Le devoir, 24 décembre 2005, Cahier E
LE DEVOIR.LES SAMEDI 24 ET 1) I M A \ C H E 2 5 DECEMBRE 2 O O A DE VISU Une expo Pellan pour les enfants Page E 3 sa v LIVRES Quand Goscinny se dessinait un avenir Page E 8 MUSIQUE CLASSIQUE Une riche année Mozart À peine remis du bicentenaire de sa mort en 1991, nous voici embarqués, pour 2006, dans une nouvelle année Mozart, celle commémorant le 250' anniversaire de sa naissance, une année qu’il partagera, entre autres, avec Chostakovitch, Duruflé et Marin Marais.CHRISTOPHE HUSS Plus précoce que Mozart, tu meurs! Songez que Mozart était tellement précoce qu'à cinq ans, il avait déjà composé le Boléro de Ravel!», disait Pierre Desproges.La précocité, voilà une image populaire tangible de Mozart.Elle avait d’ailleurs frappé, à l’époque, à tel point — et ce n’est pas un calembour! — que le père de Beethoven avait rajeuni son fils Ludwig de deux ans afin qu’il apparaisse encore plus précoce et encore plus génial.Imagerie populaire Pour le reste, l’imagerie associée à Mozart est largement teintée de fiction.En pensant à Mozart on se remémore le «Mozart était tellement précoce, qu’à 35 ans il était déjà rire de Torn Hulce dans Amadeus, obsédé troussant les filles en dessous de la table en poussant des gloussements de mort, ce con!».Pierre Desproges simplet Chose vraie cependant: le Mozart avait un naturel facétieux, qui s’est exprimé de di- verses manières; en sons, même, avec Une plaisanterie musicale, un portrait au vitriol des musiciens médiocres.Les cinéphiles pointus se souviendront d’une autre image aussi fausse qu’impressionnante: celle de Beethoven se rendant au chevet d’un Mozart mourant dans Wen die Gotter liebten (Celui que les dieux aimaient), une biographie très romancée tournée par Karl Hartl dans l’Autriche nazie de 1942.Ce même film, sorte de trésor culturel de la sphère germanique, fit l’objet d’une adaptation américaine dès l’après-guerre: The Mozart Story.Ce film américain de 1948 introduisait chose intéressante, le personnage de Salieri racontant post-mortem les péripéties de la vie de Mozart.On reconnaitra là le procédé servant de trame à Milos Forman pour Amadeus (1984): tout se recycle! C’est par un livre, édite récemment par Hurtubize HMH, Les Rus Beaux Manuscrits de Mozart de Gilles Cantagrel.un éminent -beau livre», que l’on appréhendé l’histoire et la réalité des choses avec phis de précision et phis de justesse.La vision d’une page manuscrite de Cost fan tutte.du quatuor Les Dissonances ou du Requiem est fort éloquente.Comme toutes les autres oeuvres, ces partitions sont le fruit d’un seul jet spontané et sans ratures, comme si la main était guidée par une inspiration supérieure.Elle est la, la vraie nature, la vraie image du génie de Mozart VOIR PAGE E 2: MOZART i , .mm.tTjÊmpP 2 '&*«>, 2 %.% Ç2 V m ^ r: _ Le temps des Fêtes est là avec sa ribambelle de cadeaux, de lumières, de mononcles et de matantes.et des temps libres à meubler avec des films racontant des histoires de Noël, pourquoi pas?ODILE TREMBLAY Que Noël vous amuse, vous attriste ou titille votre fibre caustique, des films existent pour combler vos besoins, à capter sur une chaine quelconque ou a louer pour la circonstance.Haut les cœurs sous les sapins! Voici donc notre palmarès.Précisons d’abord que, sur grand écran.Joyeux Noël, du Français Christian Carion, constitue l’incontournable du temps des Fêtes.Cette histoire (véridique) de soldats de la guerre de 14 qui font trêve a Noël dans leurs sinistres tranchées livre un message magnifique.Avec vos enfants, autre must au cinéma, en format Imax 3D cette fois: Le Père Noël et le Bonhomme de neige, d’Oedekerk.Drôle, intelligent avec une histoire qui surfe sur les frustrations d’un bonhomme de neige en manque d’amour.Le film s’achemine vers un statut de classique.> A louer, quant au reste, dans un club vidéo pour se farcir -une petite vue» le soir au coin du feu en mangeant des bonhommes en pain d’épice.Drôles ou nostalgiques Vous refusez de prendre Noël au sérieux.On a des suggestions pour vous.Le phis irrévérencieux (et le phis drôle) des films du genre, non recommandé aux enfànts: Bad Santa de Terry Zwigoff.Le film date de 2003 et met en scène un affreux, sale et méchant (incomparable Billy Bob Thornton) qui joue au pere Noël avec son acolyte nain en costume de lutin (Tony Cox).Leur dessein malfaisant voler les grands magasins qui les emploienL C’est grinçant et d’un humour irrésistible.Autre classique comique: Le pere Noël est une ordure, de Jean-Marie Poiré (1982).Les répliques venues du théâtre furent peaufinées sur les planches du Splendid et les dialogues sont d’une drôlerie inusable.Anémone, Thierry Lhermitte, Gérard Jugnot, Christian Clavier, Jo- sianne Balasko, etc., connaissent les rôles par cœur.Place à deux bénévoles d’un service d’aide téléphonique qui s'apprêtent a écouter les appels de tous les désespérés à Noël.Mais bien entendu, ça se morpionne.Un vrai bijou d'animation: The Nightmare before Christmas (JJEtrange Noël de Mr.Jack), de Tim Burton (1993).Génial mariage des créatures de ITlalloween et des êtres issus du village de Noël.Comment un épouvantail entreprend de convaincre le monde des spectres et des fantômes du bien-fondé des cadeaux et de la générosité; tel est le sujet de cette fable adorable au traitement spectaculaire.Pour ceux qui possèdent une foi inébranlable dans le père Noël: Miracle on 34th Street (Le Miracle de la 34' Rue), de George Seaton (1947), avec Maureen O’Hara, John Payne, Edmund Gwenn et Nathalie Wood (son premier rôle, à neuf ans).On y rencontre une petite fille VOIR PACjE E 2: NOËL * LE DEVOIR.LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 DÉCEMBRE 2 0 0 5 E 2 TOUT ri T r 17 AU 28 JANVIER 006 LLLL aL’^SÎBÎ U 521.4493 ULTURE Poubelles et Glooooria ! J * $• Odile Tremblay autre midi, j'ai bondi jusqu’à la station de métro Berri-UQAM Laissant le flot des Montréalais filer vers Angrignon pour pourchasser le cadeau aux stations McGill, Feel ou Atwater, j’allais écouter la Chorale de l'Accueil Bonneau, m’étant trop longtemps languie d’eux, comme bien du monde.J'adore leurs chants de Noël pas toujours sur la note, leurs blouses blanches, leur bonne humeur.Ce sont eux qui font du bien aux passants, plutôt que l’inverse.Ça doit être parce qu’ils arrivent de loin et nous transmettent un peu de leur voyage intérieur.Et ce n’est pas Marc Favreau, alias Sol, parti rejoindre Chariot au paradis des clowns clochards, qui m’aurait reproché mes sympathies pour ses modèles.Je me suis attachée à cette chorale.D’où mon irruption dans le métro.Salut, les amis! Tiens, Pierre Hamel était du lot, le poète en partie aphone, depuis une ablation du larynx.11 m’a fait un clin d’œil entendu, du genre: «Oui, je chante pareil.» Pierre Anthian, leur directeur, dit qu’à chaque concert, la chorale tend un filet avec ses chansons.La plupart des usagers du métro en transit versent ou pas quelques pièces dans le chapeau avant de filer ailleurs.Quelques-uns s'arrêtent, laissent passer un convoi, des esseulés souvent, qui oublient un moment leurs propres soucis en écoutant les choristes.Ils restent pris dans les mailles.L’ennui, c'est que depuis trois ans la chorale d’exitinérants ne vocalisait plus.Dispersés, les chanteurs aux drôles de tronches marquées par la vie.Un conflit avec le conseil d’administration de l’Accueil Bonneau sur les recettes des récitals avait eu raison de leurs rengaines.Hélas pour nous! Juste avant Noël, depuis une semaine, nos choristes ont remis ça en trois concerts de métro (avec trois nouvelles recrues venues de la rue), vendant aussi leur disque.But de l’exercice: récolter des fonds afin de financer le film Recyclage, la dernière œuvre en cours de ces oiseaux hirsutes du macadam.«Glooooria!», entonnaient-ils à l’unisson des anges dans nos campagnes, mais en plus faux.Puis Jean-Louis, celui qui ressemble à un lutin avec son chapeau pointu, a repris la phrase célèbre de Colas, seul membre du groupe décédé: «Que sert à l’homme de gagner l’univers s’il n’a pas de culottes pour passer l’hiver?» Leur ténor a mis de la voix sur le Minuit, chrétiens.Puis ils ont enchaîné avec Petit papa Noël.On peut être choristes sans ressembler à des enfants de chœur.A la pause, nous sommes allés causer dans un Dunkin Donuts.Un des chanteurs évoquait les batailles à coups de poing qui clôturaient les concerts du début.Guère habitués qu’ils étaient aux entraves de la vie en société, ces no- mades.Ajoutez l’alcool, la misère, la toxicomanie, les chicanes d’ego, les jours maussades quand rien ne va plus et que le désespoir s’y met.