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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier A
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2017-08-14, Collections de BAnQ.

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[" V O L .C V I I I N o 1 8 2 L E D E V O I R , L E L U N D I 1 4 A O Û T 2 0 1 7 1 , 3 0 | S + T A X E S = 1 , 5 0 | S AUJOURD\u2019HUI Sur la route \u203a Car2go ouvre la porte à l\u2019utilisation longue durée en ajoutant des Mercedes à sa ?otte.Page B 4 Société \u203a Les hallucinations auditives seraient une forme de ré- ?exe, suggère une étude parue dans Science.Page A 5 Avis légaux.B 2 Décès.B 6 Météo.A 4 Mots croisés.A 4 Petites annonces .B 6 Sudoku.B 4 ?w w w .l e d e v o i r .c o m Dans le kaléidoscope de Yourcenar Page B 8 Hoodstock passe de sommet à incubateur, et troque la colère pour l\u2019action Page A 3 Des signaux linguistiques contradictoires à la commission des jeunes libéraux Page A 3 S O P H I E M A N G A D O A u cours des deux derniers mois seulement, trois nouveaux cas de non-divulgation de séropositivité ont fait l\u2019objet de poursuites au Québec.Cette augmentation tranche avec les pratiques passées et alarme les groupes de défense des personnes vivant avec le VIH, qui redoutent un changement de paradigme.« Entre 1998 et 2012, on a recensé 21 cas, puis 10 de 2012 à 2016, ce qui était déjà une augmentation significative », relève Liz Lachar- pagne, avocate à la Coalition des organismes communautaires québécois de lutte contre le sida (COCQ-SIDA).Trois cas en deux mois, c\u2019est du jamais vu pour la Coalition canadienne pour réformer la criminalisation du VIH (CCRCV), dont Mme Lacharpagne est membre, et c\u2019est pourquoi cette coalition entend presser le ministère fédéral de la Justice d\u2019agir avant que la tendance ne s\u2019emporte.Les personnes qui ne divulguent pas leur sé- ropositivité alors qu\u2019il y a possibilité qu\u2019elles transmettent le VIH à leur partenaire peuvent faire l\u2019objet d\u2019accusations criminelles au Canada.Le problème, c\u2019est que cette réponse judiciaire ne limite pas la transmission du VIH, selon la CCRCV, qui la juge donc inappropriée.Discrimination Le Canada est le seul pays au monde à considérer comme une agression sexuelle grave la non-divulgation de séropositivité.Jusqu\u2019à présent, on a recensé au Canada près de 200 accusations portées pour non-divulgation.Dans une majorité de cas où la plainte a mené à une VIH La non- divulgation en hausse devant les tribunaux Une coalition pourrait requérir un moratoire sur les poursuites M A R I E - L I S E R O U S S E A U L e nom de Donald Trump était sur toutes les lèvres, dimanche, au lendemain du rassemblement violent ayant causé le décès d\u2019une femme de 32 ans à Charlottesville, aux États- Unis.Le président américain est accusé par plusieurs experts d\u2019avoir désinhibé la haine des groupes suprémacistes blancs et néonazis qui ont organisé le rallye qui a tourné au drame.Le président refuse de les condamner clairement dans cette triste affaire et garde le silence depuis.Samedi, un automobiliste a foncé sur une foule qui manifestait contre le rassemblement, causant la mort de Heather Heyer et faisant une vingtaine de blessés.Le rallye «Unite the Right» était le plus important du genre depuis plus de dix ans.Les groupes d\u2019extrême droite qui se sont rassemblés à Charlottesville existent depuis bien avant l\u2019arrivée de Donald Trump en politique, mais ce dernier aurait ravivé leur flamme en légitimant leurs doctrines racistes, selon divers experts interrogés par Le Devoir.«Ces mouvements existent depuis le XIXe siècle et reprennent périodiquement de l\u2019importance selon le contexte.Il y a présentement un contexte qui favorise leur renforcement alors qu\u2019on a un président qui les encourage et les légitime », avance la profes- seure au Dépar tement de sociologie de l\u2019UQAM Micheline Labelle.«Donald Trump a rendu la haine des supréma- cistes blancs acceptable.On n\u2019aurait jamais vu ça il y a 20 ans, c\u2019est simplement terrible», laisse tomber au bout du fil Mae Ngai, professeure d\u2019histoire à l\u2019Université Columbia, à New York.L\u2019historienne, qui s\u2019intéresse notamment à l\u2019immigration et au nationalisme, cite comme exemple le fait que Donald Trump ait remis en question le lieu de naissance de Barack Obama pendant sa campagne électorale, ainsi que ses politiques anti-immigration.L\u2019ancien leader du Ku Klux Klan David Duke a d\u2019ailleurs interpellé le président américain sur Twitter samedi.«Vous devriez vous regarder dans Trump accusé d\u2019avoir légitimé la haine des suprémacistes Le drame de Charlottesville aurait été impensable sans un pareil glissement, selon des experts De passage au Québec à l\u2019occasion des Correspondances d\u2019Eastman, l\u2019écrivain haïtien installé à Paris plaide pour l\u2019abolition complète des frontières.La Terre, dit-il, n\u2019appartient à personne.D O M I N I C T A R D I F I l y a encore une dizaine de jours, la venue de Néhémy Pierre-Dahomey au Québec semblait plus qu\u2019incertaine, nous répétait son attachée de presse, visiblement déconcertée par la quantité de cerceaux par lesquels il faut transiter afin d\u2019obtenir le feu vert de l\u2019Agence des services frontaliers du Canada.Installé à Paris depuis quelques années, l\u2019écrivain né à Port-au-Prince détient toujours un passeport haïtien.Il devait ainsi quitter, il y a quelques jours, la résidence d\u2019écriture qu\u2019il s\u2019offrait dans le sud de la France, le temps de subir dans la capitale française un petit interrogatoire et de fournir une série de données biomé- triques.Sans quoi cette entrevue n\u2019aurait jamais pu se produire, ni sa rencontre avec le lectorat québécois.«Je ne te dis pas les démarches!», s\u2019exclamait-il samedi midi sur la terrasse du café Les Trois «Les frontières sont nuisibles» Les multiplier ne fait que précariser davantage les sociétés, selon Néhémy Pierre-Dahomey JACQUES NADEAU LE DEVOIR «L\u2019entraide commence avec la politique», croit l\u2019écrivain haïtien.VOIR PAGE A 8 : VIH VOIR PAGE A 8 : HAINE VOIR PAGE A 8 : FRONTIÈRES COUPE ROGERS L\u2019HEURE DE ZVEREV A SONNÉ JACQUES NADEAU LE DEVOIR Roger Federer aurait sans doute aimé ajouter la ville de Montréal à son tableau de chasse, mais un jeune loup est venu lui mettre des bâtons dans les roues dimanche.Grâce à une performance de haut niveau, l\u2019Allemand Alexander Zverev a remporté la ?nale de la Coupe Rogers, 6-3, 6-4, en seulement 68 minutes.Nos informations en page B 4 C A R O L I N E M O N T P E T I T L e nom d\u2019Arakwa Siouï veut dire « rayon de soleil » en wendat.Considérée comme une langue éteinte depuis le tournant du XIXe siècle, la langue wendate est très imagée.«Pour la couleur bleu, par exemple, on dit \u201cc\u2019est comme le ciel\u201d ; pour le rouge, on dit \u201cc\u2019est comme l\u2019ocre\u201d ; et pour le jaune, on dit \u201cc\u2019est comme la fleur de courge\u201d, dit Arakwa Siouï, qui donne des formations en langue wendate au centre de formation et de main-d\u2019œuvre de Wendake.Fille de parents wendats, Arakwa Siouï s\u2019est retrouvée au cœur du mouvement de revitalisation de la langue wendate qui a animé la communauté de Wendake en 2010.« J\u2019ai suivi un cours de langue avec la linguiste qui l\u2019of frait à la population, raconte-t-elle.On a fait ça en famille.Les organisateurs ont remarqué que j\u2019étais douée, et ils m\u2019ont demandé de devenir professeur et d\u2019aider.Je ne pensais pas que ça viendrait me chercher autant.J\u2019ai toujours eu un côté identitaire très fort.Je faisais de l\u2019ar tisanat et je me suis cherchée beaucoup.» Un appel Arakwa Siouï avait entrepris des études en sciences avant de se tourner vers la linguistique.Elle est ensuite devenue le bras droit de Megan Luka- niec, la linguiste qui a lancé Ya- wenda, le programme de revitalisation de la langue wendate amorcé en 2010 à Wendake.En l\u2019absence de Megan Luka- niec, qui termine un doctorat aux États-Unis, c\u2019est Arakwa Siouï qui porte le flambeau de la formation.«On préfère dire wendat, plutôt que huron, précise-t-elle.Huron, c\u2019est un nom que les Français nous ont donné à cause de la coiffure que l\u2019on portait, une hure.Nous, on se désigne comme Wendats», dit Arakwa Siouï.Le wendat serait la première langue autochtone nord-américaine à avoir été décrite de façon exhaustive, écrivent les auteurs Louis-Jacques Dorais, Megan Lukaniec et Linda Sioui, dans l\u2019ouvrage Les langues autochtones du Québec.Un patrimoine en danger, dirigé par L ynn Drapeau et publié aux presses de l\u2019Université du Québec.Le missionnaire Gabriel Sagard en avait commencé l\u2019analyse en 1632.Le jésuite Jean de Brébeuf en a écrit un dictionnaire qui est encore cité aujourd\u2019hui.«Il était très doué», dit Arakwa Siouï.Le père Bressani écrit en 1653 au sujet du père de Bré- beuf : « Pour apprendre la langue wendate, il a fallu, outre la grâce de la vocation, un travail excessif.» À l\u2019époque, tous les missionnaires envoyés en pays wendat étaient obligés d\u2019apprendre la langue, lit-on encore dans Les langues autochtones du Québec.Un patrimoine menacé.« À leur arrivée, les jésuites n\u2019ont pas eu le choix d\u2019apprendre le wendat, dit pour sa part Arakwa Siouï.Les Wendats, dans leur mentalité, étaient maîtres chez eux.C\u2019était eux qui négociaient le commerce.» Reste qu\u2019à la fin du XIXe siècle, déjà, les Wendats avaient pratiquement tous adopté le français comme langue maternelle.« Mais la langue a toujours été présente dans les cérémonies.On a toujours eu des chants représentatifs de certaines danses, de certaines périodes de l\u2019année, de cer tains événements.On va se rassembler encore dans une maison longue, qui est encore active avec des gens qui participent.Il y a un chant et une cérémonie pour la fraise, par exemple, qui est un fruit important.La fraise représente les petits fruits.Elle représente aussi l\u2019arrivée de l\u2019été», raconte Arakwa Siouï.Cer tains auteurs ont comparé la langue wendate à l\u2019hébreu, aussi considéré comme langue morte.Porter le flambeau Les tentatives de revitalisation remontent plus loin dans l\u2019histoire de la communauté.Mais c\u2019est il y a sept ans qu\u2019est né le projet Yawenda, dont le nom signifie « la voix ».Il vise à doter la communauté wen- date d\u2019outils linguistiques, pour assurer la transmission de la langue wendate de façon permanente à Wendake.« Le mandat était vraiment de développer des outils d\u2019enseignement pour le primaire », poursuit Mm e Siouï.Des leçons, des exercices et un livre électronique ont été réalisés.Au moment de notre entretien, Arakwa Siouï venait ainsi de donner une formation à des personnes travaillant au Nionwentsïo (« notre magnifique territoire »), comme on appelle la réser ve faunique rattachée à Wendake.« Ce sont des cours que l\u2019on donne aux diverses institutions qui sont rattachées au conseil de bande, dit-elle.On essaie de diversifier le plus possible les pu- bl ics auxquels on s\u2019adresse.» Une formation est également offerte pour les élèves de 4e secondaire.À l\u2019origine, les Wen- dats vivaient au sud de l\u2019Ontario, avant d\u2019en être chassés et d\u2019être divisés en deux groupes.Un de ces groupes s\u2019est retrouvé au Québec et l\u2019autre vers Detroit, puis vers l\u2019Oklahoma.Aujourd\u2019hui, les Wendats de Wendake sont en communication avec les Wyandots d\u2019Oklahoma et du Kansas, avec qui ils partagent un héritage linguistique commun.Les deux nations partagent également le fait de devoir faire un effort de revitalisation d\u2019une langue qui a cessé d\u2019être parlée, à un moment donné de l\u2019histoire.«Ça ne se fera pas demain, peut-être dans plusieurs générations, dit Arakwa Siouï.Mais le but, c\u2019est de montrer la langue à nos enfants, de les baigner dedans, de faire de l\u2019immersion, de l\u2019afficher partout.» Le Devoir L E D E V O I R , L E L U N D I 1 4 A O Û T 2 0 1 7 A C T U A L I T É S A 2 Voyez François Gendron avocat LL.L., M.A., Ph.D.Congédié?Vieux Montréal 514-845-5545 S A R A H R .C H A M P A G N E Le premier ministre Philippe Couillard ne compte pas réclamer la suspension de l\u2019Entente sur les tiers pays sûrs.Une demande que le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, l\u2019avait invité dimanche à formuler au gouvernement fédéral.Cette entente signée entre le Canada et les États-Unis est en vigueur depuis 2004.Elle prévoit que les réfugiés doivent présenter une demande dans le premier des deux pays où ils se trouvent.Un individu se présentant à un poste frontalier régulier en provenance des États- Unis pour revendiquer la protection du Canada sera ainsi immédiatement refoulé.Or, cette entente ne s\u2019applique pas à ceux qui traversent la frontière de manière irrégulière, d\u2019où l\u2019affluence sur le chemin Roxham depuis la fin 2016.Dans une lettre adressée au premier ministre Justin Trudeau, M.Lisée a ainsi appelé à la suspension de cette entente, arguant que «son maintien entraîne des conséquences indignes» en matière d\u2019accueil des réfugiés.Une fois ce pas franchi, « les demandeurs d\u2019asile pourront être légalement reçus aux postes frontaliers officiels», décrit-il ensuite.Il demande à Philippe Couil lard « d\u2019appuyer sa démarche » , demande déjà énoncée en conférence de presse jeudi dernier.Celui-ci a rétorqué quelques heures plus tard que ce n\u2019était «pas une bonne idée».Il estime qu\u2019un tel geste aurait des « conséquences diplomatiques majeures ».Puisque le Canada ne reconnaît que les États- Unis en tant que tiers pays sûr, il ne pourrait le déclarer ex ca- thedra sans en subir le revers, avance le premier ministre.