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Titre :
Maintenant
Revue d'idées très en phase avec les débats qui animent la société québécoise durant la Révolution tranquille.

[...]

La revue Maintenant arrive et s'inscrit dans l'effervescence du Québec des années 1960, au moment de la Révolution tranquille. Elle a pour vocation de remplacer la Revue dominicaine en créant un lieu de discussion collé sur l'actualité. Pour s'insérer davantage dans l'activité intellectuelle de son temps, la nouvelle revue affiche une facture moins savante.

Père Henri-Marie Bradet, directeur de la revue depuis ses débuts en 1962, rassemble rapidement de nombreux collaborateurs, clercs et laïcs. Plusieurs dominicains, mais aussi Benoît Lacroix, Louis Lachance, Émile Legault, Gérard Dion et Louis O'Neill offrent des contributions à la revue, tout comme les laïcs Hélène Pelletier-Baillargeon, Louis Fournier, Pierre Saucier, Dr Paul David, Ernest Pallascio-Morin, Jacques-Yvan Morin, Guy Robert et Naim Kattan, parmi de nombreux autres.

La volonté d'actualisation du catholicisme prônée par Maintenant tient ses racines dans le personnalisme des années 1930 et son ouverture à l'individualisme, et coïncide, en 1962, avec le programme de réformes du catholicisme de Vatican II, duquel la revue portera l'esprit au Québec. Elle offre une tribune aux catholiques de gauche, soucieux de montrer un esprit actuel et moderne à la jeunesse intellectuelle.

Maintenant s'adapte rapidement aux changements accélérés en cours dans la société québécoise et devient un lieu de débat important. Les clercs souhaitent se positionner comme porteurs d'une conscience morale évolutive de la société vis-à-vis des intégristes et du contrôle de l'Église. Cet humanisme chrétien motive Maintenant à adopter hâtivement le socialisme démocratique et à cautionner et pousser l'idée de l'indépendance politique du Québec.

Le contexte de laïcisation et de pluralité grandissante des affiliations religieuses, conjugué au déclin de l'attachement national canadien-français et catholique, donne naissance à un nationalisme québécois civique qui se manifeste notamment dans la déconfessionnalisation de l'enseignement public. Maintenant en sera partie prenante.

La revue participe ouvertement aux débats sur la régulation des naissances, mais, par principe religieux fondamental, demeure d'abord contre l'avortement. Et bien qu'elle appuie une laïcité ouverte, la revue refuse affronte la position radicale de la relégation du religieux à la sphère privée. Les audaces que Maintenant se permet font des mécontents à la tête de l'ordre dominicain à Rome, qui demande la destitution du père Bradet en 1965. La maison provinciale de l'ordre ne souhaite pas se ranger dans la réaction. Le père dominicain Vincent Harvey prend la relève de Bradet à la direction et offre au contraire davantage d'autonomie à la revue, qui appuie plus résolument le socialisme et l'indépendantisme québécois.

Maintenant souhaite mettre un terme au nationalisme messianique pour que toute la place soit laissée à un mouvement politique pragmatique, qui envisage la souveraineté politique comme moyen pour le Québec de se développer. Tous les dominicains ne sont toutefois pas à l'aise avec les positions politiques de la revue. L'ordre sort de l'aventure en 1969. Son maigre financement est dorénavant assuré par Pierre Péladeau. La revue délaisse alors presque complètement le contenu religieux pour se concentrer sur les questions politiques, sociales et économiques.

Durant la période qui suit, Maintenant accueille des collaborateurs réputés, dont Robert Boily, Jacques Parizeau, Michèle Lalonde, Fernand Dumont, Jacques Grand'Maison, Jacques-Yvan Morin, Guy Rocher, Camille Laurin, Pierre Vadeboncoeur et Louis O'Neill. Hélène Pelletier-Baillargeon y est toujours et sera d'ailleurs nommée directrice au décès de Vincent Harvey en 1972.

Maintenant est affiliée aux journaux indépendantistes et réformistes Québec Presse (1969-1974) et Le Jour (1974-1978). Les trois cahiers publiés en 1975 sont d'ailleurs distribués avec Le Jour. Plusieurs des collaborateurs des dernières années seront des figures importantes du gouvernement et de l'administration du Parti québécois à partir de 1976.

Source:

ROY, Martin, Une réforme dans la fidélité: la revue Maintenant (1962-1974) et la «mise à jour» du catholicisme québécois, Québec, Presses de l'Université Laval, 2012.

Éditeurs :
  • Montréal, P.Q. :les Dominicains en collaboration avec d'autres clercs et des laïcs,1962-1975,
  • Montréal :Éditions Maintenant inc.,
  • Montréal :Editions Maintenant :
Contenu spécifique :
Décembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Revue dominicaine ,
  • Témoins
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Références

Maintenant, 1962-12, Collections de BAnQ.