Ça fait des répétitions parfois agitées.Pierre Anthian, un jeune Français venu d’un autre monde que celui de la bouteille et des ruptures, a fondé cette chorale en 1996 et cimenté le groupe.Dans la houle, souvent.Plusieurs sans-abri regimbaient devant son autorité, ses horaires, ses contraintes, ses belles manières et son français châtié.Révolte sous la baguette, mais les répétitions reprenaient tout de même.Le miracle, c’est que l’aventure ait duré si longtemps, avec des tournées internationales: New York, Paris, etc.Plus de mille représentations un peu partout C’est avec des down de brosse, des souvenirs de taule et des yeux au beurre noir qu’on fait parfois les chanteurs de cantiques.A vot’ bon cœur, messieurs-dames! Glooooria! Bon, leur nouveau dada, c’est le cinéma, mais faudrait qu’ils viennent à bout de finir leur film.Il y a deux ans, on faisait déjà nos petits articles à propos du tournage en question.Sur un scénario de Pierre Anthian, tiré d’histoires récoltées à l’Accueil Bonneau, l’intrigue débute sur une activité scolaire proposée par la maîtresse d’un cours de musique au secondaire: recycler des rebuts en quelque chose d’utile.Or voilà que les deux têtes de mule de la classe trouvent des itinérants dans des bacs à déchets.Des itinérants surgiront des poubelles, comme les enfants naissent des choux, et les aventures s'enchaîneront Si les membres de la chorale et d'autres itinérants tiennent les premiers rôles, diverses personnalités figurent, comme il se doit, en second plan: Jean Cha- rest.Pascale Bussières, Gilles Duceppe, Claire Lamarche, Daniel Lemire, Vincent Quintal font trois petits tours et puis s’en vont Avec 7000 $ et de l'aide venue d’ici et là, le tournage est fini, le tiers du montage est effectué.Reste à le compléter, à gonfler les images numériques en 35 mm et à dégoter un distributeur qui accepte de diffuser le film gratuitement, sans prendre sa grosse quote-part.Car, se demande Pierre Anthian, n’est-il pas normal que les artisans du film encaissent ses bénéfices?Yes sir! Il rêve de lancer le film l’été prochain dans nos cinémas, anticipe un succès bœuf.Et pourquoi pas?Jusqu’ici, les petits concerts d’avant Noël et la vente des disques ont rapporté la mirobolique somme de 6500 $.D est question que la chorale chante encore à la Saint-Valentin pour renflouer sa cagnotte.N’empêche qu'il manque 48 000 $.Oyez, oyez! Avis donc aux distributeurs philanthropes, aux gracieux donateurs et aux membres de l’industrie, tentés d'émerger de leur poubelle dorée pour se recycler eux-mêmes en âmes généreuses.Communiquez avec le journal L’Itinéraire: L’Itinéraire, projet Recyclage.2103, rue Sainte-Catherine Est.Montréal, Québec.H2K 2H9.Ou appelez au (514) 597-0238, poste 226.Parce que tous les chiffonniers vous le diront on ne trouve pas que des rebuts dans les poubelles, on trouve aussi parfois des poètes en haillons comme Sol ou des chorales venues de l'autre côté du désespoir.Aussi des films à rapailler avec des chants de Noël en trame sonore.Glooooria! Allez, On passe le chapeau! otrem blay@ledevoir.com NOEL SUITE DE LA PAGE E 1 qui désire croire à l’existence du père Noël.Quand celui d’un grand magasin new-yorkais se pique d’être véridique au point de l’assurer sous serment à un juge, la foi devient contagieuse.Nostalgiques toujours, mais un peu désespérés: It’s a Wonderful Life (Im vie est belle), de Frank Capra (1946).L'histoire commence mal alors que le héros Gaines Stuart) songe au suicide la veille de Noël.Il s’est battu contre un méchant capitaliste dans sa petite ville et pense avoir gaspillé sa vie.Qu’à cela ne tienne! Voilà son ange gardien venant lui montrer à quel point le monde serait appauvri sans lui.C’est l’utopie de Capra à l’état pur comme on aime bien s’en offrir à Noël.A Christmas Carol (Scrooge), de Richard Williams (1971).Merveilleuse version animée du célèbre conte de Charles Dickens dans lequel un vieux grigou se réforme la nuit de Noël après avoir reçu la visite de trois fantômes.Ce film est un bijou, qui s’était d’ailleurs retrouvé en nomination aux Oscars.Autre délicieux classique: A Christmas Story (Une histoire de Noël), de Bob Clark (1983), qui pénètre le cœur et l’esprit d’un enfant déterminé.Dans un village d’Indiana, un garçon de neuf ans ne caresse qu'un rêve: obtenir à Noël une carabine à air comprimé.Les parents s’interposent à cause du danger, mais il n’a pas dit son dernier mot.Vraiment charmant 1 Mon oncle Antoine, de Claude Jutras, avec Jean Duceppe.Dans les neiges du Québec Pour les nostalgiques des Noëls d'antan de chez nous.Mon oncle Antoine, de Claude Jutra (1971).On Ta classé meilleur film québécois, et pour cause.Ça se déroule dans une petite ville minière des années 40 où chacun s'apprête à célébrer Noël.Dans ce \i îht i «4ui r “ *pi*A.* film initiatique, un petit garçon Gacques Gagnon) va passer de l’enfance à l’adolescence en découvrant le sexe, la mort.L'oncle Antoine, c’est Jean Duceppe, avec à ses côtés Olivette Thibault et Hélène Loiselle.Une grande réalisation, qui s'offre des incursions dans les veillées d'autrefois, sans appuyer sur le folklore mais en un fascinant retour d;ms le temps.Vous aimez les grosses bordées de neige: on reste au Québec avec La Vie heureuse de Léopold Z.de Gilles Carie (1965).On se retrouve comme il se doit la veille de Noël.Ce qui devait être un court métrage sur le déneigement est devenu un long métrage, le premier de Carie, qui plus est.Guy L’Ecuyer porte tout sur ses épaules: le déneigement, le cadeau à acheter pour sa femme, a chanteuse dont il doit s’occuper.Avec sa caméra mobile, son regard sur la ville, sur la neige.Carie offre un grand moment de cinéma en plus.Au Québec toujours, Le Martien de Noël de Bernard Gosselin (1971).Un conte pour tous ayant pour cadre un petit ullage québécois.Deux enfants en vacances.E.T.ou son émule n'est pas loin, le merveilleux non plus, et la soucoupe volante se révélé tout à fait charmante.Avec Marcel Sabourin.SOURCE ONF Pour ceux qui ne craignent pas d'angoisser à Noël, reste à voir le récent film vidéo de Robert Morin, Petit pow! pow! Noël.Le cinéaste québécois se met en scène aux côtés de son vieux père handicapé à l’hôpital, dans un duo terrible où le fils entend tuer papa à Noël.Dur et courageux, mais peut-être pas adapté aux réjouissances familiales.Enfin, vous verrez bien! Le Devoir ARCHIVES LE DEVOIR Le Martien de Noël, de Bernard Gosselin.MOZART En France, c'est déjà la folie SUITE DE LA PAGE E 1 Quant à l’être humain, Gilles Cantagrel le décrit parfaitement: «Homme de l’Aufklarung, ces lumières germaniques, et de leur rationalisme, épris des idées nouvelles sur la société et la fraternité universelle, Mozart est un être d’une profonde spiritualité, ennemi de toute forme de superstition, et d’une vive curiosité intellectuelle.Il croit en la contribution de chacun au progrès de l’humanité, en la vertu et la sagesse et en la dignité de l’être humain.» Commémorations Dès le mois de janvier, puisque son anniversaire est le 27 de ce mois, diverses institutions rendront hommage au compositeur.A la télévision, Artv diffuse le 27 janvier La Flûte enchantée, le film d'Ingmar Bergman, et reprogramme le Don Giovanni du Festival d'Aix-en-Provence, mis en scène par Peter Brook.Sur Espace Musique, la mise en bouche se fera par les fastueux programmes du Metropolitan Opera, le samedi après-midi.Trois samedis d’opéras seront ainsi consacrés à Mozart, avec, le 14 janvier, des rediffusions d’archives; le 21, en direct La Flûte enchantée, dirigée par l’excellent chef Paul Daniel et, le 28, Cosi fan tutte sous la direction de James Levine.Dans cet opéra, face à la Dorabella de Magdalena Kozena, nous entendrons une Montréalaise, Alexandra Deshor-ties, chanter Fiordiligi.Le lendemain, dimanche 29 janvier, sera entièrement consacré au compositeur, lors d'une journée confiée à Françoise Davoine.Par ailleurs, du 30 janvier jusqu'en juin, tous les lundis, des radio-concerts seront dédiés à Mozart Louis Lortie ouvrira le bal avec un récital enregistré le 26 janvier à Toronto.Au concert, les hopunages ne sont pas débordants.A l’OSM, les 24 et 25 janvier, sir Neville Marri-ner, grand spécialiste de Mozart, dirige.Haydn, Bizet et Beethoven et Kent