La nouvelle barre du jour, 1 janvier 1978, Novembre
[" ex x ue iain & = CN 5) res as.aie I 33 os ae, INT bo J gd ue su ae jen we 0.te CG 4e, 18 ?: : he: 7, 6 LAU à.\"ne : PA A «fd «8 y 2 : Ë RS £2755 À = pan Eu À Le © sie just aad Ud : 2 ea Fe hi Lm a = = sa = = RES = Py im Ryn ra Eo Fag À on = ts Re ans ime se roue pie ri fo.\u2014 sers re pce fe RS ; Sis pu 3 te = SE Soo La bas eS ps a TT 3 ol as IR.rey = = 2 te ea = 6 as =, a Ages i 2x es is Lex = = = _ = es _ a = oe, Pe Taie pen cs i.= Se LE a i tL = EL = = = es = & ZE pcb 5 à ç la nouvelle barre du jour = LA NOUVELLE BARRE DU JOUR NUMÉRO 71 Novembre 1978 Secrétaire de rédaction : Jean Yves Collette Collectif : Nicole Brossard Michel Gay Louise Bouchard Jean Yves Collette Conseil graphique : Michèle Devlin Distribution exclusive : Diffusion Dimédia Inc.539, boul.Lebeau, Saint-Laurent, Qué.(514) 336-3941 Dépositaire en France : Librairie La répétition, 2'7 rue Saint-André-des-Arts, 75006 Paris, Toute correspondance doit être adressée à : La Nouvelle Barre du Jour, C.P.131, Succ.Outremont, Outremont, Qué.H2V 4M8 Les auteurs sont priés de n\u2019envoyer qu\u2019une copie de leur oeuvre, les documents n\u2019étant pas retournés.Les auteurs des textes que nous publions sont seuls responsables des opinions qu\u2019ils émettent.La reproduction des textes et des illustrations paraissant dans la Nouvelle Barre du Jour est strictement interdite.La Nouvelle Barre du Jour est répertoriée dans le Canadian Index, dans Radar et par la Pressotheque de langue française.La nbj est membre de l\u2019Association des éditeurs de périodiques culturels québécois.Dépot légal : Quatrième trimestre 1978 Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0704-1888 Sommaire Fictions : 5 Visage de l\u2019ombre sur la pierre 1 Guy Cloutier 1 11 La bella simonetta/ritratto muliebre | Marie-Claire Vaillancourt 17 A ma mere, a ma mere.; É Anne-Marie Alonzo i Histoire d\u2019écrire : | 24 Le hasard et l\u2019attention Philippe Haeck Intervention : 53 Des âges et des manières André-G.Bourassa Commentaires : 66 Le « Canto general » Michel Beaulieu 69 Genji le radieux Nicole Deschamps 75 « Fragiles lumières de la terre » Thuong Vuong-Riddick 79 Polyphonie.D\u2019une écriture ouvrière Joseph Bonenfant cast a = Lez mass mdi PO in Lee ms Di (Es > ere cs ax RE Ea = ETS - = TXT iy Shc Seas oo) rs = = Peu Det EE care is Eos = Ep tt eT Gr eR £7 te = es re = aE es Ee aig, Ti RE ECT < < a x ZE = As es EE 3 = Re 25 Es = x rns = ae ZEN ES Ea Tn Ranh = ere he = nes es EX Sr = Ter nx i = 2.Bu a Pe Lo = = i = > = : £2 = EE BE es.= = - ] ] ey = LA ti 1er at cris ' ; ; 8: pu 1 i ¥ Visage de l\u2019ombre bi ; ; sur la pierre | Guy Cloutier Bi.a Ginette Chevalier bi 8 dl QG AR i ; i in Ih i Hi Li fr i in Finalement la lune : ourlé en son ventre l\u2019éveil de la pierre quand le hibou chassait l\u2019aile de nos regards.Plus loin, comme en retrait : l\u2019herbe au flanc de nos portes.Sur le grès de nos étreintes un sang faisandait.CTC NE IE DERE ERA atid deal ti me TCC, ih ÿ Aux effluves de l\u2019ombre le pain in ti! rompu de nos mémoires.La lune quand saillit la pierre.Son appel : l\u2019ajour airé de nos songes.[ 20 ti ei a RNCS i Ni l\u2019onction des salives ni sur ses lèvres la houppe du vent.Alors : sa lumière.De la rainure ce murmure à peine éclos.PSR atid ns HH i i ! Ne rien omettre.Périt l\u2019ombre sur les murs la lumière bue sa parole comme en nos mémoires le glabre du M 4 id i) jour caillé.De la pierre vingt sous le ti fi! denier et sur les mains comme d\u2019un paraphe l\u2019injure de la vase.| a i) i Cependant que fuse la lumière la pierre a nouveau traquée : de nos ol mémoires comme nos peres I'enceinte in des corps sa mémoire outragée.Sur son lit creusé triomphe de l\u2019ombre le faisceau et ton corps et nos pas ballottés, friables fétuques.I i ÿ 10 br Bi se 1516 patte Di ; rh Beis, i i ; i 4 \u20ac ét i on fl La bella simonetta/ a Hi fii hy ritratto muliebre i | ! Wh i! Marie-Claire Vaillancourt nl qu He de d f \u201d oo dur Qu it le 4 vu it fie i Ge \\ I Bl ite.1e 4 ht th t it : in 5 hl ih) te ft id ( Ju Le de ha i) : i 3 : ; i be | 1 0 bon it i tan Erse et viennent encore surir dans l\u2019arrière-gorge rêches les mots/failles à écrire sanguines en creux l\u2019encre rouge des mots [regles à compter ensemble sans jamais se Voir Coulée au plomb j'attends pourtant je viens à contour risquer l'imaginaire mon discours à qui sait s\u2019approprier n'est pas mien Iln\u2019est pas l\u2019un mais jamais plus la belle Simone ne posera pour l\u2019autre pour lui qui sait la peindre quand son envie lui prend de détacher sa main de la poser où ça ? où sont ces fins cordages dont on se parait la gorge pour mieux en taire les mots lors- hy que l\u2019ocre venait à sortir ?il n'est plus de bavures sable de lin qui puissent retenir l'odeur des filles blanches non plus de litanies chantées berçant le creux de nos monts + 13 st Tachées de sang de lait comme su les coulées feignaient de m\u2019entendre dire : chiures d\u2019encre à vau-lait j'ai envie de me laisser les mots le lait le sang et moi et celles et toutes celles ventres ronds ventres plats Enceint du mal à dire saignée l\u2019oeuf à vif elle m'apparaît tenir au ventre comme ontientdelà d\u2019où j'en sors ses mains posées rondes dans le chaud pli dos creusé tant elle s\u2019est abprochée à n\u2019en rien dire j'ai envie de palper de prendre voix 14 si fiat (ALL of sit pi | \u201c i te ir ni hy i Terre profil qui n\u2019en finit plus de retenir son envie enfuie chaule d\u2019empreint regarde son ventre en aplat i i ii qi he it te i fii rt | | tL ÿ 1 kh Ad 15 EVER ES be Atteinte desrouges la belle Simone cache en son antre ceux qui s\u2019en vont mourir dans le repli de ses étoffes et pour su peu que l\u2019après sèche dure l\u2019écorce des enfants mort-nés du ventre où elle en est j'ai ramené mon poing et tiré tous ces anges collés à sa paroi A Las du centre il guette et compte les fils a 4 venir en combien de lieux combien de 1 temps il cherche à retenir rouge l'échappement La belle Simonne/ 4 portrait féminin 16 4 ls A ma mere, i te a ma mere, a ma mere, a ma voisine ko ht Ÿ ri Anne-Marie Alonzo i f vi i | : | * Le Théatre Expérimental de Montréal présentait en juin 1978 une création collective intitulée : A ma mere, à ma mère, à ma mère, à ma voisine.Ce spectacle était monté et joué par Louise Laprade Nicole Lecavalier et Pol Pelletier.17 8 8 i Be CA A \" { A Rj Déja le titre ! Cela pourrait Cela pourrait CR cdi cn LE titre onthe Bb ii dah Die À ma mère, à ma mère, à ma mère, à ma voisine.Ah! ma mère, ah! m\u2019amère, ah ! mammaire, ah ! ma voix-sin(e).s'appeler : Femmes en mouvements! La venue à la parole\u201d Women Song?Construire, dit-elle Ainsi est-était-sera-soit-el- le 5 aussi s'appeler : Femme et femmeS Cyprine.\u201d Entre chienne et louve.L\u2019odyssée des amazones?8 Cela s'appelle aussi : Déjà les titres ! 18 Un cri qui vient de loin 1° Génie la folle .!! Offrande.À ma mère.Par la sainte Trinité.À ma voisine.Celle d\u2019à côté.Contemporaine.Quotidienne.Habituelle.Étrangère.Au début.Finalement.Balbutiements.Explorer la matière.Palper, pétrir, presser, prendre.La démesure des reines!\u201d Muettes.À ma mère.Bavarde.Criarde.Mégarde.Explorer le (non) dit.Palper, pétrir, presser, prendre.ee Les mots.Mystère de la parole!\u201d Mère/muette.Mommy/momie.Ficelée dans ses bandelettes.Conseils.Peurs.Commandements.Préjugés.Ordres.Conditionnements.Défenses.Je te parle.T\u2019appelle.Te crie.Reine/mère.Catholique.Épouse.Intouchée, intouchable.Mammaire/a(mère).Ouvrir.Couper ta bouche.La fendre, Y puiser tes dires.Y placer les miens.Dialogues.Intrusion.Fille/mère.Arbre généalogique.Origines.De la peur.Du corps/sang/eau.Hurlement.Gémissement. Touche-moi ! Coups de ciseaux.La(r)mes.Libérer les seins.Le sexe.Le ventre.Les cuisses.Démomifier.Ne bavarde plus.Parle.Moi.Ne prèche plus.Touche ! Toi.Moi.Jouir.Enfance.Enfillefance.Monde d'images.Stéréotypes.Fille-fleur.Fille-pleurs.Soeurs.Ma mère «me tue, elle me fait un bien ».14 Poupée.Jouet.Fille.Ma poupée grandit.Je la moule.Je lui donne un sexe.Des seins.Je la fais marcher.Rouler.Se dandiner.Je la force.L\u2019oblige.Ma poupée.Perd un sein/sexe.Mutilée.Infirme.Sous-femme.Demie.Moitié.De rien.Amazone.Rouge.Blanche.Noire.Oranges.Pressées.Trois.Femmes/filles/comédiennes/chercheuses.Décors de couleurs : sang/mère/veuve.20 Costumes d\u2019habitude.Quotidien.Vêtements d\u2019états.D\u2019ame.MA MÈRE VIT DANS UNE FORÊT.debout.DOUZE HOMMES LA VOIENT.ELLE A DE GRANDES OREILLES, DE GRANDS BRAS ET DES CHEVEUX QUI TOURNENT JUSQU\u2019AU SOL.debout.MA MÈRE DÉFIE LES CANONS DE BEAUTÉ.ELLE A UNE GRANDE LANGUE RECOUVERTE DE LONGS POILS.MA MÈRE DÉFIE LES HOMMES.ILS SE METTENT À DOUZE POUR LA LIGOTER.ILS ARRACHENT LES POILS DE SA LANGUE ET REDUISENT SES OREILLES A LA TAILLE ORDINAIRE!5 ILS ENSERRENT SES PIEDS DE PFTITE CHINOISE DANS DE MINUSCULES SOULIERS.ILS LUI COUSENT LE VAGIN, LUI TRANCHENT LE CLITORIS.ILS LA RASENT ET LA PARFUMENT.ILS LA GONFLENT ET LA REMBOURRENT.ILS LA PEIGNENT À LEUR (idée) IMAGE.ET LAINE DÉCIDE DE LA prendre.Pour femme.debout ! Wen-do ! Jouons.À Donna Quichotta.Ah! ma mère.Nos armures.Casseroles et falbalas.Jouons à la guerre.Guerrières !16 Humour.Fou.Marcher.Courir.Marcher.Seule.Bien. Force/aimant.Devenir sa mere/fille/femme.Amante.Aimer ses dires.Oser.1.Femmes en mouvements, revue des éditions des femmes, Paris.La venue à l\u2019écriture, Hélène Cixous, 10/18, Paris.India Song, film de Marguerite Duras.Détruire, dit-elle, Marguerite Duras, 10/18, Paris.Ainsi soit-elle, Benoite Groult, Grasset, Paris.Femme et femme, D.Klaich, des femmes, Paris.Cyprine, Denise Boucher, Montréal.Entre chienne et louve, Michèle Perrein, Grasset, Paris.9.L\u2019odyssée d\u2019une amazone, Ti-grace Atkinson, des femmes, Paris.10.Un cri qui vient de loin, Françoise Loranger, Montréal.11.Génie la folle, Inès Cagnati, Denoël, Paris.12.La Démesure des Rois, Pierrette Raymond-Pichette, Montréal.13.Mystère de la parole, Anne Hébert, Seuil, Paris.14.Hiroshima, mon amour, scénario de Marguerite Duras.15.À ma mère, à ma mère, à ma mère.TEM Montréal.16.Guerrières, Monique Wittig, ed.Minuit, Paris.\u2019 22 de i its jl ihe he! kit; i tt, 1 i 8 he Ge i Le ja ti iIStoire d'écrire ¥ \\ te | ih : te a fi fi i i ha ha i; i rit i tr D all De th | ! : J Hl 5 qu TR kit 1 is i \\ > at tii hil ; he io 4 3 ett i hy i : ie | J aq : on ht + vu He fh | * = In \u201cQe ~ wilh ha RSS [RRS NN RES { 2 Le hasard et l\u2019attention Philippe Haeck 23 ps 2.aT \u2014 Laie nies ces pre ee a.ES i Sew ten 3 TRC i re ey Ee ek = Me Re = re TEE er 5; Ea = 5 ve a © es =.