Le devoir, 30 janvier 2010, Cahier G
LE DEVOIR, LES SAMEDI 30 ET DIMANCHE 31 JANVIER 2010 ECONOMIE SOCIALE SOCIETE DE DEVELOPPEMENT ANGUS LE DEVOIR X 1 Wlfinmi Irofllinifw mWiw CHRISTIAN YACCARINI « En un an, le Locoshop a été entièrement loué » MONTREAL i"i)! ' />}'J ' 1 il- I i _ m III • fil En haut à gauche: phase II: le 4101 Molson.En haut à droite: phase VI: le Rachel-Angus.Ci-dessus: phase III: le Centre des biotechnologies Angus.«À l’époque, c’était le tout début des constructions vertes» En 15 ans, sept bâtiments ont été achevés et un est en construction PHOTOS SDA 11 y aura un 2-22.et un tout nouveau quadrilatère! Page 4 LOUIS ROQUET « Je viens vous parler d’un rêve» En revitalisant tout le secteur des anciens ateliers, la Société de développement Angus (SDA) est devenue un acteur important du développement immobilier à Montréal.Pourtant, le petit organisme à but non lucratif y est vraiment allé un projet à la fois.Finalement, les succès se sont enchaînés.Retour sur 15 ans de revitalisation urbaine.MARTINE LETARTE Lorsque Christian Yacca-rini, président-directeur général de la SDA, a eu ridée de rénover le vieil immeuble abandonné des ateliers Angus, il travaillait à la Corporation de développement économique communautaire (CDEC) Rosemont-Petite-Pa-trie.«Tout fermait à l’époque dans le quartier et le chômage était à 20 %.Il fallait faire quelque chose pour relancer l’emploi», explique-t-ü.La CDEC a mis sur pied la SDA pour travailler sur le projet de ce qui deviendra le Locoshop Angus.Limmeuble industriel, construit en 1904, n’était pas classé patrimonial, mais l’orgasme tenait à le conserver.«A Rosemont, les ateliers Angus étaient vraiment un symbole, donc il n’était pas question qu’on démolisse», précise M.Yaccarini.Guy Favreau, architecte chez Ædifica, a amené l’aspect écologique au projet.«A l’époque, c’était le tout début des constructions vertes.La certification LEED n’existait pas encore», se souvient M.Yaccarini.Les travaux ont commencé en 1998 et se sont terminés en 1999.«En un an seulement, nous avions loué tous les locaux», ajoute-t-il.Parmi les locataires, on retrouve le centre de conditionnement physique Locomotion, la firme de design industriel Alto, le studio de saisie de mouvement d’Ubisoft et Inser-tech Angus, une entreprise d’insertion sociale spécialisée en matériel informatique.Dans les années qui ont suivi, le Locoshop et Ædifica ont été primés à plusieurs reprises: premier immeuble industriel écologique au Canada, par Travaux publics et Services Canada, Best of Canada, à Ædifica, au Concours annuel de design du Canadian Interiors, Prix d’excellence.Innovation en architecture, à Ædifica, par l’Institut d’architecture du Canada, Prix Herman-Miller, Sustainable Design Award, et Prix or, catégorie environnement bâti, grands projets, toujours à Ædifica, au National Post Design Exchange Awards.Phase II: le 4101 Molson Le succès du Locoshop a ouvert la voie à un deuxième projet de revitalisation urbaine.Cette fois, la SDA devait construire un bâtiment neuf et, pour le faire, elle a choisi le terrain voisin du Locoshop.«Cette fois, nous nous sommes donné pour défi d’attirer des entre- prises technologiques parce que nous voulions attirer de la main-d’œuvre qualifiée», explique Christian Yaccarini.Là SDA a relevé le défi grâce â l’arrivée d’entreprises comme VIASAT GeoTechnologies, une entreprise de géomatique, et Octasic, spécialisées dans les technologies de l’information et des télécommunications.Phase III: le Centre des biotechnologies Angus La SDA a ensuite voulu aller encore plus loin dans sa logique de création d’emplois.«On s’est aperçu qu’il n’y avait pas de recherche et de développement dans l’Est de Montréal, alors que c’est comme ça qu’on crée des spin-offs et de l’emploi.On a donc décidé d’essayer d’attirer des entreprises de biotechnologie à Angus», explique le PDG de la SDA Les défis technologiques étaient de taille, parce que ce genre d’entreprise a besoin de bâtiments ultraspécialisés.«Par exemple, dans un bâtiment où on retrouve des laboratoires de biotechnologie, on doit faire le changement de 100 % de l’air 10 fois à l’heure, alors que, dans un bâtiment commercial ordinaire, un changement de 20 % de l’air â l’heure suffi.Ce bâtiment de biotechnologie a été très complexe â construire et il coûte 12 000 $ d’électricité par mois!», s’exclame M.Yaccarini.Il fallait aussi prévoir une alimentation de rechange en cas de panne d’électricité.«Et une génératrice ne suffisait pas.Il en fallait deux, au cas où la première serait défaillante! Ce bâtiment a coûté une fortune â construire», ajoute-t-il.Toutefois, les efforts de la SDA ont porté fruit puisque de nombreuses entreprises de biotechnologie ainsi que les chercheurs du CHUM dans les domaines du diabète et de l’hypertension sont venus s’y insMler.Phase IV : le 4800 Molson Pour diversifier le genre de travailleurs sur le site d’An^s, la SDA a ensuite construit le 4800 Molson, un bâtiment d’allure industrielle.«Il a été conçu pour accueillir des centres d’appels et des centres de distribution.C’était important d’aller chercher d’autres profils de travailleurs, parce que c’est trop risqué d’offrir des espaces seulement â des entreprises dans lesquelles la main-d’œuvre est très spécialisée.Chaque secteur de l’économie connaît des crises, donc il faut se diversifier pour durer», explique M.Yaccarini.Phase V : le Carrefour de l’économie sociale Angus Pour donner quelques services aux travailleurs du site, la SDA a construit par la suite un bâtiment dédié aux entreprises d’économie sociale.«Ça nous permet de nous démarquer comme site et aussi de sortir les entreprises d’économie sociale des sous-sols d’église, tout en leur permettant de devenir propriétaires», indique Christian Yaccarini.Projet Part, une entreprise de réinsertion sociale, est donc venue ouvrir un bistro, en plus d’alimenter la cafétéria du Locoshop.Un CPE a aussi ouvert ses portes.Phase VI : le Rachel-Angus Le succès attire le succès, donc les demandes d’entreprise pour venir s’installer sur le site d’Angus n’ont cessé de croître.L’édifice situé â l’angle des rues Rachel et Molson, du côté ouest, a été construit parce que Desjardins voulait venir s’y installer.«C’était intéressant pour nous, parce que la caisse voulait y installer son centre financier aux entreprises», précise M.Yaccarini.Phase VII : le 4100 Molson C’est â la suite de l’engouement créé par l’arrivée de chercheurs du CHUM dans le Centre des biotechnologies que le projet du 4100 Molson a été mis sur les rails.« Un petit pôle de santé s’était créé â Angus et l’Institut de cardiologie a voulu venir s’installer aussi.Nous avons donc construit ce nouveau bâtiment, qui est devenu le premier immeuble multiloca-tif LEED au Québec», affirme M.Yaccarini.Et la capacité d’attraction du site demeure forte.Le CLSC de Rosemont a choisi de venir s’y installer, et l’édifice, qui sera certifié LEED, est actuellement en construction.Il devrait ouvrir ses portes en juin.Collaboratrice du Devoir Page 3 ILOT CENTRAL D’ANGUS «On s’est fixé juin pour se donner une vision» Page 5 DEVELOPPEMENT «Que nos pratiques et nos comportements contaminent l’ensemble de l’économie» Page 6 FONDACTION «Angus a rempli ses promesses» Page 7 G 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 30 ET DIMANCHE 31 JANVIER 2010 ECONOMIE SOCIALE Il y a 15 ans Un développeur unique en son genre apparaît dans le paysage montréalais « En un an, le Locoshop a été entièrement loué » Une entreprise d’économie sociale, donc à but non lucratif, propriétaire d’un parc industriel évalué à 110 millions de dollars.Impensable?C’est pourtant ce qu’a réussi et fait la Société de développement Angus.PIERRE VALLEE Contrairement au cliché selon lequel les entreprises d’économie sociale sont cantonnées dans l’aide domestique ou les friperies, la Société de développement Angus (SDA) est un développeur immobilier, différent certes, mais qui joue maintenant dans la cour des grands.A preuve: le Technopole Angus, érigé sur les ruines de l’ancien Atelier ferroviaire Angus, ainsi que les nouveaux projets de développement immobilier dans lesquels la SDA est présentement engagée.Au départ, pareille idée semblait utopique, et n’eût été de la foi et de la ferveur de ses promoteurs, dont l’actuel président-directeur général, Christian Yacca-rini, le projet de revitaliser et de créer des emplois dans ce secteur de Rosemont aurait pu faire long feu.«Nous n’avons même pas fait d’études de marché, raconte Christian Yaccarini, puisque nous étions certains qu’elles seraient défavorables.» Par contre, ce dont il est certain, c’est que le succès de ce projet doit reposer sur l’immobilier.La SDA conclut donc une entente avec le Canadien Pacifique pour l’achat du terrain désaffecté.«Mais nous n’avions pas d’argent.On a donc fait une foule d’activités, dont la mise en marché d’une bière, la bière Angus, afin de collecter des fonds.» Mais l’éclaircie viendra du conseil d’administration lorsque des hommes de la trempe de Louis Roquet et Bernard Lamarre acceptent d’y siéger.«Tout à coup, leur présence donnait un air de crédibilité au projet.» Sufhsant, en tout cas, pour obtenir deux prêts sans intérêt d’un million de dollars de la part des gouvernements fédéral et québécois.Cette somme a servi de levier pour l’obtention d’un prêt hypothécaire permettant l’achat d’une première parcelle de terrain et la revitalisation d’un premier bâtiment, l’actuel Locoshop.«En un an, le Locoshop a été entièrement loué, et on s’est lancé dans un second bâtiment, neuf celui-ci.» Le second bâtiment fut hnan-cé de la même manière, mais cette méthode était fastidieuse.En 2000, la SDA convainc les gouvernements fédéral et provincial de la capitaliser en accordant chacun un prêt de 10 millions de dollars.Trois ans plus tard, Fondaction CSN devient un partenaire en investissant une somme de 20 millions de dollars.Dès lors, la SDA dispose des assises hnancières lui permettant d’assurer son développement.Un parc industriel pas comme les autres Le Technopole Angus se distingue de la plupart des parcs industriels sur plusieurs plans.D’abord, on y retrouve une large variété d’entreprises provenant de plusieurs secteurs d’activité: technologies, scien- SOURCE SDA L’actuel Locoshop a été le premier bâtiment revitalisé du parc industriel de la Société de développement Angus.ces de la santé, culture, administration, etc.«On a voulu attirer une diversité d’entreprises parce que, d’une part, cela mitige le risque, mais aussi parce cela attire sur le site une diversité de travailleurs.Nous avons des travailleurs hautement spécialisés, mais aussi des manutentionnaires.» Les entreprises d’économie sociale y sont aussi fortement repré-sentées — un édifice leur est d’ailleurs entièrement consacré — et pas seulement comme locataires.«Dès que nous avons eu suffisamment de travailleurs sur le site, il devenait évident qu’il fallait offrir des services de restauration.Des chaînes de restauration nous ont approchés, mais il n’en était pas question.Nous avons plutôt confié la restauration à une entreprise d’économie sociale.» Idem pour l’entretien ménager et le déneigement des stationnements.«Lorsque nous avons du travail à donner, si c’est possible, nous allons toujours privilégier les entreprises d’économie sociale.» L’été prochain, le CLSC Rosemont s’installera sur le site dans un bâtiment spécialement construit pour lui par la SDA.11 s’agit du premier projet piloté par la SDA à la suite d’un appel d’offres.