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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1985-06, Collections de BAnQ.

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[" NATIONALE Volume LXXIV, numéro 10, juin 1985 ÉMILE BOUVIER, S.J., PH.D.en économique 1906-1985 La Ligue d\u2019Action Nationale Président: François-Albert Angers Vice-président: Ruth Paradis Secrétaire: Gérard Turcotte Trésorier: Charles Poirier Directeurs: Richard Arès René Blanchard Paul-André Boucher Jacques Boulay Guy Bouthillier Michel Brochu Louise Collin-Brochu Marcel Chaput Roger Duhamel Claude Duguay Pierre Dupuis Jean Genest Yvon Groulx Anna Lagacé-Normand Marcel Laflamme Jean-Marc Léger Delmas Lévesque Denis Monière Jean-Marcel Paquette Gilles Rhéaume Léonard Roy André Thibaudeau Pierre Trépanier Claude Trottier Action nationale revue d\u2019information nationale qui lutte pour l\u2019indépendance du Québec Fondation Esdras Minville société recueillant des fonds destinés à des activités nationales Clubs de la République association de jeunes réunis pour préparer l\u2019indépendance du Québec Éditions françaises société de publication de dossiers destinés à un cercle de lecteurs abonnés Enquête nationale recherche par des spécialistes sur l\u2019avenir constitutionnel du Québec Assises nationales convocation des forces vives du Québec pour réaliser la cohésion nécessaire 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 (514)-845-8533 l\u2019Action NATIONALE Volume LXXIV, numéro 10, juin 1985 TABLE DES MATIÈRES JEAN GENEST:\tLe père Émile Bouvier, S.J.(1906-1985).967 MICHEL BRUNET:\tLe Québec: une histoire qui commence au XVIe siècle .\t977 BERNARD GAUTHIER:\tGagnon, ville de la Côte-Nord .\t983 MICHEL BRUNET:\tFormation et engagements.\t989 SSJB de Sherbrooke:\tUne politique familiale.996 JACQUES POISSON : Aux sources du désarmement idéologique.1009 MICHEL BROCHU:\tL\u2019électroduc transatlantique- 1019 MICHEL BRUNET:\tLionel Groulx, 1878-1967 .1022 MARIO\tMunicipalité régionale VÉRONNEAU:\tdu comté de Coaticook.1026 LETTRES: Aux Sociétés nationales, par SNQ-Centre du Québec.1033 à Marcel Laflamme, par M.Jean-Claude Tardif.1036 Réponse de M.Marcel Laflamme.1041 de M.François Leduc.1042 de M.Léandre Fradet, sur l\u2019esprit de parti.1044 DOCUMENT: Des garanties constitutionnelles pour le français, par Le Conseil de la langue française.1047 Lettre de la Délégation Wallonie-Bruxelles, à La Presse .1052 HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE de Montréal Elle fait partie du Mouvement national des Québécois 962 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019ACTION NATIONALE revue d\u2019information nationale Directeur: JEAN GENEST Photographe: Paul HAMEL Collaborateurs: Patrick Allen François-Albert Angers Viateur Beaupré René Blanchard Odina Boutet Guy Bouthillier Claude Collin Roger Duhamel Jean-Baptiste Giroux André Joyal Pierre-André Julien Marcel Laflamme Delmas Lévesque Jeannine McNeil Denis Monière François Morneau Gilles Rhéaume Jean-D.Robillard Abonnement: Québec, Canada Autres pays Abonnement de soutien 1 an\t2 ans (10 numéros) (20 numéros) $25.00\t$45.00 30.00\t50.00 35.00 Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans l\u2019Index des périodiques canadiens, publication de l\u2019Association canadienne des bibliothèques dans Périodex publié par la Centrale des Bibliothèques et dans Radar, répertoire analytique d\u2019articles de revues du Québec, publié par la Bibliothèque nationale du Québec.Prière de joindre à toute correspondance relative au service de la revue le numéro-code figurant sur la dernière adresse d\u2019envoi.82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 845-8533 ISSN-0001-7469 ISBN-2-89070 Dépôt légal: Bibliothèque nationale, 2'ème semestre 1981 Courrier de la deuxième classe Enregistrement numéro 1162 L\u2019ACTION NATIONALE 963 L\u2019ASSURANCE-VIE DESJARDINS GRANDITAVEC CEUX QU ELLE PROTEGE.Sa croissance reflète celle des caisses populaires et d'économie, celle des entreprises dont elle assure le personnel, celle des gens qui réalisent des projets et savent l'importance de la sécurité financière.L'Assurance-vie Desjardins a diversifié ses services pour mieux répondre aux besoins de tous ses assurés.Elle protège l'épargnant ou l'emprunteur de la caisse, les membres de centaines de groupes et des milliers d'autres personnes qui ont recours aux services de ses assureurs-vie.Elle met à la portée de toutes les bourses une protection financière qui répond aux besoins de chacun.L'Assurance-vie Desjardins grandit avec tous ses assurés pour mieux les servir à un meilleur coût.Assurance-vie Desjardins 964 L\u2019ACTION NATIONALE LE LAMINOIR ENR.IMPRESSION DE L EXE JEAN-GUY DUPUIS IMPRESSION LUXOR CARTE D\u2019AFFAIRES, ETC.BENOÎT DUPUIS POUR DU BEAU TRAVAIL BIEN FAIT CHEZ NOUS FRANÇOIS DUPUIS, RELIEUR RELIURE A R TI SAN A LE ET COMMER CIA LE 251, RUE LARAMÉE HULL \u2014 QUÉBEC \u2014 J8Y 2Z4 (819) 777-0321 Tél.: (418)658-9966 Télex: 051-31726 Guy Bertrand AVOCAT Tremblay, Bertrand, Morisset, Bois, Mignault et Ass.1195, Avenue Lavigerie, suite 200 Ste-Foy (Québec) G1V 4N3 LAINE PAUL GRENIER ENR.Spécialité laine du Québec 2301 est, rue Fleury Montréal H2B 1K8 388-9154 Dr JEAN-CHARLES CLAVEAU Clinique de pédiatrie Chicoutimi Québec L\u2019ACTION NATIONALE 965 W FE noua i/etceur (noria) 'Podium BOTANIX ^s\\ 966 L\u2019ACTION NATIONALE revue ^ critère Comité de rédaction: Roger Sylvestre, directeur, Guy H.Allard, Marc-Fernand Archambault, Claude Gagnon, Lise Noël, Louise Poissant.Dernières parutions: No 34\u2022.L\u2019après-crise économique et sociale, automne 1982, 175 p.No 35: Z, \u2019après-crise culturelle et politique, printemps 1983, 286 p.No 36: Le nouveau paysage mythique\u2014/.automne 1983, 188p.Noll.Le nouveau paysage mythique \u2014 2, printemps 1984, 180p.No 38: De la guerre \u2014 I, automne 1984, 317 p.No 39: De la guerre \u2014 II, printemps 1985, 258 p.Secrétariat et administration: Jacqueline Davignon, Revue Critère, Collège Ahuntsic, 9155, rue Saint-Hubert, Montréal, H2M 1Y8 Tél.: 389-9068 CLAUDE-PIERRE VIGEANT traducteur et publiciste 604, rue Waterloo London \u2014 Ontario N6B2R3 BIJOUTERIE POMPONNETTE Inc.Jean Brassard, prés.256, rue Ste-Catherine Est Montréal H2X 1L4 288-3628 SOCIÉTÉ NATIONALE D\u2019ASSURANCES 425, ouest, boulevard de Maisonneuve, suite 1500, Montréal H3A 3G5 288-8711 LE PÈRE ÉMILE BOUVIER 967 Le père Émile Bouvier, S.J.(1906-1985) par JEAN GENEST Présentation C\u2019était en 1942.J\u2019étais jeune professeur de littérature.Un jour, on annonce une conférence du Père Émile Bouvier, S.J., à la salle du Gesù.J\u2019y invite tous les élèves de ma classe.À notre arrivée, la salle est déjà remplie de monde.Sur la scène apparaît, à l\u2019heure dite, un homme, en clergyman, de haute taille, puissante carrure, large front dominé par une chevelure noire, et qui parle avec assurance, d\u2019une voix claire, forte.Immédiatement nous nous sommes sentis en présence d\u2019une personnalité douée d\u2019un magnétisme certain.Il envoûte la salle.Sa parole fascine.De quoi parle-t-il?Il parle de l\u2019évolution de la société au Québec: nous nous industrialisons avec rapidité; de nouvelles carrières s\u2019ouvrent; le Québec a besoin de compétences; il faudra surveiller les relations patronales-ouvrières, l\u2019avenir de la famille et l\u2019autonomie du Québec.Bref, cela nous sort de l\u2019agricultu-risme.Plus profondément, le Père Bouvier nous fait toucher du doigt jusqu\u2019à quel point les sciences sociales et économiques vont jouer un rôle de plus en plus grand dans le développement des sociétés, de notre société.Nous sommes déjà au cœur des problèmes ouvriers, des salaires équitables, du syndicalisme patronal et ouvrier.Nous passons avec lui une heure entière à étudier les différentes facettes de la justice sociale.C\u2019est déjà pour l\u2019assistance, plus jeune, la naissance d\u2019un monde nouveau.Mais qui est le Père Bouvier?Nous ne le connaissions pas encore.Né en 1906 à Montréal, il entre dans la Compagnie en 1923.Pour ses études philosophiques, on l\u2019envoie au Weston College, près de Boston.Au lieu de revenir à Montréal pour sa régence, 968 L\u2019ACTION NATIONALE c\u2019est-à-dire pour les années d\u2019enseignement que les jésuites de ce temps-là doivent accomplir dans nos collèges, il demande et obtient d\u2019aller à la célèbre université Georgetown, près de Washington, pour y préparer un doctorat en sciences sociales et économiques.Ainsi, dès 1932, à 26 ans, le Père Bouvier devient le premier économiste du Québec, muni en plus du doctorat encore impossible à obtenir au Québec français'.L\u2019universitaire Pour sa thèse, il choisit de donner une analyse critique et comparative de Rerum Novarum et de Quadragesimo Anno (lancée l\u2019année précédente, le 15 mai 1931).Ce succès, décisif pour sa carrière, ne passe pas inaperçu au Québec.On y cherche justement un maître, en ce qui regarde la pensée sociale de l\u2019Église et les relations patronales-ouvrières.Aussi, après l\u2019ordination sacerdotale du Père Bouvier en 1937, monseigneur Georges Gauthier, alors archevêque de Montréal, demande à celui-ci de se préparer en vue d\u2019enseigner et de diriger l\u2019École de service social de l\u2019université de Montréal.Sa théologie terminée, le Père consacre deux nouvelles années d\u2019études post-graduées (1939-1941) à l\u2019université Georgetown et à l\u2019université Harvard, dans le but de mieux se préparer à son nouveau rôle.Ces deux années décident de l\u2019orientation de toute sa vie sous deux aspects importants: il découvre l\u2019importance de l\u2019université dans la Cité des hommes et il découvre aussi l\u2019intense vitalité d\u2019une communauté d\u2019amis entièrement consacrée à la recherche de la vérité.À l\u2019université, il comprend tout à coup: ce que furent les cathédrales pour les peuples du moyen âge, les universités le deviennent pour les sociétés instruites du 20e siècle.On y a le culte de la compétence parce que les recherches scientifiques le présupposent.Un fonds d\u2019érudition et de discussions internationales, entre les meilleurs esprits du monde entier, s\u2019établit.Dans ces cercles assez réduits d\u2019esprits, à la fine pointe du savoir, se manifestent des qualités humaines, et même spirituelles, de façon brûlante.Les tensions, certes, y existent, mais elles per- 1.Dans une conférence, monsieur François-Albert Angers énuméra les premiers économistes du Québec: monsieur Édouard Montpetit, lui-même, monsieur Vézina.Il avait oublié le Père Bouvier, S.J., qui les précéda tous. LE PÈRE ÉMILE BOUVIER 969 mettent d\u2019approfondir et de mieux cerner les réalités mouvantes.Rien n\u2019est plus exigeant que la critique de ses pairs.Non seulement le Père Bouvier voit clairement l\u2019importance de l\u2019université et du prestige qu\u2019elle confère à ses meilleurs professeurs et chercheurs, mais il en étudie l\u2019organisation, les rouages, les traditions et, d\u2019emblée, il sait qu\u2019il deviendra, toute sa vie, un homme d\u2019université.Il voit là la route exigeante de son influence future et de sa destinée.À part les facilités pour la vie de l\u2019esprit, le Père Bouvier découvre la vie même de l\u2019université: elle est faite par l\u2019ensemble des étudiants et des maîtres qui y circulent.Les uns questionnent.Les autres cherchent les réponses.C\u2019est là que se détachent les excellents, les pionniers et les créateurs véritables.Il deviendra l\u2019ami d\u2019Edward Hastings Chamberlain, de Joseph Schumpeter, prix Nobel en sciences économiques, de Summer Slichter, et surtout il consultera Heinrich Briining, ancien chancelier d\u2019Allemagne avant la montée d\u2019Hitler.Au Canada, nos universités n\u2019étaient pour la plupart, à cette époque, que de grands collèges.Nous n\u2019avions rien de semblable à lui offrir.Dans une université véritable, le monde repose sur la pensée.Les endroits merveilleux où l\u2019humanité opère ses recherches avec plus d\u2019intensité sont les universités, parce qu\u2019elles ont pour but premier de préparer des maîtres pour la société, et non seulement des pédagogues, des militaires, des politiciens ou des technocrates.Parfois lieu d\u2019utopie, parfois refuge de médiocres et de parvenus de l\u2019esprit, l\u2019université, pour ceux qui ont la vocation, reste un haut lieu de l\u2019esprit et de la construction des sociétés présentes et futures.«Le véritable universitaire doit se savoir un libérateur» disait Nietzsche, car avec lui l\u2019idéal peut, peut-être, prendre corps.Le Père Bouvier y consacre sa vie.Même les gouvernements recherchent son avis et combien d\u2019arbitrages ou de lois portent son empreinte! L\u2019organisateur Revenu à Montréal en 1942, le Père Bouvier se consacre à l\u2019École de service social de l\u2019université de Montréal.Bientôt il s\u2019aperçoit que ce type d\u2019école ne le conduit pas à une réorganisation des relations du travail.M.Esdras Minville, un esprit de sa taille, l\u2019appuie.D\u2019ailleurs, l\u2019université Laval s\u2019apprête à fonder, 970 L\u2019ACTION NATIONALE en 1943, sa Faculté des sciences sociales et Montréal, plus industrialisée que Québec, doit répondre aux besoins de l\u2019heure.La réputation du Père Bouvier comme organisateur, à la fois théoricien et praticien, se répand.Chose curieuse, c\u2019est la Chine qui, la première, en 1948, l\u2019invite à fonder une Faculté de sciences sociales et économiques à l\u2019université de Tientsin.Pour s\u2019y rendre, il passe par l\u2019université de Californie et par l\u2019université de Sydney, se donnant un regard véritablement universel.C\u2019est plus tard, quelques années après la deuxième guerre mondiale, qu\u2019il va en Europe visiter les grandes universités et leurs maîtres.En 1947, il publie une brochure sur la cogestion dont la lecture est encore de grande actualité.Après Tientsin, en 1952, c\u2019est maintenant la fondation d\u2019une Faculté d\u2019économie à México, à l\u2019université Ibero-Ameri-cana.En 1955, l\u2019université Georgetown l\u2019invite, à son tour, pour la réorganisation complète de tout ce qui regarde les sciences économiques, afin, lui dit-elle, «d\u2019être au niveau des plus grandes universités du monde»: «At Georgetown University from 1954 to 1959, écrivait Goetz Briefs, professeur de sciences économiques à l\u2019université Georgetown, he has completely reorganized the Department of Economics and has raised its standard to those of the highest institutions.» Il introduit même des cours de sciences économiques à l\u2019École de diplomatie (School of Foreign Affairs) où, en ce temps-là, passent près de la moitié des diplomates professionnels des États-Unis, avant d\u2019être envoyés à l\u2019un ou l\u2019autre des consulats américains.Il est même élu président de la Catholic Economie Association des États-Unis.Il ne passe pas inaperçu.À son retour, ses supérieurs le nomment recteur de l\u2019université de Sudbury.Là il voit vite que les Anglicans et les Presbytériens, avec leurs Écoles de haut savoir, désirent participer aux activités universitaires.De plus, le ministère de l\u2019Éducation de l\u2019Ontario lui manifeste l\u2019impossibilité d\u2019accorder des subventions à une université confessionnelle.Un plan surgit: l\u2019université Laurentienne pourrait chapeauter l\u2019université de Sudbury et les facultés anglicane et presbytérienne.Elle serait non-confessionnelle et pourrait recevoir des subventions provinciales.Quand le Père Bouvier expose, avec lyrisme, ses perspectives d\u2019une université à la fois française et anglaise et qu\u2019il suggère sauver ainsi la minorité française dans le nord de l\u2019Ontario, il ne LE PÈRE ÉMILE BOUVIER 971 rencontre que scepticisme dans le Québec et, pour la première fois, cet optimiste dut avouer son échec.Échec dont il n\u2019est absolument pas la cause! L\u2019université Laurentienne mise en place, il se voit offrir, en 1962, par l\u2019université de Sherbrooke, nouvellement créée, l\u2019organisation du Département des Sciences économiques.Il ajoute à ce département important, grâce à l\u2019aide du Mouvement Desjardins, un Centre de recherches en sciences coopératives.Du coup l\u2019université de Sherbrooke devient un des grands centres mondiaux en ce qui regarde les études sur la coopération.Il continue d\u2019enseigner à l\u2019université de Sherbrooke, de 1962 jusqu\u2019en mars 1985.Vendredi le 15 mars, il donnait encore un cours à ses étudiants.L\u2019intellectuel engagé Cette tâche d\u2019organisateur suffit pour remplir la vie de n\u2019importe quelle personnalité.Pourtant, l\u2019intellectuel en lui ne peut rester inactif.Pour résumer l\u2019immense bibliographie de son œuvre écrite, disons que le Père Bouvier publie vingt-deux volumes dont plus de la moitié ont entre 600 et 1 000 pages chacun.Cent brochures et 1 000 articles dans diverses revues complètent le tableau.Nous en restons stupéfaits.Nous savions tous que le Père Bouvier avait la réputation d\u2019être un grand travailleur: nous ne savions pas que c\u2019était un géant.Nous nous en doutions seulement.La description de son œuvre n\u2019est pas complète, si nous n\u2019ajoutons pas l\u2019action pratique qui double la vie de l\u2019intellectuel.Cet universitaire refuse le mandarinat.Il lui faut sortir, rencontrer la société vivante, vivre les problèmes et chercher, avec les intéressés, les solutions qui apportent la paix.Il travaille avec les Chambres de Commerce de Montréal et de Sherbrooke, avec la Chambre de Commerce de la province de Québec.Il fonde l\u2019Association professionnelle des Industriels.Il coopère à la mise en marche de l\u2019Association des Boulangers du Québec et des Camionneurs du Québec.Il poursuit la mise au point d\u2019une morale des affaires: on en trouvera le manuscrit aux deux tiers terminé parmi ses notes.Présent au Conseil supérieur du Travail, les centres d\u2019études sociales ou économiques sollicitent aussi son opinion.Il aide l\u2019étudiant aux prises avec une thèse difficile, 972 L\u2019ACTION NATIONALE avec un syndicat qui cherche un compromis, avec des fonctionnaires qui préparent des lois.Voilà la vraie vie de quelqu\u2019un qui croit à la justice dans la société.Ses amis, en 1985, croient qu\u2019une telle carrière mérite une reconnaissance publique.Déjà l\u2019École des relations industrielles de l\u2019université de Montréal organise, en mars 1985, une fête en son honneur comme fondateur de l\u2019École.Le recteur de l\u2019université lui remet, à cette occasion, une médaille qui souligne l\u2019apport unique du Père Bouvier et son coup d\u2019œil en dotant l\u2019université d\u2019une telle École.On veut davantage.On veut lui obtenir un Prix du Québec! Ses amis présentent au ministère des Affaires culturelles une documentation impressionnante sur l\u2019œuvre de sa vie.Quarante-huit heures après la présentation officielle de cette candidature, le Père Bouvier meurt d\u2019un arrêt cardiaque, subit, dramatique, laissant atterrés tous ceux qui le connaissent.Mort le 17 mars, il aurait eu 79 ans douze jours plus tard.Aussi, quelqu\u2019un ajouta-t-il: «Si le Père Bouvier n\u2019est plus certain de recevoir le Prix du Québec, si ce n\u2019est à titre posthume, au moins est-il certain de recevoir le Prix du Paradis!» Le prêtre et l\u2019incarnation Mais où le Père Bouvier puise-t-il le dynamisme de sa vie intellectuelle?Où trouve-t-il les motivations qui lui font consacrer son quotidien à l\u2019amélioration de la vie en société?C\u2019est que le Père Bouvier est non seulement un universitaire, un intellectuel et un homme engagé: c\u2019est aussi un prêtre.C\u2019est dans la théologie qu\u2019il puise deux idées très simples qui animent son action et sa pensée.La première grande idée sacerdotale du Père Bouvier réside dans l\u2019Incarnation.Si Dieu a envoyé son Fils pour parler aux hommes, ce n\u2019est pas pour leur enseigner des idées semblables à des nébuleuses, aptes à flotter dans le ciel des satellites perdus.Au contraire, il faut communiquer avec chaque auditoire selon une mesure adaptée.L\u2019Incarnation est bien plus qu\u2019une adaptation, c\u2019est aussi ceci: les enseignements de Jésus Christ, appliqués par l\u2019Église aux besoins de notre temps, doivent, à leur tour, être diffusés aux gens de notre temps. LE PÈRE ÉMILE BOUVIER 973 Le Père Bouvier a compris que Dieu se révèle à nous de deux façons: il y a certes une révélation surnaturelle, celle de l\u2019Ancien et du Nouveau Testament qui sont son œuvre; mais il y a aussi une révélation naturelle, celle qui nous est apportée par la Création, également son œuvre.Les sciences physiques et les sciences humaines nous font découvrir aussi avec étonnement et admiration l\u2019ingéniosité et la sagesse profonde du Créateur de tout.C\u2019est dans cette perspective de l\u2019Incarnation que le Père Bouvier découvre l\u2019importance des sciences humaines.Combien de temps avons-nous mis à le comprendre dans l\u2019Église?Où en seraient les rapports entre les savants et l\u2019Église catholique, si le Père Teilhard de Chardin, par les chemins de l\u2019anthropologie, n\u2019y avait apporté tant de perspectives nouvelles?Où en serait même notre présentation des Exercices spirituels de saint Ignace, si nous ne les repassions à la lumière des sciences humaines?D\u2019autres ont profité des chemins ouverts par la science de la psychologie, de l\u2019histoire, de la sociologie, de la psychiatrie, de la gérontologie, pour en arriver à de nouvelles compréhensions de Dieu, de la personne, de la liberté, des besoins des sociétés et des aménagements de la Terre.Le Père Bouvier, lui, choisit les chemins de la sociologie et des sciences économiques.Par elles, il entrevoit une nouvelle répartition des ressources terrestres, plus juste, plus humaine, entre les pays et les sociétés.Par elles, il entrevoit une rénovation des entreprises industrielles, soit par une participation ouvrière plus concrète, soit par la voie de la coopération.Il voit que la justice ne se passe pas d\u2019intelligence, pas plus que la charité ne se passe elle-même d\u2019intelligence.Comment faire, moyennant négociations et persuasion, pour que les sociétés et les groupements humains connaissent la paix par la justice?Là est toute la vie du Père Bouvier, qui ne peut se passer des enseignements de Jésus Christ et de l\u2019Église.Il doit les porter et les communiquer.L\u2019Incarnation est une communication, celle d\u2019un message et d\u2019un Messager.Le prêtre et la rédemption La deuxième grande idée sacerdotale du Père Bouvier est celle de la Rédemption: comment permettre aux humains, au fin fond d\u2019un enfer terrestre, d\u2019opérer les redressements qui les fas- 974 L\u2019ACTION NATIONALE sent redécouvrir leur dignité d\u2019hommes et de femmes et qui leur ouvriront, bien larges, les chemins du salut, à la fois terrestres et surnaturels?Il ne croit pas à la soumission pure et simple, au fatalisme, à la malédiction sociale ou à une condamnation à la pauvreté: Jésus Christ n\u2019a-t-il pas cherché à montrer les chemins du salut et de la rédemption aux pauvres de son temps?Ainsi le Père Bouvier, avec les moyens adaptés à son temps, enseigne-t-il aux groupes, aux sociétés et aux pays les moyens d\u2019enrayer la faim, la misère, le chômage, l\u2019exploitation et l\u2019avarice.Autant que sa foi de prêtre, il trouve une autre motivation, combien urgente, dans le cri qui monte, sans cesse, des pays exploités, des masses souffrantes, et des pauvres gens, réfugiés, déplacés, terrorisés, qui n\u2019arrêtent pas de pleurer et de demander plus de justice, plus de fraternité! Notre temps est rempli de sourds.Trop d\u2019idéologies aveuglent leurs membres.Avec Soljénitsyne, il voit, scandale du 20e siècle!, l\u2019existence des goulags où plus de trente millions de gens sont morts sans espoir aucun.Il voit les ouvriers prolétariens écrasés par le pouvoir des tanks, en Tchécoslovaquie, en Pologne, en Hongrie.Il voit ces monstruosités du 20^ siècle, verso d\u2019un monde si plein de réalisations remarquables! 