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Titre :
Bulletin de la Société de philosophie du Québec
Éditeur :
  • [Montréal] :Société de philosophie du Québec,1974-
Contenu spécifique :
Mai
Genre spécifique :
  • Publications en série
Fréquence :
quatre fois par année
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Bulletin de la Société de philosophie du Québec, 1975, Collections de BAnQ.

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[" tMlMfa fut; I « société lie pbilos^pfaie li* settee PHILOSOPHIE volume 1 numéro 3 S-254 i l?- ÏMÉ0G& Qvjibe^ Pibliotbèquejfëationak bu (fèuébei W-iWj 4\u2018: Bulletin de la Société de Philosophie du Québec Directeur\t: Raymond Brouillet ( U.Laval) Comité de rédaction: Yvan Cloutier ( Cégep de Sherbrooke) Paul Germain ( U.Concordia) Pierre Gravel ( U.de Montréal) Claude Panaccio (UQTR) Paul-André Ouintin (UQTR) Le Conseil d'Administration du bulletin est constitué par le Conseil d'Administration de la Société de Philosophie du Québec, qui comprend, outre les personnes sus-mentionnées: Maurice Bailly ( Cégep F.X.Garneau) Guy Bouchard ( U.Laval) Venant Cauchy ( U.de Montréal) Corinne Gallant ( U.de Moncton) Pierre Laberge ( U.d'Ottawa) Claudette Lafond ( Cégep de Rimouski) Maurice Lagueux ( U.de Montréal) Alain Lallier ( Cégep de Trois-Rivièr- res) Robert Nadeau ( UQAM) Bernard Ouellet ( Cégep de Hull) Jacques Plamondon ( U.de Sherbrooke) Maurice Rainville ( U.de Moncton) Claude Savary ( UQTR) Louis Valcke ( U.de Sherbrooke) Claude Vallières ( Cégep de Chicou^i- Siège Social: 2910, Boul.Edouard Montpetit, Montréal 101, Québec. Bulletin de la Société de Philosophie du Québec Volume 1, numéro 3 Mai 1975 SOMMAIRE Informations:\tPages -\tColloques et congrès.3 -\tQuelques publications\trécentes.8 -\tDu côté des revues.11 Document: -\tRapport du président de la S.P.Q.à l'Assemblée générale ( 9 mai 1975).13 Contributions: -\tBrodeur, Jean-Paul: Un colloque sur l'histoire de la pensée québécoise.22 -\tLeroux, Georges: Une de perdue, aucune de retrouvée.A propos de l'écriture philosophique au Québec.\t28 -\tPanaccio, Claude: Remarques sur la prétendue \" minceur\" de l'écriture philosophique au Québec.\t35 3 INFORMATIONS COLLOQUES ET CONGRES La Société de Philosophie du Québec a tenu les 1er et 2 mars dernier, en collaboration avec l'Université du Québec à Trois-Rivières, son premier colloque interdisciplinaire sur le thème: L'Histoire de la philosophie au Québec: 1800-1950.Les organisateurs estiment que ce fut un franc succès tant par le nombre de participants (environ 120) que par la qualité des exposés et des discussions.Une publication suivra ( vraisemblablement à l'automne) aux éditions Bel-larmin ( Collection: L'Univers de la philosophie).Par ailleurs, la S.P.Q.entend reprendre dès l'année prochaine ce type de colloque, très unifié au niveau du thème et interdisciplinaire au niveau des participants.Déjà un certain nombre de projets nous ont été soumis à cet effet.* * * * * Le deuxième congrès annuel de la Société de Philosophie du Québec s'est tenu du 6 au 9 mai dernier à l'Université de Moncton dans le cadre du quarante-troisième congrès de l'ACFAS.Certaines formules nouvelles y ont été expérimentées: conjonction dans une même journée d'ateliers préparés par des groupes de travail et de tables-rondes sur un thème donné.En l'occurence, les thèmes choisis ont été:\tla philosophie du droit ( mercredi, 7 mai) et l'analyse des idéologies ( jeudi, 9 mai).Le prochain numéro du Bulletin sera d'ailleurs entièrement consacré aux compte-rendus des ateliers.Pour le moment, nous publions ici le programme complet des activités ( ateliers, tables-rondes et communications) telles qu'elles ont effectivement eu lieu.Mercredi 7 mai J 9:00: Atelier sur: la Philosophie du droit 4 préparé par: N\tGisèle Bourret ( Cégep Bois-de-Boulogne) Gaston Ducasse ( Cégep Bois-de-Boulogne) Corinne Gallant ( U.de Moncton) Georges Legault ( Cégep Bois-de-Boulogne) Robert Lemay ( Cégep Champlain) Serge Morin ( U.de Moncton) Sheila Mullet ( U.Concordia) présidé par:\tClaude Panaccio (UQTR) 13:30: Table-ronde:\tLégislation et droits de l'homme participants: Georges Legault ( Cégep bois-de-Boulogne) Louise Marcil-Lacoste ( U.Mc Gill) Claude Panaccio (UQTR) présidé par : Paul-André Quintin (UQTR) 16:00 Communications: Jeudi, 8 mai\t-\tP.Mc Cormick ( U.d'Ottawa): L'Esthétique de Dilthey: Phénoménologie et Théorie littéraire.-\tV.Mendenhall ( U.d'Ottawa): La conscience esthétique chez Jean Nabert- -\tP.Gravel (U.de Montréal): Remarques en biais en vue d'une Théâtrologie sur la Poétique d'Aristote.9:00: Ateliers sur: L'analyse des idéologies Atelier no 1: Les grilles théoriques d'analyse des idéologies préparé par:\tAndré Paradis (UQAM) Claude Savary (UQTR) présidé par:\tRobert Nadeau (UQAM) 5 Atelier no 2: Enseignement de la philosophie et critique des idéologies préparé par : Michel Dufour ( C&gep de Maisonneuve) Denise Pelletier ( UQTR) présidé par : Yvan Cloutier ( CSgep de Sherbrooke) 13:30 Table-ronde:\tL'analyse des idéologies est-elle opération- nalisable?participants: David Braybrooke ( U.Dalhousie) Jean-Paul Hautecoeur ( Ministère des Affaires Sociales, Québec) Jean-Guy Meunier ( UQAM) Claude Savary (UQTR) présidée par: Raymond Brouillet ( U.Laval) 16:00 Communications -\tR.Lambert ( UQAM): L'idéologie de la rationalité.-\tM.Vernet ( Queen's Univ.): Travail sur l'idéologie et Travail de l'idéologue.-\tL.P.Bordeleau ( U.d'Ottawa): Maurice Blondel, un réformateur social.-\tG.Lafrance ( U.d'Ottawa): Le concept de moralité dans la sociologie durkheimienne.Vendredi, 9 mai 9:00: Communications -\tF.M.Denis ( Cégep de Maisonneuve): Présentation d'un Cadre expérimental d'Analyse de Contenu ( CAXAC) appliqué aux textes philosophiques.-\tT.F.Geraets ( U.d'Ottawa): Sens perçu, profondeur et réalité dans la Phénoménologie de la perception.-\tJ.Philippousis ( Cégep Dawson): Quelques réflexions sur la dramaturgie grecque et la personne humaine. 6 -\tM.Renault (UQTR): La decision ontologique.-\tW.Villeneuve ( U.Laval): Alexandre d'Aphro-dise, philologue.-\tR.Pellerin (College Laflèche): L'acte gratuit et l'affirmation de soi par l'intérêt propre.-\tR.Brouillet ( U.Laval): Dieter Henrich et \" The proof-structure of Kant's transcendantal deduction\".Réflexions critiques.-\tJ.Theau ( U.d'Ottawa): Remarques sur l'épistémologie française et l'épistémologie américaine.-\tC.Panaccio (UQTR): Sur l'équivocité de la notion de jugement de valeur.14:00 : Assemblée générale annuelle de la Société de Philosophie du Québec.* * * * * La S.P.Q.prépare également pour l'automne prochain un congrès d'orientation sur le thème: La situation institutionnelle de la philosophie au Québec.Il s'agira de réunir le plus grand nombre possible de professeurs de philosophie pour discuter: lo) de la situation de la philosophie dans les cégeps ( à propos surtout du Rapport Nadeau); 2o) de la situation de la philosophie dans les universités ( à propos surtout du \" Dossier Philosophie\" du Conseil des Universités); 3o) de l'orientation future de la S.P.Q.face à cette conjoncture institutionnelle.L'Assemblée générale annuelle de la Société pour 1975-76 se tiendra dans le cadre de ce Congrès.Ce qui, soit dit en passant, explique pourquoi le Conseil d'Administration a demandé à l'Assemblée générale du 9 mai dernier de se limiter à l'audition et à la discussion informelle du rapport du Président ( dont on trouvera le texte un peu plus loin dans ce Bulletin). Il s'agissait de réserver pour un lieu et un moment plus propices et plus accessibles aux membres de la Société ( notamment aux professeurs de cégeps) les décisions importantes pour l'avenir de la S.P.Q.et de la philosophie au Québec.C'est à cette occasion d'ailleurs, et conformément aux statuts, que se tiendront les élections pour tous les postes du Bureau de direction et du Conseil d'Administration.Le Comité d'organisation de ce Congrès est composé de: Yvan Cloutier ( Cégep de Sherbrooke) Alain Lallier ( Cégep de Trois-Rivières) Francine Lusignan ( Cégep de Maisonneuve) Louise Marcil-Lacoste ( U.Mc Gill) Robert Nadeau ( UQAM) Claude Panaccio ( UQTR) Les dates exactes seront fixées d'ici peu et toutes les informations et documents pertinents seront communiqués aux membres dès le mois de septembre.