= a 3 Mais il suffit d\u2019écouter la poésie, ce qui sans doute était le cas de F.de Saussure, pour que j\u2019y fasse entendre une polyphonie et que tout discours s\u2019avère s\u2019aligner sur les plusieurs portées d\u2019une partition.Jacques Lacan Faire comme je fais d'habitude quand je sais que le sujet m\u2019emporte trop pour que je prétende le maîtriser : relire mes notes griffonnées depuis quelque temps et choisir parmi toutes ces ébauches quelques germes pour le texte à faire, un texte commandé ; il arrive que je me commande un texte, celui-ci par exemple où je veux rendre compte de mon écriture \u2014 s\u2019il y a de la prétention à aborder un tel sujet, cela n\u2019est possible que dans le morale rachitique de quelques contemporain(e)s qui n\u2019ont d\u2019autre vertu qu\u2019une étiquette qui met au poteau tout individu qui pratique ne serait-ce qu\u2019un peu cette vertu ancienne, l\u2019amour-propre.Plutôt que d\u2019amour-propre parler de plaisir à expliquer un savoir-faire.J'aime écrire de tels textes où l\u2019intelligence en éveil doit capter tout ce qui peut être utile au propos.L'intelligence bandée, pas trop cependant \u2014 ce n\u2019est pas la douleur qui est recherchée mais bien le plaisir, celui qui consiste à devenir intelligent.* 25 L'écriture est un art qui s'apprend.Passer \u2014 comment est-ce que ça se passe qu\u2019on devienne écrivain \u2014 d\u2019un usage répandu où le langage est utilisé pour communiquer de l\u2019information à un usage plus rare où le langage devient objet de jouissance, un objet en somme assez semblable à ce miroir qui déclenche la jubilation chez le bébé : voilà c\u2019est moi, je suis tout d\u2019une pièce, mes orteils sont liés à mes yeux.+ Comment s\u2019apprend l\u2019écriture.Elle naît d\u2019un dégoût : l\u2019impossibilité pour l\u2019individu de tenir plus longtemps (à) des discours qui prétendent à la totalité ou à la maîtrise.Ce dégoût fort arrive sans que nous nous y attendions, il nous (je dis nous car je décris ici non seulement mon expérience mais aussi celle de Francis Ponge \u2014 qu\u2019on lise « Les écuries d\u2019Augias » et « Rhétorique » dans Proèmes \u2014 ce poète qui m'a montré que je pouvais devenir poète, je dirai pourquoi) saisit : quelque chose comme Paul de T'arse jeté en bas de sa monture, une clarté qui lance au désert c\u2019est-à-dire dans un désespoir insurmontable.Ce dégoût c\u2019est la sensation vive de l\u2019imposture de la plupart des paroles qui nous traversent : paroles des parents, des enseignant(e)s, des prêtres, des hommes politiques, des patrons.Ces paroles sont senties comme non ressenties et tout alors s\u2019effondre : je me trouve seul dans des ruines.Je sens que leur ordre ne veut qu\u2019une chose : la mort, la mienne et celle du plus grand nombre.J'ai eu envie de mon écrire à lire quelques oeuvres qui exigeaient que la vie soit belle et bonne et forte.26 Deux écritures.L\u2019une qui répond plus à des commandes : l\u2019Action restreinte.De la littérature.L\u2019autre qui répond plus à des pulsions : Polyphonie.Roman d\u2019apprentissage.La première vient de ma situation d\u2019enseignant : textes à faire pour mes étudiant(e)s ou mes compagnons compagnes de travail.La seconde vient de mon désir de voir clair dans ma vie, d\u2019en garder des traces.Une écriture didactique, une écriture poétique, deux pratiques qui jouent l\u2019une sur l\u2019autre.Comment sont nés Nattes, l\u2019Action restreinte, Tout va bien, les Dents volent, Car tendresse, Polyphonie.Assez paradoxalement ils sont nés de n\u2019avoir pas été pensés comme des livres, ils n\u2019ont été des livres qu\u2019après coup, ils ont d\u2019abord été des textes écrits selon les circonstances au gré des jours et des nuits.Nattes.J'avais présenté deux textes aux herbes rouges et les directeurs les ayant aimés m'ont recommandé de réunir assez de textes pour faire un numéro complet de la revue.L\u2019Action restreinte.François Hébert qui savait que je faisais des textes critiques pour mes étudiant(e)s m\u2019a conseillé de rassembler les meilleurs et d\u2019en faire un livre pour la collection « Écrire » dirigée par André Roy.Et après cela a toujours été le même déroulement : j'écris des textes, didactiques et 27 - poétiques, je les accumule, puis quand j\u2019en ai assez épars.+ sans unité entre eux, me disait-on.je pense à un livre.J'aime cette façon de procéder car le livre ne devient pas un objet de convoitise \u2014 je veux faire un livre à tout prix \u2014 mais un moyen de rassembler, de mettre en ordre tout ce qui est Le livre comme objet de convoitise et de vanité.Étudiant en lettres je révais de faire des livres, des grands livres, je voulais devenir un des plus grands écrivains québécois, un martyr de la littérature, étre aussi fort pour mon époque que Gustave Flaubert pour la sienne.Quelle fut ma colère quand après avoir proposé aux Éditions du Jour mon premier grand livre, il s\u2019intitulait Fragments, on me répondit que mon manuscrit était refusé : ce n\u2019était qu\u2019une série de tableautins Je sais maintenant parce qu\u2019il y a eu Nattes que mes Fragments étaient un mauvais livre, que l\u2019unité qui manquait n\u2019était pas tellement celle du contenu des poèmes que celle plus organique et moins visible de l'écriture : je n\u2019avais pas trouvé mon écriture, ce n\u2019était que des exercices de style.Après l'échec de Fragments j'ai été trois ou quatre ans sans penser à un livre, je me contentais d\u2019écrire toutes sortes de choses sans trop savoir ce que je a cherchais jusqu\u2019au moment où en relisant ce que à j'avais écrit je suis tombé sur un petit texte que 1.] a A YA 8 A i 28 j'aimais et qui me paraissait étrange, étranger à moi, je ne comprenais guère comment j'avais pu écrire un tel texte et pourtant c\u2019était ce texte que j'aimais le plus : ce texte est le premier paragraphe de « l'improvisation » dans Nattes.Il n\u2019est pas exagéré de dire que toute mon écriture est née de ce paragraphe, de sa surprise, c\u2019était le déclenchement initial.On pourrait trouver étrange que mon admiration pour Flaubert ne m\u2019ait pas amené a écrire des romans plutôt que des poèmes.L'explication en est simple : comme je ne disposais pas comme lui d\u2019une fortune qui n\u2019oblige pas à un métier pour gagner sa vie je me retrouvais plutôt comme cet employé de librairie qui n'ayant que vingt minutes par soir pour écrire faisait des textes courts, généralement des poèmes en prose, qu\u2019il rassemblait quand il en avait suffisamment en livres, et je trouvais que ses livres, le Parti pris des choses et Proèmes, avaient autant de force que Madame Bovary et Bouvard et Pécuchet, autant de rigueur.Comment est-ce que ça se passe qu\u2019on devienne écrivain.1.Choisir l\u2019écriture comme action-inter- vention.2.Aimer lire et écrire.Avoir avec le langage un rapport exigeant : dire à la fois un sujet (une subjectivité) et une histoire (l\u2019appartenance à une collectivité).Et dire ce sujet et cette histoire non pour les figer mais pour faire sentir leur vie incessante.Lire : étudier comment les autres écrivent, ce qu\u2019ils écrivent, pour qui.On doit sentir dans ÿ mon écriture que j'écris pour des jeunes de seize à ; vingt ans ; j'écris pour eux parce que je ne peux : faire autrement : ce sont eux qui me traversent le plus, c\u2019est à eux que j'enseigne et par conséquent ils 29 ne sont pas à leur tour sans m\u2019enseigner.L'inquiétude, 'impatience, 'utopie, le désespoir, ce sont la les traits de jeunesse de mon écriture ; l\u2019allure lente, le ton ferme, la phrase qui s\u2019allonge, les allusions culturelles : les traits prudents, les traits qui rendent moins intempestifs mes propos.D\u2019où l\u2019écriture comme roman d\u2019apprentissage : relater les premières expériences de vie amoureuse \u2014 le couple, les ami(e)s \u2014, intellectuelle \u2014 l\u2019enseignement, les luttes idéologiques (communisme, féminisme) \u2014, inconsciente \u2014 le récit familial, des rêves, des phantasmes, des associations libres \u2014, et sensuelle \u2014 le corps, la nature, les objets.La bibliothèque.Objet de fascination, objet du père.Est-ce que je n\u2019aurais pas publié des livres pour être aimé de mon père.Depuis que je suis enfant j'ai senti l'importance des livres dans la vie de mon père.Mon père lisait, mon père avait une bibliothèque \u2014 je ne sais pas si on soupçonne l\u2019étrangeté de cette situation si on n\u2019est pas né dans un milieu ouvrier.Le plaisir que mon père avait, et a toujours, à acheter des livres.Dans le salon d\u2019une famille de la classe ouvrière la télévision est souvent le centre, chez nous le centre c\u2019était tout le tour du salon ou il y avait des bibliotheques bourrées de livres \u2014 deux rangées par tablette bien souvent.Et pas des livres faciles, des romans policiers de troisieme ordre ou des sélections du Reader\u2019s Digest, non rien de tout ¢a, mais des livres d\u2019histoire : romans historiques 30 mon père : celle de la France, celle de l\u2019Église.D'une part des histoires de guerre : rois, empereurs, capitaines, généraux, maréchaux, pêle-mèle, de l\u2019autre des histoires de sanctification : saints, saintes, papes, moines.Ces deux histoires convergeaient dans la vie de Jeanne d\u2019Arc : ce n\u2019est pas pour rien que Car tendresse portait d\u2019abord le titre de Tendre l\u2019arc.Le plaisir ensuite des beaux livres : reliures, illustrations, tranches dorées.Le plaisir d\u2019avoir dans les mains un beau livre comme si cette beauté donnait un gage d\u2019assurance quant à la valeur du texte.Propositions très naïves.Quand jécris je suis Jeanne d\u2019Arc.Ou : quand j'écris je deviens un héros pour faire plaisir à mon père (malheureusement le vocabulaire sexuel qui apparaît dans mes textes lui cause du déplaisir).Quoi qu\u2019on dise il faut du courage pour écrire, et l\u2019écrivain n\u2019invente pas pour rien des héros.Je ris tout seul.Je sais que je ne peux être heureux entouré d\u2019individus sans curiosité, brisés, affolés, résignés, pressés d\u2019en finir.Désespéré mais joyeux et curieux.* L'écriture quand elle devient publique fait intensément plaisir : ce qui était caché, qui risquait à la longue de me grignoter tout entier, voilà que ça 31 ou essais sur l\u2019histoire.Deux histoires intéressaient ikl ech hee sort de moi, que ce n\u2019est plus seulement a moi mais aussi à d\u2019autres qui le partagent, le parlent.* J'écris comme ça vient mais ça ne vient pas de nulle part : ça vient de ma biographie, de mes lectures, de ce que j'ai pu écrire jusque-là.Comme ça vient donc.Et si ça ne vient pas à mon goût je tente de réparer et si cela s\u2019avère impossible je reprends tout.Comment ça va.Pour tout dire je suis étourdi (ici le bruit d\u2019une toux : on ne dit jamais tout).Étourdi étourneau.Je vole, je papillonne \u2014 le vol d\u2019un papillon noir avec une frange jaune \u2014, incapable de m\u2019arrêter, ça vient, ça coule, j'ai appris à haeckrire.Et je lis, entraîné souvent malgré moi dans le labyrinthe des malheurs comme si la littérature n\u2019était que la rature du bonheur.Je force en moi les textes de joie, de plaisir, de jouissance.Pourquoi avoir peur d\u2019écrire.On rêve d\u2019échanger avec les autres et on garde précieusement ses secrets, on ne se montre pas, on n'expose rien.Pas d\u2019exposition.Ça ne sort pas.Tout au plus des pirouettes : fantaisies mécaniques et histoires de mystère.On n\u2019a pas d\u2019idées pour écrire un texte.Ne serait-ce pas plus juste de dire qu\u2019on n\u2019a pas de corps, de langue, de souffle.L\u2019asphyxie.Quoi, qui vous étouffe.Que ça sorte, rage, crie, hurle, rue.32 eo ee ve On aura peut-être droit après au bonheur de respirer, d\u2019écrire dans le plaisir.Pourquoi tant d\u2019étudiants d\u2019étudiantes disent : je n\u2019aime pas écrire, je n\u2019ai jamais aimé écrire.Qui leur a volé la bonne écriture.Qui leur a rendu l\u2019écriture un exercice pénible.