11 n\u2019accepte pas non plus les guérilleros qui n\u2019engendrent que haine, ruines et, trop souvent, gouvernements militaires dictatoriaux.Il disait: «Donnez-moi douze universitaires engagés en faveur de la paix et je rebâtis ces pays!» Rêve, utopie?Peut-être.Mais le Père n\u2019est pas tendre pour les universitaires devenus partisans et infidèles à leur vocation première qui est celle de la justice et de la paix! Il consacre un de ses derniers écrits au chômage des jeunes en 1985.Pour lui, ces jeunes ressemblent à une moisson mûrie trop précocement et qui est menacée de pourrir sur pied.C\u2019est pourquoi à 79 ans il travaille encore, jusqu\u2019à son dernier souffle, tant le tenaille l\u2019urgence de faire quelque chose.Pour le reste, la miséricorde de Dieu y voit! Le plan et le cadeau de Dieu Par cet effort missionnaire parmi nous, le Père Bouvier remplit sa vie comme un grand homme, comme un grand universitaire, comme un grand jésuite, comme un grand serviteur de l\u2019Église.Si nous réunissons en faisceau toutes les vertus qui sont LE PÈRE ÉMILE BOUVIER 975 le moteur de sa pensée et de son action, ne voyons-nous pas, chez lui, se dessiner ce type de saint dont l\u2019Église contemporaine a le plus grand besoin?Entre un capitalisme sauvage, cupide et les socialismes d\u2019improvisateurs ou de fanatiques, le Père Bouvier a trouvé dans la pensée sociale de l\u2019Église une véritable spiritualité, neuve et vigoureuse.Comme cadre, elle offre de multiples chemins où, par la compétence et la recherche, peuvent croître les oeuvres de justice.Tout se termine par une vision: Dieu n\u2019a pas voulu une Terre où les hommes s\u2019entretuent, où quelques-uns accumulent pendant que les autres meurent de faim.Il n\u2019a pas voulu un monde de fauves.Non, il nous a donné assez de ressources terrestres, assez d\u2019intelligences, pour que nous puissions organiser la répartition des dons de façon rationnelle et humaine.Le Père Bouvier croyait que la raison humaine n\u2019y arriverait pas toute seule et que la charité, venue de Dieu, demeure un ingrédient nécessaire à tout commencement de sagesse planétaire.Le Père Bouvier nous laisse un exemple de spiritualité ouverte, généreuse, pleinement humaine et pleinement surnaturelle.Il a tellement aimé la Terre des hommes! Par commandement divin, n\u2019est-ce pas l\u2019humanité entière qui est propriétaire de notre Terre?«Voyez le cadeau de Dieu, aimait répéter le Père Bouvier, et voyez ce que nous en avons fait!» 976 L\u2019ACTION NATIONALE REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE fondée en 1947\t4 forts numéros par Lionel Groulx\tpar année BULLETIN D\u2019ABONNEMENT NOM.ADRESSE .Individus Étudiants (avec pièce justificative) Abonnement de soutien Institutions CANADA AUTRES PAYS 30,00$\t34,00$ 14.00\t18,00 50.00\t54,00 30.00\t34,00 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE, 261 avenue Bloomfield, Montréal, Oué.H2V3R6 Tél.: 271-4759 relatiois Des soirées publiques \"\\ Un magazine chrétien d'analyse et de réflexion sur l'actualité sociale et culturelle Des dossiers \u2022\tLes négociations dans le secteur public et parapublic \u2022\tLa réforme scolaire \u2022\tLes nouveaux ministères dans l'Église \u2022\tLe travail à temps partiel chaque mois un débat sur un suiet d'actualité Abonnement 1 an (10 nos) :\t12,50$ à l'étranger:\t14,50$ par avion\t20.00S Nom______________________________ Adresse__________________________ code postal 8100, St-Laurent, Montréal H2P2L9 (514)387-2541 LE QUÉBEC 977 Le Québec: une histoire qui commence au XVle siècle par MICHEL BRUNET' François Ier refusait d\u2019admettre qu\u2019Adam avait légué le reste du monde aux Espagnols et aux Portugais.Il récusa les bulles d\u2019Alexandre VI.Verrazano, navigateur italien au service de l\u2019armateur dieppois Jean Ango, explora les côtes de l\u2019Amérique du Nord, en 1524, et donna le nom de Nouvelle-France au territoire qu\u2019il avait longé.Dix ans plus tard, Jacques Cartier remonta le Saint-Laurent et prit possession de cette partie du Nouveau-Monde au nom du roi de France.Le navigateur malouin fit deux autres voyages au Canada (1535 et 1541).Sa tentative de colonisation, lors du troisième voyage, échoua.La fondation de Québec Les projets d\u2019expansion coloniale de la France en Amérique du Nord renaissent durant le règne d\u2019Henri IV.Dès 1604, des colons français s\u2019installent en Acadie.En 1608, Samuel de Champlain, qui avait participé à l\u2019établissement de Port-Royal (Halifax aujourd\u2019hui) en Acadie, fonde Québec.Il juge que cet emplacement offre une plus grande sécurité que celui de la côte atlantique et permettra aux explorateurs français de pénétrer et de dominer tout Y hinterland.En réalité, Champlain est toujours à la recherche d\u2019une voie d\u2019eau qui le conduira au pays de Cathay.Un grand mirage préside à la fondation de la Nouvelle-France et du Canada.Lorsqu\u2019il mourut en 1635, Champlain y croyait encore.Néanmoins, entretemps, il s\u2019était mérité le titre de Père de la Nouvelle-France.L\u2019enracinement Dès 1618, Champlain avait tenté de convaincre le gouverne- 1.Résumer l\u2019histoire du Québec et des Québécois en moins de dix pages, un défi que le ministère des Affaires intergouvemementales m\u2019a demandé de relever! Ce texte est distribué actuellement aux journalistes français et étrangers qui veulent se mettre rapidement au courant de la situation québécoise dans toute sa dimension historique.M B. 978 L\u2019ACTION NATIONALE ment français que Québec ne pouvait pas demeurer un simple comptoir de fourrures.Le développement des colonies espagnoles et anglaises en Amérique l\u2019avait convaincu qu\u2019une politique de colonisation ne se limitait pas à une économie de cueillette.11 fallait peupler la vallée du Saint-Laurent.Richelieu, qui a également tenu compte des conseils judicieux d\u2019Isaac de Razilly, entendit l\u2019appel du fondateur de Québec.Ce grand serviteur de la France peut être considéré comme le premier et l\u2019un des rares dirigeants français des XVIie et XVlIie siècles qui chercha à traduire dans les faits les ambitions colonisatrices françaises.Il avait compris, jusqu\u2019à un certain point, que, si la sécurité du royaume exigeait le maintien d\u2019un équilibre des forces en Europe, son avenir comme grande puissance était lié à une politique d\u2019expansion coloniale et maritime.Il créa la Compagnie des Cent-Associés (1627) pour favoriser la colonisation de la Nouvelle-France.Les fondations des Trois-Rivières (1634) et de Montréal (1642) complètent l\u2019occupation du territoire.C\u2019est la période de l\u2019enracinement.La collectivité canadienne Dès la deuxième moitié du XVIie siècle, les Français établis dans la vallée du Saint-Laurent sont devenus des Canadiens.En 1727, l\u2019intendant Claude-Thomas Dupuy constate l\u2019existence d\u2019une «fierté canadienne» et recommande une immigration massive venue de France «qui y (au Canada) renouvellerait une race de Français; celle que les premiers y ont formée devenant fière et canadienne à mesure qu\u2019elle s\u2019éloigne de son principe».L\u2019administrateur colonial déplore, en fait, l\u2019existence d\u2019un nationalisme canadien.En 1755, les dirigeants canadiens, à la suite de longues et patientes démarches à Paris et à Versailles, obtiennent la nomination de l\u2019un des leurs, Pierre de Rigaud de Vaudreuil, au poste de gouverneur général de la Nouvelle-France.C\u2019est un grand moment dans l\u2019évolution de la collectivité franco-laurentienne.Au cours de la Guerre de la Conquête (1754-1760), cet affrontement final entre l\u2019Amérique britannique et l\u2019Empire américain des Bourbons, les Canadiens affirmèrent éloquemment leur volonté farouche de défendre leur patrie contre l\u2019assaut des British Americans, décidés à éliminer la France de LE QUÉBEC 979 l\u2019Amérique du Nord.Un peuple comptant moins de 70 000 habitants réussit à conscrire quelque 18 000 hommes pour repousser les envahisseurs britanniques.Bien avant la France de Valmy, le Québec a connu ce qu\u2019est une guerre démocratique où tout un peuple s\u2019engage pour affirmer sa volonté collective.Malheureusement, l\u2019ennemi était le plus fort et les Canadiens durent capituler.L\u2019occupation britannique Après la capitulation de Montréal (1760), l\u2019armée britannique prit en main l\u2019administration du Canada.En 1763, le traité de Paris céda définitivement le territoire à la Grande-Bretagne.Celle-ci publia une Proclamation royale (1763) prévoyant l\u2019arrivée prochaine de milliers de colons anglophones et protestants qui minoriseraient rapidement les Canadiens et les forceraient à s\u2019assimiler aux nouveaux habitants de la colonie.Ces prévisions se révèlent fausses.Les autorités britanniques durent négocier avec les dirigeants de la collectivité canadienne: nomination et consécration d\u2019un évêque (1766), remise en vigueur des lois civiles françaises (1774), reconnaissance officielle de l\u2019Église catholique qui obtient le droit de percevoir la dîme (1774).En 1791, la colonie laurentienne est divisée en deux provinces: le Flaut-Canada où se sont établis les Loyalistes américains qui ont voulu demeurer fidèles à la Couronne britannique et le Bas-Canada où habitent les Canadiens qui y constituent 95% de la population.Chaque colonie aura une Assemblée législative dont les membres sont élus presque au suffrage universel.Grâce aux institutions représentatives, les Canadiens se donnent de nouveaux leaders.Maîtres de l\u2019Assemblée, ils ne tardent pas à contester l\u2019hégémonie qu\u2019exerce la minorité britannique au Conseil législatif et au Conseil exécutif dont les membres sont nommés par la Couronne.Celle-ci veille à y maintenir une majorité de British Americans.De plus, les marchands britanniques, bénéficiant des protections officielles et de contacts privilégiés avec la métropole, dominent la vie économique de la colonie depuis la capitulation de 1760.L\u2019affrontement de deux nations Deux nations s\u2019affrontent au sein d\u2019un même État.Les diri- 980 L\u2019ACTION NATIONALE géants canadiens se sentent humiliés en permanence et refusent de se soumettre au leadership des bureaucrates et de la bourgeoisie britanniques.Ils essaient de contrer leurs projets en paralysant l\u2019Assemblée et en privant le gouvernement de tout revenu.Après quelque trente ans d\u2019agitation, de pétitions, d\u2019enquêtes officielles et de contre-pétitions, un soulèvement armé éclate en 1837-1838.Les autorités impériales en profitent pour suspendre la constitution du Bas-Canada.Conseillées par les principaux porte-parole de la bourgeoisie coloniale britannique, elles sont décidées à corriger la faute politique commise en 1791.Il n\u2019aurait jamais fallu diviser le territoire et permettre aux anciens vaincus de devenir la majorité dans l\u2019une des assemblées législatives.En 1840, l\u2019union des deux colonies est décrétée.Le gouvernement britannique entend poursuivre une vigoureuse politique d\u2019assimilation à l\u2019égard des Canadiens.Seule la langue anglaise sera officielle au Canada-Uni.Les Canadiens doivent renoncer à tout projet national et il faut les minoriser.La création du Québec Le législateur impérial a mal tendu ses filets.Dès la première session de l\u2019Assemblée législative du Canada-Uni, une alliance s\u2019établit entre les réformistes du Haut et du Bas-Canada sous la direction de Robert Baldwin et de Louis-Hippolyte LaFontaine.Les deux hommes se sont donné comme objectif la conquête de la responsabilité ministérielle qui est en train de s\u2019institutionnaliser au Parlement de Westminster.En fait, l\u2019Union s\u2019est transformée en une fédération.Les British Americans du Canada-Uni commencent à s\u2019appeler les Canadians et les Anciens Canadiens se disent dorénavant des Canadiens français.La langue française devient officielle, tout comme la langue anglaise, en 1849.Au tandem Baldwin-LaFontaine, succède l\u2019alliance entre John A.Macdonald et George-Étienne Cartier.Celui-ci entend assurer le maximum de protection à la collectivité canadienne-française.Devenu ministre de la Justice pour le Bas-Canada, il impose le code civil à toutes les régions de la province, même celles où se concentre la population britannique.Exploitant à fond la faute politique commise par le gouvernement impérial qui LE QUÉBEC 981 avait donné le même nombre de sièges à l\u2019Assemblée législative aux deux régions même si le Bas-Canada était, en 1840, plus populeux que le Haut-Canada, il rejette tout projet de modifier le régime de représentation depuis que le Haut-Canada, dès 1851, compte un plus grand nombre d\u2019habitants.Le Canada-Uni est engagé dans une impasse.Les crises ministérielles deviennent permanentes.Pour mettre fin à l\u2019instabilité politique, les dirigeants de l\u2019Amérique du Nord britannique, en collaboration avec la Grande-Bretagne, concluent qu\u2019il faut unir toutes les colonies au sein d\u2019une fédération.Cartier n\u2019acceptera ce projet que si les Canadians lui concèdent la création de la province de Québec où les Canadiens français formeront la majorité de la population et contrôleront tout l\u2019appareil gouvernemental.Le Canada anglais n\u2019a pas le choix et doit s\u2019incliner devant les exigences de Cartier.Ses compatriotes québécois lui en sont très reconnaissants.Lors de l\u2019entrée en vigueur de la nouvelle constitution, le 1er juillet 1867, les Canadiens français ne célèbrent pas la naissance d\u2019un grand Canada mais la résurrection du Bas-Canada, un territoire qu\u2019ils identifient comme leur unique patrie depuis le XVIIe siècle.Formation graduelle de l\u2019État du Québec Depuis maintenant 117 ans, les Anciens Canadiens, devenus les Canadiens français vers 1850 et qui se nomment aujourd\u2019hui les Québécois ont appris à se doter d\u2019un État entièrement à leur service.Cet apprentissage a connu diverses étapes.Durant les premières décennies du nouveau régime, les dirigeants québécois ont cherché à consolider l\u2019autonomie du gouvernement provincial vis-à-vis du pouvoir central.Après 1900, Québec s\u2019efforce de favoriser l\u2019industrialisation du territoire et une meilleure utilisation de ses ressources minières et forestières.La Première Grande Guerre et la prospérité de la décennie de 1920 accélèrent l\u2019urbanisation du Québec.Le gouvernement crée de nouvelles institutions d\u2019enseignement, encourage le développement des universités, se dote d\u2019une politique sociale, s\u2019intéresse à la santé publique, adopte une politique d\u2019aide à la création littéraire et aux beaux-arts.La crise économique des années 30 déclenche un 982 L\u2019ACTION NATIONALE sursaut nationaliste qui amène au pouvoir de nouvelles formations politiques.La création de l\u2019Hydro-Québec en 1944 ouvre la voie à la nationalisation des compagnies privées qui exploitent les ressources hydrauliques du Québec.Leur étatisation sera complétée en 1963.Les luttes autonomistes de Maurice Duplessis (1944-1959) contre la politique centralisatrice du gouvernement fédéral rendent les Québécois conscients du rôle que peut jouer l\u2019État du Québec dans leur émancipation individuelle et collective.En 1948, le gouvernement Duplessis, répondant à une demande populaire qui se précise depuis presque deux générations, adopte un drapeau national du Québec.C\u2019est le fleur-delysé avec lequel les Québécois s\u2019identifient depuis trente-six ans.Étape essentielle dans la nationalisation du territoire qu\u2019ils habitent.L\u2019institution d\u2019un impôt provincial sur les revenus des particuliers (1954) marque un autre tournant dans l\u2019évolution des mentalités.Une population qui avait longtemps cru que les meilleurs gouvernements étaient ceux qui ne taxaient pas les contribuables apprend que, si elle veut de meilleurs services de santé, d\u2019éducation et de transport, elle doit augmenter considérablement son fardeau fiscal.La scène est prête pour la Révolution tranquille des années 60.Le Québec entre résolument dans le XXIe siècle.Depuis vingt-cinq ans, la société québécoise s\u2019est complètement transformée.L\u2019ancien équilibre politico-économique à la faveur duquel la bourgeoisie anglo-québécoise avait exercé une véritable hégémonie a été complètement modifié.Les nouveaux Québécois se comportent dorénavant en majorité sur un territoire qu\u2019ils ont nationalisé.Le triomphalisme d\u2019antan de l\u2019Église catholique romaine n\u2019est plus qu\u2019un souvenir historique.L\u2019État du Québec est né de toutes ces tensions.Et d\u2019autres changements suivront.Car l\u2019histoire que vivent les collectivités ne s\u2019arrête jamais. GAGNON, VILLE DE LA CÔTE-NORD 983 Gagnon, ville de la Côte-Nord par BERNARD GAUTHIER Il y a 25 ans, la Côte Nord était le symbole de la Terre promise pour les travailleurs en quête de faire fortune.C\u2019était la ruée vers le fer.Les économistes d\u2019alors prédisaient même que la ville de Sept-îles accueillerait jusqu\u2019à cent mille habitants en 1990.En fait dans ses meilleures années, la capitale de la Côte Nord a reçu tout au plus quarante mille de population.Voilà qu\u2019aujourd\u2019hui, après la décision de Tex-président de l\u2019Iron Ore, Brian Mulroney, de fermer Schefferville en 1983, c\u2019est maintenant à Gagnon de vivre le même sort.Le soir du 12 octobre 1984, les dés sont jetés: Québec annonce la fin des opérations minières le 11 janvier et la fermeture complète de la ville le 30 juin.C\u2019est l\u2019aboutissement d\u2019une attente sans fin, d\u2019un climat social pénible que vivent depuis trop longtemps les travailleurs.Les rumeurs viennent de s\u2019estomper et chacun s\u2019oriente à présent vers un nouvel avenir.Un avenir plus prometteur.La ville de Gagnon a vu le jour en 1959 et elle doit son nom à la mémoire d\u2019Onésime Gagnon, celui qui fut premier à détenir le portefeuille des Mines au Québec.Un an plus tard, naît le premier conseil municipal.Les travailleurs affluent de partout, établissent de nouvelles racines sociales et, disons-le, acceptent aussi d\u2019épouser de nouvelles conditions environnementales: car, au royaume de l\u2019épinette noire, cela veut dire des froids sibériens qui ne cessent pas, quand l\u2019été, ce n\u2019est pas infesté de mouches noires.Au plus fort de sa croissance, Gagnon réserve un accueil à quatre mille habitants.La présence de la compagnie minière Québec-Cartier à trois cent kilomètres au nord de Port-Cartier remonte même avant la naissance de Gagnon.Après cinq années de prospection dans la région, la filiale de la puissante multinationale américaine U.S.Steel décide d\u2019exploiter la mine de fer du lac Jeannine, située à quatre milles au nord de Gagnon.Très vite, un chemin de fer relie Port-Cartier à Gagnon. 984 L\u2019ACTION NATIONALE En 1977, les habitants apprennent que les gisements de fer sont épuisés.Mais voilà que le gouvernement provincial propose de venir à la rescousse de Gagnon et de sa population, en y formant une nouvelle compagnie: la Sidbec-Normines dont les partenaires sont la British Steel avec 41% des intérêts, Québec-Cartier appartenant à U.S.Steel avec 8% des actions, et Sidbec-Normines, propriété du gouvernement québécois avec 51% des actions.Nouvel espoir, nouvel avenir.Sidbec-Normines se tourne vers un second gisement, très riche en minerai de fer: le site du lac Fire, à 95 kilomètres au nord-est de Gagnon.Soir et matin, beau temps mauvais temps, les mineurs voyagent de Gagnon au lac Fire, souvent dans des conditions très difficiles.Les installations du lac Jeannine sont réutilisées pour la mise en opération d\u2019un concentrateur.Sa fonction est de débarrasser de toutes impuretés le minerai de fer en provenance du lac Fire.Le minerai est ensuite acheminé à Port-Cartier et transformé en boulettes d\u2019oxyde de fer.La production de ces boulettes commence quelques mois après l\u2019implication de Sidbec-Normines lors de la résurrection de Gagnon, c\u2019est-à-dire en novembre 1977.Cinq mois plus tard, la production cumulative atteint dix-sept millions de tonnes.Essentiellement, la fermeture de Gagnon est une question d\u2019ordre économique.Québec devait absolument rationaliser ses opérations pour demeurer compétitif sur le marché mondial.Or, la crise économique de 1982 n\u2019aidant pas et la concurrence de plus en plus féroce des pays producteurs de fer, tels le Brésil, la Suède et l\u2019Australie, rendaient les coûts de nos boulettes de fer moins attrayants.Rationaliser a finalement pour conséquence de concentrer toutes les opérations dans une seule ville minière: Fermont.Mais à Gagnon, les rumeurs disent plus.On croit notamment que la décision de fermer la ville vient de la compagnie Québec-Cartier plutôt que de la Sidbec-Normines.Les intérêts de Québec-Cartier étant plus importants à Fermont qu\u2019à Gagnon d\u2019une part, et d\u2019autre part, la compagnie assurant la gestion des opérations minières dans les deux villes, il est alors permis de penser que la filiale de la U.S.Steel sert ses propres intérêts avant ceux des autres. GAGNON, VILLE DE LA CÔTE-NORD 985 La fermeture de Gagnon entraîne d\u2019importantes conséquences socio-économiques.Plus graves encore qu\u2019à Schefferville.Dès le premier juillet, les services essentiels seront coupés.Il n\u2019y aura ni électricité, ni service téléphonique, ni soins médicaux, ni service de transport d\u2019aucune sorte, plus rien.Une ville fantôme.Même que les cours scolaires prennent fin le 31 mai, ceci pour permettre aux familles de quitter la ville dans les délais prévus.Qui plus est, tout porte à croire que Québec procédera à la démolition complète de la ville d\u2019ici l\u2019été de 1986.C\u2019est-à-dire que maisons, chalets, centre d\u2019achat, salle municipale seront rasés au sol.Les rumeurs veulent que cette décision, inusitée à première vue, soit prise par Sidbec-Normines qui n\u2019a pas intérêt à verser sa quote-part de taxes municipales \u2014 quatre millions de dollars annuellement \u2014 à la municipalité régionale de Caniapiscau.Cette MRC comprend les villes de Fermont et Schefferville qui «appartiennent» incidemment à Québec-Cartier et à l\u2019Iron Ore.Ces deux compagnies minières sont des filiales américaines de U.S.Steel et Hanna Mining, ce qui revient à dire, qu\u2019une bonne partie des montants d\u2019argents passerait outre-frontière.Les réactions à l\u2019annonce de la fermeture de Gagnon sont partagées.Le président du syndicat des Métallos, Clément God-bout, dénonce l\u2019attitude antisociale du gouvernement et l\u2019exclusion des travailleurs dans le processus de la prise de décision.À Sept-îles et à Port-Cartier, les deux Chambres de commerce ne sont pas inquiètes outre mesure pour l\u2019économie de leur ville.Les échanges commerciaux avec Gagnon étaient plutôt faibles.