Le devoir, 15 février 2003, Cahier H
L fc ^ £ V 0 IK- LES SAMEDI là ET 1) 1 M ANCHE 1 ti E E V R I E R 2 0 0 ;i le Devoir néma Vingt et unième rendez-vous Ségolène Rœderer Les Rendez-vous du cinéma québécois évoluent dans le paysage cinématographique depuis maintenant 20 ans et font preuve, depuis les quatre dernières années, d'une volonté de toucher un plus grand public.La directrice de l'événement introduit les 200 films qui seront projetés du 20 février au 2 mars prochains.Page 3 iiS Louise Portai Elle quitte la présidence des Rendez-vous après quatre ans de travail intense, elle qui avait plongé au cœur de la tourmente alors que le bateau menaçait de couler.Autant par amour des défis que du cinéma lui-même.«C'esf un organisme en santé aujourd'hui.Je quitte confiante.Et heureuse.» Page 5 0mm ¦ ¦ ¦ * -J* - W .Québec-Montréal ûe Ricardo Trogi Le Marais de Kim N’Guyen Le Nèg’de Robert Morin année extraordinaire ! La part de marché du cinéma québécois a augmenté à 12,5 % en 2002 Dans sa course au public, le cinéma québécois a commencé cette année à gagner la partie, et ce, en abordant des genres éclatés.Mais il a aussi joué aux montagnes russes, des cimes du succès de Séraphin aux abimes de l’échec des Dangereux.ODILE TREMBLAY LE DEVOIR Drôle d’année pour notre cinéma! En décembre dernier, pour sa fin de parcours annuel, il a joué aux montagnes russes.L’année 2002 fut celle des records.Séraphin, un homme et son péché de Charles Binamé, a engrangé l’or des recettes aux guichets, devenant le film le plus populaire du cinéma québécois.A la stupeur générée, ce film d’époque détrônait en popularité Les Boys 1 et 2 et leurs gags faciles en enfilade.Ironie du sort que ce succès de Séraphin] Car les belles et moins belles histoires des pays d’en haut avaient semblé au départ si poussiéreuses, si dé- passées, et la misère de la colonisation si peu inspirante aux bailleurs de fonds des institutions, qu’üs mirent trois ans avant d’accepter d’injecter des sous dans la tirelire du vilain Poudrier.Voilà les sceptiques confondus: plus de sept millions de recettes au guichet, un succès jamais vu pour une œuvre nationale! Ça alors! Un monde connu On peut, après coup, justifier le succès de Séraphin, se dire que ses personnages forts étaient chargés de symboles collectifs.Par ailleurs, son esthétique, son rythme se révélaient en grande partie télévisuels et rappelaient davantage des téléséries comme Les Filles de Caleb ou Blanche que le langage des films étendards du cinéma québécois.Le fait que de nombreux réalisateurs travaillent à la fois pour le cinéma et pour la télé a rendu flous les repères entre les médias.Pour entraîner les Québécois devant le grand écran, il est tentant de leur offrir un langage qu’ils connaissent déjà, celui qui a fait ses preuves au petit Soit1 Cela dit le film de Binamé constitue une locomotive extraordinaire pour notre septième art maison.La part de marché du cinéma québécois a aug- menté de 9,6 % en 2001 à 12,5 % en 2002, en grande partie à cause de Séraphin.Il faut s’attendre à ce que les adaptations de romans mettant en scène nos pionniers gagnent en popularité au cinéma.Le Survenant et les autres œuvres du genre se préparent à suivre derrière.Depuis plusieurs années, c’était la télé qui avait récupéré les œuvres du terroir à son profit Elle a aujourd’hui un rival.Au moment où le triomphe de Séraphin envoyait le signal clignotant que l’Histoire était la nouvelle vache à lait de notre septième art, en ce même mois de décembre 2002, le film le plus cher de notre histoire (7,2 M$), Les Dangereux de Louis Saia, s’écrasait au fil d’arrivée.Le film est un navet, soit, mais avec des ingrédients qui auraient dû sembler alléchants au grand public: premiers pas au cinéma des vedettes Véronique Cloutier et Stéphane Rousseau, le réalisateur et le producteur des Boys aux commandes du film.Le public a boudé Les Dangereux, ce qui vient démontrer qu’aucune recette ne marche toute seule et qu’il existe une part d’inconnu tant dans un échec que dans un succès.VOIR PAGE H 2: EXTRAORDINAIRE Les films à voir Animation Page 3 Documentaires Co u rts et moyens métrages Page 4 Art et expérimentation Page 5 f LE I) E V (J I H .LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 FÉVRIER 2 0 0 3 Il 2 CINEMA EXTRAORDINAIRE «C’est comme si, cette année, on comprenait que le cinéma québécois pouvait être une industrie lucrative» SUITE DE LA PAGE H 1 Mais, même avec ses ratés, une dynamique s’impose.L'heure n’est plus aux productions confidentielles pour trois pelés et un tondu, du moins quand la grosse machine des institutions les finance.Il faut ratisser le grand public, sinon gare! •À un film qui gagne des prix dans les festivals, je préfère celui qui a de grosses recettes au guichet chez nous», affirmait en substance cette année Richard Sturs-berg, le directeur de Téléfilm.Le ton est donné et il se révèle d’ailleurs inquiétant.Une affaire de recettes La tendance de l’heure est de considérer la valeur d’un film en fonction de ses recettes au guichet, la valeur mercantile devenant la valeur tout court.Evidemment, cette tendance se retrouve fortement appuyée par les politiques de Téléfilm Canada, lequel encourage le succès en octroyant des fonds automatiques aux producteurs qui engrangent les recettes.«Ce fut une année marquée par le public, estime Michel Coulom-be, qui a été longtemps directeur des Rendez-vous du cinéma québécois.Oui, l’obsession de Téléfilm nourrit ce sentiment de devoir rejoindre la large audience à tout prix, mais on a quand même rajeuni le public de la comédie à travers Québec-Montréal de Ricardo Trogi.On a réussi à obtenir au Québec un grand succès avec le film de Charles Binamé qui n’est pas niaiserie.En plus La mystérieuse Mademoiselle C.de Richard Ciupka a été très populaire auprès des enfants, ce qui ne s’était pas vu pour un film jeunesse québécois depuis plusieurs années.Ces trois succès nous entraînent sur nouveau terrain.» Ségolène Roederer, la directrice des Rendez-vous du cinéma québécois, renchérit: «C’est comme si, cette année, on comprenait que le cinéma québécois pouvait être une industrie lucrative.Si bien que les distributeurs investissent davantage dans sa mise en marché, ce qui accentue les chances pour un film de percer.» Diversité Ségolène Roederer estime que cette confiance accrue en notre