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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier E
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2016-12-31, Collections de BAnQ.

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[" Cinéma Retour sur un cru audacieux et éclaté Pages E 4 et E 5 Nellie Bly, femme caméléon et journaliste obstinée Page E 8 C A H I E R E \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 1 D É C E M B R E 2 0 1 6 E T D I M A N C H E 1 E R J A N V I E R 2 0 1 7 L\u2019auteur et politicien Honoré Beaugrand écrivit dans l\u2019avant-propos de son célèbre conte avoir « rencontré plus d\u2019un vieux voyageur qui affirmait avoir vu voguer dans l\u2019air des canots d\u2019écorce remplis de possédés s\u2019en allant voir leurs blondes sous l\u2019égide de Belzébuth».Or, les notes d\u2019un certain Horace Gariépy suggèrent que ce que l\u2019on tenait pour mythe pourrait bien avoir été réalité.La découverte d\u2019un journal mystérieux sous les décombres d\u2019une ancienne église de la région de l\u2019Outaouais jette en effet un éclairage inédit sur la légende de la chasse-galerie popularisée par Honoré Beaugrand à la fin du XIXe siècle.Le Devoir a obtenu copie de quelques extraitsqu\u2019il publie rassemblés ici.Et si le célèbre conte d\u2019Honoré Beaugrand était en réalité le compte rendu d\u2019une véritable aventure ?La chasse-galerie, un fait d\u2019hiver UN CONTE POUR LE NOUVEL AN D O M I N I C T A R D I F «P ourquoi fait-on une entrevue, au juste?» demande Simon-Pierre Beaudet au bout du fil, visiblement inquiet, ou suspicieux, des raisons pour lesquelles Le Devoir s\u2019intéresse à son livre suavement baptisé Fuck le monde.Pourquoi fait-on une entrevue?Parce qu\u2019il n\u2019y en a pas d\u2019autres comme Simon-Pierre Beaudet pour vomir avec une pareille impétuosité un monde devant lequel on ne sait plus que hausser les épaules.Parce que personne d\u2019autre, en 2016, n\u2019écrit au lance-flammes avec autant de grâce.Recueil d\u2019essais vitrioliques publiés en revues ou en ligne au cours des quinze dernières années, Fuck le monde pourfend (en vrac) l\u2019absurdité des comparaisons employées afin de dorer la pilule de l\u2019austérité («un café par semaine»), regrette une époque de bacchanales où la Saint- Jean n\u2019avait pas été policée par un Régis La- beaume obsédé de sécurité et réprime un haut- le-cœur devant la bouffe « genrifiée » telle que promue par le spécial gars du magazine Ricardo.Beaudet «cherche le fuck» et le trouve partout autour de lui : au Walmart, sur le boulevard Hamel ainsi que dans une succursale Desjardins.À l\u2019injonction d\u2019une époque exigeant de ceux qui la critiquent de fournir en souriant leur propre kit de solutions pragmatiques, Simon- Pierre Beaudet s\u2019entête à objecter un irrécupérable doigt d\u2019honneur.Aucune envie chez lui de s\u2019asseoir à la table pour discuter (tel que le veut la formule désormais consacrée) ; que du dégoût, de l\u2019agressivité et de l\u2019exaspération devant cette « société qu\u2019il faut détruire».Fin de l\u2019hibernation Pourquoi fait-on une entrevue (bis) ?Parce que jamais le mot « fuck » n\u2019a-t-il été prononcé de façon aussi décomplexée qu\u2019en 2016.Jamais ne se sera-t-il autant insinué dans l\u2019imaginaire collectif, comme si la colère, depuis trop longtemps anesthésiée sous la glace du cynisme, de l\u2019apathie ou du sentiment d\u2019impuissance, sortait enfin d\u2019une trop longue hibernation.« Fuck 2016», a-t-on joyeusement répété partout, invoquant tour à tour l\u2019élection de Trump, les violences à Alep et les disparitions successives de Bowie, de Prince et de Cohen.En 2012, les manifestants du printemps érable avaient pourtant, eux, dû justifier leur « Fuck toute », jugé trop démobilisant par bien des commentateurs.«Dire \u201cFuck le monde\u201d, c\u2019est une manière d\u2019indiquer que les forces de la révolte ne peuvent pas être énoncées de manière complexe dans l\u2019espace public», explique Beaudet au sujet de ce titre emprunté à son blogue (longtemps anonyme) alimenté à partir de 2013, et sur lequel des pamphlets caustiques et souvent hilarants, comme «Fuck l\u2019amphithéâtre» ou «Fuck les restaurants», ont rallié plusieurs lecteurs.«Qu\u2019est-ce que tu veux répondre à Richard Martineau?Quand bien même tu lui produirais un discours intelligent, son discours à lui est déjà réduit.» Chercher le « fuck » (et le trouver partout) Écrivain au lance-flammes, Simon-Pierre Beaudet jette son vitriol sur une année à oublier F R A N Ç O I S L É V E S Q U E L e 1er janvier 1859 \u2014 La nuit a craché son encre.La nouvelle année débute à peine.Debout au milieu de la cambuse, noueux comme un frêne, Joe le cook surveille sa marmite de mélasse accrochée au-dessus de l\u2019âtre rougeoyant, alerte malgré la quantité de jamaïque qu\u2019il a bue.La pipe fumante, les gars écoutent Joe avec attention.Chaque année, il conte la même histoire.Il l\u2019a en tout cas contée les quatre veillées du jour de l\u2019An que j\u2019ai passées dans les chantiers des Ross.À voir l\u2019air des plus vieux, pas de doute qu\u2019ils l\u2019ont déjà entendue plusieurs fois aussi.Mais ils en redemandent et Joe leur en redonne.J\u2019aimerais être capable de raconter comme lui.J\u2019aime à lire.J\u2019aime à écrire.Mais je n\u2019ai aucune imagination.Mon rêve : publier un grand roman d\u2019aventures, comme ceux d\u2019Alexandre Dumas.En attendant, j\u2019écris dans mon journal.Chaque fois que j\u2019y replace le marque-page orné d\u2019une représentation de saint Luc, patron des artistes, j\u2019ai une pensée pour ma pauvre mère.Elle me l\u2019a offert avant de s\u2019en retourner auprès de mon père, là-haut.Des vies dures, écourtées.Anonymes.Ma manie d\u2019écrire fait rire les gars, mais je suis un gros travaillant et ils me sacrent la paix.2 janvier 1859 \u2014 Je dois être fou, mais je n\u2019ai rien à perdre.À force d\u2019écouter Joe le cook ressasser son odyssée surnaturelle d\u2019autrefois, je me suis dit\u2026 Je me suis dit que, moi aussi, j\u2019allais invoquer le Diable.Du moment qu\u2019il ne me demande pas mon âme en échange de mon souhait, je suis prêt à tout.Je veux que le nom d\u2019Horace Gariépy soit connu.3 janvier 1859 \u2014 Doux Jésus ! Je l\u2019ai vu ! Quand le concert des ronflements s\u2019est élevé dans le campement, je suis sorti dans le froid.J\u2019ai suivi la trail jusqu\u2019au bord de la rivière gelée.Et je l\u2019ai appelé.Dans un rond d\u2019eau claire, j\u2019ai surpris mon reflet.Rien ne se passait.Paré à rebrousser chemin, j\u2019ai soudain constaté que mon reflet me jaugeait, une lueur malicieuse dans les yeux.Quand il m\u2019a parlé, j\u2019ai cru que j\u2019allais perdre connaissance.J\u2019ai expliqué à mon double mes desseins romanesques avec précipitation, exalté que j\u2019étais.Qu\u2019écrire n\u2019était pas un problème mais que l\u2019imagination, si.Satan, car c\u2019était lui, m\u2019a promis qu\u2019au matin, l\u2019inspiration m\u2019aurait visité.En échange, je devais promettre de ne jamais parler à quiconque de ma rencontre avec lui.Que même si ses pouvoirs étaient connus de quelques- uns, comme Joe le cook, rares étaient ceux à qui il était apparu en personne.« La plus belle de mes ruses est d\u2019avoir convaincu l\u2019humanité que je n\u2019existe pas », qu\u2019il m\u2019a murmuré en me faisant un clin d\u2019œil.Là où se trouvait mon reflet, je n\u2019ai plus vu que les miroitements de la lune.4 janvier 1859 \u2014 Je tiens mon intrigue ! Je l\u2019avais sous le nez ! La vie sur le chantier, Tit-Paul Durand qui a failli se noyer en octobre en dravant, les chants d\u2019amour qui montent dans le cœur des gars quand vient février\u2026 L\u2019aventure, la romance : tout est là.Pourquoi n\u2019y ai-je pas pensé avant ?18 janvier 1859 \u2014 Une éditrice de Montréal, une Mme Ferron, veut me rencontrer dès que je sortirai du bois.Je lui ai envoyé trois chapitres et ça lui a plu, af- firme-t-elle dans sa lettre.Le roman coule de moi, par les soirs, par les nuits.Je ferme les yeux et je m\u2019imagine le tenant entre mes mains, sa reliure de cuir si noble.Maman serait fière.21 février 1859 \u2014 Qu\u2019ai-je fait ?Qu\u2019ai-je fait ! J\u2019étais si heureux\u2026 Jamais je n\u2019avais mis les pieds dans un hôtel aussi chic.Salon privé, amuse-gueule, du vin.Pas de la bière rance, non.Du vrai bon vin impor té de France.C\u2019était comme si mon verre ne se vidait jamais.Et j\u2019ai bu, trop bu.Mon éditrice s\u2019est avérée être une jeune femme, Lucie de son prénom.Ça m\u2019a surpris.Elle était magnifique et d\u2019une vivacité incroyable.Ça, ça m\u2019a plu.Elle était avide de m\u2019entendre sur mes auteurs favoris, sur mes sources d\u2019inspiration.Peut- être était-ce son expression admirative, peut-être étaient-ce ses lèvres du même rubis que la robe du vin\u2026 «Ma source d\u2019inspiration?Vous n\u2019allez jamais me croire ! Ou alors vous serez terrifiée\u2026 », que je lui ai laissé entendre, fanfaron.Et ma langue s\u2019est déliée, trop déliée.Dès que j\u2019ai mentionné ma rencontre avec Lucifer sur la rive enneigée, j\u2019ai vu son regard changer, à Lucie Ferron.SOURCE MUSÉE NATIONAL DES BEAUX-ARTS DU QUÉBEC Œuvre La chasse-galerie d\u2019Henri Julien, 1906 VOIR PAGE E 2 : GALERIE VOIR PAGE E 6 : FUCK RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR C\u2019est sur son blogue que Simon-Pierre Beaudet a publié ses premiers pamphlets caustiques. H I S T O I R E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 1 D É C E M B R E 2 0 1 6 E T D I M A N C H E 1 E R J A N V I E R 2 0 1 7 E 2 PROFITEZ DES VACANCES DES FÊTES AU MUSÉE ! La construction du Pavillon pour la Paix Michal et Renata Hornstein a été réalisée grâce au ?nancement du gouvernement du Québec.Le réaménagement des collections d\u2019art international du Musée a été rendu possible en partie grâce à l\u2019appui du gouvernement du Canada.| Scénographie des salles d\u2019exposition du Pavillon pour la Paix Michal et Renata Hornstein.Photos © Marc Cramer.