Écrire.Le cri, les dents serrées puis la tendresse débordante du rire.Quand je me cache je me hache : le cores- prit mutilé faisant parade de masques inutiles (ou utiles à raturer le sujet qui parle).Courir le risque d\u2019être dit fou-folle, pervers-perverse, bizarre, romantique.Apprendre à rire, un rire qui renverse les lois castrantes.Faites attention aux mots aux phrases que vous avez dans la bouche.Qui vous a appris à parler.Vous a-t-on appris : 1.la force des pulsions (la syntaxe du désir) ; 2.celle des solidarités (la sémantique des luttes contre tout ce qui oppresse, réprime) ; 3.le plaisir de la langue (la trouvaille : ce que je croyais indicible j'ai trouvé moyen de le dire).Je cherche à miner la littérature de l\u2019entretien du malheur.Il ne s\u2019agit pas de nier mes souffrances, mon angoisse, il s\u2019agit d'agrandir mes coins de bonheur quitte à passer pour rêveur, naïf, utopiste.Je rève à des textes sur le jus de raisin, les noix, le sommeil, le frottement des corps.J'écris pour me soigner : m\u2019entourer de soins histoire de donner une chance à la vie de prendre en moi.Faites-vous des textes qui vont vous faire du bien, des textes où ça (les lois, les codes, les règles, 33 les idées reçues) bouge, branle, vibre, éclate, où ça donne à penser, à jouir.L'écriture en tant que lieu de transformations.Un texte de fiction est un texte libre, un texte de vie, un texte où il y a une voix.Un texte forcé à répéter un discours d\u2019autorité est un texte de survie \u2014 la misère étudiante : il faut bien passer, la misère prolétarienne : il faut bien gagner sa vie, la misère familiale : c\u2019est ton père c\u2019est ta mère.La poésie, texte lent, subtil, contre la violence des annonces publicitaires, des discours politiques, des émissions pour faire rire des mass media, contre la bêtise.L'usage des prénoms dans mes poèmes.Prénoms de celles et de ceux à qui je suis lié : Pâque le prénom bref de ma femme Pâquerette.« Je suis émaillé de pâquerettes.» Les prénoms sont nos noms de légèreté ; nos noms et les pronoms portent tout le poids des lois.Il m\u2019arrive de plagier ou de faire croire à une citation.M'arrive aussi de réécrire un texte \u2014 les poèmes de Heidegger intitulés « l\u2019Expérience de la pensée » retournés à ma façon dans Les dents volent \u2014 ou d\u2019écrire à partir de citations d\u2019un livre \u2014 « les Yeux complémentaires » à partir de Don 34 Quichotte de la démanche de Victor-Lévy Beau- lieu.D\u2019où Polyphonie, livre à plusieurs voix.* Ma poésie, tour a tour et a la fois, labile, heureuse, impulsive, critique, quotidienne, rageuse, didactique, prudente ; comment pourrait-il en être autrement quand nos vies luttent pour la vie, sement le pollen de la révolution.La poésie est écoute : ne trouve sa parole que qui écoute et mêle son sang au mouvement du monde, de son milieu du monde.Dans l\u2019accord de ma parole au monde japparais-disparais.* Une écriture qui tient du manifeste, de l'hypothèse et de l\u2019enthousiasme, tisse Marx Freud et Nietzsche.À cette modernité j'ajoute le tremblement de Virginia Woolf.L'écriture comme lutte (Marx), ascension (Nietzsche), fouille (Freud), voix (Woolf).* L\u2019Action restreinte.Proposer un enseignement de la littérature centré sur la création de chaque étudiant(e).Les auteurs les plus importants ne sont plus ceux ou celles qui sont a lire mais ceux et celles qui essaient de devenir les auteurs de leurs textes.Polyphonie.L\u2019affirmation du je contre l\u2019ordre bourgeois qui normalise \u2014 production en série de l\u2019individu moyen \u2014 et contre la pensée de 35 gauche qui ne considère pas importants les éléments subjectifs \u2014 suppression au nom de la lutte des classes des conflits individuels.J'écris lentement, par fragments.Pour fabriquer un texte je couds ensemble quelques fragments et parfois je laisse voir les coutures sous formes de petites étoiles ou de blancs.Pour faire avancer mon texte je lis ce qui est déjà fait jusqu\u2019à ce que je sente le besoin de développer telle image, telle idée.Je n\u2019écris pas à heure fixe.J'écris quand j'en ai envie, quand j'en sens le besoin.Il m'arrive d'écrire pour le simple plaisir d\u2019écrire, d\u2019aligner sur un morceau de papier des mots qui peu à peu dessinent une phrase, un rythme \u2014 lire « Il aime avoir un parapluie » dans Tout va bien.J'écris lentement, j'ai le temps de me regarder écrire, je suis heureux, la douceur d\u2019une pluie régulière.La main va de gauche à droite, de haut en bas, parfois elle s'arrête pour laisser l\u2019oeil lier ce qui vient d\u2019être écrit, puis l\u2019esprit ébranle à nouveau la main et la page se bourre peu à peu de petits signes que d\u2019autres bientôt pourront lire.D\u2019autres fois, mais cela est rare, j'écris pressé, emporté, l\u2019esprit dicte rapidement comme s\u2019il craignait s\u2019il prenait une allure plus lente de laisser échapper quelque chose d\u2019important.+ La composition des livres.Tout va bien au départ était une suite de textes placés par ordre chronologique d\u2019écriture ; 36 =.TT François Hébert m\u2019a alors imposé de structurer mon livre.L\u2019avantage d\u2019une structure est de faciliter la lecture du livre en groupant ensemble des textes écrits selon une même poussée.Dans ce livre il y a deux textes qui sont liés de près puisque le second, « écrire au plus près d'elle », est une version moins subjective \u2014 jobéissals a ma tendance communiste \u2014 du premier, «la jeune femme qui ouvre les yeux », texte que je ne voulais pas publier mais que François Hébert m'a encouragé à publier : il trouvait intéressant que les lecteurs puissent constater le travail effectué du premier au second.Dans les Dents volent jai effectué un travail semblable à partir de phrases politiques de Nattes et cela a donné « Pour l\u2019action », texte que j'avais promis à André Beaudet pour un numéro de Change sur le Québec.La structure de Les dents volent a été acceptée telle quelle : la leçon de Tout va bien m\u2019avait profité.Celle de Car tendresse a connu au moins trois versions différentes.La première était une série de textes avec un personnage appelé F ; à côté de chaque texte, s\u2019il y avait lieu, j'indiquais le texte qui avait déclenché l\u2019écriture.La deuxième groupait les textes sur F en quatre parties et chacune était précédée par un long texte.La troisième, celle qui est publiée dans Polyphonie, regroupe tous les textes, brefs et longs, en quatre nouvelles parties où le personnage F disparaît au profit du je.J'ai dans mes filières au moins six versions différentes de ce livre, c\u2019est jusqu\u2019à maintenant le livre qui m\u2019a donné le plus de difficultés ; la première et la dernière versions sont presque deux livres différents tellement l\u2019écriture et l\u2019ordre des textes ont été transformés.37 Nattes est né pour une part du croisement sur ma table de Suite logique de Nicole Brossard et de Irish Coffees au no name bar & Vin rouge valley of the moon, de Patrick Straram le Bison ravi.Dans Car tendresse ma recherche d\u2019une écriture plus lisible m\u2019a donné beaucoup de mal : combien de textes j'ai dû réparer, enlever, parce qu\u2019ils n\u2019étaient plus écrits, qu\u2019ils étaient seulement la répétition d\u2019idées, d'opinions.Un texte ça ne consiste pas à dire « je pense que », c'est avant tout une turbulence d\u2019images, de souffles, que j'essaie de maîtriser afin de donner à penser, à rêver, afin d\u2019éveiller tout le coresprit.Donner une forme à la turbulence du monde en moi pour que mon texte ne soit pas pur éclatement qui force le lecteur la lectrice à la déroute, j'appelle ça l'attention qui donne forme au hasard \u2014 cette concentration d\u2019énergies fait jouir mon esprit.+ Les écritures en marche qui nourrissent le plus la mienne ne sont pas tellement celles qui sont semblables à la mienne : les différences me nourrissent plus.De ma génération ce sont les travaux de Roger Des Roches, François Charron, Victor-Lévy Beaulieu et France Théoret qui m\u2019intéressent le plus.De la génération précédente ceux de Patrick Straram le Bison ravi, Michel Garneau et Made- 38 leine Gagnon.Ces sept écritures sont actuellement pour moi les plus vives de notre production littéraire (il faudrait que j'ajoute à ces sept écritures la parole de François et Marcel Hébert, animateurs des herbes rouges, premier lieu ici de la modernité \u2014 qu\u2019on aille voir pour s\u2019en convaincre ce qui y a été publié de 1973 à 1977).* Il y a de l\u2019écriture comme il y a du sang, ça court, ça coule doucement, parfois des coups violents, des ruptures.J'écris pour me laver de tout ce qui me blesse.Contre la maladie.J'ai envie du bonheur total.L'écriture qui bouge n\u2019a ni commencement ni fin.Les épigraphes.Signes de reconnaissance envers ceux celles qui m'apprennent l\u2019écriture.Les titres de mes livres fonctionnent de la même façon : \u2014 Nattes : ce titre trouvé par Paque m\u2019a toujours paru dans la lignée du Parti pris des choses (mais c\u2019est aussi la ligne d\u2019apprentissage des femmes) ; \u2014 l\u2019Action restreinte : titre d\u2019un poème en prose de Mallarmé ; \u2014 Tout va bien : titre d\u2019un film de Jean-Luc Godard la partie intitulée « Moments » reprend le titre du très beau livre de Michel Garneau ; 39 \u2014 Les dents volent : ce titre, extrait du poème « la gène respiratoire », fonctionne comme un hommage à l\u2019oeuvre de Hélène Cixous où ces deux images \u2014 les dents, le vol \u2014 m'ont d\u2019abord fasciné ; \u2014 Car tendresse : début d'un vers de Patrick Straram le Bison ravi: « car tendresse jamais n\u2019abîmera le vrai » ; \u2014 Polyphonie.Roman d\u2019apprentissage : pour le grand plaisir à lire Narcisse et Goedmond de Hermann Hesse et l\u2019Oeuvre au noir de Marguerite Yourcenar.Et ce lézard (les arts) qui fait irruption ici et la dans Polyphonie re-marque le nom que m\u2019a donné Patrick Straram le Bison ravi \u2014 le Lézard compte tenu du mot \u2014 à partir d\u2019un poème de Francis Ponge ; il me rappelle aussi ce lézard qui apparaît dans la Gradiva de Jensen et dans le Troisième corps de Hélène Cixous: LÉZARD LÈVE-TOI ! Les deux photogrammes dans Polyphonie, le premier tiré de Où êtes-vous donc et le second de Vingt-quatre heures ou plus, sont un hommage à Gilles Groulx ; m'\u2019avaient beaucoup frappé ses réponses à la suite de la projection d\u2019un de ses films à la cinémathèque québécoise : entre autres cette idée de faire des films pour que d\u2019autres puissent s\u2019en servir, en extraire les bouts qui les intéressent \u2014 j'aimerais qu\u2019on fasse la même chose avec mes livres : qu\u2019on en découpe ce qui est utile, ce qui peut servir à faire de nouveaux livres.