Le devoir, 20 janvier 2020, Cahier A
[" VOL.CXI NO 9 / LE LUNDI 20 JANVIER 2020 / 1,52 $ + TAXES = 1,75 $ WWW.LEDEVOIR.COM PROJET ÉNERGIE SAGUENAY Des prévisions qui restent à démontrer Les scénarios de réduction d\u2019émissions de GES demeurent hypothétiques ALEXANDRE SHIELDS LE DEVOIR G NL Québec, mais aussi le premier ministre François Legault, affirme sans hésitation que le projet d\u2019exportation de gaz albertain Énergie Saguenay permettra de réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre de 28 millions de tonnes par année.Des experts consultés par Le Devoir soulignent toutefois que cela est présentement impossible à démontrer, puisqu\u2019on ne sait pas qui achètera ce gaz liquéfié ni à quoi il servira.Jeudi dernier, M.Legault a accueilli à ses bureaux de Montréal des dirigeants de GNL Québec, dans le cadre d\u2019une réunion fermée aux médias.Il s\u2019est alors entretenu avec le président de GNL Québec, Pat Fiore, ainsi que le président du conseil d\u2019administration de l\u2019entreprise détenue par des intérêts américains, Jim Illich.« Bonne rencontre avec les dirigeants du projet Énergie Saguenay », a-t-il tweeté par la suite, en publiant une photo présentant cette rencontre avec les promoteurs du projet Énergie Saguenay.« Un projet d\u2019investissement majeur : 4000 emplois durant la construction et 250 emplois permanents à 100 000 $ par année.Le projet réduirait les GES de 28 millions en remplaçant des centrales au charbon », a également écrit le premier ministre, reprenant ainsi des arguments en faveur du projet évoqués à maintes reprises par GNL Québec.« Selon nous, le Québec doit aider ses voisins, l\u2019Europe et même l\u2019Asie à remplacer leurs centrales au charbon.C\u2019est une des plus grandes contributions que le Québec pourrait faire en matière d\u2019environnement », a par la suite précisé au Devoir le cabinet de M.Legault, tout en réaffirmant la tenue préalable d\u2019une évaluation environnementale avant une prise de décision.INDEX Avis légaux .B2 Culture.B7 Décès .B4 Éditorial.A6 Grille TV.B7 Idées.A7 Météo .B6 Monde.B1 Mots croisés.B6 Religion .B6 Société .A5 Sports.B4 Sudoku .B6 ACTUALITÉS Au tour de Québec de s\u2019opposer à la taxe carbone d\u2019Ottawa A 3 MONDE Trois ans de Donald Trump, une chronique de François Brousseau JESSICA NADEAU LE DEVOIR Souhaitant mettre davantage de pression sur les « clients abuseurs », le président de la Commission spéciale sur l\u2019exploitation sexuelle des mineurs, Ian Lafrenière, sonde le terrain auprès des organismes pour voir s\u2019il serait opportun que le Québec se dote de « John\u2019s School », un programme d\u2019éducation pour les John \u2014 nom générique pour les clients de la prostitution \u2014 qui se font prendre dans les filets de la police.«Les policiers vont aller faire du fishing \u2014 c\u2019est-à-dire poster une annonce dans les journaux ou les médias sociaux \u2014 et, quand les clients abuseurs vont répondre et se faire coincer, on va leur offrir deux possibilités : celle d\u2019aller dans le système criminel avec une poursuite ou celle du John\u2019s School », a expliqué Ian Lafrenière, en entrevue au Devoir à la veille de la reprise des travaux de la Commission spéciale sur l\u2019exploitation sexuelle des mineurs.« C\u2019est une école pour les John.Une journée de formation complète où ils vont rencontrer les policiers, des gens du milieu et des survivantes qui vont expliquer ce qu\u2019elles ont vécu.En plus de ça, il y a une amende qui leur est imposée et qui est remise entièrement à des organismes qui viennent en aide aux femmes qui sont exploitées.» Ce programme est appliqué dans certaines villes canadiennes, notamment à Calgary et à Edmonton, affirme le député caquiste de Vachon, qui trouve l\u2019idée «vraiment très intéressante».Ça pourrait faire partie, selon lui, d\u2019un « éventail de solutions » à mettre en place au Québec.Il souhaite donc questionner les intervenants qui seront entendus lundi et mardi à Montréal et jeudi à Val-d\u2019Or, pour «voir leur réaction face à ça» et déterminer si cette approche serait envisageable au Québec.« On ne parle pas de gens qui veulent des services sexuels de filles de douze ans, on s\u2019entend, ça, c\u2019est criminel, on EXPLOITATION SEXUELLE DES MINEURS Québec veut mettre plus de pression sur les « clients abuseurs » SOCIÉTÉ Quand les étudiants investissent la finance durable A 5 28 millions C\u2019est la diminution de GES, en tonnes, qu\u2019entraînera le projet Énergie Saguenay, selon GNL Québec.VOIR PAGE A 4 : CLIENTS LISA-MARIE GERVAIS LE DEVOIR IMMIGRATION Le parrainage de réfugiés miné par la corruption La pression s\u2019accentue sur le ministère de l\u2019Immigration, alors que des tentatives de corruption et des cas d\u2019intimidation ont été rapportés au ministère et décriés par les personnes voulant parrainer des réfugiés.Selon ce qu\u2019a appris Le Devoir, des messagers, qui pour certains attendent depuis jeudi l\u2019ouverture des bureaux du ministère pour y déposer des dossiers de parrainage, se seraient fait intimider et proposer de l\u2019argent pour céder la place avantageuse qu\u2019ils occupent dans la file.Par souci d\u2019équité pour les gens vivant en régions, le ministère de l\u2019Immigration, de la Francisation et de l\u2019Intégration (MIFI) exige que toutes les demandes de parrainage \u2014 750 seront acceptées au total \u2014 soient déposées par des messagers.L\u2019incident a eu lieu un peu avant 22 h vendredi, dans l\u2019une des salles d\u2019attente aménagées par le ministère, où des gardiens de sécurité et du personnel du MIFI devaient s\u2019assurer du bon déroulement du processus.Des coursiers ont été intimidés par un groupe de personnes déçues de ne pas avoir eu les premières places dans la file.« \u201cDis- moi c\u2019est quoi ton prix\u201d, c\u2019est ce qu\u2019il a dit », a raconté au Devoir un représentant d\u2019une église, témoin de l\u2019une des tentatives d\u2019extorsion.Ce dernier avait été appelé en panique par le coursier chargé de ses dossiers.Il dit avoir été témoin à son arrivée de « gestes agressifs » et de menaces verbales à l\u2019endroit de son coursier.Lui-même a été menacé verbalement d\u2019agression physique.Toujours selon ce témoin, un autre coursier venait tout juste d\u2019être approché et aurait cédé sa place dans la file en échange d\u2019une importante somme.« Parrainer des réfugiés, c\u2019est malheureusement devenu un commerce », Un dernier hommage aux victimes du vol PS752 d\u2019Ukraine International Airlines a été rendu dimanche à Montréal, en présence d\u2019élus, de proches des disparus et de membres de la communauté iranienne.Armin Morattab (au centre) a perdu son frère jumeau, Arvin, dans l\u2019écrasement de cet avion abattu par l\u2019Iran, la semaine dernière.Un texte à lire sur nos plateformes numériques.ADIL BOUKIND LE DEVOIR Dernier hommage aux victimes du vol PS752 VOIR PAGE A 2 : PRÉVISIONS VOIR PAGE A 2 : PARRAINAGE Parrainer des réfugiés, c\u2019est malheureusement devenu un commerce.Il y a si peu de places.Ça a créé un marché noir.UN REPRÉSENTANT D\u2019UNE ÉGLISE » ACTUALITÉS A 2 LEDEVOIR // LE LUNDI 20 JANVIER 2020 Pour voir la liste complète des hôtels et pour des astuces sur comment Mieux Voyager, communiquez avec votre agent de voyages ou visitez Sunwing.ca Départs de Montréal.« Échappez aux blues de l\u2019hiver » est une promotion d\u2019une durée limitée, jusqu\u2019à épuisement de stock, applicable à une sélection de forfaits et de dates de départ.Les économies allant jusqu\u2019à 35 % sont calculées en comparant le prix actuel au tarif publié à l\u2019origine, applicables au Star?sh Cayo Santa Maria à Cuba, pour les départs ayant lieu les 1, 2, 3, 4, 5 et 6 février 2020.Les économies sont re?étées dans les prix a?chés.Tous les prix ci-dessus sont calculés par personne, en occupation double pour des vacances tout compris de 7 nuitées (sauf indication contraire), puis ils incluent les taxes et les frais de transport.Les taxes locales payables à destination sont en sus (Rép.dom.20 $ US).Norwegian Encore : Les économies de 600 $ par couple est une promotion à durée limitée et s\u2019appliquant uniquement aux nouvelles réservations aux nouvelles réservations pour un départ du 2 février 2020, jusqu\u2019à épuisement des stocks.Les économies de 600 $ par couple ont été calculées en comparant le prix courant au prix d\u2019origine et sont incluses dans les prix a?chés.Tous les prix sont calculés par personne, en occupation double, pour 7 nuitées (sauf indication contraire) et ils incluent les taxes et les frais de transport.Les sièges et les cabines sont sous réserve de disponibilité et leur capacité est contrôlée.Les pourboires sont en sus.Port d\u2019attache de Norwegian Cruise Line : les Bahamas.Les vols sont exploités par Sunwing Airlines et TUI Airways.Ces o?res peuvent être modi?ées ou retirées à tout moment sans préavis.Pour les détails de la « Garantie du meilleur prix » et pour les modalités et conditions générales, visitez le Sunwing.ca.Titulaire d\u2019un permis du Québec n°702928.2020-01-20 Norwegian Encore Caraïbes de l\u2019est 2 février 1395$ Rehaussez votre croisière Cabine avec balcon 1595$ 1645$ Chambre luxueuse 4, 6, 10 et 14 février 7 nuits - Tout compris Suite junior luxueuse vue coucher de soleil 13, 17, 18, 19 et 20 février 7 nuits - Tout compris Punta Cana, Rép.dom.CHIC Punta Cana Cancún, Mexique Royalton Suites Cancun Resort & Spa 995$ Chambre de luxe 2, 3, 4 et 5 février 7 nuits - Tout compris Varadero, Cuba Ocean Varadero El Patriarca Réservez d'ici le 22 janv.Départs de Montréal Mieux Voyager Garantie du meilleur prix Service primé Hôtels et excursions les mieux cotés Nous restons à vos côtés à chaque étape de votre voyage L\u2019hiver est beaucoup plus agréable sur une plage au sable blanc, une boisson tropicale à la main.Mieux Voyager Astuce nº806 Échappez aux blues, puis rendez-vous soleil.jusqu\u2019à Économisez 35% Réservez d\u2019ici le 24 janvier aux blues de l\u2019hiver Échappez Tout NOUVEAU navire! 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d\u2019une énergie qui est flexible », et qui peut donc être disponible à tout moment, selon les besoins.Selon M.Bernard, « le portrait final n\u2019est pas clair.Et une fois que le gaz est vendu, l\u2019acheteur peut faire ce qu\u2019il veut avec ce gaz.Ce n\u2019est pas GNL Québec qui va décider de l\u2019utilisation ».Ancien coprésident de la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec, Normand Mousseau affirme qu\u2019il est « impossible » de chiffrer les possibles réductions d\u2019émissions de gaz à effet de serre (GES) avec les données disponibles actuellement.Citant un rapport publié en septembre par le National Energy Technology Laboratory, basé aux États-Unis, il souligne que l\u2019utilisation pour la production d\u2019électricité peut effectivement entraîner des réductions, si le gaz naturel remplace le charbon.Mais s\u2019il est utilisé pour le chauffage, « il n\u2019y a pas de gain par rapport au charbon », en tenant compte de l\u2019analyse du « cycle de vie ».Dans ce contexte, « l\u2019utilisation finale est un élément crucial dans l\u2019équation ».Or, cette information n\u2019est pas disponible actuellement.Gaz de l\u2019Ouest MM.Mousseau et Bernard sont tous d\u2019eux d\u2019avis que le projet Énergie Sa- guenay n\u2019a pas été conçu pour contribuer à une éventuelle réduction des émissions mondiales de GES.