L'action nationale, 1 septembre 1953, Septembre
[" ahim L\u2019Action Nationale : L\u2019heure du salut national Jean-Marc Léger : Le nationalisme à l\u2019heure de la révolution André-Marc Valois : Crépuscule de la démocratie La censure américaine et le cinéma par Jean Pellerin LE MOIS: A l\u2019écart du monde Notre livraison prochaine sur la pensée d\u2019Henri Bourassa 1 VOL XL1I No 1 SEPTEMBRE 19S3\t\u2014\tMONTRÉAL | TRENTE-CINQ CENTS L'EXEMPLAIRE L\u2019ACTION NATIONALE, REVUE MENSUELLE \u2022 Directeur: André LAURENDEAU \u2022 L'Action Nationale, publiée par la Ligue d'Action Nationale, est un organe de pensée et d\u2019action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l'élément français en Amérique.Elle parait tous les mois sauf en juillet et en août.Les directeurs de la Ligue sont : MM.Anatole Vanier, président; François-Albert Angers, vice-président; Jean-Marc Léger, secrétaire; Paul-Emile Gingras, trésorier; M.le chanoine Lionel Groulx; R.P.J.-P.Archambault, S.J.; Mgr Olivier Maurault, P.S.S.; Arthur Laurendeau, René Chaloult, André Laurendeau, Gérard Filion, L.-Athanase Fréchette, Jean Drapeau, Guy Frégault, Jacques Perrault, Dominique Beaudin, Clovis-Emile Couture, Jean Deschamps, R.P.Richard Arès, S.J., Wheeler Dupont, André Dagenais, Alphonse Lapointe, Luc Mercier, Pierre Lefebvre, Gaétan Le-gault, Roland Parenteau.Administration : 986, est, rue RACHEL, MONTREAL CHerrier 5253 L\u2019abonnement est de $3.00 par année L\u2019abonnement de soutien : $5.00 Autorité comme envoi postal de la deuxième datte Ministère des Pattes.Ottawa. DUPUIS Maison essentiellement canadienne-française depuis sa fondation en 1868 Montréal Magasin A rayons : 865 est, rue Ste-C.atherlne, Comptoir Postal : 780, rue Brewstev, Succursale magasin pour hommes : Hôtel Windsor. LES AMIS DE LA REVUE RAYNAULT, Adhémar Achat et vente de propriété Prêts : le et 2e hypothèque \u2022\t3 573 est, Ontario \u2014 FA 1731\tLAVIGNE, C.-E.Courtier d'assurances 3750, rue Lacombe \u2022\tAT 6433 CHAUSSÉ, Fernand AVOCAT 152 est, Notre-Dame \u2022\tMA 1922\tPAQUIN, Philias PHARMACIEN Angle Bout.Rosemont et Chabot \u2022\tCR 2338 DENIS, Arcadius AVOCAT 86, rue Wellington Nord %\tSherbrooke, Qué.- Tél.2-4793\tSARRAZIN, Arthur PHARMACIEN Sarrzin-Choquette, #\tMontréal DORAIS, Jean-Louis AVOCAT 57 onott, rue St-Jacques \u2022\tHA 1336\tPAQUETTE, P.-E.FERRONNERIE III5 est, rue Mont-Royal \u2022\tGI 3337 THERRIEN, F.-E., avocat Ch.112, Edifice des Tramways, 159 ouest, me Craig, Mtl.\u2022\tHA 3797\tCARON, Marcel Assurances générales 5117, Bout.Rosemont,Mtl.\u2022\tTU 3273 VAN 1ER, Anatole AVOCAT 57 ouest, St-Jacques \u2022\tHA 2841\tLANGEVIN, J.-H.937 Hartland, Montréal \u2022\tAT 4110 \u2014 Bur.: HA 7223 FRÉCHETTE, L.-A.NOTAIRE 159 ouest, Craig \u2022\tLA 9607\tLAROCHE, Willie, C.C.S.Assurances générales 477, St-Prançois-Xavier, ch.310 \u2022 Bur.: HA 0422 - Rés.: HA S064 ROBILLARD, Michel NOTAIRE 934, Ste-Catberine est \u2022\tLA 3131\tEMILIEN ROCHETTE & FILS Les spécialistes du tapis à Québec Téléphone 2-5233 #\t352, rue St-Valier, Québec POULIN, Albert ARCHITECTE 1115, Prospect, Sherbrooke, P.Q.\u2022\tTEL.: 2-4620\tPERREAULT, Robert La Sauvegarde, Assurance-Vie 7930, rue Lafontaine, Mtl.\u2022\tHA 7221 ALBERT ROUSSEAU Ltée Charbon - Huile 10720, Milieu #\tDU 4146\tFOURNIER, Albert Procureur de brevets d\u2019invention 934 est, Ste-Catberine e\tHA 4>4I II ROY, Roméo Spécitlitii pharmacautiquas Longutuil, P.Q.\u2022\tOR 9-0)49 DESCHENES & Fils Ltée Matériaux da plombaria at chauf.569 5, Iberville \u2022\tFR 5174.7 MASSÉ, Paul AVOCAT 192 est, rue N otre-Dame \u2022\tBE 1971 LABELLE, Henri-S., F.R.A.I.C.ARCHITECTE 5, avenue Kelvin, Outremont \u2022\tAT 3454 ANGERS, Adrien, C.d\u2019A.A.Aiaureur agréé Bureeu i 4009, rue Hocbelmgs \u2022\tCL 7797 fôÿnmom INC.J J.BRASSARD, pria.ifi Ht, itt-Cltbtrl\u2014, l(«l.MAXIME Nattoyaurs A Tainturiars 4140, rue St-Denis \u2022\tBE 119S NADON et DE CARUFEL Comptable» agréés 10 ouest, rue St-Jacgues \u2022\tPL 27)9 Salaison MAISONNEUVE BACON marqua \"MORIN** 1450, De Lasalle \u2022\tCL 4014-7 SANSOUCY, Arthur BOUCHER-EPICIER 5995, Hocbelega \u2022\tCL 2S39 AUG.BRUNETTE Ltée PLOMBERIE-CHAUFFAGE 4154, rue H6tel Je Ville \u2022\tPL 1944 DUST-O-DUST Poudra i balayar 7029, De Laroche, Mtl.# Rolland Trépaniar \u2014 CA 9071 La Cie TULIPPE Ltée Cravatas, écharpas at robas da chambra\tTu,\t|U|.\u2022\tFA 2JJJ SÉGUIN, Paul-Émile NOTAIRE *711, St-Hmbirt \u2022\tDO I7J» CAMBRON, M., B.Ph., L.Ph.Propriétaira Pharmacia Cambron Spécialité t Proscriptions \u2022\t77J est, rue Roy \u2014 HA 9799 GALARDO, Armand \"Fruitaria St-Louis-da-Franca** Epicaria, viandas cuitaa.\u2022\t515, rue Roy \u2014 PL 1729 TOUJOURS \u2022\tles plus récents modèles \u2022\tles plus nouveaux tissus CHEZ LES TAILLEURS 251 est, rue STE-CATHERINE, Montréal.\tHArbour 1171 m \\ Lucien Viau et associés Comptables Agréés CHAS.DESROCHES, C.A.FERNAND RHEAULT, C.A.( < i i 4 159 Ouest, rue Craig,\tMA.1339 (EDIFICE DES TRAMWAYS) LA COMPAGNIE l.-\\.DROLET Ingénieurs \u2014 Mécaniciens \u2014 Fondeurs Spécialités : Ascenseurs modernes de tous genres, soudures électriques et autogènes, etc.206, rue du Port I Québec TOUS LES ACCESSOIRES ÉLECTRIQUES (strictement en fro*) \"Le temple de U lumière\" Ben BÈLAND, président - Jean BEL AN D, In g.P., sec.-très.7152, boul.ST.-LAURENT, Montréal \u2014 GRavelle 2465 Pour devenir propriétaire .Epargnez avec : LA COMPAGNIE MUTUELLE D'IMMEUBLES Limitée 1306 est, Ste-Catherine, Montréal Tél.: CHerrier 5415-5515 IV L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE * Volume XLII DIRECTEUR : ANDRÉ LAURENDEAU La Ligue d\u2019Action Nationale 986 est, rue RACHEL MONTRÉAL Vingt et unième année deuxième semestre 1953 IIAiiO NUMÉRIQUE Page(s) blanche(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec ES E3 ES ES L\u2019ACTION NATIONALE VOL.XLII, No 9 MONTREAL\tSeptembre 1953 \u201cL\u2019heure du salut national\u201d \u201cQuand on compte ses ancêtres, c\u2019est qu\u2019on ne compte plus\u201d, disait un jour Chateaubriand.Ne pourrait-on, transposant cette parole sur le plan de la vie d\u2019une nation, affirmer: \u201cQuand on se réclame incessamment de son passé, qu\u2019on veut y puiser inlassablement des motifs de fierté, c\u2019est que le présent n\u2019est guère reluisant\u201d.On aimerait que le rapprochement ne soit pas fondé: comment ne pas convenir qu\u2019il ne l\u2019est que trop! Depuis la proclamation de la Confédération, nous nous berçons d\u2019une fausse sécurité.Nous appuyant sur des promesses officielles (du genre: \u201cil n\u2019y a plus ici ni vainqueurs, ni vaincus\u201d.) et sur un taux jadis légendaire de natalité, nous avons cru n\u2019avoir plus qu\u2019à nous laisser porter par l\u2019Histoire.Ici ou là, des réveils fugitifs, éloquents parfois (question des écoles françaises d\u2019Ontario, conscription militaire de 1917, plébiscite de 1942) mais toujours sans lendemains et, surtout, qui n\u2019atteignaient nullement le fond du problème.Tout se passe comme si nous ne trouvions pas en nous-mêmes, en ce que nous représentons, des raisons 4 l\u2019action nationale svffisantes d'action et qu'il nous faille le stimulant de l\u2019agression pour susciter quelque affirmation, éphémère, de vouloir-vivre collectif.S\u2019il subsiste un sentiment national, il faut bien reconnaître par contre l\u2019absence d\u2019une conscience nationale.C\u2019est là le drame actuel du Canada français.Car, seuls les aveugles ou les satisfaits à tout prix peuvent nier qu\u2019il y ait drame.Ce drame réside essentiellement dans une crise d\u2019adaptation qui n\u2019a pas reçu le moindre commencement de solution \u2014 a-t-on, seulement, conscience de cette crise \u2014 et qui approche de son point culminant.Face à la transformation qui depuis un siècle et surtout depuis un quart de siècle a bouleversé nos conditions d\u2019existence quotidienne comme individus et comme collectivité, nous ne savons encore opposer que le même comportement de nos ancêtres aux lendemains de la Conquête.Nous n\u2019avons pas su trouver les éléments d\u2019une synthèse indispensable, celle d\u2019hommes qui, devant évidemment accepter les conditions d\u2019une civilisation hautement industrialisée et technique, dans un monde anglo-saxon, entendent néanmoins préserver et diffuser des valeurs spirituelles et une conception de vie dont ils sont tout ensemble les héritiers et les artisans.Nous avons agi de telle façon que vouloir rester pleinement et fièrement canadien-français, au Canada, en 1953, apparaît à plusieurs presque un anachronisme.Nous nous sommes révélés jusqu\u2019à maintenant impxiissants à passer du stade \u201csurvivance\u201d à celui de la vie pleine, jaillissante, rayonnante.Comme si nos valeurs n\u2019étaient pas assez riches, notre culture assez forte pour animer un type moderne de civilisation.Qui, par exemple, peut parler sans rire de Montréal comme ville française?Grande cité l\u2019heure DtJ salut national ô américaine, elle renferme une m,asse de Franco-Canadiens dont la vie quotidienne est une contradiction.Est-il autre cité au monde qui soit aussi peu le reflet de la majorité de ses habitants ?Voici venir l\u2019heure où nous aurons chacun, à choisir pour ou contre le Canada français.Voici venir l\u2019heure où nous allons subir le plus terrible assaut: celui, conjugué, d\u2019un centralisme politique entre tous habile et perfide, de Vaméricanisme partout insinué, du confort porté à son ultime pointe de raffinement.Voici l\u2019heure, enfin, où les masses populaires et l\u2019élite intellectuelle de cette province seront sollicitées, comme jamais encore elles le furent, de consentir à l'État fédéral anglo-saxon, des pouvoirs dont l\u2019Etat provincial n\u2019a su faire usage \u2014 lorsqu\u2019il l\u2019a fait \u2014 qu\u2019à leur détriment.Il n\u2019est pas exagéré mais simplement, terriblement honnête de convenir que l\u2019existence du Canada f rançais va se jouer dans le quart de siècle à venir.Ne se trouvera-t-il pas assez d\u2019hommes pour répondre à l\u2019appel du plus exaltant des devoirs?Comprendra-t-on, enfin, que si la Patrie se fait tous les jours (et la Patrie pour nous, c\u2019est le Canada français), elle périt aussi un peu tous les jours quand l\u2019apathie, l\u2019indifférence, la veulerie sont le fait du plus grand nombre.Nous sommes entrés dans une crise dont le point culminant approche.Et puisqxie le pouvoir provincial, abandonné aux jeux éhontés et stériles d\u2019une politicaillerie inqualifiable abdique son devoir, il appartient aux Canadiens-Français conscients d\u2019agir sans tarder. 6 l\u2019action nationale Jadis, aux heures de crise, on formait des \u201ccomités de salut public\u201d.Face aux dangers qui de toutes parts nous pressent, nous suggérons la formation d\u2019un comité de salut national.Dans cette entreprise, chacun, à chaque instant, a sa place.Il nous appartient encore de préparer pour le Canada français l\u2019avenir dont nous rêvons.Pourvu que nous commencions enfin à agir.Et, d\u2019abord, à réagir.L\u2019Action Nationale Le nationalisme à l\u2019heure de la révolution Chaque époque propose ou impose à un groupe ethnique de nouveaux chemins dans la poursuite de son destin.Les perspectives où se situe l\u2019action varient sans cesse: il faut savoir s\u2019y adapter.Le danger est grand, dans une lutte de caractère national, de confondre fidélité aux objectifs et fidélité aux moyens, de poser l\u2019une et l\u2019autre comme inséparables.Pour qui est victime de semblable confusion, toute modification dans la technique du combat national devient suspecte, toute transformation radicale prend figure de trahison.Telle est l\u2019essence de l\u2019attitude conservatrice en matière d\u2019action nationale.Une volonté systématique de préserver dans son ensemble non seulement \u201cle passé\u201d, \u201cl\u2019héritage\u201d mais aussi le rythme et le mode selon lesquels ils ont été constitués, une maladive nostalgie de ce qui les évoque conduisent à un irréalisme profond.Se refusant à reconnaître la figure nouvelle que l\u2019évolution confère au Canada français, bien des nôtres deviennent imperméables aux données actuelles du fait national, à la vie quotidienne de la nation, aux masses qui la composent, à leurs problèmes, leurs drames, leurs aspirations.On peut mesurer le recul du nationalisme authentique, sur le plan de la lutte politique, par la différence entre deux épithètes, celui dont hier il était 8 l\u2019action nationale synonyme: révolutionnaire, celui