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Titre :
Cinéma Québec
Revue d'analyse, de critique et de promotion du travail des artisans du 7e art qui vise au renforcement de la cinématographie nationale québécoise. Elle accueille des contributeurs de grande qualité.

[...]

La revue Cinéma Québec est fondée en 1971 par Jean-Pierre Tadros, alors critique de cinéma au quotidien Le Devoir, pour accompagner l'émergence et le développement d'une cinématographie québécoise de qualité, qui reflète les réalités de la société québécoise.

Pour atteindre cet objectif, Tadros rassemble des collaborateurs diversifiés : Jean-Pierre Lefebvre, André Pâquet, Francine Laurendeau, André Leroux, Patrick Straram, Michel Euvrard, Pierre Demers, Yves Lever, Jean Leduc et Richard Gay. Cette pluralité démarque Cinéma Québec de la revue Champ libre (1971-1973), qui aborde le 7e art sous la lorgnette du marxisme.

Cinéma Québec devient rapidement un espace privilégié de diffusion des débats sur le cinéma et la société. Les numéros sont parfois articulés autour de thèmes tels que le cinéma social, le cinéma régional, national et étranger, le documentaire, le cinéma au féminin, les politiques de développement culturel, etc.

Une place importante est accordée dans Cinéma Québec aux cinéastes et artisans pour la présentation de leurs oeuvres et de leurs perspectives sur leur travail. En plus de ces entretiens, la revue propose des portraits d'acteurs, des dossiers exhaustifs de cinéastes, des informations sur les événements de diffusion, locaux et internationaux, ainsi que de nombreuses critiques de film et de livres.

Source :

SABINO, Hubert, Le cinéma québécois vu par ses critiques entre 1960 et 1978, mémoire de maîtrise, Université de Montréal, 2010.

Éditeur :
  • Montréal, Québec :[Cinéma Québec],1971-1978
Contenu spécifique :
Mai
Genre spécifique :
  • Revues
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Références

Cinéma Québec, 1973, Collections de BAnQ.

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uébee Vol.2, No 8 ^ifCWlNfc, * «,% *> %-* »' * % % .nv» »•• Jtf- i \* * v n' iv ^"W'WMOO» la conquête la conquête UNE SYMBIOSE QUI ÉCHOUE richard gay f f t j 111 fill## Michelle Rossignol cinéma/québec cinéma québécois Après une première régulière à Québec où le film a été tourné, La Conquête a pris l’affiche à la salle Chevalier de Montréal d'une façon presque secrète.Pas de première.Pas de publicité annonçant la venue du film, ou très peu.Et une fois le film à l’affiche on trouvait dans certains journaux et cela pendant plusieurs jours une annonce du film accompagné des mots “commençant demain”.Je pense qu’il ne serait pas exagéré de voir là, de la part de la maison de distribution, une subtile volonté de censure.“Censure”, le mot est sans doute trop fort: mais si l’on sort un film, on ne fait pas une fausse ou une demie sortie.La maison de distribution avait ce film sur les tablettes depuis un certain temps puisqu’il a été tourné en 34 jours à la fin de 1971, et monté en 1972; elle a sans doute voulu par cette sortie minable du film pouvoir dire qu’elle avait fait son effort pour distribuer un film dans lequel, c’est évident, elle ne croyait pas.Ainsi si la censure s’exerce dans des institutions d’état comme l'ONF, elle apparaît aussi, mais déguisée cette fois, dans le secteur privé.L’auteur de La Conquête a nom Jacques Gagné.Il a 37 ans et une bonne somme de travail derrière lui.Tout d’abord monteur à Radio-Canada et dans l’industrie privée ce qui lui permet de s’initier de façon concrète au film, il devient par la suite réalisateur: il travaillera alors pour Onyx films, pour la CSN et aussi pour l’Office du film du Québec où il réalisait en 1969 un film remarqué, et par certains côtés remarquable, soit Situation du Théâtre au Québec.Il a aussi réalisé un épisode de la série Feuille d’érable.Ainsi Jacques Gagné est un des rares réalisateurs d’ici avec Jean-Pierre Lefebvre à ne pas s’être formé dans les cadres de l’ONF.Son film La Conquête déçoit.Enormément.Et cela dès les premières .images où le spectateur assiste à une manifestation factice par tous ses aspects: les figurants sont peu nombreux, les policiers restent figés dans des positions presque théâtrales, les plans sont mal faits et mal raccordés ce qui fait que ce début qui, dans l'esprit du réalisateur devait sûrement avoir un impact fort sur le spectateur, nous fait tout de suite décrocher.Cette scène de manifestation permet d'introduire deux personnages.Lui est sociologue.Elle, professeur d’arts plastiques.Ensemble ils échangeront, ensemble ils discuteront et c'est là où le spectateur qui a déjà décroché, constate amèrement que cette “conquête” sera difficile à supporter.Difficile à supporter parce que ces deux personnages ainsi que les quelques autres qu’ils rencontreront parlent constamment d'une façon intellectualisée et intellectualisante.Chacune de leurs paroles doit signifier, dire quelque chose d’important.On a très rapidement l’impression d’assister à un discours à plusieurs voix sur des problèmes d’ordre politique, social et historique.Les personnages ne sont pas des vrais personnages, parce qu’ils sont trop typés et que leurs paroles ressemblent plus à des paragraphes ou des citations de livres qu’à de véritables moments de discussion.Ce défaut qui est, à mon humble avis, le plus grave du film est imputable au scénario de Michèle Lalonde.Pendant tout le film, on sent l’omniprésence du texte de Michèle Lalonde et du même coup la difficulté qu’a éprouvée Jacques Gagné à adapter ce texte pour l'écran.Car en fait il se passe très peu d’événements dans ce film: un homme et une femme se rencontrent, ils sont mariés mais ils vivent en l’espace d’une fin de semaine une aventure amoureuse où, en intellectuels qu’ils sont, ils échangeront sur plusieurs points.Leur relation, on le sent, cherche à dépasser leur intimité de couple pour s'installer dans une ampleur qui embrasse le collectif.C’est cette espèce de bidimensionnalité que Gagné a eu du mal à rendre.L’action se situe à Québec et on sent très bien que les auteurs du film, Michèle Lalonde et Jacques Gagné, ont cherché à exploiter le décor du vieux Québec, les plaines en particulier, pour donner à la relation de ce couple une vie qui allait s’enraciner dans l’histoire de la collectivité d’ici.Mais si l’intention est évidente, elle est loin d’être réussie.En fait, l’échec est double: d’une part on a du mal à croire à l’aventure amoureuse entre les deux principaux personnages, les événements étant précipités et Gagné ne révélant pas suffisamment les détails concrets, les détails de vie de leur relation, d’autre part, la signification de leur union par rapport et à l’intérieur de la vie de notre