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¦¦ |j 12 DÉCEMBRE 1962 11 GILBERT CESBRON lé I Demain, l'unité » I RHÉAL GAUDET M I Noël Qu’il nous soit donné de garder l’espoir ! a SISTER ANTONINA lü I Pascal et Péguy 13 1 DENIS DUVAL tH I Procès aux religieuses Vers l’étoile rouge, un homme sur trois se tourne.Ils sont ainsi des millions qui vivent en régime communiste et qui ont un peu l’ivresse de découvrir le monde, mieux encore d’en construire un tout neuf.Leur système soulève un immense espoir.Il y a l’étoile de Bethléem qu’environ un tiers de l’humanité accepte, comme une lumière dans les ténèbres.Théoriquement au moins, le fait de l’Incarnation est leur espoir en dépit des divergences qui font qu’un chrétien sur deux n’est pas catholique.H PIERRE SAUCIER NOUVEAUX CROYANTS M Montréal contre la Province ?Sommaire complet à l'intérieur Les bergers ressentirent le choc ou comme le frisson de l’Incarnation.L’événement leur parut si fantastique qu’ils furent remplis d’une grande crainte, à laquelle succéda une grande joie, dit l’Evangile.Il en est encore ainsi de ceux qui arrivent à la foi, qui admettent tout à coup que « Dieu s’est fait homme et qu’il a habité parmi nous ».Si les enfants sont si joyeux à Noël, c’est que leur regard est neuf et qu’ils peuvent encore s’émerveiller.Leur joie est celle d’une découverte.Puissions-nous ne pas leur camoufler le mystère, sous l’avalanche des sapins endimanchés, des cadeaux et des gâteries ! « VIEUX » CROYANTS J’en connais qui considèrent Noël comme une fête triste, c’est-à-dire qu’ils éprouvent une nostalgie ce jour-là et qui ne trouvent de joie que dans celle qu’ils procurent aux enfants.Pour eux, Noël est une fête du passé, une fête qui vieillit chaque année.On en parle et on en vit comme « en ce temps-là », sans aucun rapport avec « ce temps-ci ».Nous sommes des croyants de naissance, qui n’éprouvent plus le goût de l’exploration, qui ne remettent plus en question la nouvelle sensationnelle de l’Incarnation.Tout est à jamais réglé par des formules qui étouffent.On n’attend rien ou à peu près rien du Ciel, sinon des salaires.Mais les raisons d’espérer et d’améliorer notre monde, nous les attendons plutôt de la technique et de la science.UN NOUVEAU NOËL RÉDACTION, ADMINISTRATION, ABONNEMENTS ET PUBLICITÉ, 2715, Chemin Côte-Ste-Catherine, Montréal-26, P.Q.Tel.739-2758-4002 Chers lecteurs, que Noël vous soit une lumière, qui éclaire votre vie dans ses alternances de grâce et de péché, dans ses épreuves et ses lois exigeantes ! A force de nous cogner sur les parois de la prison que nous habitons, peut-être finirons-nous par découvrir l’Etoile ou l’espoir.Que Noël vous soit une force, qui vous permette d’aimer la vie, comme un devoir à accomplir, une croix à porter et un apostolat à exercer.Soyez délivrés du bonheur, s’il prend le visage de la bêtise et de l’égoïsme, ou s’il consiste à s’étourdir ou à penser à rien.Le Ministère des postes, à Ottawa, a autorisé l'affranchissement en numéraire et l’envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.Frais de port garantis si non livrable.UNE NOUVELLE ANNÉE Même si le Premier de l’An ne marque de coupure ni dans l’année astronomique, ni même dans l’année liturgique, il n’en demeure pas moins impres- c’est^ if iÿ |C ,(1)5 11 115 »-¦ li ^ W*', J '¦i sionnant.Tout en sachant qu’il ne s’agit là que d’une détermination arbitraire, en vue de fixer dans la durée, les hommes et les événements, le Jour de l’An crée un climat d’espoir et d’inquiétude, de joie et d’anxiété.L’entrée dans une nouvelle année ressemble étrangement à un départ fait d’attendrissement et de mystère.Devant cet inconnu les humains veulent se rassurer et c’est sans doute l’exphcation profonde de tous ces souhaits de bonheur que l’on échange.QU'EST-CE QUE LE BONHEUR ?Voilà un mot qui éveille des sentiments fort complexes.Ou bien le cœur s’ouvre à l’espérance dont un tel mot est gonflé, ou bien, il éprouve de la rancune envers ce bonheur qui lui semble un mirage.Quoi qu’il en soit, le mot bonheur sera bientôt sur toutes les lèvres et on l’écrira sur des centaines ou des milliers de cartes (tout en maugréant contre une corvée qu’impose la coutume).Faut-il croire au bonheur ?A ses fils et à ses filles, Dieu l’a-t-il promis ?Souvenons-nous tout d’abord que le but de notre vie n’est pas le bonheur, mais le succès : celui de l’éternité.Ainsi, que le Seigneur nous épargne la vie longue, bien confortable, qui se passe dans la somnolence, à l’abri de tout danger et de tout risque.Qu’il nous donne plutôt une belle vie, celle qui aboutira à Lui, le Bonheur.Excellente année ! Non pas celle qui changera l’humaine condition, ni celle qui supprimera les haines et les égoïsmes, ni non plus celle qui opérera notre transformation morale.L’année sera bonne cependant, si notre bon vouloir, appuyé par le Ciel, sait recueillir une ample moisson de valeurs spirituelles, qui enrichiront le temps et ne permettront pas à sa fuite de nous laisser les mains vides.Un Noël et une Nouvelle année dans un nouvel espoir ! H.-M.BRADE!, O.P.sommaire ACTUALITÉ Diagnostic en vrac .423 ÉDITORIAL H.-M.Bradet, O.P.: Qu'il nous soit donné de garder l'espoir ! 397 ÉDUCATION André Major : Jeunesse québécoise et morale de l'échec 404 Sœur Marie-Emmanuel, S.N.J.M.: La collégienne d'aujourd'hui .406 Un père de famille : Les parents et le bon Dieu .412 ÉGLISE H.-M.Robillard, O.P.: Quand Don Quichotte s'en va-t-en guerre .400 Norbert Nagy : Serai-je Lacor- daire ?.402 Jean-Anselme Mathys, O.S.B.: St-Benoît du Lac: cinquante ans 416 Sœur Sainte-Marie-Eleuthère, C.N.D.: Les bonnes Sœurs.Par- lons-en ! .420 Denis Duval, ptre : Procès aux religieuses .421 LITTÉRATURE Jean-Paul Vanasse : Le hockey tel qu'on le parle .425 Sister Antonina, C.S.J.: L'inquiétude pascalienne chez Péguy 432 G.R.— M.L.: Livres .435 Venant Cauchy : Une revue canadienne de Philosophie .436 MORALE Encore la limitation des naissances .403 Marcel-Marie Desmarais, O.P.: Bien manger, est-ce donc un péché ?.414 NOUVELLE Rhéal Gaudet : Lueur nostalgique sur Noël.418 POLITIQUE Pierre Saucier : Le rat de ville et le rat des champs au Québec ! .424 Noël Pérusse : Salaire minimum et nationalisme économique .426 SOCIOLOGIE Gilbert Cesbron : Demain, l'unité .440 TABLE ANALYTIQUE « 1962 » .437 Le Directeur de Maintenant a donné à La Presse du 29 septembre une entrevue sur « Ce que j’attends du Concile ».Il y disait notamment : « Comme ancien curé, j’attends que l’on fournisse à l’apostolat des laies d’autres cadres d’action que les Ligues du Sacré-Cœur, Enfants de Marie, Dames de Sainte-Anne, Dames du Rosaire, Tiers-Ordres, etc., parce que ces associations, à mon avis, ne fournissent plus la spiritualité adaptée à notre époque ».Les Tiers-Ordres semblent avoir reçu la consigne de dénoncer à son supérieur l’auteur de ces opinions et quelques chapitres se sont exécutés.Mais ni les membres ni les aumôniers de ces confréries n’ont offert à Maintenant une justification raisonnée de leur indignation contre le P.Bradet, ou de leur partialité en faveur de ces institutions, vénérables au moins par leur ancienneté.Aussi pour étayer des opinions forcément exprimées en raccourci, avons-nous demandé à des collaborateurs de reprendre la question.Quant aux Lacordaires, un article de Pierre Valcour en février (Maintenant, p.64) nous a également valu l'attention de quelques promoteurs.Mais une fois décantée l’émotion, il ne restait guère, dans certains cas, que l’invective un peu grosse.Dans certains autres, rien du tout.Si les observations de Norbert Nagy ne paraissent pas justes, qu’on s’explique posément : nous publierons volontiers.LA RÉDACTION Les oeuvres paroissiales QUAND DON QUICHOTTE S’EN VA-T-EN GUERRE Don Quichotte en avait contre les moulins à vent : Les moulins à vent ne sont pas morts, Don Quichotte non plus.Il renaît avec eux : noblement, bardé de fer ou chevauchant une machine à écrire.DON QUICHOTTE DE LA ISQUIERDA Isquierda, pour les non-initiés, c’est la « gauche ».Don Quichotte de la Isquierda part en guerre, à l’heure actuelle, contre rien moins que ces vénérables institutions que sont, dans notre Eglise, les Dames de Sainte-Anne, Enfants de Marie, Ligues du Sacré-Cœur, Tiers-Ordres et que sais-je.Voilà les moulins qu’il veut raser au sol.Scandale ! Et pourtant Don Quichotte est un puriste des bonnes œuvres, et d’une grande sincérité.A son point de vue, ces mouvements ont trop peu donné dans le passé, et ils font figure dans le présent de nuisance au plan pastoral.A l’âge de la propulsion atomique, il faut autre chose pour produire les chrétiens sur lesquels l’Eglise compte, et les mettre en orbite.Nos « moulins », à son gré, ont produit plus de vent que de farine : changeons-les pour du neuf ! Ils ont d’ailleurs la grande faiblesse, irrémédiable, de repousser plutôt que d’attirer les âmes vraiment soucieuses de dépassement et de fécondité.Leur sévérité, certes, n’a plus rien pour épouvanter personne.Mais, justement, leur laxisme et leur nullité même, au plan idéologique, accusent leur inutilité.En dehors de certaines interventions intempestives dans le domaine social ou politique, des ambitions ou jalousies paroissiales qu’ils favorisent, de leur apparence de quadrilatères solides mais creux, on ne voit plus ce que ces mouvements représentent, et à quelle fin on s’acharnerait à les maintenir.DON QUICHOTTE DE LA DIRECHA En 1962, tout est possible.Un nouveau Don Quichotte vient de se lever, cette fois, pour la défense desdits « moulins à vent ».A Don Quichotte agresseur et « communisse », s’oppose Don Quichotte gardien des vierges et « intégrisse ».Terrible lui aussi, et aux épaules fourrées comme un joueur de football.On craint cependant qu’il ne fende, comme son rival, l’air libre, fermant les yeux et s’aveuglant pour ne pas voir le mal qu’on entend lui faire, ni celui qu’il pourrait faire : car en son âme pacifique, il craint autant de blesser que d’être blessé.« Ces mouvements doivent être, parce qu’ils sont.Ils sont parce qu’ils doivent être.Us seront ce qu’ils ont été.Us ont été ce qu’ils devaient être.Voyons-y, soyons-en, sauvons-les !.» BUON PROVECHO ! On souhaite aux adversaires un bon butin, et surtout une trêve prochaine.Offenseurs d’un zèle trop absolu, défenseurs quelque peu aveuglés, nous vous invitons par la présente à faire le point et à vous essuyer le front.Faut-il vraiment détruire pour construire, ou reconstruire pour détruire ?Est-il opportun de s’acharner à sauver ce à quoi on croit de moins en moins, ce à quoi l’on tient parce qu’on est convenu d’y tenir ?Y a-t-il, du point de vue efficacité, une telle différence entre les mouvements d’hier et ceux d’aujourd’hui, qu’il vaille la peine de s’entre-déchirer pour les mouvements, quand les âmes crient détresse ?Ce qui fait un mouvement, c’est l’esprit qui l’anime ; ce qui le tue, c’est la pesanteur humaine.Tout va mal dans un mouvement quand l’organisation y prend le pas sur la formation ; l’institution sur l’inspiration.LES MOUVEMENTS PAROISSIAUX A l’origine, tous ces mouvements projetaient, d’une manière très intelligente et très adaptée à notre milieu, de grouper les pères de famille, les mères de famille, les jeunes filles d’âge nubile : entités fondamentales, incontestablement, bien caractérisées, et travaillées par des besoins communs et facilement décelables.Seulement, voilà : les bouleversements économiques et sociaux subis par la nation canadienne-française ont en partie vidé ces cercles de leur ancienne substance.Les mères de famille d’une paroisse de ville, ne se ressemblent pas comme celles d’une paroisse de campagne.Parmi les enfants de Marie, il y a la jeune fille servante dans une bonne famille, celle qui travaille pour un patron entreprenant, celles qui vont à l’usine et des débutantes désœuvrées.L’unité des groupements est de plus en plus difficile à réaliser.Elle ne se réalise, d’ailleurs, qu’au détriment de l’ensemble.Les rencontres ne se font plus sur une base spirituelle, ou guère.On veut être Dame de Sainte-Anne pour avoir droit aux funérailles plus solennelles, et Enfant de Marie parce que la chorale chantera au mariage.Dans ces conditions, que reste-t-il de l’Esprit ?Voire de l’esprit ! La chair et le monde ont tout repris.Comment de telles institutions fabriqueraient-elles les cœurs virils et les intelligences lucides sur lesquels seulement on peut compter à l’heure actuelle ?LES TIERS-ORDRES Et les Tiers-Ordres.A ce seul mot, je sens frémir maints lecteurs, les uns effrayés par la crainte d’austérités insupportables, les autres révoltés par une image ridée de la vie, par ce qu’ils estiment être un refus de la condition humaine actuelle.Synonyme pour certains de préparation à la mort ou d’assurance pour l’au-delà, sait-on seulement que le Tiers-Ordre, à l’origine, était un idéal de perfection témoignant d’un retour à l’Evangile et à l’esprit apostolique ?Attachés à la milice de saint François et de saint Dominique, poursuivant la même révolution au sein de l’Eglise, les Tertiaires ne visaient qu’à être les émules laïques de ces grandes compagnies, lancées à la reconquista de l’esprit des Béatitudes.Il n’y a, pour s’en assurer, qu’à relever dans le calendrier la quantité impressionnante de saints et de saintes sortis de ces formations, pour voir ce qu’elles ont pu représenter.Ames d’élite, étonnantes de zèle et d’audace, originales, partout fascinantes.Hélas ! le même Tiers-Ordre a-t-il échappé aux atteintes du temps ?Le sel, au cœur de ces confréries, ne s’est-il pas affadi ?Le feu qui y brûle est-il vraiment celui qui dévorait le cœur de saint François, ou ce besoin de clarté, de vérité, de lumière, qui faisait rayonner le front si intelligent de saint Dominique ?ALORS, PAIX ET RÉFLEXION ! Alors, révérends défenseurs et agresseurs, rentrez vos armes ! Avant d’anathématiser les mouvements paroissiaux, ou de risquer votre tête pour leur salut, considérez ce qui est, et non ce que vous voudriez qui fût.Ce qu’il faut sauver, ce n’est pas l’honneur, c’est la vie ! La vitalité d’une œuvre n’est pas une question d’histoire, mais de présence.C’est une tendance trop humaine qui nous porte à miser sur les cadres, au mépris total de leur adaptation au milieu.N’a-t-on pas assez dit de l’Eglise, vue à ce niveau, qu’elle occupe toujours victorieusement les positions que les adversaires viennent de quitter parce que dépassées.A vrai dire, les noms nous importent peu, les formules pas davantage.Une chose nous retient : les besoins de l’heure, et la formation profonde de ceux qui ont à y répondre.De chrétiens bien formés, il est toujours possible de tout attendre ; mais de cinquante mille ligueurs, dont presque pas un ne sait pourquoi il l’est, ni à quoi sa condition l’engage, il y a peu à escompter.Et, sans doute, l’Eglise a-t-elle traversé les siècles, convoyée par des millions de voleurs, de prostituées, d’égoïstes, de paresseux et autres, qui ne savaient pas trop non plus pourquoi ils en étaient.Mais ce n’est justement pas à eux, mais aux saints parmi eux, qu’elle a dû de survivre, assistée de la vertu sanctifiante de l’Esprit.HYACINTHE-M.ROBILLARD, O.P.En collaboration Les tempérants SERAI-JE LACORDAIRE ?Un élément incontestable de surprise pour le Français qui arrive ici, ce sont les Lacordaires.Le premier que je rencontrai était un jeune homme, fort sympathique par ailleurs, militant tout dévoué d’un mouvement d’Action catholique.Et comme j’étais intrigué par son insigne bleu rayé de blanc, il m’expliqua : « Je suis Lacor-daire ».Pourquoi « Lacordaire » ?Dans ma pensée, ce titre évoqua aussitôt une sorte de Cercle d’Etudes où des jeunes gens s’exerçaient à l’éloquence.Mon ami me détrompa.— « Non, dit-il.Ce n’est pas cela.Les Lacordaires sont des gens qui ont fait vœu de ne jamais absorber aucune goutte d’alcool ni de boisson alcoolisée».Déjà, je n’y étais plus.Par quelle subtile opération de l’esprit en était-on venu à associer le nom du grand tribun sacré à un groupement d’abstinents ?C’est la question que je me posais alors, et à laquelle personne n’a encore donné de réponse.Pas de nuances —• « Mais, demandai-je à cet excellent garçon, j’imagine que votre vœu comporte des nuances ?Si, par exemple, vous êtes invité à dîner chez des amis, et que la maîtresse de maison, vous ayant servi une appétissante pâtisserie de sa confection, vous révèle, pendant que vous vous régalez, qu’il s’agit d’un baba au rhum ?Qu’allez-vous faire ?» — « Je recracherai le morceau dans mon assiette », m’affirma le garçon.Et je vis à son air qu’il ne plaisantait pas.Un dissident J’étais de plus en plus rêveur.A quelques jours de là, je me trouvais à table, dans une maison amie, près d’un prêtre de forte carrure, à la fourchette honnête et au verbe sonore.Et, au cours de la conversation, l’esprit tout préoccupé de ma récente découverte, je hasardais : — « Pardon, monsieur l’abbé, seriez-vous Lacordaire ?» L’abbé tourna vers moi un regard sans aménité, et, très pince-sans-rire, laissa tomber : — « Monsieur, j’ai encore la tête sur les épaules.Non, je ne suis pas Lacordaire ».J’étais à demi rassuré.Donc, l’abstinence totale n’avait pas tout à fait force de dogme.Et lorsque, à quelque temps de là, un mien voisin, président de la section paroissiale des Lacordaires, me laissa entendre qu’il me considérait comme un semi-hérétique, parce que je revenais de la Commission des Liqueurs avec un gallon de vin rouge, je ne m’en émus pas outre mesure.Le pays du vin Que le lecteur me comprenne.J’arrivais de France, et d’une région renommée pour ses vignobles : je suis né dans le terroir des « Fins Bois » auquel les meilleurs cognacs doivent l’une de leurs trois étoiles.Et dans ma tendre enfance, je n’entendais jurer autour de moi que par les noms de « Môssieu Hennessy » et « Môssieu Martell ».Je venais par ailleurs de passer huit ans dans une organisation qui m’avait mis en contact quasi quotidien avec ce que j’appellerai — toute révérence gardée — la cléricature de mon pays.Et j’avais pu constater, en de multiples occasions, que l’abstinence totale n’a guère d’adeptes dans ce milieu.Or, je ne pense pas que le clergé français soit moins éclairé, moins zélé et moins digne que celui de n’importe quel autre pays.Joyeux clergé J’avais assisté, peu de temps avant mon arrivée ici, dans la bonne ville d’Arbois — dont le vin, comme chacun sait, « plus qu’on en boit, plus qu’on est droit » (Henri IV dixit) — à la fête du Biou.C’est une manifestation mi-religieuse mi-profane, au cours de laquelle les vignerons du pays viennent processionnellement en l’église offrir au Seigneur — symbole de leur travail et prémices de leurs vendanges -—• une énorme grappe, faite de mille grappes accrochées à une forme moulée en grillage.Et le prédicateur de circonstance, un chanoine aimable et disert, avait, durant trois quarts d’heure d’horloge, vanté les mérites de la vigne et du vin, à grand renfort de textes scripturaux.Je me revoyais, vers la même époque, à un congrès d’Action catholique, où tel évêque, délaissant la table d'honneur, était venu s’asseoir à la table de ses délégués diocésains, partageant avec eux une vieille bouteille qu’il avait fait apporter.Et je revoyais aussi tel autre chef de diocèse, naguère encore aumônier fédéral, offrant, à la buvette, à l’un de ses anciens, retrouvé là, le vin blanc de l’amitié.Je me souvenais encore de cette session d’aumôniers, où 120 jeunes prêtres, en récréation, faisaient retentir les échos d’une rengaine militaire exaltant les mérites de « Fan-chon ».Quoique bonne chrétienne, fut baptisée avec du vin.Elle aime à rire, elle aime à boire, Elle aime à chanter comme nous, scandaient avec conviction les 120 jeunes prêtres, avant de se replonger dans l’étude ardue de leurs problèmes pastoraux.On comprendra peut-être qu’avec de tels antécédents je pouvais me trouver un peu ébahi par ce déploiement d’activités, se donnant des allures quasi sacramentelles, au service de l’abstinence totale.Jeux de mots Quelques années ont passé depuis, et j’avoue ne pas être encore converti.Tout d’abord, je trouve un peu cavalière l’aisance avec laquelle certains apôtres de ce mouvement excellent dans l’art de jouer sur les mots.C’est, en effet, le plus souvent, au nom de la sobriété que l’on prêche l’abstinence totale, et l’adhésion aux Lacordaires.Ce qui n’est quand même pas la même chose.La sobriété, si j’en crois les meilleurs auteurs, est « la tempérance dans le manger et le boire », et la tempérance « une vertu qui nous fait éviter tout excès et user de toutes choses avec modération » (Mgr Cauly, Catéchisme expliqué).Or, entre « éviter tout excès » et s’abstenir totalement, il y a quand même une nuance : ce n’est pas parce que des fous font des excès de vitesse sur les routes 403 que les gens sages doivent vendre leurs voitures.Et le feraient-ils que cela ne guérirait pas les fous.Et la Bible J’aimerais bien par ailleurs qu’on me montrât dans les textes sacrés des passages qui puissent justifier cette horreur quasi panique du fruit de la vigne.Le choix est vaste parmi les citations, qui parlent dans un autre sens, du « bon vin qui réjouit le cœur de l’homme » de l’Ancien Testament au « prends un peu de vin pour ton estomac » de saint Paul, en passant par les Noces de Cana, et le scandale des pharisiens devant Jésus « buvant du vin avec les publi-cains ».Et j’omets volontiers toutes ces paraboles où le Père est comparé à l’homme qui planta une vigne.Quant aux passages qui condamnent l’ivrognerie, tout mon contexte prouve, je pense, que j’y souscris des deux mains.J’aimerais bien apprendre, en passant, comment certains exégètes bien intentionnés en arrivent à traduire le vinum non habent de saint Jean en « ils n’ont pas de nourriture ».Les textes, eux aussi, ont leurs martyrs.