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Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
Supplément 2
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
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Le samedi, 1901-09, Collections de BAnQ.

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[" Vol.XIII.Noll) LE SAMEDI 7f>r> FEUILLETON DU \"SAMEDI\u201d, 21 SEPTEMBRE 2901 Marie - Jeanne OU LA FEMME DU PEUPLE HUITIÈME PARTIE CHAPITRE 111 \u2014 LA LETTRE (Suite) Tout d\u2019abord, la gouvernante avait éprouvé de la surprise en croyant reconnaître l\u2019écriture de Robert Maurel.Pendant quelques minutes elle avait hésité à s\u2019en rapporter à ses souvenirs.Après avoir bien regardé cette écriture et en avoir étudié très attentivement la forme des caractères, elle acquit la conviction que c\u2019était, de tout point, la même écriture déjà vue sur la lettre remise, autrefois, par elle à la comtesse de Bussières.C\u2019était comme on sait, celle qu\u2019avait écrite Appyani en imitant, à s\u2019y méprendre, l\u2019écriture et la signature de Robert Maurel.Un instant ébranlée dans sa conviction, en attendant le docteur affirmer qu\u2019il avait appris la mort de ce \" Robert Maurel \", Charlotte avait fait appel à ses souvenirs qui, elle était obligée do l\u2019avouer elle-même, se trouvaient de nature à confirmer ce que venait de lui dire le docteur Appyani concernant la mort de Robert Maurel.Elle se rappelait, en effet, l\u2019émotion qu\u2019elle avait éprouvée en remettant cette lettre à Mme de Bussières.Tout d\u2019abord, elle avait supposé que c\u2019étaient des nouvelles de M.Danglemont qui arrivaient, et elle avait attendu, anxieuse, pendant que la comtesse décachetait la lettre.Mme de Bussières avait, tout de suite, jeté un coup d\u2019œil sur la signature.Et c\u2019est alors qu\u2019elle avait pu voir que cette lettre était signée du nom de Robert Maurel.En effet, à peine avait-elle lu ce nom et parcouru les premières lignes, que la comtesse avait poussé un cri et, laissant échapper la lettre, était allée, en chancelant, s\u2019affaisser sur un fauteuil.Charlotte s\u2019était empressée de ramasser la lettre dont elle n\u2019avait eu que le temps de lire la signature avant de remettre le feuillet de papier à Mme de Bussières qui revenait à elle après une courte défaillance.lia gouvernante avait alors espéré ({lie sa maîtresse, qui toujours lui confiait l\u2019objet de ses tourments, les préoccupations et les ennuis qu\u2019elle pouvait avoir, lui ferait part dans cette circonstance du contenu de cette lettre qui l\u2019avait si fort impressionnée.Mais dérogeant, cette fois, à des habitudes qui dataient de son adolescence, Mme de Bussières avait gardé pour elle la cause de la violente émotion qu\u2019elle venait d\u2019éprouver.Toutefois Charlotte tira, de ce qu\u2019elle venait de voir, cette conclusion que la lettre devait bien annoncer quelque grave nouvelle, peut-être même un affreux malheur, pour que la comtesse en eût ressenti un choc aussi terrible.Ce qui confirma la gouvernante dans cette opinion, ce fut le chagrin que Mme de Bussières ne put parvenir à cacher, même en présence du docteur Appyani.En outre, Charlotte l\u2019avait vue, après le départ du médecin, aller s\u2019enfermer dans sa chambre et s\u2019y tenir enfermée pendant une partie de la journée, sans doute, avait-elle pensé, pour s\u2019abandonner à une douleur pour laquelle elle ne voulait pas de témoins.Certes, la pensée lui était bien venue d\u2019essayer de consoler celle dont elle devinait l\u2019affliction profonde.Son dévouement et son affection pour sa maîtresse l\u2019y autorisaient.Mais elle avait été retenue en voyant que la comtesse, après être sortie de sa chambre, avait cherché à éviter d\u2019être interrogée.Depuis, elle avait souvent réfléchi à cette douleur de la comtesse et cette supposition lui était souvent revenue à la pensée, quand elle se rappelait par qui la lettre avait été signée : \" Il l\u2019aimait et comme elle était perdue pour lui, il n\u2019a pas voulu continuer à vivre avec le désespoir dans le cœur ! \" Est-ce qu\u2019elle n\u2019avait pas vu commencer