À Port-Cartier, l\u2019usine de bouletage fonctionne plus que jamais.C\u2019est que, depuis la fin des activités à Gagnon, les prévisions pour la production du minerai de fer à Fermont vont sans cesse croissant: de 7 millions de tonnes en 1984, Québec-Cartier estime atteindre le 16 millions de tonnes cette année.Une rationalisation qui porte fruit! Le 24 octobre 1984, soit douze jours après l\u2019annonce de la fermeture, un comité de reclassement se forme en vue d\u2019aider les travailleurs à se relocaliser.Ce comité se compose des gouvernements fédéral et provincial, des compagnies minières Québec-Cartier et Sidbec-Normines, de la municipalité de Gagnon, du syndicat des Métallos-Unis d\u2019Amérique et de l\u2019Association des 986 L\u2019ACTION NATIONALE cadres de Sidbec-Normines.Jusqu\u2019à maintenant, une douzaine seulement ont trouvé de l\u2019emploi.C\u2019est très peu.Plusieurs ont accepté de déménager à Fermont \u2014 il y en a 235 à relever un nouveau défi \u2014 une centaine d\u2019autres songent à prendre une retraite anticipée.Les familles quittant Gagnon s\u2019établissent pour la plupart au Saguenay-Lac-Saint-Jean, sur la Haute-Côte-Nord, dans le Bas-Saint-Laurent, Gaspésie et même à Québec.Les travailleurs affectés sont principalement des opérateurs d\u2019équipements miniers et de machineries propres aux activités de concassage et de concentration du minerai de fer.Quant aux métiers spécialisés, on y retrouve surtout des mécaniciens, des soudeurs et des électriciens.Pour ce qui est des primes de séparation, du rachat des propriétés et des largesses fiscales que les gouvernements fédéral et provincial consentent aux travailleurs de Gagnon, Sidbec-Normines ne rate rien.Dans les éditions des 16 et 21 mars des hebdomadaires L\u2019Élan, Côte-Nord et le Nord-Est, la SN1 réserve deux pages entières pour expliquer ce qu\u2019elle offre de mieux que Schefferville, lors de la fermeture de sa mine en 1983.Ainsi, les travailleurs recevront l\u2019équivalent de deux semaines de salaire par année de service \u2014 mille dollars en moyenne \u2014 non imposable.Chaque famille aura jusqu\u2019à concurrence de quinze mille dollars pour déménager et se réinstaller ailleurs.Cela représente un peu plus d\u2019un million et demi de dollars au total.L\u2019accord prévoit aussi le rachat des propriétés de tous les Gagnonais, selon le taux d\u2019imposition de l\u2019évaluation municipale.Pour les compagnies minières et les deux gouvernements, l\u2019ensemble de ces mesures atteint la somme de cinquante millions de dollars.De façon générale, il semble bien que la population soit assez satisfaite de l\u2019accord global.Ce n\u2019est toutefois pas l\u2019avis de Laurent Brodeur, le propriétaire de l\u2019unique centre d\u2019achat de Gagnon.Sidbec-Normines lui offre de racheter sa propriété commerciale pour 1 200 000$, c\u2019est-à-dire tout juste ce qu\u2019il lui faut pour acquitter ses deux hypothèques.Monsieur Brodeur et son épouse se disent trompés dans cette affaire.Tous deux crient à l\u2019injustice et estiment avoir droit à plus.Arrivés pour la pre- GAGNON, VILLE DE LA CÔTE-NORD 987 mière fois à Gagnon en janvier 1959, ils ont travaillé sans relâche pendant 26 ans à l\u2019amélioration constante de leur centre d\u2019achat.Dans les meilleures années, on y comptait 33 commerces.En avril dernier, il n\u2019en restait que trois.Le couple dit se retrouver sans le sou, leur rendement après investissement durant ces années étant nul.La fermeture de Gagnon le 30 juin s\u2019inscrit dans l\u2019histoire du Québec.Les politiciens, par exemple, comprennent maintenant l\u2019importance d\u2019une économie diversifiée.L\u2019ère des villes monoindustrielles est révolue.Elles sont à la fois à la merci de l\u2019humeur des multinationales et des conditions mondiales du marché.A Sept-Iles, on note de nouvelle avenues: la poursuite du projet de la firme Kayser d\u2019implanter une aluminerie, la construction d\u2019une usine de manganèse à Pointe-Noire au coût de 200 millions de dollars \u2014 la première du genre en Amérique du Nord \u2014 et puis la vente d\u2019eau potable aux pays Arabes dont l\u2019entente prévoit l\u2019exportation de 440 millions de gallons d\u2019eau par mois! Autres signes encourageants pour une reprise de l\u2019économie: la légère croissance de la demande du fer à la compagnie minière IOC entraînera prochainement des investissements de l\u2019ordre de 35 millions de dollars, et la mise en opération du quai en eau profonde de Pointe-Noire prévue à l\u2019automne 86.Coût: 50 millions de dollars.Jusqu\u2019à présent, les travaux sont complétés à 50%.Il semble que la rationalisation des opérations minières aura ses effets positifs.Au cours des quinze prochaines années, Fer-mont et Port-Cartier sont assurés d\u2019une production minimale de 14,5 millions de tonnes de fer.Mais ce qui survient à Gagnon en ce moment, personne ne l\u2019oubliera.Obliger une population à se déraciner de son milieu qui lui était sien, cela équivaut à la mépriser.Pis encore, démolir ce qui reste de Gagnon, c\u2019est renier un patrimoine, une population qui a connu un vécu formidable de sa naissance à sa mort. 988 L\u2019ACTION NATIONALE annonce corrigée ISRAËL \u2014 ROME 9-23 OCTOBRE 1985 D\u2019ABRAHAM À PIERRE LE Dr VICTOR GOLDBLOOM ET LE P.JEAN GENEST, S.J.ORGANISENT CE VOYAGE: RACINES DU CHRISTIANISME DANS LE JUDAÏSME.POUR PLUS AMPLES INFORMATIONS, UN DÉPLIANT EST À VOTRE DISPOSITION AGENCE MARCO POLO ou JEAN GENEST 1117, ouest, rue Ste-Catherine 25, ouest, rue Jarry Montréal H3B 1H9\tMontréal H2P 1S6 281-1481\t387-2541 FORMATION ET ENGAGEMENTS 989 Mes années de formation, le révisionnisme de la décennie de 1950 et mes engagements par MICHEL BRUNETl L\u2019histoire me passionna dès ma plus tendre enfance.Ma mère, mon père, ma grand-mère maternelle que je voyais fréquemment et quelques-uns de mes instituteurs répondirent à mes nombreuses questions sur le passé et alimentèrent ma curiosité intellectuelle.Dès que je sus lire, je dévorai tous les livres d\u2019histoire qui me tombaient sous la main.Me documenter pour communiquer En choisissant de devenir instituteur, je n\u2019avais qu\u2019une ambition: consacrer ma vie à me documenter \u2014 on ne parlait pas alors de recherches à temps et à contretemps \u2014 et à transmettre mes connaissances.Lorsque je m\u2019inscrivis à l\u2019Université de Montréal pour y préparer un M.A.en histoire et une licence en sciences sociales, économiques et politiques, j\u2019avais un projet bien défini que je chérissais secrètement: devenir titulaire d\u2019une chaire universitaire.Un heureux concours de circonstances, l\u2019appui de quelques universitaires qui m\u2019honorèrent de leur confiance et la Fondation Rockefeller me permirent de réaliser mon ambition.Étudiant aux États-Unis où je préparai mon doctorat, je complétai dans un milieu privilégié ma formation comme observateur de la vie en société.Histoire nationale et nationalisme québécois Ma rencontre avec Maurice Séguin fixa l\u2019orientation défi- I.«Mes années de formation, le révisionnisme de la décennie de 1950 et mes engagements dans Guy Rocher, dir., Les Sciences sociales au Québec, 1930-1980: continuité et rupture, Montréal, Les Presses de l\u2019Université de Montréal, 1984, 1, 45-50.Témoignage présenté au Colloque organisé par la Société Royale du Canada à l\u2019Auberge du Mont-Gabriel les 15, 16 et 17 octobre 1981.Il s\u2019agissait de faire le point sur le développement des sciences sociales au Canada français pendant un demi-siècle. 990 L\u2019ACTION NATIONALE nitive de ma carrière d\u2019historien.Même si j\u2019étais alors responsable de l\u2019enseignement de l\u2019histoire des États-Unis et de l\u2019Europe moderne et contemporaine, je décidai de consacrer mes recherches à l\u2019histoire du Canada et des Canadiens français.Ne reculant pas devant les débats, les recherchant même parfois, j\u2019avais jugé urgent de dégonfler certains mythes qu\u2019entretenait l\u2019interprétation historique que nous avaient imposée les équipes gagnantes depuis la Conquête tant au Canada anglais qu\u2019au Canada français.C\u2019était à l\u2019époque euphorique de Louis Saint-Laurent où les principaux définisseurs de situation, au service du gouvernement d\u2019Ottawa et de la majorité Canadian, tentaient de faire croire au Québécois méfiants qu\u2019un nouveau Canada bilingue et biethni-que était en gestation et qu\u2019ils devaient s\u2019y intégrer.Ces mêmes propagandistes qui proposaient à leurs compatriotes canadiens-français de se laisser assimiler par la majorité Canadian s\u2019opposaient à la politique autonomiste de Maurice Duplessis et soutenaient que l\u2019Union nationale incarnait les forces de la répression et de l\u2019obscurantisme.On vit même les anticléricaux s\u2019allier au cardinal Paul-Émile Léger contre le gouvernement du Québec lors du débat sur le financement de l\u2019enseignement supérieur.Quand les Canadiens français devinrent des Canadians ou des Québécois Ma carrière prend sa pleine dimension au cours des années 1952-1958.Fides publie en 1952 une Histoire du Canada par les textes que j\u2019ai préparée en collaboration avec Guy Frégault et Marcel Trudel.L\u2019année suivante, j\u2019expose dans une conférence prononcée à l\u2019Université de Montréal l\u2019itinéraire différent des «Canadians et Canadiens».Le Devoir donne une large diffusion à mon texte.Plusieurs observateurs de la réalité pancanadienne commencent à se rendre compte qu\u2019un Canadian n\u2019est pas nécessairement un Canadien.L\u2019histoire du pays l\u2019a voulu ainsi.En 1954, je plonge dans le débat politico-constitutionnel au sujet de l\u2019intervention fédérale dans le financement de l\u2019enseignement supérieur et soutiens le gouvernement du Québec dans ses luttes autonomistes.Mais en même temps, je dénonce les illusions des «nationaleux» agriculturistes.Lionel Groulx me prévient qu\u2019à ce régime je serai bientôt seul, sans alliés, sans amis. FORMATION ET ENGAGEMENTS 991 J\u2019essaie de lui faire comprendre que je bénéficie de la liberté académique qui n\u2019existait pas à l\u2019époque de la dictature du Parti libéral.Celle-ci avait duré jusqu\u2019en 1944.La publication, en 1955, de mon étude La Conquête anglaise et la déchéance de la bourgeoisie canadienne (1760-1793) marque un point important dans l\u2019histoire intellectuelle du Québec contemporain.Pensons à toutes les discussions et prises de position que ce texte a provoquées depuis plus d\u2019un quart de siècle.Guy Frégault lançait, la même année, Guerre de la Conquête.À la veille du deuxième centenaire de la capitulation de Montréal, les descendants des conquis de 1760 avaient atteint la maturité requise pour réévaluer leur histoire et celle du Canada Canadian.En 1956-1957, un nouveau débat sur l\u2019aide fédérale aux universités prit la manchette.J\u2019y participai pour manifester de nouveau mon appui au gouvernement provincial et pour déplorer publiquement la conduite ambivalente de quelques membres de la hiérarchie catholique prêts à recevoir les subventions d\u2019Ottawa pour contrer le pouvoir de l\u2019État québécois.Le cardinal Léger me fit savoir son déplaisir.La parution, en 1957, de mon essai d\u2019histoire intellectuelle, «Trois dominantes de la pensée canadienne-française: l\u2019agriculturalisme, l\u2019anti-étatisme et le messianisme», poursuit le travail commencé depuis 1952: débusquer les mythes-consolations et les illusions-refuges, faire connaître à mes compatriotes quels ont été les défis réels de notre évolution historique et les aider à évaluer correctement les ressources dont nous disposons pour relever ceux d\u2019aujourd\u2019hui.La publication de mes livres Canadians et Canadiens (1954) et la Présence anglaise et les Canadiens (1958) facilita la consultation de mes principaux écrits.Ceux-ci eurent une large diffusion.Responsabilités administratives Ma nomination au poste de directeur du Département d\u2019histoire, au mois de juin 1959, ne se fit pas sans tiraillements.Le cardinal-chancelier et le recteur Lussier s\u2019opposaient à ma candidature qu\u2019avait proposée, dès le mois de mars, le Conseil de la Faculté des lettres après la démission de Guy Frégault.Je dus 992 L\u2019ACTION NATIONALE faire appel à quelques amis qui connaissaient des membres du Conseil des gouverneurs de l\u2019Université de Montréal.Lors d\u2019une entrevue avec le recteur, je lui fis comprendre qu\u2019il se devait de transmettre lui-même la recommandation du Conseil de la Faculté s\u2019il voulait s\u2019épargner l\u2019humiliation d\u2019y être forcé par quelques gouverneurs qui se proposaient de l\u2019interroger à ce sujet.J\u2019avais révélé aux autorités universitaires que je savais non seulement me défendre mais que je pouvais également contre-attaquer.Ma liberté d\u2019action comme directeur du Département d\u2019histoire fut cependant limitée.Il m\u2019était très difficile, en particulier, de favoriser l\u2019engagement de jeunes professeurs québécois recrutés parmi nos meilleurs étudiants.J\u2019étais accusé de vouloir pratiquer l\u2019autofécondation, 1 'inbreeding.Certains dirigeants universitaires me reprochaient toujours mon nationalisme québécois.Par contre, l\u2019engagement d\u2019un professeur étranger ne posait, en général, aucun problème.En acceptant des responsabilités administratives, j\u2019avais renoncé à la possibilité de porter sur la place publique certains problèmes de régie interne.Nouveaux engagements Des particuliers plus immédiats sollicitaient également mon attention.En particulier, je signalai les inégalités et les injustices que perpétuait aux dépens des universités francophones le mode de financement établi par le gouvernement québécois.Ma brochure sur le Financement de l\u2019enseignement universitaire au Québec (1963) provoqua, au début de l\u2019année 1964, une discussion animée à l\u2019échelle de toute la province et conduisit à l\u2019adoption de mesures d\u2019urgence destinées à corriger la situation.Nous avons réclamé et obtenu des subventions de rattrapage.Je crois avoir bien servi, à cette occasion, mes collègues universitaires, la jeunesse étudiante et tous mes compatriotes.En 1965, au moment où un laïque accédait pour la première fois au poste de recteur, mes collègues de l\u2019Association des professeurs de l\u2019Université de Montréal m\u2019invitèrent à postuler la présidence.Ils jugeaient que ma connaissance approfondie des problèmes du Québec et de l\u2019Université de Montréal me désignait pour occuper ce poste à un moment important de l\u2019évolu- FORMATION ET ENGAGEMENTS 993 tion historique de notre institution.Le fait est que j\u2019eus de très délicates négociations à diriger au cours de ma présidence.Il me fallut aider le recteur Roger Gaudry à se rendre compte que la direction d\u2019une grande université ne se compare pas à l\u2019administration d\u2019un laboratoire pharmaceutique.Fin de ma carrière d'administrateur En 1959, mon nationalisme québécois avait rendu difficile mon accession à la direction du Département d\u2019histoire.Trois ans plus tard, le même engagement me disqualifia pour devenir doyen de la Faculté des lettres.En 1966, je ne fus pas davantage jugé digne de succéder à Pierre Dagenais, même si mes collègues du Conseil de la Faculté avaient unanimement appuyé ma candidature au décanat.Je dois avouer, cependant, que le poste de doyen ne m\u2019a jamais particulièrement intéressé.Pas plus d\u2019ailleurs que celui de directeur du Département d\u2019histoire.Je n\u2019ai pas choisi la carrière de professeur, d\u2019historien et d\u2019écrivain pour m\u2019enliser dans les marais administratifs.Dans ces trois circonstances, j\u2019avais prévenu les autorités que je me rallierais au candidat choisi s\u2019il était un universitaire canadien-français ou québécois.Quand je songe qu\u2019en 1961, après le départ du doyen Arthur Sideleau, le recteur Lussier avait eu l\u2019intention de confier le poste à un professeur importé de France! Je lui avais alors fait remarquer que ce n\u2019était pas à l\u2019heure de la décolonisation que nous devions nous conduire en colonisés! À titre de vice-doyen, je collaborai à l\u2019installation du doyen René de Chantal, que j\u2019avais connu lorsque Pierre Dagenais et moi-même, alors secrétaire de la Faculté des lettres, l\u2019avions invité à prendre la direction du Département d\u2019études françaises.A l\u2019automne de 1967, je démissionnai comme vice-doyen et directeur du Département d\u2019histoire.La bureaucratisation progressive de l\u2019appareil universitaire me répugnait de plus en plus.Ma lettre de démission était prête depuis longtemps.Je n\u2019avais qu\u2019à la dater.C\u2019est ce que je fis lorsque je calculai qu\u2019en une seule semaine j\u2019avais gaspillé plus de vingt heures à siéger dans différents comités où rien ne se décide.La fameuse participation se résume à de vaines palabres où chacun refuse de se compromettre et de prendre ses responsabilités au nom de la démocratie. 994 L\u2019ACTION NATIONALE Finalement, ce sont les bureaucrates qui triomphent.Eux, ils ont la ténacité des termites.Nouveau départ Devenu un professeur «libre», je pus me consacrer à mes recherches et à mon enseignement.En 1968, je publiais Québec-Canada anglais: deux itinéraires, un affrontement et Un essai de gravures romantiques sur le pays du Québec au XIXe siècle.L\u2019année suivante, paraissait les Canadiens après la Conquête, 1759-1775.Ce volume me mérita le Prix littéraire du Gouverneur général et le Prix France-Québec.À la réunion annuelle de la Société historique du Canada en 1969, j\u2019ai présenté une communication importante sur l\u2019histoire de l\u2019Église québécoise et sur l\u2019évolution des idéologies au Canada français, «L\u2019Église catholique du Bas-Canada et le partage du pouvoir à l\u2019heure d\u2019une nouvelle donne (1837-1854)».Cette étude a eu un grand rayonnement.En 1970, je reçus le Prix Duvernay de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal pour l\u2019ensemble de mon œuvre.De 1970 à 1972, je fus président de l\u2019Institut d\u2019histoire de l\u2019Amérique française.Membre de l\u2019Académie canadienne-française depuis 1961, j\u2019en fus le secrétaire de 1962 à 1972.J\u2019ai également été élu, en 1969, membre comme associé étranger de l\u2019Académie des sciences d\u2019Outre-Mer de France.Professeur invité en Grande-Bretagne à l\u2019hiver de 1969, je donne des conférences aux universités d\u2019Edinburgh, de Birmingham, d\u2019Oxford et de Londres.En 1972, je suis professeur invité au Centre de recherches d\u2019histoire nord-américaine de la Sorbonne.En 1976, j\u2019enseigne à l\u2019Université de Poitiers.Ces deux missions d\u2019enseignement en France s\u2019inscrivent dans le programme des échanges France-Québec qu\u2019administrent le ministère français des Affaires étrangères et le ministère québécois des Affaires intergouvemementales.En 1978, je reçus la médaille de la Société historique de Montréal.Mon enseignement et la direction de mes étudiants aux 2e et 3e cycles retiennent la majeure partie de mon temps.À l\u2019occasion, j\u2019interviens encore dans les débats publics comme j\u2019ai jugé devoir le faire lors du référendum et depuis la tentative récente du gouvernement d\u2019Ottawa de modifier arbitrairement l\u2019équili- FORMATION ET ENGAGEMENTS 995 bre constitutionnel du pays.L\u2019autonomie interne du Québec est en jeu.Conclusion Il est évident que j\u2019ai atteint le sommet de ma carrière en 1969.Dix ans plus tard, je rééditais Canadians et Canadiens, Histoire du Canada par les textes, 1855-1960, les Canadiens après la Conquête, 1759-1775.Mon livre Notre passé, le présent et nous (1976) mettait à la disposition d\u2019un public plus considérable mon étude sur l\u2019Église du Bas-Canada et rendait accessibles plusieurs textes jusqu\u2019alors connus seulement de quelques initiés.Il me reste à me raconter moi-même, à rendre témoignage, à dresser un bilan.J\u2019y suis engagé depuis un an.Cette tâche accomplie, je pourrai peut-être m\u2019attaquer à des études biographiques.Pénétrer dans l\u2019intimité de quelques-uns de nos plus grands chefs politiques au moment où ils complètent leur dernier tour de piste me tente depuis longtemps.Le livre s\u2019intitulerait Fins de carrière. 996 L\u2019ACTION NATIONALE Une politique familiale par la SS JB de Sherbrooke1 1-\tPosition de base de la SSJBS L\u2019État doit favoriser une définition claire et sans ambiguïté de l\u2019institution familiale et l\u2019inscrire dans un projet de société dont elle est, et doit demeurer, la cellule fondamentale et privilégiée.La priorité doit être donnée à la promotion de la famille «normale», c\u2019est-à-dire, celle qui naît de l\u2019engagement mutuel du couple, devant la communauté, et qui se réalise, d\u2019abord, dans l\u2019épanouissement de l\u2019amour qui l\u2019unit, et dans l\u2019éducation des enfants qui en seront le fruit.Sans condamner ni porter de jugement sur les autres situations que le LIVRE VERT semble vouloir assimiler ou intégrer à une définition plus large de la famille, la SSJBS considère qu\u2019une telle orientation ne serait pas compatible avec la CHARTE DES DROITS DE LA FAMILLE (Annexe), et qu\u2019elle compromettrait dangereusement l\u2019avenir social, spirituel et culturel de la nation canadienne-française.La politique familiale de l\u2019État québécois doit être mise sous la direction d\u2019un MINISTÈRE DE LA FAMILLE.2-\tNotre impression sur le «livre vert» se résume ainsi: a) Il décrit la famille comme un phénomène social en mutation, au lieu de la voir en tant que noyau fondamental de la société québécoise.1.Le gouvernement du Québec, en octobre 1984, a exposé dans un Livre vert sa politique familiale, pour que le public l\u2019étudie.La SSJB de Sherbrooke a confié à un Conseil diocésain, composé de M.Roméo Paquette, Mme Pierrette Boucher, Mme Germaine Gagnon, M.Marcel Laflamme et M.Marcel Bureau, d\u2019en faire une lecture intelligente et de proposer les améliorations qui semblent s\u2019imposer.Nous publions ce travail pour aider tous les mouvements et tous les groupes à se pencher sur ce problème et à donner leurs vues.Ce mémoire a été approuvé par la SS JB de Sherbrooke en février 1985. UNE POLITIQUE FAMILIALE 997 b)\tSes préoccupations sont administratives et non pas fondées sur la promotion de la vie familiale que nous allons qualifier, sans réserve, de normale.c)\tIl cède à la tendance des bureaucrates à s\u2019abstenir de tout jugement de valeur, alors que la société québécoise doit appuyer son projet d\u2019avenir sur la préservation de l\u2019institution familiale consacrée par l\u2019histoire.d)\tIl manifeste un souci d\u2019équité par rapport aux situations diverses qui caractérisent une société en pleine crise de valeurs.Mais, une politique familiale doit refléter une distinction claire entre la situation «normale» et celles qui se situent en marge du concept traditionnel de la famille.e)\tIl pose la question clef concernant le «travail familial» mais n\u2019aborde pas le «service de la vie» comme une valeur à privilégier.f)\tSon traitement du vocabulaire dit «familial (p.39) n\u2019est pas satisfaisant.3- Échec ou absence de politique sur la famille À quoi serviront les progrès économiques et technologiques si le tissu social tombe en lambeaux?En effet, le livre vert sur la famille présente des statistiques accablantes: 1.\tLes familles monoparentales représentent maintenant 20% de l\u2019ensemble des familles; le taux a doublé en quelques années.2.\tLes divorces ont atteint 56,7% des mariages en 1982.3.\tLes unions de fait, environ 20% des mariages.4.\tEn 1981, il n\u2019y avait plus que 58% de personnes mariées contre 42% de célibataires.5.\tCinquante pourcent (50%) des familles sont sans enfants (240 000 couples) ou avec un seul enfant (450 050 familles).6.\tOn compte une moyenne de 1,57 enfant par famille en 1982 et 1,45 pour 1983, alors qu\u2019il faudrait 2,1 enfants pour le seuil de remplacement soit atteint.7.\tLes naissances hors mariage sont passées de 3,1% en 1951 à 15,6% en 1981.8.