collectivité ne réussit pas à percer parce que Gagné n’a pas su exploiter de façon à la fois explicite et poétique les décors qui s’offraient à lui.Ainsi les deux conquêtes, celle du coeur et celle du pays, l’écho de l’un dans l’autre, leur symbiose ne s’imposent absolument pas et demeurent bien malheureusement des tentatives avortés.Si l’interprétation de Gilles Renaud et de Michèle Rossignol est à souligner compte tenu du texte littéraire qu’ils avaient à rendre, si la photographie de Jean-Claude Labrec-que intéresse par sa vigueur bien que certains angles de prise de vue apparaissent quelque peu artificiels, si le film a à sa source des intentions fort louables, il n’en demeure pas moins que ce film qui apparaît sur nos écrans en 1973 ressemble par plusieurs aspects, dont celui des scènes vides et comme en recherche de leur propre contenu, à certains films québécois du début des années 60.Ainsi dans sa réalité et non pas dans sa volonté, ce film est dépassé.Dans l’édition du 9 avril du journal Le Devoir, “l’oracle” Robert Guy Scully formulait la question suivante: “La Conquête film sur intellectuels ou pour intellectuels?” Il est évident que le texte de Michèle Lalonde met en scène des intellectuels de la trentaine, mais ce qui est sur, aussi, c’est que tout intellectuel quelque peu clairvoyant considérera le film de Jacques Gagné comme un échec.?La conquête Un film québécois de Jacques Gagné.Scénario: Michèle Lalonde.Images: Jean-Claude Labrecque.Musique: Michel Hinton.Son: Claude Lefebvre.Montage: Jacques Gagné.Interprètes: Michelle Rossignol, Gilles Renaud, Raymond Cloutier, Angèle Coutu, François Tassé, Jean Brousseau, Nicole Leblanc, Frédérique Collin, Jocelyn Bérubé.Production: Les Productions Carie-Lamy Ltée.Caractéristiques: 35mm, couleurs.Durée: 93 minutes.42 mai/juin 1973 critiques La vallée Un film français de Barbet Schroeder.Scénario: Barbet Schroeder.Images: Nestor Almendros: Musique: Pink Floyd.Interprètes: Bulle Ogier, Jean-Pierre Kalfon, Michael Gothard, Valérie Lagrange.Jérôme Beauvarlet, Monique Giraudy.la tribu de Mapuga et ses chefs.Production: Les films du Losange.S.N.C.Barbet Schroeder est l’une des figures les plus originales du jeune cinéma français.Né à Téhéran en 1941, il devient tour à tour critique de cinéma.imprésario en Europe d'Art Bla-key et, en 1963, assistant de Godard dans Les carabiniers.Mais il s'oriente vers la production et, l’année suivante, crée les films du Losange.En 1965 il produit Paris vu par., ce film à sketches des rescapés de la Nouvelle Vague (Chabrol.Douchet, Godard, Pollet, Rohmer, Rouch).Mais il s’attachera surtout à la carrière d’Eric Rohmer dont il sera le producteur pour La collectionneuse (1966), Ma nuit chez Maud (1969) et Le genou de Claire (1970).Entre-temps, en 1969, il tournait More, son premier long métrage,- sélectionné à la Semaine de la Critique à Cannes.Pour aborder La vallée, je crois qu’il faut tenter d’en décrire le cheminement.C’est en effet un itinéraire.Géographique bien sûr, mais surtout spirituel.Viviane (Bulle Ogier), femme du consul français à Melbourne, fait du tourisme en Nouvelle-Guinée et s’amuse, entre autres, à marchander des objets exotiques pour une boutique parisienne.Un hasard lui fait admirer des plumes d’oiseau de paradis d'une espèce rarissime dont la chasse est d’ailleurs interdite.Elle se pique au jeu et, pour trouver ces plumes, n'hésitera pas à s’enfoncer jusqu’au coeur de la jungle.Or, la seule façon pour elle de s’aventurer dans ce pays inexploré, c’est de se joindre à un groupe de cinq hippies (deux hommes, deux femmes et un enfant) en rupture de civilisation.Ils conviennent qu’à un certain point de l’expédition — le dernier poste de missionnaire — elle pourra louer un avion pour rentrer, laissant ses compagnons poursuivre sans retour possible leur quête de la vallée.La vallée, qu’ils espèrent atteindre, n’est pas indiquée sur les cartes, mais les indigènes en connaissent l’existence.C’est un endroit merveilleux, le Paradis Perdu, l’innocence retrouvée des premiers âges.Ce voyage est également le film somptueux d’une exploration ethnologique avec fêtes et danses guerrières.Nous découvrons ces Papous à la fois simples et rutilants sans que Schroeder — qui n’est pas Rouch — tente de forcer notre sympathie.Bulle Ogier, la merveilleuse paumée de La salamandre, pose sur la nature et les indigènes un regard clair et naturel, parfois charmée, parfois agacée.Le chef spirituel de l’expédition, Gaétan (Jean-Pierre Kalfon), qui a envoûté les deux autres jeunes femmes, multiplie les exhortations au dépouillement et à l’amour total, tandis que Viviane s’offre une agréable liaison avec Olivier (Michael Gothard).Mais voici l’ultime étape, la dernière mission et le petit avion qui la ramènera à la civilisation et à son consul de mari.Viviane fait ses adieux et l’appareil décolle dans un cirque de montagnes.Alors qu’on allait le perdre de vue, il décrit un arc de cercle et.revient se poser sur la piste de fortune.Viviane a choisi la vallée.La suite du voyage ne sera pas de tout repos pour notre héroïne qui devra laisser tomber en route bien des “préjugés bourgeois’’, dont l’exclusivité de ses rapports avec Olivier.Elle va renaître, danser au clair de lune, charmer les serpents.Avec un bel enthousiasme, la jeune néophyte fait copain-copain avec la nature du bon Dieu et les indigènes.Cela finit d’ailleurs par lasser car les maximes panthéistes de Gaétan et de ses compagnes sur l’amour total (“tu es une petite bouteille perdue dans le grand océan de l'amour”, etc) sont d’une navrante naïveté.Olivier rétablit l’équilibre, c’est le seul membre lucide du groupe.Bientôt, faute de voie carrossable, on devra remplacer la Land-Rover par des chevaux.Et quand la brousse se fera jungle impénétrable, on lâchera les chevaux pour poursuivre à pied.Des indigènes semblent déconseiller l’ascension d’une montagne, dernier obstacle cependant qui, croient-ils, les séparent de la vallée.Ils décident de passer outre à cette mise en garde.Le soleil disparaît.Les vivres sont épuisés.A bout de force, ils se blotissent derrière un promontoire.C’est alors que Viviane se dresse, regarde au loin, et croit apercevoir la vallée.Et c’est la fin du film.Je vous épargne l’inévitable parallèle avec More (dont les personnages, eux, cherchaient le salut dans les paradis artificiels de la drogue).Mais cette Vallée, légendaire et mystérieuse, qui recule à mesure qu’on s'en approche, ressemble fort à un mirage.Est-ce pour cela qu’elle nous laisse sur notre faim?Francine Laurendeau Brother Sun, Sister Moon Brother Sun, Sister Moon Billl 1111111111 ¦il® Its* "V, ^ w>*S Un film de Franco Zeffirelli.Scénario: Suso Cecchi d Amico.Kenneth Ross.Lina Wertmuller et Franco