qu\u2019aujourd\u2019hui on lui accole le plus volontiers: conservateur.A partir de l\u2019instant où, dans un pays donné, le gros des éléments nationalistes accepte d\u2019être considéré comme un groupe \u201cconservateur\u201d, il signe sa Rémission des forces politiques qui vont bâtir les lendemains de la patrie.Nationalistes canadiens-français, nous posons-nous comme conservateurs?L\u2019objectif, encore une fois, demeure forcément le même: les moyens sont profondément différents parce que les conditions mêmes de la vie de notre groupe ethnique ont été radicalement transformées.A partir du moment où l\u2019on reconnaît ce fait dans sa plénitude, on doit convenir que l\u2019action nationale, au sens profond de l\u2019expression, sera conduite selon de tout autres perspectives.C\u2019est pour ne l\u2019avoir pas compris que des gens qui œuvrent pour le même grand objectif apparaissent souvent, dans l\u2019immédiat, comme adversaires.C\u2019est pour entretenir une vue fausse du nationalisme, chez les uns, pour ne pas avoir pris suffisamment conscience de la transformation intervenue depuis un demi-siècle, chez les autres, que l\u2019on a laissé s\u2019opérer une brèche qui menace de s\u2019élargir.On a été conduit à envisager comme positions adverses ce qui n\u2019est, à la vérité, que deux manières différentes de concevoir l\u2019action nationale.Mais l\u2019incompréhension mutuelle risquerait de transformer à la longue, la querelle en rupture définitive.Il est au moins possible que de part et d\u2019autre \u2019on tente une explication loyale, à partir d\u2019une commune conscience des valeurs de notre civilisation et d\u2019une volonté commune de contribuer à leur épanouissement. LE NATIONALISME A L\u2019HEURE DE LA RÉVOLUTION 9 Le front uni des forces authentiquement nationales, qui postule de nombreuses rencontres et un long dialogue, s\u2019avère d\u2019autant plus urgent que nous n\u2019aurons pas trop de toutes les énergies, dans les années qui viennent.Et qu\u2019on n\u2019élève pas ici la facile accusation de pessimisme foncier, systématique.Il s\u2019agit bien plutôt d\u2019une inquiétude, mieux d\u2019une angoisse dont nul Canadien français conscient ne peut se défendre à l\u2019heure présente.Certes, il existe une crise générale des civilisations, de la civilisation, dont la nôtre, vue avec une certaine hauteur, apparaît comme un modeste élément.N\u2019est-il pas naturel que nous la sentions avec une particulière acuité, parce qu\u2019elle est nôtre, assurément et peut-être parce qu\u2019elle se fait plus grave qu\u2019ailleurs.Sans doute, il en restera beaucoup, impuissants à penser en d\u2019autres termes que ceux de progrès matériel, pour demander: \u201cMais où est la crise?\u201d Faut-il donc le leur rappeler?Faut-il les inviter à mesurer l\u2019affaiblissement, chez nous, du sens national, l\u2019abdication d\u2019une élite dont on cherche en vain les raisons qu\u2019elle peut avoir de prétendre à semblable titre, la montée de l\u2019américanisme à la veille de tout submerger?Faut-il leur rappeler surtout l\u2019intrusion, depuis un quart de siècle, lente d\u2019abord et mal assurée puis de plus en plus rapide et confiante du pouvoir central dans les domaines propres aux États provinciaux ?Faut-il enfin les forcer à éprouver l\u2019élément, capital de la crise: le drame d\u2019une civilisation qui cherche péniblement à subsister à l\u2019intérieur de cadres qui l\u2019emprisonnent, qui la nient quand ils devraient en favoriser l\u2019épanouissement?Rarement, dans notre histoire, le mot de crise a-t-il pu s\u2019appliquer avec autant de 10 l\u2019action nationale justesse.Mais parce qu\u2019elle ne se présente pas sous les traits grossiers d\u2019une entreprise antifrançaise, qu\u2019elle ne s\u2019incarne pas dans des individus hostiles, des mesures vexatoires sur quoi il serait facile de diriger une contre-attaque (plus passionnée, sans doute que vraiment pratique), la masse des nôtres n\u2019arrivent pas à en prendre seulement conscmnc .Voilà qui mesure assez notre réalisme et notre maturité politique.11 ne s\u2019agit pas ici \u2014 est-il besoin de le dire \u2014 de dénoncer quelque sinistre machination ourdie à Ottawa ou ailleurs contre la présence française au Canada.Le malheur est justement que nos compatriotes n\u2019ont pas encore compris que c\u2019est là chose révolue ou presque et que les \u201ccomplots des oran-gistes\u201d commencent à ressortir à la légende.Que la centralisation soit à l\u2019ordre du jour dans la capitale fédérale, c\u2019est un fait.Que tout en n\u2019étant nullement conçue comme entreprise anticanadien-ne-française, elle tend néanmoins à nous ravir certains des instruments vitaux de notre maintenance, voilà un autre fait.Et dont il n\u2019est plus permis de douter avec l\u2019étape inaugurée par le rapport Massey, prélude à la mainmise sur l\u2019enseignement, à l\u2019artificielle création d\u2019une \u201cculture canadienne\u201d, à la constitution imminente d\u2019un ministère des Beaux-Arts.On nous rétorquera que c\u2019est là une loi de l\u2019évolution propre aux régimes à caractère fédératif, que les progrès incessants des modes de transport et de communication accentuent encore cette tendance comme le primat contemporain de la simplification et de l\u2019efficacité.Nous voulons bien convenir que le phénomène ne nous est pas exclusif.Mais alors c\u2019est la formule même de la LE NATIONALISME A L\u2019HEURE DE LA RÉVOLUTION 11 Confédération qui est remise en question.Qu\u2019on ait au moins l\u2019honnêteté de le reconnaître comme d\u2019admettre que la question se posera forcément un jour de l\u2019option entre un Canada unitaire et la dénonc ation du pacte confédératif, prélude à une complète revision des rapports du Québec avec le reste de l\u2019État canadien.Il nous faut commencer sans retard à élaborer pour le Québec une politique extérieure, entendons la définition de nos positions devant l\u2019avenir de l\u2019ensemble canadien sur le plan constitutionnel.II nous faut entreprendre sur le plan de la politique interne une action de réalisme et de salubrité nationale avec comme objectifs capitaux la transformation du système d\u2019enseignement (sur le plan spirituel, le retour au sens social et au sens national; sur le plan matériel, la gratuité généralisée à tous les échelons) et l\u2019écrasement des formations anti-nationales, qu\u2019elles aient nom parti libéral ou \u201cUnion Nationale.\u201d On reste stupéfait au spectacle des progrès réalisés, depuis une dizaine d\u2019années, par l\u2019américanisme et la centralisation.On est plus étonné encore de la pauvreté de la résistance opposée à cette double offensive qui atteint à l\u2019essentiel de la nation.Certes, il ne nous appartient pas de blâmer la perméabilité des milieux populaires à \u201cl\u2019american way of life\u201d et tout ce qu\u2019il implique, non plus que leur relative indifférence à la signification du combat autonomiste.Leur a-t-on jamais fait sentir, leur a-t-on jamais permis de sentir la qualité et la richesse de la civilisation qu\u2019ils représentent?A-t-on jamais essayé de faire en sorte que l\u2019État provincial signifie pour eux quelque chose de concret et qui ne 12 l\u2019action nationale soit pas l\u2019opposition à leurs revendications ou l\u2019intervention des forbans d\u2019une police servile?Non, nul ne songerait à les blâmer.Mais voici que ceux-là même sur lesquels la résistance et la contre-offensive devraient prendre appui, les milliers de B.A.dont des bourgeois décorés et braillards exaltent la valeur et célèbrent la mission à chaque fin d\u2019année universitaire, ceux-là même affichent une aussi complète indifférence que les pr miers.Il suffit de passer quelques semaines parmi nos universitaires, mêlés à leurs discussions et à leurs loisirs, pour mesurer l\u2019immense échec de notre système d\u2019enseignement secondaire qui, à quelques exceptions près, ne \u201clivre\u201d, au bout de huit ans, que des arrivistes ou des incapables, au mieux d\u2019honnêtes garçons, frottés de culture, qui ne demandent qu\u2019à accepter les clichés traditionnels et les \u201cvues officielles\u201d.Jadis, paraît-il, et même chez nous, il y avait à certains moments quelque chose d\u2019exaltant dans une partie, au moins, de la jeunesse universitaire.Aujourd\u2019hui, semblable affirmation nous paraît tenir de la légende.Oui, \u201csi le sel de la terre s\u2019affadit.\u201d D\u2019ailleurs, cette jeunesse, qui va au collège et à l\u2019université, parce \u201cqu\u2019elle en a les moyens\u201d, ne fait que témoigner du climat spirituel, de la qualité de notre \u201cbourgeoisie\u201d qui donne, la première, l\u2019exemple de l\u2019abdication.Et pourtant, rien n\u2019est perdu, s\u2019il reste quelques hommes pour dire non.Il faut dire non.Il faut dire non aux offres séduisantes d\u2019un gouvernement centralisateur qui peut bien se permettre de verser de généreux octrois quand il en tire le pouvoir de l\u2019accaparement de sources de revenus qui appartiennent aux provinces.Il faut dire non aux appels insinuants d\u2019un con- LE NATIONALISME A L\u2019HEURE DE LA RÉVOLUTION 13 fort qui, plus que la misère même, est l\u2019ennemi de toute vie spirituelle authentique.Il faut dire non à l\u2019invite séduisante du Mammon américain, à la mar-shallisation qui n\u2019ose pas dire son nom, à l\u2019annexion culturelle.Il faut dire non à un gouvernement provincial qui pratique une politique de démission, d\u2019abdication, d\u2019insulte à l\u2019intelligence comme au progrès social.Il faut dire non, enfin, à notre propre apathie, à notre indifférence, à notre lâcheté devant l\u2019ampleur du redressement à opérer.Il faut dire non, et c\u2019est là le premier temps du redressement.Mais ce refus qui doit être réveil appelle, exige une action continue, une vigilance de tous les instants.Action individuelle, qui sait que rien n\u2019est négligeable qui peut servir la cause nationale; action collective qui s\u2019exerce d\u2019abord sur les plans du social et du culturel.Notre libération sera tout ensemble nationale, sociale et culturelle ou elle ne sera pas.Et l\u2019erreur serait aussi grave de ceux qui voudraient aujourd\u2019hui se consacrer à la promotion des masses franco-canadiennes en évacuant toute préoccupation d\u2019ordre national, que fut celle de nationalistes d\u2019hier chez qui le problème social n\u2019éveillait guère d\u2019écho.L\u2019histoire de l\u2019authentique nationalisme, chez nous, démontre surabondamment son caractère populaire.Depuis 1774, où paysans et ouvriers, contre l\u2019entreprise des seigneurs, refusaient de se rallier à l\u2019occupant anglais jusqu\u2019aux jours sanglants du printemps 1917, en passant par l\u2019insurrection de 1837-38, où paysans et jeunes travailleurs des villes élevaient leur maladroite mais émouvante protestation, malgré les appels à la résignation du haut clergé et l\u2019opposition des \u201cseigneurs\u201d à la Globensky. 