« On est une terre d\u2019accueil, une terre de compassion [\u2026] mais le parcours qui mène au statut de réfugié n\u2019est pas un parcours facile ni confortable », a-t-il ensuite ajouté.Désinformation Le premier ministre affirmait samedi qu\u2019il est «malheureux» de faire croire aux demandeurs d\u2019asile que l\u2019acceptation au Canada est un « fait accompli».En 2016, 207 des 416 demandes d\u2019asile formulées par des Haïtiens au Québec ont été refusées.Une donnée reprise par M.Lisée dans sa lettre à Justin Trudeau, où il déplore que « leur migration aura donc été vaine».« Il semble y avoir une espèce de.Je ne sais pas si on peut appeler ça une propagande, sur la capacité d\u2019obtenir un statut », a aussi ajouté le président du Conseil du trésor, Pierre Moreau.Plus tôt la semaine dernière, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, s\u2019inquiétait des arrivées de demandeurs d\u2019asile.Il s\u2019en était pris sur Facebook au discours politique officiel qualifié «d\u2019irresponsable», décrivant la frontière canado-américaine comme une «passoire».Les trois chefs de parti semblent cependant s\u2019accorder sur l\u2019impératif d\u2019envoyer un message clair, notamment à la communauté haïtienne vivant aux États-Unis.Le premier ministre Couil- lard a insisté sur l\u2019urgence de «présenter un portrait réel de la situation», a- t-il af firmé samedi lors du congrès des jeunes libéraux.Il s\u2019est dit « tout à fait prêt » à livrer ce message lui-même, par des interventions dans les stations de radio des États-Unis.Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, s\u2019est quant à lui rendu dimanche à la frontière dans la zone de Saint-Ber- nard-de-Lacolle.Il a rappelé que le « Canada a une politique en place depuis des décennies» qui comporte des critères d\u2019admission établis.Les mêmes critères que son chef, Justin Trudeau, énonçait sur Twitter en janvier dernier pour répondre aux nouvelles politiques migratoires restrictives de Trump : « À ceux qui fuient la persécution, la terreur et la guerre, sachez que le Canada vous accueillera\u2026» Le ministre Garneau n\u2019a pas abordé la question de l\u2019entente.Une contestation judiciaire de l\u2019Entente sur les tiers pays sûrs a été lancée au début juillet par le Conseil canadien pour les réfugiés (CCR), Amnesty Inter national et le Conseil canadien des églises.Les trois organismes plaident notamment que les États-Unis ne sont pas un «pays sûr», et que les réfugiés s\u2019y exposent à « de graves violations de leurs droits fondamentaux », écrivait le CCR lors du lancement de cette contestation.Avec Marie-Michèle Sioui Le Devoir Joute politique autour des demandeurs d\u2019asile Philippe Couillard ne compte pas réclamer la suspension de l\u2019Entente sur les tiers pays sûrs FRANCIS VACHON LE DEVOIR Fille de parents wendats, Arakwa Siouï s\u2019est retrouvée au cœur du mouvement de revitalisation de la langue wendate qui a animé la communauté de Wendake en 2010.Le Québec est l\u2019hôte de onze nations autochtones reconnues par le gouvernement du Québec, chacune parlant sa propre langue.Certaines de ces langues sont encore parlées par des milliers de locuteurs.Plusieurs sont sur la voie rapide de l\u2019extinction.Cet été, Le Devoir rencontre chaque semaine un locuteur d\u2019une de ces langues.Voici Arakwa Siouï, qui enseigne le wendat au centre de formation et de main-d\u2019œuvre de Wendake.KWE KWE ! LES LANGUES AUTOCHTONES DU QUÉBEC Le wendat : un voyage dans le passé À Wendake, des efforts de revitalisation de la langue sont en branle La Banque publique de lait maternel de la province doit composer avec un manque de donneuses.Cette réserve, qui est gérée par Héma-Québec, a été mise sur pied en 2014 pour offrir un coup de pouce aux mères qui accouchent avant terme et qui peinent à produire suf fisam- ment de lait pour nourrir leur enfant ayant vu le jour après une période de gestation de 32 semaines ou moins.Dans un monde idéal, l\u2019organisation aimerait pouvoir compter sur 300 donneuses.Or, elle en compte un peu moins de 200.Cette insuf fisance a une lourde conséquence, selon le porte-parole d\u2019Héma-Québec, Laurent Paul Ménard.En entrevue avec La Presse canadienne, il a expliqué que la Banque «n\u2019est pas en mesure présentement de satisfaire les besoins des unités de néonatalogie qui donnent des soins à de grands prématurés».Recrutement Pour remédier à la situation, M.Ménard a souhaité lancer un appel aux nouvelles mères qui allaitent des poupons de moins de douze mois et qui produisent du lait en abondance.Il les a invitées à offrir leurs surplus à la Banque en soutenant que leur générosité pourrait permettre de « sauver des vies de petits bébés arrivés avant terme».Pour les inciter à passer à l\u2019action, Laurent Paul Ménard a insisté sur le fait que le processus de récolte des dons a été simplifié à l\u2019extrême pour «l\u2019adapter à la réalité de la nouvelle mère».« Tout se passe au domicile de la mère.C\u2019est vraiment un système qui est conçu pour qu\u2019elle puisse prélever ses surplus de lait et les mettre dans son congélateur.Puis, à intervalles réguliers, elle n\u2019a qu\u2019à communiquer avec Héma-Qué- bec qui envoie un service de messagerie pour aller chercher le lait chez elle », a-t-il résumé.« Même pour les procédures d\u2019inscription, tout peut se faire à partir de la maison pour avoir le moins possible d\u2019impact sur le quotidien d\u2019une mère d\u2019un très jeune enfant», a-t-il ajouté.La Presse canadienne Héma-Québec manque de donneuses pour sa banque de lait maternel Quelques mots de wendat Bonjour! Kwe, Ndio ! Bienvenue! Yiheh ! Comment ça va?Ahken- non\u2019nia ihchie\u2019s Ça va bien Ahskennon\u2019nia iye\u2019s Merci! Tiawenhk Au revoir ! önenh Plus de tentes érigées à la frontière Les 110 militaires déployés dans la zone de Saint-Bernard- de-Lacolle ont reçu le mandat samedi de monter deux autres campements, pour faire passer le total de places à 1200.Aux 34 tentes déjà en place depuis la semaine dernière s\u2019ajouteront 43 tentes en 2 sites distincts.Ce sont 2440 personnes en date de vendredi qui étaient hébergées dans 8 centres à Montréal, par rapport à 1575 la semaine précédente.L\u2019on apprenait vendredi que 1798 personnes ont traversé de façon irrégulière la frontière entre le 1er et le 7 août, soit un peu plus que la moyenne avancée jusqu\u2019à maintenant par les autorités.Pour l\u2019instant, le nombre total connu de demandeurs d\u2019asile arrivés au Québec depuis janvier 2017 est de plus de 11 400.Il est en voie de surpasser d\u2019autres années de grande affluence, notamment 2008, quand 13 625 demandes d\u2019asile avaient été déposées.«On préfère dire wendat, plutôt que huron.Huron, c\u2019est un nom que les Français nous ont donné à cause de la coiffure que l\u2019on portait, une hure.Nous, on se désigne comme Wendats.» M.Lisée a appelé à la suspension de cette entente, arguant que « son maintien entraîne des conséquences indignes » L E D E V O I R , L E L U N D I 1 4 A O Û T 2 0 1 7 ACTUALITES A 3 V I C K Y F R A G A S S O - M A R Q U I S La prochaine présidente du Parti québécois (PQ) estime que son par ti n\u2019a pas encore réussi à se «démarquer» notamment parce que ses propositions ne sont pas encore assez connues et, selon elle, l\u2019absence d\u2019alliances électorales avec Québec solidaire permettra au PQ de «mieux assumer» qui il est.Gabrielle Lemieux, âgée de 31 ans, prendra les rênes du PQ en septembre pour succéder à Raymond Archambault.Elle sera élue par acclamation étant donné qu\u2019elle était la seule en lice.L\u2019ancienne députée bloquiste Ève-Mary Thaï Thi Lac avait signifié son intention de se présenter au même poste, mais elle s\u2019est finalement ralliée à Mme Lemieux et tentera de se faire élire comme conseillère à l\u2019exécutif.Mme Lemieux travaille depuis plusieurs années en administration de la santé et, malgré son jeune âge, elle connaît bien les rouages du Parti québécois, puisqu\u2019elle s\u2019y implique activement depuis qu\u2019elle a 18 ans.En 2015, elle s\u2019était présentée pour le PQ dans l\u2019élection par tielle de Saint-Henri\u2013Sainte-Anne.La jeune mère de famille compte prendre son bâton de pèlerin pour faire connaître le programme du PQ en vue des élections générales de 2018 puisque, selon elle, trop peu de Québécois connaissent ce que le parti défend.Elle souligne que les deux courses à la direction très rapprochées dans le temps ont empêché le par ti de se positionner sur l\u2019échiquier politique et de repenser ses façons de faire à l\u2019interne après sa défaite cinglante en 2014.La Presse canadienne PQ Les idées trop peu entendues, croit la future présidente M A R I E - M I C H È L E S I O U I à Sherbrooke À l\u2019issue du congrès des jeunes libéraux dimanche à Sherbrooke, le premier ministre Philippe Couillard a ravivé l\u2019ardeur des anglophones du Québec, qui s\u2019étaient auparavant impliqués avec passion dans un débat sur la langue d\u2019enseignement au Québec.« Votre présence est nécessaire, désirée.Nous avons besoin de vous pour construire un meilleur avenir pour tous les Québécois », a lancé le chef libéral, en anglais, aux membres de la Commis- sion-Jeunesse du Parti libéral, réunis à l\u2019Université Bishop\u2019s pour la fin de semaine.«Aux Québécois anglophones : ceci est votre maison.Ceci est votre moment, a-t-il déclaré.Je sais que vous allez parler à vos amis, qui ont décidé de vivre ailleurs et de quitter le Québec.Dites-leur de revenir au Québec.» Un peu plus tôt, les jeunes libéraux ont majoritairement rejeté une proposition qui aurait assoupli la Charte de la langue française en permettant à des francophones de fréquenter l\u2019école anglophone.Au micro, des jeunes ont souligné l\u2019importance des institutions anglophones dans le rayonnement du Québec, tandis que d\u2019autres ont lancé des appels de compassion à l\u2019endroit des locuteurs de l\u2019anglais.« Quand je marche dans la rue, je suis accepté.Mais dès l\u2019instant où j\u2019ouvre la bouche, on note mon accent anglais.On me dévisage, on me méprise », a dénoncé un jeune homme.« Il y a des endroits où je ne me sens pas accepté.Si je sors du campus de McGill, si je quitte le West Island, si je fais un ef fort pour parler aux gens en français, on me regarde de haut », a-t-il ajouté.Tous n\u2019ont pas accepté cette vision des choses.«Je ne pense pas que l\u2019anglais est menacé en Amérique du Nord», a répliqué un autre jeune libéral.Le débat a duré une trentaine de minutes et a été écourté par une participante qui a proposé de passer au vote.De façon majoritaire, les jeunes libéraux ont dit non à la proposition visant à « permettre à un nombre restreint d\u2019élèves, dont un des parents a étudié à une école française au Canada, d\u2019étudier dans le réseau scolaire public anglophone, dans le cadre d\u2019un projet pilote ».La résolution, mise en avant par les jeunes libéraux de Montréal, avait été présentée en tenant compte d\u2019un contexte de « surcapacité des écoles francophones » et de réduction « substantielle » du taux d\u2019occupation des écoles anglophones, selon son libellé.Elle entrait en contradiction avec l\u2019article 73 de la Charte de la langue française, qui prévoit que seuls les parents qui ont fréquenté l\u2019école anglophone peuvent inscrire leurs enfants dans un établissement de langue anglaise.Selon des données de l\u2019Office québécois de la langue française, l\u2019école de langue anglaise regroupait un peu moins du sixième de l\u2019effectif scolaire du Québec en 2015, ce qui représentait une baisse de six points de pourcentage par rapport à 1971.Au total, 90 % des élèves du Québec fréquentent en 2015 une école de langue française.En 1971, c\u2019étaient plutôt 84 % des élèves qui recevaient une éducation en français.Division au PLQ Sur place, le ministre responsable de la Protection et de la Promotion de la langue française, Luc Fortin, s\u2019est montré heureux de l\u2019issue du vote.« C\u2019est en cohérence avec les positions de notre gouvernement.Il est très, très clair qu\u2019il n\u2019est pas question de rouvrir la loi 101 », a-t-il déclaré « On a atteint un équilibre linguistique au Québec, alors il n\u2019est pas question de rouvrir ce débat-là », a-t-il attesté.Philippe Couillard a été aussi catégorique.« Il n\u2019est pas question de modifier la loi 101, je veux être très clair là-dessus », a-t-il assuré.Reste que la Charte de la langue française \u2014 dont les 40 ans seront célébrés dans les prochains jours \u2014 a provoqué des scissions au sein même des troupes libérales.Le député de D\u2019Arcy-McGee, Rober t Lib- man, a déclaré que la loi de Camille Laurin « limitait » l\u2019accès aux écoles anglophones.« Il y a deux valeurs qui ne sont pas nécessairement ré- conciliables : les écoles anglaises et leur pérennité et la pérennité de la Charte de la langue française commune », a affirmé l\u2019élu, dont 61 % des électeurs sont anglophones.Un peu plus tard, Luc Fortin a contredit son collègue.« Je ne pense pas que la Charte soit une menace à quoi que ce soit.Au contraire, on est dans une position équilibrée à l\u2019heure actuelle au Québec.On a la paix linguistique, on se doit de la préserver», a-t-il statué.Un électorat sollicité Chose cer taine, l\u2019attrait des électeurs anglophones s\u2019est fait sentir, à 14 mois des élections.À la fin du mois de juin, le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, avait lui aussi tenté de séduire cet électorat, historiquement attaché au Parti libéral .