« Ce qui intéresse d\u2019abord l\u2019entreprise, c\u2019est obtenir le prix le plus élevé possible pour son produit, et non pas la forme d\u2019énergie qui sera remplacée par ce nouvel approvisionnement », fait valoir Jean- Thomas Bernard.« Ce projet n\u2019est pas un enjeu écologique.On produit du gaz naturel dans un marché nord-américain qui est saturé, donc si on veut augmenter la demande, et donc augmenter la valeur, il faut pouvoir l\u2019exporter », ajoute Normand Mousseau.Le tout premier paragraphe présentant le « contexte » du projet Énergie Saguenay, dans l\u2019avis déposé en 2015, précise d\u2019ailleurs ceci : « La production de gaz naturel de l\u2019Ouest canadien qui était auparavant exportée vers les États-Unis sature maintenant le marché canadien et crée des surplus.Simultanément, la capacité de production de gaz naturel au Canada augmente, entraînant une baisse de prix du gaz en Amérique du Nord, ce qui accroît l\u2019intérêt pour l\u2019exportation du gaz naturel vers les marchés mondiaux.» Réductions de GES Interpellée dans la foulée de la rencontre avec François Legault, la directrice principale, affaires publiques et relation avec les communautés chez GNL Québec, Stéphanie Fortin, réaffirme que le projet permettra des réductions annuelles d\u2019émissions mondiales de GES de 28 millions de tonnes.Selon ce qu\u2019elle précise par écrit, « la science » exposée dans une analyse produite pour GNL Québec par le Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG) « confirme que, de façon conservatrice, notre projet permettrait de réduire de 28 millions de tonnes par année les GES dans le monde, considérant que 60 % de notre GNL remplace directement du charbon ».L\u2019entreprise ne veut toutefois pas dévoiler « publiquement » les noms des acheteurs de son gaz naturel liquéfié, et ce, « pour des raisons concurrentielles ».« Nous aurons l\u2019occasion d\u2019aller plus loin sur ces éléments et de démontrer toute la crédibilité de nos scénarios de vente du GNL dans le cadre des audiences du BAPE », indique Mme Fortin.L\u2019analyse produite par le CIRAIG pour GNL Québec démontrait que les émissions liées à Énergie Saguenay au Canada avoisineraient les 8 millions de tonnes de GES par année, en raison de l\u2019exploitation du gaz naturel en Alberta, principalement par fracturation.Cela équivaut à l\u2019ajout de 3,4 millions de voitures sur les routes.Dans sa prise de décision, le gouvernement Legault ne tiendra pas compte des GES liés à l\u2019exploitation du gaz, ni au transport par gazoduc.Le CIRAIG n\u2019avait toutefois pas souhaité se prononcer sur les prévisions de réduction de 28 millions de tonnes avancées par le promoteur, rappelant qu\u2019il demeurait des « incertitudes » sur l\u2019utilisation finale de ce gaz, mais aussi sur les possibilités qu\u2019il remplace des sources d\u2019énergie plus polluantes.Un avis d\u2019expert produit par le ministère de l\u2019Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques a depuis conclu que les conséquences climatiques planétaires de cette usine de liquéfaction de gaz naturel « sont très difficiles à anticiper ».PRÉDICTIONS SUITE DE LA PAGE A 1 Une vive compétition déplore ce représentant d\u2019une église.« Il y a si peu de places.Ça a créé un marché noir.» Disant « prendre la chose au sérieux », le MIFI confirme qu\u2019il a été mis au courant de l\u2019incident voulant que des personnes aient tenté « d\u2019acheter des places », mais refuse d\u2019infirmer ou de confirmer le dépôt de plaintes ou l\u2019ouverture d\u2019une enquête, pour des raisons de confidentialité.« Le ministère est encore en train de faire les vérifications », a déclaré Émilie Vézina, porte-parole du ministère de l\u2019Immigration.Elle ajoute que, pour la journée de dimanche, aucune plainte ni aucun cas de ce genre n\u2019ont été rapportés.Peur et inquiétude Cela ne rassure pas ce représentant d\u2019une église qui ne lâche pas son coursier d\u2019une semelle.Jour et nuit, il s\u2019assure qu\u2019il est escorté dans certains de ses déplacements et que des gens de confiance sont dans la salle avec lui.Sylvain Thibault, qui parraine des Congolais réfugiés en Ouganda, se désole lui aussi de ne pas avoir l\u2019esprit tranquille.« Depuis jeudi, j\u2019ai de la misère à dormir », admet-il.« Je sens la peur et la colère au sein des membres de notre groupe.Est-ce que notre coursier va flancher sous des pressions ?Je ne pense pas, mais peut-être que d\u2019autres flancheront d\u2019ici le dépôt.» Dimanche après-midi, dans un stationnement enneigé en face des bureaux du MIFI, ses amis et lui ont planté une tente et disposé quelques chaises pour recréer de manière symbolique un petit camp de réfugiés.« Parrainer des réfugiés, c\u2019est censé être une belle expérience humaine, avec des moments d\u2019incertitude, mais des moments de grande joie.Mais là, on est pas mal dans la lourdeur », sou- ligne-t-il.« Veut, veut pas, on a la responsabilité des gens qu\u2019on parraine sur notre dos, et de se faire mettre des bâtons dans les roues par des quotas trop bas et un système de dépôt bâtard, ce n\u2019est pas une expérience agréable.» Peu de places Au début de 2017, victime de son succès, le programme de parrainage de réfugiés avait été suspendu par les libéraux pendant 18 mois, le temps de le réviser en profondeur et de diminuer l\u2019inventaire de plus de 10 000 dossiers de parrainage qui s\u2019étaient accumulés.Des intervenants du milieu avaient en effet informé le ministère que de la corruption s\u2019était infiltrée dans le processus.À la réouverture du programme en septembre 2018, les règles avaient été resserrées et 750 demandes, dont 100 venant de particuliers (« groupe de 2 à 5 personnes physiques »), étaient désormais acceptées par le ministère.Vu le faible nombre de places, le processus s\u2019était déroulé dans un climat de tension et de vive compétition entre les parrains.« Ça s\u2019était mal passé », se rappelle Sylvain Thibault, qui était à l\u2019époque responsable des dossiers de parrainage privé à la Table de concertation des services aux réfugiés et aux personnes immigrantes.Pour lui, le ministère, qui avait pourtant été avisé, « sous-estime encore le problème ».Jolin-Barrette interpellé Manon Leroux, qui veut faire venir au Canada les membres de la famille d\u2019un couple de Syriens qu\u2019elle a parrainé il y a trois ans, déplore le climat de tension engendré par cette façon de faire.« Jamais de ma vie je n\u2019ai été en contact avec ce genre de choses, je trouve ça affligeant », dit-elle.« Ce n\u2019est pas à la hauteur de ce que le Canada est capable d\u2019offrir aux réfugiés.» Avec d\u2019autres parrains et marraines, elle s\u2019apprête à envoyer une lettre au ministre de l\u2019Immigration, Simon Jo- lin-Barrette, pour lui demander de prendre les mesures nécessaires afin de garantir l\u2019équité et la transparence du processus de dépôt.Car les histoires de tentative de corruption, qui sont venues aux oreilles de plusieurs, nourrissent le climat d\u2019incertitude.« Je me doute bien que ce qui se passe au début de la file peut se passer ailleurs dans la file.Je trouve ça révoltant et désolant », dit Mme Leroux.« Ce qui me révolte le plus, c\u2019est le nombre de personnes qui attendent en file pour rien.» Car malgré un système de numérotation de chaises, rien n\u2019indique combien de précieux dossiers transportent chacun des coursiers, fait-elle remarquer.Et si le premier en file déposait d\u2019un seul coup des centaines de dossiers, voire assez pour remplir à lui seul les quotas ?Où est l\u2019équité pour les parrains, dont certains font la file depuis jeudi pour garantir une bonne place à leur messager?Le MIFI se dit « sensible à la réalité des garants qui ont décidé de se présenter à l\u2019avance pour attendre », mais il ne commente pas « de cas hypothétiques », a-t-il indiqué au Devoir.La réception des demandes devait débuter à 8 h 30 lundi et respecter « le principe du premier arrivé, premier servi ».PARRAINAGE SUITE DE LA PAGE A 1 Sylvain Thibault et ses amis ont planté une tente et disposé quelques chaises pour recréer de manière symbolique un petit camp de réfugiés en face des bureaux du MIFI.ADIL BOUKIND LE DEVOIR ACTUALITÉS A 3 LEDEVOIR // LE LUNDI 20 JANVIER 2020 La tortue F ils de Nathan de Rothschild, premier baron anglais du nom, Walter Rothschild était d\u2019une lignée de banquiers, la plus célèbre du monde comme on le sait, tout en étant doublé d\u2019un zoologiste amateur qui jouissait, jusqu\u2019à l\u2019excès, des moyens d\u2019assumer cette passion.Jusqu\u2019à sa mort en 1937, Walter Rothschild va rassembler, dans une collection privée, plus de 2 millions de papillons, 300 000 oiseaux, 30 000 coléoptères, plusieurs milliers d\u2019espèces de mammifères, de reptiles et de poissons, de même que des ossements fossilisés de créatures préhistoriques.Dans une belle exposition intitulée Curiosités du monde naturel, le Musée de la civilisation donnait à voir, au cours des derniers mois, quelques pièces de la collection de ce Rothschild.Dans un coin, reproduite en format géant, une photo de Walter Rothschild le montrait en costume trois pièces, coiffé d\u2019un haut-de-forme.Ainsi vêtu du costume des dominants de son temps, Rothschild chevauchait une tortue centenaire, un énorme animal, dont la carapace bosselée prend l\u2019allure d\u2019une carte du monde tout en relief.Sur la photo, Rothschild tend devant le nez de l\u2019animal, au bout d\u2019un bâton, un appât destiné à le faire bouger à sa guise.Le curieux tableau donne l\u2019impression d\u2019une allégorie de l\u2019argent, qui ne recule devant rien pour défendre son droit à mener le monde par le bout du nez.La semaine dernière, The Guardian révélait que la police an- titerroriste de l\u2019Angleterre avait placé, dans un guide destiné aux forces de l\u2019ordre, aux organisations gouvernementales et aux professeurs, le groupe non violent Extinction Rebellion sur une liste « d\u2019idéologies extrémistes » à surveiller.Cette organisation pour la sauvegarde de l\u2019environnement figure désormais aux côtés de groupuscules néonazis et de terroristes islamistes dont on devrait s\u2019inquiéter aussi.Dans les écoles, rapporte le journal britannique, les professeurs ont été invités à repérer les jeunes qui s\u2019absentent de l\u2019école ou sont susceptibles de participer à des marches organisées pour le climat, selon l\u2019exemple de Greta Thunberg.En somme, les gens qui parlent de l\u2019extinction des espèces, des affres de la pollution, de la nécessité d\u2019abandonner rapidement les hydrocarbures et de repenser notre vie sur terre sont forcément dangereux puisqu\u2019ils remettent en cause l\u2019ordre marchand du monde.Le discours critique en matière d\u2019environnement, semble-t- il, ne trouve droit de cité que dans la mesure où il réinvestit les mêmes vieux clichés que ceux qui nous ont conduits là où nous en sommes.