*\t* *\t* * L'Association Canadienne de Philosophie tiendra son dix-neuvième congrès annuel à l'Université d'Alberta ( Edmonton) du 4 au 7 juin.Au même endroit et presque au même moment auront également lieu les congrès de la Société Canadienne d'Histoire et de Philosophie des Sciences ( 5 au 7 juin) et de la Société pour l'Histoire de la Philosophie des Mathématiques ( 6 juin).On annonce aussi la tenue, dans le cadre du Congrès de l'ACP à Edmonton, de la réunion de fondation de la SFEP (Société des Femmes en Philosophie), section canadienne.Ce nouvel organisme s'occupera des problèmes intéressant les femmes que leur profession ou leurs aspirations professionnelles rattachent à la philosophie.Pour toute information à ce propos, s'adresser a: Susan Sherwin, Dept.of Philosophy, Dalhousie University, Halifax, Nouvelle-Ecosse. QUELQUES PUBLICATIONS RECENTES Nous n'indiquons sous cette rubrique que des ouvrages récents publiés au Québec en philosophie ou par des professeurs de philosophie.BLAIS, Martin, L\u2019Echelle des valeurs humaines, Montréal, Beau-chemin, 1974.BOLZANO, Bernard, Qu'est-ce que la philosophie ?, traduit et commenté par Denis Macabrey, Québec, P.U.L., ( Bibliothèque philosophique), 1975.CAMPBELL, Joseph, Man and Mvth.Imagination and its Relation to Theological Enquiry, Montréal, Bellarmin, 1973.COHEN, Maurice, Le destin de l'homme dans la création, Québec, Laliberté Inc.COLLIN, Claude et OSANA, Zdenko, L'Enseignement de la philosophie.Essai de didactique expérimentale, Laval, Institut de Recherches Didactiques de Laval, Fides, 1974.DANEK, Jaromir, Les projets de Leibniz et de Bolzano, Deux sources de la logique contemporaine, Québec, P.U.L., 1975.DEMERS, Pierre, Filmographie à l'usage des enseignants: philosophie, français, cinéma, Québec, Presses Collégiales de Jonquière, 1973.DROLET, Bruno, En quête de l'humain, Montréal, Fides, 1974.GABOURY, Placide, Les voies du possible, Montréal, Ed.René Fer-ron, 1975.GRANDMAISON, Jacques, Le privé et le public, 2 vol,, Montréal, Leméac, 1975.KLIMOV, Alexis (êd), Dostoievsky Miroir, Anthologie de textes cri tiques, Montréal, P.U.Q., 1975. MC GILL UNIVERSITY LIBRARY: REFERENCE DEPT., Philosophy: A Student's Guide to Reference Resources, Montréal, Me Gill University, 1974.(En collab.): tel que nous le pensons et avons envie de le dire, vol.1, no 1, Québec, Edition Jeunesse Québec, 1975 (Recueil entièrement réalisé par les étudiants du cours de Philosophie 401 du Cégep de Limoilou).Signalons aussi les cahiers de la collection \"Recherches et Théories\", publiés conjointement par les départements de philosophie de l'UQAM et de l'UQTR et disponibles aux secrétariats de ces départements.A ce jour, la collection comprend cinq titres: CHABOT, Marc, La pensée québécoise de 1900 à 1950, bibliographie de textes parus dans les périodiques québécois, 1975.DENIS, F.M.et MEUNIER, J.G., Bibliographie S.A.T.O.FARMER, Henri et MEUNIER, Jean-Guy, Proposition pour une codification informatique des textes.MEUNIER, Jean-Guy, Matérialisme dialectique: Phi 341, Cahier-guide, 1974.MEUNIER, J.G.et ROLLAND, S., S.A.T.O.Manuel de l'usager, 1972.SAVARY, Claude, Bibliographie sur l'idéologie, 1975. DU COTE DES REVUES Critère: La revue Critère a fait peau neuve.Le numéro de décembre 1974 ( no.11), consacré au thème Croissance et démesure, se présente avec une jaquette et une mise en page complètement renouvelées, tout en continuant de se vendre à un prix très accessible ( $3.50 l'exemplaire).Bien qu'il ne s'agisse pas vraiment d'une revue spécialisée en philosophie, l'importance que prend la collaboration des professeurs de philosophie et la pertinence générale pour la réflexion philosophique des thèmes traités justifient amplement qu'on y accorde ici quelque improtance.Au sommaire du numéro de décembre, on trouve, en plus d'entrevues avec Maurice Lamontagne, René Lévesque et Jean-Louis Servan-Schreiber, les articles suivants: J.Dufresne, Liminaire; M.Lagueux, Le Complexe de Midas; J.Proulx, L'Utopie ou la démesure politique; F.Therrien, Le pouvoir absent; H.P.Vincent, Le bonheur asymptotique; H.Weinmann, Prométhée ou la démesure au singulier et au pluriel; Y.Mongeau, Le club de Rome et ses critiques; Y.Miron, Le P.N.B., un instrument contestable; J.Stafford, Les indicateurs sociaux: mythes et réalités; J.Andrégnette, La croissance de la production et les ressources minérales; R.Ponchon, Aliment de houille; D.Mercure, De l'écoprix, ou recherche sur la croissance technologique et écologique; J.Proulx, De l'homo faber a l'homo sapiens.Philosophiques: Sommaire du dernier numéro ( Vol.II, no 1, Avril 1975): J.Theau, Le rapport quantité-qualité chez Hegel et chez Bergson; A.Vachet, La dialectique de l'individu et de la collectivité dans la pensée de Marx; L.P.Bordeleau, Une genèse de la vie sociale selon Maurice Blondel; S.Vassilie-Lemeny, Structure et méthode dans la philosophie du sens et de la valeur; G.B.Madison, Vers une nouvelle philosophie transcendantale,par Th.F.Geraets; Th.F.Geraets, La Phénoménologie de Merleau-Ponty, par G.B.Madison; R.Hébert, Introduction à l'histoire du concept de réflexion: position d'une recherche et matériaux bibliographiques; M.Patry, La fonction critique de l'Université. 11 Phi Zéro: Sommaire du dernier numéro ( Vol.3, no 2, Mars 1975): D.Richard, Confusions; M.Collins, Les dieux dans le langage; P.Bellehumeur, Traduction: Kant, Réflexions de centenaire; M.Collins, L'historiographie comme jugement historique; P.Girouard, La plus-value dans le sport professsionnel; C.Lagadec, Le marxisme, pourquoi pas?; A.Mineau, Marx: Théorie et pratique, philosophie et critique; P.Valois, La notion de pitié filiale; Y.Blanchard, Aliénation et argent selon Marx; S.Tisseur, A ajouter; P.Girouard, L'écho du secret. DOCUMENT: RAPPORT DU PRESIDENT Deuxième Assemblée Générale de la S.P.Q.Dans le cadre du 43e Congrès de l'ACFAS, Moncton, le 9 mai 1975.Chers collègues, Au terme de cette première année d'existence légale de la S.P.Q., je suis heureux de vous annoncer qu'en date du 30 avril 1975, la Société compte 211 membres ordinaires, 4 membres associés et 26 membres institutionnels.Dans le contexte actuel, ce nombre est encourageant et il justifie bien les efforts de ceux qui oeuvrent de façon plus directe ou immédiate au sein de la S.P.Q.Nous avons toutes les raisons de croire que ce nombre augmentera durant l\u2019année qui vient dans la mesure même ou la S.P.Q.et chacun de ses membres sauront reconnaître de plus en plus les besoins du milieu et inventer des moyens adéquats pour y répondre.Ce nombre de membres ainsi que leur \" motivation\u201d sont cependant déjà significatifs quant à la pertinence de la création de la Société, du moins à notre avis.J'aimerais ici faire un bref bilan des activités de la S.P.Q.pendant l'année qui se termine, tout en ajoutant quelques remarques sur nos priorités, nos succès, nos insuccès, nos problèmes, etc.* L'un des objectifs de la S.P.Q.était précisément de mani- fester \" la présence\"des philosophes \" au monde\", à la vie politique, j sociale, culturelle du milieu dans lequel nous vivons. 13 La premiere occasion nous a été fournie dans le cadre de la Commission Parlementaire sur la loi 22, au mois de juin dernier.Nous avons alors présenté un mémoire sur les conditions de pertinence d'une loi sur la langue française au Québec.Nous avons aussi un moment envisagé la possibilité de poser un geste analogue lors de la présentation du projet de \" Déclaration des droits de l'homme\".Les circonstances ne l'ont pas permis, mais comme vous avez pu le constater lors de la première journée de ce congrès, nous avons tout de même profité de l'occasion pour susciter des recherches et des débats sur le sujet au sein de la Société.Certes ce type d'intervention, que certains qualifient de '\u2022'politique\"avec une connotation péjorative, reste délicat, même pour ceux qui , comme.nous, le qualifient de politique tout en le considérant nécessaire et \" dans l'ordre des choses\".Dans le cas du mémoire sur la loi 22, il a suscité chez certains anglophones ( et même chez certains francophones) une certaine méfiance quant à la pureté sinon de nos intentions, du moins de nos résultats et de nos conclusions.A notre avis cependant, ce type d'intervention est essentiel à une Société comme la nôtre qui prétend regrouper des \"penseurs de totalités\".Certes, nous ne pouvons pas représenter ( et même nous représenter) les opinions de tous les membres de la Société mais nous ne devons pas pour cela éviter d'agir, par simple crainte de susciter un débat.Nous dirions même, au contraire, que sans poser d'actes provocateurs ( cela va de soi) et en consultant le plus possible nos membres, nous devons susciter les débats qui ont une pertinence philosophique pour que, précisément, les options(et les présupposés qui les sousten-dent) se manifestent et puissent être objets de critique.M'est-ce pas là d'ailleurs l'un des seuls sens que l'on puisse attribuer au \" progrès\" ou au \"développement\" de la philosophie?Par ailleurs, à ce même niveau de l'intervention politique ou des possibilités éventuelles d'intervention, nous avons aussi établi des contacts avec des membres du Ministère de l'Education qui travaillent à la formulation d'un projet d\u2019enseignement de la morale aux niveaux primaire et secondaire.Ce projet risque de susciter ( et suscite carrément) une série de problèmes philosophiques que nous avons touchés à quelques reprises au cours de ce congrès, problèmes qui ne sont d'ailleurs pas encore élucidés de façon satisfaisante aux autres niveaux d'enseignements, â savoir les relations entre philosophie, morale, idéologie, enseignement, etc.Le débat du \" Socrate fonctionnaire\" n'est pas clos.