* L\u2019écriture ne suppose pas seulement I'achat de stylos et de rames de papier ; ceci permettrait 40 trop facilement aux individus des classes défavorisées d\u2019écrire.Elle suppose avant tout la lecture et sil n\u2019y a pas dans la maison ou à l\u2019école une bibliothèque avec des livres intéressants l'écriture n\u2019aura jamais lieu car la lecture n\u2019aura pas eu lieu.| Le prix des livres et les leçons de français a l\u2019école éloignent les enfants de milieux ouvriers de la littérature.Les leçons de français ne développent pas la curiosité et l\u2019invention mais dressent les enfants au bon usage \u2014 les exercices de grammaire tuent toutes les puissances de création : au lieu d\u2019apprendre à jouer avec le langage, à le sentir, le transformer, on leur apprend à avoir peur de ne pas parler ou écrire correctement.* La littérature est un art sensuel a cause du tremblement de la voix dans l\u2019écriture, la voix devient l\u2019écho de l\u2019animation de tout le coresprit.Je n\u2019aime que les écritures qui font entendre des voix qui rendent plus claire, plus forte, la mienne \u2014 les autres écritures ne peuvent qu\u2019être rejetées puisqu\u2019elles me coupent la parole.* Écriture et narcissisme.L'écriture apprend à l'individu à s'aimer, à reconnaître ses différences.De garder des traces de ma vie, de devenir mon propre historien \u2014 un plaisir semblable à l\u2019album de photographies.L\u2019amour-propre est une qualité : rien de plus ennuyeux que de vivre avec qui ne s\u2019aime pas.Qui ne s'aime pas ne sème point. Il m\u2019arrive de penser qu\u2019écrire est une forme de prière, qu\u2019il y a un peu de magie dans tout ça.Cette magie vient de la force que l\u2019individu reçoit de pratiques en apparence dénuées de raison : à quoi sert de prier devant les murs d\u2019une chambre, à quoi sert d\u2019écrire seul à une table.Après coup je m\u2019aperçois que l'écriture dans ma vie s\u2019est substituée à la prière ; au lieu de parler à Dieu je me suis mis à parler à des inconnu(e)s avec cet avantage qu\u2019il arrive que ces inconnu(e)s se manifestent, que des rencontres ont lieu.Écrire et prier ne sont pas des actes magiques.Rien de mystérieux, seulement l\u2019esprit qui prend le temps et l\u2019espace de se re-cueillir, de se choisir à nouveau, et je sais bien aujourd\u2019hui que parler à Dieu ou écrire à d\u2019autres c\u2019est me donner l\u2019occasion de m\u2019entendre, d\u2019entendre tous les mondes qui bougent en moi, je me re-pose dans ma voix.Écrire comme prier c\u2019est devenir attentif à la vie intérieure, à saisir comment la vie extérieure transforme l\u2019autre, la circulation de mon sang, de mes plaisirs et douleurs.Quand j'écris je suis le milieu du monde, tout passe par moi et cela me fait du bien, je touche toutes les ramifications qui me lient au monde, je deviens consistant.Toute oeuvre est autobiographique il n\u2019y a pas l\u2019individu d\u2019un côté et l\u2019oeuvre de l\u2019autre.+ Quand je feuillette mes livres je suis surpris : j'espère avoir ce plaisir longtemps.Cela tient sans doute à ce que si d\u2019une part je tiens serrée la 42 AHHH Midd syntaxe, de l\u2019autre je laisse passer : 1° ce que je ne comprends pas : il suffit que ce qui apparaisse me fascine ou que je le sente juste sans être capable de l\u2019expliquer ; 2° ce que pour des raisons idéologiques je serais tenté de supprimer : lyrisme, contradictions, vie intime.Mon écriture et les femmes.Adolescent grâce à quelques excellents professeurs masculins j'étais un parfait misogyne ; les femmes n\u2019étaient qu\u2019un amas de particules sans grande capacité intellectuelle ou des êtres chez qui triomphaient les désordres de la sensiblerie.Il aura fallu que Pâque me renverse pour que je me rende compte que je n\u2019étais pas qu\u2019un cerveau, qu\u2019il n\u2019y avait pas que des plaisirs intellectuels, qu\u2019il y avait aussi l'amour : les plaisirs de la bonté et de la sensualité (je n\u2019aime guère ce mot : la sangsue alitée).Ensuite il y a eu l\u2019enseignement de Hélène Cixous qui m\u2019a fait sentir pour la première fois un point de vue différent sur le savoir ; j\u2019admirais cette intelligence qui retournait des textes souvent difficiles (Hegel, Freud, Joyce, Bataille).J'ai alors dévoré la plupart de ses livres et depuis je ne pense plus de la mème façon ; une espèce de légèreté critique s\u2019est substituée à une critique systématique : je ne procède plus par applications minutieuses de grilles d\u2019analyse mais plutôt par pulsions critiques.Enfin il y a eu l\u2019échange d\u2019écritures avec des femmes : étudiantes à qui j\u2019enseignais, enseignantes avec qui je travaillais à Chroniques.J'ai toujours 43 tri titi dir Mu HN LE A bile e tio été frappé au niveau de l\u2019écriture par la plus grande audace, en général, des étudiantes comme si les femmes étaient moins prisonnières que les hommes de carcans rationnels, moins prêtes à se censurer.Mon écriture a appris des femmes à tenir à la liberté d\u2019expression : la lecture d\u2019Une chambre à soi de Virginia Woolf a été une lecture pour moi a aussi importante que celle de Sur le réalisme de i Bertolt Brecht.L'amour et la tendresse n\u2019étaient plus des à sujets tabous.Depuis peu mon corps se couvre de féminin.Me couvrir de féminin ce n\u2019est pas devenir une femme, c\u2019est devenir un homme qui au lieu d\u2019exclure l\u2019autre, parce qu\u2019il en a peur, se met à l'écouter, à jouir de sa différence, et aussi à reconnaître chez l\u2019autre des valeurs qu\u2019il avait refoulées comme n\u2019étant pas à considérer.Les femmes ont semé leur pollen dans mon écriture et je m\u2019en réjouis.Peu à peu j'apprends à les aimer.1 * Je ne rêve plus comme lorsque j'étais étudiant d\u2019écrire un chef-d\u2019oeuvre universel.Je désire faire des livres que j'aime, qui refusent de se ; plier à des contraintes extérieures, et qui soient 3 utiles à ces quelques-uns quelques-unes (tant mieux s\u2019ils sont plusieurs) qui vivent mal, sont insatisfaits de la vie que mènent les hommes les femmes les enfants.44 Le monde est bourré d\u2019indications pour n'importe quoi : si nous avons l\u2019esprit tendu vers une recherche, nous apprenons à remarquer et à utiliser ce qui autrement nous échapperait.Si jai l'esprit tendu vers l\u2019écriture j'apprends à saisir au vol un récit de rêve, une sensation, un objet, une parole entendue, une phrase écrite par un étudiant, une découverte lexicale en feuilletant le dictionnaire, etc.Tout peut servir à l\u2019écriture à la condition de trouver plaisir à écrire.+ Il ne s\u2019agit pas tant de connaître que de naître.Qui se contente de connaître risque fort de ne jamais re-naître pris dans les rets des discours qui le dominent et qu\u2019il a l\u2019illusion après leur assimilation de dominer.Il n\u2019y a pas à s\u2019étonner si les étudiant(e)s en lettres de nos universités ne deviennent pas plus souvent des écrivains : les enseignants la plupart du temps enseignent la répétition du connu, ils donnent rarement l\u2019envie de re-naître.L'écriture est une seconde naissance où je me choisis comme auteur de ma vie, situation où je cesse de dépendre d\u2019une autorité extérieure qui si elle me tyrannisait me donnait une espèce de sécurité.Désormais c\u2019est à moi que je devrai tout.Pourquoi quelques-un(e)s ont-ils le goût de re-naître.Qu'est-ce qui arrive dans leur vie qui les force à une seconde naissance.Pour moi je ne vois pas autre chose que l\u2019irruption de quelques femmes qui m\u2019ont fait voir clairement mon refus de jouir.Pur hasard ou événement préparé par une attention à l\u2019inconnu, à quelque chose au-delà 45 d\u2019une maîtrise acquise.N\u2019a le goût de renaître que qui n\u2019est pas satisfait de sa naissance.De quel enfant ai-je voulu me débarrasser.Il se peut bien que ce soit de cet enfant modèle, premier de classe, appliqué, pieux, obéissant, tranquille, seul, ordonné.+ Il y a aussi dans mon écriture l\u2019irruption de la contestation étudiante : merveilleux hasard qui m\u2019a fait commencer à enseigner en mai 1968.Mon écriture a gravé en elle la contestation globale des étudiant(e)s québécois d\u2019octobre 68.CHANGER LE SYSTÈME.Ce mot d\u2019ordre qui semblait aux gens sérieux une tromperie ou un rêve est en réalité le seul qui soit réaliste dans la mesure où on arrive à percevoir comment tous les éléments de notre monde sont liés entre eux : impossible de changer l\u2019école si on ne change pas l\u2019état, l\u2019usine, la famille.* Pour aimer le hasard.John Coltrane, Cecil Taylor, Ornette Coleman, Charlie Haden, Keith Jarrett, Marion Brown.Pour aimer l\u2019attention.Jacques Lacan, Henri Lefebvre, Michel de Certeau, Jacques Derrida, Henri Meschonnic, Catherine Clément.La musique, la philosophie, l\u2019amour : trois conditions pour écrire.Comment t'appelles-tu.L'écriture m\u2019épelle, donne tous mes noms à l\u2019infini, me pèle, jouit de 46 se AL AA PA AE AA CL tie sit mes peaux, mes sangs, mes coeurs : je suis son fruit.Je lis tout ce que je viens d\u2019écrire pour saisir mon écriture mais je sais bien que c\u2019est elle qui me saisit.Il ne saurait en être autrement : elle est aussi forte que la mer, tous les mots ont tellement d\u2019usages, toutes les phrases s'emmêlent tant (as-tu entendu : tous les flots ont tellement de vagues).Écrire c\u2019est s'abandonner à la mer, aux grandes mères qui bien avant que je sois né parlait toutes les langues maternelles.Le soir près d\u2019un lac entouré de montagnes une grenouille crie, j'entends le Sextuor opus 16 de Brahms.Des amants font l\u2019amour dans des chambres de rêve.Que j'aime cette musique.Il fait noir et je sais qu\u2019aussi longtemps que je vivrai il y aura en moi de l\u2019écriture qui cherchera à sortir.Un texte n\u2019est jamais fini tant qu\u2019il n\u2019est pas publié : de partout je peux lui faire des ajouts ou des coupures.Si le livre est un objet fini l\u2019écriture peut couler à l\u2019infini.L\u2019écriture écran-écrin, parade-parure.Paon et lézard qui se laissent brûler au soleil.* L\u2019image dans mes textes n\u2019est pas produite comme dans la poétique surréaliste du choc de deux mots mais plutôt du choc de plusieurs phrases et parfois de paragraphes entiers.+ ; Francis Ponge.Ce que j'écris maintenant a peut-être une valeur propre : je n\u2019en sais rien.Du fait de ma condition 3 sociale, parce que je suis occupé a A gagner ma vie pendant pratiquement douze heures par jour, je ne pourrais écrire bien autre chose : je dispose d\u2019environ vingt minutes, le soir, avant d\u2019être envahi par le sommeil.Au reste, en aurais-je le temps, il me semble que je n\u2019aurais plus le goût de travailler beaucoup et à plusieurs reprises sur le même sujet.Ce qui m\u2019importe, c\u2019est de saisir presque chaque soir un nouvel objet, d\u2019en tirer à la fois une jouissance et une leçon ; je m\u2019y instruis et m\u2019en amuse, enfin : à ma façon.3 A chaque fois que je lis ces deux petits A paragraphes je suis é-mu : ils sont à mes commencements.Polyphonie, sept ans de vingt minutes pris ici et là.Le Parti pris des choses.1.La pluie dans la cour où je la regarde j tomber, descend à des allures diverses.(« Pluie »).3 2.Faut-il prendre parti entre ces deux 48 manières de mal supporter l'oppression ?(« L\u2019orange »).3.Les rois ne touchent pas aux portes.