À titre d\u2019exemple, le plus récent numéro de L\u2019Actualité, daté de février 2020, avait pour titre «Comment vieillir riche en sauvant la planète?».Au nom d\u2019une écologie de circonstance, on pose, en somme, la même question qu\u2019on ne cesse d\u2019adapter à toutes ses sauces: «Comment s\u2019enrichir?» C\u2019est Laure Waridel, la réformatrice écologiste la plus consensuelle du Québec, qui orne ce numéro dont le titre provocateur laisse entendre, contre la raison même, qu\u2019on peut devenir riche tout en sauvant la planète.Dans cette cage à idées préfabriquées, la militante reprend son credo habituel, qui est de faire croire, à mots doux, que l\u2019action individuelle peut réajuster la conduite du monde sans que celui-ci s\u2019avise tout à fait de la nécessité de vraiment changer de cap.Et ce cap, L\u2019Actualité ne cesse de nous le rappeler, est fixé sur l\u2019idée d\u2019une croissance constante, au nom de la richesse personnelle, dans les nuages d\u2019une méritocratie qui répète, sur tous les tons, que si vous faites ce qu\u2019il y a à faire individuellement, vous serez récompensé, puisque vous le valez bien.On avait déjà eu droit, en mars 2019, avec une couverture toute semblable, à un « Comment vieillir riche » qui conduisait, en ce cas, à décréter « pourquoi on a besoin de Pierre- Yves McSween ».Toujours à sa une, le même magazine évoquait, en janvier 2017, « des occasions à saisir » pour « devenir riche ».Tout est à conjuguer, semble-t-il, au nom du triomphe de l\u2019argent.L\u2019Actualité nous avait aussi offert, pour peu qu\u2019on le paye, « 14 pages de conseils payants » pour « comment devenir riche en 2016 ».En novembre de cette année-là, il nous proposait un regard sur l\u2019éducation sous l\u2019angle des « nouveaux diplômes payants », ce qui faisait suite à son « spécial éducation » publié, l\u2019année précédente, lequel mettait en avant « des diplômes payants ».Il ne fait plus guère de doute que le capitalisme mange pourtant la Terre comme Saturne dévore son enfant dans la célèbre toile de Goya.Mais pour nous rassurer néanmoins, on confie sans cesse à quelques spécialistes de simagrées, en quête constante de notoriété, le rôle de nous annoncer que les temps changent, tandis qu\u2019ils se contentent à peu de frais, tout au plus, de renouveler nos stocks de bonne conscience.La moindre frime commerciale se conjugue désormais au nom de l\u2019écologie.« On est très écolos, et ça fait du bien », affirmait ces jours derniers, en entrevue, le chanteur Sylvain Cossette, qui triomphe avec ses reprises de chansons anglo- saxonnes des années Reagan et Thatcher.Après deux années de tournées à voyager à travers le pays, il s\u2019apprête maintenant à faire un « gros voyage » avec sa compagne, sitôt la rénovation de leur chalet au bord de l\u2019eau terminée, précise-t-il.Ce sera l\u2019Islande ou peut-être l\u2019Irlande, l\u2019Angleterre, l\u2019Écosse.Parce que, voyez-vous, le chanteur est un « grand amateur de scotch ».L\u2019écologie est-elle soluble dans le scotch ?En tout cas, le duo n\u2019a plus qu\u2019un appartement en ville.En plus du chalet, évidemment.Ils se sont dégagés « du superflu », comme il dit.Ils en sont rendus, imaginez, à préparer eux- mêmes leurs produits de nettoyage.Sans compter qu\u2019ils utilisent des ustensiles de bambou.On les imagine sans peine, dans une réserve écologique, au loin, photographier de vieilles tortues en voie de disparition, pour s\u2019en émouvoir sur Instagram.Ces nouveaux élans verts, aux airs de carnavals, ne sont-ils pas qu\u2019un appât brandi au bout de notre nez, telle une perche à égoportrait, pour donner un sens à la richesse qui n\u2019en a pas d\u2019autre qu\u2019elle-même ?JEAN- FRANÇOIS NADEAU HÉLÈNE BUZZETTI CORRESPONDANTE PARLEMENTAIRE À OTTAWA LE DEVOIR Le gouvernement de François Legault prend fait et cause pour l\u2019Ontario et la Saskatchewan dans leur contestation de la taxe sur le carbone de Justin Trudeau.Québec estime qu\u2019Ottawa ne devrait pas avoir le droit de juger de l\u2019action \u2014 ou de l\u2019inaction \u2014 d\u2019une province contre les changements climatiques.Le Québec est exempté de la taxe fédérale, mais craint qu\u2019elle finisse par s\u2019appliquer à lui aussi\u2026 L\u2019Ontario et la Saskatchewan contestent devant les tribunaux la taxe sur le carbone qu\u2019Ottawa leur impose depuis avril dernier.Elles ont chacune perdu leur cause en instance inférieure et demandent maintenant à la Cour suprême du Canada de trancher le litige.Québec a demandé à être entendu aussi.Dans son mémoire déposé vendredi et consulté par Le Devoir, il explique que la lutte contre les gaz à effet de serre (GES), toute noble soit-elle, ne relève pas des compétences fédérales.« Si importante soit-elle, la protection de l\u2019environnement doit se faire conformément à la Constitution du Canada », écrivent les avocats de Québec.Or, di- sent-ils, la tarification du carbone relève d\u2019« un agrégat » de compétences provinciales puisque les activités émettant des GES « sont presque totalement des activités et des secteurs réglementés par les provinces : transport routier, production industrielle, production énergétique, construction et chauffage des bâtiments ».Québec craint le cheval de Troie.Puisque « la quasi-totalité des activités humaines est susceptible d\u2019émettre des GES », reconnaître à Ottawa une compétence en cette matière « aurait pour conséquence d\u2019accorder au Parlement fédéral une omniprésence dans tous les champs d\u2019activité provinciaux pertinents ».En outre, Québec estime qu\u2019il ne revient pas à Ottawa de juger si une province taxe bien ou suffisamment la pollution : « la question fondamentale n\u2019est pas de savoir si une province a agi ou non relativement à cette matière, mais bien si elle en avait la compétence.Le critère repose donc sur cette capacité juridictionnelle, et non pas sur son exercice en fait.» Québec craint d\u2019écoper Le Québec se pose souvent en leader de la lutte contre les changements climatiques.Sa solidarité avec deux provinces revendiquant le droit à l\u2019inaction pourrait paraître contre-intuitive.C\u2019est qu\u2019elle n\u2019est pas totalement désintéressée et mue par le seul souci de faire respecter l\u2019ordre constitutionnel canadien.La taxe fédérale sur le carbone ne s\u2019applique qu\u2019aux provinces n\u2019ayant pas instauré un mécanisme de leur cru pour réduire les GES.Pour l\u2019instant, elle est en vigueur en Alberta, en Saskatchewan, en Ontario, au Manitoba et au Nouveau-Brunswick.(Cette dernière province a toutefois promis d\u2019instaurer sous peu une tarification maison.) Le Québec en est exempté, lui qui s\u2019est doté d\u2019un mécanisme de plafonnement et d\u2019échange de droits de polluer.Mais voilà: cette exemption n\u2019est pas éternelle.La taxe fédérale est appelée à devenir chaque année plus élevée (pour atteindre 50$ la tonne de GES en 2022) et Ottawa s\u2019attend à ce que les provinces exemptées suivent la cadence.Il évalue chaque année la conformité de leur système.Celui de Québec est en voie de réussir le test pour 2020 (quoique l\u2019évaluation ne soit pas encore officiellement terminée), mais rien ne garantit qu\u2019il en sera de même à l\u2019avenir.Lorsque les fonctionnaires fédéraux avaient présenté pour la première fois leur plan en 2017, ils avaient indiqué que le Québec serait disqualifié au-delà de 2020.Visiblement, la perspective d\u2019être touché motive Québec à faire invalider la taxe fédérale.« [L]e choix législatif de l\u2019Assemblée nationale ne devrait pas être soumis annuellement à un exercice d\u2019appréciation d\u2019équivalence de la part du gouvernement fédéral », est-il écrit.Québec estime que son système de plafonnement et d\u2019échange « se doit de pouvoir compter sur une stabilité et une pérennité assurées : la présence du processus d\u2019appréciation d\u2019équivalence prévue [\u2026 ] met ces caractéristiques en danger ».Québec déplore d\u2019ailleurs que l\u2019examen d\u2019Ottawa soit « effectué sur la base de critères d\u2019évaluation connus de lui seul ».« Il est contraire au fédéralisme [\u2026] de soumettre une province à une supervision de la part de l\u2019ordre fédéral, avec reddition de comptes et évaluation de conformité ».ENVIRONNEMENT Québec s\u2019oppose lui aussi à la taxe carbone d\u2019Ottawa Il ne revient pas au fédéral de juger si une province taxe bien ou assez la pollution, plaide le gouvernement Legault dans un mémoire LA PRESSE CANADIENNE À WINNIPEG Le Canada maintient la pression sur l\u2019Iran afin que ce pays accepte l\u2019aide d\u2019experts de l\u2019extérieur dans l\u2019enquête sur l\u2019écrasement d\u2019un appareil ukrainien abattu par erreur par les Gardiens de la révolution.Le ministre des Affaires étrangères François-Philippe Champagne a écrit dimanche à son homologue iranien pour réitérer la position canadienne à ce sujet.Le Canada réclame que les boîtes noires soient rapidement analysées par des experts français ou ukrainiens.M.Champagne souligne que cette volonté reflète le consensus établi parmi tous les pays ayant perdu des citoyens lors de la tragédie du 8 janvier qui a coûté la vie à 176 personnes, dont 57 Canadiens.M.Champagne, qui a rencontré le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, vendredi à Oman, dit qu\u2019il espérait « avoir une confirmation plus tard dans la journée sur la position de l\u2019Iran sur ce sujet-là ».« Je juge l\u2019Iran jour après jour en fonction non pas de leurs mots, mais de leurs actions », a déclaré M.Champagne, ajoutant en anglais que Téhéran a un choix à faire.« Quand vous dites au monde entier que vous prenez l\u2019entière responsabilité, ça vient avec des conséquences », a-t-il dit.M.Champagne a fait ces commentaires à son entrée de la retraite du cabinet Trudeau à Winnipeg.Il réagissait à une déclaration du directeur général du bureau d\u2019enquête sur les accidents de l\u2019organisation iranienne de l\u2019aviation civile, Hassan Rezaeifar, selon laquelle les boîtes noires ne seront pas remises à l\u2019Ukraine, contrairement à ce qui avait été annoncé la veille.