cette passion, par des amours d\u2019enfants ?N\u2019avait-elle pas accompagné la comtesse lorsque celle-ci, le jour même de son mariage, avait demandé un rendez-vous à Marie-Jeanne ?Et lorsque Mme de Bussières était venue la rejoindre à l\u2019endroit où elle l\u2019avait priée de l\u2019attendre, n\u2019avait-olle pas remarqué l\u2019expression de douleur empreinte sur son visage ?'fous ces souvenirs lui revenaient à présent pour lui faire interpréter le chagrin éprouvé par la comtesse à la lecture de la lottre signée Robert Maurel, comme un suprême et funèbre hommage rendu au souvenir d\u2019un mort aimé.Oui, un mort ! Car elle avait eu le pressentiment que Robert Maurel avait mis fin à ses jours.Depuis, quand elle voyait sa maîtresso s'isoler, vaincue par do sombres souvenirs, elle se disait : \" Elle pense à ses chers morts ! \" faisant ainsi allusion au comte de Bussières et à Robert Maurel.Aussi son premier mouvement, lorsqu\u2019elle avait cru reconnaître l'écriture de ce dernier sur le pli apporté par l\u2019officier de marine, avait été un mouvement de surprise joyeuse.Il n\u2019était donc pas mort comme elle en avait eu le pressentiment.S\u2019il écrivait de nouveau, après un silence aussi prolongé, ce ne pouvait être, pensait-elle, que pour annoncer une bonne nouvelle, son retour, peut-être ?Elle aussi, mue par un tout autre sentiment, par exemple, que celui dont était animé le docteur, avait hâte de savoir ce que pouvait écrire Robert Maurel à la comtesse de Bussières.Et cette fois elle se promettait bien de ne pas observer la mémo discrétion (pic le jour où elle avait re1110'sieur le docteur, je puis vous dire cela, maintenant que je sais (pie vous allez devenir le mari de madame.Eh bien ! depuis quelque temps déjà, Mme de B assiéras est rodev nue triée et inquiète comme elle I était pen lant la maladie de M.le comte.\" Elle s enferme dans sa chambre, seule, pendant U-.s h.-.uivs et cela sitôt que monsieur le docteur est parti.Et puis j ai bien remarqué qua lorsqu\u2019elle sortait de n.cmmibro elle avait les yeux.comme quand ou a beaucoup pleuré.\" C est bien sûr le chagrin qu« lui cause l\u2019él bd \u2022\t.M ine-Jeanne qu elle aime et qu'allé s\u2019était si eonli F.-im-nfc if.\t,i elles étaient toutes deux fillettes !.\" Aussi, monsieur le docteur, 1* plus beau cadeau de n-eca un-vous pourriez Un faire, ce serait de lui ramener M uhe-Jeum ri'- \"\tqu il y a do l\u2019espoir pour cette pauvre f mime > l eapèoe ! répondit Appyani impatient de s'-.m aller.\u2019 El Charlotte ?.Est-ce (pie vous ne voudriez mis ïasoipn r émotion madame ,6 8ache?-\u201d 'Lilian-la h- vieu lervit.fr avec » Excusez-moi si je vous retiens à vous pari, r d cela, , onai< m* le docteur.mais je profite de l\u2019occasion pendant-que nous sommes seuls.Et il y a longtemps que je voulais : faire, m iis je n\u2019osais pas .J avais peur de m\u2019être trompé en croyant avoir rcmsr.iué de.! agitation, même de l\u2019irritation de la colère chez Charlotte! fcmmeAà i****81 k°,mo\u2019 car e cst 1® dévouement même que celte E P^,aJ,as Leu 'l'! s\u2019alarmer, François, r-pondit le docteur.F'as encore toutefois !.Et à moins d\u2019unu complicâtiou que.j-.ne nuis prévoir, nous aurons le temps de combattre cet état m.r veux que vous avez remarqué, comme je l\u2019ai remarqué moi-mônm ! insista Appyani.Ah ! je suis content, bien content de se que vous ms dites là monsieur le docteur, pour lui ouvrir ]it.porto B se tint f-ur le palier pondant qa\u2019Appyani doseeniait précipitamment 1 escalier.\t1\t1 Et d se disait à lui-même, ce brave vieux serviteur : \u2014Quel excellent homme!.Ali ! Mme la comt isse no pouvait pas trouver mieux pour remplacer M.le comte ! tu-», hochant la lête d\u2019un air do compassion : , \"T11 la\u2019^ ljle\" 'i'10 cette pauvre Charlotte ne soit plus dens sou état normal, pour avoir pris en grippe un si hounête homme lajoi .