Le devoir, 16 juillet 2016, Cahier E
[" J É R Ô M E D E L G A D O E lle devait être l\u2019exposition la plus impor tante du programme culturel des Jeux olympiques de Montréal.Elle est la grande histoire de censure au Québec.Depuis 40 ans.À peine montée, l\u2019exposition Corridart dans la rue Sherbrooke a été démantelée en une nuit, avec son lot de conséquences : œuvres abîmées, détruites, artistes bafoués dans leur liberté d\u2019expression et une longue épopée judiciaire.«La conclusion du procès à propos de Cor- ridart représente probablement un cas unique où un jugement de cour mélange les considérations esthétiques et politiques [\u2026] Il accrédite une vision de l\u2019art \u201cdécoratif\u201d et il discrédite les œuvres contestatrices», lit-on dans le Dictionnaire de la censure au Québec (Pierre Hébert, Yves Lever, Kenneth Landry, 2006).Commandée et supervisée par le Comité organisateur des Jeux olympiques, l\u2019expo Corridart réunissait les projets de 19 artistes ou collectifs.Plusieurs commençaient leur carrière, certains allaient être lauréats du prestigieux prix Borduas : Françoise Sullivan (primée en 1987), Melvin Charney (1996), Bill Vazan (2010), Cozic (2015).« J\u2019avais 23 ans et participer à un tel événement me semblait un beau défi.On nous avait promis une couver ture internationale », se souvient Kevin McKenna qui, avec son frère Bob, a proposé un photomontage intitulé Rues-miroirs.L\u2019enthousiasme a été suivi d\u2019un «vide».Étalées sur neuf kilomètres, les œuvres devaient être visibles pendant toute la durée de l\u2019événement sportif.Elles sont restées dans la rue Sherbrooke moins d\u2019une semaine : la Ville de Montréal, sur l\u2019ordre du maire Jean Drapeau, les a retirées trois jours avant l\u2019ouverture des Jeux.Le communiqué du 14 juillet 1976 de la Ville avançait des questions de sécurité et des règlements sur l\u2019occupation du domaine public pour expliquer sa décision, prise à l\u2019insu des artistes.«J\u2019ai été alerté pendant la nuit.Je suis allé sur le site, j\u2019ai pris des photos.Puis on m\u2019a chassé et j\u2019ai vu mes œuvres dans des camions», raconte le photographe Marc Cramer, qui n\u2019a récupéré qu\u2019un panneau sur les trois de sa fresque Une rue montréalaise.Yvon Cozic et Monic Brassard, le duo derrière le collectif Cozic, ont été parmi les rares à retirer eux-mêmes leurs œuvres, « par solidarité ».Les dossards de Cross- Country, qu\u2019ils avaient installés autour d\u2019arbres comme une allusion à une compétition interrompue, ne sont plus qu\u2019ar tefacts, conservés comme «une dépouille ».Une soi-disant exposition « Il n\u2019a jamais été question que les objets à exposer soient des photographies ou des textes puisqu\u2019il était question d\u2019un \u201cCorridar t d\u2019œuvres d\u2019art\u201d», a soutenu la Ville lors du procès tenu d\u2019octobre 1980 à janvier 1981.Le jugement de 69 pages, daté de mai 1981, lui a donné raison.« La liberté d\u2019expression ne va pas jusqu\u2019à la licence ou aux abus », clame le juge Ignace Deslauriers, qui comprend le maire de ne pas « tolérer une soi-disant exposition qui en réalité était une longue série de contestations».«À la vérité il y a peu d\u2019œuvres exposées dans Corridart », écrit le magistrat de la Cour supérieure.Plutôt que fête complémentaire aux Jeux, Corridart était animée de l\u2019esprit contestataire de Melvin Charney, l\u2019artiste, architecte et, bien plus tard, auteur de deux ensembles sculpturaux emblématiques de Montréal, au jardin du Centre canadien d\u2019architecture et à la place Émilie-Gamelin.Concepteur de Corridart, Charney, décédé en 2012, a sélectionné les artistes de l\u2019expo et conçu lui-même deux projets.Ses deux installations dénonçaient les politiques urbanistiques à Montréal, la première à coups d\u2019éléments accrocheurs, tels qu\u2019une grosse main pointant un doigt, des coupures de presse et des photos d\u2019archives, montés sur des échafaudages, la seconde en reconstituant la façade très réaliste de résidences victoriennes.Quand le maire définissait l\u2019art « Il était question d\u2019un Corridart d\u2019œuvres d\u2019art » et non pas de photos, de textes et d\u2019échafaudages « loin d\u2019être beaux » De nouveaux auteurs pour l\u2019écriture radiophonique Page E 6 Claude Corbo fait revivre Honoré Mercier Page E 8 C A H I E R E \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 6 E T D I M A N C H E 1 7 J U I L L E T 2 0 1 6 WWW.CIRCUITDESARTS.COM DU 23 31 JUILLET AU Exposition collective à partir du 20 juillet Visite d\u2019ateliers d\u2019artistes 10 h à 17 h au centre-ville de Magog, 61 rue Merry Nord 23e ÉDITION ! PHOTOS ARCHIVES DE LA VILLE DE MONTRÉAL L\u2019œuvre La croix du mont Royal sur la rue Sherbrooke, de Pierre Ayot, suggère une interruption de l\u2019histoire de Montréal en renversant cette icône de la ville.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR J É R Ô M E D E L G A D O P our les athlètes, les Jeux olympiques représentent souvent le point culminant de leur carrière.Gagner l\u2019or, c\u2019est le zénith.Pour Michel Dallaire, les Jeux de la XXIe olympiade, en 1976, ont été le premier pas d\u2019un long parcours qui se poursuit encore, 40 ans plus tard.Certes, le fils du peintre Jean Dallaire n\u2019était pas un athlète.Mais un designer industriel.Un des seuls au Québec, à l\u2019époque, croit se rappeler l\u2019homme, aujourd\u2019hui âgé de 73 ans.En 1974, i l vient de fonder son bureau lorsque le Comité olympique l\u2019invite à dessiner la torche olympique.C\u2019est donc sans concours, sans concurrence d\u2019aucun ordre, que cet objet, un des plus emblématiques du mouvement olympique, a lancé sa carrière.« Je suis un des Québécois qui ont leur place au Musée olympique de Lausanne», dit cet éternel pince-sans-rire.Depuis ce premier contrat, Michel Dallaire est l\u2019une des grandes figures du design québécois.Décoré du prix Borduas en 1991, le second seulement de sa profession à le recevoir Michel Dallaire, designer olympique « La torche la plus photogénique » VOIR PAGE E 2 : DALLAIRE VOIR PAGE E 2 : CORRIDAR T Avec Les maisons de la rue Sherbrooke, Melvin Charney place un simulacre de résidences victoriennes devant un terrain laissé vacant. CULTURE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 6 E T D I M A N C H E 1 7 J U I L L E T 2 0 1 6 E 2 L\u2019administration Drapeau a aussi été choquée par d\u2019autres propositions : l\u2019installation de cabines téléphoniques de Michael Haslam et ses propos vantant supposément la masturbation ; la réplique de la croix du mont Royal proposée par Pierre Ayot, dite irrespectueuse de la religion ; l\u2019œuvre en boîtes de carton de Jean-Pierre Séguin, qualifiée de médiocre.Séguin et Kevin McKenna expliquent néanmoins la fureur de Jean Drapeau par le ton politisé des installations de Melvin Charney.« Mais comment en vouloir à Charney ?demande Cozic.C\u2019est comme si on en voulait à sa démarche artistique.» Libertés brimées Sur la vingtaine d\u2019ar tistes de Corridar t, treize se sont mobilisés dès 1976 pour entamer des poursuites contre la Ville de Montréal.Après le verdict de 1981, ils ont fait appel, une longue et complexe bataille.Et coûteuse.Selon Marc Cramer, sans la galerie Graf f qui a eu l\u2019idée d\u2019éditer une série de sérigraphies pour amasser des fonds (voir encadré), « on ne s\u2019en sortait pas ».Enfin, en 1988, les artistes obtiennent réparation, une fois l\u2019équipe Drapeau remplacée par celle de Jean Doré, plus attentive à leur cause.L\u2019entente, conclue de gré à gré, est symbolique : 85 000 $ sont versés aux plaignants.Depuis, tout semble être rentré dans l\u2019ordre.Le Bureau d\u2019art public, fondé en 1989, a clarifié les règles et professionnalisé la collaboration avec les artistes.Or il y a encore des cas qui rappellent que l\u2019art, dans l\u2019espace public, a la vie fragile.La censure de Corridart n\u2019a pas été égalée, mais elle a modifié les us.«On pouvait faire ce qu\u2019on voulait, on avait totale liberté, dit Cozic.Aujourd\u2019hui, l\u2019œuvre publique est très gérée.On ne peut pas faire n\u2019importe quoi.» Libertés brimées ?Claude Gosselin, le père des Cent jours d\u2019art contemporain et de la Biennale de Montréal, ne le croit pas, lui qui a eu maintes occasions depuis les années 1980 de sortir l\u2019art sur la place publique.«Il faut rester vigilant et avoir des contrats qui respectent l\u2019intégralité de l\u2019œuvre.L\u2019artiste doit se protéger», estime-t-il.Le Devoir SUITE DE LA PAGE E 1 CORRIDART après Julien Hébert \u2014 la grande majorité des lauréats sont associés à l\u2019art contemporain \u2014, Dal- laire a dessiné une panoplie d\u2019objets, dont le Bixi.De l\u2019huile d\u2019olive « Les gens pensent que c\u2019est fait pour être beau, dit le designer, en obser vant une des 2000 torches fabriquées.Mon approche était de faire un outil pour transformer la flamme et non de faire une pièce d\u2019orfèvrerie précieuse.» L\u2019histoire de Michel Dallaire est indissociable des Jeux de 1976, mais il s\u2019en est fallu de peu qu\u2019il n\u2019en soit pas ainsi.Le maire Jean Drapeau n\u2019avait pas aimé ce qu\u2019il proposait.«Quand il a pris la torche dans ses mains, il a eu l\u2019air très déçu.Sa première question a été : \u201cPouvez-vous faire autre chose?\u201d » raconte celui qui a néanmoins obtenu le contrat.Sa torche en acier, Michel Dallaire l\u2019a conçue en fonction du combustible qu\u2019il voulait utiliser : l\u2019huile d\u2019olive.Beau clin d\u2019œil à la Grèce, berceau de l\u2019olympisme.Mais le designer débutant voulait surtout trouver le moyen de faire en sor te que sa « torche soit la plus photogénique».Celle des Jeux de 1972, à Munich, qui brûlait au butane, a déclenché sa réflexion.