« Les boîtes noires du Boeing ukrainien sont entre nos mains.Nous n\u2019avons aucune intention de les sortir AVION ABATTU Le Canada maintient la pression sur l\u2019Iran pour l\u2019examen des boîtes noires de l\u2019enquête et de visiter le laboratoire d\u2019enregistreurs en Ukraine.Les deux enquêteurs canadiens qui étaient assignés à l\u2019enquête ont quitté Téhéran tôt dimanche matin et se rendront en Ukraine pour rencontrer le bureau national d\u2019enquête sur les accidents aériens du pays et de collaborer dans le but de faire avancer l\u2019enquête.Pendant les six jours qu\u2019ils ont passés à Téhéran, les enquêteurs canadiens ont assisté à plusieurs réunions avec des représentants du bureau d\u2019enquête iranien, ont visité le lieu de l\u2019accident et ont examiné l\u2019épave, qui est entreposée dans un endroit sécuritaire.Le BST dit qu\u2019il « n\u2019y a toujours pas de plan définitif quant au lieu et au moment où les enregistrements de l\u2019aéronef seront téléchargés et analysés ».Une deuxième équipe spécialisée en téléchargement et en analyse d\u2019enregistreurs d\u2019aéronefs sera déployée « une fois que nous saurons clairement où et quand ce travail sera effectué », a ajouté le BST.Le ministre des Affaires étrangères du Canada, François-Philippe Champagne, réclame que les boîtes noires soient vite analysées par des experts français ou ukrainiens.MIKE SUDOMA LA PRESSE CANADIENNE du pays », a dit M.Rezaeifar à l\u2019agence de presse officielle IRNA.Le BST sur le terrain Le Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) a envoyé une déclaration plus tôt dimanche disant qu\u2019il croit comprendre que les boîtes noires sont toujours en Iran et que l\u2019enquêteur désigné de l\u2019Iran pourrait se rendre en Ukraine cette semaine afin de discuter Les boîtes noires du Boeing ukrainien sont entre nos mains.Nous n\u2019avons aucune intention de les sortir du pays.HASSAN REZAEIFAR » Le discours critique en matière d\u2019environnement, semble-t-il, ne trouve droit de cité que dans la mesure où il réinvestit les mêmes vieux clichés que ceux qui nous ont conduits là où nous en sommes LEDEVOIR // LE LUNDI 20 JANVIER 2020 ACTUALITÉS A 4 Vers un programme pour « éduquer » les contrevenants ?CLIENTS SUITE DE LA PAGE A 1 n\u2019en parle même pas, précise le député de la CAQ.Mais si je dis qu\u2019en matière d\u2019exploitation des mineurs, je trouve intéressante l\u2019idée des John\u2019s School, c\u2019est parce que ça permet de mettre de la pression sur les clients abuseurs.Parce que, présentement, quand tu regardes le nombre d\u2019opérations et d\u2019arrestations, les risques pour les gens ne sont pas très élevés.Et ils se disent, à la limite, que c\u2019est accepté.Alors le John\u2019s School permet d\u2019avoir une approche très humaine.» Ian Lafrenière est déterminé à mettre « beaucoup plus de chaleur » sur les clients abuseurs, affirmant qu\u2019il fallait rendre ça « socialement non acceptable », un peu comme l\u2019alcool au volant.« Certains diront : ben voyons, ce n\u2019est déjà pas acceptable ! Mais il faut faire attention aux mots quand on parle de clients.Moi, quand je suis client d\u2019un commerce, je paye, j\u2019ai quelque chose en échange et je n\u2019ai aucune culpabilité.C\u2019est plate ce que je dis, mais pour les clients abu- seurs, ils ont payé, ils ont un service, donc ils se disent qu\u2019elle le voulait et ils ne se sentent aucunement coupables.On tombe dans l\u2019acceptabilité sociale.» Selon lui, il y a tout un « écran de fumée » qui est mis en place pour que le client abuseur ne voie pas les travers de cette industrie et les répercussions sur la victime.« Avec la Commission, on veut amener le client abuseur à voir ce qu\u2019il y a derrière la façade, à comprendre ce qu\u2019est la réalité », explique M.Lafrenière.Ses collègues et lui ont été profondément marqués par une rencontre avec une survivante lors d\u2019une formation avant le début des travaux de la Commission.« Ç\u2019a été très difficile d\u2019entendre cette dame qui nous a avoué qu\u2019à l\u2019âge de 7 ans, son grand- père l\u2019avait vendue dans un réseau de pédophiles.Elle est rendue à une cinquantaine d\u2019années et tu vois qu\u2019elle a un choc post-traumatique très profond et, quand tu entends tout ce qui lui est arrivé dans la vie, tu te dis que ça n\u2019a juste pas d\u2019allure.Si des gens faisaient les mêmes atrocités à des animaux, je suis persuadé qu\u2019on aurait des manifestations dans les rues de Montréal.Là, ce sont nos enfants, nos jeunes\u2026 On a de belles questions à se poser comme société.» Bilan de mi-parcours En novembre dernier, lors du premier volet de la Commission qui se tenait à Québec, les parlementaires ont entendu une trentaine d\u2019organismes et d\u2019experts sur le sujet.Plusieurs ont évoqué le besoin de faire de l\u2019éducation à la sexualité et parlé de la prévalence du recrutement sur les médias sociaux.Il a beaucoup été question du manque de ressources spécifiques pour les victimes d\u2019exploitation sexuelle.Dans ce premier volet, la Commission a ratissé très large pour avoir un portrait général de la situation.Pour le deuxième tour de piste, les parlementaires ont l\u2019intention d\u2019aller poser des questions plus pointues, notamment sur les outils législatifs à mettre en place et sur la façon dont on pourrait mieux aider les victimes.Mardi, la Commission entendra notamment les témoignages du Grand Prix de Montréal et de l\u2019Association des hôtels du Grand Montréal.«Je suis très heureux qu\u2019ils soient là parce que je pense qu\u2019ils peuvent être des partenaires hyper importants», affirme l\u2019ancien policier.Deltell ne sera pas candidat à la direction du Parti conservateur Ne comptez plus Gérard Deltell parmi les candidats à la succession à Andrew Scheer.Le député de la circonscription de Louis- Saint-Laurent et porte-parole du parti en matière d\u2019affaires intergouvernementales a annoncé dimanche qu\u2019il ne tentera pas sa chance dans la course à la direction du Parti conservateur canadien.Sur sa page Facebook, M.Deltell écrit qu\u2019il en avait averti les militants de sa circonscription lors du brunch annuel de l\u2019association conservatrice de Louis-Saint- Laurent, dimanche matin.Selon lui, il y a d\u2019autres façons de s\u2019engager activement au sein de son parti.Deux candidats ont déjà annoncé qu\u2019ils se lançaient dans la course : la députée ontarienne Marilyn Gladu et l\u2019ancien ministre du gouvernement Harper, Peter MacKay, déjà considéré comme l\u2019un des favoris.La Presse canadienne La consultation sur l\u2019aide médicale à mourir suscite l\u2019intérêt WINNIPEG \u2014 La révision de la loi fédérale sur l\u2019aide médicale à mourir suscite de l\u2019intérêt auprès de la population.Plus de 150 000 répondants ont déjà partagé leur point de vue à l\u2019aide du questionnaire en ligne du gouvernement dans la première semaine de sa mise en ligne, a annoncé le ministre de la Justice, David Lametti.Les Canadiens ont jusqu\u2019au lundi 27 janvier à 23h59 pour le remplir.C\u2019est la course contre la montre afin que le gouvernement fédéral se conforme à un récent jugement de la Cour supérieure du Québec, qui jugeait inconstitutionnel le critère de mort naturelle raisonnablement prévisible.La décision ne s\u2019applique techniquement qu\u2019au Québec, mais puisque le gouvernement Trudeau a refusé de faire appel de la décision, toute modification s\u2019appliquera partout au pays.Le ministre Lametti a jusqu\u2019au 11 mars pour faire les changements nécessaires.Il a l\u2019intention de déposer son projet de loi dès février.La Presse canadienne EN BREF De 15 à 20 cm de neige sont tombés sur l\u2019extrême sud du Québec au cours de la nuit de samedi à dimanche, ce qui inclut la région de Montréal, l\u2019Outaouais, les Basses-Laurentides et une partie de la Montérégie.ADIL BOUKIND LE DEVOIR PHILIPPE PAPINEAU LE DEVOIR Les enfants sautaient dans la neige et les skieurs de fond trépignaient dimanche.Mais les conducteurs de déneigeuses de Montréal et de Québec, eux, se sont plutôt préparés à passer la nuit à ramasser les quelque 20 cm de neige tombés sur la métropole et la capitale.Des pancartes d\u2019interdiction de stationnement ont été installées dans certaines artères de Montréal dès 15 h dimanche, afin que l\u2019opération de déneigement puisse commencer la nuit même, a expliqué Philippe Sabourin, porte-parole de la Ville de Montréal.Il faudra quatre jours pour tout ramasser, a-t-il précisé.Au cours des dernières heures, la valse des camions, des klaxons et des lumières clignotantes a aussi eu lieu TEMPÊTE HIVERNALE C\u2019est parti pour quatre jours de déneigement Il s\u2019agit de la quatrième opération de chargement dans la métropole depuis le début de l\u2019hiver « dans toute la ville de Québec », comme c\u2019est le cas à chaque chute de 10 cm de neige ou plus, a expliqué Stéphanie Gaudreault, porte-parole de la Ville de Québec.« Pour nous, ce n\u2019est rien de majeur ou d\u2019exceptionnel, c\u2019est la routine », a-t-elle spécifié.Environnement Canada a confirmé que « de 15 à 20 cm de neige sont tombés sur l\u2019extrême sud du Québec » au cours de la nuit de samedi à dimanche, ce qui inclut la région de Montréal, l\u2019Outaouais, les Basses-Laurentides et une partie de la Montérégie.« Tout ça est derrière nous, les conditions vont graduellement s\u2019améliorer au cours de la journée » de dimanche, a expliqué Environnement Canada.Dans la journée de dimanche, la visibilité s\u2019est avérée bonne sur la majorité du réseau routier, a précisé le ministère des Transports du Québec.Toutefois, les routes étaient « partiellement enneigées ou enneigées », a expliqué le porte-parole du ministère, Martin Girard.Des équipes ont été déployées sur le réseau dès le début des précipitations samedi soir.À l\u2019aéroport Montréal-Trudeau, plusieurs départs ont été annulés ou retardés au fil de la journée de dimanche.Quatrième opération À Montréal, 3000 employés et 2200 appareils s\u2019affairaient à déblayer et à ramasser la neige, selon l\u2019administration municipale.« La neige est volumineuse, floconneuse, ça va être facile à ramasser, s\u2019est réjoui Philippe Sabourin.Et évidemment, comme on commence l\u2019opération dimanche, déjà les axes vers Montréal vont être dégagés pour le retour au bureau lundi.» C\u2019est la quatrième opération de déneigement de l\u2019hiver à Montréal, la troisième en 2020.La bordée du week-end dernier, chargée de grésil, venait à peine d\u2019être ramassée.Mais M.Sabourin estime que l\u2019administration Plante a bien fait de ne pas attendre la chute de neige de samedi soir pour tout ramasser d\u2019un seul coup.Lors de la dernière tempête, «il n\u2019y avait qu\u2019une douzaine de centimètres au sol, mais on s\u2019est évité d\u2019avoir des regards d\u2019égouts obstrués, on s\u2019est évité des bancs de glace en dessous d\u2019une neige floconneuse, qui peuvent briser l\u2019équipement».Le porte-parole de la Ville ajoute que les entreprises de déneigement sont payées selon le nombre de mètres cubes de neige ramassés et transportés, et non pas à la quantité d\u2019opérations de déneigement.«Peu importe le nombre de fois que tu sors pour la ramasser, en finalité, ce qui compte, c\u2019est le volume que tu transportes.» La Ville de Montréal insiste sur la nécessité pour les citoyens de déplacer leurs véhicules automobiles lorsque les interdictions de stationnement sont installées.Mais attention, rappelle le député : la prostitution existe 365 jours par année.