\tLes femmes battues, les batteurs et les enfants victimes font 998 L\u2019ACTION NATIONALE un total de près d\u2019un million de personnes.Si on ajoutait les statistiques du suicide, de la prostitution des jeunes et des enfants, des maladies vénériennes, des avortements, des bonheurs brisés, on aurait un tableau presque insupportable du Québec.Le Québec a perdu la foi en l\u2019amour et en la vie, notamment en se faisant manipuler par des agents qui véhiculent la révolution sexuelle et la destruction des valeurs du mariage et de la fidélité.Il appert que seuls la manifestation d\u2019une volonté politique (création d\u2019un ministère de la Famille) et le retour à l\u2019ordre naturel et les bonnes mœurs pourront redonner vie à la vie familiale épanouie.Notre plus grand défi collectif, c\u2019est de nous reconcilier avec nous-mêmes, avec nos racines.4- Une politique familiale Alors que les sondages présentent la famille comme étant le lieu primordial du bonheur, le contexte politico-culturel en favorise plutôt l\u2019éclatement.Depuis quelques décennies le gouvernement élabore des législations qui font le plus souvent référence aux forces vouées à la destruction de la vie familiale.Pour satisfaire des minorités agissantes, le gouvernement discrimine la majorité des familles qui essaient de vivre sainement.Me Émile Locas, président des juristes catholiques du Québec, dénonce une conspiration politique qui torpille l\u2019entreprise familiale.Le droit civil détaché de la morale conduit à des aberrations via des législations de plus en plus permissives: \u2014\tfiscalement, il est plus intéressant de vivre en concubinage; \u2014\tle ministre fédéral de la Justice propose une législation qui ferait du contrat de mariage un contrat plus facile à détruire que n\u2019importe quel autre contrat régi par le Code civil; \u2014\tl\u2019avortement au Canada tient le premier rang des décès (65 000) par rapport à (49 000) dus aux troubles cardiaques.Désormais, on arrive à détruire des êtres humains à l\u2019intérieur du cadre juridique autorisé.La famille se révèle l\u2019un des biens les plus précieux de l\u2019humanité.Ce sont les familles heureuses qui font les cités humai- UNE POLITIQUE FAMILIALE 999 nés.La meilleure façon de préparer l\u2019avenir au Québec consiste à instaurer une politique familiale qui reconnaît les dangers qui menacent la vie familiale et qui assure un milieu favorable à son épanouissement.Le gouvernement doit corriger certaines erreurs historiques qui blessent les droits et les devoirs de la famille et articuler une politique conforme à la charte des droits de la famille.5- Une famille forte et unie 1.\tLa première place de la qualité de vie en société réside dans la famille, qui est l\u2019une des richesses les plus inestimables ici-bas.2.\tL\u2019analyse des causes de la détérioration de la vie de famille réside dans un contexte politico-culturel décadent au point de vue des valeurs morales.3.\tLa société de consommation fondée sur la permissivité et l\u2019égoïsme contribue grandement à miner l\u2019institution familiale.4.\tLa décomposition de la famille ne doit pas être encouragée ou institutionnalisée par l\u2019État; celui-ci doit plutôt prendre la défense des vraies valeurs familiales.5.\tEn dénaturant la notion de famille on en vient à rechercher le divorce idéal plutôt que le mariage idéal.6.\tAu lieu de prôner le féminisme via un ministère de la condition féminine, il serait préférable de la part de l\u2019État de se préoccuper concurremment de la promotion de la femme, de l\u2019homme et des enfants dans une perspective de solidarité et d\u2019équilibre.7.\tL\u2019État se doit d\u2019élaborer une politique centrée sur la famille en tant que base fondamentale de son programme politique.8.\tL\u2019amour de la patrie et un sain nationalisme renvoient, entre autres, à la consolidation de la cellule familiale, au respect de la vie, à la reconnaissance du travail au foyer et à la valorisation de la natalité.9.\tLa bonification de la vie familiale implique la promotion de valeurs «longues» et morales: foi, amour, éducation, travail, autorité, responsabilité, générosité, solidarité. 1000 L\u2019ACTION NATIONALE 10.Une nation forte et unie est le résultat d\u2019une majorité de familles saines.6- Les principes de base qui doivent orienter un «livre blanc» Le «Livre Vert» n\u2019est pas une proposition de politique, mais une invitation à la consultation.Il faut donc présumer qu\u2019un livre blanc paraîtra.Toutefois, à la lumière de l\u2019évolution politique des vingt dernières années, nous ne serions pas surpris de voir dans un «livre blanc» la même absence de prédilection pour la famille traditionnelle.Pourquoi?Peut-être parce que ce n\u2019est pas la famille «normale» qui cause des problèmes à l\u2019État.Ce sont les cas divers qui s\u2019adressent aux agences ou services publics et para-publics pour lesquels l\u2019État voudrait établir un cadre satisfaisant.Il est vrai que les statistiques sont effarantes.Près d\u2019un mariage sur deux, selon les chiffres du «Livre Vert», se terminera par un divorce.Plus de 20% des unions sont des «unions de fait».Près d\u2019un demi-million de pères et mères de famille ont laissé leurs enfants aux soins d\u2019autres familles ou d\u2019institutions.Par ailleurs, 4 500 000 Québécois vivent une vie normale, puisque parents et enfants cohabitent.Pour nous, de la SSJB, c\u2019est ce dernier chiffre qui est le plus important.C\u2019est celui qui représente la situation qu\u2019il faut promouvoir.Nous sommes d\u2019avis que les situations anormales doivent faire l\u2019objet de la préoccupation de l\u2019État, surtout là où des enfants sont appelés à souffrir.Nous n\u2019avons pas l\u2019intention de porter de jugement sur les personnes autrement qu\u2019en observant qu\u2019elles sont probablement conditionnées par l\u2019ensemble des influences qui les assaillent de toutes parts.Mais, nous devons mettre l\u2019État en garde contre la tentation de fonder sa politique familiale sur «la diversité des options» plutôt que sur l\u2019encouragement du noyau familial formé par le couple engagé et les enfants qui sont le fruit de cet engagement.D\u2019abord, qu\u2019est-ce qui est «normal»?La famille normale est celle qui a été consacrée par l\u2019expérience humaine, par la majorité des sociétés terrestres, par la UNE POLITIQUE FAMILIALE 1001 Révélation, et qui est la plus conforme à l\u2019ordre naturel et social.Sa définition ne peut être simplifiée dans une seule phrase (P- 34).La famille normale, c\u2019est, au départ, l\u2019homme et la femme qui se sont engagés, l\u2019un envers l\u2019autre, de façon officielle, devant la communauté.C\u2019est le couple «marié» à l\u2019église ou à la cour.Le «groupe parent(s)-enfant(s)» n\u2019est pas acceptable comme définition, puisqu\u2019il n\u2019établit pas la valeur fondamentale et essentielle du mariage, noyau de base de notre civilisation et de notre culture.La FAMILLE NORMALE est celle qui nous a été révélée par des millénaires d\u2019expérience civilisatrice: le COUPLE contractant une alliance devant la société dont il fait partie et s\u2019engageant à respecter les devoirs qui découlent de cette union.Unité indissoluble dans l\u2019intérêt des deux parties, des enfants et de la communauté tout entière.Devoirs réciproques de complémentarité qui se prolongent auprès des enfants qui pourront naître, et devoirs de responsabilité rattachés au bien-être, à l\u2019éducation et à l\u2019insertion sociale de ceux-ci.Devoirs qui ne peuvent être interrompus sans préjudices pour l\u2019un ou l\u2019autre des époux ou pour les enfants qui sont nés de cette union ou qui ont été adoptés par le couple.En un mot, la société est formée d\u2019individus et de familles, en principe autonomes, qui doivent assumer leurs parts de responsabilités vis-à-vis d\u2019eux-mêmes, de leurs proches et, par extension, de la communauté humaine tout entière.L\u2019inverse n\u2019est justifiable que lorsque des individus ou des familles, et même des sociétés, sont frappés par des épreuves ou des empêchements dont la solution dépasse leurs moyens propres.Le devoir de l\u2019État consiste donc à reconnaître, tout d\u2019abord, la famille «normale», légitime, et légalement constituée.Toute autre situation familiale doit être perçue dans la perspective d\u2019un phénomène sociologique influencé par des condi- 1002 L\u2019ACTION NATIONALE tions de l\u2019environnement dont il faut tenir compte, mais qui ne doivent pas être considérées comme permanentes ou décisives pour une société en continuité.La famille normale à promouvoir Une politique familiale doit avoir pour objet principal la PROMOTION DE LA FAMILLE NORMALE.Nous devons déplorer le fait que la vocation familiale soit considérée présentement comme inférieure aux carrières professionnelles et à l\u2019acquisition de la sécurité matérielle.Les sociétés occidentales passent par une crise de matérialisme qui porte préjudice aux valeurs fondamentales.La famille, cellule de base de toute société, en souffre de façon particulière.Parmi les symptômes de cette crise: la dénatalité, l\u2019éclatement des foyers, l\u2019insécurité des enfants, l\u2019impact du lobby en faveur du «droit» (sic) à l\u2019avortement, etc., qui vont à l\u2019encontre du projet central de toute vie, «Croître et se multiplier».Le comportement actuel des sociétés dites «développées» fait preuve de contradiction.Avec les connaissances et les techniques qui sont, pour la première fois, à notre disposition, nous serions en mesure d\u2019éliminer la misère, la faim et l\u2019aliénation de l\u2019environnement naturel et de ses ressources.Pourtant, au lieu de mettre tout cet actif et l\u2019expérience humaine transmise, depuis des millénaires, de génération en génération, au service de l\u2019humanité et de son bien-être, nous semblons, au contraire, accentuer la misère, les injustices, la surexploitation, les divisions, au lieu d\u2019aspirer au plein épanouissement de l\u2019espèce humaine, en harmonie avec la nature.Notre époque est devenue celle de l\u2019instantané, du court terme et de la mise au rancart de tout ce qui n\u2019est pas monnayable.À cause de cette soumission à l\u2019invasion constante des marchands d\u2019illusions, nous voyons, aujourd\u2019hui, la famille se désagréger.La cellule même de la vie socile éclate devant les promesses du matérialisme moderne.Les obligations du foyer sont devenues une charge qu\u2019un très grand nombre rejette, parce qu\u2019elles font appel au dévouement, à l\u2019oubli de soi, alors que la société de consommation offre des promesses de gratification instantanée.Pour un nombre grandissant, la vocation naturelle UNE POLITIQUE FAMILIALE 1003 du mariage et des soins d\u2019une famille apparaissent comme un obstacle au bonheur; ce qui est une forme de maladie, puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une attitude contre nature.Il n\u2019est donc plus justifiable de traiter la question familiale sans préjugé favorable.La famille normale, la paternité et la maternité, les qualités morales et spirituelles qui doivent présider au sain développement du noyau familial, pour une société équilibrée et en plein essor, tout cela devrait être au centre même d\u2019un énoncé de politique familiale.À ce chapitre, le Livre vert semble tout à fait indifférent.Pour ses auteurs, il semble qu\u2019il ait fallu faire le silence sur quatre mille ans d\u2019évolution de la civilisation judéo-chrétienne, de peur, peut-être, d\u2019être accusés d\u2019entretenir des velléités religieuses.Une politique familiale doit être appuyée par une détermination de redonner à la famille la première place dans la société québécoise.Les politiques sociales doivent être conçues de telle sorte que le service de la vie n\u2019apparaisse plus comme une tâche infériorisante.8- Le SERVICE DE LA VIE, la plus grande des professions Les mutations sociales et culturelles des dernières décennies, surtout en Occident, ne doivent pas faire oublier aux gouvernements que si les sociétés subissent des changements, la nature humaine, elle, demeure la même.Si le noyau familial traditionnel est actuellement perturbé par une société axée sur la consommation de bien matériels, donc poussée à rendre possible l\u2019acquisition de ces biens, ce serait erreur fondamentale que d\u2019accepter les perturbations que subit l\u2019institution familiale comme un phénomène normal.Nos gouvernements doivent être invités à la prudence, lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019encadrer par des lois des notions et des principes qui vont à l\u2019encontre de l\u2019expérience sociale, humaine et religieuse.Nous sommes en accord avec le fait que le gouvernement doive tenir compte des situations et «gérer» les «crises» avec justice.Il ne lui appartient pas de juger les individus ni de les empêcher d\u2019agir selon l\u2019état de perception dans lequel ils se trouvent à 1004 L\u2019ACTION NATIONALE un moment donné ou dans un autre.Ce que nous disons, c\u2019est que l\u2019encadrement d\u2019une politique familiale doit être suffisamment clair et flexible pour qu\u2019à la fois le NOYAU FAMILIAL NORMAL soit perçu comme étant privilégié, et que les autres situations soient identifiées comme étant des déviations ou des conséquences de conditions normales.Or, à cette époque où les carrières et professions semblent vouloir l\u2019emporter sur la vocation familiale, il est temps que la hiérarchie des valeurs soit rétablie et que la vocation familiale, donc, le SERVICE DE LA VIE, soit considérée comme une «profession» digne et valorisée.Pour y arriver, il faudra repenser des données de base comme, par exemple, le REVENU FAMILIAL.Il faudra faire cesser l\u2019iniquité qui frappe LA FEMME AU FOYER et qui la prive de bénéfices, entre autres, comme ceux du Régime des rentes.La plus haute profession, celle du SERVICE DE LA VIE, c\u2019est pas comptabilisée.La FEMME, qui a choisi de suivre sa vocation naturelle de mère de famille, se retrouve, après avoir contribué à assurer à la nation sa continuité, sans ressources personnelles, sans autre sécurité que celle que lui accordent son époux et la société.L\u2019économie de marché qui est la nôtre, et qui est à base d\u2019échanges de services contre rémunération, semble impuissante à réconcilier les valeurs fondamentales avec les valeurs marchandes.Il faut, pourtant, que l\u2019économie soit mise au service de l\u2019humain et des valeurs les plus sacrées.9- Les autres situations La famille dite «monoparentale» Il ne peut y avoir qu\u2019une sorte de famille qui pourrait être affublée d\u2019un tel néologisme: c\u2019est celle où l\u2019un des deux membres est décédé.Sinon, il y a toujours DEUX PARENTS à tout enfant, à moins de cloning ou de manipulation génétique.Heureusement, nous n\u2019en sommes pas encore là! À l\u2019exception du veuvage, il s\u2019agit d\u2019une situation où l\u2019un des membres du couple n\u2019assume plus ses responsabilités.S\u2019il est UNE POLITIQUE FAMILIALE 1005 autonome ou s\u2019il est entré dans une autre liaison, il est présumé délinquent.Aux fins d\u2019une politique familiale, il nous apparaît très dangereux de placer dans la même catégorie décès et délin-quence.Par ailleurs, le membre du couple qui assume, en partie ou totalement, le soin d\u2019un ou de plusieurs enfants, mérite une considération spéciale, puisque ce qui compte, c\u2019est l\u2019épanouissement de l\u2019être innocent auquel il faut éviter, dans la mesure du possible, les traumatismes d\u2019une situation anormale.Anormale, en effet, puisque ces enfants sont privés d\u2019un élément important de leur environnement naturel.Les «unions de fait» La mode actuelle est aux unions de fait.Elle est à déplorer, puisqu\u2019elle est un reflet d\u2019un manque d\u2019engagement, d\u2019un individualisme à deux, d\u2019une immaturité, lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019adolescents, d\u2019une indiscipline sociale ou d\u2019une inconscience du rôle du couple dans une société civilisée.L\u2019État doit continuer à considérer les membres de tels couples comme personnes seules qui vivent en concubinage.Si des enfants sont issus de telles unions, l\u2019État devra exiger des garanties de la part de chacun des parents naturels concernant les soins, l\u2019éducation et l\u2019avenir desdits enfants.Seul un mariage légal devrait régulariser ces unions de fait.Sinon, l\u2019État pourra être perçu comme n\u2019attachant pas d\u2019importance à la qualité fondamentale de la famille normale.10- Politique familiale inscrite dans un projet de société Nous avons voulu situer notre démarche dans la perspective d\u2019une continuité historique.Au cours de quatre siècles, notre peuple s\u2019est développé de façon distinctive et il a formé une nation.Sa culture est unique en Amérique du Nord.Chacune des générations qui nous ont précédés a lutté pour la préservation d\u2019un patrimoine culturel.Cette culture n\u2019aurait pas atteint sa maturité actuelle sans la famille québécoise traditionnelle.Ce sont les valeurs familiales qui sont à la base de toute la dynamique qui nous autorise à penser que nous pouvons encore survivre en tant que nation distincte. 1006 L\u2019ACTION NATIONALE Or, nous avons l\u2019impression que les auteurs du LIVRE VERT n\u2019ont pas pris conscience de cette réalité.Le contexte en est un qui reflète une sorte de résignation devant l\u2019éclatement des frontières.Au lieu de nous demander si nous avons, nous aussi, quelque chose à contribuer au mieux-être d\u2019une humanité manipulée par ses marchands d\u2019illusions, nous sommes peut-être devenus les consommateurs les moins avertis de la planète.Nous avons ouvert nos portes à toutes les modes, à toutes les marchandises, et nous sommes moins autonomes, aujourd\u2019hui, qu\u2019à n\u2019importe quel moment de notre histoire.L\u2019éclatement des familles, grâce, en particulier, à l\u2019invasion des media électroniques, se fait au même rythme que l\u2019éclatement de notre tissu social lui-même.Les convictions religieuses et patriotiques qui nous unissaient sont passées par dessus bord, et la seule valeur à laquelle ont semblé vouloir se raccrocher nos élites des deux dernières décennies, la langue française, est en voie de subir le même sort si l\u2019on en croit l\u2019incohérence des sondages.Il est donc impératif qu\u2019une politique familiale s\u2019appuie sur des valeurs qui, si elles ont été quelque peu oubliées ou négligées depuis une vingtaine d\u2019années, n\u2019en doivent pas moins être proposées de nouveau, même s\u2019il faut leur donner une identification qui les associe autant avec l\u2019expérience civilisatrice qui remonte à plusieurs milliers d\u2019années qu\u2019avec notre passé religieux.Or, n\u2019en déplaise à ceux qui invoquent notre prétendue mutation vers le pluralisme, nous sommes encore un peuple dont l\u2019homogénéité dépasse certainement celle de toutes les nations qui nous entourent.Les liens familiaux forment le tissu le plus ténu de la nation canadienne-française.Notre plus grande richesse est encore la «parenté», plus ou moins éloignée, qui forme la base d\u2019une société de concertation, capable d\u2019innover si on lui propose un idéal.Ce qu\u2019il faut proposer, c\u2019est un projet de société qui fasse appel aux qualités individuelles, à l\u2019amour de la vie, à la soif des valeurs humaines valorisées.Il faut que la femme québécoise puisse voir son rôle de mère de famille et de première éducatrice valorisé.Dans un projet de société fondé sur la qualité de vie familiale, il faudrait considérer des phénomènes comme celui des gar- UNE POLITIQUE FAMILIALE 1007 deries publiques comme transitoires et appelés à disparaître avec l\u2019évolution d\u2019une intégrité familiale plus authentique.Une société juste verra à attacher moins d\u2019importance à la recherche d\u2019une carrière ou d\u2019une tâche rémunératrice pour les deux membres du couple, aussi bien que pour les adolescents.Le «service de la vie» sera plus valorisant quand il ne sera plus perçu comme un frein à l\u2019épanouissement de l\u2019individu dans la société.Dans un projet de société au centre duquel rayonne la famille, il ne sera plus question d\u2019une telle aberration que les cliniques d\u2019avortement, la lutte des femmes pour la maîtrise de leur corps.Enfin, notre Québec doit cesser d\u2019importer des valeurs et chercher son autonomie de pensée, de créativité, d\u2019innovation et de recherche de sa propre destinée.Il a maintenant tous les éléments et il est en mesure de distinguer entre ce qu\u2019il vaut la peine de s\u2019intégrer et ce qui n\u2019a été qu\u2019un caprice d\u2019adolescence.11- Propositions 1.\tPromouvoir une éducation favorisant une révolution à la responsabilité: utilisation à cette fin des puissants appareils publics et privés.2.\tConcevoir une devise nationale dont la famille serait au cœur de l\u2019énoncé: Exemple: «Coopération \u2014 Famille \u2014 Patrie».3.\tÉlaborer une charte des droits de la famille en s\u2019inspirant notamment de celle de Jean-Paul II (voir annexe).4.\tDoter le Québec d\u2019un ministère de la Famille au lieu d\u2019un ministère de la condition féminine et éventuellement de la condition masculine ou enfantine.5.\tDéfendre et honorer la vie en bannissant les cliniques d\u2019avortement, faisant du contribuable un complice et un bailleur de fonds au meurtres autorisés par l\u2019État.8.Appuyer la politique familiale sur nos racines (françaises, latine, catholique) ainsi sur que nos traits culturels originaux (culture qualitative, personnaliste et communautaire).7.Intégrer la politique familiale à un projet de société porteur d\u2019espérance via une révolution qualitative et pacifique favori- 1008 L\u2019ACTION NATIONALE sant un bien-vivre ensemble et proposant un idéal collectif fondé sur: \u2014\tun économie sociale d\u2019inspiration coopérative; \u2014\tun nouvel ordre politique au service de la personne; \u2014\tune réconciliation entre culture et foi (retour aux sources).8.Fournir le support matériel nécessaire aux familles, afin de \u2014\tfavoriser l\u2019accès à l\u2019acquisition d\u2019une propriété résidentielle; \u2014\tbonifier le travail de la mère au foyer; \u2014\tpallier les dépenses supplémentaires d\u2019un enfant par un montant forfaitaire; \u2014\taccorder un congé de maternité d\u2019au moins un an demandé par toute femme au travail. AUX SOURCES DU DÉSARMEMENT IDÉOLOGIQUE 1009 Aux sources du désarmement idéologique par JACQUES POISSON La notion de désarmement idéologique est doublement désolante: en soi tout d\u2019abord et par les remèdes qu\u2019elle peut évoquer.En effet, l\u2019armement idéologique est terrifiant.Que reste-t-il comme choix?Un esprit critique poussé à l\u2019extrême, mais tempéré par ce qui subsiste de l\u2019humanisme ou, si l\u2019on veut, une conscientisation globale et courageuse de notre situation de dépendance.C\u2019est beaucoup demander, sachant que le nationalisme québécois est plutôt gaulois et brouillon que romain et structuré.«J\u2019veux rien savoir» est presque une devise nationale dans le Québec d\u2019aujourd\u2019hui; pour peu qu\u2019on y prenne garde, on l\u2019entend partout et en toutes occasions.Est-ce que des spécialistes de la psychiatrie sociale s\u2019intéresseront un jour à cet étrange phénomène?L\u2019occasion du présent article Dans La Presse du 27 mars dernier a paru, sous la signature de Jean-Paul Desbiens et sous le titre L\u2019oncle des États, un article qui m\u2019a semblé propre à illustrer à la fois l\u2019obscurantisme traditionnel et une théorie de l\u2019endoctrinement exposée dans un ouvrage assez récent d\u2019Olivier Reboul '.Puisse l\u2019ex-Frère Untel ne pas m\u2019en vouloir de le prendre pour cobaye dans mon essai d\u2019analyse! Je ne me fais pas trop de scrupule, le sachant aguerri.La pièce au dossier Cette désignation me vient tout naturellement à l\u2019esprit, bien que je ne veuille pas faire de procès à l\u2019auteur, que je trouve I.L\u2019endoctrinement, Presses Universitaires de France, 1977. 