Zeffirelli.Images: Ennio Guarniere.Musique: Donovan.Son: Delta Sound.Montage: Reginald Hills, John Rush-ton.Interprètes: Graham Faulkner, Judi Bowker, Alec Guinness, Leigh Lawson.Production: Luciano Perugia production pour Euro International Films et Vic Film.Couleurs.Durée: 121 minutes.Je me souviens de façon assez précise encore de l’avant-dernier film de Franco Zeffirelli Romeo and Juliet: la scène du balcon, des scènes de combat, le suicide de la fin, la beauté plastique de certaines images, le lyrisme de plusieurs plans où le jeune couple se laissait vivre dans des élans amoureux amoureusement représentés.Je me souviens surtout de cette jeunesse car Zeffirelli contrairement à d’autres réalisateurs avait fait interpréter les deux rôles principaux par deux jeunes, beaux et charmants dans leurs ébats.Oui je me souviens très bien de Roméo and Juliet et je crois que je me souviendrai aussi longtemps de la dernière réalisation de Zeffirelli Brother Sun, Sister Moon.Et peut-être pour les mêmes raisons.Ou à peu près.Pour la jeunesse en tous cas.En effet le réalisateur italien a encore une fois choisi de s'intéresser à des jeunes.Il ne s’agit pas de Roméo ni de Juliette mais de saint François d’As-sise et de sainte Claire interprétés comme dans Roméo and Juliet par de jeunes acteurs inconnus.Ce n'est pas pareil mais en même temps ce l’est un peu, car encore une fois il s’agit de deux jeunë*s qui cherchent à vivre leur idéal de bonheur.Ce qui capte tout d’abord l’attention du spectateur dans Brother Sun, Sister Moon, c’est l’image, l’image pour elle-même ou presque.Zeffirelli, peintre à la spatule cinématographique, a un sens inoui de l’image, de ses multiples possibilités, de ses couleurs, de ses teintes, de ses textures.Dès les premières scènes du film, on est littéralement saisi par les différentes images que le réalisateur donne à voir, saisi par la sensualité de l’image qui dans la première séquence est tantôt sobre, dénudée, simple, monastique, fade d’une fadeur verlainienne, tantôt riche, luxueuse, et colorée.L’opposition est flagrante et ce contraste essentiel se poursuivra à travers tout le film.Dès le début, certaines images fascinent: par exemple celle d’un saint François blessé dont le visage est enveloppé de voile: on dirait une présence angélique, le Christ de Rouault; celle d’un plan en plongée de saint François couché dans son lit blanc au milieu d’une pièce toute blanche; celle aussi de saint François qui s’aventure pieds nus sur le toit de sa demeure comme pour parler aux oiseaux.Comment ne pas parler non plus de la sensualité fraîche et vivante des rencontres et des courses de saint François et de sainte Claire à travers les champs; l’or du blé, le vert de l’herbe, les couleurs mauves et rouges des fleurs éblouissent l’écran qui devient du même coup espace de chant et de poésie.Mais si cette sensualité de l’image souligne des personnages et des situations bénifiques, elle participe aussi à un pôle négatif, celui des anti-saint François, des anti-sainte Claire.En effet, l’image restera tout aussi sensuelle dans sa texture lorsqu’elle révélera les ennemis de saint François.La séquence de la fin lorsque saint François rencontre Innocent III le prouve bien: l’image souligne le faste des différents personnages dans leurs costumes, le faste de différentes sal- les les plaçant du même coup en opposition avec la simple pauvreté de saint François et de ses amis.El c est ici que l’on rejoint la portée signifiante du film.Saint François incarne avec les quelques amis qui l’accompagnent dans sa démarche une position de chrétien devant la vie, position totalement opposée aux proches d’innocent III qui se complaisent dans le luxe de leur palais.Saint François doute: il ne sait pas s’il a raison d’agir comme il agit, c’est-à-dire d’abandonner tous les biens matériels pour quêter et prendre soin des animaux.Il doute et il doutera jusqu’à la fin lors-qu’lnnocent III, en faisant acte d’humilité, le confirmera dans son attitude et sa position.L’Italien Zeffirelli en terminant son film là-dessus formule un jugement à l’égard de l’institution qu’est l’Eglise et défend une position bien spécifique de vie chrétienne.Mais en fait le film a une portée qui dépasse de beaucoup ce simple niveau.En saint François et sainte Claire il est facile de voir des représentants de la jeunesse actuelle qui veut abandonner le matérialisme capitaliste et renouer avec une vie plus saine, plus vivable 44 mai/juin 1973 et plus proche de la nature.C’est aussi et peut-être surtout d’eux dont il est question dans Brother Sun, Sister Moon.Ce sont eux que Zeffirelli défend tout comme il avait traité avec bienveillance de la jeunesse dans son Romeo and Juliet.Il les défend avec une certaine poésie, un charme souvent irrésistible mais aussi, il faut bien le dire, avec un certain simplisme et une certaine naïveté.Si la réalisation n’avait pas basculé à certains moments dans cette sorte de guimauve, selon l’expression d’un ami cinéphile, le film en tant que tout aurait été mieux réussi.Mais, quoiqu’il en soit, plusieurs des scènes et des images de ce film sont gravées dans ma mémoire pour encore très longtemps.Richard Gay Il Caso Mattéi Un film italien de Francesco Rosi.Scénario: Francesco Rosi et Tonino Guerra avec la collaboration de Nerio Minuzzo et Tito de Stefano.Images: Pasqualino De Santis.Musique: Piero Piccioni.Montage: Ruggero Mastroianni.Interprètes: Gian Maria Volonté, Luigi Squarzina, Peter Baldwin.Production: Franco Cristaldi pour Vides Cinematogratifica.Couleurs.Durée: 115 minutes.Si le cinéma français se porte mal, et même fort mal, et ce aussi bien dans sa branche dite du “cinéma de qualité” (c.f.la critique de César & Rosalie par Michel Euvrard, Cinéma-Québec II, 6-7) que dans sa branche dite militante (c.f.l’article de Guy Hennebelle dans le même numéro), tout le contraire doit se dire du cinéma italien.Le soir où j’ai revu Il caso Mattéi de l'Italien Francesco Rosi, la Cinémathèque Québécoise présentait La nuit bulgare du Français Michel Mitrani; à quinze minutes d’intervalles j’ai donc eu l’occasion de mesurer l’immense écart qui sépare à l’heure actuelle les deux cinémas qui, ces dernières années, ont dominé l’Europe de l’Ouest.Il caso Mattéi grand prix ex-aequo avec La classe ouvrière va au paradis d’Elio Petri, un autre film italien, du dernier festival de Cannes, frappe au départ par sa grande honnêteté.S’inscrivant dans la lignée des films à sujet politique, qui, depuis quelque temps, envahissent nos é-crans, le film de Rosi diffère d'eux d’abord par la forme, mais aussi par le fond.En effet, dans de trop nombreux cas, des réalisateurs, émules de Costa-Gavras, n’ont pas su éviter les pièges dans lesquels il avait