« Je m\u2019étais mis à regarder des films sur les parcours des Jeux précédents.Dans celui de Munich, je voyais les coureurs, mais pas la flamme, qui était de la même couleur que le ciel.Je me suis rappelé qu\u2019enfant j\u2019avais voulu faire des frites avec de l\u2019huile d\u2019olive et j\u2019avais provoqué une boule de feu orange.C\u2019est cette boule de feu que je voulais dans ma torche.» Ce premier contrat olympique a été suivi par d\u2019autres.Le mobilier du Village olympique, c\u2019est Michel Dallaire qui l\u2019a dessiné, un lot de 47 800 pièces, dont 12 000 lits.Puis, le Comité olympique l\u2019a mandaté pour superviser le design extérieur, les bannières, les kiosques d\u2019information, etc.Pour la conception du mobilier urbain (tables de pique-nique, bancs), Dallaire a engagé François Dallégret, réputé designer, artiste et architecte.Aujourd\u2019hui consultant chez Provencher Roy architectes inc., Michel Dallaire planche sur de nouvelles chaises d\u2019arbitre pour le stade de tennis du parc Jarry.Et en 2017, le Musée de la civilisation, à Québec, qui est devenu le dépositaire de son fonds de 134 boîtes d\u2019archives, de 100 dessins et de 150 objets, lui rendra hommage par une importante exposition.Le Devoir SUITE DE LA PAGE E 1 DALLAIRE Conçue par Melvin Charney et Jean-Claude Marsan, Mémoire de la rue consistait en une série d\u2019échafaudages dont les éléments pointaient des cas récents d\u2019expulsion de locataires.1977: L\u2019affaire Corridart (éd.Véhicule Art), car tes postales représentant « les faits saillants d\u2019une grande exposition [\u2026] brutalement censurée».1982: Corridart 1976\u2026 (éd.Graff), sérigraphies de 13 des artistes censurés et textes, dont le mémorable «La beauté, Votre Honneur, c\u2019est passé de mode», de François-Marc Gagnon.1997 : « Revoir Corridar t.Exhumer les restes », dans Annales d\u2019histoire de l\u2019ar t canadien.2001: Corridart, 25 ans plus tard, galerie Leonard et Bina Ellen.2002 : À propos de l\u2019af faire Corridar t, documentaire de Bob McKenna.Corridart en cinq rappels 1949: La famille, sculpture de Robert Roussil, est «arrêtée et incarcérée» à Montréal, pour cause de nudité du personnage masculin.2014: Murs aveugles, vidéo d\u2019Isabelle Hayeur, est retirée par la Biennale de Montréal, pour cause d\u2019images d\u2019incendies.2015: Dialogue avec l\u2019histoire, sculpture de Jean-Pierre Raynaud, est détruite par la Ville de Québec.Trois cas de censure PHOTOS ARCHIVES DE LA VILLE DE MONTRÉAL Dans l\u2019esprit d\u2019un art environnemental, l\u2019œuvre Intervention opposait deux amas de boîtes en carton.«C\u2019était une réflexion sur les rapports contenu/contenant et sur la transformation de la matière», se souvient l\u2019artiste Jean-Pierre Séguin. Y V E S B E R N A R D L es Nuits d \u2019Afr ique ont 30 ans, mais un ar tiste incar ne leur esprit depuis presque six décennies : Manu Dibango, le rassembleur, l\u2019apôtre légendaire de la diversité, le père des métissages.I l s\u2019amène pour recevoir le prix Nuits d\u2019Afrique pour la francophonie, remis pour la première fois par l\u2019organisation montréa- laise.Il en profitera aussi pour encourager la relève montréa- laise et, ce lundi, il rejoindra Veeby, Élété et Rookie Rook au théâtre Fairmont.Les trois artistes montréalais, accompagnés par les bons vieux routiers de Jab Jab, proposeront chacun deux de leurs pièces en plus d\u2019une autre choisie dans le répertoire de l\u2019icône.Puis, le célèbre artiste montera sur la scène, le temps de quelques pièces, pour partager la musique avec Proyecto Iré, le lauréat du Syli d\u2019or de la musique du monde cette année.«Ce que les 30 ans des Nuits d\u2019Afrique m\u2019inspirent?Ça veut dire que c\u2019est 30 ans de bonheur, 30 ans de confiance de la part du Québec et des organisateurs pour présenter un festival chaque année.Ce n\u2019est pas une petite af faire, mais ça fait avancer », affirme d\u2019entrée de jeu le saxophoniste visionnaire.Connaît-il les artistes de la relève montréalaise ?« Oh que non, et c\u2019est justement ce qu\u2019il y a d\u2019intéressant.Je vais les découvrir.Mon chef d\u2019orchestre s\u2019occupe de travailler avec eux à distance.Maintenant, grâce à Internet, les répétitions se passent facilement.» De ce côté-ci de la production : Yoel Diaz, le codirecteur ar tistique de Proyecto Iré.Provenant de l\u2019univers cubain, il ne connaissait pas beaucoup Manu Dibango.«Je me suis informé, je suis allé voir dans You- Tube et j\u2019ai découvert une musique accessible, intéressante, assez rythmée, avec de belles mélodies.Il y a beaucoup d\u2019espace pour jouer.Comme musicien, ça nous identifie d\u2019avoir cette liberté dans les harmonies.» Veeby est particulièrement heureuse de se produire devant l\u2019un des héros de sa mère.Au Masa à Abidjan en avril dernier, elle a pris le déjeuner avec lui, Ray Lema et Fredy Mas- samba.«Je me trouvais comme une petite fourmi devant des montagnes.C\u2019est un grand-père.Il a inspiré la majorité des artistes africains.Comme moi, il vient du Cameroun et là-bas, on l\u2019appelle Papa Manu.Malgré les cinquante années qu\u2019il a faites à l\u2019extérieur, il n\u2019a jamais perdu son accent camerounais.» Artiste engagée, Veeby offre de superbes couleurs musicales hybr ides entre l \u2019Afr ique, l\u2019afro-soul, le hip-hop et d\u2019autres influences urbaines.De son côté, Élété, un chanteur à la très belle voix aérienne et à la culture lui aussi métissée, fait par tie de la grande famille des Rimtobaye, des inspirateurs du groupe H\u2019Sao.« M a n u e s t l \u2019 u n e d e m e s influences et j \u2019ai grandi au Tchad avec sa musique.Il fait partie des légendes, comme le regretté Papa Wemba, Lokua Kanza et Richard Bona.Je les écoute souvent.» Rookie Rook, combattant pour l\u2019espoir et per formeur énergique venu de France, propose un reggae fusion mâtiné de pop, de dub et même de swing.«Manu Dibango?Je ne l\u2019écoutais pas directement.C\u2019était plus dans la discographie de mes parents.On va enfin pouvoir mettre un visage sur cet homme qui est aussi important pour moi parce que c\u2019est quand même un grand représentant de la Francophonie.» En 2015, le musicien de légende est nommé Grand Témoin de la francophonie par l\u2019Organisation internationale de la francophonie.À ce titre, il jouera le rôle d\u2019ambassadeur aux Jeux olympiques de Rio et, pour l\u2019occasion, il réalise en ce moment un album avec beaucoup de jeunes Français.Cela fera suite à la parution du coffret de cinq disques résumant sa carrière jusqu\u2019aux années 1980.Un deuxième coffret suivra.Collaborateur Le Devoir Manu Dibango accompagné par Proyecto Iré, Veeby, Élété et Rookie Rook, avec Jab Jab Au théâtre Fairmont, le lundi 18 juillet à 20 h www.festivalnuitsdafrique.com M U S I Q U E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 6 E T D I M A N C H E 1 7 J U I L L E T 2 0 1 6 E 3 F E S T I V A L 2 0 1 6 DU 1er JUILLET AU 20 AOÛT La musique classique à son meilleur ! SAMEDI 30 JUILLET Claremont Trio : Schubert & Dvo?ák 20 H I 38 $ taxes en sus salle Gilles-Lefebvre, Orford Musique DIMANCHE 7 AOÛT Rivest & Chostakovitch 16 H I 42 $ taxes en sus église Saint-Jean-Bosco, Magog SAMEDI 13 AOÛT Le chef italien Valtulini & sa symphonie romantique 20 H I 42 $ taxes en sus salle Gilles-Lefebvre, Orford Musique SÉRIE PIANO SÉRIE ORCHESTRE ORFORD MUSIQUE orford.mu (anciennement Centre d\u2019arts Orford) 3165, chemin du Parc, Orford (Québec) J1X 7A2 Billetterie : 1 800 567-6155 C H R I S T O P H E H U S S V ous désirez vivre un spectaculaire concert orchestral à la Maison symphonique de Montréal en ne déboursant que 15$?Rendezvous le 7 août à 15 h: Jean-Philippe Tremblay y fêtera les 15 ans de l\u2019Orchestre de la Francophonie! Le chef québécois Jean-Philippe Tremblay et ses jeunes musiciens sont entrés cette semaine, avec un concert au Conservatoire et l\u2019ouverture du Festival Lachine, dans le vif de leur campagne 2016, la quinzième.Dès la semaine qui vient, on retrouvera l\u2019Orchestre de la Francophonie (OF), les 20 et 23 juillet, en résidence à la Société des ar ts technologiques (SAT).Le rendez-vous de mercredi, à l\u2019Espace SAT, proposera des créations musicales avec projections.Celui de samedi, sur la place de la Paix, célébrera la musique russe.Le Devoir suivra l\u2019Orchestre de la Francophonie le 28 juillet lors de son concert populaire au Centre Pierre-Charbonneau.Les musiciens se rendront ensuite au Domaine Forget, puis à Chicoutimi, avant de revenir à Montréal pour le grand concert Mahler du 7 août.Formateur et ambassadeur L\u2019OF vise à préparer les jeunes diplômés francophones à une carrière de musiciens d\u2019orchestre.Parmi les nombreux ateliers, certains visent même spécifiquement à optimiser la préparation des cruciales auditions, couperet ultime avant la carrière.Dans son credo, l\u2019OF s\u2019attribue «une mission aux couleurs sociales portée par un désir de promouvoir la langue française, la diversité culturelle, la paix, la démocratie, d\u2019appuyer l\u2019éducation, la formation, l\u2019enseignement supérieur et la recherche tout en offrant une expérience de solidarité».Si la chose est intéressante pour les jeunes artistes, elle l\u2019est aussi pour les mélomanes, car de ces immersions musicales approfondies, avec des temps de préparation supérieurs à ceux des orchestres professionnels établis ou constitués, sortent souvent de surprenantes choses en concert.Alors que le culte de l\u2019ego et de l\u2019image est monnaie courante dans ce métier, un entretien avec Jean-Philippe Tremblay fait rapidement place nette: la vedette de l\u2019OF, ce n\u2019est pas lui, c\u2019est le projet! «Le répertoire est choisi avec les professeurs en fonction de ce qui est formateur et répond à nos objectifs: apprendre, innover et partager.» Pendant dix jours en résidence au Conservatoire de Montréal, répétitions, ateliers et conférences se sont succédé.«À la SAT, nous aurons trois jours d\u2019ateliers, un projet-pilote avec trois jeunes compositeurs dans un climat détendu.Cela aussi, c\u2019est bien pour les jeunes musiciens : chercher à comprendre comment cela fonctionne dans les synapses des compositeurs; voir aussi que, parfois, on peut changer des choses en leur parlant.» Ce volet «laboratoire de musique», Jean-Philippe Tremblay cherche à le développer dans l\u2019avenir.Francophonie élargie En 2016, 65 jeunes musiciens d\u2019origines diverses (Canada, France, États-Unis, Israël, Brésil, Suisse, Australie, Espagne et Italie) partagent au Québec l\u2019expérience d\u2019une académie d\u2019orchestre francophone.Cela marque une évolution par rapport à la «francophonie canadienne» des débuts.Ainsi, Jean-Philippe Tremblay se réjouit de la présence de six musiciens australiens, mais a un pincement au cœur en évoquant un «beau projet avec le Congo, un orchestre à Kinshasa» qui ne s\u2019est pas concrétisé.