* * * * * Un autre objectif de la S.P.Q.se situe au plan de l'information, des communications et d'une certaine \" animation\" du milieu \" philosophique\".A cet égard, nous avons pu donner suite à notre projet de publier un bulletin a l'intention des membres.Certes l'information sur les activités dans les diverses régions ou dans les différentes institutions n'y est pas encore à jour mais nous osons croire que l'expérience de cette année sera suffisante pour nous permettre d'améliorer ce point.Il reste que les commentaires que nous avons reçus à date sur le bulletin sont généralement positifs.Nous nous étions donnés comme objectif de faire paraître trois ou quatre numéros pendant l'année.Nous sommes heureux d'annoncer que les nos 3 et 4 sortiront au cours de l'été.Au niveau des régions ou des sociétés régionales, deux nouvelles institutions ont vu le jour cette année \" La Société de Philosophie de l'Outaouais\" et \"La Société de Philosophie de Sherbrooke\".Il y a aussi des projets dans la région de Québec; sans compter les régions où des sociétés ou cercles de philosophie maintiennent un rythme permanent d'activités comme à Montréal ou a Trois-Rivières.Nous avons aussi tenté ( mais alors avec moins de succès) de mettre sur pied une \" Banque de conférenciers\" disponibles dans une région ou prêts à se rendre au besoin dans d'autres régions.Nous persistons cependant à croire que l'idée est bonne et nous essayons de trouver les moyens de la rendre \"opérationnelle\".A chaque activité d'envergure, nous pouvons d'ailleurs entendre des participants regretter de ne pas avoir connu ou reconnu auparavant la compétence d'autres participants dans des domaines précis, ce qui leur aurait été utile soit pour l'organisation d'activités, soit pour leurs propres recherches.Nous avons aussi d'autres projets que nous entreprenons dès maintenant de réaliser.D'abord nous voulons organiser pour l'automne un congrès \" autonome \" de la S.P.Q.à un moment et a un lieu plus appropriés à l'ensemble des membres et surtout â nos membres oeuvrant dans les Cégeps.C'est la raison pour laquelle l'Assemblée Générale d'aujourd'hui se limite essentiellement à des rapports. Ce congrès portera sur la situation institutionnelle de la philosophie au Québec et pourra traiter de la position à prendre face au rapport Nadeau sur les Cégeps et face au dossier Philosophie du comité des programmes du Conseil des Universités A cet égard, il y a pour la S.P.Q.un choix à faire entre: une attitude de type corporatiste visant â la défense du statu quo ou de conditions existantes actuellement, et une attitude de \" médium\" d'informations et de discussions.En ce dernier cas, la S.P.Q.fournirait plutôt à ses membres les informations ou dossiers disponibles et deviendrait un lieu de rencontre, un lieu de discussions sur les points en question.Les officiers de la S.P.Q.pourraient alors transmettre à qui de droit les positions ayant donné lieu à des consensus ou faire des interventions publiques pour exprimer le point de vue des philosophes.Pour l'instant, cette deuxième attitude semble nettement privilégiée par les membres qui ont déjà eu l'occasion de formuler leur opinion à ce sujet.Dans le cadre de nouveaux projets à mettre en oeuvre, nous voulons aussi élaborer différents dossiers sur des problèmes d'actualité, dossiers qui seraient gérés par le Secrétariat et les Archives et qui pourraient être accessibles aux membres sous forme de photocopies.* * * * * Sur le plan strictement disciplinaire ou académique, nous avons organisé les 1er et 2 mars dernier, en collaboration avec l'Université du Québec à Trois-Rivières, un colloque sur \" L'histoire de la philosophie au Québec 1800-1950\".Nous avons pu compter sur la présence de plus de cent vingt personnes et sur la participation plus immédiate d'une vingtaine de panelistes connus de diverses disciplines qui ont accepté de venir confronter leurs méthodes et leurs résultats.A ce sujet, je suis heureux de vous annoncer que la majorité des textes de ce colloque seront bientôt publiés aux Editions Bellarmin, dans un volume de la collection \"L'univers de la philosophie\". 16 La dimension interdisciplinaire de ce colloque a semble-t-il été fort appréciée.C'est par ailleurs dans cette même voie de la présence au milieu, de 1'interdisciplinarité,de la participation plus active d'un plus grand nombre de personnes que nous avons choisi des thèmes et modifié la formule des congrès de philosophie au sein de l'ACFAS lors de ce 43e congrès, organisant de préférence des ateliers et des colloques.Finalement, pour ce qui est des relations de la S.P.Q.avec la revue \" Philosophiques\", il n'y a pas eu jusqu'à maintenant de développement majeur.Nous continuons de croire qu'il n'est pas encore possible à la S.P.Q.de prendre la responsabilité d'une telle revue.Par ailleurs, plusieurs membres actifs de la S.P.Q.collaborent bien volontiers avec la revue et y sont abonnés.Il faudrait cependant que le nombre des abonnés augmente de façon sensible pendant l'année qui vient, la revue ne pouvant pas compter sur des abonnements \" automatiques\" comme d'autres revues tel \" Dialogue\".* * * * * Sur le plan du fonctionnement administratif, on peut considérer qu'il y a eu une certaine efficacité malgré certains problèmes d'importance variable.Le Bureau de direction s'est réuni cinq fois dont quatre fois à Montréal et une à Sherbrooke.Le Conseil d'Administration s'est réuni trois fois, soit à Québec, à Trois-Rivières et à Montréal.La réunion de novembre à Trois-Rivières n'a pas obtenu le quorum nécessaire et s'est transformée en réunion du Bureau de direction.Le problème des distances est certes un problème majeur pour le Conseil d'Administration, mais il semble y avoir eu d'autres raisons qui sont intervenues, outre les difficultés habituelles de démarrage.Certains membres ont peut-être sous-estimé l'importance de leur rôle et de leur présence au Conseil d'Admi-nistration parce que la responsabilité de \"représentant régional\" n'est pas suffisamment définie et aussi par suite de l'absence d'une information adéquate.Peut-être faut-il songer, à la suite de cette expérience, à composer autrement le Conseil d'Administration et a mieux répartir les tâches.L'exécutif sortant lors du Congrès d'automne formulera éventuellement des recommandations sur ces points. 17 D'autre part, un \"écartillement\" évident entre Montréal, Québec, Trois-Rivières et Sherbrooke, au simple niveau du Bureau de direction, a eu comme conséquence une certaine centralisation a Trois-Rivières où, par ailleurs nous avons pu compter sur un support de personnel pour le secrétariat et la publication du Bulletin, cependant que la trésorerie et d'autres services furent assumés grâce aux bons soins de l'Université de Montréal.Cette situation, utile financièrement pendant la période de démarrage, a posé des problèmes de communications et a pu provoquer certains retards.Il faudra cependant prévoir, déjà dans l'année qui vient une formule permanente plus autonome et moins artisanale.