entraîné Z.et se sont lancés à corps perdu dans la même forme de manipulation réactionnaire du spectateur et de manichéisme intransigeant qui ne servent pas vraiment, et même trahissent, la cause qu’ils veulent défendre A vouloir faire un film pour le grand public, pour le public du “samedi soir” on risque fort de s’enliser dans une vulgarisation qui ne soit plus, au mieux, qu’un pâle reflet de ce qui aurait dû être.Or on ne retrouve pas cette forme de compromission dans II caso Mattéi.Certes Francesco Rosi a signé une oeuvre stimulante et qui peut plaire à un large public (même s’il n’y avait pas beaucoup plus de 25 personnes dans la grande salle de la Place Ville-Marie ce vendredi soir-là), mais une oeuvre où l’analyse politique et le document humain prédominent toujours le spectaculaire et de ce fait encourage, force même la réflexion politique et peut favoriser chez ce public la prise de conscience d’un problème aigu, et d’actualité d'autant plus forte, que se maintient au Moyen-Orient un état de guerre depuis plus de cinq ans, état de guerre auquel le pétrole est loin d’être étranger, et que chez nous la question de l'énergie représente une part importante des tiraillements qui se manifestent entre les gouvernements canadiens et américains.Il me semble que si Francesco Rosi a réussi à éviter ces pièges et à faire oeuvre significative, c’est qu’il a approché son sujet d’une façon toute autre qu’un Costa-Gavras avec Z ou L’aveu ou qu’un Giuliano Montaldo avec Sacco & Vanzetti.On se souvient que ces gens utilisaient dans leurs films la forme hollywoodienne du récit qui favorise l’identification du spectateur et son adhésion totale en anesthésiant ses facultés critiques.On sait depuis longtemps déjà que cette approche ne convient aucunement au cinéma de réflexion politique.Diverses méthodes ont jusqu’ici été utilisées afin de briser la relation de fascination-identification qui s'établit entre l’image et le spectateur; déjà dans Salvatore Giuliano, Francesco Rosi avait eu recours à l’enquête et au discours indirect.Il reprend cette approche pour II caso Mattéi, cette enquête journalistique sur un “self-made man” progressiste, et parvient ainsi à dynamiter le genre.Cette approche m’apparaît d’autant plus importante que II caso Mattéi a manifestement été conçu et pensé en fonction d’un large public, d'une diffusion commerciale d’envergure alors que Salvatore Giuliano ne semblait pas l'avoir été.L’utilisation d'une aussi grande vedette que Gian Maria Volonté.la beauté des images couleurs, enfin tout ce travail de polissage situe le film à l’intérieur de cette catégorie que je qualifierais de “consommation courante”.Mais là s’arrête le compromis; l’emballage frappera l'oeil mais ne trahira pas le produit.Ainsi le film a été conçu comme une enquête et le demeurera jusqu’à la fin.Il n’est pas sans intérêt dans cette optique de souligner la similitude départ-arrivée, boucle bouclée, entre le film de Francesco Rosi et le Citizen Kane d’Orson Welles.C’est essentiellement la même enquête sur un “self-made man” qui dans l’un comme dans l'autre est menée par les média d’information, et dans les deux cas le film capte les deux niveaux de la recherche, et de la réalité première au moyen du retour en arrière.Cette similitude est beaucoup plus sensible dans la seconde partie alors que Rosi interroge lui-même des gens qui se sont intéressés à l’Affaire et recompose, à partir de leurs témoignages, certains des moments de la vie d’En-rico Mattéi (ses périples en coup de vent au Moyen-Orient, ainsi que son voyage en Sicile et sa mort).Certes Rosi va plus loin que Welles dans cette optique surtout en première par- "les films' D’HIER ET D’AUJOURD’HUI depuis mars T1, au cinéma 277-4145 1248 Bernard Une entreprise de la.Société Micro-Cinéma Ltée 4651, rue Saint-Denis Montréal 176 849-2384 président: Roland Smith Sec.-très.: André Pépin cinéma/québec 45 tie.voyageant rapidement dans l’es-pace-temps, brisant la continuité, opposant même à l'occasion témoignages et reconstitutions et les témoignages entre eux, et ce après avoir magistralement brossé sa toile de fonds: l'immédiat post-générique nous découvrant par petites touches et images rapides l'accident, alors qu'apparaissent sur l’écran comme sorties d'un téléscripteur la nouvelle de la mort d’Enrico Mattéi et des informations de base sur sa personne.Je ne crois pas que le film de Rosi ait été fait pour la télévision (on sait que la télévision italienne va jusqu'à produire des films pour projection sur ses ondes, ce qui a permis la réalisation, entre autres, du très beau San Michele aveva un gallo des frères Taviani).mais il n'est pas inutile de souligner que le film est en partie tourné selon des méthodes qui tiennent du documentaire télévisé, et qu’on peut voir certaines des images du film sur les moniteurs de télévision au début.Il n’est dans tout le film qu'une scène qui prête flanc à la critique; elle se situe vers la fin, c’est la scène de l’accident, ou plutôt les scènes qui se déroulent à l’intérieur de l’avion.Aucun témoin n’ayant survécu on ne peut malheureusement conclure là qu'à une forme, très légère, de manipulation.De même Rosi ne me semble pas laisser peser assez de doute sur l’accident, nous forçant un peu trop à conclure à l’assassinat.On me permettra en terminant de souligner la magistrale performance de Gian Maria Volonté qui demeure tout au long du film d’une maîtrise et d’une justesse extraordinaires.André St-Jacques Marjoe Un film américain de Sarah Kernochan et Howard Smith.Images: David Myers, Richard Pearce, Ken Van Sickle, Ed Lynch.Montage: Laurence Silk.Interprète: Marjoe Gortner.Couleurs.Durée: 92 minutes.\ Le cinéma a beaucoup de possibilités; on l’a dit et répété maintes et maintes fois.Une de ces possibilités est celle d’un regard révélateur.La caméra est un oeil qui peut regarder le monde, la société, l’homme, les regarder attentivement et de près comme avec une loupe pour les révé- ler à eux-mêmes dans un dynamisme de conscience bénéfique et sain, dynamisme qui secoue le spectateur et le transforme, ce qui fait qu’après le visionnement de certains films les spectateurs ne sont plus tout à fait existentiellement ce qu’ils étaient avant la projection.Le cinéma les a transformés par ce qu’il a révélé.C’est, à mon humble avis, plus spécialement dans cette perspective de cinéma-révélation qu’il faut traiter du film Marjoe.Ce film-vérité signé Howard Smith et Sarah Kernochan (des inconnus pour moi jusqu’ici) raconte l’histoire de Marjoe Gortner, un de ces nombreux prédicateurs comme il s’en trouve aux Etats-Unis.Mais Marjoe constitue un cas un peu spécial.En effet, le film nous apprend que sa carrière de prédicateur débuta à l’âge de trois ans, qu’à quatre ans il bénissait un mariage, un vrai, et que très rapidement, il fut surnommé l’enfant de Dieu, the child of God.Sa carrière se poursuivit de triomphe en triomphe jusqu'à l'âge de quatorze ans où il décida d’abandonner ses tournées de sermons afin de vivre une adolescence normale, lui qui dès l’âge de trois ans se comportait en petit adulte.Mais la réalisation s’attarde surtout à une autre époque de la vie de Marjoe, celle de sa vingtaine où il recommence à faire ses sermons dans toutes sortes de circonstances, dans des églises, sous des tentes, dans de s ‘revivais”, devant des Blancs, devant des Noirs, mais cette fois-ci, l’enfant de Dieu n’a plus la foi, il ne croit plus du tout à ce qu’il dit, il croit uniquement à son talent d’orateur qui lui permet, au nom d’un Dieu qu’il renie, de s’amasser de fortes sommes d’argent.C’est ainsi que la caméra montre avec beaucoup de vitalité Marjoe en plein.