— « Mais alors, allez-vous me dire, vous êtes contre les Lacordaires ?C’est pourtant une bonne œuvre, qui aide bien des gens à marcher droit, dans le bon chemin ».Chacun sa façon Mais non, mille fois non, je ne suis pas contre.Pas plus que je ne suis contre l’usage des béquilles, cannes ou autres appareils dont ne peuvent se passer certaines personnes affligées dans leur corps.Ce que je voudrais simplement, c’est qu’on ne me demande pas de considérer l’usage de ces accessoires comme un signe de santé parfaite.Si quelques-uns, pour marcher droit, ont besoin d’un tel soutien, soit.Si les Lacordaires, pour éviter tout risque de chute, préfèrent choisir l’abstention totale, c’est leur droit.Mais qu’ils veuillent bien admettre que d’autres, tout aussi soucieux qu’eux de plaire au Seigneur, essaient de Lui rendre gloire en usant raisonnablement de Ses biens, confiants dans le secours de Sa grâce, et dans la pratique de certaines vertus que leur enseigna le petit catéchisme, et auxquelles ils s’exercent du mieux qu’ils peuvent.Encore la limitation des naissances CONTRADICTION ?Révérend Père Directeur de Maintenant, Je lis dans Cité Libre, numéro de novembre, page 26, colonne b — à propos de la limitation des naissances par l’usage des procédés contraceptifs — Vaffirmation suivante : «Au fond, ce contre quoi on en a, ce n’est pas l'objectif, ce sont les moyens employés.Mais chaque peuple, chaque homme en décidera suivant sa morale.Pourquoi veut-on que les Musulmans, les Hindous et les païens se conforment à la morale catholique ?Certes, un Etat ne peut imposer un contraceptif qui répugne à la conscience de ses citoyens.Il ne peut même pas imposer aux couples la prévention des naissances, quelle que soit la technique suggérée.Mais il me semble que les catholiques ne peuvent pas non plus, imposer leurs règles morales à des peuples qui y sont étrangers ».Si je comprends bien, l’auteur de ce texte veut dire que la doctrine de l’Eglise est applicable aux seuls catholiques.Je me rappelle avoir lu dans Maintenant, il y a quelques mois, un article qui présupposait au contraire que cette doctrine a une portée universelle.Votre collaborateur aurait-il pris une « attitude ambiguë » ?Maintenant voudra-t-il nous apporter un supplément d’information sur cet important problème ?Un abonné de Maintenant, Cher monsieur, L’article du Père Parent sur la « limitation ou régulation des naissances » (Maintenant, avril 1962, pp.141-142) entendait sans doute exposer la « doctrine catholique » sur ce problème et en montrer la valeur.L’article de M.Henripin : « Le problème de la population du monde » (Cité Libre, novembre, pp.26-27) se place dans une tout autre optique, celle d’un démographe.Voyant dans la limitation des naissances le remède à la surpopulation, spécialement des pays sous-développés, il met en garde contre la confusion qu’il est facile de faire entre « l’objectif poursuivi » (la limitation des naissances) et « les moyens employés (dont la plupart sont contraires à la morale officielle catholique) ».Je ne crois pas qu’il y ait rien à redire là-dessus.Pas plus, du reste, que sur le droit de tout pays et de tout citoyen à vivre conformément à sa morale.Par ailleurs, M.Henripin a-joute, en conclusion, une réflexion qui montre la complexité de ce problème de la limitation des naissances, qui n’est pas simplement un problème de morale « catholique », mais de « morale naturelle » : « Je ne suis pas théologien et je ne sais quel édifice moral on pourrait élaborer qui n’accorde pas presque toute la place à la finalité matérielle de l’acte sexuel.Est-il possible de tirer de la tradition chrétienne des impératifs qui s’imposent avec autant d’exigence à l’égard de la lutte contre la misère, que les impératifs qui découlent de l’interprétation d’un acte physiologique ?» Norbert Nagy L.B.A.B. AFFRONTEMENT 'sliëfe .L’éducation ne se discute pas qu’officiellement.Si la politique, les Commissions Royales et les Syndicats s’en mêlent, les personnes privées aussi.Et notamment les principaux intéressés : éduqués, éducateurs, parents.MAINTENANT confronte ici ces trois points de vue.Sans être parfaitement d’accord avec tout, nous retrouvons le type d’attitudes fort répandues, l’écho de nombreuses récriminations.Si la contradiction et surtout la réflexion devaient s’ensuivre, le but serait atteint.LA RÉDACTION L’éduqué Jeunesse québécoise et mora le de l’échec La crise, longtemps refoulée, qui morcelle actuellement le Québec aura de multiples et complexes répercussions qu’on peut déjà prévoir.Cette crise est générale : elle se vérifie autant en religion qu’en politique, autant en art qu’en économie — ces activités étant organiquement liées.Les fondements de cette crise se sont constitués depuis quelques générations ; il est donc normal qu’elle éclate, qu’elle aboutisse.Il s’agit, maintenant que nous en sommes les témoins et les protagonistes, de la comprendre et d’en déduire une logique d’action.Cette crise s’est développée lentement et sourdement ; le déblocage est tout récent.Ce furent, il y a un an à peine, les procès de la religion, de la politique, de l’éducation, etc.Accusateurs et accusés en ont appelé à tant de principes qu’il n’est pas aisé de savoir au nom de qui et de quoi on met en question notre existence nationale.C’est la confusion.La bataille ne fait que commencer et rien ne permet d’espérer ou de souhaiter un prochain règlement.Il faut dire toutefois que cette crise est jusqu’à un certain point saine et nécessaire.Il faudrait, pour élucider les problèmes suscités, dégager les perspectives de ceux que concerne ce qu’on pourrait appeler l’état de guerre.Le danger serait de faire des procès d’intention.Contentons-nous seulement de montrer les implications de cette crise de libération et les attitudes qui la sous-tendent.Education Des réformes sont proposées, avec des variantes dans leurs applications.Le Mouvement laïque exige un système d’écoles neutres réservé aux agnostiques et à ceux qui le préféreraient à l’école confessionnelle (dans le cas où cette dernière ne serait pas transformée).Même si un système d’écoles neutres était créé, le problème n’en serait pas pour autant résolu : resterait à faire accepter le phénomène de l’incroyance pour que se réalise l’idée d’un pluralisme sain et démocratique.Sinon la réforme demeure superficielle.De plus, il faudrait que le gouvernement québécois reconnaisse clairement la nécessité de l’école neutre et agisse en conséquence, ce à quoi il ne semble pas disposé.Qu’on améliore les programmes d’enseignement, qu’on procède à l’examen critique de notre méthode pédagogique, cela est plus que nécessaire.Beaucoup travaillent à cette rénovation.Mais l’école neutre est également urgente, et ceux qui s’y opposent ne font que retarder l’application d’une justice sociale restée en plan.Nous voyons donc un mouvement socialement nécessaire bloqué par la prudence injustifiable des Autorités et l’inconscience de certains fanatiques.La jeunesse ne croit pas à l’efficacité de notre gouvernement parce que son slogan « Il faut que ça change » lui est apparu comme une vulgaire manœuvre électorale.C’est pourquoi elle se désintéresse du problème de l’éducation et le laisse aux « vieux » (il faut excepter ici quelques jeunes qui tentent de résoudre ce conflit dont ils ont peur que nous soyons encore les victimes.Pour cette jeunesse, il n’y a rien à faire : les jeux étant truqués, elle renonce.On peut sans doute lui reprocher de ne pas comprendre la complexité du problème ; elle répondra qu’on ne fait rien pour le simplifier.Et elle aura partiellement raison.Parce qu’un manque de radicalisme — comme le soulignait Pierre Vadeboncœur — nous retient encore aux maigres réformes qui mystifient les moins exigeants.On voudra que j’explique les raisons profondes qui rendent l’école neutre si urgente.Qu’on parle tant soit peu aux jeunes, ceux qui ont vingt ans, et on verra qu’un sérieux changement s’est produit : la jeunesse intellectuelle ré-* vêle, du moins en ce qui concerne son élite la plus agissante, un agnosticisme dont je montrerai les diverses tendances ; la jeunesse laborieuse, si elle n’est pas à proprement parler agnostique, vit la réalité religieuse dans l’indifférence (indifférence à la pratique du culte surtout).On dira que cette situation indique bien le besoin d’une rénovation de l’école confessionnelle, d’une conception plus large, plus dynamique, de la conscience religieuse.Cette nouvelle école conviendrait certes aux catholiques.Mais il faut dès maintenant résoudre le problème de l’école neutre, étant donné la forte proportion d’agnostiques et d’athées, dont le nombre va s’accroissant —- comme l’avait prévu Jean LeMoyne.J’ai parlé des diverses tendances de l’agnosticisme ; elles expriment trois pensées : l’anarchisme ou l’agnosticisme total, la pensée sartrienne et phénoménologique, et en troisième lieu le matérialisme dialectique.Ce sont les deux dernières qui représentent le mieux la jeune gauche québécoise.Cette gauche est sans doute l’élément le plus radical, le plus exigeant, de notre intelligentsia.Quant à ceux qui défendent l’agnosticisme total, ils n'apportent qu’un élément négatif puisqu’ils refusent toute pensée systématique ou cohérente.La jeunesse authentiquement croyante essaie, pour sa part, d’élaborer une pensée et une pratique religieuses qui ne seraient pas aliénantes comme elles le furent jusqu’à maintenant.Ce qui est le plus déprimant, c’est de voir que beaucoup de jeunes ignorent la gravité du problème de l’éducation.Politique et économie Le manque de radicalisme que nous déplorons se retrouve dans les idées qu’on nous propose pour résoudre nos problèmes économico-politiques.Qu’ü faille éliminer de nos mœurs électorales la corruption et le « marchandage » des consciences, cela est évident.Que nos députés à Ottawa adoptent une attitude plus ferme, cela est un pis-aller et un moyen d’éluder le problème crucial autour duquel se concentrent tous nos conflits : l’indépendance nationale.Voilà ce que pense la jeune gauche.Elle croit que toute remise en question de notre réalité nationale se fonde sur cette perspective (la libération nationale) puisqu’elle détermine le sens de notre avenir.Le sens global s’entend.Choisirons-nous de nous intégrer lentement mais sûrement au monde anglo-canadien — vu notre dépérissement démographique et notre dépendance économique et politique —, ou prendrons-nous en main un destin dont nous sommes libres de décider ?D’une part, on croit à la validité de la Confédération, alléguant qu’elle est une très féconde expérience ; et, d’autre part, on mesure l’amoindrissement de l’homme québécois.Les premiers veulent participer à une réalité binationale dont la jeune gauche se demande comment l’illusoire unité peut sembler valable.Cette supposée réciprocité permise par une coexistence peu efficace lui semble inacceptable puisqu’elle n’est qu’idéologique, c’est-à-dire servant à masquer notre sujétion.Elle désirerait que nos hommes politiques aient le courage de préciser un programme économique visant à notre décolonisation.Mais il n’y a que timides propositions de la part du gouvernement et réactions stupides de la part de la droite.Devant la nationalisation probable, la gauche est sceptique et heureuse à la fois : elle se demande jusqu’où ira ce mouvement à peine amorcé.La jeunesse, prise en bloc, ne croit pas tellement à notre avenir collectif, c’est un fait indéniable.Et son indifférence le confirme.Morale de l'échec L’absence de dynamisme de notre société a suscité une morale de l’échec.A tous les niveaux, comme nous l’avons vu, c’est la prudence, la peur.Dans un tel climat, l’impuissance devient vertu.La jeunesse se désolidarise de la réalité sociale.Il y a rupture et rupture totale : elle est morale.Valeurs sociales et valeurs éthiques sont rejetées.Et c’est un certain anarchisme, forme de refus irrationnel contre tout système de valeurs, qui règne.Nous pouvons en localiser les manifestations.Prenons la sexualité qui, parce qu’on en faussait le sens, devient une nouvelle aliénation : le sexua- lisme ou culte du sexe, évasion par le sexe, ce dernier étant considéré comme l’unique réalisation possible.A qui la faute ?Pas seulement à la jeunesse.De même voyons-nous d’autres phénomènes tout aussi décevants : de la politicaillerie on passe au mépris de toute politique, d’un formalisme moral à l’anarchisme, d’un faux nationalisme à un internationalisme béat et abstrait, etc.L’individualisme prend une forme de plus en plus dégradée et dégradante.C’est Henri LEFEBVRE qui écrivait dans Critique de la vie quotidienne : « .il se développe une curieuse mythologie de l’échec, considéré comme preuve d’authenticité.C’est une forme élaborée (éthique) d’un fait de la vie quotidienne, la déception, avec une adjonction idéologique importante (la preuve d’authenticité) ».Cet échec moral (refus de la réciprocité, de la responsabilité, de la fraternité) donne l’illusion de l’authenticité, étant donné que les valeurs refusées apparaissent injustifiables et fausses.J’échoue, donc je suis : attitude qui ne s’explique que sociologiquement.Devant le fiasco de notre existence nationale, une jeunesse choisit ou est tentée de choisir le suicide moral.Elle a brisé les liens qui l’étouffaient et, de peur d’engager un combat trop exigeant, elle se retranche derrière une conscience privée, coupée de toute conscience collective.On dira que cette attitude manque de grandeur et d’intelligence.C’est vrai.Mais cet amoralisme découle d’un immoralisme également injustifiable.Si la jeunesse est fautive, et elle l’est, nos institutions et leurs responsables le sont aussi et grandement.Mais il n’y a pas de fatalité : nous pouvons encore choisir la dignité.Non pas la dignité du vaincu, mais celle de l’homme libre, responsable de lui-même et de la communauté dans laquelle il se réalise.Certes, nous sommes au cœur d’un vaste problème dont il est impossible de saisir toutes les implications ; cela n’est pas une raison pour se résigner à l’état actuel des choses, aux réformes sans envergure qu’on nous propose.Nous sommes à un moment où tout choix est décisif, et notre choix est nécessaire.La jeune gauche le comprend : obstinément, elle ouvre le chemin à un humanisme concret, fondé sur la réalité québécoise et les possibilités qu’elle recèle.L’échec avait un aspect séduisant, mais il ne satisfait guère les jeunes qui sont conscients de la nécessité d’une révolution.André Major 406 L’éducateur La collégienne d’aujourd’hui Oser demander à un professeur de dresser le bilan réaliste de ce qu’est la collégienne d’aujourd’hui et ce qu’on en attend, n’est-ce pas provoquer un adulte à devenir plus audacieux que la jeunesse elle-même ?Je sais que plusieurs étudiants ont tenté de s’exprimer sur ce qu’ils exigent du monde adulte, de leur collège et de leurs professeurs.Souvent leurs réclamations étaient valables, leur enquête sérieuse ; mais il faut bien admettre que les jeunes ne sont pas tendres pour ceux qu’ils jugent et que souvent ils condamnent rapidement et avec brutalité.D’ailleurs ils savent très bien comment ils procèdent et plusieurs n’ont pas le désir de modifier leur attitude.Faire choc, cela fait bien.Et puis « on est lucide, quoi ! » Et pourquoi pas ?Même si au même moment un bon nombre de spécialistes et de maîtres en la question réfléchissent et s’interrogent avec prudence et circonspection, dans un authentique climat de sincérité.LE DIALOGUE EST UN LABEUR Dans Maintenant (avril 1962), le Père A.Liégé, O.P., soulignait la difficulté d’un vrai dialogue et déclarait qu’il est une « chose rare et aussi un vrai labeur.Trouver la longueur d’ondes.accorder son langage en le dépouillant de toute agressivité comme de toute sentimentalité pour qu’il ne trahisse pas l’échange », c’est tout de même cela qu’il faudrait, et c’est de là que je partirais pour préciser quelques situations qui justifieront, je l’espère, certains aspects de l’exigence d’un professeur face au monde collégial féminin, surtout au niveau des Belles-Lettres et de la Rhétorique.Quelles sont les misères et les grandeurs, les aspirations et les angoisses, les ressources et les difficultés de la collégienne ?Dans quel climat doit-elle évoluer ?A quoi et par qui est-elle sollicitée ?Comment veut-elle réagir ?Comment le peut-elle ?Toutes ces questions et beaucoup d’autres ont été posées et plusieurs réponses sont déjà très éclairantes.Pratiquement, concrètement, comment résumer ce qui se passe ?MISÈRES ET GRANDEURS Il semble relativement facile de préciser les misères et les grandeurs de la jeunesse en général1.Positivement J.Vieujean énumère les dons précieux de la jeunesse : poésie, admiration, en-thousiame, créativité, générosité, intégrité, courage, espoir, joie.D’une façon plus restrictive et avec beaucoup de perspicacité, s’appuyant sur de bonnes enquêtes et des témoignages authentiques (ce que personnellement je n’ai pu faire récemment), ce psychologue souligne toute une série de faiblesses : absolutisme, crise d’originalité, lucidité luciférienne, sincérités fallacieuses, drame de la liberté et l’éternel malentendu sur le désir et l’amour.D’une façon générale je concède à la collégienne les dons précieux de la jeunesse.Je retiens quelques-uns des complexes, non pour les lui reprocher avec malice, mais parce que l’expérience et la psychologie la plus élémentaire révèlent que peu d’entre elles y échappent.et il arrive que les adultes soient étonnés, déçus.Un grand et noble désir d’être intègres, totales et surtout une volonté ferme d’échapper à la médiocrité, à l’embourgeoisement, au conformisme, provoquent chez elles des attitudes qui manquent de nuance, de prudence, de tolérance.On juge facilement, et c’est définitif.On crâne par désir d’originalité.Quelques-unes ont même déjà déclaré manquer de politesse et de prévenance par crainte d’être reconnues « bonnes petites filles » ou simplement « collégiennes exemplaires ».D’autres — et elles seront les premières remarquées, étiquetées —, seront consciemment bohèmes.Par défi ?Même pas, mais parce que c’est plus simple comme cela et qu’après tout, c’est une question de détails.Par contre, ces mêmes collégiennes noteront avec beaucoup d’intelligence et de lucidité que tel professeur néglige son langage, que telle compagne est vraiment téméraire dans les risques qu’elle prend.Il en est même qui sou- 1.J.VIEUJEAN, Jeunesse aux millions de visages, Casterman, 1961.P.BABIN, Les jeunes et la foi, Ed.du Chalet, 1961.ligneront que les parents d’une de leurs amies viennent d’échapper une bonne occasion de regagner la confiance de celle qu’ils appellent leur « grande fille ».Je n’irais pas jusqu’à déclarer que la lucidité de la collégienne est luciférienne, c’est un peu fort comme expression, mais elle est parfois cruelle, quelque peu méchante et cela fait mal parce que la froide raison l’emporte sur la compréhension humaine.Pourtant l’une des caractéristiques de la jeunesse n’est-elle pas d’admirer et d’exiger cette compréhension humaine qui est proposée à tous, même sur le plan d’un strict humanisme ?ET LA LIBERTÉ Quant au drame de la liberté, il existe.Pour l’étudiante des classes d’humanités, surtout celle qui n’a pas encore abordé la discipline philosophique avec des maîtres dont elle accepte la compétence, « liberté » égale « indépendance ».Là je pense que le problème se complique, surtout si la collégienne (à tort ou à raison) se sent contrainte à la fois au collège et chez elle.Même et surtout quand cette contrainte repose sur ce que les jeunes adultes considèrent comme des détails.De multiples exemples prouveraient que nous tournons en rond, professeur, parents, élèves, et que seule la possibilité d’un dialogue axé sur la charité chrétienne et peut-être même sur un simple mais véritable humanisme sauverait une situation qui va s’amplifiant du fait que presque tout est remis en question et que partout les termes de paternalisme et de fraternalisme sont constamment évoqués.Au fond, nous désirons tous le dialogue : adultes et étudiants.Théoriquement, oui.Mais je doute que les jeunes et les moins jeunes en aient saisi l’exigence à la fois humaine et évangélique.Prendre le temps de s’interroger, d’écouter l’autre, de le comprendre, de l’aimer pour ce qu’il est, du même amour que le Seigneur, c’est une rude aventure.Notre démarche est-eile toujours totalement sincère ?Et si elle l’est, pourquoi n’est-elle pas plus efficacement chrétienne ?Avant de juger l’autre sur une attiude plus ou moins marabout Collections 50 millions de volumes votre santé par les plantes En dix ans, Marabout a publié plus de 50 millions de volumes et sélectionné à votre intention un millier d'œuvres dans les littératures de tous les temps et de tous les pays, faisant alterner les grands romans comme “Quo 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'pédésiati&u de Zuéô-ec de& 'Zittiofià 'léÿiottaCeà dee fe&feccCcUfie& T^e&jtvtdùtà • 10 • 1 250 • 1 300 000 Unions régionales Caisses populaires Sociétaires £te&-v.r.;: : .-*:>» ¦ ' 1 " .v?.' ¦' /." y r I I____ r— 1 mmÈÊ wœsmm §0 ¦ » NOUVELLES POSSIBILITÉS de se former et de servir dans (’AVIATION royale du Canada Venez consulter l’officier d’orientation de l’A.R.C.580, Grande-Allée, Québec, P.Q.524-4786 411 égoïste, arbitraire, suffisante, ne convient-il pas de s’interroger et surtout de ne pas attendre que l’autre aborde le dialogue ?ET LA SINCÉRITÉ La collégienne, il me semble, devient capable de dialoguer si en elle s’éveillent l’admiration et la générosité.Mais pour cela elle est invitée, selon l’expression de Bernanos, à « ne pas tricher avec l’existence ».Il lui faut découvrir dans le quotidien ce que signifie être vraie avec soi-même, avec les autres.et ils sont nombreux ceux qu’elle ne connaît pas vraiment ; il lui faut aussi et surtout chercher ce que Dieu est pour elle.et cela est d’abord une exigence personnelle.Que l’attitude du milieu oblige la collégienne à s’interroger, tant mieux ; mais qu’une enquête sérieuse provoque les jeunes à douter de la valeur des réalités spirituelles, cela est mauvais signe.de part et d’autre.Je sais qu’il n’est pas facile de prendre conscience d’une véritable hiérarchie des valeurs, de choisir et d’opter pour la vérité quand tout bouge autour de nous et que chacun semble avoir sa vérité.Nous subissons tous le règne du matérialisme.Qui peut se vanter d’ignorer les interrogations que suscite le monde scientifique ?Il vient alors un moment où tout se brouille dans la tête de la collégienne.On veut tout comprendre, toucher, palper, ressentir et on ne sait plus comment rejoindre la vérité et vers qui aller pour tenir le coup de cette enquête des valeurs qui justifient le sens de la vie.Redécouvrir le monde du spirituel, la charité réelle et incarnée, c’est là une démarche nécessaire pour chacun d’entre nous.Acceptons que c’est difficile, que plusieurs sont en marche.et parmi ceux-là des jeunes.Je crois au sérieux des questions que les collégiennes se posent.Quelques-uns exagèrent.Plusieurs sont malhabiles, soit.mais toutes les autres ! Pourquoi douter de leur sincérité ?Je sais que la collégienne attend de l’adulte le témoignage d’une personnalité réussie et que cette exigence est peut-être l'une des plus marquées.Je sais que l’élève réclame et à juste titre la compétence professionnelle.C’est une discussion très à la mode.Qu’ajouterais-je ?Simplement ceci : je demanderais à la collégienne d’être plus patiente, moins absolue, plus intuitive, moins catégorique.Je lui suggérerais de se rappeler que la personnalité de quelqu’un c’est très mystérieux, très complexe et que le professeur idéal n’est pas toujours le même pour chacune.Quant à la compétence professionnelle, que la collégienne se rassure, elles sont rares et peut-être inexistantes les maisons d’éducation (et même les Universités) qui échappent à la critique : la bonne et la moins bonne.D’ailleurs ils sont nombreux ceux qui songent à perfectionner les rouages de l’enseignement.ET LE BONHEUR A travers tout cela la collégienne est-elle heureuse ?sereine ?Récemment l’une d’entre elles déclarait que les « filles heureuses » sont presque à l’état d’exception.Est-ce un jugement trop pessimiste ?D’autres préciseront que peu ont découvert le vrai sens de leur vie d’étudiante.Il semble que beaucoup ne sont pas éveillées et qu’elles vivent dans le milieu étudiant sans tellement le connaître.Individualisme, égoïsme, indifférence, apathie collective ?Et pourtant on reconnaît à la jeunesse qu’elle est courageuse et que l’espoir c’est pour elle tout un monde de promesses.Valéry parle même du phénomène-jeunesse.Il y a de l’espoir chez la collégienne ; mais je ne crois pas que cet espoir rejoigne l’espérance, celle de Péguy, celle de l’Evangile.Il est indéniable que beaucoup de collégiennes sont courageuses, presque toutes.La plupart travaillent durant les vacances et un bon nombre d’entre elles sont monitrices et responsables dans les camps de jeunes.De septembre à juin plusieurs assument un genre de vie qui suppose beaucoup d’énergie.L’horaire de certaines élèves est très chargé.Une fin de semaine chômée, pour beaucoup, c’est une situation anormale.Il apparaît clairement que la vie de l’étudiante est d’autant plus belle et réussie qu’elle est chargée, je dirais même surchargée.Et c’est avec courage que l’étudiante accepte de vivre cet horaire, celui qu’elle s’est elle-même tracé.Ici, je me permets d’être sceptique, très sceptique et peut-être de m’inquiéter sur la logique de l’horaire étudiant.Non pas que les programmes d’études soient mal préparés, mal équilibrés, mais parce que la collégienne ne consent pas à être d’abord une étudiante.Les jeunes, en général, sont-ils capables de dire non à toutes les sollicitations sociales, culturelles, affectives ou autres ?Je les devine nombreuses les activités du soir et de la fin de semaine.Et je crois que ces jeunes ont tort, qu’ils ne sont plus logiques avec l’engagement qu’ils ont pris d’être étudiants, même s’ils vivent en mil neuf cent soixante-deux.Est-il encore possible de demander aux jeunes d’être logiques ?Et pourquoi pas ?Il y a suffisamment de jeunes qui le sont pour que les autres se réveillent.et il se peut qu’un dialogue de jeunes entre jeunes soit à proposer.CRISE DE RHÉTO Un autre aspect du climat étudiant.Il semble que la rhétorique soit un carrefour et qu’à ce stage on se sente un peu révolutionnaire.Il y a du bon dans cette réaction si elle se double d’une recherche sérieuse.On tend à se mieux connaître, on désire prendre sa place dans la société, on découvre l’autre à côté, même si souvent c’est pour constater qu’on vit à côté de lui depuis toujours et qu’au fond comme on ne le connaît pas et que cela ce n’est pas tout à fait normal.Il arrive aussi que l’étudiante révèle une certaine dose d’agressivité.Quelques-unes semblent immunisées.Tant mieux ou tant pis.Par ailleurs les compagnes elles-mêmes déclarent que plusieurs portent des masques.Et l’attitude de la collégienne devient paradoxale : elle est Mlle X au collège ; Mlle Y pour papa et maman ; Mlle XYZ pour l’amie ou l’ami, quelques amis.Pourquoi ?On se veut à la page, mais il « s’agit de ne pas avoir d’histoire ».Sincèrement cela m’inquiète et puis je ne comprends plus.Ou trop bien.Pourquoi cette peur d’être soi-même ?Pourquoi cette paresse alors que c’est librement qu’on a décidé d’être étudiante ?Pourquoi exiger tant de discrétion quand on se permet tant de critiques ?Pourquoi désirer la possibilité d’exercer un certain sens de la responsabilité et continuer à ne pas se sentir en confiance et même abuser de cette confiance si habilement réclamée ?On m’objectera : « c’est un côté de la médaille » ! Je sais.Mais il faut cesser de tourner en rond.Que chacun s’interroge.Il s’agit de ne pas croupir dans une fausse sécurité.DIALOGUE DU DÉFI ?Le défi est lancé.Il est une plongée dans le réel.Que les adultes essaient une fois de plus d’apprécier objective- ment le monde des jeunes afin que l’exigence minimum du professeur face à l’étudiante ne soit pas chimérique mais satisfaisante.Le problème reste ambigu.S’il est vrai que la jeunesse est diversifiée, chacun d’entre nous se doit d’admettre qu’il n’est pas moins vrai que le monde adulte « dans l’étude des problèmes modernes d’éducation » en est encore « au sade de la recherche ».La jeunesse d’aujourd’hui est sinon un problème, du moins un monde difficile à cerner en raison même de son instabilité, de ses audaces et de son dynamisme intérieur.