| Murale du collectif montréalais MU.Photo MBAM, Denis Farley | | | Présentateur de l\u2019année de la paix ACTIVITÉS GRATUITES POUR TOUTE LA FAMILLE > Ateliers de création spécial temps des fêtes > Cinéma jeunesse > Visites guidées > Et plus encore ! ENTRÉE GRATUITE au nouveau Pavillon pour la Paix Michal et Renata Hornstein et à toutes les collections du Musée.Jusqu\u2019au 15 janvier seulement.Tous les détails sur mbam.qc.ca/calendrier P our mille spectacles de tous ordres présentés au Québec, dix mille autres roulent sous le tapis.Des projets, menés à terme ou pas, restent en plan quand le mauvais déclic, le décalage présumé avec le public ou le diable s\u2019en mêlent sur la route des possibles.De ceux-là, on n\u2019entend jamais parler ou presque.Parfois, l\u2019un d\u2019entre eux se réveille le temps de quelques représentations, à travers une version parcellaire, puis retombe.Ainsi, des œuvres destinées aux planches croupissent dans les limbes parmi les films maudits avant terme et les romans à l\u2019état de manuscrits, attendant une baguette magique comme dans les contes de fées.Une dame est entrée en contact avec moi pour me confier son projet à elle, tombé au sol, repris, peaufiné, dans lequel elle s\u2019investit depuis l\u2019éternité.Louise Gareau-Des Bois est une écrivaine et une poétesse, traductrice aussi \u2014 on lui doit l\u2019adaptation française de Two Solitudes de Hugh MacLennan.Mais le combat artistique de sa vie, mené à terme, demeure celui d\u2019un opéra historique sur Montréal.Son Maisonneuve & Mance, dont elle est librettiste, sur une musique du compositeur québécois d\u2019origine russe Aleksey Shegolev, a été refusé sans appel par la Société des célébrations du 375e anniversaire de Montréal.Ses deux créateurs prévoyaient trois représentations en octobre à la salle Ludger-Duvernay du Monument-National.Les voici le bec à l\u2019eau.Bien des projets furent recalés par ce comité, comme on le sait.D\u2019où la création d\u2019un OFF 375e en 2017, impliquant 15 musées montréalais collés à la mémoire de la métropole.Mais un opéra n\u2019est pas un musée.Celui-ci s\u2019est retrouvé au rayon des exclus, seul sur son île, même si André Delisle, le directeur général du Château Ramezay, a offert sa collaboration s\u2019ils parviennent à financer l\u2019entreprise : un trou de 200 000 $ est à combler.Voyage dans le temps J\u2019écoute la longue histoire du projet avorté, admirant la résilience d\u2019une dame désormais octogénaire.Avec Aleksey Shegolev, de cinquante ans son cadet, elle a passé deux ans et demi à travailler cette version, dont l\u2019amorce est plus lointaine.«Tout a commencé en 1989, explique Louise Gareau-Des Bois, quand j\u2019ai fait la rencontre d\u2019une compositrice française d\u2019origine polonaise, Joanna Bruzdowicz.Alain Nonat, le directeur du théâtre Lyri- chorégra 20, lui avait commandé un opéra pour le 350e anniversaire de Montréal en 1992.» De fil en aiguille, la musicienne lui demanda d\u2019en écrire le livret.Deux ans de recherches historiques pour pondre un texte ambitieux allant de la découverte de Jacques Cartier à l\u2019épisode des Patriotes.Louise Gareau-Des Bois aimait ce premier livret, à son avis drôle et vivant, quoique trop verbeux et touffu.Écarté des fêtes du 350e, l\u2019opéra à l\u2019orchestration à peaufiner, même s\u2019il figurait sur leur programme préliminaire.Premier plouf ! « J\u2019ai relancé le projet en 2013, poursuit-elle, en visant les célébrations de 2017.Alain Nonat m\u2019a mise en contact avec Aleksey Shegolev, qui désirait se coller à une période plus restreinte : de 1641 à 1653.» Ils se sont attelés à la tâche avec enthousiasme, puisant dans leurs bas de laine.«Je voulais un récit et une action plus accrocheurs que dans le premier livret», précise le compositeur, ajoutant que tous leurs personnages sont historiques, même celui (très amusant) du maçon Gilbert Barbier, dit Minime, constructeur de la première palissade autour de Ville-Marie.Imagination aidant, faute de données historiques précises, ils ont pu offrir aux figures chantantes des personnalités attachantes, drôles, rêveuses\u2026 Entre évangélisation et modernité Mêlant en neuf tableaux l\u2019opéra à la comédie musicale, Maisonneuve & Mance allie des beautés formelles à l\u2019humour, sans le recul contemporain devant les férocités de la colonisation en Nouvelle-France face aux Premières Nations (le chef huron représenté ici étant un allié des Français).Collée aux désirs d\u2019évangélisation et de conquête des pionniers, sur une musique de modernité, se déploie une œuvre complexe et tonique en plusieurs tons, avec clins d\u2019œil au futur, comme à travers son chant choral : « Dans 400 ans\u2026» Le jeune compositeur signe son troisième opéra, mais estime livrer ici sa première œuvre de maturité, alliant trois passions de sa vie : la musique, le théâtre et l\u2019histoire.Il chercha ici à donner un visage contemporain à un art défini par le passé.Aleksey Shegolev privilégia la gamme octoto- nique (huit notes plutôt que sept).«Cela donne une harmonie par ticulière, un langage assez nouveau, même s\u2019il nous semble mélodieux.» La librettiste et le compositeur ont associé au projet le Chœur cosmopolite de Montréal, le chef d\u2019orchestre Dmitri Zrajevski, la metteure en scène Édith Cardinal, le pianiste Philippe Prud\u2019homme et six chanteurs lyriques, dont le baryton François-Nicolas Guertin et la soprano Pascale Spinney.Maisonneuve & Mance, dans une version concert, piano et voix (écourtée de 40 minutes, sans costumes), fut présenté et applaudi six fois en 2016 : au Château Ramezay, à la chapelle historique du Bon-Pasteur (avec captation enregistrée sur DVD) et au Centre culturel Georges-Vanier.« Les réactions étaient enthousiastes », évoque Louise Gareau-Des Bois.Rien du show rock pour attirer les foules, mais une œuvre imposante méritant de naître enfin.C\u2019est à se demander si un opéra sur l\u2019histoire de Montréal sera au programme du 400e de la métropole en 2042 ?Peut-être le genre paraîtra- t-il encore plus suranné aux têtes décisionnelles de l\u2019avenir.Les idées voyagent toutefois dans le temps, avec ou sans leurs concepteurs.En attendant, ni la librettiste ni le compositeur n\u2019ont baissé les bras pour les célébrations de 2017.«Une salle de répétition nous attend même au Centre culturel Georges-Vanier, précise Aleksey Shegolev.Tout ce qui manque, c\u2019est l\u2019argent\u2026» Suspendus ou pas, les rêves se concrétisent parfois.L\u2019espoir fait vivre et tout peut arriver.2017 est jeune.En ce samedi, même pas encore né\u2026 otremblay@ledevoir.com Itinéraire d\u2019un rêve suspendu Dans ses yeux, j\u2019ai reconnu cette lueur malicieuse\u2026 J\u2019ai su que j\u2019étais perdu.« Personne ne lira ton roman.Et personne ne se souviendra de toi », m\u2019a-t-elle susurré en poussant vers moi le portefeuille de maroquin qui contenait les trois premiers chapitres.Je l\u2019ai ouvert et j\u2019ai vu avec horreur l\u2019encre s\u2019estomper jusqu\u2019à ce que les mots, mes mots, disparaissent.Puis j\u2019ai sorti de ma besace le reste de mon manuscrit.Des pages blanches.Que des pages blanches.23 février (ou le 24?) 1859 \u2014 J\u2019ai voulu recommencer mon roman, mais l\u2019encre disparaît dès qu\u2019elle touche le papier.J\u2019arrive à écrire mes pensées dans mon journal, mon journal protégé par saint Luc, mais pas l\u2019intrigue de mon roman.C\u2019était une si bonne idée.C\u2019était ma seule idée.3 novembre 1859 \u2014 Je suis arrivé au camp mais personne ne m\u2019a reconnu : certains sont pourtant mes amis depuis quatre hivers.Ils m\u2019ont chassé.Avril ou mai 1884 \u2014 J\u2019ai peine à me remémorer la date de mon arrivée à Montréal.Aujourd\u2019hui, ça m\u2019a frappé : je ne m\u2019en souvenais plus.J\u2019ai feuilleté mon journal, en vain.Je n\u2019y écris plus guère.À une époque, j\u2019en remplissais un par saison.Celui-là, je pense que je ne le finirai même pas.Les temps sont durs.Les quêteux comme moi sont ici légion.Je subsiste grâce à la charité des bonnes âmes dont je croise la route.Il y en a un, un jeune journaliste très élégant, qui s\u2019est ar rêté pour jaser alors que je reprenais mon souffle, assis sur les marches de l\u2019hôtel de ville.Il s\u2019est montré intéressé par mon passé sur les chantiers, par l\u2019histoire de Joe le cook.Il m\u2019a invité à partager sa table dans un restaurant, à côté.La mine qu\u2019ont faite les clients en me voyant prendre place vêtu de mes guenilles ! J\u2019ai essayé de rassembler mes esprits pour faire un récit à peu près sensé.Mon interlocuteur a paru content.« D\u2019autres, comme vous, m\u2019ont parlé des coureurs de chasse-galerie.Ça vous ennuierait que je m\u2019inspire de cette histoire pour un conte ?» qu\u2019il m\u2019a demandé.« Pensez-vous ! » que je lui ai répondu, ravi d\u2019avoir pu l\u2019inspirer, quoiqu\u2019un brin attristé par cette cruelle ironie du sort.Je me suis toutefois gardé de lui confier que, contrairement à ces « autres », j\u2019avais, moi, été en présence de Belzé- buth deux fois plutôt qu\u2019une.Pour le salut de mon âme, j\u2019ai appris à tenir ma langue.Mon bienfaiteur m\u2019a dit qu\u2019il comptait devenir maire de la métropole.Il y arrivera sûrement.Comme je voudrais avoir compris plus tôt qu\u2019il n\u2019est point nécessaire de s\u2019en remettre au Malin pour accomplir de grandes choses\u2026 Automne 1900 \u2014 Au- jourd\u2019hui, j\u2019ai entendu un passant dire à sa fiancée qu\u2019on entrait dans une ère de progrès et que la vie serait désormais plus facile pour tout le monde.J\u2019ai souri par-devers moi, parce que je suis à présent assez âgé pour avoir entendu ce genre de paroles là une couple de fois.Je m\u2019ennuie de chez-nous.Je m\u2019ennuie de la forêt, en haut de la Gatineau.Hiver 1902 \u2014 Enfin de retour dans la région qui m\u2019a vu naître\u2026 La route a été longue.Fatigué, si fatigué\u2026 Je sens que bientôt la vie va quitter mes vieux os.Avant le soir, j\u2019irai cacher mon journal dans l\u2019église du village.Sur une terre consacrée, il sera en sûreté.Ce n\u2019est pas un grand roman, mais c\u2019est une trace de mon passage ici bas.Une trace, oui\u2026 Et peut-être qu\u2019un jour quelqu\u2019un se souviendra d\u2019Horace Gariépy.Le Devoir Note : ceci est une fiction hommage pour le Nouvel An.SUITE DE LA PAGE E 1 GALERIE ODILE TREMBLAY SOURCE VILLE DE MONTRÉAL Une sculpture de Jeanne Mance, située en face de l\u2019Hôtel-Dieu, à Montréal Louise Gareau- Des Bois Ma source d\u2019inspiration ?Vous n\u2019allez jamais me croire ! Ou alors vous serez terrifiée.Horace Gariépy à Lucie Ferron « » M A R I E L A B R E C Q U E D ans sa théâtrogra- phie qui se décline comme une liste numérolo- gique, le chif fre s\u2019imposait comme une évidence.8.Il en était rendu là, Mani Soleymanlou.Bouclant une trilogie, 8 rassemble les belles distributions des deux précédents spectacles créés par sa compagnie Orange noyée, Ils étaient quatre et Cinq à sept \u2014 plus Emmanuel Schwar tz repêché de Deux.Avec toujours le même principe autofictionnel : puiser sa source première chez les interprètes, en se rapprochant « le plus possible de ce que je pense être une création collective».«J\u2019aime que la ligne entre l\u2019artiste et le citoyen soit la plus mince possible, que la fiction soit un peu embrouillée.L\u2019acteur sur scène porte son propre nom.Ce sont ses idées à lui.Après, c\u2019est théâtralisé.Mais je trouve très intéressante l\u2019implication hyper- personnelle de l\u2019artiste quand il dit ses mots à lui.Même si, ultimement, ça finit par être des personnages.Et puis, je ne me considère pas comme un auteur.M\u2019asseoir et écrire pour les autres, j\u2019ai de la dif ficulté à aller là pour l\u2019instant.» 8, précise-t-il, s\u2019appuie encore davantage sur la plume des différents comédiens.Ce processus d\u2019écriture de plateau, construite en salle de répétitions « de jour en jour, jusqu\u2019à la première », a suscité beaucoup de discussions au sein de la gang sur le monde dans lequel on vit, sur ce que l \u2019ar t signifie au- jourd\u2019hui.