1010 L\u2019ACTION NATIONALE simplement «exemplaire» d\u2019une résignation obscurantiste à l\u2019endoctrinement, qui est fort répandue.À mon avis, la mise en veilleuse de l\u2019esprit critique est encore plus funeste à l\u2019indépendantisme que les courbettes politiciennes devant Ottawa et Washington.Jean-Paul Desbiens commence son article par un préambule sur la difficulté de savoir ce que les Grands se disent quand ils se rencontrent.Des entretiens de Yalta, il passe à ceux de Québec entre Reagan et Mulroney.Comme il n\u2019y a pas assisté, il juge tout aussi bon de s\u2019en remettre à son propre sentiment, et cite Alain là-dessus: «Le sentiment est la source des plus grandes certitudes.» La suite n\u2019a guère de rapport avec le préambule, comme nous le verrons.En effet, notre auteur aborde son sujet par une question très peu politique: «Combien de Québécois ont un oncle aux États-Unis?» Lui, il en a un.Cette parenté expliquerait ce qui suit: «Ma première certitude, c\u2019est que nous aimons les États-Unis.Ils sont notre première référence et notre premier fournisseur d\u2019images tout terrain.» Jean-Paul Desbiens s\u2019en prend ensuite aux «intellectuels divorcés d\u2019avec le peuple», qui n\u2019éprouvent pas le même sentiment, ainsi qu\u2019ils l\u2019ont montré après le référendum.L\u2019explication de ce désaccord ne tarde pas: «L\u2019important, pour ces artistes et écrivains, c\u2019est d\u2019avoir une couverture parisienne et un prix France-Québec à répétition.» Notre auteur, qui aime les États-Unis, n\u2019ignore pas pour autant ses «sources culturelles», qu\u2019il appelle «ses racines» et dont il décline les noms: Alain, Bernanos, Bloy, Céline, Fouras-tié, Montaigne, Montherlant, Pascal, Thibon et Valéry.Il ne précise pas en quoi se distinguent essentiellement les «couvertures parisiennes» et les «racines françaises», les unes infamantes et les autres honorables, mais il nous apprend que son propre frère ne rêve que du Sud. AUX SOURCES DU DÉSARMEMENT IDÉOLOGIQUE 1011 Dans le monde manichéen où nous vivons, aimer les États-Unis ou le Sud ne se conçoit pas sans une polarisation négative correspondante.«Quand je dis que nous aimons les États-Unis, je veux dire aussi que l\u2019Histoire nous a mariés ensemble, vu que la France ne misait guère (et ne mise pas davantage aujourd\u2019hui), sur la bâtarde qu\u2019elle avait faite de ce côté-ci.» Les deux pôles \u2014 l\u2019amour et la haine \u2014 étant bien établis, comme dans les joutes de hockey, dans les campagnes électorales et devant le partage de la planète entre capitalistes et communistes, il ne restait plus à Jean-Paul Desbiens qu\u2019à poser les raisons de ses affinités électives.a)\t«Les colonies françaises adolescentent mal.» b)\t«Les États-Unis sont nés sous l\u2019idée de liberté.La vraie: la liberté individuelle.La liberté française, c\u2019est la liberté abstraite.» Fort de ces deux certitudes, qui se passent évidemment de démonstration, Jean-Paul Desbiens peut conclure avec assurance: c)\t«Une métropole londonienne est tout juste un peu moins marâtre qu\u2019une métropole parisienne.Métropole pour métropole, je bénis l\u2019Histoire.» En d\u2019autres termes, Jean-Paul Desbiens n\u2019aime pas l\u2019Empire britannique d\u2019hier autant que l\u2019Empire américain d\u2019aujourd\u2019hui, mais il rend grâce à Londres de nous avoir coupés du pays de nos origines en 1759.Le côté le plus paradoxal de cette position en faveur de la domination britannique passée et de l\u2019union fraternelle présente avec les États-Unis, c\u2019est que Jean-Paul Desbiens la cautionne par ses «racines françaises», c\u2019est-à-dire par onze grands écrivains et penseurs de France.Il fait témoigner de célèbres disparus, qui ont illustré le pays de nos origines, pour glorifier notre colonisation par l\u2019Angleterre et justifier notre satellisation par les États-Unis.Le procédé est de mauvais goût, pour ne pas dire davantage.En effet, enrégimenter des défunts pour une cause qu\u2019ils n\u2019auraient sûrement pas choisie est peu respectueux de 1012 L\u2019ACTION NATIONALE leurs libertés individuelles.Associer des morts à une trahison intellectuelle est un abus de pouvoir inouï.Pour ce qui est du cheminement d\u2019un petit peuple comme le nôtre aux côtés de la superpuissance voisine, Jean-Paul Desbiens se fait tout rassurant, avec la pseudo-sanction du grand fabuliste français, extorquée outre-tombe.«Pot de terre, pot de fer, je ne suis pas inquiet.Les trop gros sont rejetés par l\u2019évolution des muscles ou des armes, comme le montrent les dinosaures et les crabes.La Fontaine, relayant Ésope, mâchouillait cette vérité en même temps qu\u2019une tige de mil.» Voilà une autre grande recrue pour prêcher l\u2019abandon aux États-Unis.Morale: l\u2019étreinte d\u2019un dinausore (les États-Unis) est moins redoutable ou détestable que le froid contact avec une métropole marâtre (la France).Comme «travail à la hache», ainsi que disait le Frère Untel, c\u2019est achevé.Toutefois, la grossièreté de l\u2019outil n\u2019exclut pas la démarche matoise.À quoi reconnaître l\u2019endoctrinement Avant d\u2019examiner l\u2019article de Jean-Paul Desbiens à la lumière de la théorie de l\u2019endoctrinement, je me demande si ce n\u2019est pas lui accorder une importance démesurée.Quatre qualifications toutes simples ne suffiraient-elles pas pour classer le genre: préjugés de demi-assimilés, mauvaise foi plus ou moins consciente, cynisme et culte de la puissance?D\u2019autre part, il y a sûrement avantage à nous exercer à l\u2019analyse de 1 endoctrinement, d\u2019autant plus que le pays voisin est une superpuissance de la publicité, de la propagande et des télécommunications.Autre facteur, la prose de Jean-Paul Desbiens est diffusée dans la page éditoriale de notre plus grand quotidien.Cette hospitalité pour le moins étrange pose bien des questions, sauf si on souscrit au principe voulant que l\u2019infrastructure économique régisse fatalement les comportements culturels. AUX SOURCES DU DÉSARMEMENT IDÉOLOGIQUE 1013 Les cas d\u2019endoctrinement L\u2019étude de Reboul porte sur l\u2019enseignement, pour l\u2019essentiel.Aux fins de mon analyse, j\u2019assimilerai le journaliste (ou collaborateur spécial) à l\u2019enseignant, comme l\u2019un et l\u2019autre exercent en quelque sorte une fonction magistrale et que, de toute façon, les résultats sont analogues.Reboul distingue treize cas d\u2019endoctrinement.Je n\u2019en retiendrai que cinq, afin de ne pas m\u2019étendre indûment.1.\tL\u2019argument d\u2019autorité Jean-Paul Desbiens cherche à établir son autorité en s\u2019appuyant faussement sur Alain, ce maître de la nuance et de la probité intellectuelle, et le cite: «Le sentiment est la source des plus profondes certitudes.» Ce passage, replacé dans son contexte, n\u2019autoriserait nullement l\u2019exploitation éhontée qui en est faite.«C\u2019est vrai, puisque je le dis» conclurait Reboul.Le collaborateur de La Presse demande, en somme, qu\u2019on lui fasse confiance parce qu\u2019il a des «certitudes» et parce qu\u2019un philosophe français a écrit sur le rapport entre sentiment et certitude.Alain savait aussi, sans aucun doute, autre chose sur la certitude.Qu\u2019aurait-il dit de cette citation: «C\u2019est la certitude qu\u2019ils tiennent la vérité qui rend les hommes cruels»?2.\tEnseigner à partir de préjugés Selon Reboul, «un préjugé est un jugement antérieur à tout jugement, un parti pris généralement inconscient et qui commande toutes les attitudes ultérieures: évaluations, sélection des faits, réponses aux objections.» Quand Jean-Paul Desbiens attribue aux États-Unis la «liberté individuelle», la seule vraie, ajoute-t-il, et qualifie la «liberté française» de liberté abstraite, non seulement il s\u2019abandonne au parti pris, mais il verse dans 1 affirmation gratuite, dans la généralisation dénuée de sens.Notons que la guerre américaine de l\u2019Indépendance a été faite d abord pour la conquête d\u2019une liberté collective et politique, qui impliquait sûrement d\u2019autres libertés, dont les individuelles et les commerciales.Séparer artificiellement les diverses formes de liberté, à sa façon, dénote bien plus l\u2019adhésion à des stéréotypes néo-colonialistes que l\u2019exercice de l\u2019intelligence.En vertu de quelle loi est-ce que tous les Américains ou tous les Français 1014 L\u2019ACTION NATIONALE entretiendraient respectivement des conceptions de la liberté uniformes, étanches et fixes?Exalter la «liberté américaine» pour décrier la «liberté française» n\u2019équivaut-il pas à un déplacement d\u2019allégeance sous le couvert d\u2019un choix entre deux «libertés», aussi factice qu\u2019inepte?C\u2019est pourquoi je soulève la question de la politique de La Presse en ce qui concerne cette «collaboration spéciale».On imagine facilement comment la Gazette réagirait si l\u2019un de ses «columnists» s\u2019avisait de dégobiller sur le monde anglo-saxon, sur les «libertés» anglaises ou américaines, sur la colonisation britannique.Ce serait pourtant facile en sélectionnant leurs côtés faibles et leurs zones grises, en variant les critères, en transcendant les perspectives nationales, en adoptant le point de vue de Sirius.Montaigne, La Fontaine et Alain seraient de précieux guides en matière de relativisation intelligente.Il ne faudrait pas, non plus, se priver de Molière.Enfin, le doute méthodique serait utile également.Une fois sur cette lancée, pourquoi ne pas recourir aussi aux pyrrhoniens de langue anglaise?Au fanatisme des Anglo-Saxons sachons opposer des antidotes sécrétés par leurs penseurs libéraux! 3.Falsifier les faits pour étayer sa doctrine Selon le collaborateur spécial, si je puis me permettre ce mauvais jeu de mots, notre «mariage» aux États-Unis tiendrait à ceci: «La France ne misait guère (et ni mise pas davantage aujourd\u2019hui) sur la bâtarde qu\u2019elle avait faite de ce côté-ci.» Abstraction faite de la hargne et du choix des mots (miser sur, bâtarde, etc.), Jean-Paul Desbiens falsifie les faits de façon flagrante, car le rapprochement entre la France et le Québec ne cesse de s\u2019intensifier depuis plus de vingt ans, malgré tous les obstacles dressés par Ottawa, malgré la francophobie de notre enseignement, malgré toutes les campagnes antifrançaises menées dans Le Devoir, malgré une certaine application culturelle de la doctrine Monroe, malgré les incitations à la haine par Victor-Lévy et Léandre, malgré les maussaderies de tous nos Jean-Paul Desbiens et de leurs émules.Quant au dénouement malheureux de 1759, il faudrait pour l\u2019interpréter plus de culture historique et une authentique liberté d\u2019esprit.Quoi qu\u2019il en soit, AUX SOURCES DU DÉSARMEMENT IDÉOLOGIQUE 1015 la vie de tous les peuples est remplie d\u2019aléas, d\u2019alternances entre la sagesse et l\u2019aberration, entre les grandeurs et les misères.Enfin, s\u2019il fallait changer d\u2019allégeance culturelle chaque fois que nous ne sommes pas d\u2019accord avec le gouvernement québécois ou le gouvernement français, ce qui serait la conclusion logique à l\u2019article de Jean-Paul Desbiens, nous serions bien loin du modèle anglo-saxon proposé; en effet, ni les Anglais ni les Américains ne bazardent ainsi leurs allégeances nationales et culturelles.D\u2019ailleurs, c\u2019est là une attitude typique du colonisé parvenu à un certain stade de l\u2019aliénation.Il se demande chaque jour dans quel lit il va coucher.On remarquera que notre collaborateur bien spécial ne pose pas de conditions pour «aimer les États-Unis», pas même celle d\u2019une virginité historique.Il les aime en «neveu», béat et docile, sans la moindre exigence de retour.4.Propager une doctrine partisane En déclarant que «les colonies françaises adolescentent mal», Jean-Paul Desbiens semble bien souscrire, par opposition implicite, à une doctrine éculée voulant que seules les colonisations anglaises aient réussi.Les Québécois d\u2019un certain âge reconnaîtront là un vieux thème de propagande employé pour nous soumettre.Chez nous, le parti du colonialisme anglais allait jusqu\u2019à bénir l\u2019Angleterre de nous avoir soustraits à l\u2019influence de la Révolution française, ce qui était une façon indirecte d\u2019écarter, comme possibilité historique, une Nouvelle-France qui aurait évolué jusqu\u2019à l\u2019indépendance, tout comme la Nouvelle-Angleterre.Toujours on a cherché à nous faire croire que sans une tutelle anglo-saxonne, nous étions voués à la stagnation, à toutes les impasses possibles, voire impuissants à concevoir une liberté interne pouvant égaler la dépendance à l\u2019égard des Anglais, des Anglo-Canadiens ou des Américains.Quand Jean-Paul Desbiens nous ressert cette salade, sous une forme à peine retouchée, il y a lieu de nous poser des questions sur ses mobiles et sur l\u2019accueil que lui réserve La Presse.On conçoit donc que Jean-Paul Desbiens rabroue sans ménagements les «intellectuels divorcés d\u2019avec le peuple» qui ont manifesté leur déception après le référendum, mais est-ce qu\u2019il peut imaginer de véritables critères pour apprécier l\u2019issue 1016 L\u2019ACTION NATIONALE heureuse d\u2019une colonisation ?Ainsi, est-ce que le succès d\u2019une colonie est l\u2019indépendance obtenue par les populations autochtones ou l\u2019éviction de celles-ci par génocide ou avilissement dans des ghettos (ou réserves) où sévissent la fainéantise forcée, l\u2019alcoolisme et la toxicomanie?Je pose cette question sans me ranger nécessairement dans le parti opposé.Je ne voudrais pas tomber dans le manichéisme que, justement, je reproche à Jean-Paul Desbiens.Spontanément, je vois les choses un peu comme Jean-Rémy Palanque, pour qui l\u2019histoire de l\u2019impérialisme se confond avec celles de tous les peuples qui ont eu la passion de la domination, c\u2019est-à-dire à peu près tous les peuples civilisés2.De toute façon, l\u2019indépendance est encore pensable pour les Canaques en Nouvelle-Calédonie, mais non en Australie, où l\u2019extermination et la manière forte ont scellé à jamais le sort des autochtones.5.Une sélection partiale des faits Jean-Paul Desbiens, ami du colonisateur anglo-saxon, évoque les difficultés de la France en Nouvelle-Calédonie, aux Antilles et ailleurs, mais respecte une certaine consigne de discrétion sur celles de l\u2019Afrique du Sud liées à Vapartheid, sur celles (séculaires) de l\u2019Angleterre en Irlande et, silence plus significatif encore, sur celles que les États-Unis connaissent, en tant que puissance néo-coloniale, en Amérique centrale et en diverses régions «chaudes» d\u2019Asie et d\u2019Afrique.Je mets fin ici à cette sommaire analyse et enchaîne sur quelques questions plus vastes.Comment apprécier les mobiles d\u2019un endoctrineur transfuge?Question fort délicate, s\u2019il en est! En effet, on ne peut exclure la conversion sincère à une culture étrangère omniprésente.Un endoctrineur peut diffuser innocemment les stéréotypes unificateurs d\u2019une autre communauté \u2014 et déstabilisateurs de la sienne, par conséquent, \u2014 sans être à la solde de qui que ce 2.Les impérialismes antiques, collection Que sais-jel 1967. AUX SOURCES DU DÉSARMEMENT IDÉOLOGIQUE 1017 soit, sans trahir sciemment l\u2019Histoire, la patrie culturelle, etc.C\u2019est que l\u2019endoctrinement, surtout dans un pays à écoles aussi satellisantes que les nôtres depuis la réforme Parent, conditionne à la fois élèves, maîtres et parents et opère une mutation profonde des solidarités nationales.L être humain est bien fragile devant tout déploiement de puissance, comme nous l\u2019ont si bien appris diverses fables de La Fontaine.Conclusion Un petit peuple comme le nôtre est très vulnérable s\u2019il ne dispose d\u2019un esprit critique extrêmement cultivé.C\u2019est que des vagues de stéréotypes et de préjugés agresseurs déferlent sur notre territoire idéologique, un peu comme les pluies acides s\u2019abattent sur nos forêts et sur nos lacs.Intrinsèquement, les préjugés d\u2019ailleurs ne sont pas plus condamnables que ceux de sources internes, mais bon nombre font partie des moyens de défense ou d\u2019attaque des nationalismes anglo-saxons.C\u2019est en cela qu\u2019ils peuvent compromettre notre survie.La conception de la liberté chez Jean-Paul Desbiens illustre ce fait.Avec des idées pareilles incrustées dans le cerveau, on en vient à se solidariser inconsciemment avec les éléments déstabilisateurs de notre culture.Il faut d\u2019abord libérer notre enseignement de l\u2019idéologie américaniste et néo-colonialiste.Sans cette opération, qu\u2019il sera nécessaire de mener avec beaucoup de précaution pour qu\u2019elle ne débouche pas sur le fanatisme, rêver d\u2019une relève indépendantiste continuera de friser l\u2019utopie.Il est bien évident que l\u2019indépendantisme des dernières décennies compromet notre avenir collectif par son indifférence aux phénomènes de conditionnement psychologique et idéologique.Sous ce rapport, il y a eu nette régression.Par exemple, est-il concevable qu\u2019on ne prête aucune attention à des ouvrages de base comme La conquête des esprits3 4 et Concepts of Indoctrination, Philosophical Essays\\ entre autres, dans nos milieux nationalistes?Ce dernier ouvrage 3.\tYves Eudes, édité par François Maspéro, 1982 4.\tSous la direction de LA.Snook, Routledge & Kegan Paul, Londres et Boston, 1018 L\u2019ACTION NATIONALE appelle toutefois une réserve: ses auteurs font porter le gros de leurs analyses sur les endoctrinements étrangers (catholique romain et marxiste-léniniste), comme si les peuples anglo-saxons ou protestants étaient sans péché.C\u2019est presque moliéresque! Fermons la parenthèse et demandons-nous si le mouvement indépendantiste n\u2019accuserait pas quelque retard dans l\u2019acquisition de l\u2019appareil conceptuel nécessaire pour définir notre dépendance! Est-ce que jouerait aussi une certaine timidité intellectuelle?La peur d\u2019être marginalisés aux yeux des leaders continentaux de l\u2019opinion est sûrement un facteur de démobilisation.On se laisse terroriser par deux thèmes simplistes de l\u2019idéologie dominante: 1)\tl\u2019attitude pragmatique serait le signe d\u2019une supériorité intellectuelle marquée (théorie larvée du surhomme anglo-saxon); 2)\tl\u2019application méthodique de l\u2019esprit pour définir, par exemple, une situation d\u2019hégémonie ou de dépendance révélerait une aberration mentale ou un sous-développement intellectuel qualifiable de «cartésianisme».La glorification mythique du pragmatisme (the American mind) et une caricature xénophobe de Descartes (l\u2019esprit français) occupent une place centrale dans la guerre des stéréotypes menée contre nous.Le snobisme aidant, cette forme de terrorisme me semble efficace.On aurait tort de ne pas en tenir compte dans l\u2019analyse globale de notre désarmement idéologique. L\u2019ÉLECTRODUC TRANSATLANTIQUE 1019 L\u2019électroduc transatlantique par MICHEL BROCHU Le XXIe siècle fond sur nous à haute vitesse et les grands pays du Globe devront planifier avec précision non seulement leurs besoins en électricité, mais leur mode d\u2019approvisionnement en électricité pour leurs grands ensembles industriels.Quelles tendances peut-on d\u2019ores et déjà prévoir dans ce domaine?Il est probable que l\u2019électricité thermique produite soit à partir du charbon, soit à partir des hydrocarbures sera devenue chère, sinon hors du prix, et constituera un mal nécessaire.Il est à peu près certain aussi que l\u2019électricité d\u2019origine nucléaire aura régressé dans plusieurs pays sous la pression con-jugée des écologistes, des opinions publiques et des Gouvernements.Il est non moins assuré qu\u2019absolument tous les pays européens, y compris 1 URSS, la France, la Suède, la Norvège auront aménagé depuis longtemps leurs derniers sites hydroélectriques même les plus insignifiants.Deux constantes demeureront: c\u2019est que, d\u2019une part, les besoins en électricité se seront encore accrus dans une proportion qu\u2019il est impossible de prévoir: d\u2019autre part, l\u2019électricité hydraulique sera nettement la moins coûteuse en théorie, la plus propre, et, en principe, la plus demandée, en un mot elle sera devenue la source idéale d\u2019approvisionnement en électricité, alors qu\u2019en 1985 elle n\u2019est qu\u2019une source parmi d\u2019autres.On peut donc prévoir que les rares pays qui, au XXIe siècle, auront de l\u2019électricité en surabondance, c\u2019est à dire, à toutes fins pratiques, le Québec et le Zaïre, auront tout intérêt à exporter leur énergie vers les pays en déficit hydroélectrique permanent.Le Québec, qui possède un des plus puissants potentiels hydroélectriques du Globe, doit déjà planifier l\u2019aménagement systématique et soutenu de celui-ci, qui, dans la meilleure des hypothèses, ne peut être achevé qu\u2019à la fin de la première moitié du XXIe siècle. 1020 L\u2019ACTION NATIONALE On peut d\u2019ores et déjà prévoir que ces ventes d\u2019électricité constitueront la principale exportation du Québec.Celui-ci doit réviser ses positions actuelles, qui est de répondre aux besoins des territoires limitrophes: Nouveau-Brunswick, État de New York et Ontario, ces deux dernières régions très industrialisées, constituant des concurrents dynamiques et dévastateurs pour les produits du Québec.Il y aurait donc intérêt le plus évident pour le Québec à diversifier ses ventes d\u2019électricité vers des pays moins directement concurrentiels, comme ceux de l\u2019Europe de l\u2019Ouest, qui accepteront, cela ne fait aucun doute, et pour les raisons évoquées plus haut, toute proposition de vente d\u2019électricité d\u2019origine hydraulique.Comme on le sait les transports d\u2019électricité sur de longues distances présentent le problème des pertes d énergie assez importantes; ce problème est rendu encore plus complexe par les transports sous-aquatiques.Au cours de la dernière décennie, cette question a été partiellement résolue, et de façon satisfaisante, pour le transport d\u2019électricité par voie aérienne sur des distances de 2 000 à 2 500 km et cela dans 3 cas précis: le barrage paraguyo-brésilien d\u2019Iguaçu sur le Paranà, le barrage d\u2019Inga, au Zaïre, sur le Congo dont la production est supérieure des deux-tiers aux besoins de ce très grand pays et, enfin, le complexe des 4 barrages édifiés sur le cours de la Grande-Rivière, au Sud du Nouveau-Québec.La question des conduits sous-marins à haute tension, que j\u2019appelle électroducs, n\u2019a pas encore été résolue, mais des études relativement prochaines régleront, à n\u2019en pas douter, ce problème des livraisons d\u2019énergie sur de grandes distances sous l\u2019eau.Deux des sociétés hydroélectriques directement intéressées au transport transatlantique de l\u2019électricité possèdent des centres de recherche admirablement équipés, qui sont parfaitement en mesure de trouver une parade à cet obstacle relevant de la physique des fluides: il s\u2019agit de l\u2019Électricité de France (Centre de recherche de Chatou, près de Paris) et Hydro-Québec (Centre de recherche de l\u2019IREQ, à Varennes, à 30 km au NE de Montréal). L\u2019ÉLECTRODUC TRANSATLANTIQUE 1021 Dans cette perspective très précise, la société d\u2019État Hydro-Québec doit planifier l\u2019aménagement de la totalité de son potentiel hydroélectrique du Nouveau-Québec, car on peut prévoir qu\u2019il s\u2019agira là du seul produit indéfiniment renouvelable que le Québec est assuré de vendre, au XXie siècle.On connaît le sort survenu au minerai de fer québécois, 30 ans à peine après le début de sa mise en exploitation.L\u2019amiante, le nickel, le cuivre ont malheureusement des perspectives de vente tout aussi aléatoires: en effet, les gisements étrangers à riche teneur et exploitables de façon plus rentable qu\u2019au Québec sont de plus en plus nombreux et, paradoxalement, priorité d\u2019achat sera donnée aux pays qui braderont leurs minerais à moindre coût.Ce ne doit pas être le cas du Québec, qui gagnera à avoir la sagesse d\u2019attendre que soient réalisées les conditions de vente optimales, mais cela peut vouloir dire de nombreuses décennies encore.Pour ce qui est de l\u2019électricité d\u2019origine hydraulique, le Québec est absolument assuré de trouver preneur chez lui naturellement, chez ses voisins immédiats, pour une part, et, grâce à 1 électroduc transatlantique en Europe de l\u2019Ouest, pour une part très importante: c\u2019est là que se situe un des atouts majeurs de l\u2019économie québécoise, française et européenne du XXie siècle. 