* * * * * Finalement, d'un point de vue plus global, la S.P.Q.se trouve face à deux problèmes importants.Il y a d'abord la question de la liaison entre les Cégeps et les Universités.Il est évident que les universitaires ont été les premiers à occuper le \" champ\" de la philosophie, à mettre sur pied et à orienter les diverses associations, revues, lieux d'édition, congrès, reliés à la philosophie et cela en fonction de leurs propres intérêts.Ils ont ainsi développé une certaine mentalité et acquis certains réflexes.La situation est actuellement tout autre au moment où plusieurs centaines de professeurs de philosophie oeuvrent au niveau collégial, éditent des revues, poursuivent des recherches, organisent des activités.La S.P.Q.a voulu naître en tenant compte de cette conjoncture et avec l'appui des deux groupes.La tâche n'est cependant pas facile, au moment où il s'agit d'établir des liaisons et de conjuguer des intérêts.Diverses mesures ont été prises: participation immédiate de membres des Cégeps au Bureau de direction et au Conseil d'Administration, représentants régionaux des deux niveaux d'institution, congrès annuel de la S.P.Q.hors le cadre de l'ACFAS ( sans renier pour autant la participation à l'ACFAS), consultation de membres des Cégeps pour le choix de thèmes de colloque ou de congrès, etc. Ces mesures n'ont toutefois pas suffi ( et il fallait s'y attendre) à combler dans un an l'écart entre les deux groupes ni à trouver un terrain commun qui puisse motiver les deux groupes à la fois.Ce problème demeure d'importance majeure pour la S.P.Q.et il faudra l'attaquer en priorité pendant l'année qui vient.* * * * * L'autre problématique importante de la S.P.Q.tient à la nécessité d'une définition plus précise de sa politique générale et de son orientation.Dans le cadre de ses activités, la S.P.Q.doit-elle privilégier la dimension politique ( ou l'intervention politique), la dimension professionnelle ( ou corporatiste) ou la dimension académique ( disciplinaire ou scientifique)?Où mettre l\u2019accent?Quels moyens doivent être privilégiés?Pour l'instant, au niveau interne de la Société, la priorité est donnée à l'information, aux communications et à l'animation, compte-tenu du contexte des relations Universités-Cégeps dont nous avons parlé auparavant.Au niveau des relations externes et compte-tenu cette fois des membres les plus actifs au sein de la Société, quelle que soit leur provenance, il y a deux lignes de force ou deux orientations qui ont été privilégiées jusqu'à ce jour.Il y a d'abord une politique d'intervention au plan socio-politique, une politique qui favorise la prise de parole et la prise de position des philosophes sur des problèmes d'actualité ayant une pertinence philosophique ou pouvant etre abordés d'un point de vue philosophique.Nous en avons donné des exemples ci-dessus.Il y a aussi une politique d'intervention au plan disciplinaire, politique qui jusqu\u2019à maintenant vise à favoriser le dialogue avec les autres disciplines et le travail commun philosophes-historiens-sociologues, etc.Cette politique était manifeste dans l'organisation du colloque de mars et dans l'organisation d'ateliers et de colloques dans le cadre de ce congrès de l'ACFAS. Après cette première période d'existence, il y aura lieu de remettre en question ces politiques dans une perspective d'ensemble de l'avenir de la S.P.Q.* * * * * En terminant ce bref bilan, je voudrais insister de façon particulière sur l'excellent travail qui a été fait pendant l'année par les membres de la S.P.Q.( exerçant ou non des fonctions officielles) et tout spécialement ( sans préjudice pour les autres) sur le magnifique travail effectué par M.Claude Panaccio, secrétaire de la S.P.Q., qui a été l'organisateur principal du colloque de mars et de ce congrès de mai, en plus d'assumer mes propres fonctions dans des moments ou il m'était difficile sinon impossible de le faire, entre autre pendant le conflit de travail à Trois-Rivières.Je tiens à le remercier de façon spéciale pour sa précieuse collaboration et vous donne à tous rendez-vous au congrès d'automne .Paul-André Quintin, président. CONTRIBUTIONS La rubrique \" Contributions\" que nous inaugurons dans ce numéro est réservée à des articles pertinents à la situation institutionnelle, politique ou pédagogique de la philosophie elle-même, ainsi qu'à des articles d'analyse philosophique de toute question d'actualité.Cette rubrique ne veut pas présenter à l'instar des revues philosophiques des articles fruits de recherches à caractère académique.Les critères d'acceptation sont l'actualité de la question traitée et la qualité philosophique de l'analyse.Les textes de Jean-Paul Brodeur et de Georges Leroux que nous présentons ici ont déjà été publiés, avec, il faut bien le dire, un certain nombre d'erreurs et de coupures ( dont certaines assez graves pour fausser le sens) dans les pages du journal Le Devoir du 3 mai 1975.En accord avec les auteurs, nous avons jugé bon de les reprendre dans ce Bulletin, d'abord pour les rendre plus facilement accessibles aux professeurs de philosophie, mais aussi pour en rétablir les versions orginales.Le texte de Claude Panaccio est publié ici pour la première fois. 21 UN COLLOQUE SUR L*HISTOIRE DE LA PENSEE QUEBECOISE Il s'est tenu, au début du mois de mars, a l'Université du Québec à Trois-Rivières un colloque dont le thème était la pensée québécoise depuis 1800 jusqu'à 1950.Ce colloque a été organisé conjointement par l'Université du Québec à Trois-Rivières et la Société de Philosophie du Québec.Il faut cependant souligner que les divers participants à ce colloque étaient loin d'appartenir tous à des départements de philosophie: non seulement la plupart des universités québécoises et des universités canadiennes francophones étaient-elles représentées à ce colloque mais des chercheurs appartenant à des disciplines aussi diverses que la sociologie, les sciences politiques, l'histoire, la philosophie et l'histoire de la littérature se sont penchés ensemble sur les racines de certaines de nos idéologies.Les organisateurs du colloque ont eu l'heureuse initiative de privilégier la formule table ronde sur la conférence: les échanges entre les divers participants ont ainsi pu être plus nourris.Que retenir de ces échanges et des travaux qui se sont poursuivis pendant deux journées bien remplies?Nous n'ambitionnons pas dans la suite de cet article de rendre une justice équitable à toutes les interventions qui ont eu lieu pendant ce colloque.Nous retiendrons surtout comme dénominateur conjoint des communications qui y ont été présentées, ce qui peut nous engager à poursuivre plus avant des recherches dans ce domaine, dont il faut reconnaître qu'il est encore insuffisamment exploité.Deux choses, nous semble-t-il, ont ressorti clairement des débats qui se sont tenus à Trois-Rivières.La première de ces choses est le caractère extrêmement lacunaire des études sur le passé de la pensée québécoise.Les lacunes de nos connaissances sur le sujet peuvent être mesurées à l'aune de la trop grande aisance avec laquelle on se voit accorder le statut d'un spécialiste dans ce champ d'étude, dès le moment qu'on a consacré plus de deux semaines à en parcourir une partie.Le moindre arbuste arrive à faire de l'ombre lorsqu'il croît dans un désert.Il faut à cet égard vivement déplorer que les chercheurs dans l'Université et ceux que l'on dénomme les écrivains québécois poursuivent leur travail de démythologisation dans un splendide isolement les uns des autres.Il est, par exemple, regrettable qu'un Victor Levy-Beaulieu n'ait pas été invité à participer à un tel colloque.Le second point sur lequel nous voulons insister requiert un traitement plus étendu que le premier.L'affirmation générale que les débats qui paraissent se dérouler à un niveau théorique ont souvent pour résultat - certains diront pour fonction - d'occulter les rapports sociaux conflictuels qui les engendrent, comporte toujours une part de vérité.Or il semble que cette part de vérité soit particuliérement considérable lorsque cette affirmation est rapportée a l'histoire de la pensée québécoise.Avant de fournir la démonstration de ce dernier propos, en l'appliquant aux divers thèmes qui ont fait l'objet de discussions à Trois-Rivières, j'en donnerai deux illustrations qui en feront clairement saisir les implications.Tout le monde estime savoir que la philosophie québécoise s'est appliquée pendant la partie la plus grande de son histoire a respecter la consigne de Rome sur la fidélité qui était due à la pensée de Saint Thomas d'Aquin.La lecture des textes qu'a produit l'hypothétique thomisme québécois a cependant tôt fait de nous convaincre à quel point ce qui s'est donné pour une reprise bien pensante de la doctrine