14 l\u2019action nationale La conjonction des masses et de ceux de nos intellectuels qui ont gardé assez de conscience nationale pour agir: voilà la clé de notre salut.Ce n\u2019est certes pas sur notre \u201cbourgeoisie\u201d qu\u2019il faille compter.Pseudo-classe sociale sans tradition, sortie du peuple, oui, et pour le plus grand bien de celui-ci, qui, à un mauvais vernis d\u2019érudition, à une prétendue \u201clargeur de vues\u201d (qui n\u2019est qu\u2019incompréhension totale et définitive) mêle l\u2019arrogance des parvenus et la sûreté des imbéciles.C\u2019est d\u2019ailleurs chez elle que s\u2019est recrutée, depuis une dizaine d\u2019années, une coterie d\u2019intellectuels de l\u2019espèce la plus détestable qui soit.Tenants d\u2019un libéralisme qui se veut bon enfant et bon-ententiste ou, plus détestables encore, porte-parole raffinés d\u2019un scepticisme souriant, amateurs d\u2019interminables vaticinations dans d\u2019élégants salons et qui, devant la crise actuelle, n\u2019ont qu\u2019un haussement d\u2019épaules pour les \u201cnationalistes fanatiques\u201d et vont répétant que \u201ctoutes les civilisations sont mortelles\u201d.A ceux-là aussi et à leur résignation, qui recouvre un aveu d\u2019impuissance, il faut dire non.Nous refusons l\u2019aoandon, la démission, la mort lente.Oui, de toute notre âme et de toute notrt.jeunesse, nous le refusons.Car pour nous, le Canada français, réalité merveilleuse, frémissante, riche de quatre siècles d\u2019efforts émouvants, garde toutes les chances d\u2019un grand avenir.Il les garde si nous sommes assez nombreux à vouloir le lui bâtir.Pour cette tâche exaltante que nous propose l\u2019Histoire, il faut au moins une poignée d\u2019hommes résolus.Seront-ils au rendez-vous ?La réponse est en chacun de nous.Jean-Marc Léger. Crépuscule de la démocratie Point n\u2019est besoin d\u2019être grand clerc pour reconnaître le recul de l\u2019esprit démocratique et l\u2019affaiblissement des structures traditionnelles dans les États même qui se réclament encore de la démocratie.Eliminons dès l\u2019abord les \u201cdémocraties populaires\u201d, expression d\u2019un phénomène politique particulier et qu\u2019il n\u2019entre pas dans notre propos d\u2019étudier ici.C\u2019est aux seuls États occidentaux qui persistent à se définir comme intégralement démocratiques que nous entendons borner notre examen.Avec toutes les nuances qu\u2019appelle forcément une tentative de cerner en quelques mots une réalité aussi complexe et aussi mouvante que la politique, posons que le mode démocratique de gouvernement de la Cité est celui dans lequel l\u2019obtention du pouvoir procède du peuple (entendons le choix de la majorité du groupe concerné), l\u2019exercice en est par lui contrôlé, les objectifs par lui définis et les moyens d\u2019y atteindre par lui assurés.On mesure assez, dès lors, l\u2019écart entre les prétentions et le comportement des gouvernements \u201cdémocratiques\u201d contemporains.Serait-il tellement exagéré d\u2019affirmer que les jours viennent où la démocratie ne résidera guère plus que dans son décor extérieur, artifices indispensables au maintien d\u2019une illusion dont il ne serait pas sage de la ravir brusquement aux peuples.Car un peuple sans illusion est un peuple impitoyable.Trop sensible au drame des nations esclaves de l\u2019Est, l\u2019Occidental n\u2019a pas pris le temps de surveiller ce qui se passait chez lui.Si, toutefois, quelques voix, ici et là.Mais le mouvement s\u2019est poursuivi dont nous allons essayer de dégager les causes majeures.S\u2019il est un ordre des urgences dans le domaine de l\u2019action, 16 l\u2019action nationale comment ne pas dénoncer d\u2019abord la lente asphyxie, par le centralisme politique, de la démocratie contemporaine?A l\u2019État fait humain et construction organique, le monstre centralisateur substitue l\u2019État anonyme, création artificielle et forteresse du fonctionnarisme.On élèvera ici l\u2019objection de l\u2019action irréversible de facteurs économiques et techniques, le jeu inéluctable de cette constante de l\u2019histoire politique qui veut que tout État fédéral glisse vers l\u2019État unitaire, que tout État unitaire tende à augmenter encore la puissance du gouvernement central au détriment des pouvoirs locaux qui peuvent subsister.Il n\u2019entre pas dans notre dessein d\u2019analyser ici le bien-fondé de ces prétentions.Constatons simplement que le domaine de l\u2019action gouvernementale s\u2019étend un peu plus chaque jour, que cette action incombe dans une mesure chaque jour plus considérable au pouvoir central: c\u2019est le gigantisme des gouvernements contemporains.D\u2019où il résulte, entre autres, une telle distance entre les problèmes quotidiens des diverses régions du pays et les fonctionnaires de l\u2019État qui ont charge de les étudier, que ceux-ci ne voient plus les réalités humaines que recouvrent leurs dossiers.Ils administrent pour du papier, plus pour des hommes et n\u2019arrivent pas à sentir ia signification pour la commune, pour la famille, pour l\u2019individu des décisions prises dans l\u2019abstrait, aux divers échelons de l\u2019immense armée du fonctionnarisme.On a bien moqué Burnham pour ses \u201cprophéties\u201d sur l\u2019État technocrate de demain: nous y venons pourtant si déjà nous n\u2019y sommes.Et ce n\u2019est pas le moindre paradoxe de notre époque que dans le même temps où on marque le plus d\u2019intérêt pour le bien-être, le confort matériel des hommes, on se préoccupe de moins en moins de l\u2019homme.L\u2019irréductibilité de chacun à tous autres disparaît sous les similitudes dont le régime a besoin pour l\u2019application de ses décrets et de ses législations.En cédant à l\u2019attrait CRÉPUSCULE DE LA DÉMOCRATIE 17 de l\u2019uniformisation, la démocratie a ouvert la voie à la centralisation qui la rongera lentement.Jamais le droit de vote n\u2019a été aussi répandu mais jamais les citoyens ont-ils eu à ce point l\u2019impression de leur impuissance, sentiment bien traduit par leur façon de parler des gouvernants: \u201cils ont fait ceci, ils ont décidé cela\u201d.Les citoyens ne reconnaissent pas leur choix dans cette masse de lois et de décrets inattendus.Accompagnant cette montée de la centralisation et comme portés par elle, deux autres phénomènes retiennent notre attention: le désintéressement progressif des citoyens à l\u2019endroit de la chose publique; la démission du Parlement au Gouvernement, de celui-ci aux techniciens.Il est assez savoureux d\u2019entendre certains de nos dirigeants déplorer l'absence d\u2019intérêt des \u201cmasses\u201d pour l\u2019ensemble des problèmes de l\u2019État.On ne saurait mieux reconnaître sa propre impuissance à saisir les transformations du régime.D\u2019un côté, la complexité croissante du domaine public a donné à l\u2019homme de la rue l\u2019impression qu\u2019il ne pouvait en rien contribuer à la solution de problèmes d\u2019une pareille ampleur; de l\u2019autre, la perte de confiance à laquelle il a été conduit envers des formations politiques qui lui avaient ouvert des espérances démesurées et d\u2019ordre immédiat, a ajouté à ce premier sentiment une sorte de fatalisme.L\u2019inutilité profonde de son action dans la gestion de la chose publique dont le peuple a confusément conscience, voilà la raison de son désintéressement.Mais l\u2019homme de la rue n\u2019est pas le seul pour qui la complexité des problèmes qu\u2019on propose à son attention constitue un obstacle majeur.A un État tentaculaire qui ayant poussé ses ramifications dans tous les domaines devient le principal entrepreneur et le principal employeur d\u2019un pays, ne correspond encore que la forme de Parlement qui était née avec la démocratie libérale de jadis.A des hommes venus de disciplines diverses, généralement plus hâbleurs 18 l\u2019action nationale et démagogues que vraiment compétents, préoccupés davantage de maintenir et d\u2019accroître leur prestige que la puissance de la nation, on demande la réponse à une foule de problèmes qui laissent hésitants même des spécialistes.Le résultat le plus clair, facile à prévoir d\u2019ailleurs est que le Parlement n\u2019a pas tardé à abandonner aux mains de l\u2019Exécutif une part grandissante de ses prérogatives.A son tour, le gouvernement a confié à des commission de spécialistes la tâche de lui définir une politique dans tel ou tel domaine et à des fonctionnaires le soin d\u2019en chercher les modalités d\u2019application.Ajoutant à l\u2019avantage de leur compétence celui de leur stabilité, ces hauts fonctionnaires ont lentement commencé à dessiner à l\u2019État de demain la figure dont ils rêvent.Plus que les élus du peuple, ils sont les maîtres des destinées du pays.Le crépuscule de la démocratie, il naît encore de cette tendance à croire qu\u2019on ne peut combattre les formes diverses du totalitarisme que par le recours à des armes analogues.Gela peut-être pouvait se défendre aux heures même du conflit.Mais le climat de méfiance des pays dits totalitaires a gagné les \u201cdémocraties\u201d occidentales.Certes, ce n\u2019est pas la première fois que sonne à la Tour de la Démocratie l\u2019heure de la mobilisation des esprits.Mais elle est cette fois permanente, cette conscription, qui s\u2019accompagne d\u2019un ultimatum à tout intellectuel : le doute n\u2019est plus permis non plus que l\u2019examen au sein de la Cité démocratique.On n\u2019est plus libre de n\u2019être pas pour la liberté.telle qu\u2019elle est entendue et incarnée dans les divers États occidentaux.Par l\u2019accord des contingents de papier-journal et des franchises postales, l\u2019État central est en mesure de \u201ccontrôler\u201d la diffusion des idées; par les octrois aux universités, il peut y faire prévaloir ses normes et imposer ses candidats; par la multiplication des postes qu\u2019il offre aux intellectuels et les traitements élevés qui y correspondent, il peut enrégimenter CRÉPUSCULE DE LA DÉMOCRATIE 19 ceux \u2014 la quasi-totalité \u2014 qui n\u2019ont pas d\u2019autre moyen de subsistance.Le jour viendra peut-être où, à l\u2019heure de \u201cla guerre chaude\u201d, on s\u2019apercevra que les libertés au nom desquelles on engage le combat ne sont plus que l\u2019expression d\u2019un espoir ou d\u2019un souvenir.A l\u2019action de ces premiers facteurs, les plus apparents, d\u2019autres ajoutent leur poids qu\u2019il ne faut pas sous-estimer.C\u2019est d\u2019abord la contradiction entre l\u2019infra-structure économico-sociale des États occidentaux, où le dirigisme accuse chaque jour de nouveaux progrès, et la super-structure politique restée l\u2019expression d'un libéralisme que nient toutes les forces nouvelles de l\u2019époque.L\u2019impuissance \u2014 qu\u2019il est permis de considérer définitive \u2014 du régime à bâtir une véritable démocratie sociale laisse grande ouverte la route à la seule autre possibilité, la technocratie.Et il n\u2019est pas besoin de regarder longtemps autour de soi pour reconnaître qu\u2019on y glisse rapidement.Aucun redressement n\u2019est concevable tant qu\u2019on n\u2019aura pas compris qu\u2019une démocratie sociale ne réside pas dans le \u201creplâtrage\u201d de la démocratie parlementaire par le moyen d\u2019un système de sécurité sociale ou d\u2019initiatives analogues.C\u2019est ensuite la faveur contemporaine du primat de l\u2019efficacité, compris, il va de soi, comme moyen d\u2019atteindre à des résultats immédiatement tangibles.Il s\u2019agit non pas de réalisme, à la vérité, mais d\u2019une systématique du pragmatisme dont tous ou presque sont atteints et dont la faveur à elle seule autorise à conclure à l\u2019agonie de l\u2019esprit démocratique dans la Cité.C\u2019est, enfin, facile à déceler dans tous les pays, le retour à la mystique du chef comme si les esprits désorientés par les événements et lassés des jeux des partis, cherchaient désespérément l\u2019homme à qui abandonner le soin du destin collectif.Un signe suffit à traduire l\u2019ampleur de cette tendance: le ton des campagnes électorales dans la plupart des États occidentaux.La préséance, 20 l\u2019action nationale ce n\u2019est plus aux manifestes et aux programmes qu\u2019elle va, l\u2019accent ce n\u2019est plus sur la politique prônée par les diverses formations qu\u2019il est placé: non, tout converge vers le leader, vers le chef.Le signe de ralliement: le nom du chef, la photo du chef.C\u2019est sur lui que d\u2019abord on s\u2019unit ou on se divise; c\u2019est lui que les slogans exaltent ou dénoncent.A tant de signes, n\u2019est-il pas permis de parler de \u201ccrépuscule de la démocratie\u201d ?Encore un coup, nous n'entendoris pas porter de jugement de valeur.Mais l\u2019examen de la réalité, sans préjugé et sans passion, peut parfois s\u2019avérer tonifiant.André-Marc Valois. Le film français La censure américaine et le cinéma C\u2019est l\u2019aspect le plus complexe, en même temps que le plus difficile, à décrire.On peut même dire que la censure, telle qu\u2019on la conçoit de ce côté-ci de l\u2019Atlantique, constitue le plus grave obstacle qu\u2019ait à rencontrer chez nous la production européenne en général et le film français en particulier.Le sujet est fort délicat, et je voudrais qu\u2019on me comprenne bien.D\u2019abord, dans mon esprit, la censure ecclésiastique a non seulement le droit, mais il entre dans ses attributions propres d\u2019intervenir en tout ce qui concerne la doctrine et la morale au cinéma comme ailleurs.Toutefois, son intervention reste toujours étrangère au pouvoir séculier.Elle ne supprime pas la chose défendue mais recommande de s\u2019en abstenir, ce qui n\u2019est pas du tout l\u2019attitude de la censure gouvernementale ou de l\u2019auto-censure américaine.Respectueuse de la liberté chrétienne par laquelle tout acte de vertu acquiert son prix, l\u2019intervention de l\u2019Eglise se situe sur un plan supra-temporel ou, si l\u2019on préfère, supra-administratif et puisqu\u2019elle est telle, un chrétien serait