À partir du verbatim des échanges, Mani So- leymanlou a composé un canevas qui a ser vi de base à l\u2019écriture de scènes par les acteurs.Un collage ensuite peaufiné par le créateur.Si le thème de la quête iden- titaire unifiait sa première trilogie (Un, Deux, Trois), le cycle que 8 vient clore est lié par la fuite, a-t-il compris après coup.Trois pièces « sur des gens qui dérapent ».Cette fuite vers l\u2019avant s\u2019est incarnée sur scène par les débordements festifs d\u2019un par ty.Lui-même aurait plutôt tendance à fuir par le travail.« Tout le monde est dans le jus, constate-t-il.Je n\u2019ai jamais vu autant de gens autour de moi qui frôlent le burn-out.La technologie nous oblige à ça aussi, à devoir répondre sur huit plateformes en même temps.» Et le trop-plein d\u2019informations dont nous sommes bombardés génère une impuissance qui génère la colère et un sentiment de culpabilité.Cette incapacité d\u2019apprivoiser le moment présent entraîne le besoin de le fuir, selon Soleymanlou.Mais aussi, chez l\u2019artiste, un besoin de se regrouper.Et une interrogation: qu\u2019est-ce qu\u2019on a à dire ensemble?Quête de sens À l\u2019origine, 8 devait encore une fois raconter une fête.Mais, au début des répétitions en août, a surgi chez le metteur en scène un désir de faire quelque chose de plus « signifiant », au sens plus large.Et une interrogation, étant donné l\u2019état du monde, sur la responsabilité qui vient avec le privilège de disposer de cette tribune unique qu\u2019est la scène.«C\u2019est le seul endroit où on peut se retrouver à côté de centaines de personnes, à écouter, avec le téléphone éteint.À créer une rencontre.Tant qu\u2019à avoir cette agora-là, qu\u2019est-ce que je peux en faire?» À l\u2019arrivée, la pièce intègre, en parallèle avec la soirée de party, l\u2019univers des répétitions et met en scène les discussions de l\u2019équipe de création.Elle porte ainsi un questionnement sur le rôle même du théâtre au- jourd\u2019hui.Comment fait-on pour raconter une histoire en collectivité dans un monde aussi fragmenté?«Les réseaux sociaux ont tout fragmenté.Le temps, notre rapport à l\u2019autre.Notre haine est compartimentée.Et tout est bref.En Syrie, les gens envoient par Twitter leurs derniers mots et des vidéos de leur fin du monde.On est rendus là.La guerre, le génocide, traduits en 140 caractères\u2026» De retour de Paris où il remonte Trois avec une distribution surtout locale qui s\u2019interroge sur ce que c\u2019est être Français au- jourd\u2019hui \u2014 « riche matière» \u2014, Mani So- leymanlou a été à même de constater la condition dramatique de nombreux réfugiés.D\u2019Alep aux discours de Donald Trump, impossible d\u2019échapper à la boulimie d\u2019informations déprimantes qui « viennent polluer [notre] esprit au quotidien».D\u2019où le parfum fin de civilisation qui imprègne sa création.L\u2019ar tiste se demande « jusqu\u2019où on peut continuer à trouver tout ça normal et poursuivre le train-train de notre vie.Dans le délire théâtral, on va jusqu\u2019à se dire qu\u2019il faut peut-être accepter que la situation dérape jusqu\u2019au bout afin de réaliser qu\u2019on a fait une erreur.Plutôt que de faire comme si de rien n\u2019était ».Bref, toucher le fond afin d\u2019accéder à mieux.« C\u2019est terrible et je n\u2019y crois pas vraiment, mais parfois je me dis : qu\u2019est- ce que ça prend pour qu\u2019on se réveille ?» C\u2019est dire que cette création à chaud, où l\u2019on ne sait jamais, dans «un flou très intéressant», si les comédiens croient réellement aux discours, parfois excessifs, que leurs alter ego por tent, comporte une mise en danger.« C\u2019est un travail collectif que je trouve ver tigi- neux, mais extraordinaire.C\u2019est hypercasse-gueule, mais cette façon de travailler change un peu le format de création.» Une prise de parole qui s\u2019annonce donc comme une manière marquante d\u2019amorcer l\u2019année théâtrale.Collaboratrice Le Devoir 8 Texte et mise en scène : Mani So- leymanlou, avec la collaboration des interprètes : Éric Bruneau, Guillaume Cyr, Kathleen Fortin, Julie Le Breton, Jean-Moïse Martin, Geneviève Schmidt, Emmanuel Schwartz.Du 10 au 28 janvier à la Cinquième salle de la Place des Arts.T H É Â T R E D I S Q U E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 1 D É C E M B R E 2 0 1 6 E T D I M A N C H E 1 E R J A N V I E R 2 0 1 7 E 3 Jean-N icolas Simard EXPOSITION solo du 5 au 29 janvier 2017 Ouvert du mardi au dimanche de 10 h à 16 h 999, boulevard de Sainte-Adèle, Sainte-Adèle Soleymanlou sonne la fin du party Brouillant la ligne entre l\u2019artiste et le citoyen, 8 explore le besoin de fuir dans nos sociétés C H R I S T O P H E H U S S À l\u2019âge de 92 ans, le chef français Georges Prêtre est bien davantage une icône à Vienne ou à Tokyo que dans son propre pays.Erato lui rend hommage avec un coffret de 17 CD d\u2019enregistrements symphoniques.Georges Prêtre est connu avant tout dans la sphère francophone comme un chef d\u2019opéra.Prêtre est celui qui dirige Maria Callas dans son enregistrement de Carmen ou sa seconde Tosca au disque.Cette image lui colle à la peau.Ce musicien apprécié de la Callas et de Francis Poulenc est toujours en activité.Vienne lui a ouvert les bras à l\u2019occasion de son 92e anniversaire, lui qui fut de 1986 à 1992 le premier chef invité de l\u2019Orchestre symphonique de la capitale autrichienne et dirigea le Philharmonique lors du fameux concert du Nouvel An en 2008 et en 2010.Au Japon, c\u2019est comme spécialiste de Brahms, de Bruckner et de Mahler qu\u2019on le vénère.Un cof fret de 17 CD publié par Erato nous révèle même qu\u2019il a enregistré\u2026 la 12e Symphonie de Chostakovitch ! Prêtre symphonique Le coffret Erato poursuit la série «Icon» qui nous a valu, du temps où cette collection avait été lancée et exploitée par EMI, de grandes redécouvertes, au premier rang desquelles celle du puissant et intraitable chef William Steinberg.Dans Georges Prêtre.The Symphonic Recordings, un peu plus de la moitié des témoignages datent des années 1960-1965, alors que Prêtre, auréolé de sa collaboration avec Maria Callas, était au sommet de sa carrière.Le premier document est le disque Gershwin (Concerto et Rhapsody) avec Daniel Wayenberg en 1960.Le plus connu (mais assez oublié par le CD), c\u2019est sa 3e Symphonie de Saint-Saëns (ultra-réverbérée : le calamiteux ingénieur Paul Vavasseur à son pire, hélas) avec Maurice Duruflé à l\u2019orgue, couplée ici avec la Symphonie concertante de Jongen avec Virgil Fox.Peu connus : les enregistrements de musique russe (5e de Tchaïkovski et 12e de Chostako- vitch à Londres) ou la Symphonie du Nouveau Monde avec l\u2019Orchestre de Paris en 1970.De cette période datent aussi quelques Poulenc et Saint- Saëns.Prêtre, qui est davantage un chef roboratif qu\u2019un maître de la subtilité, suscite à nouveau l\u2019intérêt à l\u2019avènement du CD.EMI lui confie des œu- vres de Milhaud, de Castillon, de d\u2019Indy et de Roussel ; Erato lui fait enregistrer une intégrale des symphonies de Saint-Saëns à Vienne et les Symphonies nos 1 et 4 de Marcel Landowski.Tout cela est épars, mais propose un portrait juste du musicien et réhabilite plusieurs enregistrements oubliés.Autres coffrets La parution du coffret «Icon» de Georges Prêtre nous conduit à évoquer trois autres parutions, toutes chez Erato.Il faut absolument faire mention ici des deux boîtes majeures publiées en 2015, qui n\u2019avaient alors pas été vendues et promues au Canada.La première est consacrée à l\u2019intégrale des enregistrements HMV d\u2019Igor Marke- vitch, regroupés en 18 CD.L\u2019importance et la représentativité de ces documents dans la carrière de l\u2019ancien directeur musical de l\u2019OSM sont majeures, ses autres legs (DG et Philips) ayant été plus fidèlement réédités.Autre coffret prioritaire, Jean Martinon.The Late Years, qui combine les enregistrements EMI et Erato des années 1968 à 1975, soit après son éviction de Chicago.Ce cof fret de 14 CD comprend quelques raretés : le 2e Concerto de Tchaï- kovski avec Sylvia Kersen- baum, une Symphonie espagnole avec David Oïstrakh (1954), Le tricorne de Manuel de Falla en 1972 et le concert de 1971 (hélas capté par le sinistre Vavasseur) avec l\u2019Orchestre mondial des Jeunesses musicales dans la 4e Symphonie de Schumann et l\u2019Ouver ture tragique de Brahms.Outre celui sur Georges Prêtre, paraît en cette fin d\u2019année 2016 un autre coffret consacré au chef suisse Armin Jordan.Il of fre un beau panorama, non essentiel cependant (cf.Debussy et Ravel), de la musique française.L\u2019hommage permettra sans doute à l\u2019éditeur de s\u2019attirer les bonnes grâces de Philippe Jordan, fils d\u2019Armin, puissant directeur de l\u2019Opéra de Paris et du Symphonique de Vienne et ar tiste maison.Quant aux mélomanes, ils ne peuvent qu\u2019espérer qu\u2019en 2017 Warner se souvienne enfin de deux grands oubliés : Alain Lombard et Pierre Dervaux.Le Devoir Georges Prêtre, nonagénaire discret L\u2019étiquette Erato publie des coffrets riches en enseignements La pièce de Soleymanlou porte un questionnement sur le rôle même du théâtre aujourd\u2019hui Quatre chefs, quatre coffrets à découvrir Georges Prêtre.Erato 17 CD 0190295953522 Armin Jordan.Erato 13 CD 0190295953539 Jean Martinon.Erato 14 CD 0825646154975 Igor Markevitch.Erato 18 CD 0825646154937 SOURCE MUSICAGLOTZ Icône à Vienne ou à Tokyo, le Français Georges Prêtre est davantage un chef roboratif qu\u2019un maître de la subtilité.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Pour créer 8, Mani Soleymanlou a composé un canevas qui a servi de base à l\u2019écriture de scènes par les acteurs. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 1 D É C E M B R E 2 0 1 6 E T D I M A N C H E 1 E R J A N V I E R 2 0 1 7 E 5 L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 1 D É C E M B R E 2 0 1 6 E T D I M A N C H E 1 E R J A N V I E R 2 0 1 7 CINEMA E 4 C U L T U R E Le top 5 d\u2019Odile Tremblay Par ordre alphabétique Aquarius de Kleber Men- donça Filho (Brésil) Fuoccoammare de Gian- franco Rosi (Italie-France) La La Land de Damien Cha- zelle (États-Unis) L\u2019étreinte du serpent de Ciro Guerra (Colombie) Moonlight de Barry Jenkins (États-Unis) Les favoris de François Lévesque Par ordre alphabétique Elle de Paul Verheven (France) Juste la fin du monde de Xavier Dolan (Québec- France) King Dave de Daniel Grou (Podz) (Québec) La Sorcière (V.F.de The Witch) de Robert Eggers (États-Unis) Mademoiselle de Park Chan-wook (Corée du Sud) Les préférés d\u2019André Lavoie Par ordre alphabétique Captain Fantastic de Matt Ross (États-Unis) Elle de Paul Verhoeven (France-Allemagne- Belgique) La fille inconnue de Jean-Pierre et Luc Dardenne (Belgique- France) Les innocentes d\u2019Anne Fontaine (France-Pologne) Moonlight de Barry Jenkins (États-Unis) Les chouchous de Manon Dumais Par ordre alphabétique Anomalisa de Charlie Kaufman et Duke Johnson (États-Unis) Divines de Houda Benja- mina (France) Juste la fin du monde de Xavier Dolan (Québec) Manchester By the Sea de Kenneth Lonergan (États- Unis) La sorcière (V.F.de The Witch) de Robert Eggers (États-Unis) DE VISU SOURCE PARAMOUNT Le brillant Arrival, du Québécois Denis Villeneuve, se retrouve en lice pour de grands prix américains.Son film apporte une dimension de lumière à la science-fiction.SOURCE MÉTROPOLE FILMS Mademoiselle, de Park Chan-wook, place des amours lesbiennes au cœur du récit.Un cru audacieux et éclaté J É R Ô M E D E L G A D O Que retenir de 2016 en arts visuels au Québec?Assurément un retour dans le temps avec une poignée d\u2019hommages posthumes et des trésors d\u2019archives remis en lumière.Plus prosaïquement, de grands chantiers muséaux menés à terme, et surtout des solos solides devant lesquels la Biennale de Montréal n\u2019aura vraiment pas fait le poids.Survol en cinq temps.1.Des rétrospectives posthumes.Il n\u2019est jamais trop tard pour rendre hommage à un artiste, même après son décès.En 2016, plusieurs initiatives ont prouvé que la rétrospective posthume avait sa place.Ce fut le cas des expos autour de Mathieu Lefèvre (1981-2011), au centre Clark, d\u2019Edmund Alleyn (1931-2004), au Musée d\u2019art contemporain de Montréal (MAC), et d\u2019Elisabeth Viger Le Brun (1755- 1842), au Musée des beaux- arts du Canada.Mais on se rappellera surtout 2016 pour avoir été l\u2019année du retour dans l\u2019actualité de Pierre Ayot (1943-1995).Avec raison, vu le nombre de dif fuseurs réunis (cinq) et la réapparition de sa réplique (penchée) de la croix du mont Royal.Trop souvent objet de consensus, l\u2019art public a repris alors son rôle subversif.Aidé par la colère du maire Denis Coderre, vrai, et 40 ans après Corridar t, l \u2019emblématique expo censurée.2.Musées à neuf.Les douze derniers mois ont beaucoup été consacrés au renouveau des musées.On nous les a annoncés, on les a inaugurés en grand et on en parle encore (la preuve, ici).Quoi ça?Les nouveaux pavillons du Musée national des beaux-arts du Québec et du Musée des beaux-arts de Montréal, ouver ts à cinq mois d\u2019intervalle.Plus grands, plus imposants\u2026 et plus que jamais incontournables?Liés au mécénat, tenus de baptiser leurs maisons en leur honneur (Lassonde à Québec, Hornstein et de la Chenelière à Montréal), les deux plus grands musées du Québec se portent bien.Pendant ce temps, les plus petits crient famine, accusent l\u2019État de leur couper les vivres pour mieux nourrir les autres.En 2017, ce sera au tour du musée Pointe-à-Callière de proposer un nouveau site : le fort de Ville-Marie \u2013 pavillon Québecor.3.Retours rassembleurs.Les archives sont devenues ces derniers temps un moteur à expositions.L\u2019année qui s\u2019achève en aura été parsemée, notamment grâce aux riches fonds d\u2019Artexte et de sa petite salle de diffusion.Le centre situé au 2-22, qui célébrait en 2016 ses 35 ans, aura proposé des regards soignés autant sur ses propres archives que sur les magazines photographiques.Autre résident du 2-22, Vox a ouvert et conclu son année par deux notes instructives sur les années 1980.Il a d\u2019abord proposé un retour sur ses origines militantes (l\u2019expo Vox populi), puis replongé dans Aurora borealis, manifestation phare sur l\u2019installation comme œuvre d\u2019art.La Fondation Molinari, elle, s\u2019est démarquée en ressuscitant la galerie L\u2019Actuelle (1955-1957), cible d\u2019une expo mariant peintures et documents.De beaux cas de collectivités au service de l\u2019art.4.Les meilleurs solos.Parce qu\u2019il faut bien donner des premiers prix, voici les meilleures expositions individuelles.Au musée : Ragnar Kjartans- son, au MAC, un coup fort en musique, en images, en mise en espaces, en boucles sans fin.Succès critique et populaire (85 000 visiteurs), véritable aimant qui a littéralement couché les gens au sol.Cool aussi bien qu\u2019émouvant.En galerie privée : Jessica Eaton.Transmutations, chez Antoine Ertaskiran.Révélée par la Triennale québécoise 2011, Eaton s\u2019affirme comme une digne représentante de l\u2019art actuel, mêlant références picturales et photographie analogique.Ses œuvres cinétiques sont un véritable piège visuel dans lequel il est bon de tomber.En centre d\u2019artistes : Yoanis Menge.Hakapik, à Occurrence.La chasse au phoque a trouvé en Menge un admirable porte-étendard.La photographie sociale peut, elle, se rassurer : avec le Madelinot, il y a, à coup sûr, une nouvelle génération d\u2019ar tistes qui n\u2019a pas froid aux yeux et ne craint pas de se lancer dans la mêlée.Chez le dif fuseur public : [dis]Junction, d\u2019Andréanne Ab- bondanza-Bergeron, Maison de la culture Frontenac.Au- teure d\u2019installations in situ et immersives, l\u2019artiste a donné ici l\u2019impression d\u2019avoir défoncé le plafond.La manière était simple : reproduire une grille et la disperser dans la salle, à la verticale notamment.La surprise de l\u2019année.5.Et la Biennale dans tout ça ?À quoi bon la Biennale de Montréal ?Après deux éditions entre de nouvelles mains, la manifestation a gagné en prestige \u2014 pour autant que la collaboration avec un musée puisse signif ier cela.Mais pour la per t i - nence\u2026 Se rappeler que le MAC a supprimé sa Triennale québécoise pour accueillir ce morne panorama d\u2019ar t international fait penser que le Québec en est sorti perdant.À l\u2019échelle de la planète, c\u2019est une biennale parmi d\u2019autres.Rien qui la distingue, rien qui en fasse un événement mémorable.À Montréal, tous les deux automnes, se tient déjà le Mois de la photo, qui fait aussi dans l\u2019éclectisme et la dispersion géographique.À Québec, la Manif misera sur une identité hivernale (à vérifier, en février).Il est peut-être temps d\u2019enterrer pour de bon la Biennale de Montréal et de laisser l\u2019avant-scène à de plus modestes initiatives.Collaborateur Le Devoir L\u2019année où Kjartansson a mis à terre Montréal 2016 aura été marquée par de grands chantiers, de beaux solos et une biennale à oublier ELISABET DAVIDS SOURCE MAC The Visitors, Ragnar Kjartansson, 2012, arrêt sur image.Succès critique et populaire pour ce solo aussi cool qu\u2019émouvant consacré à l\u2019artiste islandais par le MAC en début d\u2019année.SOURCE GALERIE ANTOINE ERTASKIRAN Transition H50 (détail), Jessica Eaton, 2016.Le meilleur solo en galerie privée cette année.JACQUES NADEAU LE DEVOIR La réapparition de la réplique (penchée) de la croix du mont Royal de Pierre Ayot aura fait couler beaucoup d\u2019encre.SOURCE K-FILMS AMÉRIQUE Une scène du film Là où Attila passe, d\u2019Onur Karaman SOURCE FILMS SÉVILLE Ryan Gosling et Emma Stone dans La La Land, de Damien Chazelle SOURCE ENTRACT FILMS Moonlight, de Barry Jenkins, a notamment pour thème l\u2019éducation.De l\u2019audace, un peu de rétro, des documentaires puissants, beaucoup de suites, quelques fantômes, des extraterrestres et des anges exterminateurs.Nos critiques (Odile Tremblay, François Lévesque, André Lavoie et Manon Dumais) survolent en seize escales une cuvée boulimique et roborative sur la planète cinéma.Le pari de l\u2019audace.Deux cinéastes québécois parmi les plus doués ont repoussé leurs limites (en ont-ils ?) en adaptant des pièces : Xavier Dolan avec Juste la fin du monde et Daniel Grou, alias Podz, avec King Dave.Histoire poignante d\u2019un dramaturge venu annoncer aux siens son décès prochain, le film de Dolan multiplie les gros plans de manière à « faire vivre » au spectateur l\u2019oppression que ressent le protagoniste.Récit non moins crève-cœur de la déchéance d\u2019un gars perdu, le film de Grou reste quant à lui accroché au personnage et à son monologue au moyen d\u2019un unique plan-séquence.Dans les deux cas, fond et forme sont en par faite adéquation.F.L.Les extraterrestres sont parmi nous.Mettant ses extraterrestres à la forme de pieuvres en communication avec une linguiste, Denis Villeneuve apportait avec le brillant Arrival, en lice pour de grands prix américains, une dimension de lumière et d\u2019élégance à la science-fiction.Plus tôt dans l\u2019année, l\u2019Américain Jeff Nichols, à travers Midnight Special , par venait à créer également des ponts et des structures inédites pour les visiteurs venus d\u2019ailleurs.Le genre se diversifie dans le sillage de nos apocalypses.O.T.SOURCE FILMS SÉVILLE Alexandre Goyette dans King Dave L\u2019un sait jouer, l\u2019autre\u2026 Il est parfois cruel d\u2019être apparenté à une célébrité lorsqu\u2019on essaie soi-même de percer.Prenez Casey Affleck, cadet de Ben Af- fleck.En activité depuis 20 ans, et fort de quelques solides mentions, le plus jeune ne sera réellement sor ti de l\u2019ombre de son frère «oscarisé » que cette année.En effet, 2016 aura prouvé à quel point Casey est un acteur plus talentueux, en témoigne son interprétation magnétique dans Manchester By the Sea, en concierge misanthrope forcé de veiller sur son neveu.Mi-autiste, mi- superhéros dans Le comptable, Ben s\u2019avère, en comparaison, ef ficace, sans plus.F.L.SOURCE MÉTROPOLE FILMS Casey Affleck dans Manchester By the Sea, de Kenneth Lonergan Le Québec de l\u2019altérité.Au fil des ans, le cinéma québécois, longtemps taxé de nombrilisme, s\u2019est ouvert aux œuvres de l\u2019altérité sur son propre sol.Ainsi, dans le très beau Montréal la blanche de Bachir Bensaddek, sur fond d\u2019errance à Montréal de deux Algériens, se tissent des liens étroits au-delà des pertes.Le choc des cultures fut également au cœur de Là où Attila passe d\u2019Onur Karaman, sur un registre moins fin, mais qui émeut par la quête de ses origines d\u2019un jeune Turc, à réinventer aux couleurs du Québec.O.T.Suites et nouvelles moutures: une fausse bonne idée?Émile Gaudreault battra-t-il son record de 10,5 millions de dollars avec De père en flic 2 en 2017 ?Alain Desrochers aura-t-il plus de chance avec Bon cop bad cop 2 qu\u2019avec Nitro Rush ?Rien n\u2019est certain puisque Les 3 p\u2019tits cochons 2 de Jean-François Pouliot, film le plus populaire de 2016, n\u2019a fait que 2 millions de dollars.Si la tendance se maintient, Votez Bougon, du même réalisateur, pourrait franchir la barre du million d\u2019ici la fin de l\u2019année.Pas de quoi tuer la une\u2026 M.D.Le réel à réinventer.Le remarquable Fuocoammare de l\u2019Italien Gianfranco Rosi, aux plans exceptionnels, opposant le quotidien d\u2019habitants de l\u2019île de Lampedusa à celui des migrants venus mourir ou survivre sur leurs rivages, a mis en lumière nos déshumanisations devant une crise atroce, en secouant le public.Le plus racoleur Demain des Français Cyril Dion et Mélanie Laurent, en offrant des solutions individuelles aux problèmes planétaires, a suscité de son côté une kyrielle d\u2019initiatives citoyennes.O.T.Netflix, voie de garage ou voie de sauvetage du cinéma d\u2019auteur?Caméra d\u2019or à Cannes, Divines, premier long métrage formidable de Houda Benjamina, ne sor tira pas sur grand écran en Amérique du Nord puisque son distributeur, se doutant bien que son film ne rejoindrait qu\u2019une poignée de cinéphiles dans de trop rares salles, a choisi de le rendre disponible sur Netflix.Il s\u2019agit d\u2019une première dans le cas d\u2019un film primé dans un festival prestigieux.Devrions-nous crier au scandale ou nous en réjouir ?M.D.Les fantômes de l\u2019année.En moins d\u2019un an, deux institutions importantes ont fermé leurs portes avec fracas : le complexe Excentris et le club vidéo La Boîte noire.Ces disparitions témoignent avec éloquence de la vitesse parfois cruelle des mutations du septième art.Véritables « ground zero » culturels, ils af fec- tent durement la vitalité de la métropole ; les distributeurs, les exploitants de salles et les amateurs de cinéma à l\u2019esprit ouvert et curieux ont toutes les raisons d\u2019être inquiets, et un peu moroses.A.L.Des films à soi.Deux films marquants mettent en scène des héroïnes évoluant dans un monde d\u2019hommes dont elles apprennent à décoder les rouages pour mieux se venger, puis s\u2019émanciper.Il s\u2019agit de Mademoiselle, de Park Chan-wook, et d\u2019Elle, de Paul Verhoeven.Tiré d\u2019un roman de Sarah Waters, le premier place des amours lesbiennes, alors tabous, au cœur du récit.Inspiré d\u2019un roman de Philip Djian, le très ambigu Elle suit une Isabelle Huppert victime de viol devenue prédatrice.Dans les deux cas, les protagonistes ne comptent que sur elles-mêmes.F.L.L\u2019école, cette classe à part.Au cinéma, le milieu scolaire a souvent des allures de cauchemar.Cette année n\u2019a pas fait exception, les salles de classe devenant le lieu de tous les dangers (Moonlight, de Barry Jenkins ; 1:54, de Yan England), ou si hostiles qu\u2019un idéaliste décide d\u2019éduquer lui-même sa progéniture (Captain Fantastic, de Matt Ross).Ces descriptions sonnent l\u2019alarme sur un malaise persistant, mais devraient aussi nous convaincre de la nécessité profonde de l\u2019éducation pour tous, sans loi de la jungle.A.L.Deux fois une femme.Tr u- man Capote et Steve Jobs ont reçu cet honneur : deux films sur leur vie sor tis coup sur coup.Celle que plusieurs considèrent comme la pire chanteuse de tous les temps a eu droit à ce privilège.Si Stephen Frears propose de Florence Foster Jenkins une vision plus académique, mais aussi plus près de la vérité historique, Xavier Giannoli l\u2019a judicieusement transformée en Marguerite, injectant de la poésie à cette trajectoire d\u2019une ambition artistique faisant la sourde oreille.A.L.Les anges exterminateurs.La figure de la femme vengeresse est également prééminente dans le coloré et corrosif The Dressemaker, de Jocelyn Moorhouse, ainsi que dans l\u2019ultrastylisé Le démon de néon, de Nicolas Winding Refn.D\u2019un côté, une couturière douée qui décide de donner une leçon aux très petites gens du bled de son enfance.De l\u2019autre, des mannequins prêtes à tout pour connaître la gloire, y compris à s\u2019entredévorer (ce n\u2019est pas une figure de style).L\u2019une emporte d\u2019emblée l\u2019adhésion, quant aux autres, elles fascinent, à défaut d\u2019émouvoir.F.L.Girl Power ! Le cinéma d\u2019animation propose des personnages féminins déterminés et courageux qui n\u2019ont pas besoin de prince charmant ou d\u2019homme fort pour s\u2019émanciper et vivre de folles aventures : la jeune Moana bravant l\u2019océan dans le film du même nom et la petite policière lapine se montrant plus rusée que son renard de partenaire dans Zootopia.Même dans l \u2019adaptation du Petit Prince de Saint-Exupéry, on a confié la mission de retrouver le légendaire personnage à une fillette futée et curieuse.M.D.Des notes classiques.Schuber t accompagnant le jeune délinquant dans sa quête de rédemption dans La tête haute d\u2019Emma- nuelle Bercot, Bach ponctuant les tribulations périlleuses des attachantes loubardes de Divines de Houda Benjamina, Haendel berçant le profond mal-être de Casey Af- fleck dans Manchester By the Sea de Kenneth Lonergann : quoi de mieux que la musique classique pour ennoblir les personnages des drames sociaux campés dans des milieux défavorisés?M.D.Le rétro à l\u2019honneur.La La Land de l\u2019Américain Damien Chazelle revi- site avec brio et couleurs folles l\u2019âge d\u2019or de la comédie musicale en l\u2019adaptant dans l\u2019Hollywood d\u2019aujourd\u2019hui, sur des chorégraphies exceptionnelles et des chansons.Son duo d\u2019artistes amoureux (Ryan Gosling et Emma Stone) y trouve des ailes.Les frères Coen, à travers Ave César !, remontaient aux sources de la même machine à rêves, sur fond de péplums, de westerns, de comédies musicales, jouant franc kitsch pour un résultat plus mince.O.T.L\u2019horreur en douce.Les films d\u2019horreur polarisent souvent les opinions à des degrés extrêmes, pour ne pas dire irrationnels.Or, ce genre cinématographique en dit beaucoup sur nos névroses, et bien des cinéastes en font l\u2019étalage avec talent.James Wan (The Conjuring 2) et, dans une moindre mesure, David F.Sandberg (Lights Out) of frent une succession de frissons intelligents, parfois même ironiques, évitant au passage les flots d\u2019hémoglobine.Et Wan fait la preuve qu\u2019une suite ne signifie pas toujours une malédiction.A.L.\u203a \u203a \u203a \u203a \u203a \u203a \u203a L I V R E S C R É A T I O N CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 1 D É C E M B R E 2 0 1 6 E T D I M A N C H E 1 E R J A N V I E R 2 0 1 7 E 6 M É L A N I E C A R P E N T I E R D es artistes de renommée internationale, tels que Jérôme Bel, Anne Teresa De Keers- maeker et Boris Charmatz, se sont eux-mêmes prêtés à l\u2019exercice ces dernières années.L\u2019idée ne date pas d\u2019hier, mais l\u2019engouement des chorégraphes à investir l\u2019espace des établissements muséaux semble faire peau neuve.À Montréal, de manière plus discrète et moins dispendieuse, des danseurs locaux prennent leurs marques dans des lieux d\u2019exposition d\u2019art contemporain.Hors des traditionnels théâtres et des scènes à l\u2019italienne, l\u2019ar t chorégraphique germe, vit et s\u2019expose dans l\u2019intimité des galeries.À l\u2019initiative du dif fuseur Danse Danse, un nouveau terrain de jeu pour des créateurs de danse a fait son apparition cette année.En accueillant dans son espace de 83 000 pieds carrés de courtes résidences chorégraphiques, L\u2019Arsenal se fait à la fois un stimulant lieu d\u2019exploration et de création pour les artistes, ainsi qu\u2019un lieu de convergence de deux pratiques et de deux publics.Cette saison, les chorégraphes Caroline Gravel, Clara Furey, Alan Lake, Rhodnie Désir et Frédéric Tavernini ont profité de l\u2019envergure des lieux au passé industriel pour faire avancer leurs recherches respectives.Pour Caroline Ohrt, directrice de la programmation chez Danse Danse et grande amatrice de fusion danse-arts visuels, « l\u2019idée première de ces résidences est d\u2019of frir car te blanche aux artistes.On essaie d\u2019être au plus près à l\u2019écoute de leurs besoins».En contrepartie, les créateurs sont tenus d\u2019animer un « mardi culturel », soit une soirée de performance suivie de conversations organisées avec le public.Accès au chantier de la création « Pour le public, ça amène une autre expérience de l\u2019œu- vre.C\u2019est la possibilité de s\u2019y intégrer, ajoute Caroline Ohrt.Comme diffuseur, c\u2019est un beau luxe quand on est invité à voir le travail des artistes en studio.Avec cette initiative, on partage le luxe de pouvoir frôler la création de près.Je pense très sincèrement qu\u2019en faisant ce type d\u2019activité, on donne accès à une meilleure compréhension de ce qui se passe dans la tête des artistes.Ça permet ensuite de mieux appréhender ce qu\u2019on va voir au théâtre.Le fait que les créateurs soient accessibles peut aussi mener à démystifier ce qu\u2019on voit.» Peut-on s\u2019attendre à un nouveau lieu de dif fusion ?« On n\u2019en est pas encore là, répond la programmatrice.Ça reste un espace loué, alors ça entraîne certains coûts.Ce n\u2019est qu\u2019un début, on est toujours sur un mode exploratoire.Il faut le voir plutôt comme un \u201chors-les- murs\u201d spontané.Dans l\u2019idéal, bien sûr, il y aurait un soutien technique, des sous pour que les artistes engagent plus de collaborateurs\u2026 On amène un public dif férent à la galerie.L\u2019Arsenal a d\u2019ailleurs accepté de poursuivre le projet l\u2019année prochaine.» Durant tout le mois de janvier, l \u2019équipe de Dave St- Pierre et Anne Le Beau investiront les lieux pour finir le montage de leur dernière création, Suie.Pendant les résidences, la galerie reste ouverte aux visiteurs.« Pendant un mois, les gens vont pouvoir aller voir ce que Dave fabrique tous les jours», ajoute-t-elle.Outre le fait que la danse et l \u2019ar t visuel ont sans doute tout à gagner à mettre leur public en commun, ces nouveaux environnements d\u2019exposition suscitent des rencontres fr uctueuses entre artistes issus de différentes disciplines.« Quand L\u2019Arsenal a appris ce sur quoi Dave travaillait, il s\u2019est dit que ça serait une bonne occasion de faire une exposition Marc Séguin, car il semble qu\u2019il y ait là un dialogue intéressant », affirme-t-elle.Toucher, révéler et éveiller l\u2019espace Si s\u2019emparer des lieux le temps d\u2019une performance est en soi intéressant pour les danseurs, le fait de pouvoir développer les prémices d\u2019un projet sur la longueur, en s\u2019imprégnant de l \u2019univers d\u2019autres artistes, l\u2019est d\u2019autant plus.La possibilité d\u2019interagir avec la matière exposée en galerie est laissée au choix de l\u2019interprète.C\u2019est d\u2019ailleurs la piste qu\u2019ont choisi de retenir le chorégraphe Frédéric Tavernini et sa collaboratrice Anne Thé- riault.Durant leur semaine de résidence, ils ont ainsi intégré une installation d\u2019Hannah Perry.Comme en témoigne l\u2019interprète, présenter des œuvres chorégraphiques dans ces lieux implique souvent la déambulation du spectateur et, par conséquent, cela change les modalités de représentation.«La notion du temps peut se dilater, du moins la perception qu\u2019on en a change, affirme Anne Thériault.Je trouve intéressant que l\u2019espace soit imprévisible, que la frontalité change toujours.Les gens n\u2019ont pas la même attention dans une galerie que dans un spectacle, où on a une place, où on va s\u2019asseoir, où il fait chaud, où il y a un cadre.Là, l\u2019espace est grand, la température différente.C\u2019est le même plancher qu\u2019on par tage.Ça éveille un autre genre de concentration pour le per formeur.Même si tu as une idée de l\u2019endroit où tu vas, tu ne sais jamais vraiment ce qui va se passer.Aussi, il n\u2019y a pas de durée de visite spécifique dans une galerie.Cer tains vont y passer trois heures, d\u2019autres 15 minutes.Pourquoi ça ne s\u2019appliquerait pas aussi aux arts vivants?» Entre ces murs, le processus créatif dif fère évidemment du travail en studio.« Avec Frédéric [Tavernini], on prenait nos pauses avec les œuvres de la galerie.Quand on s\u2019arrêtait pour réfléchir, on était continuellement stimulés par le travail des ar tistes visuels.Parfois, même, on allait se mettre dans une installation.Être entourés de tout ça était très stimulant.