“spectacle religieux”, se trémoussant comme un véritable chanteur pop, s’égosillant en répétant avec frénésie les mêmes paroles pieuses, mais aussi un Marjoe qui, dans sa chambre d’hôtel, passe aux confessions et prend plaisir à compter l’argent qu’il a recueilli au nom d’un Dieu qui pour lui n’existe plus.Oui, cette réalisation révèle et cela dans le sens le plus fort du mot.Révélation tout d’abord d'un cas, d’un individu quelque peu phénoménal; il est peut-être intéressant de noter ici que le prénom Marjoe est fait de la fusion des noms Marie et Joseph.Révélation aussi, à travers Marjoe, de cette réalité de plus en plus importante aux Etats-Unis, celle des prédicateurs et des réactions qu’ils réussissent à provoquer chez leur public sans cesse grandissant.Marjoe nous présente Marjoe Gortner, mais aussi ses confrères prédicateurs: Billy avec les compliments de l’Association des Propriétaires de Cinémas du Québec Inc.3720, Van Horne suites 4 et 5 Montréal (514) 738 2715 La seule librairie consacrée au cinéma Livres français et anglais Une sélection d’environ 1,000 titres 4»!)2ai Yonne SSt, Toronto 5 !M»44»434 46 mai/juin 1973 Graham et les autres.Le film n’insinue en rien que les autres prédicateurs sont de mauvaise foi comme Marjoe.Mais indirectement il fait naître chez le spectateur des points d’interrogation qui peuvent l’amener à relativiser la parole des prédicateurs de masse.Révélation, enfin, à un troisième niveau qui est peut-être en fait le plus important: Ce film-vérité cerne le cas d'un individu qui ne croit absolument pas dans ce qu'il fait mais qui le fait uniquement pour le fric.Dans ce sens, le cas examiné constitue peut-être beaucoup plus qu’un cas individuel, mais bien plutôt un exemple type de la condition de travail et de vie d’un grand nombre d’hommes de la riche société nord-américaine qui n’ont plus la foi dans leur travail, mais qui quotidiennement se donnent en spectacle sur la scène de l’ame-rican way of life et qui, comme Marjoe, le font uniquement pour des sous.Ainsi le film apparaît comme un document sociologique brut et d’un impact absorbant, irrésistible même, impact qui tient en grande partie au caractère même de Marjoe.Dans les derniers moments de la réalisation, Marjoe décide de ne plus prêcher et s’interroge sur les possibilités d'une autre carrière.Depuis la réalisation du film, Marjoe Gortner est devenu acteur.En fait, ce n’est pas vraiment une nouvelle carrière puisqu’il continue précisément à jouer, à faire semblant.Peut-être qu’un jour il se méritera un Oscar en tant que comédien.Ce jour-là il se souviendra sans doute de l’Oscar remporté par les réalisateurs du documentaire sur le comédien qu’il était déjà.Richard Gay Sex Shop Un film français de Claude Berri.Scénario: Claude Berri.Images: Pierre Lhomme.Montage: Sophie Coussein.Interprètes: Jean-Pierre Marie Ile, Claude Berri, Juliet Berto, Nathalie Delon.Production: Renn Productions et Regina Films.Couleurs.Durée: 95 minutes.La carrière de Claude Berri a démarré en flèche.En effet son premier long métrage Le vieil homme et l’enfant connut un succès énorme tant auprès du grand public qu’auprès de la critique internationale.Cependant l’in- térêt de ce film était surtout dû au talent chaleureux et gaillard de Michel Simon qui y effectuait une sorte de retour au cinéma, retour où Berri avait su bien le diriger et exploiter les ressources multiples de cet acteur d’un baroque charmeur.Le mariage, Le pistonné, Le cinéma de papa, trois réalisations que Berri devait signer coup sur coup après son premier succès témoignaient de façon plus révélatrice de son talent véritable, soit un talent sympathique mais bien moyen, une créativité qui trop souvent manque d’imagination, une intelligence qui a peu à livrer et qui se contente de faire revivre sur l’écran ses expériences personnelles à travers un cinéma gentil, bien propre, rigolo, qui ne dérange rien et qui, pour reprendre le titre d’un de ses films, n’est rien d’autre qu’un “cinéma de papa”.Et dans ce sens, Berri est très représentatif d’une grande part du cinéma français des dernières années.Sex Shop, la dernière réalisation de Berri, non seulement confirme ce que les trois films cités plus haut avaient révélé quant aux vraies possibilités de ce cinéaste, mais l’entraîne encore plus bas dans une certaine échelle des valeurs cinématographiques.L’intrigue, en résumé, est la suivante: un libraire au bord de la faillite transforme sa librairie en un sex shop qui très rapidement fait fortune.La transformation de son commerce entraîne chez le libraire lui-même (interprété par Berri) une transformation sur le plan de sa vie sexuelle: il lit des livres sur le sexe, tente de nouvelles “positions” avec son épouse, cherche à expérimenter l’amour à trois, fréquente des clubs où le sexe sous toutes ses formes se manifeste sans gêne, et n’hésite pas à ouvrir lui-même un club du genre.Mais à la fin, tout retourne à la normale et le libraire se satisfait d’une relation “ordinaire” avec sa douce moitié.Berri, qui aime rire et faire rire, a tenté de jeter un regard ironique et amusé sur les phénomènes que sont les sex shops, la littérature “spécialisée”, les gadgets sexuels et les films de fesse.J’écris bien “a tenté” car il faut voir comment Berri s’est fait prendre à son propre jeu: il veut se moquer mais pour se moquer il faut prendre ses distances, ce qu’il n’a fait qu’à de rares occasions.Et par conséquent on rit rarement; le spectateur peut être amené à sourire ici et là mais rien de plus, car Berri se complaît de façon toute évidente dans ce qu’il montre, son regard se révélant plus souvent jouisseur que moqueur.Ainsi la plupart des scènes de sexe ne sont pas des parodies de scènes de sexe mais bien des scènes de sexe comme telles.Et tout cela enveloppé d’un maniérisme.En fait le libraire qui