Nagano ne s’y penchera pas davantage à son retour en février.On garde sans doute les meilleures cartouches pour juin et juillet avec «Mozart plus».Mais ce festival, devenu un festival Louis Lortie, n'offrira, en théorie, la place qu’à deux chefs, que l'on espère éminents.De fait dans la programmation mozartienne de la métropole, on distinguera surtout le concert d'Arion sous la direction de Monica Huggett les 24,25 et 26 février et La Clémence de Titus à l’Opéra en mars.De quoi nous faire patienter, peut-être, jusqu’au dévoilement du Festival de Lanaudière! En France, où plus de 20 000 coffrets de 170 CD de l’œuvre de Mozart publié par Brilliant Classics ont été vendus avant les Fêtes (près de quatre millions de CD!), c’est déjà la folie.Et puisque nous avons débuté avec une phrase de Desproges, laissons lui aussi le mot de la fin, si vrai, hélas: «Mozart était tellement précoce — et là vous pourrez vérifier —, qu’à 35 ans il était déjà mort, ce con!».Collaborateur du Devoir Cinq écoutes recommandées Pour vous mettre dans l’ambiance de l’année Mozart, voici quelques idées d’écoute: ¦ les Concertos pour violon par Anne Sophie Mutter chez Deutsche Grammophon, une des belles nouveautés de l’automne; ¦ les Symphonies n" 35 et 36 par Jiri Belohlavek chez Harmonia Mundi, le disque symphonique mozartien le plus intéressant depuis bien longtemps; ¦ le Don Giovanni en DVD sous la direction de Riccardo Muti, au Festival de Vienne 1999 (TDK): une distribution remarquable et une mise en scène astucieuse, qui nous emmène dans un voyage dans le temps; ¦ la réédition, chez Harmonia Mundi, par Philippe Herreweghe, de la Gran Partita, sérénade pour 13 instruments à vent, chef-d’œuvre absolu, à connaître; ¦ les Concertos pour flûte ont connu deux enregistrements récents majeurs: par Patrick Gallois chez Naxos et par Sharon Bezaly chez Bis.SOURCE TELE-QUEBEC Le si précoce Mozart.LE THÉÂTRE DE QUARTIER ET LE THÉÂTRE D’AUJOURD’HUI PRÉSENTENT Les petits orteils De Louis-Dominique Laviç se en scène de Lise Gionet RENÉ * °"' ,i7S s , jo S 25S «af»*!"»"' •C®T CaiVMlS Québec SS Montr POUR LES 4 À 8 ANS En collaboration avec I NATIONALE TARIFS FAMILLE! Théâtre d’Aujourd’hui Salle Jean-Claude Germain 3900.rue Saint-Denis.Montréal DU LUNDI 26 AU VENDREDI 30 DÉCEMBRE À 15H Enfant : 12.25$ Adulte : 16.25$ (tx incl.) Renseignements at billetterie : (514) 282*3900 LE DEVOIR 9 ~sL,s! Ams-sm- U p«IX DU GOUVERNEUR GÉNÉRAI 1992 PLUS DE 400 REPRESENTATIONS UN CLASSIQUE DU THÉÂTRE JEUNE PURUC LE DEVOIR.LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 5 D E C E M B R E 2 O O 5 Le labyrinthe pictural de Sylvie Bouchard L’exposition du MACM présente le bilan de plus de vingt ans d’une production riche, complexe et rigoureuse SYLVIE BOUCHARD Jusqu’au 8 janvier Musée d'art contemporain de Montréal 185, rue Sainte-Catherine Ouest MICHEL HELLMAN La carrière de Sylvie Bouchard est associée, comme celle de Pierre Dorion, au mouvement dit du «retour à la peinture», caractéristique du début des années 80.Ces artistes ont choisi de délaisser la pratique de l’art conceptuel prédominant jusqu'à cette époque et d’aborder des thèmes contemporains, tout en privilégiant des techniques et des supports traditionnels.Il s’agissait ainsi de contrecarrer la «dématérialisation» de l’art, mais aussi de renverser la notion moderniste de «pureté».C’est une démarche théorique, inextricablement liée aux principes de la peinture académique, mais qui fait aussi référence aux grandes étapes de l’histoire de l’art.En général, ce genre connaît un certain succès auprès des spectateurs, qui trouvent que cette peinture figurative «réaliste» offre une lecture moins hermétique que les autres formes d’art contemporain.Mais il ne faut pas penser pour autant que cela en fait une peinture «simple».L'exposition présentée actuellement au Musée d’art contemporain le montre bien.En regroupant près de cinquante œuvres de Sylvie Bouchard (certaines n'avaient encore jamais été exposées), cette exposition présente le bilan de plus de vingt ans d’une production riche, complexe et rigoureuse.Un croisement entre le rêve et la réalité Les tableaux de Sylvie Bouchard sont énigmatiques.Leur iconographie mystérieuse et leur style épuré rappellent les œuvres surréalistes de Magritte ou de Giorgio de Chirico.Pour le commissaire Pierre Landry, cet univers pictural particulier est marqué par de «subtiles incongruités» à l’intérieur du tableau, ce qui fait qu’*K« sentiment d’inquiétude, voire une sensation d’étrangeté envahit le spectateur».Selon Freud, l’état d'«inquiétante étrangeté» apparaît lorsque ce qui est familier ou intime se mêle à son contraire, c’est-à-dire à ce qui est inquiétant ou secret Cette ambivalence est associée à l’univers du rêve.Et en effet, ce croisement entre le rêve et la réalité occupe une place importante dans la production de cette artiste.Cela apparait clairement dans l’œuvre Paysage avec figure qui accueille le spectateur dès l’entrée.Il s’agit d’un singulier diptyque constitué, d’un côté, d'une grosse porte en bois sur laquelle l'artiste a peint une forêt (un peu sinistre) et, de l'autre, d'un tout petit portrait représentant un homme qui nous regarde fixement.La juxtaposition de ces deux peintures très différentes crée un effet saisissant.Le portrait, installé à la hauteur du spectateur, fait penser à une espèce de miroir qui vient réfléchir notre image.La porte, placée directement sur le sol (contrairement aux autres œuvres présentées dans l’exposition qui sont toutes accrochées au mur), semble ainsi inviter à «entrer» littéralement dans l’œuvre et, dans un sens plus large, dans l’univers de l’artiste.Ce diptyque donne le ton au reste de l’exposition.Avant 1986, Sylvie Bouchard s’intéressait à l'installation.Cette œuvre montre bien comment elle joue encore ici avec ce concept.Le résultat est très théâtral.Elle établit clairement un Hen entre le spectateur, l’œuvre et l’espace qui les entoure.Dans le reste du parcours, ce «jeu» occupe une place importante et les œuvres (qui ne sont d’ailleurs pas présentées dans l'ordre chronologique) renvoient constamment les unes aux autres.Le tableau Paysage intérieur, de 1998, par exemple, reprend l’image de la porte du diptyque, Paysage avec figure, et la place dans un espace imaginaire qui rappelle les salles du musée.Dans Les Chambres colorées, on retrouve le même personnage que dans La Partie quarrée, peint l'année précédente.L’artiste crée ainsi une espèce de labyrinthe imaginaire.Cet effet est renforcé par la scénographie de l’exposition: les panneaux du centre de la salle ont été disposés de biais, de manière à créer la même impression d’«incongruité».C’est un procédé habile, les couches successives d’«espaces» représentés faisant référence aux «espaces» plus abstraits de la salle d’exposition.D’une certaine manière, cette lecture particulière peut faire penser aux poupées russes emboîtées les unes dans les autres.Quand on en ouvre une, on en découvre une autre, et ainsi de suite.Malheureusement, la formule s’épuise vite et le parcours devient assez répétitif.D’ailleurs, les séries plus récentes ne possèdent pas la même force que les œuvres des années 80, comme Paysage avec figure, et on ne s’attarde pas autant à les regarder.E n’en reste pas moins que la force véritable de l’artiste demeure cette atmosphère particulière quelle réussit à créer entre ses œuvres et l’espace de l’exposition.Et c’est cette atmosphère qui vaut amplement le détour.Collaborateur du Devoir Les tableaux de Sylvie Bouchard sont énigmatiques RICHARD-MAX TREMBLAY / COLLECTION MI SÉE D ART CONTEMPORAIN DE MONTREAL Paysage avec figure (1988), de Sylvie Bouchard.IRENE F.WHinOME Paperworks III La galerie sera ouverte jusqu'à 15 h le samedi 24 décembre 2005.GALERIE SIMON BLAIS E ISU ?Vue de l’exposition Pellan et les enfants à la Maison des arts de Laval.SODRCT' MAISON DES ARTS DI IAVAL Les joyeuses fêtes d’Alfred PELLAN ET LES ENFANTS Maison des arts de Laval Jusqu’au 29 janvier Fermée les 24,25,26 et 31 décembre et Lr et 2 janvier (tél.: 450 6624440) RENÉ VIAU Pellan s’amusait.Chez lui, tout était prétexte à une fête où il prenait son pied.I^i preuve: il avait dressé un phallus de carton-pâte, multicolore et de bonne pointure, le coljant à la pointe d’une chaussure.A ce soulier érectile répondait le modèle «voyeur».Un autre coquin soulier «détourné» intégrait des miroirs pour voir sous