guérilla, avec une structure plus diffuse pour livrer une foule de petites batailles « page par page », la tâche s\u2019annonce lourde\u2026 Anatomie d\u2019un « champ de bataille » L\u2019ACTUALITÉ SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE À LA PORTÉE DE TOUS ABONNEZ-VOUS > quebecscience.qc.ca/abonnement 514 521-8356 - 1 800 567-8356, poste 504 ÉDITIONS PAPIER ET NUMÉRIQUE ÉDITION NUMÉRIQUE 1 AN 8 numéros 36 $ 27 $ 2 ANS 16 numéros 58 $ 43 $ 3 ANS 24 numéros 81 $ 60 $ (plus taxes) ÉCONOMISEZ 51 % sur le prix en kiosque jusqu\u2019à \u2022 IMAGE : XXXXXXX ENTREVUE 14 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2020 COVID-19 : une laisse numérique pour suivre le virus à la trace Partout dans le monde, des États prennent de grands moyens technologiques dans l\u2019espoir de stopper la pandémie.Une traque qui soulève de nombreuses questions d\u2019ordre social, éthique et juridique.Par Maxime Bilodeau | Lyse Langlois \u2022 PHOTO : LOUISE BILODEAU JUILLET-AOÛT 2020 | QUÉBEC SCIENCE 15 Il n\u2019y a pas que le trio composé de François Legault, Horacio Arruda et Danielle McCann qui s\u2019est réuni sur une base régulière tout au long de la crise sanitaire de la COVID-19.Tous les vendredis depuis le début avril, sans exception, une quinzaine de chercheurs issus d\u2019universités du Québec et de l\u2019Ontario se regroupent virtuellement pour évaluer les effets des technologies dans la lutte contre le nouveau coronavirus.Le mandat ambitieux de ce comité : exercer une veille des dispositifs utilisés aux quatre coins de la planète pour recenser les cas de contamination, retracer les déplacements de personnes infectées et s\u2019assurer du respect des mesures de con?nement tout en faisant avancer la ré?exion à leur sujet.C\u2019est Lyse Langlois, directrice scienti?que de l\u2019Observatoire international sur les impacts sociétaux de l\u2019intelligence arti?- cielle et du numérique (OBVIA), qui a pris la tête de ce comité spécial ?nancé par les Fonds de recherche du Québec.« Très tôt dans la crise, nous avons commencé à entendre parler des moyens extraordinaires mis en place par les autorités de plusieurs pays asiatiques pour stopper la pandémie, notamment en ce qui a trait aux applications de noti?cation de contacts.Dès lors, c\u2019était clair qu\u2019il fallait se pencher sur les répercussions de ces technologies sur la société », mentionne la professeure du Département des relations industrielles de l\u2019Université Laval, qui s\u2019inquiète de l\u2019absence de débat public à leur propos.Québec Science : Quelle est la teneur des discussions hebdomadaires du comité que vous pilotez ?Lyse Langlois : Nous discutons des différents chantiers que nous avons mis en branle depuis le début de la pandémie, comme celui sur les effets sociétaux que pourraient avoir les systèmes d\u2019intelligence arti?cielle [IA] et les outils numériques employés pour lutter contre la propagation de la COVID- 19.Nous en pro?tons pour faire le point sur la situation, qui ne cesse d\u2019évoluer, et pour inviter des intervenants clés.Par exemple, le spécialiste en IA Yoshua Bengio, de Mila, l\u2019Institut québécois d\u2019intelligence arti?cielle, nous a expliqué l\u2019application de noti?cation de contacts COVI conçue par son équipe.Très tôt dans le processus, il a répondu à nos questions sur la conception de l\u2019application mobile, sur les étapes prochaines dans son opérationnalisation et sur son acceptabilité sociale.QS Nous avons appris récemment que le projet de Mila n\u2019irait pas de l\u2019avant, le gouvernement Trudeau lui préférant une application développée par le Service numérique canadien en collaboration avec Shopify, BlackBerry et le gouvernement de l\u2019Ontario.Chose certaine, il n\u2019est pas le seul à penser à l\u2019emploi d\u2019une telle solution pour évaluer les risques d\u2019infection.LL En effet ! Un prérapport publié à la ?n avril et auquel ont collaboré des chercheurs de l\u2019OBVIA a brossé un tableau brut de la situation ?une recension plus complète devrait être diffusée bientôt sous forme de livre blanc.Le document préliminaire fait état de plus d\u2019une quarantaine d\u2019applications de notification de contacts, de suivi de contacts et de surveillance des mouvements de population en développement ou en cours d\u2019implantation dans plus d\u2019une vingtaine de pays.On y lit que 28 % des applications proposées jusqu\u2019à maintenant ne disposaient pas de politique déclarée de respect de la vie privée.Autre fait notable : environ les deux tiers recourent au système de localisation GPS pour suivre les déplacements des personnes, alors qu\u2019un tiers privilégient la technologie Bluetooth.QS Qu\u2019est-ce qui explique la cristallisation du débat autour de cet enjeu précis du recours au système GPS plutôt qu\u2019à la technologie Bluetooth ?LL En gros, le premier est moins respectueux de la vie privée que la seconde.Pour bien saisir la différence entre GPS et Bluetooth, il faut s\u2019intéresser à la notion de proportionnalité des données collectées.Quelles données le sont ?À quelle ?n ?Pour combien de temps ?Qui y aura accès ?Quand seront-elles détruites ?Aussi, faut-il centraliser les données recueillies et accepter une certaine mainmise des GAFA [Google, Apple, Facebook, Amazon] sur celles-ci ?Ou est-il préférable de les décentraliser, c\u2019est-à-dire ne permettre leur partage que pair à pair ?On ne peut jamais complètement anonymiser les données, c\u2019est impossible.Le recours à des chaînes de blocs [blockchains] permet néanmoins d\u2019atteindre de hauts standards en la matière.QS Quel est le degré d\u2019acceptabilité sociale au Québec à l\u2019égard des applications de noti?cation de contacts ?LL On ne le sait pas.Nous disposons bien de quelques données sur le sujet grâce au Baromètre CIRANO sur la perception des risques des Québécois.Elles ne permettent toutefois pas de creuser le sujet de l\u2019acceptabilité sociale de ces technologies, du moins pas autant que nous le désirons.Jusqu\u2019où la population est-elle prête à consentir à cette surveillance en contexte de pandémie ?Est-elle prête à sacri?er certaines valeurs pour la permettre ?Comprend-elle les enjeux éthiques sous-jacents ?Pour pallier ce manque, nous avons convenu de mettre sur pied notre propre baromètre d\u2019acceptabilité sociale sur le sujet.Notre espoir est que son élaboration permette la tenue d\u2019un véritable débat citoyen sur la question des technologies de traçage.À l\u2019heure actuelle, cette discussion n\u2019a pas lieu.QS Nous sommes pourtant face à un réel enjeu démocratique, non ?LL Oui, et c\u2019est pourquoi il y a d\u2019énormes préoccupations dans la communauté scien- ti?que quant au recours à ces technologies, que nous voudrions voir précédé d\u2019un débat de société.N\u2019allez pas croire que je suis ENTREVUE | Lyse Langlois contre la technologie.Au contraire : je suis consciente des avantages indéniables qui découlent de son utilisation.Par contre, il ne faut pas la voir comme la solution ultime pour vaincre le virus.C\u2019est un faux sentiment de sécurité, qui peut d\u2019ailleurs nuire à la poursuite de ces gestes barrières que les autorités de santé publique nous implorent de poser, comme se laver régulièrement les mains et s\u2019éloigner physiquement des autres.La technologie est plutôt un outil parmi d\u2019autres pour favoriser une sortie de crise graduelle et sans anicroche.J\u2019ajouterais que le dépistage des êtres humains, c\u2019est bien, mais que le dépistage de la maladie, c\u2019est encore plus fondamental.QS Mais des pays ont fait l\u2019économie de ce débat pour accélérer leur lutte contre la pandémie.LL Dans les pays où des technologies de traçage ont été mises en place, voire imposées jusqu\u2019à maintenant, le succès semble plutôt mitigé.À certains endroits, le discours gouvernemental est empreint d\u2019hypocrisie.Le recours à de telles applications est volontaire, mais si l\u2019on ne les installe pas sur son téléphone intelligent, on ne peut se prévaloir de certains droits, comme utiliser les transports en commun.Il y a tout un travail d\u2019éducation et de ré?exion collective qui n\u2019a pas été fait.La majorité des experts s\u2019accorde pour dire qu\u2019il semble inévitable que nous vivrons d\u2019autres crises du genre dans les prochaines années et décennies.Or, il faudra repenser nos politiques de santé publique pour s\u2019assurer que nous serons collectivement capables de faire face à la situation lorsqu\u2019elle se représentera.Un tel forum s\u2019inscrit en partie dans cet objectif.Le Québec se démarquerait véritablement s\u2019il tenait un tel exercice démocratique.QS A-t-on vraiment le luxe de débattre sur la place publique pendant que des gens meurent tous les jours de la COVID-19 ?LL Si l\u2019on ne veut pas que la crise de la COVID-19 soit un jalon majeur de notre histoire, celui où nous avons renoncé collectivement à une bonne partie de notre vie privée, nous devons prendre le temps d\u2019en discuter.En outre, il ne faut pas opposer nos libertés individuelles à la santé, renoncer aux premières pour préserver la seconde.Au contraire : il y a moyen d\u2019atteindre ces deux objectifs concomitants, de les concilier.Dans le fond, l\u2019enjeu central, c\u2019est de se doter de solides politiques de santé publique respectueuses des enjeux éthiques et légaux.En ce moment, nous sommes malheureusement pris dans une urgence où le danger de court-circuiter les nécessaires ré?exions éthiques, au nom de la lutte contre le nouveau coronavirus, est bien réel.QS Étions-nous prêts, au début de la crise, à entamer ces ré?exions ?LL Des balises et principes étaient en place.Je pense notamment au règlement général sur la protection des données de l\u2019Union européenne, aux 10 recommandations de l\u2019Organisation de coopération et de développement économiques sur l\u2019IA, à la Déclaration de Montréal pour un développement responsable de l\u2019intelligence arti?cielle\u2026 En France, le rapport sur l\u2019IA rédigé par le mathématicien et député Cédric Villani contenait des recommandations pour permettre un déploiement éthique de l\u2019IA et du numérique en tout respect de la con?ance du public.On y parlait de poursuivre des objectifs avantageux pour la société, de favoriser la responsabilité, la transparence, l\u2019explicabilité\u2026 Sa conclusion ?La protection de la vie privée ne demande pas de renoncer à nos aspirations éthiques. MATHÉMATIQUES SOMMAIRE Les irréductibles nombres premiers Les dessous de la perfection Le hasard fait bien les nombres Nombres fascinants Jeux et énigmes 18 20 22 24 26 ILLUSTRATION : NATACHA VINCENT \u2022 IMAGES : SHUTTERSTOCK.COM Les nombres et leurs secrets JUILLET-AOÛT 2020 | QUÉBEC SCIENCE 17 Fétiches des mathématiciens, les nombres premiers obéissent-ils à une règle cachée ?PAR MARINE CORNIOU En science, rares sont les sujets qui piquent encore la curiosité après plus de 2 000 ans de recherche.Les nombres premiers font partie de ces éternels mystères : ils ont tenu en haleine les plus grands mathématiciens et, aujourd\u2019hui, même les ordinateurs les plus puissants se cassent les dents ?ou plutôt les circuits ?sur les questions qu\u2019on se posait déjà dans l\u2019Antiquité.La dé?nition de ces nombres est pourtant d\u2019une simplicité désarmante.Un nombre entier est premier s\u2019il n\u2019est divisible que par 1 et par lui-même.Autrement dit, s\u2019il ne peut être « fragmenté » en plus petits éléments.Ainsi, 17 est un nombre premier, mais 15 ne l\u2019est pas, car on peut le décomposer en 3 × 5.La série commence par 2, 3, 5, 7, 11\u2026 et se poursuit à l\u2019in?ni.« Ce sont les briques fondamentales des mathématiques, l\u2019ADN des nombres entiers », résume Andrew Granville, spécialiste de la théorie des nombres à l\u2019Université de Montréal.De fait, n\u2019importe quel entier peut se décomposer en une combinaison unique de ces briques de base : 35 est 5 × 7 ; 221 s\u2019écrit 13 × 17 ; et 2 010, 2 × 3 × 5 × 67.Pas autrement.On doit ce « théorème fondamental de l\u2019arithmétique » à Euclide, même s\u2019il n\u2019a été démontré qu\u2019en 1801.Qu\u2019a-t-on découvert sur ces nombres depuis la Grèce antique ?Pas mal de curiosités, mais l\u2019essentiel nous échappe encore : ils semblent n\u2019obéir à aucune règle, si bien qu\u2019on ne dispose pas de formules simples permettant de révéler tous les nombres premiers, ni d\u2019en énoncer à coup sûr, ni même de trouver celui qui suit ou précède un autre nombre premier.Si ces trublions sont si durs à cerner, c\u2019est parce qu\u2019ils semblent avoir été semés aléatoirement le long de la ribambelle des entiers, dans l\u2019unique but de torturer les mathématiciens.Il n\u2019y a qu\u2019à regarder la liste des nombres premiers inférieurs à 100 pour s\u2019en convaincre.Ils sont tous impairs (à l\u2019exception de 2), mais les écarts entre eux n\u2019ont rien de prévisible.Nulle règle ne semble gouverner leur répartition.Paradoxalement, la distribution des nombres premiers est trop étrange pour n\u2019être due qu\u2019au hasard.Lucile Devin en sait quelque chose.Cette postdoctorante dans l\u2019équipe d\u2019Andrew Granville s\u2019intéresse à un problème simple à formuler, mais dif?cile à résoudre, « comme tous les problèmes qui concernent les nombres LES IRRÉDUCTIBLES NOMBRES PREMIERS 18 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2020 MATHÉMATIQUES premiers ».Il se résume comme suit : quel est le reste de la division par 4 d\u2019un nombre premier ?Par exemple, si l\u2019on divise 19 par 4, il reste 3 (4 × 4 = 16 et il reste 3).Si l\u2019on divise 17 par 4, il reste 1.« Dans tous les cas, il n\u2019y a que ces deux réponses, 1 ou 3.Un théorème du 19e siècle dit qu\u2019il n\u2019y a pas de raison pour que l\u2019un ou l\u2019autre se produise plus souvent, indique-t-elle.Or, quand on observe les nombres premiers, il y en a plus qui donnent un reste de 3 et l\u2019on ne sait pas pourquoi.» Armée « d\u2019un papier et d\u2019un crayon », elle essaie de trouver une théorie qui expliquerait ce biais dit de Tchebychev.En 2016, deux mathématiciens de l\u2019Université Stanford, Kannan Soundararajan et Robert Lemke Oliver, ont trouvé un autre « couac » en passant en revue (par ordinateur) 400 milliards de nombres premiers.Hormis 2 et 5, tous se terminent par le chiffre 1, 3, 7 ou 9.