condamnable de la dénoncer.Ce n\u2019est donc pas le principe spirituel de la censure que j\u2019entends mettre en cause au cours de cet article, mais bien les éléments séculiers et administratifs qui se prévalent du principe pour justifier leur empirisme.Je tiens à préciser en outre, que dans le domaine 22 l\u2019action nationale séculier je suis pour la censure quand elle est intelligente, et contre, quand elle est sectaire.La censure est nécessaire et bienfaisante si elle tient en respect les aventuriers (on en rencontre au cinéma comme en littérature) ; elle est néfaste si elle ne sait pas distinguer les artistes des amuseurs; elle est immorale si elle tend à détourner de la réalité et participe à la confusion du sens des valeurs.Autant la censure libre, éclairée et compréhensive est respectable; autant la censure tracassière, ombrageuse et sectaire est odieuse.Je tiens à préciser également que la censure locale n\u2019est pas ici mise en cause puisqu\u2019elle est considérée généralement comme une conséquence de la censure américaine.Toutefois, je m\u2019empresse d\u2019ajouter que la censure ecclésiastique chez nous s\u2019inspire de plus en plus des organismes catholiques français: ce qui constitue déjà une sérieuse sauvegarde pour les bons films français.Qu\u2019il soit donc entendu, une fois pour toutes, que dans tout ce qui va suivre, ce n\u2019est pas le principe de la censure que je discuterai, mais bien plutôt les critères sur lesquels on s\u2019appuie, aux États-Unis, pour déterminer la cote morale des films.L\u2019impérium qu\u2019établit le trust américain du film sur les trois cinquièmes de la production mondiale, de même que le prestige dont jouit la Catholic Legion of Decency sur les services de censure au pays et à l\u2019étranger font, d\u2019une part, que le cinéma américain est devenu, dans une large proportion, un dangereux narcotique pour la conscience universelle (narcotique immoral parce que amoral), et, d\u2019autre part, que la censure de la Légion dont l\u2019influence est souvent sensible chez nous, LA CENSURE AMÉRICAINE E® LE CINÉMA 23 est cause qu\u2019innocemment bien souvent nos services locaux boycottent un grand nombre de bons films étrangers, sinon en les interdisant tout à fait, du moins en appelant de sérieuses réserves et en exigeant des coupures, pas toujours intelligentes, ce qui finit par compromettre le prestige et le bon renom du cinéma français et européen.Il se produit ceci d\u2019assez cocasse que Y amoralité systématique de Hollywood tende à s\u2019imposer progressivement (de ce côté-ci de l\u2019Atlantique) comme une sorte de morale de pis aller, alors que plusieurs grands témoignages cinématographiques de France, du Mexique ou d\u2019Italie sont tenus pour suspects.Nombreux sont ceux déjà qui, sans s\u2019en rendre compte, sont disposés à croire que seule la propagande est morale, alors que tout réalisme, toute objectivité dans la peinture de la vie, tout engagement sincère leur paraît tendancieux, litigieux, condamnable.Comment pareille déviation du sens moral a-t-elle pu s\u2019opérer?C\u2019est ce que je voudrais démontrer le plus clairement possible dans le plus grand intérêt de la morale et de l\u2019art chez nous.C\u2019est à dessein que je négligerai, ici, l\u2019aspect politique de la censure.Comme chacun sait, ce genre de censure est celui qu\u2019impose l'État à la production nationale et à l\u2019importation pour des motifs d\u2019ordre économique, politique, diplomatique, ou, tout simplement, pour céder à des pressions ou préjugés locaux.Pareille censure obéit à des caprices plus ou moins subtils qu\u2019il serait trop long d\u2019étudier ici.Nous nous bornerons à l\u2019étude de la censure \u201cmorale\u201d telle, encore une fois, qu\u2019on la conçoit aux 24 l\u2019action nationale États-Unis: conception qui, véhiculée par les puissants médiums du trust, porte le plus à conséquence pour nous, puisqu\u2019elle sert, jusqu\u2019à un certain point, de barême à l\u2019importation européenne; je veux dire qu\u2019elle conditionne l\u2019entrée des films européens du fait qu\u2019elle les évalue selon des normes arbitraires que nous nous devons d\u2019examiner puisque ses arrêts influent, presque toujours, sur ceux d\u2019organismes confessionnels ou indépendants des autres pays.Guidés par ce sens pratique que nous leur connaissons et qui est souvent admirable, les Américains ont cru possible de rédiger en noir sur blanc des règlements précis grâce auxquels la morale et la pudeur seraient sauvegardées une fois pour toutes à l\u2019écran.Il faut admettre que l\u2019initiative a réussi à protéger la pudeur dans ce que le terme a de plus élémentaire bien que la morale, dans l\u2019acception profonde et nuancée que lui prête le Christianisme nous paraisse singulièrement tronquée pour ne pas dire complètement ignorée.Ces règlements sont contenus dans le fameux Code Haynes, mieux connu du nom de Code de la Pudeur.Ce Code prétend tenir lieu de recette infaillible dans la fabrication des bons films.Un Jésuite américain le rédigea en 1929 à l\u2019intention de la Motion Picture Association of America (M.P.A.A.); mais ce n\u2019est qu\u2019en 1933 qu\u2019il entra en vigueur alors que les catholiques américains mirent sur pied la Catholic Legion of Decency.Signalons aussi qu\u2019anté-rieurement, c\u2019est-à-dire en 1922, Will H.Hayes, LA CENSURE AMÉRICAINE ET LE CINÉMA 25 organisateur en chef du Président Harding, devenait président d\u2019un organisme d\u2019auto-censure, appelé Motion Picture Producers and Distributors of America, au salaire de cent mille dollars par année.Quand il se retira en 1945, Eric Johnston lui succéda au salaire de $150,000.00.On s\u2019en rend compte: quand il s\u2019agit de pudeur, le trust n\u2019y va pas avec le dos de la cuiller! De 1922 à 1930, l\u2019organisme d\u2019auto-censure \u2014 établi et entretenu par le trust politico-financier du film \u2014 exerça une surveillance sur la majorité des scénarios en tournage.En 1930, on adopta le Code to govern the making of Talking, Synchronized and Silent Motion Pictures, ou Code Hayes celui dont nous venons de parler et qui est en vigueur depuis maintenant vingt ans.Nous sommes donc en face d\u2019une organisation solidement établie; une organisation qui jouit d\u2019un immense prestige auprès de tous ceux qui en ignorent la véritable nature.Après l\u2019époque troublée qu\u2019avait connue le cinéma dans les années 1920-30, la mauvaise réputation qu\u2019il s\u2019était acquise dans les milieux puritains, le Code Hayes fut accueilli comme une panacée tant pour les capitaux des producteurs que pour la sécurité des consommateurs.Il arrivait à son heure pour servir de point d\u2019appui à toute la publicité du film américain.De l\u2019extérieur, il apparaissait comme une sorte de pacte qu\u2019eût signé l\u2019industrie américaine du film avec la vertu, alors qu\u2019à l\u2019intérieur du trust il devint, avec le temps, le principal agent de liaison entre le producteur et le public.Voici comment s\u2019est opérée l\u2019imposture. 26 l\u2019action nationale L\u2019objectif du producteur \u2014 on le comprendra facilement \u2014 n\u2019est pas tant de respecter l\u2019art et la morale que de faire de l\u2019argent.Pour atteindre cette fin, il importe que le film se vende bien.Aussi, appréhende-t-il toute interdiction de la censure privée et se conforme-t-il aux prescriptions du Code afin de pouvoir s\u2019en faire une arme au besoin.Il n\u2019entend pas avoir d\u2019histoires avec qui que ce soit et il cherche à tourner les films que réclame le public.Or, le Code Hayes \u2014 compilateur officieux des statistiques du Box-Office et des Fans-Clubs \u2014 constitue un excellent intermédiaire.C\u2019est par les sous-agents du Code que le producteur établira le contact avec le public et ceci est très important car c\u2019est ici qu\u2019apparaît le rôle néfaste du Code: rôle de nivellement par le bas.En sa qualité d\u2019agent de liaison avec le public, ses fonctions sont bien plus d\u2019ordre mercantiliste que moral puisqu\u2019elles consistent d\u2019abord à trouver un dénominateur commun à la production nationale dans ce qui lui paraît le moins osé (et le plus rentable) dans les goûts du public.Au risque de passer pour alarmiste aux yeux des naïfs, on se doit de répéter que la production cinématographique américaine est devenue un impérialisme intellectuel condamnable et mon but est de prouver que le Code Hayes est l\u2019un des principaux agents de cet impérialisme, un agent d\u2019autant plus redoutable qu\u2019il paraît vénérable aux yeux de plusieurs.C\u2019est dans une certaine conception de la vie, de la liberté, du travail, du patriotisme, de la culture, LA CENSURE AMÉRICAINE ET LE CINÉMA 27 de la civilisation, de la morale etc.qu\u2019on peut reconnaître ce que j\u2019appelle \u201cl\u2019impérialisme intellectuel\u201d des États-Unis.Chacun est libre, évidemment, d\u2019accepter ou de repousser la mentalité américaine mais un chrétien ne peut pas se contenter d\u2019une conception de la morale par trop restreinte ainsi qu\u2019en atteste le Code Hayes lui-même qui, dans son exposé de principes, déclare: Que contrairement aux livres ou à la musique, le film ne peut être que très difficilement réservé (confined) à certains groupes choisis.Il ne doit pas blesser le sens moral de ceux qui le voient, mais montrer la vie du bon côté, développer le sens de l\u2019idéal, inculquer des principes sains et présenter le tout sous une forme romanesque et attrayante en proposant de beaux caractères types.On comprend qu\u2019avec une conception idéaliste aussi négative les studios américains ne peuvent produire que des pellicules à base d\u2019hypocrisie et de mensonge: des pellicules où le rose est de rigueur.Mais il y a plus! Le cinéma américain s\u2019efforce aussi de répandre l\u2019impérialisme politique des U.S.A.et c\u2019est peut-être ici que les nations libres sont le plus menacées.Le Code spécifie, en effet, qu\u2019il entend surtout transformer le cinéma en instrument de propagande au service de la démocratie industrielle.C\u2019est gentil de nous prévenir, mais nous nous en doutions depuisjongtemps.D\u2019après tout ce qui précède, on peut, à mon avis \u2014 au nom de la morale elle-même \u2014 tenir pour 28 l\u2019action nationale suspect et dangereux le Code Hayes parce que: 1)\tsa conception de la morale est antichrétienne; 2)\tses visées impérialistes sont antinationales.Voilà pour l\u2019esprit du Code.Examinons-en maintenant la lettre.Pour les besoins de l\u2019argumentation, énumérons quelques-unes des principales recommandations: a)\tInterdiction absolue de montrer un policier utilisant des méthodes trop brutales; un prêtre antipathique; un juge coupable d\u2019une erreur judiciaire qui ne serait pas immédiatement réparée; un mélange des races blanches et noires; l\u2019exécution sommaire d\u2019un individu par une foule.b)\tNe pas montrer le sexe d\u2019un enfant; c) Un homme peut s\u2019asseoir sur le lit de sa femme, mais il lui est interdit d\u2019y mettre le genou; d)\tNe pas montrer une femme enceinte; e)\texclure toute allusion aux maladies vénériennes et au trafic des drogues; f)\tEviter de traiter des questions de chômage, lutte des classes, scènes de misère ou de brutalité.A noter cette dernière recommandation qui traduit admirablement bien l\u2019hypocrisie bourgeoise et l\u2019idéalisme capitaliste si vertement condamnés par l\u2019Église.Mais soyons bon prince et faisons ici la part des bonnes intentions tout en n\u2019oubliant pas que c\u2019est avec des chinoiseries de cette nature que Hollywood peut faire pendre les grands chefs-d\u2019œuvre de l\u2019écran et réussir \u2014 en jouant sur les mots \u2014 à produire des LA CENSURE AMÉRICAINE ET LE CINÉMA 29 films (classés I et II) : films pervers quant au climat et à l\u2019esprit dans lesquels ils se situent mais irréprochables quant à la lettre du Code.En dépit donc des soi-disant bonnes intentions de ses directeurs spirituels, Hollywood est responsable du succès honteux de plusieurs genres cinématographiques dont voici une nomenclature sommaire: a)\tIdéalisation de l\u2019homme et de son habitat.