de Saint Thomas a bien davantage servi à légitimer des pratiques sociales répressives ou encore à garantir un conformisme, qu'a produire une exégèse soutenue de la pensée de celui que Monseigneur Paquet se plaisait, avec les cardinaux de Rome, a désigner comme l'Ange de l'Ecole.De ceci deux exemples.Au moment ou l'antisémitisme commençait à se déchaîner en Europe, vers 1936, le père Benoît Mailloux, qui occupait d'importantes fonctions académiques dans la hiérarchie ecclésiastique, publiera un texte intitulé \"Saint Thomas et les Juifs\", où il se fait le défenseur, au nom de la pensée de Saint Thomas, d'un \"antisémitisme défensif\" (sic), dont il nous dit qu'il ne devra pas hésiter a recourir a la violence, si ce recours s'avérait nécessaire.Second exemple: dans le rapport d'une Commission royale d'enquête sur la situation des arts, des lettres et des sciences au Canada (Commission Massey, 1949-1951), le doyen de la faculté de philosophie de l'Université Laval, Charles de Koninck, qui est chargé de rédiger la partie du rapport qui concerne la philosophie d'expression française, n'hésite pas à légitimer les pratiques de la guerre froide en invoquant un article de la Somme Théologique de Saint Thomas; il attribuera par ailleurs au philosophe rien moins que la fonction de constituer dans \"le monde libre\" l'homologue du commissaire politique soviétique\".Cette fonction est, bien entendu, celle d'un chien de garde d'une orthodoxie idéologique.(Je renvoie explicitement le lecteur incrédule au texte du rapport de la Commission Massey) C'est cet écart même entre le langage qui est utilisé dans certains des débats d'allure théorique qui ont jalonné notre histoire et les pratiques religieuses, politiques et sociales que ce langage avait pour fonction de justifier, en même temps qu'il les recouvrait, qui a fait l'objet d'une découverte renouvelée et souvent inattendue au cours des diverses sessions du colloque de Trois-Rivières.C'est aussi dans cet horizon qu'il faut profiler les arguments développés au cours des diverses conférences et tables rondes qui ont ponctué les-travaux du colloque.Nous allons brièvement en reprendre les thèmes.Au cours d'une première table ronde dont l'objet était la place de l'ultramontanisme dans la pensée québécoise du dix-neuvième siècle, Nadia Eid, du département d'histoire de l'Université du Québec à Montréal, et Yvan Lamonde, du département des Etudes canadiennes-françaises de McGill, se sont attachés à souligner la signification immédiatement temporelle d'un débat en apparence abstrait qui semblait ne porter que sur la fidélité qui était due par une Eglise nationale aux directives émanant du Saint-Siège.L'enjeu véritable de tout ce débat résidait en réalité bien davantage dans une tentative du clergé canadien-français, qu'on nous a proposé de concevoir a l'instar d'une classe sociale défendant ses intérêts propres, de pallier le recul de sa puissance socio-économique par un accroissement de son droit de regard sur tout ce qui appartenait au monde de la représentation symbolique et de l'idéologie.L'avenir nous a appris a quel point ce troc de la seigneurie pour l'imprimatur avait profité a l'Eglise.La liaison établie par la première table ronde entre un contenu théorique et la pratique qu'il a pour fonction de rendre possible sera de nouveau opérée par Louise Marcil-Lacoste, du département de philosophie de l'Université McGill, dans une communication très documentée sur les polémiques auxquelles ont donné lieu dans le milieu québécois certaines des thèses de La Mennais sur la nature du sens commun.A partir d'une analyse de trois contextes de pensée qui ont engendré une discussion de la notion de sens commun et de son rôle dans l'évaluation de la vérité d'une prise de position, Louise Marcil-Lacoste a montré que le lien entre ces discussions et une pratique déterminée de l'enseignement était immédiat.La continuité entre l'intervention de Louise Marcil-Lacoste et les thèmes développés dans la table ronde précédente est facile à apercevoir: la servitude a l'égard d'une orthodoxie religieuse et un investissement exclusif dans la transmission orale de l'enseignement constituent en effet les modes privilégiés du renoncement de la pensée québécoise à se produire comme théorie.Les recherches que nous a présentées Marcel Fournier, du département de sociologie de l'Université de Montréal, sur la constitution d'un enseignement des sciences sociales dans l'université québécoise ont encore accrédité cette dernière thèse.Cette histoire de la mise en place, dans l'université, des sciences sociales constitue pour l'essentiel une lutte de certaines disciplines pour s'affranchir de la tutelle d'une philosophie cléricale.C'est cependant au cours de deux tables rondes, qui portaient respectivement sur le nationalisme québécois et sur la place de l'idéologie du libéralisme dans notre société, que l'écart entre le niveau d'un discours explicite et celui de la pratique socio-politique a laquelle il réfère s'est manifesté avec le plus d'évidence.La première de ces tables rondes portait sur l'idéologie du nationalisme et elle a donné lieu à l'une des discussions les plus animées du colloque.Gilles Bourque, du département de sociologie de l'Université du Québec a Montréal, y a en effet défendu la position marxiste sur la fonction d'un nationalisme, qui est celle de désamorcer les conflits de classe en fournissant a une collectivité un pôle d'identité où les différences de classes s'estompent ou sont poséescomme inessentielles.Quel que soit le degré de vérification de cette hypothèse, elle a le mérite considérable d'appuyer sur la fonction d'éloignement par rapport a une réalité socio-économique concrète que remplit une idéologie nationaliste.Une illustration particulièrement frappante de ce processus de décantation fut fournie par Yves Lamarche du département de sociologie de l'Université de Montréal, qui participait également à cette table ronde, lorsqu'il nous fit remarquer à quel point un discours comme celui du chanoine Groulx se produisait sous la forme d'une psychologie du leadership, dont la tendance accusée était de réduire l'explication d'une conjoncture politique aux particularités caractérielles d'un chef de parti.Une dernière table ronde a laquelle participaient André Vachet de l'Université d'Ottawa, et Jean-Paul Bernard du département d'histoire de l'Université du Québec à Montréal devait montrer a quel point le langage dans lequel s'exprimait l'idéologie québécoise a besoin d'un décodage averti, pour être bien entendu.André Vachet a en effet tenté de nous fournir la démonstration que ce qui s'est donné, au Québec, comme appartenant a l'idéologie libérale n'a en réalité que peu de rapports avec la tradition du libéralisme européen, dont il nous a fourni une description approfondie.La discussion qui suivit devait mettre au clair le dilemme dans lequel se trouve acculé l'historien dans une telle situation: ou bien refuser à une production idéologique québécoise le statut qu'elle revendique parce qu'elle ne satisfait pas aux critères d'origine de cette production - le libéralisme européen, pour le cas qui nous occupe - ou encore modifier la définition d'une idéologie afin que l'on puisse y inclure sa variante québécoise.La dernière activité du colloque devait tenter de répondre a une question de Fernand Dumont, qui s'interrogeait sur le sens et sur l'opportunité de ce retour réflexif sur le passé de la pensée québécoise.Les réponses a cette question sont multiples et il appartient a chacun sans doute de se munir d'une justification qui soit suffisante pour initier un travail.Il nous semble, pour notre part, qu'il y ait lieu d'invoquer au moins trois types de motivation, auxquels nous nous sommes d'ailleurs référé dans notre propre intervention à cette rable ronde.Le premier est le suivant.Le fait massif qui se dégage des travaux du colloque est ce que l'on pourrait désigner comme le sur-codage du discours théorique ou idéologique québécois.Comme l'ont démontré, à l'envie, les diverses tables rondes dont nous avons rendu compte, il n'est pas d'approche du discours qu'a tenu la pensée québécoise qui puisse l'aborder de façon naïve.Le discours théorique qui s'est produit dans notre passé n'est jamais ce pour quoi il se dortne.Il en suit que, dans la mesure où la réappropriation de ce que nous sommes passe par la réintégration de ce que nous avons été, nous ne pouvons faire l'économie