« C\u2019est important d\u2019avoir ces partenaires pour voir ce qu\u2019ils sont prêts à faire ou ce qu\u2019ils font déjà.Mais il ne faut pas envoyer le message que c\u2019est juste ça, parce qu\u2019on passe complètement à côté de la Commission.» Dans un milieu où il n\u2019y a plus de repères géographiques \u2014 le recrutement se fait principalement sur les réseaux sociaux \u2014, le président de la Commission espère être en mesure à la fin de ses travaux de présenter une «vision nationale » pour un meilleur partage des informations, tant au Québec que dans les autres provinces, où se retrouvent beaucoup de jeunes victimes québécoises.« Il y a des disparités au Canada, et les peddlers le savent très bien.Ils vont dans d\u2019autres provinces pour sortir nos filles, les rendre encore plus vulnérables.Et les clients, qu\u2019on aime ça ou non, ils trouvent ça exotique d\u2019avoir une jeune fille du Québec qui parle français.Et ils jouent avec le système.Alors, si nos criminels n\u2019ont pas de limite, il va falloir que les services de police et les organismes gouvernementaux travaillent ensemble et que nos partenaires du fédéral nous aident aussi là-dedans.» L\u2019armée déployée à Terre-Neuve Le gouvernement fédéral a déployé des unités de l\u2019armée canadienne pour venir en aide aux Terre-Neuviens, qui doivent se relever du passage d\u2019un blizzard qui a paralysé la capitale Saint-Jean et l\u2019est de la province avec des quantités de neige record.Certains secteurs ont reçu plus de 70cm.Le premier ministre Dwight Ball avait demandé l\u2019aide d\u2019Ottawa samedi.Le ministre fédéral des Ressources naturelles, Seamus O\u2019Regan, a affirmé qu\u2019Ottawa va déployer toutes les ressources possibles sur le terrain, particulièrement dans la région de Saint-Jean.Le ministre de la Défense nationale, Harjit Sajjan, a annoncé dimanche que 150 à 200 militaires seraient sur le terrain le jour même.Ce nombre pourrait augmenter à 300 dans les prochains jours, a-t-il ajouté.D\u2019autres précipitations de neige sont annoncées en début de semaine pour l\u2019est de Terre-Neuve.Selon Environnement Canada, la prochaine bordée laissera 15cm et peut-être plus par endroits.La Presse canadienne C\u2019est plate ce que je dis, mais pour les clients abuseurs, ils ont payé, ils ont un service, donc ils se disent qu\u2019elle le voulait et ils ne se sentent aucunement coupables.On tombe dans l\u2019acceptabilité sociale IAN LAFRENIÈRE » SOCIÉTÉ A 5 LEDEVOIR // LE LUNDI 20 JANVIER 2020 JOURNALISME DE SOLUTIONS Quand les étudiants investissent la finance durable DIANE BÉRARD COLLABORATRICE LE DEVOIR L\u2019éducation traditionnelle a échoué.Elle ne nous forme pas à la finance durable», constate Maxime Lakat, étudiant à la Faculté de gestion de l\u2019Université McGill, président du Desautels Sustainability Nertwork et membre du Montreal Social Value Fund.La finance durable est celle qui concilie performance économique et effets sociaux et environnementaux positifs en soutenant des entreprises qui contribuent activement au développement durable, plutôt que celles qui ne promettent que des rendements financiers à court terme.La finance durable se décline en différents modèles, comme l\u2019investissement responsable et la finance verte.La finance durable apparaît de plus en plus comme un outil essentiel à la transition écologique et on ne l\u2019enseigne pas à la prochaine génération.Comment combler cette lacune ?On compense le manque d\u2019enseignement par la pratique, en attendant une mise à jour du contenu des cours.C\u2019est la formule du National Social Value Fund (NSVF), lancé en 2017 par Steve Petterson, alors étudiant en finance à l\u2019University of British Columbia (UBC).Steve Petterson a imaginé des fonds d\u2019investissement d\u2019impact locaux gérés par les étudiants.Le NSVF est la maison mère et les fonds étudiants locaux en sont les filiales.L\u2019«investissement d\u2019impact» est réalisé dans des entreprises qui génèrent des effets sociaux ou environnementaux positifs à travers leur mission.Cela diffère de l\u2019investissement responsable qui, lui, cible des entreprises qui limitent ou réduisent leurs effets sociaux ou environnementaux négatifs.C\u2019est le cas de Chop Value.Cette entreprise récupère des baguettes pour en faire du mobilier.Au moment de l\u2019investissement, Chop Value avait recyclé cinq millions de baguettes.Aujourd\u2019hui, le concept est franchisé et un million de baguettes sont recyclées par mois.On peut aussi citer This Fish, un système de traçabilité de produits de la mer accessible aux petits exploitants et aux pêcheurs en milieu rural.Ce système vise à promouvoir et à récompenser les exploitants qui pratiquent la pêche durable.Chop Value et This Fish sont deux investissements de la première filiale du National Social Value Fund, inaugurée à Vancouver.La première cohorte comptait neuf étudiants de l\u2019UBC et de l\u2019Université Simon Fraser.Certains étudiaient en finance, d\u2019autres en science politique, en philosophie ou en économie.Ce mélange des univers est une pierre angulaire du concept de NSVF, pour multiplier les regards, mais aussi pour polliniser différents secteurs lorsque les étudiants quittent l\u2019université, et le fonds, pour rejoindre le monde du travail.Depuis 2017, le NSVF a développé des fonds à Calgary, à London, à Kingston et à Montréal.Le Montreal Social Value Fund (MSVF) a été lancé en octobre 2019 par neuf étudiants de l\u2019Université McGill.Le Devoir a rencontré quatre de ses membres : Lina Dieudonné, Tanya Gandhi, Bhoomika Saxena et Maxime Lakat.Apprendre en pratiquant Depuis octobre, les membres du Montreal Social Value Fund ont mené quatre actions.Comme n\u2019importe quel fonds, ils ont défini leur thèse d\u2019investissement (leur cible) : ils investissent dans des entreprises montréalaises qui s\u2019attaquent aux objectifs de développement durable (ODD) orphelins.Les Nations unies ont déterminé 17 ODD pour lesquels il est urgent de mobiliser du capital privé, soit des investisseurs et des entreprises.Les ODD environnementaux sont plus populaires que les causes sociales.Ensuite, les neuf étudiants ont cherché des alliés, dans la communauté financière et dans la société civile.Puis, ils ont recensé les acteurs de l\u2019écosystème communautaire et social montréalais et ils les ont rencontrés pour comprendre les enjeux particuliers à la métropole.Ils rencontrent aussi des porteurs de projets et des investisseurs.«Steve Petterson nous a prévenus: l\u2019investissement d\u2019impact est encore peu connu.On ne peut pas rassembler une somme cible et trouver des projets par la suite, comme les fonds traditionnels, explique Maxime Lakat.Les investisseurs que nous approchons veulent savoir en amont dans quels projets précis ils s\u2019impliquent.» Ajoutons qu\u2019en investissement d\u2019impact, on peut privilégier l\u2019impact ou le rendement.Les investissements d\u2019impact dans des technologies propres et en biotech privilégient généralement le rendement.En optant pour les ODD orphelins, les membres du NSVF privilégient l\u2019impact.Les investisseurs qui les encourageront voudront d\u2019autant plus savoir à quelles retombées sociales ils contribuent.Qui sont ces investisseurs?«Nous rencontrons trois groupes, répond Bhoo- mika Saxena.Des institutions financières et des entreprises, que nous approchons à travers leur responsabilité sociale ou à travers leur désir d\u2019implication locale.Des individus fortunés et des investisseurs d\u2019impact, comme Anges Québec.Et pour chaque dollar d\u2019investissement recueilli, le National Social Value Fund nous en donne tout autant.» Et les projets?Les membres du Montreal Social Value Fund souhaitent avoir réalisé leur premier investissement à la fin du printemps 2020.«Lorsqu\u2019on rencontre une organisation, on cherche à comprendre le problème auquel s\u2019attaquent les fondateurs et leurs motivations, explique Lina Dieudonné.Pourquoi ont- ils lancé le projet?L\u2019impact positif est-il au cœur du modèle?La solution est-elle pérenne?D\u2019où viendront les revenus?» Influencer les employeurs Des fonds gérés par des étudiants, il en existe déjà.On peut citer Desautels Capital Management (DMC) et Front Row Ventures.Ce dernier investit dans des entreprises lancées par des étudiants.Mais la particularité du NCVF tient à son objectif : il ne s\u2019agit pas d\u2019initier les étudiants à l\u2019investissement, mais plutôt de former de futurs employés qui contribueront à changer le visage de la finance dans différents secteurs de la société.Bhoomika Saxena a été recrutée par le géant BlackRock, une société de gestion d\u2019actifs traditionnelle qui compte une petite division de finance durable.« Je souhaite inciter mes futurs collègues à intégrer les principes de la finance durable à l\u2019évaluation de leurs dossiers », dit-elle.Tanya Gandhi se dirige vers la consultation.« Un consultant pense en fonction des résultats.Je voudrais qu\u2019on ajoute la question suivante : la solution que nous proposons au client peut-elle prendre aussi en considération un impact social et environnemental positif ?» Lina Dieudonné, quant à elle, vise le secteur des politiques publiques.«L\u2019expérience au MSVF m\u2019apprend que j\u2019ai du pouvoir et m\u2019enseigne le courage.» Quant à Maxime Lakat, gérer le fonds développe son sens critique.«L\u2019université ne nous apprend pas à remettre en question les modèles et les paradigmes.La finance qui se dit responsable ne l\u2019est pas nécessairement.Il faut être vigilant.» Le National Social Value Fund et le Montreal Social Value Fund s\u2019inscrivent dans un mouvement étudiant mondial qui revendique des engagements et des actions en matière de transition économique et écologique.On peut citer deux exemples européens: le «Manifeste étudiant sur le développement durable dans l\u2019enseignement supérieur» et le «Manifeste étudiant pour un réveil écologique».Au Québec, mentionnons la déclaration «Changer l\u2019éducation universitaire au Québec sur la finance durable», lancée en octobre 2019, au Colloque PRI sur l\u2019investissement responsable.C\u2019est dans cette mouvance que le Montreal Social Value Fund s\u2019apprête à renouveler la moitié de ses membres, pour remplacer ceux qui rejoindront le marché du travail.La première cohorte était composée uniquement d\u2019étudiants de McGill.Pour la prochaine, on songe à ratisser plus large.