1022 L\u2019ACTION NATIONALE Lionel Groulx, 1878-1967 par MICHEL BRUNET' GROULX, Lionel, né à Vaudreuil, Québec, Canada, prêtre, éducateur, écrivain, professeur et historien (1878-1967).Ayant manifesté très tôt une grande curiosité intellectuelle, sa mère \u2014 une femme remarquable qui exerça une grande influence sur son fils \u2014 décida qu\u2019il ferait des études avancées.Dans son milieu rural, les jeunes gens se contentaient habituellement de fréquenter l\u2019école élémentaire.Après ses études secondaires au Séminaire [Collège] de Sainte-Thérèse-de-Blainville, il entre au Grand Séminaire de Montréal (1899).Dès l\u2019année suivante, il enseigne au Collège de Valleyfield tout en poursuivant ses études théologiques.Ordonné prêtre (1903), il continue son enseignement à Valleyfield.Ses premiers articles, consacrés à des problèmes pédagogiques ou à l\u2019enseignement de la littérature, paraissent en 1904-1905.Son autorité s\u2019affirme graduellement dans les associations de jeunes et parmi ses collègues prêtres-éducateurs.De 1906 à 1909, séjour en Europe pour compléter sa formation: études philosophiques et théologiques à l\u2019Université de la Minerve, à Rome; histoire et littérature à l\u2019Université de Fribourg; doctorat en philosophie (1907), doctorat en théologie (1908).Reprend son enseignement à Valleyfield (1909-1915).Peu satisfait des manuels d\u2019histoire du Canada alors en usage, il prend l\u2019initiative d\u2019en composer un à l\u2019intention de ses élèves.Ses recherches le conduisent aux Archives publiques du Canada à Ottawa et aux Archives du Québec.En 1915, il inaugure et occupe la première chaire d\u2019histoire du Canada à l\u2019Université de Montréal \u2014 succursale de l\u2019Université Laval jusqu\u2019en 1920.Il prendra sa retraite en 1949.Directeur de L\u2019Action française (1920-1928), il rallie autour de lui une nouvelle génération d\u2019intellectuels et donne à la revue un grand rayonnement.Il devient l\u2019un des principaux leaders du mouvement nationaliste 1.Notice biographique préparée pour le Dictionnaire d\u2019histoire et de géographie ecclésiastiques, Paris, Letourzey et Ané, 1912-\t.Publié sous la direction du Pr Roger AUBERT.Rédigé à l\u2019été de 1983, ce texte, qui fera partie du XVIIIe tome de la collection, n\u2019a pas encore été publié. LIONEL GROULX, 1878-1967 1023 canadien-français.Ses cours publics à l\u2019Université attirent, en plus de ses étudiants, de nombreux auditeurs que son éloquence et sa façon de présenter le passé fascinent.Ses publications, qui se multiplient à partir de 1916, provoquent de nombreuses controverses.Ses origines modestes l\u2019ont tenu à l\u2019écart des milieux dirigeants et lui ont permis de jeter un regard neuf sur la société canadienne-française dominée par les conquérants britanniques et leurs héritiers.En particulier, son roman L\u2019Appel de la race (1922), où il a recours à la fiction pour expliquer les luttes interethniques et linguistiques au Canada et pour signaler l\u2019état avancé d\u2019assimilation de certains porte-parole traditionnels, soulève des débats orageux.Ses adversaires l\u2019accusent de nationalisme étroit, d\u2019anglophobie et même de racisme.Tout historien qui remet en question l\u2019interprétation historique que les équipes gagnantes ont donnée du passé s\u2019attaque fatalement à l\u2019ordre établi.Ceux qui en profitent se défendent.Groulx a été pour les Canadiens français, devenus depuis les Québécois, l\u2019historien de leur désassimilation.Nommé chanoine honoraire du diocèse de Montréal (1943).L\u2019un des membres fondateurs de l\u2019Académie canadienne-française (1944).Fonde, avec quelques collaborateurs et amis fidèles, l\u2019Institut d\u2019histoire de l\u2019Amérique française (1946) qui lance la Revue d\u2019histoire de l\u2019Amérique française (1947) dont il assume la direction jusqu\u2019à sa mort.Ces deux institutions, toujours bien vivantes, ont eu une influence déterminante sur l\u2019évolution et les progrès des études historiques au Canada français et même au Canada anglais.Lors de sa réunion annuelle, tenue à l\u2019Université de Montréal en 1961, la Canadian Historical Association le reconnaissait comme membre honoraire à vie.Un grand moment de sa longue et féconde carrière fut la série de cours d\u2019histoire du Canada qu\u2019il donna à la radio de 1949 à 1951.Par milliers, ses compatriotes s\u2019initièrent chaque semaine, guidés par un animateur exceptionnel, à leur histoire commune.Ces cours radiophoniques constituent son Histoire du Canada français (4 tomes, 1950-1952).À sa mort, il était depuis longtemps reconnu comme historien national et le gouvernement du Québec lui organisa des obsèques d\u2019État à l\u2019église Notre-Dame de Montréal.Toute la presse du pays, au Canada anglais comme au Canada français, lui rendit hommage.Il avait vécu assez vieux pour confondre ses adversaires et établir son autorité d\u2019entraîneur d\u2019hommes, d\u2019écrivain et de chercheur.Un pionnier et un géant.Tout au long de sa bril- 1024 L\u2019ACTION NATIONALE lante carrière, il n\u2019oublia jamais qu\u2019il était prêtre.11 prêcha de nombreuses retraites dans les milieux universitaires et chez les prêtres enseignants.À la fin de sa vie, il se demandait parfois si le temps consacré aux recherches historiques, aux polémiques et à l\u2019action intellectuelle ne l\u2019avait pas distrait des obligations qu\u2019il avait contractées en recevant le sacrement de l\u2019Ordre.Sa dernière oeuvre importante révèle ses scrupules: Le Canada français missionnaire: une autre grande aventure (1962).Bibliographie 1)\tPrincipales œuvres de Lionel Groulx: Nos luttes constitutionnelles (1916), La Confédération canadienne: ses origines (1918), La Naissance d\u2019une race (1919), Lendemains de Conquête (1920), Vers l\u2019émancipation (1921), Notre Maître le passé: essais, discours, conférences (3 vol., 1924, 1936, 1944), L\u2019Enseignement français au Canada (2 vol., 1931-1933), Le Français au Canada (1932), La Découverte du Canada: Jacques Cartier (1934), Notre Grande Aventure: l\u2019Empire français en Amérique duNord, 1534-1760 (1958), Mes Mémoires (4 vol., 1970-1974).2)\tPrincipales études sur Lionel Groulx: Henri d\u2019Arles, «L\u2019abbé Lionel Groulx et M.Thomas Chapais», Nos Historiens (1921), 193-243; Olivar Asselin, L\u2019Oeuvre de l\u2019abbé Groulx (1923); Juliette Rémillard et Madeleine Dionne, L\u2019Oeuvre du chanoine Lionel Groulx.Témoignages et bio-bibliographie (1964); Guy Frégault, «Lionel Groulx», Revue d\u2019histoire de l\u2019Amérique française, 22, 1 (juin 1968): 3-16; Michel Brunet, «Lionel Groulx (1878-1967), historien national», Québec-Canada anglais, deux itinéraires, un affrontement (1968), 65-74; Jean-Pierre Gaboury, Le Nationalisme de Lionel Groulx (1970); Maurice Filion, directeur, Hommage à Lionel Groulx (1978); Guy Frégault, Lionel Groulx tel qu\u2019en lui-même (1978); Georges-Émile Giguère, Lionel Groulx: une biographie (1978); Juliette Rémillard, «Lionel Groulx: bibliographie (1964-1979)», Revue d\u2019histoire de l\u2019Amérique française, 32, 3 (décembre 1978) 465-523.L\u2019Action nationale, en 1968, a publié, en 288 pages, une douzaine d\u2019études.Lors du premier centenaire de sa naissance, la Fondation Lionel-Groulx, une institution mise sur pied (1956) par un groupe d\u2019amis, d\u2019anciens étudiants et de lecteurs fidèles pour l\u2019aider financièrement à réaliser ses nombreux projets, organisa une souscription publique.Le gouvernement fédé- LIONEL GROULX, 1878\u20141967 1025 ral, l\u2019État québécois, plusieurs compagnies et des centaines de donateurs participèrent à la constitution d\u2019un fonds important.Grâce à celui-ci, le siège social de l\u2019Institut put s\u2019agrandir et devenir un Centre de recherche en histoire que fréquentent de nombreux chercheurs.De plus, le gouvernement du Québec subventionne le travail d\u2019une équipe préparant une édition critique de toute l\u2019œuvre de Lionel Groulx. 1026 L\u2019ACTION NATIONALE La municipalité régionale du comté de Coaticook par MARIO VÉRONNEAU Géographie et population Que la Municipalité régionale du comté de Coaticook soit au plan démographique la plus petite des 7 MRC de la région de l\u2019Estrie, même si à son tour l\u2019Estrie est l\u2019une des plus petites régions du Québec, ne diminue en rien l\u2019importance des 15 132 personnes qui, en 1981, habitaient les 16 municipalités distribuées sur ce territoire de 1 064 09 km2 étendu le long de la frontière américaine et bornée essentiellement par les MRC du Memphrémagog et du Haut-Saint-François et à son extrémité nord par celle de Sherbrooke.De fait, la MRC de Coaticook se révèle la principale zone de production agricole de l\u2019Estrie en raison de la qualité de ses sols et des conditions climatiques.Elle dispose d\u2019atouts intéressants au plan touristique, sans compter son pôle manufacturier relativement diversifié (13/20 secteurs) d\u2019une quarantaine d\u2019entreprises polarisées par le textile et le vêtement, puis le meuble.Par surcroît, l\u2019examen statistique de l\u2019importance relative des 7 MRC n\u2019invite pas à confiner au dernier rang la MRC de Coaticook qui se classe: 5e en superficie, devant les MRC de l\u2019Or Blanc et de Sherbrooke; 5e en nombre d\u2019emplois, devant les MRC du Granit et de l\u2019Or Blanc; 6e en nombre d\u2019employeurs manufacturiers, devant l\u2019Or Blanc; 4e en nombre d\u2019employeurs, devancée par les MRC de Sherbrooke, du Memphrémagog et du Granit.Toutefois, il importe d\u2019observer que si la population de la MRC de Coaticook en 1981 s\u2019élevait à 15 132 personnes (5,9% de l\u2019Estrie), en 1956 elle en a déjà compté 16 155 (7,5% de l\u2019Es-trie), avant d\u2019accuser un déclin en 1966 et 1971, 15 719 et 15 018, jusqu\u2019à 14 769 en 1976.Cette variation négative de 4,5% de MUNICIPALITÉ RÉGIONALE 1027 1966-1971 et de 1,6% de 1971-76, corrigée par une hausse de 2,3% de 1976 à 1981, suggère une stabilité démographique qui pourrait être maintenue, si l\u2019émigration actuelle des jeunes vers les centres urbains était enrayée.Comme l\u2019Estrie, la MRC de Coaticook n\u2019échappe pas au vieillissement de sa population, en particulier celle de langue maternelle anglaise qui, en 1976, comptait au total 1 360 personnes (9,1%) comparativement à 1 330 (8,9%) en 1971.Les recensements effectués par Statistique Canada n\u2019indiquent-ils pas une variation dans le sens d\u2019un vieillissement de la population de la MRC de Coaticook entre 1976et 1981: \t1976\t1981\t 0-19 ans\t5 935\t5 355\t-580 20-49 ans\t4 634\t5 412\t+ 775 45 ans et plus\t4 200\t4 365\t+ 165 \t14 769\t15 132\t Au sein même de la MRC de Coaticook, il faut noter de 1976 à 1981 un accroissement significatif de la population dans le couloir central de la MRC; Barford-Barnston ( + 36,4%), Compton CT, VL, SD ( + 45,3%).Par ailleurs, 3 des 16 municipalités seulement comptaient une population de 1 000 habitants et plus en 1981: Barnston (1 419), Compton (1 050), et de loin la ville la plus importante, Coaticook (6 271) qui a vu cependant diminuer sa population d\u2019environ 2% entre 1976 et 1981.Au plan organisationnel cette concentration de près de 60% de la population dans 3 municipalités et l\u2019éparpillement de 40% de la population dans 13 municipalités sont très significatifs, quand l\u2019on sait l\u2019importance du facteur densité de population, précisément quand on veut se doter de services.Cette population, équivalant à une couple de quartiers de la ville de Sherbrooke, jouit d\u2019une riche histoire et a développé une dynamique propre dont elle est fière à juste titre.Diverses caractéristiques en font une population à la fois accueillante, hospitalière, besogneuse, dans un environnement à taille humaine, propice à des interrelations personnelles et communautaires généralement positives et favorables à des initiatives telles que le Festival du lait et à divers autres événements.L\u2019aménagement des 1028 L\u2019ACTION NATIONALE Gorges de Coaticook et le projet des 2 centrales hydroélectriques de poche sur la rivière Coaticook prennent appui sur le même dynamisme, tout autant que les activités culturelles auxquelles donnent lieu le Musée de Beaulnes et la Maison Louis-St-Laurent.Un potentiel agricole exceptionnel Zone agricole par excellence, la partie centre-ouest particulièrement du territoire de la MRC de Coaticook renferme des sols qui, dans la quasi-totalité des cas, ont une productivité assez élevée pour un choix relativement étendu de culture.Les agriculteurs obtiennent des rendements très valables de leurs exploitations agricoles.Par exemple, on y retrouve le volume de foin à l\u2019acre chez les producteurs de lait industriel le plus élevé de l\u2019Estrie, de même que des quantités de lait parmi les plus élevées par exploitant.Cette rentabilité des installations agricoles de la partie ouest de la zone de Coaticook est particulièrement observée à Compton Canton, Compton Station, Barnston et Barford, municipalités considérées comme des zones agricoles de toute première qualité.La contribution de la zone de Coaticook à l\u2019accroissement du degré d\u2019autosuffisance en céréales de l\u2019Estrie, qui est passé de 11,5% en 1976 à 21,5% en 1982, est déjà jugée significative.Même si l\u2019on sait que la tendance à l\u2019accroissement des superficies en céréales se poursuivra dans les années à venir.En 1982, l\u2019on observait des rendements en production céréalière particulièrement élevés, en matière de blé, d\u2019orge et d\u2019avoine.L\u2019importance d\u2019accroître les capacités d\u2019entreposage, par des constructions de silos à la ferme ou autrement, s\u2019impose, compte tenu de la renommée de la région pour ses productions herbagères et l\u2019augmentation de plus de 25%, au cours des 5 dernières années, des productions céréalières.Le sol et le climat se prêtant bien à la culture des fourrages et des céréales, aliments de base à la production laitière, il n\u2019est pas surprenant que la production laitière domine largement sur le territoire de la MRC de Coaticook avec 75% des fermes en production laitière, puis vient la production de viande bovine, de porcs et de volailles.Des productions dites nouvelles se dévelop- MUNICIPALITÉ RÉGIONALE 1029 pent, telles les productions cunicoles, piscicoles, ovines, etc.À noter également qu\u2019au cours des années 1976 à 1982, le nombre de producteurs serristes s\u2019est accru de telle façon que, dans les Cantons de l\u2019Est, on a doublé le nombre de mètres carré de serres, pour atteindre 60 000 m2.Il est prévu que la superficie totale de fermes s\u2019accroîtra très légèrement pour ensuite se stabiliser vers les années 1990.Compte tenu d\u2019une phase de réaffectation de sols à d\u2019autres usages que l\u2019agriculture à cause de leur faible potentiel agricole et aussi de l\u2019application de la loi 90 sur la protection des sols agricoles, on assistera vraisemblablement à une plus grande utilisation des sols agricoles, ainsi qu\u2019à un accroissement de leur productivité, dans une perspective de développement du secteur agro-alimentaire et aussi d\u2019une autosuffisance alimentaire accrue.À cet égard, considérant les changements de vocation agricole entrevus dans certaines régions du Québec et qui sont de nature à favoriser, par exemple, l\u2019intensification de la production céréalière de la plaine du Saint-Laurent, il est prévisible que la production laitière continue de se déplacer vers d\u2019autres endroits, comme la région agricole 05 et la zone de Coaticook, qui possède un bon potentiel de production herbagère, base de la production laitière.Un secteur manufacturier à mieux diversifier Si la zone de Coaticook compte des activités manufacturières dans 13 des 20 secteurs économiques manufacturiers, il est bien évident que cette diversification est toute relative, compte tenu de l\u2019importance du textile et de l\u2019habillement représentés respectivement par 41,39% et 24,24% en 1982, soit 65% au total.Additionnés au secteur des meubles, représenté à 13,98%, ces 3 secteurs constituent près de 80% des activités manufacturières de la MRC de Coaticook.Même s\u2019il est question de plus en plus d\u2019instaurer le libre-échangisme entre pays et d\u2019éviter l\u2019adoption de quotas utiles à la production du textile et de l\u2019habillement, il est intéressant de noter qu\u2019en 1970, les textiles occupaient 40% de l\u2019emploi manufacturier de la zone, l\u2019habillement 17%, les meubles 13%.Ainsi, depuis une quinzaine d\u2019années, ces principaux secteurs de la 1030 L\u2019ACTION NATIONALE structure économique manufacturière ont connu une stabilité appréciable.La présence de certains secteurs d\u2019activités manufacturières est presque symbolique, si l\u2019on exclut les aliments et boissons, le caoutchouc, le bois, représentés respectivement à 5,13%, 4,73%, 5,68%.Au total, l\u2019activité manufacturière représente 22% des emplois de la MRC et elle est presque entièrement concentrée (68%) dans la ville de Coaticook.Bien que le taux de syndicalisation soit élevé (59,3%) au niveau des entreprises, il faut noter que 752 employés dans seulement 9 entreprises sont syndiqués.Sans doute que la taille des entreprises contribue à expliquer ce fait.En effet, 897 de 1 266 emplois sont fournis par 8 entreprises de plus de 50 employés au sein de la MRC de Coaticook.Compte tenu de la nature des activités des principales entreprises du territoire, il faut aussi remarquer que le salaire moyen versé par l\u2019entreprise manufacturière est sous la moyenne régionale.Un secteur tertiaire agressif Si ce n\u2019est pour des services spécialisés, la population de Coaticook semble chercher à sa proximité les services commerciaux, professionnels, éducatifs et de santé dont elle a besoin.Sa mentalité expliquerait cette forme d\u2019autosuffisance développée davantage en agriculture, par exemple, avec le support de coopératives et syndicats.Encore plus, des commerçants pressent les Sherbrookois, par exemple, à faire leurs achats à Coaticook, d\u2019autres invitent les gens à bénéficier des facilités d\u2019hôtellerie et de restauration offertes à Compton.L\u2019entrepreneurship du milieu se manifeste également dans l\u2019organisation d\u2019activités de loisir social et aussi à caractère touristique.L\u2019éloignement aidant, diverses initiatives originales sont prises pour la promotion de produits locaux, dans la perspective d\u2019intégrer des activités des secteurs primaires, secondaires et tertiaires (Festival du lait).Au plan communautaire, le lancement récent d\u2019une station radiophonique FM, l\u2019avènement probable d\u2019un CLSC, le rayonnement des activités du secteur de l\u2019éducation, outre les nombreuses initiatives locales prises par les jeunes et les femmes en MUNICIPALITÉ RÉGIONALE 1031 particulier, témoignent de la vitalité de la communauté.Habiles à bénéficier des programmes d\u2019aide financière et de support aux projets socio-économiques et culturels, des personnes de plus en plus nombreuses parviennent à dynamiser des segments de la population en vue de la réalisation de projets utiles pour la communauté, comme ce fut le cas au cours des années pour l\u2019aménagement des Gorges de Coaticook.Environ une centaine de participants ont proposé quelque 32 projets, lors du Colloque de la MRC de Coaticook, troisième d\u2019une série de sept qui mèneront au Sommet socio-économique de l\u2019Estrie.Les principaux projets qui ont été présentés: \u2014\tDéveloppement de l\u2019industrie agro-alimentaire.\u2014\tÉrection d\u2019un CLSC.\u2014\tAmélioration d\u2019un réseau routier.\u2014\tImplantation d\u2019un parc national provincial.\u2014\tPromotion touristique.\u2014\tFormation d\u2019une table intermunicipale.Des avenues.?\u2014\tPour les producteurs agricoles de la MRC de Coaticook, l\u2019agro-alimentaire n\u2019a-t-il de signification que pour les productions végétales et animales?Ou songent-ils sérieusement à des transformations génératrices d\u2019emplois?\u2014\tDes activités en agro-alimentaire et des activités touristiques n\u2019auraient-elles pas avantage à être plus intégrées comme la production laitière et le festival du lait?\u2014\tLe leadership en agro-alimentaire n\u2019échappe-t-il pas à la population de la MRC de Coaticook?\u2014\tComment bénéficier de la Station de recherche agricole de Lennoxville?\u2014\tComment prendre appui sur le secteur forestier pour le développement de la MRC de Coaticook sans une concentration permettant une rationalisation des exploitations de boisés entièrement privées?\u2014\tDans l\u2019éventualité du développement d\u2019un secteur touristique 1032 L\u2019ACTION NATIONALE fort à la MRC du Memphrémagog, ne faut-il pas envisager de meilleures communications vers Orford, en vue d\u2019une canalisation efficace des touristes et vacanciers vers la MRC de Coaticook, zone adjacente?\u2014\tLa consolidation et la diversification du secteur manufacturier ne seront-elles que le seul résultat des forces du milieu de Coaticook, ou bien aussi de la recherche effectuée à Sherbrooke.?\u2014\tLa protection de l\u2019environnement et la qualité de vie sont-elles trop acquises.?\u2014\tComment mieux bénéficier de la proximité des marchés américains?Un amélioration du réseau routier ne serait-il pas favorable pour Coaticook?