«Six musiciens devaient passer l\u2019été avec nous, mais ils n\u2019ont pas réussi à obtenir leur visa à temps.» 2016 n\u2019en reste pas moins l\u2019année où le travail de recrutement en terres étrangères a porté le plus de fruits, au point de voir 16 jeunes Français figurer dans le groupe, constitué désormais pour moitié de citoyens canadiens.Pour un projet-pilote lié à l\u2019Organisation internationale de la Francophonie, Jean-Philippe Tremblay s\u2019est inspiré d\u2019un programme de l\u2019Orchestre des jeunes des Amériques.Les «ambassadeurs OF» sont «des anciens stagiaires que l\u2019on envoie dans diverses missions musicales, par exemple à Haïti dans un orphelinat.Trois ou quatre fois par an, un voyage à quatre ou cinq musiciens permet d\u2019organiser un camp musical axé sur la formation de professeurs.Car si l\u2019on forme un professeur, on s\u2019assure de former un paquet d\u2019élèves ensuite!» Le programme des «ambassadeurs OF» est une manière de développer le volet «mandat social» de l\u2019institution et, pour les anciens, de redonner un peu de ce qu\u2019ils ont reçu.Il n\u2019en demeure pas moins que, même si, au chapitre du financement, les organismes fédéraux et quelques mécènes, tel Canimex, bien connu dans le milieu musical, s\u2019engagent à moyen terme, «il faut aller chercher chaque année les deux tiers du budget en expliquant inlassablement pourquoi le projet est important.» Cela nuit à la visibilité et à la planification à long terme: un OF stabilisé pourrait développer bien des partenariats.Le 7 août, la 2e Symphonie de Mahler, jouée dans la réduction de Gilbert Kaplan, permettra d\u2019associer des anciens aux musiciens du millésime 2016.Le concert sera diffusé en direct sur Internet par Radio-Canada.Dans son « monde idéal » pour la 16e saison, Jean-Philippe Tremblay ne parle toujours pas de lui : «Il faut développer le laboratoire musical, le travail avec la SAT, continuer le travail dans la francophonie pour avoir un orchestre ancré dans une quinzaine de pays.» Ah, si, finalement, on apprendra que « travailler avec ces jeunes extraordinaires » permet de « recharger, moralement et physiquement, les piles» du chef de 37 ans.Le Devoir 2e Symphonie de Mahler (réduction Kaplan / Mathes), le 7 août à 15 h (et à 15 $, prix unique !) à la Maison symphonique de Montréal.www.orchestrefranco.com CLASSIQUE Les généreuses missions de l\u2019Orchestre de la Francophonie 30E FESTIVAL INTERNATIONAL NUITS D\u2019AFRIQUE Hommage à Papa Manu ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Jean-Philippe Tremblay choisit le répertoire avec les profs «en fonction de ce qui est formateur et répond à nos objectifs : apprendre, innover et partager».EDMOND SADAKA Manu Dibango recevra le prix Nuits d\u2019Afrique pour la francophonie, remis pour la première fois par l\u2019organisation montréalaise. MUTATIONS Au Magasin général, 193, route Principale, Rivière-Madeleine, en Gaspésie, jusqu\u2019au 5 août M A R I E - È V E C H A R R O N R ivière-Madeleine.Le Magasin général (MG) anime, pour un deuxième été consécutif, sa devanture avec des œuvres d\u2019ar t.Sis dans le village de Rivière-Madeleine en Haute-Gaspésie, l\u2019ancien commerce, transformé en Studio international en création multidisciplinaire, offre un écrin exceptionnel, en grande partie servi par la splendeur du paysage environnant, à un consistant programme d\u2019arts visuels qui s\u2019adresse autant aux passants, avertis ou non, qu\u2019à la population locale.« Mutations » est le thème de cette exposition en plein air qui rassemble les artistes Sébastien Cliche, Isabelle Hayeur et Emmanuelle Léonard, dont les œuvres contrarient par la bande l\u2019image bucolique qu\u2019un village comme Rivière-Madeleine inspire d\u2019emblée.Loin de faire dans la carte postale, image souvent retenue par les touristes de passage, les œuvres suscitent des réflexions sur des problématiques qui ne sont pas spécifiques au village, mais qui résonnent avec une éloquence singulière dans ce contexte.Sur la façade du MG, l\u2019œu- vre Remous (2016) de Hayeur montre une image volontairement ambiguë, à cheval entre la promotion publicitaire et le photojournalisme, d\u2019une personne sur un plan d\u2019eau, peut-être livrée aux plaisirs d\u2019un spor t aquatique ou en péril sur une embarcation de fortune.À la nuit tombée, The End (2005), de Léonard, joue en boucle dans une fenêtre du deuxième étage.Tourné en film super 8, un vieillard faisant au revoir évoque sobrement la disparition d\u2019une technologie, et avec elle une génération et son époque.Loisir et catastrophe voisinent ainsi sans fixer la forme de leurs manifestations.Projection sous les étoiles D\u2019autres œuvres de Hayeur et de Léonard sont présentées en deux programmations vidéo, dans un cinéma extérieur aménagé sur le terrain d\u2019en face.Judicieusement montrées en alternance, soul ignant de ce fait deux approches distinctes, les vidéos de l\u2019une et de l\u2019autre abordent le monde et ses mutations, qu\u2019elles soient traquées, par exemple, dans les impacts des activités humaines sur terre ou vécues par des communautés qui en témoignent (Sœurs grises ou clients réguliers d\u2019une taverne).Plusieurs passages nous ramènent au contexte du visionnement.L\u2019horizon bleu du fleuve donne l\u2019impression d\u2019une immuable présence et le vil lage, celle d\u2019être figé dans le temps, bercé par la lenteur si caractéristique des petites municipalités éloi - gnées.Or rien n\u2019est moins juste.Depuis longtemps les pratiques de la pêche ont dû être revues dans une région où, entre autres, des projets pétroliers sont maintenant en prospection.Et tandis que la population se fait viei l l is - sante, de nouvelles init ia - tives, comme celles du MG, changent la donne.L\u2019avenir, forcément, soulève des quest ions.Revoir ici Postcard from Bexhill-on-Sea (2014), de Léonard, tombe à propos, à la fois pour ses vues de bord de mer, le long de la côte anglaise, et pour les réf lexions, optimistes ou inquiètes, des personnes âgées interrogées par l\u2019artiste, voulant connaître leur perception du futur.Cela résonne localement et au-delà bien sûr, dans la foulée du Brexit.Des mutations d\u2019un autre ordre surgissent avec l\u2019instal- lat ion vidéo de Sébastien Cliche, dans laquelle le road trip, réel ou virtuel, s\u2019avère le plus transformateur.Structure et contenu se répondent de brillante façon dans Le ruban (2016), qui campe la projection au fond d\u2019une remorque de camion dont on retrouve des spécimens dans la vidéo, où des kilomètres sont franchis, jusqu\u2019à Rivière- Madeleine.Le périple fictif relaté par deux protagonistes se modifie constamment à la faveur d\u2019une courte boucle qui, d\u2019une fois à l\u2019autre, en réagence aléatoirement les éléments sonores et visuels.Fil de la route, support d\u2019enregistrement ou modèle d\u2019une conception spatio-temporel, le ruban se fait polysémique dans un récit qui intègre dans l\u2019image des vues du montage.L\u2019œuvre puise tout juste ce qu\u2019il faut dans les conventions narratives pour accrocher l\u2019attention, et captive plus longuement encore en procédant à leur décons- truction.L\u2019accent est ainsi mis sur le passage et, donc, sur le voyage comme initiation.En cela, l\u2019œuvre inédite, issue d\u2019une résidence que l\u2019artiste de Montréal a faite sur place, commente quelque part son processus de création.Que les œuvres exposées soient le fruit d\u2019une résidence à Rivière-Madeleine, c\u2019est un souhait cher aux fondateurs du MG, le duo d\u2019artistes Louis Couturier et Jacky G.La- fargue \u2014 complices avec le commissaire de l\u2019exposition André-Louis Paré \u2014, qui ont d\u2019ailleurs déjà lancé des invitations à d\u2019autres artistes pour l\u2019année prochaine.Collaboratrice Le Devoir H U M O U R D E V I S U CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 6 E T D I M A N C H E 1 7 J U I L L E T 2 0 1 6 E 4 UNE EXPOSITION ORGANISÉE PAR LE MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE MONTRÉAL ET THE PHILLIPS COLLECTION, WASHINGTON (DC).HENRI DE TOULOUSE-LAUTREC, L\u2019ANGLAIS AU MOULIN ROUGE (DÉTAIL), 1892.COLLECTION PARTICULIÈRE.PHOTO PETER SCHÄLCHI Cet été, le Musée est ouvert tous les jours dès 10 h ! mbam.qc.ca Des mondes en transformation Une exposition d\u2019arts médiatiques intégrée au cœur de Rivière-Madeleine M A N O N D U M A I S F rancine Lareau n\u2019a pas la langue dans sa poche.Chaque année, elle demande aux organisateurs du festival Juste pour rire pourquoi on trouve moins de femmes que d\u2019hommes dans la programmation.« J\u2019ai donc décidé de parler des filles, car des filles, il y en a eu, il y en a encore et il y en aura toujours », lance-t-elle au bout du fil.Un an après Chus pas connue (encore !), Francine Lareau s\u2019amène avec son deuxième spectacle solo, Merci Manda, La Poune , Dodo , Deni s e , Clémence et tant d\u2019autres !, où elle salue celles qui ont marqué l \u2019histoire de l \u2019humour au Québec.Devoir de mémoire et leçon d\u2019histoire, ce spectacle est le fr uit de nombreuses recherches auxquelles s\u2019est livrée l\u2019unique femme du volet « Mad in Québec ».« Ce n\u2019est pas une thèse de doctorat, mais un spectacle pour se souvenir de ces femmes oubliées.En plus de les découvrir, les jeunes apprennent un bout de notre histoire.Cer tains spectateurs, dont des profs d\u2019université, m\u2019ont même écrit qu\u2019ils avaient honte d\u2019avoir snobé aussi longtemps ces femmes-là.» L\u2019humour, bastion du sexisme?Alors que Francine Lareau rodait son spectacle en région, d\u2019ex-étudiantes de l\u2019École nationale de l\u2019humour lui ont suggéré d\u2019y aller afin de parler aux é tudiants des Manda Parent, Rose Ouellette (La Poune), Juliette Pétrie et compagnie puisqu\u2019aucun professeur ne le fait.Sexiste, le milieu de l\u2019humour ?« Les jeunes femmes humoristes ne considèrent pas que l\u2019humour soit un boys\u2019 club, mais moi, je considère que ce l\u2019est encore.Encore cette année, il n\u2019y a pas une femme qui anime toute seule un gala.» Si en 2016 les femmes se font plus rares que les hommes en humour et qu\u2019on continue à les ghettoïser, comme au festival ComediHa! où on leur a dédié un chapiteau cet été, on peut imaginer les difficultés qu\u2019ont rencontrées les dames du burlesque il y a un siècle.