« ALESS MC LEDEVOIR // LE LUNDI 20 JANVIER 2020 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin l n\u2019a fallu que 30 minutes de délibérations aux juges de la Cour suprême du Canada pour rendre une décision séance tenante déboutant la Colombie-Britannique.Même en invoquant ses propres compétences en matière de protection de l\u2019environnement, la province ne peut imposer des conditions qui empêcheraient la construction du pipeline Trans Mountain, le transport interprovincial et l\u2019exportation d\u2019hydrocarbures étant une compétence exclusive du gouvernement fédéral.La Cour suprême du Canada a ainsi confirmé la décision de la Cour suprême de la Colombie-Britannique \u2014 l\u2019équivalent de notre Cour d\u2019appel \u2014 à laquelle le gouvernement provincial avait demandé par un renvoi si la modification de sa loi environnementale adoptée par son Assemblée législative était constitutionnelle.Cette modification visait à imposer des conditions et à exiger un permis pour le transport de pétrole lourd, déclaré matière dangereuse, sur son territoire.Dans une décision unanime, les juges de la Cour suprême de la Colombie-Britannique avaient souligné que la compétence sur les entreprises interprovinciales revenait au fédéral parce que de telles entreprises, tel un pipeline, ne pouvaient de façon pratique se soumettre à différentes lois et à différents règlements chaque fois qu\u2019elles franchissaient la frontière d\u2019une province.Les juges ont même estimé que la gestion des dommages environnementaux, associés à un pipeline, par exemple, était un élément central de la compétence du gouvernement fédéral et que les effets de la loi de la Colombie-Britannique visaient à contrevenir à cette inaliénable compétence fédérale.En résumé, les lois environnementales d\u2019une province ne sauraient empêcher la construction d\u2019un pipeline traversant son territoire, si c\u2019est là la volonté du gouvernement fédéral et de son Office national de l\u2019énergie.Évidemment, ce jugement a d\u2019importantes conséquences pour le gouvernement du Québec, qui jugeait qu\u2019il avait le pouvoir non seulement d\u2019imposer des conditions à des promoteurs d\u2019un projet de pipeline, mais aussi de le bloquer, notamment en l\u2019absence d\u2019acceptabilité sociale, comme le premier ministre François Legault l\u2019a affirmé au sujet du projet Énergie Est de TransCanada.La procureure générale du Québec est d\u2019ailleurs intervenue dans la cause de Trans Mountain, précisant que, selon elle, «les principes en jeu dans la présente affaire la dépassent et [que] celle-ci pourrait avoir de graves effets sur le partage des compétences en matière environnementale et même au-delà».On peut maintenant mieux comprendre l\u2019arrogance de TransCanada et le mépris que le promoteur affichait pour les compétences du Québec en matière environnementale.Il était sans doute convaincu que le maître à bord, c\u2019étaient les autorités fédérales.Par ailleurs, il ne faut pas croire que ce sont les exigences environnementales qui ont forcé l\u2019abandon du projet.C\u2019est plutôt que son plan d\u2019affaires, sur le strict plan économique, ne tenait pas la route.Heureusement, parce que nous savons aujourd\u2019hui que Québec n\u2019aurait pu s\u2019y opposer.«Maître chez nous», est un leitmotiv fallacieux.Campés dans leur confort et souvent indifférents, les Québécois en général ont la fausse impression qu\u2019en matière d\u2019environnement \u2014 et cela s\u2019applique à bien d\u2019autres domaines \u2014, le gouvernement du Québec dispose des pouvoirs pour assurer la protection de son territoire.C\u2019est évidemment une illusion, comme le confirme le dernier jugement de la Cour suprême.Les gouvernements libéraux et maintenant le gouvernement caquiste, avec ses prétentions autonomistes, ont cultivé ce leurre.Mais un jour ou l\u2019autre, la réalité les rattrape.Le Canada demeure un État pétrolier, et il est difficile d\u2019imaginer que Justin Trudeau, et encore moins un chef conservateur qui lui succéderait, y changera quelque chose à court ou moyen terme.Il faut donc espérer qu\u2019un projet d\u2019oléoduc qui traverserait le Québec ne s\u2019avérera pas rentable un jour ou l\u2019autre parce que ses promoteurs sauront, qu\u2019en dépit de sa posture, le gouvernement du Québec, au-delà des vaines tracasseries que peuvent présenter les lois québécoises en matière d\u2019environnement et d\u2019aménagement du territoire, ne pourra pas le bloquer.Comme il ne pourra pas empêcher le gouvernement fédéral de construire une ligne de transport d\u2019électricité pour donner satisfaction à Terre-Neuve-et-Labrador.Jeudi dernier, le jour même où la Cour suprême rendait son jugement, François Legault rencontrait Jim F.Illich, le président du conseil d\u2019administration d\u2019Énergie Saguenay, ce projet de liquéfaction et d\u2019exportation de gaz naturel qui repose sur la construction d\u2019un gazoduc traversant le Québec.Décidément, le hasard fait bien les choses pour les vendeurs d\u2019énergies fossiles.Rikia Benalla Étudiante en droit international à l\u2019UQAM Le 10 décembre 2019, le Canada, le Mexique et les États Unis ont convenu d\u2019un protocole modifiant le nouvel ALENA de 2018, également appelé ACEUM.L\u2019accord de 2018 prévoyait des dispositions importantes en matière de propriété intellectuelle dans lesquelles il était question d\u2019établir une durée de dix ans de protection des données pour les médicaments biologiques.Bien que de nouvelles dispositions aient été intégrées, la durée de dix ans a été supprimée.L\u2019OMC prévoit vingt ans de protection par brevet et octroie aux États la possibilité d\u2019un délai supplémentaire à la discrétion des États, dénommé « protection des données ».Cette période concède une exclusivité commerciale à l\u2019entreprise détentrice du brevet et n\u2019entre en vigueur qu\u2019à partir de l\u2019autorisation de mise sur le marché.Cette période de protection est cumulative à la période de vingt ans de protection par brevet.Initialement, l\u2019ALENA accordait une période de protection des données de cinq ans, qui était principalement utilisée par les États, pour les médicaments à petites molécules.Ainsi, il avait été convenu au cours des négociations par les trois pays partenaires d\u2019une durée de protection des données de dix ans réservée exclusivement aux médicaments biologiques (médicaments à grosses molécules destinées aux maladies rares).Cette prolongation visait le Mexique et le Canada.En effet, le Mexique ne dispose pas de période de protection des données pour les médicaments biologiques.Le Canada, quant à lui, avait rallongé en 2006 cette période d\u2019exclusivité commerciale à huit ans, avant toute négociation de l\u2019ACEUM.Quant aux États- Unis, la durée de protection des données s\u2019y élève à douze ans.L\u2019entente convenue en 2018 supprime toutes indications à la durée de protection des données de l\u2019ac- Des solutions pour régler la crise du logement On parle beaucoup dans les journaux d\u2019un problème devenu plus que préoccupant : la difficulté de se loger à Montréal autant que dans le reste du Canada.Les raisons évoquées, notamment dans Le Devoir du 16 janvier 2020, pour expliquer ce phénomène grandissant tournent principalement autour de l\u2019augmentation des immigrants et du nombre de résidents temporaires (étudiants étrangers et travailleurs temporaires).Il me semble pourtant qu\u2019on oublie la partie immergée de l\u2019iceberg ! Le nombre de locations temporaires de type Airbnb (j\u2019ai bien dit « de type ») est tout simplement hallucinant.On ne parle pas ici du particulier qui de temps en temps loue sa piaule pour arrondir ses fins de mois, non, on parle des investisseurs, parfois étrangers, qui achètent, construisent, rénovent dans le seul but de faire un commerce rapide et florissant.Et tous les moyens sont bons : pléthore d\u2019offres de logements qui dissimulent des locations temporaires sur des groupes d\u2019annonces qui se multiplient sur Facebook, nombre croissant de locataires qui se font virer parce que le proprio va faire des travaux ou reprendre le bien loué pour un membre de sa famille.Ben voyons donc ! Cette anarchie dans les loyers aura tôt ou tard un prix.De nombreux locataires, le plus souvent des personnes démunies, des gens âgés ou des travailleurs à faibles revenus sont de moins en moins capables de faire face au phénomène.Il faut légiférer d\u2019urgence ! Il est tout à fait possible d\u2019autoriser Airbnb et les autres formes de locations temporaires tout en empêchant qu\u2019un commerce occasionnel ne devienne une industrie.C\u2019est possible de vérifier qu\u2019une personne sous-loue son appartement avec un bail de sous-location officiel, c\u2019est possible de vérifier qu\u2019une personne qui vire un locataire de son logement pour y mettre un membre de sa famille y met bien, à long terme, un membre de sa famille et non un fantôme qui permettra l\u2019augmentation du loyer ou la transformation du bien.Question de volonté ! Alain Braine Montréal, le 17 janvier 2020 L\u2019ACEUM au secours de la protection de l\u2019innovation LIBRE OPINION LETTRES PIPELINES ET ENVIRONNEMENT Ottawa, le maître du jeu I ÉDITORIAL A 6 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu cord.Le Canada ne sera pas tenu de rallonger cette durée de huit à dix ans.La prolongation de la propriété intellectuelle serait la condition sine qua non pour permettre aux industries pharmaceutiques de récupérer les investissements coûteux de recherche et développement et d\u2019innover en conséquence.Le brevet serait insuffisant pour parvenir à cet objectif.Cette rhétorique semble contraire à la réalité, et les industries pharmaceutiques semblent être avant tout motivées par des visées financières.Cette configuration faciliterait les fusions et acquisitions prédatrices, et annihilerait les bienfaits de la concurrence.Ces craintes semblent être justifiées par un contexte précédent de concession sans contrepartie.À l\u2019origine, le Canada avait concédé cette période de protection des données supplémentaire de huit ans, à la condition de bénéficier de 10% d\u2019investissement des industries pharmaceutiques étasuniennes en recherche et développement.Toutefois, cette exigence n\u2019a pas été respectée.Les firmes étasuniennes externalisent la recherche et développement de manière fréquente par le rachat de PME canadiennes.Cela est lié au caractère opportuniste que cette opération produit : les firmes pharmaceutiques bénéficient de 48% de crédit d\u2019impôt au titre de ce soutien à la recherche et développement.