à condition qu’elle se réveille.La collégienne se sentira-t-elle une fois de plus classée et incomprise ?N’aura-t-elle pas l’impression qu’elle est de nouveau le spécimen soumis à une radiographie qui cherche à pénétrer « la sphère intime de son mystère » ?N’accusera-t-on pas d’indiscrétion, d’imprudence et de pessimisme celle qui ose suggérer quelques normes fondamentales d’une entente possible ?Est-ce là le portrait que les parents, les autres professeurs, les éducateurs se font de la collégienne d’aujourd’hui ?Si je me suis ainsi exprimée librement sur ce que je pense des collégiennes c’est que j’ai personnellement confiance en elles et que sincèrement je sais qu’elles comprendront dans quel sens j’ai consenti à être celle qui, sans les trahir, osait parler d’elles, arrachant « quelques » masques, persuadée cependant que les jeunes portent en elles des richesses que beaucoup ignorent.Premiers responsables Les parents et le bon Mariage en mai C’était une belle journée ensoleillée du mois de mai.un jeune couple était uni par le sacrement de mariage.la vie était belle ! Deux ans plus tard, voilà nos tourtereaux devenus papa et maman.et la vie continuait.Le bonheur de ces jeunes était grand, et malgré tous les ennuis que le nouveau venu pouvait occasionner : biberons, langes, insomnies : le sourire de bébé, le lendemain matin, faisait tout oublier.Et la vie continuait toujours, de plus en plus belle.Les années se succédaient, et.les héritiers de même : trois ans, cinq ans, dix ans ; un, deux, trois héritiers ! Quinze ans après la belle journée de mai voilà notre couple devenu une grande famille.Il s’est passé et pensé beaucoup de choses depuis ces quinze années ! Il a fallu peiner et se priver.Mais tout cela amenait ses compensations : caresses, finesses, petits services rendus.Aussi y avait-il beaucoup d’espérance et beaucoup de consolations rien qu’à songer aux joies que donnerait cette marmaille par sa croissance en âge et en sagesse, par ses succès en classe, en un mot par ce bonheur de voir se transformer ces bébés en enfants, écoliers, collégiens, adolescents, tout un jeune monde de garçons et de filles.Déceptions Malheureusement l’étape des déceptions était commencée ! A maintes occasions, il aurait fallu que les parents soient meilleurs que le bon Dieu.Car Dieu exige tout d’abord le respect, la soumission et l’obéissance, tandis que les parents.La justice divine punit les mauvaises actions et récompense les bonnes.Dieu lui, nous fait gagner notre ciel : il ne nous le donne pas gratuitement.Quiconque durant sa vie n’aura pas gagné son Ciel, eh bien ! il n’ira pas au Ciel ! Telle est la justice divine et, sans discussion possible, c’est la justice par excellence que celle du bon Dieu.Mais le père de famille moyen ne dispose pas d'un tel pouvoir coercitif, même à retardement.En conclusion, je proposerais que le minimum d’exigence que l’on peut attendre de la collégienne d’aujourd’hui c’est de l’inviter à ne pas tricher avec son métier d’étudiante et de jeune.S’interroger sur ce qu’elle est, sur ce qu’elle pourrait être, sur ce que les autres sont autour d’elle.Cela suppose de sa part une attitude d’accueil (non d’agressivité ou d’ennui), une sincère franchise avec elle-même, avec Dieu vivant et personnel, celui de la Bible.Si cette démarche personnelle et collective est consciemment désirée, la paix et la sérénité rendront témoignage que la collégienne est en marche vers la vérité.Sœur Marie-Emmanuel, S.N.J.M.Dieu Le plaisir de donner Le père de famille doit donc être plus parfait que le bon Dieu, atteindre l’ultime « perfection » de continuer de pourvoir malgré l’inconduite de ses enfants.Chez les parents en chair et en os, il y a bien ce goût, cette disposition à récompenser un enfant qui a fait un bon coup, mais il y a aussi hélas ! ce dégoût et cette indisposition à récompenser un mauvais coup.Tout cela n’est que logique, humain et naturel.C’est ce qui explique que bien souvent le père comme la mère travailleront d’arrache-pied pour faire plaisir à leurs enfants, mais leur faire plaisir d’une manière pratique et durable : instruction supérieure ou du moins égale à la leur, dans un confort relativement satisfaisant : quartier, logis, nourriture, vêtements.Sauf de rares exceptions et si les faits sont tous analysés, les parents qui agissent de la sorte ont la plupart du temps des enfants reconnaissants, obéissants.Ils puisent inconsciemment dans 413 l’attitude de leurs enfants l’enthousiasme et l’énergie pour travailler encore plus et leur donner tout ce qu’ils peuvent.Tant il est vrai qu’il est plus agréable de donner que de recevoir et même si ce qu’on reçoit est infiniment moins que ce que l’on donne.Mais, devant l’ingratitude, la joie de donner diminue et finit par disparaître.Si bien que les enfants recevraient beaucoup plus de leurs parents s’ils étaient plus reconnaissants, moins mesquins, moins ingrats et égoïstes.Voici quelques exemples : Garder la maison Supposons que l’aîné des enfants a 15 ans ; à date, ses parents ont dû garder la maison très souvent à cause de lui, s’abstenir de sortir, se privant de toutes sortes de distractions légitimes puisque aucun des enfants n’était assez vieux pour garder la maison.La mère demande donc à son fils de 15 ans de faire le gardien un samedi soir : refus.Pourtant !.Ce service demandé est une dette parce que depuis que cet enfant est au monde ses parents se privent de sortir pour lui.Depuis 15 ans que ses parents se privent et lui ne veut même pas se priver quelques heures, ou s’il le fait, parfois, ce sera à contrecœur et en maugréant.Les pelouses Incontestablement, à 14 ans, un garçon est capable d’aider son père à tondre le gazon.Lorsqu’il était plus jeune, il aurait bien voulu s’amuser avec la tondeuse, mais ne pouvait la manipuler sans danger de se blesser.Maintenant, il répond à son père : « Ce n’est pas à moi ce gazon » et le père, qui a des antennes, comprend : « Paye-moi et je le couperai ton gazon ».Quel raisonnement odieux ! La pelouse est à toute la famille et pas seulement au père.Et puis, question de paye : c’est dû ! Ç’a été payé cent fois et mille fois : pas question de « payer » de nouveau.Malgré tout, si le fils s’exécute volontiers, par amour pour son père, celui-ci se fera un plaisir de le récompenser.Mais non pas de le « payer », parce que l’on paye ce que l’on doit et le partage des tâches familiales a été « payé » depuis longtemps.Payer ! Il ne devrait pas en être question entre parents et enfants.Si le mot « paye » ou « dette » peut être employé, il le sera comme « dette de reconnaissance », mais pas au taux syndical.Les parents n’ont pas une « dette » envers leurs jeunes enfants.Ils peuvent récompenser, lorsqu’une récompense est méritée, mais cela demeure libre, et surtout gratuit.Tout s'apprend Il est certain que personne ne peut connaître et savoir ce qu’il n’a jamais vu ni appris et qu’à moins de science innée, il faut que toutes ces choses soient enseignées.Or, à qui appartient-il de renseigner nos enfants sur ces choses ?Aux éducateurs, évidemment.La plupart des enfants actuels semblent néanmoins tout à fait ignorants de deux choses : a) Père et mère honoreras ; b) Si les parents ont des devoirs envers leurs enfants, les enfants ont aussi des devoirs envers leurs parents.Pour quantité d’enfants, les parents doivent toujours s’acquitter de leurs devoirs au maximum, et les enfants, eux, peuvent ne s’acquitter des leurs qu’au minimum à moins que tout simplement ils ne s’en acquittent pas du tout.La chose est parfaitement injuste et à tous points de vue.Père et mère honoreras Tout d’abord : « père et mère honoreras ».Ce principe est vieux comme le monde et personne ne peut s’y soustraire : c’est un ordre de Dieu tout comme ses neuf autres commandements.Les parents auront de la peine, se tracasseront et au besoin réprimanderont leurs enfants s’ils désobéissent à un des commandements du bon Dieu concernant le vol, la gourmandise, la paresse.Mais il est excessivement difficile de dire : « Respectez-moi, hono-rez-moi ».C’est pour les parents une chose très délicate.Mais, l’expérience l’a prouvé : tôt ou tard les enfants qui ne respectent pas leurs parents, ne s’acquittant pas de leurs devoirs envers eux et méprisant leur autorité, auront un chagrin mortel.Pour la majorité des enfants, il leur semble qu’ils sont venus au monde avant leurs parents et que ces derniers ne peuvent pas les guider ou les diriger : tout jeunes qu’ils sont, üs savent tout, ils connaissent tout, sans l’a- voir appris.C’est un manque de respect complet pour l’autorité.Ce voyageur qui, le long de son chemin voit une indication l’avertissant qu’au bout il y a un précipice et qu’il va lui falloir faire un détour, s’il ne se préoccupe pas de cet avertissement, automatiquement il s’engouffrera dans le précipice.Malheureusement, les enfants insubordonnés s’exposent aussi à tomber dans le précipice.Mais il sera trop tard, ce sera un fait accompli et ils ne pourront même pas avoir la satisfaction d’avouer leur torts à leurs parents parce qu’a-lors ces derniers seront probablement disparus.Devoirs des enfants Pour ce qui est des devoirs des enfants envers leurs parents, jusqu’à ce qu’ils aient l’âge de raison, tous les enfants s’en acquittent très bien : le petit bébé qui a fait passer une nuit blanche à sa maman à cause d’un malaise, un petit sourire et il s’est acquitté de son devoir.Mais, passé l’âge de raison jusqu’à l’âge de 20 ans où l’enfant pense à « prendre ses ailes », ce n’est plus avec des sourires qu’ils peuvent s’acquitter de leurs devoirs envers leurs parents.Tout enfant, garçon ou fille, qui refuse à ses parents de leur rendre de petits services quotidiens (et les occasions fourmillent), est un enfant ingrat, odieux et je dirais même malhonnête parce qu’il ne s’acquitte pas d’une dette qu’il a contractée.Conséquences Il ne faut pas oublier que les parents, conjointement avec le bon Dieu, mettent au monde leurs enfants.Mais si le bon Dieu dans sa sagesse a donné aux parents des devoirs à accomplir, aux enfants aussi il en a donnés.Si les parents parviennent difficilement à exiger que leurs enfants s’acquittent de leurs dettes à leur égard, c’est qu’ils raisonnent avec leur cœur plutôt qu’avec leur tête.C’est aussi parce qu’il leur manque la fermeté de caractère nécessaire.Mais, de toute façon, quiconque refuse de donner ou de remettre ce qu’il doit est un malhonnête qui n’aura pas le dernier mot.Car justice sera faite un jour, si ce n’est sur cette terre, ce sera en l’autre monde, et c’est pour ça qu’il y a un enfer, un purgatoire et un ciel.Un père de famille 414 Apologie des réalités terrestres Bien manger, est-ce donc un péché?On l'aurait cru — que c’est un péché —, à visiter le récent « Salon de l'alimentation ».Un censeur puritain, croirait-on, passa par-là, un quelconque misanthrope, ennemi des nourritures terrestres, saccageur sadique, toujours prêt à rogner, éteindre, supprimer, minimiser.Ah ! la belle occasion ratée d’exploiter un thème magnifique ! On devine à quelle réussite serait parvenu un organisateur animé d’une saine ferveur gastronomique.Surtout en cette période de fin septembre où la terre donne en surabondance les produits de sa fécondité.Pommes, tomates, citrouilles, concombres, et tant d’autres fruits et légumes offraient leurs couleurs et leurs formes pour composer un cadre royal aux trouvailles du génie humain en art culinaire.Dès l’entrée, il aurait fallu empoigner le visiteur, le saisir, l’emporter en une farandole de fête et de prospérité.Hélas ! nulle trace de débordante allégresse dans l’alignement de comptoirs chichement garnis et pauvrement décorés où la principale attraction résidait le plus souvent en de froids bulletins de tirage.Une exception toutefois, et très heureuse.Une pâtisserie avait imaginé la livraison de ses gâteaux sur la lune.On voyait des astronautes, en costume approprié, avec casque vitré et antennes, en train de vider les précieuses cargaisons de leurs énormes fusées.C’était là un brin de fantaisie, d’ailleurs rentable, car les visiteurs se souviendront de ces galettes tellement en vogue qu’on les réclame même dans les régions lunaires.* * * Qu’est-il advenu de votre progéniture, ô pantagruéliques mangeurs du temps de mon enfance, vous qui in- gurgitiez avec un appétit du tonnerre et dans une atmosphère de robuste jovialité, des mets aussi variés que savoureux : rôtis de porc et créions, fèves au lard et galantines de poulet, tourtières et boudins, dindes dodues et rosbifs triomphants, beignes et charlottes russes, tartes au sucre d’érable ou « à la farlouche » ?Comment reconnaître vos descendants dans ces pâles visiteurs du Palais du Commerce qui goûtaient, à la sauvette et comme honteusement, « hot dogs », « spareribs », «smoked meat », « barbecue » ?Où donc s’est-elle réfugiée, la bonne vieille cuisine canadienne ?Comment se fait-il qu’on n’ait pas réussi à adapter à nos estomacs plus délicats quelques-unes des recettes d’autrefois ?S’ils désirent des mets aux saveurs exotiques, les gourmets de Montréal n’ont que l’embarras du choix.Se disputent leur clientèle des restaurants français, italiens, chinois, grecs, juifs, espagnols, allemands, roumains, japonais et même polynésiens.Trouverait-on dans la métropole un seul établissement où amener un hôte des « vieux pays » pour l’initier à une nourriture typiquement canadienne ?* * * Hélas ! à ce « Salon de l’alimentation », le français lui-même était traité en parent pauvre.Non par suite d’une hostilité systématique, mais bien plutôt à cause d’une ignorance et d’une négligence inqualifiables.Ainsi, sur une banderole, on lisait : « Le roi des sauces chinoises ».Ailleurs, une autre traduction maladroite affirmait : « C’est meilleur cuit à l’électricité ».N’aurait-on pu trouver une formule percutante, analogue au slogan : “You can’t beat electric cooking ?” Comme pour nous vriller davantage dans l'âme la nostalgie des élégances du français et de ses ressources infinies, le kiosque d'un commanditaire parisien vantait « le vin qui chante et qui enchante ».* * * A propos de vin.Mais avant de poursuivre, il me faut essayer de rassurer ceux que mes propos risquent de scandaliser.Un texte biblique mériterait qu’on l’inscrive ici en majuscules : celui où le Créateur, dans la Genèse, se réjouit de son œuvre : « Dieu vit tout ce qu’il avait fait ; cela était très bon ».Attention ! crient les rigoristes.N’ou-bliez-vous pas la chute, le péché originel ?Attention, vous-mêmes ! Souvenez-vous de la Rédemption : « mirabilius reformasti ».Oui ! le divin Sauveur a recréé le monde.Il lui a donné une magnificence supérieure, sous certains aspects, à la splendeur primitive.Si l’ascèse conserve ses droits et s’impose pour mater les rébellions de la nature déchue, il reste que le culte de Dieu exige à certaines heures d’exaltantes actions de grâces.« Toutes les œuvres du Seigneur, bénissez le Seigneur » chantait déjà le Psalmiste.Les listes anciennes des péchés capitaux comprenaient à côté de la gourmandise, l’ingratitude.Combien facilement oublie-t-on de remercier Dieu de ses bienfaits ! Attention ! reprennent les timorés.Je bondis, cette fois encore.De quel droit prohiber l’usage à cause des abus ?La volupté et ses dangers interdisent-ils le mariage, le sacrement de mariage ?Prive-t-on les fidèles de la communion à cause des profanations sacrilèges ?Alors pourquoi proscrirait-on les bons et joyeux repas à cause des goinfres et des soû-lards ?A côté de l’abstinence, opportune souvent et parfois nécessaire, une large place demeure pour la vertu de tempérance qui condamne non seulement le trop mais le trop peu.Voulez-vous une preuve du jansénisme larvé qui empoisonne la vie morale de plusieurs des nôtres ?Que j’écrive : « Invité à des noces, le Christ y but du vin et en procura aux convives », que j’écrive cette simple phrase et d’aucuns sursautent.Ceux-là reprendraient assez volontiers le mot presque blasphématoire d’un nouvel Arnauld : « Ce miracle de l’eau transformée en vin, ce n’est pas ce que Jésus a fait de mieux ».Pour un peu les mêmes « petites natures », les mêmes âmes anémiques regretteraient de ne pouvoir édulcorer le récit évangélique de la dernière Cène.Indice révélateur et navrant : tout propos sur le vin évoque chez plusieurs d’entre nous, catholiques pratiquants, moins la matière sacrée de l’Eucharistie que l’idée de grossières et avilissantes beuveries.* * * Toujours à ce même « Salon de l’alimentation », un slogan chantait : « Une journée sans vin est une journée sans soleil ».A ce compte, nous voilà condamnés à de très longues périodes brumeuses, grisâtres, pluvieuses.Quand donc vendra-t-on les « bonnes bouteilles » à des prix abordables ?H< * * Reste la bière.Je songe tout de suite aux tristes individus qui, dans la demi-clandestinité d’une taverne, commandent les verres à la douzaine et ressortent en titubant, l’œil hagard et la bouche écu-mante.Je pense aux brutes qui, en fin de semaine, achètent la bière à la caisse pour la boire, bouteille après bouteille, jusqu’à l’hébétude, parfois jusqu’à la folie furieuse.Par quelles initiatives réussirait-on à délivrer la bière du stigmate honteux qu’elle porte chez nous ?On se remémore avec envie ces terrasses parisiennes où de braves gens boivent leur bock dans la paix et la tranquillité.On regrette ces brasseries allemandes où de copieuses libations animent, sans les dégrader, de cordiales réunions de parents et d’amis.* * * Dans un des réfrigérateurs, on voyait nos fromages canadiens.La nomen- clature en était vite terminée.Eparpillés sur une large surface, ils avaient l’air timides, frileux.Pour les sauver sans doute d’un complexe d’infériorité, on les avait encadrés de plusieurs livres de beurre.Tout à côté, une multitude de fromages européens semblaient se bousculer les uns les autres pour mieux proclamer leurs précieuses caractéristiques.On en comptait, d’après les experts, plus de deux cents variétés.Pense-t-on assez à tout ce que suppose d’ingéniosité, de travail et d’amour, la fabrication de produits si divers à partir de cet unique aliment de base qu’est le lait ?De si impressionnants résultats ne s’inscrivent-ils pas à la gloire du Créateur qui intima à l’homme, dès les origines, de « dominer la terre ?» A quand le jour glorieux où nous pourrons nous enorgueillir d’un succès, malgré tout bien modeste : dix fromages d’origine authentiquement québécoise ?* * * Une boulangerie.Qu’exposait-elle, pensez-vous ?Des pains, des pains et encore des pains, sous les feux de projecteurs, avec leur croûte aux reflets dorés et leur mie aux grands yeux étonnés ?Des gerbes de blé en arc de triomphe ?Des fours : un ancien avec son ambiance romantique, un moderne, étincelant de chrome ?Vous n’y êtes pas.Je vous le donnerais en mille.Ce qu’elle exposait, cette boulangerie ?Un massif camion de livraison ! Paradoxe.Toujours à ce « Salon de l’alimentation », quel était, croyez-vous, le kiosque le plus achalandé ?.Nul autre que celui où se vendaient des crayons-billes.Le préposé, un hâbleur sympathique, me rappelait le camelot de Paris que j’entendis un jour, Boulevard de l’Opéra, vanter, avec des trémolos dans la voix, les qualités de ses gyroscopes.« Vous avez là, proclamait-il au sommet de son envolée lyrique, l’illustration de cette fameuse force centrifuge que les savants appellent la force centripète ».* * * Ironie débilitante ?.Critique destructrice ?.Que l’on veuille bien voir plutôt dans ces descriptions amères l’envers d’une grande passion déçue ! C’est quand on aime sa petite patrie d’un grand amour que l’on s’afflige à ce point de ses misères et de ses déficiences.On espère, par des paroles peut-être un peu trop dures, réveiller ses énergies latentes.Elles existent, ces virtualités.Pour que notre art culinaire prenne toute sa place à la gloire du Créateur, il suffirait que se développent certaines traditions familiales, en tout point admirables.Vous connaissez comme moi de ces mères et grand-mères, « femmes dépareillées » et talentueuses artisanes, qui prennent un immense plaisir à mijoter de bons plats.Avec une compétence de virtuoses, elles dosent les assaisonnements, surveillent la cuisson, vérifient la consistance des pâtes, s’émerveillent devant le miracle sans cesse renouvelé du sucre qui tourne en caramel, des confitures qui embaument toute la maison.Celles-là acceptent avec reconnaissance les trésors que Dieu leur donne.Puis, dans leur cuisine devenue une sorte de sanctuaire, elle prolongent et complètent l’alchimie commencée par les forces conjuguées de la terre, du soleil et de la pluie.Celles-là, nos braves mamans chrétiennes savent que les repas savoureux préfigurent le ciel.Oui, le ciel que Jésus a comparé à une grande table où nous festoierons avec lui, notre Sauveur, avec sa Mère, les anges et les saints, buvant le vin du Père et conversant comme entre amis intimes, en une joie parfaite, incassable, sans fêlure, éternelle.Marcel-Marie Desmarais, O.P.Plût à Dieu que, philosophes et théologiens, tous nous fussions thomistes, certainement c’est la grâce que je nous souhaite.Mais je ne veux pas nous obliger tous à être thomistes au nom de la foi! Aux théologiens qui se méfient de saint Thomas ce n’est pas un manque de foi que je reproche, non, bien sûr ; c’est seulement un manque d’intelligence.Ils peuvent être beaucoup plus intelligents que moi, je n’en doute pas.Ils ne sont pas encore assez intelligents.Leur foi n’est pas en question.Jacques Maritain (Extrait de Le philosophe dans la cité) Saint-Benoît du Lac: cinquante ans La tradition de célébrer les cinquantenaires n’est pas nouvelle ; c’est au son du cor que l’on annonçait au peuple d’Israël les années jubilaires.Le temps est don de Dieu.Tout homme bien-né aime à se tourner vers le Seigneur pour le remercier des dons reçus et faire le bilan du travail accompli.Il est normal d’y inviter ses amis, ses proches ou ses concitoyens.Saint-Benoît du Lac fête en 1962 le cinquantenaire de sa fondation chez nous.Le site choisi en 1912 par Dom Paul Vannier, venu de France, est monastique.L’eau vive du grand lac Mem-phremagog isole l’abbaye et la lourde masse des montagnes garantit le silence et la paix des moines et de leurs hôtes.Une abbaye bénédictine au Canada français, ce n’est que l’entrée chez nous d’une forme de vie religieuse pourtant bien vivante dans l’Eglise depuis 529.C’est, en effet, dans la première moitié du Vie siècle que saint Benoît fonda les célèbres abbayes de Subiaco et du mont Cassin, en Italie, et composa sa Règle des Moines.La justesse et l’équilibre de ce petit code de vie religieuse furent aussitôt reconnus et proclamés par l’Eglise romaine.Bientôt la Règle bénédictine se répandit dans tous les monastères d’Oc-cident, où elle supplanta peu à peu toute autre législation et unifia l’Ordre monastique dans la dévotion à un même Père.On peut ne pas aimer la Règle de saint Benoît, on peut ne pas apprécier son Message spirituel, familial et social, mais on ne saurait l’ignorer : quatorze siècles ont été marqués de son empreinte.LE PÈRE DE L'EUROPE Benoît de Nurcie, le patriarche des moines d’Occident, surnommé par Pie XII « le Père de l’Europe », a écrit une Règle en 73 chapitres dont le volume ne dépasse guère celui du petit catéchisme.Que dire de l’homme et de son œuvre ?Sa Sainteté le Pape Jean XXIII l’a résumé à sa façon le 21 mars dernier : « Aujourd’hui, c’est la fête de saint Benoît.Sa ville natale, Nurcie, peut se vanter d’avoir vu naître un des plus grands hommes de l’histoire.L’insigne patriarche a donné comme fondement à sa grande famille religieuse la prière.La prière méditée, récitée et chantée, et, en même temps, le travail intellectuel et manuel.C’est ainsi que partout où les Bénédictins sont arrivés, a surgi, tout au long des siècles, une splendide civilisation d’œuvres et de bien-être dont profite aujourd’hui le monde entier ».LE PRIMAT DE LA PRIÈRE Pour tout lecteur impartial de la Règle, le Primat de la prière et du culte offert par révérence envers Dieu et pour sa gloire saute aux yeux : « Nous avons foi que Dieu est présent partout et que ses yeux considèrent en tout lieu les bons et les méchants.Mais surtout, il faut être fermement assuré qu’il en est ainsi lorsque nous assistons à l’Office Divin.Qu’on ne préfère rien à Y Œuvre de Dieu ».La prière monastique (privée ou conventuelle) demeure la force permanente de l’Eglise, l’âme de tout apostolat et l’inspiration toujours nouvelle du peuple chrétien.LE TRAVAIL D'ÉQUIPE Le travail monastique qui protège contre l’oisiveté, ennemie de l’âme, est un prolongement de la prière.Il divinise le travail humain et lui assure une efficacité souveraine par l’équipe.Travail d’équipe, accompli dans l’obéissance et une atmosphère de silence qui favorise la présence de Dieu ; il est patient et joyeux et s’efforce d’être bien fait.L’adage populaire « un travail de bénédictin » est donc pleinement justifié.Saint Benoît favorise le travail intellectuel sous toutes ses formes sans sous-esthner la valeur du travail manuel.