«La venue du CLSC nous réjouit, parce qu’il amènera sur le site des gens qui ne sont pas des travailleurs.Nous ne voulons pas d’un parc industriel entièrement vide après cinq heures.» Résolument vert Dès le départ, la SDA a pris le virage vert.Tous ces bâtiments sont certihés verts et plusieurs d’entre eux ont obtenu la certih-cation LEED, qui est devenue aujourd’hui la norme pour les nouveaux bâtiments de la SDA Mais la SDA a aussi doté son parc industriel d’un plan de gestion des matières résiduelles ainsi que d’un plan de transport.«Aucune loi n’oblige un parc industriel à se doter d’un plan de gestion des ma- SOURCE SDA Christian Yaccarini, président et directeur général de la Société de développement Angus (SDA) tières résiduelles, mais nous, on l’a fait Et ça fonctionne, puis qu’on a éliminé une collecte par semaine.On a aussi négocié une entente avec la STM afin qu’un autobus fasse la navette entre le Technopole et le métro Sherbrooke.On attend toujours une réponse quant à un lien avec le métro Joliette et l’installation d’abribus.» Vers demain La SDA est maintenant engagée dans trois projets immobiliers situés à l’extérieur du site Angus, soit dans le secteur Saint-Laurent et Sainte-Catherine.Est-ce à dire que la SDA lorgne maintenant d’autres sites à développer?«Absolument, répond Chris- tian Yaccarini, dans la mesure où ces projets correspondent à nos valeurs et que la communauté veuille bien nous accueillir.E nous reste seulement quatre autres bâtiments à construire et nous prévoyons avoir complété le développement du site Angus en 2020.Nous avons mis en place une équipe extraordinaire et il faut la faire travailler.Les projets extérieurs le permettent.De plus, je travaille déjà à préparer la relève.E ne faut pas que la SDA se contente, après 2020, de gérer ses actijs.E faut qu’elle soit encore capable de poursuivre le développement de nouveaux projets.» Collaborateur du Devoir À Angus en 1995 Le principe d’un développement durable a été intégré dès le départ « Il faut aller le plus loin possible dans la logique des bâtiments verts » En 1995, vouloir faire des immeubles verts n’était ni plus ni moins qu’une utopie, se souvient Guy Favreau, vice-président, architecture et développement dimable, chez Ædi-fîca - Architecture & Design.Pourtant, c’est ce qu’il a décidé de faire avec la Société de développement Angus (SDA) pour réaliser le projet de rénovation de ce qui deviendra le Locoshop Angus.L’aventure se poursuit depuis et les limites du concept «vert» sont toujours repoussées plus loin.MARTINE LETARTE T?n ce moment, on réfléchit beaucoup à ce ^ 1-j qu’on fera sur Ulot central du terrain.Où serons-nous dans 20 ans?L’architecte est toujours appelé à imaginer l’avenir», conhe Guy Favreau au Devoir, dans le cadre des célébrations du 15" anniversaire de la SDA.C’est d’ailleurs à cet exercice que s’étaient prêtés l’architecte ainsi que la petite équipe de la SDA, lorsqu’ils ont voulu développer ensemble leur premier projet, le Locoshop Angus.Intéressé à la mobilisation qu’on voyait poindre à l’époque autour du développement de bâtiments écologiques, Guy Favreau a proposé à la SDA d’opter pour un Locoshop vert.«Rapidement, on a compris que c’était un mariage parfait avec les valeurs fondamentales qu’on voulait exprimer à travers le Technopole Angus, soit le développement social intégré dans la communauté», explique-t-il.Convaincre Aujourd’hui, construire des bâtiments verts est quelque chose de bien accepté et même de recherché.Or, il y a 15 ans, c’était une toute autre histoire.«On disait du bout des lèvres qu’on ferait un bâtiment vert, parce que les gens étaient très méfiants.E fallait convaincre tout le monde! E faut comprendre que nous étions à 100 % dans l’innovation, alors que l’immobilier est un secteur plutôt conservateur qui tolère mal l’inconnu», explique M.Favreau.Pourtant, Ædihca avait déjà une feuille de route impressionnante, en plus d’avoir déjà fait l’essai de SOURCE SDA Le Locoshop et le Carrefour.Construire des bâtiments verts est quelque chose de bien accepté et même de recherché.Or, il y a 15 ans, c’était une toute autre histoire.différentes initiatives vertes dans d’autres constructions.«Mais c’était notre premier grand projet doté d’une véritable orientation écologique», précise-t-il.Budgéter En 1995, le Québec comptait très peu d’experts en matière de construction écologique.Tout était à bâtir.11 fallait donc innover, sans toutefois dépasser le budget, qui était par ailleurs comparable à celui d’une construction neuve ordinaire.«Ce projet nous a demandé beaucoup de créativité, reconnaît l’architecte.On a rapidement compris que tout ce qu’on détruisait, il faudrait le reconstruire.On a donc essayé le plus possible de bâtir à partir de ce qu’on avait» L’équipe s’est également aperçue assez rapidement que ses préoccupations écologiques se mariaient finalement très bien avec son petit budget.Par exemple, si une partie de l’immeuble était démolie, les matériaux étaient réutilisés pour la construction d’une autre partie, ce qui diminuait à la fois les déchets rejetés et le montant de la facture.L’équipe a toutefois dû renoncer à certaines technologies vertes, comme la géothermie.«Après avoirfait faire des études, nous avons dù laisser tomber parce que c’était beaucoup trop cher à l’époque», précise M.Favreau.Donner de la valeur à un projet Toutefois, les choses ont évolué rapidement dans le domaine des bâtiments verts, notamment avec farrivée de la certihcation LEED, créée en 1998 aux Etats-Unis pour les nouvelles constructions.Rapidement, il est devenu de plus en plus clair que le «vert» donnait de la valeur à un immeuble, qu’il lui permettait de se distinguer des autres.«Certains collègues comparent un peu ce phénomène à l’arrivée de la climatisation au début des années 60.Rapidement, les immeubles qui n’étaient pas climatisés se sont fait mettre de côté.On peut penser que c’est ce qui arrivera avec les bâtiments qui ne seront pas verts dans les prochaines années», explique Guy Favreau.Une fois le Locoshop terminé, il remarque qu’ü a été beaucoup plus facile d’être pris au sérieux.Et, de projet en projet, un savoir s’accumulait et pouvait par la suite être réutilisé dans d’autres contextes.Un exemple?«Pour la construction du 4100 Molson, nous avons réussi à réduire de moitié la consommation d’eau.C’était audacieux comme objectif mais maintenant c’est devenu une norme pour nous», afhrme M.Favreau.Cet immeuble a d’ailleurs été le premier édifice à bureaux multilocatif certifié LEED au Québec, notamment grâce à son mur solaire passif qui réduit la consommation énergétique du bâtiment.Où serons-nous dans 20 ans?Les technologies évoluent, la société aussi.Pour développer l’îlot central, l’équipe d’Ædibca et de la SDA continue donc à se poser la question: «Où serons-nous dans 20 ans?» En matière de construction verte, Guy Favreau croit qu’on sera rendu à faire des bâtiments carbo-neutres.«On pourra y arriver grâce à la diversité des usages d’un bâtiment D’abord, si on travaille et habite sur le même territoire, les besoins de transport seront grandement réduits.De plus, par exemple, on peut récupérer la chaleur produite par une entreprise pour chauffer la partie résidentielle du bâtiment», explique-t-il.11 est aussi question de construire une petite centrale qui produirait de l’énergie à partir des biomasses créées parles déchets des habitants du site.Qn envisage également l’agriculture urbaine sur les toits et les terrasses.«E y a énormément de possibilités et, pour le moment, toutes les idées sont bonnes, même les plus folles, s’exclame M.Favreau.E faut aller le plus loin possible dans la logique des bâtiments verts et, bientôt, on verra ce qu’il est réellement possible de faire.Cela illustre bien la façon particulière de travailler qu’on retrouve à la Société de développement Angus.» Collaboratrice du Devoir LE DEVOIR LES SAMEDI 30 ET DIMANCHE 31 JANVIER 2010 G 3 SOCIALE Premier président du conseil Louis Roquet, artisan de la premiere heure de la Société de développement Angus « Je viens vous parler d’un rêve, celui de la population de Rosemont » Louis Roquet a été président du conseil d’administration de la Société de développement Angus (SDA) dès sa fondation en 1995 jusqu’à l’automne dernier.Il a donc été un acteur et un témoin très important de cette réussite exemplaire depuis ses modestes débuts jusqu’à maintenant.Comment cet exploit a-t-il été possible, alors qu’un tel projet avait une allure tout à fait utopique?CLAUDE TURCOTTE une des grandes leçons que I M.Roquet retient de r«ex-périence An^s» est que, dans le cas d’un projet social, on a trop souvent tendance à adopter le modèle classique de création d’entreprise, soit trouver un entrepreneur, des partenaires financiers, des clients, etc.On part en grande vitesse et après on va voir la population, qui parfois exprime un désaccord total à propos du projet envisagé.Le cas du projet de casino dans le sud-ouest de Montréal en est un bel exemple.«Pour un projet social, on embauche un étudiant en architecture, on lui fait faire une ébauche de plan complètement “pété” et après on va voir les gens et on leur dit: voici mon rêve.» M.Roquet soutient que ce fut essentiellement la démarche adoptée par la Corporation de développement économique communautaire Rose-mont-Petite-Patrie (CDEC), quand le Canadien Pacifique (CP) a voulu convertir les terrains des usines Angus en parc résidentiel.Alors, Christian Yac-carini, un agent de développement économique dans le secteur, est monté au front Le CP a finalement proposé un compromis, qui lui semblait impossible à réaliser par les opposants, celui de partager en deux cet immense terrain de 2,4 millions de pieds carrés, la moitié à des fins industrielles, l’autre moitié réservée au développement résidentiel.Un bon conseil La CDEC, qui a obtenu une option d’achat de 10 ans par étapes, au fur et à mesure de sa capacité, et qui risquait de perdre cette option si elle ne réalisait pas son engagement à chaque étape, a eu l’idée de créer la SDA M.Yaccarini, qui était chargé du dossier, a tout de suite recruté M.Roquet, déjà un administrateur connu, pour faire partie du conseü d’administration.H fut en fait le premier à entériner la cause.H fallait trouver d’autres administrateurs.M.Roquet a pensé à Bernard Lamarre, un des hommes d’affaires prestigieux.Celui-ci demande qui est président du conseü.M.Yaccarini répond spontanément que c’est M.Roquet, qui l’a appris lui-même par la même occasion! «L’enseignement le plus important du projet Angus est que si on veut lancer un projet de fou, sans ressources, pour acheter des terrains et faire du développement, il faut un conseil d’administration comprenant des gens dont l’image est telle qu’ils ne peuvent pas se permettre un échec.Ça crée une caution quand on approche le gouvernement», confie M.Roquet n faut recruter des comptables, des avocats, bref, des gens compétents, mais aussi «des gens que le projet fait vibrer et qui sont prêts à y mettre beaucoup de temps bénévolement».Un rêve Bien entendu, il est important d’avoir des entrées aux gouvernements.M.Roquet a ainsi fait part à Guy Chevrette, ministre important du gouvernement Lévesque, qu’il aimerait bien avoir «un petit-déjeuner avec quelques ministres».Le souhait n’est pas % SOURCE SDA Louis Roquet, ex-président du conseil d’administration de la Société de développement Angus tombé dans l’oreiUe d’un sourd.