Le Canada-français /, 1 décembre 1923, Puellae. Sonnets
Fl mon ami Oscar Boulanger PUELLÆ “ JUVENILIA ” SONNETS i ROSETTE Mignonne, au bel âge où tu sautais à la corde, J’avais huit ans et jurais d’être un artilleur.Ma pièce était de zinc, mon grand cheval Discorde Etait de bois.On me trouvait l’air batailleur ! Nous nous aimions.Tu soupirais : “ J’ai peur qu’il morde Cet affreux coursier.Son œil est faux, sa valeur Nulle.Hélas ! s’il allait, de son fer qui déborde, Tuer mon général, j’en mourrais de douleur.Moi de répondre : “ On lui ferait des funérailles Militaires, au petit caporal, et, vaille Que vaille, on l’enterrerait au son des clairons.” Te souvient-il ?Le canon de la Citadelle Tonna : Midi ! Je t’embrassai sous l’étincelle.“ Bravo, dis-tu, demain nous recommencerons.” Le Bastion du Roi, Québec. PUELLÆ 277 IT LUCE Doucement vous penchez votre grave profil Sur la toile qui mire, ardent, le paysage.L’or et l’azur du ciel brillent dans le béryl Des trembles assouplis dont s’allège l’ombrage.Vers l’Ouest les monts flamboient.Le soleil sur le gril Roule son disque énorme, et le moindre nuage En est tout carminé.Quel fantastique outil Pose au seuil de l’espace un monstrueux présage ?Eh ! vous, d’un pinceau plus fugace qu’un rayon D’octobre, vous fixez cette ample vision ! Alors, vous redressant, vous errez, vénérable.La forêt comme un temple où dormiraient les dieux Vous accueille, 6 ma blanche Vestale, et l’Érable Fait à votre beauté l’auréole du Feu l Le Bois Gomin, Sillery, automne 1910. 278 Le Canada français III ELIANE Sous votre archet vibrant soupire, pleure et chante Le violon que Sarasate vous donna.Vous évoquez l’Espagne : altière gitana Qu’enivre le soleil mieux qu’un vin d Alicante.Puis devant moi paraît, en ses atours, l’Infante, (Ses pages, ses menins, sa duègne sourde Ana,) L’Infante au cœur profond qui jadis se damna Pour un conquistador amoureux de sa mante.Mais vous jouerez la cantilène de Rameau Où la grâce fleurit ingénument.L’oiseau Des cieux, vaincu, se tait, qui l’écoute si belle.L’entendre mille fois pour nous n’est pas assez, Car en votre âme exquise il semble qu’elle mêle A la pourpre andalouse un divin lis français.Québec. PUELLÆ 279 IV BECCA “ Je ne chéris que ma harpe et Mozart." Vous redites cet air où l’âme de Mozart Telle une nef d’argent sur la vague profonde, Suave, glisse en l’Océan des sons.La blonde Cyprine y chante, au pied des voiles de brocart.L’arpège cristallin prélude au grand départ ; L’harmonieux accord se déroule et seconde La voix au pur accent ; de seconde en seconde Se presse la mesure, et j’écoute à l’écart.Cette voix est la vôtre, amante inapaisée De musique sublime ! Ariane à Thésée, Becca, l’eût fait entendre, aux rives de Naxos.Mais, vos fougeux désirs n’étant pas de la terre, Aux mirages d’Amour vos deux yeux se sont clos, Et votre chant est vain, Cyprine solitaire ! Québec. 280 Le Canada français V EDITH — Une femme?— Nonf un paon à qui pousse nt des griffes• L’attitude est princière et le décor superbe.Adroitement coiffés, ses fauves cheveux teints Portent une fibule ornée de trois lutins, Empanachés, chacun, d’une aigrette vert-herbe.Sa tête est droite, fière et sa parole acerbe.Assise sur un pouf dont luit le doux satin Amarante et jonquille, elle sert un festin D’aigres mots vifs à quelque fade blond, imberbe.Les tentures de moire et les vases chinois, Les bijoux contournés, les portraits aux minois Fripons : voilà sa cour.L’Imberbe est pour la forme ! Depuis deux ans il peine, et jure ! inélégant.L’humour est britannique : .“ Attendez-moi sous l’orme 1” Bâille la svelte Edith qui délace son gant.Westmount• PUELLÆJ 281 VI CLAIRE Elle filait, et je croit qu’elle prit mon cœur avec son fil.— Henri Heine.Tu chantonnes gaiment, fileuse au prompt rouet, Et ton fuseau dévide une laine si blanche Que le chat du foyer, la prenant pour jouet, Se l’enroule à la patte et s’en fait une manche.Il s’en ferait un sac qu’il saurait bien nouer, Si tu ne l’arrêtais d’un petit coup de branche, Mi-taquin, mi-fâché, que Nez-gris, fin roué, Fuit en poussant la porte, et sans tirer la clenche ! Or le beau laboureur qui reviendra ce soir De ses champs paternels pourra mêler ta laine A sa guise, au passage, et devant toi s’asseoir.Tu le lieras d’un fil près de qui la laine est vaine.Et je verrai surgir, sous ton toit familier, Hercule aux pieds d’Omphale et l’Amour délié ! I _ La Hêtrière, Saint-Charles de Bellechasse.Maubice Hébebt
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