À ce titre, les investissements en recherche et développement au Canada sont dix fois inférieurs au pourcentage prévu par l\u2019accord initial.Cette stratégie infirme les arguments énoncés par les industries pharmaceutiques selon lesquels la propriété intellectuelle serait vectrice d\u2019innovation.En refusant d\u2019inclure les nouvelles dispositions dans l\u2019ACEUM, le Canada a évité d\u2019ouvrir la boîte de Pandore et permet, à son avantage, de maintenir le délai en vigueur.Malgré tout, ce délai de huit ans accordé par le Canada, n\u2019appa- raît-il pas démesuré au regard de la part infime que consacrent les multinationales pharmaceutiques à la recherche et développement ?ROBERT DUTRISAC Les citoyens peuvent faire leurs propres choix Dans une entrevue réalisée par Annabelle Caillou du Devoir, Corinne Voyer, de la Coalition Poids, signe en réclamant une nouvelle taxe sur les boissons sucrées.Je ne peux m\u2019empêcher d\u2019y voir une énième demande pour un paternalisme bien-pensant au gouvernemen.Tel que le reconnaît Mme Voyer, les efforts de sensibilisation de la dernière décennie ont fonctionné.La consommation de boissons gazeuses a diminué de moitié entre 2004 et 2015, et c\u2019est grâce à ces efforts.Si la sensibilisation est intéressante, c\u2019est notamment parce qu\u2019elle laisse libre choix aux citoyens, tout en les informant des conséquences néfastes que peuvent avoir leurs décisions.En imposant une taxe, en revanche, l\u2019on ne vient plus recommander un nouveau mode de vie au citoyen, mais plutôt le punir pour son mode de vie.Au lieu de privilégier les conseils, on privilégie la punition.Ce genre de paternalisme étatique n\u2019a pas sa place.Les citoyens ont l\u2019information nécessaire pour faire leurs propres choix, et nous devons les respecter.Renaud Brossard, directeur Québec, Fédération canadienne des contribuables Le 17 janvier 2020 La prolongation de la propriété intellectuelle serait la condition sine qua non pour permettre aux industries pharmaceutiques de récupérer les investissements coûteux de recherche et développement et d\u2019innover en conséquence A 7 LEDEVOIR // LE LUNDI 20 JANVIER 2020 IDÉES Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Baptiste Barbe, Paul Cauchon, Valérie Duhaime, Louis Gagné, Jean-François Nadeau, Anabelle Nicoud Adjoints Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directrice artistique Claire Dazat Directeur de la production Christian Goulet François Côté Guillaume Rousseau Auteurs du livre Restaurer le français langue officielle (Institut de Recherche sur le Québec, 2020) Au printemps 2018, le Barreau a entrepris une action judiciaire pour contester la validité de toutes les lois québécoises, parce qu\u2019elles n\u2019auraient pas été suffisamment adoptées en anglais.Il faut dire que le législateur se contente de les traduire du français vers un anglais dont la qualité serait douteuse au point que les divergences entre les deux versions sont nombreuses, ce qui cause une grande insécurité juridique.En mai de la même année, en assemblée générale extraordinaire, des membres du Barreau ont adopté une résolution lui demandant de cesser cette contestation.Malgré cela, depuis se poursuivent des démarches visant à rendre le processus d\u2019adoption des lois québécoises plus bilingue.Pourtant, il existe une autre solution, qui serait beaucoup plus conforme au principe du français langue officielle, soit le rétablissement de la primauté de la version française des lois en cas de divergence que les règles ordinaires d\u2019interprétation ne permettent pas de résoudre convenablement.Un peu d\u2019histoire En 1974, le gouvernement Bourassa adoptait la loi 22, qui faisait du français la seule langue officielle et, comme langue officielle signifie d\u2019abord langue des lois, prévoyait une telle primauté de la version française des lois.Ces éléments de cette loi ont alors été considérés comme conformes à la Constitution de 1867 par la Cour supérieure dans l\u2019affaire Bureau métropolitain des écoles protestantes de Montréal.En 1977, la loi 101 allait plus loin en faisant de la version française des lois la seule officielle et en imposant le français comme langue de la justice.Puis, dans l\u2019affaire Blaikie, ces aspects de la loi 101 ont ensuite été déclarés contraires à l\u2019article 133 de la Constitution de 1867.À cette occasion, la Cour suprême a fait une interprétation très large de cet article, mais très stricte du pouvoir du Québec de modifier sa propre Constitution.Par la suite, la Cour suprême est allée encore plus loin dans une affaire mani- tobaine, en déclarant inconstitutionnelle une règle prévoyant la primauté d\u2019une version de la loi sur l\u2019autre.Tenant compte de ces jugements, en 1993 le législateur québécois a modifié l\u2019article 7 de la loi 101 pour consacrer la règle de l\u2019égale valeur juridique des deux versions.Malgré cela, dans l\u2019affaire Doré, le juge Jean-Louis Baudouin de la Cour d\u2019appel a proposé de faire primer la version française d\u2019une loi québécoise, et ce, en invoquant le fait que la version anglaise était une traduction.La Cour suprême a confirmé ce jugement du juge Baudouin, mais en précisant qu\u2019en Pour une restauration du français langue officielle Pierre Pahlavi Membre de l\u2019Observatoire sur le Moyen-Orient et l\u2019Afrique du Nord de la Chaire Raoul-Dandurand Les deux dernières semaines ont été riches en événements sur le front des relations tumultueuses entre les États- Unis et l\u2019Iran.Alors que la poussière retombe et que l\u2019on assiste à une certaine désescalade, il sied de prendre un peu de recul et de replacer ces événements récents et leurs retombées stratégiques dans leur contexte géopolitique.Pour comprendre ce bras de fer irano- américain, il faut d\u2019abord rappeler les objectifs de la politique étrangère iranienne.Pour des raisons historiques, culturelles et politiques, Téhéran poursuit trois grands impératifs stratégiques.D\u2019une part, protéger la forteresse iranienne, c\u2019est-à-dire assurer la survie du régime, mais aussi préserver l\u2019intégrité territoriale, l\u2019indépendance politique et l\u2019autonomie économique du pays.D\u2019autre part, constituer autour de l\u2019Iran une zone tampon protectrice à travers la projection de ses capacités soft (idéologiques) et hard (utilisation de ses forces paramilitaires et des milices pro-iraniennes).Ultimement, l\u2019Iran cherche à être réintégré dans la communauté internationale et à être reconnu comme une puissance souveraine et à part entière.Tenant compte des lacunes importantes de leur pays dans les domaines traditionnels de la puissance militaire, économique et technologique, les dirigeants iraniens ont adopté, depuis le début de ce siècle, une stratégie asymétrique leur permettant de poursuivre ces grands objectifs stratégiques de manière indirecte, en évitant l\u2019usage de la force et l\u2019affrontement direct avec leurs adversaires régionaux et extrarégionaux.Au cours des deux dernières décennies, cette approche parfois appelée « hybride » ou « multidimensionnelle » a permis à l\u2019Iran d\u2019engranger des gains stratégiques majeurs.Téhéran a su mettre à profit les interventions occidentales en Afghanistan et en Irak et, surtout, le printemps arabe de 2011, pour s\u2019imposer en acteur incontournable de l\u2019échiquier moyen-oriental et devenir un partenaire clé de la lutte contre Daech aux côtés de la coalition internationale dirigée par les États-Unis.L\u2019Iran a ainsi pu redorer son blason, renouer le dialogue avec Washington et négocier en position de force sur l\u2019épineux dossier nucléaire.La signature de l\u2019accord nucléaire de 2015, réelle victoire diplomatique, a permis de redonner une légitimité au régime islamique, de prolonger son espérance de vie, tout en consolidant son statut de puissance régionale et en se rapprochant d\u2019une réintégration dans le concert des nations.En 2016, Téhéran pouvait donc se targuer d\u2019avoir fait des progrès notables dans la poursuite de ses principaux objectifs stratégiques.La stratégie de pression maximale Depuis trois ans, la stratégie régionale et internationale du régime islamique se heurte cependant à des obstacles majeurs.Le plus important est la logique de jeu à somme nulle qui caractérise le système moyen-oriental : tout gain iranien est automatiquement vu comme une perte sèche par les adversaires israéliens et saoudiens de l\u2019Iran.Le réchauffement des relations entre Téhéran et Washington a été perçu comme une remise en cause des liens privilégiés entre les États-Unis et ses alliés traditionnels dans la région.L\u2019élection de Donald Trump, dont les premières initiatives internationales ont été de dénoncer le traité nucléaire de 2015, de rompre le dialogue avec l\u2019Iran et d\u2019opérer un rapprochement significatif avec Israël et l\u2019Arabie saoudite, a marqué un tournant décisif.Depuis 2016, les États-Unis, Israël et l\u2019Arabie saoudite ont travaillé de concert pour réduire l\u2019influence iranienne via une stratégie à 360 degrés dite de « pression maximale ».L\u2019objectif commun est d\u2019empêcher l\u2019Iran de développer sa capacité nucléaire et son programme de missiles balistiques tout en affaiblissant le régime à l\u2019intérieur même de ses frontières, en réduisant son influence externe et en l\u2019isolant sur la scène régionale.D\u2019emblée, cette stratégie multifa- cette s\u2019est manifestée par la réimposition des sanctions économiques contre l\u2019Iran.Ce double effort d\u2019étouffement diplomatique et de strangulation économique a été renforcé par une pression militaire israélienne en Syrie, saoudienne au Yémen et de la part de l\u2019OTAN en Irak.À cela s\u2019est ajouté, au cours de l\u2019automne 2019, un soutien marqué aux mouvements populaires anti-régime au Liban, en Irak\u2026 mais aussi en Iran.C\u2019est dans ce contexte de « pression maximale » que le général Qassem So- leimani a été abattu.Cette exécution CRISE IRANO-AMÉRICAINE La stratégie iranienne sur l\u2019échiquier moyen-oriental visait plusieurs objectifs.Tout d\u2019abord, désorganiser la force Al-Qods qu\u2019il dirigeait, principale plate-forme de projection de l\u2019influence iranienne sur le théâtre régional moyen-oriental et, ensuite, envoyer un message clair aux Gardiens de la révolution iranienne : « nous pouvons vous frapper n\u2019importe où et n\u2019importe quand ».Cet assassinat était également destiné à pousser les forces militaires iraniennes à commettre une erreur \u2014 ce qui, de toute évidence, s\u2019est produit avec les tirs de missiles de la défense antiaérienne contre l\u2019avion de ligne ukrainien.Une tragédie aérienne qui a été sciemment exploitée sur le plan médiatique pour humilier les forces armées iraniennes et nourrir la rancœur populaire contre le régime islamique.Pour l\u2019heure, la réplique relativement modérée des Iraniens \u2014 frappes contre des bases américaines sans conséquence majeure \u2014 et la retenue affichée par les milices pro-iraniennes semblent indiquer que cette stratégie à 360 degrés porte ses fruits et que le régime iranien concède la victoire américaine dans cette manche.Cependant, quels que soient leurs succès, les États- Unis et leurs alliés auraient certainement tort de crier victoire.L\u2019Iran est un pays résilient qui dispose de tous les atouts pour tirer son épingle du jeu et renverser la situation à son avantage.raison de l\u2019article 7 de la loi 101 la règle de la primauté de la version française devait en théorie être écartée.Résultat : 46 ans après la consécration du principe du français seule langue officielle par le gouvernement Bourassa, ce principe est devenu principalement symbolique.Cependant, il ne