(« Les plaisirs de la porte »).Il y a dans ces trois phrases la naissance de tous les textes de Polyphonie ; ce sont elles qui m\u2019ont donné envie de faire une poésie qui allait toucher aux poignées de porte, se dresserait contre toute forme d\u2019oppression, de faire des textes liés au moment présent.Polyphonie est un second titre.Pour éviter certaines critiques faciles, ou mesquines, j'ai abandonné le premier titre, Pour la révolution.Cela est mieux ainsi, la révolution étant encore pour beaucoup une action armée violente.Polyphonie fait mieux entendre que je rêve à une société communiste où les individus sachent faire de la musique.x Mais il suffit de n\u2019êètre rien autre que moi-même.J'écris au milieu des passions : quand je suis sans passion je n\u2019ai envie de rien et la tristesse me défonce.«Peur du corps.peur des mots.parfois les deux sont indissociables.» Il suffit 49 souvent d\u2019une phrase qui me saute à l\u2019esprit pour que je me mette à écrire ; c\u2019est le cas ici à partir de cette phrase de Thérèse Bertherat dans Le corps a ses raisons que je lis avec beaucoup de plaisir depuis trois jours y trouvant des correspondances avec mon enseignement de l\u2019écriture.Cette petite phrase avec ces deux moments de suspension me fait réaliser à nouveau que c\u2019est par l\u2019écriture que jai été amené a m\u2019intéresser a mon corps qui encore aujourd\u2019hui est largement barré.L'écriture qui s\u2019écarte des discours autoritaires ou normalisateurs ne peut qu\u2019appeler la libération du corps : je ne sais pas si on peut imaginer le courage qu\u2019il y a à utiliser des mots précis comme vulve, pénis, vagin, cul, clitoris, seins, quand on a reçu une éducation où la sexualité était au mieux prétexte à plaisanteries et la plupart du temps tue.# Dans Polyphonie il y a des questions mais pas de points d\u2019interrogation ; c\u2019est un signe de ponctuation que je n\u2019aime pas, alors je m\u2019arrange pour le supprimer en ne me fiant qu\u2019à la syntaxe pour faire sentir les questions.D\u2019une façon générale je préfère les solutions aux problèmes, les réponses aux questions.Du papier en abondance.Mes tantes ont toujours travaillé dans l'imprimerie : elles me bourraient de papier de toutes sortes.Peut-être ai-je écrit et publié pour donner du travail à mes tantes ou leur montrer qu\u2019elles ne m\u2019ont pas donné du papier en vain.50 i ul Quand j'écris, quoi que ce soit, je n'arrête pas de raconter ma vie.i été 1978 | i ® ¢ eo + + « + + +» + + + + + + + + + + + (Ce texte est extrait de Naissances.De l\u2019écriture québécoise à paraître chez VLB éditeur.) 51 BOT BON Lo Hu Jeu, Ra]! | Le, pat =e ?222 ni = n oY Ea = mes ç BY fot SR CE 5 TE x EAD ov = TS Ere es a Eh Pa pe = ey Sax en = CE ped Ey SAS i = er ES nl & eS ER rie il 3 Ty mr CS es 2 = 27 NL 0 pe oy bet ps = a Nh ee 27775 se PES CS x Pr EY Trees PES REA EN = 3 CN oT = AR = Ea = FACE ER mais as a = 3) ee == es Rot = = à 0 = Ta ET SET eT ST Aree mere ER ds NT 7 Te ce PAT a = Semel ~ es = So > re RES tiga it pitt fr 4 ; gi .Des ages ~ etd es manieres | pme André-G.Bourassa i tl I fi il a i pi 0 pi | ht i M 1 6: FORCES RE Ly J'emprunte (en partie) à Gérard Pelletier le titre de son premier article sur le Refus global!, parce qu\u2019il s\u2019applique assez bien, ici, à une mise en parallèle de l'Hexagone et de La Barre du Jour.Mais la référence à Pelletier s'arrête là : il condamnait allègrement ; je me contente de comparer.La question posée : quels sont les points de convergence et de divergence entre l\u2019Hexagone et La Barre du jour ?Au départ, les deux groupes sont formés de jeunes écrivains centrés a priori sur le littéraire québécois et largement ouverts aux idéologies.À La Barre du jour, on avait été explicite là-dessus dès l\u2019avertissement du premier numéro : La Barre du jour ne défendra aucune idéologie politique (.).S\u2019il n\u2019y a pas de poésie engagée, il y a une poésie essentielle qui veut tirer l\u2019image de l\u2019homme vers la lumière et assurer à tous une place dans cette conscience culturelle qui s\u2019éveille rapidement aux nécessités et par là se définit comme nécessité.2 Du côté de l'Hexagone, on a souvent parlé d\u2019idéologie, peut-être surtout à cause des prises de position personnelles de ses principaux membres, mais Jean-Louis Major a bien décrit ce que fut l\u2019évolution du groupe sur ce point et comment cette « école littéraire » ne prend formes et couleurs que progressivement (c\u2019est d\u2019ailleurs aussi le cas à La Barre du jour) : 54 L\u2019aventure de l\u2019Hexagone se vit d\u2019abord à travers la publication de certains recueils où s\u2019affirment des intentions qui ne prendront que plus tard et qu\u2019en partie un caractère idéologique.À l\u2019époque, les recueils de Fernand Ouel- lette, Ces anges de sang, et de Jean-Paul Filion, Du centre de l\u2019eau, marquent des moments importants à cet égard : le premier par son caractère moderniste ; le second, par les préoccupations sociales que manifestent certains poèmes.Chacun apporte alors à l'Hexagone ses interrogations et ses connaissances.Ainsi Miron, Carle, Marchand, Ouellette qui sont passés [.-] par la faculté des sciences sociales ont pu contribuer à aiguiser la conscience sociale du groupe.3 Du côté de La Barre du jour, même aventure, donc, de l'intuition à l\u2019idéologie, dans un groupe formé majoritairement d\u2019étudiants de la faculté des lettres auprès desquels les futurs sociologue Jan Stafford et philosophes Claude Bertrand et Raoul Duguay, par exemple, contribuent à élargir le débat théorique.\u2014 Je pense, entre autres, au texte de Jan Stafford sur le théâtre populaire*, qui va nettement plus loin que les considérations d\u2019ordre pédagogique des éditoriaux de la revue.Très préoccupée d\u2019oeuvrer sur la connaissance, l\u2019équipe recourut fréquemment à de jeunes professeurs (sur Anne Hébert, Roland Giguère, les Automatistes) ; la question de la connaissance, de la critique, de la lucidité revenant sans cesse : Si nous pouvons maintenant nous prêter avec tant d\u2019ardeur à la création de cette nouvelle revue, c\u2019est en un sens dû à l\u2019inévitable situation de lucidité dans laquelle nous plonge notre milieu.Nous voulons répondre à ce climat de lucidité et il nous semble que cette revue est le meilleur moyen d\u2019atteindre ce but.6 À quelle école critique les écrivains de La Barre 55 du jour et de l'Hexagone appartiennent-ils ?Dès le numéro sur les Automatistes, en 1969, c\u2019est-à-dire durant la quatrième année, on voit apparaître une tendance althussérienne, particulièrement dans les articles signés par les philosophes et les sociologues.Mais on ne peut dire pour autant que La Barre du jour ait jamais été carrément althussérienne.De même qu\u2019à l\u2019Hexagone on reconnaît des prises de position memmistes ; mais cette fois, c\u2019est plus généralisé, comme par exemple dans ce dépliant de 1960, « La Rencontre des poètes avec leur terre » : Nous assistons à la fin de l\u2019aliénation du poète par la solitude stérile, la révolte à perte® ou l\u2019exil de l\u2019intérieur.La participation de plus en plus fréquente des poètes aux luttes qui nous confrontent, les a révélés à eux-mêmes et à leur réel.Chez eux, la nostalgie, la plainte, la réclusion ont cédé la place à la confiance, à Pagressivité ou a I'étreinte de la possession.\u201d Je crois bien que la notion d\u2019aliénation est plus importante pour comprendre l\u2019Hexagone que la notion d\u2019appareils idéologiques pour comprendre La Barre du jour.Que ce soit d\u2019abord sur la connaissance qu\u2019on entende travailler, à La Barre du jour, ceci explique, par exemple, la chronique des inédits qui dura plusieurs années (au grand étonnement de ceux qui en prédirent dès le début la mort certaine).Oeuvrer à faire connaître la littérature québécoise des temps passés en même temps que donner une tribune aux créateurs nouveaux.Les préoccupations de l\u2019Hexagone, sur ce point, ne sont guère différentes, quand on songe aux « Rétrospectives » d\u2019Alain Grandbois ou de Rina Lasnier ou aux lancements de jeunes poètes inconnus qui avaient nom Jean-Guy Pilon ou Fernand Ouellette.Mais de nouveaux engagements apparaîtront à la nouvelle barre du jour 56 avec la part de plus en plus grande qui sera faite aux textes de femmes (après la phase sémiologique qui a ouvert la revue à la para-littérature et principalement au poème-objet et à la bande dessinée).L'Hexagone, pour sa part, opte dès ses débuts pour la poésie engagée et le dit clairement dans son préambule au mémoire présenté à la Commission Royale d\u2019enquête sur la radio et la télévision, en 1956 : Nous croyons que les écrivains, en tant que citoyens, ont des devoirs et des responsabilités vis-à-vis la chose publique.Dès lors, nous souhaitons que votre commission, dans ses travaux, tienne compte du rôle et des voeux de la jeune génération d\u2019écrivains à laquelle nous appartenons.9 L\u2019Hexagone se définit donc dès ses débuts comme génération littéraire.Mais cet engagement du poète fera face très tôt à un phénomène politique : la création de partis qui se donneront comme programme d\u2019oeuvrer pour la différenciation et l\u2019identification québécoises.Partis séparatistes, indépendantistes ou souverainistes, ils assumeront une part du rôle que ces poètes se sont donné.Ceci explique, d\u2019une certaine façon, l\u2019évacuation du thème du pays chez les écrivains de La Barre du jour! : ils ont d\u2019autres combats à mener alors que celui-ci leur paraît en mains plus expertes.Mais il y avait d\u2019autres raisons.Par exemple, si j'avais à faire un tableau de la poésie québécoise, je la présenterais distribuée sur deux axes: l\u2019abcisse de l\u2019identification et l\u2019ordonnée de l\u2019intervention idéologique.Or, quoi qu\u2019on en dise, ce n\u2019est pas l'Hexagone, mais les spiritualistes de La Relève et de Cité libre, les matérialistes de La Revue socialiste et de Parti pris et les « a-politiques » que je situerais sur l\u2019axe de l\u2019intervention idéologique.L\u2019Hexagone et Liberté, je les placerais sur l\u2019axe de l'identification avec les automa- tistes et surréalistes (qui se définissent par rapport à 57 l\u2019inventaire de mythes nouveaux à force de sonder notre « id » collectif) et avec les formalistes de La Barre du jour et de Quoi (qui se définissent par rapport au Texte).Que l'Hexagone se définisse d\u2019abord en termes d\u2019identification ne fait pas de doute, même si l\u2019arrivée de l\u2019automatiste Paul-Marie Lapointe ou du surréaliste Roland Giguère, ajoutée à l\u2019expérience René Char et Paul Éluard de Jean-Guy Pilon, supposent beaucoup plus de travail formel qu\u2019on ne le dit d\u2019ordinaire (Gaston Miron n\u2019a pas toujours écrit des textes « faussement mallarméen » ou « faussement valéryen »).Sur la question de l\u2019identification, ses textes sont cependant très clairs : Il faut le répéter, nous ne sommes plus Français.Notre tellurisme, notre social, notre mental ne sont plus les mèmes (.).Si nous voulons apporter quelque chose au monde français et hisser notre poésie au rang des