Le samedi, 1 septembre 1926, samedi 25 septembre 1926
[" Vol.XXXVIII, No 17 Lisez notre feuilleton: LE SENTIER DES PLEURS 25 SEPTEMBRE 1926 S&ScvmBdij MAGAZINE ILLUSTRE - LITTERAIRE - HUMORISTIQUE - MUSICAL \u2022 - WmmM ¦; ¦ .ümm lii » .' ¦ - .¦¦ \u2018v ., I -i-\u20141 ÜH \" mm mim .y.-xrv.ÿ- ¦ ¦\u2019 ¦ mm ¦K^-iJSSR yy' \u2022 ^ \u2022 Mm ,\t1 vl.\u2019.* \u2018\t' j liii V-.'- | MM . 2 &3amsdl 25 septembre 1926 son exquise gavemT son exquise favenT et sa qualité sans égale lont maintenue au premier rang Old Stock Ale In ûrie à point PRIME.PAR LA FORCE ET'PAR LA.QUALITÉ ! (> I **»»?Af*f *?* ¦jJdISaaa ague lv7iS. 25 septembre 1926 Se&cmtàh 3 Vol.XXXVIII No 17 ABONNEMENT CtmUt Un *a \u2022\t\u2022\t.$3 50 Si* nail .\t2 00 T roi» moi» .\t.i .00 Eutf-Unii tt Europt lin «.$5.00 Si* moit\t2.50 Troll noil .\t.IJ5 HEURES~m~BUREAU 8 h, 30 i 5 h, 30 Simcdi 8 8 30 à nidi Tâ.: Lancaster 5619 - 6002 (Fonds ah 1889) Hebdomadaire - Illustré - Littéraire Humoristique - Musical POIRIER, BESSETTE ft CIE, propnétm,, MONTREAL 975, RUE CACIEUX, Entered at the Post Office of S.Albans, Vt., as second class matter under Act of Merck 1879.Carnet Editorial Montréal 25 septembre 1926 AVIS AUX ABONNES Les abonnés changeant de localité sont priés de nous donner un avis de huit jours, l\u2019empaquetage de nos sacs de malle commençant cinq jours avant de las livrer Tarif d\u2019annonces fourni sur demande.du réel sans s\u2019en apercevoir et qu\u2019on ne sait plus au juste où est leur frontière.C est ainsi qu\u2019on voit d\u2019affreux magots aimés d\u2019un amour sincère autant que durable parce qu\u2019ils sont et demeurent auréolés de toutes les beautés aux yeux de celles qui les aiment.Généralement, toutefois, on se réveille, ce qui est en même temps un mal et un bien.Un mal parce qu\u2019il n\u2019en reste que de la déception et de la désillusion; on s\u2019était formé un idéal et la réalité est certainement inférieure; on ne sait pas encore qu\u2019il en est ainsi et pour tout dans la vie et l\u2019on se croit une victime du sort.C\u2019est ainsi que certains caractères s\u2019aigrissent, ne croient plus à la franchise des sentiments et moins encore à l\u2019amour.La méfiance concentrée est devenue de la misanthropie.Le Rêve et le Réel L'expérience et l\u2019observation peuvent guérir ce mal.Nous finissons par nous apercevoir que nous sommes tous logés à la même enseigne et qu\u2019au banquet de 1 avie il n\u2019y a que deux attitudes possibles: ou manger ou crever de faim; le grand art est tout simplement d\u2019éviter l\u2019indigestion.OUT, dans la vie, est soumis à deux forces contraires ou se présente dans deux états nettement opposés.Comme H y a le bien et le mal, le jour et la nuit, la joie et la douleur, il y a le rêve et la réalité.La possibilité du rêve et la sensation du réel constituent, en fait, toute la vie elle-même et, de leur dosage convenable dépend le bonheur, autant qu\u2019il est toutefois possible de l\u2019atteindre ici-bas.C'est une vérité évidente surtout en amour.On dit, par exemple, que le coeur ne vieillit pas et que les années, loin de lui enlever quelque chose de sa richesse de sentiments, lui apportent un surcroît d impressions qui lui donne davantage de sensibilité, D autres prétendent, au contraire, que l\u2019expérience acquise et les désillusions fatalement éprouvées finissent par émousser cette sensibilité et le rendent sceptique.Il y aurait gros à discuter là-dessus.Les premiers ont raison mais les autres n\u2019ont pas tort car tout dépend de la manière de considérer les choses et«d\u2019en tirer le meilleur parti possible.Pendant la première partie de la vie, le rêve domine en ce sens que le réel n\u2019a pas encore eu le temps de s\u2019affirmer; nous ne savons rien et nous croyons deviner tout.La connaissance que nous avons du monde est purement imaginaire; elle dérive directement de nos désirs et de nos espoirs.Nous avons la conviction d\u2019avoir des sensations toutes nouves alors qu\u2019elles servent depuis le jour où, pour la première fois, un homme a rencontré une femme.Nous avons surtout la certitude bien ancrée dans notre esprit, d\u2019aimer comme nul n\u2019a jamais aimé et n\u2019aimera jamais et d\u2019avoir découvert, par la plus extraordinaire des chances, la seule merveille au monde digne d\u2019être aimée.Comme le rêve n\u2019a pas de limites, nous ne nous arrêtons pas en si beau chemin et nous parons la personne aimée de qualités tellement extraordinaires qu\u2019un magicien seul aurait pu les lui accorder.C\u2019est ainsi que sont nés les contes de fées et c\u2019est également ainsi que l\u2019on tend bénévolement la joue à une tape de première classe que la vie ne manquera pas de nous appliquer pour nous réveiller.Et encore, ces tapes-là ne nous réveillent pas toujours; le rêve est paTti si loin qu\u2019il a empiété sur le domaine Un philosophe qui avait la spécialité des comparaisons typiques a dit que 1 espérance était la bretelle qui soutient la culotte de l\u2019existence.J\u2019ajouterai © qu\u2019elle la soutient quelquefois à la façon dont la corde soutient le pendu.C\u2019est en effet une des formes préférées du rêve et si l\u2019on demande trop à la vie, c\u2019est un mécompte qui nous attend car les espoirs déçus finissent par conduire à la tristesse et au mécontentement.Faisons au contraire large place au réel; sachant alors que la vie loin d\u2019être la dispensatrice de toutes les joies en est au contraire particulièrement jvare, nous goûterons plus complètement celles qu\u2019elle nous accordera.L\u2019expérience aidant, nous saurons mieux apprécier les qualités du coeur quand nous les rencontrerons et par conséquent mieux aimer qui le mérite.Il semble au contraire souvent que les épreuves lui donnent une vitalité plus grande comme le fait la charrue pour le terrain qu\u2019elle défriche et qui resterait presque improductif sans sa morsure.Et même parfois, c\u2019est au milieu des ruines que poussent les plus belles fleurs.Et l\u2019expérience ne manque pas dans la vie, c\u2019est l\u2019école gratuite et à la portée de chacun, dont les enseignements sont parfois pénibles mais toujours profitables.D\u2019ailleurs le coeur a d\u2019infinies ressources de réaction et il est bien rare qu\u2019il sorte brisé même de la lutte la plus dure.C\u2019est pour cela qu\u2019on a dit que le coeur ne vieillit pas; meublé de souvenirs dont la plupart sont amers, instruit par des comparaisons qui lui manquaient jadis, il en est venu avec le temps à posséder une sûreté de jugement qui l\u2019aide à fixer son choix.Il reste quand même en lui suffisamment de rêve pour poétiser le réel mais il ne risque plus de tomber dans l\u2019excès et j en viendrai à cette conclusion que ceux-là seuls qui ont beaucoup aimé savent aimer bien.Les uns disent oui et d\u2019autres non; d autres encore, peut-être.PENDANT LA PREMIERE PARTIE DE LA VIE, LE REVE DOMINE. 4* 25 septembre 1924?LE JUIF ERRANT LC MUR DE SALOMON* DEVANT LEQUEL LES JUIFS DE JERUSALEM VIENNENT SE LAMENTER UNE FOIS L AN.VV : mfS S .vi il ; Est~ü rien sur la terre Qui soit plus surprenant Que la grande misère Du pauvrà Juif-Errant?Que son sort malheureux Parait triste et fâcheux.*\t1 EL est le début d'une com- '¦).I E P\u2018a*nte Qui se chanta beaucoup jadis en Europe et qui relatait la grande misère d'Isaac La-quedem, autrement dit Ahasvérus, ou encore Cartaphilus, mais universellement connu sous Je nom de Juif-Errant.Connaissance très relative, toutefois, car, bien que le bonhomme voyage, pa raît-il dans tous les pays, nui ne l\u2019a jamais vu et ne peut en donner par conséquent de description exacte.Il est en tout cas fort barbu, c\u2019est du moins la chanson qui l'affirme: Des bourgeois de la ville De Bruxelles en Brabant, D\u2019une façon civile L'accostent en passant, jamais ils n'avaient vu Un homme aussi barbu.Voici sa légende telle que nous la rapportent les vieux documents.Chargé de sa croix et couronné d\u2019épines, Jésus montait au Calvaire; arrivé près de la porte de Jérusalem, il voulut se reposer devant la boutique d'un cordonnier.Le juif irrité injuria et frappa le Sauveur.\u2014 Je me reposerai ici, lui dit Jésus, mais toi, tu marcheras jusqu'à ce que je revienne.Au même instant, le cordonnier Ahasvérus, entraîné par une puissance irrésistible, se mit à marcher.Depuis lors, il voyage toujours; il ne se reposera qu\u2019à la fin des temps, lorsque Jésus viendra juger le monde.Ne doutez pas, nous affirme la légende, de l\u2019existence du Juif-Errant, on l'a vu à Bruxelles en Brabant; on l\u2019a vu à Hambourg en 1 547, on l\u2019a vu dans de multiples autres endroits.C\u2019est un homme âgé d\u2019une cinquantaine d'années, d\u2019une taille avantageuse et qui porte de longs cheveux noirs flottants sur les épaules.Le souvenir de son crime le poursuit sans cesse et souvent on entend un soupir s\u2019échapper de sa poitrine oppressée.Nous trouvons, dans Mathieu Paris, une autre légende qui mérite d\u2019être rapportée: Un évêque arménien qui.du temps de ce chroniqueur, visitait l\u2019Angleterre, déclara que l\u2019homme désigné sous le nom de Juif Errant vivait dans les montagnes de l\u2019Arménie, qu\u2019il se nommait Cartaphilus, qu il était païen et portier de Ponce Pilate, qu il s était converti depuis et avait reçu le nom de Joseph.Lorsqu'on emmenait le Christ hors du prétoire, Cartaphilus l\u2019avait poussé dehors en le frappant avec le poing, et Jésus, indigné, s\u2019était retourné en lui disant: «Le Fils de l\u2019homme s\u2019en va, mais tu attendras son retour.» Cartaphilus, en effet, attend sur la terre le Jugement dernier.A la fin de chaque siècle, il s\u2019évanouit un moment et revient à lui sous la figure d\u2019un homme de trente ans, âge qu\u2019il avait lorsque Jésus fut crucifié.Ce second récit peut être accepté par ceux qui le préfèrent mail le trait saillant et caractéristique du personnage est d'être juif et juif errant.La première de ces légendes se trouve dans Schedt, écrivain bien postérieur à Mathieu Paris.El Edrisi, qui vivait un siècle avant ce dernier raconte que le Juif Errant était de son temps déjà, fort populaire en Europe; il ne nomme Samcr, et dit qu\u2019il avait été condamné par Moïse à errer dans le monde parce que c\u2019était lui qui avait fabriqué !e veau d\u2019or dans le désert.On a donné plusieurs explications de la légende d\u2019Ahasvérus.Jésus avait dit aux personnages de sa suite : «Quelques-uns d\u2019entre vous ne mourront point jusqu\u2019à ce qu\u2019ils aient vu le Fils de l\u2019Homme dans sa gloire.» On a pensé que ces paroles, mai interprétées, avaient donné lieu à la fable du Juif Errant.Elles furent appliquées à saint Jean l\u2019Evangéliste et Georges de Tiébizonde a composé, au XVième siècle un traité pour prouver que cet apôtre vivait encore.Si l'on rattachait à ces paroles du Christ la légende qui nous occupe, Câî* taphilus, ou saint Jean lui-même pourraient .aussi bien qu'Ahasvérus être i\u2019hotnme qui attend le retour du Messie mais il n\u2019y a rien de satisfaisant et de prouvé dan® cette explication.En réalité, le Juif Errant existe.Le voyageur qui fait le tour du monde le rencontre partout, sous l\u2019air glacé du pôle comme sous le ciel -brûlant de l\u2019équateur; partout il voit cet homme qui porte sur son visage un type qui, partout le distingue et le.différencie des autres.N\u2019est-il pas le juif, tour à tour chassé de son pays et de toutes les contrées où il a voulu s'arrêter, toujours errant, toujours persécuté, toujours pauvre et pourtant toujours riche. 26 septembre 1920 3&®cmsdb Qui a crucifié Jésus?N\u2019est-ce pas le juif.Il porte la peine de son crime et, à ce point de vue, quoi de plus naturel, de plus saisissant et de plus vrai que la légende d\u2019Ahasvérus considéré comme la personnification symbolique du peuple déicide?A ce fait dominant, on a peut-être joint d\u2019autres souvenirs et d\u2019autres allusions.Dans la Judée comme dans l\u2019Inde, si l'on en croit certains rabbins, le meurtrier,, banni de sa famille pendant plusieurs années, était condamné à voyager dans toutes les villes habitées par ses frères, nu-tête, portant de longs cheveux, une longue barbe et des vêtements malpropres, Ajrès la dispersion, les juifs se trouvant disséminés dans le monde entier, le meurtrier devait promener, sur tous les points du globe, le spectacle de son châtiment, Il faut se rappeler, en outre, que Dieu, après avoir maudit Caïn, le premier meurtrier, l\u2019avait condamné à être fugitif et vagabond\u2019 sur la terre et qu\u2019on a vu souvent, dans Abel pur et sans tache, une figure de Jésus-Christ et de sa mort.On pourrait donc considérer Ahasvérus comme le symbole du peuple juif peint sous les traits de Cain, * * * Dès son origine, d\u2019ailleurs, le peuple hébreu fut toujours quelque peu.juif errant.Ce nom de juif, en hébreu iehoudi, vient de fada (iehouda) et fut donné indistinctement à tous les Israélites au retour de la captivité de Baby-tone.Bien que leur origine se confonde avec celle du monde même, ils n\u2019ont commencé à former un corps de nation que lorsqu'ils se furent fixés en Egypte sous les Pharaons.Leux histoire 1a.mieux établie nous apprend qu\u2019après être sortie d'Egypte, ils demeurèrent dans les désert de l\u2019Arabie, puis dans le pays des Chananéens ou ils formèrent d'abord une république et ensuite deux royaumes ; qu\u2019après plusieurs siècles ils furent subjugués et transportés au delà de FEuphrate par les rois d\u2019Assyrie.Enfin, revenus dans leur pays sous Cyrus et ses successeurs, ils y rétablirent un gouvernement national et y ont, demeuré jusqu\u2019à ce que les Romains eussent soumis la Judée, détruit Jérusalem et dispersé leur nation.C\u2019est en commémoration des anciens temps de leur splendeur qu\u2019une fois par an, tops les juifs de Jérusalem vont se lamenter devant un, grand mur qu\u2019ils croient être un vestige du 1 emple du roi Salomon, De toute façon, les juifs ne sont ni une peuplade d\u2019Egyptiens comme l\u2019ont prétendu les auteurs païens qui.les connaissaient fort mai, ni une horde d\u2019Arabes bédouins comme le soutiennent quelques modernes qui ne les connaissent pas mieux.On a prétendu, il est vrai que les soixante-dix Hébreux qui, selon le récit de Moïse, étaient entrés en Egypte n\u2019avaient pu produire, en 215 ans six cent mille pei sonnes en état de porter les armes, c\u2019est-à-dire plus de deux millions de personnes en comptant les vieillards, les femmes et les enfants.Quelques écrivains ont prétendu que les juifs offraient dans leurs sacrifices, des victimes humaines et qu\u2019ils les mangeaient\u2019 même parfois, mais les auteurs mieux documentés ont victorieusement réfuté ce reproche aussi faux qu\u2019absurde.D'un autre côté, on s\u2019est plu à représenter ce peuple comme ignorant, barbare, stupide, sans aucune connaissance des lettres, des arts et du commerce.Pourtant, huit siècles au moins avant la captivité de Babylone, ils avaient un corps d\u2019histoire, un code de législation, une police réglée, des archives et des livres.Et d\u2019ailleurs, ce qui est dit dans l\u2019Exode de la structure du tabernacle, ce que nous lisons, dans les livres des Rois de la magnificence du Temple de Salomon, et le plan qui est tracé dans Ezéchiel, le portrait de la femme forte et de ses travaux, peint dans les proverbes.k tableau du luxe des femmes juives dans Isaïe ne démontrent-ils pas clairement que les juifs connaissaient les arts et qu\u2019ils n\u2019en ont jamais négligé la pratique?Il est facile de prouver, avec la même évidence que loin d\u2019avoir ignoré le commerce, ils s\u2019en sont toujours occupés; il n\u2019y a, du reste, qu\u2019à ouvrir les yeux et à voir ce que font leurs descendants dans notre seule bonne ville de Montréal.Au train dont vont les choses, dans cinquante ans d\u2019ici on comptera sur les doigts les marchands qui ne seront pas juifs.On ne prête qu\u2019aux riches, dit le proverbe; c\u2019est sans doute pour cela qu\u2019on leur a attribué une profusion de vices et de défauts plus qu\u2019aux autres peuples.Ce sont surtout les romains qui se sont distingués par leur aversion pour eux, mais les romains u avaient aucune estime pour tout ce qui leur était étranger et surtout pour ce qui leur résistait Enfin, le mépris pour les juifs a surtout éclaté quand 'leur république fut sur le penchant de sa ruine.Dispersés dans l\u2019Egypte, la Grèce et l\u2019Italie, ils ne purent que dégénérer.Après la mort-de Jésus-Christ, toute la nation, livrée à l\u2019esprit de vertige ne fut plus connue que par son opinâtreté à rejeter le christianisme; c\u2019est surtout depuis cette époque que tous les peuples conçurent de l\u2019aversion contre elle et qu\u2019elle devint, comme il lui avait été prédit, l\u2019objet du mépris universel.C\u2019est dès lors aussi que, se voyant partout en butte aux persécutions, elle a conçu à son tour, contre tout ce qui n\u2019est pas juif, du mépris et de l\u2019aversion.On peut dire que l\u2019état actuel des juifs date de la diestruetion de Jérusalem par les années romaines, car la aine de leur capitale entraîna celle de leur vraie nationalité.Ceux d\u2019entre eux qui avaient échappé au désastre furent réduits à la pfos affreuse détresse.La Judée ayant per-qu toutes les villes se vit bientôt transformée en un vaste désert.Les empereurs romains, àl\u2019exception de Nerva, les traitèrent avec la plus cruelle rigueur.Tite fit vendre leurs terres avec défense expresse de rebâtir aucune ville et en les obligeant à verser, pour Jupiter Sapitolin, la somme d\u2019argent qu\u2019ils versaient auparavant pour l\u2019entretien de leur temple.Domitien les enveloppa dans la persécution qu\u2019il faisait souffrir aux chrétiens.Affligés de tant de maux et impatients du joug de l\u2019étranger, ils levaient partout où ils le pouvaient l\u2019étendard de la révolte et chaque insurrection leur attirait de nombreux désastres.Enfin, Adrien ayant reconstruit une Jérusalem nouvelle, défendit aux juifs, sous peine de mort, d\u2019y entrer et pour éviter à l\u2019avenir toute révolte de leur part, il fit détruire tous leurs monuments.C\u2019est à partir de cette époque que les juifs, dispersés, se distinguèrent d\u2019une manière bien tranchée en juif orientaux et en juifs occidentaux.Les premiers étaient ceux de Babylone, de la Chaldée, de l\u2019Assyrie et de la Perse ; ils avaient des écoles florissantes et leur chef s\u2019appelait le Prince de la Captivité.Les derniers comprenaient ceux de Judée, d\u2019Egypte, d\u2019Ethiopie, d\u2019Italie, d\u2019Espagne et du reste de l\u2019empire romain et celui qui était à leur tête se nommait le Chef de la Synagogue.Cette distinction de noms n\u2019impliqua toutefois aucune différence dans leur caractère spécial ni dans leurs conditions d\u2019existence.Depuis leur dispersion dans les diverses parties du globe jusqu\u2019à nos jours, on les trouve partout vivant de leur vie particulière ; ils ont beau se mêler aux nations, ils ne se confondent jamais avec elles.En Orient comme en Occident, ils sont tenaces à leurs croyances, surtout quand on les persécute; ils sont insolents et fiers dès qu\u2019ils se sentent la moindre force mais ils se font rampants lorsqu\u2019ils sont faibles.Aussi les voit-on, à toutes les époques, passer brusquement de l\u2019état de victimes au rôle de rebelles et de persécuteurs.Ils amassent d\u2019abord parcimonieusement, puis ik dépensent avec faste.S\u2019ils savent s\u2019endurcir à toutes les privations, ils s\u2019abandonnent facilement à