«Homme de rêve et de cœur, M.Chevrette nous a convoqués à un lunch au restaurant du parlement à Québec, et il y avait 12 ministres autour de la table.Je leur ai dit: “Je viens vous parler d’un rêve, celui de la population de Rosemont qui rêve d’avoir des jobs, de bons jobs comme au temps d’Angus, des emplois de la nouvelle économie, payants et stimulants”.» Avouant sa passion pour les stratégies entrepreneuriales, M.Roquet se souvenait d’un dépliant de la Vüle de Terrebonne faisant la promotion de son parc industriel, sur lequel était collée une pièce de 5 é toute neuve, soit le prix à payçr pour un pied carré de terrain.À Rosemont, le prix du terrain était beaucoup plus élevé et ü fallait trouver une façon de donner plus de valeur à cette superficie industrialisée et grandement poUuée.Le visage écologique s’est imposé au projet Angus.Il fallait aussi créer des activités génératrices d’emplois.La SDA a commencé par créer un service de recrutement en garantissant de présenter trois candidats pour tout nouvel emploi à créer.Ces trois candidats allaient venir de l’est de Montréal, où le taux de chômage frisait alors les 20 %.Plusieurs autres services ont suivi, tels restaurants, garderie, gymnase, etc.Un projet social Un autre principe directeur pour la réussite d’un projet social est de faire rapidement la démonstration de l’économie sociale, en attirant des entreprises à caractère social, à défaut de pouvoir en créer.La SDA a bien tenté d’aider au démarrage, mais elle n’a pas eu de succès à cet égard.EUe a en revanche atteint son objectif de créer un parc écologique, grâce à un système de récupération et de recyclage et à diverses mesures, comme l’offi'e d’un espace à Communauto ou le prêt de vélos, bien avant l’arrivée du Bixi.Elle a offert des cartes CAM de transport en commun aux employés du territoire Angus, pour réduire la présence des autos et des parcs de stationnement EUe a cédé 10 % de ses terrains à la Vüle, qui y construit un parc magnifique.Tout cela, rappeUe M.Roquet, pour ajouter de la valeur au terrain, lequel aura coûté finalement sept dollars le pied carré, dont trois en fixais (la moitié payée par un programme gouvernemental) de décontamination.Au fait, la SDA a été la première à effectuer la gestion écologique des sols sur le site même, en utilisant ce qui était contaminé pour construire une butte afin de ca-chçr la voie ferrée.À ce jour, le projet Angus aura permis de créer près de 1500 emplois et d’attirer 46 entreprises.Le gouvernement du Québec a fourni un prêt de 10 millions, qui est en voie d’être remboursé, et le gouvernement d’Ottawa a injecté à ce jour six mülions, au fur et à mesure des besoins.En somme, «tout cela a coûté des peanuts», conclut M.Roquet Collaborateur du Devoir Quartier Rosemont Il faut revitaliser Montréal ! Au début des années 1990, le sud-est de Montréal a été dévasté par la fermeture des ateliers du CP — les fameuses shops Angus.Dans le quartier Rosemont, le chômage a alors atteint 20 %.Afin de remédier à la situation, la Société de développement Angus a été créée.Quinze ans plus tard, celle-ci a non seulement recréé le tissu urbain du quartier, mais elle étend à présent son expertise à la revitalisation d’un autre secteur de Montréal.CLAUDE LAFLEUR NOUS sommes un promoteur immobilier par accident!», raconte en riant Charles La-rouche, vice-président aux finances immobilières de la Société de développement Angus.«Notre mission première est la création d’emplois, insiste-t-il.La SDA a été créée en 1995 parce qu’il ne fallait pas seulement construire des condos et des maisons de ville sur les terrains des usines Angus.Il fallait également amener des entreprises à s’y établir afin de créer des emplois pour les gens du quartier.» «On s’est cependant rendu compte que, pour attirer des entreprises, il fallait pouvoir les loger, poursuit son collègue Philippe Lamarre, vice-président aux projets stratégiques de la SDA.Il fallait donc construire des bâtiments appropriés.C’est de la sorte que nous sommes devenus un promoteur immobilier.» À ce jour, la SDA a construit une dizaine de bâtiments hébergeant 45 entreprises qui emploient 1250 Vie de qualité La Société de développement Angus ne se veut pas personnes un promoteur «comme les autres», insiste M.Larouche.Elle cherche avant tout à créer un milieu de vie.«Au lieu de construire des bâtiments génériques — qui pourraient accueillir n’importe quel type d’entreprises — nous planifions notre développement afin de créer un milieu de vie intéressant», indique M.Lamarre.De fait, la SDA vise à créer un environnement où les employés, qui habitent le plus possible dans les environs, viendront travailler à pied ou en utilisant le transport en commun.Sur place, ils devraient trouver l’ensemble des commerces dont ils ont besoin.«Concrètement, cela signifie qu’au moment de planifier le développement du secteur, au lieu de prévoir une place de stationnement par mille pieds carrés de surface commerciale, nous en avons planifié la moitié moins, tout en prévoyant donner une passe autobus-métro par mille pieds carrés», rapporte M.Larouche.Où 45 entreprises emploient 1250 personnes C’est ainsi que, à ce jour, la SDA a construit une dizaine de bâtiments hébergeant 45 entreprises qui emploient 1250 personnes.Ce printemps, le CLSC Rosemont-Petite-Patrie ouvrira ses portes, contribuant 250 emplois additionnels.«Nous hébergeons des entreprises dans le domaine des technologies telles que Viasat Canada (imagerie satellitaire) et Octasic (design de puces électroniques)», indique Charles Larouche.Le Technopôle Angus comprend en outre des entreprises œuvrant dans les domaines de la biotechnologie, de la production vidéo, des sciences de la vie, etc.«On a aussi attiré des hôpitaux et des centres de recherche qui ont implanté ici des équipes complètes de recherche et de gérance de projet», ajoute-t-il fièrement.Le terrain sur lequel la SDA réalise son développement couvre 1 400 000 pieds carrçs, ce qui représente le tiers du parc L^ontaine.A ce jour, il reste près de 60 % du terrain â développer.«L’un des éléments-clés de notre développement, enchaîne Philippe Lamarre, c’est de nous positionner dans des technologies variées, et non de nous confiner â un seul domaine.» Au siècle dernier, rappelle-t-il, la zone Angus était consacrée â la technologie de pointe de l’époque: le train.Toutefois, lorsque le CP a mis fin â ses activités, le quartier a été dévasté.«Nous cherchons â favoriser l’implantation de sociétés qui offrent une grande variété d’emplois, dit-il, mais également une qualité d’emplois.Nous ratissons très large afin de réduire les contrecoups des cycles, tout en satisfaisant les aspirations de la population qui nous environne.» Porte de l’expérience acquise, la SDA cherche toujours â améliorer la qualité de l’environnement du quartier.«Nous essayons de développer une vision, indique M.Lamarre.Ainsi, nous avons un grand terrain (400 000 pieds carrés), et on réfléchit â quoi il pourrait ressembler dans dix ans.On a évidemment toutes sortes d’idées, on pense entre autres que la voie de l’avenir, c’est l’intégration de l’habitation et du travail.On essaie donc de se projeter dans le futur afin de voir comment on pourrait réaliser une telle vision.» Revitaliser le Red Light En voulant restaurer un quartier dévasté de Montréal, les dirigeants de la SDA ont acquis une expertise particulière en urbanisme.«La vision de la SDA, c’est la création d’emplois par le redéveloppement du milieu, résume Charles Larouche.On pense évidemment que cette vision est exportable sur le territoire de Montréal et ainsi en faire bénéficier d’autres.» La SDA applique â présent son expertise â la revitalisation du boulevard Saint-Laurent, au niveau du fameux Red Light.«Ce qui nous allume, ce n’est pas de construire de nouveaux bâtiments mais de revitaliser le quartier», indique Philippe Lamarre.«Entre autres, nous cherchons â y amener des organismes culturels qui vont contribuer â cette revitalisation», ajoute son collègue, Charles Larouche.De plus, les nouveaux édifices seront des commerces ouverts sur la rue.«Il n’y aura pas de mail intérieur, indique M.Larouche, mais de petites boutiques qui donnent directement sur la rue.On veut aussi que ce soient des commerces spécifiques au quartier» (et non des succursales de grandes chaînes).«Nous voulons faire en sorte de recréer un milieu de vie vibrant, ajoute Philippe Lamarre.Nous ne voulons pas que les gens viennent uniquement travailler â cet endroit, mais qu’ils y vivent.» «Notre vision, voyez-vous, c’est de faire des projets qui vont faire partie du patrimoine viable â long terme de Montréal», indique Charles Larouche.«Je puis vous assurer d’une chose: lorsque nous aurons terminé notre travail boulevard Saint-Laurent, les gens vont vraiment aimer ce coin-lâl», de conclure Philippe Lamarre.Collaborateur du Devoir SOCIETE DE A \ DÉVELOPPEMENT • ANGUS FONDS N IMMOBILIER «ANGUS Le Fonds Immobilier Angus, une VISION pour le développement durable revitaliser nos quartiers soutenir des projets Le Fonds Immobilier Angus, un OUTIL FINANCIER pour du développement immobilier Le Fonds Immobilier Angus, un PARTENAIRE de SDA pour la concrétisation de ses projets Ê I K}NDAm POUR LA COOPÉ^TIOft^ ET L’EMPLOI ' A^2B G 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 30 ET DIMANCHE 31 JANVIER 2010 ECONOMIE Autour du boulevard Saint-Laurent 11 y aura un 2-22.et un tout nouveau quadrilatère ! La Société de développement Angus (SDA) est engagée dans trois projets immobiliers situés dans le secteur de la rue Sainte-Catherine et du boulevard Saint-Laurent.Ces trois projets permettront de lancer la revitalisation du secteur, tout en faisant le lien avec le Quartier des spectacles.PIERRE VALLEE Le premier projet de la SDA pour le centre-ville, sans doute le plus connu, est le 2-22 Sainte-Catherine.L’édifice de huit étages, au coût de 20 millions de dollars, occupera le terrain situé rue Sainte-Catherine Est, entre le boulevard Saint-Laurent et la rue Saint-Dominique.Sa façade, qui donnera sur Sainte-Catherine, sera entièrement vitrée.Un atrium au rez-de-chaussée permettra le passage des visiteurs ainsi que la tenue d’événements.La Vitrine culturelle de Montréal, où on pourra se procurer des billets de spectacles, y sera également logée.Le terrain, propriété de la Ville de Montréal, a été cédé à la SDA par bail emphytéotique et la Ville de Montréal a consenti une subvention de cinq millions de dollars à la SDA afin de soutenir le volet culturel de l’édifice.«Nous sommes tenus par cette entente à ce que 75 % de l’espace locatif soit réservé à des entreprises culturelles», explique Stéphanie-Anne Garon, vice-présidente développement de la SDA.L’édifice, conçu par l’architecte français Paul Andreu, se démarque de l’architecture avoisinante par sa hauteur mais surtout par sa façade entièrement vitrée.«Avec la façade vitrée, nous avons voulu faire un geste architectural et aussi un geste de lumière.Nous avons voulu que cet édifice soit un édifice-phare.» La construction du bâtiment devrait débuter au printemps.Déjà, plusieurs locataires ont signifié leur intérêt, dont la station de radio CIBL et le consortium Imago, qui réunit la Galerie Vox, le Studio XX et le centre Artexte.