« Si vous en avez assez qu\u2019on vous tienne pour acquis, vous avez désormais une autre option.[\u2026] Join us ! » avait-il lancé devant la caméra, dans un message destiné aux réseaux sociaux.Sans grande surprise \u2014 et comme il l\u2019avait fait avant son départ pour les vacances \u2014, Philippe Couillard a d\u2019ailleurs fait du chef ca- quiste sa cible de choix au cours de la fin de semaine.« Pourquoi pensez-vous qu\u2019il parle d\u2019autres choses que de finances et d\u2019économie ?» a-t-il demandé dans son discours adressé aux jeunes libéraux.« Parce qu\u2019il y a rarement eu un gouvernement, un par ti qui a aussi bien géré les finances et l\u2019économie que le gouvernement actuel », a-t-il ajouté, avant d\u2019être couvert d\u2019applaudissements.Le Devoir Signaux linguistiques contradictoires au PLQ Après le rejet d\u2019une proposition assouplissant la Charte de la langue française par les jeunes libéraux, réunis en congrès, Philippe Couillard envoie un message d\u2019ouverture aux Québécois anglophones S A R A H R .C H A M P A G N E L e sommet Hoodstock a tenu sa quatrième édition cette fin de semaine dans le quartier Montréal-Nord.Sur fond de for tes tensions raciales aux États-Unis et d\u2019une accélération de l\u2019arrivée des demandeurs d\u2019asile, l\u2019événement se fait plus ambitieux en prenant pignon sur rue.Le mouvement est né en 2008 de la rage devant la mort du jeune Fredy Villanueva, un jeune tombé sous les balles d\u2019un policier au parc Henri-Bou- rassa.Année après année, l\u2019actualité les a rappelés à l\u2019urgence de se faire entendre: la mort de Bony Jean-Pierre, puis l\u2019invisibilité de Villanueva dans une murale de l\u2019arrondissement, et le profilage racial, encore.La troisième édition a donc été réactivée en 2016, après un collectif affairé à d\u2019autres activités.Le sommet était de retour, « pour réfléchir, s\u2019asseoir ensemble et discuter », expose la porte-parole de Hoodstock, Amel Zaazaa.De retour aussi, l \u2019oubli.Même le Forum social mondial, cet événement des « alter » par excellence, avait oublié d\u2019inscrire le « sommet noir » à sa programmation.Devenir visibles L\u2019expression est certes un « remède à l \u2019oppression » , comme l \u2019a dit la rappeuse Mer yem Saci durant un atelier de performance samedi.Il faut d\u2019abord se sor tir de l\u2019invisibilité, pour le mieux, pas pour le pire, avertit la citoyenne du quartier.« Le quar tier a tellement mauvaise presse.On parle des problèmes de violence conjugale, de gangs de rue, de criminalité.Mais on ne parle pas du fait que c\u2019est le quartier le plus pauvre du Québec et même du Canada.On ne dit pas qu\u2019il y a une fracture numérique et un taux élevé de chômage, par exemple», décrit Mme Zaazaa.Il fallait donc faire plus, et tous les jours.Un local a été inauguré vendredi dernier et une présence permanente pour travailler «à longueur d\u2019année».«On a réfléchi, on s\u2019organise et maintenant, on agit collectivement.On s\u2019élève », reprend Amel Zaazaa.Leur intention est maintenant d\u2019accompagner des projets, comme une clinique de proximité, une maison du numérique ou un centre d\u2019aide et de lutte contre les agressions sexuelles.« Nous voulons appuyer des projets structurants, comme en témoignent ces propositions concrètes.» Dans le cas du numérique, par exemple, Hoodstock veut s\u2019adresser en priorité aux jeunes du quartier: «Ils n\u2019ont pas nécessairement les moyens d\u2019aller dans cette filière, l\u2019une des industries les plus prospères à Montréal.» Alors que plusieurs parcs de la ville bénéficient d\u2019une connexion gratuite, Montréal-Nord semble hors zone.«C\u2019est pourtant ici que les gens n\u2019ont pas nécessairement les moyens.Mais c\u2019est fondamental pour l\u2019accès au savoir, à des apprentissages ou même pour chercher un emploi », insiste la porte-parole.Une librairie entièrement consacrée aux auteurs et au- trices racisés, Racines, a déjà vu le jour à deux pas du local permanent de Hoodstock.Pourquoi les concentrer en un lieu ?« Parce que je dois moi- même chercher sur Internet des livres où ma fille va se reconnaître.Nous nous connaissons mal, et pendant ce temps-là, nous nous demandons quelle Histoire est en train d\u2019être racontée », répond l\u2019organisatrice.Il sera plus facile aussi de «bâtir des solidarités » avec une présence 365 jours par année, comme en atteste la liste des invités de la fin de semaine dernière.La militante française Assa Traoré y a discuté de brutalité policière, elle qui a perdu sa sœur sous les balles policières.Le journaliste Desmond Cole était aussi parmi les invités.Son témoignage « The Skin I\u2019m in » (« La peau dans laquelle je suis») faisait état de 50 contrôles de la part de policiers de Toronto.«Et je ne suis pas un criminel », écrivait-il en 2015 dans le Toronto Life.L\u2019article sous forme de témoignage a soulevé un tel tollé que le thème \u2014 comme son journaliste \u2014 a été repris par CBC en 2017 sous forme de documentaire.Le débat continuant à être alimenté par des données prouvant le profilage racial, la police de Toronto s\u2019est vu forcée de réviser ses pratiques de contrôle aléatoire d\u2019identité.Devenir incontournable Le collectif et ses sympathisants ont aussi fait partie de la Coalition qui a réclamé durant des mois la tenue d\u2019une commission sur le racisme systémique.Le gouver nement Couillard a finalement annoncé qu\u2019une consultation sur la discrimination et le racisme systémique sera menée cet automne par la Commission des droits de la personne.Hoodstock prend tout de même garde à l\u2019institutionnalisation trop rapide : «Le bureau se trouve dans des logements solidaires, on veut rester au cœur de la population », af firme la femme.Cette colère, leur première étincelle, n\u2019est pas loin non plus : «Deux jours avant le début de Hoodstock, nous étions à la neuvième veillée pour Fredy Villanueva, rappelle-t- elle, et neuf ans plus tard, justice n\u2019a toujours pas été faite.Le minimum aurait été d\u2019avoir une plaque commémorative, mais malgré la pétition signée par des centaines de personnes, ce n\u2019est toujours pas fait.» Leur voix est donc là pour rester et résonner davantage.« Il y a eu plus de 800 personnes l\u2019an dernier et encore plus cette année.Les salles étaient pleines pour chaque conférence », affirme Mme Zaa- zaa.À l\u2019instar d\u2019autres membres du collectif, elle a pris trois mois de « congé » pour organiser bénévolement l\u2019événement.« Parce qu\u2019on y croit vraiment.» Le Devoir HOODSTOCK De sommet à incubateur, de la colère à l\u2019action L\u2019événement né en réaction à la mort de Villanueva prend pignon sur rue et gagne en ambition Amel Zaazaa Quelques résolutions adoptées par les jeunes libéraux Rendre l\u2019école obligatoire jusqu\u2019à 18 ans Entamer une réflexion sur la profession d\u2019enseignant, qui pourrait mener à la mise en place d\u2019un ordre professionnel pour les enseignants Exiger des droits de passage pour la construction d\u2019oléoducs sur le territoire du Québec et utiliser les revenus pour financer les énergies vertes Rétablir le programme de remboursement des traitements de fertilité, y compris la fécondation in vitro Réviser l\u2019entièreté du cursus pédagogique au secondaire en introduisant, entre autres, des notions de droit, de programmation, d\u2019éducation sexuelle et d\u2019économie familiale Offrir une compensation financière aux étudiants en Stage 4 en enseignement Mettre sur place un crédit d\u2019impôt pour les étudiants internationaux et canadiens qui s\u2019établissent et travaillent au Québec après leurs études PEDRO RUIZ LE DEVOIR Ouverte début août, installée à deux pas du nouveau local de Hoodstock, la librairie Racines rassemble des ouvrages d\u2019auteurs racisés. J O A N N A S M I T H à Ottawa L e gouvernement fédéral a passé beaucoup de temps aux États-Unis dernièrement pour défendre les intérêts du Canada à la veille de la rené- gociation de l\u2019Accord de libre- é c h a n g e n o r d - a m é r i c a i n (ALENA).Mais au sein même du Canada, les entreprises travaillent fort pour faire valoir leurs propres intérêts.Andrea van Vugt, la vice- présidente des poli t iques pour l\u2019Amérique du Nord du Conseil canadien des af - faires, dit que son organisation se préparait pour une re- négociation de l\u2019accord commercial même avant la victoire de Donald Trump aux États-Unis.Peu importe qui était élu à la présidence américaine, l\u2019organisation considérait que l\u2019ALENA ferait l\u2019objet de discussions étant donné la place impor tante qu\u2019il avait occupée pendant la campagne électorale.John Manley, un ancien ministre libéral qui est président et chef de la direction Conseil canadien des affaires, est enregistré comme lob- byiste auprès du gouvernement fédéral advenant des changements à l\u2019accord de 23 ans entre le Canada, les États-Unis et le Mexique.Les rapports mensuels de communicat ion remis au commissaire au lobbyisme du Canada ne mentionnent pas spécifiquement l\u2019enjeu de l \u2019ALENA, mais ils montrent que M.Manley a eu six rencontres dans les six derniers mois lors desquelles il a été question de commerce international.Il s\u2019est notamment entretenu avec le premier ministre Just in T r u- deau en avril.Le Conseil canadien des affaires n\u2019est pas le seul à faire de telles démarches.La Presse canadienne a trouvé 45 entrées actives dans le registre des lobbyistes, représentant 24 organisations, qui se sont inscrites pour faire valoir leurs intérêts au gouvernement libéral \u2014 ou qui ont inscrit des lobbyistes pour le faire pour elles \u2014 en vue de la renégocia- tion de l\u2019entente, qui s\u2019ouvrira mercredi à Washington.Il y avait aussi 1458 inscriptions actives por tant notamment sur le commerce international.Une par tie d\u2019entre elles représentait des associations telles que Les Producteurs laitiers du Canada, qui n\u2019ont pas parlé spécifiquement de l\u2019ALENA, mais dont les priorités sont clairement liées à l\u2019accord commercial.Disparités Toute activité qui a fait suite au dévoilement des priorités des Américains le mois dernier n\u2019apparaissait pas dans le registre puisque les rapports des rencontres de juillet doivent être remis au maximum la semaine prochaine.Ces inscriptions représentent une variété d\u2019intérêts : des producteurs agricoles, des constructeurs automobiles, des pharmaceutiques, ainsi que des syndicats.«Les entreprises canadiennes sont très engagées avec le gouvernement et le gouvernement fait un très bon travail en restant près de l\u2019industrie pour s\u2019assurer qu\u2019il sache ce que sont nos priorités pour les négociations», a souligné Andrea van Vugt.La voix des travailleurs Les libéraux tentent de parler d\u2019une seule voix, mais cela ne veut pas dire que tous les lobbyistes sont sur la même longueur d\u2019onde.Jerry Dias, le président national d\u2019Unifor \u2014 le plus grand syndicat canadien \u2014 offre une perspective bien dif férente des entreprises qui souhaitent voir l\u2019entente améliorée, mais pas nécessairement revue de fond en comble.« Vous n\u2019avez aucune idée comme j\u2019ai hâte de participer à réparer ce désastre colossal », a dit le président du syndicat, qui réclame de plus hauts salaires et des meilleures normes de travail, surtout au Mexique.Le Conseil canadien des fromages internationaux, pendant ce temps, braque ses projecteurs sur la controversée gestion de l\u2019offre, qui protège l\u2019industrie des produits laitiers en fixant d\u2019importants tarifs sur les importations.« Nous voulons voir plus de fromage arriver au Canada et nous voulons avoir le droit d\u2019importer ce fromage », a soutenu leur lobbyiste, James McIlroy.Pour sa part, l\u2019Institut canadien du sucre veut que l\u2019ALENA assouplisse certaines mesures protectionnistes américaines \u2014 dont les quotas sur le sucre et certains produits contenant du sucre \u2014 en plus de préser ver leur accès au marché américain.La Presse canadienne Les industries veulent avoir leur mot à dire GETTY IMAGES Le Conseil canadien des fromages internationaux et d\u2019autres acteurs de l\u2019industrie laitière, entre autres, braquent leurs projecteurs sur la gestion de l\u2019of fre, qui fixe d\u2019importants tarifs sur les importations.L E D E V O I R , L E L U N D I 1 4 A O Û T 2 0 1 7 A C T U A L I T É S A 4 E n dépit des conditions météorologiques en dents de scie, la ministre provinciale du Tourisme, Julie Boulet, n\u2019est guère inquiète lorsqu\u2019elle songe aux résultats qu\u2019enregistreront les organisateurs d\u2019événements au terme de la présente saison estivale.En entrevue avec La Presse canadienne, Mme Boulet a rappelé qu\u2019en 2016 la saison chaude avait été « extraordinaire» pour toute une panoplie de raisons incluant «le prix [généralement avantageux] du carburant, la faiblesse du dollar canadien » et, bien sûr, la généreuse présence du soleil.Elle a poursuivi en disant qu\u2019il est évident qu\u2019en 2017 «la belle température n\u2019est pas au rendez-vous comme l\u2019année dernière», mais elle s\u2019est empressée d\u2019ajouter « que les organisateurs d\u2019événements connaissent ça et qu\u2019ils ont donc des plans B » pour composer avec cette contrariété.Vu l\u2019ingéniosité dont ils savent faire preuve, « les project ions pour 2017, 2018 et 2019 demeurent à la hausse », d\u2019après la ministre.Ces prévisions optimistes n\u2019étonnent pas Julie Boulet puisque, selon elle, «il y a actuellement une effervescence dans le monde du tourisme au Québec».Reconnus De plus, à son avis, la province dispose désor mais d\u2019une « image de marque » sur la scène internationale, tout comme ses habitants.