la mollesse la plus efféminée.Ils quittent avec la même indifférence le velours et la soie, toutes les commodités de la vie, toutes les jouissances du luxe pour revêtir la bure grossière du pauvre ou pour reprendre le bâton du voyageur aventureux.Le Juif-Errant, ou plutôt le peupie juif n\u2019a pas laissé la Chine de côté dans ses voyages.Les descendants de Ja- cob s\u2019introduisirent dans l\u2019empire céleste sous la dynastie de Han qui finit vers l\u2019an 220 de l\u2019ère chrétienne.Ils y devinrent nombreux et opulents, se distinguèrent ca.is la littérature, parvinrent aux hauts emplois et plusieurs d\u2019entre eux devinrent même mandarins et gouverneurs de provinces.1 outefoi* leur prospérité diminua par degrés; ils furent victimes d\u2019inondations, d incendies et finirent même \u2014 comble des combles pour des juifs \u2014 par lâcher en tout ou partie leur religion.Ils se chinoisèrent à fond.En 1704, le Père Gozani, jésuite missionnaire, les étudia de près et vit qu\u2019ils mêlaient à l\u2019Histoire Sainte une multitude de fables ; ils honoraient Confucius et rendaient à leurs ancêtres le même culte que les Chinois.Ils disaient avoir été jadis très nombreux dans l\u2019Empire mais être réduits alors à sept familles qui ne contractaient jamais d\u2019alliance avec les autres habitants de la Chine.Ils repeuplèrent sans doute ou bien d\u2019autres immigrations eurent lieu car on en retrouve plusieurs milliers un peu plus tard.Aujourd\u2019hui, les statistiques exactes manquent mais il est certain qu\u2019il doit y en avoir une notable quantité à cause du commerce possible.Ils sont allés également aux Indes.Claude Buchanan nous apprend qu\u2019es 1 808 ils étaient fort nombreux dans un lien appelé Ville des Juifs, et que l\u2019on en trouvait jusque dans les régions les plus reculées de l\u2019Asie.Ces juifs de l\u2019Inde étaient les descendants d\u2019une colonie venue là après la ruine de Jérusalem et grossie ensuite de plusieurs tribus qui avaient entendu parler de sa prospérité.La voix de l\u2019or.Cette prospérité leur joua cependant un mauvais tour ; un prince hindou en prit ombrage et il attaqua les juifs dont il tua une partie et réduisit l\u2019autre en esclavage.Ils ont été plus heureux aux Etats-Unis où ils peuvent se croire en Terre Promise.Quant à leur existence, plus particulièrement au Moyen-Age, elle n\u2019offre guère qu\u2019une longue suite de vexations et de persécutions de tous les genres, c\u2019est ce qui les obligeait à cacher les richesses qu\u2019ils pouvaient amasser en silence.L\u2019agriculture, les professions libérales, les emplois et même la plupart des corps de métiers leur étaient interdits et ils ne pouvaient avoir recours qu\u2019au commerce pour subsister, surtout au commerce de l\u2019argent.Cette habitude, une fois acquise, se perpétua d\u2019âge en âge, ils travaillèrent dès lors à s\u2019enrichir et il faut reconnaître qu\u2019ils y réussirent fort bien.Aujourd\u2019hui, tout le grand et petit commerce est partiquement dans leurs mains.Les cinq sous d\u2019Isaac Laquedem, le juif-errant ont eu de la postérité.L.R. 6 meéb 25 leptemiia 1928 RÉVÉLATION Par Georges de Lys SI ri LE WAIT I II MERE.QUAND, en plein enfer de Verdun, Raymond Lestrade avait reçu la nouvelle de la mort de sa femme, victime d\u2019un accident d automobile, son deuil s'était noyé dans la détresse des heures affolantes qu il vivait.La mort le cernait de tant de visions sanglantes qu\u2019elle lui apparaissait, non comme une éventualité lointaine, mais comme une imminente menace, sans cesse suspendue sur sa tête et fauchant autour de lui.Paulette était mort.Vivrait-il demain?.Et comme en réponse à cette interrogation, une balle l\u2019avait couché sur le sol.Son heure pourtant n\u2019était pas venue.Il s\u2019était réveillé dans une ambulance et seule alors l'angoisse de son sort l'avait possédé.Sauvé enfin, il rentrait chez lui pour une convalescence qui s\u2019annonçait longue.* ¥ * Dès le seuil, sa demeure déserte 1 oppressa.Seul, il était seul!.La compagne d'antan ne peuplait plus le foyer de sa vivante présence.Et tout lui sembla vide.Pourtant, avant que la guerre ne les séparât, n\u2019avaient-ils pas déjà, elle et lui, l'habitude de vivre chacun selon ses goûts et d\u2019aller séparément chacun à ses plaisirs?.N\u2019importe!.Par sa seule présence, la jeune femme, autour d\u2019elle, créait de la vie, animait leur intérieur, l\u2019ouatait de bien-être et d\u2019élégance.Mornes et froides s allongeaient maintenant les pièces où les vases languissaient sans fleurs, où ne traînaient sur les meubles ni livres mi chiffons.Raymond se sentait désemparé, et sa pensée allait à celle qui était partie pour la regretter plus profondément qu\u2019il ne l\u2019avait fait encore.S\u2019étaient-ils aimés?.Tristement.,1 s\u2019avouait le peu de place que l'amour avait tenu dans leur union.Certes, aux premiers temps de leur mariage, la grâce de cette vierge qui s'était donnée à lui, n\u2019avait pas été sans 1 émouvoir, mais de quelle sensation superficielle!.Peu à peu, l\u2019attrait de la nouveauté émoussé Lestrade avait négligé celle en qui il ne s\u2019était pas donné la peine d'éveiller un sentiment durable.Il faut un appel pour susciter l\u2019écho.Hélas! quel idéal avait présidé à leur union?.Seules les convenances mondaines de famille et de fortune, l\u2019attrait physique de la jeune fille avaient influencé son choix.Et de son côté, il en avait, sans doute, été de même.Ni l'un ni l\u2019autre n\u2019avait considéré le mariage comme la création d'un foyer, la souche d\u2019une famille.Dans la suite même, ils s'étaient réjouis de n'avoir pas d\u2019f-nfants.En eux, ils n'eussent vu que des entraves à leurs plaisirs.Comme Raymond en était puni aujourd hui par le néant de la solitude! Et voici qu'un souvenir surgissait dans sa mémoire.C'était au cours de l\u2019unique permission qui les avait réunis.Paulette et lui, après plus d un an de guerre.Sa femme alors lui avait témoigné un attachement encore inconnu.Mais lui avait jugé cette reprise d intimité comme une simple attention gra-.cieuse pour l'hôte d\u2019une si courte semaine et qui allait de nouveau retourner à la peine et aux dangers,.I oute-fois, Raymond se remémorait un regret, timidement exprimé par Paulette, au moment de son départ: \"Ah! si nous avions un enfant, par lui tu serais encore un peu avec moi!\" Sur l\u2019instant, il avait été touché de ce cri, puis avait souri ; si sincère que pût être la jeune femme à cette heure de séparation, la réalisation de son voeu, l\u2019aurait peut-être moins charmée dans l'avenir,,.Aujourd\u2019hui, au contraire, il ne pensait plus de même, et les paroles de Paulette prolongeraient un retentisse-inent dans son âme.Déjà, au cours dés longues méditations de la tranchée, il avait sondé le vide de son ménage.S/était reproché de n\u2019avoir su être ni époux ni père.Devant les hécatombes, il avait commencé à juger la culpabilité de ceux qui, volontairement, ne donnent pas de futurs soldats au pays, et de là, remontant aux sources plus hautes, avait pénétré le divin commandement: Croissez et multipliez !.Il s\u2019était reproché d\u2019en avoir souri naguère.Certes, il ne s\u2019était jamais montré hostile à la religion mais il vivait trop égoïstement ami de ses aises pour se soumettre aux obligations des ordres sacrés.Et il avait dévoyé sa jeune femme, pratiquante lors de leur mariage, dans le désert de sa triste indifférence.Un frisson l\u2019effleura d\u2019un remords.Si, au delà, victime d'une mort accidentelle qui ne lui avait pas octroyé le temps du repentir, elle avait à expier, la responsabilité n'en retombait-elle pas sur ses épaules?.Il errait, d\u2019un pas lourd, à travers l\u2019appartement désert.Comme les jambes rompues, il s'affaissait .au hasard, sur un siège, il s'aperçut que son coude s\u2019appuyait au petit secrétaire de Paulette, dans la chambre de qui ses pas l'avait machinalement conduit.Le petit meuble n'était pas fermé.Sa tablette s\u2019ouvrit sous la main de Raymond qui, tout d\u2019abord, reconnut, en liasse, les courts billets qu\u2019il envoyait du front.Leur aspect fatigué révélait combien fréquemment ils avaient été maniés et relus.Une émotion poignit le coeur du veuf.Absent, il tenait donc dans la pensée de sa femme une place plus large qu'au temps de leur vaine cohabitation?.Sous les lettres, us cahier de maroquin apparut.Raymond le mania.î\u2019entr\u2019ouvrit.C'était le journal intime de la morte.En violerait-il îe secret?.Il hésita.Mais il voulait savoir.Le journal ne commençait que quelques jours après la mobilisation.Tout d\u2019abord, la jeune femme exprimait ua peu frivolement le malaise où la laissait le départ de son mari, le bouleversement de ses projet» pour la saison d\u2019été.La guerre lui était alors plutôt au simple ennui qu\u2019une angoisse.Mais nos premiers revers avaient en un retentissement dans son âme qm se réveillait française; en même temps la périls auxquels était exposé Raymond ranimaient en elle une tendresse si longtemps assoupie qu\u2019elle l\u2019avait pu croire éteinte, et qui, soudain, surgissait grande de fierté.Progressivement, le poids de ses anxiétés lui devenait si lourd» qu\u2019elle cherchait autour d'elle une aide» et une seule' voix répondait à son appel, celle de Dieu si longtemps oublie!.C\u2019était à ses pieds qu\u2019elle était allée porter ses peines, son espérance et, après la bataille de la Marne, la lettre vibrante.venue de son mari épargné» lui avait paru la réponse du ciel à sa prière.avait fortifié sa foi renaissante.Alors, elle aussi avait fait son examen de conscience, s\u2019était reproché sa frivolité.Elle se disait que si elle eût été mère l\u2019enfant aurait retenu son mari au foyer ; que, penchés sur le berceau» leurs deux fronts se seraient plus étroitement rapprochés; qu\u2019avec la même pensée et le même souci dans le coeur, les deux coeurs n\u2019en auraient plus fait quun.Ah! si Dieu leur donnait de se retrouver après la touraneate» elle voulait reconquérir son mari, être épouse.être mère, vivre dans la haute vérité de la loi humaine, sous la tutelle do commandements divins.Et elle parlait de cette permission «a cours de laquelle elle avait commette! à chercher le chemin du coeur de Raymond.Elle avait offert à Dieu son repentir pour le salut de son mari, d\u2019abord en ce monde, et, plus tard, dans l\u2019autre.Si la main du juge devait s'appesantir sur leur erreur, qu\u2019elle fût la seule frappée.mais que la miséricorde céleste épargnât Raymond et ramenât son ÉUt* à la vérité.* ¥ «s Frémissant, le veuf relisait ces lignes, les dernières du journal.Elies étaient datées de la veille de l\u2019accident fatal Dieu avait entendu et accepté J\u2019bas* tie.I ombé sur les genoux» ies pages te* tamentaires de la victime pressées sur ses lèvres, Lestrade tendit les bras 'vert/ le ciel:\t; \u2014 O toi, que je « connais que mot-te, pardonne-moi et .pie par toi Dieu mq pardonne aussi 1 25 septembre 1926 arnêdi/ i t a£r>\u2019 « M EMMURES.Par Georges de Lys AU LENDEMAIN de ses noces, qu\u2019il avait voulues conséquentes, pour se faire, ainsi qu\u2019à sa Mariannik, un souvenir, Yves le Rou-zic se réveilla, la tête lourde et la bourse vide; mais, bravement, il se leva, revêtit ses effets de travail et empila dans sa musette ses outils de carrier.Il se rendait au chantier, chargé désormais de gagner le pain de deux bouches.Avant de franchir le seuil, il fit glisser le volet ajouré du lit-clos, et se pencha pour embrasser Mariannik, Sous ce baiser, la jeune femme ouvrit languissamment les yeux.Tout d\u2019abord, ils vaguèrent, étonnés, sur les aîtres du logis inaccoutumé, puis ils se nuancèrent d\u2019une tendresse émue en se posant sur Yves.\u2014 Où vas-tu si matin, mon homme?demanda-t-elle.-\u2014 A la carrière, répondit Le Rouzic.\u2014Déjà, pour le travail, tu me quittes?reprocha-t-elle câlinement.Le gas eut un gros soupir.\u2014- I! le faut bien, ma Douce, II n\u2019y a plus d\u2019argent blanc au logis, \u2014 Hé! quoi?gémit-elle, dès le premier jour la misère?Y ves se redressa en cambrant son torse musculeux.\u2014 Sois sans peur, Mariannik; quand on a du coeur au ventre et la poigne solide, on n\u2019a pas à la craindre; je saurai t\u2019en garantir ; et la preuve, c\u2019est que ce matin je suis paré pour le travail quand, à nia place, tant d autres.\u2014 Oui, va! j\u2019ai foi en toi!.Où est ton chantier?\u2014 Au flanc du Troïero, sous le calvaire de Trégastel, à une demi-heure d\u2019ici.\u2014 Ecoute, c'est Lien loin pour que ta reviennes manger à la maison.Je te porterai ton repas.Yves approuva; \u2014 Bonne idée! et nous le partagerons ensemble.Ça nous fera à tous deux comme une partie de campagne.Mais je vais être en retard, U embrassa une dernière fois sa femme.\u2014 A midi donc! lui jeta-t-elle comme il franchissait le seuil.Au nord de Lannion, les landes de Pkmmanac\u2019h enfoncent dans la mer, tels les doigts élargi.* d\u2019une main osseuse, les promontoires d\u2019une côte sauvage, bosselée de rocs, dont les échines surgissent entre le hérissement des ajoncs.Entassés en chaos, écroulés en éboulis le long des déchirures de la falaise, ces monstres de granit échelonnent leur troupeau débandé par la campagne, crevant le sol de la lande, pavant les che» \"SOIS SANS PEUR, MARIANNIK!\" Arrivé au chantier, le nouveau marié se remit de suite à la tâchç.Comme le soleil, très haut, raccourcissait les ombres, Mariannik parut, ie bras arrondi sur le panier calé à sa hanche.Yves, qui, depuis un moment, guettait le débouché du chemin, courut à la rencontre de sa femme et l\u2019entraîna.\u2014Viens, ma Douce, dit-il, j\u2019ai déniché un coin où nous serons au frais.Il la guida entre les blocs aux cassures vives, pénétra par une fissure dans une grotte naturelle.Alors Mariannik ouvrit son panier, en retira des galettes de blé noir, un pot de beurre salé, du pain bis et un litre de cidre.Puis elle rabattit prestement le couvercle et posa le corbiüon à l\u2019écart.\u2014- A table, mon homme! s\u2019écria-t-elle gaiement.Ils s\u2019assirent côte à côte, sur une large pierre, et d\u2019un franc appétit entamèrent leur repas.Ils mangeaient à bouchées lentes, silencieux, toute leur éloquence infuse dans les regards dont ils se caressaient l\u2019un l\u2019autre.Comme la jeune femme avait négligé d\u2019apporter un verre, tour à tour ils collaient leurs lèvres au goulot de la bouteille.Les dernières bouchées avalées, Ma-riannik se leva.\u2014 Je t\u2019ai réservé une surprise, dit-elle en souriant.Elle se dirigea vers le fond de la grotte pour prendre, dans son panier, la topette d\u2019eau-de-vie dont elle avait préparé la friandise à son mari.Le sol subitement -trembla, les blocs oscillèrent autour d\u2019eux, puis un fracas effroyable les étourdit, tandis qu'une commotion violente les renversait.Tout croulait.La nuit pesa, opaque.Dès qu\u2019il reprit conscience de lui-même, Le Rouzic tenta de se relever.Sa tête heurta durement le roc fermé sur lui en couvercle de tombe.La carrière s\u2019était éboulée, l\u2019enterrant sous sa masse.Deux blocs en se coinçant l\u2019avaient préservé de l\u2019écrasement, mais l\u2019enserraient dans leur étioite geôle.Et sa femme?,.Qu\u2019était-elle devenue?.,.Une horrible angoisse lui laboura les moelles.Il voulut l\u2019appeler ; sa gorge étranglée n\u2019eut qu'un son rauque.Enfin, d'un effort suprême, son cri jaillit; \u2014 Mariannik!.,.A travers les obstacles une voix lui parvînt comme lointaine.\u2014 Yves!.Yves!,., à moi!.La joie ressuscita Le Rouzic.3a femme vivait!.Il en oubliait l\u2019horreur de sa situation.De nouveau, il appela : \u2014 Ma Douce, es-tu sans mal?,.Et les mots lui parvinrent, étouffés, chevrotants: \u2014 Oui,.mais j\u2019ai peur!.seule dans la nuit!.Délivre-moi vite!.(Suite à la page 33) nains de dalles raboteuses.Une lagune s\u2019insinue entre d\u2019effrayants récifs, puis s\u2019élargit en bassin, formant un petit port au fond duquel s\u2019abritent les barques d\u2019une peuplade de pêcheurs assez hardis pour avoir choisi ce havre aux périlleux abords.Deux ravins prolongent cette anse et remontent dans les terres, dressant des flancs abrupts qui gardent, encastrés, d\u2019énormes blocs suspendant leur ombre et leur menace.La main des hommes a osé entamer ces beautés sauvages.Elle en tire un granit au grain serré, d\u2019une merveilleuse teinte rose.Mais la nature violée sc défend contre l\u2019emprise sacrilège qui attaque sa parure, et elle se venge parfois en ensevelissant sous ses ruines les vandales qui les ont perpétrées.D\u2019un pas alerte, Yves se dirigeait vers la carrière par des sentiers où, çà et là, la roche effleurait le sol et étalait des paliers solides entre deux ornières.Il allait, le regard borné par les haies d\u2019ajoncs qui couronnaient les talus de leurs rudes verdures ponctuées de fleurs d'or.Ses poumons aspiraient largement 'l\u2019air salin apporté par la brise du large et son coeur se dilatait à la pensée du bonheur si longtemps convoité et possédé enfin.Sa Mariannik! Elle était sienne pour la vie l 8 ^sSamsdt 25 saptembre 1928 SON HOMME /rm, , à V M ¦ J .il i.ne ferra im - fntin affaire; J ; N .r .\u2022, ¦( !> wane * A- SS*#S jRiassé et le jour où nous sommes, c\u2019est un grand vide que toutes mes réflexions ne parviennent point à combler.Cependant je voudrais.oh ! je voudrais savoir combien de temps s\u2019est écoulé depuis l\u2019heure où.\u2014 Comme vous vous exprimez bien! interrompit le brave homme saisi d\u2019admiration, vous avez Pair joliment calé, c\u2019est pas pour dire.Est-ce que vous avez fait vos études, par hasard ?.\u2014 Je vous en prie, répétait Philippe avec une douloureuse insistance, apprenez-moi combien d\u2019années, combien de mois se sont passés depuis que je suis dans cet asile, dans cette maison d\u2019aliénés.J\u2019ai été fou, je le sais, mais peu à peu, mon esprit a recouvré ses facultés endormies.je m\u2019éveille d\u2019un interminable sommeil sans rêves.Je dois avoir vieilli, n\u2019est-ce pas ?\u2014 J\u2019ignore comment vous étiez à votre arrivée, vu que je suis employé dans cet établissement que depuis dix-huit mois.Cependant, les camarades m\u2019ont souvent affirmé que le numéro 177 \u2014 c\u2019est vous, le numéro 177 \u2014 était entré à X.en 1879, au mois de novembre, venant de l\u2019hospice d\u2019Albi, \u2014 Et nous sommes, à présent ?interrogea avidement le fiancé de Geneviève.\u2014 En juillet 1887, mon bon ! Ça commence à faire un bail ! Tenez, voulez-vous une glace pour admirer vot\u2019 binette ?J\u2019en ai justement une dont ma bonne amie m\u2019a fait cadeau.Extrayant des profondeurs de sa veste une petite glace ronde, le gardien la tendit à Philippe.En silence, le malheureux s\u2019examina.Il vit ses traits striés de rides précoces, son front soucieux, ses yeux entouré d\u2019un large cercle de bistre.sa chevelure et sa barbe presque entièrement blanches.\u2014 Sept ans, se reprit-il a murmurer ensuite, sept ans déjà, et je parais un vieillard ! Sept ans ! Que doit-elle penser, ma bien-aimée ?.Elle croit sans doute que je l\u2019abandonne ! Et mes malades?.et ma maison?.,.et ma soeur, mon Agnès chérie?Ah Dieu !.D\u2019un geste effrayé, Dampierre rejeta la glace qui venaft de lui apprendre tant de chose, et se couvrant le visage de ses mains tremblantes, il se mit à pleurer.Comme un voile qui, brusquement, se déchire, laissant à découvert un tableau, le passé pour lui se levait plein de souvenirs, fertiles en regrets amers.