d'une reprise théorique interprétative des discours antérieurs, qui s'emploie à subvertir la surface de ces discours pour reconnaître les pratiques sociales qu'ils ont légitimées et masquées, tout a la fois.Il est une intervention, d'un grand intérêt pour nous, qui eut lieu pendant ce colloque et dont nous n'avons encore rien dit.Marc Chabot de l'Université du Québec a Trois-Rivières, dans une communication qui portait justement sur le sens de la tradition pour la pensée québécoise, a cité plusieurs textes de Mgr Paquet, par exemple, où il se révèle de façon manifeste qu'une perception objective de la distinction des trois moments du temps-passé, présent et futur- n'est pour nous en rien acquise.Le trait caractéristique des textes qui traitent de ce thème de la traditionnalité est qu'ils utilisent pour décrire le passé des métaphores et des périphrases qui ne vaudraient, au sens propre, que d'une description du futur.C'est essentiellement sous les traits de la sève, de la semence et de la projection que le passé apparaît à Arthur Buies, à Adolphe Paquet ou au chanoine Groulx.La question de savoir s'il en est autrement aujourd'hui et si nous possédons la maîtrise de notre chronologie demeure posée.Il appartient, croyons-nous, à une description objective de ce qui nous a précédé de le produire comme ce qui est irrémédiablement notre passé et ainsi de nous assurer un point fixe d'où nous puissions espérer générer les différents moments du temps sans constamment les confondre.La rançon de cette indistinction est actuellement notre impuissance: également obsédés par un passé qui n'est que le futur que nous avons raté et par un futur qui échouera pour n'être pas le passé que nous estimons mériter, nous n'arrivons ni a connaître ce qui nous a précédé ni à vouloir ce qui lui succédera.Il est enfin une dernière raison d'entreprendre une archéologie de la production théorique ou idéologique qui nous précède.La pénurie de philosophie a été maintes fois dénoncée au Québec.Il nous semble qu'il y a tout lieu de reconnaître que ce constat désigne plutôt un état de notre conscience qu'une stérilité réelle.Il nous faut établir une fois pour toutes que nous n'avons pas été improductifs mais que notre conscience d'échec vient de ce que nous tenons pour rien ce qui a déjà été fait, soit que nous ignorions tout de notre production passée, soit que nos exigences présentes nous dictent de la considérer comme non-avenue.Ce n'est cependant qu'à la condition de mesurer avec précision pourquoi nous considérons comme inexistant ce qui pourtant est advenu,- que nous pourrons espérer produire quelque chose que nous hésiterons à renier.JEAN-PAUL BRODEUR, Université du Québec à Montréal 27 UNE DE PERDUE, AUCUNE DE RETROUVEE A propos de l'écriture philosophique au Québec \"Nous ne parlons de ' penser' qu'en des circonstances assez particulières\".Wittgenstein Zettel A voir le luxe et la passion qui soutiennent les travaux actuels autour de notre folklore, on se prend à souhaiter que le même sort se produisit pour notre philosophie; elle fut et, semble-t-il, continue d'être comme lui essentiellement orale.Non qu'elle n'ait donné lieu à des publications nombreuses, aussi diverses qu'étalées dans le temps.De ce fait assuré, l'ouvrage d'Yvan LAMONDE.Historiographie de la philosophie au Québec 1863-'-1971 ( Montréal, HMH, Cahiers du Québec, 1972) donne quelque aperçu, en attendant sur ce sujet des inventaires exhaustifs et susceptibles de stimuler des commentaires satisfaisants.Ces travaux bibliographiques à venir nous présenteront un état/bilan exact de nos productions.Contre un sentiment répandu, ils nous diront qu'il y a eu ici une philosophie écrite.Dans l'attente de tels inventaires, notre philosophie fut et continue d'être essentiellement orale.Elle fut orale, parce que nous aimons à nous la représenter telle; elle continue de l'être, parce que nous ne pouvons éviter de constater la minceur de l'écriture en philosophie actuellement.La représentation de notre passé sous la figure de l'écriture absente convient mieux, sinon tout autant à notre présent.Cela est sans doute attribuable au fait que pour nous la philosophie s'identifie toujours et déjà à un enseignement qu'elle ne déborde que rarement.Le remplacement du thomisme par le pluralisme qui caractérise l'enseignement actuel n'a hélas pas encore mis sur le marché du livre un ouvrage qui vaille une étude du P.Lachance.Il ne faut voir ici ni un regret, ni une question de goût, mais simplement l'affaire d'un nombre suffisant de pages.Il se trouve que l'enseignement des séminaires et des collèges, bien que souvent coupé de la recherche, en a produit une assez grande quantité.On peut lui reprocher d'avoir maintenu fermée ( ou presque, puisque j'ai déjà cité une exception.) la possibilité de l'originalité, mais certes pas l'improductivité.Aujourd'hui, loin d'aller vers l'écriture, comme on croyait pouvoir l'inférer de la dissolution du thomisme, notre philosophie semble s'en éloigner. Sur cette question de l'écriture philosophique, je donnerai ici quelques faits et ensuite une manière large de les interpréter, si l'on m'accorde la prémisse de 1'oralité, c'est-à-dire qu'une pensée puisse être essentiellement orale.C'est après tout une circonstance particulière possible de la pensée, comme l'explique Wittgenstein dans Zettel.La seule chose qu'une pensée ne puisse pas être, c'est muette.Il se peut donc que croyant que l'écriture était devant nous comme une tâche, nous soyons forcés de la reconnaître derrière nous comme un héritage à interpréter.DES FAITS Il y a aujourd'hui environ cinq fois plus de professionnels de la philosophie qu'il y a dix ans, avant l'institution de l'enseignement obligatoire de la philosophie dans les Cégeps.J'ai compté récemment près de mille professeurs en exercice dans les institutions publiques, incluant les Universités.Ce groupe de personne lit sans doute passablement et enseigne une moyenne de 10 heures par semaine.Une enquête, assez récente pour être citée (1), nous dit en gros dans quels domaines: d'abord le marxisme et la psychanalyse, ensuite la philosophie du langage et enfin la philosophie traditionnelle ( anthropologie philosophique, morale phénoménologie, etc.).On devrait donc s'attendre, pour un tel input, à un output proportionné sur le marché de l'édition philosophique, autant au niveau consommation/lecture que production/écriture de livres et articles.La situation est toute différente.Voici sur le sujet quelques autres faits.D'abord en ce qui a trait à la production d'articles, la participation francophone à la revue bilingue de l'Association canadienne de philosophie \" Dialogue\" est souffreteuse; le peu de textes soumis entraine une sélection quasi nulle, quand on compare au secteur anglophone.Cela, bien entendu, est explicable et souvent expliqué par la disproportion particulière à notre \" biculturalisme\".On a néanmoins créé, au moment de la fondation en 1974 d'une Société de Philosophie du Québec, une nouvelle revue, d'abord francophone; Philosophiques est indépendante de la dite Société, mais animée comme celle-ci du désir de fournir à la communauté québécoise un instrument d'expression adéquat. Ceux qui boudaient Dialogue, si tant est qu'on puisse voir la raison du peu d'articles présentés, vont-ils se mettre à leurs fourneaux pour Philosophiques?Il y a fort à parier que non.Dans ce domaine, les \"écrivains\" semblent être ici partagés en deux groupes: les \" scholars\" pour qui publier dans Dialogue est un enterrement.Qui demandent-ils, à Paris, lira un article sur le jugement transcendantal publié dans Dialogue ou Philosophiques °u Laval thpologique et philosophique?On ne sait quoi répondre à ce mépris, sinon qu'il nous enferme dans un cercle oppressant.Un professeur renommé, invité ici pour une session et amené â donner un texte à la revue, m'a confié que cette publication fut dans sa carrière une singulière exception: elle ne lui amena aucune réaction écrite de quiconque.On verra plus bas le sens de ce paradoxe: personne n'écrit, personne ne lit.A côté de ces rares \" scholars\", qui cherchent à publier dans des revues assurées d'une audience plus étendue et qui parfois alimentent Dialogue de ce qu'ils ne placent pas ailleurs, se trouvent ceux qui ne confient leur prose qu'à des revues de sciences humaines, soucieux de bien déguiser ce qu'ils sont confus d'avoir produit: un peu de philosophie.Cette manière est conforme à l'enseignement