« Les moines doivent s’occuper à certains moments au travail des mains.et si la nécessité du lieu ou la pauvreté exigent que les moines s’emploient eux-mêmes à faire les moissons, qu’ils ne s’en affligent pas, car c’est alors qu’ils sont véritablement moines s’ils vivent du travail de leurs mains comme nos pères et les Apôtres ».Même s’il exige de la volonté et une dépense généreuse d’énergie, le travail doit toujours se faire « avec mesure à cause des faibles ».Le Père Abbé devra tenir compte des capacités et des santés dans la répartition des tâches et il saura à l’occasion récompenser un travail de surcroît.Tous nos travailleurs, intellectuels ou manuels, hommes de recherche ou travailleurs sociaux, chefs d’entreprise ou chefs de syndicats trouveront chez le Législateur des moines une source toujours actuelle d’inspiration : « Que l’Abbé soit prévoyant et circonspect dans ses commandements, soit dans le service de Dieu, soit dans les choses de ce monde.En imposant des travaux, qu’il use de discernement et de modération se rappelant la discrétion du saint patriarche Jacob qui disait : « Si je fatigue mes troupeaux en les faisant trop marcher, ils périront tous en un jour ».On trouve ici une claire condamnation d’un travail inhumain, d’une recherche de productivité qui veut ignorer par intérêt la dignité et les limitations intellectuelles ou physiques du travailleur.Par ailleurs, le message bénédictin proscrit l'intellectualisme pur et désincarné ! CRÉATION AU SERVICE DE DIEU La Règle bénédictine recommande une attitude respectueuse et bienveillante vis-à-vis la création.L’esprit du « Bénédicité » doit inspirer le chrétien car la Création est œuvre de Dieu et Benoît de Nurcie est « Vir Dei Bene-dictus », l’homme de Dieu, qui regarde toute la Création avec les biens immenses qu’elle met à notre disposition dans l’esprit de Son Créateur.Humi- 417 lité vraie qui donne le sens des limitations mais ne porte pas à bouder la Création ; bien au contraire à l’aimer et à s’en servir pour le service de l’homme, pour celui du Bien Commun, le tout s’épanouissant dans le Service de Dieu.C’est avec courage que l’homme doit œuvrer « à l’aide des biens que le Seigneur a mis en lui ».Par ailleurs, puisque le Seigneur a le suprême « Dominion » sur tout ce qui existe, guerre à la négligence, au gaspillage et à l’irresponsabilité ; respect de la propriété légitimement acquise et de toute la Création matérielle « comme pour les vases sacrés de l’autel ».Les animaux eux-mêmes ne font pas exception et les Dialogues de saint Grégoire nous rapportent la sollicitude bienveillante de notre saint pour un corbeau de la forêt avoisinante qui le visitait dans sa grotte de Subiaco ; il recevait de notre ermite son déjeuner quotidien.SANCTUAIRE DE VIE FAMILIALE A l’époque de l’effondrement de l’Empire romain et de la désintégration sociale et familiale du Vie siècle, saint Benoît se dresse en défenseur victorieux de la famille chrétienne et les monastères de son Ordre sillonnent la vieille Europe et plus tard tous les continents ; ils seront des sanctuaires de vie familiale authentique qui serviront d’inspiration.On méditera avec infiniment de profit les chapitres II et LXIV où Benoît brosse le portrait du Père Abbé.La fonction de chef est ennoblie par la paternité divine : « L’Abbé est réputé tenir dans le monastère la place du Christ, comme il en porte le titre d’après ces paroles de l’Apôtre : Vous avez reçu l’esprit d’adoption des enfants par lequel nous crions Abba, c’est-à-dire Père ».L’invraisemblable irresponsabilité et le « m’en-foutisme » de trop de parents, d’éducateurs et de chefs constitués en autorité sont ici sévèrement jugés.Humilité et douceur — compréhension et discrétion — justice tempérée par la miséricorde et l’indulgence sont les caractéristiques d’un vrai chef chrétien.C’est au nom du Christ et en bon père de famille que doit commander celui qui détient l’autorité.Pas de dictature égoïste et pas de laisser-aller sentimental sous prétexte de fausse charité, jugez-en plutôt : « Que l’Abbé s’étudie plus à être aimé qu’à être craint — qu’il sache aussi qu’il lui faut bien plutôt songer à être utile qu’à être le maître.Qu’il soit chaste, sobre, in- dulgent, faisant prévaloir toujours la miséricorde sur la justice ».LE BIEN DE L'OBÉISSANCE Mais il y a deux côtés à la médaille.En retour, Notre Bienheureux Père demande à son disciple une obéissance amoureuse et filiale de tous les instants, à l’exemple du Christ « qui s’est fait humble et obéissant jusqu’à la mort de la croix ».Pour lui, la vie chrétienne est un généreux retour à Dieu par l’obéissance à la Règle, à l’Abbé et aux frères, car « ce n’est pas seulement à l’Abbé que tous doivent rendre le bien de l’obéissance, il faut encore que les moines s’obéissent les uns aux autres, sachant que c’est par cette voie de l’obéissance qu’ils iront à Dieu ».Mais cette obéissance qui doit tenir tant de place dans la vie chrétienne doit avoir des qualités pour être « agréable à Dieu et douce aux hommes ; elle doit être exécutée sans hésitation, sans tiédeur, sans retard, sans murmure et sans parole de résistance.il faut que le disciple prête obéissance de bon cœur, car Dieu aime celui qui donne joyeusement ».Dieu n’a pas changé depuis le jour où ces lignes d’or ont été écrites.Notre monde en rapide évolution sinon en révolution a un besoin impérieux d’écoles d’Obé-issance pour établir ou rétablir les bases d’un ordre social nouveau vraiment chrétien.SERVICE FRATERNEL Le message bénédictin en est un de fraternité dans le Christ : « car libres ou esclaves, nous faisons tous le même service dans la milice du même Seigneur, parce qu’il n’y a pas acception de personnes auprès de Dieu ».Service cordial et désintéressé de ses frères pour l’amour du Christ qui nous a aimés le premier et jusqu’à donner sa vie pour nous : « Qu’ils acquittent la dette de la charité fraternelle par amour, que nul ne cherche ce qu’il juge devoir lui être avantageux, mais plutôt ce qui l’est aux autres ».Charité fraternelle qui s’étendra jusqu’à nos frères du monde, car les moines ne doivent pas être des égoïstes retirés dans une tour d’ivoire.Saint Benoît exige que le service fraternel s’épanouisse dans une hospitalité humaine et chrétienne aussi large que le Cœur du Christ : « On recevra comme le Christ en personne tous les hôtes qui surviendront, car il doit dire un jour, j’ai demandé l’hospitalité et vous m’avez reçu ».AUTRES PIERRES FONDAMENTALES Dans l’édification du Corps du Christ, de ce temple qui n’est pas fait de mains d’hommes, dont le Saint-Esprit est l’architecte invisible, d’autres pierres sont indispensables et saint Benoît en entrepreneur averti, a garde de les oublier : L’humilité, l’esprit de silence, la « lectio divina » (lecture méditée des Saintes Ecritures), le renoncement joyeux pour suivre le Christ et la fuite de l’esprit du monde, entrent donc comme pierres de base dans la construction de l’édifice : ce sont les puissants contreforts de l’Ordre monastique qui a tenu depuis quatorze siècles dans sa lutte contre Satan et pour le « Christ vrai roi ».Jean Anselme Mathys, O.S.B.Lord Acton disait que « tout pouvoir est corrupteur (« en tendance, évidemment ») ; et le pouvoir absolu est cause d’une corruption également absolue ».Presque chaque page de l'Evangile est un commentaire de cette vérité par Notre-Seigneur, et il avertit solennellement ses disciples d’avoir à en tenir compte.C’est par peur de perdre le pouvoir que les prêtres juifs conçurent cette haine inexpiable, et c’est leur obstination dans l’exercice de leur autorité qui leur donna leur victoire apparente du Calvaire.Notre Seigneur a-t-il pour autant condamné cette autorité ?S’est-il révolté contre elle ?C’est exactement le contraire, et voici quel est l’enseignement qu'il donne à Ses disciples : « Les scribes et les pharisiens occupent la chaire de Moïse (qui est le légitime plénipotentiaire de Dieu).Donc, quoi qu’ils vous disent, faites-le ; mais n’imitez pas leur conduite ».(Mgr T.D.Roberts, S.J., Réflexions sur l’exercice de l'autorité) LUEUR NOSTAL L’auteur, contournant la fatigue, s’attarde auprès de la crèche et de l’arbre, à la recherche du message essentiel de la fête.Il y découvre surtout, à travers le monde virginal des enfants, la marque de la solitude.Chers petits.qui piétinez le papier froissé et les rubans dénoués des cadeaux de tout le monde ; petits des grands.qui avec les mains gluantes de friandises jusqu’aux coudes et les yeux ouverts démesurément.comme si vous aviez dormi toute la nuit ; chers enfants.vous qui appartenez au décor de cette matinée de fête comme les nervures aux feuilles, comme le vert aux sapins, comme le glaçon au gel ; vous qu’on a couchés de bonne heure, qu’on a cru voir dormir, puis qu’on a fait semblant d’éveiller au départ pour la messe ; vous qui perpétuez maintenant l’enchantement de cette nuit.c’est à vous tous que je voudrais m’adresser.J’aurais ainsi le sentiment de me rapprocher de tous ceux qui ne vous voient pas, qui ne peuvent sentir la chaleur de votre présence, qui n’entendent pas votre jubilation ou qui ne sont pas au niveau de votre joie.mais qui retracent, dans le secret de leur être et dans le silence de leur délaissement, vos visages épanouis, vos transports et vos pirouettes.Ainsi, je croirais éclairer la nuit des prisons, effacer les gerçures des pauvres, retisser les manteaux des clochards et refermer les plaies des malades.Je partirais, sur un éclat de vos rires, vers le sapin abandonné, sans clochettes et sans guirlandes, face à la tempête ; vers le soldat qui mitraille, face au vent de l’outrage et de l’absurdité ; vers l’être délaissé, fils de la solitude et hôte du froid.Dans une éclaircie de vos cils, j’irais servir un réveillon de lumière.de l’autre côté des paupières de l’aveugle.* * * Oui, c’est à vous que je voudrais m’adresser dans cette lettre.parce que votre Noël est un peu celui que nous croyons avoir perdu.Mais je crains fort de ne point connaître les vocables de votre éblouissement et les fresques de votre pureté ! J’ai bien peur de ne rejoindre que la triste banalité de la description générique, de la phrase « vol d’oiseau » et de la constatation quasi policière d’un étranger.d’un témoin qui a observé d’un œil distrait, mais n’a guère participé.D’ailleurs, je sais déjà que je n’ai pas d’audience auprès de vos cris, auprès de vos évaluations et de vos trésors.J’ai senti, dès les premiers mots.que le choix et l’accent de ceux-ci m’éloignaient de vous.Il aurait fallu commencer autrement, par un prélude de conte, par un couloir de légende, par la simplicité et le dénuement d’une première gamme.et peut-être avant tout par un prolongement du mystère né cette nuit.par des mots qui eussent immobilisé votre fascination et figé votre souffle.comme tout à l’heure à la dernière marche de l’escalier, la surprise du premier cadeau.Il aurait fallu inventer, dans le secret des sortilèges, un mécanisme ayant le charme et le pouvoir magique de celui de vos jouets.Et puis, il aurait fallu river partout des ailes, frémissantes comme vos narines, comme votre innocence, comme votre joie ! Peut-être aussi aurais-je dû devancer votre choc, vous précéder sur le chemin de l’étonnement et me cacher au fond des boîtes, dans le talon des bas.me mêler à tous ces riens prodigieux.afin de vous surprendre.afin d’assister au tout premier regard de la découverte ! IQUE SUR NOEL Mais savais-je vraiment que vous alliez bondir de joie devant cet étalage ?Que vous alliez donner votre préférence au cadeau le plus banal, le moins cher.et que vous alliez multiplier vos découvertes jusqu’au fond d’une boîte vide ?Comment pouvais-je prévoir qu’aux branches et aux guirlandes, vous alliez superposer votre enthousiasme cascadeur, vos fables d’une autre saison, vos empires de sable d’un autre côté, vos ruisseaux de l’avril prochain et tous les cerfs-volants de vos rêves ?Refusant les visions antérieures, peut-être suis-je tout simplement dans l’ombre du rayon.Car j’appartiens à la race des parents qui vous ont soigneusement caché les préparatifs compliqués de votre fête et les trous de leur budget.Car je suis de la race de ceux qui remontent l’histoire des Noëls anciens dans l’album des années.comme font les mariés dans l’album de croissance des petits.Car je suis de la race de ceux qui comptent les mois et les jours sur les rides des phalanges et dans les replis de la mémoire.Je suis de ceux qui entendent les poètes, les vrais, vos frères, ceux-là qui guettent, au seuil de votre univers, une enfance reconquise, une vision de la première innocence.vision qui les attend presque toujours dans les jeux de vos légendes, aux carrefours des chemins qu’ils ont poétisés avant vous, dans les empreintes de vos grèves, dans ces nids où sommeillait la pureté de l’aile.que soulevait déjà le ventre chaud de l’oiselet.Oui, c’est bien au-dessus de l’utile, du nécessaire, au-delà des mots de tous les jours, dans les neuves images qui résonnent et prolongent notre triste banalité, c’est bien là que les poètes vous rejoignent et se retrouvent.Et c’est peut-être surtout dans une matinée comme celle-ci.où votre présence a noëlisé jusqu’au papier froissé et jusqu’aux rubans dénoués des cadeaux de tout le monde.Car je suis tout à fait de la race des bracormiers de souvenirs ! * * * J’aurais dû partir du fond de la boîte vide, du cadeau le plus banal.le moins cher.et suivre votre invention.sur la route des trésors.Et si les premiers mots de ma lettre avaient été : « Il était une fois.Il était une fois.» je crois qu’alors vous auriez dressé l’oreille, que vous auriez souhaité la suite.Peut-être même auriez-vous laissé tomber un jouet.pour vous approcher lentement de moi, libérés, disponibles, ouverts déjà à une nouvelle magie.J’ai pensé à ce début, croyez-moi ! « Il était une fois.» Un silence.Le bruit d’un jouet qu’on échappe.Des yeux qui s’illuminent.Des pas qui approchent.Oui.je crois que vous auriez souhaité la suite.Mais quelle suite?Quels personnages, quelle entrée en scène.quelle autorité.quel souvenir.quelles voix, quelles intonations ?« Il était une fois.» après ces mots, il faut tout de suite ceux de l’enchantement, du prodige et du mystère.Si j’avais commencé ma lettre en disant : « Il était une fois.» vous m’auriez demandé des miracles.Et justement, le génie de la lampe d’Aladin ne m’était pas soumis ! * * * Ma lettre est terminée.Et maintenant.je sais qu’il m’aurait suffi d’écrire : « Il était une fois.un enfant sur la paille.qui apportait aux bergers.la lumière du premier matin, du premier jour ».RHÉAL GAUDET LES BONNES SOEURS.PARLONS-EN ! ELLES sont des milliers dans notre pays.Venues de tous milieux, les religieuses sont à la fois absentes et présentes.Absentes par leur mode de vie qui les a retirées du monde, présentes par leurs œuvres, car on les rencontre partout : à l’école, au collège, à l’hôpital, au terrain de jeu et même au théâtre et au cinéma.Mais peu connues, elles sont surtout méconnues.Soyez sans crainte, il ne s’agit pas ici d’un panégyrique.C’est une réponse à un besoin d’information dont mes étudiantes m’ont fait prendre conscience.Si elles, qui vivent depuis dix ans, douze ans à nos côtés, n’ont encore que des idées vagues sur « les bonnes Sœurs », qu’en est-il des autres ?UNE FEMME NORMALE POSONS tout d’abord qu’une religieuse c’est une femme normale qui n’a rien abdiqué de sa nature.Elevée dans un milieu chrétien, le nôtre, elle a mûri sa vocation au sein d’une famille qu’elle ne renie pas, au contraire.Elle a librement répondu à la grâce qui la sollicitait de renoncer à l’amour conjugal comme au bonheur de la maternité, pour se consacrer au service de Dieu en prononçant les vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance.MOULÉES EN SÉRIE ON reproche parfois aux religieuses d’être toutes moulées sur le même modèle.Mais c’est naturel.Ne reconnaît-on pas partout les membres d’une même famille ?La communauté, c’est la famille spirituelle de la religieuse.Quant aux différences individuelles elles restent toujours grandes et seul un regard superficiel permet les confusions.Un institut sage sait que sa richesse est celle-là même des âmes et que la qualité humaine sert de support à la grâce.La religieuse est essentiellement une personne engagée.Engagée dans un état qui a mis en jeu la plus haute liberté humaine, celle qui consiste à choisir non entre le bien et le mal, mais entre plusieurs biens.Car si la richesse est un bien, si l’amour humain est un bien, si le mariage est un bien, si la maternité est un bien, si la libre disposition de soi est un bien, le sacrifice de ces biens à l’amour de Dieu apparaît à la religieuse comme un bien meilleur qu’elle choisit.Ne croyez surtout pas qu’elle s’enorgueillit de ce choix et méprise celles qui restent dans la voie ordinaire.Consciente de la faiblesse inhérente à la nature, elle sait qu’elle a répondu à une grâce dont elle n’était pas particulièrement digne.Que de fois ai-je entendu dire : « Je ne sais pas pourquoi c’est moi qui suis religieuse.Ma sœur était bien meilleure que moi ».Et c’était chaque fois bien vrai.Mystère de la grâce.MISSION D'ÉGLISE ENGAGEE, la religieuse l’est dans l’Eglise.Quelle est alors sa place ?Quand le Christ a fondé son Eglise, il s’est choisi des apôtres qu’il a envoyés dans le monde pour apporter aux hommes le salut.Parce qu’elle appartient à l’Eglise, la religieuse est partout où l’Eglise a besoin d’une présence féminine pour assurer l’efficacité de son apostolat.J’ai bien dit présence féminine, car c’est avec son cœur de femme ouvert au don de soi, c’est avec ses puissances d’intuition, ses qualités de douceur, de tendresse, de sens pratique que la religieuse sert dans l’Eglise.Elle devient irremplaçable chaque fois qu’il est besoin d’une âme consacrée qui soit en même temps douée des qualités qui n’appartiennent qu’à la femme.Enfin, la religieuse est engagée dans un ordre ou une congrégation dont elle suit la règle.L’observance n’est pas esclavage, car c’est de son plein gré que la religieuse s’est liée.La fidélité m’a toujours paru l’expression de la plus haute liberté.ET LES PETITS CÔTÉS ! CEPENDANT, la religieuse garde ses limites et ses faiblesses.Elle le sait, et si jamais elle était tentée de l’oublier, ses échecs quotidiens la rappelleraient vite à l’exacte réalité.« Ah ! les bonnes Sœurs ! » Que de fois ai-je entendu l’exclamation pleine d’un sous-entendu péjoratif ! C’est qu’il est difficile de comprendre ce qui n’est pas compréhensible en soi, mais seulement dans la lumière de la foi.Engagée dans l’état religieux, engagée dans l’Eglise, engagée dans son institut, la religieuse œuvre dans le monde dont elle est pourtant séparée.C’est un paradoxe, mais c’est celui-là même de l’Eglise.ET LE COSTUME LE signe de cette séparation d’avec le monde apparaît surtout dans l’habit religieux.En a-t-on dit et écrit ces dernières années sur le costume de la religieuse ! Je n’entreprendrai pas de défendre tel ou tel costume.Je dirai que je suis pour la plus stricte simplicité.Et justement parce que je suis pour la simplicité, je suis aussi pour un habit religieux qui mette celle qui le porte au-dessus des servitudes de la mode.« Les bonnes Sœurs ! » Elles font partie de notre paysage avec leurs coiffes surannées qui disparaîtront une à une comme le visage du pays lui-même qui se modifie.Mais elles font surtout partie de la vie de notre peuple qui a besoin de leur ferveur, de leur dévouement, de leur désintéressement, oui, mais aussi de leur savoir et de leur intelligence.Il faut essayer de les comprendre, comme elles essaient de comprendre le monde nouveau.SŒUR SAINTE-MARIE-ÉLEUTHÈRE, C.N.D. 421 Procès aux Sauf par les fanatiques, les religieuses sont assez estimées chez nous ; néanmoins leur existence est le sujet de bien des critiques.Théoriquement admises la beauté de leur vocation et la valeur de leur services, leurs personnes et leurs activités ne laissent pas d’être diversement appréciées.Appréciations souvent aussi discutables que chargées d'émotion ; si nous essayions de mieux comprendre ces personnes qu’on est souvent malhabile à estimer à leur juste mesure ?Il sera d’abord intéressant de noter la passivité et la malhabileté des religieuses à se défendre.Pas moins piquante m’apparaît la précipitation qu’on met à juger les religieuses de façon souvent partiale et légère, quelquefois impitoyable et butée.Le troisième point est patent : la religieuse est faillible, des griefs fondés peuvent lui être adressés, et c’est là pour une foule de gens une pierre d’achoppement.1.- UN GRAND TORT DES RELIGIEUSES Faiblesse ou vertu ?Qui saurait dire si, en face des blâmes et des critiques, outrés ou non.il est meilleur de laisser passer ou de protester, de rectifier, d’argumenter ?L’homme d’aujourd’hui répond spontanément : « Attaqué, bousculé, censuré, défends-toi si tu ne veux pas être écrasé ».En climat de démocratie et d’opinion publique, cela semble s’imposer.Par contre il n’est pas inouï que des personnes qui se veulent imprégnées de l’esprit évangélique jugent différemment.Des exemples et des paroles du Christ ne semblent-ils pas suggérer un haut silence, face aux avanies ?C’est vrai que le Seigneur laisse passer les insanités adressées à sa personne ; cela ne l’empêche pas de résister et de combattre lorsqu’on s’oppose à sa mission.A ces plans de leurs missions et de leurs institutions, nos religieuses, confiantes dans le dicton qui veut que « le bien ne fait pas de bruit », ont manqué à une défense et illustration de leurs œuvres.Elles ont cru bien faire, mais cela a pu les desservir ; l’absence de justification a pu être interprétée comme une impossibilité de justification.religieuses ! Jusqu'aux péchés des autres D’autant plus dommage que l’opinion publique lancée à l’occasion sur de fausses pistes, a souvent chargé les religieuses de reproches qui eussent dû frapper ailleurs : clergé, commissions scolaires, Département de l’Instruction Publique, ministères de la Santé et du Bien-Etre Social, Commission d’Assu-rance-Hospitalisation, sans oublier les politiciens.Vouée à la vie intérieure, la religieuse qui n’a pas d’expérience, peut être dupe des astuces des gens de l’extérieur, elle est une victime mal défendue contre les peurs et les mythes qu’on agitera devant elle.Si on peut déplorer parfois sa naïveté, c’est surtout la roublardise avec laquelle on l’aura circonvenue qu’il faudrait condamner et flétrir.Du reste, assumer candidement les manques des autres est un fort mauvais jeu, spécialement dans un contexte où les boucs émissaires sont très demandés.Les religieuses endossent ainsi pour les autres : on a des embêtements dans un secteur, y a-t-il une cornette dans les environs, voilà, « les soeurs ont abruti mon enfant », « elles ont refusé mon malade », « le gouvernement paye tout, mais il faut quand même verser cinquante dollars aux religieuses » ; que n’avons-nous pas entendu ?Et pourtant, l’enseignante, fût-elle religieuse, est-elle tenue de donner le talent facile à l’enfant retardé ?La religieuse a-t-elle le choix de modifier un programme discutable ?Peut-elle inscrire aux frais de l’Assurance-Hospitalisation des item non compris dans le plan ?Deux cas Au niveau de la neuvième année, l’élève doit opter ; désireuse de devenir infirmière, l’adolescente apprend de sa conseillère d’orientation qu’entre autres, l’option B, sciences-lettres, est une voie normale d’accès.Elle s’y aligne en toute confiance pour apprendre, onzième année terminée, que son certificat n’est pas accepté et qu’elle n’est admise à aucune école d’infirmières.Toute la parenté s’en prendra à qui mieux mieux aux religieuses ignares, inconséquentes, illogiques, Qu’est-il arrivé en fait ?La direction générale des écoles de nursing a modifié un de ses règlements.A quoi rime de blâmer les religieuses de l’école secondaire ou celles de l’école d’infirmières ?Les religieuses dirigeantes d’hôpitaux ont eu leur part d’hommages.Qui n’a été ému de constater la hausse du prix des chambres d’hôpital après l’instauration de l’Assurance-Hos-pitalisation ?Ce que peu de gens ont voulu savoir et croire c’est qu’une planification valable de l’hospitalisation requérait l’établissement de normes et de tarifs suivant la chambre offerte et la zone concernée.C’est ce qui a été fait et ce sont les officiers de l’Assu-rance-Hospitalisation qui ont établi et imposé les barèmes ; les hôpitaux, religieux ou non, ont accepté ces réglementations.Encore une fois l’étonnement indigné s’est trompé d’adresse.Une si grande discrétion Déficience, pour ne pas dire inexistence de services de relations publiques : comment l’expliquer ?Il y aurait beaucoup à dire, notamment sur le sort de quelques tentatives dans ce sens.Qu’on se rappelle le sensationalisme détestable déployé par un magazine canadien d’expression anglaise il y a quelques années à propos de l’Hôtel-Dieu de Chicoutimi.Ça n’a pas contribué à donner le goût d’inviter les journalistes à investiguer les hôpitaux.D’autre part le procédé démocratique de bilan ouvert et d’affaires sur la place publique, pour légitime qu’il soit, n’est pas naturel pour des institutions qui en ont été strictement privées pendant des siècles, sans comptes à rendre à qui que ce soit de l’extérieur.Cela doit venir, et ça vient, mais il faut prendre le temps, il faut donner le temps ; dans peu d’années ce sera accompli, mais pas grâce aux bousculades maladroites et malencontreuses.2.- NOUS SOMMES INJUSTES Evidemment.Tout cela est fort gentil mais insuffisant à masquer que les religieuses ont quand même d’autres torts que celui de se défendre peu et mal. Eh ! oui, les défauts et les fautes des sœurs sont trop commentés pour qu’on évite d’en parler.Dieu sait si on en parle ! Bien sûr, on sait bien que la personne consacrée est humaine, donc habitée par les sources du péché, membre réel et sans privilèges « préternaturels » de la condition humaine.De façon abstraite, c’est facile à admettre.Là où ça ne va plus, c’est quand moi, je me bute sur une petitesse, une sottise, une mesquinerie de la part d’une religieuse.