\u2014 Bon ! songea l\u2019homme avec un haussement d\u2019épaules moqueur, v\u2019ià son araignée qui se remet sur le dos ! Et j\u2019étais assez simple pour m\u2019imaginer qu\u2019il ne déménageait plus, le type.Quelle blague sinistre ! En plein, en plein, il déménage! Seulement, c\u2019est d\u2019une autre manière ! \u2014 Qu\u2019a donc le numéro 177?interrogea-t-il.L\u2019autre, en se frappant le front, répliqua à voix basse : \u2014 Une nouvelle lubie, monsieur.Il cause, il cause comme un perdu; il m\u2019a demandé depuis quand il était ici, qu\u2019il sait bien que c\u2019est une maison de fous, et patati et patata.Il parle de sa bien-aimée qui l\u2019attend, de ses malades, de sa maison.puis il pleure.Il dit qu\u2019il n\u2019est plus toc-toc.Vous savez, vous qui en voyez des tripotées, que les aliénés sont tous pareils quand ça les prend.Ils conviennent de leur folie passée, oh! sans se faire prier, mais c\u2019est la même chanson pour l\u2019un comme pour l\u2019autre.Ils sont redevenus raisonnables, il faut leur ouvrir la porte de leur cage, et voilà ! Si discrètement qu\u2019il eût parlé, l\u2019ouïe affinée de Dampierre perçut les paroles du gardien. immmmii ma septembre 19'M En l'entendant s\u2019exprimer sur son compte avec tant de désinvolture, la colère s\u2019empara du malheureux.Fut-ce un retour offensif de sa folie?On ne sait ! Toujours est-il que ,se levant, il lui enjoignit sur un ton hautain d\u2019avoir à se taire.Et comme l\u2019autre ricanait, gouailleur, Dampierre, rendu furieux par cette attitude qu\u2019il jugeait offensante, sauta à la gorge de l\u2019homme et, le saisissant au collet, se mit à le secouer de toutes ses forces.Effrayé, le gardien cria à l\u2019aide.Aussitôt plusieurs de ses confrères accoururent.On dégagea le camarade non sans asséner force horions sur le crâne de l\u2019infortuné Philippe lequel fut jeté à demi-évanoui à même sur le sol d\u2019un cabanon, et ligoté sur-le-champ dans l\u2019odieuse camisole de force.Quand le pauvre être sortit de l\u2019espèce de crise où l\u2019avait plongé la colère, tout était sombre autour de lui.Il gisait, telle une loque, sur le plancher de l\u2019étroite cellule aux murs matelassés.Il ne pouvait faire un mouvement, ses mains étant liées derrière le dos, sauf se traîner avec des gémissements et des plaintes, sinon crier à l'insensible écho de sa prison, son désespoir infini.La nuit qu\u2019il passa en ce lieu fut épouvantable.Au matin, dès l'aube, il prêta l\u2019oreille, espérant qu\u2019on viendrait le délivrer.Non, rien, rien qu'un silence effrayant coupé par des hurlements farouches, poussés par ses voisins de geôle, des fous, ceux-là, des vrais.A l'heure réglementaire, le médecin de l'asile fit sa visite quotidienne.On lui avait rapporté la scène de la veille en l\u2019amplifiant, en la dénaturant, bien entendu! Aussi ce ne fut point un libérateur que l'infortuné Dampierre vit pénë trer dans son cabanon, mais un homme convaincu de l'inguérissa ble démence du malheureux, un tortionnaire inconscient.\u2014 Parbleu! s\u2019exclama-t-il à lu vue de son pensionnaire dûment ficelé.Parbleu ! le 177 est entré dans une phase de folie furieuse.ainsi que je le prévoyais.Rendez-moi justice, Blondeau.Vous prétendiez, vous, qu\u2019au contraire, il revenait à la raison.Etiez-vous assez loin de la vérité ?.Le caff se présente assez souvent pour être connu.Tenez-vous-le pour dit, jeune progressiste, cet homme est absolument incurable.in-cu-ra-ble, est-ce compris, cette fois ?Seules, les douches répétées auront raison de l\u2019accès, et puisque vous n'ètes pas sage, 177, ajouta le prétentieux professeur s'adressant à Philippe, tant pis pour vous; on vous mettra dans la section des violents.Ça vous apprendra ! Le prononcé imperturbable de cet arrêt fit blêmir Dampierre.Changer de section, vivre parmi ces fous exaspérés et féroces qu\u2019il plaignait tant jadis.quelle torture effroyable ! Oh! non, non.Il ferait tout pour l\u2019éviter.Il se soumettrait ou du moins paraîtrait se soumettre à ses bourreaux.\u2014 Pardonnez - moi monsieur, bégaya-t-il, je vous promets d\u2019être très doux à l\u2019avenir, de ne plus jamais me mettre en colère.Mais, je vous ert conjure, ordonnez qu\u2019on me retire d\u2019ici, qu\u2019on me rende la liberté de mes mouvements.\u2014 Ah! ah! mon gaillard ! vous voilà dompté ?Hein ?Ce n\u2019est pas drôle, la camisole de force ?Mais aussi vous l\u2019avez bien voulu.Comment ! après avoir été le plus docile de nos pensionnaires, vous vous avisez soudain de devenir méchant ?Vous essayez d\u2019assommer un gardien, un excellent homme; inoffensif, un père de famille ! Savez-vous que c\u2019est très mal.cela ?\u2014 Je le sais, murmura l\u2019infortuné en courbant la tète; et j\u2019ai promis de ne plus recommencer.Seulement, faites-moi grâce de ce cabanon, évitez-moi la promiscuité des violents.J\u2019ai peur, j\u2019ai peur, j\u2019ai une peur horrible de ces pauvres insensés ! L\u2019important professeur Lefè-bre échangea avec les personnes présentes un regard narquois.\u2014 Vous voyez, dit-il en se détournant vers ceux qui l\u2019accompagnaient est-il assez probant, le signe d\u2019indélébile démence que nous fournit cet homms ?Il redoute la promiscuité des fous.Il les reconnaît pour tels,.Seul, nécessairement, il a échappé à la contagion.seul, il jouit de la plénitude de ses facultés.N\u2019est-ce point caractéristique?Des signes d\u2019approbation différents indiquèrent combien on approuvait M.le professeur.Satisfait alors, il répondit à Philippe : \u2014 Du moment que vous manifestez des sentiments de repen- tir, pour cette fois j\u2019userai de clémence, no 177, mais n\u2019y revenez pas.car vous me contraindriez à demeurer impitoyable.Allons, demain vous serez libre; quand vous aurez passé vingt-quatre heures bien tranquille, bien calme, afin de nous prouver la sincérité de vos promesses.\u2014 Demain, balbutia l\u2019infortuné, pourquoi pas immédiatement, monsieur ?\u2014- Parce qu\u2019il est nécessaire de vous donner une leçon.On va vous ôter la camisole de force, et je ne prescris que trois douches; c\u2019est tout ce que je puis faire présentement en votre faveur.Ce disant il s\u2019éloigna, suivi de la troupe des internes, tandis que le fiancé de Geneviève retombait étendu sur le sol avec un douloureux gémissement.Blondeau, demeuré le dernier, observait en silence le malheureux gisant dans sa posture d\u2019accablement infini.\u2014 M.Lefèvre, malgré sa science.erre lamentablement, pen-sait-il Quoique jeune et très inexpérimenté, je crois fermement que cet homme, s\u2019il n\u2019a pas tout à fait recouvré la raison, est du moins en bon chemin.Cela se lit dans son regard brillant d\u2019intelligence, dans le je ne sais quoi d\u2019indéfinissable qui caractérise son attitude nouvelle.Des employés, avec une infinité de précautions, délivraient Philippe de l\u2019odieuse camisole de force, puis on lui donna à manger.Tristement Dampierre regarda la nourriture qui lui était offerte, mais il n\u2019y toucha pas, son estomac serré se refusait à accepter des aliments.Blondeau, vivement intéressé, lui toucha le bras.\u2014 Eh bien ! fit-il pour commencer l\u2019entretien, vous ne voulez donc pas manger, mon ami ?Ce ton si doux émut le pauvre être; il leva vers son interlocuteur ses yeux pleins de larmes et répondit avec une indicible mélancolie : \u2014 Je ne puis, je n\u2019ai pas faim.\u2014 Cependant, il y a près de vingt-quatre heures que vous n\u2019avez rien pris.Cela n\u2019est guère raisonnable.Essayez toujours.\u2014 Inutile, merci.Je vous répète, monsieur que je n\u2019ai pas faim.\u2014 Pourquoi avez-vous l\u2019air ü accablé questionna l\u2019interne à tout hasard.Le fiancé de Geneviève tourna vivement la tête.Il avait un visage ravagé par la douleur et l\u2019insomnie, il offrait à son visiteur la vivante image de l\u2019angoisse dans ce qu\u2019elle a de plus cruel.\u2014 Ne seriez-vous point infiniment triste à ma place?répliqua- t-il.Dieu merci! ma situation est assez lamentable pour que je m\u2019en afflige.\u2014¦ Vous la comprenez donc, votre position?\u2014 Hélas! il le faut bien ! je suis livré sans défense â ce médecin qui se croît infaillible et qui pourtant commet une erreur grossière en me traitant comme un aliéné' dangereux.j\u2019ai retrouvé ma raison, puisque je recommence à souffrir ! Il devrait le comprendre et me rendre ma liberté, cet homme, dès l\u2019instant que c\u2019est là mon unique désir.Oh! être libre ! être libre! que ne donnerais-je pas pour cela ! \u2014 Ecoutez, fit.Blondeau gagné par l\u2019émotion, je.sens que vous dites vrai.Si vous n\u2019êtes pas guéri, vous marchez en tout cas sur un bon chemin.Le changement qui s\u2019est opéré en vous depuis quelques jeers dénote que vous touchez à la fin de vos maux.Seulement, le directeur médical de cet asile est un personnage extrêmement entêté qui ne veut jamais revenir sur ses décisions, bonnes ou mauvaises ! Incurable il vous croît, incurable vous devez être.Bien mal venu serait l\u2019audacieux qui se risquerait à vouloir combattre cette idée.M.Lefèvre le tancerait d\u2019importance.Je l\u2019ai expérimenté pour ma part déjà, en ce qui vous concerne.\u2014 Alors, je suis perdu, pronon-ca Philippe avec désespoir, Cutu-ment lutter, moi chétif, moi infime ?.bi je reste ici, elle reviendra s emparer de mon cerveau, la sinistre visiteuse.Oui, de nou» 'eau ie perdrai îa raison, et cette lois sans espoir de guérison possible.\u2014 Ne vous désolez point de la sorte, mon pauvre ami, vous ma faites de la peine.Avec de la patience, ' de 1a f$*.signation, on arrive à bout d* bien des résistant»,,, Soyez pa-tiemt et peut-être qu'à la longue voifs vaincrez l\u2019obstination de M.Lefèvre.Ln moi, du reste, vous trouve-tez un aide, un appui, «a secours' si possible. 25 septembre 1828 Sb&cmidL 15 Vous m'intéressez beaucoup et je serais heureux de pouvoir vous être utile, Voyons, reprenez votre courage, mangez.Demain, vous sortirez de cette prison, ce sera toujours cela de gagné.,, \u2014\u2022 Oui, mais tout un jour, toute une nuit à passer encore entre ces quatre murs matelassés.Puis la douche, l\u2019abominable jet d\u2019eau glacée qui vous vrille le crâne.\u2014 Ne craignez rien, je m\u2019assurerai la complicité du gardien qui s\u2019occupe de vous, et ce supplice vous sera épargné.Dampierre, d\u2019un geste involontaire, tendit la main à cet homme, le premier qui depuis longtemps lui eût témoigné un peu de sympathie.\u2014 Merci ! merci ! fit-il.Vous êtes jeune, la vie ne vous a point encore endurci.,, vous, vous connaissez la pitié ! \u2014 Non, seulement je crois voir .¦\ti juste en ce qui vous concerne et souhaiterais pouvoir améliorer votre situation voilà tout.Mais je vous laisse, car on remarquerait mon absence à la visite.Demain, comme vous sortirez d\u2019ici, je vous verrai plus aisément; nous causerons avec fruit peut-être.Blondeau quitta le cabanon, laissant Dampierre plus calme.Ainsi qu\u2019il l\u2019avait promis, la douche fut épargnée au malheureux, et c\u2019est avec un sentiment d\u2019ineffable béatitude que le lendemain matin le pauvre Philippe vit ouvrir les portes de son cachot.En revoyant le jour, en respirant Pair pur de cette belle matinée d\u2019été, il lui sembla renaître.Oh ! la liberté, quel trésor ! Nul ne l\u2019apprécie mieux que celui qui en est privé, nul ne l\u2019envie aussi passionnément.Le fiancé de Geneviève, occalternent soutenu par l\u2019interne, reprit son existence accoutumée, retrouva son lit dans le dortoir commun, sa place au réfectoire.ses promenades solitaires interminables dans le préau ombragé par d\u2019odorants tilleuls, tandis q u\u2019autour de lui, les fous, ses compagnons se livraient à leurs lamentables monomanies.Et, durant les' longues heures du jour pendant lesquelles il errait, telle une épave, Philippe Dampierre laborieusement réfléchissait, cherchait à relier le fil de ses idées, à se rappeler quelles circonstances néfastes l\u2019avaient conduit en ce lieu abominable où, depuis tant d\u2019années, il gisait dans la nuit opaque de son cerveau déséquilibré.Le travail de reconstitution était lent autant que difficile; il s\u2019agissait de presque toute son existence.Déjà, pourtant, l\u2019infortuné était parvenu, \u2014 à l\u2019aide de combien d\u2019efforts, \u2014 à se souvenir de sa personnalité, de sa profession, des phases principales de sa laborieuse jeunesse.Avec un indicible émoi, la pensée de Geneviève, de son amour, de ses serments, et de son coeur refleurissant.Il l\u2019adorait toujours.il retrouvait, après le temps écoulé, après la folie, sa passion aussi ardente que naguère, et se berçait en songeant à la bien-aimée, d\u2019espoirs aussi doux que chimériques.Pieusement sans doute, elle lui gardait sa foi, attendait son retour.N\u2019eût-iî point ainsi fait à sa place?Soudain, à un autre moment de ses réflexions, Dampierre brusquement tressaillit.\u2014-Je me rappelle! je me rappelle tout à présent, murmura-t-il; le lien est renoué entre jadis et aujourd\u2019hui.Ma- soeur, ma petite soeur Agnès, dont j'étais sans nouvelles depuis longtemps., plus d\u2019une année.Moi très triste d\u2019ignorer ce que devenait la pàuvre enfant disparue.Mes tourments d\u2019amour.cet état de fièvre perpétuelle dans laquelle je me consumais.cette neurasthénie déprimante, ces horribles lancements de tête.cette anémie cérébrale arrivée au degré extrême.Oui, je comprends je devine.une secousse violente rompit le fil fragile qui tenait ma raison en suspens.et cette secousse, qui la provoqua ?Oh! mon Dieu, à l\u2019aide, je vous en conjure; permettez eue je retrouve les événements qui m\u2019ont précipité au fond de l\u2019abîme obscur d\u2019où je sors encore tout épouvanté.La pauvre femme pleurait.Que m\u2019est-il arrivé ?Pourquoi est-ce ici que je fus interné, au lieu d\u2019avoir été conduit dans une maison de santé proche de Rambouillet ?Prenant sa tête à deux mains, le fiancé de Geneviève, opiniâtrement cherchait.appelait à lui l\u2019idée.le souvenir.Il lui fallut plusieurs jours encore; enfin, il fut au bout de ses recherches ardues.\u2014 Cette fois, pensa-t-il, véritablement soulagé, cette fois, j\u2019ai fini, je sais tout.La lettre, la lettre d\u2019appel de ma soeur Agnès, je la lis mentalement comme si elle se trouvait encore sous mes yeux.Combien elle était pressante ! Aussi je n\u2019hésitai pas.je partis.Toute la nuit, presque tout le jour suivant, je voyageai.Une voiture dans ce petit village, je me vois en cherchant Il n\u2019y en a pas.Je fais le reste du chemin à pied.La nuit tombe quand j\u2019arrive près d\u2019un puits où bavardent des femmes.Soudain des gens en furie se précipitent sur moi, me frappent, me déchirent, me crient des injures dans un langage incompréhensible, mais, je le devine à leurs airs exaspérés.A ce moment, je souffre le martyre.Les douleurs de mon crâne deviennent insupportables, .Un vertige affreux me saisit.et je ne sais plus, c\u2019est fini.Mon coeur, mon âme, mon esprit sombrent brusquement dans une obscurité complète.Depuis ce temps, qu\u2019ai-je été ?Un mannequin, un être étrange sans gouvernail, un dénient pour tout dire.Seigneur, elle fut bien-terrible l\u2019épreuve que vous m\u2019avez imposée, bien terrible et bien longue.Qu\u2019avais-je donc fait pour mériter de telles souffrances ?Blondeau, le jeune interne tint sa promesse envers Philippe.Aussi souvent que cela lui fut possible, il parla de lui au professeur Lefèvre, affirmant qu\u2019il se croyait très sûr du définitif retour à la raison de l\u2019homme mu*.__-?î'ÿm r's^ss .rs-yy tj/.'i y.//¦jr ;¦>' MK ml 7 16 &&CmMdll 25 mptmbm 1928 connu à l\u2019asile sous le seul n° 177* C\u2019est en vain; toujours il se heurta contre une idée préconçue, d\u2019autant plus tenace qu\u2019on voulait en faire changer l\u2019entêté personnage.Le médecin, malgré les instances de Blondeau, se réfusa même à voir Dampierre, à lui faire subir le moindre examen.Il n\u2019obtenait que cette invariable et déconcertante réponse : \u2014 Le n\u201d 177 est fou, archifou, fou à lier, mon bon, et vous lui ressemblerez tantôt, pour peu que vous persévériez dans vos paroles.D\u2019autres devoirs vous appellent, d\u2019autres études infiniment plus intéressantes doivent vous fixer.Voyant que tout ce qu\u2019il pourrait tenter en faveur du fiancé de Geneviève serait vain, l\u2019interne se découragea.Et maintenant, c\u2019est presque avec crainte qu\u2019il traversait le préau, redoutant toujours que le pauvre garçon ne vînt à lui et ne lui demandât des nouvelles.Il ne pouvait, hélas! pas lui en donner de bonnes ! Un jour, comme il longeait le mur de l\u2019amphithéâtre, le jeune homme sentit une main se poser timidement sur sa manche, il se retourna et tressaillit.C\u2019était son protégé.\u2014 Pardon, monsieur, fit celui-ci de sa belle voix grave, je voudrais vous dire quelque chose.\u2014 C'est que.je suis très pressé, balbutia Blondeau.J\u2019ai justement une autopsie à pratiquer.je me rendais à l\u2019amphithéâtre.\u2014Je vous accompagnerai si vous permettez.car je tiens beaucoup à vous remercier pour les démarches que vous fîtes en ma faveur, bien qu\u2019elles n'aient pas produit le résultat que vous espériez., On ne réussit pas toujours dans la vie, j\u2019en sais quelque chose.Je ne vous en suis pas moins reconnaissant, croyez-le.\u2014 Allons! vous prenez votre parti de notre déconvenue commune, j'en suis fort à l\u2019aise, mon pauvre ami.Cela me gênait grandement de ne pouvoir rien dire de bon.Oui, le professeur Lefèvre reste intraitable, et malgré mes pressantes objurgations il refuse de s\u2019occuper de vous.\u2014Je n\u2019ai probablement pas encore fini mon temps de bagne, soupira Dampierre en baissant la tête; force m\u2019est donc de me résigner.Tout en parlant, les deux hom- mes avaient pénétré dans l\u2019amphithéâtre.Sur une large table de marbre, le corps d'une femme était éten-du.Blondeau prit ses instruments, et tandis que le fiancé de Geneviève, intéressé, le suivait du regard, il commença son autopsie.Un garçon de service assistait le jeune interne.D\u2019abord le silence régna; seul le bruit de l\u2019eau qui s\u2019égouttait dans une vasque, accompagnait en sourdine le grincement de l'a-cier sur les os de la femme morte.Soudain.Philippe se prit à faire une remarque en termes tellement techniques, que Blondeau, interloqué, se redressa : \u2014 Ah ça! fit le jeune homme, ai-je la berlue ou bien ?.Savez-vous que vous parlez comme un chirurgien de profession, mon ami ?\u2014 Je suis docteur, ou plutôt, je le fus., répondit Philippe.\u2014 C\u2019est donc cela! Mais.attendez que j'aie fini, je veux vous posez quelques questions.Vite, l'interne acheva sa besogne, puis, ayant quitté sa blouse de toile blanche, il sortit en compagnie de son protégé : \u2014 Voyons, reprit-il, est-ce vrai que vous êtes médecin ?\u2014 C\u2019est scrupuleusement vrai ! J\u2019ai fait mes études à Paris.Je suis même lauréat de la faculté.\u2014 Avez-vous exercé ?\u2014 Oui, pendant plusieurs années.\u2014 Est-il indiscret de vous demander en quel lieu ?\u2014 Ce n\u2019est point indiscret, c\u2019est inutile.A quoi bon étaler ma vie, dire ce que j\u2019étais, ce que j\u2019ai fait ?.Voyez comme le premier essai que j'ai tenté dans ce sens m\u2019a mal réussi.\u2014 Sans doute, vis-à-vis de moi, c'est différent.Je suis votre ami sincère.