\" û,lllin\u2019 h l\u2019-iut opérer que ce ne sera pas toujours comme en et que nous en aurons fini avec tous les malheur; qui -ont arrivés i< i coup sur coup, et en si peu de temps ! Ces quelques mots produisaient sur le misérable, si confiant en son étoile, 1 effet d un arrêt de mort sur l\u2019accusé qui a compté sur un acquittement.L\u2019hornme qui n\u2019avait reculé devant rien et dont l\u2019audace avait égalé le cynisme, subissait à présent une sensation de torpeur et de découragement.I\tms io.it à coup il s\u2019accrocha à un vague espoir, \u2014 ce dernier espoir do 1 homme qui se sent perdu et dont la pensée tourbillonne.Si! a était trompé! si cette écriture n\u2019était pas celle de son ennemi !\t1 v \u2022'\u2022eSiüfcliti?ll°8\tn° Pouvaicnt-elles pas, après tout, appartenir A n ('.lient Appjcani alla à la signature, et ce dernier espoir s\u2019évanouit aussitôt.\t.C était bien Robert Maurel qui avait tracé ces lignes : \" j cous éef s sous la dictée de M.Danglcmont.11 Maintenant qu\u2019il' ne pouvait plus douter que le hasard eût réuni ces deux hommes, Appyani se ressaisit, comme le lutteur renversé so redresse pour prendre sa revanche.Au surplus, n\u2019était-ce pas pour lui une chance miraculeuse qu\u2019il se soit trouvé là, à point nommé, pour reprendre la lettre ?II\tla lirait donc, cette lettre, non plus avec terreur, mais froide-m ni, quoi qu\u2019elle puisse lui.apprendre, et avec la ferme volonté de iUUit energiquement pour la réussite de ses projets.Alors, tout à fait maître de lui-même, Appyani reprit la lecture interrompue.Des qu il eut quitte 1 hotel Danglemont, A ppyani, n\u2019ayant plus à \u201c\tmT1Dc11\u20190\u2019 a!ssa 80 déchaîner la violente agitation qu\u2019il loi avait fallu contenir devant les domestiques d i Mme de Bu-sières duinïchëz In!™ PremièrC V°iUU'° l*UÎ Vint a Pasaer\u2019 11 80\t«>n- r\tS UIH 8U donner le temps de la réflexion, sans se demander I c es pmn o-uent.etre, plus tard, les conséquences do l\u2019acte qu\u2019il U !l l'nnien'e\u2019 \u2019 r .\u201cauter lo cachüt de la lettre dont il se mit à lue avidement les premières lignes.Mais, aussitôt la stupéfaction lit, chez lui, place à la co\u2019ère et ii demeura anéanti.\t1\t1 Il venait de lire cette phrase par laquelle Robert Maure! commençait sa lettre à Mme do Bussières.\" Je vous écris sous la dictée de M.Danglemont.h °n s- rappelle (|ue M.Danglemont, Robert Maurel et le Malouin u valent réussi à gagner Saint-Louis du Sénégal, dans l\u2019espoir qu\u2019il ,vir ferait iacile de ho faire rappatrier par les soins du gouverneur (h.s possessions françaises dans cette partie do l\u2019Afriqne.dais AI.Danglemont et Robert Maurel n\u2019était pas encore au bout de leur tribulations.,\thd-rntle meilleur acceuil, lo gouverneur, se retran- dermeres des ordres précis et rigoureux, s\u2019excusa de ne pouvoir autoriser le common huit d\u2019un aviso de l\u2019Etat, qui allait ro retourner on h rance, à les prendre comme passagers à son bord.- Je me doutais pien que ça nous arriverais, mille millions de tonii .'riva ! s écria le Malouin, lorsque, au gouverneur, et ses deux compagnons lui eurent fait part de leur déconvenue.\" Four moi, on aurait pu faire une exception, ajouta le vieux manu ; j.j suis un matelot naufragé !.J\u2019ai droit au passage à bord deH navires de l'Etat, pour me faire rapatrier.Et je suis sûr que que le gouverneur sera de cet avis !.Eh bien! il faut profiter de l\u2019occasion, mon ami ! dit M Dan-glemonb.\u2014Ah ! ça no serait fichtre pas à faire ! s\u2019exclama le Malouin, ((uan i ou est en bonne compagnie on ne s\u2019en va pas les uns sans les s ures.Non, pour rien au monde je ne vous quitterai, après tous les mauvais jours que nous avons passé ensemble !.\" Lu moment quo vous ne pouvez pas partir avec moi,\u2014ic reste avec vous !\t* 1) ail leur, qu est-ce qui m\u2019attend dans ma cambuse ?.La misè-u\u2018 puisque j ai laissé à bord de la Diana tout ce que je possédais \u2014quelques hardes et quelques sous !.\" CG 'i111 1110 i-este, c\u2019est-à-dire rien du tout, je suis tout ,Uîri bu;\u201c c ans.un endroit que dans un autre ! ajouta d\u2019un tou de mélancolie le vieux matelot.Rus, se rappelant avec quelle anxiété ses deux compagnons avaient attendu le moment de retourner en France, le Malouin se proposa pour aller s\u2019informer s\u2019il n\u2019y aurait pas quelque navire en pai tance, smon pour la France, au moins à destination de quelque port d Espagne ou d\u2019Angleterre.lit comme ses deux compagnons voulaient l\u2019accompagner.