(De beaux hommes, de belles femmes, des costumes luxueux, des décors irréels et enchanteurs; b)\tVogue croissante des sensations fortes et à fleur de peau (thriller et suspensc): films de gangsters; poursuite effrénée de criminels; danger physique extrême; exploitation de la peur sous toutes ses formes; c)\tLe gros comique provoqué par les incompatibilités domestiques telles les enfants stupides, les tics autoritaires des sergents, des magistrats ou des belles-mères, les pitreries genre Abbot et Costello ou Bowery Boys, etc.; d)\tLe sentimentalisme dérivé du conflit entre le devoir et l\u2019amour (ces deux derniers termes pris, évidemment, dans leur sens le plus rudimentaire); sentimentalisme que provoque la vue des enfants, des bébés ou des bêtes; sentimentalisme de l\u2019amour maternel incompris, etc.; e)\tElément de curiosité que comporte le pseudoexotisme (avec son train-train de faux costumes et de faux accents); curiosité de venir en contact avec les modes de vie d\u2019institutions telles la légion étrangère, les couvents, les sectes; curiosité de voir à l\u2019écran les personnalités du monde scientifique et littéraire (faune réputée un peu cinglée) sans allusion, cependant, aux 30 l\u2019action nationale œuvres qu'on affecte de considérer comme pâture de désœuvrés; f) Dilettantisme à l'égard du faux mysticisme {celui des Lamas de préférence à celui des religieux); divinisation de la femme (avec pièces justificatives en gros plan); Dans tout ce qui précède, peut-on trouver quelque chose de tellement répréhensible ?Evidemment non.Que le cinéma américain se complaise dans l\u2019à peu près et le doucereux, c\u2019est son droit.Aussi, ce que nous lui reprochons, ce n\u2019est pas de s\u2019en tenir à des normes justifiables en soi, mais bien de se prévaloir de la lettre d\u2019un règlement pour exercer un commerce de mensonge et de duperie sous le couvert des bons sentiments et de la moralité! Sa grande supercherie consiste à s\u2019en tenir à la stricte lettre d\u2019un Code sans se soucier de l'esprit, en sorte que, par son infantilisme systématique, il détourne les masses de la réalité sociale et impose une conception erronée du monde.Dans un texte satirique, Roger Manvell stigmatise quelques-uns des graves mensonges que propage Hoolywood au nom de la morale que prétend défendre le Code.Voici quelques-uns de ces mensonges: a)\tla richesse est un bien; b)\tle luxe, spécialement lorsqu\u2019il est associé aux femmes, est normal; c)\tles hommes d\u2019affaires et les jeunes princes sont presque toujours désœuvrés et n\u2019ont qu\u2019un souci: faire la chasse aux femmes; d)\tles hommes servent de dispensateurs d\u2019argent aux femmes; IiA CENSURE AMÉRICAINE ET LE CINÉMA 31 e)\tle night-club est un paradis, et la vie des cabarets, un idéal; f)\tle coup de poing à la figure est l\u2019argument définitif et normal de l\u2019honnête homme; g)\tles hommes ne doivent juger les femmes qu\u2019en raison de leurs appâts (toujours mis en valeur par des gros plans); h)\ton pardonne tout à une femme désirable; i)\tle sexe constitue la sensation primordiale de l\u2019humanité; j)\tles choses de l\u2019esprit sont, ou tournées en ridicule, ou taxées d\u2019excentricité et de charlatanisme; k)\tl\u2019art devient artifice; la religion: une manie; le mysticisme: une divagation; l)\tles réformateurs sont des agitateurs ou des saints inoffensifs; m)\tle patriotisme instinctif est préférable au patriotisme raisonné; n)\ttout ce qui est étranger (non étatsunien) est suspect; les Orientaux sont nécessairement des individus abjects; o)\tla fin de toute existence est de ravir la femme de ses rêves; p)\tLe divorce résout tous les problèmes et la richesse vient toujours récompenser la vertu.(Voir Manvell, Film, p.167).Est-ce que j\u2019exagère en affirmant que tous ces mensonges \u2014et d\u2019autres encore \u2014 sont propagés à plus ou moins forte dose dans les quelque six cents pellicules tournées aux États-Unis chaque année, pellicules projetées à l\u2019année longue sur la quasitotalité des écrans du monde?Six cents films, apparemment, anodins, étrangers à la réalité sociale, à la vie, à Dieu.Six cents films ni bons ni mauvais, ni vrais, ni faux, ni beaux ni laids, en un mot, ni chair ni poisson.Tous ces films, ou presque, en- 32 l\u2019action nationale trent dans la catégorie A puisque seuls quelques grands cinéastes (Chaplin, Welles, Capra, Wilder) jouissent d\u2019assez de prestige et disposent d\u2019assez de capitaux pour se permettre, à l\u2019occasion, de passer outre aux chinoiseries du Code.Mais en voilà assez, je crois, pour mettre en doute l\u2019efficacité de ce fameux Code de la \u2022pudeur.Plus délicate et plus dramatique me semble la position de la Catholic Legion of Decency dont le moins qu\u2019on puisse dire c\u2019est qu\u2019elle est coïncée entre le trust et le Code.Pas question, évidemment, d\u2019en suspecter les intentions, mais on peut déplorer l\u2019absurdité de la situation dans laquelle elle se trouve.Après avoir recommandé l\u2019application du Code, elle doit subir l\u2019odieux des contradictions et des supercheries grâce auxquelles on s\u2019en joue! Il s\u2019agit bien, en effet, d\u2019une énorme supercherie.D\u2019une part, les fins renards de Hollywood faussent sciemment l\u2019esprit du Code et se font une arme de la lettre pour extorquer le silence de la Legion.D\u2019autre part, une Legion réduite à ne s\u2019en tenir qu\u2019à la lettre pour rester logique et à classer favorablement des bandes dont on ne peut rien dire quant au contexte mais qui sont mauvaises quant à l\u2019esprit.En conséquence, le but qu\u2019on croyait atteindre se trouve complètement raté.Comme le chasseur de la chanson, la Legion (par le Code) \u201cvisa le noir\u201d, mais le trust (par l\u2019astuce) \u201ctua le blanc\u201d, en sorte que le zèle dans l\u2019épuration des films a engendré, en définitive, une imposture, une trahison sociale en parfaite contradiction avec le Christianisme, \u2014 c\u2019est à-dire le contraire de ce qui était cherché.Le vice de la situation réside dans le fait que le Code \u2014 par son apparente infaillibilité \u2014 place la LA CENSURE AMÉRICAINE ET LE CINÉMA 33 Legion dans une situation fausse.Il l\u2019entraîne dans un cercle vicieux, la compromet sérieusement au moyen de sophismes pernicieux, bref, la lie avec les liens qu\u2019elle s\u2019est elle-même tissés inconsciemment.Il l\u2019a contrainte à juger du détail des films sans possibilité de porter un jugement sur l\u2019ensemble.C\u2019est bien ici qu\u2019apparaît l'illogisme d\u2019un organisme bien intentionné qui doit classer pour tous ou pour adultes des niaiseries dans lesquelles sont impliqués \u2014 d\u2019une façon lointaine peut-être mais non moins évidente \u2014 l\u2019un ou l\u2019autre des mensonges énumérés plus haut, alors que ce même organisme \u2014 pour rester logique avec lui-même et pour ne pas encourir les représailles du trust \u2014 doit faire des réserves, exiger des coupures ou condamner des films étrangers en contradiction avec le Code et qui comportent souvent un témoignage honnête et sincère impliquant une haute signification morale! Pour comprendre cet illogisme, il faut se rappeler la solidarité qui s\u2019est établie entre le Code et la Legion.Nous avons vu tantôt que c\u2019est par l\u2019influence de la Legion que le Code a pris force de loi auprès de la M.P.A.A.Les officiers de la Legion se félicitent de cette victoire.Leur principal objectif semble être de maintenir le prestige du Code, aussi Code et Legion se maintiennent grâce à de mutuelles concessions.La M.P.A.A.se prévaut du Code pour revendiquer les faveurs de la Legion et cette dernière se montre conciliante envers la M.P.A.A.afin de ne pas compromettre le sort du Code.Une manière de chantage, quoi! Un trust matérialiste entraînant une organisation catholique dans les sentiers de l\u2019absurde.Que d\u2019exemples on pourrait citer de films 34 l\u2019action nationale (américains) absolument bêtes ou franchement douteux classés A par la Legion alors qu\u2019il lui fallut prononcer des interdictions ou appeler des réserves à propos de films (étrangers) universellement reconnus pour leur valeur de témoignage.Ainsi, On an Island with you (avec Esther Williams), coté pour adultes en France, pour adultes avec réserves en Belgique, et pour tous par la Legion, est bâti sur un scénario qui joue sans cesse d\u2019un érotisme assez bas et d\u2019une fausseté plus dangereuse encore, mais parvient, pourtant, à observer \u201cà la lettre\u201d le Code de production.On en pourrait dire autant de Duel in the Sun, bande criante de stupidité et d\u2019invraisemblance: un film faux d\u2019où l\u2019humain est complètement exclu.Ce film est également classé pour tous par la Legion qui doit, par ailleurs, faire des réserves pour Voleur de bicyclette parce que \u2014 passant outre aux recommandations du Code \u2014 Vittorio de Sica s\u2019est permis de filmer le jeune Enzo Staiola pissant dans le ruisseau.On est en droit de soupçonner qu\u2019armé du Code et protégé par la Légion, le trust américain du cinéma dispose des plus puissants moyens (des moyens quasi sacrés!) pour propager, d\u2019une part, son opium de médiocrité et d\u2019infantilisme, et pour faire pendre, d\u2019autre part, tous les concurrents étrangers.Il peut sembler désobligeant d\u2019en faire la remarque mais c\u2019est un fait que les condamnations les plus tapageuses prononcées par la Legion, ces dernières années, visent, la plupart du temps, des films étrangers (France et Italie notamment), en sorte qu\u2019on est en droit de se demander très sérieusement si la Legion ne se fait pas inconsciemment le serviteur LA CENSURE AMÉRICAINE ET LE CINÉMA 35 des intérêts de la M.P.A.A.en se dressant comme un épouvantail pour exclure des réseaux de distribution les concurrents trop prestigieux! Me pardonnera-t-on l\u2019outrecuidance dont je me rends coupable en osant faire ici une suggestion ?Je suis d\u2019opinion qu\u2019il faudrait que la Legion désavoue ce Code qu\u2019elle a imposé de haute lutte à la M.P.A.A., et ce, au risque de paraître illogique avec elle-même.Il y va de son prestige.On peut certes imaginer les répercussions d\u2019une telle volte-face et si la Legion n\u2019ose pas encore s\u2019y résoudre, c\u2019est sans doute par prudence.Reste à protester bien fort contre un Code, objet des éloges et des bénédictions intéressés des mentors de Hollywood (et de nombreuses personnes non averties) et instrument important, sinon primordial, de la démission systématique du septième art, démission qui, de l\u2019avis des meilleurs critiques catholiques, équivaut à la pire des immoralités.On a toujours l\u2019air un peu cinglé quand on s\u2019attaque à des institutions que les honnêtes gens ont tout lieu de croire irréprochables, institutions qui sont d\u2019ailleurs soutenues par des gens sincères.Ainsi, parlant du Code de -production, Martin Quigley, auteur d\u2019un livre intitulé Decency in Motion Pictures, instigateur du Code et rédacteur de plusieurs publications cinématographiques, écrit dans la Revue Internationale du Cinéma (1951, No 7, p.12 et seq.): Le Code tenta (et nous pensons qu\u2019il y a réussi) de dégager une application pratique des dogmes moraux des Dix Commandements au rôle de la production cinématographique.(.) Pas d\u2019étroitesse d\u2019esprit, pas d\u2019excessive restriction.Il n\u2019est négatif 36 l\u2019action nationale que dans la mesure où les Dix Commandements sont eux-mêmes négatifs.Les Dix Commandements prescrivent un code do conduite que les hommes doivent observer pour rester dans les limites de la Loi divine ou naturelle: le Code de Cinéma offre à la production une voie lumineuse et étudiée pour conduire aux mêmes buts.Il tente de répondre à cette injonction du Pape Pie XI qui, dans son Encyclique sur le Cinéma, nous dit que \u201cle but essentiel de l\u2019art.est d\u2019aider à la perfection de la personnalité morale de l\u2019homme\u2019\u2019 et que pour cette raison, \u201cl\u2019art lui-même doit être moral\u2019\u2019.(.) Le principe qui a suscité et qui inspire le Code, évite cette curieuse concentration de l\u2019attention sur l\u2019esthétique qui a complètement accaparé des esprits pourtant solides, dans leur appréciation des possibilités du cinéma.(.) Un film peut plaire à un vaste public, sans même s\u2019approcher du niveau minimum qu\u2019on doit pouvoir exiger d\u2019une œuvre d\u2019art.Il peut même être banal, mais s\u2019il n\u2019offense pas la loi morale, il joue un rôle social utile en occupant innocemment les loisirs d\u2019un public qui manque de ressources intérieures et pour qui l\u2019oisiveté est souvent une occasion de mal faire.