«Ces femmes-là ont tenu tête à leur famille, au clergé, à la société.Juliette Pétrie et La Poune ont été les premières femmes à gérer un théâtre en Amérique du Nord.Quand La Poune dirigeait le Théâtre National, elle n\u2019avait pas 30 ans et les femmes n\u2019avaient pas encore le droit de voter au Québec.» Du haut de leur chaire, les curés de l\u2019époque interdisaient à leurs ouailles, sur tout les femmes, d\u2019assister aux spectacles de burlesque, sous prétexte que les propos qu\u2019on y tenait étaient grivois.« Ils disaient que les femmes qui s\u2019y produisaient étaient de mauvaise vie.Il fallait être courageux pour aller voir ces spec- tacles-là, auxquels assistaient sur tout des ouvriers.Ce n\u2019est qu\u2019en 1940 que les femmes ont eu le droit de voter \u2014 comme leur mari ! \u2014 au Québec .Forcément, ces femmes- là étaient féministes ; souvent, e l les avaient une famil le , moins nombreuse que les familles moyennes, et gagnaient leur vie.Ces filles-là avaient du guts ! Rien ne les arrêtait ! » Femmes d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui Outre les pionnières du début du XXe siècle, Francine Lareau salue celles qui ont révolutionné l\u2019humour dans les années 1960 : Dominique Michel, Denise Filiatrault et Clémence DesRochers.«Dodo et Denise s\u2019inspiraient du duo qu \u2019ava i en t f o r mé Juliette Pétrie et La Poune.Denise a eu une carrière extraordinaire ; c\u2019est la première à avoir fait un monologue, la première à avoir chanté le premier rôle dans une comédie musicale.Clémence a toujours été en avance de son temps.C\u2019est elle qui a créé la première comédie musicale au Québec, Le vol rose du flamant, en 1964.C\u2019est la première à avoir fait des shows féministes.Clémence, c\u2019est notre richesse nationale, la plus touchante et la plus percutante de tous les artistes qu\u2019on a eus au Québec.» Et qu\u2019en est-il des femmes humor is tes au jour d \u2019hu i ?Bousculent-elles à leur tour l\u2019humour ?Que racontent-elles sur notre société ?« Je ne crois pas qu\u2019elles révolutionnent l\u2019humour et je ne crois pas non plus que ce soit leur mandat.Avant d\u2019analyser ce que les femmes disent, il faudrait les laisser parler.» Et vlan ! Enfin, comment se por te l\u2019humour au féminin ces derniers temps ?Long soupir au téléphone\u2026 « Il faut que les filles continuent à travailler for t comme l\u2019ont fait Manda, La Poune et Juliette Pétrie.Les Katherine Levac, Mariana Mazza et Virgine For tin sont là grâce à elles.Si ces jeunes femmes peuvent être vulgaires et faire des jokes de vagin, c\u2019est grâce à Cathy Gauthier, qui rame depuis 15 ans en gardant son style.Ça ne va pas aussi vite qu\u2019à l\u2019époque de Manda, mais on continue d\u2019avancer ! » conclut Francine Lareau dans un éclat de rire contagieux.Le Devoir MERCI MANDA, LA POUNE, DODO, DENISE, CLÉMENCE ET TANT D\u2019AUTRES ! À la Place des Arts, salle Claude-Léveillée, les 20, 21 et 22 juillet, à 18h30.hahaha.com JUSTE POUR RIRE Les grandes dames du rire À Mad in Québec, Francine Lareau salue les pionnières de l\u2019humour au Québec MICHEL HANNEQUART Un an après Chus pas connue (encore !), Francine Lareau s\u2019amène avec son deuxième spectacle solo.SÉBASTIEN CLICHE Le ruban campe la projection au fond d\u2019une remorque de camion. FIVE ?Comédie d\u2019Igor Gotesman.Avec Pierre Niney, François Civil, Igor Gotesman, Margot Bancilhon.France, 2016, 102 minutes.A N D R É L A V O I E D evant Five, une comédie d\u2019Igor Gotesman, le spectateur québécois ressentira un besoin similaire à celui de certains Français devant les meilleurs films québécois : des sous-titres, s\u2019il vous plaît ! En effet, cette chronique illustrant les déboires de cinq amis de la génération Y semble prendre un malin plaisir à aligner les expressions les plus courantes de ce clan et à les débiter à la vitesse de la lumière.Dans ce contexte, les clins d\u2019œil au verlan, débités par une Fanny Ardant jouant ici son propre rôle et visiblement égarée dans l\u2019aventure, sonnent comme une musique à nos oreilles.Ce langage codé représente une barrière, certes, mais elle apparaît toujours surmontable lorsqu\u2019elle ne constitue pas une finalité chez le réalisateur.Ça ne semble pas être le cas pour Igor Gotesman, visiblement désireux de rendre hommage aux gens de son âge, du moins sa frange riche, bourgeoise, insouciante et narcissique au point de faire éclater les miroirs.Pour y parvenir, il multiplie tous les excès, soucieux surtout de reproduire des méthodes dignes des meilleurs films mettant en vedette Seth Rogen, et aussi les pires\u2026 En lieu et place, il nous offre Pierre Niney, un acteur fort doué, à l\u2019aise dans les univers les plus sombres (Yves Saint-Laurent, Un homme idéal) comme dans les plus légers (20 ans d\u2019écart).Le voilà qu\u2019il se retrouve au centre de ce quintette de bébés gâtés, gosse de riche faisant croire à son père qu\u2019il mène de brillantes études de médecine alors qu\u2019il fait tout pour devenir comédien.C\u2019est un stratagème pour maintenir aussi son train de vie, devenu intenable lorsque démasqué, et au moment où il venait de signer un bail pour un luxueux appartement abritant toute sa bande.Leur amitié du type « à la vie, à la mort » est peu à peu mise à rude épreuve, la cohabitation dévoilant leurs secrets et leurs différences, et alors que l\u2019on insiste à gros traits sur leurs dépendances, au sexe ou à la drogue, ce qui leur donne des allures grand-guignolesques.Même la figure féminine (Margot Bancilhon en Bond girl des pauvres), narratrice accessoire de ces événements se déroulant sur une année, arrive difficilement à s\u2019imposer devant ces quatre garçons dont la trivialité assommante fait passer les frères des 3 petits cochons 2 pour des intellectuels.On vous épargnera leurs écarts dignes des pires ados attardés, dont l\u2019un dans la cage d\u2019escalier de leur immeuble chic.À cela se greffe une histoire de trafic de stupéfiants qui tourne mal, question de pimenter un récit dont les prétentions sociologiques s\u2019embrouillent dans un magma de situations dites cocasses et chargées d\u2019artifices visuels pour masquer le vide de l\u2019entreprise.Mais que peut-on attendre d\u2019un film français s\u2019intitulant Five ?La simple expression d\u2019une soumission, dont aux formules faciles.Collaborateur Le Devoir DE PALMA (V.O.) ?1/2 Documentaire de Jake Paltrow et Noah Baumbach.États-Unis, 2015, 107 minutes.F R A N Ç O I S L É V E S Q U E L a carrière, longue de plus d e 5 0 a n s , d e B r i a n De Palma fut ponctuée de presque autant de bas que de hauts : le cinéaste est le premier à le reconnaître.Pourtant, même raté, n\u2019importe lequel de ses longs métrages demeure plus intéressant que bien d\u2019autres films contemporains plus consciencieux, plus sages, plus\u2026 banals.Ce que ceux de De Palma ne sont, eux, jamais.Ses propos non plus, en l\u2019occurrence, comme en témoigne le documentaire De Palma, un concentré de bonheur cinéphile dans lequel le réalisateur de Carrie et de Blow Out revient sur son œuvre en un flot ininterrompu \u2014 et fascinant \u2014 de paroles et d\u2019images.La proposition est on ne peut plus simple : assis dans un salon élégant mais dépouillé, une toile de fond en somme neutre, Brian De Palma répond avec sa franchise habituelle, mais aussi avec un humour que d\u2019aucuns ne lui connaissaient pas, à un assortiment de questions coupées au montage.Autrement dit, c\u2019est au sujet, seul, qu\u2019on donne le crachoir.Une décision heureuse, le principal intéressé y allant d\u2019un exercice introspectif dénué d\u2019autocon- gratulation et assorti d\u2019un florilège d\u2019anecdotes des plus révélatrices.Le tout, il va sans dire, entrecoupé d\u2019extraits de films judicieusement sélectionnés et venant toujours étayer et non bêtement illustrer son propos.Un contraste efficace D\u2019emblée, ce parti pris artistique pour le moins sobre ne manque pas d\u2019étonner, en cela que le documentaire permet, on le sait, autant de liberté formelle que la fiction.Qui plus est, s\u2019il est une qualité qui distingue le cinéma de De Palma, c\u2019est sa flamboyance.Puis, c\u2019est le but, le contraste ainsi créé entre la facture du documentaire et cel le des films revisités commence à faire son œuvre.Il en résulte une attention accr ue accordée à chaque mot, à chaque sourire laconique et, oui, à chaque silence du réalisateur qui, sans régler des comptes, remet certaines pendules à l\u2019heure.Notamment en évoquant, extraits inédits à l\u2019appui, certaines occasions où de grands studios dénaturèrent tel ou tel film, ici en exigeant qu\u2019une fin différente soit tournée (Snake Eyes), là en remontant le film contre le gré du cinéaste avec des scènes tournées par un autre (Mission sur Mars).Certes, des œuvres majeures, comme Scarface, Les incorruptibles et Mission : impossible (M: i), furent produites par de grands studios.Il faut à cet égard entendre De Palma relater comment deux scénaristes ( D a v i d K o e p p e t R o b e r t Towne) écrivaient concurremment leurs scénarios de M : i alors que le tournage avait déjà débuté à Prague, et ce, à cause d\u2019un acteur-producteur (Tom Cruise) désireux d\u2019imposer son scribe (Towne) mais forcé de reconnaître ensuite s\u2019être trompé.Un poème.À terme, c\u2019est l\u2019accumulation d\u2019aventures calamiteuses auprès des majors d\u2019Hollywood qui incita De Palma à s\u2019exiler \u2014 professionnellement parlant puisqu\u2019il réside toujours à New York \u2014 en Europe, où il tourne tous ses films depuis le fabuleux Femme fatale.Farouchement indépendant, il a eu le courage de ses convictions, sa liberté de création primant les gros budgets.En fait, s\u2019il est un bémol, c\u2019est qu\u2019on en aurait pris davantage, deux ou trois passages (ses impressions mitigées de Body Double, la postproduction troublée de L\u2019esprit de Caïn) invitant à un surcroît de profondeur qu\u2019on devine sacrifié au profit du rythme.Lequel ne fléchit pas, il est vrai.Bande à part Coréalisé par Jake Paltrow (Young Ones) et Noah Baum- bach (Frances Ha), De Palma bénéficie de la longue amitié qui unit les trois réalisateurs.En effet, et c\u2019est là un autre paradoxe, tout indépendant soit- il, Brian De Palma aime s\u2019entourer de cinéastes afin de parler cinéma.Ce qu\u2019il faisait régulièrement avec ses vieux amis Steven Spielberg, George Lucas, Francis Ford Coppola et Martin Scorsese avant que le groupe se disperse au cours des années 1990.Depuis, De Palma s\u2019est reconstitué une petite bande avec Paltrow et Baumbach, plus jeunes que lui, mais tout aussi allumés.Et de se rencontrer pour le lunch une fois par semaine et d\u2019échanger sur le métier, les projets\u2026 D\u2019où, sans doute , ce t te absence de réserve dont fait montr e De Pa lma devant la caméra.Et d\u2019où, aussi, certainement, cette passion encore perceptible après plus de cinquante ans et presque autant de bas que de hauts.Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 6 E T D I M A N C H E 1 7 J U I L L E T 2 0 1 6 E 5 CINEMA C U L T U R E theatreoutremont.ca 514 495-9944 CAROL 8,50 $ de Todd Haynes (Grande-Bretagne, vostf) Animation : Michel Coulombe Le lundi 18 juillet | 16 h et 19 h 30 Avec Cate Blanchett et Rooney Mara « UNE EXPÉRIENCE INCONTOURNABLE.» TIME OUT NEW YORK «LE PARADIS POUR LES AMATEURS DE CINÉMA.» ROLLING STONE « UN DES DOCUMENTAIRES À VOIR ABSOLUMENT SUR HOLLYWOOD.» ROGEREBERT.COM MAINTENANT AU CINÉMA VERSION ORIGINALE ANGLAISE 335, boul.de maisonneuve est berri-uqam (514) 842-9768 cinematheque.qc.ca cinematheque.quebecoise cinemathequeqc Avant les rues Un ?lm de Chloé Leriche, 97 min - VOSTF DÈS LE 15 JUILLET 19h00 Une histoire de l\u2019érotisme Du 7 juillet au 31 août P h o t o : M a r i e - P i e r M e i l l e u r Belle de jour de Luis Buñuel 17 juil.17h00 Valérie de Denis Héroux 18 juil.19h00 Lolita d'Adrian Lyne 19 juil.21h00 La belle captive d'Alain Robbe-Grillet 21 juil.21h00 De Palma tel qu\u2019en lui-même Le cinéaste se confie sans détour dans le documentaire de Jake Paltrow et Noah Baumbach Ode aux ados attardés CINÉMA DU PARC Brian De Palma, au centre, avec ses amis réalisateurs Jake Paltrow et Noah Baumbach AZ FILMS Que peut-on attendre d\u2019un film français s\u2019intitulant Five ? D O M I N I C T A R D I F 1 4 janvier 2016, 14 h 08.Depuis un sous-sol de la tour brune de Radio-Canada, Fanny Britt commémore la mort de son frère en égrenant dans le micro de Plus on est de fous, plus on lit, les phrases vertigineusement éprouvantes parce que lumineuses, et vice-versa.« La douleur de perdre ceux qu\u2019on aime, c\u2019est terrible.Au début, c\u2019est tellement aigu qu\u2019on a les poumons tout comprimés, comme capitonnés des assauts répétés de la perte, quand jour après jour le réveil nous rappelle que c\u2019est arrivé pour vrai, que c\u2019était pas un mauvais rêve.Mais ce qu\u2019on sait pas [\u2026], c\u2019est que ces assauts-là, ce sont aussi nos seuls contacts avec les disparus et, qu\u2019au fil du temps, ils prennent une autre teinte, toujours douloureuse, mais également, je dirais, un peu exquise », racontait alors de sa voix douce et irrévocable l\u2019écrivaine à une Marie-Louise Arsenault vraisemblablement remuée (tout comme nous).Avec ses billets mêlant journal intime, portrait de société, éditorial, revue de presse et recommandations de lecture, la dramaturge et romancière appar tient à une cohor te de nouvelles voix conjuguant au micro de ce qu\u2019on appelait jadis la Première Chaîne littérature, sociologie et storytelling, tout en évinçant pour de bon le cliché du chroniqueur radio débitant bêtement des resucées de Wikipédia.« Je commence toujours avec une anecdote qui n\u2019a en apparence rien à voir, mais qui colle à mon sujet, après je l\u2019aborde de front, et je finis avec une question ou un édito.C\u2019est très important pour moi de raconter une histoire, comme on le fait dans les podcasts que j\u2019aime », explique Fabien Loszach, dont les chroniques présentées à l\u2019émission techno La sphère étaient récemment rapaillées dans 50 questions pour expliquer le Web à mon père.En enfilant les lunettes du Barthes de Mythologies, le sociologue et publicitaire s\u2019y attelle à cerner ce que l\u2019ascendant des téléphones intelligents, l\u2019engouement pour les Google Glass et le numérique en général révèlent de nos travers et de nos splendeurs, avec un sens de la formule toujours élégamment goguenarde.Jusqu\u2019à quel point ses chroniques sont-elles écrites avant d\u2019entrer en studio ?«Matthieu Dugal [animateur de La sphère] m\u2019a déjà dit : \u201cTu as le texte devant toi, c\u2019est important, mais c\u2019est du jazz, tu peux combler avec autre chose\u201d», illustre celui qui confie répéter au moins 15 fois, à la maison, sa chronique, avant de la livrer, et se faire un point d\u2019honneur de téléphoner à son paternel après l \u2019 enr e g is t r ement a f in de mesurer sa compréhension.« On emprunte aussi au rock pour les punch lines, pour forger la phrase qui va faire sourire.» Fabien Cloutier af fir- mait pour sa part lors de la parution de Trouve-toi une vie (Lux), livre regroupant ses décortications de régionalismes d\u2019abord créées à Plus on est de fous\u2026, avoir voulu épouser le r ythme militaire du trash metal de Slayer ! Tout en notant que la radio québécoise demeure, autant au public qu\u2019au privé, un média de la jasette où, la plupart du temps, deux personnes discutent ensemble, Loszach se réjouit que ce média de la nar- rativité qu\u2019est le podcast fasse \u2014 timidement \u2014 des petits ici, dans ces brefs espaces de s low media que sont, par exemple, les chroniques de Fanny Britt.«Le podcast a ceci de par ticulier qu\u2019on l\u2019écoute pour se faire raconter une histoire, et on sent de plus en plus cette préoccupation ici », ob- ser ve-t-il, en évoquant l\u2019influence de This American Life.Une radio réellement universitaire À l\u2019antenne de CHOQ FM, la radio de l\u2019UQAM, Jean-Mi- chel Berthiaume et sa coani- matrice Hélène Laurin consacraient récemment le 103e épisode de Pop-en-stock au studio Pixar.D\u2019abord une revue en ligne considérant la culture pop par la lorgnette de la recherche universitaire, la plateforme imaginée par les profs Samuel Archibald et Antonio Dominguez Leiva se déploie désormais par l\u2019entremise d\u2019une collection d \u2019 e s s a i s a u x é d i t i o n s d e Ta Mère et plus récemment d\u2019un colloque \u2014 les voies habituelles des dépar tements d\u2019études littéraires \u2014 ainsi que, depuis 2013, par l\u2019entremise de cette émission de radio-balado, au ton oscil - lant pour le mieux entre le séminaire de haute tenue et la discussion de comptoir.« L\u2019émission de radio est un outil, non seulement intéressant mais incontournable, dans le domaine de la recherche universitaire actuelle, fait valoir Berthiaume.J\u2019ai par ticipé à tellement d\u2019activités universitaires qui n\u2019étaient pas enregistrées ni conservées d\u2019une quelconque autre manière, c\u2019est ef farant, le gaspillage de bonnes idées qu\u2019on fait aux études supérieures.Tant de temps de travail investi à bâtir des réflexions super-intéres- santes qui, au final, ne seront exposées qu\u2019à une poignée de gens dans une salle de cours.» Pour Fanny Britt, la car te blanche de Plus on est de fous, plus on lit porte en elle une occasion rare d\u2019ébranler, avec des armes différentes, cet édifice d\u2019idées reçues qu\u2019érige jour après jour la pop-psychologie, travail herculéen et nécessaire entrepris dans son roman Les maisons (Le Cheval d\u2019août).« C\u2019est un peu ma posture morale ou politique, de contribuer à percer des trous dans l \u2019ar mure soc ia le qu \u2019on se construit, observe-t-elle.Il faut prendre la parole pour combattre l\u2019impératif de la per for- mance, l\u2019impératif d\u2019une certaine notion de bonheur et de succès.C\u2019est important de dire : \u201cJ\u2019ai le droit d\u2019être faible.\u201d J\u2019ai reçu des témoignages d\u2019auditeurs très émus, pour qui j\u2019avais comme ouvert un robinet.En ce sens-là, cet espace de parole, une parole dite mais aussi d\u2019abord écrite, donc contrôlée, est précieux.» Collaborateur Le Devoir 50 QUESTIONS POUR EXPLIQUER LE WEB À MON PÈRE Fabien Loszach Cardinal Montréal, 2016, 272 pages C H R I S T I A N D E S M E U L E S P lus de cinq millions de réfugiés, 250 000 morts, des bombes à la tonne, de la folie et des prières restées lettre mor te : bienvenue en Syrie.Malgré l\u2019indifférence et la saturation, des voix d\u2019exception se font encore entendre pour dire l\u2019horreur et l\u2019actualité toujours brûlante du conflit qui a mis ce pays du Moyen- Orient à feu et à sang il y a maintenant cinq ans.Comme celle de Samar Yaz- bek, romancière, poète et journaliste syrienne née en 1970, qui n\u2019avait d\u2019autre choix, dit-elle, que de continuer à regarder l\u2019horreur dans les yeux.Après avoir réussi à fuir avec sa fille en France en juillet 2011, elle a choisi de retourner en Syrie et de partager, souvent au péril de sa vie, le quotidien de Syriens pris entre deux feux, coincés entre la terreur noire du groupe État islamique et les frappes sauvages du régime d\u2019Assad.Un premier récit, Feux croisés.Journal de la révolution syrienne (Buchet-Chastel, 2012), racontait les premiers mois de la révolution.L\u2019auteure y racontait sa participation, dès le début, en mars 2011, au soulèvement contre la dictature de Ba- char al-Assad, aux cortèges pacifiques organisés chaque vendredi et dispersés par des chars d\u2019assaut et des tireurs d\u2019élite.Incapable de supporter tranquillement l\u2019exil, l\u2019auteure des Portes du néant raconte ainsi plusieurs voyages ef fectués pendant une année en 2012 et 2013 afin de mettre sur pied une organisation visant à responsabiliser les femmes et à assurer l\u2019éducation des enfants.