«La construction a été légèrement retardée parce que le consortium Imago attend toujours la réponse du ministère de la Culture quant à sa subvention.» Le métro Saint-Laurent La Société de développement Angus prévoit construire un second bâtiment, lui aussi dédié à la culture, sur le terrain vacant entourant l’édicule du métro Saint-Laurent.Le coût du projet est estimé à 35 millions de dollars et le projet sera entièrement financé par la SDA.«Il s’agit, dans un premier temps, de loger l’école de danse contemporaine lADMMI, qui a obtenu une subvention pour sa modernisation et qui n’arrivait pas à se trouver un nouvel emplacement.On y logera aussi les cinq salles du nouveau cinéma Parallèle, qui lui aussi se cherche un nouvel emplacement depuis le changement de vocation d’Ex-Centris.On pense aussi y loger l’Ecole du textile et peut-être une SOURCE SDA Le 2-22 Sainte-Catherine, de nuit.L’édifice de huit étages, au coût de 20 millions de dollars, occupera le terrain situé rue Sainte-Catherine Est, entre le boulevard Saint-Laurent et la rue Saint-Dominique.école de joaillerie.Il est possible que l’Agora de la danse s’y installe aussi.Mais, avant d’amorcer la construction, il faut d’abord connaître les principaux occupants afin de finaliser l’architecture du bâtiment.Mais il faut aller de l’avant rapidement, puisque la LADMMI doit respecter une échéance quant à sa modernisation.» Les travaux, si tout va bien, devraient débuter en juin.Le Quadrilatère Saint-Laurent Sans conteste, le plus ambitieux des projets de la SDA pour ce secteur est le Quadrila- tère Saint-Laurent.La SDA propose de construire un édifice de 12 étages sur le quadrilatère formé par la rue Sainte-Catherine, le boulevard Saint-Laurent et la rue Clark.L’édifice envisagé occuperait tout le terrain jusqu’au Monument-National.Le coût de cet édifice est estimé à 160 millions de dollars.Le rez-de-chaussée serait occupé par de petits commerces, tandis que les étages supérieurs seraient des espaces de bureaux loués par Hydro-Qué-bec pour y loger ses employés.Déjà, Hydro-Québec a conclu une entente pour la signature d’un bail de 20 ans.La SDA, par l’entremise du Fonds immobilier Angus (FIA), a déjà acquis huit des dix commerces qui avaient pignon sur le boulevard Saint-Laurent.«Il reste donc deux commerces à finaliser: le Montreal Pool Room et le Café Cléopâtre.Le Montreal Pool Room devrait être finalisé sous peu, puisque c’est une question de succession qui retarde l’achat.» Quant au Café Cléopâtre, les négociations sont plus ardues.«La Ville de Montréal a émis un avis d’expropriation, que le propriétaire du Café Cléopâtre conteste en cour.Il faut donc attendre le résultat de cette contestation.» Culture et commerce Boulevard Saint-Laurent, la SDA prévoit y loger principalement des organismes ou des entreprises à caractère culturel.Elle est aussi prête à y loger certains des commerces qui déjà étaient présents.«C’est le cas de l’épicerie libanaise qui s’y trouvait.E s’agit d’une entreprise familiale, et le propriétaire serait intéressé d’y poursuivre ses activités commerciales.» Pour ce qui est de la rue Sainte-Catherine, on cherchera à maintenir des activités qui s’harmoniseront avec son caractère.Quant à la rue Clark, on lui redonnera vie tout simplement.«Présentement, ce bout de la rue Clark est occupé par l’arrière des bâtiments situés boulevard Saint-Laurent.Le nouvel édifice permettrait de créer une toute nouvelle rue commerciale rue Clark.» De plus, le projet prévoit l’aménagement au rez-de-chaussée d’un passage reliant le boulevard Saint-Laurent et la rue Clark.«Les gens pourraient circuler entre les deux rues et cela ferait aussi un autre lien avec le Quartier des spectacles.» Evidemment, le projet est jeune et pourrait subir des modifications.«Mais ce dont nous sommes certains, ce sont l’engagement d’Hydro-Québec et sa ferme volonté de voir le projet aboutir.Nous croyons, comme elle, que cet édifice peut agir comme catalyseur et qu’il peut être l’occasion pour la communauté locale de revitaliser ce secteur de Montréal.» Collaborateur du Devoir Quadrilatère Saint-Laurent Que la culture soit ! « Il faut repeupler les lieux de jour comme de soir » Dévisagées par des immeubles décrépits et des devantures qui ont connu de meilleurs jours, l’artère Saint-Laurent-Sainte-Catherine et ses rues avoisinantes ont depuis longtemps besoin d’être revampées.Susceptible de changer considérablement le portrait des environs, le projet du Quadrilatère Saint-Laurent mené par la Société de développement Angus (SDA) suscite beaucoup d’intérêt et de réactions.ÉMILIE CORRIVEAU Approuvé en septembre dernier par le Comité exécutif de la Ville de Montréal, le Quadrilatère Saint-Laurent se veut un imposant projet de requalification urbaine.Censée loger les nouveaux bureaux d’Hydro-Québec, la tour en question abritera aussi des commerces responsables.L’architecture du Quadrilatère Saint-Laurent a été confiée au célèbre Paul Andreu, en partenariat avec les firmes montréalaises Ædifica et Gilles Huot architecte.La livraison est prévue en 2012.Requalifîcation Le boulevard Saint-Laurent n’est plus ce qu’il était, et si son déclin ne date pas d’hier, depuis quelques mois, les trous béants et les immeubles éventrés se font particulièrement nombreux sur la Main.Pour les occupants du quartier, il ne fait aucun doute que la requalification des lieux est nécessaire et que plus rapidement elle aura lieu, mieux ils s’en porteront.«Nous souhaitons le développement dans le quadrilatère, puisqu’on vit une situation impossible pour le moment.Par le passé, c’était déjà déstructuré, mais, depuis quelques mois, tout est fermé autour.C’est â haut risque et toute l’animation est disparue.Alors, plus vite il y aura un projet, mieux ce sera pour nous», avance Félix Martel, directeur du Monument-National.C’est ce que croit aussi André Ménard, de Spectra: «L’état de décrépitude avancée qu’on voit dans le Quartier des spectacles depuis de nombreuses années commande une action énergique et menée dans les plus brejs délais possibles.Je pense qu’il faut emmener les gens dans le secteur et repeupler les lieux de jour comme de soir.» Si rares sont ceux qui s’opposent à la revitalisation du secteur, plusieurs espèrent que le projet final du Quadrilatère Saint-Laurent ne répondra pas qu’aux besoins d’Hydro-Québec et saura bien s’inscrire dans l’esprit du quartier.«On ne veut pas fermer la porte â la modernisation ni â la revitalisation des lieux, mais on insiste pour que plusieurs des commerces de proximité qui seront installés dans cet édifice-lâ soient ouverts en soirée ou la nuit.Si la bâtisse se vide â cinq heures, on va avoir un quartier qui sera déserté dès la tombée du jour.Ça va â l’encontre de nos intérêts et de toute l’histoire du quartier.E faut aussi que la trame commerciale ait en partie une vocation artistique.On aimerait que des galeries, des studios et des écoles d’art s’y installent», affirme Félix Martel.Rosario Demers, président de la Table de "IïîVlËi~Sn îri "TTïr SOURCE SDA Le projet du Quadrilatère Saint-Laurent, près du Monument-National concertation du Faubourg Saint-Laurent, partage les préoccupations de M.Martel, mais se veut plutôt confiant.«On croit que ce projetdâ doit être bénéfique non seulement pour la communauté montréalaise, mais aussi, et peut-être au premier chef pour la communauté locale, parses commerces de proximité, par ses lieux de promenade, par la possibilité d’encourager la main-d’œuvre locale.Ce qui est intéressant avec la SDA, c’est que c’est une entreprise d’économie sociale, donc le volet social occupe une grande place dans les préoccupations du promoteur.Ça nous rassure beaucoup que la SDA soit sensible â cette dimension sociale», soutient M.Demers.Un visage qui fait jaser Outre son occupation, l’architecture du bâtiment suscite de nombreux débats.Sa masse et son intégration au quartier sont les aspects les plus souvent discutés.Certains auraient préféré une plus grande considération du caractère historique de ce qui a longtemps été le Red Light de Montréal.D’autres croient que le projet répond bien aux besoins du Quartier des spectacles et s’inscrit dans une perspective de développement.«Je pense qu’il y a une distinction â faire entre le patrimoine et le folklore.E y a un aspect de la rue Saint-Laurent qui est â conserver et le projet de la SDA le propose, selon moi.Que les contenus et que la trame au sol changent, c’est la vie! Rien n’est lâ pour toujours.E faut veiller â conserver ce qui est intéressant, mais, â mon avis, le Quadrilatère Saint-Laurent propose un heureux compromis.E permettra une grande occupation des sols, mais aussi la conservation des façades», souligne André Ménard.Rosario Demers, qui habite le quartier depuis de nombreuses années, abonde dans le même sens.S’il trouve primordial de préserver le caractère insolite des lieux et l’esprit de la Main, il souligne que plusieurs semblent oublier que le quartier accumule des rides depuis plus de 30 ans.«E y a l’imaginaire collectif et la réalité concrète de la rue, rappelle-t-il.E ne reste plus grand-chose de ce qu’a été le Red Light Ey a quelques façades â préserver et â restaurer, mais, pour le reste, il n’y a que peu de choses.Je crois qu’il faut aller de l’avant, tout en conservant le génie des lieux, et c’est ce qu’on tente de faire présentement» Collaboratrice du Devoir Parallèle sur un métro Pour nn petit Broadway à Montréal Le cinéma Parallèle descend la Main depuis plus de 30 ans.Locataire à Ex-Centris depuis 11 ans, alors qu’il occupait auparavant l’actuel Gogo Lounge, il se prépare à lever les pattes à nouveau.Prochain arrêt: l’édicule du métro Saint-Laurent, un projet en partenariat avec la Société de développement Angus (SDA).le public, et un café devrait également être aménagé.Bref, un hall sympathique pour discuter et se divertir.MELISSA GUILLEMETTE Le cinéma Parallèle, une fois déménagé dans le nouvel édifice qui sera construit sur l’entrée du métro Saint-Laurent, passera d’une à cinq salles, qui couvriront toujours le cinéma indépendant québécois et canadien, le documentaire, le court métrage et le cinéma étranger.Le projet comblera un trou laissé béant depuis la fermeture des deux autres salles de cinéma d’Ex-Centris et redonnera un nouveau souffle au Parallèle, espère Caroline Masse, de la Corporation cinéma Parallèle.«Sans les deux autres salles, on a perdu une partie de l’effervescence.» Le cinéma, dont la construction nécessitera un investissement de près de 15 millions de dollars, se trouvera au rez-de-chaussée de l’immeuble à vocation culturelle qui comptera plusieurs autres «résidants».L’pcole de danse LADMMI, l’École de, l’imagerie numérique et l’École de joaillerie y logeront aussi.C’est l’équipe de la SDA qui a communiqué avec Mme Masse lorsqu’elle a appris qu’Ex-Centris modifiait sa vocation et ne prolongerait pas le bail du Parallèle au-delà de 2011.Le partenariat est apparemment un duo heureux.«C’est un organisme â but non lucratif tout comme nous, alors on se rejoint dans nos objectifs, explique Mme Masse.On travaille tous deux par passion, pas par profit.» Le souci de la SDA de créer une chimie entre les habitants d’un bâtiment en est un exemple.Caroline Masse a l’impression de se retrouver devant «une page blanche» et elle aime franchement ça.«Tout est â redessiner!» Une agora est entre autres prévue pour les rencontres entre les cinéastes et Un emplacement idéal L’emplacement est idéal, selon Caroline Masse.