grandes poésies nationales, nous devrons nous trouver davantage, accuser notre différenciation et notre pouvoir d\u2019identification!1 Il me paraît que ces notions, à l'Hexagone, sont tributaires d\u2019une certaine théorie psychologique selon laquelle la personnalité ne se différencie, ne s\u2019identifie que par la prise de parole, par l\u2019expression.Cette objectivation du sujet, rendue possible par l\u2019expression de soi, l'Hexagone l\u2019étend à la largeur du pays : il n\u2019y aura de Québec que si le Québec prend la parole, qui si les poètes, en particulier, sont édités et (pour les anciens inconnus des jeunes) réédités.Je sais bien que Miron a écrit « Mon engagement devait se traduire par des gestes de pair avec mon action en littérature et mon édition »12, mais c\u2019était dans Parti pris où l\u2019influence de Memmi est considérable, précisément, et c'était toujours en termes d\u2019aliénation, donc en termes d\u2019identité.C\u2019est sur ce point, sémiotique contre sémantique, que les jeunes formalistes, dans le « Document 58 Miron » pourtant consacré au poète mis en prison (pendant la Loi sur les mesures de guerre), se détachent de la génération de l'Hexagone : Alors que sur le terrain poético-politi- que tout semblait avoir été dit \u2014 et nous n\u2019avions pas envie de devenir des répétiteurs impuissants \u2014 par ceux qui assumaient (par les tripes) l\u2019angoisse et la révolte des Québécois, nous qui la partagions avons choisi de faire porter notre travail sur le langage.Pendant que d\u2019autres renchérissaient sur notre situation alarmante, nous cherchions à combattre à l\u2019intérieur de ses frontières une sémantique qui, à coup sûr, faisait le jeu culturel de ceux contre lesquels les « politiques » se battaient.À travers ces expériences, nous avons parlé de nous, de nos sexes si longtemps enfouis dans les neiges québécoises [.J.Nous avons fait survivre le passé.Nous avons préféré le comprendre et saluer ceux qui annonçaient déjà les temps de la liberté (cf.numéros Giguère et Automatistes).13 Comprendre, donc, et cela en faisant porter le travail sur le langage, par la construction/ déconstruction des formes linguistiques.Plus tard, en 1978, dans l\u2019entrevue à Marc Kravetz, Nicole Brossard dira que « la grande phase telquélienne semble aujourd\u2019hui digérée »14.Mais, en 1970, rapportant des prises de position de poètes de l\u2019écriture (« La poésie n\u2019existe pas », « la poésie concrète réduit la matière poétique à des unités linguistiques et à des structures de textes »), Jean-Guy Pilon s\u2019écrie, disant bien l\u2019esprit de l'Hexagone sur la poésie de la parole : Nous avons ici acquis depuis trop peu de temps un certain droit à la parole pour en arriver aussi rapidement et allègrement à la nier en faisant éclater le langage .Nous avons, me semble-t-il, encore besoin d\u2019un peu de temps, le temps de prendre plaisir à la fête de la poésie.Nous vieillirons bien assez rapidement, hélas !15 59 Ils vieillissent tout de même un peu, hélas ! et atteignent aujourd\u2019hui leur quart de siècle d\u2019édition.Mais les jeunes formalistes ne veulent pas attendre et Dominique Noguez, ne craint pas de parler, à propos de Miron, de « tension de l\u2019oeuvre entre deux pôles opposés : parole et écriture »16.Noguez démontre comment la parole mironienne est didactique et il relève « ce rythme simple et cette clarté tonitruante qui sont dans le poème écrit comme le souvenir de la parole qu\u2019ils ont commencé par être »17.Si la poésie de Miron et, en général, celle de l\u2019Hexagone est surtout parole, celle de La Barre du jour est surtout écriture.Cette divergence ne crée pourtant pas d\u2019animosité, pas de « tension » particulières : « Le type de poésie que publie La Barre du jour est on ne peut plus éloigné du type de poésie qu\u2019on connaît de Miron », dit Roger Soublière.« Et pourtant, jusqu\u2019à maintenant Gaston est un des interlocuteurs les plus \u2014 sinon le plus \u2014 avertis que nous ayions eu l\u2019occasion de rencontrer »18.Voilà pourquoi La Barre du jour publie son « Document Miron » avec la même amitié que Miron éditait à l'Hexagone Suite logique (1970), Mécanique jongleuse (1974) ou les oeuvres completes (1978) de Nicole Brossard aussi bien que Une certaine volonté de patience (1978) de Jean-Yves Collette.C\u2019est peut-être, à vrai dire, que le travail sur le Texte est aussi un travail d\u2019identification.Par l\u2019objet et non par le sujet, objective et non subjective.Dans la mesure où le Texte est un substrat culturel.Dans la mesure où les formalistes font parler les formes verbales.J'imagine que plusieurs sémioticiens vont m\u2019accuser ici de déviationnisme au profit de la sémantique, sollicitant le signe vers le sens.Mais le commentaire qui suit, à propos de la musique formelle de Xénakis, illustre à sa façon mon point de vue : La création va de pair, chez Xénakis, avec l'analyse rigoureuse, mathématique, élec- 60 tronique, des composants du réel (.).Mallarmé use du langage comme d\u2019un matériau sonore, Xénakis use du matériau sonore comme d\u2019un langage mathématique et esthétique (.).Xénakis ne délivre pas un message mais une combinatoire, une « idée » de notre « domaine réservé » : la fissure du sujet.19 Je suppose que tous les formalistes ne l\u2019entendent pas dans ce sens et il est certain que, oeuvrant sur le matériau verbal, ils n\u2019ont aucune « intention » de sémantique a priori.Cela n'empêche pas l\u2019objet produit de parler a posteriori, cela n\u2019empêche pas le critique d'entreprendre l\u2019analyse et de voir ce qui ressort de ce travail sur les structures.Or, en ce qui concerne La Barre du jour, il est notoire que ses poètes sont passés par une période « telquélienne », période fort bien présentée par Caroline Bayard à propos de Nicole Brossard : La clé qui donne accès aux derniers écrits de Brossard se trouve dans un certain nombre d'articles publiés dans La Barre du jour entre 1968 et 1970, aussi bien que dans un manifeste paru dans La Presse en 1970.20 Ces textes éclairaient le milieu idéologique et esthétique d\u2019où Brossard est issue.Aux yeux de François Charron et Roger Des Roches, les changements dans la littérature contemporaine surgissent de leur dénonciation du texte comme miroir, comme réflexion du monde objectif.Ce qu\u2019ils prônent plutôt c'est que pleine reconnaissance soit donnée au texte- matériau, à ses phonèmes, composants linguistiques, sons et signes.Les composantes vitales du texte littéraire, à leurs yeux, sont les tensions linguistiques entre leurs éléments visuel, graphique et sonore et la façon dont elles sont résolues.21 Je persiste quand même à considérer que le travail sur les formes verbales, cette façon non inten- 61 tionnelle de faire parler les mots, reste un travail d'identification de notre substrat culturel.Ce serait en tout cas une façon de prendre le mot « Texte » tel que le définit Jean Fisette (s\u2019inspirant en cela de Kristeva et de Barthes) : Les oeuvres retenues seront considérées comme les produits d\u2019un même substrat textuel ; elles appartiennent à une même substance dont elles constituent diverses manifestations.Et cette «substance » est à la fois d\u2019ordre linguistique, thématique, psychanalytique, philosophique, sociologique, d\u2019où la possibilité de décrire le Texte sous de multiples points de vue (.).Une même substance \u2014 appelée Texte \u2014 apparaît dans diverses oeuvres qui, à leur tour, la produisent dans un échange incessant.22 Avec les formalistes de La Barre du jour, on n'aurait donc plus affaire à une poésie de la prise de la parole, mais de la prise de l\u2019écriture.On n\u2019aurait plus affaire à une tentative de s\u2019identifier à partir de l'expression subjective mais de la destruction objective.De toutes façons, comme on l\u2019a rapporté, la période « telquélienne » a été assumée, digérée à La Nouvelle Barre du jour et ses poètes ne craignent plus de passer de l\u2019écrit à la parole, ne serait-ce que dans le débat féministe23.Tout comme la période « engagée.» a été assumée, digérée à l'Hexagone où Miron est conscient qu\u2019il y a maintenant des partis politiques pour se charger du militantisme et a ouvert dès 1970 les portes de sa maison à certains formalistes.Comme quoi nos écrivains ne sont pas si divisés qu\u2019on le pense, malgré l\u2019écart des âges et des manières.« Qu\u2019aujourd\u2019hui, le groupe des Herbes rouges secoue le cocotier de l\u2019Hexagone, cela se comprend comme une nécessité » a dit Gilles Marcotte24 en soulignant l'écart de ces deux générations.« Il y a quelque chose DE politique dans les textes d\u2019André Roy ou de Roger Des Roches, dans cette poésie du corps re-pensé, re-sexué dans une perspective matérialiste, machiniste » réplique Normand de Bellefeuille pour 62 souligner des points où les formalistes se rapprochent d\u2019une poésie engagée, mais il précise qu'on ne peut pour autant confondre avec la parole de l'Hexagone l\u2019écriture de la « génération de La Barre du jour, des Herbes rouges et de la défunte collection « Lecture en vélocipède » de l\u2019Aurore »25.Nous sommes quand même confrontés avec deux âges et deux manières.Gérard Pelletier, « Deux âges \u2014 deux manières », Le Devoir, 25 sept.1948, p.8.Collectif, « Présentation », La Barre du jour, vol.1, n° 1, 1965, p.2.Jean-Louis Major, « L'Hexagone : une aventure en poésie québécoise », Archives des lettres canadiennes, Montréal, Fides, 1969, t.4, p.178.Jan Stafford, « Théâtre et société », La Barre du jour, n° 3-5, 1965, p.8-15.Roger Soublière, « Cataplasme et subventions », Ibid, p.3-7.Marcel Saint-Pierre, « Éditorial », Ibid., vol.2, n° 2, 1966, p.2-3.63 .Collectif, « Présentation », op.cit.Jean-Louis Major, op.cit, p.180.Cité par J.-L.Major, op.cit, p.179.Marc Kravetz, « Nicole Brossard : une revue, des livres, un journal », Magazine littéraire, n° 134, mars 1978, p.98.Gaston Miron, « Situation de notre poésie », La Presse, 22 juin 1957, p.67.Repris, avec variante, dans Gaston Miron, L\u2019Homme rapaillé, Montréal, PUM, 1970, p.91.Id, « Un long chemin », Parti pris, janv.1965, p.31; in L\u2019Homme rapaillé, p.120.Nicole Brossard et Roger Soublière, « De notre écriture en sa résistance », La Barre du jour, n° 26, oct.1970, p.5.Op.cit., p.99.Jean-Guy Pilon, Le Devoir, 12 sept.1970 ; cité et commenté (en rapport, entre autres, à Tel Quel) par Bernard Dupriez, « Une leçon de poésie », La Barre du jour, n° 26, oct.1970, p.20.Dominique Noguez, « Entre parole et écriture », Ibid, p.33.Id, Ibid, p.38.Roger Soublière, « Un témoin à la barre », Ibid., p.48.Jean-Michel Solente, « Un musicien français venu de Grèce \u2014 Xénakis », Culture française, 1978, n° 1, p.6-7.Le Groupe d\u2019études théoriques, « Les Dix propositions », La Presse, 4 avril 1970, p.35 (.) ; François Charron, Roger Des Roches, « Notes sur une pratique », La Barre du jour, été 1971, p.3-7 ; Claude Bertrand, « Introduction à l\u2019idée de rupture », La Barre du jour, juin-juillet 1968, p.63-70 et oct.