\u2014 Non ; vous avez besoin de vous reposer, leur dit-il.Il ne sWi-V\"1 1 ;ls ,de tomber malade ici !.Ce serait le cas de dire qu\u2019on échouerait au port!.\tJ , Efc> vous voilà prévenus : rien de plus facile que d\u2019an-noncer votre arrivée en France, soit directement, soit par Lisbonne.M.Danglemont remercia chaudement le vieux marin.Fuis, s\u2019adressant à Robert Maurel : No\u201c8 110nH présenter demain nos remerciements au capitaine et en meme temps nous lui remettrons une lettre pour la comtesse de Bussières.\" J ar exemple, ajouta M.Danglemont, vous serez obligé de me servir de secrétaire, car je souffre encore de la blessure que je me suis faite à la main droite, pendant les derniers jours de 'notre voyage.En apprenant que c\u2019était à lui qu\u2019allait incomber d\u2019écrire la lettre que brait Mme de Bussières, Robert Maurel ne put réprimer l\u2019impression violente qu\u2019il éprouvait.M.Danglemont s\u2019en aperçut et confirma son désir par ces mots : \u2014J y tiens 1.J\u2019y tiens essentiellement ! \u2014Allons tout est pour le mieux ! exclama le Malouin avec une fient' °nant \u2019 a cttre ^era Pendre patience à ceux qui vous atten- La chose convenue, il s\u2019agissait maintenant de savoir en quels termes on écrirait a la comtesse de Bussières, afin de ne pas trop 1 épouvanter et, cependant, de lui dire ce quelle aurait à faire, en attendant le retour de M.Danglemont.Le Malouin comprit qu\u2019il devait, par discrétion, laisser ses deux compagnons passer la soirée en tête à tête.-Messieurs, dit-il, j ai à vous demander la permission de \" tirer une bordée,\" comme on dit entre matelots.J ai promis à quelques marins de l\u2019aviso d\u2019aller fumer une pipe avec eux, ce soir, sur le quai ! \"Ai-je la permission de dix heures ?demanda-t-il en riant.Et comme il se retirait, accompagné jusqu\u2019à la porte par Robert, if se tourna vers ce dernier pour lui dire à voix basse : Ça vous suffira pour écrire votre lettre, monsieur Maurel.M.Danglemont et Robert Maurel n\u2019eurent pas trop des instants de tete-à-tete que leur avait ménagé le Malouin, pour arrêter les termes de la lettre à adresser à la comtesse de Bussières.S\u2019il neût écouté que son indignation, M.Danglemont eut, sans détours et sans précautions, démasqué Appyani et ordonné à la tesse de le iaire jeter dehors par ses domestiques.Mais c eût été provoquer chez la comtesse une émotion trop vio-lonto, pensait Robert Maurel, ne prenant en cela conseil que de sa sollicitude pour la malheureuse femme dont la sensibilité avait été mise à de si rudes épreuves.H gagna, à son avis M.Danglemont à qui il fit entendre que la comtesse n\u2019aurait pas l'énergie nécessaire pour prendre une résolution qu\u2019assurément le fourbe tenterait de combattre.\u2014Je me rends à votre avis, Robert, répondit M.Danglemont, mais ce n est pas par crainte d un manque d\u2019énergie chez Sophie 1 '¦ Ai-je besoin de vous rappeler ce qu\u2019il lui a fallu de courage dans une circonstance.douloureuse !\tb lout en s y prenant de façon à ne pas trop épouvanter la comtesse, il fallait empêcher \u2014 en attendant qu\u2019on pût lui dire exactement la vérité \u2014 quelle ne devînt la dupe ou la victime d\u2019Appyani.f Aussi chaque idée proposée était-elle mûrement pesée avant qu\u2019on n en arretnt les termes ; on pesait chaque mot avant de construire définitivement la phrase.Mais, malgré les manifestations de leurs sentiments pour la destinataire de la lettre et des retours fréquents à l\u2019indignation et à la coleie péniblement combattues et refoulées,M.Danglemont et Robert Mauiel avaient, au moins, la consolation de se dire que, sous peu de jouis, la comtesse de Bussières aurait de leurs nouvelles et qu\u2019elle allait attendre avec anxiété leur retour.Et au moment même où ces deux hommes étaient pleins de confiance, après avoir subi les plus violentes angoisses, Appyani avait amené la veuve du comte de Bussières à lui laire la promesse de contracter une nouvelle union et il l'avait décidée à ne point