À chacun de ses séjours en Syrie, elle ouvre grands les yeux.Avec chaque fois l\u2019impression de pénétrer dans un nouveau cercle de l\u2019enfer tel qu\u2019imaginé par Dante.Les points de passage clandestins entre la Syrie et la Turquie, devenus autant d\u2019occasions pour les Turcs de faire de l \u2019argent.Les mercenaires sala- fistes étrangers qui agissent en Syrie comme s\u2019ils étaient chez eux.La menace permanente des barils d\u2019explosifs venus du ciel, des roquettes et des MiG d\u2019Assad.En un mot : la mort, partout, concrète, avec son odeur de sang et de gravats, aussi présente que l\u2019air qu\u2019on y respire.D\u2019origine alaouite \u2014 traître d\u2019un côté et appar tenant, de l\u2019autre, à «une secte d\u2019infidèles » \u2014, Samar Yazbek raconte ce qu\u2019elle voit, recueille les témoignages, tisse des liens et confronte les hommes et les idées, avec pour objectif de dire l\u2019héroïsme quotidien des Syriens (hommes, femmes et enfants) livrés au chaos et ballottés entre les conflits internes qui ont détourné et affaibli la révolution.La Syrie de ses souvenirs avait pour tant été « l\u2019un des plus beaux pays du monde ».Cinq ans plus tard, c\u2019est une plongée dans l\u2019absurde, un o c é a n d e s a n g , u n mauvais scénario où la réalité défie la fiction.Avec ses mots comme seule arme, l\u2019écrivaine syrienne nous confie son impuissance teintée d \u2019une nosta lg ie amère.« Il n\u2019y a qu\u2019un seul vainqueur en Syrie : la mor t.On ne parle que d\u2019elle, partout.Tout est relatif, sujet au doute.La seule chose dont on puisse être certain, c\u2019est que la mort triomphera.» Collaborateur Le Devoir LES PORTES DU NÉANT Samar Yazbek Traduit de l\u2019arabe par Rania Samara Stock Paris, 2016, 306 pages L I V R E S CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 6 E T D I M A N C H E 1 7 J U I L L E T 2 0 1 6 E 6 JE M\u2019ABONNE À RELATIONS : NOM ______________________________________________________________________________ ADRESSE ____________________________________________________________________________ VILLE ______________________________________________________________________________ CODE POSTAL _____________________ TÉLÉPHONE ( ________ )________________________________ COURRIEL ___________________________________________________________________________ COCHEZ SVP SI VOUS ACCEPTEZ DE RECEVOIR NOS INFOLETTRES TPS : R119003952 TVQ : 1006003784 JE PAIE PAR CHÈQUE À : LA SODEP (RELATIONS) OU PAR CARTE DE CRÉDIT NUMÉRO DE LA CARTE EXPIRATION SIGNATURE __________________________________________ L\u2019ABONNEMENT DONNE UN ACCÈS AUX ARCHIVES DES 3 DERNIÈRES ANNÉES SUR LE SITE ET À LA VERSION NUMÉRIQUE (PDF) COCHEZ : VERSION IMPRIMÉE ET VERSION NUMÉRIQUE (PDF) 1 an (6 numéros) 40 $ 2 ans (12 numéros) 70 $ 1 an, étudiant* 25 $ 1 an, à l'étranger 55 $ 1 an, de soutien 100 $ VERSION NUMÉRIQUE (PDF) SEULEMENT 1 an 30 $ 1 an, étudiant* 20 $ Taxes incluses, sauf abonnement à l\u2019étranger * Sur justificatif (OBLIGATOIRE) AUSSI DANS CE NUMÉRO Un débat sur Donald Trump, la chronique poétique de Natasha Kanapé Fontaine et le Carnet de Bernard Émond ARTISTE INVITÉ René Derouin NOUVEAU NUMÉRO 785 AOÛT 2016 POUR VOUS ABONNER, RETOURNEZ CE COUPON AVEC VOTRE PAIEMENT À : SODEP (revue Relations) C.P.160, succ.Place d\u2019Armes, Montréal QC H2Y 3E9 SOMMAIRE ET ABONNEMENT : revuerelations.qc.ca DOSSIER : Des millions d\u2019hectares de terres sont appropriés pour la spéculation, l\u2019agrobusiness ou encore l\u2019extraction minière, menaçant la souveraineté alimentaire des pays du Sud comme du Nord.Comment faire face au problème ?Fabien Loszach et Fanny Britt appartiennent à une nouvelle cohorte de voix mêlant sur la bande FM littérature, sociologie et stor ytelling.Mais comment, au juste, écrit-on une chronique radio ?Comment écrire à la radio De nouvelles voix conjuguent littérature, sociologie et storytelling ESSAI ÉTRANGER Dans l\u2019enfer syrien JOËL SAGET AGENCE FRANCE-PRESSE Après avoir réussi à fuir en France en juillet 2011, Samar Yazbek a choisi de retourner en Syrie.MARTIN LABBÉ Fabien Loszach a réuni dans un livre ses chroniques présentées à l\u2019émission techno La sphère.CHRISTIAN CÔTÉ RADIO-CANADA Fanny Britt veut ébranler cet édifice d\u2019idées reçues qu\u2019érige jour après jour la pop-psychologie.LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE TOPAZ Hakan Günday Traduit du turc par Jean Descat Galaade Paris, 2016, 240 pages Changer du toc en or massif, des paroles en l\u2019air en contrats, du désir contre des commissions de vente, c\u2019est l\u2019étrange alchimie qui est au cœur de Topaz, du Turc Hakan Günday, roman porté par un cynisme absolu, presque terrifiant.Depuis ses débuts, l\u2019écrivain incarne un peu la voix de la contre-culture dans son pays, éclairant de son indignation le service militaire et la question kurde (Ziyan, 2014) ou l\u2019immigration clandestine (Encore, prix Médicis étranger en 2015).Paru en Turquie en 2005, Topaz cible cette fois le tourisme de masse et s\u2019intéresse à Kozan, jeune diplomate déchu et meilleur vendeur du Topaz Jewellery Center, une bijouterie près d\u2019Antalya qui est le «plus grand trou noir de l\u2019univers».Une incursion violente au cœur d\u2019un monde sans morale, dominé par le mensonge («qui est dans l\u2019essence même du tourisme»), l\u2019escroquerie et la recherche du profit instantané.Bienvenue dans la jungle.Christian Desmeules L I V R E S CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 6 E T D I M A N C H E 1 7 J U I L L E T 2 0 1 6 E 7 P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois Vrai ou faux Chrystine Brouillet/Druide 1/5 Vi Kim Thúy/Libre Expression 2/14 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 2 Basilics Anne Robillard/Wellan 3/8 Ça peut pas être pire.Nathalie Roy/Libre Expression 4/8 L\u2019amour au temps d\u2019une guerre \u2022 Tome 2 1942.Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 8/13 La femme qui fuit Anaïs Barbeau-Lavalette/Marchand de feuilles 7/12 Souvenirs d\u2019autrefois \u2022 Tome 3 1920 Rosette Laberge/Les Éditeurs réunis 6/5 La théorie du drap contour Valérie Chevalier/Hurtubise 5/13 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 1 Descente.Anne Robillard/Wellan 10/9 J\u2019adore Rome.Enquête dans les bas-fonds du.Isabelle Laflèche/Québec Amérique 9/8 Romans étrangers Crossfire \u2022 Tome 5 Exalte-moi Sylvia Day/Flammarion Québec \u2013/1 La fille de Brooklyn Guillaume Musso/XO 2/16 Le temps des regrets Mary Higgins Clark/Albin Michel 1/6 Mariachi Plaza Michael Connelly/Calmann-Lévy 3/6 L\u2019insoumis John Grisham/Lattès 5/9 L\u2019horizon à l\u2019envers Marc Levy/Robert Laffont 4/22 Belles de Shanghai Amy Tan/Guy Saint-Jean \u2013/1 Le Mercato d\u2019hiver Philip Kerr/Masque 8/5 L\u2019amie prodigieuse Elena Ferrante/Gallimard 9/2 Sans nouvelles de toi Joy Fielding/Michel Lafon 7/10 Essais québécois Les passagers clandestins.Métaphores et trompe.Ianik Marcil/Somme toute 3/3 Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces.Boucar Diouf/La Presse 2/39 Le multiculturalisme comme religion politique Mathieu Bock-Côté/Cerf 1/6 Kuei, je te salue.Conversation sur le racisme Deni Yvan Béchard | Natasha Kanapé Fontaine/Écosociété 7/10 Survivre à l\u2019offensive des riches Roméo Bouchard/Écosociété \u2013/1 Une escroquerie légalisée Alain Deneault/Écosociété 6/14 Le livre qui fait dire oui Sol Zanetti/du Québécois \u2013/1 La route du Pays-Brûlé.Archéologie du.Jonathan Livernois/Atelier 10 \u2013/1 Le guide des bars et pubs de Saguenay Mathieu Arsenault/Quartanier 4/9 Trouve-toi une vie.Chroniques et sautes d\u2019humeur Fabien Cloutier/Lux \u2013/1 Essais étrangers La puissance de la joie Frédéric Lenoir/Fayard 1/25 Les Trumperies.Le meilleur du pire de Donald.François Durpaire | Kévin Picciau/Édito 4/3 Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 3/21 Ivres paradis, bonheurs héroïques Boris Cyrulnik/Odile Jacob 2/7 M Train Patti Smith/Gallimard 6/2 Demain, un nouveau monde en marche Cyril Dion/Actes Sud 7/2 Le sens du social.Les puissances de la.Franck Fischbach/Lux \u2013/1 Je dirai malgré tout que cette vie fut belle Jean d\u2019Ormesson/Gallimard \u2013/1 Justice Michael J.Sandel/Albin Michel \u2013/1 Économie du bien commun Jean Tirole/Presses universitaires de France 8/3 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 4 au 10 juillet 2016 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.M I C H E L B É L A I R O n ne présente pas Michael Connelly.Ni Harry Bosch, d\u2019ailleurs.Ces deux-là, l\u2019auteur et son principal personnage, occupent l\u2019espace depuis si longtemps, avec des œuvres et des histoires si marquantes \u2014 on pense aux romans La glace noire, La blonde en béton, Les égouts de Los Angeles, le gigantesque Le poète, Créance de sang et plusieurs autres \u2014, qu\u2019ils ont participé à la redéfinition même du genre «policier».Point final ?Pas tout à fait.Remarquons d\u2019abord que tous ces titres qui ont permis à Michael Connelly de donner un nouvel élan à un genre qui s\u2019essoufflait remontent déjà à plusieurs années\u2026 et que l\u2019auteur prolifique qu\u2019il est continue de publier au moins un livre en traduction française tous les douze mois.Dans un même élan, soulignons aussi qu\u2019aucun ne s\u2019est vraiment démarqué depuis longtemps.Fort longtemps même.Pour arriver à se multiplier \u2014 diluer ?