\u2014 Je crois, j'en suis sûr même, dit Philippe.Malheureusement, vous ne pouvez, monsieur, me rendre le seul bien auquel j\u2019aspire, la liberté, et puisque me voici condamné à finir mes jours en cette géhenne, je yeux, du moins, que le secret de ma personnalité demeure intact.Exçusez-moi si je parais envers vous manquer de confiance.\u2014 Je comprends cela, hélas! et je suis forcé de déclarer que vous avez raison.Attendez.plus tard, vous apercevant de ma sincérité de la vive sympathie que vous m'inspirez, peut-être que.\u2014 C\u2019est cela, plus tard, interrompit vivement Philippe.\u2014 Et puis, ajouta le jeune interne, les circonstances un jour vous favoriseront je l\u2019espère.Je voudrais tant pouvoir vous aider à sortir d\u2019ici.\u2014 Il est une chose en attendant que vous avez toute facilité de m\u2019apprendre, intervînt le fiancé de Geneviève.\u2014 Quoi donc ?\u2014 C\u2019est la manière dont je suis entré dans cet asile.Je suis parvenu en cherchant beaucoup, à me rappeler les derniers événements de ma vie d\u2019homme libre.Ce qui reste encore un mystère pour moi, par exemple, ce sont les événements auxquels je dois d'être devenu fou.Est-ce que vous les connaissez vous, monsieur ?\u2014 Je les connais vaguement, par oui-dire.Voici, en peu de mots, ce que je sais.Un crime mystérieux fut commis dans des circonstances particulièrement étranges Une jeune femme fut empoisonnée quelques heures après avoir donné naissance à son enfant et l\u2019assassin demeura inconnu, malgré toutes les recherches qui furent faites.Cela se passait en un village perdu au fond des gorges du Tarn, à Toulas.\u2014 Toulas ! répéta Dampierre, avec un tressaillement.Le nom de cette jeune femme, s\u2019il vous plaît ?\u2014 Personne jamais ne le connut, là-bas du moins.Elle fut enterrée anonymement.Sa sépulture ne porte d\u2019autre inscription qu\u2019une date et ce prénom qu\u2019on jugea être le sien, grâce à certains vestiges, un fragment de lettre, je crois, trouvé dans les poches de cette malheureuse : Agnès ! \u2014 Agnès ! bégaya Philippe comme un plaintif écho.\u2014Des circonstances que j\u2019ignore vous conduisirent à Toulas après le crime, continua Blondeau.Pour votre malheur, il se trouva que vous offriez une vague ressemblance avec l'assassin présumé.Les gens de cette contrée sont obtus, bornés, ridicules.On vous prit pour le criminel.Les montagnards, exaspérés, voulaient même vous précipiter dans le Tarn.Enfin, tiraillé, bousculé, presque évanoui de terreur, on vous traîna auprès du cadavre de cette jeune femme qui se trouvait dans son cercueil, enveloppé d\u2019un suaire de grosse toile et déjà en partie décomposé.Que se passa-t-il en vous à ce moment terrible?La commotion ressentie fut-elle si vive qu\u2019elle ébranla votre cerveau déjà fatigué par un long surmenage, de cuisantes douleurs morales ?Toujours est-il que vous tombâtes à la renverse frappé de congestion cérébrale, que pendant plusieurs semaines vous êtes resté en traitement à l\u2019hospice d\u2019Albi où l\u2019on vous considérait comme perdu, qu\u2019enfin vous n\u2019ê-tes sorti de la maladie que pour entrer dans la démence.Voilà tout ce que je sais, mon ami ; rien dans vos vêtements ne permit de découvrir votre identité.Vous êtes resté, vous serez toujours, du moins tant que vous demeurez dans cet établissement, le n\" 177.Quant à croire que vous aviez quoi que ce fût de commue avec l\u2019assassin de.d\u2019Agnès, impossible de persister dans cette Idée, L\u2019erreur des habitants de Toulas ne fut pas un instant partagée par les magistrats chargés de l\u2019enquête : le maire de la localité reçut même sur les doigts pour la stupidité de son attitude et, ma foi, iî ne l\u2019avait pas volé I Après que Blondeau eut achevé son court récit, le fiancé de Geneviève le remercia d'une geste, puis iî s\u2019éloigna brusquement ce, à la grande stupéfaction de l\u2019interne.\u2014 Quelle mouche le pique ?se demanda-t-il.En vérité le pauvre diable a parfois des airs singuliers qui justifient jusqu\u2019à un certain point les dires de M.Lefèvre.Cependant il n'est pas fou, j\u2019en jurerais.mais s\u2019il reste â l\u2019asile il peut, à force de se consumer dans son désir de liberté, le te* devenir.D\u2019autre part, il faut avoir la tête rudement solide pour résister à la contagion, ici, parmi tous ces malheureux.Quelles furent les pensées 4© Philippe à la suite de cette conversation ?Elles demeurèrent profondément cachées en son âme.Jamais plus il n\u2019ouvrit Sa Iwu-che de cela; le silence, dans le-quel pendant sept années il avait vécu redevînt son hôte familier., é' Quand, narquois, les gardiens lui demandaient des nouvelles de sa bien-aimée, il passait, sans même retourner la tête, dèdai-gnant ces railleries imbéciles et se jurant que la leçon lu.servirait, que désormais il ne dirait plus mot à quiconque, 26 septembre 1928 3k Samedi/ .17 \u2014 Cela coûte trop cher de parler quand on est dans ma situation, songeait l\u2019infortuné.Les moindres choses se retournent contre vous, vous sont imputées à grief.J\u2019ai eu le malheur, en recouvrant la raison, de penser tout haut; on a pris cela pour une nouvelle lubie, on rit de moi.C\u2019est bien, on ne rira plus.Je sais ce que je veux, je sais où je veux atteindre.Que Dieu me donne la patience, et j'arriverai à mes fins.Pas de lutte ouverte.la ruse seulement, la ruse, le long travail du termite rongeant le bois.Il est petit, il est caché, il n\u2019en réussit que mieux.Un mois plus tard, le n° 177 sur les instances de Blondeau, auprès du professeur en chef, recevait l'autorisation de s\u2019occuper à la pharmacie.Le croyant redevenu tout.à fait Inoffensif et appréciant ses réelles qualités d\u2019ordre et de savoir M, Lefèvre consentit d\u2019assez bonne grâce à voir celui qu\u2019il considérait toujours comme un incurable, manipuler des substances pharmaceutiques.\u2014\u2022 Cela le distrait, et comme en somme il sera toujours sous les ordres de quelqu\u2019un, je ne vois pas d\u2019inconvénient à la chose, déclara le professeur.En outre je suis tout disposé à admettre que le n° 177 fit jadis de la pharmacie ou de la médecine.Cet homme est réellement très entendu sur ces questions, et il ne peut qu\u2019être excellent pour son état moral, de revenir aux occupations de sa jeunesse.Bientôt Philippe se montra si adroit, si doux, si complaisant, dans l\u2019exercice de ses nouvelles fonctions, que les internes de rétablissement ne jurèrent plus que par lui.Tous les ouvrages dont on le chargeait, même les plus délicats, il s\u2019en tirait à la satisfaction générale.Aussi parvînt-il sans trop de peine, à se faire dispenser de la règle sous laquelle devaient plier tous les pensionnaires de l\u2019asile.Il prît ses repas seul, coucha seul également, dans une petite pièce contiguë à la pharmacie, et put à son aise parcourir le vaste établissement du faite aux caves, se promener dans le jardin réservé au personnel.aller et venir entièrement à sa guise, II advint même que l\u2019on prit l\u2019habitude, pour qu\u2019il pût à la cantine s\u2019offrir quelques douceurs, de lui donner parfois un peu d\u2019argent à titre de gratification.Sans rougir, Philippe acceptait ce salaire, mais il n\u2019avait garde de le dépenser.Au fond d\u2019une petite boîte il empilait les sous, les pièces blanches.et quand il possédait vingt francs, Blondeau à la grande joie du malheureux, convertissait sa monnaie en un beau louis d\u2019or qui allait bien vite dormir dans la petite boîte.\u2014 Seriez-vous avare?lui demanda un jour le jeune interne, \u2014 Peut-être bien, répondit le n° 177 d\u2019un accent énigmatique.Après tout, cette passion en vaut bien une autre, et puisque c\u2019est la seule qui me soit permise je m\u2019y adonne.Ainsi s\u2019écoulèrent trois années.Par suite de la liberté complète dont il jouissait à l\u2019intérieur de l\u2019âsile, Dampierre avait pu souvent pénétrer dans la pièce où l\u2019on conservait les vêtements de ses compagnons d\u2019infortune, ceux qu\u2019ils portaient à leur arrivée, s\u2019entend, ainsi que les objets divers dont ils étaient alors munis.Non sans émotion il avait pu lire sur un paquet, le n° 177, le sien.Enveloppé d\u2019une toile brune, ses habits d\u2019autrefois reposaient sur une planche, presque à portée de la main.Une étiquette, collée à même l\u2019enveloppe, portait, butre le numéro d\u2019ordre, la nomenclature des objets inclus.D\u2019ordinaire, la vaste chambre en question était fermée à clef, mais, chose bizarre, un matin l\u2019employé chargé du balayage ne trouva plus cette clef accrochée à sa place.On la crut perdue; l\u2019administration en fit faire une autre, puis on ne pensa plus à cet incident de minime importance.La clef pourtant n\u2019était point égarée; c\u2019est Philippe qui l\u2019avait prise, et la tenait soigneusement cachée dans sa paillasse.Un soir de printemps, alors que l\u2019établissement tout entier dormait, le fiancé de Geneviève se glissait hors de la pharmacie en rasant les murs; il arrivait à pas de loup jusque dans le vestiaire.Là, il se livrait à une étrange besogne.Patiemment, il défit quelques paquets, enleva à chacun d\u2019eux une pièce de vêtement quelconque, de manière à former un ba-lot de même dimensions que celui qui contenait ses effets.Après quoi, ouvrant l\u2019enveloppe, Dampierre reprit ses habits, mit à leur place ceux qu\u2019il venait de distraire, et redonnant au co- lis la forme qu\u2019il avait précédemment, mit le tout en place.Personne, assurément, ne se douterait de la singulière opération qu\u2019il venait de pratiquer, car aucune trace de son passage ne subsistait.Eteignant le rat-de-cave qui l\u2019éclairait, le n° 177 sortit du vestiaire chargé des objets qu\u2019il était venu y quérir.Peu après, il rentrait sans encombre dans sa chambrette, cachait le tout entre son matelas et sa paillasse, puis se couchait avec un profond soupir de soulagement.Le lendemain, l\u2019aube se leva radieuse.Avec le soleil, Philippe ouvrit les yeux et son premier soin fut d\u2019ouvrir la boîte contenant son trésor.Il se montait à 235 franc et quelques centimes.\u2014 Je voulais atteindre jusqu\u2019à 250, se prit-il à murmurer, mais non, il ne faut pas, car cela me demanderait plus d\u2019un mois, peut-être que l\u2019occasion qui s\u2019offre aujourd\u2019hui ne se représentera plus.Le professeur Lefèvre est absent pour quelques jours.Je dois en profiter.Mon plan est tracé,.ma décision prise; quand il reviendra je ne serai plus ici, et je me serai arrangé de telle sorte qu\u2019il ne me fera pas rechercher.Celui qu\u2019il prétend incurable va enfin de nouveau être libre.libre.Oh! quelle joie, que d\u2019ivresse ce mot procure ! Libre de revoir Geneviève, de lui rappeler ses serments.Libre de rechercher l\u2019assassin de ma pauvre Agnès et de le punir.car j\u2019ai réfléchi, et j\u2019ai compris bien des choses.Cette lettre, qui provoqua mon départ, cet appel désespéré ne pouvait provenir de ma soeur, puisqu\u2019à l\u2019heure où la missive fut écrite Agnès était déjà morte empoisonnée.Un guet-apens me fut tendu.Par qui?Dans quel but?Je l\u2019ignore.Cependant, il faudra bien que je le sache un jour; il faudra bien que je connaisse un jour dans tous ses détails la tragique destinée de ma pauvre petite Agnès.Je n\u2019en puis, hélas ! douter.C\u2019est elle qui repose, inconnue, dans le cimetière de cet humble village : Toulas.Pardieu ! si c\u2019est elle! puisque en la revoyant, en me trouvant face à face avec son cadavre à demi-décomposé, j\u2019ai failli mourir !.O ma soeur, que Dieu m\u2019assiste, et je connaîtrai la vérité sur ton trépas, et je te vengerai, doux agneau !.Mais d\u2019abord, mais d\u2019abord, mais avant tout Geneviève.Elle vit, elle, n\u2019est-ce pas, Seigneur! Elle me regrette, elle me pleure.Je dois la consoler.Oui, la consoler, lui montrer que je ne fus point oubîieur ainsi que peut-être elle le suppose.O chère, chère, te revoir, enfin, après tant d\u2019années de séparation ! Pourvu que j\u2019aie la fcrce de supporter mon bonheur, maintenant ! Le surlendemain, quand on entra dans la chambre, on la trouva vide.Vainement, le numéro 177 fut appelé, recherché; il demeura introuvable.On pensa très justement qu\u2019il avait pris la fuite et des battues furent organisées.Presque immédiatement, elles produisirent un résultat.Le long du mur de clôture de l\u2019asile, sur le côté Nord, une rivière coulait.En longeant la rive, un paysan trouva la veste d\u2019uniforme de l\u2019homme qu\u2019on poursuivait.A la manche de cette veste était épinglé un papier portant ces mots : «Vous vouliez me garder toujours, monsieur le docteur Lefèvre, vous vous êtes trompé; c\u2019est moi qui vous jouerai.Tout infirme, tout aliéné que je sois, je m\u2019évade.« Pour quitter l\u2019enfer dont je fus l\u2019hôte, cela ne m\u2019a pas été bien difficile.J\u2019ai escaladé le mur, et voilà.« Maintenant, comme j\u2019en ai assez de l\u2019existence, et qu\u2019après tout vous avez peut-être raison en me considérant comme incurable, je me noie.« Bonsoir la compagnie ! Ne me pleurez pas trop.«Quelque redoutable que soit l\u2019au-delà il me paraîtra toujours moins affreux que l\u2019endroit où vous régnez pour le malheur de mes compagnons de misère.» Comme, en fin de compte, la personnalité du numéro 177 n\u2019était guère intéressante, on cessa vite de s\u2019occuper de lui.Après avoir lu ce billet, son suicide fut généralement admis.La rivière était profonde, ses eaux roulaient presque torrentueuses, il paraissait inutile de faire rechercher le corps.On n\u2019avait à cela, somme toute, qu\u2019un intérêt relatif.L\u2019acte de décès du malheureux fut dressé, et le silence régna sur sa mémoire. 18 25 septembre 1828' Seul, le professeur Lefèvre, quand il était d\u2019humeur agressive, s\u2019occupait parfois de son pensionnaire.-\u2014Hein! avais-je raison?répétait-il à Blondeau, l\u2019était-il assez fêlé, ce pauvre 177 5 Son suicide baroque vous a-t-il enfin convaincu, jeune présomptueux ?Sachez que je n'ai pas vainement consacré la moitié de mon existence à l\u2019étude des fous.Le Professeur Lefèvre, cela est connu, admis partout, ne se trompe jamais dans ses diagnostics.Je regrette la mort de ce pauvre diable, inoffensif au fond, mais je suis heureux qu\u2019elle me permettre de vous coller, car vous l\u2019êtes collé; vous l\u2019êtes, n\u2019est-ce pas, et vous ne viendrez plus, dorénavant, me conter vos balivernes ?VI En se jetant presque sans ressources à l\u2019aventure, Philippe Dampierre n\u2019avait-il point été trop présomptueux ?Tout à son désir éperdu de liberté, désir exaspéré par de longues années de martyre moral, le fiancé de Geneviève ne réfléchit pas tout d\u2019abord aux obstacles qu\u2019il rencontrerait sur sa route.Il s\u2019était résolu, pour déjouer Iss recherches, à faire croire à son suicide.Cela, ainsi qu\u2019on vient de le voir, réussit parfaitement.Les eaux de la rivière ne reçurent en dépôt que sa livrée d'uniforme : c\u2019est vêtu du même costume qu\u2019il portait en arrivant à Toulas le soir où commencèrent ses infortunes, que le fiancé de Geneviève s\u2019enfuit de l\u2019asile d\u2019aliénés de X.Naturellement, il ne connaissait pas le pays.Vaguement il avait entendu parler d\u2019un village peu distant de la maison de santé qui portait le nom de Séverac-le-Château.Son idée était de gagner ce village, puis de s\u2019orienter, de chercher une route départementale pouvant le conduire à Rodez.De là il gagnerait par petites étapes Paris, Paris où se trouvait Mlle de Brezolles, Paris où respirait celle qu\u2019il adorait aussi ardemment que jadis, et en qui il avait foi, comme en Dieu, De sa fidélité, jamais il ne voudrait douter une seule minute Plein de confiance, Philippe se mettait en chemin sans songer à la fatigue, aux obstacles qui pourraient surgir, sans songer qu\u2019une fois le but atteint peut-être ne trouverait-il plus sa fiancée.\u2014 Non, non, s\u2019affirmait-il, je connais sa nature si droite, si noble, non, Geneviève n\u2019a pas trahi scs serments.Elle me garde sa foi, sa tendresse et je vais la retrouver aimante comme autrefois et dans ses bras j\u2019oublierai l\u2019odieux passé: Que craindrait-elle aujour-d hui?N\u2019est-elle pas libre de ses actes ?S\u2019il le faut, elle quittera sa mère, et pauvres, tous deux nous vivrons.Je ne puis plus être fier, i accepterai donc son assistance pour attendre l\u2019heure où je gagnerai rna vie.Elle possède en propre un peu d\u2019argent provenant de l\u2019héritage paternel.Ce sera un prêt qu\u2019elle me consentira, et heureux enfin, plein de courage, je me remettrai à l\u2019oeuvre.Je réussit ai.j\u2019en suis sûr, à lui procurer l\u2019aisance.Simple de goûts, elle détestait le monde, aujourd\u2019hui sans doute elle préfère à tout la solitude en compagnie de ses livres, de son piano.Et bien .nous n\u2019existerons que pour nous.nous fuirons ce monde méchant et menteur, puis nous avons perdu tant d\u2019années! Que d\u2019amour je donnerai à ma chérie que de bonheur enivrant je lui devrai ! Comme elle doit être belle ! Oh! je la vois, gracieuse, souple, avec sa tête pâle casquée de cheveux noirs.C\u2019est une déesse, une fée.et je l\u2019adore.oui! je l\u2019adore.Bercé par ses rêves, ses bienheureuses illusions, Dampierre marchait d\u2019un pas élastique, aspirant à pleins poumons l\u2019air pur et frais de cette belle matinée de printemps.Pour tout bagage, il avait une canne de coudrier, pour toute fortune, il possédait, dans la poche de son gilet, deux cent trente-cinq francs.En se contentant d\u2019une nourriture frugale, il dépensait peu.Quant à l\u2019auberge, ce serait pour lui, tant qu\u2019il aurait de la force tout au moins, l'auberge de la Belle-Etoile.Afin de dépister les recherches, Philippe avait résolu de marcher la nuit de préférence.Le jour, au pied d\u2019un arbre ou d\u2019un buisson, il dormirait.En route, par hasard des cabarets rencontrés, il achèterait sa nourriture.C\u2019est seulement lorsqu\u2019il aurait quitté le département et que le silence se serait fait autour de son évasion que le fugitif aviserait à prendre d\u2019autres dispositions.Il entendait ménager son argent le plus posible afin, lors de son arrivée à Paris, d'avoir encore suffisamment pour se mettre à la recherche de Geneviève.En cette saison c\u2019est Paris qu\u2019elle habitait sûrement: il ne s\u2019agirait plus, une fois dans la capitale, que de trouver un moyen quelconque pour rencontrer sa fiancée et se faire reconnaître à elle.Franchement alors, Dampierre lui conterait ses vicissitudes cruelles, et ensemble ils aviseraient au parti le plus sage à prendre.Les premiers jours qui suivirent son évasion se passèrent assez bien pour le fugitif.Peu habitué à la marche, il se fatiguait vite néanmoins et devait se contenter de faire d\u2019assez courtes étapes.Le temps se maintint beau et tiède, de sorte qu\u2019il put, sans trop en souffrir, coucher dehors.Mais, au bout de la première semaine, la température changea brusquement.Il se mit à pleuvoir si fort que ie pauvre Philippe, trempé, claquant des dents, dut, après s'être traîné sous la pluie pendant deux kilomètres, chercher un refuge dans une auberge.La patronne commença par regarder avec défiance ce singulier personnage, qui voyageait à pied, en redingote, et n\u2019avait point un parapluie pour se garantir de l\u2019averse.Néanmoins, l\u2019ayant fait payer d\u2019avance, elle lui donna, une chambre, alluma du feu, car le malheureux grelottait, et servit un repas chaud.On était à deux heures de l\u2019après-midi.Vers le soir, la fièvre prit Dampierre ;malgré les quatre couvertures d\u2019épais molleton qui recouvraient son lit, il ne put parvenir à se réchauffer.des frissons glacés couraient le long de son échine, en même temps que des bouffées brûlantes lui incendiaient le crâne.Il souffrait horriblement de la tête, ses membres étaient engourdis par une grosse courbature.