attendre le retour de son père ! Satisfaits d avoir réussi à trouver une formule pour la lettre dont ils attendaient le résultat, avec confiance, ils avaient hâte de voir arriver 1 heure où ils la confieraient aux bons soins de l\u2019officier qui s était si gracieusement mis à leur disposition pour le faire parvenir à son adresse.Le retour de Malouin fut accueilli par eux avec une bonne humeur que le vieux marin n\u2019était pas habitué à rencontrer chez ses deux compagnons.11 n en fallait pas davantage pour mettre en joie le brave Breton, de ne Puis vous annoncer que vous allez avoir un vrai succès, demain, à bord de l\u2019aviso ! s\u2019exclama-t-il en faisant tomber sur son pouce la cendre de sa pipe.\" ǰus, depuis le capitaine jusqu\u2019au petit mousse, vous attendent avec impatience !.11 .On n en ferait pas plus pour des princes du sang ! Et c\u2019est bien justice: il n y a pas beaucoup de princes qui aient passé par où nous venons de passer, tous les trois !.\" ^e s°û\u2019 encore, il m\u2019a fallu recommencer, pour les matelots, le récit que j\u2019avais déjà fait pour leurs officiers.Et la soirée s\u2019acheva sur cette impression.Le lendemain M.Danglemont vit arriver un aspirant de marine chargé de lui remettre, de la part du commandant de l\u2019aviso, une invitation à déjeuner pour lui et Robert Maurel.Ee Malouin qui s\u2019était par discrétion retiré au fond de la pièce, riait sous cape.Et lorsque M.Danglemont, répondant tant en son nom qu\u2019au nom de Robert Maurel, eut prié le jeune officier de présenter ses remerciements au capitaine de l\u2019aviso et de lui exprimer sa gratitude pour 1 attention dont il était l\u2019objet, le Breton ne cessait de se frotter les mains pour manifester sa joie.-Je savais que Ion vous ménageait cette surprise, messieurs !ne put-il s empecher de s écrier.J\u2019étais dans le secret, depuis hier soir.Et moi, dit le jeune officier, je suis chargé de vou° inviter aussi.Moi ?balbutia le Malouin tout ému ! moi, un simple matelot.\u2014Vous êtes attendu à déjeuner par ceux qui ont passé la soirée d hier avec vous !.,\tEt j irai avec plaisir, avec bonheur, mille millions de tonnerres ! s exclama le vieux marin.\" Déjeuner à bord !.Il y a si longtemps que ça ne m\u2019est arrivé ! .\u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 .Le capitaine de 1 aviso avait envoyé l\u2019aspirant chargé de ramasser avec lui les invités.Lejeune officier annonça à ceux-ci qu\u2019il était à leurs ordres pour les conduire à bord.Ah ! mille millions de tonnerres, glapit le Malouin, je crois que ni les uns ni les autres nous n\u2019avons envie de nons faire prier, pas vrai monsieur Maurel ?m Alors, en route ! ajouta joyeusement le Malouin en courant ouvrir la porte.\" J aurais bien voulu faire un bout de toilette ; mais je porte toute ma garde-robe sur moi, pour l\u2019instant ! L\u2019aspirant de marine sortit le premier, sur l\u2019invitation de M.Danglemont.Puis le Malouin s\u2019effaçant pour laisser passer Robert, lui dit à voix basse : .Voici une bonne journée, monsieur Maurel !.En mettant le pied sur l\u2019aviso, c\u2019est comme si vous le mettiez sur un petit morceau de la France !.I\tn grand nombre de personnes s\u2019étaient portées sur le quai pour voir embarquer les trois hommes que leur odyssée, dès qu\u2019elle avait été connue, avait fait l\u2019objet d\u2019une curiosité sympathique.On se découvrait, sur le passage, pour saluer en eux des compatriotes dont on était fier, après avoir appris l\u2019énergie et la persévérance qu\u2019ils avaient dû déployer pour sortir, sains et saufs, des épreuves inouïes qu\u2019ils avaient subies.Les matelots, à leur arrivée, se mirent debout dans l\u2019embarcation et les reçurent, en tenant les rames en l\u2019air, juscfü\u2019à ce qu\u2019ils se fussent assis à l\u2019arrière, aux places d\u2019honner.L aspirant donna le signal au quartier-maître de timonerie qui tenait le gouvernail.Au coup de sifflet, les, avirons tombèrent avec une précision remarquable, et le canot s éloigna, accompagné par les acclamations de la foule assemblée sur le quai.A bord de 1 aviso, tous les matelots qui n\u2019étaient pas