-déc.1968, p.47-54.Ces notes sont de Caroline Bayard.Caroline Bayard, « Subversion is the Order of the Day », Essays on Canadian Writing, nos 7-8, Fall 1977, p.18-19.Traduit de anglais par André-G.Bourassa.Jean Fisette, Le texte automatiste, Montréal, PUM, 1977, p.5-6.Voir a ce propos la communication de Nicole Brossard au congres de l\u2019Association des littératures canadiennes et québécoise (sic), à Fredericton, en mai 1977 et la réponse que lui adresse Normand de Bellefeuille pour ouvrir le débat.Nicole Brossard, » Poésie engagée », Revue de l\u2019Université Laurentienne, vol.10, n° 2, fév.1978, p.121-125 ; Normand de Bellefeuille, « Réponse à Poésie engagée de Nicole Brossard », Ibid, p.127-131.Gilles Marcotte, « La Révolution de la tranquillité », La Revue de l\u2019Université Laurentienne, op.cit, p.75.Normand de Bellefeuille, « Réponse à Poésie engagée de Nicole Brossard », Ibid, p.130 et 128. it Gi ft ! ; a ty Ÿ ommentaires ; Hl fi | { Hl u i sit VA W \u201d I i 4 i ai ; à wi | 3 te vi i] > 13 wh, ft.N pt ft D > De id Hh: ht 8 hl LE LEE RTE a th ; Ry ñ ERENT TT ROR ARR: A LE « CANTO GENERAL » DE PABLO NERUDA Michel Beaulieu Depuis longtemps introuvable en français, le Chant général de Pablo Neruda a bénéficié récemment d\u2019une nouvelle traduction, magistrale, de Claude Couffon dont le moins qu\u2019on puisse dire est qu\u2019il a beaucoup fait pour faire connaître en France et, par ricochet, au Québec, l\u2019oeuvre des poètes de langue espagnole.Véritable événement, cette traduction ne peut et ne doit pas faire oublier que la France n\u2019est pas un des grands pays traducteurs et que les oeuvres de poètes de la taille de Neruda sont habituellement disponibles en traduction américaine bien avant de l\u2019être en langue française.D\u2019abord publié a Mexico en 1950 en tirage limité illustré par Diego Rivera et David Siqueiros, le Canto general a été une premiere fois traduit en français par les soins d\u2019Alice Ahrweiler et publié aux Éditeurs français réu- 66 nis en 1952 mais était depuis longtemps introuvable dans cette édition qui n\u2019a jamais été reprise.Ce qui n\u2019est pas un tort compte tenu du fait que cette version du texte de Neruda était beaucoup plus lourde que celle de Couffon dont la langue plus souple se prête mieux aux méandres de l\u2019oeuvre du poète chilien dont on a souvent dit qu\u2019il était l\u2019un des plus grands sinon le plus grand poète du vingtième siècle, mais dont on a dit aussi qu\u2019il était un fabricant de vers tous aussi artificiels les uns que les autres.Les activités politiques de Neruda ont suscité, il est vrai, tant l\u2019admiration que la haine et l\u2019une comme l\u2019autre d\u2019une exemplaire ténacité.Le fait que Neruda, de son vrai nom Neftali Ricardo Reyes, ait fait partie du Parti Communiste chilien n\u2019est évidemment pas étranger à ces réactions viscérales puisque, l\u2019un dé- = = >» © = ey I coulant de l\u2019autre, une bonne partie de sa poésie s\u2019inscrit directement dans son contexte socio-politi- que.Mais réduire Neruda à un poète politique de gauche serait à la fois lui faire insulte et laisser dans l'ombre une part importante de son oeuvre, aussi immense que désordonnée, toujours incarnée, et chevauchant les registres avec une virtuosité qui n\u2019a nulle part à ma connaissance son égale sinon peut- être chez Victor Hugo qui n\u2019est pas lui non plus exempt de réthorique.Condamner Neruda au nom des traces que l\u2019on en trouve ici et là disséminées la réduirait de la même façon.L\u2019ampleur même du Chant général (Paris, Gal- limard, 1977, 578 pages) ne lui permet pas d\u2019éviter tous ces pièges, et celui qui refermerait le livre, énervé par l\u2019historique, après en avoir lu seulement les premiers chants, passerait a côté de ce qui est peut- être effectivement l\u2019oeuvre poétique majeure de la littérature américaine de langue espagnole.La totalité de Néruda s\u2019y trouve.Par son seul poids, l\u2019oeuvre atteint une dimension épique qui ne suffit pourtant pas à nous faire oublier que les premiers chants, et particulièrement les troisième \u2014 les conquistadores \u2014 et les quatrième \u2014 les libérateurs \u2014 reposent sur une vision manichéenne du monde qui ne s\u2019encombre pas de subtilités.Je me souviens avoir eu beaucoup de difficulté à poursuivre ma lecture de la traduction Arhweiler, il y a quelques années, précisément ennuyé par ce qui me semblait être une sur-sim- plification, et même si le deuxième chant \u2014 Hauteurs du Macchu-Picchu \u2014 ressort du meilleur Neruda, son impact à la lecture avait été grandement amoindri à la fréquentation des deux chants qui devaient suivre.Mais il ne faut pas oublier que, quand il s\u2019agit de défendre une cause, on ne s\u2019encombre pas toujours de polir les encoignures.Ces deux chants appartiennent en fait à la veine pamphlétaire de Neruda, une veine qui a souvent le mérite d\u2019être 67 éphémère, et qui a donné d\u2019une part des recueils aussi admirables que l\u2019Espagne au coeur ou aussi détestables que I'Incitation au nixonicide.Au Québec, Pierre Perreault a publié avec Gélivures, au début de 1977, aux éditions de l\u2019Hexagone, un texte de dimension épique qui ne repose aucunement sur une vision manichéenne des choses et qui constitue sans doute une épopée moderne dont les personnages se retrouvent beaucoup plus dans la trame que dans le texte.On en a peu parlé.Ceci, simplement pour dire que tout peuple à la recherche non pas de son identité \u2014 comme en témoignent à la fois Né- ruda et Perreault \u2014 mais de sa réalité, de l\u2019expression de cette réalité dans ce qu\u2019elle a encore de non-af- firmé, produit des oeuvres épiques.Les conditions qui président à I'épopée sont les mêmes qu\u2019ailleurs et celle-ci témoigne des débuts de l\u2019histoire.Avant Neruda, on relève dans 68 l\u2019histoire de la poésie américaine de langue espagnole les noms de Ruben Dario, qui a fait passer cette poésie à la modernité, puis ceux surtout de César Vallejo et de Gabriela Mistral.Avant Perreault, on relève quelques noms, mais aucun poète québécois avant lui, sauf Miron en certains poèmes, n\u2019a atteint à cette dimension.L\u2019épopée est la nécessité des peuples qui s\u2019affirment.Ainsi, Néruda af- firme-t-il son Chili, un Chili qui, à l\u2019instar de la totalité des pays d\u2019Amérique du Sud, a parcouru une trajectoire sanglante à côté de laquelle notre histoire contemporaine ressemble aux eaux les plus calmes.Il ne faut cependant pas perdre de vue que les événements eux-mêmes, si dramatiques soient- ils, n\u2019acquièrent une dimension que par la façon dont chacun les vit.Un génocide pratiqué dans l\u2019indifférence générale et dont personne à peu près ne parlerait jamais n'aurait de spécificité alors que la moindre hausse des impôts touche ici le coeur même \u2014 =.Ba nana a.\u2014\u2014 de la nation.Les problèmes ne se posent pas de la même façon selon que nous soyons d\u2019ici ou d\u2019ailleurs.Il va de soi qu\u2019entrant dans l\u2019oeuvre de Né- ruda, dont le territoire et la géographie tant physique que politique se situe aux antipodes des nôtres, il nous manque pour en apprécier la quintessence un réseau de référence dont nous ne pourrons en au- cun cas être les détenteurs privilégiés, tandis que nous nous reconnaissons aisément chez nos poètes.Ceci dit, Néruda a conscience de parler non seulement pour les mineurs et les prolétaires de son pays, mais pour l\u2019ensemble de l'humanité à travers eux.Il s\u2019agit de la substance même de son écriture.GENJI LE RADIEUX Nicole Deschamps tions orientales de France, Mille ans avant qu\u2019en Occident les femmes ne se mettent en grand nombre à écrire, la romancière et poétesse japonaise Murasaki Shikibu (975 ?-1014) composait hardiement le premier roman réaliste dans une société féodale où les principaux écrivains étaient des femmes.Neuf cents ans avant les explorations de Freud et de Proust, elle avait subti- Shikibu, Murasaki, Le Dit du Genji, Paris, les Publica- 1978, 2 vol.866 pages.lement décrit la tragédie oedipienne et trouvé les formes du récit moderne.Trois cents ans avant que Dante n\u2019ait imaginé la «tres gentille » Béatrice, elle avait inventé « Genji le radieux », personnage principal d\u2019une fresque de l\u2019an mil qui paraît aujourd\u2019hui prodigieusement vivante.Chef-d\u2019oeuvre de la littérature japo- 69 naise classique (époque Heian, 794-1186) et, pour les Japonais, livre national au même titre que la Divine Comédie pour les Italiens, le Dit du Genji n\u2019est pas un livre facile d\u2019accès pour un lecteur contemporain qui ignore à peu près tout de l\u2019Orient, de ses langues, de son histoire.Tel un profane invité à visiter la pyramide de Chéops, le non- initié risque à tout moment de s\u2019égarer.Et pourtant quel bonheur de pouvoir entrer sans prévenances dans l\u2019intimité dun «chef- d\u2019oeuvre ».Au Japon même, les écrits du Murasaki se lisent aujour- d\u2019hui en diverses adaptations modernes dont la plus populaire serait celle du célèbre romancier Tanizaki, parue durant les années 1950.Quant aux textes originaux, déjà commentés du temps de l\u2019auteur, ils continuent à susciter d'innombrables gloses.Aussi bien apprécier de loin le poids de cette écrasante tradition.70 J'ai d\u2019abord découvert le Dit du Genji au hasard d\u2019un voyage à New York dans la traduction américaine d\u2019Edward G.Seidens- ticker (The Tale of Genji, New York, Alfred A.Knopf, 1977, 2 vol., 1090 p.).Cela m\u2019a permis de lire l\u2019oeuvre en entier puisque la traduction française publiée par René Sieffert ne comprend à ce jour que trente trois chapitres sur cinquante quatre.Cela m\u2019a également permis de faire d\u2019amères comparaisons entre la qualité des deux éditions, l\u2019efficacité de la diffusion, le prix des livres, mais je n'ose aborder ce sujet en détails par crainte de décourager quiconque s\u2019intéresse à la littérature étrangère avec la prétention de pouvoir la lire ici en français.J'avoue par ailleurs que l\u2019émerveillement que m\u2019a causé la lecture de ces deux versions, assez différentes l\u2019une de l\u2019autre mais également intéressantes, compense le mal \u2014\u2014 que j'ai eu à me procurer le texte en français à Montréal.De la vie de l\u2019auteur, on connaît suffisamment de faits précis pour ne pas nager en pleine légende, mais on ignore entre autres son nom.C\u2019est là une caractéristique qu\u2019elle partage avec ses personnages dont aucun, même pas le radieux Genji, n\u2019est représenté autrement que par le titre de sa fonction ou bien par le surnom qui lui est imposé suivant l\u2019usage d'alors à la Cour impériale.Musaraki, à la fois nom du principal personnage féminin du roman et mot qui désigne une plante réputée « herbe poétique par excellence », serait un surnom donné à l\u2019auteur par ses premiers lecteurs.Comme sa principale héroïne, Musa- raki manifeste très jeune des dons pour la poésie, ce qui est fort apprécié de son entourage, mais elle se montre égale- ment savante en lettres chinoises, ce qui est jugé malséant.Mariée en 998 à un lointain cousin d\u2019une vingtaine d\u2019années son aîné et mère d\u2019une fille qui sera un jour elle-même écrivain, elle devient veuve en l\u2019année 1001.Plus tard, sur l\u2019intervention de Mi- chinaga, personnage historique qui aurait vaguement inspiré le personnage inventé du Genji, elle est admise à la Cour en qualité de préceptrice de la jeune impératrice qu'elle suivra au couvent, après la mort de l\u2019empereur.C\u2019est manifestement durant son séjour à la Cour qu\u2019elle écrira son oeuvre qu\u2019elle n\u2019aura peut-être pas eu le temps d\u2019achever.Comme la plupart de ses héroines, elle mourra jeune.On ne résume pas plus le Dit du Genji que A la recherche de temps perdu.Le theme principal en est sans doute la mort, omniprésente des premieres pages aux dernières, contre laquelle il ne 71 semble y avoir de recours que dans l\u2019art, l\u2019hédonisme, la contemplation.Que font tous les personnages créés par Murasaki si ce n\u2019est jouir de l\u2019éphémère beauté de leur univers ?En écrivant, que fait Murasaki elle-même, prisonnière d\u2019une cour ou l'on s\u2019épuise a observer des rites, sinon redonner vie a des étres déja figés ?