« Les Québécois sont perçus comme étant des gens accueillants et festifs qui ont la grande qualité de pouvoir faire des événements de prestige», a-t-elle déclaré, enthousiaste.Elle a également souligné que s\u2019ils peuvent y arriver, c\u2019est notamment parce que le gouvernement provincial a décidé de revoir le financement of fer t au secteur touristique.Comme elle était de passage à Rouyn-Noranda au moment où elle a été jointe par La Presse canadienne, Mme Boulet a cité en exemple l\u2019Abitibi-Té- miscamingue.Elle a mentionné que, dans cette région seulement, son ministère a accordé cette année une somme de 488 000 $ à une dizaine d\u2019événements.La Presse canadienne La ministre du Tourisme peu inquiétée par le mauvais temps Ottawa \u2014 De nouvelles clauses sur le travail et l\u2019environnement figureront parmi les priorités que le Canada défendra à la table des négociations sur le renouvellement de l\u2019Accord de libre-échange nord- américain (ALENA), annoncera la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, lundi.Mme Freeland prononcera un discours en matinée à l\u2019Université d\u2019Ottawa alors que le Canada, les États-Unis et le Mexique se préparent à entamer leurs discussions sur l\u2019accord commercial, mercredi, à Washington.Le discours permettra à Mme Freeland de donner des précisions sur les priorités canadiennes, a révélé une source gouvernementale, qui n\u2019était pas autorisée à en parler.La ministre compte exprimer le souhait du gouvernement d\u2019ajouter des clauses portant sur le travail et l\u2019environnement.Le premier ALENA comprenait un addenda por tant sur ces questions après que Bill Clinton eut été élu président des États-Unis en 1992.La source canadienne a indiqué que Mme Freeland réclamera que le prochain accord aborde franchement ces sujets.« Il n \u2019y a pas de chapitre distinct sur ces questions dans l\u2019ALENA, a-t-elle dit.C\u2019est quelque chose que nous sommes prêts à défendre.Nous sommes prêts à dire : \u201cc\u2019est ce qui est nécessaire dans un accord moderne\u201d.» Une hausse des salaires au Mexique, réduisant l\u2019écar t des revenus entre les travailleurs, rendrait plus attrayante l \u2019 idée d\u2019investir dans une usine canadienne.Le ministre du Commerce des États-Unis, Wilbur Ross, a déjà soulevé ce point.Des représentants canadiens l\u2019ont aussi fait, mais de façon plus discrète.Peu de révélations Le discours de Mme Freeland sera substantiel, mais on ne doit pas s\u2019attendre à ce qu\u2019elle révèle trop les positions canadiennes, a prévenu la source.Elle soulignera aussi certains éléments de l\u2019accord commercial conclu entre le Canada et l\u2019Union européenne et expliquera comment ceux-ci pourraient être per tinents dans le cadre de l\u2019ALENA.La ministre compte aussi parler des mécanismes de résolution de conflit prévus à l\u2019ALENA.Plus tard en journée, lundi, Chrystia Freeland témoignera devant un comité parlementaire sur le commerce international et tiendra une conférence de presse.La Presse canadienne Freeland énonce les priorités canadiennes La ministre mettra en avant travail et environnement à la table des négociations, doit-elle annoncer dans un discours lundi RENÉGOCIATION DE L\u2019ALENA ADRIAN WYLD LA PRESSE CANADIENNE «Il n\u2019y a pas de chapitre distinct sur ces questions dans l\u2019ALENA», a déploré Chrystia Freeland en parlant des thèmes du travail et de l\u2019environnement.Julie Boulet L E D E V O I R , L E L U N D I 1 4 A O Û T 2 0 1 7 SOCIETE A 5 Des hallucinations auditives peuvent être induites chez tout un chacun par un conditionnement.Mais les « entendeurs de voix » seraient moins capables de reconnaître leur erreur de perception que d\u2019autres personnes, d\u2019après une nouvelle étude parue dans Science.CERVEAU Les hallucinations, une forme de réflexe?F L O R E N C E R O S I E R D\u2019 où viennent les hallucinations auditives ?Lors de ces expériences étranges, fascinantes et souvent taboues, les personnes entendent des musiques ou des voix imaginaires.Entre 4% et 5% de la population générale serait concernée.So- crate, Jeanne d\u2019Arc, Bernadette Soubirous, Virginia Woolf, Van Gogh, Beethoven, Rilke, Churchill, Freud\u2026 et jusqu\u2019au mathématicien et Prix Nobel d\u2019économie John Forbes Nash ont «entendu» ces voix fictives, souvent agressives et envahissantes, par fois apaisantes et inspiratrices.« Une vulnérabilité génétique, un vécu traumatique ou une maladie neuropsychia- trique qui perturbe le raisonnement, comme la schizophrénie, peuvent y être associés », indique le professeur Renaud Jardri, psychiatre au CHU de Lille en France, qui a ouvert une consultation consacrée à ces h a l l u c i n a t i o n s .P u - bl iée le 11 août dans la prestigieuse revue Science, une étude lève un coin du voile sur le mystère de ces «entendeurs de voix».El le suggère que leurs hallucinations auditives résultent d\u2019un poids excessif attribué à des a priori de perception.Les au teurs , de l \u2019 U n i v e r s i t é Ya l e (États-Unis), en association avec des chercheurs de l\u2019Université de Zurich, ont eu r ecours à une ap - pr oche or ig ina le .D a n s u n p r e m i e r temps, ils ont exposé 59 volontaires à un «bruit blanc» de 1000 her tz (un signal sonore aléatoire, semblable à un souffle aigu).En même temps, ils leur présentaient systématiquement une image de damier sur un écran.Ils entraînaient ainsi ces personnes à associer ce bruit à cette image.Analogue au réflexe de Pavlov Ils leur ont ensuite présenté l\u2019image du damier en l\u2019absence du son.Si bien que ces personnes finissaient par « entendre », avec une propension variable, le son pourtant absent.Il s\u2019agit là d\u2019une «hallucination auditive induite » : un apprentissage conditionné analogue au fameux réflexe de Pavlov.Vous savez, ce chien qui se met à saliver dès qu\u2019il entend un br uit de sif f let, parce qu\u2019on lui a appris à associer ce son à une nourriture.Les auteurs ont testé quatre groupes de personnes : 15 présentaient un diagnostic de schizophrénie et entendaient des voix ; 14 avaient ce diagnostic sans entendre de voix ; 15 entendaient quotidiennement des voix sans avoir reçu le diagnostic de la schizophrénie ; et 15 n\u2019entendaient pas de voix et n\u2019étaient pas schizophrènes.Résultats : ces quatre groupes ont tous présenté des hallucinations sonores induites.Mais les « entendeurs de voix » quotidiennes étaient significativement plus enclins à de telles hallucinations, qu\u2019ils soient ou non atteints de psychose.Ils étaient aussi bien plus disposés à croire fermement en leur perception d\u2019un son pourtant absent.Les auteurs ont soumis les par ticipants au verdict de l\u2019imagerie cérébrale, pour repérer les aires cérébrales activées durant ces hallucinations induites.Une aire surtout distinguait les « entendeurs de voix » des autres : une zone située à l\u2019avant du cer veau, le cor tex cingulaire antérieur, « impliqué dans la correction des erreurs de perception ou de décision», précise Renaud Jar- dri.Cette aire n\u2019est activée que chez les non-entendeurs de voix.«Tout se passe comme s\u2019il y avait un défaut d\u2019activation de cette aire chez les entendeurs de voix.» Ceux-ci sont alors incapables de reconnaître leur erreur de perception.Un excès de confiance Ensuite, les chercheurs ont eu recours à la modélisation informatique pour tenter d\u2019identifier le déclencheur de ces voix.«S\u2019agissait-il d\u2019un processus gouverné par une anomalie locale du cerveau?Par une anomalie de la transmission de l\u2019information depuis le bas \u2014 les aires sensorielles \u2014 vers le haut \u2014 l\u2019intégration corticale?Ou par une anomalie inverse ?» résume le psychiatre français.Les modèles, validés par les données de l\u2019IRM fonctionnelle, ont livré le suspect : l\u2019er reur viendrait du sommet de la hiérarchie, d\u2019un excès de confiance attribuée aux a priori perceptifs.Pour les auteurs de l\u2019étude, ce résultat indique que « des traitements de précision des hallucinations pourraient cibler la voie cholinergique [une transmission de l\u2019information ner veuse mobilisant un médiateur biochimique, l\u2019acétylcholine], impliquée dans les croyances a priori, ou des interventions plus larges visant à apaiser les symptômes psychotiques, comme la stimulation magnétique cérébrale transcrânienne».En complément de ces approches, le professeur Jardri s\u2019appuie sur le neurofeedback.L\u2019enjeu: entraîner le sujet à moduler lui-même, par sa volonté, le réseau cérébral activé par les hallucinations, qu\u2019il peut visualiser.Reste que les « entendeurs de voix » n\u2019ont pas attendu ces travaux pour faire entendre leur voix.Ils se sont fédérés en un Mouvement international, qui a essaimé dans une vingtaine de pays \u2014 dont la Suisse et la France.Il propose des groupes d\u2019échange et d\u2019entraide.Et milite pour une approche bienveillante de ce trouble.Le Temps ISTOCK Une zone située à l\u2019avant du cerveau, le cortex cingulaire antérieur, n\u2019est activée que chez les non-entendeurs de voix.L\u2019erreur viendrait du sommet de la hiérarchie, d\u2019un excès de confiance attribuée aux a priori perceptifs RYAD KRAMDI AGENCE FRANCE-PRESSE Pour éviter d\u2019être importunées par des garçons, les jeunes femmes algériennes préfèrent se rendre à la plage en groupe ou aller se baigner dans un beach club réservé aux femmes et aux enfants (photo) pour celles qui ont le plus de moyens.En Algérie, l\u2019amertume à la plage Z H O R A Z I A N I à Alger «J\u2019 aurais préféré faire ça calmement.» Nouria (prénom fictif) hausse les épaules.À 24 ans, cette jeune habitante d\u2019Annaba, à 400 kilomètres à l\u2019est d\u2019Alger, fait partie du groupe dit des « bikinis » .L\u2019idée de ces jeunes femmes, qui se réunissent via un groupe Facebook, que l\u2019on ne peut rejoindre que si l\u2019on est parrainée par une membre, pour aller à la plage le même jour, l\u2019enthousiasmait.Mais les dernières semaines de polémiques la rendent amère.Au pied d\u2019une colline de verdure, dans une crique, la plage de Seraïdi, en périphérie d\u2019An- naba, était le lieu de prédilection de nombreuses jeunes femmes d\u2019Annaba.« À partir du moment où on est devenues adolescentes, raconte Kenza, 30 ans, on n\u2019arrivait plus à se baigner sur les plages du centre- ville, on allait à Seraïdi.» Éloignée, au pied d\u2019une piste escarpée, cette plage était réservée aux familles qui possédaient une voiture solide.Depuis, la route a été goudronnée et quelques bus font le déplacement.« En conséquence, il y a davantage de groupes de jeunes garçons.Je préfère aller dans une plage privée à Skikda», explique Nouria.«Des gens se sont retirés et ne voulaient plus venir à Seraïdi, ajoute Sarah, 33 ans, qui a rejoint le groupe lors de sa création, au début de l\u2019été.On a dit : allez, venez, toutes à Seraïdi.On a pris ça presque comme un jeu.Peut-être que le groupe, c\u2019était également pour qu\u2019il y ait plus de femmes et pas uniquement des petits voyous.» Pourquoi ne pas laisser tomber et faire autre chose ?« À An- naba, il n\u2019y a rien à faire et la piscine du Sheraton coûte 10 000 dinars l\u2019entrée [environ 76euros] !» rétorque Kenza.Le principe de leur initiative est simple : celles qui vont à la plage l\u2019annoncent dans le groupe sur Facebook.Ce jour- là, un rendez-vous a été donné pour 8 heures.Aucun regroupement n\u2019a lieu.Mais on trouve bien sur la plage des femmes membres de ce groupe Facebook, venues, de leur côté, avec amis et famille.Un déroulement très dif fé- rent de ce qu\u2019ont rapporté des médias français qui évoquent des « mani fes tat ions f émi - nistes », « plus de 3600 » filles réunies sur la plage, pour s\u2019opposer à des « islamistes» qui les «menaceraient», une «mobilisation qui s\u2019étend dans plusieurs villes du pays».L\u2019histoire enfle.Les faits sont déformés et amplifiés.De la fameuse « baignade républicaine» annoncée à Tichy, aucune trace.De la présence de forces de l\u2019ordre qui viendraient protéger les filles qui se rassemblent, aucune trace non plus.De la création de groupes similaires dans « chaque grande ville balnéaire» du pays, aucune trace du tout.Au départ, dans le groupe, des jeunes femmes se félicitent de la médiatisation de leur initiative, mais rapidement, elles se sentent mal à l\u2019aise.« Ils se sont mis à utiliser des mots qu\u2019on n\u2019utilisait jamais, comme \u201cislamisme\u201d ou \u201cobscurantisme\u201d », raconte Nouria.« On ne dénonçait ni les agressions physiques, qu\u2019on n\u2019a pas subies sur cette plage, ni les femmes en burkini, qui ne nous posent pas de problème », renchérit Sarah.Son mari, Djaffar, s\u2019emporte : «Ne pensez pas que ce groupe est la seule manière pour les femmes d\u2019être en maillot de bain sur la plage.Elles l\u2019ont toujours été.» «Vous avez créé l\u2019affrontement» Pourtant, il y a bien des problèmes sur les plages, et An- naba est loin d\u2019être la seule concernée.À Alger, Leïla affirme qu\u2019elle choisit soigneusement les endroits où elle se baigne : « Il y a quatre ans, je suis allée à la plage avec trois amies, pensant qu\u2019à quatre, même sans homme avec nous, personne ne nous embêterait.Au moment où j\u2019ai mis le pied dans l\u2019eau, je me suis retrouvée entourée de garçons.L\u2019un d\u2019eux m\u2019a agrippé les fesses.Maintenant, je ne vais pas à la plage s\u2019il n\u2019y a pas un garçon dans le groupe.» En veut-elle aux islamistes?