cinématographie maison génère la diversité et la bonne santé générale de 1,’itidustrie québécoise du film.A ses yeux, l’année cinéma 2002 fut surtout marquée par la brillante comète de Québec-Montréal de Ricardo Trogi.Ce film intelligent, drôle, frais, collé à l’air du temps, a séduit notamment un public jeune, branché, souvent réfractaire à notre cinéma, cette fois conquis, et à juste titre.Simon Beaudry, qui compile les statistiques de cinéma au Québec pour Alex Films, fait remarquer que, pour la première fois cette année, les cinq films québécois les plus populaires du cru ont atteint SOURCE RENDEZ VOUS Au fil de l’eau, de Jeannine Gagné, sera présenté aux Rendez-vous du cinéma québécois le 2 mars, à 18h30, au Parisien.SOURCE CITÉ-AMÉRIQUE Roy Dupuis dans Séraphin, un homme et son péché, de Charles Binamé.au moins un million de recettes au guichet.Il s’agit de Séraphin, de L’Odyssée d'Alice Tremblay, des Boys 3, de Moïse et de La mystérieuse Mademoiselle C.Québec-Montréal les suit de près avec 900 000 $ de recettes au guichet.«Avant, seules les comédies étaient très populaires.Désormais, les genres se diversifient et le public suit», ajoute-t-il.Cette année aussi, un film insolite, inclassable et fascinant comme Le Marais de Kim N’Guyen a pu prendre l’affiche sur nos écrans.Autre bon morceau de la cuvée 2002: Le Nèg’ de Robert Morin, prisme de regards posés sur un meurtre dans le Québec profond, s’est révélé une œuvre remarquable, mais si peu flatteuse pour l’ego des Québécois que le public l’a boudée.C’est ce type d’œuvres, à la fois exigeantes et peu accessibles, qui paraissent menacées par la vague du succès populaire à tout prix, mais leur disparition appauvrirait beaucoup notre cinéma du futur.«En 2003, tous les espoirs sont permis parce qu’une diversité se profile encore, mais dans un avenir plus éloigné, il y a peut être des films extraordinaires qui ne se feront pas, estime Simon Beaudry.Cela dit, la nature a horreur du vide, si bien que la multitude des portes de financement qui s’ouvrent et le coût réduit des productions et des nouvelles technologies vont faire en sorte que, tôt ou tard, le renouvellement de la création va se faire.» Abondance de longs métrages Autre phénomène parallèle: en partie grâce aux caméras numériques et aux équipements légers qui permettent de faire des films à très petit budget, le nombre de longs métrages québécois réalisés en 2002 a atteint 36 (tous projetés aux Rendez-vous), contre entre 15 et 20 habituellement.Sur le lot des longs métrages, une vingtaine sont de catégorie artisanale, tournés avec trois sous, de la broche à foin parfois, des équipes réduites.Plusieurs sont, à ce qu’on dit, sans grande valeur.D’autres recèleraient des promesses.Chose certaine, ils permettent à des réalisateurs en herbe de casser du plâtre, de se faire la main avant de sauter dans un film solide — un des grands problèmes du cinéma étant son coût astronomique, qui empêche les débutants de se pratiquer, de jouer d’essais et erreurs.Aujourd’hui, cet écueil est en partie contourné.Alors quoi?En gros, notre cinéma se porte bien et commence à atteindre son auditoire, mais le fossé risque de se creuser entre productions commerciales et œuvres artisanales, au détriment des films d’audace qui réclament un certain budget pour vivre.La vigilance s’impose.De plus, on attend encore la grande œuvre qui redonnera ses vraies lettres de noblesse à un cinéma québécois qui se cherche toujours.¦?r:y ¦rmi'mi [TM c.i-ttth httvj-i qam Québec 3 TW«fllm Canada Caimdl IHiMUtS P" Rt.M t.\t ('§>] Desjardins P Rt S £ N T DIFFUSEE EN DIRECT À LA TELEVISION DE RADIO-CANADA LE DIMANCHE 23 FÉVRIER A 19 H 30 tournai LA POLITIQUE QUÉBÉCOISE DU CINÉMA ET DE LA PRODUCTION AUDIOVISUELLE www.mcc.gouu.qc.ca ?POimOUEQUEBECOISE CINEMA UTiU QUEBECOISE CINEMAPOllïlljUtQUEBECOISI CINEMA QUEBECOISE CINEMAPOUÏIQUEQUEBECOISE CINEMAPOühü QUEBEC OISE CINEMA QUEBECOISE CINEMAPOUÏIQUEQUEBECOISE CINEMA QUEBECOISE CINEMA u : : ‘QUEBECOISE CINEMAPC1ITIQUEQUEBEC0ISE CINEMA POUTIQUfQUEBECOISE CINEMA QUEBECOISE CINEMAPOUÎIQtlEQUEBÉCQISE CINEMA QUEBECOISE CINEMA QUEBECOISE.CINEMA QUEBECOISE CINEMA mm: QUEBECOISE CINEMA' nui!QU?QUEBECOISE CINEMAPOUTIQUE Culture et Communications Québec Wll ê * LE DEVOIR.LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 1 R FEVRIER 2 0 0 3 CINEMA La 2 V édition des Rendez-vous du cinéma québécois Reflet d’une industrie en pleine expansion La «grande fête du cinéma québécois » Entre le comment et le pourquoi La grande tradition de VONF se poursuit Les Rendez-vous du cinéma québécois entament leur 21' édition cette année.Du 20 février au 2 mars, cette «grande fete du cinéma québécois» pose un regard sur la production cinématographique annuelle, en plus d’offrir des événements spéciaux, des projections gratuites et des hommages aux artisans du cinéma québécois.Cette année, 200 films seront projetés dans le cadre des Rendez-vous, dont 36 longs métrages, 39 courts et moyens métrages, 59 documentaires, 18 films d’animation et 41 films dans la catégorie Art et expérimentation.Entretien avec Ségolène Roederer, directrice des Rendez-vous du cinéma québécois.LAURENCE CLAVEL Les Rendez-vous du cinéma québécois évoluent dans le paysage cinématographique depuis maintenant 20 ans et font preuve, depuis les quatre dernières années, d’une volonté de toucher un plus grand public.Créés dans une optique d’échanges intellectuels entre les gens du milieu cinématographique, les Rendez-vous du cinéma québécois (d’abord appelés les Rendez-vous d’automne du cinéma québécois) sont en pleine croissance.«Ça a été une force des Rendez-vous d’être un organisme assez petit, qui fonctionnait seulement six mois par année», croit la directrice.Mais, ajoute-t-elle, «on ne peut pas organiser une fête où l’on convie seulement une partie des gens».Pour pouvoir toucher un plus grand public, les Rendez-vous ont pris les grands moyens.Ceux-ci fonctionnent maintenant à l’année, ont quitté l’Association des cinémas parallèles du Québec (ACPQ) qui leur servait de tutelle administrative, et ont donc déménagé dans leurs propres locaux, augmenté leur budget et le nombre de leurs partenaires et surtout «créé des événements qui touchent un public cinéphile, mais qui ne fait pas obligatoirement partie du milieu».Des événements tels qu’une nouvelle série, «Nos plus beaux films d’hiver», à l’occasion de laquelle seront présentés des classiques du cinéma québécois abordant le thème de l’hiver.On projettera gratuitement à la Place des Arts Kamouraska de Claude Ju-tra, Gina de Denys Arcand, La Vie heureuse de Léopold Z de Gilles Carie et Le Martien de Noël de Bernard Gosselin.Expansion régionale et internationale De plus, les Rendez-vous du cinéma québécois organiseront pour la première fois, en collaboration avec Musique Plus, une tournée dans dix cégeps de la province du 12 mars au 20 avril.