par son sex shop découvre tous les possibles de la sexualité parcourt un itinéraire qui n’est pas très loin dans un certain sens de celui parcouru par la jeune héroïne de L’initiation de Denis Hé-roux.Et cet itinéraire, s’il surprend le personnage, ne semble pas lui déplaire vraiment.C’est pourquoi l’hommage à la fidélité qui constitue le point final du film ne convainc en aucune façon.Parce qu’il se retourne contre lui-même et cela môme au niveau du titre quelque peu raccoleur.Sex Shop est un film raté.Un film raté qui agace parce qu’il prétend constamment être ce qu’il ne réussit pas à être vraiment.Richard Gay Réalisé par une équipe de journalistes dynamiques bien connus ECRAf) 73 Tout sur tous les cinémas du monde études entretiens critiques informations b and b éditions City Center Hall IT.rue Richer Caris 9e cinéma/québec 47 The Effects of Gamma Rays.W2 ' Z' ''$/?' Wmm.The Effects of Gamma Rays.Un film américain de Paul Newman.Scénario: Alvin Sargent, d’après la pièce de Paul Zindel.Images: Adam Holender.Musique: Maurice Jarre.Son: Dennis Maitland, Robert Fine.Montage: Evan Lottman.Interprètes: Joanne Woodward, Nell Potts, Roberta Wallach.Producteur: John Foreman.Production: Paul Newman Production.Couleurs.Durée: 100 minutes.La pièce de Paul Zindel intitulée du titre long et bizarre The Effects of Gamma Rays on Man on the Moon Marigolds a connu aux Etats-Unis un succès immense.Elle fut même primée.Au Québec, la pièce de Zindel a connu aussi un bon succès car elle fut adaptée par Michel Tremblay sous le titre L’effet des rayons gamma sur les vieux garçons, et l’adaptation fut fort appréciée du public québécois.C’est cette pièce de Zindel que l’acteur bien connu Paul Newman a transcrit en film.Ce n’est pas la première fois que Newman s'adonne à la réalisation.Il a déjà quelques longs métrages à son crédit dont WUSA.Plusieurs acteurs d’aujourd’hui ont tenté leur chance en tant que réalisateur: on n’a qu’à penser à Sidney Poitier (Buck and the Preacher), George C.Scott (Rage), Jack Nicholson (Drive, He Said).Ceux-ci, pour ne citer que ces trois-là, ont essayé de créer derrière la caméra, mais aucun n’a manifesté un talent de réalisateur comparable à celui de Paul Newman.Celui-ci sait donner à voir en images, des images qui cherchent constamment à s'enra- ciner dans un certain contexte américain et qui, à partir de là, cherchent à signifier de la façon la plus concrète possible.Newman n’est pas un cinéaste intellectualisant, loin de là.Pas prétentieux non plus.Ce qu’il veut, c’est simple: raconter une histoire, faire vivre sur l’écran des personnages et que cette histoire et ces personnages participent à une certaine conscience du spectateur devant la vie et devant le monde qui est le sien.On sent très bien que Newman dans ses films veut dépasser quelque peu le niveau du simple entertainment, du cinéma-divertissement pour signifier à un deuxième niveau que je qualifierais de “conscientisant".C’est sans doute à cause de cette attitude que Newman a choisi de mettre en images la pièce de Zindel qui lui offrait de nombreuses possibilités.Et cette mise en image est parfaitement réussie.Newman a su faire oublier que le point de départ de son film était une pièce de théâtre: son découpage technique riche et varié crée un espace nettement cinématographique et cela au plus grand plaisir du spectateur qui se laisse entraîner d’un plan à l’autre et qui découvre, en frissonnant parfois, ce que la caméra de Newman révèle.Elle révèle bien entendu ce que Zindel a investi dans sa pièce.Mais Newman a su par l’image faire ressortir les éléments essentiels de l’oeuvre dramatique et le plus important de ces éléments c’est la misère matérielle, psychologique et morale de cette famille sans homme, soit une mère et ses deux filles.En fait Newman, s’il réussit à faire vivre avec beaucoup de vraisemblance les trois personnages principaux, s’il réussit à bien établir les relations conflictuelles qui existent entre eux, c’est sur- tout pour faire prendre conscience au spectateur d’une misère que trop souvent le cinéma américain lui cache.Le film de Newman révèle avec force et sympathie la facette cachée de l’american way of life.Ce film est aux antipodes d’Hollywood et de sa fabrique d’illusions.Au contraire le film de Newman empêche toute fausse illusion et force à regarder en face la réalité crue de la misère, cette misère qui apparaît non seulement chez les personnages mais aussi dans le décor où ceux-ci évoluent.En effet Newman prendra soin de situer constamment ses personnages dans un décor qui témoigne de leur pauvreté matérielle tout en concrétisant leur misère intérieure.Dans ce film réalisé sans prétention mais avec une grande sensibilité, il faut absolument souligner l’interprétation admirable de Joan Woodward, l'épouse de Newman, qui joue le rôle de la mère.Si toute la réalisation est faite d’une sensibilité émouvante, cette sensibilité apparaît aussi au niveau du rôle interprété par Joan Woodward qui s’impose avec un mélange saisissant de force et de subtilité.Enfin il s’agit ici d’une réalisation américaine qui diffère par sa thématique et son humilité du cinéma américain conventionnel.Pour cela, pour la réalisation méticuleuse de Newman, pour le jeu remarquable de Joan Woodward, ce film mérite d'être vu et considéré avec respect.Richard Gay Keep it in the Family Un film canadien de Larry Kent.Scénario: Larry Kent et Edward Stewart.Images: Roger Moride.Musique: Paul Baillargeon.Son: Claude Ha-zanaviscius.Montage: Larry Kent.Interprètes: John Gavin, Patricia Gage, Alan McRae, Kenneth Dight, A-drienne La Russa.Producteurs: John Dunning, André Link.Production: Kit Films Ltd., avec la participation de la SDICC.Couleurs.Durée: 92 minutes.Distribution: Cinépix Inc.Un couple de jeunes excédé de vivre dans une sorte de taudis-commune décide d’en sortir et de se louer un appartement pour eux seuls.Mais petit problème: le loyer est de $300.par mois.Les deux formuleront donc un plan qui leur permettra d’obtenir 48 mai/iuin 1973 l’argent nécessaire.Le plan?La jeune fille deviendra la maîtresse du père de son jeune ami alors que ce dernier tentera de séduire la mère de sa douce moitié.Mais évidemment cette situation baroque en elle-même connaîtra de nombreuses complications puisque ce film cherche avant tout à être une comédie d’intrigue.A la fin, le père du jeune homme séduira la mère de la jeune fille, le père de la jeune fille séduira une amie, et les deux jeunes retrouveront leur unité du début.Tout cela assaisonné de quelques répliques supposément drôles, de tartes (ou l’équivalent) en plein visage et d’une poursuite en automobiles.Le réalisateur Larry Kent et Ci-népix qui a produit le film emploient donc une recette qui a fait ses preuves auprès du public d’ici, une recette qui n’est pas sans rappeler tantôt Tiens-toi bien après les oreilles à papa, tantôt Deux femmes en or.On a donc misé sur du sûr et du facile, mais au lieu de s’élaborer dans un milieu canadien-français c’est en plein Westmout que tout cela a lieu.Notons qu’on a pas hésité à faire une version française: Keep it in the family devient au cinéma Parisien Les Cocus.Cependant si la langue change, le milieu reste le même et le film aussi.Larry Kent n'a jamais été, à mes yeux, un cinéaste très prometteur.Keep it in the family montre bien de quoi se chauffe son talent.