\u2014 autant, Connelly a p l acé son hér os Har r y Bosch, maintenant en fin de carrière, aux « cold cases », avec la réser ve inépuisable d\u2019af faires à fouiller que cela implique.For t bonne idée ; par tout, les archives de cas non résolus sont aussi multiples que diversifiées.Encore plus même à Los Angeles, où les mots « police », « abus de pouvoir » et « corruption » ont souvent été synonymes, on en aura d\u2019ailleurs un autre bel exemple ici.Notons encore qu\u2019au fil des années, Connelly a sur tout inventé à Bosch une sorte de demi-frère, un avocat, l\u2019insupportable Mickey Haller (Lincoln Lawyer), qui n\u2019arrête pas de déteindre sur tout ce qu\u2019il écrit depuis au moins cinq ou six ans.Ouppsss ! C\u2019est dit, assumons: oui, Michael Connelly s\u2019est mis à radoter comme Mickey Haller et à expliquer la moindre chose comme s\u2019il s\u2019adressait à des lecteurs d\u2019âge mental très moyen n\u2019ayant jamais lu autre chose avant.Heureusement, ici, Mickey Haller ne surgira pas à l\u2019improviste ; Harry Bosch prendra toute la place, mais en s\u2019appropriant presque les tics de son espèce de demi-frère plus ou moins avéré.Avec une toute nouvelle partenaire qu\u2019il aura tendance à traiter comme une adolescente \u2014 presque de la même façon que sa fille, en fait \u2014, Harr y s\u2019attaquera à pas moins de trois affaires en même temps.Celle, centrale, d\u2019un mariachi ayant vécu une bonne dizaine d\u2019années avec une balle dans la colonne vertébrale: c\u2019est là que se cache l\u2019histoire de corruption.Et deux autres enquêtes non résolues aussi, périphériques: un incendie criminel auquel, ô hasard! a survécu la nouvelle partenaire quand elle était toute jeune et un braquage survenu en même temps.En tournant comme d\u2019habitude les coins serrés, mais justifiant cette fois le moindre de ses gestes comme le ferait Mickey Haller, en tirant souvent la couverture comme il ne faut pas le faire, Harry et Lucy parviendront à résoudre le casse-tête des trois affaires qui se recoupent en des angles impossibles.Une fois de plus, Bosch parviendra à montrer qu\u2019au fond les autorités en p lace ont tou jours beau - coup de dif ficulté à accepter la vérité et à en tirer les conclusions qui s\u2019imposent.Bien mené, oui, mais un peu sciant\u2026 Collaborateur Le Devoir MARIACHI PLAZA Michael Connelly Traduit de l\u2019anglais par Robert Pépin Calman-Lévy Paris, 2016, 423 pages POLAR Harry Bosch se multiplie\u2026 D A N I E L L E L A U R I N D es mères au foyer, dans une banlieue résidentielle de Londres.Train-train quotidien, banalité des conversations, tandis que gronde une profonde insatisfaction.Attention, danger.Révolte sur le point d\u2019exploser.C\u2019était la ligne directrice d\u2019Arlington Park, le premier roman de l\u2019écrivaine britannique Rachel Cusk traduit en français, il y a près de 10 ans, son septième livre en réalité.Adapté au cinéma dans un contexte français avec Emma- nuelle Béart sous le titre La vie domestique, il paraît tout juste en poche sous cette nouvelle appellation.L\u2019auteure de 49 ans, née au Canada, a en outre signé un essai polémique sur la maternité et, plus récemment, un ouvrage en grande partie inspiré de son divorce.Elle a fait des relations de couple et de la famille son terrain de jeu.Un terrain de jeu où elle s\u2019applique à mettre le feu.Son nouveau roman, Disent- ils, se présente comme un feu d\u2019artifice d\u2019échecs amoureux.Couples brisés, ou sur le point de l\u2019être.Et familles disloquées le cas échéant.Même quand le mariage tient, la relation s\u2019est effritée la plupart du temps.Il suf fit de gratter le vernis derrière les apparences d\u2019une vie comblée.La narratrice, mère de deux garçons, est elle-même divorcée, et ne s\u2019en remet pas.Elle ne se remet pas d\u2019avoir vu sa vie voler en éclats.D\u2019avoir perdu dans cette rupture ses illusions.Et une partie d\u2019elle- même, de son identité.Sa définition de l\u2019amour au- jourd\u2019hui : «croire à ce que vous seul pouvez voir ».Une définition qui, elle en convient, «propose une base bien éphémère sur laquelle fonder sa vie».Que s\u2019est-il passé au juste, pourquoi son mariage s\u2019est-il dissous, on ne le saura pas.Elle ne se l\u2019explique tout simplement pas.Ce qu\u2019elle retient : « un mariage est un système de croyances, une histoire, et même s\u2019il se manifeste à travers des choses plutôt concrètes, la force qui le nourrit est au bout du compte mystérieuse.» Mystérieuse, la narratrice le demeure aussi à nos yeux.Elle nous dit très peu de choses sur elle.Mis à part sa situation de mère de famille divorcée, on sait que Faye, dont on n\u2019apprend le prénom que vers la fin du roman, est écrivaine.Et que sa situation financière n\u2019est pas très reluisante.La vie des autres On l\u2019attrape au vol, c\u2019est le cas de le dire.On la découvre alors qu\u2019elle quitte Londres pour Athènes, où elle est invitée à donner un atelier d\u2019écriture.On la quitte au moment où elle retourne chez elle.Entre les deux : une série de rencontres qui donnent lieu à toutes sortes de confidences.De la part des autres.Un richissime homme d\u2019affaires prêt à investir dans un magazine littéraire, un armateur grec désargenté, une poète homosexuelle harcelée par un fan, une écrivaine de best-sellers qui se la joue, une jeune fille abusée\u2026 tous se confient à elle, sont avides de se raconter.Ils épluchent sans pudeur leur vie intime.Et s\u2019épanchent sur leur mal-être, leurs désillusions, leurs frustrations.Il faut dire que Faye, ef fa- cée, a l\u2019art d\u2019écouter, de susciter les aveux.Mais aussi de démasquer les mensonges, la mauvaise foi.Toutes ces fictions qu\u2019on se construit à propos de sa propre vie.Et cette façon que nous avons de nier notre part de responsabilité dans nos échecs, amoureux ou autres.C\u2019est là-dessus que Rachel Cusk met le doigt à travers sa narratrice.Entre autres.Ce qui transparaît aussi, c\u2019est à quel point la vie des autres peut servir de miroir, de caisse de résonance.La narratrice, déboussolée, entre deux eaux, ne sachant plus où poser le pied, voit sa vie lui apparaître en creux au contact des autres : « [\u2026] je commençais à voir mes peurs et mes désirs se manifester hors de moi, à reconnaître dans la v i e de s au t re s un commentaire de la mienne.» Disent-ils est l\u2019antithèse du roman d\u2019action.Pour le suspense, on repassera.Sauf, peut-être, en ce qui concerne l\u2019évolution de la relation que Faye entretient avec un inconnu plus âgé qui ne l\u2019attire pas du tout à première vue.Tout commence et se termine sur un malentendu.De quoi sont faites nos relations ?Ce pourrait être la question clé du roman.Si Di- sent-ils est moins caustique, moins acide qu\u2019Arlington Park, il n\u2019en est pas moins désenchanté.La grande originalité se situe dans le chassé- croisé des confidences et dialogues, dans l\u2019orchestration des voix disparates, le télescopage des propos.Si le procédé peut devenir quelque peu répétitif, le résultat n\u2019est pas loin d\u2019être éblouissant.On croirait entendre un c h œ u r.C o m m e e n é c h o .Ça résonne.Collaboratrice Le Devoir DISENT-ILS Rachel Cusk Traduit de l\u2019anglais par Céline Leroy L\u2019Olivier Paris, 2016, 208 pages Couples en déroute La romancière anglaise Rachel Cusk scrute sans ménagement les dessous de la vie conjugale LEON NEAL AGENCE FRANCE-PRESSE Rachel Cusk a fait des relations de couple et de la famille son terrain de jeu.FRAZER HARRISON AGENCE FRANCE-PRESSE Michael Connelly, à gauche, en compagnie de l\u2019acteur Titus Welliver, qui personnifie son personnage de Bosch dans une nouvelle série télévisée dif fusée sur Amazon en 2015.LA VITRINE BANDE DESSINÉE LA COLÈRE DU MARSUPILAMI Yoann et Vehlmann Dupuis Bruxelles, 2016, 56 pages Les indécrottables fidèles de la série vont être subjugués.Après avoir brutalement disparu des Aventures de Spirou et Fantasio en\u2026 1969 \u2014 oui, ça ne rajeunit personne \u2014 dans l\u2019album Le faiseur d\u2019or de Jean-Claude Fournier assisté par Franquin, le Marsupilami marque son grand retour dans ce 55e chapitre.Et il n\u2019est pas de bonne humeur.Oh, que non ! En tournant les pages, le lecteur va rapidement saisir le pourquoi du comment : Spirou s\u2019est fait « zorglonder » la mémoire par Zantafio, le cousin toxique de Fantasio, qui cherche à vendre l\u2019animal à la queue préhensile à un richissime Palombien.Le pas fin s\u2019est d\u2019ailleurs terré dans l\u2019hiver canadien, où nos deux héros vont aller le chercher pour démêler tout ce bazar.Fabien Vehlmann au scénario et Yoann au dessin trouvent ici, dans cette cinquième collaboration, la tonalité juste entre la tradition héritée de Franquin, les grandes lignes narratives de cette œuvre patrimoniale et le ressort comique que l\u2019animal revient forcément injecter dans cette série.L\u2019ensemble ne peut-être que réjouissant.Pour ceux qui aiment, du moins.Fabien Deglise JEUNESSE CIRCUS MIRANDUS Cassie Beasley Auzou Paris, 2015, 368 pages Micah Tuttle, jeune orphelin, vit avec sa grand-tante, mégère et irascible, et son grand-père mourant.Ce dernier lui dévoile, dans un dernier élan de vie, le secret du Circus Miran- dus, un cirque qui apparaît seulement aux yeux de ceux qui y croient.Cette révélation aura pour effet de changer la vie du garçon.Voilà un univers comparable à celui de Tim Burton, frôlant aussi celui de James M.Barrie avec son Peter Pan.Si ce premier roman de la jeune Cassie Beasley compte quelques longueurs, dans l\u2019ensemble on a là une intrigue généralement bien ficelée.Des analepses fréquentes peuvent par ailleurs nuire aux lecteurs peu expérimentés puisque plusieurs histoires \u2014 notamment celle de l\u2019enfance du grand- père ou de l\u2019épouse de ce dernier \u2014 s\u2019entremêlent au présent de Micah, déjà bien chargé d\u2019imaginaire.Mais l\u2019écriture très cinématographique de l\u2019auteure \u2014 les droits auraient d\u2019ailleurs été achetés par un studio américain \u2014 en facilite assurément l\u2019abord.Un roman à découvrir.Marie Fradette L I V R E S CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 6 E T D I M A N C H E 1 7 J U I L L E T 2 0 1 6 E 8 Direction générale et artistique Grégoire Legendre festivaloperaquebec.com Starmania opéra Plamondon - Berger Mise en scène Michel Lemieux et Victor Pilon Adaptation musicale Simon Leclerc 30, 31 juillet, 1er, 3 et 4 août à 20 h Salle Louis-Fréchette, Grand Théâtre de Québec Les quatre ténors 24 juillet à 20 h La cour du Vieux-Séminaire de Québec Christophe Dumaux et Bernard Labadie 26 juillet à 20 h, Palais Montcalm Prima la musica, poi le parole Salieri Le directeur de théâtre Mozart 31 juillet, 2 et 5 août à 20 h, Théâtre La Bordée Gounod à l\u2019apéro 25 au 29 juillet à 16 h Chapelle du Musée de l\u2019Amérique francophone La brigade lyrique Mercredi au dimanche inclusivement 2 représentations par jour Divers lieux à travers la ville de Québec Le serpent et le chat Opéra jeunesse 24 au 29 juillet, La Maison Jaune Les Grands Feux Loto-Québec 6 août à 22h 24 juillet au 6 août 2016 billetech.com 1 877 643-8131 Le rendez-vous lyrique de l\u2019été ! COMPLET L e nationaliste libéral Honoré Mercier (1840-1894) a été le premier ministre du Québec pendant moins de cinq ans (1887- 1891).Il a néanmoins fortement marqué notre histoire.«Pendant ces cinq années de gouvernement national, écrivait Lionel Groulx en 1952, l\u2019atmosphère de la province s\u2019était singulièrement haussée.Le pays québécois avait repris confiance en son destin.