«On est heureux de rester boulevard Saint-Laurent, car notre place ici est historique, mais être â l’angle de De Maisonneuve est aussi intéressant.On sera dans la même rue que l’Office national du film, l’Institut national de l’image et du son et la Cinémathèque québécoise.Ce sera une espèce de Broadway â Montréal!» Si le quartier demeure pour l’instant un immense chantier, outre la nouvelle Place des festivals, il deviendra l’endroit branché pour sortir, croit-elle.Il est toutefois coûteux de s’installer au centre-ville.Le terrain, acheté par la SDA, coûtera à lui seul près de trois millions de dollars.Les taxes y seront élevées et les salles de cinéma devront être spé- JACQUES GRENIER LE DEVOIR Caroline Masse, de la Corporation Cinéma Parallèle cialement insonorisées pour pallier le caractère bruyant du quartier.«Ce n’est pas pour rien que les nouveaux cinémas se construisent plus en périphérie: ça revient trop cher, alors que le cinéma n’est pas payant.Surtout lorsqu’on ne vend pas de pop-corn et qu’on n’a pas d’autos tamponneuses.» La SODEC aide d’ailleurs au financement du cinéma au quotidien depuis que les deux autres salles d’Ex-Centris ont cessé de partager certains coûts avec le Parallèle.Le cinéma s’apprête à déposer une demande de financement au ministère de la Culture du Québec pour le projet de déménagement.S’il obtient le montant nécessaire, le cinéma qui a 43 ans franchira une nouvelle étape: il deviendra propriétaire.«Ça va assurer une certaine pérennité, parce que les lieux nous appartiendront pour la première fois.Ça va sûrement rassurer aussi nos distributeurs et les cinéastes que nous suivons, qui auront des écrans de plus pour présenter leurs films.Car, pour l’instant, l’offre est réduite â Montréal.» Le cinéma Beau-bien et le cinéma du Parc ont bonifié leur programmation internationale depuis le printemps dernier, mais cela ne remplace pas les salles Cassavetes et Fellini d’Ex-Centris.Caroline Masse espère que la création du nouveau cinéma rendra à Montréal son «statut de capitale cinématographique en Amérique du Nord.Ce n’est pas pour rien si on reçoit beaucoup d’appui pour l’instant.C’est qu’on n’est pas les seuls â y croire.» Une fois déménagé, Caroline Masse espère que le cinéma Parallèle s’organisera selon le modèle du Théâtre du Nouveau Monde, c’est-à-dire celui d’un organisme culturel soutenu par l’État.«Pour offrir une programmation diversifiée et prendre des risques, il faut avoir les moyens.C’est bien plus payant de présenter des blockbusters, mais on a besoin de cinémas qui offrent autre chose.» Collaboratrice du Devoir 0455 LE DEVOIR LES SAMEDI SO ET DIMANCHE SI JANVIER 2010 G 5 ECONOMIE SOCIALE Demain déjà « On s’est fixe juin pour se donner une vision » Développement durable et îlot central d’Angus seront synonymes Entre la rue Molson et le parc Jean-Duceppe, on retrouve un immense terrain de 400 000 pieds carrés.Le «plus beau terrain» de la Société de développement Angus (SDA), aux dires de Christian Yaccarini, président-directeur général de l’organisme à but non lucratif.Et ce n’est pas un hasard s’il est toujours vacant.MARTINE LETARTE Depuis des années, on rêve de développer ce terrain, mais on voulait attendre d’être suffisamment expérimentés pour être en mesure de pousser plus loin ce qu’on a toujours voulu faire dans Angus.On est rendu là», confie M.Yaccarini au Devoir.Quelque 850 000 pieds carrés d’espace locatif pourront y être construits.«C’est énorme, ajoute-t-il.Et là, on peut vraiment faire quelque chose d’innovateur.On s’est donné jusqu’à juin pour r^-chir, pour se donner une vision, sans pour le moment s’empêcher de rêver en raison de contraintes de budget ou d’urbanisme.» Mais qu’y a-t-il tant à réfléchir?En fait, comme ce projet devrait s’étaler sur une période de 10 ans, il ne sera pas terminé avant 2020.«Les choses bougent tellement rapidement dans le monde du travail, avec l’avancement des technologies, qu’on se demande comment fonctionnera la société en 2020, 2030, 2040 et même 2050.Quels seront ses besoins?», s’interroge Christian Yaccarini.Et c’est sans oublier les préoccupations écologiques qui viendront s’imposer.L’idée de rapprocher milieu de travail et milieu de vie est donc une priorité pour la SDA «Est-ce que, dans 20 ans, les gens partiront encore des banlieues pour venir travailler à Montréal?Est-ce que les grands stationnements seront encore pertinents?Je ne suis pas certain», avance le PDG, qui connaît déjà ime trentaine de travailleurs, sur les terrains du Technopole Angus, qui se sont acheté une maison ou un condo dans le secteur et qui viennent maintenant au boulot à pied.De plus, avec toutes les technologies qui sont développées, est-ce que les travailleurs auront vraiment besoin de se rendre physiquement à leur bureau de 9 heures le matin à 17 heures l’après-midi, cinq jours par semaine?Et les travailleurs autonomes, seront-ils toujours plus nombreux?«Auparavant, les gens deve- SOURCE SDA À l’ouest du parc Jean-Duceppe (au centre de la photo), un immense terrain reste à déveiopper.naient des travailleurs autonomes parce qu’ils perdaient leur emploi.Maintenant, c’est un choix! Par contre, cela ne veut pas dire que ces gens veulent toujours travailler en étant isolés chez eux et en rencontrant leurs clients dans leur cuisine», remarque M.Yaccarini.Et il y a toute la conciliation tra-vail-farnille, avec les situations de garde partagée qui se multiplient «Que voudra dire la conciliation travail-famille en 2020?», se demande M.Yaccarini.Voilà le genre de questions auxquelles l’équipe de la SDA tente de répondre.Pour ce faire, trois comités ont été formés, à l’interne et à l’externe, pour mieux comprendre où la société s’en va et quelles seront les prochaines grandes mutations.Des sociologues du travail sont mis à contribution, tout comme des chercheurs liés à des chaires de recherche en développement durable et en logiciels libres, des gens qui travaillent pour le développement de nouvelles technologies, mais aussi des gens de la population et plus particulièrement des jeunes.«Parce que, soyons réalistes, précise M.Yaccarini./ai 51 ans.Ce n’est pas pour des gens de ma génération qu’on développe ce projet.Ce sont les jeunes qui en bénéficieront.» Des immeubles mixtes On peut déjà mettre le doigt sur quelques éléments qui ressortent de cette grande réflexion amorcée depuis quelques années.D’abord, on parle de bâtiments mixtes.«On ne fera pas des maisons en rangée et, plus loin, un immeuble locatif commercial.On penche plutôt pour des bâtiments dans lesquels on retrouverait par exemple des condos, différents types d’espace de travail pour les entreprises et des salles pour les travailleurs autonomes avec des commerces de proximité au rez-de-chaussée», explique M.Yaccarini.11 voit cet îlot central comme un espace très urbain et très dense qui ne se videra pas à partir de 17 heures.Plusieurs bâtiments multifonctionnels seraient donc construits sur le terrain voisin du parc.Un aurait une vocation culturelle et un autre, qui serait probablement le premier à être construit, d’ici 2013, serait voué au développement durable.«Ce serait un genre de centre d’excellence en développement durable, dans lequel on essaierait de faciliter le transfert de la réflexion en matière de développement durable vers la pratique.Parce qu’il y a encore beaucoup à faire dans le domaine», affirme celui qpi travaille notamment avec l’École polytechnique sur le dossier.Cet édifice accueillerait donc des salles de conférence et même un hôtel.«Dans l’Est, il n’y a pas d’endroit où on peut accueillir des congrès», remarque le promoteur.Et, évidemment, on parle toujours de bâtiment LEED et d’innovation.«Pas question de répéter ce qu’on a l’habitude de faire, ajou-te-t-il.On veut essayer des affaires.C’est très stimulant.» Le développement de l’îlot central représente un investissement majeur pour la SDA.11 est question pour le moment d’environ 140 rnillions de dollars.Collaboratrice du Devoir De fermetures en ouvertures Le Technopole Angus est un modèle de développement Quand la production de richesse naît de la mixité économique L’ouverture des Ateliers Angus en 1904 a confirmé l’importance de Montréal en tant que capitale économique du Canada.Mais, en un siècle, tout change.JEAN-MARC EONTAN ET JUAN-LUIS KLEIN AU début du siècle dernier, le Canadien Pacifique ainsi que Canadian Vickers et Northern Electric Company Limited étaient au nombre des grandes entreprises anglaises, états-uniennes et canadiennes qui investissaient à Montréal en développant d’importants sites industriels.Ces sites ont symbolisé aussi bien la grandeur de l’économie de la ville, pendant la première partie du XX® siècle, que le déclin de sa place et de son importance, à partir du début des années 1960.Ces sites ont fermé les uns après les autres, ce qui a entraîné des licenciements collectifs et la perte de nombreux emplois dans les années 1980.La fermeture des Ateliers Angus La fermeture des Ateliers Angus s’est opérée en deux temps.La partie est du site a été fermée au milieu des années 1970.Le Canadien Pacifique a voulu y implanter un immense centre commercial.Le milieu communautaire et les commerçants des artères commerciales Masson et Ontario se sont opposés au projet.D’une part, les besoins de la population portaient plus sur l’accès à des logements abordables.D’autre part, la vie des résidants de Rosemont et d’Hochelaga, les principaux quartiers touchés par cette fermeture, est centrée sur des artères commerciales qui étaient dynamiques mais qui auraient périclité avec la réalisation du projet de centre commercial.11 y a donc une première mobilisation citoyenne qui force le Canadien Pacifique à revoir son projet.Le site est ainsi converti à un usage résidentiel, dont une part significative de logements sociaux.La deuxième phase de cette fermeture a lieu en 1992.Les Ateliers Angus ferment alors définitivement leurs portes, ce qui signifie 1000 emplois de moins pour Rosemont et Montréal.Le Canadien Pacifique ne juge plus nécessaire de maintenir des activités industrielles sur le site et décide de le transformer en zone résidentielle, dans le but d’implanter un parc de condominiums et un centre commercial.Mobilisée par la CDEC Rosemont-Petite-Patrie, la population locale exprime encore une fois son opposition, revendiquant la création d’emplois.Devant la fermeture, la CDEC entre en négociation avec le Canadien Pacifique pour acquérir le site laissé en friche par celui-ci.Les négociations conduiront à l’achat progressif du site par la Société de développement Angus (SDA), créée en 1995 par la CDEC, dont le mandat est de reconvertir le site et de créer des emplois locaux.Aujourd’hui, plus de 15 ans plus tard, la reconversion du site est en cours de finalisation.Plus de la moitié des terrains disponibles ont été mis en valeur et une bonne partie des terrains qui restent sont dédiés à des projets en cours de réalisation ou de conception.Nous retrouvons aujourd’hui à Angus environ 1300 emplois, un nombre plus élevé qu’en 1992.La SDA a fait preuve de sa volonté d’accueillir des entreprises innovantes, performantes et surtout ouvertes à l’idée d’embaucher sur une base locale.11 s’agit d’entreprises de différents tjqies qui oeuvrent dans des secteurs variés, ont des statuts juridiques divers et offrent des emplois de qualité à la population locale.Dans le Technopole, nous retrouvons des entreprises privées traditionnelles, mais aussi des entreprises publiques et des entreprises d’économie