«C’est un peu comme une caravane du cinéma, explique Ségolène Roederer.On emmène quelques décors, des acteurs, des réalisateurs, nos films et on passe d’une ville à l’autre.» Une première projection de courts métrages aura lieu dans les cégeps, suivie d’un 5 à 7 pendant lequel les étudiants pourront discuter cinéma avec les acteurs et les réalisateurs.Puis, le soir, un long métrage de fiction sera projeté dans un cinéma de la ville.«On veut être plus présent au niveau régional, d’où la tournée des cégeps, et on veut aussi profiter du fait qu’on est les seuls au Québec a avoir visionné les 400 œuvres produites cette année», poursuit la directrice des Rendez-vous.«On voudrait pouvoir servir de référence et contribuer à un rayonnement international de notre cinéma, qui reste très local au niveau de sa diffusion.Donc, inviter des observateurs étrangers pendant cette grande fête du cinéma québécois, et se jumeler avec des événements internationaux qui pourraient nous ressembler et qui pourraient recevoir un volet québécois.» Nouveau jury Parmi les 400 films produits cette année, 200 seront présentés dans le cadre des Rendez-vous du cinéma québécois, dont 36 longs métrages.Avec l’expansion qu’a pris l’événement, une sélection est effectivement nécessaire, bien qu’un des buts premiers des Rendez-vous ait été de présenter un éventail complet des productions annuelles.«Les Rendez-vous restent une rétrospective, mais sélective, selon Ségolène Roederer.On jette un regard sur la production et on fait des choix.Ça va avec le fait qu’il y a une explosion de l’industrie et du milieu du cinéma.» Cette année, les Rendez-vous ont donc changé leur méthode de sélection.Jusqu’à l’année dernière, un comité de trois à cinq bénévoles issus du milieu visionnait les films reçus et faisait des choix parmi ceux-ci selon les catégories.Mais cette année, devant la quantité de films reçus, «c’était le moment d’assumer le fait que les Rendez-vous sont sélectifs, croit la directrice.On a donc formé un comité de trois personnes qui ont regardé les 400 oeuvres, et à qui on a joint un spécialiste par catégorie.Les films présentés durant les dix jours sont donc des films sélectionnés au préalable par les Rendez- JACQUES GRENIER LE DEVOIR Ségolène Roederer, directrice des Rendez-vous du cinéma québécois.vous.» La seule catégorie pour laquelle jusqu’à présent aucune sélection n’est effectuée reste celle des longs métrages.Un rendez-vous essentiel «Quand les Rendez-vous ont été créés, ily a 20 ans, il y avait un besoin absolu de réunir, de rassembler un milieu en émergence, dit Ségolène Roederer.Vingt ans après, le besoin de se rassembler reste là, le besoin de promouvoir notre cinéma aussi et, depuis cinq ans, on sent vraiment que l’industrie se positionne de façon assez forte au Québec.» Il y a cinq ans justement naissait la Soirée des Jutra, événement télévisé qui, pendant un moment, a semblé vouloir faire de l’ombre aux Rendez-vous.«Je pense que les Jutra ont été créés au moment où l’industrie [du cinéma québécois] avait absolument besoin de se serrer les coudes pour prouver qu’elle existait, dit Ségolène Roederer.Je pense que, jusqu’à ces dernières années, on n’était pas vraiment sûr que le cinéma québécois pouvait exister et je pense que là, ça y est, on est en train de le prouver.» La directrice ajoute que «les Rendez-vous et les Jutra sont deux événements tout à fait complémentaires.Les Rendez-vous ont continué à se développer au cours des années et maintenant, ils sont plus que jamais un outil important qui peut faire un travail formidable parallèlement avec les Jutra.» Primeurs et événements spéciaux Bien que les Rendez-vous du cinéma québécois constituent un regard sur la production cinématographique de l’année précédente, quelques primeurs seront à l’affiche.Entre autres le film d’ouverture, The Favorite Game de Bernar Hébert, adapté du roman de Leonard Cohen; le film de clôture, Au fil de l'eau de Jeanine Gagné; Le Manuscrit érotique de Jean-Pierre Lefebvre et Summer de Phil Price.La formule du Café SAQ des Rendez-vous — des 5 à 7 animés par Chantal Jolis — revient cette année sur le thème du bonheur de faire du cinéma.Les Rendez-vous rendront également hommage à la maison de production Cine qua non, ainsi qu’à Kim Yaroshev-kaya, dans le cadre d’un événement jeunesse, en plus de célébrer les 40 ans de la Cinémathèque, le 30e anniversaire de l’Association des cinémas indépendants du Québec (ACIQ) ainsi que la 20' édition du Carrousel international du film de Rimouski.ANDRÉ LAVOIE Les toutes premières image's qui marqueront le coup d’envoi de la 2 P édition des Rendez-vous du cinéma québécois ne sont pas signées par un réalisateur connu de tous, explorant le champ de la fiction ou celui du documentaire.Pendant quelques minutes, et c’est souvent le cas Cameras pour ce type de cinéma, l’animation sera à l’hon- Take Five neur puisque le dernier film de Steven Wolo- constitue shen, Cameras Take Five, précédera le non- une bonne veau long métrage de Bernar Hébert, Die Fa- surprise vourite Game.__________ Si le nom de Steven Woloshen ne vous dit ^ Marco rien, rassurez-vous car il n’y a pas si longtemps de Blois que Marco de Blois, conservateur du cinéma d’animation à la Cinémathèque québécoise, a fait l’heureuse découverte du travail de ce réalisateur actif depuis plus de dix ans.Pour Marco de Blois, «il représente le cas, très rare, d'un cinéaste d’animation indépendant ayant réussi à se constituer une oeuvre en dehors de l'Office national du film».Woloshen fabrique d’ailleurs chez lui, sans caméra, ses propres films entre deux contrats de technicien sur les plateaux de tournage américains; ni plus ni moins qu’«H« héritier de Norman Mclaren».Cameras Take Five constitue ime bonne surprise aux yeux de Marco de Blois, à qui les Rendez-vous ont demandé de scruter la production annuelle du cinéma d’animation pour la mise en place de la programmation.Encouragé par le fait «de ne pas avoir refusé beaucoup de films», ébloui par les qualités remarquables de certaines productions, tout particulièrement Flux de Chris Hinton, le conservateur constate pourtant que le paysage général de l’animation ne change guère, autant dominé par la grande renommée de l’ONF que marqué par l’isolement chronique des cinéastes indépendants.Marco de Blois applaudit aux succès du studio d’animation de l’ONF, dont les films constituent souvent «nos meilleurs ambassadeurs culturels»-, il n’hésite pas à voir les limites de l’institution, incapable de prendre sous son aile tous les (nombreux) talents de l’animation québécoise.