«Je ne me sens pas en sécurité en tant que femme.Ni à pied dans la rue ni à la plage.La religion n\u2019a rien à voir.Je suis musulmane.» Son amie Amira renchérit : « Les filles qui le peuvent achètent une voiture.Pas pour faire de longs trajets, mais juste pour se sentir tranquilles quand elles se déplacent.Se regrouper sur Facebook pour aller à la plage, c\u2019est pareil.» Narimen, vêtue d\u2019un burkini noir et gris, énumère les situations de harcèlement dans sa vie quotidienne: «Tu es voilée, couverte, accompagnée de ta mère, mais ils s\u2019en foutent.Les garçons dans la rue viennent te dire des choses sales dans l\u2019oreille, ils font des gestes avec leurs mains.» Sa mère renchérit : « Ce sont des adolescents, mais on ne peut rien leur dire.Ils sont drogués et violents, ils peuvent se battre.» Narimen et sa mère n\u2019ont pas aimé l\u2019initiative du groupe Facebook d\u2019Annaba: «Les Algériens sont musulmans.On ne peut pas se mettre nus sur les plages comme en Europe.» En répétant qu\u2019elles voulaient s\u2019af franchir des islamistes, les médias français ont provoqué un retour de bâton inattendu pour les jeunes femmes.« Les gens croient qu\u2019on exige des maillots de bain pour toutes les filles, qu\u2019on dénonce le burkini, le hidjab, ils nous traitent d\u2019athées, et ici, c\u2019est vraiment une insulte », témoigne l\u2019une d\u2019entre elles, qui demande à rester anonyme.«La déformation des propos par les journalistes français aura raison du groupe à terme.Au- jourd\u2019hui, les filles sont très divisées.Et pire, des journalistes algériens, pour s\u2019opposer aux journalistes français, en viennent à nier l\u2019existence du harcèlement », regrette Nouria.Djaf- far, le mari de Sarah, est encore plus en colère : « Au départ, les filles, sans animosité, voulaient juste être plus nombreuses à la plage, mais elles n\u2019attaquaient personne.Maintenant, il y a des centaines d\u2019Algériens qui se sentent attaqués par cette initiative, et qui répondent violemment sur les réseaux sociaux.Vous savez ce que vous avez fait ?Vous avez créé l\u2019affrontement.» Libération En Algérie, il n\u2019y a jamais eu de « baignade républicaine » ni de rassemblement féministe de 3000 personnes sur les plages.Mais la désinformation de certains médias français a fragilisé les jeunes femmes qui dénoncent le harcèlement quotidien.Les filles qui le peuvent achètent une voiture.Pas pour faire de longs trajets, mais juste pour se sentir tranquilles quand elles se déplacent.Se regrouper sur Facebook pour aller à la plage, c\u2019est pareil.Narimen « » Il y a quatre ans, je suis allée à la plage avec trois amies, pensant qu\u2019à quatre, même sans homme avec nous, personne ne nous embêterait.Au moment où j\u2019ai mis le pied dans l\u2019eau, je me suis retrouvée entourée de garçons.L\u2019un d\u2019eux m\u2019a agrippé les fesses.Leïla « » Paul Kagame réélu au Rwanda avec un score invraisemblable de 99%, fracture politico-ethnique au Kenya autour de l\u2019élection présidentielle, gouvernement sud-africain de Jacob Zuma empêtré dans des scandales de corruption qui sont en train de couler l\u2019ANC: l\u2019actualité proche encapsule les tourments qui agitent l\u2019Afrique subsaharienne.Mais elle révèle aussi, en y regardant de plus près, que le continent est aux prises avec des défis croisés et qu\u2019il vit une transition qui va dessiner l\u2019avenir du monde.ransition plurielle, mais décisivement démographique.L\u2019humanité s\u2019exposera à une tragédie humaine de grande ampleur si cette transition n\u2019est pas accompagnée de solides politiques publiques de développement.On en est malheureusement encore loin.En un mot comme en mille, le président français, Emmanuel Macron, a mis les pieds dans le plat quand il a déclaré, début juillet en marge du sommet du G20 à Hambourg, qu\u2019il ne servait à rien de dépenser « des milliards d\u2019euros [\u2026] quand des pays ont encore sept à huit enfants par femme ».Pour surmonter les « tourments » de l\u2019Afrique, il faut au contraire que les populations en général et les femmes en particulier aient accès à l\u2019éducation et aux soins de santé et que leur soient données des perspectives d\u2019avenir.Cela demande des investissements.L\u2019Occident n\u2019a pas progressé autrement.Les enjeux sont d\u2019autant plus planétaires qu\u2019en 2100, 40% de l\u2019humanité sera africaine et que, donnée plus éloquente encore, un Terrien sur trois âgé de 15 à 29 ans vivra en Afrique en 2050, selon un rapport onusien publié en juin (Perspectives de la population mondiale, la révision de 2017) et que Le Monde a récemment épluché.En 2100, l\u2019Afrique \u2014 avec 4,5 milliards d\u2019habitants \u2014 aura quasiment rejoint l\u2019Asie, dont la proportion de la population planétaire aura chuté de 60% à 43%, essentiellement pour cause du ralentissement de la démographie chinoise.?Il se trouve que l\u2019Afrique est toujours dans une phase intermédiaire de transition démographique (taux de mortalité en baisse conjugué à des taux de fécondité toujours importants).Encore que la situation n\u2019est pas partout pareille sur le continent.L\u2019Europe et l\u2019Amérique du Nord ont achevé cette transition (moins de décès et moins de naissances), alors que nous faisons face aujourd\u2019hui au phénomène massif du vieillissement de la population.Si la réussite de sa transition passe en Afrique par une amélioration des conditions de vie et une plus grande scolarité, on ne peut pas dire que les gouvernements nationaux et la communauté internationale s\u2019attaquent à ces dé?s avec beaucoup de détermination.Certes, il y a eu embellie dans l\u2019horizon de croissance de l\u2019économie continentale ; les «décennies perdues » des années 1980 et 1990 semblent vouloir être du passé, même si les avancées obtenues depuis dix ans demeurent fragiles et inégales.Le tiers des 54 pays africains atteignent désormais un «niveau de développement moyen ou élevé», indique un récent rapport de la Banque africaine de développement (BAD).Il y a bien «montée en puissance » de la classe moyenne, évaluée à 350 millions de personnes (sur une population totale actuelle de 1,2 milliard) «dont le pouvoir d\u2019achat s\u2019améliore constamment», indique le rapport, mais dans un contexte global d\u2019inégalité où 550 millions d\u2019Africains vivent toujours dans la pauvreté et où la moitié des jeunes sont sans emploi.Par amélioration des conditions de vie, il faut aussi entendre, très concrètement, amélioration des infrastructures.La performance des gouvernements nationaux est à ce titre scandaleusement mauvaise.Une autre étude \u2014 de la Banque mondiale \u2014 constate le « sous-équipement chronique» de l\u2019Afrique subsaha- rienne à ce chapitre, épinglant une «corruption omniprésente conjuguée à une absence de responsabilisation» des autorités.La distribution de l\u2019électricité ne s\u2019est pas améliorée depuis 20 ans: seulement 35% de la population y a accès, dit le rapport.Autant de facteurs de paupérisation et d\u2019exclusion, alors que s\u2019aiguisent les enjeux de développement liés à l\u2019urbanisation et au réchauffement climatique.Les dé?s auxquels l\u2019Afrique fait face reposent sur des dynamiques spéci?ques, en même temps qu\u2019ils sont en partie ceux de toute la planète, à commencer par celui qui touche au ?éau de la kleptomanie des élites.L\u2019instabilité politique (RDC, Afrique du Sud, Kenya, etc.) est un symptôme de cette kleptomanie.Sans renforcement de l\u2019État de droit et de l\u2019aide internationale, sans conscience accrue du bien commun, la réussite du passage que vit l\u2019Afrique avec ce boom démographique sera compromise.L E D E V O I R , L E L U N D I 1 4 A O Û T 2 0 1 7 A 6 EDITORIAL L E T T R E S Cher chauffeur Je te salue, chauffeur d\u2019autocar interurbain ayant conduit son mastodonte de manière sauvage le jeudi 10 août dernier vers 12h05.Mon collègue cycliste et moi arrivions de la piste longeant la rivière Saint- Charles à Québec.Nous étions pieds à terre rue Vincent-Massey à l\u2019intersection du boulevard Charest, juste à côté du Complexe militaire Saint-Malo.Nous nous préparions à tourner à droite sur Charest afin de rouler brièvement (800m) jusqu\u2019à l\u2019avenue Saint- Sacrement, d\u2019où la rue Frank-Carrel permet de pédaler paisiblement vers l\u2019ouest.Dans ce secteur, le boulevard Charest possède trois voies et la limite de vitesse est de 50 km/h.Lorsque nous t\u2019avons aperçu à notre gauche, tu dévalais le viaduc ferroviaire dans la voie de droite, beaucoup plus vite que la limite permise.Cette manière de conduire les autocars est fréquente dans cette zone, tout automobiliste le sait.Cependant, nous fûmes alertés de voir que les pneus de ton bolide rasaient la bordure du trottoir au point de parfois la toucher.Nous dûmes immédiatement reculer par crainte de voir ta trajectoire empirer.Tu passas devant nous, très proche, et tes roues montèrent brièvement sur le trottoir à notre droite.Ce fut saisissant ! Nous n\u2019avons même pas eu le temps de remarquer le nom de ton employeur, même si nous L I B R E O P I N I O N P I E R R E L A V O I E Doctorant en histoire, Université de Montréal D ans un texte récent, François Côté nous indique la vacuité tendancieuse du terme « migrants » qu\u2019il nous enjoint de remplacer par les grandes catégories de mouvances transfrontalières qui s\u2019appliquent selon lui « en réalité » (« Migrants », un terme à proscrire, 10 août 2017).Je me permettrai d\u2019entrée de jeu de singer la formule de M.Côté: il y a quelque chose d\u2019intellectuellement discutable dans le rejet d\u2019un terme adaptable et a priori neutre, et dans l\u2019adoption tous azimuts et sans réflexivité apparente de catégories arrêtées dans le temps, sujettes à des modifications futures au gré des mouvances politiques, économiques, sociales et culturelles.Il faut d\u2019abord situer l\u2019usage du terme « migrants».Si la plupart des spécialistes en sciences humaines et sociales l\u2019ont préféré aux catégories impliquant une direction (par exemple, immigration ou émigration) dans la discussion générale, c\u2019est d\u2019une part que l\u2019on sait maintenant que les phénomènes migratoires sont rarement stables et unidirectionnels ; et d\u2019autre part qu\u2019il permet de parler de l\u2019expérience commune de tous ceux qui vivent la migration.Prenons pour exemple l\u2019histoire des migrations des Canadiens français vers la Nouvelle- Angleterre \u2014 afin de « nous » mettre dans la chaise des migrants pour un moment.Les historiens et démographes estiment qu\u2019entre 1840 et 1930, plus ou moins un million de migrants auraient traversé la frontière vers le sud, à la recherche d\u2019emplois ou pour se prévaloir des possibles de leur pays d\u2019accueil.Les premières vagues migratoires d\u2019envergure, celles des années 1870 et 1880, et la dernière, celle de la fin des années 1920, ont en commun d\u2019avoir vu se déplacer un grand nombre de migrants temporaires, ou dont l\u2019intention initiale était de demeurer temporairement: la plupart du temps, on pense (ou du moins on dit\u2026) qu\u2019on veut revenir au Canada une fois qu\u2019on aura gagné suffisamment d\u2019argent.Or, si les mouvements de va-et-vient ont persisté tout au long de la période des migrations, on assiste dès la fin du XIXe siècle, et encore plus autour de la Première Guerre mondiale, à de vastes mouvements de naturalisation et d\u2019organisation sociopolitique de la par t de ceux qui se considéraient maintenant comme des Franco-Américains.Les finalités des différents migrants sont donc plurielles, mais ils partagent tous une expérience commune: ils sont à la fois sujets au push and pull socioéconomique et agents de changement pour eux-mêmes et pour leurs familles.De surcroît, ils doivent faire face aux discours de ceux qui veulent les retenir, de ceux qui les invitent à partir, de ceux qui acceptent de les recevoir et de ceux qui les rejettent d\u2019emblée.Pour reprendre l\u2019exemple des Canadiens français migrants, lorsque l\u2019élite clérico-natio- naliste de votre pays natal vous considère comme de la racaille matérialiste et que les mouvements ouvriers anglophones et protestants de votre pays d\u2019accueil vous perçoivent comme des « Chinois de l\u2019Est » inassimilables et illettrés, il va sans dire que vos motivations de départ doivent être substantielles, et ce, peu importe la façon dont vous vous déplacez entre les frontières.Règles du jeu Les migrants canadiens-français ont, selon la période où ils ont traversé la frontière, dû composer avec différentes lois de la part du gouvernement américain tels que l\u2019Immigration Act de 1882, le Johnson-Reed Act de 1924 ou la série de décrets contre l\u2019immigration du cabinet Hoover en réaction à la Grande Dépression.Chaque fois, les règles du jeu changent, mais qu\u2019ils soient entrés avant ou après l\u2019instauration de contrôles frontaliers stricts et qu\u2019ils aient ou non acquis un statut civil légitime dans leur pays d\u2019adoption ne change rien à l\u2019expérience commune partagée par les migrants.Ce qui nous ramène à la question des catégories légales.Je ne conteste en rien la factua- lité ou l\u2019existence des catégories énoncées par M.Côté (demande d\u2019asile, immigration légale, immigration illégale) ni la pertinence de mettre en application les lois qui s\u2019y rattachent.Cependant, je l\u2019inviterais à distinguer les catégories techniques des usages discursifs.Il va de soi que, pour les professionnels qui s\u2019affairent à l\u2019aspect civil des migrations (avocats, douaniers, politiciens, etc.), les catégories susmentionnées sont utiles.Cependant, si M.Côté considère que le terme «migrants» est souvent «accompagné d\u2019un parfum de misère humaine pour susciter la sympathie et entourer le mot d\u2019une aura d\u2019intouchabilité», je lui rappellerai que les catégories qu\u2019il propose en retour performent elles-mêmes une violence symbolique non négligeable et, surtout, ne caractérisent qu\u2019une fraction de l\u2019expérience migratoire.Entendu que celle-ci se décline plutôt dans la nuance que dans les contrastes, s\u2019arrêter aux simples catégories légales pour discuter en société de migration réduirait considérablement la portée et la justesse des débats politiques, sociaux, culturels et moraux qui en sont indissociables.En tant qu\u2019historien des migrations et des cultures, j \u2019ai dû à plusieurs occasions me confronter à des sources juridiques devant lesquelles j\u2019ai su faire preuve d\u2019humilité pour mieux en comprendre les tenants et aboutissants.Je suggère à M.Côté de faire le chemin inverse et de s\u2019ouvrir quelque peu à l\u2019histoire des migrations et à l\u2019histoire socioculturelle qui lui apprendront, entre autres choses, le caractère éphémère des lois et la pérennité du désir des hommes et des femmes d\u2019améliorer leur sort et celui de leurs proches.