sociale.Le développement du site, en matière d’investissements, reflète aussi une démarche qui a su compter sur une mobilisation plurielle.Tant les différents ordres de gouvernement que le secteur de la finance solidaire québécoise sont engagés dans le développement du site.Cette mixité est aussi présente sur les lieux de travail, puisque nous retrouvons aussi dans le Technopole des emplois d’insertion.La revitalisation des Ateliers Angus incarne ainsi une philosophie de développement économique communautaire dans laquelle l’économie est pensée pour être au service du développement d’une communauté.Cette philosophie fait office de principe directeur.Elle constitue un des éléments de l’image de marque du Technopole Angus.Une conception novatrice du développement Pour le monde de la recherche universitaire, le Parc urbain d’entreprises Angus représente un laboratoire riche et fertile pour l’étude d’une initiative locale vouée à la revitalisation d’une vieille zone industrielle.Cette initiative locale, issue du milieu communautaire, démontre bien comment, à partir d’une stratégie de développement économique communautaire, d’un en-trepreneuriat social et d’une volonté d’inscrire le développement dans la durabilité, il est possible de redonner une vie économique forte à une friche industrielle qui était devenue orpheline de développement.Le succès du Technopole Angus réside dans l’atteinte de plusieurs des objectifs qui avaient inspiré la mobilisation citoyenne en 1992.Des emplois locaux ont été créés.Un milieu de travail convivial a été pensé pour les travailleurs et les travailleuses.Une image de marque a contribué à redonner vie au symbole industriel qui a moulé la naissance et le développement de la communauté de Rosemont.Les défis que représente l’atteinte de ces objectifs ont été relevés tant par les entreprises d’économie sociale que par les entreprises privées du site.Les prémices qui ont guidé l’action de la SDA au site Angus devraient pouvoir inspirer les acteurs locaux dans le développement des quartiers de Montréal.Être à l’écoute du milieu, proposer des solutions innovantes poin aller au devant ou surmonter les défis qui se présentent, travailler dans la mixité des genres et le métissage des démarches portent fruit.Cela montre que Montréal est une ville créatrice certes globale, mais aussi locale, où il est possible de combiner les projets de développement économique avec le développement social.Jean-Mare Fontan, soeiologue, enseigne à l’UQAM et est eodireeteur du Réseau québéeois de reeherehe partenariale en éeonomie soeiale (RQRP-ÉS).Juan-Luis Klein, du Département de géographie de l’UQAM, est direeteur du Centre de reeherehe sur les innovations soeiales (CRISES) d eco-succes SNC-Lavalin est fiere de souligner le 15® anniversaire de la Société de développement Angus.SNC*LAm.IN www.snclavalin.com G 6 LE DEVOIR LES SAMEDI SO ET DIMANCHE SI JANVIER 2010 ECONOMIE SOCIALE Développement durable « Que nos pratiques et nos comportements contaminent l’ensemble de l’économie » L’économie sociale représente 8 % du produit intérieur brut du Québec Stop les idées reçues! Non, l’économie sociale n’est pas seulement synonyme de solidarité.Au même titre que le secteur public et que l’entreprise privée, elle est un facteur de développement.Mieux, elle semble très bien armée pour traverser les crises qui secouent la planète depuis quelques années.C’est le message que Nancy Neamtan, présidente du Chantier de l’économie sociale, est allée adresser la semaine dernière à la Rencontre économique 2010 de Lévis.En espérant bien être entendue.HÉLÈNE ROULOT-GANZMANN Encore trop de gens ont tendance à penser qu’il y a une hiérarchisation dans l’économie et que nous, entreprises d’économie sociale, nous sommes quelque part tout en bas de l’échelle, estime Nancy Neamtan.C’est malheureux parce que, si on tire les leçons de la dernière crise, les entreprises qui durent, celles qui passent à travers les difficultés, sont des entreprises collectives.Que ce soient les crises écologiques, que ce soit l’enjeu de l’occupation du territoire, celui de la lutte contre la pauvreté, l’économie sociale est une forme d’activité économique qui peut intégrer ce genre de préoccupations.» Parce que ses avantages ne manquent pas.D’abord, par définition, une entreprise collective naît des besoins de la collectivité et est enracinée dans un territoire.Elle est donc là pour rester et ne peut être facilement délocalisée.«Prenez même le mouvement Desjardins, précise Mme Neamtan, il ne va pas être racheté par une grande banque américaine ou chinoise, il n’est pas à vendre!» Certains l’ont bien compris de l’autre côté de la frontière.Aux États-Unis, une mesure fiscale favorise clairement le rachat d’une entreprise par ses travailleurs.L’objectif: éviter que, au ftir et à mesure que les propriétaires de PME prennent leur retraite, leur affaire n’entre sous le joug d’un concurrent qui n’ait d’autres fins que de la fermer ou de la délocaliser à l’extérieur du pays.«Autre élément concernant l’entreprise locale, ajoute-t-elle, c’est tout l’enjeu écologique.Aujourd’hui, on achète beaucoup de produits importés.Mais de plus en plus de consommateurs demandent l’achat de proximité pour réduire leur empreinte énergétique.On le voit au Québec avec l’engouement autour des marchés de solidarité.Toute cette économie endogène, c’est un réel besoin sur les plans aussi bien social qu’écologique.» Des atouts A l’échelle de la province, l’économie sociale présente trois autres atouts indéniables.D’abord, elle répond aux enjeux démographiques en évoluant dans des secteurs tels que le maintien à domicile des aînés et leur logement ou en prenant en charge les Centres de la petite enfance.Ensuite, dans un contexte de raréfaction de la main-d’œuvre, elle fait un effort pour embaucher les personnes marginalisées, difficilement employables ailleurs.Enfin, elle fait revenir dans le giron du secteur formel, donc dans l’assiette de l’Impôt, tout un pan de l’économie jusque-là dominé par le travail au noir, comme les services à la personne.Aujourd’hui, l’économie sociale représente 8 % du PIB du Québec.Avec plus d’une centaine de milliers de salariés dans ce secteur, la province demeure l’un des leaders mondiaux en la matière.Les investisseurs commencent d’ailleurs à y trouver quelque intérêt.Certes, SOURCE SDA Avec plus d’une centaine de milliers de salariés dans le secteur de l’économie sociale, le Québec demeure l’un des leaders mondiaux en la matière.les profits sont moindres que dans le secteur de l’entreprise privée à but lucratif, mais quand pertes il y a, elles sont aussi moins vertigineuses.Sur le plan financier, à long terme, ça finit donc par être rentable.Les collectivités locales font également de plus en plus affaire avec elle.Dans le domaine du traitement des déchets notamment.«Par souci de transparence, estime Nancy Neamtan.Il y a quelques acteurs privés sur ce marché, ils ne sont pas nombreux et, longtemps, ils ont fixé les prix qu’ils voulaient.Les municipalités sont bien contentes de pouvoir se tourner vers des entreprises d’économie sociale, pour un meilleur contrôle des coûts.Plusieurs études démontrent d’ailleurs que sitôt que, sur un territoire et dans un secteur donnés, il y a une entreprise collective qui s’installe, tous les acteurs sont obligés de revoir leurs prix à la baisse.» Innovation et vision à long terme Le credo de la présidente du Chantier de l’économie sociale: l’innovation et la vision à long terme.«Le modèle de développement des Trente Glorieuses ne fonctionne plus, estime-t-elle.On s’était dit: on va créer la richesse, l’Etat prendra une partie de cette richesse avec les impôts et va la restituer sous forme de services publics.Mais les entreprises ne veulent plus payer trop d’impôts et elles s’installent ailleurs lorsqu’elles considèrent que trop, c’est trop.Alors, qu’est-ce que l’Etat va redistribuer?L’avantage de l’économie sociale, c’est que c’est dans le processus même de création de la richesse qu’il y a une redistribution, puisque, par définition, les bénéfices doivent, d’une manière ou d’une autre, profiter à la collectivité.On innove donc dans les façons de répondre aux enjeux sociaux, mais ça prend une vision globale: ça ne sert à rien de vouloir séparer l’ensemble des questions.L’occupation du territoire, les inégalités sociales, le développement durable, l’environnement: tout est lié.On ne peut pas fonder une économie au Québec seulement sur l’accroissement de la consommation.» Des préoccupations que même le secteur privé à but lucratif fait d’ailleurs de plus en plus siennes, lui qui n’hésite pas à ouvrir des départements de responsabilité sociale de l’entreprise et de développement durable.«Et c’est tant mieux!», s’exclame Mme Neamtan.«De plus en plus d’entreprises se rendent compte qu’il faut avoir des comportements socialement responsables, mais ça ne peut pas être seulement des discours, nuance-t-elle.Il faut qu’il y ait des pratiques et des réalités.Je ne dis pas que l’économie sociale doit être toute l’économie du Québec.Mais espérons que nos pratiques et nos comportements contaminent l’ensemble de l’économie.» Collaboratrice du Devoir Montréal, ville culturelle La culture est uu moteur du développement « L’enjeu des prochaines années est de développer la participation culturelle » D’une artère en pleine décrépitude, souvent évitée par les touristes et même les Montréalais, l’axe Saint-Laurent-Sainte-Catherine s’apprête à devenir un centre névralgique culturel.Le secteur, porté par de grands projets, est en pleine ébullition.Entretien avec Simon Brault, ou quand la culture se transforme en moteur du développement.ÉMILIE CORRIVEAU Au cœur de l’histoire, de l’identité et de la cohésion sociale de Montréal, la culture est pour la métropole un important vecteur de développement.Elle fournit près de 100 000 emplois, génère des retombées économiques totales de 12 milliards de dollars et contribue au développement durable de la métropole.«Si la culture est un des principaux axes de développement économique pour Montréal, c’est d’abord parce qu’on a un secteur culturel qui est structuré, productif et reconnu.Ensuite parce que la dimension culturelle est importante.La culture a pour conséquence d’envoyer un signal sur les valeurs d’une ville.Par la place que nous donnons à la culture, nous envoyons, et à l’international et sur le plan interne, des valeurs de créativité, d’ouverture, de tolérance et de valorisation», explique Simon Brault, président de Culture Montréal et directeur de l’École nationale de théâtre.Offres multiples Pour renforcer la place qu’elle voue à la culture, la métropole s’est dotée d’un quartier des spectacles au cœur du centre-ville, aménagé spécialement pour répondre aux besoins des artistes mais aussi du public.Si l’offre est déjà multiple dans le secteur, et ce, depuis belle lurette, selon Simon Brault, les occasions de rencontres pourraient encore mieux s’y articuler.