«Si l’ONF devait changer ses politiques en animation, ça serait dramatique.Comme partout ailleurs, les périodes d'abondance sont terminées et c’est pourquoi on fait de plus en plus appel aux pigistes, qui ne font qu’un film.Il est impossible pour eux de poursuivre une véritable carrière en animation.» Pour une production indépendante Parce que l’ONF ne peut tout turc alors qu’on ne lui en fournit plus les moyens depuis longtemps.Marco de Blois souhaite assister à l’émergence d’une véritable production indépendante en animation, tout comme celle, vigoir reuse, en documentaire.L’entreprise privée se risque à quelques tentatives mais les subven-tionneurs se font tirer l’oreille, selon lui: «Im SODEC et le CALQ devraient offrir de véritables programmes afin de soutenir l’animation.On dirait que, pour eux, cet art relève uniquement du gouvernement fédéral!» En attendant ces changements, quelques réalisateurs se pointent ici et là, même si «on arrive difficilement à dégager des tendances car ils sont très éclectiques», ajoutant «qu ’ils sont surtout de bons plasticiens, plus préoccupés d'esthétisme que de narration».Dans cette catégorie.Marco de Blois cite entre autres M.Fou de Frédérick Tremblay, «un film fait à Québec» tient-il à préciser, ou encore Engrenage de Chloé Ger-main-Thérien, du groupe Les Indoles, actil surtout du côté du cinéma d’intervention.Signe que les frontières entre les genres deviennent de plus en plus poreuses, Marco de Blois admet que «l’ensemble de la sélection apparaît assez conservatrice» mais il explique cela par le désir de certains cinéastes de se retrouver plutôt dans la section Art et expérimentation des Rendezvous.«Pourtant, des réalisateurs de cette section travaillent leur film image par image.et ne savent pas qu’ils font de l’animation!» Beaucoup d’autres, qui travaillent en solitaire, de manière artisanale et en utilisant les techniques les plus diverses, savent pertinemment qu’ils poursuivent le rêve des pionniers comme McLaren et René Jodoin.Pour Marco de Blois, la programmation Animation des Rendez-vous témoigne de ce dynamisme et de ce sens de l’histoire.Il en profite pour inviter le public à jeter un regard neuf sur cet art du mouvement.toujours en mouve ment: «Im question que je me pose souvent en animation, ce n’est pas “comment ça bouge?” mais “pourquoi ça bouge?"» Les Rendez-vous du cinéma québécois nous offrent l’occasion de répondre à la deuxiè me interrogation alors que l’on s’attarde trop souvent à la première.INTS L’école de cinema lifFwm Programme Cinema scénarisation I réalisation I production accueille pour la première fois une partie date limite d inscription : le vendredi 16 mai 2003 Rendez-vous du cinéma québécois.La série Nos plus beaux films d'hiver, à l’affiche du 27 février au 2 mars à la Cinquième salle.Projections gratuites des classiques suivants : Gina.de Denys Arcand, Kamouraska de Claude Jutra.La vie heureuse de Léopold Z.de Gilles Carie et Le Martien de Noël, de Bernard Gosselin.ones ouvertes e mardi 22 avril 2003,19h Centre de formation professionnelle en cinéma, télévision et nouveaux médias Pour information : 514.842.2112 www.pda.qc.ca www.inis.qc.ca Place des Arts i LE DEVOIR.H 4 LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 FÉVRIER 2003 CINEMA Ciné Qua Non Films Quand Fart a rendez-vous avec le cinéma Michel Ouellette et Bernar Hébert ont à ce jour créé plus de 60 films Pour leur 21' édition, les Rendez-vous du cinéma québécois ont décidé de rendre hommage à la maison de production Ciné Qua Non Films, qui souffle elle aussi sa 21' bougie cette année.La société vient de terminer le long métrage The Favourite Game — une adaptation du premier roman de Leonard Cohen — qui a été sélectionné pour ouvrir le festival.La maison de production est reconnue sur la scène nationale et internationale pour l’originalité de ses œuvres et pour l’importance qu’elle accorde aux arts — toutes disciplines confondues — dans ses réalisations cinématographiques.GENEVIÈVE O TIS -DIONNE LE DEVOIR L> aventure de Ciné Qua Non ' commence en 1982, lorsque Bernar Hébert et Michel Ouellette décident d’unir leurs talents et leurs énergies pour fonder une maison de production.Les deux acolytes se sont rencontrés dans le monde du théâtre, où ils ont fait leurs premières armes dans l’univers du cinéma en introduisant le multimédia dans différentes pièces de théâtre.la maison de production a flirté un certain temps avec le théâtre multimédia avant de se concentrer sur la production et la réalisation de courts métrages, puis de passer au long métrage et au documentaire pendant les années 1990.La passion de Bernar Hébert et Michel Ouellette pour la culture et les arts a influencé la ligne directrice de Ciné Qua Non dès ses premières années d’existen- ce.Les deux amis côtoyaient à l’époque — et encore aujourd’hui — plusieurs artistes de la scène théâtrale, mais aussi de la danse et de la musique.