Ç\u2019a certainement enrichi et influencé notre manière de travailler », explique la danseuse, qui a souvent apprivoisé les lieux d\u2019ar ts visuels, notamment dans ses collaborations avec Lynda Gaudreau à la galerie Leonard & Bina Ellen (Out of Grace en 2010) et, plus récemment, à la Fonderie Dar- l ing en cocréation avec la plasticienne Julie Favreau pour Doux.Ces liens de plus en plus étroits entre les disciplines ouvrent le champ des possibles et donnent lieu à des performances qui éveillent, révèlent et rendent tangibles certaines expositions, tout en donnant corps et chaleur à la matière sculpturale.Collaboratrice Le Devoir D\u2019autres terrains de jeu pour la danse Dans les galeries d\u2019art, des écritures chorégraphiques s\u2019élaborent et s\u2019exposent sous toutes leurs coutures ROMAIN GUILBAULT Une scène des Caveaux d\u2019Alan Lake.Sur la photo, les danseurs David Rancourt et Fabien Piche.S\u2019enfoncer dans la laideur de la banlieue Malgré la sagacité de ses réquisitoires contre quelques- uns des suspects usuels de la gauche \u2014 les libéraux, les médias, le Québec Inc.\u2014, Simon- Pierre Beaudet n\u2019est jamais aussi désespérant que lorsqu\u2019il s\u2019enfonce dans la laideur de la banlieue, symbole parfait du lancinant travail de sape d\u2019un capitalisme qui rejouerait son oppression jusque dans ses politiques d\u2019urbanisme.Dans la salle d\u2019attente de Boulevard Toyota, une télé retransmettant TVA tyrannise l\u2019essayiste, devenu automobiliste presque malgré lui.Nulle part où aller pendant ces deux heures de changement d\u2019huile.« La blague sérieuse qui était à la base de La Conspiration, c\u2019est qu\u2019il y avait une conspiration visant à rendre le monde tellement déprimant que ça enlèverait le goût de se révolter, que ça abolirait la possibilité même des idées », rappelle-t - i l au sujet de La Conspiration dépressionniste, défunte revue d\u2019idées dont Fuck le monde reprend plusieurs textes.« On imaginait une incarnation particulièrement avancée du capitalisme qui allait abolir l\u2019éventualité de toute réalité alternative.» Ailleurs, Beaudet s\u2019émeut du sor t souvent mor tel du « goon » au hockey, ce colosse ne sachant que se battre et dont les lents coups de patin, comme les lourds coups de poing, rappellent le combat du travailleur moyen, constamment guetté par la précarité ou la mise à pied.Message entrant par le truchement de la messagerie d\u2019un réseau social populaire.«Ah, et si je suis \u201cméfiant\u201d face aux entrevues, c\u2019est parce que je trouve que faire la promotion de sa personne dans les médias, c\u2019est un manque de pudeur vraiment déplacé, écrit Simon-Pierre Beau- det.C\u2019est pas juste mon livre qui devrait être anonyme.Ceux des autres aussi.On s\u2019y retrouverait beaucoup plus facilement.» Collaborateur Le Devoir FUCK LE MONDE Simon-Pierre Beaudet Moult éditions Montréal, 2016, 274 pages SUITE DE LA PAGE E 1 FUCK C H R I S T I A N D E S M E U L E S C\u2019est une sor te de fable sombre aux accents apocalyptiques où les hommes et les animaux courent ensemble à leur perte.Comme un groupe de coureurs aveugles et affolés lancés vers un grand mur qui a pour nom, au choix, réchauffement climatique, inondations à grande échelle, sécheresses, extinctions de masse.Pour le troisième et dernier volet de son Cycle des chants de la terre (après Le chant de la terre innue et Le chant de la terre blanche, parus en 2014 et en 2015), Jean Bédard mêle ouver tement la cosmogonie autochtone et l\u2019écologie.Alors que le premier livre suivait les pas d\u2019une jeune In- nue et ses désirs de caribou, symbole d\u2019équilibre et de survivance, le second s\u2019inspirait de la rencontre au XVIIIe siècle entre un missionnaire danois et une Inuite du Labrador \u2014 trait d\u2019union vivant, elle qui aura été parmi les premières personnes de son peuple à mettre les pieds en Europe.L\u2019auteur continue ici de prêter voix à des personnages de femmes for tes.Le dernier chant des Premiers Peuples entraîne ses lecteurs dans un futur pas si lointain où Yäna- riskwa (qui signifie « loup » en wendat), une jeune scientifique huronne-wendate, découvre qu\u2019elle a été flouée par son partenaire.« J\u2019ai aimé le diable et j\u2019ai mangé dans sa main le fruit du sang, et maintenant le vent m\u2019emporte comme un dessin sur le sable.» Entre rêve et réalité En prenant la mesure de cette trahison, hors d\u2019elle et catastrophée, elle sera victime d\u2019un accident de vélo dans les rues de Montréal.À partir de cet événement, Jean Bédard fabrique un espace flou entre le rêve, le mythe et la réalité: elle se « sauve» en esprit chez les Naskapis de la Kawawachika- mach, rejoindre son grand-père qui vit à 1500 km au nord de Québec, «là où personne ne va».Dans ce futur pas si lointain où l\u2019air de Montréal est devenu aussi pollué que celui de Pékin en 2020, où « le monde entier est en chute libre», l\u2019heure n\u2019est plus aux secondes chances.Lancée dans une sorte de long « rêve-souvenir » au cœur de la taïga, la jeune femme revit en un voyage éclair les légendes de son peuple, remonte aux origines de toutes choses et va même jusqu\u2019à dialoguer avec la toute dernière baleine bleue.À leurs mesures, les Premières Nations ont par faite- ment saisi quelle est notre place dans l\u2019univers : le monde est un écosystème, et l\u2019humanité n\u2019est qu\u2019un élément parmi d\u2019autres au sein d\u2019un équilibre fragile qui risque à tout moment de basculer en nous entraînant, ainsi que toute forme de vie, dans une sorte de vaste chaos régénérateur.« On s\u2019est tous entassés à Montréal, à Toronto, à Pékin, à Liverpool, dans un gros tas de malheurs et de hurlements, juste pour éviter de se retrouver dans un équilibre écologique qui nous rejette dans l\u2019inutilité parfaite.On a coulé du ciment, on a étendu de l\u2019asphalte, on a dressé des tours de Babel, on a blasphémé contre la paix, contre la vie, contre l\u2019amour, contre notre propre existence\u2026» Passé révolu Les Premiers Peuples, fait-il dire à l\u2019un de ses personnages, ont le devoir «d\u2019être encore plus près de la nature que leurs ancêtres, et de défendre chaque brin de lichen de la toundra, les oiseaux, les caribous, les ours et les autres âmes pures».Un discours écologiste qui, tout en évoquant l\u2019urgence de la situation, se permet de chanter la grandeur calme d\u2019un passé révolu et inaccessible \u2014 sinon peut-être en rêve.Déroulant une succession de visions de la fin et des origines au terme desquelles la Terre est en voie d\u2019être débarrassée d\u2019un virus (l\u2019humanité) qui la menace, l\u2019auteur de Maître Eckhar t signe ici une espèce de prophétie noire gorgée de poésie et d\u2019onirisme.« On croit rêver, mais on se souvient », fait dire Jean Bé- dard au grand-père wendat, au cœur de son 11e roman.Et si les visions d\u2019espoir n\u2019appartenaient désormais plus qu\u2019au passé ?Collaborateur Le Devoir LE DERNIER CHANT DES PREMIERS PEUPLES ?1/2 Jean Bédard VLB éditeur Montréal, 2016, 240 pages FICTION QUÉBÉCOISE Un monde en chute libre Jean Bédard clôt son Cycle des chants de la terre avec une prophétie noire sur l\u2019état de notre planète JACQUES NADEAU LE DEVOIR Yänariskwa, une jeune scientifique, « se sauve» en esprit dans le Grand Nord québécois.L\u2019hégémonie du restaurant en tant que pratique culturelle, c\u2019est l\u2019état terminal de la culture.[\u2026] Pas de théâtre, de cinéma, de musique ou de lecture : on s\u2019empiffre en laissant un pourboire royal parce que c\u2019est tout ce qu\u2019on sait faire.Extrait de Fuck le monde « » Les explorations à L\u2019Arsenal Au cours des mardis culturels organisés par Danse Danse, les artistes ont exploité l\u2019espace de L\u2019Arsenal de diverses manières.Caroline Ohrt fait un retour sur les événements présentés à la galerie cette année : «Caroline Gravel a poursuivi sa création devant public en l\u2019intégrant à sa performance.Un film résultera de son travail.Alan Lake venait de faire Les caveaux et a repris des portions de l\u2019œu- vre pour jouer avec elles, les manipuler et les retravailler.Il a exploité l\u2019écran géant de L\u2019Arsenal pour projeter son film Ravage.Rhodnie Désir a profité de l\u2019espace pour également faire des tests, filmer des vidéos promotionnelles et avancer sa création MWON\u2019D avec ses intervenants.Frédéric Tavernini a travaillé dans les œuvres, car son intérêt est là.Il a profité des lieux pour amorcer une nouvelle création de sa trilogie Dark Muse.» PEDRO RUIZ LE DEVOIR Jean Bédard continue de prêter voix à des femmes fortes. L I V R E S CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 1 D É C E M B R E 2 0 1 6 E T D I M A N C H E 1 E R J A N V I E R 2 0 1 7 E 7 P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois La femme qui fuit Anaïs Barbeau-Lavalette/Marchand de feuilles 2/13 L\u2019Autre Reflet Patrick Senécal/Alire 1/8 Conversations avec un enfant curieux Michel Tremblay/Leméac 3/7 La fois où.j\u2019ai suivi les flèches jaunes Amélie Dubois/Les Éditeurs réunis 4/8 Le plongeur Stéphane Larue/Quartanier \u2013/1 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 4 Chimères Anne Robillard/Wellan 5/6 Vi Kim Thúy/Libre Expression 9/2 Sur les berges du Richelieu \u2022 Tome 2 La faute.Jean-Pierre Charland/Hurtubise 6/8 Sur les berges du Richelieu \u2022 Tome 1 La tentation.Jean-Pierre Charland/Hurtubise 8/4 Les empocheurs Yves Beauchemin/Québec Amérique 7/3 Romans étrangers La chimiste Stephenie Meyer/Lattès 1/4 Délires mortels Kathy Reichs/Robert Laffont 3/11 Le piège de la belle au bois dormant Alafair Burke | Mary Higgins Clark/Albin Michel 2/5 L\u2019homme qui voyait à travers les visages Éric-Emmanuel Schmitt/Albin Michel 6/17 Si tu me voyais comme je te vois Nicholas Sparks/Michel Lafon 4/15 Intimidation Harlan Coben/Belfond 5/8 Chanson douce Leïla Slimani/Gallimard 8/6 Les nouveaux amants Alexandre Jardin/Grasset 7/7 Demain les chats Bernard Werber/Albin Michel 9/13 L\u2019amie prodigieuse Elena Ferrante/Gallimard \u2013/1 Essais québécois En as-tu vraiment besoin?Pierre-Yves McSween/Guy Saint-Jean 1/10 Le code Québec J.-M.Léger | J.Nantel | P.Duhamel/Homme 2/13 Le témoin Lino Zambito/Homme 3/7 Les yeux tristes de mon camion Serge Bouchard/Boréal 4/8 Et si la beauté rendait heureux François Cardinal | Pierre Thibault/La Presse 5/10 Un présent infini Rafaële Germain/Atelier 10 8/5 Les superbes Collectif/VLB 7/3 Je ne sais pas pondre l\u2019œuf, mais je sais quand.Josée Blanchette/Flammarion Québec 6/13 Politiques de l\u2019extrême centre Alain Deneault/Lux 9/3 Le centre du monde Emmanuelle Walter/Lux \u2013/1 Essais étrangers Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 1/45 Le pouvoir au féminin.Marie-Thérèse d\u2019Autriche Élisabeth Badinter/Flammarion 3/2 La puissance de la joie Frédéric Lenoir/Fayard 2/3 Guide des égarés Jean d\u2019Ormesson/Gallimard 7/7 Qui gouverne le monde?L\u2019état du monde 2017 Collectif/Découverte 4/13 7 façons d\u2019être heureux ou les paradoxes du.Luc Ferry/XO \u2013/1 Sous le drapeau noir.Enquête sur Daesh Joby Warrick/Cherche Midi 6/3 Laëtitia ou la fin des hommes Ivan Jablonka/Seuil 5/8 De l\u2019âme François Cheng/Albin Michel 8/4 De la pêche à la truite et autres considérations.Mark Kingwell/XYZ \u2013/1 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 19 au 25 décembre 2016 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.C H R I S T I A N D E S M E U L E S E n août 2014, à Chamonix, en escaladant à mains nues et avec un verre dans le nez la façade du chalet d\u2019un ami \u2014 l\u2019écrivain Jean-Chris- tophe Rufin \u2014, Sylvain Tesson a fait une chute d\u2019une dizaine de mètres.Ce bourlingueur à la couenne dure en a eu pour ses frais : traumatisme crânien, multiples fractures, dix jours dans le coma, paralysie faciale, surdité permanente d\u2019une oreille, crises d\u2019épilepsie récurrentes.Finies les folies.Stégophile repenti \u2014 sté- gophilie : passion immodérée pour l\u2019escalade de toitures \u2014 , l\u2019auteur de L\u2019axe du loup et de Dans les forêts de Sibérie a toutefois vite repris la clé des champs.Contre l\u2019avis de ses médecins, il a entrepris un an plus tard de tracer à pied une diagonale de fou à travers la France en essayant de suivre des routes oubliées, qu\u2019il appelle les « chemins noirs ».Sur son lit d\u2019hôpital, le Français de 44 ans s\u2019était fait la promesse de traverser la France à pied s\u2019il s\u2019en sortait.De se rééduquer par le mouvement, par les nuits à la belle étoile, les rencontres et la solitude.Après vingt ans à courir le monde et à « vivre en surchauf fe », Tesson revenait chez lui, faute de mieux.Au coin de la r ue, l \u2019aventure.