les jupes des filles! Comme il le faisait pour tous les visiteurs de sa maison de Sainte-Rose, l’animal m’avait montré à l’époque ses créations insolites.Jubilatoire L’exposition de la Maison des arts de laval est à son image.Ici, toutefois, on a mis un bémol à certaines extrapolations délurées.Et pour cause! Pellan et les enfants allie ses œuvres à celles de petites tètes blondes qui s’en sont inspirées.Mort en 1988, Pellan aurait eu 100 ans en 2006.L’exposition amorce cette commémoration.En 1950, Pellan et sa femme Madeleine emménagent à Sainte-Rose, alors la campagne, aujourd’hui le quartier Auteuil de Laval.Emerge alors le thème de la nature.Une profusion organique s’empare de ses toiles.Avec la série des jardins, sur son bon vieux terreau surréaliste, Pellan y cultive avec émerveillement les plates-bandes des «patenteux», de l’art brut Sa floraison, ses fruits et ses plantations étranges s’agrémentent de rebuts fragiles et poétiques glanés sur les routes du facteur Cheval.Pour Pellan, il s’agissait de jolis pavés fleu- ris jetés dans la mare déjà pour lui trop cérébrale de Part de son temps.Ces toiles sont jugées décoratives à leur création en 1958.A leur suite, l’exposition aligne quelques œuvres sur le thème du bestiaire, convoquant une assemblée d’animaux, de poissons, d’insectes qui se métamorphosent.Avec une même fraîcheur, la sérigraphie abordée à la fin des aimées 60 allie imagerie surréaliste, humour et art brut à des couleurs intenses quasi électriques.La technique l’oblige à simplifier.Résultat, pour des tirages tels Pop Shop (1970-72), il s’engouffre dans la couleur pure en aplats.«Cette fête de l’art, Pellan la transporte sur toutes les scènes», explique le critique d’art Germain Lefevre.Touche-à-tout, Pellan aura toutefois trouvé avec la peinture chaussure à son pied, à commencer par ce séjour à Paris entre 1926 et 1940.Montparno assidu, il rencontre Miro, Picasso, mais aussi Alain Grandbois.Il voyage avec le comédien Alain Cuny.Il dessine des tissus pour le couturier Schiaparelli.A la galerie Jeanne Bûcher, ses camarades ont pour nom Braque, Léger.Après Lyman, son retour au pays en 1940 nous apporte avec un vent de liberté les innovations de l’Ecole de Paris.«Nous avons vécu ensemble 40 ans.J'ai 20 ans de moins que lui.Donc, vous connaissez mon âge», confie Madeleine Pellan, qui a beaucoup fait pour que le centenaire de la naissance de son mari soit souligné avec éclat «Le Musée des beaux-arts du Québec a dédié autour des Bestiaires un espace à Alfred Pellan.Quelle bonne surprise!» Cet été, on le sait, Baie-Saint-Paul va braquer les projecteurs sur Pellan et le théâtre.Une exposition éclairera les célèbres dessins, costumes et décors pour Im Nuit des Rois, redécouverts avec sensation à la fin des années 60 mais restés depuis dans l’ombre.Le Musée d’art contemporain de Saint-Jérôme se concentrera sur la grande période parisienne avec une présentation sur Pellan et la modernité.Retour sur la cordonnerie en tant qu’art érotique Pellan avait également fait réaliser en 1974 des godasses pour pincer les fesses, pour pelleter la neige, ixmr faire fuir les chiens.Je me souviens, lors de ma visite en 1981, de mon éblouissement devant la maison-tableau de l’artiste et de sa compagne.Il vivait entouré de ce qu’il appelait ses «bé-belles».Mille et un objets saugrenus grouillaient dans tous les coins.Une ménagerie fantastique ornait les pierres de la cheminée.Il avait modelé son environnement à l’image de son art.Bricoleur pléthorique, il s’est rapproché vers la fin de sa vie de ces peintres naïfs qu’il admirait et autres doux dingues inspirés, rétifs gomme lui à toute mobilisation.A l’exposi lion, trois estampes d’une suite de duc imprimée en 1975 à la Guilde graphique sur un texte de Pélo-quin m’amènent à me poser une question brûlante d’actualité en cette date et qui souligne le côté bon enfant de l’artiste.Pellan croyait-il au pere Noël?Dans ces images, la terre est rouge pour saint Nicolas.Il glisse, furtif, en couleurs gaies et primaires parmi les astéroïdes de neige, les flocons et nuages roses et bleus.Une autre estampe de cette suite intitulée Les Pères Noël nous montre le bonhomme du pôle en peintre à la barbe blanche.Avec palette et pinceaux, sur la toile arrimée à son chevalet, il donne forme à un sapin.Un cadeau ça, peint pour les enfants?Pour ses fans?I Jn autoportrait?Collaborateur du Devoir r sua KSSION ALLRED PELLAN / SODRAC (MONTRÉAL) 2«l.ï / MUSÉE DES BEAUX AKIS DU ( ANADA Les Pensées, vers 1935-37, huile sur toile d’Alfred Pellan.I TOUT &C19U.0**1 MJ O* CaiKTOWMIAtl W •’«0TCMPMC ÜWMmHMK Les Enfants et Alfred Pellan Une présentation du Musée des Enfants de Lavai é»ÉSlDt»T£ D HOPSÎUP MIOEUIKE éELLANO • MADElEIRf THteeiC» Visites commentées pour I* famille : lot 28, Z9 ft 30 décembre à 14 h ilFUiQ-PilKN Maiton fat art* fa Laval 139$, boutevatâ fa ia Concorde Ouest, Renseignement (450) $62 4440 www wHe.tava» qc ca Meures tf ouverture : les mardis, mercredis, jeud»s, samedis et dimanches fa 13 h e 17 h Les vendredis fa9hii2hetfal3hè20h.Usntrée est libre U salle sera «crmée les 24,25,26 et 31 décembre, fa même que les 1* et 2 janvier Question d'éctielle, volet 1/2 Penser grand 23 octobre 200Ç - 29 janvier 2006 ’ • «k , SXe ’ *’* - , .’i ’’ Les pays de François Lanoue 18 septembre 2oo$ - 28 mai 2906 finj - - ?**"*¦¦•* MISÉE „ D’ART www.musee.joliette.oig iOUETTE (450)7560311 L LE DEVOIR.LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 DÉCEMBRE 2 0 0 5 ULTURI 17 AU 28 JANVIER 006 a 1* U S ! 35 î 5 521.4493 TOUT ELLE De battre son cœur s’est arrêté LE SILENCE Réalisation: Orso MireL Scénario: Orso Miret, Roger Bohbot, Agnès de Sacy.Avec Mathieu Demy, Natacha Régnier, 'Thierry De Peretti.Image: Olivier Cham-bon.Montage: Bénédicte Bru-neL Musique: Reno Isaac.France, 2004,104 min.En salles le 23 décembre.ANDRÉ LAVOIE On ne peut imaginer contraste plus saisissant: d'un côté, un paysage majestueux où les montagnes sont caressées par le vent de la Méditerranée; de l'autre, des meurtres impunis, des balles jamais tout à fait perdues, une peur sournoise d’être la prochaine victime, ou celle de dire un mot de trop qui pourrait nous faire basculer dans le camp ennemi.La Corse, cette île de beauté, en est aussi une de lourds secrets et de paradoxes.Orso Miret les connaît bien, enfant du pays mais déraciné depuis longtemps, tout comme le personnage principal de son film, Le Silence.Refusant d’être moralisateur, il expose le «problème corse» dans sa dimension intime et psychologique bien plus que sociale et politique.Sans doute par crainte d’aller un peu trop loin, il prend prétexte d'un crime passionnel pour illustrer les ravages de l’étouffante loi du silence.En vacances dans le village natal de sa mère, Olivier (Mathieu Demy, cassant avec grâce son image juvénile) perçoit qu’il n’est plus dans la France vachement parisienne, et son comportement, comme le constate sa fiancée Marianne (Natacha Régnier, préservant jusqu’à la fin sa part de mystère), s’en trouve modifié; elle ignore toutefois que sa grossesse explique en partie les tourments du jeune homme, effrayé à l’idée de devenir père.Auprès de ses camarades chasseurs, dont certains sont des amis d'enfance, il ne fait guère le poids devant un sanglier, ratant sa cible plus souvent qu’à son tour, montrant ainsi qu’il est davantage un continental qu’un insulaire.Et le clivage ne sera jamais aussi grand que lorsqu’il deviendra le seul témoin d’un meurtre, celui d’une caissière, dont le coupable est bien sûr un villageois connu de tous, un copain de ceux qu’il fréquente a la chasse.Pétrifié par l’horreur, rongé par le doute et l’insomnie, aura-t-il le courage de le dénoncer et ainsi briser une règle tacite qui veut que chacun a intérêt à se taire s’il ne veut pas être une cible mouvante?En choisissant un acteur de la candeur de Mathieu Demy, Orso Miret prouve qu'il ne cherchait pas à offrir au spectateur une solution commode à une situation complexe; Demy n’a rien, mais vraiment rien, d’un action hero, pas même une figure héroïque digne d'un film de Costa-Gavras.C’est justement cette fragilité qui fait du Silence un plaidoyer si énigmatique, d’une grande finesse d’observation, montrant un homme qui doit prouver sa virilité de différentes manières (comme chasseur, comme futur père et comme délateur).Assailli d’images qui lui rappellent la gravité de ses choix — des rêves, en noir et blanc, de sa fiancée étrangère aux mœurs de la Corse et de la caissière qu’il désirait secrètement juste avant son assassinat, ou cette carcasse de sanglier en putréfaction évoquant Tétât lamentable de sa conscience —, Olivier porte, dans sa propre chair, les tiraillements d’un territoire écartelé entre le tribalisme et la modernité.Preuve que le cinéaste ne cherche pas à résumer la Corse à son visage balafré par la violence, il s’attarde aux bavardages des villageois, promène longuement son regard sur l’intérieur d’une église désertée, suit pas à pas les chasseurs de sangliers dans les montagnes, bref, montre la vie telle quelle se présente à lui, sans toutefois l’enfermer dans un carcan folklorique.Le Silence, en effet, en dit beaucoup.Collaborateur du Devoir Natacha Régnier dans Le Silence, d'Orso Miret.V»** -Vrl; AU CŒUR DU QUARTIER LE COMPLEMENT IDEAL A UNE SOIREE CULTURE Certificat-cadeau disponible, pour partager les plaisirs et la qualité d'un bistrot sympathique SOUS LE TOIT DU TNM, ANGLE SAINTE-CATHERINE ET SAINT-URBAIN » 514.866.866?jr WM^rk SOURCE K FILMS AMÉRIQUE Mathieu Demy et le réalisateur du film Le Silence, Orso Miret.