de la philosophie actuellement.Il est donc difficile de dire, après deux numéros, si Philosophiques marchera bien et entraînera l'écriture; il faut constater cependant que si une politique éditoriale très ferme et plus stimulante ne vient revigorer Dialogue, sa crédibilité pour la publication francophone ira s'amenuisant.En général donc, la situation de ce côté est sans proportions avec l'accroissement de lecteurs et d'auteurs potentiels.Côté livres maintenant.Les faits sont ici d'une netteté découpée.Les monographies atterrissent comme des météorites, de temps en temps.Outre le fait qu'ils sont rares, ce sont des ouvrages isolés, peu discutés, peu lus comme en témoignent les ventes et sans existence culturelle.Quelques titres des dernières années résument la production québécoise: Philosophie et relations interpersonnelles { en collaboration, PUM), Monde et être chez Heidegger ( F.Couturier, PUM), Savoir et pouvoir P.Thibault, PUL) ; on en citerait encore d'au-tres, mais peu nombreux si on les comparait à ce qu\u2019un recensement nous donnera pour une période certainement moins bien pourvue en hommes et en moyens.Si maintenant on compte à la poignée c'est-à-dire, si on regarde les collections, on verra que peu se sont ajoutées aux grandes collections dirigées par les Dominicains ( Publications de l\u2019Institut d\u2019Etu-des Médiévales), les Jésuites ( Studia), etc.Il y a bien Philosophica, à la Faculté d\u2019Ottawa, qui compte déjà trois titres; l\u2019Univers de la Philosophie, dirigée par Yvon Lafran-ce qui fait une oeuvre de pionnier ( Bellarmin/Desclée), a publié trois titres à l\u2019intention d\u2019un public élargi; Philosophie ( HMH, Cahiers du Québec) a publié deux titres.Toutes ces collections datent des dernières années.J\u2019en oublie certainement, mais combien?Où publient donc les philosophes?Ou bien ils sont de la métropole et ne sauraient publier dans la colonie pour des raisons qu\u2019on comprendra; ou bien ils sont de la colonie et ne pensent qu\u2019à une chose: publier dans la métropole; ou bien encore, et c\u2019est la possibilité qui nous intéresse, ils sont d\u2019ici, veulent publier ici, mais n\u2019y parviennent pas.De ces derniers, il faut dire un mot, car contrairement aux premiers, ils veulent rompre le cercle que nous cherchons à décrire et où se reflète la conscience d\u2019improductivité dont parle ailleurs J.P.Brodeur.Ils sont peu nombreux, on en a vite fait le tour; ensuite, ils finissent comme tout le monde par publier à Paris.Bien conscients que l\u2019époque n\u2019a encore rien réformé de ce qu\u2019elle a défait, qu\u2019elle n\u2019a mis sur pieds rien qui puisse rassembler des chercheurs, comme l\u2019Institut d\u2019Etudes Médiévales et sa collection le firent longtemps et le font encore (2); soucieux de créer un tel milieu, de retrouver ce qu\u2019ils éprouvent comme perdu, ils tentent de constituer des collections, de former des groupes et des revues ( par ex.l\u2019ancien groupe de Recherches théoriques, la revue Stratégies, etc); ils font des projets, recueillent des fonds des divers bailleurs publics de l\u2019édition.Mais au bout du compte c\u2019est l\u2019éditeur qui se démet.Muni de $ 4,000.00 du Conseil des Arts et d\u2019un bon manuscrit, croyez-vous pouvoir publier ici?Détrompez-vous.Surveillez la parution de \" L\u2019Oubli, l\u2019histoire\" de Pierre Bertrand. Ce manuscrit avait été accepté par une maison reconnue (HMH); il avait reçu la subvention du Conseil.Mais au dernier moment, ce fut la tergiversation, l'atermoiement, etc.,.: le livre paraîtra aux Presses Universitaires de France avant la fin de l'année, avec des fonds canadiens.Ne parlons pas des fonds québécois; Victor Levy-Beaulieu a dit ici meme ( Le Devoir, 7 déc.1974) ce qu'il fallait attendre de la politique du livre du Ministère des Affaires Culturelles.On pourrait aussi citer le manuscrit de R.Montpetit en esthétique que refusa de donner a imprimer l'ancien directeur littéraire de HMH, maintenant collaborateur de M.Lemelin à la Presse, malgré que le manuscrit fut assorti d'une forte subvention.Je ne parle ici que des difficultés que je connais par métier et qui me font dire qu'en général l'éditeur ne marche pas.Cela ne fait que grossir la palme de ceux qui font paraitre des ouvrages; j'ai nommé Yvon Lafrance, il faudrait mentionner quelques autres noms.La raison, toujours la même, alléguée par les éditeurs: ça ne se vend pas.Et ainsi de ce cercle, qui rapidement devient vicieux: car si on ne publie pas, on a peu de chance d'être connu et d'attirer des manuscrits de qualité, donc d'être vendu et lu.Blâmera-t-on celui qui est forcé de donner son livre ailleurs?Il ne veut qu'être lu.L'important est d'y parvenir, et il importe assez peu, aux yeux de Sirius, qu'un livre soit reconnu comme québécois.Ce choix a cependant des conséquences, sur lesquelles je reviendrai.Mais les Presses Universitaires?N'y en a-t-il pas plusieurs:\ton a pour ainsi dire le choix de ces maisons de l'édition spécialisée.Laval, Montréal, Université du Québec, Mc Gill, s'il le faut, et Toronto, pourquoi pas?Laval et Montréal se tirent d'affaire avec quelques monographies; leur mission parait se résumer à cela.Mais que serait-il arrivé au livre de F.Duchesneau ( L'Empirisme de Locke) s'il avait été publié aux PUM, au lieu d'être confié à la collection des Archives internationales d'Histoire des Idées ( La Haye, Nij-hoff)?La réponse: ce qui est arrivé à celui, pourtant excellent, de F.Couturier qui y fut publié.Peu vendu, peu lu, peu discuté.Quant à demander son sort éventuel aux PUQ: Locke se serait trouvé en compagnie d'un minable ouvrage sur Yvon Deschamps, ou même dans le studio de Guy Robert où celui-ci n'attend que de faire figurer Niska, bref au sein des grivoiseries commerciales de notre mât de cocagne théorique.Et aux PUL?On y réédite encore les ouvrages de Charles de Ko-ninck sur la sobriété.On ne peut que regretter que les Presses universitaires soient désunies, divisées dans leur budget et leur effort, car qui ne voit que le Québec n'a pas les moyens de se payer cet attirail de luxe?Mc Gill l'a compris en s'unissant 1 Queens et Yale.On ne peut que se désoler de ce que la création à grands frais des Presses de l'UO n'ait servi qu'à accentuer cette dispersion.Ces regrets ne servent cependant pas à grand'chose, car la table de tous ces bons directeurs n'est pas recouverte de manuscrits et leur téléphone ne les harcèle pas de supplications pour publier.Pas plus qu'il n'y a de clients pour acheter ce qui vient de paraitre.Il n'y a que des exceptions, d'un côté comme de l'autre.CONCLUSIONS PROVISOIRES Comment voir les choses, sinon de la manière suivante?Il faut le dire plaisamment, sans blâmer ceux qui vont à l'étranger: la chose écrite n'est pas notre lot, elle l'est de moins en moins.Il est sans doute erroné de croire que la philosophie d'ici fut un thomisme d'avant l'écriture, un enseignement contraignant étouffant l'écriture, remplacés par un pluralisme créateur et productif: rien ne ressemble moins à une communauté qui fait confiance a l'écriture pour alimenter sa culture que celle dont donne l'Image l\u2019édition philosophique actuelle au Québec.Les vrais réseaux écrits sont ailleurs et appartiennent bien entendu à d\u2019autres.C'est l'exception qui, de même que dans ces sauts d'orbite qu'on voit accomplir à certains atomes, cherche, désespérée, à s'agréger en noyaux productifs.Il se fait malheureusement que ces noyaux sont trop souvent étrangers, car ce sont les seuls qui soutiennent l'écriture et entretiennent l'échange et la discussion.Comme il est toujours possible de faire ce saut et de graviter dans l'orbite \" internationale\", on peut se demander pourquoi on se plaindrait qu'il en soit autrement?Ceux qui publient un livre à l'étranger ne trouvent-ils pas ici, dès leur retour, leur 33 statue presque déjà coulée?Cette écriture nous demeure cependant étrangère et elle donne à penser que ses contenus ne nous appartiennent pas et ne peuvent s'intégrer à notre culture, alors que ceux-là mêmes qui les ont produits en sont issus.Ces conséquences méritent au moins d'être discutées.L'ensemble des réseaux qui nous appartiennent ressemble plutôt dans le moment à un gigantesque atelier de photocopie, où l'on met dans ses tiroirs les derniers arrivages: les articles parisiens, le narcisse-léninisme, Lévi-Strauss, etc.J'en ai trouvé une pile en face de la Bodega, laissée là sans doute