Le devoir, 24 septembre 1998, Page(s) complémentaire(s)
V 0 L .I.X X XIX - N “216 ?LE DEVOIR PERSPECTIVES Triste mémoire Pierre Asselin, étudiant de l’Université Laval, compose un mémoire de maîtrise révisionniste, voire négationniste, sur le IIIe Reich.Son travail étant jugé méthodologiquement parfait, il obtient le diplôme souhaité.Et alors?Peut-être bien que le règne des sophistes est arrivé.La thèse signée par Pierre Asselin a provoqué tout un débat, toute une polémique.Il y a les contre, il y a les pour.Et dans les pour.René Tremblay est historien de formation.Il a enseigné cette matière jusqu’à sa retraite.S’il n’est plus professeur d’histoire, il est actuellement chargé de cours au département des sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Trois-Rivières.Dans une lettre publiée samedi dernier dans Le Devoir, cet historien puise dans Le Protocole des Sages de Sion comme si ce pamphlet avait valeur d’évangile.Le Protocole.De son vivant, le dramaturge français Maurice Joly, nous apprend l'histoire avec un très grand H, composa une satire intitulée Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu, ou la politique au XIXe siècle.Cette satire qui moquait Napoléon IH fut écrite en 1864.Bon.L’Histoire, encore elle, nous enseigne que sous le règne du tsar Nicolas II, les bonzes de l’Okhrana, soit la police secrète de l’époque, confectionnèrent ledit Protocole en piquant le texte que Maurice Joly avait écrit trente ans plus tôt, y remplaçant «Napoléon III» par «juif».Bref, afin de favoriser l’expansion de l’antisémitisme, on goupilla un faux en plagiant une fiction.Et d’une.Revenons à la thèse d’Asselin.La semaine dernière, dans nos pages, on apprenait sous les plumes de Georges Mathews, économiste et démographe, et d’autres avec lui que Pierre Asselin, dans sa thèse méthodologiquement impeccable, avance que la responsabilité du Ille Reich dans le déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale est «très discutable» car il y aurait eu, toujours selon M.Asselin, «escalade de menaces d'agression adressées contre l’Allemagne à partir de 1938».Soyons méthodologique.Autrement dit, lisons.Serge Berstein est professeur à l’Institut d’études politiques de Paris.Dans un article intitulé «La prise du pouvoir par Adolf Hitler», publié en janvier 1989 dans la revue L’Histoire — encore elle! —, M.Berstein rappelle ceci: «[.] Hitler tire ses conceptions.D'abord en matière de politique extérieure: l’homme allemand, supérieur aux autres, doit devenir un jour le maître de la Terre [.] Par quel moyen?Par la guerre qui permet au peuple supérieur de prouver ses qualités éminentes.C'est elle qui permettra d'abattre la France, “inexorable et mortelle ennemie du peuple allemand” [Mein Kampfl.» Auteur de La Dérive fasciste (Seuil, 1986), Philippe Burrin est professeur à l’Institut universitaire des hautes études internationales à Genève.Tout en soulignant que, selon Hitler, l’Allemagne était appelée à avoir une «explication définitive» avec la France, le professeur Burrin rappelle que «le rassemblement du peuple en une communauté nationale et l’inculcation de la doctrine de salut nazie doivent préparer la nécessaire expansion qui se fera».Là, M.Burrin cite ce que Hitler écrivit dans Mein Kampf, qui se fera donc «par les coups victorieux qu 'assène le glaive.Forger ce glaive, telle est la tâche de la politique intérieure du gouvernement; permettre au forgeron de travailler en toute sécurité et de recruter des compagnons d’armes, telle est celle de la politique étrangère».Et le professeur Burrin de préciser: «Ces compagnons devraient être l'Italie et l’Angleterre; les ennemis à abattre, la France et l’Union soviétique.» Cette dernière parce qu’elle était notamment aux mains, selon Hitler, des juifs.Maintenant, l’Holocauste.Selon Pierre Asselin, l’idée même de l’Holocauste «est née dans la conjoncture de la Deuxième Guerre mondiale».Puisque, méthodologiquement, le travail de Pierre Asselin a été bien jugé, soyons plus que méthodologique: lisons davantage.Jean-Claude Favez, recteur de l’Université de Genève et professeur d’histoire contemporaine à la faculté des lettres de cette université, a souligné, dans un article intitulé «L’antisémitisme allemand menait-il à l'extermination?»: «Journalistes et publicistes ne se contentent pas de considérer les juifs comme des étrangers, ni de voir en eux les principaux responsables des malheurs du temps [.].La destinée manifeste qu'ils assignent à la supériorité germanique ne saurait se réaliser dans une Allemagne enjui-vèe.[.] Dès avant la fin du siècle, l’antisémitisme racial qui permet d'établir de façon “scientifique" l’infériorité et la nocivité juives est ainsi établi comme doctrine.» Concernant toujours l'Holocauste, l’historien Ernst Jjickel nota quant à lui: «Jamais encore auparavant un État n’avait décidé et annoncé sous l’autorité de son responsable suprême qu’un certain groupe humain devait être exterminé, autant que possible dans sa totalité, [.décision que cet État a, ensuite, appliquée avec tous les moyens qui étaient à sa disposition.» C’est assez.En accordant la note de passage à Pierre Asselin sous prétexte que sa méthodologie était bonne, les professeurs Inouïs Balthazar et Guy Laforest — ce dernier est directeur du département de science politique de l’Université I^aval — n’auraient-ils pas invalidé du coup les vertus ou qualités que l’on prête à l’épistémologie?Serge T r u f fa u t m?M É Montréal Ensoleillé avec passages nuageux.Max: 18 Min:8 T É 0 Québec Ennuagenient en après-midi.Max: 16 Min: 6 Détails, page B 4 INDEX Annonces.B 6 Le monde.A 5 Avis publics.B
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