- «f* De qui tenir.À 33 ans, le fils d’Agnès Varda et de Jacques Demy, Mathieu Demy, est un cinéaste en gestation et un comédien en devenir.Lors de son passage au FIFM, il a posé ses mots sur Le Silence, qui vient de prendre l’affiche au Beaubien.MARTIN BILODEAU Contrairement à ce qu’on aurait pu attendre du fils de l’auteur de Peau d’âne et des Parapluies de Cherbourg, Mathieu Demy n'est pas né dans un chou.Qu’à cela ne tienne, sa mère, Agnès Varda (Les Glaneurs et la Glaneuse), le trouvait si chou qu’à 15 ans elle lui a confié son premier grand rôle, soit celui d’un jeune accro aux jeux vidéo de qui une Jane Bir-kin déjà bien mûre s’éprenait dans Kung-Fu Master.Dix-huit ans plus tard, le comédien Mathieu Demy a déjà une trentaine de longs métrages à son actif.Parmi ceux-là: Jeanne et le garçon formidable, film-hommage à Demy père, qui a véritablement lancé la carrière de Demy fils, carrière qu’il a consolidée depuis à travers des films comme Dieu est grand, je suis toute petite (avec Audrey Tautou) et Nos enfants chéris.Identités Le Silence, du Corse Orso Miret, a ceci de particulier que son tournage a coïncidé pour Mathieu Demy avec la naissance de son premier enfant; ceci de particulier pour nous qu’il constitue un de ses rares films à nous parvenir, nonobstant ceux mentionnés plus haut.Ce qui explique que le comédien soit encore, de ce côté-ci de l’Atlantique, réduit à son statut de «fils de», alors qu’en France cette appellation est désormais non avenue.Ironiquement, Le Silence, que cet enfant de la balle est venu défendre au Festival international du film de Montréal, est un film sur l'héritage et l'hérédité.11 y campe Olivier, un jeune Français peu sûr de lui qui, en vacances avec sa conjointe (Natasha Régnier) en Corse, est témoin du meurtre d’une épicière par un pote de ses potes.Le voilà confronté à un dilemme moral insoutenable: doit-il trahir et dénoncer ou observer la loi du silence si caractéristique des Corses?A l'heure où sa femme attend un enfant, sa double hérédité (il est né d’un père continental et d’une mère corse) lui pèse, le secret le ronge et le danger, quelle que soit la décision qu'il prendra, le guette assurément.«C’est un film sur l’identité, qui montre de quelle fa-, çon on se constitue en tant qu’individu au sein d’un groupe.Si Olivier était Corse par son père, la filiation serait pour lui plus évidente, son appartenance plus claire», résume Mathieu Demy, rencontré au sortir de la projection, en septembre dernier.«La situation dans laquelle il se trouve est complètement justifiée par la configuration de son identité, poursuit-il./g crois que tout le monde peut s’identifier à ça.D’ailleurs, des Français d'origine maghrébine m'ont dit qu’ils se reconnaissaient dans le dilemme du personnage, et je pense qu’au Québec le film pourrait aussi avoir des ré- ; sonances, du fait de la complexité de l’identité québécoise, qui n’est pas monolithique.» Mathieu Demy s'est dit séduit par les nombreuses couches de sens qui recouvrent Le Silence, et par la virtuosité du scénario d’Orso Miret, un cinéaste qu’il ne connaissait pas avant le tournage.«Il faut toujours travailler avec des gens qui sont uniques.Personne d'autre qu 'Orso Miret aurait pu réaliser ce film.Parce qu 'il a une perception aiguë de l’âme corse, avec ses dif- ï ficultés et ses contradictions.Il s’est projeté dans un ch-] mat totalement autobiographique, avec une histoire 100 % fictive», soutient celui qui à son tour aimerait projeter son âme dans des films de son cru.Demy, qui a deux courts métrages à son actif (Le ¦ Plafond et La Bourde, inédits ici), prépare actuellement un premier long métrage qu’il espère réaliser au cours de Tannée 2006.Entre les cinémas de son père et de sa mère, entre Une chambre en ville et Sans toit ni loi, il y a un monde, dit Mathieu Demy, dans lequel il aura les coudées franches pour créer le sien.«D’un côté, ma mère fait un cinéma très intimiste, très ancré dans la réalité, avec un pied dans le documentaire et des moyens réduits, et mon père faisait des films décollés de la réalité, les deux pieds et les deux mains dans l'imaginaire, dans le rêve, avec des tournages en studio, des acteurs professionnels, des budgets, etc.Le cinéma que je fais se situe entre les deux, quoique je me sente plus près de la fiction.» Donc de son père.Ce qu’il y a de plus extraordi- ; naire dans tout ça, c’est qu’il aurait répondu le* contraire que la perspective aurait été tout aussi excitante.Collaborateur du Devoir .* ¦i * % Les Féeries de NJoël h du % Vieux-Montréal ; LSévénement ded fêted de fin d’année à Montréal Concours «Route des crèches», + de 4000$ en prix à gagner.Circuit en calèche «Carriole des Féeries Rickard's», chorales en plein air Le Grand Bal du 31 décembre de la place Jacques-Cartier «Scène Rickard's», Musique live, cotillons & feux d'artifice après le décompte de minuit.Au Vieux-Montréal et au Vieux-Port www.lesfeeriesdenoel.info 1 877 BONJOUR LE DEVOIR.LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 5 DECEMBRE 2 O O K ,) OUTREMONT 1243 ne Bernard Qwest (514) 495 »44 vww.tfeeatreoutreaiont.ca ÜS7— ouvra TWBT (V.F.) « Rom» pmmd '¦anc&p- -ft.RepuOique tcnèoue'aiie 200S 13Cmir,.G 28 DECEMBRE 19h30 1 Tl mu o il \j in uj w' Ce n t r i s EX-CLN1HIS COM / S14 8472ÎOb SOUVENIRS OC BROKEBACK MOUNTAIN A L'AFFICHE Une insignifiante romance à la mélasse CASANOVA Réalisation: Lasse Hallstrôm.Scénario: Jeffrey Hatcher.Kimberly Simi et Michael Cristofer.Avec Heath Ledger, Sienna Mil-lerm, Jeremy Irons, Oliver Platt, Lena Olin, Omid Djalili.Image: Oliver Stapleton.Musique: Alexandre Desplat.ODILE TREMBLAY Bon, il s’agit d’une comédie galante.Faudrait pas trop en demander, je suppose.N’empêche qu’on se serait attendu à bien mieux de la part de Lasse Hallstrbm (My Life as a Dog, The Cider House Rules) que cette insignifiante romance à la mélasse mettant en scene le mythique Casanova.Heath Ledger, si impressionnant dans Bro-kebaek Mountain, n'a pas trouvé ici le metteur en scène susceptible de mettre en lumière son talent L’action se situe au début du XVm siècle, à Venise, mais les scénaristes ne prétendent pas se coller à la réalité historique du personnage.Voici, que, servi à l’américaine — aux Etats-Unis, le libertinage hédoniste a décidément mauvaise presse —, Casanova devient le dernier amant romantique, sauvé du vice par la grâce de l’amour.Ouf! La morale est sauve.Mais à quoi bon choisir le plus célèbre séducteur de son temps pour édulcorer son profil de la sorte?Il suffisait d’inventer un héros de toutes pièces.Voyons donc! Les décors et les costumes sont pourtant fastueux.On est dans la Venise du grand siècle, après tout Le ton sera léger, badin, sans drame.Le personnage central (Heath Ledger), las de trop d’exploits amoureux, mais toujours esprit fin épris de philosophie et athlète accompli, songe à se marier à une gente puceDe.mais voilà qu'une belle et intrépide inteDectueDe (Sienna Miller) parvient a gagner son coeur.Force rebondissements amoureux se nouent et se dénouent dans la cité des Doges, tandis qu'un sinistre inquisiteur (Jeremy Irons, sous une ridicule perruque) traque l’hérétique.Un riche parvenu génois (Oliver Platt) tient du Polichinelle risible, faire-valoir du beau coureur de jupons.Le parti pris de légèreté atteint même les tortures de la Sainte Inquisition.qui tiennent ici de jeux d'epfants plutôt que de supplices hideux.Même chose au rayon des cœurs brisés, qui se raccommodent tous bien vite.Mais les dialogues sont sans grand intérêt et le jeu des acteurs, laissé au pétillement, sans incursions plus profondes.Restent les channes de Venise en majesté, les scènes de carnaval, les costumes qui captent l'œil.On sort quand même de ce Casanova bien déçus.Le Devoir ALAIN CORNEAU ONF Devant la roulotte, dans Country de Carole Laganière.Winîm.