par un professeur du Vieux-Montréal fatigué de les lire.Sous prétexte de nourrir le nourrisson du lait le plus frais, on distribue aux étudiants ce qu'on souhaiterait avoir écrit.A défaut de l'avoir fait, on le classe dans une chemise.Et ainsi de l'écriture, et ainsi de la lecture: on ne leur fait pas assez confiance pour y confier ses pensées, et encore moins pour y dépenser un denier.Les bibliographes et autres historiens réunis en des colloques comme celui de Trois-Rivières peuvent se rassurer: au rythme où vont les choses, leur tâche sera de moins en moins difficile à accomplir.Il faut plutôt qu'ils se mettent à l'école de Luc Lacoursière ou de Louis Rousseau, pour transposer sur l'enseignement, seule réalité de notre culture philosophique, ce que ces chercheurs ont développé pour les contes et les prêches: ficher l'oral, apprendre à se passer de l'écrit.1-\tVoir F.Charbonneau, N.Lacharité & A.Vidricaire.Les professeurs de philosophie des collèges du Québec: leurs représentations de la philosophie comme savoir et comme pratique.Québec, 1972 ( Ministère de l'Education).2-\tVoir les récents Cahiers d'Etudes Médiévales.Co-édition Bellarmin et Vrin, 1974 ( Vol I), 1975 ( Vol.II), èt Aspects de la Marginalité au Moyen-Age, Montréal, l'Aurore, 1975.Georges Leroux, Département de Philosophie UQAM 34 REMARQUES SUR LA PRETENDUE \" MINCEUR\u201d DE L'ECRITURE PHILOSOPHIQUE AU QUEBEC En guise de réponse à Georges Leroux, Georges Leroux soulève dans un texte publié ici même l'important problème- important du moins en ce qui nous concerne - de l'écriture philosophique au Québec.Son diagnostic est sévère: premièrement, les philosophes québécois écrivent peu; deuxièmement, lorsqu'ils écrivent, ils sont peu lus; et troisièmement, lorsqu'ils veulent écrire et publier ici, ils se heurtent à toutes sortes de tracasseries dont la responsabilité est imputée aux éditeurs.Je voudrais lâ-dessus proposer quelques remarques brèves.Et d'abord mentionner le fait brut que, dans les trois numéros jusqu'à ici parus, le Bulletin de la Société de Philosophie du Québec annonce, dans la chronique qu'il consacre aux publications récentes, trente-huit titres d'ouvrages philosophiques publiés au Québec, la plupart depuis un an et demi.Encore cet inventaire, n'ayant pas été mené très systématiquement, est-il encore loin d'être complet.Certes on peut contester le caractère \" vraiment philosophique\" de certains de ces ouvrages: un livre sur La philosophie de la religion de Paul Tillich devrait peut-être être classé en Théologie.Les Actes d'un colloque interdisciplinaire sur Le Pluralisme constitue sans doute un cas frontière.Mais il y a tout de même les trois recueils de la collection L'Univers de la philosophie (Ed.Bellarmin), le livre de Rosaire Bergeron sur Paul Ricoeur (1974), ceux d'Hermas Bastien (1974), Martin Blais ( 1974), Marcelle Brisson (1974), André Dagenais (1974), Jaromir Danek (1975), Pierre Drolet (1974), Pierre Laberge (1974), Guy Lafrance (1974); il y a le recueil édité par A.Montefiore aux Presses de l'U.de Montréal (1974); il y a les cahiers de la collection \" Recherches et Théories\", la traduction récente d'un ouvrage de Bolzano (1975), les nombreuses publications d'André Moreau, les études de Collin et Osana sur l'enseignement de la philosophie, les cahiers de l'Institut d'Etudes Médiévales (philosophiques en grande partie); tout cela depuis un an et j'en oublie presque autant'. Il y a aussi ( et peut-être surtout) les périodiques:\tDialogue et Philosophiques bien sûr, mais éga- lement Le Laval Théologicue et philosophique, Critère ( dans le dernier numéro, quatre articles sur douze sont écrits par des philosophes), Phi Zéro, la revue des étudiants en philosophie de l'U.de Montréal, Eglise et Théologie, qui a récemment consacré un numéro spécial à Thomas d'Aquin ( la plupart des textes sont de nature typiquement philosophique), le Canadian Journal of Philosophy qui publie occasionnellement quelques textes francophones, et encore beaucoup d'autres revues non-spécialisées où les philosophes québécois publient abondamment ( Maintenant, Brèches, Champs d'Application, etc.) Si en plus on accorde à Georges Leroux que plusieurs projets de publication avortent ou sont retardés à cause des éditeurs, alors que les manuscrits sont prêts, si on lui accorde aussi que beaucoup publient à l'extérieur du Québec, il faut conclure, je crois>que les philosophes québécois écrivent et même écrivent beaucoup! Et cela malgré le peu de temps laissé â la recherche par les exigences de l'enseignement.Certes, je ne parle ici que de quantité.La qualité peut-être est plus contestable.Mais aussi bien le diagnostic porté par Leroux n'impliquait - du moins apparemment - aucun jugement de valeur, et je ne m'y aventurerai pas non plus! Quant à savoir si tous ces ouvrages sont lus, cela est une autre question.Mais Georges Leroux est bien placé pour savoir qu'un livre de philosophie constitue rarement - même ailleurs-un best-seller.C'est peut-être précisément ce que certains éditeurs comprennent mal.Il reste bien sûr que sur le plan international, notre production - c'est le moins qu'on puisse dire - n'est pas encore très reconnue.Mais au plan local une chose au moins me paraît certaine: les textes des philosophes d'ici, ceux de Normand Lacharité, de Jean-Paul Brodeur, de Maurice Lagueux, de Jean Proulx, de Jacques Dufrenne, d'Yvon Gauthier, de Robert Nadeau, de Fernand Dumont, de Bertrand Rioux, de Claude Lagadec, et de combien d'autres, que je m'excuse de ne pas nommer, sont abondamment polycopiés, commentés, analysés dans l'enseignement collégial et même universitaire.Je me rappelle pour ma part mon propre étonnement lorsque, à mon arrivée à Trois-Rivières l'année dernière, les étudiants me faisaient part de l'enthousiasme avec lequel ils avaient accueilli la publication chez HMH de Culture et Langage.Certes les polémiques publiques et écrites sont peu nombreuses, mais tout de même elles existent ( voir le débat Geraets - Madison dans la dernière livraison de Philosophiques, voir les compte-rendus et études critiques d'ouvrages québécois parus dans Dialogue, dans Philosophiques, dans Phi Zéro, voir le débat Lagadec -Dumont dans le Jour, etc.); j'irais jusqu'à dire qu'une certaine intertextualité se tisse lentement dans les milieux philosophiques québécois.Rien la qui ressemble à quelque chose comme une disparition de l'écriture.J'y vois, bien au contraire, une frénésie de production textuelle ( n'oublions pas qu'il n'y a guère plus de sept-cent professeurs de philosophie francophone dans tout le Canada); ce qui, sans doute, explique mieux que l'hypothèse de l'improductivité, les nombreux heurts entre auteurs et éditeurs auxquels Leroux fait allusion.Les bibliographes, en tout cas, ne manqueront pas de travail.Si Leroux pense le contraire, je le ragts cordialement au défi de constituer à temps perdu une bibliographie relativement complète de la production philosophique québécoise de 1960 à 1975.Je suis pour ma part persuadé qu'il trouverait facilement à la publier.Et j'en serais, je le jure, le premier lecteur Claude Panaccio, Département de Philosophie, Université du Québec à Trois Rivières. 37 DIRECTIVES POUR LA PRESENTATION D\u2019UN MANUSCRIT AU BULLETIN 1.\tLes manuscrits doivent être dactylographies à double interligne, sur du papier standard de 85 x 11\", en laissant, à gauche, une marge de 1\".2.\tLe titre de l'article doit être écrit en lettres majuscules.3.\tLe nom de l'auteur et sa fonction, s'il y a lieu, doivent être placés sous le titre de l'article.4.\tLes notes de l'article doivent être reportées à la fin de l'article et suivre une numération continue.5.\tL'auteur doit envoyer au bulletin deux copies de son texte.6.\tTout article reçu par le bulletin est soumis au comité de rédaction qui a autorité pour l'accepter ou le refuser.7.\tLa décision du comité de rédaction est communiquée à l'auteur par le directeur du bulletin.Dans le cas de refus de l'article, le directeur doit informer l'auteur des raisons de ce refus.* 8.\tLes droits de traduction et reproduction des articles publiés sont réservés a la revue.9.\tLes manuscrits doivent être envoyés a Raymond Brouillet, Faculté de Philosophie, Université Laval, Ste-Foy, Québec G1K 7P4, Prov.de Québec. .'.V.;w .\u2022 fHftgfftr'.&Bfi \t REÇU LE 2 9 JUIL 19/5 BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DU QUÉBEC "]
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