de service se tenaient, les uns sur les vergues, les autres sur le gaillard d\u2019avant, pour attendre les invités de leur capitaine.Cet officier supérieur s était porté au-devant de ses invités et les attendait en haut de l\u2019escalier.II\tles accueillit avec des paroles de bienvenue.Le déjeuner était servi et l\u2019on se mit à table aussitôt.La conversation roula, naturellement, sur des étonnantes aventures de trois Français.Le capitaine renouvela l\u2019expression des regrets qu\u2019il avait déjà LE SAMEDI manifestés de ne pouvoir prendre M.Danglemontet Robert Maurel comme passagers.De nouveau il se mit à leur disposition pour faire parvenir de leurs nouvelles à leurs familles.\u2014J\u2019accepte et avec la plus grande reconnaissance, répondit M.Danglemont, on tirant de sa poche la lettre qu\u2019il avait fait écrire par Robert.Il la présenta au capitaine qui lut la suspription : A MA DAM K LA COMTESSE DE l'.USSI ÈRES, à l\u2019hôtel DANGLEMONT, 35, rue des Mat burins.Paris.-\u2014Cette lettre est donc pour Paris ?s\u2019exclama le commandant de l\u2019aviso.\u2014Oui, mon commandant ! répondit M.Danglomont.je vous serais reconnaissant de vouloir bien la mettre à la poste au port de débarquement.\u2014Mieux ([lie cela, monsieur, dit le capitaine.Si vous n\u2019y voyez pas d\u2019inconvénient, cette lettre sera portée à sa destination.Et s\u2019adressant au jeune aspirant qu\u2019il avait désigné pour chercher ses invités, il ajouta : \u2014Vous vous en chargerez volontiers, je suppose, monsieur de Sutères ?\u2014Avec le plus grand plaisir, mon commandant.Le capitaine reprit, s\u2019adressant cette fois à M.Danglemont : \u2014M.de Sutères doit effectivement, passer par Paris pour se rendre dans la ville qu\u2019habite Mme de Sutères, sa mère.\" Je sais avec quelle impatience il attend le moment d\u2019aller embrasser cette excellente mère.Il ne restera à Paris, j\u2019en suis certain, que juste le temps d\u2019aller remettre la lettre que vous lui confiez.\u2014Et dont je le remercie de vouloir bien se charger ! Alors le capitaine, se tournant vers Robert, lui dit : \u2014N\u2019avez-vous pas aussi une lettre à faire parvenir à votre famille, monsieur Maurel ?lui demanda-t-il.\u2014Je n\u2019ai pas de famille, mon commandant ! répondit Robert avec une simplicité sous laquelle il dissimulait son émotion.Puis se repi'enant-: \u2014M.Danglemont a été mon tuteur.\tt \u2014Et Mme de Bussières, ma fille, recevra avec bonheur de vos nouvelles, mon ami ! prononça M.Danglomont.Et voilà comment il se fit que l\u2019officier, n\u2019ayant pas rencontré la comtesse, au moment où il so présentait à l\u2019hôtel Danglemont, avait remis la lettre à François.Qui eût dit à Robert Maurel que cette lettre ne parviendrait pas à son adresse et qu\u2019elle était destinée à tomber entre les mains du misérable Appyani ?Après les quelques lignes, par lesquelles Robert Maurel annonçait à la comtesse de Bussières qu\u2019il écrivait sous la dictée de son père, la lettre se continuait comme si c\u2019était été M.Danglemont qui eût tenu la plume.ii Je regrette amèrement, mon enfant, de m\u2019être laissé entraîner à prolonger ce voyage qui m\u2019a tenu, pendant si longtemps, séparé de toi ! \" La fatalité qui n\u2019a cessé de me poursuivre depuis, me retient encore loin de Paris, en ce moment où il serait si nécessaire que tu fusses entourée de ma sollicitude paternelle.\" Il est indispensable, en effet, que par ma présence, je puisse mettre un terme aux inquiétudes qui ne cessent, j\u2019en ai la certitude, d\u2019assiéger ton esprit.H Je ne veux pas réveiller ton ailliction en te parlant de la perte que tu as faite ; cependant il faut bien que je te dise que ce malheur te laisse sans un soutien réel.\" Je revendique cette qualité et je ne veux céder à personne le droit de veiller sur toi et de prendre soin de tes intérêts ainsi que de ceux de ton fils.