«Le monde des arts est un secteur d’inspiration inépuisable», souligne M.Ouellette.De plus, dans les années 1980, «il y avait très peu de producteurs qui se concentraient sur le domaine des arts pour l’écran, comparativement à d’autres sujets sociaux.S’inspirer des arts pour la production d'émissions de télévision était un phénomène encore nouveau à l’époque», ajoute-t-il.Ciné Qua Non s’est rapidement forgée une place de choix dans ce marché et occupe encore aujourd’hui une position avantageuse dans ce secteur.La société s’est fait connaître, entre autres, par l’utilisation de la danse dans plusieurs de ses oeuvres, notamment dans le film Le Petit Musée de Vélasquez, une adaptation d’un spectacle de la compagnie de , • JACQUES GRENIER LE DEVOIR La passion de Bernar Hébert (photo) et de Michel Ouellette pour la culture et les arts a influencé la ligne directrice de Ciné Qua Non Filins dès ses premières années d’existence.danse Lalala Human Steps, produit en 1994.Le film a remporté quatre prix Gémeaux décernés par l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision.Un rayonnement international Dès ses débuts.Ciné Qua Non a axé ses activités sur le développement des marchés internationaux.En produisant des courts métrages sans dialogues, traitant de sujets artistiques comme la danse ou la musique, l’exportation de ses réalisations cinématographiques à l’étranger se trouvait facilitée.«Les sujets artistiques, même si ce n’est pas toujours porteur pour un grand public, traversent les frontières aisément, observe Bernar Hébert.C’est un produit qui trouve sa cote en Europe, par exemple.» La maison de production a rapidement joui d’une grande notoriété sur la scène internationale grâce à son premier film, Le Chien de Luis et Salvador, réalisé par Bernar Hébert et produit par Michel Ouellette en 1983.Le film est un «remake» du classique surréaliste Un chien andalou, réalisé en 1928 par Luis Bunuel, en collaboration avec Salvador Dali.Le court métrage de Bernar Hébert et de Michel Ouellette a gagné le premier prix au Festival international de vidéo de Locarno en 1984, et s’est vu attribuer la même année une mention spéciale au Festival international de vidéo de Tokyo.«Le fait d'avoir gagné un prix avec notre premier film a tout de suite établi un pont avec l’international, mentionne M.Hébert.Nous avons reçu après [la remise du prix] des téléphones et des lettres de télévisions françaises et allemandes, et des droits ont été vendus en Europe.» Des collaborations fructueuses Ciné Qua Non a par la suite multiplié les collaborations avec des chaînes de télévision étrangères pour accroître les sources de financement et augmenter les lieux de diffusion.Par exemple, en 2001, une minisérie documentaire de cinq épisodes d’une heure intitulée Mahomet — qui portait sur le prophète arabe — a été produite en coproduction avec la société française Phares et Balises.La minisérie a connu un franc succès, tant au Québec qu’en France.Plus récemment.Courts et moyens métrages Un air de jeunesse Engouement pour une formule La sélection de courts et moyens métrages a été, cette année, confirmée par la cinéaste Manon Briand qui, avant le succès de 2 secondes et de La Turbulence des fluides, a réalisé quelques courts et moyens métrages grâce au soutien de la maison de production Ciné qua non, à qui les RVCQ rendent hommage.Pour mener à bien cette tâche, Manon Briand fut secondée par un comité formé de Dominique Dugas, André Roy et Marie Lynda Bilodeau.Marie Lynda Bilodeau, réalisatrice et grande marathonienne du visionnement — elle est la seule à avoir visionné intégralement les films soumis à la sélection pour l’édition 2002 des RVCQ, soit au-delà de 350 pièces! — a accepté de livrer ses impressions.Des 114 courts et moyens métrages visionnés, 39 ont été retenus par le comité.Cette sélection a-t-elle été difficile à établir?Le nombre de films soumis va grandissant depuis quelques années, notamment à cause du renouveau de popularité des courts et moyens métrages.Cette abondance est certes liée à l’accessibilité grandissante des technologies, notanunent les nouvelles générations de caméras et de programmes de montage comme Final Cut.De plus, les soirées Kino et Prends ça court, les émissions et sites Web conune Silence on court, etc., ont eu une influence certaine sur la pratique du court et du moyen métrage.C’est évident.Cela rend par conséquent notre travail plus ardu, plus long, plus lourd.Mais en même temps, il y a un véritable engouement pour le court et cela permet l’éclosion de nombreux talents nouveaux.Décelez-vous des grandes tendances dans la production de cette année?Les thèmes sont vraiment tous azimuts, probablement parce que la provenance des réalisateurs est d’une grande diversité.Mais ce qui est commun à la majorité de ces films, c’est qu’ils sont pour la plupart l’œuvre de débutants.La sélection comporte peu de vétérans du court même si quelques auteurs confirmés sont au nombre des sélectionnés.En fait, la grande majorité des réalisateurs retenus en sont seulement à leur premier, second, ou tout au plus troisième film.Par conséquent, ces réalisateurs sont assez jeunes et ont relativement peu d’expérience.Ils abordent des sujets propres à leur âge et aux préoccupations de leur génération, sans nécessairement emprunter la voie de l’autobiographie.Ils ont plutôt tendance à privilégier l’exercice de style à travers le film de genre, tendance encore peu fréquentée ici jusqu’à récemment.Les réalisateurs des générations précédentes avaient une forme de pudeur, une réticence certaine à visiter le cinéma de genre; au contraire, les jeunes réalisateurs actuels s’y adonnent sans crainte ni fausse pudeur.Le film d’horreur et le policier, entre autres, sont présents et empruntent souvent le mode parodique.La comédie, la science-fiction sont aussi au rendez-vous.Et la diversité va bien au-delà des genres privilégiés et des thèmes abordés pour s'étendre jusque dans les modes et les moyens de production.On retrouve des films à gros budget supportés par Téléfilm Canada ou la SODEC, d’autres réalisés avec à peine quelques centaines de dollars.Certains films font appel à des acteurs professionnels déjà bien établis, d’autres sont portés par des amateurs.Les médiums sont aussi diversifiés, allant du super 8 à la vidéo en passant par le 16 et le 35 mm.Si bien qu’il n'y a pratiquement pas deux films qui ont été réalisés selon le même «pattern».Néanmoins, le comité a cherché, même dans le genre, à privilégier d'abord le cinéma d’auteur, la vision de l’auteur.Ce qui explique que nous soyons parvenus à une sélection assez restreinte malgré le nombre d’aspirants.Qu'est-ce qui vous a frappé dans ce que vous avez vu?Quels films et réalisateurs vous semblent particulièrement prometteurs?Je dirais que la rigueur à laquelle le comité s’est astreint pour l’établissement de cette sélection fait que chacun des 39 films retenus est prometteur et qu’il en va de même pour chacun des 39 réalisateurs.Pour nous, il était