« Loin des routes, il existait une France ombreuse protégée du vacarme, épargnée par l\u2019aménagement qui est la pollution du mystère.» Affronter ses démons Récit de voyage doublé d\u2019un discours sur l \u2019état du monde, Sur les chemins noirs souligne avec un mélange de tristesse et de dégoût notre aliénation face à la technique.Nous sommes peut-être au- jourd\u2019hui « le corps social le plus docile et le plus soumis qui soit jamais apparu dans l \u2019histoire de l \u2019humanité », comme l\u2019écrit le philosophe italien Giorgio Agamben.Des Alpes-Maritimes jusqu\u2019au Cotentin, Tesson y af fronte aussi ses propres démons, avançant cahin-caha entre le désir et la nostalgie.«Ces tracés en étoile et ces lignes piquetées étaient des sentiers ruraux, des pistes pastorales fixées par le cadastre, des accès pour les services forestiers, des appuis de lisières, des viae antiques à peine entretenues, parfois privées, souvent laissées à la circulation des bêtes.La carte entière se veinait de ces artères.C\u2019étaient mes chemins noirs.Ils ouvraient sur l\u2019échappée, ils étaient oubliés, le silence y régnait, on n\u2019y croisait personne et parfois la broussaille se refermait aussitôt après le passage.Certains hommes espéraient entrer dans l\u2019Histoire.Nous étions quelques-uns à préférer disparaître dans la géographie.» Thérapie et fuite En traquant les vestiges d\u2019un pays à la ruralité malmenée, porté par un corps qu\u2019il ne reconnaît plus, il chemine de hauts plateaux déserts en vallées abandonnées.C\u2019est sa thérapie au grand air et à la pluie battante.« Par tir sur les chemins noirs signifiait ouvrir une brèche dans le rempart.N\u2019ayant en moi ni la violence du saboteur, ni le narcissisme de l\u2019agitateur, je préférais la fuite.» Un peu partout, sa «gueule cassée» fascine les enfants.Et même les chiens, raconte-t-il, le regardaient bizarrement.« Quel intérêt à hisser ce corps en loques jusqu\u2019au nord d\u2019un pays en ruine ?» Malgré le doute, malgré la frustration et la douleur qui l\u2019accompagnent, ce voyage né d\u2019une chute \u2014 l\u2019écrivain parle de «disgrâce» \u2014 atteint son but et sa destination.Et à sa manière, kilomètre après kilomètre, Tesson ajoute un trou à sa ceinture de misanthrope.Collaborateur Le Devoir SUR LES CHEMINS NOIRS ?1/2 Sylvain Tesson Gallimard Paris, 2016, 144 pages RÉCIT DE VOYAGE Marche à suivre Sylvain Tesson traverse à pied la France des chemins oubliés C A R O L I N E J A R R Y C omment vivre quand la vie devient trop lourde ou tout simplement perd son sens ?C\u2019est la question posée par les treize personnages de ce cour t et dense roman, après avoir été témoins du suicide d\u2019une jeune femme qui s\u2019est jetée en bas d\u2019un pont, un jour de canicule, dans un village de pêcheurs.Secoués et interpellés, ces personnages \u2014 un journaliste, une acrobate du cirque ambulant, une cuisinière, une coiffeuse, un ermite\u2026 \u2014 repensent à leurs propres drames et aux façons qu\u2019ils ont trouvées, plus ou moins heureuses selon les cas, pour y faire face.Parallèlement à leurs récits, on suit l\u2019histoire de Marie, une serveuse, qui elle n\u2019en peut plus de sa vie trop étroite.Elle explique comment la foi en demain ne suffit plus pour continuer, même si elle fait un choix différent.Univers bien ciselé Au tout début de ce roman choral, un couple apprend le suicide de la jeune femme par le journal et se demande en quoi cette nouvelle peut bien le concerner\u2026 avant que tout ne s\u2019effondre autour de lui.Nul n\u2019est une île, disait John Donne, et le septième roman d\u2019Anne Guilbault en fait une magnifique démonstration en laissant le suicide de la jeune femme se répercuter sur tous les témoins.Elle crée autour de cet événement un univers si finement ciselé, et des liens entre les personnages si lentement et si adroitement noués, que le lecteur se sent vite happé par cette voix et cette atmosphère particulière.Curieusement, certains chapitres du roman avaient déjà été publiés séparément par le passé, ce qui donne parfois à l\u2019ensemble un effet de kaléidoscope.Mais cela ne nuit pas trop à l\u2019unité du roman, grâce au thème central : le sens de la vie et de la résilience.La richesse du livre tient dans la solidité des réactions au suicide de la jeune femme.Rien n\u2019est bête ni statique.L\u2019histoire nous interpelle sans cesse, bifurque de façon inattendue, nous mène sur dif fé- rentes pistes.Chemin faisant, le roman nous plonge au cœur de questions existentielles aussi personnelles qu\u2019universelles.À quoi tient le bonheur ?Comment se relever de coups durs comme la perte de son amour ou de son enfant ?Peut-on échapper à la fatalité de la vieillesse irrémédiable, de la vie qui rapetisse et perd son goût, son odeur, son désir, sa vitalité ?Là encore, les réponses proposées ne sont pas figées.Chacun a la sienne, pleine de souf france mais aussi de dignité et de liberté.La langue paraît très simple à première vue, mais c\u2019est trompeur ; elle se densifie à mesure qu\u2019on avance et que se nouent les liens entre les histoires de chacun, chargée de poésie et de symboles, faisant penser parfois à celle d\u2019Anne Hébert dans Les fous de Bas- san.Car la nature est ici aussi for tement présente : le vent, les sons, les odeurs et le claquement des vagues sur les rochers viennent rappeler la vie et ses pulsions, au-delà des coups durs qui jettent à terre, parfois irrémédiablement, parfois momentanément.Comme une danse Bien que le thème central du livre soit sombre, le roman ne l\u2019est pas, rebondissant sur des chapitres un peu périphériques, comme celui de la coiffeuse sur le désir sexuel ou celui sur les chambres d\u2019amis, si poétique, faisant du roman une sorte de danse.De là peut-être son titre, Pas de deux, tiré d\u2019une citation de Maurice Béjar t, mise en exergue, sur le moment dramatique culminant d\u2019un ballet avant son dénouement.Ce nouveau roman d\u2019Anne Guilbault, enseignante en littérature au cégep Garneau, déconcerte parfois par sa structure éclatée, mais sa voix singulière et prenante en fait un livre séduisant.Collaboratrice Le Devoir PAS DE DEUX ?1/2 Anne Guilbault XYZ éditeur Montréal, 2016, 116 pages FICTION QUÉBÉCOISE Pour qui sonne le glas Dans Pas de deux, Anne Guilbault laisse la vie se révéler au contact de la mort H U G U E S C O R R I V E A U Sophie Bienvenu, c\u2019est l\u2019au- teure remarquée du remarquable roman Et au pire, on se mariera (La Mèche, 2011), actuellement en tournage sous la direction de Léa Pool.Elle en cosigne d\u2019ailleurs l\u2019adaptation.Avec cette première incursion en poésie, Ceci n\u2019est pas de l\u2019amour ne déçoit pas.Toujours aussi incisive, volontairement frontale, l\u2019auteure prend ses sujets à même la chair crue.Ainsi, dans la partie intitulée « Ceci n\u2019est pas de l\u2019inceste », elle concentre sa révolte : «Maman s\u2019inquiète de la future dentition de sa fille/Papa dit d\u2019accord/Je m\u2019en occupe// Y a pas à dire/Tu sais vraiment y faire/Avec elle// Ne suce plus ton pouce/Chu- chote-t-il assis sur mon lit/Mais c\u2019est un secret/Ne raconte jamais/Ce que papa t\u2019of fre/Pour compenser.» Une sombre terreur couve et révolte.Aveuglement collectif À chaque poème, l\u2019auteure utilise la structure négative «Ceci n\u2019est pas» en début de titre, pour souligner l\u2019aveuglement collectif devant ce que les filles subissent, devant ce que le non-dit présuppose d\u2019hypocrisie et de lâcheté.Ainsi, cette effrayante affirmation, dans « Ceci n\u2019est pas un viol » : « Quand tu me violes/Je reste muette/Pour ne pas déranger les passants.» Femme-objet entre les mains de l\u2019être qui la brutalise et que, pourtant, elle aurait aimé, aimerait, aurait peut-être pu aimer, si autrement il pensait, il agissait.Femme de paroles terribles qui dérangent ceux qui la voudraient muette, elle qui tremble de colère devant les leurres de la beauté et de l\u2019illusion.Les hommes les plus proches sont parfois si dangereux : « Tu me dissous/Emballage de plastique/Évanoui dans les flammes/De ton briquet.» Fol amour soumis, fou l\u2019amour tapi.«Tu es juste celui avec qui/Ayant vécu/Je veux mourir », dit celle qui se plie parfois, sens dessus dessous, aux jeux du pouvoir.Dans « Ceci n\u2019est pas un mensonge», la question est enfin posée, celle vers où va la poète : « M\u2019aimeras-tu toujours guerrière/Quand ce sera toi/Le sacrifié ».Porte-voix La tristesse lancinante de ce recueil endolorit, mais porte haut la parole d\u2019une femme révoltée, d\u2019une femme rétamée par l\u2019Histoire qu\u2019elle porte en elle, qui la fait telle qu\u2019elle induit ce qui la creuse, ce qui la guide vers son inévitable lucidité, l\u2019œil ouvert sur un devenir forcément féroce: «Linge arraché et collier brisé/Tu reprends ta tête/Déposée sur la table de chevet.» Et, au Sud, peut-être bien que quelqu\u2019un pourrait apaiser quelque peu la colère, mais ce n\u2019est pas certain, car le mal est fait.