À priori, la probabilité qu\u2019un nombre premier ?nissant par 1 soit suivi d\u2019un autre se terminant par l\u2019un de ces quatre chiffres est de 25 % pour chaque chiffre si le hasard est respecté.Mais le duo a découvert des irrégularités : ainsi, un nombre premier ?nissant par 1 a 30 % plus de chances qu\u2019attendu d\u2019être suivi d\u2019un premier se terminant par 3 ou 7.Et il est rare que deux nombres premiers successifs ?nissent par le même chiffre.« Personne n\u2019avait jamais remarqué cela », s\u2019amuse Andrew Granville.FAUX CHAOS ?À première vue, donc, les particules élémentaires de l\u2019arithmétique sont manifestement imprévisibles.Mais si l\u2019on s\u2019éloigne pour observer le tableau d\u2019ensemble, notamment en s\u2019intéressant aux très grands nombres premiers, certaines tendances émergent.Plus les nombres sont grands, plus la proportion de nombres premiers parmi eux décroît.Cette raréfaction a été mise en équation par Carl Friedrich Gauss au 18e siècle.« À 15 ans, il a remarqué que la densité des nombres premiers autour d\u2019un nombre x est approximativement 1/ln (x) [ln est le logarithme, une notion bien connue en mathématiques] et cela a été prouvé », détaille Andrew Granville.Peu importe si le terme logarithme ne vous dit rien : il permet d\u2019estimer les chances qu\u2019un nombre pris au hasard soit premier (et donc d\u2019estimer la proportion de nombres premiers dans un intervalle donné) sans trop se tromper.La preuve qu\u2019il y a bien une sorte d\u2019ordre derrière l\u2019apparent chaos.Par exemple, cette loi prévoit 72 nombres premiers dans l\u2019intervalle entre 1 000 000 et 1 001 000.En réalité, il y en a 75 : pas si mal ! Ce constat est à la base de l\u2019une des plus grandes quêtes des mathématiques : prouver l\u2019hypothèse de Riemann, énoncée par le génie Bernhard Riemann en 1859, qui permettrait de trouver l\u2019emplacement de chaque nombre premier avec une marge d\u2019erreur négligeable.La formule est inexplicable aux communs des mortels (elle repose sur une fonction nommée « zêta »), mais elle pourrait élucider la distribution erratique des nombres premiers, qui se succèdent parfois avec un écart de 2 (les « jumeaux »), de 6 (les « sexy ») ou\u2026 de plusieurs millions.Depuis 160 ans, les mathématiciens essaient sans succès de démontrer cette hypothèse, qui est l\u2019un des sept « problèmes du millénaire » désignés par l\u2019Institut de mathématiques Clay.Cet organisme privé offre une récompense de un million de dollars à quiconque parviendra à résoudre l\u2019énigme\u2026 En attendant, le mystère a du bon.« Quelque part, cela tombe bien qu\u2019il n\u2019y ait pas de formule, sinon tous nos algorithmes de sécurité tomberaient à l\u2019eau ! » indique Lucile Devin.Les transactions par carte bancaire et les échanges de données sur Internet reposent en effet sur une technique de cryptographie qui consiste à trouver les diviseurs premiers d\u2019un nombre immensément grand (plus de 200 chiffres).En l\u2019absence de règles, la seule solution est de tester toutes les combinaisons possibles jusqu\u2019à obtenir le résultat et déchiffrer le message.« Cela prend tellement de temps qu\u2019on peut déceler les attaques avant qu\u2019un pirate y arrive », résume la chercheuse.Grâce à ces nombres irréductibles, nos secrets sont donc bien gardés\u2026 pour l\u2019instant.LES DEUX PROBLÈMES LES PLUS CÉLÈBRES (et non résolus) 1.Les nombres premiers jumeaux Y a-t-il une in?nité de nombres premiers « jumeaux », qui ne sont séparés que par 2 (comme 17 et 19 ou 641 et 643) ?On ne l\u2019a jamais prouvé, bien qu\u2019on ait trouvé des couples jusqu\u2019à des nombres astronomiques, par exemple 2 003 633 613 × 2195 000 - 1 et 2 003 633 613 × 2195 000 + 1 2.La conjecture de Goldbach Est-elle vraie ?Elle dit que tout nombre pair supérieur à 2 peut s\u2019écrire comme la somme (et non le produit) de deux nombres premiers.Elle a été véri?ée pour tout nombre pair inférieur à 1018, mais n\u2019a pas encore été démontrée.À LIRE SUR LE WEB : En quête d\u2019une formule pour les nombres premiers www.quebecscience.qc.ca/sciences/formule-premiers JUILLET-AOÛT 2020 | QUÉBEC SCIENCE 19 \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM MATHÉMATIQUES Ils sont jolis comme tout.Les nombres parfaits sont des entiers égaux à la somme de leurs diviseurs.Ainsi, 6 se divise par 2, 3 et 1.En additionnant 2, 3 et 1, on arrive à 6 ! Même chose pour 28, somme de 1 + 2 + 4 + 7 + 14.N\u2019est-ce pas magni?que ?Il sont assurément mythiques depuis des millénaires.Plusieurs textes religieux af?r- ment ainsi que la Terre a été créée en 6 jours.Le cycle lunaire est aussi harmonieux avec ses 28 jours.Deux nombres dits « parfaits », terme élaboré par les pythagoriciens il y a plus de 2 500 ans.« Les mathématiques et la philosophie étaient liées à l\u2019époque, rappelle Chantal David, professeure de mathématiques à l\u2019Université Concordia.Dans les deux cas, on étudiait l\u2019Univers.» Environ 300 ans avant notre ère, Euclide d\u2019Alexandrie s\u2019est intéressé à ces étrangetés de façon mathématique et a découvert une manière de les repérer.Il lui suf?sait d\u2019abord de trouver un nombre premier résultant d\u2019une puissance 2 de laquelle on soustrait 1.Par exemple, 2 × 2 = 4 4 × 2 = 8 8 \u2013 1 = 7 En multipliant ce nombre premier (7) par le résultat de la multiplication par 2 précédente (ici le 4), on obtient un nombre parfait : 28.La formule d\u2019Euclide résume cela.Lui-même est parvenu à désigner les quatre plus petits.Puis, « 2 000 ans plus tard, [le mathématicien suisse] Leonhard Euler a montré que les seuls nombres parfaits pairs sont ceux prévus par la formule d\u2019Euclide, poursuit Chantal David.Cela a donné le théorème d\u2019Euclide-Euler ; on l\u2019enseigne à l\u2019université dans les cours de théorie des nombres.» DES NOMBRES IMMENSES Plusieurs mystères les entourent toujours.Pour commencer, en existe-t-il un nombre in?ni ?« En utilisant un modèle probabiliste qui englobe toutes nos connaissances actuelles, on en obtient une in?nité, explique la mathématicienne.Mais il y a peut-être une relation qu\u2019on n\u2019a pas vue, quelque chose qu\u2019on n\u2019a pas mis dans nos modèles.» LES DESSOUS DE LA PERFECTION 20 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2020 N\u2019est pas parfait qui veut.La preuve est mathématique : à ce jour, il n\u2019y a que 51 nombres parfaits con?rmés.PAR MÉLISSA GUILLEMETTE LA FORMULE D\u2019EUCLIDE Si 2n - 1 est premier, alors 2n -1(2n - 1) est un nombre parfait.Les plus petits nombres parfaits et les moments de leur découverte 6 21(22 - 1) Antiquité 28 22(23 - 1) Antiquité 496 24(25 - 1) Antiquité 8 128 26(27 - 1) Antiquité 33 550 336 212(213 - 1) 1456 8 589 869 056 216(217 - 1) 1588 137 438 691 328 218(219 - 1) 1588 2 305 843 008 139 952 128 230(231 - 1) 1772 Même si la réponse n\u2019est pas précise, des travaux ont néanmoins révélé que les nombres parfaits ne courent pas les rues.La distance entre deux nombres parfaits croît de façon exponentielle : s\u2019il y en a 2 sous la barre de 100, on n\u2019en compte que 4 sous la barre du million.Au total, on connaît 51 nombres parfaits pour le moment.La grande majorité a été découverte après les années 1950.La dernière trouvaille date de 2018 et comporte pas moins de 49 724 095 chiffres ! À quand le 52e ?« Ces nombres sont tellement grands qu\u2019ils n\u2019entrent pas dans le registre [la mémoire interne] de l\u2019ordinateur, alors il faut trouver d\u2019autres façons de les représenter, dit la professeure David.C\u2019est vraiment une science de travailler avec ces nombres.Cela demande des machines très puissantes, mais surtout de bons algorithmes.Moins ils contiennent d\u2019étapes, plus ils sont rapides.» L\u2019autre question qui taraude les chercheurs : existe-t-il des nombres parfaits impairs ?Certains affirment même que c\u2019est le plus vieux problème mathématique non résolu.À tout le moins, on sait que, s\u2019il y en avait un, ce serait un mastodonte, puisque des calculs laissent croire qu\u2019il n\u2019en existe pas sous la barre de 10300.À titre de comparaison, l\u2019Univers visible compterait 1080 atomes, selon des estimations ! « On est un peu coincés en ce moment ; les méthodes pour s\u2019attaquer à ce problème ont atteint leurs limites, mentionne Paul Pollack, professeur de mathématiques à l\u2019Université de Géorgie, aux États-Unis, qui a publié plusieurs articles scientifiques sur les nombres parfaits.On peut donc tenter plutôt de voir quelles seraient les conditions nécessaires pour obtenir un nombre parfait impair.Pace Nielsen, un mathématicien, a ainsi montré [en 2010] qu\u2019il faudrait que ce nombre possède au minimum 10 facteurs premiers.» M.Pollack s\u2019est tourné vers les cousins des nombres parfaits pour éviter le cul- de-sac.Un nombre peut en effet adopter le slogan « À deux, c\u2019est mieux » et être parfait avec un copain.Il sera alors considéré comme un nombre « amiable » ou « amical ».Pour cela, il faut que la somme de ses diviseurs soit égale à la valeur de son « ami » et que la relation soit réciproque.Cette citation attribuée à Pythagore dit tout : « Un ami est l\u2019autre moi-même comme sont 220 et 284.» L\u2019addition des diviseurs de 220 le démontre bien : 1 + 2 + 4 + 5 + 10 + 11 + 20 + 22 + 44 + 55 + 110 = 284 Sans oublier les diviseurs de 284 : 1 + 2 + 4 + 71 + 142 = 220 Plusieurs milliers de couples ont été mis au jour au ?l des siècles.Fait intéressant : les nombres amiables impairs existent (12 285 et 14 595 sont les premiers).Il y a ensuite les nombres sociables.Il s\u2019agit de la version à plusieurs amis des amiables.Pensons à un groupe de quatre nombres.La somme des diviseurs du premier donne le second nombre et ainsi de suite jusqu\u2019à ce qu\u2019on revienne au premier nombre ; la boucle est bouclée ! Sans oublier les pseudoparfaits, égaux à la somme de certains de leurs diviseurs.Puis les near-perfect (pour lesquels nous ne risquerons pas de traduction libre !) : égaux à la somme de tous leurs diviseurs, sauf 1.Paul Pollack a fait un Euclide de lui-même et tenté en 2012 de dé?nir des règles pour en construire.Il existe aussi les triparfaits, les sublimes, les quasi-parfaits (différents des near-perfect)\u2026 Autant de variations autour d\u2019un même thème.Il faut continuer la recherche, déclare le professeur Pollack.« En aucun cas je ne prétends que ces nombres sont des problèmes centraux en mathématiques.Mais leur étude peut mener à des découvertes centrales.Pierre de Fermat, par exemple, est parvenu à ses découvertes en partie parce qu\u2019il s\u2019intéressait aux nombres parfaits.» De splendides catalyseurs ! Note : n est forcément premier aussi.JUILLET-AOÛT 2020 | QUÉBEC SCIENCE 21 \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM Générer des nombres au hasard n\u2019est pas de tout repos.Les suites aléatoires sont pourtant essentielles en simulation, dans les essais cliniques et en sécurité informatique.PAR MÉLISSA GUILLEMETTE LE HASARD FAIT BIEN LES NOMBRES MATHÉMATIQUES P our générer des nombres au hasard, on peut très bien jouer à pile ou face, lancer un dé ou encore tirer des boules, à la façon de Loto-Québec.Le mathématicien Pierre L\u2019Ecuyer se rappelle avoir employé des tables, c\u2019est-à-dire des livres contenant uniquement des nombres listés aléatoirement, pour réaliser des études statistiques à la ?n des années 1960.« On choisissait dans notre tête deux chiffres pour déterminer quelle page et ensuite quelle ligne on allait utiliser ! » Ces diverses techniques sont évidemment bien trop longues à exécuter.« Elles ne répondent pas aux besoins d\u2019aujourd\u2019hui, dit le professeur de l\u2019Université de Montréal.Pour vous donner une idée, les simulations de réactions nucléaires au CERN [l\u2019Organisation européenne pour la recherche nucléaire] requièrent plusieurs millions de nombres par seconde.Personne ne peut tirer des boules à cette vitesse ! » Les nombres aléatoires (ou les suites de bits, des 0 et des 1) sont pourtant essentiels pour désigner quels patients recevront le placébo dans un essai clinique, pour encoder de l\u2019information ou pour perfectionner une chaîne de production dans une usine grâce à la simulation.Deux types de générateurs de nombres comblent cette demande : ceux basés sur des algorithmes et ceux fondés sur des phénomènes physiques.Les premiers ne fournissent pas réellement de nombres au hasard.Et c\u2019est exactement pour cette raison que certains les apprécient ! Imaginons une suite de 200 bits qui sert de point de départ.Un générateur algorithmique appliquera une fonction sur cette suite.« C\u2019est un bout de code qui va prendre les 200 bits et les brasser, les changer, inverser des 0 et des 1 à certains endroits, explique Pierre L\u2019Ecuyer.À la ?n, on obtient un nouveau bloc de 200 bits.Puis on applique une nouvelle fois la même fonction successivement pour obtenir la prochaine suite.» Ainsi, rien n\u2019est plus prévisible que le prochain nombre généré ; c\u2019est un système déterministe.Cette façon de faire est utile en simulation, dont le but est souvent d\u2019évaluer la performance de différentes politiques de gestion.« Si je simule un centre d\u2019appels, les nombres aléatoires déterminent combien d\u2019appels vont arriver, la durée des appels, etc.Si je veux pouvoir comparer deux façons de distribuer les appels parmi les agents, il faut que j\u2019aie les mêmes nombres aléatoires.» Mais les suites de nombres en elles- mêmes ont de belles qualités statistiques.Les bons algorithmes sont conçus de sorte qu\u2019une même valeur revienne exactement le même nombre de fois qu\u2019une autre.« On peut faire une analyse mathématique et le prouver avec des théorèmes », indique le professeur L\u2019Ecuyer, qui fait partie des quelques rares chercheurs dans le monde qui perfectionnent les générateurs algorithmiques.Il déplore le manque d\u2019intérêt pour ce champ d\u2019activité, alors que les propriétés des ordinateurs changent et que les utilisateurs gagneraient à travailler avec des générateurs appropriés.