important d'être à ce point rigoureux afin d’établir le court et le moyen métrages comme des genres cinématographiques à part entière.Le court ne doit pas être vu comme un simple passeport pour faire un long métrage, comme le germe ou la promesse d’un long en devenir.Si vous aviez un souhait à formuler pour l’avenir des courts et moyens métrages.Le court et le moyen métrages sont encore injustement considérés, au Québec, comme tut cinéma de la relève, pratiqué en majeure partie par la relève.J'aimerais bien que les réalisateurs qui ont déjà quelques longs métrages à leur actif y reviennent de temps en temps, question de replonger dans cet espace de liberté.C'est un médium à part entière, qui offre phis de latitude et une plus grande part d’originalité que le long qui, compte tenu des budgets et de l’énergie qui y sont dévolus, est plus contraignant.J’aimerais bien, par exemple, qu’un Ricardo Trogi fasse un court maintenant qu’il a connu le succès avec Québec- MontréaT.Propos recueillis par Marie-Claude Mirandetie : m SOURCE CINÉ QUA NON FILMS JR Bourne et Michèle-Barbara Pelletier dans The Favourite Game, adapté du premier roman de Leonard Cohen, le nouveau long métrage produit par Ciné Qua Non Films.le documentaire de création .'Viva la Frida!, portant sur la vie et l’œuvre de la peintre Frida Kahlo, a été produit en partenariat avec deux chaînes de télévision mexicaine et a reçu du financement de télévisions américaines et canadiennes.«Quand tu as des projets sur les arts où sur des sujets plus particuliers comme Frida, le public devient plus petit.L’industrie va être intéressée par le projet, mais elle ne mettra pas nécessairement beaucoup de financement.Alors nous, ce que nous faisons, c’est cumuler plusieurs chaînes qui vont apporter chacune leur contribution», explique M.Hébert.De plus, de cette façon, «vous pouvez vous retrouver avec 300 spectateurs à Montréal, 3000 à New York, 3000 à Los Angeles; vous faites le tour du monde comme ça et vous avez quelques millions de spectateurs.A mon avis, ça vaut la peine de faire des films pour quelques millions de spectateurs.», ajoute M.Ouellette.Une compagnie prolifique Michel Ouellette et Bernar Hébert ont créé plus de 60 films a travers leur maison de production Ciné Qua Non.Environ 60 % de ces œuvres puisent leur inspiration dans les arts, en passant par la littérature, la danse, la peinture et la musique classique.M.Ouellette poursuit d’ailleurs cettê année la série «Collection musique de chambre», des documentaires d’une heure qui rendent hommage à la musique classique.Avec l’arrivée de Schumann et Schubert, la collection comptera désormais 13 titres.Bien que le créneau principal de la société soit les arts, Ciné Qua Non produit et réalise également des documentaires et des films qui abordent des sujets originaux.Les rêves des enfants de Nagano, diffusé sur les ondes de Radio-Canada à l’occasion des Jeux olympiques d’hiver de 1999, est un portrait intéressant de la culture japonaise.Du côté des longs métrages, la compagnie présente aux 21' Rendez-vous du cinéma québécois sa troisième réalisation dans le domaine, The Favourite Game, une adaptation du pre- mier roman de Leonard Cohen.Bernar Hébert a fait des pieds et des mains pendant plus de six ans pour trouver le financement nécessaire et faire en sorte que le film voie le jour.«Je suis très fier du résultat parce que le film se rapproche beaucoup du roman.Mais c’est un film qui est particulier et qui demande un peu plus au spectateur que d’autres films.Si les gens cherchent de l’action, ils n’en trouveront pas, déclare M.Hébert C’est l’histoire d’un gars qui déblatère sur la vie et qui vole d’une femme à une autre.» Les fondateurs de Ciné Qua Non ont plusieurs projets en tête pour cette année, dont un film sur Mary Shelley, l’auteure de Frankenstein.Ils souhaitent aussi faire un film sur le peintre canadien Stanley Cosgrove, décédé en avril 2002, qui a été pendant quatre ans l’assistant du peintre et muraliste José Clemente Orozco.Un film avec la danseuse canadienne Karen Kain est également à prévoir ainsi qu’un long métrage autour de la thématique du cirque, mettant en vedette des artistes forains.Documentaires Le réel en abondance Réflexion et vision personnelles ANDRÉ LAVOIE Lors des Rencontres internationales du documentaire en novembre dernier, alors que l’on procédait au dévoilement de la phase 2 d’une étude sur la production documentaire au Québec et au Canada, l’heure n’était pas aux réjouissances mais aux constats amers: cinéastes soumis aux diktats des programmateurs des chaînes de télévision, conditions de travail précaires, financement inadéquat, flou persistant entre l’objectivité du journaliste et la liberté créatrice du documentariste, etc.Cette morosité allait-elle atteindre les prochains Rendez-vous du cinéma et se répercuter douloureusement sur les écrans?C’est du moins ce que craignait Garry Beitel, réalisateur depuis plus de 20 ans (Bonjour! Shalom!, Livraisons aigres-douces, Ma chère Clara) et invité par la direction des Rendez-vous à guider leur choix pour la programmation des documentaires.Au moment de notre entretien, il sortait à peine de cet incroyable marathon, ayant visionné plus de 125 films afin d’accomplir la tâche ingrate d’en retenir environ la moitié pour le plaisir des cinéphiles.Tyrannie télévisuelle Les inquiétudes et les vicissitudes de ses collègues, Garry Beitel les connaît par cœur et pourtant, il partage un peu moins ces sentiments négatifs après avoir vu tant de documentaires produits au cours de la dernière année.Ce plaisir, qui fut parfois aussi «un fardeau», l’a forcé à dresser un tout autre constat: «J’ai été surpris par la qualité des films, souligne-t-il avec une certaine incrédulité.Je m 'attendais à voir beaucoup plus de productions formatées pour la télévision et ce n 'était pas le cas.Les documentaires sont de durée variable, ce qui signifie qu ’ils ?H1! SOURCE RENDEZ-VOUS Une scène de Casa Loma, de Carlos Ferrand.sont loin d’être tous soumis à la tyrannie des 52 minutes exigées par les télévisions.qui penchent d’ailleurs de plus en plus pour 44 minutes!» L’observateur de la scène documentaire ne peut qu’être étonné devant tant d’enthousiasme, habitué d’entendre un discours souvent plus alarmiste que celui de Garry Beitel.Selon le réalisateur, la programmation des Rendez-vous prouvera que les documentaires ne sont pas seulement l’apanage «des gens de métier» mais aussi des jeunes car «la relève est là», ce qui ne manque pas de le réjouir.Devant des films tels Casa Loma: journal de bord de Carlos Ferrand, Comme une odeur de menthe de Pierre Sidaoui, Le Dernier Repas de Julien Elie, et plusieurs autres, Garry Beitel y décèle l’essence même du documentaire.On retrouve chez chacun «un processus de réflexion, une vision personnelle, un regard.Ce sont des oeuvres qui nous amènent à comprendre les choses autrement.» Son optimiste le pousse même à lancer quelques fleurs à l’Office national du film, institution souvent malmenée à la fois par les politiciens et les créateurs.