Ça c’est inouï, indicible, révoltant, inqualifiable.Au fond, on n’avait pas tout à fait accepté que la religieuse, consacrée par les vœux, demeurât femme et pécheresse ; chaque fois qu’on le vérifie, on est tenté de scandale et de mauvaise humeur.La déception tourne vite à l’aigreur et plusieurs font montre de grande dureté de jugement.Impossible de se défaire de l’idée que le péché d’une personne consacrée est plus grave que les autres.Pour être assez exact, ce point de vue n’autorise quand même pas les accusations et les condamnations excessives.Julien Green relève de spirituelles remarques de sainte Thérèse d’Avila sur l’attitude du monde à l’égard de ceux qui se tournent vers Dieu : « Les gens du monde ne voient pas plutôt une personne entrer dans ce chemin qu’ils veulent qu’elle soit sans défaut.Ils voudraient que, dès qu’une personne s’est résolue de servir Dieu, elle ne mangeât, ni ne dormît, ni n’osât presque respirer ».Green enchaîne : « obscurément ils se mettent à sa place.Ils sont injustes, mais on comprend pourquoi.Ils désirent que les autres fassent ce qu’ils sont incapables de faire eux-mêmes et se convertissent pour eux.Ils veulent des chrétiens parfaits et plus ils font la bringue, plus ils sont exigeants ».3.-LEURS VRAIS TORTS Acquittement trop facile ! Quoi alors ?Se fermer les yeux, se clore les lèvres, se boucher les oreilles, s’anesthésier le jugement, déclarer que côté religieuses tout est parfait dans le meilleur des mondes ?Ce serait beaucoup demander, encore que la charité exige beaucoup, la justice et le bien commun, passablement.Jusqu’à ne pas voir les torts, à déclarer bien ce qui est mal, à ne pas sentir méchancetés et petitesses ?Il n’en est pas question.Voyons plutôt le jugement à élaborer ; les attitudes désirables et possibles nous apparaîtront mieux ensuite.Un jugement valable La solidité d’une conclusion est liée à la valeur de ses fondements.Une fréquente cause de gauchissement de notre jugement consiste à juger trop tôt et sur de trop frêles apparences.Un ou deux petits faits peuvent être indicatifs de ce qu’on voudra, ils ne motivent pas un jugement prudent, même s’ils rejoignent nos préjugés ou mettent en cause des religieuses.Autre faiblesse de jugement, les généralisations abusives.Une religieuse commet-elle une gaffe, on généralise aussitôt : « Ah ! les sœurs ! Elles n’en font jamais d’autres ! » Exactement comme si chaque faute individuelle venait étoffer un dossier déjà bien noir.Vous rencontrez une religieuse mièvre, vous en rencontrez deux, la conclusion s’impose : les religieuses sont mièvres.Pitoyable logique, inexcusable chez des esprits qui se veulent lucidement critiques ! Les manques indéniables En regard des principes chrétiens on déplore les déficiences de celles qu’on voudrait considérer comme les meilleures chrétiennes, mais soyons chrétiens, nous aussi.De l’honnêteté d’abord.Combien de personnes, de tous ordres, grognent, rugissent, ragent, argumentent, critiquent, disputent avec âcre-té au sujet des religieuses, mais en leur absence, qui, en leur présence, approuvent, comprennent, félicitent veule-ment ?C’est proprement de la lâcheté et on devrait se sentir disqualifié d’agir ainsi ; lorsqu’on contribue ainsi à l’erreur de quelqu’un, on n’esquive pas une sérieuse responsabilité et les raisons qui poussent à agir ainsi ne sont pas très nobles.La table ronde Rencontrer, causer, discuter, réfléchir avec d’autres ! En nombre grandissant nos religieuses s’y disposent et le désirent.Un sujet donné demeure-t-il réfractaire, le dialogue avec une de ses supérieures peut pallier et favoriser d’heureuses issues.La formule de rencontres pour cause de griefs permet deux profits supplémentaires : mieux connaître l’autre d’une part, et par ailleurs, se demander si son courroux à soi et ce qui l’a occasionné en valent vraiment la peine.Ceux qui ont le cran et la loyauté de pareilles démarches s’en félicitent habituellement et ressentent la saine impression d’avoir accompli une mission onéreuse mais utile.Quoi de plus normal au fond ?A moins d’être des génies, nous risquons sans cesse d’oublier un aspect ou l’autre d’un problème ; que celui qui voit d’une optique différente nous vienne le signaler, tous ne s’en porteront que mieux.Tout, et d'un seul coup ! Des religieuses loyales, sympathiques et compréhensives ouvrent courageusement des voies difficiles.A chacun de les aider à aider toutes leurs compagnes à parvenir à de semblables adaptations ; cela vaut mieux que toutes les vaines récriminations qui ne parviennent aux intéressées que déformées et teintées de haines et de menaces.A vous, ma sœur On a besoin de vous et on compte sur vous, ma sœur.Il ne faut pas décevoir cette attente.Ne vous fiez pas aux paroles bénisseuses, il n’y a plus de succès solitaires, il faut travailler avec tout le monde pour bâtir de vraies solidarités ; le dialogue loyal en est une indispensable condition, il faut en être, il faut entendre les points de vue divergents.On ne saurait trop recommander la mise en place et la valorisation de corps intermédiaires et de comités de griefs grâce auxquels les petites misères des relations humaines peuvent être traitées.Si on n’a pas le courage de raccourcir les distances et d’harmoniser les rapports, on assistera et contribuera, chacun à sa mesure, à la détérioration des relations religieuses-laïques, laissant celles-là meurtries et mal utilisées, laissant tous les autres appauvris de l’extraordinaire somme de savoir-faire et de générosité que représentent chez nous les instituts religieux.C’est une autre crise dont nous serions bien avisés de faire l’économie.Denis Duval, ptre DIAGNOSTIC EN VRAC — sympathise avec MM.les curés qui vont bientôt connaître les cauchemars des billets de la messe de minuit de Noël.Adopteront-ils le système des « premiers arrivés, premiers servis », qu’on les taxera d’injustice envers ceux qui sont toujours en retard.Si le système est payant, à $0.50 la place, on se plaindra que l’argent fait foi de tout ! Et ils songeront que leur église, si vaste aux messes sur semaine, est vraiment trop petite pour satisfaire à cette ferveur périodique.Quand nos architectes construiront-ils des églises élastiques ?¦ ¦ ¦ — a retenu cette « perle » dans un sermon sur la Propagation de la foi : « Tout bien calculé, il y a deux milliards d’incroyants sur la terre.On vous demande de donner chacun $1.00 par milliard.C’est pas exagéré ! » — a entendu, dimanche, 11 novembre, lors d’une assemblée politique radiodiffusée : « Suivez le conseil de votre curé qui vous disait ce matin de voter pour l’homme.Or, l’homme dont il parlait, c’est moi, votre député après le 14 novembre » (sic).¦ ¦ ¦ — se réjouit de l’hommage rendu au R.P.André-M.Guillemette, O.P., lors d’un dîner qui groupait quatre cents personnes.Quinze ans directeur de l’Ecole de Service social de l’Université de Montréal, le Père vient d’assumer la direction du nouvel Institut de Gérontologie.Que les amis et collaborateurs qui ont créé le « Fonds Guillemette » en vue de favoriser des études postmaîtrise en organisation communautaire, soient félicités.Il est si rare que la reconnaissance s’exprime de si noble façon : à la fois comme regard sur le passé et sous forme de secours pour l’avenir.— craint que le Mouvement laïque de langue française, en perte de vitesse, ait soulevé à son dernier congrès, des problèmes qui dépassent ses compétences réunies.L’Evangile a établi nettement la distinction des pouvoirs civil et religieux : A César ce qui appartient à César, à Dieu ce qui appartient à Dieu.Pour faire l’application d’un tel principe, dans une société où depuis trois cents ans, ces deux pouvoirs s’entrecroisent et se confondent, il faudrait des spécialistes du droit, de la pastorale, de la théologie, de la sociologie.— déplore que Noël nous ramène toujours des cartes chargées de tout, sauf d’un message chrétien, des calendriers du Nouvel An pour adolescents et adolescentes en mal de strip-tease, des films, des programmes télévisés et des chansonnettes qui ne disent rien de Celui qui vint au monde, pour nous et pour notre salut.— se déclare entièrement d’accord avec le Premier Ministre réélu : « Ce n’est plus Maintenant ou jamais !, qu’il faut dire, c’est maintenant ! », et le remercie, par la même occasion, de cette excellente publicité gratuite.(On dit que dans certains milieux, justement pour ne pas faire cette publicité malgré soi la consigne est de ne plus jamais dire « maintenant », mais « à c’te heure » !) — a lu les déclarations qui ont suivi le Congrès de l’Union canadienne des journalistes de langue française.A retenu qu’une fois de plus, Québec et Montréal sont aux prises.et déplore par-dessus tout que quelques sectaires fassent un mal considérable à la profession du journalisme, et par suite au public.Nous nous gardons de donner des chiffres.— suggère une autre élection (oh ! plus tard!) ou mieux encore un référendum pour nationaliser les Brasseries, et que les revenus — peut-être plus assurés encore que ceux de l’électricité — servent à des fins culturelles, c’est-à-dire aux fins de l’éducation, à l’instar du Danemark.Là-bas, le slogan est : « La culture par la bière », ici ce pourrait être : « L’école par l’alcool ! » •—- croit valable chez nous la déclaration du Cardinal Feltin, archevêque de Paris : « Pour beaucoup, nous sommes des hommes d’argent, c’est là un slogan qu’il vous faut dissiper ».Dans ce but, le prélat annonçait la suppression des classes, pour les mariages et les enterrements.¦ ¦ ¦ — s’interroge sur cette formule qui lui semble fort équivoque : « La presse doit être le reflet du milieu.dans une Province catholique à 98%.» Il y a reflet et reflet.Faut-il comprendre que la presse doive se contenter d’être l’écho de ce que « font » les catholiques, ou de ce qu’ils « disent », ou doit-elle viser à donner sur tout une opinion éclairée et marquée de foi et de religion authentiques ?a m m — s’alarme de voir s’étendre l’ombre maléfique de l’Intégrisme Virulent.La Revue s'en est prise à pas mal de vaches sacrées.Puisqu’elle le peut encore, elle souhaite frapper au bon endroit l’hydre nouvelle, et souhaite que ses lecteurs lui communiquent les documents pertinents.— flétrit avec la dernière sévérité les auteurs et distributeurs de la lettre intitulée « Le libéralisme : poison diabolique » et signée « Amicus Jesu » ; pour leur anonymat couard qui nous ramène aux dénonciations secrètes de l’Inquisition ; pour leur affreux cléricalisme et leur exploitation éhontée du sacré à des fins politiques d’une bassesse assez rare ; enfin pour l’énormité de leur sophisme, qui offense jusqu’aux plus modestes intelligences. MmaHggoj gggnmmion ¦ ww AUTOPSIE DE L'EVENEMENT Elle ne date pas d’hier la tension qui tiraille villes et campagnes, ruraux et citadins.C’est la vieille histoire du rat de ville et du rat des champs.Cette opposition permanente ne cesse cependant de prendre des proportions à la faveur de la croissance des métropoles et de l’industrialisation urbaine.La dichotomie risque toutefois d’aller en s’atténuant grâce à la puissance unificatrice, assimilatrice ou nivelante des mass media.On peut imaginer en effet que les localités les plus éloignées seront un jour recouvertes par le limon envahissant des grandes métropoles.La disparition rapide de la tradition orale semble en tout cas confirmer cette évolution.Les métropoles Pour l’instant, c’est un fait que la stature colossale des métropoles leur a fait prendre figure de symboles et elles en viennent à résumer un pays.Bien des gens jugeront par exemple les Etats-Unis selon des barèmes new-yorkais.Pour réagir contre cette tendance abusive, deux voyageurs français eurent un jour l’idée de prendre le contrepied de cette habitude et ils jugèrent ce pays en excluant délibérément New York de leur circuit ! L’exemple de la France est encore plus troublant : en raison de la centralisation très poussée qui existe en ce pays, il n’est pas impossible de parler avec passablement de justesse de la France en ne se référant qu’à sa capitale ! Il est vrai que les connaisseurs feront observer que, sur la terre de Jeanne d’Arc, il y a lieu de distinguer toujours deux pays : d’un côté Paris, et puis la France.Au Québec Mais voyons un peu ce que ce genre de réflexion peut apporter à l’échelle qui nous intéresse le plus : le Québec.Il fut un temps où l’on se taquinait gentiment sur les mérites respectifs de Montréal et de Québec.Chacun faisait Le rat de ville et le rat des champs au Québec! valoir brillamment son point de vue et était persuadé qu’il avait raison.On pouvait d’ailleurs trouver un compromis acceptable en concédant que si Montréal détenait le monopole du commerce et des affaires, Québec n’était pas mal partagé puisque c’était le siège du gouvernement.Ces aimables querelles ne correspondent plus à la réalité actuelle, car le Québec n’oscille plus entre les mêmes pôles.En réalité, si Québec conserve une certaine auréole sentimentale, elle vit pour une large part dans l’orbite de Montréal.Maintenant la politique ne suit plus le cours uniforme de jadis et laisse place à autre chose que des querelles de clochers et des disputes vaines entre bleus et rouges.L’enjeu est ailleurs et la bataille met aux prises l’esprit cosmopolite des villes et l’esprit provincial des régions rurales.Montréal Montréal est devenu le centre névralgique du Canada français.Ce n’est pas seulement le centre de la vie économique, mais aussi le foyer de la vie culturelle.La préséance de Québec a même disparu jusque sur le plan religieux depuis que le cardinal appartient à Montréal.L’archevêque de Québec n’a conservé que le titre honorifique de primat.Au surplus, on notera que la vieille capitale ne forme plus un bloc homogène et traditionnel que l’on peut opposer à Montréal, car ses élites — universitaires, écrivains, artistes, hommes d’affaires participent étroitement à la vie qui gravite autour de Montréal.Les particularismes s’estompent chaque jour.Pourtant, si les élites adoptent le style de Montréal, le peuple évolue moins vite et reste encore très proche de l’esprit provincial.En juin dernier la victoire créditiste l’a montré lorsque Québec a fait bloc avec la Gaspésie, le Lac-Saint-Jean, la rive sud et l’Abitibi.On pourrait rétorquer que, le 14 novembre dernier, Québec s’est mis à l’unisson de Montréal, mais il ne faudrait pas oublier que tout un grand quartier populaire, celui de Saint-Sauveur, a voté en faveur de l’Union nationale.La tradition Si les faits imposent une nouvelle répartition des forces entre le pays rural et le pays urbain, on constate que la tradition reste encore puissante et résiste vigoureusement aux assauts de la nouveauté.L’opposition compte encore 30 sièges : c’est un poids tout de même considérable, du moins numériquement.La province rurale, où se recrute cette opposition dispose encore d’une singulière autorité quand on songe à la crainte que manifestent les partis à modifier la carte électorale.On ne consent pas à enregistrer officiellement l’évolution inscrite dans les faits, mais il faudra bien un jour redistribuer les sièges si l’on veut se conformer à la configuration du pays réel.Province de Montréal Ce décalage entre le pays juridique et le pays réel s’exprime par un thème qui revient périodiquement à la surface, à savoir la création d’une « province de Montréal ».L’hypothèse est sans doute utopique et farfelue, mais elle repose pourtant sur une réalité profonde.En termes populaires on dit que Montréal en a assez d’être la vache à lait de la province.Image admirable qui consomme le mythe de l’agricultu-risme ! Maturité électorale Le spectacle de la dernière campagne électorale est venu encore confirmer l’écart entre citadins et ruraux.Sous l’influence des idées nouvelles les partis se sont moins attachés à défendre des hommes qu’à promouvoir des programmes.Les luttes que l’on a menées contre le favoritisme ont obligé les partis à plus de prudence et si les mœurs politiques sont encore loin d’être saines, la démagogie perd de plus en plus de terrain.me pieli lion pou fiait la et les i sociale, lismea portance caw, ei préféré en laissa Cela s't Uni U Le sens de la dernière élection indique un progrès vers la maturité et une préférence très nette de la population pour les grandes idées.On a beau ergoter, le vote au bout du compte ratifiait la nationalisation de l’électricité et les autres grands thèmes : sécurité sociale, démocratisation de l’enseignement, etc.Je sais bien que l’électoralisme a encore accordé beaucoup d’importance aux problèmes strictement locaux, et beaucoup de candidats ont préféré exploiter ces thèmes rentables en laissant de côté les grands objectifs.Cela s’explique aussi par le système.La radio-télévision Le hockey Il faut en convenir : la langue du sport n’est pas facile.Mais est-ce une raison pour la compliquer davantage par toutes sortes de tournures baroques, de décalques de l’anglais, de phrases qui n’ont absolument aucun sens en français ?Un certain nombre de chroniqueurs sportifs — je pense surtout à René Lecavalier — soucieux du bon français, ayant conscience de s’adresser à une foule immense et à laquelle ils imposent forcément les termes qu’ils emploient, ont fait des efforts inouïs pour améliorer la langue du sport, pour la franciser.Aussi n’est-ce pas moi qui leur ferai grief, comme un certain puriste, de dire « rondelle ».Mais tout en les assurant de ma vive sympathie dans les difficultés du métier, je voudrais quand même soumettre à leur attention quelques tournures fautives et aussi quelques expressions ridicules.D’abord, le hockey.Directement du Forum de Montréal, les Canadiens rencontrent les Rangers de New York.On répète cette phrase depuis je ne sais plus combien de temps.Comment peut-on rencontrer quelqu’un directement d’un endroit ?Il est bien clair que les équipes se rencontrent au Forum.Voici maintenant quelques expressions, toutes notées pendant une même partie, sauf le poison dont il sera question plus loin.Dans les petits centres l’électeur connaît personnellement son député et s’adresse directement à lui lorsque surgit un problème.L’électeur de Montréal et des grands centres urbains a moins l’habitude de compter sur son député, quand il ne va pas jusqu’à ignorer son nom ! Tension Certes, il ne sera pas facile de diminuer la tension qui oppose citadins et ruraux.La plus grande crainte qui peut effrayer un rural c’est le changement.tel qu’on le Il y a plusieurs joueurs pesants sur votre équipe.Pas étonnant qu’elle soit lente à se mettre en forme, ladite équipe, si plusieurs joueurs de deux cents livres chacun pèsent ainsi sur elle.Ce n’est pas là une faute particulière au sport : aujourd’hui, tout le monde est sur des commissions et sur des comités.ou sur des équipes.Punition à un tel : deux minutes pour assaut.Il ne faut quand même pas prendre un joueur de hockey pour une forteresse ou une ville assiégée.Violence, brutalité, feraient tout aussi bien l’affaire ici et auraient le petit avantage d’être justes.La punition a encore quinze secondes à faire.Mais non, la punition n’a rien à faire.C’est le joueur qui doit rester assis, à ne rien faire, jusqu’à la fin de la punition.On pourrait dire, entre autres choses : fin de la punition dans quinze secondes ; quinze secondes avant le retour au jeu de X, etc.Au cours d’une entrevue un joueur avait déclaré qu’à cause de son poids, il ne retrouvait sa pleine forme et toute sa rapidité qu’au début de janvier.Pendant la deuxième période, ce même joueur se signale par un jeu efficace et vigoureux.Un chroniqueur, faisant allusion à l’entrevue, déclare : Il n'y a rien d’anormal avec la façon dont X joue ce soir.Nothing wrong with.le joueur.Mais la tournure française, elle, était anormale.Quant au citadin, il ne redoute rien autant que l’inertie et il a peu d’attrait pour la conservation des anciennes habitudes.Le provincial prend naturellement des tranquillisants et le citadin préfère des excitants.Il serait peut-être sage de renverser les traitements et de faire prendre des excitants au provincial tandis que l’on donnerait des tranquillisants au citadin.Cette nouvelle thérapeutique réussirait peut-être à réconcilier un peu le rat des champs avec le rat des villes.Pierre Saucier parle Autre expression cocasse qui avait déridé la province entière, un jour.On avait infligé à un joueur une punition de deux minutes et un commentateur avait dit quelque chose comme : Pendant que le joueur X « purgeait » une mineure, le club adverse a fait un point.Quand on a l’esprit quelque peu français, on s’interroge anxieusement sur le sens de l’expression : C’est un vrai poison autour des buts.D’autre part, l’adjectif erratique, existe bel et bien, mais il ne signifie pas commettre des erreurs.C’est un mot qui a des sens très précis en géologie, en ornithologie, en astronomie et en médecine.mais, au chapitre des sports, le dictionnaire est d’une parfaite discrétion là-dessus.Les joueurs ne peuvent donc être erratiques à la défense.A la radio, on nous en sert aussi de savoureuses.Tel coureur a dépassé la marque précédente.On peut faire sa marque dans les sports comme ailleurs.Mais quant à dépasser les marques des autres, j’ai plutôt l’impression que cela veut dire battre un record.C’est presque aussi risible que l’expression qui voulait qu’un homme politique n’ait pas fermé la porte sur de nouveaux pourparlers, comme je l’ai entendu.Mais il y a longtemps de cela, heureusement.Jean-Paul Vanasse 426 Salaire minimum et nationalisme économique En dépit des efforts des libéraux pour limiter le débat à la question de la nationalisation de l’électricité, qui les avait passablement essoufflés, la dernière campagne électorale a donné lieu, grâce à l’opportunisme de l’Union nationale, à une discussion sur le salaire minimum qui aura eu au moins l’avantage de nous indiquer les limites du nationalisme économique.En effet, si le nationalisme canadien-français a été un moteur puissant qui a permis à René Lévesque de faire avancer la cause de l’étatisation et de se donner de petites allures révolutionnaires, c’est également lui qui l’a apparemment freiné dans son élan libérateur en lui faisant repousser l’idée d’une hausse du salaire minimum qui aurait nui à la petite entreprise, laquelle, de souligner Jean Lesage, est souvent la propriété de Canadiens français.Le dilemme Et voilà le dilemme dans lequel se trouve enfermé un parti national-réfor-miste : vous nationalisez une ressource naturelle pour assurer la libération économique du Québec, au risque d’indisposer fortement le capital anglo-saxon et étranger, mais vous refusez aux travailleurs le commencement de libération de leur misère que constituerait un salaire minimum horaire de $1.25, parce que cela risquerait de tuer quelques entreprises marginales autochtones.Et pourtant, il en va du salaire minimum comme de l’action revendicatrice des syndicats, à cette différence près qu’il sert précisément à empêcher l’exploitation de ceux-là mêmes qui ne possèdent pas la force économique nécessaire pour obtenir des augmentations par la voie des négociations collectives.Cri d'alarme Mais de même que les employeurs crient à la menace de faillite à l’apparition d’organisateurs syndicaux dans les parages, de même se trouve-t-il des gouvernements pro-patronaux pour sonner de même façon l’alarme à l’évocation d’une majoration du salaire minimum.Mais s’il faut, pour sauver la petite entreprise canadienne-française, maintenir le salaire minimum au-dessous du minimum vital, alors, il faudrait aussi y interdire le syndicalisme.Personne n’ose contester la nécessité d’un salaire hebdomadaire minimum de $50, mais on prétend redouter une dislocation de l’économie et une recrudescence du chômage.Pourtant, outre que personne ne rêve d’une majoration subite de 70 cents à $1.25, il est prouvé que les hausses de salaires ne tuent pas les entreprises auxquelles il reste un minimum de dynamisme.Au contraire, cela a habituellement pour effet de les fouetter et d’augmenter leur efficacité.Périssent les faibles Dans le cas d’entreprises vraiment marginales, dont l’existence n’est que la perpétuation d’une erreur économique, le coup de fouet peut être leur coup de mort.Mais, il ne s’ensuit pas nécessairement un chômage accru.Leur clientèle passe plutôt à des entreprises saines et fortes qui paieront des salaires supérieurs à une main-d’œuvre accrue.Seulement, il peut fort bien se faire que les entreprises qui récoltent les dépouilles d’entreprises marginales canadiennes-françaises, ne soient pas de chez nous.Alors, il s’agit de savoir si la libération économique, c’est la multiplication des capitalistes canadiens-français, ou si c’est l’accession du peuple cana-dien-français à un niveau de vie lui permettant de parfaire son éducation et de s’épanouir sur le plan culturel.Car nous pouvons très bien, tout en étant « maîtres chez nous », continuer de toucher des gages de scieurs de bois et de porteurs d’eau.Il est bien rare que les révolutions nationalistes, qui font appel aux sentiments populaires, ne tournent pas à l’avantage exclusif de la bourgeoisie indigène, au détriment des classes laborieuses.Le conflit, du moins apparent, entre la nationalisation de l’électricité et la hausse du salaire minimum, pourrait bien nous en fournir une nouvelle illustration.Noël Pérusse Les aristocrates à la lanterne « Le peuple contre les trusts » semble être un slogan qui fera époque dans la province et même en dehors des cadres de la vie politique de l’Etat du Québec.Que l’on ait utilisé cette phrase-épée au cours de la dernière campagne électorale provinciale pour obtenir évidemment le vote populaire, personne ne peut en faire de reproche aux stratèges libéraux.Effectivement, la diplomatie électorale réclamait un slogan-clé.La récente déconfiture des vieux partis traditionnels dans le Québec aux élections fédérales par la rafle de vingt-six comtés qui se sont voués au Crédit Social invitait le parti libéral à utiliser le ferment d’insatisfaction que le peuple manifesta assez ouvertement le 18 juin dernier.C’est qu’en temps d’élection, le « bas peuple » est roi et maître et, pour se l’attirer, les partis politiques qui souvent planent haut dans les sphères de la spéculation, reviennent vers la terre pour constater que l’électeur les a perdus dans quelque mirage lointain et qu’il cherche une voie nouvelle où il pourra enfin défendre ses droits et ses intérêts.Lutte de classes Mais de tels thèmes électoraux ne sont pas sans alimenter les désirs cachés de la population et allumer des envies que l’on pourrait même apparenter à la haine sourde qui gronde en tout homme contre son voisin mieux partagé par la fortune ou les honneurs.Et cette lutte personnelle, naturelle évidemment, se transpose souvent dans des actes qui ont l’heur tout au moins de surprendre l’opinion publique et d’aiguillonner la méditation chez les gens qui conduisent la vie intellectuelle et économique.C’est ainsi que l’on peut se demander sans détour et froidement si les professionnels et les cerveaux que l’on groupe sous le thème générique d’« élite de la société » ne devront pas reviser leur statut.Même si leur position au sommet semble inexpugnable, il semble que, par la force des circonstances, ils devront regarder dans la plaine au sens propre du mot et répondre à l’appel ou au défi lancé par le peuple. Tél.: 254-4501 Sanitary Refuse Collector Inc.9501, Ray Lawson Montréal, P.Q Tél.: FR.5-4444 MOLSON \m Delmont Construction Ltée ENTREPRENEURS GÉNÉRAUX D.DUGRE sisemNi iiitoli descaJis iljiiéte.krastfl*1 ijili éls- ir siiiai- 131, ROYAL TROIS-RIVIÈRES, P.Q.A.N.BAIL, CIE LTÉE Adrien Demontigny, président 908, ST-FRANÇOIS-XAVIER TROIS-RIVIÈRES, P.Q.Tél.: FR.6-3781 FRANÇOIS ROUETTE INC.Matériaux de construction 1135, Lavérendrye Trois-Rivières, P.Q iSi 8*' t.LJ^ ENTREPRENEURS GÉNÉRAUX ans t*1' .: ai) 0® iiiisïl1 Bureau : 2197 est, Sherbrooke Tél.: 527-3637 Entrepôt : Bedford, P.Q.Tél.: CH.8-3352 le 11!