« Les gens qui construisent des logiciels très populaires prennent parfois des algorithmes dans de vieux livres ; ils ne connaissent pas ça et mettent n\u2019importe quoi.» Il prend d\u2019ailleurs un malin plaisir à demander à ses étudiants de tester la qualité d\u2019un générateur qu\u2019il sait médiocre ! 22 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2020 LE PHYSIQUE DE L\u2019EMPLOI Ce similihasard n\u2019est pas optimal en cryptographie ou pour la loterie.Les phénomènes physiques peuvent alors nourrir des générateurs.Attention, la physique est généralement prévisible.« Si je connais les paramètres d\u2019un système, il n\u2019y a pas de hasard possible : on possède les équations pour savoir ce qui va se passer et il ne reste qu\u2019à les résoudre », souligne le professeur de physique de l\u2019Université de Sherbrooke Bertrand Reulet.Il faut donc opter pour un système chaotique, c\u2019est-à-dire un phénomène qui peut donner des résultats différents malgré des conditions initiales en tous points similaires.Une simple lampe à lave peut faire le travail ?vous vous souvenez, ces lampes décoratives qui forment des bulles de cire se détachant au fil du temps ?« Prédire à quel moment il va y avoir une bulle est très difficile ! » assure le chercheur.Une entreprise de services de sécurité Internet, Cloudflare, a ainsi créé un mur de 100 lampes scrutées par une caméra pour obtenir des nombres destinés au cryptage.Sans blague ! Mais là encore, on peut finir par repérer des constantes (bien que ce soit plus difficile).« L\u2019intelligence artificielle pourrait trouver ce qui va se passer.» La physique quantique, celle qui régit l\u2019infiniment petit, vient à la rescousse des chercheurs.Avec elle, tout est aléatoire ! C\u2019est un peu par hasard (quoi d\u2019autre !) que Bertrand Reulet a conçu une nouvelle technique, maintenant brevetée.« Mon sujet de recherche, ce sont les signaux quantiques.C\u2019est de la physique fondamentale ; on ne cherche pas à construire quelque chose.On mesure les fluctuations aléatoires du courant électrique.» Il leur a néanmoins trouvé une utilité.Le concept est tout simple : il utilise deux métaux séparés par un isolant très ?n (un mauvais contact, en somme).« Un électron, c\u2019est une onde.Il n\u2019est pas localisé en un point.Il est capable de \u201cvoir\u201d que, de l\u2019autre côté de l\u2019isolant, il y a de la place pour lui.Il peut disparaître pour réapparaître de l\u2019autre côté.C\u2019est ce qu\u2019on appelle l\u2019effet tunnel.» Il est impossible de prédire combien d\u2019électrons franchiront l\u2019obstacle dans la prochaine seconde.Suivre l\u2019intensité du courant électrique dans le temps est donc une façon de produire des bits et des nombres aléatoires.Avec une équipe de l\u2019École de technologie supérieure de Montréal, le professeur Reulet travaille à la construction d\u2019un prototype.Ce dispositif, qu\u2019il souhaite commercialiser, tient sur une puce.Voilà une solution qui pourrait améliorer la sécurité informatique.« Mais le premier problème, en cryptographie, ce ne sont pas les générateurs.Ce sont plutôt les administrateurs qui utilisent des mots de passe de type \u201c1234\u201d ! » rigole Bertrand Reulet.LES GÉNÉRATEURS RÉTRO Ce n\u2019est pas rien : les générateurs de nombres aléatoires existaient avant même l\u2019écriture des nombres ! Des dés ayant plus de 5 000 ans ont ainsi été découverts en Irak et en Iran.Le hasard à deux possibilités servait également les Romains : cette bonne vieille pièce de monnaie qu\u2019ils lançaient en l\u2019air pour prendre une décision selon la face sur laquelle elle retombait.(Ils seraient probablement surpris d\u2019apprendre qu\u2019une pièce de monnaie n\u2019a pas autant de chances de tomber d\u2019un côté que de l\u2019autre.La position à partir de laquelle elle est lancée favorise légèrement l\u2019une ou l\u2019autre face, avec 51 % des chances, comme l\u2019a montré le mathématicien Persi Diaconis en 2007\u2026) Bien plus tard, il y a eu les « tables », comme celle du statisticien Leonard Henry Caleb Tippett en 1927, soit un document contenant 41 600 chiffres glanés dans un rapport de recensement.La première « machine » générant des nombres au hasard est apparue juste après, à la ?n des années 1930 : elle était constituée d\u2019un bout de carton qui effectuait des rotations grâce à un petit moteur électrique selon une revue historique réalisée par Pierre L\u2019Ecuyer.Quand les ordinateurs sont arrivés, il fallait se lever de bonne heure pour réussir à obtenir une séquence aléatoire.« En 1969, pour exécuter un programme sur le CDC 6400 [un ordinateur central] de l\u2019Université de Montréal, il fallait porter notre paquet de cartes perforées à un endroit et l\u2019on revenait quelques heures plus tard, ou le lendemain, pour recueillir le résultat du programme sur une pile de papiers », relate Pierre L\u2019Ecuyer.Aujourd\u2019hui, ces nombres prisés sont à portée de la main : on peut installer un générateur sur un téléphone intelligent ! JUILLET-AOÛT 2020 | QUÉBEC SCIENCE 23 \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM Tous les nombres ne se valent pas.Que ce soit par leur place dans l\u2019histoire et la culture, leurs propriétés arithmétiques ou leur esthétique, certains se démarquent du lot.Morceaux choisis.PAR MARINE CORNIOU NOMBRES FASCINANTS MATHÉMATIQUES 1 729 Ce nombre est au cœur d\u2019une jolie anecdote, survenue juste après la Première Guerre mondiale.Le mathématicien britannique Godfrey Harold Hardy se rend en taxi dans un hôpital, près de Londres, visiter Srinivasa Ramanujan, un mathématicien de génie, autodidacte et originaire d\u2019Inde.« Le climat anglais ne lui convenait pas et il souffrait de pneumonie », raconte Andrew Granville, un professeur de l\u2019Université de Montréal d\u2019origine britannique.Au chevet du malade, le visiteur, qui cherchait un sujet de conversation, indique que son taxi était immatriculé 1729, un nombre « sans intérêt ».Que nenni, lui répond Srinivasa Ramanujan.« C\u2019est un entier très intéressant, le plus petit entier qui peut s\u2019écrire comme la somme de deux cubes de deux façons.» En effet, 1 729 = 13 + 123 = 93 + 103.Aujourd\u2019hui, 1 729 est le représentant le plus connu de ces nombres particuliers, surnommés « taxicab », qui avaient déjà suscité l\u2019intérêt du mathématicien Pierre de Fermat au 17e siècle.Ils sont notés Ta(1), Ta(2)\u2026 Ta(n) et s\u2019écrivent comme la somme de deux cubes positifs non nuls de n façons distinctes : Ta(1) = 2 = 13+13 Ta(2) = 1 729 Ta(3) = 87 539 319 = 1 6733 + 4 3633 = 2 2833 + 4 233 = 2 5533 + 4 1433 « On a un théorème qui dit qu\u2019il en existe une in?nité, mais ils sont dif?ciles à trouver », ajoute Andrew Granville.De fait, ils sont si épineux qu\u2019on n\u2019en connaît que six.Le dernier possède 23 chiffres et a été con?rmé en 2008.Les amateurs de science-fiction le savent : 42 occupe une place spéciale dans l\u2019imaginaire geek.Il semble que tout soit parti d\u2019une blague de l\u2019auteur britannique Douglas Adam qui, dans son roman Le guide du voyageur galactique, mentionne que la réponse à la « question ultime de la vie, de l\u2019Univers et de tout le reste est 42 ».Un nombre choisi au hasard, selon l\u2019auteur.Sur la page Wikipé- dia de 42 (oui, il a sa page), toutes sortes de propriétés plus ou moins étonnantes de ce nombre sont énumérées.Mais en 2019, il a fait parler de lui pour une raison mathématique amusante, grâce au travail de deux chercheurs, l\u2019un de l\u2019Université de Bristol et l\u2019autre du Massachusetts Institute of Technology.Ils se sont attaqués aux solutions de l\u2019équation 42 = x3 + y3 + z3 Cette équation dite « diophantienne » a occupé plusieurs informaticiens depuis les années 1950 pour tous les entiers entre 1 et 100.La solution est parfois facile (29 = 3³ + 1³ + 1³), parfois impossible, comme pour 32.Restaient deux fortes têtes : 33 et 42.Le premier a résisté pendant 65 ans, jusqu\u2019à ce qu\u2019Andrew Booker, de l\u2019Université de Bristol, trouve la solution l\u2019an dernier.Avec son collègue, il a, dans la foulée, résolu le mystère pour 42, après plus d\u2019un million d\u2019heures de calcul faisant appel à 500 000 ordinateurs personnels connectés (un projet appelé Charity Engine).Résultat ?x = - 80 538 738 812 075 974 y = 80 435 758 145 817 515 z = 12 602 123 297 335 631 24 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2020 Phi Le « nombre d\u2019or », représenté par la lettre phi (?), est LE nombre célèbre par excellence, auréolé d\u2019une réputation quasi mythique qui agace les mathématiciens.Il désigne la solution positive du trinôme x² - x = 1 soit (1 + ?5)/2 (ce qui vaut approximativement 1,618 033 988 7\u2026).Il est censé dé?nir la « divine proportion », un rapport harmonieux entre deux côtés de rectangle, qu\u2019on trouve dans les arts mais aussi dans la nature (ce nombre semble régir l\u2019agencement des graines d\u2019une ?eur de tournesol, celui des pics d\u2019ananas, de certaines spirales de coquillages, etc.).Il est surtout associé à la suite de Fibonacci, une suite numérique dans laquelle tout nombre (à partir du troisième) est égal à la somme des deux précédents : 1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21, 34, 55, 89\u2026 Le rapport entre deux nombres consécutifs est alternativement supérieur et inférieur à ?.Et plus on avance dans la suite, plus on s\u2019approche de la valeur exacte du nombre d\u2019or.Nombres palindromes Un palindrome est un mot, comme radar, qui peut se lire dans les deux sens.Les nombres palindromes existent aussi et il y en a une in?nité.Ils donnent lieu à toutes sortes de jeux et d\u2019énigmes.En 2017, des chercheurs ont prouvé que tout entier est la somme d\u2019au plus trois nombres palindromes.Un exemple ?2 000 = 616 + 383 + 1 001 10100 Ce nombre immense \u2013 1 suivi de 100 zéros \u2013 est appelé « gogol » (googol en anglais).C\u2019est le mathématicien américain Edward Kasner qui l\u2019a introduit dans les années 1920, demandant à son ?ls de neuf ans de lui trouver un nom\u2026 Son choix a inspiré les fondateurs de Google bien plus tard.6174 Connaissez-vous l\u2019algorithme de Kaprekar ?Pour jouer à ce petit jeu, il faut prendre un nombre à quatre chiffres différents et réagen- cer les chiffres pour obtenir le plus grand et le plus petit nombre possible.Prenons 2019 : on obtient 9210 et 0129.On soustrait le second du premier : 9 210 - 0129, et l\u2019on répète l\u2019opération avec le résultat obtenu.9210 - 0129 = 9081 9810 - 0189 = 9621 9621 - 1269 = 8352 8532 - 2358 = 6174 7641 - 1467 = 6174 Au bout d\u2019un moment, le résultat est toujours le même : 6174.Pour les nombres à trois chiffres, la constante de Kaprekar est 495.Cela s\u2019explique, mais\u2026 pour cela, il nous aurait fallu disposer de quelques pages (et connaissances) supplémentaires ! JUILLET-AOÛT 2020 | QUÉBEC SCIENCE 25 \u2022 IMAGES : SHUTTERSTOCK.COM JEUX ET ÉNIGMES Êtes-vous de ceux qui aiment activer leurs neurones même au bord de la piscine ?Si oui, cette sélection de jeux, d\u2019équations et d\u2019énigmes est pour vous.Bonne chance ! 26 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2020 1.Une foule de triangles Avec 3 points, on peut faire un seul triangle.Avec 4 points, on peut tracer quatre triangles.Combien de triangles peut-on dessiner avec 5 points ?8 points ?100 points ?2.Carrelage alambiqué Vous voulez refaire le mur de votre salle de bain en créant une mosaïque à l\u2019aide des quatre pièces suivantes : 3.Petit ou gros rabais ?En achetant votre nouvel électroménager, vous savez que s\u2019appliqueront sur le prix af?ché une réduction de 20 %, les taxes de 15 % et des écofrais de 5 %.La vendeuse, soucieuse de votre satisfaction, vous permet de choisir dans quel ordre seront appliqués ces frais et la réduction.a) Quel ordre choisirez-vous ?Dans ce cas, allez-vous payer plus ou moins que le prix original ?b) Vrai ou faux ?Si un article est à 15 % de réduction et que les taxes sont de 15 %, vous paierez exactement le prix annoncé.POUR SE CASSER UN PEU LA TÊTE PAR JEAN-FRANÇOIS GAGNON, ENSEIGNANT DE MATHÉMATIQUES AU COLLÈGE MONTMORENCY 4.Friand de pizza ! Vous désirez vaincre votre dépendance à la pizza petit à petit.Aujourd\u2019hui, vous mangerez une pizza, puis, les prochains jours, vous mangerez toujours la moitié moins de pizza que la veille.Bien entendu, ce régime ne vous permettra jamais d\u2019arrêter complètement de manger de la pizza, puisque vous continuerez d\u2019en manger à l\u2019in?ni, si tant est qu\u2019on puisse couper des miettes à l\u2019in?ni ! De combien de pizzas au total aurez-vous besoin ?Montrez qu\u2019il est impossible de produire la mosaïque ci-dessous. JUILLET-AOÛT 2020 | QUÉBEC SCIENCE 27 \u2022 IMAGES : SHUTTERSTOCK.COM \u2022 WIKIMEDIA COMMONS 5.Sur les traces d\u2019Ératosthène À la manière du grand mathématicien grec, éliminez successivement tous les multiples de 2, de 3 ?à l\u2019exception de 2 et 3 eux-mêmes ?et ainsi de suite pour trouver tous les nombres premiers inférieurs à 100 (indice : il y en a 25).BONUS : Expliquez pourquoi il suf?t de faire l\u2019opération par bonds de 2, 3, 5 et 7 pour désigner tous les nombres premiers inférieurs à 100.POUR FAIRE DURER LE PLAISIR.6.À go, additionnez ! Il est agréable d\u2019additionner les premiers nombres naturels.1 + 2 = 3 ; 1 + 2 + 3 = 6 ; 1 + 2+ 3+ 4 = 10 a) Quelle est la somme des 100 premiers nombres naturels (sans utiliser la calculatrice\u2026) ?b) Quelle est la somme des 50 premiers nombres impairs ?Est-ce plus petit ou plus grand que 50× 50 ?c) Quand on additionne les premiers nombres impairs ensemble, on trouve toujours un carré parfait (un nombre entier multiplié par lui-même).Ainsi : 1 + 3 = 4 = 2 × 2 1 + 3 + 5 = 9 = 3 × 3 Montrez par des dessins pourquoi cela est le cas.7.