(.) Le divertissement, sous ses formes multiples, est devenu une nécessité pour ceux qui travaillent dans les conditions épuisantes de l\u2019industrie moderne, mais il doit rester digne de la nature rationnelle de l\u2019homme, c\u2019est-à-dire, qu\u2019il doit rester \u201cmoralement sain\u2019\u2019, déclare l\u2019Encyclique pontificale.Qu\u2019un film atteigne donc les hauteurs intellectuelles ou esthétiques les plus sublimes: s\u2019il tend à abaisser le niveau moral de son publie, il est mauvais (.) Le Code n\u2019a pas échappé, et certainement il n\u2019échappera jamais totalement aux pierres et aux flèches des partisans de l\u2019erreur morale qu\u2019est la théorie de Y art pour l'art, ni de ceux qui nient la destinée spirituelle de l\u2019homme et l\u2019ordre divin qui de toute éternité gouverne l\u2019univers moral.Il LA CENSURE AMÉRICAINE ET LE CINÉMA 37 n\u2019a pas manqué d\u2019être mis au pilori par d\u2019habiles gens de gauche et par de confus libéraux.Il n\u2019a pas évité les attaques, les faux-fuyants et les coups fourbes de ceux qui, insoucieux des responsabilités terribles qui incombent au cinéma et indifférents à la réputation qu\u2019ils lui créent, n\u2019y recherchent qu\u2019un bénéfice commercial.Il est difficile, â mon avis, d\u2019être plus ineffable de candeur et de grandiloquence onctueuse! Aussi, peut-on, sans crainte, discuter les opinions de M.Quigley sans être des \u201cgens de gauche\u201d ou de \u201cconfus libéraux\u201d.11 ne s\u2019agit pas de prêcher la licence mais d\u2019examiner s\u2019il est bien vrai que le Code, tel qu\u2019on l\u2019interprète et qu\u2019on l\u2019applique, engendre nécessairement des œuvres morales.11 ne suffit pas de le prétendre et de tripatouiller les textes pontificaux pour obtenir un blanc-seing en pareille matière ! Mais je me garderai bien de réfuter moi-même les dires de M.Quigley, attendu qu\u2019on ne manquerait pas de mettre en doute et mon orthodoxie et ma compétence.J\u2019en appelerai donc au jugement de Jean-Louis Tallenay, rédacteur en chef de Radio-Cinéma à Paris qui, dans la même Revue Internationale du Cinéma (No 8, p.58 et seq.), refute notre auteur.On sait que la Revue Internationale est l\u2019organe officiel de l\u2019Office Catholique International du Cinéma (O.C.I.C.).Affaire de situer le problème, M.Tallenay écrit: La morale chrétienne affirme bien que tous les hommes doivent observer les prescriptions du Décalogue.Mais les hommes, y compris les chrétiens, n\u2019observent pas toujours le Décalogue.C\u2019est même la raison d\u2019être de la morale.S\u2019interdire de repré- 38 l\u2019action nationale senter à l\u2019écran ce que le Décalogue interdit dans la vie revient donc à montrer dans un film comment les hommes devraient se conduire.La difficulté du Code de Production ne provient pas de ce qu'il souhaite la réalisation de tels films, mais de ce qu\u2019il prétend fonder sur la morale chrétienne, l\u2019interdiction de films qui ne se conforment pas à ce principe (.) J\u2019aimerais pouvoir citer longuement cet article où il est démontré qu\u2019il est puéril de croire qu\u2019en se conformant à un nombre forcément restreint et arbitraire de règles préconçues on produira néces-serement une œuvre irréprochable au point de vue moral.De plus, de poursuivre M.Tallenay: Vouloir que le cinéma se conforme toujours à ce principe (celui de ne jamais enfreindre le Décalogue) c\u2019est lui interdire d\u2019être conforme à la vérité.La faute et le péché font partie de la vérité du monde; vouloir que le cinéma en fasse abstraction dans sa représentation de la vie, c\u2019est, le condamner à être faux.Le danger do cette position (celle de toujours montrer la vie telle qu\u2019elle devrait être) c\u2019est qu\u2019elle correspond trop bien à l\u2019hypocrisie sociale et mondaine selon laquelle le mal n\u2019oxiste pas.Il est, en effet, de bon ton de passer le mal sous silence, de cacher la faute et le péché et de cultiver la tranquillité de conscience.Il n\u2019est pas sûr que ce soit là une position vraiment morale, encore moins un critère pour juger do la moralité d\u2019un art.Reprenant l\u2019argument de M.Quigley visant à prouver qu\u2019un film trivial qui n\u2019offense pas la morale peut jouer un rôle social utile en occupant innocemment les loisirs du public, M.Tallenay écrit: Nous ne contestons pas cette affirmation au LA CENSURE AMÉRICAINE ET LE CINÉMA 39 nom de préoccupations artistiques; nous nous refusons simplement à admettre que ce point de vue découle nécessairement du Christianisme ou de l\u2019Encyclique Vigilanti Cura.L\u2019Encyclique précise nettement que \u201cles films ne doivent pas être un simple divertissement, ni occuper seulement les heures frivoles de loisirs\u201d.Certains peuvent attribuer un rôle social utile au cinéma \u201ctrivial et banal\u201d.Nous ne pensons pas, quant à nous, que ce genre d\u2019utilité soit le but auquel doive tendre le Christianisme ni que ce genre de cinéma \u201creste digne de la nature rationnelle de l\u2019homme\u201d, selon les termes employés par le Pape dans le passage cité.Ce serait faire trop peu de cas de l\u2019homme, du Christianisme et du cinéma.Le cinéma nous semble devoir jouer dans la civilisation un rôle beaucoup plus important que celui d\u2019un opium innocent, socialement utile pour distraire des masses caractérisées par un grand vide intérieur.Il nous semble un instrument capable de combler ce grand vide intérieur.Le cinéma n\u2019est pas seulement un divertissement.Et si le public est parfois si vide, c\u2019est, en grande partie parce que le cinéma est vide.Le cinéma \u2014 et particulièrement le cinéma chrétien \u2014 doit pouvoir lui donner des œuvres fortes et vraies.Un film moral n\u2019est pas un film innocent et vulgaire, c\u2019est un film qui secoue la paresse intérieure du spectateur, un film qui pose un problème vrai et dérange sa tranquillité de conscience en lui montrant que le combat entre le bien et le mal n\u2019est jamais fini.Aurai-je réussi, par ces longues citations, à démontrer l\u2019ampleur du débat?Admettra-t-on, maintenant, que le Code de la pudeur ne comporte aucune garantie morale ?Conviendra-t-on, enfin, que la Catholic Legion of Decency n\u2019est décidément pas le plus sûr des guides que nous puissions nous donner 40 L ACTION NATIONALE en ce qui concerne le classement des films entrant au pays?J\u2019ose l\u2019espérer.La censure officielle de la province de Québec est influencée \u2014 plus qu\u2019elle ne veut l\u2019admettre peut-être \u2014 par les consignes du Code et de la Legion ce qui explique, sans doute, sa générosité à l\u2019égard du film américain et sa méfiance à l\u2019égard de la production européenne.Pour ce qui est des censures particulières, on peut dire qu\u2019elles sont trop entièrement soumises aux classifications toutes faites qui viennent des États-Unis.Pilles jugent des films un peu comme des livres et les catalogues de la Legion leur servent, en quelque sorte, d\u2019abbé Bethléem du film! Pareille situation est nettement préjudiciable au cinéma français et européen et l\u2019on se doit, au nom des valeurs nationales elles-mêmes, d\u2019en dénoncer les dangers avant que ne soit devenu incurable l\u2019infantilisme intellectuel auquel elle risque de vouer le Canada français.11 n\u2019est pas question, évidemment, de soumettre le film américain à un ostracisme stupide, mais il importe, je crois, que le Canada en général et le Québec en particulier se montrent justes à l\u2019égard des grandes écoles cinématographiques européennes et sud-américaines.J\u2019irais même jusqu\u2019à dire qu\u2019en vertu des particularités culturelles qui nous rattachent à l\u2019Europe, nous nous devons d\u2019entretenir un préjugé favorable à l\u2019égard de ces grandes écoles.En ce qui concerne les censures particulières, le moins qu\u2019on en puisse dire c\u2019est qu\u2019elles se rendent souvent coupables d\u2019alarmisme et d\u2019étroitesse déprimante.Ceux qui ont le moindrement quelque commerce avec la production courante ont nettement LA CENSURE AMÉRICAINE ET LE CINÉMA 41 l\u2019impression qu\u2019on classe les films sans se donner la peine de les visionner, ou si l\u2019on s\u2019en donne la peine, on semble tout juger par rapport à l\u2019enfant de sept à quinze ans.Sans doute, la loi interdisant aux moins de seize ans l\u2019entrée au cinéma est parfois transgressée, mais on peut se demander si ce n\u2019est pas approuver un désordre que de classer les films par rapport aux transgresseurs! Plutôt que de mutiler une œuvre ou de lui accoler une cote défavorable, on devrait voir à ce que la loi soit observée tout en prenant, une bonne fois, le bon parti d\u2019organiser le cinéma pour enfant.Mais c\u2019est là une autre question.En toute courtoisie, on peut exiger, tant de la Censure officielle de la Province que des censures particulières, que tous les films soient visionnés et jugés selon des critères justes, honnêtes et réalistes, des critères qui nous conviennent ,quoi, et qui ne sont pas nécessairement ceux des États-Unis.Ce n\u2019est un secret pour personne: les Américains se font de la morale une idée assez fragmentaire et, pour tout dire, passablement relative.Parce que d\u2019inspiration saxonne et puritaine, leur conception de la morale au cinéma, avec son armature arbitraire et ses soucis superficiels, est incompatible avec la conception latine, beaucoup plus profonde, plus nuancée, s\u2019accommodant mal du byzantinisme des codes et des règles.Pour redonner au cinéma français et européen la place qui lui revient, il importe que nous modifiions donc nos méthodes de censure, méthodes par lesquelles, à l\u2019instar de nos voisins, nous en venons à être plus tolérants pour les films vides que pour ceux comportant la moindre dose de vérité humaine. 42 l\u2019action nationale Au fond, tout le drame de la situation réside dans le fait qu\u2019un organisme catholique de censure (la Legion) participe au développement d\u2019un cinéma qui oppose inconsciemment un refus au péché.Comme l\u2019a noté Gilles Ste-Marie, dans un récent numéro de Découpage s (No 14): Ce cinéma, d\u2019où l\u2019inquiétude du péché est absente, témoigne de l\u2019indifférence et de la tiédeur spirituelles de toute une bonne part de notre génération.Si l\u2019on en juge des films actuels, qui font les plus grosses recettes, pour beaucoup de spectateurs, Dieu est mort: le désir de Dieu n\u2019est plus un désir collectif.Le cinéma ne fait que représenter l\u2019absence réelle de l\u2019idée de péché au niveau de conscience populaire; c\u2019est ce qui fait dire au Saint-Père que \u201cle plus grand péché actuel, c\u2019est que les hommes ont commencé à perdre le sens du péché\u201d.Si la conscience de la faute est perdue, où retrouvera-t-on la nécessité de la rédemption ?Voilà peut-être une des plus graves interrogations que le cinéma puisse poser aux chrétiens d\u2019aujourd\u2019hui.Sans prétendre exonérer l\u2019Europe de tout blâme, on peut, d\u2019après tout ce qui précède, affirmer que c\u2019est d\u2019une façon systématique et au nom de la morale elle-même que le cinéma américain se rend coupable du péché que déplore le Souverain Pontife.Affaire d\u2019aborder la question d\u2019un point de vue pratique, je me permettrai de faire écho ici à une suggestion de Roger Manvell au sujet du classement des films.Il est inconcevable, dit Manvell, que tous les films soient classés en rapport avec une clientèle LA CENSURE AMÉRICAINE ET LE CINÉMA 43 inculte, pas plus qu\u2019il ne serait concevable de mettre Shakespeare, Balzac ou Dostoïevski dans le même sac que les romanciers à cinq sous.Aussi, toujours selon Manvell, en plus des catégories A B et C, on devrait avoir la catégorie S pour les films qui ne peuvent entrer dans les trois premières et qui ne sont pas, pour autant, des morceaux de pornographie.Un film classé S ne serait pas considéré comme condamné au même titre que le film classé C, mais serait considéré comme une œuvre d\u2019art réservée aux Ciné-Clubs ou aux salles spécialisées, et nous n\u2019aurions plus le triste spectacle de voir de grands films ravalés au rang des bandes licencieuses ou obscènes.Il peut, certes, exister des motifs pour prévenir les gens contre certains films.Je pense, en particulier, à The Set-up, Le grand Patron, Pitié pour eux, Sous le ciel de Paris, Le cuirassé Potemkine, etc.Ces films comportent des séquences que ne sauraient voir, sans risques, les personnes malades ou impressionnables.Il faudrait une cote spéciale pour ces films remarquables, tant sur le