« Migrants » : un terme et des gens qui ont une histoire FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-président des ventes publicitaires MARK DROUIN Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS GAGNÉ, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET avons vu un autocar blanc et croyons avoir aperçu les couleurs vert et orange.Le synchronisme des feux a par la suite fait en sorte de nous séparer.Après cette expérience, nous nous promettons de minimiser autant que possible la longueur de notre trajet sur cette section du boulevard Charest.Malheureusement, l\u2019avenue Saint-Sacrement n\u2019est guère plus accueillante.Quant à toi, chauffeur d\u2019autocar, nous te remercions à l\u2019avance de laisser les trottoirs tranquilles lorsque tu te déplaces en ligne droite et de respecter généreusement la limite de vitesse, surtout dans la voie de droite.Ça devrait faciliter ton travail advenant la présence de cyclistes.Jean Lacoursière Québec, le 12 août 2017 AFRIQUE Réussir la transition T GUY TAILLEFER Le luxe d\u2019un balcon à soi D\u2019aussi loin que je me souvienne, ma mère aimait prendre son café dehors.Je la vois encore, assise devant la maison dans la chaise Adirondack malgré les restes de neige autour d\u2019elle, emmitouflée avec son café.Elle dormait toujours avec le petit carreau de sa fenêtre entrouvert, même au plus froid de l\u2019hiver.Au- jourd\u2019hui, à 92 ans, ses souvenirs emportés par la maladie d\u2019Alzheimer, elle réside dans un CHSLD.Il y a une belle terrasse trois étages plus bas, mais les préposés n\u2019ont bien sûr pas le temps de l\u2019y emmener par l\u2019ascenseur, et nous, ses enfants, ne pouvons pas le faire au quotidien.Elle reste donc dans sa chambre, dont la fenêtre ne s\u2019ouvre que de quelque six à huit pouces.Une terrasse à chaque étage serait-elle plus accessible ?Comment pour- rait-elle y aller, elle qui ne sait plus se rendre à la salle à manger près de sa chambre ?Je me prends à rêver pour elle d\u2019un balcon sécurisé qui prolongerait sa petite chambre.Une porte-fenêtre sans seuil s\u2019ouvrirait sur cet espace privé, dehors, où elle pourrait passer du temps, avec ou sans café.Je rêve.C\u2019est déjà beau qu\u2019elle ait une chambre individuelle, un luxe, même si elle partage la toilette \u2014 ce lieu intime \u2014 avec l\u2019autre chambre.Et tant pis si l\u2019espace permet à peine de déplier une chaise pour la visite, à côté de son fauteuil.Le ministère de la Santé vient d\u2019ordonner que désormais il n\u2019y ait plus de chambres à 3 ou 4 lits dans les CHSLD, que des chambres à 1 ou 2 lits.Pour ne pas perdre trop de place, on va donc diviser les grandes chambres en deux plus petites, plutôt que d\u2019accorder plus d\u2019espace à chaque patient, pardon, à chaque résident.Les CHSLD ont pris le virage du milieu de vie.Le H, qui voulait dire hospitalier, signifie désormais hébergement.Comme nous en sommes encore loin ! Micheline Marier Montréal, le 12 août 2017 L E D E V O I R , L E L U N D I 1 4 A O Û T 2 0 1 7 A 7 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon (chef de division), Robert Dutrisac, (éditorialiste), Michel Garneau et Pascal Élie (caricaturistes), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division et reporter), Stéphane Baillargeon (généraliste), Gérald Dallaire (pupitre), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Jean Dion (sports), Marco Fortier (éducation), Lisa-Marie Gervais (diversité), Pauline Gravel (sciences), Jessica Nadeau (éducation).Alexandre Shields (environnement); information politique : Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Marie-Michèle Sioui (correspondants parlementaires à Québec) Dave Noël (recherche), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec); information culturelle : Guillaume Bourgault-Côté (politiques culturelles), Julie Carpentier (pupitre), Fabien Deglise (livres), Catherine Lalonde (arts vivants), François Lévesque (écrans),Caroline Montpetit (arts vivants), Philippe Papineau(médias); information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Benoît Munger (pupitre); information internationale : Guy Taillefer (chef de division et éditorialiste); section art de vivre : Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); cahiers spéciaux : Aude Marie Marcoux (responsable); équipe numérique : Laurence Clavel, Guillaume St-Hilaire et Geneviève Tremblay (pupitres); correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant (correctrices) ; soutien à la rédaction : Amélie Gaudreau (coordonnatrice à la rédaction), Jean-Philippe Proulx (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa).PUBLICITÉ Charleyne Bachraty (adjointe au vice-président), Marlène Côté, Évelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (directrices de comptes), Alain Tréhout (directeur créativité média), Amélie Maltais (commis aux avis légaux), Alessandra Tantalo et Laurence Hémond (coordonnatrices publicitaires).PRODUCTION Caroline Desrosiers, Yannick Morin, Anthony White et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Luc Girard (technicien informatique), Solène M.Hébert (développeuse Web).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice marketing, communications et relations publiques), Sébastien Beaupré (coordonnateur service à la clientèle), Manon Blanchette, Caroline Filion, Nathalie Filion, Isabelle Sanchez (préposées au service à la clientèle).ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici (technicienne comptable), Véronique Pagé (responsable du crédit).E n vacances à Terre-Neuve, c\u2019est en contemplant le joli site archéologique de L\u2019Anse aux Meadows, tout au nord de la province, que je me suis pris à penser au curieux destin des langues.Car c\u2019est en ce lieu au nom si évocateur (meadows signifie prairie) battu par le vent que les Vikings ont établi la première colonie européenne en Amérique il y a 1000 ans.L\u2019Anse aux Meadows marque en quelque sorte le zénith d\u2019un peuple de grands navigateurs et de grands soldats, qui allèrent à l\u2019est et au sud aussi loin que la Sicile et la mer Noire.Leur langue, le norrois, nous a donné toute une série de termes nautiques (quille, gréer, étrave).En se basant sur cer tains restes de végétaux retrouvés à L\u2019Anse aux Meadows, les archéologues supposent que les V ikings faisaient commerce jusqu\u2019au Nouveau-Bruns- wick.En Amérique, il existerait même plusieurs autres sites vikings probables, également à Pointe Rosée à Terre-Neuve et Bay Saint Lawrence au Cap-Breton.Le fameux Vin- land qu\u2019évoque Leif Eriksson dans une des sagas serait l\u2019un d\u2019eux.Mais tout indique que ces peuplements n\u2019ont pas duré plus d\u2019une ou deux générations.La culture des Vikings a évolué.Leur langue, le norrois, a évolué vers les langues scandinaves actuelles, dont l\u2019islandais (le mot saga est un emprunt à l\u2019islandais moderne, tout comme geyser).Ce sont les Islandais qui auraient d\u2019ailleurs le mieux préservé la version originale du norrois : depuis quelques siècles, il est courant de former le vocabulaire des mots modernes à partir de termes que l\u2019on retrouve dans les anciennes sagas.Le mot islandais pour téléphone (simi) est basé sur le mot pour fil, et celui d\u2019ordinateur (tölva) dérive des mots pour chiffre et devineresse.Selon les sagas, les V ikings désignaient L\u2019Anse aux Meadows sous le terme de Straumsfjörðr pour « fjord des courants ».Mais le nom actuel du lieu résume plutôt une autre histoire, celle du contact de l\u2019anglais et du français en Amérique du Nord.Car L\u2019Anse aux Meadows est en fait la déformation du français L\u2019Anse-aux-Méduses.C\u2019est une belle évocation du sort particulier du français sur le continent, qui est venu à un cheveu de se dissoudre dans l\u2019anglais et de prendre le chemin inverse de celui qu\u2019il a pris ailleurs.La puissance et autre chose Le destin du norrois est en fait une belle démonstration qu\u2019une langue internationale ne devient pas telle parce qu\u2019elle a « gagné toutes ses guerres », comme on le dit souvent de l\u2019anglais, mais bien pour autre chose.Car on peut dire qu\u2019en matière de conquête de l\u2019Amérique, les Vikings avaient une cer taine avance.Et comme les féroces guerriers vikings n\u2019ont pas souvent perdu leurs batailles entre les VIIIe et XIe siècles, c\u2019est à se demander comment il se fait que l\u2019Angleterre, la France et l\u2019Allemagne ne soient pas des nations norroises.En fait, quand les V ikings ont rencontré d\u2019autres civilisations, ce sont eux qui se sont acculturés presque chaque fois.Exactement l\u2019inverse des autres cultures européennes qui ont colonisé plus tard, sauf peut-être les Basques.Considérons ce qui fut la plus grande colonie des Vikings, la Normandie.Presque un siècle avant qu\u2019ils découvrent l\u2019Amérique, d\u2019autres Hommes du Nord (le sens de Normand) se sont installés dans ce qui deviendra la Norman- die.Ils se sont complètement assimilés à la culture romane ambiante en deux ou trois générations.Ce que l\u2019on appelle le normand était une langue romane qui faisait partie des langues d\u2019oïl et dans lequel on retrouvait certains mots de norrois.Le lien entre la puissance et la dif fusion d\u2019une langue n\u2019est jamais direct : malgré trois siècles et demi d\u2019empire espagnol, il était loin d\u2019être acquis que l\u2019espagnol serait la langue dominante au Pérou et au Mexique au XIXe siècle.En fait, le quechua et le nahuatl, qui était les langues des empires inca et aztèque, y avaient progressé aux dépens de toutes les autres langues précolombiennes à un point tel qu\u2019ils ont failli prendre le dessus au moment des indépendances.Dans le destin des langues, les migrations et les colonies de peuplement jouent ef fective- ment un bien plus grand rôle que la seule puissance.Mais encore là, pas toujours.La France a déplacé bien davantage de population en Europe (presque un demi-million de huguenots et de réfractaires de la Révolution) que de colons en Amérique (15 000 à tout casser).Et en Afrique, où les Français et les Belges s\u2019étaient plutôt mal implantés durant la période coloniale, le français est sorti renforcé par le mouvement des indépendances.Exactement l\u2019inverse de ce qui s\u2019est passé en Amérique.On pourrait épiloguer longuement sur tous les facteurs qui font qu\u2019une langue s\u2019internationalise, mais au regard de l\u2019histoire, la puissance militaire et la domination coloniale sont assez peu de choses.Parlons vikings JEAN-BENOÎT NADEAU L O U I S E A R B O U R Représentante spéciale du Secrétaire général pour les migrations, Nations unies, New York a mobilité fait partie de la condition humaine.L\u2019organisation internationale basée sur la souveraineté des États et sur leurs frontières exige des politiques migrato ires intell igentes .Celles-ci reposent sur plusieurs facteurs, dont la coopération internationale et une opinion publique bien informée.Le choix du langage et de la terminologie dans le discours public n\u2019est pas toujours innocent, et rarement sans conséquence.Par exemple, l\u2019expression fréquemment employée dans le contexte des conflits armés est celle de civils innocents, pour désigner une population qu\u2019il est interdit de cibler en temps de guerre.En fait, cette catégorie n\u2019existe pas en droit.Le droit de la guerre distingue tout simplement les combattants des civils.Ajouter le mot innocent n\u2019est pas sans conséquence en ce qu\u2019il laisse entendre que ce ne sont pas tous les civils qui ont le droit d\u2019être protégés, mais seulement les civils innocents.Cela sous-entend, par exemple, que les civils qui sympathisent avec un groupe armé, ou le soutiennent politiquement, ne devraient pas être protégés.Ce choix de terminologie n\u2019est donc pas sans conséquence.De la même façon, on utilise souvent l\u2019expression « les femmes et les enfants » pour exprimer la vulnérabilité intrinsèque d\u2019un groupe de personnes, en contraste avec les hommes.Ce choix de terminologie sert à infantiliser les femmes, dont la vulnérabilité est contextuelle, évidemment bien dif férente de celle des enfants, et accompagnée de capacités et de résilience propres à tous les adultes.Catégories Les avocats adorent les catégories.Plus elles sont larges, moins elles sont utiles dans certains