“Talent”, le mot est écrit, mais, si vous le permettez, je concluerai en le retirant.Richard Gay.Une saison.Pour le générique de Une saison dans la vie d’Emmanuel réalisé par Claude Weisz d’après le roman de Marie-Claire Blais, on se reportera au numéro précédent, page 33.On pourra également lire les interviews respectivement avec Claude Weisz et Marie-Claire Blais parus dans ce mè ne numéro, pages 29-33.C’est l’hiver à la campagne, des images blanches et rousses, des collines allongées, des vallonnements sous la neige, silhouettes d’arbres dénudés, fermes enfouies contre des épaulements herbus, pierres moussues; quelque chose de rude et de pauvre, mais aussi de familier et de chaud comme l’intérieur d’une maison bien protégée, comme une bête à fourrure dormant enroulée sur elle-même, la maison comme un terrier, une tanière; puis des images éclatantes de soleil et de neige, un paysage qui s’ouvre, un ruissellement d’eaux, le printemps, des jeux et des courses d’enfants, la vie du village, l’école, le catéchisme, les filles.C’est une famille de paysans du Cantal avec beaucoup d’enfants, des portraits villageois, le curé, un vieux.Pour le quotidien, une mère presque muette, accablée de maternités et de travail, un père enfermé dans une violence rentrée, dans le refus; pour le durable, l’à long terme, pour une idée du monde au-dehors et les rapports avec lui, la grand-mère tutélaire.Bien qu’il soit évoqué d’une manière apparemment décousue, par épisodes, sur un mode éclaté (inserts de séquences-souvenirs: la petite bossue), cet univers, restreint mais non entièrement clos, pauvre mais complet, ce monde du village et de la première adolescence existe à l’image avec densité et cohérence.Il n’en est plus de même de révocation de la vie de Jean-le-Maigre au séminaire, ni de celle de Pomme, du Septième et d’Héloïse en ville, eux à l’usine, elle au bordel: tout cela reste fragmentaire, ne fait pas le poids en face des retours à la ferme et au dialogue (univoque) de grand-mère Antoinette avec le nouveau-né Emmanuel.Claude Weisz, et Marie-Claire Blais - voir les interviews parues ici-même et dans la presse montréalaise -voient ce film comme une adaptation fidèle du roman, compris comme une tragédie du passage, passage du temps, atteintes de l’âge, passage de l’enfance à l’adolescence et à l’âge adulte, de la campagne à la ville, de la ville du passé à celle de l’avenir, béton, autoroutes, gratte-ciel.L’univers étroit que dominait une vieille femme éclate, un enfant trop doué meurt, la vie continue.Tel est à peu près, en partie, le sujet du livre, en effet: “Le sujet central de l'action est le passage de la nouvelle génération de la famille paysanne de la campagne à la ville, et la mort de la culture traditionnelle qu’elle entraîne.Jean-le-Maigre, le poète, mourra, mais ses poèmes seront pieusement conservés par la grand-mère, bien qu’elle les comprenne à peine et qu’elle en soit scandalisée.Quant à la transformation elle-même, à l’émigration vers la ville, elle est extérieurement exprimée dans les termes traditionnels qui dénigrent cette dernière.” (1) Mais en dépit des intentions de Claude Weisz, de ce qu’il croit avoir fait, et de la satisfaction de Marie-Claire Blais, force est de constater que rien ne donne moins le sentiment d’un passage et d’une transformation que ce film; l’éclatement du récit a pour résultat le plus clair d’immobiliser le temps, car les moments éclatés se recomposent autour de l’image immuable de la grand-mère; bien que Jean meure, que deux de ses ËlNiy'ERSAL /l© FRENESIE (Frenzy) d'Alfred Hitchcock MARIE STUART, REINE D'ECOSSE avec Glenda Jackson et Vanessa Redgrave LE CLAN DES IRREDUCTIBLES avec Henry Fonda et Paul Newman FRISSONS DANS LA NUIT avec Clint Eastwood et Jessica Walter L'HOMME SANS FRONTIERES avec Peter Fonda et Warren Oates DECOLLAGE (Taking Off) LE MYSTERE ANDROMEDE avec Arthur Hill LES PROIES avec Clint Eastwood et Geraldine Page JOE KIDD avec Clint Eastwood ANNE DES 1000 JOURS avec Richard Burton et Geneviève Bujold 8444 bout.Saint-Laurent Montréal 351 té!: (514) 384-4100 cinéma/québec 49 frères occupent ensuite le devant de la scène, bien que, du village on suive Jean au séminaire, puis le Septième et Pomme à la ville et Héloïse au bordel, c’est toujours à Antoinette qu’on revient et tout semble se passer dans un présent immobile.Claude Weisz tente bien de suggérer deux axes, l’axe vertical de la ville moderne avec ses gratte-ciel et ses autoroutes dans les séquences pré-générique, et l’axe horizontal de la campagne, et d’orienter selon ces axes les lieux et les événements; mais la ferme, le séminaire et la ville, la chambre d’Héloise et le bordel, le grenier où Jean et le Septième célèbrent leur rite, le frère Théodule à l’infirmerie du séminaire et Théo défroqué poursuivant le Septième sur les quais déserts, tout cela semble juxtaposé, existe en même temps mais ne s'organise pas selon un espace et un temps différenciés.Cela provient je crois de ce que Claude Weisz a consciemment ou pas substitué à la thématique de Marie-Claire Blais, qui est proprement une vision de la société québécoise traditionnelle en train d’éclater, ses propres souvenirs d’enfance en France de 1942 à 1945.Cette période de l’Occupation, dont pendant 25 ans on avait fort peu parlé, si ce n’est sous l’angle de la Résistance, sans doute parce que ceux qui l’avaient vécue adultes en avaient honte et préféraient l’enterrer.Voilà qu'elle refait surface, envisagée simultanément avec un détachement et une objectivité apparents dans Le chagrin et la pitié, et subjectivement dans des films et des livres par ceux qui l’ont vécue enfants et qui arrivent aujourd’hui à l’âge du retour sur soi-même: Pascal Jardin (La guerre à neuf ans), Claude Berri (Le vieil homme et l’enfant), Rachel Weinberg (Pic et Pic et Cole-gram) Michel Mardore (Le sauveur) et Claude Weisz.Pour ces enfants qui, tels Claude Weisz, ont passé les quatre années d’occupation réfugiés à la campagne, séparés de leurs parents, coupés de leur univers familier, elles constituent un épisode à la fois important et séparé, une parenthèse coupée du