®1 li» ^ et P011 splè^ ({IS lectî® ^ Montréal Tél.: FR.4-4838 CANTINE MOBILE, T.R.INC.151 boul.Ste-Catherine (Banlieue) Trois-Rivières, P.Q Tél.: FR.4-4657 GEORGES LAMBERT INC.1000, boul.Normand Trois-Rivières, P.Q elle® [roi^1* Paul Rolland Construction Limitée Travaux sous la direction D'INGÉNIEURS PROFESSIONNELS JF 5890, AV.MONKLAND, MONTREAL, P.Q Paul Rolland, Ing.P., président 1)11 ' TROIS-RIVIERES, P.Q 188, RADISSON D50^ ONSIEUR MUFFLER 273-1561 MONSIEUR MUFFLER SPECIALISTES EN SILENCIEUX ET AMORTISSEURS DE CHOC Tél.: 273-1561 5 succursales pour vous servir BUREAU-CHEF : EST : 1295, Bellechasse (coin Chambord) SUD : 1101, Craig (coin Amherst) NORD 2535, boul.Laurentien (près de Canadair) Laieunesse entre Fleury et Henri Bourassa OUEST : 6260, Upper Lachine Rd.(coin Madison) 295, BELLECHASSE 273-1561 él.: FR.5-1604 Tél.: FR 4-8862 Me PAUL VILLENEUVE NOTAIRE ANDRE LAÇASSE CHIROPRATICIEN 1267, Hart Trois-Rivieres, P.Q 861, La violette Trois-Rivieres, P.Q »él.: 378-8555 United 5-S1.00 Store of Canada Ltd.J .-LOUIS CARON Architecte 4440, boul.Royal Trois-Rivieres, P.Q 1 277, Des Forges Trois-Rivieres, P.Q Tél.: FR.6-2342 él.: 481-3489 MOTEL BEL-AIR R.FOISY, prop.Biscuiterie E.Harnois & Fils Banlieue — Trois-Rivieres, P.Q 85, St-Charles-Borromée Nord Montreal, P.Q él.: FR.6-7958 J.A.DESRUISSEAUX JULIEN MATTEAU Entrepreneurs généraux «HUILE» 810, Whitehead Trois-Rivieres, P.Q Trois-Rivières, P.Q 055, De La Ternere Tél.: FR.6-2547 él.: FR.6-7465 MOTEL T.V.ENRG GERRY LANDRY, prop.Les Produits de Ciment St-Maurice Ltée Banlieue — Trois-Rivieres, P.Q 030, Viger Trois-Rivières, P.Q Tel.FR 6-3745 él.: FR 4-4647 CENTRE D’ACHAT DES TROIS-RIVIÈRES J.-C.PAPILLON & FILS LTÉE Trois-Rivieres, P.Q 4542, boul.Royal 382, Laviolette Trois-Rivieres, P.Q Tél.: FR.5-4921 Motel Castel des Près Inc.5800, boul.Royal Trois-Rmeres, P.Q Tél.: FR.5-4005 Cie de Construction Laviolette Ltée 386, St-Laurent Cap-de-la-Madeleine, P.Q Tél.: FR 5-4813 FLEURISTE H.G.GAUTHIER Boulevard Royal Trois-Rivières, P.Q.Tél.: DU.1-5921 J.A.Levasseur Construction Inc.Entrepreneurs généraux I 635 est, Henri-Bourassa Montréal, P.Q Tél.: LA.2-7232 0.de ^ette 'K&iocvCtaa de TfticunC 0D.& ouverte tous les soirs à l'intention des personnes qui travaillent et le samedi de 10 h.a.m.à 5 h.p.m.Nous avons des cliniques où vous pouvez être traitées individuellement.La Clinique Bette Knowlton a son directeur médical Directrice : Madame Normandeau 2194 est, SHERBROOKE (suite 101-104) MONTRÉAL, P.Q.Tél.: FR.5-7412 Tél.: FR.5-6577 YVES ROBICHAUD Entrepreneurs généraux 657, St-Georges Trois-Rivières, P.Q.Les Breuvages Begin Ltée Tél.: FR.4-9233 999, STE-JULIE TROIS-RIVIÈRES, P.Q.La compagnie de Transport St-Maurice 503, St-Maurice Trois-Rivières, P.Q.AVEC LES COMPLIMENTS DE LIMITÉE r pi'îîsÿ L _______ - MANUFACTURIER D’APPAREILS DE CHAUFFAGE AUTOMATIQUE i MONTRÉAL - QUÉBEC - TORONTO SAINT-HYACINTHE Sémùuzùie de 7%e toensojij •aires (|iie chefs de Heok ifi elat d Pourl ^'ouvrier, «t devj ' tore u Hc roaine, à l’échu Ou situ la teiisj.% ^e k elle •ion “Seul Sï s», ‘•He de s0 Se, r| "•aine; /•en, S, •an, Pkyi cetie Plus ON 433 de vertu naturelle, c’est méconnaître ce qu’il y a dans l’homme de plus humain.PÉGUY SOCIALISTE Cependant, pour le moment Péguy cherche à réaliser son idéal socialiste.Vouée à la liberté individuelle et intérieure, la cité ne soumettra pas ses citoyens à un système mécaniste de congrès et de majorité.Témoin cette parole de Péguy : « Les âmes ci- toyennes en la cité harmonieuse ne connaissent pas la mise en balance des suffrages.parce que cette mise en balance est fondée sur le calcul des suffrages » et ce calcul ne représente plus « les volitions des âmes harmonieuses individuelles » 1.Nul ne crie plus haut contre les mensonges des démagogues parlementaires que ne le fait Péguy.Ces prétendus chefs de la liberté, proclame-t-il, s’embourgeoisent et entraînent avec eux le peuple électoral.Par leur langage parlementaire, ils l’endorment dans un état d’inertie.La liberté de suffrage pour laquelle deux siècles de penseurs, d’ouvriers ont souffert et sont morts, est devenue un mensonge collectif, « une maladie sociale », bref un aspect du mal universel, et la cité doit s’en défendre.Impossible idéal de rédemption humaine que cette utopie vouée d’avance à l’échec.Le rêve socialiste de la solidarité humaine, de la vertu naturelle ou de la liberté intérieure ne suffira pas tout seul à dissiper l’angoisse.Où situer donc la solution possible de la tension qui s’établit entre l’homme et la société ?Non pas dans un système imposé de l’extérieur : « La révolution sera morale, dira Péguy, ou elle ne sera pas », ni dans un ordre uniquement naturel.Car si ces premières œuvres de Péguy mettent en relief la nécessité d’une action susceptible de changer la forme du monde, elles montrent d’autant plus, en pratique, l’inaptitude de la nature humaine à fonder cet ordre de choses.Il tente vainement d’édifier le rêve d’une société naturelle dont le but louable n’est ni la production ni le confort, mais la joie, la vie saine, la santé physique et morale, et le libre épanouissement de la vie intérieure ; car cette réforme réclame évidemment, en plus de la vertu naturelle, le soutien de la grâce : vérité que le jeune socialiste n’apprendra que plus tard lorsqu’il aura retrouvé la foi.PÉGUY PASCALIEN Il faut en venir à Pascal pour que le jeune révolutionnaire de 1900 établisse un premier contact avec le monde spirituel.A l’occasion d’une maladie, Péguy, suivant le conseil de Jean Tha-raud, reprend sa petite édition classique des Pensées et lit la « Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies ».La foi de Pascal, si douloureuse et en même temps si consolante, soulève en lui « une admiration singulière et inquiète », comme il l’avoue lui-même dans ses essais « De la grippe ».Cependant, cette époque sur laquelle avait passé l’affaire Dreyfus trouve notre jeune militant en lutte avec le catholicisme : religion, croit-il, devenue bourgeoise, et sourde à l’appel des pauvres.Lui, il préfère situer l’axe de sa vie au centre de la détresse.N’allons pas croire qu’il s’agisse là d’une affirmation toute gratuite.Au contraire, c’est précisément par cette voie que Péguy rentre dans le christianisme.Il l’affirme lui-même lorsqu’il se persuade que la détresse est « la nature même de l’homme.une infirmité axiale », et qu’il existe une liaison profonde « entre la détresse et la chrétienté » 2.A vrai dire, prendre conscience de sa propre indigence, n’est-ce pas commencer à s’ouvrir à l’Etre ?Cette méditation philosophique de Péguy sur la condition foncière de l’homme le rend sensible à l’inquiétude métaphysique de la pensée pascalienne.Son admiration pour Pascal le mène à relire la biographie écrite par Mme Périer, et à en faire de longues citations dans les Cahiers de cette époque.PÉGUY ANTIBOURGEOIS Peu à peu, Pascal apprendra à Péguy que le cœur humain ne s’apaise jamais dans un système, si parfait que soit le système.« C’est le cœur qui sent Dieu et non la raison ».Les grands projets de l’esprit et les biens matériels ne constituent pas l’aspiration du cœur.Celui-ci ne trouve du soulagement que dans une personne, dans la Personne unique de Jésus qui réunit en Lui et la nature de l’homme et la nature de Dieu.C’est là, au sein de l’ordre divin, que Pascal parvient à calmer son âme, mais l’heure du retour n’a pas encore sonné pour Péguy.Ce soi-disant athée ne répond à l’appel de son maître que négative- ment, mais au moins il répond, ce qui est déjà beaucoup.« Tout n’est point perdu avec un athéisme révolutionnaire », déclare-t-il3.Le révolté trahit une certaine inquiétude, une certaine charité qui y brûle, détournée, c’est vrai, mais qui, un jour, pourra être bien orientée.Là où tout n’est pas mort ou cendres, il reste encore une étincelle d’espérance.D’autre part, il n’y a rien à attendre d’un athéisme bourgeois et complaisant.C’est pourquoi, en 1900, Péguy préfère l’inquiétude socialiste à la complaisance d’un christianisme bourgeois.Mais il est à noter qu’avec le passage du temps, la petite étincelle d’hier se développe en une flamme toujours plus lumineuse.Peu à peu s’accomplira dans ce « cœur sans repos » un travail tellement fructueux que l’année 1908 verra Péguy préférer l’inquiétude ou la détresse chrétienne à un optimisme purement naturel.PÉGUY ANTISOCIALISTE La prochaine rencontre avec Pascal aura lieu deux ans plus tard en 1902 lors de la publication d’un essai, tout pasca-lien, sur le « divertissement » 4.Cet essai révèle le changement qui s’est opéré dans le cœur du jeune révolutionnaire.Plus de mirage socialiste maintenant ; mais, directement sur la réalité, un regard lucide et courageux.Il ne rêve plus d’une société naturelle tout à fait harmonieuse, d’un parti politique tout adonné au service des pauvres.Désabusé, il reconnaît enfin les intérêts égoïstes des chefs de file ; volontairement sourds aux résonances tragiques de la condition humaine, ces démagogues cherchent à endormir l’angoisse du peuple par le « divertissement politique » ; à la place de l’action constructive, ils mettent l’agitation tactique et électorale.Pire encore, le peuple se laisse divertir par les jeux de ces politiciens.Que l’on ne s’étonne pas alors de trouver la vaste citation de Pascal sur le divertissement dans le Cahier de cette époque.Faut-il faire grief à Péguy d’oser rappeler aux électeurs vers quelles subtiles perversions risquera toujours d’être entraînée la conscience endormie ?Il vise à réveiller l’homme, à l’inquiéter, à lui ouvrir les yeux sur l’embourgeoisement du parti socialiste.Là où avaient paru grandeur et noblesse, il ne voit maintenant que petitesse et mesquinerie.Terrible à force de lucidité, Péguy dénonce ce qu’il ne peut plus ignorer : 434 le règne de la prostitution électorale et parlementaire ; le règne du parler pour ne rien dire ; le règne des gestes pour ne rien faire.Le parti socialiste « argenté » n’a pas le temps de porter remède au mal universel ; il a toujours des élections à préparer, des inaugurations, des banquets auxquels assister, des favoris dont il faut s’occuper.L’expérience vient d’ailleurs confirmer tout cela de manière éclatante.Péguy quitte enfin le parti en condamnant ceux qui, à force de divertissement, cachent à l’homme le problème de la destinée.ÉTAPE Ainsi après cinq années de louables aspirations, après cinq années de théories successivement dépassées, Péguy se trouve dans un état de solitude politique.Il impose pourtant silence à la tentation du désespoir, car en fin de compte ces cinq années de travail et de souffrance lui ont appris l’essentielle insuffisance de tout système qui reposerait sur un fondement exclusivement humain.Ni le rêve optimiste de la cité harmonieuse ni la politique bourgeoise du parti socialiste n’ont apporté de réponse décisive aux mystères du mal, de la souffrance et du salut.Il ne s’agit pas encore d’un retour à la foi, mais du moins un grand pas vers la vérité est-il fait.Telle est donc la conclusion, nous semble-t-il, qui se dégage des premières œuvres de Péguy.Oui, Seigneur, j’aime votre Eglise qui me donne chaque jour des raisons de vous louer davantage.Et c’est pourquoi je souffre de la voir si souvent défigurée — défigurée par ceux-là mêmes qui devraient embellir le visage de leur mère.Et c’est pourquoi, ce soir, je vous prie.Pour la masse de ceux que l’on appelle, ou qui se disent eux-mêmes chrétiens, mais qui ne cherchent qu’à mener une vie exempte de soucis, ou dont le seul souci est de conquérir pour eux-mêmes des avantages matériels.Pour ces chrétiens attachés à l’Eglise comme à une puissance temporelle, et qui confondent trop souvent l’authentique Tradition avec leurs préférences politiques.Pour tous ceux qui voulant planter plus loin l’Eglise n’ont pas réussi à se PÉGUY CHRÉTIEN Ce tour d’horizon achevé, une dernière question s’impose : cette lucidité de Péguy, où va-t-elle le conduire ?au désespoir ou à la croyance en un Dieu transcendant et personnel ?Heureusement qu’à cette heure de pénible désillusion, il sent naître en lui le pressant et salutaire désir de la vérité et de la justice du Christ.Il en vient à comprendre que la vraie révolution est non seulement d’ordre moral mais d’ordre surnaturel aussi, car la grâce divine est l’unique moyen de hausser l’homme à un plan situé au-delà de lui-même, au-dessus des bornes de son être.C’est dans cet « ordre de la charité » — pour employer la terminologie pascalienne — que Péguy échappe au désespoir.Mais tandis que Pascal se serre contre les pieds percés du Christ « en agonie jusqu’à la fin du monde », Péguy lève les yeux vers le flanc percé de Jésus d’où il voit couler la force incroyable de l’espérance, celle qui ne se lasse jamais de faire retentir au cœur du pécheur la parole ineffable du Fils : « Ainsi n’est pas la volonté de votre Père, qui est aux cieux, que périsse un seul de ces petits » 5.Certes, Péguy accède ici au mystère, mais il ne tente plus d’en forcer la clé.Il reconnaît les limites de son être ; il accepte sa misère, ce qui ne veut pas dire nécessairement qu’il accepte l’angoisse, car toute acceptation de l’an- garder de la contagion matérialiste.Pour ces hommes d’Eglise prudents à leurs propres yeux et en réalité pusillanimes qui croient garder la pureté de la foi parce qu’ils vivent en marge des problèmes du monde.Seigneur, éclairez les uns et les autres.Envoyez votre Esprit qui renouvelle la face de la terre, convertit les hommes et construit l’Eglise.Seigneur, j’aime la beauté de votre Eglise, mais rendez-la plus belle encore.Qu’elle apparaisse aux yeux du monde dans la perfection de sa pureté spirituelle.Que par toute la terre ses ministres et ses membres se gardent de toute inféodation.Qu’ils portent jusqu’au bout du monde votre message et donnent sans défaillance le témoignage de votre amour.goisse est une solution existentialiste, non une solution chrétienne.Mais est-ce qu’il réussit tout à fait à mettre la paix dans sa demeure ?Si certains auteurs veulent la réponse négative, d’autres n’en insistent pas moins sur l’immense joie qui envahit Péguy lorsqu’il contemple en esprit le royaume de Dieu, la seule vraie cité harmonieuse : « domaine de la joie, cent fois moins connu.cent fois plus fécond », que tous les royaumes de la terre 6.Sister Antonina, C.S.J.College of Saint Rose Albany, New York RÉFÉRENCES 1.Charles Péguy, Marcel, premier dialogue de la cité harmonieuse, dans Œuvres complètes de Charles Péguy, 15 vol.(Paris : N.R.F., 1916-1942), X, 213.2.Péguy, Clio, 20e éd.(Paris : Gallimard, 1932), pp.172-173.3.Péguy, Un Nouveau Théologien, Monsieur Laudet, 17e éd.(Paris : Gallimard, 1932), pp.65-66.4.Péguy, « Nous devons nous préparer aux élections », Cahiers de la Quinzaine, III, 14 (1902), 20.5.Matth., XVIII, 14.Cité par Péguy, Le Porche du mystère de la deuxième vertu, dans Œuvres poétiques complètes, coll., « Bibliothèque de la Pléiade » (Paris : Gallimard, c.1954), p.25.6.Péguy, Note conjointe, 18e éd.(Paris : Gallimard, 1935), p.317.Seigneur, nous sommes de votre Eglise.purifiez-nous de nos péchés pour que l’Eglise soit plus pure, accroissez en nous la charité, pour que l’Eglise porte davantage le témoignage de votre amour, augmentez notre zèle pour l’Evangile, afin que l’Eglise soit plus rayonnante, insérez-vous au plus profond de votre Eglise afin que, portant les fardeaux les uns des autres, nous achevions ce qui manque en nous de souffrances, pour que sa mission s’accomplisse.Amen.(Th.Suavet, « Construire l’Eglise aujourd’hui ¦»). 435 LIVRES Gérard Labrosse : Ma religion est-elle en danger ?, Editions de l’Homme, 125 pages.La préface de James Thomson, ancien Archevêque de l’Eglise Unie du Canada, nous rappelle le lien essentiel et réciproque entre la liberté et la religion.C’est le problème de la liberté de religion au Canada qui est étudié dans ce petit livre, en relation avec le code criminel, avec la Constitution canadienne, et avec la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme : les répercussions sont parfois inattendues.Paul Sauriol : La nationalisation de l’électricité, Editions de l’Homme, 124 pages.Je transcris le commentaire du dos du livre, qu’on pourrait à grand profit appliquer à nombre d’autres questions disputées : « Il n’y a pas de gens pour ou contre la nationalisation de l’électricité, il n’y a que des gens bien ou mal informés sur cette grande question d’actualité ».Paul Sauriol réussit une analyse nette et claire du problème : nous manquons de la multiplication de ces analyses solides et fertiles en regard de tous les problèmes qui bloquent encore insidieusement notre évolution profonde.Victor-Henry Debidour : Aristophane, Seuil-FOMAC, 192 pages.Dans la collection illustrée « Ecrivains de toujours », c’est au tour d’Aristophane : nouvelle révélation d’une Grèce décidément inépuisable.L’iconographie a été particulièrement renouvelée, le commentaire laisse transparaître une grande érudition sans doute, mais aussi une grande amitié du texte ; et les copieux extraits nous invitent à en savoir davantage : n’est-ce pas répondre à la fonction même de la collection ?Sœur Marie-Tharsicius : L’expérience poétique de Marie Noël, Fides, 160 pages.Cette étude (thèse), en partant de « Petit-Jour » et de « Les Chansons et les Heures », établit une bonne approche de « l’expérience poétique » dans l’œuvre de Marie Noël, malgré la sentimentalité parfois agaçante de l’auteur (Sœur M.-T., et non Marie Noël), qu’on oublie un peu devant son information littéraire.Marguerite Grimault : Kierkegaard, Seuil-FOMAC, 182 pages.Sœren Kierkegaard : poésie angoissante des sons, impression tragique de ces sept syllabes ; toute une vie tumultueuse et secrète, toute une œuvre chiffrée.« La mélancolie est ma nature », écrira-t-il ; il est né en 1813, et mourra en 1855.Il se servira souvent de pseudonymes, et de fait nous avons de K.deux séries de souvenirs : des caricatures, et des masques ; ce qui nous rappelle les valeurs particulières qu’il confiait à l’humour, à l’ironie.Chez Kierkegaard, il y aura toujours duel entre l’esthétique et l’éthique, et ce dualisme est conscient, jusqu’au désespoir du seuil de l’absurde : entre la rigidité du Père et la grâce de Régine Olsen, l’homme qui cherche l’humain.Aprement.M.Caron, S.Hutin : Les Alchimistes, Seuil-FOMAC, 192 pages.Dans la collection illustrée « Le temps qui court », ce petit document fascinant concernant les alchimistes.Nous sommes projetés en plein symbolisme généralisé, et tout devient signe, la magie colore et anime le monde devenu vertigineux.La pierre philosophale devient en quelque sorte le centre de gravité de ce monde hermétique, impénétrable, du Grand Secret de la Nature.On aurait pu rattacher directement l’Alchimie au Surréalisme contemporain : il en serait résulté un prolongement intéressant de ce petit tour d’horizon d’une des aventures les plus admirables de l’humanité.Jacques Leclercq : Eloge de la Paresse, Casterman, 185 pages.Rare est ce plaisir gratuit (et de toute façon impayable) d’une lecture paisible, d’une lecture de véritable détente.L’auteur nous parle simplement, de rien et de tout, de lui et de nous, de la vie, de la paresse, de l’équilibre, de la connaissance et de l’ignorance, de la fantaisie et de la gratuité.La sagesse du texte nous « convertit » à une vision en quelque sorte contemplative de l’humain.J’aimerais citer et commenter une dizaine de passages plus percutants : un livre qui nous apprend beaucoup, sans nous le dire et sans nous ennuyer.Rare est ce plaisir.Jean Steinmann : Code sacerdotal, Desclée De Brouwer, 156 pages.Dans la collection « Connaître la Bible », la première partie du Code sacerdotal, couvrant la Genèse et l’Exode.Les illustrations, cartes, photographies, viennent continuellement animer le texte exégétique, et l’appareil de références me semble particulièrement soigné.Jean Mesnard : Textes inédits de Biaise Pascal, D.D.B., 36 pages.En attendant encore l’édition des Œuvres complètes, à la Bibliothèque européenne, nous accueillons ces textes inédits de Pascal, présentés par le professeur Jean Mesnard.Des trois groupes de textes présentés ici, les deux derniers me semblent particulièrement intéressants : la « Déposition de Pascal lors de l’information sur le miracle de la sainte épine », et les quinze Pensées inconnues.G.R.Chanoine L.Groulx, Le Canada français missionnaire.Une autre grande aventure.Montréal et Paris, Fides, 1962.533 pages.« C’est mon dernier livre », le vingt-cinquième qu’il écrit.Retenons ici l’effort loyal du patriote octogénaire qui jette un rapide coup d’œil sur le monde, constate que les siens s’illustrent même à l’étranger, s’en réjouit avec orgueil, y voit les preuves non équivoques du sérieux de notre foi.C’est qu’ils sont partout, nos missionnaires : Grand Nord canadien, baie d’Hudson, Asie méridionale, Afrique, Océanie, Indes, Amérique latine.Cinq mille au moins déjà partis : prêtres, religieux, laïcs.Le Canada français est devenu la quatrième nation missionnaire au monde.M.Groulx écrit un livre qui est peut-être rapide, même s’il contient plus de cinq cents pages, mais ce livre en dit long sur l’universalisme de notre petit peuple ; il est, en même temps, un hommage final à notre pays et, de la part de son auteur, une preuve de fierté tenace contre tout ce qui est pessimisme.Quel exemple ! M.L. Une revue canadienne de philosophie Par une résolution adoptée lors de sa réunion générale de 1961 à Montréal, l’Association Canadienne de Philosophie fondait une nouvelle revue trimestrielle.Cette revue bilingue vise à favoriser un dialogue plus continu entre les diverses tendances philosophiques qui ont cours dans les universités canadiennes.Son nom, DIALOGUE, possède une signification très riche dans nos deux langues officielles.Il exprime un souhait, le besoin d'un climat qui nous permette de profiter de nos différences pour nous enrichir mutuellement.Merleau-Ponty écrivait dans Les sciences de l’homme et la phénoménologie que le philosophe « est toujours situé, il est toujours individué.c’est pourquoi il a besoin du dialogue » et, continuait-il, « la plus sûre manière pour lui de franchir ses limites, c’est d’entrer en communication avec les autres situations (les autres philosophes ou les autres hommes ) ».C’est la raison d’être de DIALOGUE dans la communauté intellectuelle canadienne : rapprocher et par le fait même enrichir les groupes de pen- seurs divisés trop souvent par des différences de langue, d’école, de culture ou simplement par les distances.La deuxième livraison a paru en septembre.Elle contient le discours présidentiel prononcé cette année au congrès de Hamilton par le Père Jean Langlois, S.J.Le Père Langlois y trace « le rôle de la philosophie dans la culture canadienne » tout en dégageant les directions que notre philosophie devra prendre en raison de notre situation historique.Un article du professeur Dray de l'université de Toronto reprend de façon originale la dichotomie du « is » et du « ought » si chère aux moralistes de langue anglaise («Choosing and Doing»).M.Yvon Blanchard de l’université de Montréal s’interroge sur « le caractère philosophique de pensée de Marx » pour conclure que cette pensée est une philosophie économique.J.P.Day de l’université de Keele en Angleterre étudie la vraisemblance artistique («Artistic Verisimilitude ») dans un long article dont la deuxième partie paraîtra au troisième numéro.Enfin un article de Jean-Louis Major de l’université d’Ottawa, « Pensée concrète, Art abstrait », montre de façon intéressante que l’opposition des mots concret et abstrait cache un accord profond entre les tendances de l’art moderne et les préoccupations des philosophies existentielles.Venant Cauchy Demain, l’unité.