contextes.Par contre, plus elles aspirent à la précision, plus elles risquent d\u2019être dangereuses si elles occultent de façon préjudiciable des réalités pertinentes.C\u2019est le cas à mon avis de l\u2019expression « immigrants illégaux».En premier lieu, bien qu\u2019une conduite puisse être illégale, ça ne rend pas en soi la personne illégale.Par exemple, une personne qui n\u2019a pas payé ses impôts à temps, ou en entier, n\u2019est généralement pas décrite comme un contribuable illégal.Ce choix de terminologie n\u2019est pas sans conséquence.Il contribue à la perception négative des migrants en situation d\u2019irrégularité en confondant les circonstances qui entourent leur condition.Par exemple, on présume le plus souvent qu\u2019un immigrant illégal est quelqu\u2019un qui est entré au pays de façon illégale (par exemple avec un faux passeport, ou encore en utilisant les services d\u2019un passeur pour éviter les postes de contrôle frontalier).En réalité, la plupart des personnes qui se trouvent en situation d\u2019irrégularité quant à leur statut migratoire sont entrées au pays légalement mais ont enfreint certaines conditions de leur visa (par exemple en ne quittant pas le pays avant la date d\u2019expiration du visa, ou encore en enfreignant certaines de ses restrictions reliées au travail).La prétendue illégalité présente donc un éventail de nuances quant à la sévérité de l\u2019infraction et l\u2019appellation migrant illégal invite à imaginer le pire et alimente les préjugés défavorables envers des personnes dont, au fond, on ne sait pas grand-chose.Libre choix Pire encore, on associe inévitablement l\u2019illégalité au choix.En décrivant correctement les réfugiés comme des personnes qui n\u2019avaient pas le choix de fuir leur pays où elles étaient persécutées, on laisse entendre, sans faire d\u2019autre distinction, que tous les autres qui traversent les frontières le font par libre choix.Les juristes comprennent bien que les notions de choix et de consentement sont complexes et contextuelles : le consentement libre et éclairé à une procédure médicale ou à une activité sexuelle n\u2019est pas nécessairement apprécié de la même façon que le choix du consommateur de répondre à une publicité qu\u2019il a mal interprétée.Il y a donc encore là un éventail des circonstances qu i dé terminent, dans un contexte donné, si des personnes font des gestes par libre choix.Les changements climatiques qui conduisent à la désertification ou qui provoquent des catastrophes naturelles, la pauvreté extrême et la famine peuvent provoquer des déplacements massifs de population qui n\u2019ont aucune semblance de libre choix.Sur un plan plus personnel, le désir de re joindre un enfant ou un parent à l\u2019étranger, par exemple, peut provoquer une impulsion irrésistible de partir.Le choix de le faire dans des circonstances irrégulières peut malgré tout n\u2019être pas excusé.Les personnes qui meurent presque chaque jour dans la Méditerranée, comme celles qui ont été jetées par-dessus bord par des passeurs sur les côtes du Yémen ces derniers jours, n\u2019étaient peut-être pas toutes certaines de bénéficier du statut de réfugié.Cela dépend en grande partie de leur pays d\u2019origine et des circonstances dans lesquelles elles vivaient, à propos desquelles nous ne savons strictement rien.Il ne s\u2019agit pas ici de mobiliser la sympathie du public par sentimentalisme afin d\u2019excuser des comportements illégaux.Il s\u2019agit plutôt de contrecarrer la xénophobie qui s\u2019alimente facilement du genre de terminologie comme immigrants illégaux.Immigrants illégaux, un terme à proscrire Le choix du langage et de la terminologie dans le discours public n\u2019est pas toujours innocent M A R I A M S .P A L Fille d\u2019un survivant de la partition des Indes de 1947, Montréal u cours de la dernière semaine, la présence de centaines de demandeurs d\u2019asile qui traversent le Québec depuis les États-Unis a suscité des inquiétudes laissant croire à une crise imminente.Mais imaginez un instant devoir s\u2019occuper de 15 millions de réfugiés.Ce fut pour tant le cas, il y a soixante-dix ans, lorsque le Pakistan et l\u2019Inde furent créés à partir de l\u2019Inde britannique.Les 14 et 15 août 1947, la plus grande colonie d\u2019Angleterre a été divisée en deux parties : l\u2019Inde, pour les hindous et les sikhs, et le Pakistan pour les musulmans.Sous le soleil torride du mois d\u2019août, des millions de personnes se sont déplacées entre l\u2019Inde et le Pakistan dans une atmosphère de chaos, de violence et de brutalité.Cet événement, maintenant largement reconnu comme étant la migration la plus impor tante dans l\u2019histoire humaine, est connu sous le nom de partition des Indes.Beaucoup de Québécois n\u2019ont jamais entendu parler de cette par tition.Moins encore se rendent compte que les survivants de cette tragédie, et leurs descendants, vivent maintenant au Québec.Mon défunt père, Izzud-Din Pal, est arrivé à Montréal le 6 août 1955, près de huit ans après le jour où sa famille et lui ont fui leur maison en Inde pour plus de sécurité au Pakistan.Ma famille musulmane avait vécu dans la ville sainte sikhe d\u2019Amritsar depuis des générations et voulait y demeurer après la partition.En juin 1947, les émeutes entre sikhs et musulmans à Amritsar s\u2019étaient intensifiées.Amritsar était sous les flammes.Des bandes d\u2019hindous, de sikhs ou de musulmans ont attaqué des trains qui arrivaient à la gare de Lahore ou d\u2019Amritsar, chargés de cadavres.Les mots «Un cadeau de l\u2019Inde» ou « Un présent du Pakistan » étaient souvent grossièrement inscrits à la craie sur le côté des wagons.Au fur et à mesure que la violence a augmenté, mon grand-père a décidé que la famille devait être prête à fuir à Lahore, à seulement 20 milles de là, et qui allait bientôt faire partie du Pakistan.Mon père, déjà étudiant à Lahore, loua une maison dans un quar tier musulman.Un de mes oncles se rendit à Lahore avec des sacs de riz et de lentilles, les bijoux de ma grand- mère cachés dans le fond des sacs.Ils avaient de la nourriture et de l\u2019argent.Fuite Dans la nuit du 8 août 1947, un ami sikh a dit à ma famille de quitter Amritsar dès que possible.Au lever du jour, ils sont allés à la gare.Mon grand-père et mes grands-oncles devaient les rejoindre à Lahore quelques jours plus tard.Étant onze personnes au total, ils ont embarqué dans l e t r a i n p o u r L a - hore.Tout ce qu\u2019ils a v a i e n t é t a i t d e l\u2019eau.Pas de nourriture.Ils ont tout laissé derrière eux.Le séjour à Lahore ne devait être que temporaire.Lors de cette journée chaude et poussiéreuse, assis sur des bancs de bois dur dans la section de troisième classe du train, mon père se demandait s\u2019ils allaient arriver à Lahore en vie.Le trajet était de seulement 35 minutes.Tant de trains avaient été attaqués.Trois heures plus tard, ils sont arrivés à Lahore.Leur train fut le seul train d\u2019Amritsar vers Lahore qui ne fut pas victime d\u2019une embuscade ce jour-là.Mon père est allé à la gare tous les jours pour tenter de chercher son père et ses oncles.Il a vu des wagons remplis de cadavres, qui pourrissaient sous la chaleur de la saison de la mousson.Plusieurs jours plus tard, ceux-ci sont finalement arrivés à la maison louée.Ma famille était en sécurité.Les Pal ne sont jamais revenus à Amritsar.À mesure que le temps passait et que la violence continuait, ils se rendirent compte qu\u2019ils ne pourraient plus jamais revenir en arrière.Un million de personnes sont mortes et des milliers ont été blessées lors de la partition.La violence faite envers les femmes fut particulièrement horrible.Ceux qui avaient du sang sur les mains n\u2019ont jamais fait face à la justice.Aucun monument en mémoire des victimes de la partition ne fut érigé, même 70 ans plus tard.Des milliers de Québécois d\u2019origine indienne et pakistanaise ont migré ici du Punjab, à l\u2019épicentre de la violence de la par tition.Tout comme l\u2019holocauste ou le génocide arménien, la partition des Indes est une tragédie pourtant intimement liée au Québec par l\u2019entremise de ceux qui ont fait de cette province leur nouvelle maison.Les 14 et 15 août, pour le 70e anniversaire de la partition des Indes, tous les Québécois se souviennent de cette tragédie.Survivre à la partition des Indes Les 14 et 15 août 1947, la plus grande colonie britannique a été divisée en deux L JACQUES NADEAU LE DEVOIR L\u2019appellation migrant illégal invite à imaginer le pire et alimente les préjugés défavorables envers des personnes dont, au fond, on ne sait pas grand-chose.A La partition des Indes est une tragédie pourtant intimement liée au Québec par l\u2019entremise de ceux qui ont fait de cette province leur nouvelle maison L E D E V O I R , L E L U N D I 1 4 A O Û T 2 0 1 7 A 8 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc.dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec), H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.La rédaction Au téléphone 514 985-3333 Par courriel redaction@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3360 Abonnements (lundi à vendredi, 7 h 30 à 16 h 30) Au téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 463-7559 Par courriel abonnements@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-5967 Publicité Au téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Par courriel publicite@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3340 Avis publics et appels d\u2019offres Au téléphone 514 985-3452 Par courriel avisdev@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3340 Petites annonces et publicité par regroupement Au téléphone 514 985-3322 Par télécopieur 514 985-3340 Par courriel petitesannonce@ledevoir.com Les bureaux du Devoir sont situés au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec), H2L 4X4 Berri-UQAM Ils sont ouverts du lundi au vendredi de 8 h 30 à 17 h Renseignements et administration : 514 985-3333 sur Facebook et sur Twitter Le Devoir sur ledevoir.com A C T U A L I T É S condamnation, le VIH n\u2019a pas été transmis.C\u2019est le fait de ne pas informer son partenaire qui est reconnu comme une agression sexuelle.«La peine moyenne d\u2019emprisonnement pour une personne de?clare?e coupable d\u2019infractions relatives à?la non-divulgation du VIH est de 54 mois \u2014 plus du double de la peine moyenne pour agression sexuelle (24 mois)», relève le Réseau juridique canadien VIH/sida.« Une situation discriminatoire qui ignore les données scientifiques sur le VIH et les recommandations internationales telles que celle de l\u2019ONU- SIDA», estime Liz Lacharpagne.Chad Clarke a senti le sol se dérober sous ses pieds quand il a appris qu\u2019un mandat d\u2019arrêt pesait contre lui.Il s\u2019est présenté aux autorités, puis a plaidé coupable.« Pour avoir une peine moins lourde », raconte-t-il.Passible de 15 ans de prison, il écope de quatre ans.« Si j\u2019avais compris que je serais fiché à vie comme délinquant sexuel, je n\u2019aurais pas plaidé coupable », dit-il six ans après sa libération.Chad affirme qu\u2019il ne se savait pas porteur du VIH.En prison, il a eu difficilement accès aux soins médicaux appropriés.Pas de traitement antirétrovi- ral pendant plusieurs semaines, pas de test sanguin pendant plus de deux ans.Aujourd\u2019hui, fiché au registre national des délinquants sexuels, il ne trouve pas d\u2019emploi.Doctorant en sociologie à l\u2019Université Concor- dia, Alexander McClelland mène une recherche sur les impacts d\u2019une condamnation pour non-di- vulgation.Des 14 personnes dont il a examiné la trajectoire, «aucune n\u2019avait conscience de mettre son partenaire en danger.Parfois, le médecin leur avait expliqué que leur charge virale étant indétec- table, il n\u2019y avait pas de risque de transmission.» D\u2019autres n\u2019étaient pas toujours en mesure d\u2019imposer le port du condom à leur partenaire.Il rapporte notamment le cas d\u2019une travailleuse du sexe, séropositive à la suite d\u2019un viol.« Elle relate avoir insisté auprès de son client pour qu\u2019il porte un condom, il a refusé.Elle était intoxiquée au moment de l\u2019acte, ce qui diminuait ses capacités à le lui imposer.En cour, sa parole n\u2019a pas pesé lourd.» De toutes les séquelles documentées par le chercheur, le traumatisme associé au fait de se voir étiqueter délinquant sexuel est la plus lourde.Tout comme Liz La- charpagne, Alexander McClelland estime que la criminalisation pourrait dissuader des personnes de se faire dépister, suivant la logique que, si on ignore son statut sérologique, on ne peut être taxé de non-divulgation.Consultation en cours Ces délicatesses judiciaires ont trouvé un premier écho à Ottawa.En décembre 2016, la ministre de la Justice du Canada, Jody Wilson-Ray- bould, déclarait que «[\u2026] la criminalisation disproportionnée de la non-divulgation de la séroposi- tivité décourage bon nombre de personnes de passer des tests de dépistage et de se faire traiter [\u2026].Le système de justice pénale au Canada doit s\u2019adapter pour mieux refléter les données scientifiques disponibles [\u2026].» Un groupe de travail réunissant les acteurs concernés travaille actuellement à une réforme.Rien toutefois de concret n\u2019en est encore ressorti de leurs travaux.De son côté, la CCRCV mène une consultation pancanadienne auprès d\u2019une quarantaine d\u2019organisations pour établir un consensus sur les recommandations à adresser au gouvernement.