À la ferme Dans un champ, il y a 10 fois moins de vaches que de chèvres.On compte une vache brune pour chaque couple de vaches blanches, mais on compte une chèvre brune pour cinq chèvres blanches.a) Dans quel ratio est répartie la couleur chez tous les animaux du champ ?b) Montrez qu\u2019il y a un nombre pair d\u2019animaux bruns.8.Fin de session Une professeure de mathématiques a calculé que la moyenne de son groupe à l\u2019examen était de 70 %.En remettant les copies aux étudiants, elle se rend compte qu\u2019une copie n\u2019est pas corrigée.a) Si son groupe compte 30 personnes et que la copie omise est parfaite (100 %), quelle aurait dû être la moyenne du groupe ?b) Si la copie omise (dont nous ignorons la note) augmente la moyenne de 15 points, quelle est la taille du groupe ?On suppose que la moyenne sans la copie manquante est toujours de 70 %.c) Cette même enseignante a deux autres groupes comptant 25 et 30 étudiants, dont les moyennes sont respectivement de 75 % et 80 %.Quelle est la moyenne des 55 étudiants de ces deux groupes ? JEUX ET ÉNIGMES 28 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2020 9.Les vases Vous avez devant vous deux vases irréguliers et non gradués : le premier peut contenir 3 litres et le second 5.Expliquez comment vous pouvez vous en servir pour obtenir exactement 1 litre de liquide.a) De combien de mouvements a-t-on besoin pour déplacer 4 disques de la tour A à la tour C ?b) De combien de déplacements a-t-on besoin si l\u2019on commence avec n disques sur la tour A ?c) Que deviennent ces nombres si l\u2019on ajoute une tour ?11.Touché coulé Le jeu Bataille navale consiste à trouver les positions de l\u2019ennemi sur un échiquier de 10 cases sur 10 cases en essayant à chaque tour une nouvelle case.En étant très malchanceux, on aurait besoin de 100 tours pour gagner.Remplaçons cette grille par une grille in?nie dont le centre est la case (0,0).Toutes les autres cases sont désignées par leurs coordonnées (ligne, colonne) en nombres entiers positifs et négatifs.Supposons que vous cherchez un unique bateau ennemi.En étant malchanceux, vous aurez besoin d\u2019un temps in?ni pour le trouver.Mettez au point une technique de recherche qui vous assure de trouver le bateau ennemi sans avoir besoin d\u2019une in?nité d\u2019essais.12.Le paradoxe des anniversaires Pour simpli?er le problème, nous supposerons qu\u2019une année compte toujours 365 jours.Il arrive que, dans un groupe, au moins 2 personnes aient la même date d\u2019anniversaire.Dans un groupe de 366 personnes, il est certain qu\u2019au moins 2 partagent leur date de naissance.Dans un groupe de 400 personnes, il est presque certain que cela se produit.Or, dans un groupe de 2 personnes, il n\u2019y a qu\u2019une faible chance que leurs dates d\u2019anniversaire soient identiques (1 chance sur 365 en fait).Complétez la phrase en utilisant le plus petit nombre qui la rend vraie.Dans un groupe de ____ personnes, il y a plus de 50 % de chances que 2 d\u2019entre elles aient la même date d\u2019anniversaire.10.Les tours de Hanoï Voici un joli jeu formé de trois tiges et de disques de différentes grandeurs.Pour gagner, il suf?t de déplacer les disques de la tour A à la tour C.Mais attention : on peut déplacer seulement un disque à la fois et un disque ne peut jamais être déposé sur un disque plus petit.Voici, par exemple, comme déplacer trois disques.VOUS EN VOULEZ PLUS ?A B C A B C A B C A B C A B C A B C A B C A B C 1 2 5 3 6 4 7 JUILLET-AOÛT 2020 | QUÉBEC SCIENCE 29 13.Le nombre d\u2019or Curieusement, le nombre d\u2019or ?1,618 a le même développement décimal que 1/?0,618 (c\u2019est-à-dire la même succession de chiffres après la virgule).a) À part 1 et -1, trouvez un autre nombre avec la même propriété.b) Trouvez une in?nité de nombres possédant cette propriété et montrez que les nombres que vous avez trouvés sont différents.POUR CONNAÎTRE LES SOLUTIONS www.quebecscience.qc.ca/jeux-solutions 14.Quelle forme étrange ! Pour la construire, nous commençons par un cercle noir d\u2019aire égale à un mètre carré.Nous plaçons ensuite dans chaque cercle un cercle plus petit compris entre le bord et le centre du précédent en alternant entre blanc et noir.L\u2019opération est reproduite une in?nité de fois.Les premières étapes sont reproduites ci-contre, mais la forme ?nale aura un niveau de détail in?ni qu\u2019il n\u2019est pas possible de dessiner.Quelle est l\u2019aire de la partie ombragée ?16.Que les meilleurs gagnent Dans un kiosque de fête foraine, 10 jeunes sont placés en ?le et regardent droit devant eux.Dans une heure, on placera sur leur tête un chapeau bleu ou rouge.Aucun ne verra la couleur de son propre chapeau ni celle des chapeaux des participants derrière lui.Mais tous verront très bien tous les chapeaux devant.En partant de la dernière personne de la ?le, on leur demandera de deviner la couleur de leur chapeau.Les jeunes qui devineront correctement la couleur gagneront la coquette somme de 100 $.Avant de commencer le jeu, on permet aux participants de se parler librement, mais dès que les chapeaux seront en place, ils ne pourront s\u2019exprimer qu\u2019à tour de rôle et devront se limiter à deviner la couleur de leur chapeau.Quelle stratégie permet toujours à au moins 9 jeunes de remporter la cagnotte ?POUR LES MORDUS 15.Désolé, mauvais numéro.Qui ne s\u2019est jamais trompé d\u2019un chiffre en appelant quelque part ?On veut joindre le 555-1849, mais on compose le 555-1749.S\u2019ensuit une discussion malaisante\u2026 Pour éviter cela, imaginons une nouvelle loi qui obligerait tous les numéros de téléphone à avoir aux moins deux chiffres différents.Ainsi, en attribuant le 555-1849, il devient impossible de donner les numéros de la forme X55-1849, 55X-1849, 555-X849, 555-1X49, 555-18X9 et 555-184X.a) Simon dit qu\u2019il a fait des calculs et qu\u2019on devra, sous cette nouvelle loi, attribuer 64 fois moins de numéros (les numéros ont 7 chiffres).Retracez sa ré?exion et expliquez pourquoi elle est fausse.b) Montrez à Simon comment il est possible de respecter la loi en n\u2019attribuant que 10 fois moins de numéros.\u2022 IMAGES : SHUTTERSTOCK.COM ny ML ali 4 -d rar, am rd a wR ATTY ag a J 5 Ng i is ns Pal c = ; ET ér ae i: °F ; 3 vi Frs nu, dr 2 ; : Tr a we 5 i se T- 7 \"+ LS FR) nd a = i Cu ver 2 Ta Cay ee Lu : T3 1° Ariss = \"- Le _ A Zh MN Gi 2 a = Le, dif i +a > Su Sn 4 I \u20ac Tur A ir kr ze at \u20ac + - te vu iF] a ig RA CO da \u201c= 8,0 5 et, - Es, \u201cve a =.ur FT In hy, ot \u201c4 won Na ha * ve - : pl Ig) -wr ae à ~F ny sv a ei A put -_ te Lae _- T mx it \u2014 de.ww =} E ce _ à \"a vent Nr + 1 C.J >» a = i : ve x 1\u20ac \u2014_ H - ta - - + ; if © 25e = on, : i aN : -a A r ow \u201c+1 - I - \u20ac * a 5 ! : 5 \"\" ER ® aman =, arrete 0 + * we a = LE Toad « - Lu 1 a 5 \u201d | £4 = = = i \"3 _\u2014 en ea : % x a qi .% am WN & ve Es at by 3 ef Ler = sg = oe vu 1.nm La Es a a a 51 4 nr cu I a: au $< -r .3 ! À .LF 2 fe.iY = - wd - =r T .3 a =.' 228 = te .et hoy Toy wt : = de dE; Haye fam Tel], : ; A i te, fu 111: \u201c= = J PY i SE RS fy A +, ~~ \u201c + rt \u201cwz Tao 7 Tighe y _ _ 7 vr x £ vu 3 : T ri ; EEN + ; \u201c \u201ca 1 \u2018 u rh EP ri >\" =.A Pa | us gt - X my a i! = nee i TE ar = [i a fe a QUALITÉ ra LAIT DE J .EE 9 > A 4 + ns yy £ : a #4 + = = be AS \u20ac Vip 5\" qi, T \u201cA SN dur ve ay I .r Ricotta bio maison, brunoise fraises et basilic INGRÉDIENTS Ricotta bio maison 2 tasses de lait bio 3,8 % 1 tasse de crème à fouetter bio 35 % 1 c.à thé de sel 2 c.à soupe de vinaigre blanc Brunoise fraises et basilic 1 tasse de fraises, en dés 2 c.à thé de sirop d\u2019érable 1 c.à thé de basilic frais, inement haché ou de petites feuilles de basilic frais Verrines de ricotta 1 tasse de ricotta bio maison 1/4 tasse de sirop d\u2019érable ou de miel 2 c.à soupe de jus d\u2019orange, fraîchement pressé 1 c.à soupe de zeste d\u2019orange 1 tasse de brunoise fraises et basilic 1/2 tasse de copeaux de noix de coco, de biscuits au beurre ou Graham, en morceaux Récoltez votre basilic, mais surtout, récoltez les compliments avec cette recette qui goûte fraîchement l\u2019été.PRÉPARATION Ricotta bio maison 1.Tapisser un tamis d\u2019au moins trois couches de coton à fromage.Placer le tamis sur un grand bol profond.Réserver.2.Dans une casserole, à feu moyen, porter à ébullition le lait, la crème et le sel.Remuer de temps en temps pour éviter que le mélange ne colle au fond de la casserole.3.Éteindre le feu et ajouter le vinaigre.Remuer.Laisser reposer pendant environ 10 minutes, ou jusqu\u2019à ce que le mélange caille.4.Verser le mélange sur le tamis réservé.Laisser égoutter au réfrigérateur pendant 2 heures, pour en retirer le maximum d\u2019humidité.5.Transférer la ricotta maison dans un contenant hermétique.Jeter le petit lait.La ricotta se conserve au réfrigérateur pendant 4 à 5 jours.Brunoise fraises et basilic 6.Dans un bol, mélanger tous les ingrédients de la brunoise.Verrines de ricotta 7.Mélanger 1 tasse de ricotta bio maison, le sirop d\u2019érable ou le miel, le jus d\u2019orange, et le zeste d\u2019orange.8.Transférer dans 4 petits pots.Garnir de brunoise de fraises et basilic et de copeaux de noix de coco ou de biscuits au beurre ou Graham en morceaux.Préparation 25 minutes Réfrigération 2 heures Cuisson 15 minutes Portions 4 SOCIÉTÉ L\u2019humain a horreur de l\u2019ennui.Or, ce sentiment de vide et d\u2019insatisfaction nous a drôlement rattrapés ces derniers temps.Peut-être n\u2019est-ce pas une si mauvaise chose, nous disent les chercheurs.PAR PAULE DES RIVIÈRES vec le Grand Con?nement, nos activités sociales ont disparu.Envolées, nos distractions favorites.Nous manquions cruellement de temps et voilà que l\u2019ennui s\u2019est installé à demeure.Et cela n\u2019est pas pour nous plaire.Nous abhorrons l\u2019ennui, si bien que nous aimons encore mieux recevoir de légers chocs électriques que de rester immobiles, sans tâche précise, comme le montrent une série d\u2019expériences menées en 2014 par des chercheurs américains.C\u2019est dire.Pourtant, l\u2019ennui est un sentiment fort complexe, riche d\u2019enseignement et qui peut être même constructif.De grands penseurs des 19e et 20e siècles ne se sont-ils pas échinés à cerner sa mystérieuse dualité ?Schopenhauer, Kierkegaard, Heidegger et Sartre l\u2019ont habilement décortiquée, l\u2019associant à un incontournable mal de vivre.Nietzsche déplorait, lui, que « presque tous les habitants des pays civilisés préfèrent encore travailler sans plaisir plutôt que de s\u2019ennuyer ».L\u2019ennui a attiré l\u2019attention des historiens, surtout après la Deuxième Guerre mondiale.Leur perspective a permis de mieux saisir toute la charge politique derrière l\u2019ennui.Sinon, pourquoi les autorités politiques et religieuses se seraient-elles inquiétées de l\u2019usage que feraient les travailleurs de leur temps libre dans la foulée de la réduction des heures de travail ?Et si le peuple s\u2019adonnait au vice ?Et s\u2019il avait le temps d\u2019imaginer un monde meilleur, plus juste, avec de meilleurs salaires ?Depuis les années 1980, c\u2019est au tour des psychologues et des neuropsychologues d\u2019apprivoiser l\u2019ennui, qu\u2019ils avaient jusque-là jugé trop fuyant, trop discret, trop\u2026 existentiel.Ils rattrapent d\u2019ailleurs le temps perdu à la vitesse grand V.Le nombre d\u2019études sur le sujet a fait un bond signi?catif, passant de 11 par année en 1980 à 95 pour l\u2019année 2019 dans la seule banque de données PubMed.Leurs découvertes sont étonnantes, comme le montre cette expérience au cours de laquelle des participants, laissés à eux-mêmes pendant 15 minutes dans un laboratoire vide, ont choisi de s\u2019autoadministrer de petites décharges électriques plutôt que de s\u2019abandonner à l\u2019ennui.Publiés dans Science, les résultats avaient étonné les chercheurs, convaincus que les possibilités ILLUSTRATION : FRANÇOIS BERGER DIRECTION ARTISTIQUE : NATACHA VINCENT AET SI L\u2019ENNUI était béné?que ?32 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2020 He = \" ; : in cre i) 1-25 Ind ! +r \u201cfF > y \"huis ba Br : ui | =F RG ey! Ja + = ww -r Tare ays Me 3 rt iT y a \"x x T1 = \u2014 tk ga \"14 vs ~y ad i Hs ~~ 1 x su UF ee .Ti x -\u2014 anlat Qu = = Ls reaped ok JAE A Wt -\u2014 \u201ca i \"42 or ; = Û > i y fe 8 2 A \" Wy a J = y \u2014_ \u2014 AN A Nan fis a 1 ; NT abs x a , £ Ly ha I.H À gi.H A CAE =k a ue sa\" bg il ald ss : Fu i a I al 0 { \"hh ï' t wy £ ra |! \" Fat Ld [] : À 1477 \"4 a RLY fi al] FI \"+ Ta! re ={1% : ¥ 1 NE + pan\" 1.3 = I wa n : [a + Ty 5 nN * I, 4 ll < : a ¥ ge ; 5 4 4 - FI \u2018 ! 4 - ta | gE : e ue a = a» ou x ÿ à ad yy, je } > LI a ra Td a 8e \u2014 = Li \\ {+ \u201cI om a à BEX; RX + CF AE ¥ © co Lat Pa ; * 5 = «1 $ x7 Ly = \u201d Ry fk = ; Er aa aed Ly A a ma è me Ly ; à Po J hab \u2014_ 1 gai i.; : > je \u201c4% d # [ Ë 5 > i 3 150 v : Fm 4 a nF Er 3 \u20ac | ., n rr \u201cOar a 1, 7 hoa at : LE pa © : ats n°2 \u2018a À \u2018 & ÿ ov I A L © SA Da hi i 5 3 \"dt, rT ï 14 se R - at 5 ¢ A NET eo.: 223% Lu LS & ] : X Tr kA) 4 = a Ça rr 6 3 > ire at PE apt A : Ra A A ?9 4 is + bi ; \u20ac: arr.= pol Ar?ç yo to À - i 2 x! id Herr re) Fr 4e > 1 \u201c1 duu 1k 103 ti: 1 4 3 2 = © eu D \u20ac - ne 2 # 4 - Ld : =k A ty \u20ac: » gdb Le ?Ls, i 2 Lei # ra _- < J Ars @ ey IP ) en 4g ei 5 # ' fi fn, i} © bs \u2014\u2014 > } hy 1 ® +» Ww ha by = t ! 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Ainsi, l\u2019ennui nous envoie un signal, de la même manière que la douleur nous enjoindra de retirer illico notre main d\u2019un rond de cuisinière chaud, explique John D.Eastwood.« L\u2019esprit qui s\u2019ennuie n\u2019est pas sollicité ; il n\u2019est engagé dans aucune tâche ou activité et il s\u2019en trouve profondément insatisfait », résume celui qui a coécrit avec James Danckert un ouvrage grand public sur le sujet paru début juin, Out of My Skull: The Psychology of Boredom.L\u2019ennui traduit un désir emprisonné.Nous désirons quelque chose, mais nous ne savons pas quoi au juste.Tolstoï ne disait-il pas que l\u2019ennui est le désir de désirer ?L\u2019idée que l\u2019ennui puisse déclencher le changement fut proposée en 1993 par les chercheurs en psychologie W.L.Mikulas et Stephen Vodanovich.« Nous avons aussi observé que les gens qui s\u2019ennuient sont à la recherche de solutions qui donneraient un sens à leur vie, indique Wijnand Van Tilburg au cours d\u2019un entretien téléphonique.L\u2019ennui peut conduire à la rêverie, puis aux réminiscences nostalgiques qui, à leur tour, mènent à vouloir renforcer des liens d\u2019attachement avec des proches ou des communautés d\u2019intérêts.» Pensons aux écrivains romantiques du début du 19e siècle, dont la sensibilité créative était alimentée par la rêverie mélancolique.Les héros romantiques de Stendhal ou de Chateaubriand avaient une manière bien à eux de cultiver l\u2019ennui.Tout leur était indifférent, sauf l\u2019être aimé, de préférence inaccessible, dont ils s\u2019ennuyaient avec délectation.