\u2014 Hélas! la malchance me poursuit, pensa Philippe.Me voici malade, condamné au repos, obligé pour me soigner de faire des dépenses., excessives étant donnée ma précaire fortu-tune.J\u2019ai pris froid.cette pluie m\u2019a glacé jusqu\u2019aux os; pourvu que je n\u2019aie point une fluxion de poitrine.Ce n\u2019était que la grippe, fort heureusement, et, se souvenant de sa profession, Dampierre prescrivit à l\u2019aubergiste les médicaments nécessaires, sans qu\u2019il fût besoin de recourir à un docteur.Pendant douze jours néanmoins, le fugitif dut garder 1s lit, car la fièvre était très forte, Ce n\u2019est qu'après deux grandes semaines qu\u2019il put quitter l\u2019auberge, voûté, maigri, encore très faible, laissant entre les mains de l\u2019impitoyable cabaretière plus de la moitié de l\u2019argent qu\u2019il possédait.Tristement, en proie à un découragement infini, Philippe, néanmoins, se remit en route.Il se trouvait aux environs de M e n d e seulement r plusieurs-centaines de kilomètres lui restaient à parcourir pour atteindre Paris, et ii n\u2019avait plus que cent francs! A peine de quoi prendre le chemin de fer et vivre quelques jours.Enfin ! quelques jours peut-être lui suffiraient pour retrouver Geneviève.En tous cas, une fois près d\u2019elle dans la ville où respirait sa bien-aimée, il se sentirait moins seul, moins malheureux.Sur elle uniquement Dampierre comptait.A qui s\u2019adresser ?\u201e\u201e Il n\u2019avait plus d\u2019amis.Déjà du temps où il demeurait à Rambouillet, il menait une existence bien solitaire.tous ses anciens camarades l\u2019avaient oublié assurément.quant à sa soeur, elle était morte, la pauvre fille, morte lâchement assassinée.Certes, il voulait connaître la vérité sur ce sujet, le fugitif; Il s était mis en tête de reconstituer le douloureux roman d\u2019Agnès, de démasquer son meurtrier quelque jour, mais pour cela il avait tout le temps; l\u2019infortunée créature, du fond de sa tombe, ne criait pas vengeance ! Elle dormait paisible et douce, else dormait, elle ne souffrait plus !.Après avoir bien réfléchi, la fiancé de Geneviève se décida à gagner Mende et à y prendre le chemin de fer.Oui, ce parti était le plus sage : que ne l\u2019avait-ii adopté plus tôt.il se serait évité quinze jours de maladie et mm forte dépense ! Les gens de l\u2019asile, s'ils l\u2019avaient poursuivi, ne devaient point avoir conduit bien loin leurs recherches.Ses dispositions, il les avait mal prises : il eût du, aussitôt son évasion, gagner la gare la plu» proche et prendre le premier train pour Paris.Dans ces conditions, depuis longtemps sa bien-aimée Gene-vïène serait dans ses bras. 25 Septembre 1928 Sb&ameéh 19 Un peu réconforté, maintenant, sa résolution étant prise, Philippe se remit en route.Vers le soir, il aperçut, s\u2019éper-lant dans la brume, les premières maisons de la ville.Bientôt il atteindrait les faubourgs, se reposerait en une hôtellerie quelconque, puis se rendrait directement à la gare.\u2014 En vérité, dut s\u2019avouer le pauvre homme, je me sens tout à fait incapable de poursuivre à pied mon chemin, ainsi que je l\u2019avais prémédité tout d\u2019abord.Cette maladie, quoique courte, m\u2019a épuisé.Ah ! la solitude est mauvaise conseillère décidément, et ma pauvre tête n\u2019est pas encore bien remise.Je n\u2019ai d\u2019abord que la liberté à reconquérir, et, imprudemment, je me suis jeté hors de ma prison sans réfléchir aux accidents probables, accidents qui n\u2019ont pas tardé à se manifester.Décidément je suis trop jeune.s\u2019avoua-t-il dans un mélancolique sourire.Avec Geneviève comme objectif, Geneviève, que j\u2019adore malgré le temps, malgré notre longue séparation, plus encore que jadis.avec son doux visage au bout de ma course, j\u2019eusse entrepris d\u2019aller au bout du monde.J\u2019ai eu tort de ne pas m\u2019assurer dans Pasiie même un concours utile.Ce jeune homme, cet interne qui s\u2019intéressait si fort à moi, je suis sur qu\u2019il m\u2019eût aidé.et j\u2019y aurais gagné tout au moins de n\u2019être point absolument dénué de ressources.Maintenant le mal est fait.à la grâce de Dieu !.Soudain, au milieu de la nuit qui à présent, enveloppait là-bas, dans l\u2019éloignement, Mende de ses brumes, une lueur rougeâtre troua l\u2019obscurité.C\u2019était à gauche du fugitif, du milieu des champs que montait cette lueur, \u2014 Qu\u2019est - ce donc ?songea Dampierre, on dirait le feu.Pourtant je ne vois pas de mai \u2022 sons autour de moi.C\u2019est encore la campagne.je.Ah ! si ! si, reprit-il, c\u2019est une maison qui brûle.La flamme monte en gerbes vers le ciel et je distingue très bien les murs, les toits.Quelque demeure de pauvre.,, sans doute.une ferme peut-être,.Sans même se rendre compte de ce qu\u2019il faisait, le fiancé de Geneviève se jeta dans un sen-' tier herbeux, et, guidé par ia lueur de l\u2019incendie qui redoublait de violent e.il se mit à courir .Vers -le heu du 'sinistre.Il ne sentait plus la moindre lassitude.En pensant que des êtres humains, ses frères, couraient un danger mortel, ses forces se décuplaient.Il suffit de quelques minutes pour que Philippe atteignit la maison.C\u2019était une gentille chaumière sise au milieu d\u2019un jardin plein d\u2019arbres fruitiers en fleurs.Les flammes s\u2019échappaient des fenêtres du rez-de-chaussée, léchaient l\u2019auvent du toit; les poutres maîtresses déjà s\u2019allumaient.Une fumée épaisse montait vers le ciel pur, tout scintillant d\u2019astres; des étincelles voltigeaient en crépitant; bientôt la maison entière ne serait plus qu\u2019un monceau de ruines fumantes étant donné le vent qui souf \u2022 fiait assez fort et attisait l\u2019incendie.Au moment où Dampierre approchait du lieu du sinistre, un cri déchirant retentit qui accéléra sa course.Il se précipita, enjamba ia clôture faite de haies d\u2019aubépine, se trouva dans une cour, et vit, à la lueur rougeoyante et sinistre du gigantesque foyer, la silhouette d\u2019une femme échevelée, qui, tenant entre ses bras sa fillette, jetait dans la nuit, dans sa sollitu-de affreuse, des appels désespérés.\u2014 Au secours! au secours! oh! mon Dieu! nous allons périr Madeleine et moi.Il n\u2019y a donc personne pour nous secourir.et mon mari qui est à la ville.quand il reviendra il trouvera tout brûlé.>.et nous, nous serons mortes.Mon Dieu ! mon Dieu ! être seules.ne pouvoir se faire entendre.Au secours! à l\u2019aide!.Au secours ! \u2014 Courage ! cria résolument Philippe, courage, madame, voici quelqu\u2019un qui va essayer de vous sauver ! Eperdue, mais d\u2019espérance cette fois, la paysanne ne trouva plus de mot à dire.D\u2019un rapide regard, le fugitif s\u2019orientait.Le feu avait déjà gagné l\u2019escalier unique de la chaumière.les marches, faites de bois et de briques, n\u2019étaient plus pour la plupart\u2019\u2019 que des morceaux de braises ardentes.Tout d\u2019abord, parant au plus pressé, il fallait délivrer la femme et l\u2019enfant.Ensuite lorsqu\u2019elles seraient en sûreté, s\u2019il y avait moyen, on tâcherait de circonscrire l\u2019incendie.Résolument alors, Dampierre s\u2019engagea dans l\u2019escalier.Au contact du feu, ses semelles se mi* rent à brûler, répandant une insupportable odeur de cuir calciné.Plein de sang-froid, il ne songeait qu\u2019à préserver ses habits, et put, sans trop de mal, atteindre le premier étage.Une porte était ouverte, celle de la chambre où se tenaient les personnes qu\u2019il cherchait.Appuyée contre le rebord de la croisée, la paysanne tenait serrée convulsivement sa fillette, elle l\u2019embrassait en une sorte de frénésie et pleurait en silence.\u2014 Avez-vous ici des draps, madame?lui demanda sans préambule son sauveur improvisé.Tout d\u2019abord elle parut ne pas comprendre; on eût dit que la terreur l\u2019avait soudain rendu idiote.\u2014 Comprenez-moi bien, insista Philippe, je vous demande des draps, parce qu\u2019en les attachant à la barre d\u2019appui de cette fenêtre je pourrai descendre en emportant votre petite, puis vous viendrez ensuite par ce chemin.L\u2019étage n\u2019est pas très haut ; avec un peu de volonté, vous gagnerez le sol aisément.\u2014 Mais.l\u2019escalier.balbutia-t-elle.\u2014 L\u2019escalier flambe.mes souliers sont en partie brûlés et il est impossible maintenant de passer par là.Du reste, voyons, vous le savez bien puisque vous êtes ici prisonnière.\u2014 Pardon, monsieur, je perds la tête.Tenez, voici ce que vous me demandez.Et, posant à terre sa fillette, qui jetait des cris perçants, la pauvre femme arracha les draps de son lit.Vite, le fiancé de Geneviève les nouait l\u2019un à l\u2019autre, puis les attachait solidement à la barre d\u2019appui.Après quoi il saisit l\u2019enfant, et, enjambant la croisée, il se laissa glisser jusqu\u2019à terre.La petite, quoique terrifiée, avait bien sagement croisé les bras autour du cou de l\u2019étranger: elle toucha le sol sans accroc.-\u2014A votre tour, maintenant, dit le fugitif en s\u2019adressant à la paysanne.Je vous tiendrai les draps pour les rendre rigides.Faites comme moi.allons soyez courageuse.vous ne risquez rien.Au pis aller vous en seriez quitte avec une entorse.Il parlait ainsi pour décider la pauvre femme qui, d\u2019un regard de bête traquée, contemplait le vide et n\u2019osait s\u2019abandonner, saisie de vertige.Tout à coup, une langue de flamme vint lécher presque Fem-brasure de la fenêtre.Le feu gagnait pied; sous peu il serait dans la chambre, et alors elle mourrait brûlée vive.Ne valait-il pas mieux faire ce que lui demandait le courageux inconnu ?En fermant les yeux, la malheureuse se suspendit à la corde improvisée.machinalement elle se laissa glisser, et fut toute surprise de se trouver à terre sans blessure, car au moment où elle allait atteindre le sol Philippe l\u2019avait saisie pour amos/ir sa chute.\u2014 Madeleine! ma fille, où es-tu ?appela aussitôt la pauvre femme.\u2014 Me voici, maman, répondit une petite voix frêle encore altérée par les pleurs.La mère et l\u2019enfant, d\u2019un même élan impétueux, s\u2019étreignirent.Emu, Dampierre contemplait ce spectacle, récompensé par le bonheur qu\u2019éprouvaient ces deux infortunées en se voyant réunies saines et sauves.\u2014 Ma pauvre chérie, balbutiait la paysanne, nous voilà ruinés.Le feu nous prend notre maison, nos meubles.ton père sera désespéré, mais tout de même, puisque nous sommes vivantes, ça le consolera un peu.\u2014 Si je savais où il y a de l\u2019eau, j\u2019essaierais bien de lutter contre l\u2019incendie, fit l\u2019étranger.Comme il disait ces mots, dans l\u2019air monta une rumeur confuse, des cris d\u2019effroi, et plusieurs personnes accoururent, levant les bras au ciel.C\u2019étaient des gens de la ville qui, ayant vu la lueur du sinistre, accouraient.A leur tête venait le mari de la jeune femme.Il pensait trouver mortes sa compagne et sa fillette.On juge de sa joie en les retrouvant sans une égratignure.Mais le temps lui manquait pour se livrer aux manifestations de sa gratitude envers l\u2019homme qui les avait tirées de cet affreux danger.Mettant ces deux chères créatures en sécurité dans un hangar assez éloigné de l\u2019habitation, il s\u2019empressa de revenir vers le foyer incandescent que formait son humble demeure.Déjà les gens qui l\u2019accompagnaient, aidés de Philippe essayaient d\u2019éteindre le feu.Vains efforts.on se rendit compte bientôt que tout serait inutile, qu\u2019il fallait laisser brûler la chaumière et se contenter (Suite à la page 22) 2 U Sk'&am&ü/ 26 SBpteœbm 1828' Chant cle Jeune fille.Poésie de Ed.Guinand.\tR.de Boisdeffre.CHANT.PIANO.Moderato.¦ jbt# j irwmr*.tmmh p grazioso \tCe ma - tin\tle so - =f\tm leil\ta ca-res-sé la f i -f f f f f f i \\ * Ê\tS f \u2014\t\tP\t\t=t=r -j-\t'T \ti-F\t1\" ^\t- -\t\t- -.¦* sfc.j.z» ^ plus res-plen-dis- Tempo.\t\t\tM\t\t\ti^3r=z: ÎSp4V\"\"k k\"~^d \t sanC^\t\t\t\t- |T>-\t\u2014 -\t-J\u2014 jk-\tv- = \u201c-\t l\tr_~f\t\t~rr- -\t\u2014L-J\u2014m\t\tW\u2014\t\t\u2014\t1\t\t \u2014\u2014\u2022 \u2014\t :.£;\t.P^x.:zg: 'Jtz.\"rg~- Reproduction autorisée par M.j.Hamelle, éditeur de musique, 21 boulevard Malvshcrbes, Park (France).Droits réservés pour tous pays. 25 septembre 1928 21 Tempo in - can-des - cant est un mi - roir cresc.poco à ma fenêtre ou - ver Ce ma-tin je res-pire cresc.poco 1  À *r3 aim.Lame o - do ran - te des jas W-9 cresc.- ma - tin naît la et sur sa ti-ge rose 9 - 9- cresc.LA FIN AU PROCHAIN NUMERO 22 J&UdHtf# 25 septembre 1926 LE SENTIER DES PLEURS (Suite de la page 19) d\u2019en sortir quelques meubles, quelques hardes.Les cheveux roussis, les vêtements en lambeaux, Dampierre se livrait de tout son coeur.Ce fut lui qui fit le plus de besogne utile.La nuit entière il la passa en allées et venues, en manoeuvres pénibles, ne sentant ni la fatigue ni la peur.Quand l\u2019aube blanchit l\u2019horizon, de la modeste demeure ii ne restait plus que les quatre murs.Par le toit défoncé montait en tourbillons noirâtres une fumée âcre qui saisissait à la gorge.Les arbres fruitiers les plus proches ressemblaient à des tisons calcinés fichés en terre, l'herbe du verger était toute desséchée et jaunie.C\u2019était un spectacle lamentable.\u2014 Pauvres gens! les voilà sans asile, murmura le fugitif, tout ému par cette triste pensée.Aux premiers rayons du soleil levant, le mari, le père, jeta un regard désolé sur les ruines fumantes de cette maison où il avait connu un paisible bonheur, et .hochant la tète, il murmura avec résignation : \u2014-A la volonté de Dieu ! Ma femme, mon enfant, sont sauvées, c\u2019est le principal.Quant au reste, j'ai des bras solides, je travaillerai, Il ne restait plus personne auprès de lui que cet étranger si courageux, si agile qui, toute la nuit, s\u2019était multiplié.Ecrasé de lassitude, Philippe venait de se laisser choir sur le sol, la tête appuyée contre une pierre.\u2014 Monsieur, fit le paysan ex-cusez-moi, je ne vous ai pas encore remercié du service immense que vous m\u2019avez rendu.Je m\u2019appelle Antoine Dela-cour, je suis pauvre; n\u2019empêche, disposez de moi.Ce sera entre nous, si vous y consentez, à la vie à la mort.Vivement touché, Dampierre serra d\u2019une étreinte fraternelle la main qui lui était tendue.A ce moment arrivèrent des amis de la famille Delacour, qui apportaient aux sinistrés des provisions de bouche et venaient leur offrir une hospitalité momentanée.Antoine refusa.La grange étant demeurée intacte, ils s'y tiendraient en attendant mieux; ils la rendraient habitable grâce aux quelques meubles que le feu avait épargnés.Le père de la petite Madeleine, voyant que le sauveur de sa femme paraissait exténué, lui proposa de prendre sur la paille un repos bien gagné.\u2014 Etes-vous du pays monsieur?interrogea-t-il; cela m\u2019étonnerait, car je ne me souviens pas vous avoir jamais rencontré.\u2014 Non, je n'habite pas par ici, je suis étranger.je passais, lorsque les appels de votre femme et la vue de l\u2019incendie m\u2019ont déterminé à lui porter secours.J\u2019allais prendre le train à Mende.\u2014 Hélas ! pauvre monsieur, vos habits sont à présent dans un bel état; et vos chaussures, toutes brûlées., quel malheur !.C'est à cause de nous que vous avez perdu vos affaires.Oh ! je suis confus, je voudrais.je voudrais.Interdit, le pauvre homme ne savait que balbutier.Quant à Philippe, les paroles de son interlocuteur l\u2019obligeaient à faire la plus désolante des constatations.En effet, spn costume, naguère convenable, avait maintenant un aspect piteux, et il ne pouvait songer à continuer sa route dans cette tenue.Or, s\u2019il s\u2019achetait d\u2019autres vêtements, il ne lui resterait plus rien pour vivre, pour aller à Paris.Problème douloureux.dilemme insondable.Comment les résoudrait-il ?Pour le moment sa fatigue était telle qu\u2019elle lui ôtait jusqu\u2019à la faculté de défiéchir.Dormir.dormir d\u2019abord, se dit l\u2019infortuné, je verrai ensuite.Il se coucha dans la grange, et tandis que ses hôtes bénissaient leur Providence, le fugitif s\u2019endormait d\u2019un lourd et profond sommeil.A voix basse, Antoine Delacour demanda à sa femme de lui conter les incidents de la précédente soirée.Jeanne obéit; elle dit le dévouement de cet inconnu, son sang-froid.sa vaillance.\u2014 Fallait le voir toute la nuit, ma pauvre femme, reprit Delacour, il avait plus de courage à la besogne que moi.Sans lui, nous n\u2019aurions même pu sauver une assiette.Ah! c'est un rude gars! un fier coeur!.Et quelle belle figure douce et triste.Paraît qu\u2019il est pas de la contrée.II s\u2019en allait à Mende prendre le train qu\u2019il m'a expliqué.j\u2019ai rien dit, mais ça m'a surpris beaucoup de voir cet homme habillé comme un monsieur, mar- cher à pied le long des routes comme un chemineau.,, Y a quelque chose de singulier là-dessous.\u2014 Bah ! Antoine, il arrive souvent qu\u2019une redingote ne signifie par fortune.A cette heure nous voilà logés à la même enseigne que lui ! Ou avait une maison, un lopin de terre.quelques hardes.que nous reste-t-il maintenant ?gémit la pauvre femme dans un sanglot.Les yeux pour pleurer et c\u2019est tout !.Madeleine, câline, vint s\u2019agripper au cou maternel.\u2014 Faut pas avoir de chagrin, maman, murmura-t-elle.Papa rebâtira une belle maison neuve.\u2014 Avec quoi, pauvre chou ?nous n\u2019avons plus d\u2019argent ! Quel malheur tout de même, Antoine, que tu aies dû veiller à la fabrique hier soir i Peut-être que si tu étais resté là, nous en aurions été quittes pour un peu de dégâts.Seulement, moi, quand j'ai vu flamber la cuisine, j\u2019ai été comme folle.j\u2019ai tout laissé.je me suis sauvée avec la petite dans notre chambre.Belle idée, ma foi ! un peu plus et nous brûlions aussi.\u2014Ah ça, voyons, comment ça s\u2019est-il fait ?\u2014 je me le demande encore ?Nous venions de dîner nous deux Madeleine et moi, et j\u2019étais allée avec elle dans la salle pour ranger du linge sec.quand voilà que soudain j\u2019entends ronfler.un bruit si drôle.si effrayant.Je me précipite, tout était pris dans la cusine, et avec ça une fumée si épaisse que j\u2019ai eu à peine le temps d\u2019emporter la petite et de me sauver.J'étouffais.elle aussi.elle était toute rouge et criait : \u2014 Maman, maman! j\u2019ai peur ?Crois-moi, va, mon pauvre homme, je vivrais cent ans, que je n'oublierais pas ces moments-là.Antoine hocha la tête.Un frisson rétrospectif le saisit en pensant que sans l\u2019intervention providentielle de ce courageux étranger, à cette heure il n\u2019aurait plus de femme, plus d'enfant.Ces deux créatures constituaient sa seule famille, son unique joie.C\u2019était un grand et robuste gars d\u2019une trentaine d\u2019années dont la physionomie loyale et franche respirait l\u2019honnêteté dans sa plus modeste acception.On sentait, rien qu\u2019à ia manière dont il regardait sa petite Ma- deleine, sa chère Jeanne, qu\u2019il les aimait de toute son âme, Jeanne était de taille moyenne, mince, l\u2019air d\u2019une « dame de la ville », disait-on, à cause de sa grâce innée, de son élégance native: elle n\u2019avait que vingt-huit ans, de beaux yeux, de magnifiques cheveux châtains, une fraîcheur éclatante.Elle adorait son mari, son cher Antoine, avec qui depuis l\u2019enfance, orpheline, elle avait grandi.Ils s\u2019étalent promis l\u2019un à l\u2019autre, et, au retour du régiment, fidèle, il était venu chercher sa compagne.Yoilà sept ans qu\u2019ils étaient mariés; ils s\u2019aimaient néanmoins de même qu\u2019au premier jour.jamais la moindre querelle n\u2019avait altéré de son ombre leur tendresse constante, la naissance de Madeleine, leur unique enfant, l\u2019avait plutôt augmentée, si tant est toutefois que la chose fût possible.Leur Madeleine si gentille, si fûtée, si \" mignonne, iis l'adoraient.Rien ne leur semblait plus beau que cette gracieuse enfant lorsqu\u2019elle courait pétulante dans ie verger, et que ses fins cheveux cendrés voltigeaient en boucles soyeuses autour de sa jolie figure d\u2019une si délicate matité.Ses grands yeux de couleur d\u2019or, surmontés de sourcils noirs qu\u2019on eût dît tracés d\u2019un coup de pinceau habile, étaient les plus beaux du monde, sa bouche rose à la pulpe transparente comme un fruit mûr, paraissait d\u2019un éclat non pareil aux yeux des parents extasiés.