flux de l’Histoire et de leur histoire, qui, bien circonscrit dans le temps et dans l’espace, se prête facilement à la formalisation esthétique.C’est je crois à ce désir de retrouver et de sortir de soi cette partie de son enfance qu’obéissait plus ou moins consciemment Claude Weisz en adaptant pour le cinéma Une saison dans la vie d’Emmanuel.Cette motivation, ce caractère de souvenirs d’enfance, qui auraient pu rester secondaires et submergés (et d’ailleurs efficaces pour lui) si le film avait été réalisé au Québec avec des comédiens québécois, sont naturellement venus au premier plan dès le moment où le film allait se faire en France.Mais ces souvenirs d’enfance-là, par la force des circonstances, parce qu’ils ne sont pas reliés à sa vie avant 1940 et après 1945, se présentent apparemment à l’esprit de Claude Weisz sous une forme fragmentaire et statique à l’intérieur d'un monde, temps et espace, clos et figé.Aussi leur nature et leur forme (et la forme sous laquelle il peut les évoquer et les faire revivre sur l’écran) vont-elles s’opposer au thème central que par ailleurs il discerne dans Une saison dans la vie d’Emmanuel, qui est celui du passage, affectant trois générations d’une même famille, d’une forme de civilisation et de culture à une autre.Enfin, s'il est exact que l’exode rural et l’urbanisation affectent aussi bien le Québec que la France ou la Hongrie, il est très superficiel et simplificateur de prétendre que ces phénomènes ont partout la même signification et font partout apparaître les mêmes problèmes.Ils ont au Québec, et dans le roman de Marie-Claire Blais, un effet et un retentissement, ils font apparaître une thématique et des significations spécifiques, liées à un ensemble d’événements historiques et contemporains (“révolution tranquille”, prise de conscience collective, explosion culturelle et artistique) dont on chercherait en vain la trace dans le Cantal! “Le mépris et la haine de Marie-Claire Blais pour la société traditionnelle, écrit encore Lucien Goldmann, n’ont bien entendu pas changé d’un roman à l’autre (de La belle bête à Une saison dans la vie d’Emmanuel, M.E.) (.) La perspective de l’urbanisation, de la création d’une communauté canadien ne-française urbaine (.) n’est certes pas un idéal mais a.malgré tout, un caractère positif.(.) Jean-le-Maigre, le poète, est sans doute mort (.) mais sa prophétie, qui dans l’ensemble se réalisera, prévoit aussi qu'Emmanuel lui ressemblera, ce qui veut dire qu'à la place de la culture traditionnelle en train de mourir naîtra probablement une culture nouvelle, une poésie de la société canadienne-française modernisée et urbanisée’’ (2).Si l’interprétation de Goldmann est exacte, on peut imaginer que le film, réalisé au Québec, aurait charrié la même thématique et les mêmes significations que le roman, même si le réalisateur ne les avait pas consciemment reprises à son compte (il ne semble pas que Marie-Claire Blais en ait été consciente quand elle écrivait le livre ni qu’elle accepterait ^aujourd’hui l’interprétation de Goldmann) .De leur côté, les spectateurs auraient fort bien pu ne pas saisir clairement ces thèmes et ces significations, ils n'en auraient pas moins senti, comme ç’a été le cas pour les lecteurs du livre, qu’il y avait là intensité, richesse, et cohérence; en effet, “Le caractère poétique qu’a présenté ce texte pour les lecteurs européens tenait (.) à deux facteurs complémentaires: a) la perception d’un univers à la fois rigoureusement cohérent et étrange car la clé de sa cohérence fonctionnelle était étroitement liée à la problématique canadienne et dans la grande majorité des cas inaccessible aux lecteurs européens, et b) la densité réelle du roman née du décalage entre la signification traditionnelle des images et des catégories à l'aide desquelles sont décrites dans le roman la campagne et la ville, et la signification différente et même opposée qu’elles ont dans le récit’’.(3) Il est clair que le film de Claude Weisz n’est pas, et ne pouvait pas être dans ces conditions une oeuvre cohérente.On ne peut donc le juger que sur des qualités ou des défauts fragmentaires, d’autant plus que par ailleurs l’interprétation manque entièrement d’homogénéité: à l’exception de Jean-François Delacour, excellent Théo, les non-professionnels sont beaucoup mieux utilisés que les véritables acteurs.Cependant, Claude Weisz montre dans son premier long-métrage dramatique qu’il est capable de créer une atmosphère en intégrant paysages et intérieurs, de donner aux lieux, aux maisons (la ferme, le séminaire), aux objets usuels, aux vêtements une texture sensible et une présence cinématographique.Il réussit aussi par moments à inventer des scènes de rêve et à les insérer dans une trame réaliste, à contaminer l’un par l’autre le réel et le rêve.Il lui reste à choisir un sujet qui ne mette pas en contradiction les exigences des thèmes avec ses besoins et ses formes personnels d'expression.Michel Euvrard 1, 2 et 3: Lucien Goldmann: Note sur deux romans de Marie-Claire Blais in Structures mentales et création culturelle.Anthropes 1971.50 mai/juin 1973 LE MAGAZINE QUI VOUS FAIT VOIR L'ACTUALITÉ QUÉBÉCOISE L'ACTUALITÉ QUÉBÉCOISE N A TRAVERS UNE LENTILLE SCIENTIFIQUE En vente dans les kiosques $0.50 Abonnement à 10 numéros (1 an) $3.50 Etudiants $2.50 Soutien $10.00 C.P.250, Sillery, Québec 6, Québec.Tel.: Québec, 657-2435 Montréal, 876-8066 L’indépendance Nationale F.L.Q.If INTERVIEWE UNTERBERG "Jacques Parizeau en liberté" Jacques Parizeau, le célèbre économiste du parti Québécois, rédige une chronique à caractère économique tous les dimanches dans QUE BEC-PR ESSE.Quand Jacques Parizeau parle d'économie, il en parle en expert: il a été conseiller du gouvernement québécois sous les administrations Lesage et Johnson.tous les dimanches dans QUEBEC- PRESSE Jacques Parizeau Il faut aussi lire • nos grands dossiers; • nos bandes dessinées exclusivement québécoises; • nos chroniques destinées aux consommateurs; • nos pages politiques qui ne ménagent person ne, etc.À MONTRÉAL, LIVRAISON À DOMieiLÊ: 381-9936 ABONNEZ-VOUS: $8 pour 6 mois Q $15 par année ?Je désire m'abonner a Québec-Presse: NOM .ADRESSE .TéléphoneSolliciteur.Faites votre chèque ou mandat-poste à l'ordre de Québec-Presse, 9670 Péloquin, Montréal 358 0 CO H 0 CO 3 d cj1 O -H •' •H T?'0 -P ° d cO *H & £ P vO CO ^ 0 ft-H ON CT* •• § !h SSP -P *H -p cO O HJ (O'® •P Ph P H 0 O -p r-Q Ü O d •H '0 ï> O PQ çd, H S (*¦ ; ¦ ¦ ?;¦¦ ¦' • " ?-*¦ •; ¦ PS PRISE Donald Pilon aime la JPS.JohnPlayer tûMAH975 la belle et douce de Player’s Avis: Le ministère de la Santé nationale et du Bien-être social considère que le danger pour la santé croît avec l'usage.
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