plan de l\u2019art que sur le plan humain.Le vice de trop de censeurs américains et canadiens, à mon avis, est de s\u2019attarder trop à ce que j\u2019appelerai le mot à mot d\u2019un film, au détriment, bien souvent de son contexte, de son sens général.Déformation professionnelle peut-être, le censeur semble obsédé par le détail; on le dirait incapable de prendre du champ par rapport à l\u2019œuvre.Conséquence: il mutile ou condamne une pellicule dont la portée morale réside dans l\u2019intention et l\u2019esprit de l\u2019ensemble.Il lui arrive même de couper mala- 44 l\u2019action nationale droitement des scènes, en sorte que le spectateur imagine toujours pire que ce que l\u2019auteur a pu décemment montrer.Que de films ont perdu toute leur consistance à cause de ces coupures arbitraires et enfantines, sans compter que plusieurs de ces films mal coupés ont donné lieu à des quiproquos très malheureux et parfaitement loufoques.Que dire, maintenant, des interdictions prononcées au nom de soi-disant principes extra-moraux ?Par exemple, on sera sévère pour un film qui pose un problème social, sous prétexte qu\u2019on croit déceler dans l\u2019œuvre des tendances communistes.On s\u2019élèvera, encore, contre Le Puritain ou Los Olvidados parce que ces films \u201cfinissent mal\u201d et sont, par conséquent, déprimants! On boycottera Stromboli et Limelight en guise de représailles contre les vedettes.On interdira Oliver Twist parce que Dickens n\u2019est pas prisé par certaine race.Enfin, on confisquera tout simplement tel film de Carné pour le simple plaisir d\u2019affirmer une autorité.Ce sont là des caprices qui deviennent des abus.Devant de tels excès d\u2019orthodoxie, on hausse les épaules avec d\u2019autant plus de conviction qu\u2019on détecte sans difficulté les mobiles politiques et opportunistes.Le censeur s\u2019effarouche pour des ombres alors qu\u2019il passe outre aux abus graves du cinéma sur des chapitres qui le concernent directement.Je veux parler, en particulier, de la décence vestimentaire.On peut s\u2019étonner de constater que le censeur \u2014 je parle surtout du censeur américain \u2014 ne bondit pas en face d\u2019une catin gélatineuse drapée d\u2019une provocante robe de soirée alors qu\u2019il s\u2019énerve pour une pauvre fille en lambeaux qui grelotte sous LA CENSURE AMÉRICAINE ET LE CINÉMA 45 les décombres d\u2019une maison bombardée! Comme le signalait avec justesse Claude Mauriac, \u201cl\u2019hypocrisie codifiée d\u2019aujourd\u2019hui craint de montrer la nudité féminine.Comme si n\u2019étaient pas beaucoup plus nocives les Rita Hayworth (ou Marilyn Monroe) dont Hollywood exhibe les charmes avec une application proche de l\u2019obscénité sous son apparente retenue.\u201d L\u2019indécence n\u2019est pas, nécessairement, dans les nudités qu\u2019on peut voir dans Moana, par exemple, mais bien plus dans les attitudes provocantes que dissimule mal le vêtement1.Une robe mollement échancrée est pire qu\u2019un maillot de bain; une manche ouverte est pire que pas de manche du tout.Évidemment, il n\u2019est pas question, ici, de recommander le port en permanence du pagne et du tutu, mais il importe de s\u2019élever contre l\u2019hypocrisie de Tartuffe pour qui le corps humain ne rappelle que Sodome et qui croit tout résoudre avec un mouchoir! Pour mettre un point final à ce trop long cha- 1.J\u2019admets que l\u2019indécence dégénère souvent en pur exhibitionnisme à l\u2019écran et le censeur a mille fois raison de s\u2019en alarmer.Cependant, il faut bien reconnaître que le fléau subsiste en dépit de ce fameux \u201ccode chiffré\u201d qu\u2019ont adopté les Américains et je soutient qu\u2019à cause de ce \u201ccode\u201d on en vient à faire de la décence une fumisterie grotesque en ce sens qu\u2019une peinture vraie, un élément pénible mais essentiel d\u2019un drame profond, peut -\u2014 avec un peu d\u2019astuce \u2014 être ravalé au rang d\u2019un vulgaire morceau de pornographie.Que d\u2019exemples on pourrait citer de films valables (comportant souvent une valeur morale) qui, sous les ciseaux brouillons du censeur, sont devenus des bandes stupides dépouillées de toute signification. 46 l\u2019action nationale pitre, je citerai un passage du livre de J.-C.Reid, intitulé Catholics and the Films: Les catholiques qui veulent considérer sérieusement le cinéma, comme les Papes les y ont exhortés, doivent être convaincus de la nécessité de s\u2019entraîner à découvrir des méthodes pour juger les films, pour savoir exactement ce qu\u2019ils entendent par un \u201cbon\u201d film d\u2019un point de vue esthétique et récréatif aussi bien que d\u2019un point de vue moral.Si le cinéma doit sortir un jour de son état actuel d\u2019adolescence pour atteindre la maturité, aucun spectateur catholique, conscient des possibilités de ce moyen d\u2019expression et de la vaste influence qu\u2019il exerce sur le monde d\u2019aujourd\u2019hui, ne peut se contenter d\u2019accepter passivement tout ce que lui offre l\u2019écran à l\u2019exception des films objectivement indécents.Ce qui revient à dire que le rôle des catholiques ne se limite pas à n\u2019aller voir que les films classés I et II, mais bien plutôt de voir si ce n\u2019est pas précisément à cause de la surabondance de ces bandes supposées inofïensives que notre peuple en particulier et l\u2019humanité en général sont en train de sombrer dans un matérialisme impénitent! Jean Pellerin. Le Mois: A l'écoute du monde.par JEAN-MARC LEGER Entre la mi-août et la mi-septembre, trois événements majeurs se sont déroulés qui appellent notre attention: la crise marocaine, la session spéciale de l\u2019ONU à propos de l\u2019armistice coréen, l\u2019élection générale en Allemagne occidentale.Pour beaucoup et particulièrement pour certains membres du bloc des pays arabes, ce ne fut pas une mince surprise que la position adoptée par le gouvernement américain dans l\u2019affaire marocaine.Traditionnellement en effet, et en vertu d\u2019une réaction compréhensible encore qu\u2019assez simpliste, nos voisins sont enclins à faire cause commune à priori, avec tout mouvement indigène d\u2019émancipation d\u2019une tutelle étrangère.Cette vue trop généreuse et.1., trop générale pour n\u2019être pas marquée au coin d\u2019un certain irréalisme leur a valu, ces dernières années, quelques déceptions assez amères.D\u2019autre part, la nécessité primordiale de la sauvegarde du bloc occidental a sans doute contribué largement à déterminer les directives données par le gouvernement de Washington à son délégué, le sympathique Henry Cabot Lodge, dont l\u2019on sait par ailleurs l\u2019attachement à la culture française.Mais il faut bien reconnaître qu\u2019ii s\u2019avérait difficile d\u2019adopter une autre position, aussi bien devant 48 l\u2019action nationale la pauvreté de la \u201cpreuve\u201d soumise par les requérants que devant la clarté et la solidité de l\u2019exposé prononcé par le chef de la délégation française, M.Henri Hoppenot, exposé qui constitue une pièce remarquable.Que demandaient à l\u2019ONU les seize Etats requérants ?Essentiellement, d\u2019intervenir, sous une forme ou sous l\u2019autre dans fes affaires du Maroc et de la Tunisie, sous prétexte que le refus de l\u2019administration française de tenir compte des aspirations des populations locales créait une situation dramatique et que cette situation avait atteint le point où elle constituait une véritable menace à la paix du monde, notamment depuis la déposition par les autorités françaises du \u201csultan légitime\u201d, au mépris des engagements de 1912.A l\u2019ensemble de cette prétention, M.Hoppenot apporta une réponse décisive.Le chef de la délégation française rappelle tout d\u2019abord qu\u2019en vertu du traité de 1912, le Maroc demeure un État souverain mais qu\u2019il a cédé à la France l\u2019ensemble du droit d\u2019action quant à sa politique extérieure.Conséquemment, le Maroc ne peut avoir de relations avec aucun État autre que la France, moins encore avec une communauté d\u2019États.Aussi, à supposer même qu\u2019il régnât au Maroc une situation menaçant véritablement la paix du monde, il serait impossible à l\u2019ONU d\u2019en connaître et d\u2019y intervenir en vertu de l\u2019article 37 de la Charte.En second lieu, fait remarquer M.Hoppenot, si présentement, il y avait vraiment crise dans l\u2019empire chérifien, il s\u2019agirait, d\u2019une question en quelque sorte doublement intérieure: par rapport à l\u2019ONU, en ce que le Maroc ne peut avoir de rapports politiques qu\u2019avec la France; par rapport à celle-ci elle-même, LE MOIS 49 en ce qu\u2019en l\u2019occurrence, le problème qui s\u2019est posé était strictement interne, propre aux seuls Marocains, s\u2019agissant du maintien ou non de leur souverain.Dans une deuxième partie de son exposé, M.Hoppe-not, après avoir fait brièvement l\u2019historique des événements qui venaient de se dérouler au Maroc, demande: Y a-t-il crise?règne-t-il là-bas une situation propre à mettre en danger la paix du monde ou les intérêts d\u2019aucun des Etats signataires de la plainte ?Il ne fut pas difficile au représentant de la France de démontrer la vanité de la requête des États arabes, le jour même où le nouveau sultan faisait à Fez une entrée solennelle et particulièrement réussie, et où la censure était levée par tout l\u2019empire chérifien.Dans plusieurs des États signataires, fait remarquer M.Hoppenot, il a souvent régné des situations autrement plus sanglantes que la brève crise que vient de traverser le Maroc, sans que jamais la France ait songé seulement à citer ces États à la barre des organismes internationaux.Enfin, s\u2019il est vrai que la France s\u2019est engagée à protéger le souverain légitime du Maroc, la légitimité de celui-ci procède d\u2019abord du vœu populaire et la preuve n\u2019est pas difficile à faire de la quasi-unanimité qu\u2019avait réussi à réaliser contre lui l\u2019ancien sultan.Après cet exposé de M.Hoppenot, il ne restait plus qu\u2019à renvoyer comme non fondée une requête qui n\u2019a assurément pas servi le prestige des États arabes auprès de l\u2019ONU.Victoire d\u2019Adenauer ou de F Allemagne \u201cNous n\u2019avons pas devant nous des vainqueurs mais des prétendants\u201d déclarait un ex-haut person- 50 l\u2019action nationale nage allemand à un officier américain aux lendemains de l\u2019armistice, en parlant des alliés occidentaux autres que les États-Unis.Ce qu\u2019il y a de sûr, en tout cas, c\u2019est qu\u2019à la suite des dernières élections générales, l\u2019Allemagne occidentale s\u2019est au moins élevée au niveau de ces prétendants.Entendons que désormais, la voix du gouvernement Adenauer éveillera dans les délibérations internationales un écho particulièrement attentif, voire bienveillant en ce qui concerne, du moins, Washingron.On a trop répété peut-être que c\u2019est sur Bonn plutôt que sur Paris que les Etats-Unis miseront à l\u2019avenir: il ne faut pas s\u2019attendre à un revirement subit d\u2019une politique composée de trop de facteurs des plus divers (où le potentiel émotionnel ne joue pas le moindre rôle) pour qu\u2019elle puisse être tout entière axée dans un sens ou dans l\u2019autre.Quelques dominantes seront déplacées mais cela suffit souvent, au bout du compte, pour accuser une influence.Et l\u2019Allemagne d\u2019Adenauer n\u2019affirmera pas la sienne à découvert mais par le truchement d\u2019une politique \u201ceuropéenne\u201d où il deviendra de plus en plus difficile de repousser ses arguments.A Paris, où l\u2019on sait l\u2019extrême perméabilité des dirigeants américains à tout ce qui revêt couleur d\u2019efficacité immédiate, on s\u2019est ému déjà devant la perspective d\u2019une Europe \u201cà l\u2019allemande\u201d.Et sous le couvert d\u2019une courtoisie de commande, c\u2019est, à Washington, la traditionnelle rivalité franc-allemande qui se réaffirme.On voit déjà se dessiner les échelons de l'argumentation allemande, étroitement reliés entre eux de manière à ne ménager aucune sortie.Elle pourrait sommairement se traduire LE MOIS 51 ainsi: \u201cpour La sécurité occidentale, une communauté de défense européenne et une armée européenne\u201d; \u201cpour une véritable communauté européenne de défense, une participation allemande forte\u201d; \u201cpour une participation allemande, substantielle et enthousiaste, la suppression des limitations prévues et la rétrocession de la Sarre, pomme de discorde\u201d.En retour des sacrifices demandés à Paris (plus