(suite de la page 440) tions — tant pis ! tant mieux.Dans ce monde fraternel que vous façonnerez, il ne fera jamais exquis vivre, mais ce sera bon.Oui, bon de vivre sans autres remords que personnels : sans « péché collectif » de classe ou de pays.Car ne voyez-vous pas, bourgeois mes frères et vous, nations d’Occident, que notre péché collectif de chaud-vêtus, de bien-portants, de trop-mangeants nous ronge plus sûrement que la lèpre ou la misère ne détruit les banlieues ou l’Afrique ?« Une âme vile dans un corps gras » — vile parce qu’il est trop gras — le supporterons-nous encore longtemps ?— Ah ! vienne la Nuit du Quatre Août, l’abolition volontaire de nos privilèges avant qu’ils ne nous soient arrachés.Obsédés par le grignotement de leurs privilèges, de l’extérieur, les classes possédantes, les pays suréquipés ne semblent pas s’aviser qu’ils sont minés de l’intérieur même et que leurs enfants ne sont plus de la même race qu’eux.Les fils des assiégés ouvriront la porte aux assiégeants ! Leur parents crieront à la trahison ; ils mourront dans la méfiance et l’amertume sans s’apercevoir qu’on les a délivrés de leur pire maladie : la mauvaise conscience.* * * * En vous qui me lisez, je salue cet homme nouveau, pétri d’insolence et de générosité, et qui se moque bien de mes paroles et de mes vœux -—- mais je l’aime tel.Ce n’est pas à la misère aveuglante de l’atome que nous devrons de voir l’Unité, mais, une fois de plus, à ce cœur humain qui est une bombe autrement puissante.Homme de Demain, Homme de l’Unité, Marxisme et Christianisme peuvent chacun le revendiquer.Et sans doute le premier a-t-il avancé les choses ; ne serait-ce qu’en avivant les plaies ; et aussi, en suscitant des militants fraternels ; et encore, dans sa hâte et son imposture, en barrant d’un infranchissable rideau de sang certaines voies, fussent-elles les plus « efficaces ».Pourtant, c’est le Christianisme — mais non ! les Chrétiens — mais non ! le Christ lui-même qui a préfiguré et préparé cet Homme de Demain que vous aurez l’honneur de devenir, si vous en êtes jugés dignes.« Qu’ils soient un comme nous sommes un.» C’était au soir du Jeudi Saint ; c’était quelques heures avant de mourir déserté, humilié, supplicié.Qu’importe ?« Il avait vaincu le monde ».— A vous d’achever la victoire : l’Unité.GILBERT CESBRON 437 TABLE ANALYTIQUE 1962 ACTUALITÉS Cadieux, Rita : En marge d’une conférence sur l’univers de la femme 332 Coup d’œil sur les diocèses 17, 62, 98, 224 Lacroix, Benoît, O.P.: Colloque à Québec 184 S.D.C.: Tempête à Saint-Tintin 252 ARTS Beaugrand-Champagne, Raymond : Disques 113 Cardinal, Suzette D.: Cinéma 194, 232 Dumas, Réginald-Marie, O.P.: Cet éclat de l’herbe fraîche 95 Id.: La sérénité 149 Dumont, Micheline : Théâtre 76, 112, 193 Hamelin, Jean : Théâtre 153 Id.: Art et Littérature 313 Lamoureux, Jacques : Cinéma 40, 114, 272 L’Estoc : Beaux-Arts 274, 314 L’Estoc : Peinture 39, 76 Nomerenge, Anne de : Le théâtre lyrique : 350 313 Pourquoi pas ?Id.: Musique Id.: Situation des musiciens canadiens 393 Perusse, Noël : On demande des chefs ouvriers 307 Poirier-Pretty, Andrée : Musique 193, 231 Potvin, Gilles : Musique 77, 40 Robert, Guy : Une demi-douzaine de chefs-d’œuvre S.V.P.230 Id.: Disques 41, 193, 273 152 153 77 392 40 113 306 104 70 185 36 384 Id.: Musique Id.: Peinture Robillard, H.-M., O.P.: Cinéma Russon, Pierre de : Cinéma Sabourin, Jean-Guy : Théâtre Tremblay, Gilles : Musique Vanasse, Jean-Paul : Au nom de notre père, le commanditaire Id.: Ce qu’on attend de vous messieurs les critiques 1d.: Chaque Français entend Racine à sa manière Id.: Les deux visages d’une même niaiserie Id.: Enfin, Madame Loranger vint 1d.: Du format de poche.Id.: La parole aux quatre vents du ciel 228 Id.: Quand repassera la ferveur 341 Vandenbergh, Bruno-H., O.P.: Sœur Sourire 232 Viau, Guy : Les Chrétiens et Borduas 80 DROIT CANONIQUE Charland, Raymond, O.P.: L’Eglise annule-t-elle les mariages ?206 Id.: Faut-il encore l’Index ?173 ÉCONOMIE Benoit, Bernard : L’assureur-vie 73 Cardinal, Jean-Guy : Le contribuable face à l’impôt 131 Hurtubise, René : Conférence sur les ressources renouvelables 35 1d.: Un sujet de choc : l’électricité 148 Morin, Jacques-Yvan : Marché commun : l’heure décisive 68 Id.: Marché commun, nouvel élan 101 ÉDITORIAUX Bradet, H.-M., O.P.: Qu’il nous soit donné de garder l’espoir 397 D Allaire, Henri, O.P.: « Mon oncle !» 150 Directeur, Le : Nouveau départ 1 Id.: Sommes-nous engagés ?157 Keno : Simple adverbe 9 Redaction, La : Le R.P.A.Lamarche Chicoine, J.-M., C.S.C.: Messe facultative au Collège St-Laurent Delhaye, Chanoine Ph.: Un grand recteur d’université catholique, Son Excellence Mgr Ladeuze Dionne, Martin : Aurons-nous un nouveau calendrier scolaire ?Duhamel, Roger : Des orchidées pour Miss Blanding Dumas, Réginald-Marie, O.P.: L’ombre de Gudule Id.: Plus vite laïcisés par le dollar que par le rouble Id.: La sérénité Duval, Denis, pire : Deux utopies Faribault, Marcel : L’Université catholique Fournier, Norbert, C.S.V.: Le catéchisme, sujet d’actualité Garigue, Philippe : L’Université catholique Gaudreau, Jean : Les aides audio-visuelles dans l’enseignement primaire Gilbert, Jules, M.D.: Les Humanités gréco-latines Girard, Jacques : Le journalisme étudiant Id.: Politique de grandeur de l’A.G.E.U.M.Id.: L’Université catholique Hubert, Bernard, ptre : Les réformes disciplinaires au collège Lafrance, Lionel : Tel le paysan du Danube Lorimier, Gabriel de, P.B.: Afrique et éducation Major, André : Jeunesse québécoise et morale de l’échec Maltais, Chanoine Roger : Le maquis du secondaire Marie-Emmanuel, Sœur S.N.J.M.: La collégienne d’aujourd’hui Michaud, Pierre : Commencer par le commencement O’Neil, Louis, ptre : Le projet Lacoste : une solution ?Parent, J.-M., O.P.: Pour ou contre l’école confessionnelle ?1d.: Une école acceptable pour tous ?Pere de famille, Un : Les parents et le bon Dieu Robillard, H.-M., O.P.: La fosse aux lions 1d.: Les humanités gréco-latines Id.: Et les réformes disciplinaires ?.Id.: Quand Don Quichotte s’en va-t-en guerre St-Jean-Baptiste, Sœur, A.S.V.: Quand les catéchistes s’interrogent Ste-Marie-Eleuthere, Sœur, C.N.D.: Futures bachelières qu’attendent-elles ?Saucier, Pierre : Le chercheur, Lazare de l’Université 1d.: A la Commission Parent les dés sont-ils pipés ?Id.: Un instrument de formation de premier ordre : l’école normale supérieure de Montréal Id.: Le maquis du secondaire Id.: Marasme au primaire Id.: Monologues juxtaposés ou véritable dialogue ?Id.: On s’éloigne de la féodalité, TremblayV fylariejlc : Lç scepticisme rq-, ligieux au niveau collégial mcdè< otn ' réalité J.„ ., , , ,, , ,, Vanasse, Jean-Paul-: -Au Québee, la radio et la télévision à l’école Viau, Guy : Un élève sous-doué 14 129 343 284 232 30 149 133 124 208 126 264 259 60 335 128 378 308 180 404 187 406 262 13 16 58 412 28 107 287 400 171 285 184 309 266 104 70 149 35 ÉDUCATION Beausoleil, Pierre : Le « Quartier La tin » représente-t-il les étudiants ?ÉGLISE Anonyme : L’Eglise et le monde 284 Id.: Catholiques français et canadiens sont-ils si différents ?390 Id.: Un pasteur protestant martyr 93 Id.: Le Québec, vu à travers le Congo 241 Baas, Ludolphus : La pastorale dans une impasse ?251 Baum, Gregory, O.S.A.: Dialogue œcuménique ou conversion ?323 Beaudon, Pasteur Jacques : Jehan Calvin et sa Réforme 325 Bradet, H.-M., O.P.: Le Concile et nos impatiences 317 Croteau, Jacques, O.M.I.: Les exigences laïques du pluralisme 288 Davison, Rev.Peter : L’Eglise anghcane et le Concile du Vatican 329 Desmarais, M.-M., O.P.: Lettre ouverte à un jeune prêtre en partance pour le Brésil 249 Id.: « Nouvelle vague » et prédication 283 Directeur, Le : Par-delà le cléricalisme : le sacerdoce 45 Duval, Denis, ptre : Procès aux religieuses 421 Fesquet, Henri : Les Eglises sur la route de l’unité 92 Frenette, Louise : Ma chaumière, pays de l’étranger 179 Hogue, Réal, S.M.M.: La publicité dans l’Eglise 366 Kattan, Nairn : Semaine judéo-chrétienne 57 Lacroix, Benoît, O.P.: On dit que les évêques.110 Latendresse, Lucille et Vaillancourt, Claire : Une expérience de laïques missionnaires en Inde 59 Leclercq, Chanoine Jacques : L’Eglise et la vie 321 Lefebvre, Dominique : La voix au chapitre 120 Liege, P.-A., O.P.: Le dialogue : à quelles conditions ?117 Id.: L’Eglise de l’autorité ou l’Eglise de la liberté ?361 Id.: L’Eglise et les civilisations 49 Martucci, Jean, ptre : Ce que les catholiques attendent du Concile 90 Mathys, Jean-Anselme, O.S.B.: Saint-Benoît du Lac : cinquante ans 416 Naud, André, S.S.: Concile et Missions 365 Pourchot, Pasteur Daniel : Ce que les protestants attendent.91 Id.: L’Eglise évangélique luthérienne 326 Robillard, H.-M., O.P.: La confes-sionnalité, un échec ?222 Sainte-Marie-Eleuthere, Sœur, C.N.D.: Les bonnes Sœurs.Parlons-en ! 420 Saucier, Pierre : Le Cardinal est-il seul à livrer la bataille de la socialisation ?337 Id.: Les imposteurs dans la maison 383 1d.: Les laïcs et le Concile 92 Vaillancourt, Claire et Latendresse, Lucille : Une expérience de laïques missionnaires en Inde 59 Verdon, Magdelaine : Entre l’arrière-garde et l’avant-garde 211 JOURNALISME Chevalier, Willie : Journaux, « Intellectuels » et politique 304 Dallaire, Henri, O.P.: Journalisme, politique et vérité 356 Id.: Notre presse : catholique ou libre ?171 LITTÉRATURE Allard, Jacques : Poésie “Antonina, Sister, C.S.J.: L’inquiétude pascalienne chez Péguy "Breault, Jacques : L’écrivain d’après ses manuscrits 438 Chapdelaine, Jacques : Poésie 112 Dallaire, Henri, O.P.: Livres 194 Id.: Si ma fille allait écrire ! 108 Dupriez, B.: Livres 352 Forest, Gilbert : Poésie 273 Gagnon, Marcel-A.: Olivar Asselin anticlérical ?167 Garneau, Jean : Saint-Denys Garneau, l’homme de tous les jours 192 Gaudet-Smet, Françoise : Poème 234 Gaudet, Rhéal : La clef 109 Id.: Page de Journal 140 Id.: Poste restante 253 Giroux, André : Les gares 252 Jacob, Roland : Livres 352 Lacroix, Benoît, O.P.: L’homme de la tradition orale 191 Lapointe, Galien : Poème 394 Lorenzo, Charles : Poème 234 Maisonneuve, Denis : Poésie 39 Major, André : Poésie 152 Merineau, Madeleine : Poésie 39 Paradis, Suzanne : Poème 234 Robert, Guy : Camus : cette lucidité aride 151 Id.: Coups d’œil sur 12 romans de 1961 111 Id.: Une littérature sans racine, la nôtre ?38 Id.: Livres 41, 78, 154, 233, 271, 352 Id.: Poésie d’ici et de Maintenant 311 Id.: Revues 78, 351 Id.: Saint-Denys Garneau 189 Id.: Du spirituel et du littéraire 270 Id.: Trois collections 349 Id.: La vision de Teilhard de Chardin 391 Id.: Yves Thériault, un romancier 75 Rutten, Pierre Van : Littérature contemporaine : unité et diversité 354 Saint-Denys Garneau : Inédits 189 Sirois, Jean : Poésie 76 Vanasse, Jean-Paul : Le hockey tel qu’on le parle 425 Id.: Chaque Français entend Racine à sa manière 70 Leclercq, Chanoine Jacques : Christianisme et morale 201 Parent, Joseph-M., O.P.: Limitation ou régulation des naissances ?141 Robitaille, Alexandra et René : Foyers chrétiens 374 NOUVELLES Gaudet, Rhéal : Lueur nostalgique sur Noël 418 Morin, Ernest-Pallascio : La Retraite de Don Juan 376 Id.: Sur un mariage improvisé 67 PHILOSOPHIE Cauchy, Venant : Une revue canadienne de Philosophie 436 Lachance, Louis, O.P.: Actualité de la philosophie de saint Thomas 84 Regis, L.-M., O.P.: Dialogue avec la vérité 5 POLITIQUE Benoit, B.: Une opinion sur le séparatisme 37 Dery, Claude : Les aristocrates à la lanterne ! 426 Id.: Du dialogue à l’action 340 Directeur, Le : Faussetés sur le Canada 342 Duhamel, Roger : Le soir d’une bataille 261 Hurtubise, René : Le rapatriement de la constitution 103 Id.: Le séparatisme et la constitution canadienne 72 Jones, Henri : Un dialogue de sourds 96 SOCIOLOGIE Bradet, H.-M., O.P.: Matière grise et meilleur avenir 260 Cardinal, Suzette D.: La côte d’Adam 109 Cesbron, Gilbert : Demain, l’unité.440 Clermont, Ghislain : Visite à Saint-Jean-de-Dieu 106 Cloutier, Eugène : Réponse provisoire 166 Comtois, Robert, O.P.: L’immigration au Canada défavorise-t-elle Télément français ?267 Dallaire, Henri, O.P.: La néo-droite 197 David, Dr Paul : Médecine d’aujourd’hui 99 Duhamel, Roger : La vérité a-t-elle choisi son camp ?165 Duval, Denis, pire : Du nouveau dans le secteur hospitalier 334 Id.: Monsieur tout-le-monde 226 Id.: Le mouvement laïque.incompris ! 243 Joubert, Lucien, M.D.: Médecine : vocation ou métier 219 Lecavalier, Marc, pire : Les délinquants crieront-ils aussi au secours ?65 Major, André : La culture avec le peuple 262 Perusse, Noël : Bungalows et syndicats de boutique 387 Id.: Chômage et syndicat 146 Id.: L’éducation syndicale 229 Id.: On demande des chefs ouvriers 307 Id.: Pan ! sur la gueule 339 Id.: Le « péril Hoffa » 263 Id.: Syndicalisme d’affaires?71 Id.: Syndicalisme et fonction publique 186 St-Pierre, Charles : Chômage et travaux publics 146 Saucier, Pierre : Qui serions-nous sans elles ?227 Stehman, Samuel, O.S.B.: Pardonnez-leur 11 Vadeboncoeur, Pierre : La C.S.N.devient une force politique 388 Vanasse, Jean-Paul : L’aura, l’aura pas ! L’aura pas, l’aura ! 263 LITURGIE Blain, P.-E.: Plaidoyer pour le silence 31 Desmarais, M.-M., O.P.: Le ¦> racket » des lampions 56 Poirier, C.-A., O.P.: Faut-il maintenir les messes silencieuses ?32 MORALE Anne-Marie : Réhabilitation d’un amour 66 Anonyme : La morale du drame : Marilyn Monroe 293 Bradet, H.-M.: Conseils aux touristes 225 Id.: Entre les générations : coexistence ou conflit ?357 Id.: Soyons bien sages ! 236 Dallaire, Henri, O.P.: L’Anticroisade 188 David, Dr et Mme Paul : Matière et mariage 373 Delhaye, Chanoine Ph.: Le devoir fiscal 88 Id.: L’Etat et la peine de mort 220 Id.: L’usage de la peine de mort 247 Dery, Claude : On lève le coude trop allègrement 306 Desmarais, Marcel-Marie, O.P.: Coups de crosse sur la tête des mécréants 97 Id.: Bien manger, est-ce un péché ?414 Directeur, Le : Morale, moraliste, moralisateur 81 Duhamel, Roger : Un défaut de perspective 213 Id.: La liberté de tout dire, même l’inutile 333 Encore la limitation des naissances 403 Giroux, André : Lettre à un jeune homme 63 Lacroix, Benoît, O.P.: La charité et les élections 347 Laurendeau, Francine : « Ça bouge !» mais.285 Liege, P.-A., O.P.: Eloge chrétien de la politique 204 Morin, Jacques-Yvan : A bâtons rompus 382 Id.: La « décolonisation » 302 Id.: Séisme en Amérique latine 33 Id.: Le siège de Berlin 144 Perusse, Noël : “Yankee, Go Home !” 105 Id.: Salaire minimum et nationalisme économique 426 Saucier, Pierre : Le rat de ville et le rat des champs au Québec ! 424 Savoie, Réginald : Commentaires sur la Commission Salvas 72 Id.: La réforme électorale 106 Schendel, Michel Van : Austérité ou politique à courte vue 338 RÉALITÉS TERRESTRES Pilon, Jean-Guy : Voyager 388 Valcour, Pierre : Péguyerme sur le vin 64 SCIENCES Gilbert, Jules, M.D.: La reconnaissance et l’enseignement de la chiro-pratique 299 Houle, J.-O.Edgar, D.C.: Evolution indépendante et permanente de la chi-ropratique 300 I MAqn,'*bein'>rth .Q- ‘P- f Le» sondage ; | tJ’dçiOioHrjiiistmnlieiJbde’rpohJréitç ou - lethrfiqMe «d'inquisition* ••*••••• • 139 •B ij « A H LT, • ;A.;Ma.O.• P." L’EgJl^e," •.‘{sNebe joppjbséê "aUf p/jftâignqlyjé 8 ¦lu.' : Ps>x;hblog*e*’et recrutement ties' clercs 182 SPIRITUALITÉ Bradet, H.-M., O.P.: Le ciel n’est plus sacré.et Dieu aide les Russes 277 Id.: Des déçus déçoivent des déçus 44 Id.: Le monde moderne 237 Id.: Qui suis-je ?116 Id.: Réflexions sur la croix 156 Cardinal, Suzette D.: D’une orbite à l’autre 164 Darios, Louise : Le saint balayeur 292 Desmarais, M.-M., O.P.: Seigneur, que votre silence m’oppresse ! 10 Id.: Seigneur, vous l’avez échappé belle 130 Lafortune, Ambroise, pire : Les femmes parlent.encore ! 396 Leclercq, Chanoine Jacques : Ce qu’il y a de fort.363 Id.: Aimer 281 Legault, Emile, C.S.C.: Humer du laïque 196 Major-Charbonneau, Rolande : Ma petite foi 316 Naguy, Norbert : Serai-je Lacordaire ?402 Rolland, Roger : Religion, religieux 12 THÉOLOGIE Audet, J.-P., O.P.: Que reste-t-il entre nous ?53 Hamer, Jérôme, O.P.: La foi de Marie et notre foi 161 Matura, C., O.F.M.et Pourchot, Pasteur D.: Conversation catholique — protestante 18 Pourchot, Pasteur Daniel et Matura, C., O.F.M.: Conversation catholique -— protestante 18 Rioux, Bertrand : La foi en Dieu 276 Robillard, Hyacinthe-Marie, O.P.: Et les vocations.371 Rolland, Roger : La foi 214 Nos col du mois Venanl Cauihy : Professeur o l'Universilé J.C«U iwoin.Auteur cès, Me Dery; ^"finite »i !e couple rfe Mo, et 4 PMel-Morie Des, p,ieiir du Mo, t,ni! M pi,, ,kitl Goudet ; biuoin *"ll'é Mnjor; Critique, Au M,.,t" A, Prieur de No,k'rt Nog, Mnol'ute ^ Pirusse; AM de, 1, P.'ole!!eur de de, fa! '*"« S„ Noti Wnt J 'N d, W»ri,L diseur 1 h:: s H Mqi x „ °rie,X \ % *' V.H, Ois Xt, * s " LHpioo collaborateurs Cauchy Professeu l'Université de Gilbert Cesbron Ecrivain.Auteur de plusieurs romans a suc cès.Claude Déry : Courriériste parlementaire à Québec pour le compte de « La Tribune » Radio » et de « CHLT-TV ».Marcel-Marie Desmarais, O.P Prieur du Monastère Saint-Albert-le-Grand.1$ j Denis Duval, ptre Faculté Montréal Professeur de philosophie Rhéal Gaudet : Ecrivain.André Major : Critique.Auteur de « L'Holocauste à deux voix Dom Jean Anselme Mathys, O.S.B.: Prieur de l'Abbaye Saint-Benoît-du-Lac j Norbert Nagy : Journaliste.Noël Pérusse : Agent des Relations Extérieures à la Fédé- ni# :!! Hus';.JJ ^ y lit Ctl"11 )(J ration des Travailleurs du Québec.H.-M.Robillard, O.P.: Professeur de Théologie à l'Institut Supérieur des Sciences Religieuses de l'Université de Montréal.Pierre Saucier : Adjoint à l'Information Française à l'Office National du Film.Journaliste.Sister Antonina, C.S.J.: Professeur de français à Albany, New York.Sœur Marie-Emmanuel, S.N.J.M.ï Professeur au Collège Jésus-Marie.Sœur Sainte-Marie Eleuthère, C.N.D.: Professeur au Collège Marguerite-Bourgeoys.Jean-Paul Vanasse : Directeur de l'Information française à l'Office National du Film.Critique littéraire.^ 1^ ][(> Prochains textes n r^- y*;; y i» ion ^ i]6 V.V' ill Belleau, Massue : Le Canadien français est un apatride.Désormeaux, Gisèle V.: Orientation du couple : mirage ou réalité.Doyon, Madeleine : L'ouvrier sera demain très froid devant nos écoles de féminité.O'Neil, abbé Louis : Que penser du séparatisme ?Pinsonnault, Guy Me : Un Québec indépendant associé au Canada anglais.Livres reçus Karl Rahner, S.J.: Mission et grâce, XXe siècle, siècle de grâce, Marne, Collection « Siècle et Catholicisme », Paris 1962, 266 pages.Raymond Tanghe : Le Bibliothécariat, Editions Fides, Montréal 1962, 117 pages.Ecrits du Canada-Français, t.XIV : Montréal 1962, 343 pages.Félix Leclerc : Le fou de l'île, Editions Fides, 285 pages.Roger Duhamel : Lettres à une Provinciale, Editions Beauche-min, Montréal 1962, 249 pages.Michel Brochu : Le défi du Nouveau-Québec, Les Editions du Jour, Collection « Les Idées du Jour », 156 pages.Jeanne Cressanges : La feuille de Bétel, Presqu'îles, Editions Cas-terman, Paris-Tournai 1962, 226 pages.Guy Ganachaud : Des crevés et des morts, Editions Caster-man, Paris-Tournai 1962, 250 pages.Joseph Majault : Les enfants du soir, Editions Casterman, Paris-Tournai 1962, 222 pages.Hélène Bannerot : La conjoncture, Presqu'îles, Editions Casterman, Paris-Tournai 1962, 220 pages.Danielle Roland : Le grand châtaignier, Editions Casterman, Paris-Tournai 1962, 185 pages.Suzanne-Marie Durand : Vladimir Ghika, prince et berger, Editions Casterman, Paris-Tournai 1962, 172 pages.H.Mau, H.Krausnick : Le national-socialisme, Allemagne 1933-1945, Editions Casterman, Paris-Tournai 1962, 206 pages.Jean-René Milot, C.S.C.: Le guide du Commentateur, Editions Fides, Montréal-Paris 1962, 175 pages.Maria Augusta Trapp : La famille Trapp sur les routes du monde.Editions Fides, Montréal 1962, 204 pages.Ovila Melançon, C.S.C.: Sublimation et amour.Editions Fides, Montréal 1962, 182 pages.Office catéchistique provincial : Educateurs de la Foi, Editions Fides, Montréal 1962, 145 pages.Emile Vauthier : Initiation à l'action catholique.Editions de la Chronique Sociale de France.Collection «Savoir pour Agir», Paris 1962, 200 pages.Gérard Marier, Jean Godin : Rond-Point, Editions du Bien Public, Trois-Rivières 1962, 78 pages.Françoise Gaudet-Smet : Aujourd'hui 1963, agenda.Editions Claire Vallée, Nicolet 1962.Simone Bussière : Les fables des trois commères, Garneau-Québec, Québec 1962, 32 pages.Alice Lemieux-Lévesque : Silences, Poèmes, Editions Garneau-Québec, Québec 1962, 72 pages.Suzanne Paradis : La Malebête, Poèmes, Garneau-Québec, Québec 1962, 93 pages.Odette Fontaine : Les joies atroces, Garneau-Quebec, Quebec 1962, 92 pages.REVUE MENSUELLE DE CULTURE ET D’ACTUALITÉ CHRÉTIENNES PUBLIÉE PAR LES DOMINICAINS EN COLLABORATION AVEC D’AUTRES CLERCS ET DES LAÏCS.directeur-administrateur: H.-M.BRADET, O.P.secrétaire de rédaction H.DALLAIRE, O.P.comité de rédaction: A.BRUNET, O.P.B.LACROIX, O.P.G.TELLIER, O.P.PIERRE SAUCIER GUY ROBERT GUY VIAU RENÉE GEOFFROY maquette typographique: GILLES ROBERT CONDITIONS D’ABONNEMENT: ABONNEMENT D’UN AN 5.00 ABONNEMENT DE SOUTIEN 10.00 RÉDACTION, ADMINISTRATION, ABONNEMENTS ET PUBLICITÉ, 2715, Chemin Côte-Ste-Catherine, Montréal-26, P.Q.Tel.739-2758-4002 N.B.Les abonnements ne sont enregistrés qu'au reçu du versement.Imprimé au Canada par: L’OEUVRE DE PRESSE DOMINICAINE N.B.LA REVUE N’EST PAS RESPONSABLE DES ÉCRITS DES COLLABORATEURS ÉTRANGERS À L’ORDRE DE SAINT-DOMINIQUE CUM PERMISSU SUPERIORUM Pour des jeunes DEMAIN, L’UNITÉ.Il va naître sous nos yeux — et même n’est-ü pas déjà né ?— l’Homme du Jeudi Saint, l’Homme de l’Unité.Un homme pour qui les frontières sont vraiment tracées en pointillé, comme sur les atlas.Frontières poreuses, et ce qui est abondance ou misère, liberté ou servitude, mensonge ou vérité l’est aussi bien en deçà qu’au-delà.Et, bien sûr, cet Homme de Demain — mais c’est le jeune d’aujourd’hui — ne peut plus supporter que ceux de son pays, qui sont ses prochains les plus proches, ne disposent pas du nécessaire.Mais voici qu’il ne supporte pas davantage que ceux des autres continents, quelle que soit la couleur de leur peau, demeurent sous-alimentés, sous-vêtus.Et davantage encore qu’ils ne reçoivent pas leur dû de liberté et de dignité qui sont la marque de tous les enfants de Dieu.L’Homme de Demain, pour la première fois, applique sans arrière-pensée la devise Liberté — Egalité — Fraternité et il l’étend au monde entier.Nous autres, à cheveux gris, pressentons cette étape ; et notre cœur à la fois se réjouit et se serre à la pensée que ce jour viendra et que nous ne le verrons point.Tandis que nos aînés à cheveux blancs s’en scandalisent — et qui le leur en ferait reproche ?C’est trop leur demander, quand déjà cette fraternité, cette égalité croissante à l’intérieur de nos frontières, ils s’y résignent plutôt qu’ils ne l’acceptent ; et les meilleurs d’entre eux l’acceptent plutôt qu’ils ne s’y appliquent.Mais vous autres, gens de Demain, vous comptez déjà cette étape comme franchie ; vous nous laissez le soin de la consolider — tout va si vite ! — et déjà vous vous portez d’instinct vers l’étape suivante qui est l’Unité.C’est vore cœur en vous — c’est-à-dire le Seigneur — qui vous y porte.L’esprit, comme toujours dresse ses obstacles, fait son métier maussade.C’est lui, pourtant, qui après-demain organisera le terrain conquis et justifiera par des théories irréfutables ce qui le déconcerte à présent.Hommes de Demain, vous autres, vous n’aurez plus la précieuse courtoisie des indifférents, le pittoresque des frivoles, ni cette réelle délicatesse de cœur dont les privilégiés font preuve à l’égard de leurs pairs.Je vous vois durs mais transparents, purs mais rugueux.On n’aura pas eu le temps de tailler le diamant.Vous aurez des exigences mais plus d’atten- (suite à la page 436) GILBERT CESBRON LE NUMÉRO : $0.50
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