« Puisqu\u2019a toutes choses il est un terme » revient comme une note obsédante.En deuil d\u2019une personne chère ou de la saison passée, les survivants que sont l\u2019auteur et ses personnages concentrent leur attention sur la branche du cerisier en fleurs, sur les mouvements de leur coeur, sur la grâce d\u2019un sourire ou d\u2019un vêtement.Mais ils peignent, ils font de la musique, ils échangent des poèmes qu\u2019ils rédigent sur de somptueux papiers.Par la mise à mort qu\u2019est toute création artistique, ils réalisent déja I'ambition de Proust a la recherche de ce qu\u2019il appellera «la 72 vrale vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie réellement vécue.» Parmi les êtres figés qui figurent au spectacle de la Cour, il y a la littérature elle- même.Murasaki s\u2019en moque, comme Cervantes se moquait du roman de chevalerie.Fortement teintés de merveilleux, les mono- gatari sont alors des récits écrits destinés à être lus à haute voix par les élégants qui peuplent les palais.Les auditeurs, les auditrices surtout, s\u2019en émeuvent, les commentent, les recopient soigneusement.Les personnages de Murasaki sen délectent, même s'ils les appellent des « vieilleries ».Ils se présentent sous la forme de rouleaux de papier, souvent richement 1illustrés, de longueur variable mais dont le contenu doit former un tout.Cela explique la répartition du texte en chapitres ou «livres » dont chacun pourrait se lire indépendamment, \u2014 + \u2014 \u2014 \u2014 my ey = comme une nouvelle, mais dont l\u2019ensemble produit un effet audacieux.Laissons aux spécialistes les spéculations sur la composition du Dit du Genji.Voulue par l\u2019auteur ou produite par le temps, l\u2019architecture de l\u2019oeuvre ne manque pas d\u2019originalité.Les quarante et un premiers chapitres racontent la vie et la mort du Genji et les dix derniers, celle de son fils, Kaoru le Suave.Rehant ces deux histoires, trois chapitres apparemment incohérents.Comment ne pas ressentir le vide du « sujet » ?Heureusement pour la littérature, la fresque historique de Murasaki est aussi un tableau non figuratif.Au premier plan, donc, un personnage illustre, le Genji, la technique du conte traditionnel et le fil d\u2019une histoire prévisible.« En quel règne je ne sais, parmi les épouses impériales et dames d\u2019atour La PTR; qui nombreuses servaient Sa Majesté, il en était une qu\u2019entre toutes, et encore qu\u2019elle ne fût de très insigne parage, Sa faveur avait pour l\u2019heure distinguée.(.) Profonds avaient dû être, en quelque autre vie, les liens qui à Sa Majesté la liaient, car un Prince lui naquit, un pur joyau, qui n\u2019avait son pareil au monde.(.) Certes le Prince Premier, né d\u2019une Épouse Impériale, fille du Ministre de la Droite, et puissamment appuyé, était entouré des soins les plus attentifs parce que nul ne doutait qu\u2019il serait l'héritier présomptif, mais comme il ne pouvait par l\u2019éclat de la beauté se mesurer à celui-là, et encore qu\u2019il occupât dans les pensées du souverain une place insigne celui-ci prodiguait, en privé, des attentions infinies à ce Prince cadet.» On croit déjà prévoir la suite: l'enfant bien- aimé règnera un jour et les quelque mille pages à venir raconteront les péripéties de son ascension 73 jusqu\u2019au pouvoir su- prème.Or le « pouvoir » auquel accédera le Prince cadet, fils d\u2019empereur et secretement pere d\u2019empereur, n\u2019est pas du tout celui qu\u2019on entend d'ordinaire.En marge des postes officiels dont il se montre parfaitement détaché, sauf peut-être à l\u2019occasion, pour ses enfants, avec la grâce réunie d\u2019un dieu, d\u2019un sage et d\u2019un jeune animal, il consacre sa vie à jouir de ce qui l\u2019intéresse : l\u2019amour, la poésie, la musique, l\u2019art.Ni guerres, ni conquêtes ne semblent solliciter son désir.Il ne poursuit ardemment que la recherche de la beauté sous toutes ses formes.Ses victoires amoureuses mêmes s\u2019accomplissent sans effort et demeurent souvent sans éclat.Personne à la Cour n\u2019apprendra jamais qu\u2019il a usurpé la place de son père dans le lit de l\u2019impératrice.La paternité de leur fils, futur empereur régnant, restera un secret d'amour partagé 74 par les seuls intéressés : les amants et leur enfant.Il acceptera cependant publiquement la paternité d\u2019une fille abandonnée qui est en réalité la fille de son meilleur ami.En ce sens, le héros de Murasaki est plutôt un anti-héros.Un homme dont la force consiste à se désintéresser du pouvoir qui s'offre à lui pou- vait-il déplaire aux belles recluses des palais japonais de l\u2019an mil ?De sa naissance à sa mort, le radieux Genji n\u2019aura qu\u2019à paraître pour soulever les passions des femmes de son entourage.Par sa passivité plus proche parent de Fabrice del Dongo que d\u2019un Oedipe, d\u2019un Casanova ou d\u2019un Don Juan, cet amoureux parfois maladroit, parfois malheureux, mais toujours aimable, n\u2019abon- donne jamais celles qu\u2019il a un jour aimées.La tendresse qu\u2019il conserve pour chacune d\u2019elles lui cause soucis, chagrins et remords, mais leur mort même n\u2019efface pas leur D> = \u2014 CN.eS =\u2014-_-\u2026o % présence dans sa vie.Qui est ici l\u2019objet?Elles, apparemment femmes-fleurs, cachées derriere le store, l\u2019éventail ou la manche, et très savantes dans l\u2019art de manier le pinceau, ou bien lui, passionnément observé, passionnément décrit, père-fils idéal qu\u2019elles possèdent enfin, non sans jalousie, toutes et chacune ?La présence passive du Prince bien-aimé illumine l\u2019oeuvre entière et met singulièrement en relief la richesse et la profondeur des autres personnages, la plupart des femmes et des enfants.Pourtant, peut-être faut-il saluer comme une trouvaille le fait que le principal personnage féminin, elle aussi « Mu- rasaki », ne deviendra jamais mère, si ce n\u2019est des poèmes que lui inspirent son bel amant.Quant au récit, passé les premiers chapitres, il se poursuivra d\u2019une façon de plus en plus étonnante.Rythmé par des poèmes allusifs que les personnages échangent en guise de correspondance, se répétant lui-même jusqu\u2019à donner le vertige du rien, mais rebondissant sans cesse là où on ne l\u2019attendait pas, le texte se perd progressivement dans l\u2019anéantissement du sujet, là où commence toute littérature.Le ton n\u2019est plus celui du conte de fées: déjà s\u2019écrit la poésie du temps retrouvé.Les éditions QUINZE viennent de nous offrir, dans la col- lecton PROSE EN- TIERE, sous le titre de « FRAGILES LUMIERES DE LA TERRE » DE GABRIELLE ROY Thuong Vuong-Riddick Fragiles lumieres de la terre un recueil de textes de Gabrielle Roy « déjà parus dans des publications aujourd\u2019hui à peu 75 i Ror.2 pres inaccessibles, entre 1942 et 1970 ».Prenant place à la suite des oeuvres romancées de Gabrielle Roy, cette édition (ou réédition) ne fait pas simplement qu\u2019ajouter un élément de plus à l\u2019ensemble que constituent les titres déjà parus mais fait rebondir la réflexion portant sur l\u2019esthétique et l\u2019éthique de l\u2019auteur.Tout d\u2019abord, une grande partie du livre est composée de reportages, qui constituent les premiers écrits de Gabrielle Roy, révélant cette partie « d\u2019avant ses romans » (en imitation du terme « avant-texte »), permettant d\u2019accéder a la période de formation de l\u2019écrivain, la genèse de son oeuvre.Si, pendant longtemps, la critique littéraire, selon l\u2019idéologie en place, n\u2019avait voulu tenir compte que du produit « fini », en l\u2019occurence le « chef- d\u2019oeuvre », une conception de l\u2019écriture comme processus transformationnel ne peut négliger 76 les écrits porteurs des prémices, \u2014 éléments moteurs de l\u2019oeuvre à venir.Réunis ensemble pour la première fois les reportages sur les immigrants, les récits de voyage, les souvenirs autobiographiques, les discours officiels et commandités réagissent les uns sur les autres, selon cette loi des éléments à l\u2019intérieur d\u2019un ensemble, que Butor a déjà observée et mise en pratique dans les Répertoires, composés eux-aussi de textes divers.Ce jeu d\u2019interaction, en révélant de nouveaux rapports, invite a une relecture de l\u2019oeuvre toute entière prise comme ensemble indissociable.C\u2019est sans doute le texte « Mon héritage du Manitoba » qui constitue le centre rayonnant de cet univers puisqu\u2019il renferme le récit des origines, celui de l\u2019histoire familiale et la parole du père, porteuse aussi de la «vision du = eo\u2014\u2014-\u2014 \u2014-\u2014_\u2014\u2014\u2014\u2014;\u2014\u2014-s = = 2: = ike.- = = = = ng , REE se as + = oN xo =, 2e a ie ma Fad 2 or La plie A rs x ho = i og Core io eo ot \u20ac = we = ST a Aes 3 = ft ss ce ASE ne = =e 7 as SE GS a 45 553 Si 3 3 pis = oT w Ei Rte 3: a] À 50 pa \u2026 =.ne pli A Cs \u2014 \u2014 \u2014 \u2014\u2014- = iam Bulletin d\u2019abonnement O La nouvelle Barre du Jour, CC.P.131, Succ.Outremont, Outremont, Qué.H2V 4M8 La Nouvelle Barre du Jour vous offre gratuitement deux des livres suivants : Pulsions, Michel Beaulieu Mécanique jongleuse, Nicole Brossard L\u2019état de débauche, Jean Yves Collette Le petit cathéchisme, Louis-Philippe Hébert Tableaux de l\u2019amoureuse, Paul-Marie Lapointe Lieu de naissance, Pierre Morency 12 numéros, un an, au Canada : $30.un an, à l'étranger : $36.6 numéros, six mois, Canada seulement : $16.nom adresse Veuillez m'abonner à partir du numéro Seul l\u2019abonnement annuel donne droit aux livres-cadeaux.Livres choisis UT 8 4 y i Hi i By i | 15 i #5 12) M 3 | il 08 i i 9 # Achevé d'imprimer en octobre mil neuf cent soixante-dix-huit sur les presses de 'Imprimerie Gagné Ltée li: Saint-Justin - Montréal.Imprimé au Québec Qi a fi tt Kit ; | its ; ir Gi 6 i | K di : J pe is 2) th i Ë th! i fi: fi IS ith i i fit LX + 4 i He i oh i th A RY & Ca i x gh EC TS Ly Re i y i] pr des textes de GC QULICT 1 = dl eaV aillancourt ANN 4 21320) Hi PhIHDOGR CN LNs hyo TEE M Hd 4 de ommentaire de oo arf [990101 b - ve DS Wleaile (Blan ste VIC pRiddick he: ii ih Joseph Bonenfant H ! + .1 1a iti ii oi ir 0 ea "]
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