* • - ¦ - En jouant au cow-boy.COUNTRY Réalisation et scénario: Carole Laganière.Images: Serge Giguè-re.Documentaire.A Ex-Centris, du 23 décembre au 5 janvier.ODILE TREMBLAY CT est avec une vraie tendresse, un respect et une quête d’authenticité que la documentaliste Carole Laganière a suivi les amateurs de la culture country dans leur périple en roulottes à travers le Québec.Le phénomène en est un, avant tout, de fraternité.Cette chaleur humaine recherchée et trouvée trône au cœur de ce film.Le phénomène country est autant affaire de musique et de danse en ligne que d’activités équestres et autres jeux de cow-boys dont les rodéos font leur miel.Que toute une faune, 200 000 personnes originaires essentielle ment des régions, suive les festivals du genre (il en existe une centaine au Québec), cela constitue en soi un fait social fascinant.Fait social, d’ailleurs snobé en général par les résidants des grosses villes, lesquels trouvent rustaudes ces manifestations qui leur sont si étrangères.Nashville, de Robert Altman (1975), avait dans sa docufiction abordé magistralement cette culture western.A travers son documentaire.Carole Laganiere nous entraine sur la route des amateurs et des artistes en roulottes qui se retrouvent d'un festival à l'autre comme on visi- te sa famille, dansant, s’unissant, chantant se consolant des peines de la vie.La cinéaste a concentré son tir sur une dizaine de personnes: chanteur sentimental en quête de l’âme sœur, veuf éploré que tous entourent, veuve ayant surmonté son deuil à travers la danse, cow-boys amoureux des chevaux qui ont canalisé leur agressivité à travers les courses et les rodéos, dame éprouvée par la perte graduelle de sa vue.Et chanteurs qui aiment toucher les gens avec leurs banjos et les mots simples des rengaines, abordant les drames et les joies du quotidien.Encore qu'une chanson sur l’inceste ait des résonances chez toutes les anciennes victimes de viol domestique, qui y retrouvent leurs blessures.La cinéaste traque l’émotion, le regard humide.Elle traque aussi cette essence de la musique western dont le rythme est campagnard, moins trépidant qu’en ville mais en évolution.Le pas de cheval qui donnait le tempo a été remplacé par celui des engins mécaniques, mais le rythme des saisons et des jours qui passent lentement scande les mélopées.C'est beau, humain, avec une camera attentive et curieuse posée sur les caravanes qui vont et viennent sur les gens surtout S Country peut secouer le poids des préjugés sur cette culture parallèle à nos rythmes urbains, le film aura accompli beaucoup.Le Devoir ?CINEMA ?SEMAINE DU 24 AU 30 DÉCEMBRE 2005 Les NOUVEAUTES et le CINÉMA en résumé pages 5.6 La liste complète des FILMS, des SALLES et des HORAIRES pages 7,15 dans LAGENDA culturel Wolf Creek, de Greg McLean.Sous le soleil de l’Australie, les déserts peuvent être rouges.sang.Le désert rouge sang WOLF CREEK Réalisation et scénario: Greg McLean.Avec Cassandra Magrath, Kestie Morassi, Nathan Phillips, John Jarratt Image: Will Gibson.Montage: Jason Ballanti-ne.Musique: François Tétaz.Australie, 2004,99 min.En salle le 25 décembre.ANDRÉ LAVOIE Les clichés ont la couenne dure et lorsqu’ils concernent l’Australie, ils sont particulièrement coriaces.Au milieu des étendues désertiques, le spectateur n’est jamais surpris de voir surgir un kangourou (comme Skippy) ou une drag queen (par exemple Priscilla); visiblement, les serial killers ne veulent pas être négligés, du moins dans Wolf Creek, le premier long métrage de Greg McLean.Comme il ne suffit plus de brandir un poignard, d’éclabousser l’écran de sang ou de percer les tympans avec des cris d'horreur, rien de mieux qu’un soupçon d’authenticité puisé dans la rubrique des faits divers pour nous plonger dans l’angoisse.De la même manière que Die Amity-ville Horror alimentait nos cauchemars immobiliers ou The Texas Chainsaw Massacre nos préjugés à l’égard des désaxés américains du Sud, Greg Md can s’inspire du triste destin de ces explorateurs imprudents qui, chaque année, disparaissent dans la nature aride de l’Australie.Morts de soif, engloutis sous un amas de pierres, capturés par des esprits dérangés.ou des extraterrestres (?), les possibilités sont quasi infinies.Les trois jeunes voyageurs de Wolf Creek connaissent ces dangers, mais lorsque l’on habite l’Angleterre, là où les déserts s’avèrent plutôt rares, pourquoi freiner ses élans d’explorateurs?Après les incontournables séances de bronzage sur la plage et autres beuveries collectives, Liz (Cassandra Magrath) et Kristy (Kestie Morassi), deux Anglaises, sont prêtes à suivre Ben (Nathan Phillips), un résidant de Sidney au physique de maître nageur, sur les routes poussiéreuses.Dans une vieille bagnole achetée expressément pour cette escapade, ils comptent se rendre jusqu’au parc national Wolf Creek, là où s’est écrasé un météore.L’impact n'a d’ailleurs pas seulement engendré un gigantesque cratère mais une tonne d’histoires farfelues dignes de la série llie X-Files.Une fois sur les lieux, ils découvrent avec effroi que leur voiture ne démarre plus — tout comme leurs montres qui ont rendu l’âme au même moment Après quelques heures d’attente surgit Mike (John Jarratt), un homme à l’humour plutôt lourd mais serviable, prêt à jouer au mécanicien et les conduisaqt jusqu’à une mine désaffectée, encombrée d’un bric-à-brac indescriptible.C’est alors que le bon samaritain dévoile son vrai visage.Pour enlever ce masque, et fai- PRIX AIR FRANCE MEILLEUR FILM FRANÇAIS FESTIVAL INTERNATIONAL DE FILMS OE MONTRÉAL 2005 K-FILMS AMÉRIQUE PRÉSENTE MATHIEU DEMY NATACHA REGNIER LE SILENCE UN FILM DE ORSO MIRET fCINÉMA ‘SccU/itey /Hc/ic en sciences /nmiaines et ne/iuions -(a tiôfNii/Nc rSc/Ni ouverte te étPcteccmtuH' t/e /o/t à ASYt SÜÉSfe * So\ Jeune soldat.Kaboul.Afghanistan (1993), de Steve McCurry.I 1 BEAUX LIVRES Modernité d’Istanbul GEORGES LEROUX Daniel Rondeau connaît bien Istanbul, il lui a consacré un beau roman dans sa trilogie méditerranéenne (Gallimard, «Folio»).Il livre ici un carnet de voyage, intitulé Entre deux mondes, dédié à Yasar Kemal et placé comme un cahier lui-même inséré au cœur d’un album de photographies de la ville par Marc Moitessier.Personne ne sait parler de l’ancienne Constantinople avec autant d’émotion et de clarté.Son cahier, découpé en fragments plutôt brefs, se déplace entre la cité ancienne et ses quartiers plus récents, où Istanbul se montre à la recherche d'une modernité encore indécise.Attentif aux lieux retirés, aux zones de silence, l’écrivain médite sur l'avenir d’une cité qui se trouve dans un impossible entre-deux: ni asiatique ni franchement européenne, Istanbul se trouve au carrefour de civilisations millénaires, dont elle est encore aujourd’hui le miroir inversé.Chacun peut s’y retrouver en retrouvant ses racines, ou aller à la rencontre de l’autre qui est partout Évoquant Cavafy ou Brodsky, images antithétiques d’un amour impossible pour une ville prisonnière de son ambiguïté, Rondeau lui rend un hommage vibrant.Il sait parler aussi bien de Mehmet II que d’Alexandre le Grand, d’Orhan Pa-muk que de Yasar Kemal, sans doute les deux écrivains majeurs de la Turquie contemporaine.L'album photographique, tout en couleurs fortes et admirablement composées, illustre un parti qui montre d’abord mie ouverture politique et sociale à la modernité: l'Istanbul de Pierre Loti, avec ses images romantiques tout droit sorties de l'exotisme orientalisant, n’a guère de place panni ce répertoire d’images pensées surtout comme images de la liberté voulue pour la Turquie par le kémalisme.Femmes non voilées, jeux d’enfants, foules animées sur les avenues, architecture en révolution, trafic sur le pont du Bosphore, tout dans cet album respire l’appel de la Turquie à l’intégration européenne.Plusieurs images véhiculent cependant une forme de doute, non pas tant sur la possibilité de cette in- E N BREF Classique de Noël Pour les âmes classiques, un recueil tout ce qu'il y a de plus traditionnel de contes, de poésies et de chansons de Noël.On trouve, dans cette édition luxueuse, ornementée de dorures, des textes incontournables comme La petite fille aux allumettes et Mon beau sapin, res moins connus comme l/i IJgende des treize poussins ou Le Matin des étrennes, d'Arthur Rimbaud.In mise en page, les lettrines et les illustrations, tout concourt à faire de cet ouvrage un objet fétiche pour les nostalgiques des Noëls d’antan.L'illustrateur québécois Stéphane Poulin signe quatre pages de ce futur classique, intitulé Noël, le livre des contçs, des poésies et des chansons, aux Éditions Milan (Paris, 2005,116 pages, à partir de 4 ans).