\u2014¦ Vous êtes là, mes deux chéries, reprit Delacour, d\u2019un accent pénétré, c\u2019est le principal, ça, vois-tu, femme, et nous devons remercier le bon Dieu qui a permis que ce brave inconnu wons sauve.Plaie d\u2019argent n\u2019est pas mortelle, après tout.J\u2019ai des bras solides, je ne boude pas devant îa besogne et suis habile ouvrier.On s\u2019en tirera toujours.\u2014 M\u2019empêche que notre pauvre chaumière dont j\u2019étais si orgueilleuse est détruite.et qu\u2019il nous reste seulement les quelques centaines de francs de la Caisse d\u2019E-pargne.Aujourd'hui je me repens beaucoup, va, de t\u2019avoir retenu quand tu voulais que nous partions pour Paris.\u2014 Ah! dame! ça aurait mieux valu, pour sûr.On offrait une bonne pligci dans ma partie; les Castelbon voulaient acheter notre petit SèfifaiiMW 23 | g( g 25 septemfe 1825 bien.,, c'était une excellente affaire.Maïs voîlà.les femmes ne pensent qu\u2019au sentiment i C\u2019est la maison où tu es né, que tu m\u2019as dit; je ne voudrais pas la vendre, Antoine.,, et puis ce Paris si grand où on est si seul me fait peur d'avance.« Restons chez nous, on y est bien, on y est heureux.\u2014 J'ai eu tort, interrompit tristement Jeanne, faut me pardonner, mon homme.\u2014iBah! c'est le passé, n\u2019y pensons plus ! Malgré tout, à présent, si la personne qui m\u2019a proposé cette place autrefois, consentait encore à s\u2019occuper de moi, j\u2019aimerais bien partir nous trois pour Paris.Peut-être que les Castelbon se contenteraient d\u2019acheter le terrain.ça nous ferait une petite avance pour nous installer là-bas et, ma fois, on y serait mieux quid où maintenant je ne pourrais .plus rester sans avoir gros coeur.\u2014 C\u2019est bien vrai ! tant de souvenirs que ce coin de terre nous rappelle.Fais pour le mieux, Antoine, t\u2019es le maître, et partout où tu m\u2019emmèneras je serai contente.\u2014Bon! alors je vas sans traîner m\u2019occuper de la chose- Je verrai nos voisins tantôt.tout de suite même tiens.parce que vaut mieux battre le fer pendant qu\u2019il est chaud.\u2014 Repose-toi un peu auparavant.Tu dois être exténué après une nuit pareille, mon pauvre homme.\u2014 Non, je ne sens pas la fatigue.; je suis énervé, au contraire.ça me fera du bien de mar-cher.Je te laisse, Jeanne, tâche de dormir avec la petite.Si le monsieur se réveille avant mon retour,, et qu\u2019il veuille s\u2019en aller, empêche-le surtout.Je veux lui parler, moi.et s\u2019il a besoin de quelque chose faudra qu\u2019il parle.Quand on a rendu des .'Services pareils aux gens, c\u2019est bien le moins qu\u2019on accepte d'eux un peu de reconnaissance.\u2014 Fjjr sûr, Antoine ! \u2014 Jt le lui ai dît, je le répète,,.entre nous à la vie à la mort.Je l\u2019ai juré, Jeanne.Puis, il a une si bonne figure.il semble avoir connu tant de misère dans la vie.,, rien que de le regarder ce matin, si las.si abattu, ça me retournait les sangs.,.Je compte sur toi, n\u2019est-ce pas?Tu le retiendras de force au besoin.\u2014 Oui, sois tranquille.\u2014 Aie pas peur, petit père, déclara la fillette avec une moue adorable de sa figure mutine; moi, si maman ne peut pas, je garderai le monsieur.Je l\u2019embrasserai bien fort et j\u2019y dirai merci tu verras ! \u2014 Oui, je vais tout vous apprendre de moi.Durant ces quelques heures, j\u2019ai beaucoup réfléchi, et je sens que je puis me confier à vous entièrement que vous ne me trahirez pas !.Les deux hommes, Antoine Delacour et Philippe, étaient assis, seuls, sur des bottes de paille, dans la grange.Remise en partie de ses terribles émotions, Jeanne préparait le dîner sur un petit fourneau portatif.Elle s\u2019était assise devant la porte, et.près de la jeune femme, Madeleine jouait en chantant.C\u2019était une superbe et sereine fin d\u2019après-midi.Agitées par la brise, les fleurs des arbres voltigeaient, semant partout leur neige parfumée.Au fond de l\u2019azur céleste de petits nuages floconneux et blancs couraient.le soleil dans ses gloires triomphales descendait majestueusement à l\u2019horizon, éclairant de feux rougeâtres les ruines noircies de la maison incendiée.\u2014 Vous trahir, répliqua vivement le père de Madeleine, oh ! monsieur, non pas, quoi que vous ayez fait, jamais Antoine Delacour ne vous trahira.\u2014 Ce ne sont pas des fautes que je veux cacher, reprit vivement Dampierre, honteux que ses paroles eussent donné prise à certains soupçons de son hôte.Dieu merci ! je suis homme d\u2019honneur et rien dans ma vie n\u2019est blâmable.Ecoutez-moi plutôt et vous jugerez.Longuement, le coeur soulagé au fur et à mesure qu\u2019il faisait ses douloureuses confidences, Philippe parla, narrant sa triste histoire.Emu jusqu\u2019au fond de l\u2019âme, Antoine l\u2019écoutait, se gardant bien, par un geste ou un signe quelconque, d\u2019interrompre son interlocuteur.\u2014 A présent, termina le fiancé de Geneviève, lorsqu\u2019il fut arrivé au bout du récit, à présent, vous savez qui je suis et pourquoi je vous ai demandé tout à 1 heure de ne pas me trahir.Nous sommes qu\u2019à peu de distance de l\u2019asile où, pendant près de dix ans, j\u2019ai vécu.Si une in- discrétion était commise, je serais vite repris, enfermé à nouveau .traité cette fois comme un fou dangereux, et tout espoir de liberté serait fini pour moi.Mais vous, monsieur, qui n\u2019avez pas l\u2019esprit prévenu, et n\u2019en êtes que meilleur juge, dites-moi, pensez-vous en m\u2019écoutant, avoir affairé à un aliéné ?\u2014 Par exemple! se récria l\u2019ouvrier dans un geste de véhémente protestation, il serait bien reçu l\u2019imbécile que me raconterait une chose pareille.Rien qu\u2019à vous voir, monsieur on s\u2019aperçoit que vous êtes un esprit éclairé, que votre intelligence est.enfin, faites excuse, je ne sais pas m\u2019exprimer, quoique sachant bien ce que je veux dire.Toujours est-il que vous n\u2019avez pas à craindre de notre part la moindre indiscrétion.Quand on doit à quelqu\u2019un ce que je vous dois, il est juste de se montrer reconnaissant, de chercher au contraire le moyen de rendre un peu du bien qu\u2019on a reçu.Voilà! On est d\u2019accord, la bourgeoise et moi, sur la nécessité de quitter le pays.C\u2019est à Paris que nous allons, monsieur, tel que vous me voyez, je suis sur le point d\u2019entrer comme contremaître dans l\u2019usine d\u2019électricité de M, Salneuve, rue Cham-pionnet, à Paris.On m\u2019a procuré la place par connaissance; il y a déjà trois mois que je devrais l\u2019avoir prise, seulement ça effrayait ma femme, ce grand Paris, et il a fallu la catastrophe d\u2019hier pour la décider.Justement la place est libre encore, ipon patron a télégraphié que j\u2019acceptais, et m\u2019a tout de suite communiqué la réponse favorable de Paris.Donc nous partons d\u2019ici une quinzaine au plus; le temps de régler certaines questions d\u2019intérêt.Ça vous irait-il de vous embarquer avec nous ?\u2014 Je.n\u2019ose accepter, répondit Philippe, très troublé cependant.Vous connaissez ma pénible situation actuelle, ce serait le salue pour moi si.\u2014 Bah, bah! monsieur, dites oui sans plus, allez! vous me ferez le plus grand plaisir.Puis, ajouta gravement l\u2019ouvrier, c\u2019est le moins que je puisse faire après l\u2019immense service que vous m\u2019avez rendu.Sans vous, Jeanne et Madeleine seraient mortes à cette heure, et moi, je serais désespéré.Je vous ai dit que j\u2019étais votre ami felLUTTCOMPANVUSS LA VIEILLE AMIE Employez la Lessive Gillett POUR FAIRE VOTRE SAVON et pour tout nettoyage et DESINFECTANT La LessiveGH/ett protège votre santé et économise votre ardent.à la vie à la mort.S\u2019il plaît à Dieu, je le prouverai.Pour commencer, pas de résistance, laissez-moi faire.Je vais vous procurer des habits neufs.D\u2019ici notre départ, vous vous, reposerez tranquillement de toutes vos fatigues, puis nous quitterons Mente tous ensemble, sans nous occuper de ce que penseront les curieux.Jeanne racontera une histoire quelconque pour expliquer cela, et ni vu ni connu.Une fois dans la capitale, eh bien, je vous laisserai chercher la personne qui.qu.votre fiancée enfin.Si tout va à votre idée, tant mieux; nous en serons joliment satisfaits.Si, au contraire, il y a quelque chose de.,, d\u2019imprévu \u2014 dame en dix ans il passe de l\u2019eau sous le pont \u2014 sachez que nous serons là, toujours fidèle et que, ma foi, entre braves gens comme nous sommes, on finira bien par s\u2019arranger.Dampierre, à ces derniers mots tressaillit.\u2014 C\u2019est vrai! murmura-t-il, je ne voulais pas songer à cela, vous y ramenez mon esprit malgré moi.c'est vrai que Geneviève est peut-être morte- Morte?oh! mon Dieu que deviendrai-je alors ?Comment supporterai-je l\u2019existence si ma bien-aimée n\u2019est plus de ce monde!.Un seul espoir me soutient, me guide.La revoir, la retrouver telle que jadis, son coeur près du mien.Le sort me doit bien cette revanche en vérité.Après d\u2019aussi cruelles épreuves, n\u2019ai-je pas mérité un peu de bonheur ?.^999999^ 24 Se&amtdL 25 septembre 1928 ¦\u2014Hélas! monsieur, le bonheur ne vient pas toujours vers ceux qui le méritent.il s\u2019en faut même.Mais, voyons, ne pensez plus à ces tristes choses.J\u2019ai dit ça tout à l\u2019heure, manière de parler et j\u2019espère bien que.vous retrouverez votre promise.Soyez rempli de confiance maintenant que vous n\u2019êtes plus seul sur la terre.Vous avez des amis, des vrais amis, je vous en réponds,'malgré qu\u2019ils ne soient que des paysans!,.Vivement touché, le fugitif se leva et tendit la main à son hôte.\u2014 Merci, dit-il, merci de votre sympathie qui m\u2019est infiniment précieuse, qui m\u2019honore infiniment.A mon tour, je vous offre la mienne.voulez-vous l\u2019accepter, mon ami ?Les deux hommes échangèrent une loyale et chaude étreinte.A ce moment, la gentille Madeleine accourut rieuse se jeter au cou paternel.Puis, câline, elle voulut également embrasser Philippe.Sans façon, elle grimpa sur ses genoux et lui posa un baiser sur chaque joue.Au contact de ses lèvres fraîches, Dampierre se sentit le coeur gonflé par une émotion indescriptible.Que c\u2019est doux, un enfant, songea-t-il, tandis qu\u2019un sentiment tout nouveau s\u2019éveillait en lui.Je serais père.père d\u2019une charmante fillette comme celle-ci.ou d\u2019un turbulent garçonnet.si ma Geneviève et moi n\u2019avions été séparés.J\u2019aurais une famille.des chérubins dont la gaîté, les rires clairs embelliraient ma vie.« Hélas ! il est bien tard aujourd\u2019hui et je me sens bien vieux.\u2014 Toi aussi, embrasse-moi, monsieur, faisait la petite avec une gracieuse insistance, embrasse-moi, tu veux ?Alors, la serrant sur sa poitrine avec tendresse, il répondit, des larmes plein les yeux : \u2014 Il ne faut plus m\u2019appeler monsieur, Madeleine, je ne sui3 point un monsieur, vois-tu.\u2014 Ah! Comment que tu veux que je t\u2019appelle, alors ?\u2014 Bon ami !.aimes-tu cela ?-\u2014Oui, oui, bon ami! et je t\u2019aimerai tout plein, parce que tu nous a retirées de la maison qui brûlait, et que maman a dit que je devais t\u2019aimer et prier le bon Dieu pour toi chaque soir.Bon ami.ce nom lui resta.Au fur et à mesure que le train s\u2019approchait de Paris, Dampierre sentait redoubler ses craintes, son angoisse, en même temps qu\u2019un espoir insensé lui gonflait le coeur.Dans son âme éperdue, tous ces sentiments, quelque contradictoires qu\u2019ils fussent, se con-fondaient.Il avait hâte d\u2019arriver pour voir Geneviève, et cependant il redoutait l\u2019heure décisive où il mettrait le pied sur le pavé parisien.Ce moment-là ne serait-il point terrible ?N\u2019allait-il pas soudain voir crouler ses plus chères espérances?Ou bien atteindrait-il enfin à la réalisation de son rêve heureux ?Le compagnon de Philippe, Antoine Delacour, à qui le fugitif avait confié ses craintes, essayait de le calmer, trouvant dans sa sollicitude pour le sauveur des siens, une véritable délicatesse de pensées et d\u2019expressions.Avec d\u2019infinies précautions, l\u2019ouvrier qui, en homme habitué aux mécomptes de l\u2019existence, redoutait pour le médecin une déception cruelle, l\u2019ouvrier essayait d\u2019accoutumer peu à peu son nouvel ami à cette idée qu\u2019en somme beaucoup d\u2019événements pouvaient avoir changé le coeur de Mlle de Brezolles.Outre la mort qui devait, hélas! entrer en ligne de compte \u2014 oui, il fallait tout prévoir\u2014n\u2019est-il pas sage de penser que la si longue disparition de son fiancé autorisait presque la jeune fille à se résigner, à chercher un autre compagnon d\u2019existence ?\u2014 Somme toute, insinuait doucement Antoine, il n\u2019y aurait rien d\u2019étrange à cela.Vous comprenez, si fort qu'on aime, le temps, à la longue, finit par accomplir son oeuvre d\u2019apaisement.Tout porte à croire que cette demoiselle vous suppose depuis des années défunt.Car votre aventure est si étrange, si peu commune, qu\u2019elle n\u2019a pu soupçonner un seul instant la vérité.Elle s\u2019imagine que vous avez quitté la terre bien sûr, et alors qu\u2019y aurait-il d\u2019étonnant à ce qu\u2019un beau jour elle ait accepté de se marier ?\u2014 Geneviève mariée.Jamais je ne croirai à une monstruosité semblable! se récriait violemment le pauvre amoureux.Tout, oui, j\u2019admets tout, les suppositions les plus absurdes, les plus invraisemblables, je veux bien les examiner avec vous, sauf celle-là.\u2014 Cependant, insistait le brave homme.\u2014¦ Vous ne la connaissez pas, mon ami, c\u2019est pourquoi je vous excuse de la juger aussi mal.Elle est une exception idéale sur cette terre, c\u2019est un ange, et c\u2019est en même temps la plus aimable des femmes.Ah! si vous aviez seulement entendu le son de sa voix, vous n\u2019oseriez douter d\u2019elle.Que dirai-je alors moi, moi qui ai reçu ses serments, moi à qui elle jura fidélité éternelle?.Elle m\u2019aime, elle est restée mienne malgré tous les obstacles, je vous l'affirme.et si je suis angoissé, nerveux et palpitant, ce n\u2019est point que j\u2019aie peur de la trouver unie à un autre.Non.Je ne crains que deux choses : sa mort, ou le désespoir l\u2019ayant jetée au cloître.Ah Dieu! quand serai-je délivré de cette anxiété qui me brise ?Et, livré à tous les soupçons quoi qu\u2019il en dit, éperdu, vibrant,, horriblement malheureux, Dampierre regardait d\u2019un oeil morne fuir devant lui le paysage.Enfin, le train stoppa, sous le hall de le gare de Lyon.D\u2019un commun accord, la famille Delacour, accompagnée du fugitif, chercha un logis témporai-re dans une pension de famille, boulevard des Batignolles; Dès le lendemain matin, Philippe, après une nuit d\u2019insomnies, se mît en route pour la rive gauche.Quoique pressé par les besoins de son installation, Antoine proposa au médecin de l\u2019accompagner rue de l\u2019Université, mais celui-ci refusa.\u2014 Mon, non, dit-il, vous avez trop à faire, mes amis, laissez, j'irai seul et reviendrai aussitôt vous communiquer le résultat de ma démarche.Il se peut après tout que Mlle de Brezolles ne soit point à Paris pour le moment.-\u2014 En ce cas, inutile de vous tourmenter, bon ami.Antoine avait, suivant la coutume de sa fille, prit l\u2019habitude de nommer ainsi parfois son hôte \u2014- ma femme va vous dénicher proche mon usine un gentil logement, nous achèterons « illico » des meubles, et nous mettrons chez nous le plus tôt possible, c\u2019est-à-dire d\u2019ici quelques jours.Naturellement, nous demeurerons ensemble dans le même local en attendant.Oh! ne protestez pas.ne répliquez rien, caf\u2019j\u2019ai une tête joliment dure, je ne veux pas vous écouter !.Pour Tintant, nous prenons rendez-vous à midi, n\u2019est-ce pas?c\u2019est l\u2019heure du déjeuner ?\u2014 A midi, soit, répliqua Dampierre vaincu par tant d\u2019amicale insistance.Il s\u2019éloigna pensif, et prit d\u2019un pas alourdi par l\u2019angoisse le chemin de l\u2019hôtel de Brezolles.A l\u2019heure convenu, Antoine Delacour rentra.Sa femme l\u2019attendait; elle était très contente, ayant trouvé boulevard Ornano plusieurs logements convenables et pas trop chers.Il n\u2019y avait plus qu\u2019à choisir le plus avantageux et ensuite on achèterait les meubles nécessaires.\u2014 Je ne serai bien qu\u2019une fois installée en notre chez nous, déclara Jeanne.A peine arrivée dans cet hôtel, je m\u2019y ennuie.\u2014 Oh ! les femmes ! quelles sans patience ! bougonna plaisamment l\u2019ouvrier.Puisque je te dis que c\u2019est l\u2019affaire d\u2019une semaine au pis aller.J\u2019ai vu mon futur patron.J'entre en fonctions lundi prochain, donc, nous avons juste le temps de préparer nos affaires.Mais, ce n'est pas tout ça, sais-tu si M.Dampierre est arrive ?\u2014 Je rentre seulement, je n'ai vu personne.Peut-être bien qu\u2019il est allé di- \" rectement dans sa chambre.Vas-y voir.\u2014 Je te crois, car il est midi un ' quart, et il fait rudement faim ! Antoine frappa vainement à la porte du médecin.On ne lui répondit pas.Intrigué, il poussa l\u2019huis et s\u2019aperçut que la petite pièce était vide.\u2014 Sans doute qu\u2019il a trouvé cette jeune dame.se dit l\u2019ouvrier, cherchant à se rassurer lui-même.Alors ils se seront expliqués et ça prend du temps de parier d\u2019amour.Surtout qu\u2019ils en ont joliment à se raconter, les pauvres.On va attendre encore un quart d\u2019heure et puis on déjeunera.C\u2019est égal, il m\u2019avait bleu promis de revenir.malgré tout je suis inquiet.A midi et demi Philippe n'étant pas de retour, il fallut'bien se décider à manger sans lui, Le repas fut bref et mélancolique.\u2014 Tiens, femme, dit enfin Antoine, ça me tarabuste tout plein, cette absence, et faut que j\u2019aille voir, y a pas.M.Dampierre' m\u2019a donné l'adresse de.la personne.et quoique ne connaissant pas Paris® Je saurai trouver.Avec mm langue 25 septembre 1926 Se&amtdl 25 et de bonnes jambes on va à Rome, que me disait maman.Tant pis je pars! et je te donne mon billet que je serai asses malin pour connaître la vérité sans avoir l\u2019air de rien demander à personne, *\u2014Attends à ce soir, insista Jeanne, si ce soir M.Dampierre n\u2019est pas de retour, alors, oui, informe-toi, mais à présent tu passeras pour un indiscret.\u2014* Que non pas, la bourgeoise, vu que je ne suis pas tout à fait un imbécile.Laisse-moi faire, j\u2019ai trop d\u2019inquiétude faut que je me renseigne.Et sans vouloir en écouter davantage, le père de Madeleine partit.Une heure plus tard il parvenait rue de l\u2019Université et s\u2019arrêtait devant l\u2019hôtel de Brezol-ïes.La vaste et magnifique demeure paraissait inhabitée.Les fenêtres avaient toutes leurs volets clos, seul le pavillon du concierge était ouvert, et en passant devant la croisée donnant sur la rue, Antoine aperçut derrière les rideaux de tulle à demi écartés, la silhouette d\u2019une femme, causant.