«C’est encore un espace de liberté pour le documentaire d’auteur, af-firme-t-il.Après l’arrivée de Jacques Bensimon au poste de commissaire en 2001, on a commencé à développer une approche différente, à percevoir une volonté de produire des œuvres ayant un plus grand impact social.Il y a à peine deux ans, tout ce que l’on pouvait distinguer, c’était les coupures et la pression de lier chaque production à un télédiffuseur.» Les fameux «télédiffuseurs»: même si Garry Beitel voulait les ignorer, la chose serait virtuellement impossible tant ils forment, avec les documentaristes, un couple plus ou moins bien assorti.Aux éloges, obligatoires et mérités, à l’égard de Télé-Québec, «même si, comme à l’ONF, la chaîne publique travaille avec très peu de moyens», le documentariste pointe du doigt tous ces programmateurs «qui nous imposent des façons de faire très restrictives».On a beau s’extasier devant la multiplication des chaînes et leur grande voracité en termes de produits d’information, «ce n ’est pas là que le documentaire d’auteur indépendant va trouver son financement».Il regrette également que Radio-Canada soit plus enclm à présenter des documentaires d’auteur en juillet qu’en février.Même si Garry Beitel admet son impuissance devant la situation («ce n’est pas moi qui programme!»), il ne peut comprendre la frilosité des grands plâtrons, toutes chaînes confondues.«Avec tout ce que j’ai vu pour les Rendez-vous, les chaînes n’auraient aucune difficulté à sélectionner des documentaires pour une année entière de diffusion.Et je suis entièrement convaincu que les gens les regarderaient car ils sont intéressants, touchants.» Commençons d’abord par y voir d’un peu plus près aux prochains Rendez-vous du cinéma québécois.I i LE DEVOIR.LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE ! ti FEVRIER 2 O O R CINEMA Une survivante de la «crise» témoigne Un chant du cygne passionné Louise Portai quitte la présidence des Rendez-vous après quatre ans de travail intense Il y a quatre ans, elle a plongé au cœur de la tourmente alors que le bateau menaçait de couler.Presque par hasard, mais pas tant par amour des défis que du cinéma lui-même, Louise Portai s’est retrouvée à la barre d’un navire à la dérive.Au moment de quitter un festival en pleine santé, elle fait le point.Art et expérimentation MICHEL B É LAI R LE DEVOIR Une semaine avant l’ouverture des 21r Rendez-vous du cinéma québécois, Louise Portai flottait entre deux tempêtes de neige au moment où nous nous sommes finalement parlé.Elle venait tout juste d’arriver à Sainte-Anne-des-Monts, dernière étape d’une longue épopée enneigée devant la mener chez elle, dans cette petite maison de Cap-au-Re-nard sur les côtes de sa Gaspésie d’adoption.Malgré les tempêtes et les fermetures de route, c’est là qu’elle aime se ressourcer maintenant, femme de plus en plus multiple: comédienne encore, nouvelle ancienne chanteuse et depuis peu, romancière.Elle est retournée chez elle pour faire le plein d'air et d’horizon grandeur nature avant de plonger dans les Rendez-vous du cinéma québécois, qui s’ouvraient officiellement jeudi dernier.D’y plonger pour la dernière fois à titre de présidente de l’événement.Période trouble Qu’est-ce que ça mange en hiver une «présidente» d'un événement comme les Rendez-vous?À l’autre bout de la ligne, Louise Portai a eu le temps de reprendre son souffle.On l’entend sourire.Malgré les centaines de kilomètres qui nous séparent, sa voix chaude réussit déjà à donner, presque, une texture vibrante aux fibres optiques qui portent ses mots à mes oreilles.«Être présidente des Rendez-vous, explique-t-elle, cela implique beaucoup plus que ce que l’on croit habituellement.C’est d’abord diriger un conseil d’administration et ensuite, seulement ensuite, faire des relations publiques, assurer la promotion du festival: je peux vous dire que c’est beaucoup de travail.Surtout que je suis arrivé à un moment où les Rendez-vous traversaient une période, disons, assez difficile: Michel Coulombe venait de quitter après 14 ans à la direction du festival et ça allait plutôt mal.» Ce chapitre de l’histoire des Rendez-vous du cinéma québécois est pour le moins trouble et peu de gens osent encore se risquer à en démêler l’écheveau — on pourra toutefois trouver sur Internet un texte fort intéressant de Réal La Rochelle qui résume fort bien le climat qui régnait: Une corrida québécoise (www.horschamp.qc.ca/cinema/avril2002/ren-dezvous.html).Mais n’empêche qu’au moment de quitter à son tour, quatre ans plus tard, Louise Portai aura réussi d’abord à stabiliser le patient, avant de le ramener à la santé puis de lui donner un tout nouveau souffle.A l’époque de la «crise des Rendez-vous», on s’en souviendra, le «milieu» (entre 60 et 70 personnes — comédiens, réalisateurs, scénaristes, techniciens, producteurs et même journalistes) avait été convié à une profonde reprise en question sous forme de remue-méninges.A l’ordre du jour, ni plus ni moins que l’avenir et la survie des Rendez-vous: il fallait en revoir le mandat et remettre le festival à flots avant même de songer à le repositionner.Bref: tout reconstruire.Un gros bateau Les événements se précipitent Et lorsque Louise Portai arrive, après le bref passage de Roger Frap-pier, elle réussira le tour de force de cimenter le milieu autour de l’événement «Je pense que j’ai réussi à restaurer l’harmonie et j’en suis très père.C’est impor- Louise Portai JACQUES GRENIER LE DEVOIR ROY OUPÜ 16 lévrier FRANCE CAST 21 février M*r **®Wf De la galerie à l’écran tant de s’interroger sur le métier et sur les moyens de le pratiquer, mais je croyais à l’époque — et je crois toujours profondément — que tout cela peut se faire dans l’ouverture et le respect plutôt que dans le “chidlage” et la confrontation à tout prix.Les Rendez-vous sont redevenus une vitrine importante.Ils ont finalement pignon sur rue après 21 ans d’errance et de sous-sol du Stade olympique.Ségolène [Roederer, la directrice générale et artistique des Rendez-vous] dirige maintenant une équipe permanente qui assure de plus en plus le rayonnement de l’organisme.Les Rendez-vous sont aujourd’hui un lieu de rencontre et de réflexion qui se caractérise par l’ambiance de fête qui y règne.» Pourquoi partir alors?