- Le Devoir Pour partcujer plwp.R-FU Pierre Gagnon Finaliste au Prix littéraire Archambault 96 pages, 14,95$ Linsîant même NOUVELLES ROMANS ¦ ESSAIS t tégration que sur sa désirabilité: ainsi de ces images habitées par des publicités agressives, où se donne à voir ce dont l’Orient a toujours constitué la thérapie, le désir exacerbé.In jxiix magique des rives du Bosphore mérite-t-elle d’être envahie par le cortège inévitable des maux de l'industrie et de la commercialisation à outrance?quelles sont les conséquences de la prospérité?Ces questions imprègnent plusieurs photographies et la réflexion inquiète de nombreux personnages — adolescents enfiévrés, ouvriers anxieux, familles accroupies sur la place de Beyazit —, témoignant de ki difficulté asstxïiv à une évolution aussi rapide que complexe.Ce très beau livre inspirera tous ceux qui réfléchissent à l'ouverture euro-ixvnne et au destin énigmatique de la Turquie, et.à Ions ceux qui ont vi site Istanbul, il rappellera la vérité de la ville, et non le rêve exotique.Collaborateur du Devoir ISTANBUL Photos de Marc Moitessier et texte de Daniel Rondeau Editions de la Martinière Paris, 2005,224 pages PALMARÈS LIVRES ARCHAMBAULT i» QUEBECOR MEDIA Résultats des ventes : Du 13 au 19 décembre 2005 OUVRAGE GÉNÉRAL DANS MON VILLAGE, IL Y A BELU.Fred Pellerin (Planète rebelle) BRISER LE SILENCE Michel Vastel (Libre Expression) COMME UNE ODEUR DE MUSCUS Fred Pellerin (Planète rebelle) j HARRY ROTTER ET LE PRINCE DE.J K Rowling (Gallimard) IL FAUT PRENDRE LE TAUREAU PAR.Fred Pellerin (Planète rebelle; MEURTRES À U) CARTE Kathy Reich?(Robert Laftont) ALIMENTS CONTRE U CANCER Richard Béliveau (Trécarré) ASTÉRIX T.33 LE CIEl LUI TOMBE.R Gosunny / A Uderzo (Hachette) JACQUES DEMERS EN TOUTES LETTRES Mario Leclerc (Slanké) MANGER SANTÉ POUR LÉ PLAISIR Mmçayi (Minçavi) 7 LE ROMAN DES JARDINS Alexandre Jardin (Grasset) ANGES ET DÉMONS Dan Brown (JC Lattes; MONDE DE NARNIA T.7 Clive Staple Lewis (Gallimard) MA VIE AVEC MOZART ÉrK-Emmanuel Schrmtt (Albin Michel) ET SI C’ÉTAIT ÇA LE BONHEUR R-anctne Rue (Libre expression) A LA DI STASIO Josée Oi Stasio (Flammarion Québec) RECETTES DE JANETTE Janette Bertrand (libre Expression; LE GUIDE OU VIN 2006 Michel Phaneuf (Homme) LE GUIDE DI L'AUTO 2006 Collectif (Trécarré) CÉLINE OWN Jenna Giatzer (Mayer) l ‘ LM M j BOK TON THÉ FORT, TU VAS PISSER.Fred Pellenn (Sarrazinej THE BROKER John Grisham (Dell) | 0A VINCI CODE Dan Brown (Pocket* AMOS DARAGON T.9 Bryan Perro (tntoochabtes; UN PETTT PAS POUR L’HOMME Stéphane Dompterre (Québec Amérique) GEISHA Arthur Grrtden (L/vre de pochei NARNIA 11: NEVEU OU MAGICIEN Lewis Owe Staple (Gallimard » LOVE SMART Phi! McGraw (Simon & Schuster) TEACHER MAN Frai* McCourt (Simon & Schuster) MEMORIES OF JOHN LENNON Yoke 0no (William Morrowi CROSS BONES Kathy Retcte (Pocket) Nr> Mason (Phoenix) 7 HARRY POTTER ET L'ORDRE DU PNÉNR J.K Rowling (Gafttmardj 7 THE LAZARUS VENDETTA Robert tudkim (St Martin s Press; UN DIMANCHE A LA PtSC G*i Courtemanche (Bvéal) et s c’twr vmv Marc cévy iPoexeti Twin Martel (XYZi STAR WARS DARN LORO James Luceno (Del Ray STAR WARS: REVENU Of TME SITM Matthew Stovef (Daliantme) THE BEATIES: THE BWMAPKT Bob Spftf iSvnm Uttlei LE DEVOIR.LES SAMEDI 2 1 ET DIMANCHE 25 DÉCEMBRE 2 0 0 5 E 8 Quand Goscinny se dessinait un avenir BÉDÉ SOURCE ÉDITIONS DE LA MARTINIERE Goscinny, entouré de certains des personnages dessinés par lui.SYLVAIN CORMIER Un livre des dessins de Goscinny?Eh oui.Avant de devenir le plus grand scénariste de bandes dessinées de l’univers connu, René Goscinny dessinait: 300 pages de reproductions grand luxe le prouvent ici, gracieuseté de sa fille Anne, qui a ouvert les archives familiales à un journaliste, Christian Marmon-nier, et surtout à son Aymar de Chatenet de mari, auquel on doit aussi le Dictionnaire de Goscinny et l’édition des Histoires inédites du Petit Nicolas.Goscinny dessinait pas mal du tout, en vérité, aussi bien que des tas de dessinateurs estampillés pros.Faut dire qu’il dessinait depuis la petite école, le timide René, moins parce qu’il aimait dessiner que parce qu’il fourmillait d’idées drôles comme tout et que le dessin, c’était chouette pour faire passer les idées drôles comme tout.«J'ai vraiment envie de faire rire les gens depuis toujours», avoua-t-il une fois devenu le célébrissime scénariste d’Astérix, de Lucky Luke et d'Iznogoud.«J’ai cherché le moyen d’en faire mon métier, et il m’est apparu que le dessin était la forme la plus direc- te et la plus facile pour débuter» Sa propension à faire le guignol en classe (avec succès bœuf auprès des potaches) aurait tout aussi bien pu le bombarder comédien de cabaret, de théâtre ou de cinéma.De nos jours, gageons qu’on l’aurait connu humoriste à la télé.Mais il se trouva qu’il dessina.Appliqué comme il était (acharné, oui!), il parvint à en vivre.Enfin, à en vivoter, moitié en France, moitié aux Etats-Unis.Goscinny, comme tous les affamés, n’avait pas l’estomac regardant: illustrations stylisées pour un roman de Balzac, conception de livres à système pour enfants, caricatures de vedettes de Hollywood, aquarelles gentillettes, essais de cartoons, il dessinait ce qu'on lui commandait ou ce qu’il croyait pouvoir vendre.«J’étais parti aux Etats-Unis pour travailler avec Walt Disney, mais Walt Disney n’en savait rien.» Ses copains des années de galère à New York, les dessinateurs Harvey Kurtzman, Jack Davis et autres futurs fondateurs de la revue d’humour Mad, aimaient bien ses dessins, mais encore plus le gars, extraordinairement marrant Quelques dessins des Kurtzman et compagnie se retrouvent d’ailleurs dans le livre, cartes de souhaits personnalisées que Goscinny avait conservées (il conservait tout).Dessins d’un tout autre niveau, témoignant de vraies «pattes»: l’œuvre dessinée de Goscinny ne souffre tout simplement pas la comparaison.On comprend pourquoi il abandonna prestement plume et pinceau pour sa machine à écrire Royal, une fois rencontrés Morris puis Uderzo: chacun son génie.Subsistèrent un sens du cadrage, un regard quasi cinématographique, une habitude du croquis qui lui servirent dans son travail de scénariste: la portion du livre dévolue à ses indications graphiques est absolument fascinante.Avant Astérix Comprenez par là que ce splendide livre ne s’offre pas au simple nostalgique de l’Astérix d’avant que le ciel ne lui tombe sur la tète, mais à ceux qui ont un rayon de bibliothèque rempli de Goscinny sous toutes les formes, les bandes dessinées glorieuses et des autres, les recueils de chro- niques, l’integrale du Petit Nicolas, les bio illustrées ou pas: ceux-là, comme moi, n’en reviendront pas de trouver dans ces belles pages un Gaulois dessiné par Goscinny pour un journal étudiant dès 1945, s’émerveilleront de reconnaître le ton Goscinny jusque dans des rubriques de conseils pour dames que le gaillard en mal de pain signait «Françoise» dans Bonnes soirées, et goûteront case par case les brèves aventures de Dick Dicks et du Capitaine Bibobu, seules bédés véritablement achevées par Goscinny.Tout ça vaut de l'or.Tout ça signifie hélas qu’on touche le fond du puits.Ça devait arriver.Même les meilleures orgies finissent par manquer de tripes de sanglier frites dans de la graisse d'urus.Ou alors de miel.Collaborateur du Devoir RENÉ GOSCINNY LA PREMIÈRE VIE D’UN SCÉNARISTE DE GÉNIE Aymar du Chatenet et Christian Marmonnier Éditions de la Martinière Paris, 2005,300 pages ARTS VISUELS Dans les papiers de Picasso a./ PHILIPPE DAGEN Picasso ne jetait rien.Gertrude Stein non plus.