«Selon moi, la principale vertu du Quartier des spectacles n’est pas d’augmenter l’offre culturelle.Il y a déjà assez de salles de spectacle.Il faut que ce soit non pas un endroit où on concentre toute l’offre montréalaise, mais un endroit qui se veut un laboratoire en matière de nouvelles façons de se rencontrer entre artistes et public.Je pense que l’enjeu des prochaines années est de développer la participation culturelle des Montréalais, de toutes origines sociales et ethniques.Je vois le Quartier des spectacles comme une formidable occasion de reconfigurer les rencontres entre les artistes, les manifestations culturelles et les publics», conhe l’homme de théâtre.Si le réseau culturel montréalais est constitué d’individus, il l’est d’autant plus de lieux qui les reçoivent et les inspirent.Selon le président de Culture Montréal, la participation culturelle passe non seulement par les propositions, mais aussi par l’aménagement.Ainsi, les édifices deviennent des empreintes de l’mbanité culturelle et des piliers de son développement.«Tous les bâtiments ont des fonctions utilitaires, mais ils ont aussi des fonctions qui doivent embellir la ville, soutient M.Brault.Ils doivent inspirer les Montréalais.Ils doivent avoir un impact symbolique, particulièrement dans un quartier comme PEDRO RUIZ LE DEVOIR Simon Brault, président de Culture Montréal celui des spectacles.Il y a les chiffres, il y a les transactions, les choses très concrètes, mais il y a aussi les suppléments d’âme, qui se traduisent dans la façon dont on construit les bâtiments.» Interrogé sur sa perception de l’aménagement du Quartier des spectacles, l’homme de théâtre se dit enthousiaste.Bien qu’il exprime certaines réserves, ce qui a été construit jusqu’à ce jour est, selon lui, de bon augure.«En général, les bâtiments qui sont levés ont apporté de nouvelles propositions artistiques intéressantes.Je pense à la SAT et à la Maison du jazz notamment.Je suis assez content de ce qui se passe.Je crois que, sur le plan de la participation culturelle, on réussit à accueillir et à intéresser de nouveaux publics», souligne M.Brault.Quant aux projets à venir, comme le Quadrilatère Saint-Laurent mené par la Société de développement Angus (SDA), l’homme pense que la proposition reste encore à travailler, mais que, somme toute, l’offre pourrait contribuer de façon intéressante au développement culturel et à la revitalisation du boulevard Saint-Laurent.«Je suis assez confiant et curieux, lance M.Brault.Pour avoir discuté avec les gens qui travaillent à ce projet-là, je pense qu’ils veulent que ce soit un projet réussi.Et je pense que, pour y arriver, il y a encore du travail à faire.C’est important que le dialogue perdure.Mais, de ce côtédà, je pense qu’il se passe quelque chose.Ce que j’espère, c’est qu’en fin de compte on soit capable de concilier les besoins utilitaires et symboliques de la façon la plus intelligente possible.» Sm ce point, le président de Culture Montréal souligne que les valeurs de la SDA, une société favorisant des principes de développement économique communautaire, s’arriment bien à celles du milieu artistique.«Entre le domaine de la culture et le milieu de l’économie sociale, ce qu’il y a de commun, ce n’est pas d’avoir avant tout une structure juridique qui a d’autres mandats que de livrer un profit à des actionnaires.Ça, c’est une base, mais je pense que ce qu’il y a de commun, ce sont les valeurs.Maintenant, il faut savoir s’appuyer sur ces valeurs pour créer de concert un projet commun.» Collaboratrice du Devoir Un Québec associatif L’ « équipe » Angus a reçu l’appui de partenaires de premier plan Un trio de premier plan de l’économie sociale québécoise s’est aligné avec la Société de développement Angus pour la réalisation de son plan de match.La Caisse d’économie solidaire Desjardins, Tricofol et Eondaction se sont lancés dans la mêlée et ont largement contribué au succès de l’équipe Angus.REGINALD HARVEY Paul Quellet occupe les fonctions de coordonnateur général de la Caisse d’économie solidaire Desjardins, dont il trace fièrement ce portrait enviable: «C’est le principal établissement financier de l’économie sociale et solidaire québécoise.Au 31 décembre dernier, on avait 450 millions de dollars de prêts dans des projets réalisés par des coopératives, des organismes à but non lucratif (OBNL) et un certain nombre d’entreprises privées.Il y a 2400 entreprises collectives qui sont membre de la caisse.Comme établissement financier, si on additionne l’épargne, le placement et le prêt, tout le volume d’affaires atteint le milliard de dollars dans cette forme d’économie.» Il résume le mandat en quelques mots: «On est au fond la caisse Desjardins spécialisée dans le financement de projets collectijs développés par des coopératives et par des OBNL.On réunit les réseaux syndical, coopératif et culturel, de même que plusieurs autres associations.» M.Quellet rapporte comment cet établissement s’est engagé dans le projet Angus: «On a été les premiers à être associés à son développement, parce qu’il y avait finalement des valeurs de base qui nous réunissaient; l’une de celles-ci relève de la démocratie, dans le sens où on croit dans la capacité des personnes et des milieux à se prendre en charge.On leur fournit du financement et de l’accompagnement pour y arriver.Et, au début, Angus, c’était cela; on retrouvait des gens qui voulaient relever le défi de l’emploi, de la revitalisation d’un site et du développement local.Il allait comme de soi que la caisse participe à une telle démarche.» «Nous sommes comme trois banquiers dans un, fait valoir Paul Quellet.Nous sommes les banquiers des rêves, des partenariats etudes réalisations concrètes.» A ce titre, il cerne les interventions de la caisse sur les terrains Angus: «On a d’abord financé plusieurs projets immobiliers.On est aussi intervenu auprès de plusieurs organismes d’économie sociale qui sont sur le site, car ceux-ci font partie de nos membres; parmi eux, il y a notamment le Centre de la petite enfance, le restaurant La Part du chef et le groupe de réinsertion en emploi Insertech.De ce point de vue-là, on a soutenu l’enrichissement du projet» Le coordonnateur présente la contribution de la caisse sous un autre angle: «On collabore également parce qu’on partage avec Angus une même vision du développement durable.On a formé des partenariats pour contribuer à la mise en place de la gestion des déchets résiduels et du transport en commun à Angus.» Filaction Joël Lebossé est directeur général de Eilaction: «Nous sommes un organisme à but non lucratif, tout comme Angus, qui a une mission de développement et non de profit On a été créé à l’initiative de Eondaction, qui est encadré par une loi spéciale qui l’oblige à rechercher tout de même la productivité de l’argent qu’il utilise.On a donc mis sur pied Eilaction pour répondre à de plus petits projets; on intervient pour des investissements d’à peine 25 000 $ et on se rend généralement autour de 500 000 $ ou parfois davantage.» Ée partenariat avec Angus a été tissé sur la base de valeurs communes: «Je pense qu’on partage la même philosophie et la même culture quant au développement des communautés, à la revitalisation des milieux, à la création d’emplois et aux lieux des emplois, qui ne sont pas seulement des endroits où on travaille mais où on vit également.Nous, on fait du capital de risque avec toutes les initiatives qui ont des visions de développement local, de développement de leur communauté.» Eilaction a participé à plusieurs projets sur les terrains Angus.Et le partenariat continue de prendre forme: «On est en train de travailler ensemble sur le développement d’une offre de produit financier pour les projets culturels de la SDA, en voie d’élaboration dans la partie hors site.» Fondaction Le fonds de travailleurs de la CSN se présente comme un autre des partenaires en économie sociale de la Société de développement Angus (SDA).Son président, Léopold Beau-lieu, en fournit la raison: «On est tenu par la loi de soutenir le développement de la PME québécoise.Il y a également trois dispositions particulières en vertu desquelles on doit se rendre disponibles aux entreprises inscrites dans des processus de gestion participative qui sont davantage soucieuses de leur environnement et du développement durable; on doit aussi fournir de l’aide aux sociétés d’économie sociale.» Il rapporte d’ailleurs que, dès la fermeture des usines Angus, qui étaient la propriété du Canadien Pacifique (CP), Marcel Pépin, exprésident de la CSN, s’était largement engagé dans un comité de revitalisation de ces espaces industriels.Christian Yaccarini, actuel président-directeur général de la SDA, travaillait au même moment sur ce dossier: «On a alors suggéré la création d’un organisme à but non lucratif qui encadrerait et porterait ce projet en procédant à l’acquisition du site désaffecté et en le réalisant par étapes.» Au début, M.Yaccarini, qui était le directeur général de cette société naissante, cherchait à développer des partenariats: «Il a admirablement réussi par la composition de son conseil d’administration sous la présidence de Louis Roquet, un administrateur chevronné, qui a donné un apport majeur à la SDA avec ses collègues du conseil.» Il revient à Fondaction, qui possède des traits communs avec la SDA: «D’abord, les deux organismes étaient jeunes et on partageait une même vision d’un développement durable combinant des objectijs de performance économique, sociale et écologique.On se retrouvait en face d’un projet audacieux parce que, avant ses débuts, le site n’était qu’un vaste terrain contaminé et meublé de bâtiments industriels abandonnés, de rails de chemin de fer et de conteneurs.Nous avons travaillé de manière très rigoureuse à réunir avec Angus les conditions de réussite d’un projet comme celuidà.» Collaborateur du Devoir LE DEVOIR LES SAMEDI SO ET DIMANCHE SI JANVIER 2010 G 7 ECONOMIE SOCIALE Pour une économie plurielle Fondaction a lui aussi 15 ans « Angus a rempli ses promesses » Fondaction a commencé à s’engager dans le vaste projet Angus dès 2004.Depuis, ce fonds de travailleurs est devenu le principal partenaire financier de la Société de développement Angus (SDA).En février 2009, il a mis sur pied le Fonds d’investissement Angus (FIA), dont la gérance a été confiée à la SDA.RÉGINALD HARVEY Président-directeur général de Fondaction, Léopold Beaulieu s’est révélé être un pionnier et un pilier de l’économie sociale durant tout son parcours professionnel; tout en soulignant que le fonds de la CSN célèbre également son 15® anniversaire, il mesure aujourd’hui le chemin parcouru par les instigateurs de cet ambitieux projet réalisé sur un site industriel majeur désaffecté: «Angus a rempli ses promesses.Vous avez maintenant plus d’un demi-million de pieds carrés locatijs et il y a 45 entreprises qui font travailler près de 1200 personnes sur le site.C’est devenu quelque chose d’important.» Il dégage une des caractéristiques propres à cet ensemble: «Vous trouvez là le creuset d’une économie plurielle; on parle souvent de celle-ci en théorie, mais on a là un site qui vit ce type d’économie: il y a des sociétés privées et publiques, des instituts de recherche et des entreprises d’économie sociale qui se côtoient et qui bénéficient quotidiennement de services offerts dans une perspective de développement durable.Il y a là quelque chose qui constitue une première à plusieurs égards.» Le PDG s’explique: «C’est une première, parce qu’il y a un fonds de développement, de capital de risque, qui s’est associé moitié-moitié à un projet de cette envergure-là conduit par un organisme à but non lucratif» Depuis ce temps, d’autres traits marquants ont façonné ce site en phase de revitalisation, au nombre desquels hgurent la mise en place d’une entreprise d’insertion sociale en assemblage, mise à niveau et réparation