\u2014 Si j\u2019osais, pensa le brave homme, je sonnerais tranquillement et ferais jaboter la femme.A la condition qu\u2019elle veuille toutefois; peut-être que mon ami est allé retrouver la demoiselle dans un de ses châteaux, à Rambouillet, par exemple, et qu\u2019il .nous .a envoyé une dépêche.Jeanne avait raison, je me suis trop pressé.N\u2019empêche que j\u2019ai beau me raconter des histoires, pour me tranquilliser, il y a au fond de moi unevoix qui me répète que ça ne va pas tout seul pour ce pauvre M.Dampierre.et ça me .tourmente dur ! Qu\u2019est-ce que je risque, au fait, de questionner la concierge ?Elle rte me mangera pas tout cru.Allons-y .Au geste d\u2019Antoine répondît le son strident d\u2019un timbre.Quelques instants plus tard, la petite porte de service s\u2019entr\u2019ou-vrit.L\u2019ouvrier se faufila à l'intérieur d\u2019une grande cour et aperçut, debout, sur le seuil de sa loge, la personne entrevu tout à l\u2019heure.\u2014 Que voulez-vous ?demanda-t-elle d\u2019un accent rébarbatif.Antoine s\u2019approcha néanmoins, tenant en mains son chapeau de feutre, et, très poliment : \u2014 Pardon, excuse, madame, fit-il, mais c\u2019est pour une affaire très pressée.Je voudrais savoir l\u2019adresse actuelle de Mme la comtesse de Brezolles.La femme, impatientée, haussa les épaules.\u2014 Mme de Brezolles est morte depuis un an, prononça-t-elle sèchement.\u2014 Ah ! c\u2019est bien fâcheux, bien fâcheux, fit Antoine interloqué par cette réponse.Ne pourriez-vous, madame, me donner alors l\u2019adresse de mademoiselle sa fille ?\u2014Je l\u2019ignore elle voyage! et puis en voilà assez ! D\u2019un geste bref, elle indiquait la porte à l\u2019intrus et, en présence de cet accueil plutôt rogue, Antoine ne put qu\u2019obéir.Interdit, très perplexe, il se demanda un moment s\u2019il ne ferait pas mieux de rentrer boulevard de Batignolles.Le sauveur de sa femme s\u2019était peut-être décidé à retourner au logis après sa démarche infructueuse.\u2014 Non, finit par se dire l\u2019ouvrier, non, il n\u2019est point à la maison, le pauvre homme.il pleure en quelque coin ses espérances déçues.Si cette portière de malheur s\u2019est montrée aussi complaisante pour lui que pour moi, je doute que le cher ami sache grand\u2019cho-se, et j\u2019ai envie, s\u2019il y a moyen, de tâcher de me renseigner un peu mieux.Des gens aussi riches que les Brezolles ça doit être connu dans le quartier.Avisant presque en face de l\u2019hôtel un établissement de marchand de vins, le père de Madeleine y entra et, s\u2019étant fait servir une consommation, tout de suite il questionna le patron de la boutique.\u2014 Pardon, monsieur! Y a-t-il longtemps que vous êtes établi ici ?Le marchand de vins, un gros réjoui, fit entendre un sonore éclat de rire.\u2014 Quelque chose comme vingt ans, monsieur, répliqua-t-il ; vous voyez que ça commence à bien faire.\u2014 Alors vous connaissez peut-être les gens à qui appartient ce bel hôtel-là, en face ?\u2014 L\u2019hôtel de Brezolles ?Parbleu, si je le connais 1 Le concierge est mon client fidèle et, dans le temps, tous les domestiques de la boîte fréquentaient ma maison.(A suivre) DANGER PERMANENT Un rhume est un danger permanent qui menace les Poumons parce qu\u2019il est souvent le point de départ d\u2019une Laryngite, d\u2019une Bronchite, d\u2019une Pneumonie, et combien de Tuberculeux se repentent d\u2019avoir négligé un rhume! Pour prévenir ces accidents, prenez les (CAPSULES) Médication Balsamique, Volatile, puissamment Antiseptique et Germicide, à base de Créosote, d\u2019Eucalyptol, de Tercbcne, de Pins Maritimes, etc.D\u2019une Efficacité Incontestable contre Toux, Rhumes, Grippe, Laryngites, Enrouements, Bronchites Se prennent \"nature\u2019' ou on peut en faire chez soi, tout aussi facilement qu'une infusion de thé, un \"Sirop\u201d, un \"Gargarisme\" pouvant servir de Dentifrice détruisant les Microbes Infectieux de la Bouche, ou en \"Inhaler\" les Vapeurs Balsamiques.Ces moyens sont clairement indiqués sur la brochure entourant le flacon.Cette Brochure est envoyée Gratuitement Prix $1,00 partout ou envoyées paf la poste.STANDARD PRODUCTS CO.\t1566, RUE SAINT-DENIS, MONTREAL La Revue des plus beaux romans d'amour ) Nos lecteurs et lectrices TROUVERONT DANS l?ï®pe | \u2022 populaire D'OCTOBRE un roman d\u2019amour des plus agréables : Far .Henry Greville Un auteur qui plaît à tout le monde! Un roman qui plaira à tout le monde! 15c LE NütVIERO BANS TOUS LES DEPOTS COUPON D'ABONNEMENT [ajJeVtle populaire Ci-inclus $l .50 pour ! an ou 75c pour 6 mois (Etats-Unis: $1.75 pour î an ou 90c pour 6 mois) d\u2019abonnement à la Revue Populaire.Nom .;.Adresse ., Ville .Prov, ou Etat .POIRIER, BESSETTE & CIE 975, rue Cadieux,\tMontreal, Canada 26 3^&amë 26 septembre 1928 (ï^oman littéraire du Samedi UN VAINCU pat JEAN DE LA BRETE RESUME DFS PRECEDENTS CHAPITRES Suzanne f'ufjrey.dix-huit ans et orpheline, est élevée par un oncle et une tante très riches et tous deux d'un caractère for! original Au sortir du couvent, elle est fiancée à un AI.Varedde, ce qui cause un grand chagrin à son ami d'enfance, Marc de Pr, ; mont, un jeune homme disgracié par la nature mais d'un très bel «venir Le four du contrat- mariage, une discussion éclate entre M Varedde, le fiancé de Suzanne, et le père de cellt-n M jeuffroy, au sujet de la dot.Suzanne, indignée, rend sa parole à M Varedde.Marc de Preymont et son ami Saver ue, un jeune peintre en promenade chez lut, en sont tous réjouis.Suzanne est libre Qui aimer a-t-elle T No 6\t(Suite) IX \u2014 Et que jamais aussi vous r/avez si mal agi : la fiancée de votre ami ! \u2014 Oh! ça, c\u2019est vrai, répondit Saverne, j\u2019ai agi comme un butor.Maintenant, vous dire que je le regrette absolument, ce serait mentir.Mais je crois qu\u2019il est urgent que je parte.\u2014 Absolument urgent, répliqua Mme de Preymont d'un ton grave, et, au cas où vous hésiteriez, j\u2019exigerais votre départ par égard pour moi et au nom d\u2019une amitié qui ne peut pas être entièrement effacée par cette rivalité.\u2014 Oh ! Dieu, je n\u2019en veux pas à Marc, répondit Saverne.Il a gagné la partie, tant mieux pour lui ! Le soir même il reprenait le chemin de Paris sans avoir rien dit qui pût confirmer ou détruire les doutes de Mme de Prey-mont.X Trois jours plus tard, Preymont, impatient de revenir en Anjou, quitta Paris par un train de nuit et descendit le matin j Saurnur, où il devait régler quelques affaires.Puis séduit par la matinée ravissante, il prit à pied la route de Saint-C.Il marchait joyeusement, le coeur léger et l\u2019esprit dispos, savourant les impressions fortes que le charme puissant et pénétrait' de !' nature donnait à s » pensée libre, La campagne, très estompée dans ses lointains -'tait voilée dans les plans les plus rapprochés d'une vapeur at.^si légère qu\u2019un tulle de soie tissé par un génie merveilleux.Sur Ips lier bes^ les buissons, un peu partout, des toiles d\u2019araignée étaient tendues et des gouttes scintillantes de rosée reposaient sur leur fin t'it hi té en vertu d'ui traité avet la Sa.-.été Cttn < tip 11 \u2018ires, torn nu nu dam h No du 21 août 1**26 tissu.Des fils de la Vierge volaient lentement dans l\u2019air si calme que des trembles, près desquels passait Preymont, ne chuchotaient même pas leur hymne habituel.Il suivit un sentier, tout au bord de l\u2019eau, passant entre des saules trapus et creux dont la vieille écorce laissait encore échapper des jets vivaces.De grandes fleurs mauves, aux tons doux et pâlis de l\u2019arrière-saison, envoyaient, avant de s\u2019effeuiller, un dernier sourire à la lumière, et, en foulant les mousses fraîches remplies de tant de vies imperceptibles, il songeait : « Vous ne m\u2019attristez plus vous tous qui vivez libres et heureux dans votre inconscience.Vieux amis, témoins discrets auxquels l'hoir,me a confié si souvent ses rêves et ses tristesses.Bientôt je viendrai avec elle vous dire que je prends part avec vous au grand banquet divin.s> En arrivant chez lui il demanda à un domestique si Mme de Preymont était sortie.\u2014 Non.monsieur; madame est dans le salon, où j'ai porté le courrier il y a une demi-heure.Preymont fit le tour de la maison et s\u2019arrêta pour admirer des asters variés qui s\u2019étaient épanouis pendant son absence.Aujourd\u2019hui, se dit-il, je lui enverrai un buisson de ces petites étoiles quelle aime.» Une des portes-fenêtres du salon largement ouverte sur le perron dont les rampes étaient re couvertes de capucines grimpantes, laissait pénétrer dans l\u2019appartement l\u2019air encore très chaud de l\u2019automne.Des mouches bourdonnaient comme au printemps, tout avait l\u2019aspect séduisant de la beauté souriante et de la vie heureuse.« Pourquoi n\u2019entre-t-eîle pas aujourd\u2019hui dans sa nouvelle demeure ?pensa-t-iî.Les choses elles-mêmes lui feraient un accueil féerique.» Il monta tranquillement les degrés du perron et, à sa profonde surprise, aperçut sa mère qui pleurait le visage caché dans ses mains.« Suzanne! iî lui est arrivée un accident.» Il entra vivement; en l'apercevant.Mme de Preymont eut un air effrayé qui acheva de confondre son fils.Instinctivement, elle fit un mouvement rapide pour cacher des lettres qui, ayant glissé de ses genoux sur le tapis, avaient frappé les yeux de Marc quand ii était entré.Mais avant qu'elle ait pu l'en empêcher il s\u2019était baissé machinalement et les avait ramassées.\u2014 Ne lis pas! c\u2019est pour moi! s'écria-t-elle.Mais ü était trop tard, car Preymont avait reconnu l\u2019écriture de Suzanne.Il écarta dou cernent sa mère : \u2014 Laissez, dit-il, je dois savoir tout ce qui la concerne.Les premières pages qui torn bèrent sous ses yepx furent une lettre de la supérieure qui écrivait à Mme de Preymont.« Madame, disait la religieuse, j'ai longtemps hésité à vous écrire, et pourtant je suivais pas à pas la marche des sentiments d\u2019une enfant dont le bonheur m'est trop cher pour oue j\u2019hésite plus longtemps.J\u2019avais d\u2019abord songé à vous expliquer moi-même la situation, sans vous imposer la douleur de lire les lettres de ma pauvre Suzanne, mais j\u2019ai pensé que vous croiriez difficilement à ma clairvoyance, et j\u2019ai le courage, que vous allez trouver bien cruel, de vous envoyer toutes les confidences de Mlle Jeuffroy.Dans sa naïve inexpérience, dirigée par un mobile généreux, elle s\u2019est trompée sur elle-même; je laisse à votre jugement.Madame, le soin de décider si une rupture ne sera pas moins douloureuse pour monsieur votre fils que le .malheur d\u2019épouser une femme qui ne l\u2019aime pas et qui, je le crains, a donné inconsciemment toute sa sympathie à un autre.Votre tendresse saura du moins amortir le choc que les circonstances, malheureusement, ne me permettent pas d\u2019adoucir pour vous.» La dernière lettre de Suzanne, écrite sans ordre, â la hâte, était î explosion de son âme bouleversée : \" Madame et amie, depuis ce matin je suis tellement troublée, désolée, que je ne sais si je pourrai vous dire tout ce que je pense.tout ce que je sens M.Saverne, dont je vous ai parlé l\u2019année dernière sans vous rien dissimuler de mes sentiments est venu me voir.Si j\u2019ignorais complète-ment son arrivée, j\u2019ignorais encore plus pourquoi il venait.Il m aime, il me l\u2019a dit ! comment dire ce que j\u2019ai éprouvé ?.Un sentiment désolé dominait mes autres sentiments et une lumière subite dissipait l'obscurité dans laquelle je me débats depuis quelque temps.Ces mots d\u2019amour, ces mots charmants.malgré moi ils me ravissaient prononcés par lui, tandis qu\u2019ils m\u2019attristent et m\u2019ef-frayent prononcés par un autre.Pourquoi, lorsque je compare, me semble-t-il presque ridicule d écouter Marc me dire des paroles de tendresse passionnée ?Pourquoi, pourquoi ne puts-je dimer celui qui m\u2019aime tant ?.Son intelligence est remarquable, son coeur si bon que le mien est navré quand je pense que jamais plus, il me semblé, je ne pourrai croire à la sincérité de ma propre (Suite à h page28) Çesl un excellent remède pour ces maux.UN VAINCU (Suite de h page 26) affection.Que faire?que devenir?Pour fier au monde je ne voudrais le tromper et, en même temps, je n'ai ni le droit ni le désir de détruire le bonheur que j\u2019ai promis.Mon espoir, c\u2019est que, une fois encore, je me trompe Sut més nouveaux sentiments, car, au début de nos fiançailles, je n'étais pas la même.Et moi, Madame, qui croyais si facile d\u2019agir toujours dans la vie d\u2019après la règle inflexible de ma droiture, voilà où j\u2019en suis! Dites un mot qui me rassure sur moi-même.Mon imagination de jeune fille m\u2019a tant de fois égarée.tant de fois je me suis trompée que je me remets entre vos mains.Ici personne ne peut ni me comprendre ni me diriger.Et cependant ne broyez pas que j\u2019aie l\u2019idée de revenir sur un engagement que je considère comme définitif : ma parole est donnée et bien donnée.Hélas ! que de contradictions! Dites-moi que le trouble actuel n\u2019est rien; dites, je vous en conjure, qu\u2019il est impossible que je prenne en aversion un homme qui m\u2019aime si ardemment.C\u2019est impossible, n\u2019est-ce pas ?S\u2019il n\u2019était encore que mon ami, comme cette sorte d\u2019antipathie, que j'aperçois depuis quelque temps avec effroi, disparaîtrait promptement ! Démêlez le vrai et le faux, Madame, tendez la main à l\u2019enfant que vous avez toujours tant affectionnée.« Suzanne.» Un morne, un pesant silence régnait dans le salon.Une guêpe le rompit un instant par son bourdonnement aigu, puis s'échappa après un vol capricieux que les yeux de Preymont suivirent machinalement.Mme de Preymont, terrifiée, regardait son fils.De grosses gouttes de sueur roulaient sur son visage, et sa main tremblante avait laissé échapper la dernière lettre.Il semblait terrassé, et son coeur écrasé ne trouvait même pas un cri.Elle lui parla, mais il ne l\u2019entendit pas, Alors, s\u2019approchant de lui, elle l\u2019entoura de ses bras en murmurant : \u2014 Marc, dis un mot, je t\u2019en supplie ! Cette caresse brisa son impassibilité, et il répondit d\u2019une voix faible : \u2014 Qui parle?que dit-on?., qu\u2019elle m\u2019aimait peut-être !.Et, au son de sa voix, revenant complètement à lui, il pressa son front de ses deux mains en s\u2019écriant : ¦\u2014 Oh ! que je hais la vie !.Le même profond silence succéda à ce cri qui, dans une douleur suprême, était le résumé de toutes les douleurs cachées d'une existence.Mme de Preymont, sans force pour parler, était avec son visage angoissé, la personnification de la souffrance.Poux la première fois, peut-être, un sentiment de révolte altérait sa foi robuste.Mais ce fut une ride sur une eau profonde et calme, et, devant sa profonde impuissance, une prière ardente s\u2019échappa secrètement de son coeur pour le fils frappé.Devina-t-il une pensée qui, malgré lui, avait souvent avivé son irritation?Mais, tout à coup, il laissa déborder la.fougue de son amertume.\u2014-Oh! cette affreuse fatalité de la vie! s\u2019écria-t-il.Où est donc la bonté qui en régit les lois?Quand, enfant, on vous dit que Dieu est bon, vous croyez cela.mais vous croyez parce que vous êtes heureux! Amère dérision des mots et des choses !.Il avait retrouvé soudain toute l\u2019amertume de son adolescence et de sa jeunesse.Elle n\u2019était qu\u2019à l\u2019état latent dans «ne âme que le travail et l\u2019énergie avaient maintenue dans l\u2019ordre, du moins extérieurement, Des phrases emportées se pressaient rapides sur ses lèvres; jamais il n\u2019avait laissé parler aussi ouvertement les sentiments secrets qui l\u2019avaient souvent étouffé, et il éprouvait un âpre soulagement à briser dans ses transports les digues que sa volonté avait construites.Mme de Preymont, sentant que cette violence était un bien, n\u2019essayait pas d\u2019arrêter les paroles révoltées de son fils; mais, abîmée dans sa douleur, elle pleurait autant sur le passé dont elle sondait les misères devinées ou entrevues que sur le malheur qui balayait brutalement tant d\u2019espérances.Cédant à un nouveau mouvement, il s'approcha d\u2019elle et dit en lui prenant la main : \u2014 Pauvre mère.pardonne, mais je suis si malheureux ! Il prononça ces mots d'un voix brisée et très bas, humilié de son aveu ou craignant de ne plus se dominer.C\u2019est ce qui arriva, et des sanglots déchirèrent sa poitrine.D\u2019un bras caressant, elle le retint près d\u2019elle, comme autrefois quand, dans son enfance, alors que l\u2019expérience et l\u2019énergie ne lui avaient pas encore appris à maîtriser son premier mouvement il venait lui raconter, en pleurant d\u2019angoisse et de colère, les humiliations qu'il avait subies.Mais ce moment d\u2019abandon fut court, et il recouvra une sorte de sang-froid pour relever la lettre de Suzanne et dire d\u2019un ton saccadé ; \u2014¦ Elle est sur le point de me prendre en horreur !.si le mot n\u2019est pas écrit, il est pensé.A quoi sert de se donner tout entier! L\u2019homme le plus misérable connaît la douceur d\u2019être aimé.moi, ce n\u2019est même pas de la pitié que j\u2019inspire, c\u2019est de l\u2019aversion.\u2014Donne-moi cette lettre, dit Mme de Preymont en cherchant à la lui prendre.\u2014 Croyez-vous donc, répondit-il avec emportement, qu\u2019elle n\u2019est pas pour toujours gravée dans ma mémoire?Laissez-moi.j\u2019en aurai peut-être besoin.Il allait s\u2019asseoir à l\u2019extrémité du salon et, pendant des heures, ne desserra pas les lèvres.De temps en temps il se levait pour marcher fébrilement, puis, revenant se jeter sur sa chaise, il regardait vaguement devant lui.Inquiète de son mutisme, sa mère essaya de le faire parler, mais i! agita la main avec impatience et ne répondit pas.Ses sourcils contractés, l\u2019altération de ses traits, disaient dans quelle lutte il se débattait.Mme de Preymont, qui avait repris assez possession d\u2019elle-même pour voir nettement la marche à sut- ¦ vre, attendait avec anxiété qu\u2019il abordât le terrain brûlant.\u2014 Je vais aller la trouver! dit-il enfin d\u2019une voix brève.Inquiète, elle répondît vive-ment : \u2014 C\u2019est moi qui dois faire la démarche; c\u2019est moi qui dois lui dire qu\u2019elle est libre.Mais, elle s\u2019était trompée sur les sentiments qui agitaient son fils, car, au mot de libre, il s\u2019écria ¦' avec colère ; \u2014 Libre ! de quelle liberté parlez-vous ?Elle est à moi ! Elle mêjne îe dit : elle ne reviendra pas sur la parole donnée, et moi, je ne la lui rendrai jamais, jamais ! \u2014 La passion t\u2019égare, répondit Mme de Preymont doucement, mais avec la fermeté qu\u2019elle avait toujours en face d\u2019un de-voir nécessaire.Tu dois lui reri-dre sa parole.\u2014 Et donner Suzanne à Saver- ¦ ne ! s\u2019écria-t-il violemment.Quoi i ¦ ma mère, vous qui ave* tout fait pour que mon amour se développe.vous qui avez encouragé m» ¦ espérances, vous enfin qui savez que cette passion est ma vie, vous venez me dire qu\u2019il faut renoncer 25 septembre 1926 Sk'&amsdi' 29 au bonheur sur un caprice, d\u2019une imagination de jeune fille un peu romanesque, Les brouillards qui obscurcissent son esprit et son coeur se dissiperont au premier pas qu\u2019elle fera dans la vie réelle.Mais sa voix devenait hésitante, car il parlait contre une conviction secrète, le roman avait été dans l'étrange croyance qu\u2019il pouvait être, aimé, et il lisait sur le visage de Mme de Preymont .que les mêmes pensées l\u2019agitaient.Elle se disait en effet que son amour pour son fils avait altéré gon jugement, et qu\u2019elle avait cherché dans les exceptions un encouragement à ses désirs.Elle posa la main sur les bras ; de Preymont et lui dit- : \u2014 Je t\u2019en prie, Marc, laisse-moi agir, , ce sera mieux pour toi et pour elle, \u2014 Elle !.répliqua-t-il en frappant du pied.Qu\u2019importe, elle ! Il est bon qu'elle souffre de la douleur d\u2019un homme qui son caprice réduit au désespoir.