\u2014\tLa nouvelle structure de la MRC, les municipalités locales, les députations, peuvent-elles favoriser l\u2019entrepreneurship local, supporter les initiatives créatrices d\u2019emplois, etc.?Par la Corporation de développement économique ou autrement?Références M.Denis Maurais, Commissaire Industrielle de Coaticook.M.Jean Carrier, Trésorier pour la MRC de Coaticook.Structure industrielle, Corporation de développement économique régional de Coaticook.Mme Monique Létourneau, Bureau régional de l\u2019agriculture, Coaticook.M.Beaudoin, Responsable des invités au Sommet régional socio-économique.Participation au colloque de la MRC de Coaticook. LETTRES 1033 Lettre aux Sociétés nationales par la SNQ \u2014 Centre du Québec Cher ami et compatriote, À l\u2019instar du Québec, nos Sociétés sont en crise depuis la Révolution tranquille.Le surgissement de l\u2019État du Québec nous a fait croire à la fin de nos problèmes d\u2019ethnie, et une croissance sauvage nous a conduits à croire que l\u2019État allait régler tous nos problèmes.Des systèmes scolaires, sociaux, moraux, religieux, ont été improvisés.La naïveté et l\u2019artifice les a caractérisés.Ils ne résistent pas à l\u2019analyse.Aujourd\u2019hui, le temps des évaluations est arrivé.C\u2019est l\u2019heure d\u2019un questionnement sur notre Société, sur l\u2019école, sur notre christianisme, sur le système politique, sur le travail, sur le contrat social, sur le syndicalisme et le coopératisme.Nous allons vivre une remise en question des structures déshumanisées, matérialistes et opprimantes, qui ont caractérisé l\u2019Occident des 100 dernières années.S\u2019organise autour de nous (peut-être sans nous) un retour aux valeurs de civilisation et un regain spirituel.Pourquoi ne pas organiser au Québec un pays d\u2019équilibre, où l\u2019on respire notre identité française, notre goût de la liberté, notre humanisme?Le goût de bien-vivre ensemble est-il encore assez fort pour nous regrouper dans des Sociétés fortes et fières, présentes et animant un nouveau projet de Société québécoise?Sommes-nous capables de prendre de la hauteur et d\u2019agir comme pilote national?Les enquêtes démontrent que le jugement populaire est dur pour nous, Sociétés nationales.Que sommes-nous devenues depuis 20 ans?Sommes-nous encore ces organismes pas comme tous les autres, par nature essentiellement dynamiques, qui guident notre destin national?Nous vivons une remise en question, en Occident.Dans cette problématique globale, il urge d\u2019analyser systématiquement nos agirs, nos buts, notre fonctionnement.De voir si notre 1034 L\u2019ACTION NATIONALE vision est partagée par l\u2019ensemble de la communauté que nous devons servir, de voir si nos structures aident ou paralisent «les chemins de l\u2019avenir», si nous préparons les nôtres à un projet de société d\u2019avant-garde mais fidèle à notre culture.On commence à s\u2019interroger sur certaines erreurs de la Révolution tranquille.Ne faudrait-il pas d\u2019abord, essentiellement, nous réunir pour en parler, nous qui étions les premiers artisans du Québec moderne?Le premier acte de foi serait donc envers la nécessité d\u2019un regroupement.En second lieu, nous pourrions en préciser les objectifs à la lumière d\u2019une stratégie de relance qui tienne compte de notre histoire et des embûches à éviter.Essayons de résumer des points sur lesquels nous pourrions aisément nous entendre.\u2022\tLa diffusion et la circulation de l\u2019information nationaliste.\u2022\tLa promotion d\u2019un nationalisme ouvert, dynamique, au-dessus de la thèse de l\u2019indépendance et de toute partisanerie politique.\u2022\tLa rencontre et la concertation avec des organismes publics et privés, voués à la promotion d\u2019un aspect de notre vie nationale: langue française, enseignement, statut politique.\u2022\tLa mise en commun sur une base volontaire, et la coordination des services déjà en place, par des Sociétés co-intéressées.S\u2019il importe de traiter ensemble de ces sujets, comment les Sociétés recevraient-elles une proposition de brève rencontre, où il serait uniquement question de: \u2022\tl\u2019état de la Nation (avec, par exemple, un sociologue ou un historien comme conférencier); \u2022\tl\u2019hypothèse de regrouper en une confédération les Sociétés Saint-Jean-Baptiste et Nationales existantes au Canada et aux États-Unis.Que diriez-vous d\u2019une première rencontre de trois représentants par Société, au printemps 85, en un lieu neutre, Saint-Hyacinthe ou Drummondville, pour nous reconnaître, amorcer LETTRES 1035 les retrouvailles, évaluer les problèmes d\u2019ensemble, les orientations et les structures actuelles, reprendre contact avec l\u2019essentiel de notre nationalisme?En bref, un meeting simple, fraternel, où nous éviterions «de nous perdre dans la forêt», ou de nous prendre aux cheveux à propos de vieilles histoires.C\u2019est l\u2019avenir qui importe et qui presse! Qu\u2019en pensez-vous?Si nous recevons des communications favorables, nous communiquerons de nouveau.Sinon, nous continuerons comme vous à vivre ce que Léo Gagné appelle «cette absence de cohésion entre les Sociétés parce qu\u2019elles ont perdu de vue les intérêts supérieurs de la nation».Yvon Beaudoin, Président 1036 L\u2019ACTION NATIONALE Lettre de M.Jean-Claude Tardif, conseiller à la CEQ, en réponse à un article de Marcel Laflamme (A.N., janv.1985) Au rédacteur en chef, Vous avez permis la publication d\u2019un texte erroné et diffamant à l\u2019endroit de l\u2019ensemble du mouvement syndical québécois et nommément de la CEQ, sous la plume d\u2019un certain Marcel Laflamme.Nous demandons que le texte suivant soit publié à titre de réplique et mise au point dans le numéro 6 de votre revue.L\u2019art d\u2019ériger l\u2019erreur en système J\u2019ai longuement hésité à répliquer au texte de Marcel Laflamme, intitulé «Pour un nouveau système de relations de travail» et publié dans le numéro 5 de L\u2019Action nationale (janvier 1985, pp.507-518).Les faits mentionnés sont trop déformés, l\u2019analyse est tout croche, les conclusions ne reposent sur rien et le discours est tellement nébuleux et charrié que de réagir m\u2019apparaissait une perte de temps futile.Mais, L\u2019Action nationale n\u2019est pas le dernier torchon de notre littérature et c\u2019est par respect pour elle et ses lectrices et lecteurs que je fais la présente mise au point.Il s\u2019agit, nous dit-on, du mémoire présenté par l\u2019auteur à la Commission Beaudry à l\u2019automne 1984.Dès le départ, il y a cette première confusion: confusion entre le régime de relations de travail dans le secteur public et le secteur privé.L\u2019auteur demande à la Commission Beaudry d\u2019aller plus loin que la Commission Martin-Bouchard.Ce ne sera pas difficile puisque le mandat de la première concerne le secteur privé et celui de la seconde le secteur public.Voilà pourquoi l\u2019on n attendait pas de la dernière «qu\u2019elle s\u2019attaque aux causes profondes des dysfonctions de notre système de relations de travail» (p.507).Deuxièmement, l\u2019analyse de l\u2019auteur ne repose que sur le LETTRES 1037 discours.Cette analyse ne se présente d\u2019ailleurs que comme un discours: un discours sur les discours.L\u2019auteur discourt sur ce qu\u2019on dit (préjugés) sur le patronat, l\u2019État, les syndicats, les coopératives.À aucun moment donné, il ne s\u2019est soucié de mener sa recherche au niveau des faits.Ainsi, on présente la formule Rand où, nous dit-on, «la démocratie syndicale ne s\u2019exerce plus», comme le dernier reproche que l\u2019on peut faire à la CEQ.Lire et se renseigner n\u2019est pas un vice.La formule Rand existe au Québec depuis 1944, elle a été obtenue par les enseignantes et enseignants en 1959 et elle profite à toutes et à tous encore en 1985.Le monopole qu\u2019elle accorde vaut pour chaque employeur et chaque syndicat.Et, c\u2019est ainsi partout en Amérique du Nord.Heureusement, la mauvaise foi ne tue pas S\u2019il ne s\u2019agissait que d\u2019un problème de méthodes, on pourrait espérer que les idées suppléent et on pourrait peut-être passer l\u2019éponge.Mais là, c\u2019est d\u2019une pauvreté désarmante.S\u2019il ne s\u2019agissait que d\u2019un manque d\u2019idées, on pourrait espérer, en dernière analyse, que la bonne foi les remplace.Mais, voilà, l\u2019auteur s\u2019impose en censeur et arbitre des valeurs et des opinions.Sa mauvaise foi n\u2019a d\u2019égal que son mépris et ses préjugés.Sa première cible, ce sont les travailleuses et les travailleurs: au cours des luttes que celles-ci et ceux-ci ont menées depuis des années, elles et ils n\u2019auraient fait que satisfaire «leurs besoins économiques et sécuritaires» et auraient négligé «le côté humain».Elles et ils auraient peu coopéré et «demeureraient toujours des étrangers dans les entreprises».Elles et ils se seraient laissés «convaincre qu\u2019elles et qu\u2019ils ne sont effectivement que des prolétaires».Leurs revendications pour de meilleures conditions de travail (sécurité d\u2019emploi et salaire) ne viseraient que «la satisfaction de leurs besoins inférieurs».Elles et ils seraient «la proie d\u2019un groupuscule idéologique (syndicat) qui abuse de ses pouvoirs en nourrissant ses propres objectifs».Les finalités d\u2019un système de relations de travail devraient aller vers la satisfaction et le développement personnel mais pas vers l\u2019action et le développement collectif.Avec le régime actuel, les travailleuses et travailleurs seraient «à la merci des spécialistes», «marginalisés par les appareils».En conséquence, elles et ils seraient peu pro- 1038 L\u2019ACTION NATIONALE ductifs et chercheraient «des satisfactions hors travail».Et ainsi de suite ad nauseam.Bref, un être bien bas et bien pauvre à tout point de vue.Pas étonnant qu\u2019avec un tel diagnostic, la médecine soit peu alléchante.Quand les préjugés servent de prémisses Tentons de résumer l\u2019idée centrale de ce discours: Premier théorème: 1.Les fondements du Code du travail reposent sur la négociation de bonne foi.2.Or, les centrales syndicales sont de mauvaise foi.3.Donc, les fondements du Code du travail sont minés.Deuxième théorème: 1.Pour corriger cette situation, il faudrait introduire une troisième variable entre le capital et le travail ou entre le patronat et le syndicat.2.Or, on observe un «décalage» entre les intérêts des acteurs du régime des relations de travail et ceux de la société en général.3.Donc, seule la concertation par le biais de l\u2019État peut ramener un régime de relations de travail «mutualiste» et réconcilier le capital et le travail.Comme quoi le ridicule ne tue pas.Premièrement, en relations de travail, c\u2019est la négociation seulement qui repose sur la bonne foi, laquelle n\u2019est d\u2019ailleurs définie nulle part.Le régime, pour sa part, repose sur l\u2019égalité entre les parties.Or, il n\u2019y a pas de commune mesure entre le droit de gérance des patrons (ouverture et fermeture d\u2019entreprise, embauche et congédiement de personnel, organisation du travail et de la production, échec à la syndicalisation) et le droit de négocier des syndicats.Ces derniers disposent en dernier recours du droit de grève, mais constamment battu en brèche par des coupures de salaires, des menaces de fermetures et des injonctions ou des lois spéciales.Deuxièmement, la bonne foi, à ce que je sache, ça concerne toutes les parties en présence: patronat, syndicat, État.Vous proposez deux solutions aux conflits de relations de travail, l\u2019entente négociée et l\u2019arbitrage.Qu\u2019avez-vous à répondre à la décision de l\u2019État de ne pas respecter en 1982 les conventions signées avec ses 300 000 employés et de couper leur salaire?Qu\u2019avez-vous à répondre à l\u2019État, lorsqu\u2019il a refusé de négocier avec les travailleuses et travailleurs du Front commun en 1983 et leur a imposé 80 000 pages de décret?Qu\u2019avez-vous à répondre à LETTRES 1039 l\u2019État, lorsqu\u2019il refuse l\u2019arbitrage à ses policiers et à ses médecins résidents et internes en 1984?Qu\u2019avez-vous à répondre à l\u2019État, lorsqu\u2019il refuse d\u2019intervenir pour solutionner un conflit comme celui de Marine Industrie à Sorel en 1985?La flamme me monte lorsque je pense à ces centaines de situations où l\u2019égalité entre les parties et où la bonne foi et le rôle d\u2019arbitre de l\u2019État sont battus en brèche et méprisés au détriment des travailleuses et travailleurs et de leurs syndicats.Dans quelle tour d\u2019ivoire êtes-vous pour ne pas voir ça?À la recherche d\u2019un modèle En admettant qu\u2019une vision aussi «flyée» puisse exister, je la concevrais bien dans nos enceintes universitaires.On ne peut pas accuser, je présume, les syndicats de professeurs d\u2019universités d\u2019être de mauvaise foi.Il n\u2019y a pas, à première vue, de contradiction capital-travail.La concertation s\u2019y vit à bouche que veux-tu.Or, à l\u2019Université de Sherbrooke, là même où vous enseignez, depuis sa fondation, le syndicat des professeurs à été sans convention une année sur deux, parce que l\u2019employeur négociait carrément de mauvaise foi, de l\u2019avis de tous les experts, universitaires, la la laire.À compter de 1980, les chargées et chargés de cours, cette force de travail malléable et corvéable à merci, aux conditions sans commune mesure avec celles des professeurs, mais dispensant quand même la moitié de l\u2019enseignement universitaire au Québec, ont décidé à l\u2019Université de Sherbrooke, de se syndiquer.Au moment où j\u2019écris ces lignes, ils n\u2019ont pas encore obtenu de l\u2019administration une première convention collective malgré l\u2019intervention de l\u2019État.Mais, où est, monsieur Laflamme, la bonne foi et l\u2019égalité entre les parties?Allez-vous me dire que ce sont les permanents marxistes de la CEQ qui en sont responsables?Tant qu\u2019à charrier, vous savez! Attention aux sophismes Je veux conclure sur deux sophismes.Chercher à «faire porter le blâme sur un seul acteur», même quand on s\u2019en défend, montre clairement où on situe ses intérêts.On ne peut pas constamment accuser sans chercher à se situer comme accusateur.Malgré votre prétention à la neutralité et au débat philosophi- 1040 L\u2019ACTION NATIONALE que, ce texte constitue une pluie de venin sur la classe ouvrière qui ne peut provenir que de quelqu\u2019un qui a choisi de l\u2019opprimer et de la dominer ou du moins de se situer du côté de la classe dominante de cette société.Lorsque vous prônez «l\u2019intéressement et l\u2019identification de tous et chacun aux objectifs organisationnels», vous balayez du revers de la main l\u2019intéressement et l\u2019identification de l\u2019État et des patrons aux objectifs humains, sociaux et collectifs de la classe ouvrière et populaire.Deuxièmement, comme on peut le constater, vous n\u2019en avez que pour la CEQ: un appareil syndical contrôlé par un «groupuscule de permanents marxistes», un «État dans l\u2019État», ayant comme «objectif avoué» de «créer les conditions menant à la révolution».Vous trouvez «aberrant qu\u2019une société permette le monopole syndical à la CEQ (formule Rand), alors que toute forme de monopole est défendue au secteur privé».Vous favorisez les négociations décentralisées et l\u2019établissement d\u2019une organisation professionnelle des professeurs.Dois-je conclure qu\u2019en 1972, lorsque vous-même et vos collègues avez choisi d\u2019abandonner l\u2019Association professionnelle des professeurs à l\u2019Université de Sherbrooke, vous avez fait un mauvais choix?Retourneriez-vous à cette époque?Et, depuis quelques années, ne constatez-vous pas la nécessité de faire porter vos négociations à un autre niveau que l\u2019université en ce qui concerne vos salaires, votre tâche, votre régime de retraite, votre sécurité d\u2019emploi?Vous allez là où sont les décideurs, ceux qui détiennent le pouvoir, ceux qui contrôlent les subventions.Hé bien, c\u2019est un droit qui est légitime et qu\u2019il faut savoir reconnaître aux autres.Et, si vous croyez tant aux vertus de la participation des travailleuses et des travailleurs et à la négociation locale, pourriez-vous intervenir auprès de votre employeur pour qu\u2019il accepte une représentation des employées et employés professionnels et de soutien et des chargées et chargés de cours aux divers conseils et commissions de l\u2019université?Après seulement nous accepterons vos leçons sur la démocratie et la concertation, vous qui êtes le premier à profiter, par votre salaire et vos conditions de travail, du monopole syndical. LETTRES 1041 Réponse de M.Marcel Laflamme à M.Jean-Claude Tardif Cher Monsieur, Il existe une gauche radicale au Québec, inféodée à un autre impérialisme mille fois pire que celui d\u2019Ottawa.Le peuple québécois appréhende de plus en plus que cette gauche soit surtout experte dans l\u2019organisation du désordre.Ces militants poursuivent des finalités si déprimantes (le pouvoir totalitaire) qu\u2019il serait déplacé d\u2019entrer dans le jeu de leur dialectique.Je remercie Y Action nationale de présenter mon point de vue en matière de ré-aménagement du système de relations de travail, de façon à «faire autrement» qu\u2019à New York ou Moscou.Cette voie va dans le sens de l\u2019épanouissement ouvrier, de la cogestion et de l\u2019actionnariat des travailleurs.Ainsi, la réunification du couple capital-travail se poursuit et, partant, enraie la thèse de Marx et du syndicalisme révolutionnaire.La coopération, l\u2019actionnariat ouvrier, la cogestion sont les thèses véhiculées par la revue depuis sa fondation et surtout par M.Esdras Minville.C\u2019est un honneur pour la revue d\u2019avoir eu une certaine vision prophétique par rapport au nouveau contrat social émergent au Québec.Avec une plus grande émancipation des travailleurs, l\u2019indépendance politique viendra par surcroît, à moyen terme.Marcel Laflamme, docteur en sciences sociales (Relations industrielles)' 1.Pour une réponse plus complète, M.Laflamme nous a fait parvenir un travail: Les modes de participation ouvrière.Sa longueur nous oblige à le reporter à notre numéro de septembre 1985.Avec nos excuses.(NDLR) 1042 L\u2019ACTION NATIONALE Lettre de François Leduc (Québec) Québec, le 19 février 1985.Compatriotes, il ne faut point confondre souverainisme et parti québécois: ce sont deux choses tout à fait différentes.Malheureusement, cependant, il y a un grand nombre de nos gens de toutes classes de la société québécoise qui confondent les deux, comme si c\u2019était une seule et même chose.Il y a de ces gens qui, parce que grandement déçus (et avec raison) du gouvernement et de son parti mensonger, n\u2019osent même plus, à tort, à cause de cette confusion, se proclamer indépendantistes: gens qui ont été malmenés, trompés par ce gouvernement depuis plusieurs années: syndiqués, fonctionnaires, policiers, etc.(L\u2019attitude trompeuse de ces gens, lors des sondages, déforme ainsi les résultats, quant aux chiffres exacts, réels d\u2019adeptes souverainistes qui sont de ce fait plus élevés que les chiffres officiels desdits sondages.) \u2014 Nous manquons d\u2019intelligence politique, a dit le Père Gustave Lamarche, c.s.v., lors du référendum.Le souverainisme n\u2019appartient à personne en particulier, a fortiori n\u2019est l\u2019apanage d\u2019aucune formation politique, quelle qu\u2019elle soit: mais à la nation.C\u2019est le summum de nos droits nationaux; c\u2019est la dignité nationale, c\u2019est l\u2019épanouissement collectif de la nation.Au fait, pourquoi les autres partis politiques québécois ne mettraient-ils pas sincèrement eux aussi à leur programme électoral la souveraineté nationale du Québec et, surtout, de sa propagation?Pourquoi pas?Que font dans cette galère gouvernementale les députés et ministres supposément indépendantistes: les Jean Garon, surtout, oui surtout Marcel Léger, Élie Fallu, Jean-Paul Champagne, ex-président général de la société nationale Saint-Jean-Baptiste de Montréal; M.-A.Bédard, B.Landry, G.Baril, R.Gravel, etc.?Ont-ils renié l\u2019indépendantisme?Ou est-ce simplement par tactique?Cessons nos luttes fratricides, s\u2019écria le grand Honoré Mercier, il y a cent ans: quand donc allons-nous enfin comprendre: faire preuve de maturité politique, de solidarité nationale, LETTRES 1043 comme le font nos adversaires?Nos pires ennemis, a dit le chanoine Lionel Groulx, ce sont les nôtres! Honneur et félicitations aux députés et ministres démissionnaires qui ont eu fièrement le cran, la force et le courage de se tenir hardiment debout, par conviction, désintéressement et par amour de leur nation française du Québec! L\u2019Histoire glorifiera leur geste fier et courageux de preux!.; vilipendera les autres. 1044 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019esprit de parti par LÉANDRE FRADET, sec.pour Les Amis de Lionel Groulx.Vous souvient-il, lors du congrès pour le choix d\u2019un chef pour le Parti libéral du Québec, un candidat dont nous ne nous souvenons plus du nom, fit, apparemment, une «surprenante» déclaration: «Je considère, a-t-il dit, que je suis le meilleur candidat à la chefferie, pour défendre les intérêts du parti libérai » Mais quel aveu public!.Ce dont nous savions d\u2019ailleurs déjà par l\u2019histoire: le parti avant la nation canadienne-française, avant les intérêts des électeurs!.C\u2019est la raison pour laquelle il n\u2019y eut jamais de conscience ni de solidarité nationales chez les élus.Le candidat n\u2019a pas dit qu\u2019il était ou qu\u2019il se considérait le meilleur homme à élire comme chef du Parti libéral du Québec, pour défendre fièrement, hardiment et exclusivement les intérêts et les droits les plus sacrés du Québec, de la nation, des électeurs!.Pas du tout.Défendre les intérêts partisans du parti libéral, a-t-il affirmé péremptoirement: c\u2019est clair! \u2014 c\u2019est tout ce qui l\u2019intéresse.Il devait sans aucun doute en être ainsi des autres candidats, tous imbus des mêmes intérêts partisans.(C\u2019est la même philosophie partisane des intérêts du parti et des intérêts mesquins personnels de chacun, dans les autres formations politiques, et ce, depuis toujours; même au fédéral.) En conscience, le premier devoir des élus et des chefs de partis n\u2019est-il pas de veiller, de faire respecter, de combattre et de défendre les intérêts et les droits inaliénables et intangibles de la nation canadienne-française ou québécoise-française, et ceux de leurs électeurs?Non point ceux de leur parti respectif: ceux-ci sont très secondaires! «L\u2019intérêt et l\u2019esprit de parti».Ne sont-ce pas là les véritables raisons pour lesquelles, aux moments les plus cruciaux et les plus tragiques de notre histoire, nous eûmes tant de traîtres, de renégats, de Quislings, notamment des George-Étienne Cartier (conservateur et ex-patriote de 1837-38), qui n\u2019a même pas voulu LETTRES 1045 sauver Louis Riel, à la demande de monseigneur Taché; des Wilfrid Laurier (qui affirma pourtant que la «Confédération (la Fédération) était la seconde étape sur la route de P'anglification\u2019 (sic) tracée par lord Durham, et qu\u2019il en était l\u2019adversaire, parce qu\u2019elle sera le tombeau de la race française»)?Ce qui n\u2019empêcha point, hélas! cet homme perfide, dès qu\u2019il fut chef du Parti libéral du Canada, de nous trahir par la suite, au sujet des écoles catholiques et françaises dans l\u2019Ouest et de s\u2019allier (lui, Wilfrid Laurier) aux plus fanatiques francophobes des Prairies, soit les Fieldings, les Sifton, les Dafoe (ce dernier propriétaire du Winnipeg Free Press, journal fanatiquement des plus francophobe).Sifton, Fieldings et Dafoe contribuèrent à inonder massivement ces contrées d\u2019immigrants de toutes nationalités, afin d\u2019y noyer, d\u2019assimiler davantage et mieux angliciser les Canadiens-Français, alors qu\u2019auparavant, nos frères et métis français y étaient majoritaires et propriétaires.Bref, vers le génocide en douce des nôtres, de l\u2019Ouest, qui s\u2019achève; des Stephen-Louis Saint-Laurent, des Adélard Godbout (qui céda nos droits de taxation par une simple lettre) et tant d\u2019autres contemporains de même acabit! «L\u2019intérêt et l\u2019esprit de parti.» qui contribua à l\u2019avènement de mauvais gouvernements, le plus souvent; ceux-ci faisant fi des droits et revendications des Canadiens-Français ou Québécois-Français; ces gouvernements qui donnaient plutôt priorité aux intérêts particuliers, avant ceux des droits primordiaux, collectifs de notre nation.Des Pierre Bédard, des Louis-Hyppolite Lafontaine, des Honoré Mercier, des Henri Bourassa, des Armand Lavergne, des Maxime Raymond, des Camilien Houde, des René Chaloult, des Philippe Hamel, tous des politiques énergiques, et dignes, et rarissimes autres de même calibre, désintéressés personnellement, mais nationalistes, nous n\u2019en eûmes malheureusement que très rarement.Ils étaient très clairsemés! Le manque de véritables élus nationalistes, et l\u2019esprit et l\u2019intérêt de parti, nous furent funestes, à nous, Canadiens-Français ou Québécois-Français.Il va de soi que l\u2019esprit de parti nous répugne, nous horripile.En cela, nous sommes profondément reconnaissants à notre gloire nationale, le chanoine Lionel Groulx, le Patriote du XXe siècle, de nous avoir fait comprendre les méfaits, le mal 1046 L\u2019ACTION NATIONALE incommensurable que les intérêts et l\u2019esprit de parti firent à notre nation, aux Canadiens-Français; de cet esprit de parti égoïste et pervers qui nous divisa amèrement au point de vue national; ce qui faisait et qui fait encore l\u2019affaire des Anglais, nous conduisant petit à petit et insensiblement, sournoisement et sûrement à notre perte.Il est grandement temps; il est essentiel de n\u2019élire que des candidats nationalistes convaincus, inébranlables et point du tout influençables, qui ont à coeur de défendre vigoureusement nos droits imprescriptibles, inaliénables, intangibles et fondamentaux.Des hommes qui se tiennent debout dans la dignité, sans peur et sans reproche: des cœurs vaillants, de véritables patriotes qui se doivent d\u2019abord et avant tout à la nation française que nous sommes! Citons ce que pensait C.