s\u2019agit pas là d\u2019une fatalité.Insécurité juridique Deux développements récents permettent de revenir au principe du français langue officielle.D\u2019une part, l\u2019affaire Montplaisir et d\u2019autres jugements plus récents ont démontré qu\u2019en vertu de son pouvoir de modifier sa propre Constitution, le Québec peut modifier le volet de l\u2019article 133 de la Constitution de 1867 qui le concerne.D\u2019autre part, la jurisprudence récente tend à interpréter moins largement les droits linguistiques liés au bilinguisme législatif ou judiciaire et à reconnaître que le Québec doit jouir d\u2019une latitude lui permettant de protéger le français (ce qui n\u2019est pas le cas des autres provinces, dont le Manitoba, eu égard à l\u2019anglais).Par conséquent, le législateur pourrait, et devrait, profiter du dépôt annoncé d\u2019un projet de loi modifiant la loi 101 pour rétablir une primauté de la version française des lois.Cela permettrait de régler un des problèmes soulevés par le Barreau, soit l\u2019existence de nombreuses divergences entre les deux versions des lois qui causent de l\u2019insécurité juridique, et de restaurer le principe du français langue officielle.46 ans après la consécration du principe du français seule langue officielle par le gouvernement Bourassa, ce principe est devenu principalement symbolique Tenant compte des lacunes importantes de leur pays dans les domaines traditionnels de la puissance militaire, économique et technologique, les dirigeants iraniens ont adopté, depuis le début de ce siècle, une stratégie leur permettant d\u2019éviter l\u2019usage de la force et l\u2019affrontement direct.ATTA KENARE AGENCE FRANCE- PRESSE Tout gain iranien est automatiquement vu comme une perte sèche par les adversaires israéliens et saoudiens de l\u2019Iran LEDEVOIR // LE LUNDI 20 JANVIER 2020 EN EAUX TROUBLES A 8 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4 Métro Berri-UQAM Ouvert du lundi au vendredi de 8 h 30 à 16 h 30 Suivez-nous sur LeDevoir.com et sur nos réseaux sociaux RÉDACTION Téléphone 514 985-3333 Courriel redaction@ledevoir.com RENSEIGNEMENTS ET ADMINISTRATION Téléphone 514 985-3333 ABONNEMENTS (du lundi au vendredi de 7 h 30 à 16 h 30) Téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal 1 800 463-7559 (sans frais) Courriel abonnements@ledevoir.com Télécopieur 514 985-5967 PUBLICITÉ Téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Courriel publicite@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 AVIS PUBLICS ET APPELS D\u2019OFFRES Téléphone 514 985-3452 Courriel avisdev@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 AVIS DE DÉCÈS - LE MÉMORIEL Téléphone 514 525-1149 Courriel deces@lememoriel.com PETITES ANNONCES ET PUBLICITÉ PAR REGROUPEMENT 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Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.Une amitié embouée La gestion des eaux usées brouille la relation entre les États-Unis et le Mexique Californie Capitale Sacramento Population 39,56 millions Enjeu Les villes frontalières mexicaines, comme Tijuana et Nuevo Laredo, ont connu un boom démographique dans les années 1990.En règle générale, ces villes se sont développées de façon plus ou moins ordonnée, en suivant des normes de traitement des eaux usées souvent moins sévères que celles en vigueur aux États-Unis.MARCO BÉLAIR-CIRINO À IMPERIAL BEACH, EN CALIFORNIE LE DEVOIR L e parc de l\u2019Amitié s\u2019étend des deux côtés de la frontière entre les États- Unis et le Mexique, à un jet de pierre de l\u2019océan Pacifique.Des Américains et des Mexicains y fraternisent à travers un mur de fer.En décembre dernier, nous nous mettons en tête d\u2019y faire un saut.Nous rebroussons vite chemin.Des ondées ont déferlé sur la région frontalière quelques jours auparavant.Le système d\u2019égout de Tijuana n\u2019a pas suffi à la tâche, si bien qu\u2019une boue liquide nauséabonde s\u2019est échappée de la ville mexicaine nichée sur une colline, puis a traversé sans difficulté la haute clôture.Elle a envahi les États-Unis, par le sol et la mer, charriant des cailloux ainsi que des déchets de toutes sortes.Sous la responsabilité de l\u2019État de la Californie, le parc Border Field en est parsemé: du papier hygiénique est accroché à des branches d\u2019arbre, des contenants de plastique jonchent le sol.Et le chemin de terre pour se rendre au «Friendship Park» ou «Parque de la Amistad» est inondé par endroits.«Eau contaminée par les eaux usées.Une exposition peut provoquer des maladies», peut-on lire sur des affiches à proximité des flaques d\u2019eau.Des grues sont dispersées le long de la frontière, rappelant la promesse phare de Donald Trump durant la campagne présidentielle de 2016: ériger un mur étanche long de plus de 3000 kilomètres entre les États-Unis et le Mexique.Promesse qu\u2019il a édulcorée après sa victoire.À quelques centaines de mètres de l\u2019arène de taureaux de Tijuana, embouée, nous nous résignons à faire marche arrière.Les précipitations ne sont pas en hausse d\u2019une année à l\u2019autre, au contraire, mais elles sont plus abondantes, explique la coordonnatrice des programmes éducatifs de la réserve de l\u2019estuaire de la rivière Tijuana, Anne Marie Tipton.Débordées, les infrastructures de l\u2019agglomération de Tijuana, qui compte près de 1,5 million d\u2019habitants, recrachent le trop-plein d\u2019eau souillée vers le pays de l\u2019Oncle Sam.Indifférence et impatience Calilio constate de visu les dégâts causés à son lopin de terre dans un vaste jardin communautaire de San Diego Sud, non loin de la frontière.L\u2019ex-mé- canicien de l\u2019aviation des forces armées américaines s\u2019affaire à nettoyer la boue avant qu\u2019elle ne sèche.« Sinon ce sera dur, dur », précise-t-il.Par chance, il avait fait sa récolte quelques semaines auparavant.« Souvent, les légumes philippins vendus en magasin sont chers.Donc, je fais pousser les miens.Et, ça m\u2019amuse.C\u2019est un loisir », mentionne-t-il.Calilio a préféré se rendre à sa parcelle de terre à vélo.« Il y a des flaques, petites et grosses, partout.Quand tout sera sec, les chemins seront cahoteux », prévient l\u2019homme, qui revêt un casque rouge et un dossard jaune.La panique n\u2019a pas gagné le Ranch de la route Hollister non plus.Les randonnées à cheval jusqu\u2019à la frontière améri- cano-mexicaine sont maintenues jusqu\u2019à nouvel ordre.« Nous nous promenons tout le temps là-bas, explique Chelsea, qui est de permanence en cet après-midi de décembre.Mais il faut porter des chaussures appropriées.Et il faut passer par la plage, et non le chemin indiqué par les autorités.» Sur le sable, les empreintes de sabots de chevaux se mêlent ainsi à celles des roues des véhicules utilitaires sport (VUS) des services frontaliers américains.« Nous nous trouvons dans une plaine inondable.En l\u2019absence de canaux, tout serait inondé dès qu\u2019il y aurait une averse », ajoute sa consœur Ashley, qui a les cheveux et la peau cuivrés par le soleil.À côté d\u2019elles, un petit coq noir pousse les hauts cris dans l\u2019indifférence totale.Karen a élu domicile à Imperial Beach à moins de 10km à vol d\u2019oiseau au nord de la frontière.La rue Seacoast où elle habite est coincée entre l\u2019océan et un immense milieu humide.Plusieurs résidences sont ornées de pelouse synthétique.La mer se trouve dans sa cour.Elle n\u2019y a cependant pas mis les pieds depuis vingt ans, men- tionne-t-elle.«Ce n\u2019est pas plaisant.Ça pue», dit la retraitée après avoir invité Le Devoir à s\u2019asseoir sur sa terrasse sur l\u2019une de ses chaises ornées de coussins bleus délavés.«Mon chien, Ben, aime se baigner.Mais il y est allé il y a deux ans et il a été tellement malade que je ne me promène même plus sur la plage avec lui.C\u2019est toxique», souligne-t-elle.Les autorités interdisent la baignade dès qu\u2019elles détectent la présence de contaminants dans l\u2019eau.Mais, à tout coup, des surfeurs bravent l\u2019interdit.« C\u2019est comme s\u2019ils étaient immunisés contre les problèmes de santé liés à de l\u2019eau contaminée », lance Karen, la voix noyée dans le roulement des vagues sur la plage.Il n'est cependant pas rare que des surfeurs souffrent de streptocoques, d'infections gastro-intestinales ou des sinus après s\u2019être baignés dans le Pacifique.Relations empoisonnées En 2018, le Mexique a annoncé l\u2019injection de plus 5,5 millions de dollars pour moderniser le système de traitement des eaux usées de Tijuana, y compris le remplacement d\u2019une conduite maîtresse de plus de 4 km.Ce ne sont pas moins de 430 millions qui s\u2019avéreront nécessaires pour résoudre entièrement le problème, estime l\u2019État mexicain de Basse-Californie.Les communautés de San Diego et d\u2019Imperial Beach ne sont pas les seules à pâtir des eaux usées du sud de la frontière.Parlez-en aux habitants de Loredo, au Texas.À un moment, leurs voisins de Nuevo Laredo, au Tamaulipas, déversaient près de 95 millions de litres d\u2019eaux usées dans le Rio Grande par jour.Les villes frontalières mexicaines, comme Tijuana et Nuevo Laredo, ont connu un boom démographique dans les années 1990.Les Mexicains s\u2019y sont établis en grand nombre afin d\u2019y trouver un gagne-pain dans des entreprises tournées vers l\u2019exportation qui flairaient la bonne affaire avec les États-Unis et le Canada après l\u2019entrée en vigueur de l\u2019Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), en 1994.En règle générale, ces villes se sont développées de façon plus ou moins ordonnée, en suivant des normes de traitement des eaux usées souvent moins sévères que celles en vigueur aux États-Unis, fait remarquer Anne Marie Tipton.Le problème est tel qu\u2019il a surgi lors des négociations qui ont abouti à un nouvel Accord Canada-États-Unis- Mexique (ACEUM).Washington et Mexico se sont entendus pour effectuer des améliorations au système de traitement des eaux usées de Tijuana.Karen s\u2019en réjouit.Cela dit, elle suspecte le locataire de la Maison-Blanche, Donald Trump, d\u2019avoir agi pour les militaires de la force spéciale Navy Seals, qu\u2019il affectionne.Certains d\u2019entre eux éprouveraient des ennuis de santé après avoir pris part à des exercices dans l\u2019océan Pacifique, qui jouxte leur base en banlieue de San Diego.Mais l\u2019ACEUM n\u2019a pas produit les effets escomptés sur-le-champ.Fin décembre, des ordures ont obstrué un ponceau à Tijuana, ce qui a entraîné le rejet d\u2019environ 300 mètres cubes d\u2019eau polluée et de déchets.Le principal accès au parc de l\u2019Amitié demeurera fermé jusqu\u2019à nouvel ordre.Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.Les autorités américaines interdisent la baignade à Imperial Beach, située tout près de la frontière mexicaine, dans le sud de la ville de San Diego en Californie, dès qu\u2019elles détectent la présence de contaminants dans l\u2019eau.MARCO BÉLAIR-CIRINO LE DEVOIR Tijuana Sacramento "]
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