« Si je tarde à préparer le jardin/Pour l\u2019hiver/Ce n\u2019est pas la paresse», dit-elle bellement.Car, en elle, la force de reprendre vie s\u2019est creusée pour mieux faire front.Ce premier recueil tient les promesses de ses romans, car il faut entendre ce cri profond qui urge encore.Collaborateur Le Devoir CECI N\u2019EST PAS DE L\u2019AMOUR ?Sophie Bienvenu Poètes de brousse Montréal, 2016, 78 pages L\u2019autre facette de Sophie Bienvenu Sa première incursion en poésie révèle un cri profond qui porte loin ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Incisive, Sophie Bienvenu prend ses sujets à même la chair crue.SOURCE XYZ Anne Guilbault est enseignante en littérature au cégep Garneau.JEAN-PIERRE CLATOT AGENCE FRANCE-PRESSE L\u2019écrivain bourlingueur Sylvain Tesson dans les Alpes françaises en 2014 L I V R E S CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 1 D É C E M B R E 2 0 1 6 E T D I M A N C H E 1 E R J A N V I E R 2 0 1 7 E 8 SE TIENT MAINTENANT D\u2019UNE SEULE MAIN.Téléchargez gratuitement la nouvelle application du Devoir et profitez d\u2019un accès illimité jusqu\u2019au 1er mars.OFFERTE PAR Y a-t-il quelqu\u2019un qui s\u2019ennuie de Stephen Harper, un peu plus d\u2019un an après sa disparition du radar politique canadien ?Il se trouve certainement quelques nostalgiques du politicien de Calgary dans les provinces de l\u2019Ouest, mais ailleurs au pays, son souvenir n\u2019émeut pas dans le bon sens.Bien des Canadiens et des Québécois qui n\u2019aiment pas Justin Trudeau voient néanmoins en lui un moindre mal par rapport à son prédécesseur.Cela s\u2019explique.Le Canada de droite qu\u2019a tenté de façonner Stephen Harper, de 2006 à 2015, a été vécu comme un traumatisme par une majorité de Canadiens.Le phénomène, explique le politologue Frédéric Boily dans Stephen Harper.La fracture idéologique d\u2019une vision du Canada, est par ticulier.Souvent, les politiciens qui soulèvent les passions ont un style exubérant (Trump, Rob Ford) ou prêtent le flanc à des accusations de scandales financiers.Le cas Harper est différent.Son style terne n\u2019est pas en cause et, malgré l\u2019affaire Mike Duffy, son intégrité demeure peu contestée.C\u2019est plutôt, explique Boily, «en raison d\u2019un désaccord idéologique profond avec une grande partie de l\u2019électorat qu\u2019il se trouvait autant critiqué, détesté même, par cer tains qui l\u2019accusaient littéralement d\u2019avoir changé, pour le pire, le Canada».Une analyse objective Deuxième titre de la collection « Agora canadienne », dont l\u2019objectif est de faire connaître au grand public les hommes et les femmes qui ont marqué, sur le plan des idées, la société politique canadienne, cette «biographie intellectuelle » permet un retour éclairé sur la pensée et l\u2019action d\u2019un homme qui « n\u2019est pas venu en politique seulement pour être au pouvoir, mais aussi pour changer l\u2019orientation de la politique canadienne ».Il ne s\u2019agit pas, pour Boily, de se prononcer pour ou contre Harper, mais plutôt d\u2019analyser, le plus objectivement possible, son œuvre.Avant de devenir un politicien, Stephen Harper était un intellectuel conservateur, rappelle Boily.Son parcours montre qu\u2019il avait «une vision politique for te », manifestement nourrie par des idées de droite.Harper, explique le politologue, n\u2019était pas, comme cer tains l\u2019ont suggéré, un fasciste, mais un homme de droite traditionnel, obsédé par «la menace culturelle et politique» que représente la gauche à ses yeux.Boily emprunte au penseur mar xiste Emmanuel Terray l\u2019idée que « la pensée de droite est d\u2019abord un réalisme », prônant la soumission à « la force des choses ».Cette idéologie croit que l\u2019État n\u2019a pas à modeler la société \u2014 les individus, les familles et les communautés s\u2019en occupent \u2014 et doit se contenter de « garantir l\u2019ordre social », tout en accompagnant « les marchés dans la détermination des grands équilibres économiques qui structurent la vie économique».Comme premier ministre, Harper a tenté d\u2019engager le Canada sur cette voie, de «remplacer la vision providentielle de l\u2019État par une conception qui pouvait être qualifiée d\u2019entrepre- neuriale».D\u2019un côté, donc, des politiques renforçant « la loi et l\u2019ordre» (peines de prison plus sévères, par exemple) et des transferts directs aux familles ; de l\u2019autre côté, des politiques visant à soumettre l\u2019économie aux lois du marché : abolition du caractère obligatoire du questionnaire long du recensement (si l\u2019État n\u2019intervient pas dans les processus sociaux, ces informations ne sont plus pertinentes), accessibilité réduite à l\u2019assurance-emploi, immigration axée sur l\u2019employabilité au détriment du souci humanitaire, appui au développement pétrolier et baisse de la TPS (pour briser l\u2019élan interventionniste de l\u2019État).Ses « réussites», dans ces dossiers, expliquent l\u2019aversion des citoyens de centre et de gauche contre lui.Des principes de façade S\u2019il constate qu\u2019Harper « a des convictions personnelles religieuses for tes », Boily précise toutefois qu\u2019il « avait intériorisé le fait que la politique et le religieux devaient rester séparés », comme le montre son refus de rouvrir les débats sur l\u2019avor tement et sur les mariages gais.Son appui sans concession à Israël s\u2019expliquerait plutôt par une conviction antitotalitaire qu\u2019il tiendrait de son père et que les événements du 11 septembre 2001 auraient dirigée vers la lutte contre l \u2019 islamisme, perçu comme le nouveau totalitarisme.Sans aller de soi, cette logique pourrait n\u2019être pas sans valeur, si elle ne s\u2019accommodait pas d\u2019un contrat de vente de blindés, d\u2019une valeur de 15 milliards de dollars canadiens, à l\u2019Arabie saoudite, qui n\u2019a rien d\u2019une démocratie et ne brille pas par son amitié pour les juifs.Si Harper avait des principes, on doit toutefois constater que le capitalisme à tout prix demeurait sa priorité.Au Québec, le fédéralisme d\u2019ouverture prôné par Harper a déçu.Son acceptation molle de la spécificité québécoise \u2014 notamment par la motion de 2006 reconnaissant le Québec comme nation « dans un Canada uni» \u2014 est demeurée de façade.La vision harperienne d\u2019un Canada d\u2019héritage britannique, animé par « l\u2019esprit d\u2019entreprise américain », correspondait peut-être aux désirs al- ber tains, mais a vivement heurté une majorité de Québécois.Le prochain chef du Parti conser vateur aura d\u2019ailleurs fort à faire pour trouver une écoute attentive ici.Bon analyste de l\u2019ère Harper dont il trace un bilan somme toute prévisible, Frédéric Boily, qui enseigne en Alberta, dit laisser au lecteur le jugement sur cette décennie.Al- lons-y, alors : ce fut un bien mauvais moment à passer.louisco@sympatico.ca STEPHEN HARPER LA FRACTURE IDÉOLOGIQUE DU CANADA ?Frédéric Boily PUL Québec, 2016, 158 pages Le traumatisme Harper Intellectuel conservateur, l\u2019ex-premier ministre a bousculé les habitudes canadiennes, écrit le politologue Frédéric Boily LOUIS CORNELLIER [C\u2019est] en raison d\u2019un désaccord idéologique profond avec une grande partie de l\u2019électorat [que Stephen Harper] se trouvait autant critiqué, détesté même, par certains Extrait de Stephen Harper.La fracture idéologique d\u2019une vision du Canada, du politologue Frédéric Boily « » ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Avant de devenir un politicien, Stephen Harper était un intellectuel conservateur.Il avait «une vision politique forte».G E N E V I È V E T R E M B L A Y Nellie Bly avait un esprit insubordonné, un discours féministe affirmé et des idées d\u2019avant-garde.Dans le New York de la fin du XIXe siècle, ce caractère va agir comme une bombe dans la carrière de la jeune journaliste.Initiatrice du repor tage clandestin, cette forme risquée du métier où le reporter infiltre un lieu, devient caméléon, observe, puis rapporte, elle en fera sa marque de commerce.Publiés en feuilletons dans le Pittsburgh Dispatch et le New York World avant d\u2019être rassemblés en volumes, les reportages de Nellie Bly sont traduits pour la première fois en français par les éditions du Sous-sol, en France.10 jours dans un asile (1887), Le tour du monde en 72 jours (1890) et 6 mois au Mexique (1888) nous ramènent au début de la carrière d\u2019Elizabeth Jane Coch- rane, son véritable nom, alors déterminée à écrire ailleurs que dans les pages « féminines» des journaux.Exhaustifs et convaincants, sincèrement dévoués à informer les Américains, ces reportages ne sont pas exempts de subjectivité \u2014 mais c\u2019est justement ce qui rend si palpitantes les aventures de la reporter.Passer pour folle Quand elle est embauchée en 1887 au New York World, que vient de racheter Joseph Pulitzer, la jeune femme n\u2019a que 23 ans.Pour juger de ses capacités, on la met au défi d\u2019infiltrer le Blackwell\u2019s Island Hospital, un asile de New York.« La véritable folie était de croire que je pourrais les berner », s\u2019inquiète Nellie Bly, alors qu\u2019elle met au point un regard «hébété».Dès que la reporter aboutit entre les murs de sa nouvelle « prison » , elle constate la grande détresse des femmes internées.Ne faisant ni une ni deux, elle jure « de révéler les conditions par faitement arbitraires de leur internement ».Avec une empathie néanmoins très critique, Nellie Bly détaille les terribles conditions de vie de l\u2019asile et se plaint aux médecins, arguant être tout à fait saine d\u2019esprit.« Mais plus je me comportais comme une personne normale, plus ils étaient convaincus de ma folie.» Nellie Bly venait d\u2019attacher les fils d\u2019un reportage qui causera une commotion.Raf fermie dans ses idéaux de justice et de vérité, Nellie Bly revient deux ans plus tard avec une idée d\u2019envergure : un tour du monde bouclé en 72 jours, question de battre le Phileas Fogg de Jules Verne.Elle convainc Pulitzer de l\u2019envoyer en solitaire.Avec une seule robe, un petit sac et une volonté de fer, l\u2019«intrépide voyageuse en jupon» fera une course minutée avec escales en Angleterre, en France (où elle rencontrera Jules Verne), en Égypte, puis à Aden, Ceylan, Hong Kong, Yokohama\u2026 Entre le 15 novembre 1889 et le 25 janvier 1890, le New York World suivra son avancée avec un suspense grandiloquent.Mais Nellie Bly n\u2019est pas qu\u2019une reporter en affectation: c\u2019est une femme pragmatique à l\u2019esprit vif, même comique, qui analyse un vaste monde inconnu, à l\u2019époque, de la plupart des Américains.Chez les Mexicains Bien avant cette gloire, Nellie Bly avait fait ses premières armes au Mexique, où elle avait séjourné avec sa mère en 1886 pour étudier les mœurs et la politique du pays.Dans une série de chapitres courts à la démarche plurielle (récits de voyage, por traits, notes, enquêtes), 6 mois au Mexique annonce, déjà, les re- por tages engagés qu\u2019elle écrira plus tard.Émue par les Mexicains, qui souffrent à son avis de l\u2019«image fausse » qu\u2019en colpor tent les Américains, Nellie Bly note de précieuses observations sur la culture et l\u2019histoire en même temps qu\u2019elle dénonce avec vigueur la pauvreté, la corruption et les politiques publiques insuf fisantes.Trop bavarde, trop perspicace, elle sera expulsée du pays.À plus d\u2019un siècle de distance, ces reportages mettent en mots un fascinant décalage, mais éclairent aussi une conception du monde, du féminisme et du droit à l\u2019information qui fait encore débat aujourd\u2019hui.Nellie Bly, elle, aura contribué à leur avancement.Le Devoir 10 JOURS DANS UN ASILE LE TOUR DU MONDE EN 72 JOURS 6 MOIS AU MEXIQUE ?1/2 Nellie Bly Éditions du Sous-sol Paris, 2015, 2016, 126, 173 et 235 pages Nellie Bly, femme caméléon Les écrits de la journaliste américaine la dévoilent sensible, critique et obstinée DOMAINE PUBLIC Elizabeth Jane Cochrane, alias Nellie Bly "]
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