-H.Cahan, homme politique de langue anglaise du Québec, qui réprimanda les Canadiens-Français: «Si vous, Canadiens-Français, ne réussissez pas à vous faire respecter, vous n\u2019avez seulement qu\u2019à vous en blâmer et qu\u2019à vous en prendre à vos chefs dans lesquels vous ne pouvez avoir confiance quand il s\u2019agit de question de vos intérêts nationaux.» Cf.The French Canadian \u2014 1760-1945, Mason Wade, page 619.) Nous espérons et nous souhaitons ardemment que les jeunes générations d\u2019aujourd\u2019hui et de demain soient enfin libres de tout esprit de parti, de tout parti pris politique, qui nous a été gravement nuisible, incommensurablement depuis toujours, au cours de notre histoire. DOCUMENT 1047 Des garanties constitutionnelles pour le français par Le Conseil de la langue française Dans un Avis qu\u2019il vient de remettre au ministre chargé de l\u2019application de la Charte de la langue française, M.Gérald Godin, le Conseil de la langue française recommande d\u2019inscrire dans une Constitution québécoise les droits linguistiques fondamentaux des Québécois et d\u2019y garantir le statut de la langue française afin de mettre celle-ci à l\u2019abri des coups et d\u2019assurer son développement au Québec et en Amérique.Il recommande également au Gouvernement du Québec de faire en sorte «que soient reconnus, à l\u2019intérieur de la Loi constitutionnelle du Canada, le caractère distinct de la société québécoise, l\u2019obligation que cela impose au Québec et au Canada de prendre des mesures appropriées pour assurer le développement de la langue française, et enfin le caractère légitime, démocratique et raisonnable de ces mesures».Le Conseil estime que la Loi 101 demeure toujours valable, mais il recommande d\u2019y apporter les «compléments» législatifs nécessaires «pour garantir avec plus d\u2019efficacité ou de précision l\u2019exercice des droits linguistiques fondamentaux des Québécois», comme le droit d\u2019être informé en français ou celui d\u2019être servi en français.Ces recommandations ont été rendues publiques aujourd\u2019hui par le président du Conseil de la langue française, M.Michel Plourde, qui a présenté un bilan de la situation de la langue française au Québec à la fois sur le plan «judiciaire» et sur le plan «social».Un bilan «Le dernier jugement de la Cour supérieure sur l\u2019affichage public, a dit M.Plourde, est le septième d\u2019une série de jugements qui, sans porter atteinte directement aux droits linguistiques fondamentaux, commencent à modifier sérieusement la dynamique 1048 L\u2019ACTION NATIONALE que s\u2019était donnée le Québec pour faire du français la langue normale et habituelle de tous les Québécois dans leurs activités publiques.Ils risquent, par exemple, de rendre plus difficile l\u2019exercice du droit d\u2019être informé ou servi en français.Ils peuvent avoir de graves conséquences par leur effet cumulatif et leur impact social.» À cause des «dommages» que les contestations judiciaires ont fait subir à la Charte de la langue française, le Conseil estime que le statut de la langue française a besoin d\u2019être mieux garanti, car il craint que le bilinguisme ne soit en train de se réinstaller dans les activités publiques.«Il n\u2019est pas possible, dit le Conseil, de vouloir que le Québec se distingue comme société française et de favoriser en même temps le bilinguisme public au Québec.Dans la situation minoritaire permanente où se trouve la langue française au Canada et en Amérique, mettre le français sur le même pied que l\u2019anglais, c\u2019est contribuer à l\u2019infériorisation de la langue française et en freiner la généralisation.» À cet égard, le Conseil rappelle, selon une étude qu\u2019il a publiée en 1983 et dont les données viennent d\u2019être confirmées par Statistique Canada, que, même au Québec, c\u2019est en faveur de l\u2019anglais et non du français que jouent encore les transferts linguistiques.Le Conseil rappelle aussi que la force d\u2019attraction habituelle de l\u2019anglais comme langue de l\u2019enseignement et de l\u2019affichage au Québec n\u2019a pu être contenue que par des mesures vigoureuses, comme celles qui ont été mises de l\u2019avant par la Charte de la langue française depuis sept ans.Le Conseil de la langue française maintient donc la position qu\u2019il a prise à l\u2019issue de la Commission parlementaire sur la Loi 101, en novembre 1983, en faveur de l\u2019affichage unilingue français, en rappelant par ailleurs que la loi et les règlements permettent déjà, dans plusieurs cas, l\u2019affichage dans d\u2019autres langues.Selon l\u2019Avis du Conseil, le gouvernement n\u2019aurait pas suffisamment expliqué à la population, depuis l\u2019adoption de la Charte de la langue française, le bien-fondé de sa politique concernant l\u2019affichage.Les Québécois ont surtout entendu parler, à maintes reprises, des revendications et des contestations relatives à certains articles de la loi.«Il n\u2019est pas étonnant, conclut le DOCUMENT 1049 Conseil, qu\u2019il se soit produit, depuis quatre ans, un revirement d\u2019une partie de l\u2019opinion publique francophone en faveur du bilinguisme dans l\u2019affichage.» Le Conseil presse donc le gouvernement de faire entendre sa voix, «d\u2019identifier et d\u2019expliquer publiquement les valeurs et les objectifs qu\u2019il entend privilégier et de trouver les moyens pédagogiques qui conviennent pour dégager ou susciter de nouveaux consensus».Dans son bilan «social», le Conseil note d\u2019abord la progression du français dans les divers domaines d\u2019activités au Québec depuis dix ans.Mais il constate que, dans bien des secteurs, le français a encore beaucoup de progrès à réaliser.On ne peut pas dire, en 1985, que le français soit devenu «la langue normale et habituelle du travail, de l\u2019enseignement, des communications, du commerce et des affaires» au Québec.Dans les entreprises, le moment est venu de se franciser par l\u2019intérieur.L\u2019usage des termes français ne réussit pas à s\u2019implanter dans le parler quotidien des travailleurs.On observe certains relâchements dans le soutien à la francisation; on voit réapparaître des textes rédigés uniquement en anglais; on laisse aller sur le marché des produits dont la présentation en français laisse grandement à désirer; et des dirigeants d\u2019entreprise se plaignent de la piètre qualité du français des jeunes issus du système d\u2019éducation québécois.Le Conseil souligne aussi des faits d\u2019un autre ordre dont l\u2019influence peut être déterminante pour l\u2019avenir de la langue française, en particulier: la multiplication et l\u2019omniprésence des produits culturels américains et des communications informatisées véhiculées par la langue anglaise; l\u2019accroissement du nombre de chaînes de télévision de langue anglaise et le fort pourcentage d\u2019écoute qu\u2019y consacrent les jeunes.Devant cela, le Conseil s\u2019étonne qu\u2019un nombre grandissant de Québécois s\u2019imaginent que la langue française a atteint un niveau de sécurité désormais garantie au Québec.Une dynamique nouvelle Le Conseil est donc d\u2019avis que la langue française a toujours besoin d\u2019être protégée et soutenue.Mais il ne croit pas que 1050 L\u2019ACTION NATIONALE les mesures législatives, même constitutionnelles, doivent être les seules à la soutenir.Il estime «que la population elle-même a un rôle important à jouer pour faire respecter ses droits linguistiques fondamentaux et pour assurer l\u2019amélioration du statut et de la qualité de la langue française».Selon le président du Conseil, «une loi comporte toujours ses limites: on ne peut pas se reposer entièrement sur elle pour la défense de ses droits.De plus, la Charte de la langue française, par exemple, n\u2019intervient pas dans des domaines aussi importants pour l\u2019avenir de la langue française que l\u2019éducation et les communications.C\u2019est en nous-mêmes qu\u2019il faut trouver les ressources et la volonté nécessaires pour assurer la place, le développement et la qualité que nous entendons donner à la langue française.Il faut donc, conclut M.Plourde, créer une dynamique nouvelle en faveur de la langue, qui repose sur une participation accrue des Québécois, qui cesse d\u2019enfermer la langue française dans le triangle «gouvernements/groupes de pression/ tribunaux» et qui se préoccupe avant tout de l\u2019avancement du français comme langue de création et de développement économique et culturel.» Dans cette optique, le Conseil recommande donc: «Que, sans se départir de ses obligations propres et tout en poursuivant son action en faveur de la langue française, l\u2019État favorise lui-même l\u2019initiative des groupes et des citoyens désireux d\u2019assumer efficacement leurs responsabilités face à la langue; «Que pour aider à l\u2019instauration de cette dynamique nouvelle, l\u2019État contribue au développement d\u2019attitudes et de comportements linguistiques appropriés, ainsi qu\u2019à la valorisation de la langue française, notamment auprès des jeunes et des travailleurs, par l\u2019éducation et par l\u2019information du public: \u2014\ten expliquant aux citoyens les objectifs qu\u2019il poursuit face à la langue et en leur faisant connaître encore plus largement l\u2019état et l\u2019évolution de la situation linguistique au Québec; \u2014\ten encourageant les travailleurs à participer activement à la francisation des milieux de travail; \u2014\ten inscrivant, dans les programmes d\u2019enseignement, à côté des activités d\u2019acquisition et de communication en français, d\u2019autres activités susceptibles de développer chez les jeunes DOCUMENT 1051 Québécois des comportements conscients des enjeux linguistiques quotidiens; en donnant une large diffusion aux réalisations faites en français par le Québec et les Québécois, dans les divers secteurs économiques et culturels, tant sur le plan intérieur qu\u2019au niveau international; en encourageant par tous les moyens, au niveau politique et gouvernemental, comme dans l\u2019éducation et les activités publiques, l\u2019usage d\u2019une langue de qualité. 1052 L\u2019ACTION NATIONALE Lettre à M.Roger D.Landry, président et éditeur de La Presse (1 mars 1985) Monsieur le Président, Le Journal La Presse a récemment proposé à l\u2019intention de ses lecteurs un dossier «Plus» consacré aux Francophones dans le Monde (8 décembre 1984), dossier fort intéressant dans la mesure où il pose bien la problématique géopolitique du français dans le monde, ses constats, ses vérités peu rassurantes et ses faiblesses, le problème des institutions dans lesquelles la langue évolue, les incertitudes de l\u2019avenir.Deux articles du dossier, signés Claude Moniquet, nous viennent de Bruxelles («L\u2019espoir de la Wallonie: l\u2019immigration» et «Le cas de Bruxelles») et concernent la situation des francophones de Belgique, c\u2019est-à-dire des 3 147 316 Wallons et du million, approximativement, de francophones habitant la région bruxelloise.(80 à 85% de la population bruxelloise).Ces articles posent la très grave problématique de la situation des francophones de Belgique, résultat de la convergence des conflits linguistiques et communautaires, d\u2019une part, des inégalités économiques, d\u2019autre part, au sein d\u2019une Belgique où la Flandre se taille la part du lion.La dénatalité et le vieillissement de la population wallonne sont effectivement une préoccupation sérieuse comme l\u2019ont souligné avec énergie les rapports Sauvy et Delpérée et, plus récemment, l\u2019ouvrage de 1983 du Professeur Robert André, «La population de la Wallonie dans la dualité démographique de la Belgique».Il nous paraît toutefois légitime que nous nous interrogions sur le parti-pris catastrophiste de ces articles (en particulier l\u2019article consacré à la Wallonie) et que nous nous demandions s\u2019il était bien opportun de donner de notre Communauté une image aussi partielle et aussi peu encourageante aux yeux de ceux qui, à l\u2019étranger, nous témoignent sympathie et intérêt ou encore souhaitent investir en Wallonie.Souhaite-t-on que ceux-ci nous fuient?Il est bon de rappeler que le phénomène de réduction de la LETTRES 1053 natalité qui caractérise la partie francophone de la Belgique affecte en réalité tous les pays industrialisés du monde.La Flandre, partie néerlandophone de la Belgique, connaît elle-même une évolution comparable avec un taux de fécondité qui, entre 1962 et 1978, a régressé plus rapidement qu\u2019en Wallonie et à Bruxelles pour atteindre un niveau analogue à celui de ces deux régions.Il faut de plus manipuler les chiffres avec circonspection si l\u2019on considère que le nombre de francophones augmente dans la périphérie bruxelloise et que ceux-ci sont comptabilisés dans la région flamande, aucun recensement à ce sujet ne venant en corriger les données.Et s\u2019il est vrai qu\u2019une politique favorisant l\u2019immigration corrige la dénatalité par l\u2019apport d\u2019immigrés que ce facteurs n\u2019affecte pas, il convient de souligner que c\u2019est en Wallonie, bien plus qu\u2019en Flandre ou à Bruxelles, que s\u2019installent ces derniers.Aussi l\u2019immigration est-elle, avec les problèmes d\u2019intégration qu\u2019elle présuppose, la solution proposée en 1983 par le Professeur André pour la dernière décennie du XXième siècle, réponse à la politique démographique wallonne de redressement retenue en 1974 dont l\u2019objectif était d\u2019atteindre une situation stationnaire (taux de reproduction net égal à 1) n\u2019impliquant pas le recours à une immigration supplémentaire.Or, il est vrai que le problème reste entier si l\u2019on considère que la Wallonie «meurtrie par une crise qui provoque de plus en plus de pertes d\u2019emplois et qui crée un climat humain pessimiste», pour reprendre les termes mêmes du Professeur André, est confrontée, comme tant d\u2019autres régions industrielles, à l\u2019insécurité d\u2019emploi et de revenu, à la diminution des allocations familiales, à la xénophobie.La crise aggrave les données tout en limitant l\u2019effet des politiques entreprises.Car des options ont été retenues en 1974 par le Conseil économique régional wallon, et il serait plus juste de ne pas passer sous silence les efforts entrepris pour développer la médecine préventive, favoriser l\u2019intégration des immigrés, améliorer l\u2019éducation sanitaire de la population, encourager les visites médicales prénatales, lutter contre la minorité des adultes et la tendance que celle-ci manifeste à se relever (maladies cardiovasculaires, cancer, accidents.).Les nouvelles institutions communautaires et régionales (voir ci-dessous), issues des décrets d\u2019application (1980) de la nouvelle constitution belge, ont relayé et concrétisé ces options. 1054 L\u2019ACTION NATIONALE D\u2019autre part, alors que l\u2019article d\u2019Angélica Rojet, consacré à la Romandie, portait sur la dimension institutionnelle dans laquelle la problématique du français s\u2019insère, l\u2019article de Monsieur Moniquet élude les très importantes réformes de structures qu\u2019ont connues depuis 1980 la région bruxelloise et, surtout, la Wallonie, tant dans le domaine économique que dans le contexte des institutions.Pour le domaine économique wallon en pleine reconversion, sa dynamique, nous l\u2019espérons, influera sur la confiance dans la vie et, partant, sur la natalité.La réforme des institutions est importante, elle aussi, parce que les francophones de Belgique, Wallons et Bruxellois, sont dotés aujourd\u2019hui de structures spécifiques, résultat du déplacement de l\u2019État belge unitaire du passé vers un État de type fédéral reconnaissant aux communautés linguistiques, dont la Communauté française, des pouvoirs distincts.Le Délégué au Québec de la Communauté française Wallonie-Bruxelles vous a déjà écrit à ce sujet une lettre datée du 10 avril 1984 à laquelle vous avez eu la délicatesse de répondre dans La Presse du 5 mai 1984.Cette lettre vous exposait les caractéristiques de la nouvelle constitution belge, la force de ses décrets d\u2019application, les nouvelles structures en place.Comme il se trouvera des Québécois pour vous dire que les différentes composantes de la Belgique constituent aujourd\u2019hui un partenaire étranger essentiel du Québec, et que cette réalité est liée à l\u2019évolution politique interne de la Belgique où la réalité francophone a effectivement pris une dimension nouvelle, il nous paraît que La Presse dans un dossier consacré aux francophones dans le monde aurait dû s\u2019attacher à autre chose qu\u2019à la «désertification» d\u2019une région «sinistrée» \u2014 mots excessifs qui font fi de toute crédibilité d\u2019un pays aux yeux de l\u2019étranger \u2014 ou de la «pseudo-régionalisation» qui touche Bruxelles, dont l\u2019article, il est vrai, donne une juste synthèse et cerne la problématique particulière.Car la Communauté française de Belgique (Wallonie-Bruxelles) dont relèvent toutes les compétences culturelles, au sens large, de langue française de Belgique, et la Région wallonne à laquelle la constitution de 1970 permet d\u2019agir en tenant compte de la spécificité et des besoins de la Wallonie dans les domaines de l\u2019aménagement du territoire, le logement, l\u2019environnement, la tutelle des pouvoirs locaux et provinciaux ainsi que les secteurs économiques générateurs du futur, sont devenues dans leurs compétences, en toute autonomie, les inter- LETTRES 1055 locuteurs des partenaires privés et publics en lieu et place du Gouvernement belge.Et le «désert économique» wallon \u2014 un désert peut-il avoir des atouts?\u2014 a des atouts.Avec la révolution industrielle, au début du XIXième siècle, la Wallonie connut une prospérité incomparable, non seulement grâce à ses ressources en fer et en charbon, mais aussi grâce à ses ouvriers, travailleurs et résolus, héritiers d\u2019une solide tradition qui remonte au Moyen Âge.S\u2019il est indéniable qu\u2019une large part de notre structure industrielle est basée sur des secteurs traditionnels, les produits wallons restent réputés dans le monde entier qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019acier, du verre, du cristal, des équipements électriques et mécaniques.À cet égard, et au prix de reconversions parfois pénibles, le complexe sidérurgique Cockerill-Sambre dégage un «cash-flow» positif en 1984 de même que les Cristalleries du Val Saint-Lambert.Ces points positifs ne résultent pas seulement de l\u2019effet d\u2019une conjoncture favorable mais surtout d\u2019une vaste réforme en profondeur.De plus, après avoir fait apprécier la qualité de sa production, la Wallonie est en train de prouver sa capacité de diversification et de spécialisation en fonction des exigences de l\u2019évolution du commerce international.À titre d\u2019exemple, et fait souvent ignoré de ce côté-ci de l\u2019Atlantique, le Groupe F.N.(Fabrique Nationale) dont le siège social est situé en Wallonie est une véritable multinationale dont une de ses filiales à 100% s\u2019appelle Browning! Enfin, tournée résolument vers l\u2019avenir, la Wallonie voit quotidiennement se créer de multiples initiatives concrétisées la plupart du temps par la naissance d\u2019entreprises.Sans vouloir être exhaustif, on peut citer les développements en matière énergétique (énergies renouvelables ou non, isolation, récupération et recyclage des déchets), les investissements privés et publics en matière d\u2019électronique, agro-alimentaire, biotechnologie, aéronautique.Ainsi au départ, d\u2019un savoir-faire industriel existant et éprouvé, en s\u2019appuyant sur des atouts qui ont été déterminants 1056 L\u2019ACTION NATIONALE lors de la révolution industrielle du XIXième siècle, la Wallonie a conservé son esprit d\u2019entreprise et d\u2019initiative.Elle offre un potentiel d\u2019innovation que les investisseurs ne peuvent ignorer.C\u2019est ainsi d\u2019ailleurs que la firme Alcan possède une unité de production en Wallonie.Faut-il rappeler, d\u2019autre part, que l\u2019industrie wallonne participe avantageusement à la réalisation du contrat ILTIS (Bombardier), preuve on ne peut plus éclatante de sa haute productivité et de sa capacité technologique.Aujourd\u2019hui, la Wallonie n\u2019offre plus le visage des régions industrielles du XIXième siècle.Grâce à son énorme potentiel, la Wallonie, terre riche du passé, bâtit l\u2019histoire de demain.Son peuple, l\u2019un des plus productifs au monde, riche d\u2019une tradition de combats politiques, culturels, économiques et industriels, démontre au quotidien la vérité de la célèbre apostrophe de Gambetta: «L\u2019avenir n\u2019est interdit à personne».Il nous paraît, Monsieur le Président, que ces informations méritent qu\u2019une attention toute particulière leur soit apportée.Dans ce sens, nous vous serions reconnaissants de considérer cette lettre comme une annexe utile au dossier «Plus» dont il a été question ici afin que soit mieux cernée, au sein du monde francophone, la spécificité de la Communauté française Wallonie-Bruxelles et des moyens d\u2019action dont elle s\u2019est dotée.Veuillez croire, Monsieur le Président, à l\u2019expression de nos sentiments les meilleurs.Pour la Délégation Wallonie-Bruxelles au Québec: Philippe CANTRAINE, Délégué de la Communauté française de Belgique.(Wallonie-Bruxelles) et John D.CONNER, Délégué de la Région wallonne. Nous souscrivons avec fierté à l\u2019Action Nationale SOCIÉTÉ SECOURS MUTUELS UNE INSTITUTION D'ASSURANCE VIE AUX SERVICES EXCLUSIFS DES MEMBRES DES SOCIÉTÉS NATIONALES DES QUÉBÉCOIS de* région* suivantes : La Société Nationale de l\u2019Est du Québec La S.N.Q.de ia région de* Haute»-Rivière* La S.N.Q de ta région de rOutaouah La S.N.Q.de la région Saguenay Lac St-Jean La S.N.Q.de la région de r Amiante La S.N.Q.de la région Richelieu St-Laurent .N.Q.de la région Richelieu- Yamaska Siège social: 134, rue Saint-Charles Saint-Jean-Sur-Richelieu J3B2C3 r>- H S 11.Te.1 in '' 1 nil.' ! ')01\t7'¦ Av< inti¦, Tbi-rvl 1 !«' !!!( De concert avec la Parce qu elle est consciente de vos obligations qui évoluent sans cesse au rythme de la vie, La Solidarité, Compagnie d\u2019assurance sur la vie, met sur pied de nouveaux programmes d\u2019assurance dans le but de vous offrir des services toujours mieux adaptés à vos besoins.L\u2019innovation à La Solidarité ne profite qu\u2019à vous! La Solidarité Compagnie d\u2019assurance sur la vie Siège social: Québec Agences: Amos, Beauceville, Charlesbourg, Chicoutimi, Laval-des-Rapides, Longueuil, Montréal, Québec, Rimouski, Sainte-Foy, Sherbrooke, Trois-Rivières.DU GROUPE S O L I D A R I T É \u2022 U N I Q U E "]
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