À ce chapitre, les philosophes tirent les mêmes constats de l\u2019ennui.« Lorsque vous vous ennuyez, vous cherchez à faire autre chose ; vous ne savez pas quoi exactement, mais le pouvoir de motivation de l\u2019ennui est très fort », note Andreas Elpidorou, professeur adjoint au Département de philosophie de l\u2019Université de Louisville, au Kentucky, qui a publié l\u2019article « The Good of Boredom » en 2017 dans la revue Philosophical Psychology.L\u2019ennui peut ainsi nous amener vers de nouveaux horizons, 34 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2020 ajoute-t-il.L\u2019écrivain Dany Laferrière ne dit pas autre chose lorsqu\u2019il attribue à l\u2019ennui sa bienheureuse découverte de la littérature.Pour Mark Kingwell, professeur au Département de philosophie de l\u2019Université de Toronto, une certaine tolérance à l\u2019ennui est indispensable pour s\u2019interroger sur les « objectifs motivants dont on a tous besoin dans la vie ».« Malheureusement, nous nous distrayons frénétiquement sur Facebook, Instagram, Twitter et autres applications afin de déjouer, sans succès, un ennui sans cesse renouvelé.La peur de l\u2019ennui conduit à la dépendance à l\u2019égard des applications qui éveillent des désirs de consommation sans fin et, donc, des insatisfactions toujours plus grandes », déplore-t-il, faisant écho à son ouvrage paru l\u2019an dernier, Wish I Were Here: Boredom and the Interface.Le philosophe Bertrand Russell, en 1930, observait pour sa part que « nous nous ennuyons moins que nos ancêtres, mais nous craignons plus l\u2019ennui ».Faisant une distinction entre l\u2019ennui fécond et l\u2019ennui abrutissant, l\u2019auteur concluait « qu\u2019une génération incapable de supporter l\u2019ennui sera une génération d\u2019hommes médiocres, d\u2019hommes qui ont rompu à tort avec le lent processus de la nature, d\u2019hommes dont toutes les impulsions vitales se fanent lentement comme s\u2019ils étaient des fleurs coupées dans un vase ».LES PIÈGES DE L\u2019ENNUI En revanche, si l\u2019ennui persiste, il peut entraîner des comportements à risque.Les travailleurs qui s\u2019ennuient courent plus de risques de se blesser ou de commettre des erreurs, en accordant moins d\u2019attention à leurs tâches.De nombreuses recherches ont démontré que l\u2019ennui chronique peut mener à l\u2019abus de drogue ou d\u2019alcool ou encore au jeu compulsif.En clair, il joue un rôle non négligeable dans les comportements qui dénotent une accoutumance et serait une cause de rechute chez les toxicomanes, qui éprouvent la plus grande des difficultés à remplacer l\u2019objet de leur dépendance par quelque chose d\u2019agréable, au-delà du sevrage.À l\u2019Institut universitaire en santé mentale Douglas, de l\u2019Université McGill, Thomas Brown dirige une équipe qui étudie le comportement des récidivistes de l\u2019alcool au volant.« La réponse au stress de ces conducteurs est plus basse que celle d\u2019un groupe témoin.Ils sont à la recherche d\u2019expériences fortes et tentent de combattre l\u2019ennui chronique », signale le professeur associé du Département de psychiatrie.Son équipe a prélevé des échantillons de cortisol salivaire chez les sujets au repos, puis à la suite d\u2019activités dites stressantes, comme répondre à des énigmes mathématiques a?n de remporter des prix.Le taux de cortisol des conducteurs à risque est resté bas, contrairement à celui du groupe témoin.Les résultats de l\u2019étude ont été publiés dans PLOS ONE en 2016.« D\u2019autres expériences en neuro-imagerie fonctionnelle ont permis de voir que les conducteurs à risque essaient d\u2019activer leur système de dopamine a?n d\u2019augmenter l\u2019intensité de leur stimulation », dit-il.L\u2019ennui peut donc mener à la délinquance.D\u2019ailleurs, en temps de con?nement imposé pour des raisons sanitaires, ceux qui ne respectent pas les consignes invoquent l\u2019ennui.C\u2019est ce que révèlent plusieurs recherches effectuées au Canada et aux États- Unis dans la foulée de l\u2019épidémie du syndrome respiratoire aigu sévère en 2003.Des chercheurs avaient alors examiné l\u2019adhésion à la quarantaine imposée à quelque 15 000 personnes dans la grande région de Toronto.Au- jourd\u2019hui, des chercheurs de partout sur la planète ont commencé à scruter nos comportements pendant cet exceptionnel printemps 2020.Ils accumulent des données sur les conséquences de l\u2019ennui qui nous a étreints et nous a restreints.Mais le con?nement a été inégal.Si certains se sont bien ennuyés, d\u2019autres ont traversé une période étourdissante.Demandez aux travailleurs de la santé et aux parents effectuant du télétravail avec des enfants à la maison.Parions que, pour ces derniers, l\u2019ennui, lorsqu\u2019il viendra, sera un luxe à savourer.L\u2019ŒUF OU LA POULE ?Dans une étude publiée en 2012, John D.Eastwood a relaté une expérience où l\u2019on a démontré que les personnes qui accomplissent une tâche moyennement intéressante, mais qui sont distraites par le bruit d\u2019un téléviseur dans la pièce voisine étaient plus vulnérables à l\u2019ennui que celles qui pouvaient mieux se concentrer sur leur tâche.Pour le neuropsychologue de l\u2019Université York, cette expérience, associée à d\u2019autres plus récentes, permet d\u2019associer l\u2019ennui au dé?cit d\u2019attention.« Les personnes aux prises avec un trouble dé?citaire de l\u2019attention avec ou sans hyperactivité sont plus sensibles à l\u2019ennui, car elles éprouvent de la dif?culté à se centrer sur une tâche.» Ou alors, est-ce l\u2019inverse : la propension à l\u2019ennui mènerait-elle à un dé?cit d\u2019attention ?« Il nous est dif?cile de dire laquelle de ces caractéristiques vient en premier.» JUILLET-AOÛT 2020 | QUÉBEC SCIENCE 35 \u2022 IMAGES : SHUTTERSTOCK.COM ESPACE Le résultat était si improbable que c\u2019en était déconcertant.« Mais comment veux-tu que je justi?e la présence de cailles dans l\u2019espace ?» a demandé le biologiste Nicholas Brere- ton à son collègue Emmanuel Gonzalez, spécialiste en métagénomique.Ensemble, ils s\u2019intéressent aux communautés microbiennes, dont celles qui grouillent dans la Station spatiale internationale (SSI).Et ce qu\u2019ils ont trouvé à l\u2019automne 2018 laissait croire que de petits volatiles au plumage brun avaient déjà élu domicile dans la Station, qui orbite autour de la Terre.Tout a commencé par une nouvelle technique appelée ANCHOR, mise au point par Emmanuel Gonzalez, rattaché à l\u2019Université McGill, et des chercheurs de l\u2019Institut de recherche en biologie végétale de l\u2019Université de Montréal, dont Nicholas Brereton.La méthode offre une précision inégalée pour analyser d\u2019énormes quantités de données génomiques dans le but d\u2019identi?er les espèces de microorganismes présents dans un échantillon.Elle permet de réduire un phénomène que connaissent bien les spécialistes en métagénomique : ils naviguent dans leur discipline tels des écologistes myopes, « comme si, en se promenant dans une forêt, on pouvait seulement dire \u201cJ\u2019ai vu quelque chose de marron\u2026 je crois\u201d.On a un problème de résolution », illustre Emmanuel Gonzalez.ANCHOR augmente cette résolution sans faire d\u2019amalgame entre des séquences génétiques similaires, ce qui avait pour effet de modi?er les données et de dissimuler la véritable diversité des espèces bactériennes.Pour tester cette approche, les chercheurs se sont naturellement tournés vers ce qui les fait rêver : l\u2019espace.Sur le site de la NASA, ils ont eu accès à un jeu de données correspondant au matériel génétique trouvé sur les murs, les claviers et les rampes de deux modules de la SSI.Ces prélèvements avaient déjà été analysés grâce à une méthode éprouvée nommée QIIME dans une étude publiée en 2017.Après environ deux jours de calculs réalisés sur des serveurs de Calcul Québec, l\u2019équipe est parvenue à des résultats différents de cette précédente étude ; de nouvelles espèces ont émergé et certaines se sont révélées vraiment plus abondantes.Les chercheurs pouvaient également voir les traces de multiples plantes et animaux passés par la Station, détectés indirectement, car les mitochondries et chloroplastes de leurs cellules descendent de bactéries.C\u2019est alors que l\u2019empreinte des cailles est apparue.L\u2019étonnement dubitatif n\u2019a pas duré.« Quelques heures après, Nicholas me rappelait pour me dire que les astronautes ont vraiment apporté des cailles dans l\u2019espace ! » relate Emmanuel Gonzalez en nous montrant une vidéo mettant en vedette un petit oiseau tournoyant en apesanteur.Ce modèle animal est utilisé pour des expériences dans l\u2019espace au moins depuis 1979 et son développement embryonnaire a notamment été étudié dans la SSI.L\u2019équipe a découvert que le module Harmony, où dorment des astronautes, On demande souvent aux astronautes de la Station spatiale internationale ce qu\u2019ils mangent ou comment ils font pour dormir.La bonne question serait plutôt : qu\u2019est-ce que ça sent ?PAR MÉLISSA GUILLEMETTE ILLUSTRATION : DUSHAN MILIC MILLE MILLIARDS D\u2019AMIES dans la SSI JUILLET-AOÛT 2020 | QUÉBEC SCIENCE 37 ESPACE s\u2019apparente à un gros système digestif humain ! Le module Destiny, où sont situés les laboratoires américains, compte toutefois une bien plus grande variété de microorganismes.« On ne s\u2019attendait pas à autant de diversité\u2026 Les occupants font tellement attention ; ils lavent tout, tout le temps, et tout ce qui est envoyé vers la Station est désinfecté pour enlever toute trace de vie.» Le tout a été publié dans Environmental Biology en 2019.La SSI a été lancée en 1998.Depuis, les agences spatiales ne badinent pas avec les mesures de précaution, car personne ne veut qu\u2019un pathogène infecte les équipages ?et ce sera encore plus nécessaire pour les longues missions vers Mars ou un astéroïde.Imaginez une gastroentérite spatiale\u2026 Eh bien, c\u2019est déjà arrivé ! À l\u2019occasion de la mission Apollo 8, en 1968, tout l\u2019équipage a souffert d\u2019une gastro (virale) avant le départ et un astronaute a vomi en vol et a eu des maux de ventre.Une infection urinaire a également été notée pendant Apollo 13.Les agences spatiales ont beau mettre les astronautes en quarantaine deux semaines avant le départ, ils traînent avec eux des milliards de bactéries, tout comme les animaux et les plantes qui font partie des expériences scienti?ques dans l\u2019espace et parfois même le matériel.Évidemment, aucune fenêtre n\u2019a pu être ouverte pour aérer la Station en 22 ans ! Aucune douche n\u2019a été prise ! De plus, les produits utilisés pour nettoyer les surfaces et les instruments ne peuvent pas être trop forts, car ils pollueraient l\u2019air.Il y a bien un aspirateur, un système de puri?cation de l\u2019air ultrasophistiqué, des tâches de désinfection des équipements et le nettoyage régulier de la toilette et de la cuisine.Mais ça reste un milieu de vie riche.« Je ne peux pas croire que les astronautes ne le sentent pas\u2026 », lâche Emmanuel Gonzalez.En entrevue avec le magazine Wired en 2017, l\u2019astronaute américain Scott Kelly disait avoir eu des rappels de la SSI en visitant une prison qui embaumait « l\u2019antiseptique, la poubelle et les odeurs corporelles ».Charmant ! Nous avons donc posé la question à David Saint-Jacques, le dernier Canadien ayant vécu dans la Station spatiale internationale : qu\u2019est-ce que ça sent à bord ?Pas grand-chose, nous a-t-il répondu\u2026 « En condition d\u2019apesanteur, notre sens de l\u2019odorat est réduit en raison de la congestion nasale causée par la migration du sang vers la tête.Un peu comme quand on a le rhume, on sent moins bien les odeurs.» Tant mieux ! AMIES OU ENNEMIES Cette faune n\u2019est pas forcément malvenue.Elle est au contraire indispensable.Les scienti?ques l\u2019ont maintes fois montré : l\u2019humain, tout comme les animaux et les plantes, a besoin des bactéries.« Les animaux de laboratoire sans ?ore bactérienne et élevés dans un milieu aseptisé ne se portent pas très bien », rappelle Nicole Buckley, de l\u2019Agence spatiale canadienne.Contrairement à ses collègues, la chef scienti?que des sciences de la vie ne décore pas son bureau uniquement de fusées et de photos d\u2019astres, mais également de toutous en forme de microbes.Pas surprenant, donc, qu\u2019elle ait trouvé très intéressants les travaux des chercheurs québécois.LE FEU SAUVAGE DE L\u2019ESPACE Les virus aussi sont dans la mire des agences spatiales.Parmi eux ?gurent les huit virus de la famille des Herpesviridae (dont ceux de la varicelle et du feu sauvage), que de 70 à 95 % de la population a déjà contractés et qui demeurent en latence dans le corps.Des experts de la NASA ont analysé la salive et l\u2019urine de 112 astronautes ayant participé à de courtes ou de longues missions.Ils ont trouvé des virus réactivés chez plus de la moitié d\u2019entre eux et la charge virale augmente avec la durée du séjour, révèle leur article publié dans Frontiers in Microbiology.La production accrue d\u2019hormones de stress réduit l\u2019immunité cellulaire : les cellules qui éliminent habituellement les virus sont moins ef?caces.Les pathogènes en pro?tent.Le rayonnement cosmique, la faible gravité, l\u2019accélération incroyable au décollage font partie des stresseurs auxquels le corps d\u2019un astronaute est soumis, en plus de l\u2019isolement et de la perturbation des cycles de sommeil naturels, selon les auteurs.Seuls six astronautes ont toutefois présenté des symptômes mineurs, dont une lésion attribuable à l\u2019herpès buccal.38 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2020 Emmanuel Gonzalez et ses collègues Nicholas Brereton et Frédéric Pitre ont retracé la présence, actuelle ou passée, d\u2019une variété d'organismes dans la SSI.Un diagramme résume leurs trouvailles.« On parle toujours du microbiome de notre bouche ou de notre intestin.Mais il y a un microbiome dans la pièce où l\u2019on se trouve ! Comment in?ue-t-il sur notre santé ?Si l\u2019effet était négatif, on serait malade et on le saurait.Mais prouver son in?uence positive est plus dif?cile.» D\u2019où l\u2019intérêt de bien caractériser les espèces présentes dans la SSI.Et de vérifier si elles sont toujours actives.