À leur manie conservatrice, on doit de pouvoir lire les 254 lettres, billets, cartes postales et télégrammes qu’ils ont échangés de 1905 à 1944.Aux soins de Laurence Madeline, on doit de les lire dans l’ordre chronologique des envois et des répliques et annotés avec une précision parfois étonnante tant elle entre dans le détail d'événements presque imperceptibles.Et cela malgré une complication supplémentaire: cette correspondance n’a pas été écrite seulement par l’écrivaine américaine et l’artiste espagnol.Léo Stein, le frère collectionneur et irascible, y a participé et, plus tard, Alice Toklas, l’amante de Gertrude.Et aussi les compagnes successives?de Picasso, Fernande Olivier, Èva Gouël et Olga, l'épouse.Il arrive que les deux protagonistes s’entretiennent par amours interposés, Èva adressant à Alice les dernières nouvelles de leur petit monde.Nouvelles importantes ou anecdotiques.Il est question de chauffage défaillant, d’automobiles fatiguées, de maisons à louer pour les vacances, de la portée que la chienne Frika a mise bas, d’amis ou de connaissances communes.Le quotidien de la rue de Fleurus, où habitait Gertrude, et celui de la rue Ravignan ou de la rue Schoel-cher — deux des adresses tie Picasso — transparaissent Au lil des années, les situations s'inversent perceptiblement.En 1906 ou 1907, Gertrude Stein est l’amie et la mécène d’un jeune peintre qui n’hésite pas à lui rappeler qu'il attend le règlement de son dernier achat.Trente ans plus tard, elle s’efforce de garder quelques relations avec l’artiste le plus célèbre de son époque, auquel elle est incapable désormais d'acheter des œuvres: elles sont trop chères pour elle, qui doit espérer en la générosité de son ancien protégé.Sans surprise, cette situation délicate se révèle douloureuse.Dans les années 1930, Gertrude invite Olga et Pablo à venir la visiter à Belley, où elle s’est établie, mais Picasso tarde à répondre et Olga n'est pas beaucoup plus attentive.Triste fin de partie pour une amitié dont la grande période a duré de 1905 à la guerre: cette décennie occupe les deux tiers du volume.C'est celle du cubisme.Les lettres en éclairent l’histoire de nombreuses façons, directes ou indirectes.Indirectes quand les cachets de la poste établissent le calendrier des voyages et des séjours à Horta del Ebro ou à Cé-ret: quand Picasso annonce la mort de son père: et quand il tient sa confidente informée de ses variations amoureuses entre Fernande et Èva tout en lui demandant le secret sur ses aventures.Directes quand il évoque le tableau en cours ou, mieux encore, joint une photographie, par exemple celle du «portrait de Bollard» — comprenez du marchand Ambroise Vollard —, qui fut donc achevé en juin 1910: l’indication est précieuse pour l’analyse de l'évolution stylistique.Directes encore quand Gertrude propose à Pablo d’acquérir pour lui un couple de statues africaines ou l’invite à venir voir un Greco ou des Gauguin et quand ils s’entendent sur les prix des toiles et des dessins.Et directes encore quand il choisit pour Léo une carte postale illustrée d’un nu de «femme malinké» ou commente celles qu’il vient de recevoir de Padoue, des reproductions de Donatello, «si velles» — belles.Cette chronique est en effet écrite en français par des Américaines, un Espagnol, une Russe et quelques Françaises.L'orthographe et la syntaxe n'y sont pas impeccables, mais le lecteur a ainsi l’illusion délicieuse d'assister à une conversation comme il y en eut des dizaines quand Gertrude posait pour son portrait, quand elle organisait des dîners rue de Fleurus — Matisse et Braque y étaient conviés quelquefois — ou quand elle causait dans l'atelier.Le cubisme y apparaît non comme un mouvement réfléchi ou une théorie, mais, à l'inverse, comme une suite d'ex-périmentations rendues possibles par la complicité d'un tout petit nombre de personnes de plusieurs nationalités qui travaillaient ensemble, les uns peignant, les autres écrivant.C’était à peine un réseau, tout juste une minuscule société secrète fédérée par la certitude qu'ils étaient dans le vrai.L'histoire appelle cela une avant-garde, a posteriori.Picasso ne jetait rien.Il a donc gardé les cartes postales que Dali lui a envoyées de temps en temps, entre 1927 et 1970.Qu'il y ait répondu est d’autant moins certain que, si Dali a plusieurs fois affirmé avoir eu des relations amicales avec son aîné, il n’en reste que peu de preuves.Les invitations, les allusions burlesques ou scabreuses, les hommages d’admiration, s’ils sont bien parvenus à leur destinataire puisqu'ils ont été retrouvés dans ses archives, ne semblent avoir obtenu aucun écho.Ce mutisme peut s’expliquer par le franquisme déclaré de Dali à partir de la guerre d’Espagne.Mais avant durant les années surréalistes, alors qu’à son arrivée à Paris Dali a profité de la recommandation de Picasso?Peut-être celui-ci considérait-il que ce patronage suffisait Objet de curiosité A moins qu’il n’ait été agacé par la courtisanerie de Gala ou les éloges que les surréalistes, Breton y compris, décernaient à ce jeune artiste bruyant et qu’il n’ait pas voulu trop se rapprocher du groupe.Dali préférait incriminer Y «entourage» de Picasso et «son système politique».Ce mutisme est l’une des principales curiosités de leur «correspondance», une autre étant le choix d’images touristiques — tauromachies ou sévillanes — dont le comique involontaire était censé amuser Picasso.Elles font de ce volume élégamment réalisé un obj,et de curiosité.A plus forte raison Picasso gar- dait-il les manuscrits de ses poèmes, qu’il a commencé à écrire en 1935.On en compte plusieurs centaines en espagnol et en français, la plupart antérieurs à 1940.Ds sont épineux, rétifs à l’analyse, semés d’allusions et de symboles.Es sont autobiographiques et fulgurants, tragiques et comiques.Ils ressemblent aux dessins de cette période, parmi lesquels ils apparaissent parfois sur la même feuille.Es sont d’un poète profond qui, d’un coup, décide de laisser ce langage singulier jaiEir.En établir une anthologie ne peut être qu’une bonne action, tant ils restent méconnus.L'action aurait été meilleure cependant si l’ouvrage avait été plus épais, la préface moins brève et si des notes aidaient un tant soit peu le lecteur.CORRESPONDANCE Gertrude Stein et Pablo Picasso Édition établie par Laurence Madeline GaEimard, «Art et artistes» Paris, 2005,368 pages LETTRES À PICASSO (1927-1970) Salvador Dali Edition établie par Laurence Madeline Éditions Le Promeneur Paris, 2005,212 pages POÈMES Pablo Picasso Présentation d’Androula Michaël Le Cherche Midi Paris, 2005,160 pages $mer- JEAN-PHILIPPE ILL | s* CHARBONNIER ET 20 TEXTES D'ÉCRIVAINS En achetant le nouvel album de photographies de Reporters sans frontières, vous nous aidez à défendre les journalistes emprisonnés pour avoir simplement fait leur métier.EN VENTE MAINTENANT-12,75 S Pî PI ^ N'attendez pas qu'on vous prive de l’information pour la défendre.w»™ Le Monde ) comme dans Jasmin Avec «Toute vie est un roman», maintenant dans toutes les librairies, Claude Jasmin jase, jacasse, jarnigoine, jargonne —et «jasmine» bien entendu— avec une dame inconnue du public, Michelle Dion.«Toute vie est un roman » est la découverte amusante de deux esprits libres rédigeant « à plume-que-veux-tu » des propos cocasses et sérieux, d’une drôlerie parfois inattendue, d’une totale franchise.L’auteur de la «La petite patrie», jasmine donc avec cette mère de famille —ménagère retraitée de Sherbrooke— en faisant voir, comme Michelle Dion, tendresse et humour.Dion questionne d’abord l’auteur et, vite se livre à cœur ouvert, racontant à Jasmin des chagrins, des bonheurs.Sa « petite patrie » à elle.Sherbrooke.Un livre de « correspondance » illustrant tout à fait que «Toute vie et un roman».Le lecteur curieux y apprendra petits et grands secrets, c’est une sorte de «journal dialogué».Une «écoutante professionneUe» et un romancier populaire se confient en toute confiance.350 pages remplies d’anecdotes piquantes, de jongleries parfois graves.La rencontre de deux êtres humains, mâle et femeUe, qui ne se connaissaient pas du tout mais qui, au bout du compte, font la preuve irrefutable que «Toute rie et un roman ».f /lux Editions Trois Pistoles L’occultation de CERVANTES Carlos Fuentes Victor Ivanovici Isabelle Daunais Mathieu Bélisle Lakis Proguidis Yannick Roy nconvenient no Aussi dans ce numéro Pierre Vadeboncoeur Cilles Marcotte Métissa Grégoire Serge
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.