\" Je sais que ces premières lignes vont te causer une extrême surprise, dans l\u2019impossibilité où tu seras, tout d\u2019abord, de soupçonner le motif qui les a dictées.ii Dans tes dernières lettres, tu me parlais de tes intentions concernant l\u2019avenir ; certes je n\u2019eusse vu aucun inconvénient à ce que tu prennes en considération, je ne dirai pas la dernière volonté de ton mari, mais le vœu formulé par lui, au moment suprême de quitter la vie.Oui, je me fusse incliné devant son désir et me serais, par mon consentement à ton mariage, associé à cette touchante manifestation de respect pour la mémoire de celui qui n\u2019est plus.11 Fort heureusement, j\u2019ai pu à temps voir clair dans une ténébreuse machination ourdie contre toi ; et je viens te dire avec fermeté : \" Je te défends de prendre aucun engagement avant mon 11 retour ! \" » Je te défends de te marier ! 7 f>9 \" Au surplus, achève la lecture de cette lettre et tu comprendras pourquoi je te parle ainsi.h Je ne voudrais pas t\u2019alarmer trop vivement : mais il est urgent que je te prémunisse contre le danger qui te menace.h Dieu veuille que ma lettre arrive à temps pour empêcher une terrible catastrophe.\" Le péril est imminent et j\u2019ai le devoir de te parler sans détours et sans réticences.|| Ton infortuné mari a laissé, auprès de toi, un homme qu\u2019il considérait comme l\u2019ami le plus dévoué, un ami en qui il avait une entière confiance, et qu\u2019il croyait sincèrement attaché à lui et aux siens ! \" Moi-même, j\u2019avais accueilli cet homme et lui avais donné, dans la famille, une place que l\u2019on n\u2019accorde qu\u2019aux amis éprouvés.\" Eh bien, cet homme n\u2019est, je le sais à n\u2019en plus douter aujourd\u2019hui, qu\u2019un misérable.\" Le docteur Appyani est un de ces êtres infâmes qui, une fois qu\u2019ils ont prémédité un crime, en poursuivent sans relâche la perpétration.\u2018I Ce que je viens de t\u2019apprendre ne repose pas, tu en es convaincue, je pense, sur de simples présomptions.\u2018I L\u2019accusation que je formule contre Appyani s\u2019étaye sur des preuves que je te ferai connaître plus tard.\" Toutefois, il est de mon devoir de te dévoiler la source de mes renseignements.ii II me suffira de nommer Robert Maurel.Tu ne saurais te faire une idée de l\u2019anxiété qui nous dévore l'un et l\u2019autre, et à laquelle nous resterons en proie jusqu\u2019à notre retour en France ; des angoisses que nous ne cesserons de subir jusqu\u2019au moment où nous serons certains que tu n\u2019es plus en danger ! \" Oui, c\u2019est de Robert Maurel que je tiens les renseignements sur les monstruosités dont Appyani s\u2019est rendu coupable.\" C\u2019e9t lui qui, en me communiquant les craintes qu\u2019il a conçues à ton sujet, a fait passer dans mon âme sa haine pour le misérable fourbe, pour le criminel aux attentats duquel nous te savons exposée ! \" Bénis la Providence, comme je l\u2019ai bénie moi-même, de m\u2019avoir fait retrouver Robert Maurel.\" Il faut voir, dans cette rencontre presque miraculeuse, la volonté de Dieu de te préserver d\u2019un malheur qui nous eût frappés tous ! || Miraculeuse, en effet, est cette rencontre en pleine mer, après une effroyable tempête et au moment même où j\u2019allais infailliblement périr.» Si je te revois, ma fille chérie, c\u2019est à Robert que je le devrai.\" Il nous aura ainsi sauvés tous les deux ! \" Robert Maurel avait quitté Paris pour n\u2019y jamais retourner ; s\u2019il s\u2019est décidé à revenir sur ses intentions, c\u2019est uniquement afin d\u2019accomplir une mission qu\u2019il s\u2019est donnée.» Je ne veux pas insister sur l\u2019affection et le dévouement quo j\u2019ai rencontrés en lui.|| Tu pourras bientôt, je l\u2019espère, apprécier par toi-même les nobles sentiments dont il s\u2019est inspiré pour se décider à me faire part des intentions qu\u2019il avait cru devoir me cacher autrefois.\" Je t\u2019ai dit ou, du moins, je t\u2019ai fait pressentir l\u2019infamie du misérable auquel tu devais t\u2019unir.Dénuée de preuves, Beule, sans appui à l\u2019heure présente, il te sera impossible do le chasser de ta maison.\u201c Peut-être même y aurait-il pour toi grand danger à le faire.\" Mais tu dois, il faut à tout prix, gagner du temps et différer jusqu\u2019à notre arrivée en France l\u2019accomplissement do mariage.