d’ordinateurs Onsertech Angus), la mise sur pied d’un édihce à bureaux multilocatifs (LEED), qui est le premier dans le quartier, l’établissement de la première maison de répit pour enfants atteints d’une maladie à l’issue fatale (Maison du phare), de même que la préparation d’un plan intégré de transport durable.La SDA a choisi d’emprunter une voie qui correspond à la vision de Fondaction en développant des espaces qualifiés de verts: «Les objectijs de favoriser un développement différent sont portés par le fonds dans sa raison même d’exister, à travers du capital de risque; il y a là une belle complémentarité.» Nouvel argent et même vision Fondaction a capitalisé, en février 2009, un fonds d’investissement de 30 millions de dollars consacré à l’évolution du projet initial en d’autres lieux, comme le signale Léopold Beaulieu: «En travaillant sur le site depuis longtemps avec Angus, on a eu l’occasion de modéliser la manière de réaliser le développement.Lorsqu’on a envisagé la création d’un tel fonds, on n’a pas voulu le faire de façon courante, mais on a plutôt cherché à le monter en le dédiant à des projets de revitalisation urbaine dans une perspective de développement durable.On manifeste une volonté de soutenir les projets immobiliers structurants avec des retombées lo- SOURCE SDA Léopold Beaulieu, président-directeur général de Fondaction cales qui sont significatives, qui privilégient la création d’emplois et qui entretiennent des liens étroits avec les communautés environnantes.» La SDA s’est vu conher la gestion de ce fonds immobilier à l’extérieur du site Angus: «Celle-ci a développé une expérience en requalification urbaine qui est majeure.On l’a fait parce que, personnellement f en suis convaincu, cela fait partie intégrante des conditions de sortie de la crise.L’avenir dépend, en tant que société, de notre capacité à créer des projets qui sont ancrés dans leur milieu.qui sont respectueux des personnes, des collectivités et de l’environnement Angus a su développer au fil du temps cette conjugaison assez novatrice de développement économique, communautaire et écores-ponsable.» Le fonds servira sous peu à des réalisations: «Le premier qui se pointe, c’est le 222, Sainte-Catherine, qui est l’édifice-phare du Quartier des spectacles; il y a aussi le métro Saint-Laurent au sujet duquel on discute et on travaille.» D’hier à demain Il revient du côté des terrains Angus, où Fondaction a investi jusqu’à maintenant plus de 25 millions de dollars.Fondaction envisage-t-il de poursuivre son partenariat avec la Société de développement?M.Beaulieu apporte cette réponse: «Le site n’a pas encore complété son développement et, à terme, le projet de la SDA à cet endroit devrait compter à peu près 1,5 million de pieds carrés locatifs, où vont se déployer une vingtaine de bâtiments qui devraient être fréquentés par environ 2500 travailleurs.Nous sommes associés dans cette réalisation pour encore quelque temps, et on le fait au rythme des conjonctions économiques qui fluctuent; notre association possède un caractère durable jusqu’au terme du projet.Actuellement, il y a un immeuble d’une superficie d’environ 17 000 pieds carrés et d’une valeur de 17 millions de dollars qui est en construction pour abriter le CLSC.» Concurremment, le Quartier des spectacles est en développement.Dans ce cas, il ajoute: «On conserve l’expertise accumulée à la suite des travaux sur le site Angus, en même temps qu’on rend celle-ci accessible pour d’autres projets ailleurs.» Collaborateur du Devoir Environnement et développement durable Et le bâtiment va.quand le politique hésite Le Technopôle Angus, tel que créé et développé par la Société de développement Angus (SDA), permet de mesurer et de comprendre les principaux obstacles que rencontre une entreprise lorsqu’elle veut inscrire le développement durable dans ses priorités d’intervention.JEAN-FRANÇOIS LÉONARD Les femmes et les hommes qui ont fait de cette friche industrielle qu’est Angus un espace de référence dans la ville ont toujours partagé l’idée de la transformer en un lieu exemplaire pour la qualité de ses emplois et la qualité de vie, tout en inscrivant l’environnement et le développement durable au cœur de sa mission.Si la SDA est un promoteur immobilier, il faut aussi comprendre qu’en faisant de son parc immobilier un espace au service de l’emploi et du redéveloppement local, dans une perspective de développement durable, la SDA est devenue un réel développeur de projet qui pratique ce «métier» avec l’expertise la plus actuelle qui soit.Les édihces écologiques, les approvisionnements verts ou tous les autres éléments qui sont souvent utilisés pour reverdir l’image d’une entreprise sont depuis longtemps intégrés et implantés dans la philosophie de la SDA et à travers ses actions.Exemplaire ! Ainsi, non seulement tous les bâtiments récents sont-ils conçus d’après les critères LEED, mais les locataires du parc immobilier signent un bail qui comporte des aspects écologiques.Cinq des huit bâtiments du Technopôle Angus ont par ailleurs une certihcation BOMA Best de haut niveau, qui garantit une gestion écologique poussée de ces immeubles au quotidien; tout le site est encadré par un plan de gestion des matières résiduelles qui permet de recycler plus de 80 % des matières secondaires (reconnaissance ICI ON RECYCLE de niveau 3); un plan de transport global visant à favoriser des solutions de rechange à l’automobile est mis en place et un bilan des gaz à effet de serre (GES) a été réalisé.Bref, l’engagement initial de la SDA envers l’environnement plonge des racines profondes dans toute une série de politiques corporatives et d’activités quotidiennes qui la distinguent dans le domaine immobilier, particulièrement pour un parc d’entreprises.A titre de comparaison.Technoparc Montréal, l’ancien parc industriel de Ville Saint-Laurent, en est encore aux bonnes intentions en ce domaine.La Zone internationale d’innovation environnementale qu’il annonce dans son site Web est composée de huit bâtiments conformes aux normes LEED, avec des toits verts et une démarche d’intervention intégrée.Toutefois, la seule chose qui est construite pour l’instant.c’est un site Internet! Quant à Laval Technopôle, c’est essentiellement une porte d’entrée pour l’implantation industrielle à Laval, où le dévelop^ pement durable n’apparaît ni comme une priorité, ni comme une orientation stratégique.Est-ce à dire que tout baigne dans l’huile et qu’on a résolu au Technopôle Angus la quadrature du cercle du développement durable, qui consiste à concilier environnement, économie et société?Contraintes Ce serait trop beau.La volonté et la persévérance de la SDA en ce domaine se sont heurtées à différents obstacles qui traduisent la difhculté pour une entreprise de concrétiser quotidiennement son parti pris pour l’environnement et le développement durable.A titre d’exemple, la SDA ne peut vivre, même si c’est un organisme à but non lucratif, que s’il y a des locataires qui occupent ses bâtiments.Qr l’un des avantages importants qui pèsent dans le choix des entreprises d’aller s’installer à Angus.c’est l’accessibilité à des stationnements pour les employés et les clients! Pour un organisme qui veut promouvoir le développement durable, c’est une réalité paradoxale qui nécessite réflexion.D’autant plus que, à terme, la croissance des places de stationnement sur le site peut tempérer la construction de nouveaux bâtiments.Cette situation s’explique par l’étalement urbain sur le territoire de la région métropolitaine de Montréal, mais elle est aussi liée à la localisation géographique particulière du Technopôle Angus et à la difhculté qu’a la Société de transport de Montréal (STM) à adapter ses services aux réalités de ce parc immobilier: absence d’abribus, circuits mal adaptés aux horaires variables des employés, liaison pédestre compliquée entre la sta- SOURCE SDA Les services-conseils Hélimax, une des entreprises installées dans les bâtiments du Technopole Angus tion de métro la plus proche et le site du Technopôle, etc.Bref, une concurrence difhcile entre le service de transport en commun et la voiture.Ce sont la marche à pied et la bicyclette qui deviennent les vraies solutions de rechange, surtout lorsqu’il n’y a pas de neige.Autre exemple: la diminution des gaz à effet de serre (GES).La Société de développement Angus entend diminuer les GES générés par les activités quotidiennes des entreprises du Technopôle.L’un des moyens cernés a été de solliciter la collaboration des différents restaurants et cafétérias du site pour composter leurs matières putrescibles.Qr, malgré la bonne volonté des collecteurs de matières et de l’arrondissement, il n’y a pas actuellement de service de compostage offert, faute de lieux ou d’usines pour traiter adéquatement ces matières.Si la SDA a lait preuve de créativité et de détermination dans ses démarches, elle a aussi compris que mettre l’environnement et le développement durable au cœur de sa mission ne suffisait pas.n faut aussi qu’il y ait une volonté politique constante et résolue, des priorités budgétaires conséquentes et une collaboration active des pouvoirs publics et du secteur privé pour adapter les politiques et les offres de services aux défis que pose le développement durable.Cette entreprise, comme certaines autres, doit donc s’armer de patience et exercer une pression constante sur les élus et les pouvoirs publics afin de rencontrer la vision qu’elle transporte depuis déjà 15 ans.Jean-François Léonard est professeur associé au Département de science politique de l’UQAM.Et si on pensait le développement autrement.!i li'a, S IJJIIIII Fiers de mettre nos talents au service d^une vision dWenir.Locoshop Angus 2000 Premier immeuble industriel écologique au Canada (2000) reconnu par Travaux publics et Services gouvernementaux Canada Prix d’excellence, Innovation en architecture (2001) Institut royal d’architecture du Canada Phase 7 4100 Molson 2007 Premier immeuble multi-locatif bureaux LEED-CS au Québec (LEED for Core and Shell / Noyau et enveloppe) LEED-ND Technopole Angus 2009 Premier quartier écologique LEED-ND AU CANADA (LEED for Neighborhood Development - niveau OR) Nouveau CLSC de Rosemont 2070 Nouvelle construction certifiée LEED-NC niveau OR (LEED for New Construction) Ædifîca SOCIETE DE A \ DÉVELOPPEMENT •ANGUS Quinze ans a travailler ensemble.Faut se le dire et prendre un verre pour regarder le chemin parcouru et jaser d’avenir Venez en grand nombre à un 5 à 7 amical rempli de surprises! Mardi 2 février, 17 h à 19 h Locoshop Angus - 2600, rue William-Tremblay R.S.V.P.: info@technopoleangus.com 1999 I,.p'^ecS TECHNO J'i ll-lÆÎ TB de 2, l'Æ ^ (tufMabT.éincltl (b ^ ^.'«A » .g.^^gerie rapid* I iW Metsjucn 9h^ ANGUS / i I wal —«:i If II 1.m f ^ 2007 ^r^jW B il W.- 10] REVITALISATION DU BOULEVARD SAINT-LAURENT Les célébrations seront précédées d’une présentation spéciale de la campagne «Urgence Haïti» du CECI, avec Mario Renaud, directeur général de l’organisme.SDA remercie chaleureusement ses partenaires VIN D’HONNEUR SERVI À 17 H c:3 t- DEPUIS 1067 , C 1NEMA PARALL3 L E communauto CASACOM |g^ Desjardins IfÜal Caisse d'économie solidaire ^ SINCE 1067 maison de communications FONDACTION eSN POUR LA COOPÉRATION ETVEMPLOI B@Q Gascon s associés AVOCÏTS www.gascon.ca DROIT DES AFFAIRES innoVitech jo icœur laçasse PRICEWATeRHOUsEQoPERS Ü TCO
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