¦\u2014Du moins, attends à demain.tu ne te possèdes pas.\u2014 L\u2019attente m\u2019exaspère ! répondit-il brièvement.Il partit brusquement et marcha comme, un fou jusqu\u2019au manoir, Mais, au Heu d\u2019entrer immédiatement,.il descendit au bord du fieqve, comprenant la nécessité de recouvrer un calme relatif.Où était le moment béni où, d\u2019une voix tendre, elle lui avait promis sa foi?Où était l\u2019homme enivré qu\u2019il avait un instant connu?Repoussé violemment en arrière, les semaines heureuses n\u2019étaient plus pour lui qu\u2019un mirage, Joie, paix, bonheur, tout était fini, et il était rejeté brutalement dans le pays solitaire d\u2019où il s\u2019était enfui.Pourquoi avait-il cru?Pourquoi n\u2019avait-il pas cédé à la raison qui lui avait fait entrevoir la vérité?Questions et ¦\tpensées.'., tourbillonnaient sans qu i! pût s\u2019arrêter sur un point principal.Ses efforts tendaient à chercher la façon dont il allait ¦\taborder Suzanne.Il préparait des phrases.mais les abandonnait aussitôt pour se laisser envahir par une torpeur, qu\u2019il ne pouvait secouer.Au milieu du vide de sa pensée, il se surprît à songer à des faits insignifiants ou à examiner avec un intérêt puéril les mouvements lents d\u2019un bateau dont la voile refusait de se gonfler sous la brise trop faible.Mais tout à coup il remonta en courant au manoir, et â la porte du parc il rencontra M.Jeuffroy.\u2022\u2014 Quelle singulière figure, Preymont! Est-ce que vous êtes malade ?\u2014 Ce n\u2019est rien,.Où est Suzanne?J\u2019ai besoin de lui parler, de la voir seule.\u2014 En partant, je l\u2019ai aperçue assise à la fenêtre du salon.Qu\u2019avez-voùs, mon cher ?Vous avez l\u2019air.Mais j\u2019y pense, s\u2019écria-t-il avec effroi, vous étiez à Paris pour affaires, est-ce que vous êtes ruiné ?\u2014 Pis que cela! répondit Preymont qui passa rapidement devant lui et s\u2019élança dans les jardins.\u2014 Pis que cela! répéta M.Jeuffroy.Il est bon!.Pourquoi tient-il tant à être seul avec ma fille?Parbleu! quelque querelle d\u2019amoureux ! son air et sa grande phrase le prouvent.Les quelques mots échangés avec M.Jeuffroy avaient fait du bien à Preymont en rompant îe charme qui, paralysant sa pensée, le tenait en quelque sorte éloigné du moment présent.La lettre de Suzanne à la main, il entra avec calme dans le salon où la jeune fille était assise d\u2019un air abattu.L\u2019attention de Preymont étant maintenant éveillée, il vit combien elle avait maigri depuis le jour où ils s\u2019étaient fiancés, et que son visage portait les signes d\u2019une extrême lassitude morale.Mais cette remarque et la tristesse de Suzanne ne firent que l\u2019exaspérer.Il s\u2019avança vers elle, la regarda un instant sans parler et, brusquement, lui mit la lettre dans la main.Elle se leva lentement en le regardant d\u2019un air éperdu.\u2014 Comment!.balbutia-t-elle.\u2014 Envoyée à ma mère, répondit-il laconiquement.Suzanne crut pendant un moment qu\u2019elle allait s\u2019évanouir.Tous les objets tournaient autour d\u2019elle, et, pour ne pas tomber, elle s\u2019appuya lourdement au dossier d'une chaise.\u2014 Quel affreux abus de confiance ! murmura -1 - elle avec consternation.\u2014 Abus de confiance! répéta-t-il d\u2019un ton acerbe.A quoi pensez-vous?Cette femme ne veut pas que vous soyez malheureuse en épousant l\u2019homme à qui vous avez promis tant d'affection.Elle est logique.L\u2019expression de Preymont épouvanta Suzanne, qui, remise de son étourdissement, mais n\u2019osant parler, attendit avec une angoisse indicible ce qu\u2019il allait dire, Il était debout, en face d\u2019elle, respirant difficilement et cher- chant des mots pour s\u2019exprimer.\u2014 Cette lettre.cette lettre odieuse, commença-t-il.Enfin, que s\u2019est-il passé?que vous a-t-il dit?je veux le savoir de vous-même.\u2014 Qu'il m\u2019aimait, répondit-elle avec effort et très bas.Mais il ne savait pas d\u2019abord que j\u2019étais fiancée.\u2014 Le bel obstacle pour lui ! s\u2019écria Preymont.Suis-je un enfant pour croire que c\u2019est tout?Après vous avoir ravie par ces paroles qui vous ont semblé si douces à entendre, il vous aura dit, sans doute, que vous couriez au-devant du malheur, qu\u2019on n\u2019aimait pas un homme comme moi, que ce mariage vous couvrait de ridicule et que votre pitié vous égarait ?\u2014 Pour qui me prenez-vous ?répondit Mlle Jeuffroy en faisant un pas vers lui.Marc, vous vous méprenez et sur lui et sur moi.\u2014 Il ne me manque plus, s\u2019écria Preymont en fureur, que de vous entendre le défendre! Suzanne, effrayée, se tut devant cet homme hors de lui dont la colère était avivée par îe moindre mot.Et, bouleversée elle-même, c\u2019était bien inutilement qu\u2019elle essayait de reprendre du sang-froid.Mais elle avait toujours l\u2019attitude pleine de grâce, de dignité qui lui était habituelle ,et Preymont la contemplait avec désespoir.\u2014 Qui sait ?dit-il ironiquement, vous avez peut-être écrit cette lettre avec l\u2019espoir de ce qui arrive maintenant ! Peut - être avez-vous cru que j\u2019allais être assez imbécile pour vous jeter dans les bras d\u2019un autre ?A ces mots, Mlle Jeuffroy, dans un transport d\u2019indignation, s\u2019écria : \u2014 Prenez garde à ce que vous dites, Marc, et sachez bien que ni la colère ni la douleur n\u2019excusent à mes yeux une lâche insulte.\u2014 Ah! s\u2019écria Preymont en lui saisissant le poignet, il vous sied bien de prendre un air offensé!.relisez votre lettre.Suzanne se dégagea doucement.Elle savait bien qu\u2019il avait le droit de l\u2019accabler, qu\u2019elle ne pouvait se défendre, et, cachant son visage dans une de ses mains, elle pleura.Ses larmes et son attitude humiliées troublèrent Preymont Longtemps il resta silencieux, puis il dit d\u2019une voix si changée qu\u2019elle leva les yeux pour voir si c\u2019était bien lui qui parlait : \u2014 C\u2019est vous qui êtes venue à moi.C\u2019est vous qui m\u2019avez pro-(Suite à la page 30) NO ET GORGES OEUVRES m CATARRHE! Des centaines de nez et dé \u2019gorges dans tout le Canada et les Etats-Unis ont été délivrés du Catarrhe el de son cortège d\u2019ennuis de toutes sortes.Ces nez et gorges étaient très mai\u2014du moins quelques-uns.Us ennuyaient leurs propriétaires depuis très longtemps, Les nez s\u2019étaient bouchés \u2014des croûtes formées\u2014du mucus s\u2019était amassé que le malade devait expectorer dans son mouchoir continuellement.Ce mucus visqueux et purulent tombe du nez dans la gorge qu\u2019il écorche et blesse, avec une sensation continuelle de chatouillement des plus désagréables.Pas besoin de s'étonner si les yeux qui vont de pair avec ces nez et ces gorges, sont faibles et nagent dans l'eau \u2014 si i\u2019haleine est infecte et si le sens de J odorat s\u2019émousse ^raxitt-ellsruent.Mais combien ces nez et ces gorges ont changé grâce à la Méthode de Traitement inventée par le Spécialiste du Catarrhe Sp rouie, 376 Corn hi U Building, Boston.Ils sont redevenus ces portions du corps claires, douces et si utiles, remplissant !« rô\u2019e assigné par le Créateur.Tout le dégoûtant mucus a disparu parce qu\u2019il n\u2019y a plus d\u2019inflammation et de germes du Catarrhe pour le causer.Les ÿeux, le nez, la gorge sont devenus libres et clairs.Ces ennuyeuses sensations de lassitude ont disparu \u2014 et les malades guéris rencontrent leurs amis le sourire aux lèvres et ne se demandent plus quelles complications vont résulter de leur Catarrhe.Consultation Gratuite sur VOTRE Nez et Gorge Voulez-vous savoir comment VOTRE nez et votre gorge seront débarrassés de ce Catarrhe?Répondez simplement à ces questions, notant te oui ou le non au fur et à mesure que vous lirez le questionnaire.Mettez votre adresse, vos nom et prénoms et envoyez par la poste au Bureau du Spécialiste SRroule.Avez-vous la gorge au vif?Eternuez-vous souvent?Votre baleine est-elle infecte?Avez-vous les yeux mouillés?Prenez-vous facilement le rhume?Avez-vous le nez bouché?Crachez-vous souvent?Des croûtes se forment-elles dans votre nez?Souffrez-vous beaucoup de Vhumidité?Vous moucbez-vous fréquemment?Perdez-vous l'odorat?Avez-vous mauvaise bouche le matin?Avez-vous une sensation de malaise dans la fête?Avez-vous à vous nettoyer la gorge au lever?Avez-vous dans la gorge une sensation de cbatouil-Du mucus vous tombe-t-il du nez?\t[lemènt?Ce mucus vous tombe-t-il dans la gorge?NOM ET PRENOMS .ADRESSE Le Spécialiste Sprou'e s\u2019occupe de débarrasser les nez et les gorges de l\u2019inflammation de la membrane muqueuse appelée\u2014le Catarrhe\u2014depuis 30 ans, après avoir étudié et gradué à l\u2019Université de Dublin, Irlande.Quiconque s\u2019occupe d\u2019un travail depuis 30 ans sait ce qu\u2019il dit, et il vous dit: \u201cSi votre nez ou votre gorge sont devenus des victimes du( Catarrhe, prenez conseil et soignez-vous sans délai.Vous regretterez d'avoir retardé.** Quand arriveront vos réponses aux questions ci-dessus, il vous sera envoyé un conseil Gratuit sur la manière de vous débarrasser le nez et la gorge du Catarrhe, suivant votre cas particulier.II n'y a pas de raisons pour que VOTRE nez et votre gorge n\u2019appartiennent pas à une personne heureuse: faites comme des centaines d\u2019autres, délivrez-vous du Catarrhe, Ne tardez pas un instant, écrivez tout de suite.Considérez combien le Catarrhe affecte votre nez et votre gorge et prenez les moyens de rendre à ces organes toute leur force.Ecrivez en français ou en anglais.Répondez dès maintenant et envoyez vos réponses au: SPECIALISTE DU CATARRHE SPROULE 376, Cornhili Building,\tBoston, Mas». 30 & Samedi * 28 septembre 1925 GRATIS Embellissez votre Poitrine GRATIS .en 25 jours\t-\u2014\u2014- Toutes les Femmes doivent être belles, et toutes peuvent l\u2019être grâce au Réformateur Myrriam Dubreuil.Succès assuré en 25 jours Avoit i .'.f fvfie poitrine, être grosse, rétablir vos -nerfs, cela en 25 jours, avec le Réformateur Myrriam Dubreuil, approuvé par les meilleurs médecins, Les chairs se raffermissent et se tonifient, la poitrine prend une forme parfaite sous Vÿftion bienfaisante du Réformateur.Il mérite la plus entière confiance, car il est le résultat de longues ¦ tudes conscient \u2022 uses.LE REFORMATEUR MYRRIAM DUBREUIL est un produit naturel, possédant la propriété de raffermir et de dér < lopper la poitrine, en même temps que, sous son action, se comblent les creux des épaules.Seul produit véritablement sérieux, garanti absolument mofjenstf, bienfaisant poui la santé générale.Le Réformateur est très bon pour les personnes maigres et nerveuses.Convenant aussi bien à la jeune fille qu'à la femme, dont la Pot-trine a perdu sa forme harmonieuse par suite de maladies, ou qui nétait pas développée LE REFORMATEUR MYRRIAM DUBREUIL jouit ^dans le monde médical d\u2019une renommée; 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Je vais avec toi; laisse-moi t\u2019accompagner.\u2014 Je veux être seul, répondit-il d?un air sombre, votre présence elle-même me ferait du mal.Mais, comprenant à son regard plein d\u2019effroi quelle était sa pensée, il reprit : \u2014 Rassurez-vous.je vous donne ma parole d\u2019honneur que je vivrai.Il écrivit rapidement quelques mots a M.Jeuffroy, et s\u2019asseyant ensuite près de Mme de Preymont-, il lui dit : \u2014 Je ne reviendrai ici que lorsque Je serai sûr de ne pas rencontrer Suzanne.Je vous la confie, ma pauvre mère; je redoute pour elle la colère de M.Jeuffroy: elle aura besoin de vous.\u2014 C\u2019est trop me demander, répondit Mme de Preymont avec amertume, je ne veux ni la revoir, ni m'occuper d\u2019elle.Il ne dit rien tout d\u2019abord ; ce ne fut qu\u2019après un silence prolongé pendant lequel, en pensée, il se penchait encore avec irritation, amour, colère et tendresse sur une femme en pleurs, qu\u2019il répondit d\u2019une voix basse et émue : \u2014 C'est que vous ne l\u2019avez pas pas vue pleurer !.Au moment de monter en voiture, il revint à ses recommanda-tions.\u2014 Protégez-îa; écoutez plutôt votre jugement que votre coeur froissé; mais, quand vous m\u2019écrirez, ne me parlez jamais d\u2019elle.excepté quand tout sera fini, je veux savoir.Sans terminer sa phrase, il ouvrit la portière et, un instant après, il partait enveloppé d\u2019une nuit tellement épaisse qu\u2019il avait perdu jusqu\u2019à la faculté de voir en lui-même.Restée seule, Suzanne, au désespoir du mal qu\u2019elle avait fait, ne parvenait pas à se calmer.Ne songeant ni à elle, ni à la nécessité d\u2019apprendre à son père une rupture qui devait amener une scène dont l\u2019attente l\u2019eût terrifiée dans un autre moment, toutes ses pensées étaient au malheureux qu\u2019elle avait trompé, et tout son courage s\u2019évanouissait devant le remords.Elle regardait avec angoisse autour d\u2019elle, car, se sentant brisée, elle eût voulu que des bras affectueux l\u2019entourassent comme un enfant malade et sans force.« Je n\u2019aurai plus jamais ni paix ni joie; comment a-t-il eu le courage de me dire que je serai heureuse de ma délivrance !.» Ces mots, prononcés tout haut, la frappèrent singulièrement.Jusque-là elle n\u2019avait pas songé à la liberté reconquise, mais une impression, qui ressemblait à de la honte, empourpra subitement son visage, car elle était obligée de convenir que M.de Preymont avait eu raison et que, en dépit de son profond chagrin, ce mot de délivrance allégeait sa pensée d\u2019un grand poids.Cette découverte ne fit qu\u2019augmenter ses remords et sa surexcitation.Mlle Constance la trouva marchant avec une agitation fébrile et la fièvre dans les yeux, \u2014 Ce que vous désiriez est arrivé, ma tante, lui dit-elle d\u2019une voix brève, mon mariage est rompu.\u2014 Comment !.qu\u2019est-ce que tu veux dire?Pourquoi as-tu cet air singulier ?\u2014 Je n\u2019épouserai pas Marc de Preymont, répéta Suzanne en criant un peu, c\u2019est fini, il ne reviendra pas.J\u2019ai agi, ma tante, comme une femme sans coeur et sans foi.Mais Mlle Constance, transportée de joie, se souciant fort peu de la parole jurée, serra sa nièce dans ses bras en s\u2019écriant : \u2014 Oh ! mon enfant, est-ce possible?que je suis heureuse !.je n\u2019osais plus croire à un pareil bonheur.Dans un mouvement répulsif, Suzanne s\u2019éloigna d\u2019elle en disant : __Si vous l\u2019aviez vu, si vous l\u2019aviez entendu, vous ne parleriez pas de bonheur dans ce moment-ci.Ne me répétez pas que vous êtes heureuse, dit-elle en.pleurant, vous me faites un mal affreux.Comment ne comprenez-vous pas tout ce que je souffre d\u2019avoir tant fait souffrir ! Partagé entre une joie qu\u2019elle ne pouvait dissimuler et l\u2019inquiétude que lui causait la grande agitation de sa nièce, Mlle Constance répondit en hésitant : \u2014 Il se consolera, ma chère enfant, tous les hommes se consolent.\u2014 Emmenez-moi loin d\u2019ici, ma tante, s\u2019écria Suzanne, partons ensemble ; emmenez-moi n\u2019importe où, loin de ce pays où j\u2019ai été si malheureuse ! \u2014 Si malheureuse ! répéta Mlle Constance désolée.Ma chère enfant, si je pouvais te donner tout ce que tu désirais.Partons dès demain, si tu veux, nous irons où tu voudras, je,., Mais un pas dans le vestibule l\u2019empêcha de continuer sa phrase.\u2014 C\u2019est ton père, dit-elle agitée; sait-il?.\u2014 Rien ! répondit Suzanne, mais qu\u2019importe, tout m\u2019est égal ! Néanmoins elles attendirent, le coeur battant d\u2019anxiété, l\u2019arrivée de M.Jeuffroy.Il entra le chapeau sur la tête et l\u2019air de bonne humeur.Depuis qu\u2019il avait découvert l\u2019esprit pratique de sa fille, il l\u2019avait en grande considération et lui manifestait plus d\u2019affection.\u2014 Eh bien , Suzanne, dit-il gaiement, et cette querelle d\u2019amoureux, où en êtes-vous ?.\u2014 Comment.vous savez?dit Mlle Jeuffroy hésitante.\u2014 J\u2019ai rencontré Preymont qui avait la plus drôle de figure et qui voulait être seul avec toi, d\u2019où j\u2019ai conclu que vous alliez vous quereller.pour n\u2019en être que mieux ensemble un instant après.Mlle Constance regarda sa nièce avec inquiétude, mais Suzanne, que son ébranlement moral poussait à ne reculer devant rien, répondit : \u2014 Ce n\u2019est pas une querelle, mon père, mais une séparation.\u2014 Oui, connu!., séparation de quelques heures.Il chercha tranquillement son journal et s\u2019installa à sa place favorite; puis, étonné du silence qui l\u2019accueillait, il leva les yeux, et remarquant alors l\u2019agitation de sa fille qu\u2019il avait à peine regardée en entrant, il dit brusquement : \u2014 Ah çà.ce n\u2019est pas sérieux, j\u2019imagine ?(Suite à la page 32) Frottez votre front endolori avec le réconfortant et ra-fralchijsant BAUME BENGUÉ.Il dégage la congestion et procure un soula- gemen t tpstantsïié* ÏI n 7 * rien cia tel contre tout malaise on deo-leur.Des millions d'êtres boui- grement rapide* Poor échantillon S ratait Envoyez 10c.poor couvrir les frais d\u2019empaquetage et de poste à The Leeming Miles Qo.Ltd., Montréal.11 Les cuisines Clark vous aideront** 13^/1 délicieuses Isoupes Clark ^\tY compris.Tomate\tJulienne Queue de Boeuf Consommé Légumes\tPoule Toutes les Soupes Clark à la viande portent la légende \u201cCanada Approved\u201d \u2014Cherchez - la sur l'étiquette - c\u2019est une réelle garantie.En Vente Partout W.CLARK LIMITED.MONTREAL, PA ST.REMi, P.Q., ET HARROW, ONT.Fabricants des célèbres Fèves au Lard Clark.Gratis pour ceux qui souffrent de F asthme et de la fièvre des foins Essai gratuit d\u2019une Méthode que tou* peuvent suivre sans contrariété ni perte de temps.Nous possédons une Méthode pour enrayer l'Asthme et nous désirons que vous en fassiez l'essai à nos frais.Que votre cas soit déjà avancé ou qu\u2019il soit tout récent, que vous ayez l'asthme ou la fièvre des foins à l\u2019état chronique, peu importe, c\u2019est dans votre intérêt de faire venir un Essai gratuit de notre méthode.Quels que soient le pays où vous viviez, votre âge ou votre occupation, si vous souffrez de l'Asthme ou de la Fièvre des foins, notre méthode vous guérira promptement.Nous désirons particulièrement' l\u2019envoyer à ceux dont le cas paraît désespéré, qui ont déjà essayé, mais en vain, toutes les formes d\u2019inhalations, de douches, de préparations à base d'opium, de vapeurs, de \u201cfumées brevetées\u201d, etc.Nous voulons prouver, à nos frais, que notre méthode peut debarrasser de la courte haleine, de la respiration oppressée ou sifflante, de tous ces terribles paroxysmes.Cette offre gratuite est trop importante pour être négligée un seul jour.Ecrivez dès maintenant et commencez tout de suite à suivre cette méthode.N\u2019envoyez pas d'argent.Expédiez simplement le coupon ci-dessous, Faites-k aujourd\u2019hui \u2014 vous ne payez même pas les frais de poste.COUPON D'ESSAI GRATUIT FRONTIER ASTHMA CO., Room 1998-D Niagara and Hudson Sts., Buffalo, N.Y.Veuillez envoyer un essai gratuit de votre méthode à: 32 &$
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