« C\u2019est comme des fouilles archéologiques.On voit l\u2019ADN, mais on ne sait pas s\u2019il se rattache à un organisme mort ou vivant », précise Nicole Buckley.Elle ne s\u2019en fait pas trop pour les astronautes, qui ont une santé de fer, dit-elle.« Ce ne sont pas des individus comme vous et moi\u2026 » Les études montrent néanmoins que leur système immunitaire est affecté par l\u2019environnement spatial, comme le prouve la réactivation de certains virus en dormance (voir l\u2019encadré p.38).Et les analyses réalisées au moyen d\u2019ANCHOR indiquent qu\u2019il n\u2019y a pas que des amies dans la SSI ; des passagers indésirables l\u2019ont in?ltrée.La bactérie F.magna, qui se tient habituellement dans les intestins, s\u2019y trouve et peut causer des infections.Quant à la bactérie qui colonise plusieurs bouches humaines, H.parain?uenzae, elle répond également présente et possède ce qu\u2019il faut pour devenir un pathogène multirésistant aux antibiotiques.Des analyses de la NASA révèlent que le système de traitement de l\u2019eau est contaminé par deux bactéries du genre Burkholderia (cepacia et contaminans), probablement depuis son assemblage, avant même d\u2019avoir été envoyé vers la SSI, en novembre 2008.Ces bactéries sont des dures à cuire : elles continuent de résister aux traitements de désinfection et de stérilisation du système.Jusqu\u2019à récemment, Aubrie O\u2019Rourke n\u2019avait jamais travaillé avec ces deux espèces ?pas plus qu\u2019avec la NASA.Mais cette chercheuse du J.Craig Venter Institute en Californie étudie depuis longtemps une cousine au potentiel létal, Burkholderia pseudomallei.« Elle est endémique en Asie du Sud-Est et dans le nord de l\u2019Australie et vit dans le sol.Certains travailleurs de rizières se coupent et contractent une vilaine infection ou encore la bactérie peut entrer dans les voies respiratoires.Elle est bien connue pour entraîner des infections persistantes ; il s\u2019agit d\u2019ailleurs d\u2019un potentiel agent de bioterrorisme.Quand j\u2019ai vu que deux bactéries du même genre traînaient dans le système d\u2019eau potable de la SSI, je me suis dit que ce ne devait pas être génial.» Elle a proposé un projet de recherche à la NASA, qui l\u2019a accepté.Il consistait à véri?er si les deux espèces se comportaient de la même façon dans l\u2019espace que sur Terre, où elles sont un problème essentiellement pour les personnes atteintes de ?brose kystique, tandis que leur capacité à survivre dans l\u2019eau distillée est une préoccupation en milieu hospitalier.Aubrie O\u2019Rourke voulait notamment déterminer si ces bactéries conservaient la même virulence et la même faculté de former des bio?lms (une communauté tricotée serré et collée sur une surface).Car la Terre et l\u2019espace sont des milieux très différents.« La microgravité est un environnement qui ressemble au corps humain pour les microbes.Cela a pour JUILLET-AOÛT 2020 | QUÉBEC SCIENCE 39 \u2022 PHOTOS : ALEKSANDRA NOWICKA / BOVIHOME ESPACE effet de les allumer, de les préparer pour l\u2019infection.L\u2019autre aspect, c\u2019est le rayonnement cosmique galactique, qui traverse les bactéries et entraîne de larges brisures de leur ADN.Plus la coupure est large, plus la réparation est grande et plus il y a de possibilités de mutations » susceptibles de modi?er le comportement d\u2019un microbe.(Ces radiations seront encore plus intenses lors des missions lointaines.) La chercheuse a obtenu des échantillons prélevés dans la SSI et les analyses ont révélé que le pouvoir pathogène des deux bactéries demeure équivalent, tout comme leur réponse aux antibiotiques.Toutefois, certains isolats avaient le pouvoir accru de former des bio?lms.« On a aussi montré que B.contaminans produit un antifongique qui a un effet cytotoxique sur les lignées cellulaires humaines.» Bref, c\u2019est à surveiller pour les dernières années de vie de la SSI, qui tirera sa révérence en 2024.Cependant, la scienti?que estime que la concentration de bactéries dans l\u2019eau n\u2019est pas une bonne façon de déterminer si elle est potable, bien que ce soit l\u2019indice utilisé actuellement.« Il faut opérer un virage pour inclure dans la décision quels microbes sont présents.De plus, si un astronaute attrape un microbe muté là- haut et le rapporte sur Terre, quels sont les risques ?» HALTE AUX MOISISSURES La Station spatiale internationale a déjà eu des problèmes de moisissures : dans un détecteur de fumée en 2001 ; dans le module Zaria en 2004, là où les astronautes faisaient sécher des vêtements ; dans le système de filtration de l\u2019air en 2007.Les astronautes de la SSI nettoient donc régulièrement les surfaces à risque pour éviter d\u2019avoir des troubles respiratoires.Car personne ne veut vivre ce par quoi la station russe Mir est passée\u2026 même si Nicole Buckley avoue que c\u2019est une histoire assez fascinante pour la microbiologiste qu\u2019elle est.Tout a commencé à la fin des années 1990, alors que la station était en orbite terrestre depuis plus de 10 ans.« Mir avait connu des pannes de courant et cela s\u2019est traduit par des problèmes de contrôle de l\u2019humidité », raconte Mme Buckley.Les Russes et les Américains ont donc voulu étudier la présence de microorga- nismes dans la station.En ouvrant un panneau d\u2019alimentation rarement touché, les astronautes ont trouvé une masse d\u2019eau ?ottante de la taille d\u2019un ballon de basket.Ils en ont découvert deux autres derrière d\u2019autres panneaux, bien au chaud.L\u2019eau n\u2019était jamais claire\u2026 plutôt brune ou blanchâtre.« C\u2019était de parfaits petits microcosmes ! » dit Nicole Buckley.Des prélèvements de ces boules inquiétantes ont mis au jour la présence de plusieurs champignons ainsi que des bactéries pathogènes E.coli, S.marcescens et d\u2019une espèce du genre Legionella, selon les résultats publiés dans la revue savante Microbial Ecology quelques années plus tard.Les moisissures proliféraient également sur le tour des fenêtres.Il paraît que Mir sentait le sous-sol humide où l\u2019on aurait laissé vieillir des pommes\u2026 À l\u2019Astrobiology Science Conference de 2019, une équipe allemande a par ailleurs montré que les spores d\u2019une espèce d\u2019Aspergillus, le genre le plus fréquent dans Mir et dans la SSI, peuvent survivre à un niveau de radiation 200 fois plus intense que celui pouvant tuer les humains.Cela signi?e que l\u2019espèce pourrait potentiellement coloniser les éventuels objets célestes visités, alors que le Traité de l\u2019espace de 1966 stipule que les missions doivent se garder de contaminer le système solaire.Après l\u2019épisode exultant de la SSI, les chercheurs montréalais ont utilisé leur méthode ANCHOR dans le cadre d\u2019études portant sur les communautés bactériennes présentes dans le compost, les eaux usées et le lait maternel ainsi que chez les patients atteints de ?bromyalgie, du VIH et d\u2019un cancer du côlon.Ils ont récemment obtenu des fonds de l\u2019Agence spatiale canadienne pour étudier le microbiote intestinal des six participants à l\u2019étude Mars500, achevée en 2011 après avoir simulé une mission spatiale de 520 jours.« Nous sommes contactés par de plus en plus de gens pour des collaborations, indique Emmanuel Gonzalez.Ce sont toujours des histoires passionnantes ! » BACTÉRIES MANGEUSES DE SSI Certains microorganismes risquent de mettre à mal la Station spatiale internationale elle- même.Ils peuvent causer la dégradation de certains polymères et métaux ?même de l\u2019acier inoxydable ! Des bactéries et champignons connus pour les ravages qu\u2019ils causent à des matériaux sur Terre (les genres Methylobac- terium, Sphingomonas, Bacillus, Penicillium et Aspergillus) ont été détectés dans la SSI, selon une étude américaine publiée en 2019 dans Microbiome.Leur comportement dans l\u2019espace reste toutefois à documenter.À l\u2019époque de la station Mir, la destruction progressive d\u2019une fenêtre du module de descente a été attribuée principalement à trois coupables : Bacillus polymira, P.chrysogenum et une espèce du genre Aspergillus, d\u2019après un article scienti?que de 1999.Ce dernier soulignait l\u2019importance de surveiller la biocorrosion dans les missions spatiales pour prévenir tout bris d\u2019équipement.\u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM 40 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2020 LE RETOUR DU DIRIGEABLE En 2019, Québec investissait des millions de dollars dans une entreprise française peu connue : Flying Whales, qui fabrique des dirigeables.Est-ce le retour en force d\u2019une technologie déchue ou un mirage de science-?ction ?PAR ANNE-HÉLÈNE MAI N ous sommes en 1937.Le Hindenburg est une ?erté du régime nazi.Long de 245 m, il est le plus grand dirigeable jamais construit.Ce paquebot du ciel propulsé par quatre moteurs diésels assure régulièrement la liaison Berlin-New York pour les voyageurs les plus aisés.Véritable bijou technique, il effectue ce trajet en trois jours, soit trois fois plus rapidement qu\u2019un bateau.La ?rme allemande Zeppelin semble la seule capable de poursuivre ce rêve futuriste, alors que ses concurrents en Italie, au Royaume-Uni et en Grande-Bretagne accumulent les échecs.Le 6 mai 1937, le réveil est brutal : le « Titanic des airs » s\u2019écrase en ?ammes alors qu\u2019il descend vers sa tour d\u2019amarrage de Lakehurst, dans le New Jersey.La catastrophe fait 34 morts et signe la ?n des vols commerciaux par dirigeable.Au cours des années suivantes, le traumatisme tempérera les ambitions.Les États-Unis et, à moindre échelle, l\u2019Union soviétique, tenteront de faire usage de dirigeables plus petits, dits « blimps ».La marine américaine s\u2019en servira comme engins de surveillance.Les blimps fonctionnaient à l\u2019hélium, un gaz que les États-Unis conservaient jalousement depuis 1927 \u2013 une décision qui a contribué au funeste destin du Hindenburg, condamné à utiliser de l\u2019hydrogène.Depuis les années 1970, des blimps comme ceux de la firme américaine TECHNOLOGIE JUILLET-AOÛT 2020 | QUÉBEC SCIENCE 41 \u2022 IMAGE : FLYING WHALES TECHNOLOGIE Goodyear circulent encore dans le ciel.Ils font of?ce de panneaux-réclames ou de navires aériens de croisière, mais uniquement pour quelques heures et seulement par beau temps.Toutefois, à l\u2019heure où les changements climatiques et les enjeux énergétiques poussent les ingénieurs à chercher des solutions de transport, les vertus du dirigeable inspirent de nouveau.L\u2019automne dernier, Québec annonçait un investissement de 30 millions de dollars dans une entreprise française peu connue des contribuables : Flying Whales, qui fabrique des dirigeables.L\u2019entreprise en démarrage veut changer la donne du transport de charges lourdes ou de denrées dans les régions éloignées.Cette technologie d\u2019antan pourrait être une occasion pour le Québec de devenir le chef de ?le international d\u2019un mode de transport durable.Pouvons-nous nous autoriser à en rêver ?SORTIR DU NUAGE Le Manitobain Barry Prentice en rêve, lui, depuis 20 ans.Le professeur de gestion logistique et des transports de l\u2019Université du Manitoba s\u2019est inquiété dès les années 2000 de la viabilité des chemins de glace de la province, menacés par le réchauffement planétaire.Or, ces routes relient plusieurs communautés isolées du nord du Canada aux plus grands centres qui leur fournissent vivres et matériaux de construction.« Construire et entretenir des routes dans ces régions est particulièrement onéreux, explique M.Prentice.Or, le dirigeable peut se rendre n\u2019importe où et transporter des dizaines de tonnes de matériel.» Depuis 2002, il organise les conférences Airships to the Arctic pour réunir les spécialistes susceptibles de travailler à la conception de dirigeables.Selon lui, ces engins pourraient aussi aider à patrouiller dans les territoires nordiques et à gérer des fuites de pétrole ou d\u2019autres urgences quand le tra?c commercial s\u2019intensi?era autour du pôle Nord libéré des glaces.Dans le même objectif, le professeur a fondé en 2005 l\u2019organisation ISO Polar Airships, qui encourage l\u2019usage des dirigeables pour le transport de fret.Il a également mis en place un centre de recherche consacré à ces aérostats, le Buoyant Aircraft Systems International.Mais ses initiatives se sont heurtées au scepticisme du milieu des affaires et des gouvernements.« Dans le secteur minier, les moyens d\u2019accès et de transport sont cruciaux.Des terres riches en ressources sont souvent isolées et la construction de routes représente un coût énorme.Malgré cela, on m\u2019a répondu que l\u2019investissement dans les dirigeables était trop risqué », rapporte Barry Prentice.Les désastres du siècle dernier sont toujours bien présents dans l\u2019imaginaire collectif.Et malgré les progrès techniques, ces ballons ellipsoïdes restent chers à fabriquer et, surtout, complexes à manœuvrer.Les doutes quant à la fiabilité des dirigeables ont eu raison de nombreuses tentatives dans les dernières décennies.L\u2019entreprise allemande CargoLifter AG a fait faillite en 2012, alors qu\u2019elle s\u2019était donné la mission depuis 1994 de bâtir d\u2019immenses hangars et de concevoir des ballons pouvant lever 100 tonnes (t).Varialift Airships, au Royaume-Uni, travaille depuis 2004 sur un dirigeable en aluminium qui aurait une capacité de 250 t et fonctionnerait à l\u2019énergie solaire.Mais l\u2019entreprise n\u2019est pas parvenue à fabriquer un prototype entier.En 2011, la compagnie Discovery Air, basée à Yellowknife, s\u2019était montrée intéressée par l\u2019achat de dirigeables d\u2019une contenance de 50 t à l\u2019entreprise britannique Hybrid Air Vehicles.Elle s\u2019est ravisée l\u2019année suivante.Le premier prototype du fabricant a subi deux accidents en 2016 et 2017.Le géant américain de matériel de défense et de sécurité Lockheed Martin est lui aussi dans la course et il s\u2019en sort mieux.L\u2019inauguration de ses dirigeables a été repoussée d\u2019année en année, mais il béné?cie au Québec d\u2019un intérêt marqué de la part de la compagnie minière Torn- gat Metals pour le transport du minerai jusqu\u2019à Schefferville.L\u2019organisme Gestion Schefferville a rempli une demande de financement auprès de Québec pour acquérir plusieurs appareils et construire un aéroport adapté.Selon Barry Prentice, Lockheed Martin est sur la bonne voie grâce à l\u2019appui ?nancier de l\u2019armée américaine.