\u2018I Tu allégueras ton inébranlable volonté, maintenant que tu as reçu de mes nouvelles, d\u2019attendre mon retour auprès de toi, et, une fois arrivés, Robert Maurel et moi, nous nous chargerons de te débarrasser à jamais de cet odieux criminel.\" La suite de cette lettre avait trait au voyage qu\u2019allaient entreprendre M.Danglemont et Robert Maurel, en prenant passage à bord du paquebot faisant le service régulier entre Saint-Louis du Sénégal et la France.Malheureusement, comme ils allaient être soumis au caprico du vent, ils ne pouvaient indiquer qu\u2019approximativement le temps qu\u2019ils resteraient en mer.M.Danglemont ajoutait : \" Au moment de clore cette lettre, j\u2019autorise celui qui a bien voulu me tenir lieu de secrétaire, à y ajouter quelques lignes.\" Robert Maurel avait donc écrit le post-scriptum suivant : \" Madame, la Providence n\u2019a pas voulu que je puisse tenir le serment que je vous avais fait et que je m\u2019étais fait à moi-même !.|| En m\u2019inclinant devant sa volonté suprême, soyez persuadée que je ne sors de l\u2019ombre que contraint par la nécessité d\u2019accomplir une mission.|| J\u2019y rentrerai, de nouveau, après l\u2019avoir accomplie, avec l\u2019aide de Dieu ! \" Je n\u2019ai rien à ajouter à ce que M.votre père m\u2019a dicté, si ce n\u2019est, madame, que je m\u2019autorise de mon attachement à votre famillo, Hii.i 700 le samedi !ZVrrt0rtC|r dc ?pas VÛUH aband°nner à la douleur que la latic de M.Danglemont va certainement provoquer en vous : \" Après les compliments d\u2019usage, Robert Maurel avait mis son nom au bas du post-scriptum.,\tP™ connaissance jusqu\u2019au bout de cette lettre dont chaque I nase le stigmatisait Appyani, loin dc s\u2019émouvoir, ne songea qu\u2019à utihseï le temps qu il avait encore devant lui, alin que ifs deux hommes qui espéraient si bien arriver à temps pour protéger la CW'1On'ilHdl/'US'SieiH H?tl'°\"vf88ent en Présence cFun lait accompli.Lu ils bénissent tant qu il leur plaira leur providence elle arrivera trop tard, on admettant môme qu\u2019elle se décide à intervenir i.s exclama le sceptique.\t' Puis, rentré chez lui, il se mit à réfléchir à ce qu\u2019il devait faire au sujet de la lettre qu il s\u2019était fait remettre par Charlotte.dm sou troublo il n\u2019avait eu qu\u2019uno pensée : savoir ce que Robert .lain cl écrivait a la comtesse do JBussicres.Il lui avait fallu cette lettro coûte que coûte, et il l\u2019avait volée sans se demander ce qui pourrait arriver plus tard Mais à présent qu\u2019il réllécl.issait, il se rendait compte de l\u2019embar-îas dans lequel allait se trouver Charlotte, lorsque Mme de Bus-sieies lui îeclamcraib le pli qu\u2019on lui avait confié pour elle La comtesse s informerait auprès de François et de la nourrice et iïn absence.tlU°\u2019 ^ \u2019 \u2019\u2019 ftVttit pai'U à PhôteJ Danglemont* pendant Certes elle ne le soupçonnerait pas d\u2019avoir dérobé la lettre à la ;>v»i(> néaumoins «rrfter dWcfta» \u201e cansf 1 * IUUa à dl, °' H1\u2019 par hasftrd> Charlotte le mettait en s\u2019avomiiM 'iHlw, ^°y°a de 1\u2019emPêchf> mais il lui serait difficile, s avouait-t-ild employer sa puissance de suggestion sur ¦.le sujet » Il était donc indispensable qu\u2019il trouvât autre chose pour parer ,IMU'\u2019 HU CaH °'1 la comtesse insisterait, ce quittait piobable, pour qu on ne retiouvât la lettre égarée.\t1 Appyani se demanda alors s\u2019il ne serait pas habile de sa part de auy e .m.vep à la phice du pli envoyé par M.Danglemont, une utic quil écnidit lm-memo, en contrefaisant son écriture sans toutefois muter celle de Robert Maurel.\t\u2019 sans Il signerait cette lettre de n\u2019importe quel nom, comme si elle eût tT ri \u201c T 1,8\tqui, ayant appS» à l\u2019fanî condolianceàlâ^mc C\u201cS'ir0lt latd,™\u201c8\u201ct compliments de intérêts1\"^0\"\u2019 80 dibait*il\u2019 dai\u2019raDger l\u2019affaire, au mieux de ses Excellent moyen surtout dc confirmer dans l'esprit de la comtesse et dans celui de r rançois, la supposition qui leur était venue à tous \u2019 'juo la gouvernante était, depuis quelque temps, sujette à d inexplicables absences de mémoire.\td , U,\u201c f
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