tard, exigés de Paris), Washington multiplierait par exemple les garanties, augmenterait de nouveau les crédits pour l\u2019Indochine, donnerait des assurances supplémentaires.qui sait, irait jus-quà troquer son appui à la France en Afrique du Nord contre la \u201csagesse\u201d de la France en Europe.Aux lendemains des élections générales, l\u2019Allemagne occidentale se trouve en matière de politique étrangère dans une position dont, il y a deux ans, encore, elle n\u2019eût pas osé rêver.Aussi, peut-on se demander qui a remporté la victoire dans ces élections du 6 septembre.Le parti démocrate-chrétien?peut-être; le chancelier Adenauer?certainement (c\u2019est d\u2019ailleurs sous son seul nom que s\u2019est faite la campagne, contre lui que les adversaires se sont acharnés, trait qui, s\u2019il est allemand, n\u2019est peut-être pas qu\u2019allemand, à en juger par les tactiques électorales en certaine province canadienne); mais au delà du premier et même du second, l\u2019Allemagne.En votant Adenauer, il est permis de douter que la masse des Allemands aient voulu manifester leur attachement à la formation démocrate-chrétienne.Plus vraisemblablement, ils ont voulu d\u2019abord exprimer leur satisfaction d\u2019un régime qui a rendu au peuple un niveau de vie con- 52 l'action nationale venable et en constant accroissement; ils ont voulu témoigner leur hostilité aux appels venus de l\u2019Est en faisant bloc autour d\u2019un homme qui incarne cette opposition; ils ont enfin voulu exprimer leur attachement à une politique inclinée vers l\u2019Occident, sentant peut-être confusément que, ce faisant, ils allaient contribuer à redonner à l\u2019Allemagne un rang pratiquement égal à celui des \u201cGrands\u201d de l\u2019Europe.Plus que les démocrates-chrétiens, plus qu\u2019Ade-nauer, c\u2019est l\u2019Allemagne occidentale qui sort victorieuse de ce scrutin, l\u2019Allemagne occidentale comme facteur désormais capital dans l\u2019évolution du monde occidental.Mais dans le même temps, ce résultat marque le début d\u2019une étape laborieuse, la naissance de difficultés nouvelles dans l\u2019effort d\u2019édification d\u2019une Europe unie.Celle-ci devra longtemps encore rester au domaine des rêves si à Bonn on persiste à réclamer la réannexion de la Sarre.Autour de la \u201ctrêve\u201d Dans un discours explosif qui n\u2019est plus pour étonner chez lui, le président de la Corée du Sud vient \u201cd\u2019avertir\u201d la Corée du Nord qu\u2019en cas d\u2019échec de la prochaine conférence politique (encore que l\u2019on peut se demander si ladite conférence aura jamais lieu), ses troupes entreprendront sans tarder la libération de leurs frères de la partie septentrionale du pays.Quelque sympathie que l\u2019on puisse entretenir pour les aspirations à la réunion d\u2019un peuple dont les vicissitudes de conflits sans précédent ont provoqué la division, on se refuse à admettre qu\u2019un LE MOIS 53 homme politique conscient soit disposé à jouer la paix du monde, \u2014 si fragile soit cette paix \u2014 sur un geste désespéré.Deux jours après la signature de la trêve, les Rouges accusaient les représentants de l\u2019ONU de ne pas respecter certains engagements.Depuis, les accusations de violation de la trêve n\u2019ont cessé de pleuvoir de part et d\u2019autre, créant décidément le climat idéal pour la très éventuelle conférence politique.L\u2019obstination des deux parties a d\u2019ailleurs fait que cette conférence ne réunirait face les uns aux autres que les belligérants de la guerre suspendue.Ce n\u2019est donc pas faire montre d\u2019un pessimisme excessif que d\u2019envisager trois hypothèses: ou la \u201cconférence politique\u201d ne se réunira jamais; ou, elle aura tôt fait de se séparer; ou, enfin, elle durera à peu près aussi longtemps \u2014 ou plus \u2014 que les pourparlers qui pendant un an ont préparé la boiteuse trêve de Panmumjom.On n\u2019a pas caché, en beaucoup de capitales européennes, sa déception de l\u2019attitude prise par les États-Unis et finalement entérinée par l\u2019ONU quant à la participation de l\u2019Inde à la conférence de la paix.Pour sa part, le quotidien français qui fait à juste titre autorité, Le Monde, a parlé d\u2019une trahison de l\u2019idéal qui fut à l\u2019origine de l\u2019Assemblée Mondiale et a élevé une solennelle mise en garde contre le danger qu\u2019il y aurait à transformer l\u2019ONU en une succursale plus ou moins habilement colorée de Washington.En consentant à M.Rhee le sacrifice de l\u2019Inde, le gouvernement américain a probablement causé à la conférence un tort incalculable.Eût-il au contraire accepté la participation 54 l\u2019action nationale de la Nouvelle-Delhi qu\u2019il eût été en droit de réclamer quelque concession des Sino-Coréens; du moins, eût-il pu revendiquer l\u2019honneur de n\u2019avoir rien négligé pour le succès de la conférence en mettant tout en œuvre pour y préparer un climat propice.On ne voit pas très bien, à l\u2019heure où nous écrivons ces lignes, comment sortir de l\u2019impasse.Pendant ce temps, le délai de 90 jours arraché par Rhee aux Américains court et il n\u2019est hélas! pas défendu d\u2019envisager une reprise des hostilités sur la terre ensanglantée de Corée, coïncidant peut-être avec une recrudescence du conflit indochinois.A aucun moment de l\u2019Histoire du monde, peut-être, n\u2019a-t-on à ce point proclamé, de part et d\u2019autre, ses sentiments pacifiques et démocratiques; mais à aucun moment, n\u2019en a-t-on eu une conception aussi irrémédiablement opposée.A croire que c\u2019est le retour de Babel étendue à l\u2019échelle du monde, puisque les mêmes idéaux traduits dans les mêmes mots ne sont plus un signe de ralliement mais l\u2019occasion d\u2019une lutte sans précédent. Notre livraison spéciale sur la pensée de Bourassa Si rien d\u2019extraordinaire n\u2019intervient, notre livraison spéciale sur la pensée d\u2019Henri Bourassa paraîtra à la fin d\u2019octobre.Nous en avions parlé il y a presque un an et la prévoyions d\u2019abord pour le printemps.Mais il a fallu se rendre compte qu\u2019un tel numéro exige une longue préparation.Même si nous n\u2019avons pas la prétention de faire œuvre définitive et complète, la pensée de Bourassa embrasse tant de sujets divers, l\u2019orateur et le journaliste sont intervenus dans tant de questions, la carrière de l\u2019homme fut si remplie et si complexe, que nos collaborateurs devaient nécessairement consacrer de longues heures à la lecture des textes.Ces textes sont par ailleurs épars; il fallait retrouver les plus importants.Pour les livres et les brochures, la besogne est relativement facile: mais peut-on étudier la pensée de Bourassa en écartant ses vingt-deux années de collaboration active du Devoir ?Certaines conférences eurent un grand retentissement: était-il honnête de n\u2019en pas tenir compte ?La préparation du numéro spécial fut confiée à M.François-Albert Angers.Celui-ci a trouvé dans M.André Bergevin un collaborateur infiniment précieux qui a consenti à indexer les œuvres de Bourassa, y compris les articles au Devoir, les livres et brochures, les discours au Parlement; une fois accomplie cette 56 l\u2019action nationale tâche de bénédictin, il a été plus facile de sérier les questions et de préparer les divers articles.Disons d\u2019abord que l\u2019index sera publié dans VAction Nationale: cela constituera pour les chercheurs à venir un outil indispensable.Etudient les divers aspects de la pensée de Bourassa: les R.P.Joseph Papin Archambault et Richard Arès, s.j., MM.F.-A.Angers, Roland Parenteau et Patrick Allen, ainsi ijue le signataire de cette note.Nous espérons publier un inédit de Bourassa.Bien entendu, le numéro sera plus copieux que les livraisons régulières \u2014 ce qui explique les dimensions réduites de celle-ci.La pensée de Bourassa intéresse vivement les Canadiens.M.Robert Rumilly vient de lui consacrer un livre considérable.Aux universités de Toronto et de McGill des étudiants lui consacrent leur thèse.Ainsi réussira-t-on peu à peu à mesurer l\u2019importance de son œuvre et du rôle qu\u2019il a joué.L\u2019Action Nationale entend apporter sa collaboration à l\u2019entreprise commune.SOMMAIRE L'ACTION NATIONALE: L\u2019heure du salut national.J.-M.LEGER: Le nationalisme a l\u2019heure de la révolution ANDRE-MARC VALOIS: Crépuscule de la démocratie.JEAN PELLERIN: La censure américaine et le cinéma.André L.3 7 15 21 JEAN-MARC LEGER: A l'écoute du monde.47 A.L.Notre livraison spéciale sur la pensée d\u2019Henri Bourassa.\t55 LA Banque Canadienne Nationale est à vos ordres pour toutes vos opérations de banque et de placement Actif, plus de $450,000,000 552 bureaux au Canada 72 succursales à Montréal Hommages aux collaborateurs de l'ACTION NATIONALE J.-R.GREGOIRE QUINCAILLERIE » FA.1167\t3605, ONTARIO est, Montréal v Til.HA 0200-0209 PERRAULT et PERRAULT AVOCATS 914 St-Denli :: Suite 212\t:: Montréal, Canada ANTONIO PERRAULT, C.R.Rés.: 64, ave Nelson, Outremont.Tél.DO 6342 JACQUES PERRAULT, L.L.D.Réa.: 4390, boul.Pie IX, Tél.CL 3580 Les cafés ef confitures de J.-A.Désy LIMITEE SONT LES MEILLEURS \u2014 EXIGEZ-LES Marcel ALLARD Gérant général COMPAGNIE DE BISCUITS STUART Ltée Biscuits - Gâteaux - Tartes 235 ouest, ave LAURIER, Montréal\tCR 2165 \u201cLE DEVOIR LE JOURNAL DES GENS QUI PENSENT Lisez VI C A I A I I?F HEBDOMADAIRE GARANTI \"Quand je cesserai de subvenir aux besoins de ma famille, si elle pouvait continuer à recevoir mon salaire, chaque semaine.\" C'est chose possible.Faites-vous expliquer, à titre gracieux, notre police de SALAIRE HEBDOMADAIRE GARANTI.C'est une exclusivité de notre compagnie mutuelle.CAISSE NATIONALE D\u2019ASSURANCE-VIE SIÈGE SOCIAL: 41 ouest, rue Saint-Jacques, Montréal 1, HA 3291, ou SUCCURSALE DE MONTRÉAL, Lucien Ladouceur, gérant, 39 est, rue Notre-Dame, tél.: LA.2380.vu Un succès de librairie Ceux qui veulent se procurer une série complète de l'HISTOIRE DU CANADA FRANÇAIS (édition courante) par le chanoine Lionel Groulx, feraient bien de se hâter ; car l\u2019édition de certains tomes sera épuisée assez bientôt, et il n\u2019y aura pas de réédition immédiate.Pour les exemplaires de luxe, il ne reste plus de tome II.Il est donc inutile de commander désormais une série complète.Mais il reste des tomes I, III et IV ($3.50 l\u2019exemplaire).Pour l\u2019édition courante, rappelons qu'ils se détaillent $2.00 (t.I), $2.50 (t.II), $2.75 (t.III) et $2.75 (t.IV).On se les procure dans toutes les bonnes librairies, et chez l\u2019éditeur : L\u2019ACTION NATIONALE 986, est, rue RACHEL\tCH.5253 A navire brisé fous les vents sont contraires Et si votre système de chauffage est défectueux, le prochain hiver, fût-il le plus doux, vous semblera rigoureux.Profitez de la belle saison pour faire reviser ou réparer votre appareil de chauffage ou votre plomberie.Construisez-vous ?Confiez à notre main-d\u2019oeuvre spécialisée et à nos techniciens les travaux d\u2019installation.Qu\u2019il s\u2019agisse de travaux de grande ou de moindre importance, nos techniciens et ouvriers spécialisés apportent le même souci du travail bien fait.Ils allient théorie et pratique.Pionniers du véritable chauffage par rayonnement au Canada CHAUFFAGE-PLOMBERIE 360 est, rue Rachel \u2014 Montréal MArquette 4107 VIII * IW3TT- &S£| borne-fontaine du coin! Elle est indispensable; ne comptez pas seulement sur elle.Il faut aussi prévenir les incendies .et les guérir puisqu\u2019ils se multiplient.Les pertes immobilières sont devenues si nombreuses qu'elles font scandale, dit M.L.Lewis, Président du Comité Incendies du Dominion Board.Vous voulez rester propriétaires?Pas de sécurité sans assurance! Faites la part du feu: rognez sur vos loyers pour qu\u2019ils durent.C\u2019est la loi.Inéluctable! ».!îV il AFFILIÉE À LA C.U.A.SOCIÉTÉ NATIONALE D\u2019ASSURANCES 41 ouest, rue S.-Jacques \u2022 HArbour 3291 Montréal Ha Ü>aau?garîi?ACTIF: $27,500,000.t ASSURANCES EN VIGUEUR: $148,000,000.\ti protégeant 96,000 assurés o Ce sera un titre de gloire pour LA SAUVEGARDE que d\u2019avoir été la première compagnie canadienne-française à s\u2019aventurer sur un terrain qui semblait jusqu'alors réservé à d\u2019autres.Durant longtemps, elle fut la seule, mais ses succès encouragèrent les initiatives et facilitèrent la naissance des compagnies canadiennes-françaises fondées au cours des dernières années et auxquelles nous souhaitons le plus grand succès.IMMIMIRII PO PU LA I H ¦ LIMITÉS MONTRÉAL SEPTEMBRE 195 3 "]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.