« Avec les dirigeables, you can\u2019t start small, af- ?rme-t-il.Pour beaucoup de technologies, il est possible de commencer dans son garage.Là, il faut un garage gigantesque ! » L\u2019investissement dans Flying Whales annoncé par Québec est une belle récompense pour les années de militantisme du professeur.« Les gouvernements français et québécois sont les premiers en 80 ans à investir dans des dirigeables civils », souligne-t-il.Et c\u2019est ce qui change tout.« Beaucoup de gens rêvent de dirigeables, mais il y a finalement peu de projets concrets à l\u2019échelle mondiale », constate également Romain Schalck, de l\u2019équipe de Flying Whales à Paris.« Le ciel est dominé par le gouvernement, ajoute Barry Prentice.C\u2019est lui qui décide de ce qui vole et atterrit, où et quand\u2026 Donc, si le gouvernement ne se montre pas encourageant, cela crée de l\u2019incertitude auprès des investisseurs.» LA PROPOSITION DE FLYING WHALES Le gouvernement du Québec s\u2019intéresse aux dirigeables depuis plusieurs années déjà.« Le dirigeable peut, comme les drones quadricoptères ou les hélicoptères, rester en vol stationnaire pour le chargement et le déchargement.Mais sa valeur ajoutée, c\u2019est son autonomie », indique David Saint-Onge, professeur en aérospatiale au Département de génie mécanique de l\u2019École de technologie supérieure de Montréal.Le gaz porteur évite de consommer de l\u2019énergie pour lever l\u2019appareil et le maintenir dans les airs.Ainsi, il peut se déplacer sur de plus grandes distances et ?otter au même endroit sur une plus longue durée.Un premier projet québécois, celui de LTA Aérostructures, a échoué en 2017, alors que la ?rme américaine basée à Montréal comptait installer son usine d\u2019assemblage à Mirabel.Pendant ce temps, la jeune pousse française Flying Whales multipliait les partenariats prometteurs avec le groupe chinois AVIC General Aircraft ainsi que l\u2019Of?ce national des forêts et la Banque publique d\u2019investissement en France.« Je comprends la décision du Québec d\u2019investir, dit le consultant en aéronautique Laurent Ducom, qui travaille présentement avec Flying Whales.J\u2019en ai vu d\u2019autres, des cas de \u201cOn pourra faire plein de choses avec notre invention, mais on ne sait pas quoi encore\u201d\u2026 Flying Whales a une application bien dé?nie avec des clients qui font partie du projet.» 42 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2020 Passage du dirigeable R-100 au-dessus de la gare Windsor du Canadien Paciique (août 1930) Vue d\u2019artiste du dirigeable en aluminium de la compagnie britannique Varialift Airships.Il aurait une capacité de 250 t et fonctionnerait à l\u2019énergie solaire.Le Hindenburg en lammes (1937) JUILLET-AOÛT 2020 | QUÉBEC SCIENCE 43 \u2022 IMAGES : ARCHIVES NATIONALES DU QUÉBEC \u2022 VARIALIFT AIRSHIPS TECHNOLOGIE En effet, ce sont les besoins de l\u2019Of?ce national des forêts qui ont inspiré au fondateur de Flying Whales, Sébastien Bougon, l\u2019idée d\u2019un appareil pouvant récupérer le bois des forêts des Alpes françaises, confronté à des pentes abruptes et à des conditions atmosphériques particulières, sans avoir à se poser au sol.L\u2019équipe, composée de chercheurs, d\u2019étudiants et de spécialistes en aéronefs hors normes, veut produire un ballon de 154 m de long sur 43 m de haut d\u2019une capacité de 60 t.« On s\u2019est arrêtés sur 60 t par rapport aux besoins du marché, précise Romain Schalck.Mais nous aurons une marge de manœuvre d\u2019une dizaine de tonnes grâce à la motorisation.» Le dirigeable ne touchera jamais le sol, même dans son hangar.Flying Whales s\u2019est entourée d\u2019un consortium d\u2019entreprises spécialisées dans des technologies préexistantes qu\u2019il reste à adapter et assembler pour fabriquer l\u2019aérostat et tout ce qui servira à ses opérations.Parmi elles, le Groupe ADF, pour mettre au point un système de capteurs qui guideront le dirigeable vers l\u2019intérieur du hangar, puis qui l\u2019en sortiront aligné au vent avant de déverrouiller ses points d\u2019attache.L\u2019Aéroport de Paris également, pour concevoir un réseau de bases d\u2019amarrage et de hangars à travers le monde.L\u2019objectif est de produire 150 dirigeables en France, en Chine et au Québec d\u2019ici 10 ans.UN PUZZLE À ASSEMBLER Pour David Saint-Onge, spécialisé en téléopération des aéronefs, les progrès techniques des dernières années ne sont pas étrangers au regain d\u2019intérêt pour les dirigeables.« On a maintenant des matériaux qui permettent d\u2019avoir des coquilles solides beaucoup plus légères.Elles résistent mieux à la grêle, aux oiseaux ou à la manipulation lors du stationnement, explique-t-il.Elles permettent un vol plus stable aussi, tandis que les membranes souples ont une élasticité, elles rebondissent et changent de forme selon la pression.» Grâce à l\u2019impression 3D métallique, il est possible de créer des structures en treillis extrêmement ?nes, de l\u2019ordre du micromètre.Néanmoins, si le ballon est l\u2019atout du dirigeable, il est aussi son talon d\u2019Achille.« Son enveloppe est aérodynamique, mais elle reste tout de même une grande voile.Pour rester immobile, l\u2019aérostat doit constamment se battre contre les rafales de vent, ce qui demande beaucoup d\u2019énergie et une capacité de réaction implacable.» Comment charger de marchandises un appareil qui pourrait être emporté sur plusieurs mètres au rythme des bourrasques ?Le maintien au sol demande énormément de force et une fâcheuse tempête pourrait tout briser.Barry Prentice a eu l\u2019idée d\u2019une plateforme d\u2019atterrissage en forme de table tournante.« L\u2019appareil serait attaché à la plateforme rotative, qui à son tour suivrait les mouvements du ballon selon la direction du vent.» Il ré?échit aussi avec David Saint-Onge et une douzaine d\u2019autres chercheurs canadiens à un système de réception mobile amené par camion dans des communautés nordiques.Pour sa part, Flying Whales mise sur des points de propulsion placés stratégiquement sur chaque côté de l\u2019appareil pour assurer sa stabilité et des mouvements contrôlés.« Le dirigeable a une inertie très forte.C\u2019est un peu comme un sous-marin des airs », mentionne Romain Schalck.Avec l\u2019énergie électrique, la répartition de l\u2019af?ux dans chacun des propulseurs se fait de manière plus ?uide qu\u2019avec du carburant.Ainsi, le dirigeable sera hybride dans un premier temps : le kérosène sera transformé en énergie électrique.L\u2019appareil, qui est destiné à devenir tout électrique grâce à des piles à hydrogène, consommera dès ses débuts de 15 à 20 fois moins de carburant qu\u2019un des hélicoptères les plus puissants, le Super Puma d\u2019Airbus, capable de soulever un maximum de quatre tonnes.Bien qu\u2019il soit deux fois moins léger que l\u2019hydrogène, l\u2019hélium demeure le produit de choix de Flying Whales.L\u2019entreprise souhaitait obtenir rapidement le feu vert des autorités de certi?cation, et l\u2019hydrogène et ses dangers lui auraient mis des bâtons dans les roues.De son côté, Barry Prentice est un fervent défenseur de ce gaz envoyé aux oubliettes depuis la tragédie du Hindenburg.« On en sait plus sur l\u2019hydrogène qu\u2019à l\u2019époque, fait-il observer.Le Canada a suivi les États-Unis dans l\u2019interdiction de l\u2019hydrogène pour les dirigeables en 1922\u2026 Or, de nos jours, il peut être plus sécuritaire et surtout plus accessible, alors que les pénuries d\u2019hélium sont fréquentes.» La rareté de l\u2019hélium n\u2019inquiète pas l\u2019équipe de Flying Whales.« Il sera conservé dans des cellules de gaz réparties dans le ballon, nous ne le consommerons pas comme un carburant », rassure Romain Schalck.Les cellules de gaz vont s\u2019étendre en prenant de l\u2019altitude et se contracter en se rapprochant du sol, ce qui permettra d\u2019ajuster la portance en vol selon la pression atmosphérique.1783 Le premier vol aérosta- tique de l\u2019histoire a lieu à Versailles.Les frères de Montgol?er montrent leur invention, un ballon de coton et papier gon?é par un feu de laine et de paille mouillée.Des animaux sont les premiers passagers.1852 L\u2019ingénieur français Henri Giffard fabrique le premier ballon dirigeable.Long de 44 m, il parcourt 27 km, propulsé par la vapeur.1900 L\u2019inventeur allemand Ferdinand von Zeppelin crée le LZ-1, premier appareil à structure rigide en forme de cigare de 128 m de long.1910 La Deutsche Luftschiffeur Aktien- Gesellschaft est la première compagnie de transport aérien commercial.Elle utilise des dirigeables rigides Zeppelin.1914-1918 L\u2019armée allemande utilise des Zeppelin pour bombarder Londres et Paris d\u2019une très haute altitude, hors de portée des avions.Après l\u2019armistice, les dirigeables allemands sont con?squés.1926 Le dirigeable Norge, conçu par l\u2019Italien Umberto Nobile, est le premier appareil à survoler le pôle Nord.1929 Le LZ 127 Graf Zeppelin effectue le tour du monde en 21 jours, dont 12 jours en vol.44 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2020 FLYING WHALES AMERICA Au mois d\u2019avril dernier, Flying Whales devait prendre son envol au Québec avec l\u2019inauguration de ses bureaux montréalais.Mais pandémie de COVID-19 oblige, l\u2019installation se fera d\u2019ici la ?n de l\u2019été, dit Arnaud Thioulouse, qui est à la tête du développement de programmes de Flying Whales Québec.Avec des experts locaux, il doit mener des recherches sur la propulsion hybride ainsi que l\u2019avionique et l\u2019intelligence embarquées.Puis il explorera le marché du Grand Nord, déjà lorgné par Lockheed Martin.« Il est clair que l\u2019entreprise nous perçoit comme un concurrent », a établi Sébastien Bougon lors d\u2019un point de presse en novembre 2019.Les appareils utilisés en Amérique seront fabriqués au Québec.Adaptés au climat local, ils ne pourront cependant pas décoller en cas de conditions givrantes ou si les nuages sont trop bas.« Mais le dirigeable a un plafond d\u2019opération de 3 000 m d\u2019altitude », signale Arnaud Thioulouse.Il y a donc de la marge.« Pour aller plus haut, il nous faut plus de distance.Or, nous ne ferons pas de trajets de milliers de kilomètres.» Le dirigeable servira de pont à partir des gares, des ports, des camions vers les mines et les villages, déclare-t-il.« Il n\u2019est pas question de traverser le Canada en dirigeable.» Une fois reconnues et stabilisées, ces baleines volantes deviendront-elles les chefs de ?le d\u2019un marché de transport intermédiaire, entre l\u2019avion, le train et le bateau ?Dans la quête actuelle de modes de déplacement moins dommageables pour l\u2019environnement, il peut valoir la peine de se replonger dans les bonnes idées du passé, comme on l\u2019a fait avec la voiture électrique.Comme l\u2019a dit Laurent Ducom, « s\u2019il y a 10 ans le gouvernement du Québec avait investi dans Tesla, tout le monde aurait parié que ça ne mènerait à rien ».1930 L\u2019appareil R-100 de l\u2019Empire britannique s\u2019écrase en France alors qu\u2019il effectuait sa première liaison Londres-Bombay et fait 48 morts.Le Royaume-Uni interdit l\u2019usage de l\u2019hydrogène pour les ballons.1935 Après de nombreux accidents, la US Navy cesse l\u2019usage de dirigeables rigides.Seuls les blimps, souples, volent.1937 Le plus grand dirigeable jamais construit, le Hindenburg, s\u2019enlamme lors de son atterrissage à Lakehurst, dans le New Jersey.Il avait effectué 63 voyages à travers le monde.1957 En mars, le Snow Bird, de l\u2019entreprise américaine Goodyear, établit le record d\u2019endurance : il vole durant 11 jours, traversant deux fois l\u2019Atlantique sans jamais toucher le sol.1980 Dans ces années, l\u2019entreprise britannique Thunder & Colt crée le premier dirigeable équipé de commandes de vol électriques, le GA-42.2004 Le 27 octobre, l\u2019aventurier Steve Fossett enregistre le record du monde de vitesse moyenne à bord de son dirigeable à moteur thermique Zeppelin NT : 115 km/h.2020 Flying Whales s\u2019installe à Montréal.Le Grand Nord canadien représente un marché potentiel.Vue d\u2019artiste du dirigeablede Flying Whales transportant du bois JUILLET-AOÛT 2020 | QUÉBEC SCIENCE 45 \u2022 IMAGES : FLYING WHALES \u2022 SHUTTERSTOCK.COM 46 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2020 CuL e TR u ÉMILIE FOLIE-BOIVIN @efolieb Si Québec Science est aux premières lignes pour vous informer sur la COVID-19 depuis le début de la pandémie, son équipe a franchement besoin de se changer les idées une fois la journée de travail terminée ! Pour vous inspirer à votre tour, voici les petits bonheurs culturels (liés de près et d\u2019un peu moins près à la science) qui nous ont fait l\u2019efet d\u2019un bon bain chaud.PETITS ET GRANDS BONHEURS D\u2019OCCASION J e commence ! Mon refuge a été la conquête de l\u2019espace, qui a procuré tellement d\u2019émotions fortes dans les années 1960.Dans le livre Apollo 8 (2018), le journaliste scienti?que Jeffrey Kluger revient sur les exploits incroyables des premiers astronautes envoyés autour de la Lune.Il avait déjà montré, avec Apollo 13 (1994), son doigté pour livrer des récits exaltants.Il récidive en servant moult détails excitants, au sol comme en orbite, sur cette première mission vers la Lune où le retour de l\u2019équipage était loin d\u2019être assuré.Et puisque derrière chaque astronaute se trouve une femme qui lui permet de briller, The Astronaut Wives Club (2014), de Lily Koppel, donne la parole aux conjointes des pilotes de l\u2019époque Mercury et Apollo.Un document précieux, truffé de con?dences sur la vie domestique, les amitiés, les rivalités et les jeux de coulisses.Marie Lambert-Chan : Les personnages de Toute la lumière que nous ne pouvons voir, d\u2019Anthony Doerr (2015), la lecture du moment de notre rédactrice en chef, sont des chercheurs dans l\u2019âme.Il y a Werner, un adolescent allemand qui maîtrise les ondes électromagnétiques comme pas un, qui sera recruté par la Wehrmacht bien malgré lui.Et il y a Marie- Laure, une jeune aveugle française dont le père est le serrurier du Muséum national d\u2019histoire naturelle à Paris.