«Nous ne savons pas, à ce stade-ci, quelle serait la meilleure façon de réformer, mais nous savons ce qui doit l\u2019être, commente Nicholas Caivano, analyste des politiques au Réseau juridique canadien VIH/sida.La criminalisation ne doit s\u2019appliquer que dans des cas d\u2019intention avérée de transmission, jamais lorsque des précautions empêchant la transmission ont été prises, et on ne doit jamais recourir à l\u2019accusation d\u2019agression sexuelle dans un cas de non-divulgation.» En attendant une réforme du droit criminel (relevant du ministère de la Justice fédéral), la CCRCV n\u2019exclut pas de demander un moratoire sur les poursuites (incombant aux provinces).« On observe une méconnaissance de la problématique chez les procureurs, dit Liz Lachar- pagne.On souhaiterait des directives pour que les poursuites soient menées de manière éclairée, en tenant compte des avancées scientifiques.» À Québec, au bureau de la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, on se garde de tout commentaire sur l\u2019avancée des travaux, préférant s\u2019en remettre au fédéral.Le ministère fédéral de la Justice a décliné notre demande d\u2019entrevue, jugeant toute prise de parole prématurée dans les circonstances.«Ce travail, qui comporte un vaste examen du droit pénal, du rôle de la santé publique, des sciences médicales applicables et des pratiques d\u2019inculpation et de poursuite actuelles, est en cours», ont-ils fait valoir par courriel.Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 VIH Derrière la jurisprudence La Cour suprême du Canada (CSC) a établi en 1998 qu\u2019une personne séropositive doit divulguer son statut avant une relation sexuelle exposant à un risque important de transmission.La non-di- vulgation est considérée comme une fraude au consentement du partenaire.Une relation sexuelle non consentie est considérée comme une agression sexuelle.En 2012, l\u2019arrêt Mabior instaure la notion de «possibilité réaliste» de transmission.La CSC considère que cette possibilité n\u2019est pas établie si la charge virale est faible et si un condom est utilisé.Implicitement, si seul l\u2019un de ces deux critères est rempli, il y a «possibilité réaliste».Ce que la science contredit.À la traîne de la science L\u2019étude Partner a été menée entre 2010 et 2013 auprès de 767 couples sérodiscor- dants.En moyenne, au début de l\u2019étude, les partenaires séropositifs suivaient une thérapie antirétrovirale depuis cinq ans.Les couples avaient des relations sexuelles sans condom depuis deux ans.Avec un total de 44 000 relations sans condom, aucune transmission n\u2019a eu lieu.Grâces, dans les Cantons-de-l\u2019Est, où il séjournait.«Les autorités étaient très préoccupées par ce que je pouvais bien venir faire au Canada.Est-ce qu\u2019il va rester là-bas pour toujours et manger toutes nos poutines?» Ces fâcheuses péripéties, si elles appellent cer tes le sarcasme, sont loin de relever du même drame que celles traversées par les migrants ayant ces jours-ci pour domicile le Stade olympique.Bien qu\u2019il prévienne s\u2019être tenu à distance de l\u2019actualité, depuis sa bulle de création des dernières semaines, le jeune trentenaire déballe sans se faire prier quelques réflexions sur l \u2019errance à laquelle sont au- jourd\u2019hui contraints ses compatriotes.Son premier roman paru au Seuil en début d\u2019année, Rapatriés, accompagne d\u2019ailleurs dès son amorce la pugnace Belliqueuse Louissaint dans sa tentative échouée de franchir la mer des Caraïbes, vers les États-Unis.«Plus on est de fous, plus on rit ! Plus on est de pauvres, plus on s\u2019en sort ! », réplique-t-il à ceux qui plaident pour que le Québec et le Canada viennent d\u2019abord en aide à ceux qui, sur son territoire, se nourrissent déjà de pauvreté.«Je le répète: plus on est de pauvres, plus on s\u2019en sort, insiste-t-il.Je sais que ça peut choquer, mais je le pense sincèrement! Cette histoire de mettre des frontières partout pour que les pauvres ne bougent pas, ça précarise davantage les sociétés.On l\u2019a bien vu dans le passé : lorsque tout le monde s\u2019enferme dans son coin, on n\u2019y gagne ni politiquement, ni socialement, ni économiquement.Alors, cette entraide à laquelle j\u2019en appelle, il ne faut pas que ça parte d\u2019une forme de bonne volonté ou de générosité, encore moins d\u2019une forme de pitié.L\u2019entraide commence avec la politique.Il faut dire et dire encore que les frontières sont nuisibles.Je suis politiquement antifrontières.Il faut en finir avec la libre circulation des capitaux et plutôt laisser faire la libre circulation des personnes, parce que la Terre n\u2019est à personne.» Digne face à l\u2019adversité À plusieurs occasions au cours de la conversation, Néhémy Pierre-Dahomey corrige les phrases de son interlocuteur, qui généraliserait un peu trop lorsqu\u2019il évoque la fatalité s\u2019étant très fréquemment abattue sur Haïti.«Ce ne sont pas tous les Haïtiens qui ont vécu des situations dif ficiles.Ce ne sont pas tous les Haïtiens qui ont vécu l\u2019adversité», martèle celui chez qui la littérature s\u2019érige néanmoins en salutaire outil afin de donner un visage aux statistiques, aux grands titres et à des existences anonymes dont elle seule peut aspirer à nommer la complexité.«Aucun pays, aucune région ne peut s\u2019en sortir s\u2019il vit sous cette espèce de chape de définition qui réduit, en gros, à n\u2019être que le pauvre de l\u2019autre, observe-t-il.Haïti ne peut pas s\u2019en sortir s\u2019il ne demeure que misère et adversité.Il faut arrêter de faire de certains pays l\u2019agglomération de tous ces fantasmes de riches qui ont absolument besoin de leurs pauvres, parce que ça n\u2019aide pas et que ce n\u2019est pas du tout respectueux de la réalité.» Comme il n\u2019est pas plus respectueux de la réalité de glorifier ad nauseam la proverbiale capacité d\u2019encaisser les uppercuts d\u2019un peuple haïtien lourdement mis à l\u2019épreuve par l\u2019histoire et la catastrophe.«Oui, les gens qui sont dans des situations difficiles m\u2019intéressent », explique Pierre-Dahomey en désignant l\u2019exemplaire de son premier roman qui repose sur la table, «parce que c\u2019est un mobile narratif très fort, mais aussi parce que, lorsqu\u2019on af fronte des situations dif ficiles, on trouve en soi des ressources qui sont une forme de dignité.Cette dignité est l\u2019inverse de la résilience, qui serait, selon ce que les gens disent, un état intrinsèque que détiendrait une catégorie de population.La dignité, on l\u2019a tous en soi.Et tu la trouves quand tu es vraiment dans la merde».Ce n\u2019est pas Haïti qui est pauvre, c\u2019est\u2026 Comment Haïti et sa diaspora pourront-ils un jour enfin s\u2019arracher au malheur ?Néhémy Pierre-Dahomey sourcille à nouveau en entendant le mot « malheur », ne permettant de décrire la réalité que de manière tronquée.« J\u2019invite les gens à prendre le problème par l\u2019autre bout avant de dire qu\u2019Haïti est extrêmement pauvre, suggère-t-il.Peut-être devrait-on commencer par dire que c\u2019est le Canada, la France, les États-Unis, l\u2019Allemagne, qui sont extrêmement riches ?Il faut peut-être penser à la surabondance dans laquelle on vit en Occident.Moi, je suis clairement pour un plafonnement de la richesse, qui permettrait aussi l\u2019instauration d\u2019un seuil de pauvreté mondial en dessous duquel personne ne pourrait descendre.Cette idée qui consiste à créer tout le temps plus de richesse, ils ont un mot pour ça : on appelle ça de la croissance.Générer de la croissance à l\u2019infini implique aussi que la misère peut aller très loin, de façon indéfinie.» En attendant cette révolution, célébrons au moins le refuge de la littérature et du roman, «cette forme de messe laïque nous permettant d\u2019entrer en communion et de tendre vers quelque chose de spirituel», pense Néhémy Pierre-Dahomey.La rencontre et le dialogue que facilite la littérature, «c\u2019est une des rares choses que l\u2019on fait vraiment ensemble, en tentant réellement de produire du sens pour nos vies.» Collaborateur Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 FRONTIÈRES PEDRO RUIZ LE DEVOIR le miroir et vous rappeler que ce sont les Américains blancs qui vous ont élu à la présidence, et non les gauchistes radicaux», lui a-t-il écrit.Ce qui est vrai, soutient le directeur de la Chaire d\u2019études politiques et économiques américaines de l\u2019Université de Montréal, Pierre Martin.«Le noyau dur de sa base électorale, ce sont ces gens qui partagent ou tolèrent les idées des groupes qu\u2019on a vus manifester.» Le silence de Trump dénoncé Ainsi, il n\u2019est pas surprenant que le président refuse de condamner explicitement les supréma- cistes blancs et les néonazis pour les violences de samedi, puisque ceux-ci se sont approprié le slogan de sa campagne, « Rendre sa grandeur à l\u2019Amérique » (« Make America Great Again »), avance M.Martin.«Dans l\u2019esprit de ces gens, ce message veut dire de ramener carrément les États- Unis à cette situation de domination, de ségrégation où la majorité blanche avait le plein contrôle», explique le chercheur au CERIUM.Le président, qui n\u2019y va habituellement pas de main morte pour critiquer ses opposants, est pratiquement resté muet sur les réseaux sociaux dimanche.Samedi, il a soutenu que « plusieurs camps» étaient responsables des violences, sans jamais nommer les groupes extrémistes.Ce qui a suscité de nombreuses critiques, tant du côté des républicains que des démocrates.«Trump a manqué l\u2019occasion de se dissocier de ces groupes», souligne le chercheur en résidence à l\u2019Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand Vincent Boucher.Dimanche matin, c\u2019est plutôt sa fille Ivanka Trump qui a condamné les responsables des violences.«Il ne devrait pas y avoir de place dans la société pour le racisme, les suprémacistes blancs et les néonazis», a-t-elle écrit sur Twitter.«En envoyant ses substituts faire des déclarations, il évite de s\u2019associer directement avec des attaques de ces groupes et il peut conserver leur allégeance», observe Pierre Martin.Un peu plus tard, la Maison-Blanche a publié un communiqué déclarant que «le président a affirmé de manière très forte qu\u2019il condamne toutes les formes de violence, de sectarisme et de haine, et bien sûr cela inclut les suprémacistes blancs, le KKK, les néonazis et tous les groupes extrémistes».Mais le président n\u2019avait toujours pas condamné à la première personne ces groupes au moment d\u2019écrire ces lignes.Pourtant, des républicains l\u2019ont fait, notamment le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan, qui a qualifié le mouvement suprémaciste blanc de fléau.Sur Twitter, le sénateur de la Floride Marco Rubio a quant à lui déclaré qu\u2019il n\u2019y a «rien de patriotique chez les nazis, le KKK et les suprémacistes blancs».Symboles historiques À l\u2019origine du rassemblement à Charlottesville se trouve l\u2019intention de la municipalité de retirer de l\u2019espace public la statue du général sudiste Robert E.Lee, qui rappelle le passé esclavagiste des États-Unis.Les groupes de droite, qui s\u2019y opposent, ont ainsi fait de cette ville de 45 000 habitants un symbole.«Des statues comme celle-là se retrouvent un peu partout dans les États du sud.Elles nourrissent l\u2019imaginaire de groupes de droite, des néonazis et des suprémacistes blancs», explique Vincent Boucher, qui a séjourné à Charlottesville de janvier à juin derniers.D\u2019autres manifestations de ces groupes ont eu lieu dans cette ville universitaire, ainsi qu\u2019ailleurs au pays, mais jamais de l\u2019ampleur qu\u2019a prise le rallye de samedi.«Les groupes d\u2019extrême droite ont fait de Charlottesville un exemple à l\u2019échelle nationale», affirme M.Boucher.Depuis la tuerie de Charleston en 2015, où le suprémaciste blanc Dylann Roof a abattu neuf Afro-Américains lors d\u2019un service religieux, plusieurs villes souhaitent se départir de leurs monuments qui glorifient le sombre passé du pays.«Ces symboles sont omniprésents dans le sud des États-Unis.Dès qu\u2019on sort de Charlottesville, qui est une ville progressiste, il est fréquent de voir des drapeaux confédérés sur les voitures et les maisons», mentionne le chercheur.Selon lui, il faut s\u2019attendre à ce que d\u2019autres rassemblements du même genre aient lieu.Richard Spencer, un des leaders de l\u2019extrême droite, a d\u2019ailleurs manifesté son intention samedi soir de tenir un nouveau rassemblement à Charlottesville.Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 HAINE PEDRO RUIZ LE DEVOIR Montréal se lève pour Charlottesville Une manifestation en solidarité avec Charlottesville s\u2019est déroulée au centre-ville de Montréal dimanche soir.Les organisateurs ont appelé à la mobilisation contre l\u2019extrême droite, un mouvement qui n\u2019est pas confiné au sud de la frontière, ont-ils affirmé.Plusieurs manifestants affichaient la photo de Heather Heyer, cette femme de 32 ans tuée samedi soir.Une veillée était également organisée à Toronto devant le consulat américain.Le FBI lance une enquête Une enquête de droits civiques a été lancée par le FBI au sujet de l\u2019automobiliste qui a causé la mort de Heather Heyer en fonçant dans la foule de contre-manifestants présents au rallye de suprémacistes blancs et de groupes néonazis samedi.Le conducteur, James Alex Fields, est accusé de plusieurs chefs, dont un de meurtre au deuxième degré.Des photos publiées samedi suggèrent que l\u2019homme de 20 ans originaire de l\u2019Ohio était affilié au groupe néonazi Vanguard America.Par ailleurs, en marge de l\u2019événement, deux policiers de l\u2019État de Virginie sont décédés dans l\u2019écrasement de l\u2019hélicoptère dans lequel ils prenaient place."]
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