À la voix de cet homme qui avait les pieds si solidement posés sur le sol et qui savait penser et sentir collectivement, la nation s\u2019était sentie reliée aux meilleures constantes de son histoire, aux plus robustes de ses lignes de force.» Devenu chef du Parti libéral du Québec en 1883 après avoir flirté, dans sa jeunesse, avec les conservateurs, Mercier souhaitait un ralliement national des Canadiens français afin de contrer les intentions centralisatrices du gouvernement fédéral, soumis à la majorité anglaise.En 1889, dans un de ses plus célèbres discours, il résumait ainsi son credo politique : «Sacrifions nos haines partisanes sur l\u2019autel de la patrie ! Que notre cri de ralliement soit tout simple : cessons nos luttes fratricides ; unissons-nous.» L\u2019ineffable John Saul, dans ses Réflexions d\u2019un frère siamois (Boréal, 1998), blâme Mercier pour ce programme.« C\u2019était du nationalisme négatif à l\u2019état pur», écrit-il, en ajoutant que le politicien «a officiellement inauguré l\u2019épreuve de force entre le fédéral et le provincial dans laquelle nous sommes encore engagés aujourd\u2019hui».Mercier, c\u2019est une évidence, avait «du panache et beaucoup de prestance », comme le souligne Éric Bédard dans L\u2019histoire du Québec pour les nuls (First, 2012) et ses succès «inquiètent le Canada anglais qui craint la création d\u2019un État québécois indépendant», écrivent Lacoursière, Pro- vencher et Vaugeois dans leur classique Ca- nada-Québec.1534-2015 (Septentrion, 2015).Éloquent monologue L\u2019homme est pour tant mor t dans la déchéance en 1894, à 54 ans, sali par des accusations jamais prouvées de fraude.Une rumeur veut qu\u2019il ait songé à écrire ses mémoires, à la fin de sa vie, pour s\u2019expliquer, pour se justifier.Le projet ne s\u2019est pas réalisé, mais le polito- logue Claude Corbo, ancien recteur de l\u2019UQAM et admirateur de Mercier, a choisi d\u2019imaginer ce que cela aurait pu donner.Avec Honoré Mercier par lui-même, Corbo propose « une fiction historique qui prend la forme d\u2019un monologue de Mercier, le monologue d\u2019un homme malade, en fin de vie, qui veut laisser un témoignage que personne ne pourra ignorer ».Respectueuse des faits de l\u2019histoire politique, cette autobiographie fictive s\u2019en tient toutefois, c\u2019est l\u2019intérêt de la démarche, au point de vue de Mercier, pour nous faire vivre son expérience de l\u2019intérieur.Sur les plans historique et politique, l\u2019exercice s\u2019avère captivant et éclairant pour aujourd\u2019hui.Il montre que le parcours de Mercier, au fond, est représentatif de l\u2019expérience nationaliste québécoise à travers l\u2019histoire.Les doutes, les détours, les espoirs et les enthousiasmes du politicien ont été le lot, depuis la Confédération de 1867, de tous les Québécois en quête de la meilleure solution pour le plein épanouissement de leur peuple.Mercier a voulu croire à la bonne entente canadienne, mais il a dû se résigner à conclure que, dans le Canada fédéral qui exécute Louis Riel en 1885, les Québécois et les autres francophones seraient toujours traités comme des citoyens de seconde zone.Fort de la leçon de son père patriote qui lui répétait que nous étions «un peuple conquis, mais pas soumis», conscient du fait que « c\u2019est toujours un grand malheur pour un peuple que d\u2019être minoritaire», Mercier a fait de l\u2019autonomie provinciale le grand combat de sa vie.On imagine sans mal que, s\u2019il avait vécu en 1980 et en 1995, il aurait voté Oui avec enthousiasme.Toutefois, à son époque, la question ne se posait pas en ces termes.Mercier et Lisée Corbo s\u2019en tient sagement à l\u2019histoire, mais rien n\u2019interdit de noter que la situation actuelle n\u2019est pas sans rappeler celle de l\u2019époque de Mercier, à certains égards.Pendant toute sa carrière, le politicien a déploré «la division des Canadiens français en partis politiques opposés», division qui bénéficiait à «ceux qui nous détestaient».Or, il apparaît évident, aujourd\u2019hui, que la division des nationalistes québécois en de multiples partis qui se font concurrence (PQ, CAQ, QS, ON) a pour effet de maintenir au pouvoir un Parti libéral (PLQ) ultrafédéraliste pourtant rejeté par une majorité de la population.Il est tout aussi évident, cependant, qu\u2019un simple appel au ralliement nationaliste en vue d\u2019en finir avec le règne libéral est inopérant, étant donné les profonds et légitimes désaccords idéologiques qui existent entre les formations politiques opposées au PLQ.Un souverainiste de gauche ne se ralliera pas à la CAQ et un autonomiste de droite ne fera pas alliance avec QS.Dans ces conditions, et suivant la leçon de Mercier qui a gouverné comme un autonomiste progressiste faisant une place au conservatisme dans son programme, ne faut-il pas conclure que la voie à suivre, à court terme, pour reprendre confiance en notre destin, est celle d\u2019un autonomisme stratégique de centre gauche, por té par le PQ, qui repor te, sans l\u2019abandonner, l\u2019horizon souverainiste ?Jean-François Lisée, qui a déclaré s\u2019inspirer de Bernie Sanders, est peut-être plus, au fond, le successeur du grand Mercier.louisco@sympatico.ca HONORÉ MERCIER PAR LUI-MÊME FICTION HISTORIQUE Claude Corbo Del Busso Montréal, 2016, 236 pages La leçon d\u2019Honoré Mercier L I S E G A U V I N L e titre déjà, À l\u2019ombre de la langue légitime, fait signe au lecteur.Il sous-entend un manque : de lumière bien sûr, mais sur tout de reconnaissance et de l\u2019assurance qui l\u2019accompagne.Quelque chose comme un empêchement d\u2019exister pleinement par le langage.Tel est le propos d\u2019Annette Boudreau, qui décrit dans un essai magistral la problématique langagière en Acadie.Cette linguiste de formation n\u2019hésite pas à faire intervenir sa propre expérience d\u2019utilisatrice de la langue à côté des analyses et enquêtes qu\u2019elle a menées durant plusieurs années.À la manière de Didier Eribon, qui dans Retour à Reims raconte comment il en est venu à interroger les déterminismes sociaux présents dans son propre parcours, elle accomplit un retour à Moncton afin de comprendre et d\u2019expliquer les phénomènes à l\u2019origine de son propre positionnement dans la langue.«Depuis aussi longtemps que je me souvienne, j\u2019ai l\u2019impression de ne pas parler français comme il le fallait.» Cette insécurité fondamentale motive son choix de privilégier une approche sociolinguistique afin d\u2019étudier la langue comme pratique sociale et d\u2019examiner les stratégies mises en œuvre pour la représenter.Alors qu\u2019une collègue américaine dit ne pas être très attachée à sa langue et à sa culture («privilège des dominants »), Boudreau constate que les personnes vivant dans un milieu minoritaire n\u2019y sont jamais indif férentes.Ainsi l\u2019au- teure assume-t-elle pleinement sa subjectivité, se sachant en même temps extérieure et intérieure à son objet d\u2019analyse.Décrivant la situation telle que vécue à Monc- ton, elle constate qu\u2019«un francophone ne sait jamais dans quelle langue s\u2019exprimer dès qu\u2019il est dans l\u2019espace public » et qu\u2019il semble entendu que, dans une situation où il y a un unilingue anglophone, « c\u2019est aux francophones de s\u2019adapter », puisqu\u2019ils sont bilingues.L\u2019idéologie du bilinguisme masque mal, selon elle, les rapports de force qui existent entre les langues et la mi- norisation du groupe francophone.Trois variétés de langue existent en Acadie : le français standard, le français acadien (marqué par les archaïsmes) et le chiac (reconnaissable par de nombreux emprunts à l\u2019anglais).Il faut donc se garder des généralisations et éviter de croire que le chiac, dont le nom viendrait d\u2019une contraction du mot «Shédiac», est le seul registre de langue qui a cours en Acadie.Un chapitre central de l\u2019ouvrage est consacré aux résultats de plusieurs enquêtes menées auprès des locuteurs de diverses régions du Nou- veau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse.Dans la région de Moncton et du Sud-Est, les jeunes interviewés partagent un « sentiment de dépossession linguistique et culturelle » et considèrent qu\u2019ils «parlent mal», avec souvent «des mots de travers », bien qu\u2019ils tiennent à s\u2019exprimer en français.Tous semblent accréditer l\u2019idée d\u2019une norme exogène qui serait davantage légitime que le parler vernaculaire acadien.À Baie- Sainte-Marie, en Nouvelle-Écosse, toutefois, un vernaculaire nommé l\u2019acadjonne tend à s\u2019imposer comme langue de communication.Analysant les productions culturelles depuis La Sagouine d\u2019Antonine Maillet jusqu\u2019aux réalisations plus récentes de France Daigle (et notamment son dernier roman Pour sûr), l\u2019au- teure constate que l\u2019attitude des créateurs a changé dans la mesure où leur mise en scène de la langue participe d\u2019un «discours qui a mis de l\u2019avant la nécessité de s\u2019émanciper des tutelles extérieures, et d\u2019inscrire une parlure (qu\u2019elle soit littéraire, sociale ou politique) dans sa matérialité, dans un milieu précis, dans ce cas-ci, en Acadie ».Certains créateurs, comme Lisa Le- Blanc et des groupes musicaux, n\u2019hésitent pas à afficher leur contre-légitimité et à proposer des gestes d\u2019insoumission à la culture dominante ayant pour ef fet « de libérer la parole ».Ces jeunes artistes « parlent\u2026 dans leur français\u2026 et de plus en plus.Ils ne parlent pas tous selon le standard attendu, mais ils parlent, ce qui augure un changement en profondeur».Il y aurait, selon Herménégilde Chiasson, deux Acadie.Une Acadie folklorique et mythique « fabriquée par des Acadiens vivant au Québec », et une Acadie réelle, fabriquée par ceux qui y vivent.Cette Acadie actuelle, Annette Boudreau l\u2019a bien identifiée à travers un ouvrage à la fois synthétique et prospectif qui renvoie à cette question fondamentale : « Comment être francophone aujourd\u2019hui en situation minoritaire?» Collaboratrice Le Devoir À L\u2019OMBRE DE LA LANGUE LÉGITIME L\u2019ACADIE DANS LA FRANCOPHONIE Annette Boudreau Classiques Garnier Paris, 297 pages ESSAI J\u2019avions un accent : l\u2019Acadie entre les discours LOUIS CORNELLIER BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES NATIONALES DU QUÉBEC Honoré Mercier a fait de l\u2019autonomie provinciale le grand combat de sa vie.PEDRO RUIZ LE DEVOIR Cer tains créateurs, comme Lisa LeBlanc, n\u2019hésitent pas à af ficher leur contre-légitimité et à proposer des gestes d\u2019insoumission à la culture dominante."]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.