«Parce que le mandat de là présidence est traditionnellement de deux ans.Je suis restée plus longtemps parce qu’il fallait consolider les acquis.et aussi parce que Ségolène m’a demandé de rester un an de plus.En fait, je pense qu’elle souhaiterait que je reste là, point.[Rires par-delà les derniers replis des Chic-Choc.] Mais après quatre ans, maintenant que tout roule bien, je pense qu'il est temps de changer, de passer à autre chose: le festival a besoin d’idées nouvelles, de sang neuf.Moi je peux me dire que j’aurai contribué à élargir le mandat des Rendez-vous et à leur redonner de la visibilité.J’en suis très fiè-re.» Rappelons que, durant cette période, le budget de la rencontre annuelle est passé de 450 000 $ à près d’un million et que les assistances aux projections ont triplé, sans compter la fréquentation du Café des Rendez-vous et la participation aux différentes activités proposées.«Les Rendez-vous sont devenus un gros bateau, reprend Louise Portai.Ses bureaux sont une sorte de centre névralgique de la production nationale à l’année longue, autant pour les gens de l’extérieur qui veulent connaître ce qui se fait au Québec que pour les gens d’ici.C’est un organisme en santé aujourd’hui.Et il est entre bonnes mains avec Ségolène.Je quitte confiante.Et heureuse.» Mais Louise Portai ne part pas sans avoir semé derrière elle quelques rêves comme, par exemple, celui d’une salle permanente — une salle dans laquelle la promotion du cinéma québécois se traduirait par des projections quotidiennes.Ou celui de fréquentes tournées en région.Peut-être souhaite-t-elle au fond que les Rendez-vous la rattrapent même àCap-au-Renard.MARIE-CLAUDE M1RANDETTE La section Art et expérimentation des 2F RVCQ propose 41 films sélectionnés à partir d’un corpus de 90 œuvres.La difficile tâche de séparer le bon grain de l'ivraie a été dévolue au vidéaste Nelson Henricks, assiste d'un comité de trois personnes.Henricks fut au nombre des artistes qui, dès le début des années 1990, se sont imposés sur la minuscule planète de la vidéo d'art et d’expérimentation avec des films personnels, marquants et parfois même dérangeants.«L’une des qualités premières de la formule retenue par les RVCQ, rappelle M.Henricks, c’est quelle permet de dresser un panorama, de proposer un survol de l’ensemble de la production annuelle.Ce Polaroid permet, en quelque sorte, de dresser l'état actuel du film d’art au Québec, en plus de servir de point de départ à une mise au point, une réflexion sur cette pratique artistique.» De la difficulté de choisir A la question de savoir si la sélection fut ardue, Henricks répond: «Pas vraiment.La vidéo d’art a été un lieu d’expression dès les années 1960.Il y a donc une quarantaine d’années de production derrière nous, et cela nous a aidé à développer une certaine capacité d’appréciation, une bonne connaissance de ce domaine, et cela a permis d'établir un esprit commun qui sert de balises.C’est donc avec cette connaissance que nous avons établi la liste des œuvres pour la sélection 2002.Néanmoins, choisir, discriminer demeure toujours un exercice délicat, et si certaines vidéos s'imposent d’emblée comme des œuvres marquantes, d’autres apparaissent comme des essais peu achevés.C’est l’ensemble des œuvres qui constituent le “milieu ” qui est plus difficile à départager.Il faut alors considérer l’importance de certains sujets, de certaines tendances dans un groupe donné, à un moment donné, tout en sachant déceler les courants nouveaux, les artistes dont l’œuvre est porteuse de promesses, même si elle n’atteint peut-être pas encore au plein épanouissement.Être rigoureux.mais ouvert tout à la fins.«Il y a donc, d'une part, les œuvres qu'on pourrait dire d'exception, réalisées par des artistes qui se simt imposés, au fil des ans, grace à une trurre soutenue et marquante.Et.d'autre part, l'émergence de manières et d’artistes nouieaux qui ont besoin d'un canal de diffusion.C'est dans cet esprit et dans la volonté de répondre à ce double objectif que la sélection a été envisagée.• M.Henricks décèle une tendance notable dans la production de cette année: «L’affirmation d’une production féminine est particulièrement marquée depuis quelques années.Alors que.dans les années 1970 et 1980, la vidéo était largement iio-minée parles hommes, elle est de plus en plus un véhicule privilégié par les femmes.Les discours et les points de vue y sont multiples, presqu'aussi nombreux que les individus.• Diversité encore En effet il n’y a qu’à penser à des artistes comme Sylvie Laliberté, à qui les RVCQ rendent un hommage largement mérité, à Nathalie Bujold, Nikki Forrest, Manon La-brecque ou Nicole Jolicœur.Près de la moitié des films sont signés par des fenunes, ce qui ne signifie pas que les hommes soient désormais dans l’ombre.Des artistes de grande renommée comme Doni-gan Cumming sont au rendez-vous, tout comme Denis Côté, Jérôme Labrecque et Steven Woloshen.«Les véhicules de production sont aussi nombreux, indique M.Henricks.Néanmoins, quelques organismes et quelques centres se détachent sensiblement du nombre, comme Mainfilm par exemple, et quelques collectifs d’artistes qui sont autant de lieux de rencontre privilégiés, essentiels au jaillissement des œuvres.«En général, je dirais qu’il n’y a pas un thème ou une tendance qui se démarque.Au contraire, ce qui caractérise cette sélection, c'est sa grande diversité tant au niveau des thèmes, des points de vue que des esthétiques.On retrouve des films essentiellement narratifs, d’autres dans lesquels on valorise la dimension visuelle, d'autres encore où on est pratiquement dans une esthé- tique et un discours structuralistes.Et c’est cette dii
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