« À travers eux, on arrive à voir la beauté du monde, même si ce dernier s\u2019écroule.» Marine Corniou : Une fort intrigante ?ction a attiré l\u2019attention de notre journaliste : Le bal des folles, un roman de Victoria Mas sur la façon dont on internait les femmes « hystériques » (dont les ?lles violées, les rebelles et celles qui étaient épileptiques) dans un hôpital parisien au 19e siècle.Une fois par an, on costumait ces « folles » et l\u2019on invitait la haute société à venir les côtoyer à l\u2019occasion d\u2019un bal.« Une ré?exion intéressante sur le rapport entre les médecins, hommes tout-puissants, et leurs patientes vulnérables qu\u2019on donnait en spectacle au nom de la science.» Annie Labrecque : « Les monstres, est-ce que c\u2019est de la science ?» demande à la blague notre journaliste Web et gestionnaire des médias sociaux.Après s\u2019être en?n mise à la série Stranger Things, elle a plongé dans l\u2019imposant roman graphique Moi, ce que j\u2019aime, c\u2019est les monstres, d\u2019Emil Ferris.Une jeune ?lle enquête sur le suicide de sa voisine dans cette bédé intense et dense.Mélissa Guillemette : Deux beaux livres pas du tout récents sont lus en rotation chez notre journaliste, à la demande de ses deux petits loups : Antarctique (1997), de Mike Lucas, et Le Saint-Laurent : beautés sauvages du grand ?euve, d\u2019Annie Mercier et Jean- François Hamel (2000).« Le récit des différents stades de vie des icebergs et la découverte des organismes des profondeurs de l\u2019estuaire sont assez reposants ! » Aussi sur sa table de chevet : La philosophie à l\u2019abattoir, de Jean- François Labonté et Christiane Bailey.« Les enjeux moraux autour du bacon me font penser à autre chose qu\u2019au virus\u2026 et aux questions éthiques à son sujet.» Natacha Vincent : Dans la chaumière de notre directrice artistique, la famille se réunit autour de Trivia Crack, un divertissant jeu-questionnaire sur tablette.Il permet de se muscler le cerveau dans six catégories (dont la science) et l\u2019on peut même faire équipe avec ses copains ou disputer une partie contre grand-maman qui habite dans la ville d\u2019à côté. JUILLET-AOÛT 2020 | QUÉBEC SCIENCE 47 LIRE Toujours dans la Lune Quelle intense période historique que celle de la conquête de l\u2019espace quand les Soviétiques et les Américains se livraient une chaude lutte pour la première place sur le podium de l\u2019exploration spatiale.La science vivait alors de glorieux moments et tout semblait possible.Dans son documentaire jeunesse La course à l\u2019espace : de Spoutnik à l\u2019alunissage et au-delà, la maison d\u2019édition La Pastèque s\u2019assure de transmettre à une nouvelle génération cet important chapitre de notre histoire.Il revient sur les épisodes marquants ?tragédies, succès, échecs ?qui se sont déroulés entre la création des premières fusées il y a 800 ans et celle de la Station spatiale internationale.Ham le chimpanzé, John Glenn et les fusées iconiques n\u2019auront plus de secret pour les jeunes, à qui l\u2019on parle ici comme à des adultes.Les superbes illustrations rétro de Paul Daviz immortalisent les évènements dans ce livre qui, pour un jeune public, ne lésine pas sur les détails.La course à l\u2019espace : de Spoutnik à l\u2019alunissage et au-delà, par Clive Gifford et Paul Daviz, La Pastèque, 64 p.J O U E R R E G A R D E R Remède aux jours gris Que vous soyez pharmacien de profession ou que vous aimiez ?âner dans les pharmacies à la recherche d\u2019un remède aux petits et grands maux, Nouvelle ordonnance : quatre siècles d\u2019histoire de la pharmacie au Québec est une prescription qui vous fera du bien.L\u2019essai illustré remonte le cours de l\u2019histoire pour raconter l\u2019origine de la profession.On fouille la pharmacopée amérindienne et l\u2019on découvre les rares apothicaires venus s\u2019établir en Nouvelle-France.On y revient sur les rivalités avec les médecins, ainsi que sur les nombreuses lois régissant le contrôle des médicaments.On suit également les multiples réformes de l\u2019enseignement et du corpus scolaire des futurs pharmaciens.Et puisque l\u2019auteure Johanne Collin, sociologue et historienne, n\u2019a pas été avare de détails, qu\u2019elle sait communiquer avec dextérité, les curieux apprendront des faits surprenants sur les pratiques discutables, les potions obscures et l\u2019essor des femmes dans la profession.Nouvelle ordonnance : quatre siècles d\u2019histoire de la pharmacie au Québec, par Johanne Collin, en collaboration avec Denis Béliveau, Les Presses de l\u2019Université de Montréal, 404 p.Classer, classer Les amateurs de jeux vidéos ayant envie de faire d\u2019un nucléotide deux coups seront ravis de rendre service à la recherche tout en s\u2019amusant avec Borderlands Science, un contenu intégré à même le jeu Borderlands 3.Imaginé par des chercheurs de l\u2019Université McGill, en collaboration avec le Massively Multiplayer Online Science et le Microsetta Initiative, le concept consiste en une série de casse-têtes à résoudre a?n de cartographier les bactéries du microbiote intestinal.Puisque les ordinateurs sont incapables d\u2019organiser les données sans faire d\u2019erreurs, les joueurs sont ainsi mis à pro?t pour les corriger dans un jeu rappelant un peu Tetris.Cette science participative aidera entre autres à enrichir le catalogue universel des microbes que les scienti?ques du monde entier utiliseront pour trouver des traitements novateurs et mieux comprendre ce « deuxième cerveau ».Borderlands Science, intégré à Borderlands 3, tinyurl.com/y6wlucsv Derrière le champignon de Paris Ils décomposent les corps et font place aux prochaines formes de vie ; ils soignent, nourrissent, font planer et pourraient même sauver la planète, rien de moins ! Si les champignons sont comme de petits superhéros qui n\u2019ont pas encore leur univers Marvel, ils ont désormais leur ?lm, Fantastic Fungi.Ce documentaire immersif est aussi ensorcelant que son sujet.On découvre comment s\u2019étend le mycélium, ce réseau souterrain de ?laments blancs formé par ces eucaryotes.Le potentiel hallucinant (et méconnu) de cet organisme est expliqué par le mycologue américain Paul Stamets et de nombreux experts.Et comme si les champignons n\u2019étaient pas assez spectaculaires, les images en accéléré de ces beautés déployant leur jupe de dentelle et celles de leurs chapeaux ondulant au vent comme des clochettes ?nissent de nous convaincre que ces petites choses, qui ont survécu à plusieurs extinctions de masse, sont des êtres avec lesquels on a tout intérêt à frayer.Sauf pour ce qui est des espèces toxiques, bien sûr\u2026 Fantastic Fungi, par Louie Schwartzberg, en ligne sur fantasticfungi.com.En anglais.\u2022 IMAGES : LA PASTÈQUE veloquebecvoyages.com 514 521-8356 \u2022 1 800 567-8356, poste 506 Réservez vos vacances ! Photo : Didier Bertrand Cantons-de-l\u2019Est 3 JOURS Choix de trois escapades De Bromont à Orford De Farnham à Bromont De Granby à Lac-Brome Lanaudière 3 JOURS De Saint-Roch-de-l\u2019Achigan à Joliette Lanaudière et Mauricie 3 JOURS De Saint-Barthélemy à Trois-Rivières Montréal\u2013Québec 4, 5 OU 6 JOURS De Montréal à Québec Côte-du-Sud 3 JOURS De Lévis à Montmagny Bas-Saint-Laurent 5, 6 OU 7 JOURS De Montmagny à Rivière-du-Loup Bas-Saint-Laurent Est 5, 6 OU 7 JOURS De La Pocatière à Rimouski Bas-Saint-Laurent\u2013 Gaspésie 6 JOURS De Rivière-du-Loup à Matane Plaisirs gourmands dans les Cantons Enchantement sur le chemin du Roy Bonheur cycliste au il de l\u2019eau La formule En liberté inclut l\u2019hébergement, le transport du bagage, les itinéraires exclusifs et les petits-déjeuners.Les vacances, c\u2019est ici : à vélo, au Québec, En liberté ! Cet été, Vélo Québec Voyages vous propose une collection de ses plus beaux itinéraires au Québec.Découvrez-les avec vos proches, aux dates de votre choix, en formule En liberté. JUILLET-AOÛT 2020 | QUÉBEC SCIENCE 49 uccession d\u2019accords internationaux, tari?cation de la pollution, manifestations monstres : depuis plus de 30 ans, on a usé de toutes les stratégies a?n d\u2019endiguer la crise climatique.Mais rien ne semble suf?sant\u2026 Aux grands maux les grands remèdes : des individus, des organisations et même des États ont décidé de mettre littéralement au banc des accusés les responsables de la crise climatique.Depuis 1986, le Sabin Center for Climate Change Law et le Grantham Research Institute on Climate Change and the Environment ont recensé quelque 1 000 poursuites contre des entreprises et des gouvernements pour des motifs environnementaux.La clé du succès de l\u2019action climatique pourrait-elle résider dans les procédures judiciaires ?Pour y voir plus clair, examinons quelques cas.En Grande- Bretagne, la cour d\u2019appel a récemment donné raison à l\u2019organisation non gouvernementale (ONG) Plan B Earth en jugeant illégal le projet de construction d\u2019une troisième piste à l\u2019aéroport international d\u2019Heathrow\u2026 parce que le projet allait à l\u2019encontre des engagements du gouvernement quant à l\u2019Accord de Paris.Une première en la matière ! Aux Pays-Bas, la cause Urgenda Foundation v.The State of the Netherlands a fait grand bruit.Une ONG environnementale et plusieurs centaines de personnes cherchaient à contraindre l\u2019État à en faire plus pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES).Dans cette cause exceptionnelle, les trois niveaux de tribunaux, incluant la Cour suprême des Pays-Bas, se sont prononcés en faveur des plaignants : le gouvernement doit réduire ses émissions de GES de 25 % par rapport à celles de 1990 d\u2019ici la ?n de 2020.À l\u2019opposé, la cause Juliana v.United States n\u2019a pas été couronnée de succès après quelque cinq ans de procédures préliminaires.Des adolescents et des jeunes adultes voulaient démontrer que le gouvernement américain avait violé leurs droits constitutionnels à un environnement sain et, ainsi, le forcer à réduire sa consommation de combustibles fossiles.Bien que la cause n\u2019ait pas été acceptée et que les juges aient déterminé que ce n\u2019était pas au tribunal de légiférer sur les politiques climatiques, ces derniers ont tout de même estimé que les plaignants avaient été lésés par l\u2019inaction climatique du gouvernement.C\u2019est pourquoi les adolescents et leurs avocats ont fait appel de la décision.Au Canada, un cas analogue a été présenté par Environnement Jeunesse.Les plaignants considèrent que le gouvernement fédéral a désigné des cibles de réduction des émissions de GES peu ambitieuses et portant atteinte au droit à la vie et à la santé des Québécois et Québécoises de 35 ans et moins.Même s\u2019il a été reconnu que les répercussions des changements climatiques sur les droits à la vie et à la santé humaines sont une question justiciable, la Cour supérieure a néanmoins rejeté la cause parce que la limite d\u2019âge invoquée par les plaignants était aléatoire et non objective.Ici aussi, la cause a été portée en appel.Ainsi, comme pour les centaines d\u2019autres litiges recensés, le bilan est mitigé.Pourquoi ?Sur le plan juridique, il est très dif?cile d\u2019établir un lien de causalité entre une source précise de GES et son incidence climatique.Néanmoins, les analyses du Sabin Center for Climate Change Law et du Grantham Research Institute on Climate Change and the Environment indiquent que l\u2019approche semble prometteuse, même s\u2019il n\u2019y a pas suf?samment de données pour bien mesurer son in?uence.D\u2019après leurs chiffres, à l\u2019extérieur des États-Unis, les défenseurs du climat ont plus souvent gain de cause : environ 43 % des 305 recours menés ces 15 dernières années ont abouti à un résultat favorable.Aux États-Unis, l\u2019effet inverse a été observé entre 1990 et 2016, alors que les actions en justice nuisibles aux avancées climatiques ont surpassé les recours favorables dans un ratio de 1,4 pour 1.J\u2019ai eu la chance d\u2019en discuter avec Jacynthe Ledoux, avocate en droit autochtone et en droit de l\u2019environnement chez OKT Avocats, et Karine Péloffy, avocate ayant une expertise en droit climatique.Selon elles, même si certaines causes n\u2019ont qu\u2019une portée symbolique, plusieurs permettraient de faire progresser les cadres juridiques nationaux.Par ailleurs, plus la science du climat évolue, plus les outils et arguments à la disposition des avocats sont nombreux pour faire valoir la justice climatique.Devant l\u2019urgence, il est à prévoir que les actions judiciaires continueront à se multiplier et à boni?er la « jurisprudence internationale climatique ».D\u2019ailleurs, l\u2019International Bar Association a créé un « petit manuel d\u2019autodéfense climatique » qui vise à dé?nir le rôle des tribunaux dans la formation de recours obligeant les gouvernements à protéger le public en matière climatique.Il n\u2019y a donc pas de recette miracle, mais j\u2019ose espérer que les apprentissages tirés des jugements internationaux entraîneront l\u2019obligation pour les gouvernements et les entreprises de rendre des comptes.Qui sait, peut-être verrons-nous un jour une sorte de tribunal international du climat ! Farfelu ?Seul le temps le dira\u2026 Les tribunaux du climat S Les opinions exprimées dans cette chronique n\u2019engagent que leur auteur.JEAN-PATRICK TOUSSAINT @JeanPatrickT Anthropocène IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM 50 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2020 RÉTROVISEUR L\u2018HISTOIRE DES SCIENCES VUE PAR SATURNOME VOTEZ pour le prix du public Découverte jusqu\u2019au 13 septembre 2020 ici.radio-canada.ca/decouverte I m a g e : J a c k B a u e r , U n i v e r s i t é d e M o n t r é a l 52 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2020 Par l\u2019entremise de ses projets de grande valeur, l\u2019Oncopole démontre que la collabora?on entre les ins?tu?ons et les chercheurs du pays sont des éléments clés pour que notre système de soins en oncologie soit innovant, cohérent, compé?f et exemplaire.Une approche novatrice pour lu?er contre le cancer Pour plus d\u2019information, visitez : Suivez-nous : @oncopole Oncopole oncopole.ca "]
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