Le Canada-français /, 1 avril 1888, Bibliographie: revue des livres. Revue des revues
BIBLIOGRAPHIE REVUE DES LIVRES Biblia Sacra, juxta Vulgatæ exemplaria et correctoria Romana, denuo edidit, divisionibus logicis analyaique continua sensum illustrantibus ornavit, A.C.Fillion.—In 8.—Paris.— Letourey et Ané.L’excellente édition de la Vulgate latine dont on vient de lire le titre nous arrive bien à propos pour ouvrir les comptes-rendus bibliographiques du Canada-Français.Elle nous présente le Livre des livres sous une forme qu’on peut dire perfectionnée, en même temps qu’irréprochable au point de vue des prescriptions de l’Eglise pour la parfaite conservation du texte sacré.Les travaux exégétiques de M.Fillion sont depuis longtemps connus, en France, de ceux qui s’intéressent aux sérieuses études bibliques.Ils tendent tous à inspirer l’amour des saintes Ecritures, en en rendant la lecture plus instructive et plus attrayante.Le plus important de ces travaux, le commentaire suivi sur chacun des quatre Evangiles, se distingue particulièrement par le soin qu’a pris l’auteur d’utiliser toutes les recherches modernes pour éclairer le sens littéral du texte sacré.L’étendue des connaissances, l’intérêt, la piété qu’on y trouve alliés lui ont valu, en France et ailleurs, des éloges bien mérités.Au cours de ce travail, une étude assidue des saints Evangiles a mis M.Fillion sur la voie d’une nouvelle entreprise, celle de nous donner le texte de la Vulgate sous une forme plus claire pour l’esprit que la forme usuelle, plus favorable surtout à la lecture suivie.Il l’a d’abord réalisée pour le Nouveau Testament, et vient, moins de deux ans après, de la conduire à terme pour la Bible entière.Pour se rendre compte de l’étendue des services qu’une bonne disposition typographique peut rendre à l’intelligence du texte, il faudrait remonter jusqu’à ces anciens manuscrits dans lesquels ni les phrases, ni les mots mêmes ne sont distingués les uns des autres.Là, chaque ligne se compose d’une rangée continue de lettres accolées, et se termine indifféremment au milieu d’un mot ou d’une syllabe sans aucune préoccupation du sens.Découper ces espèces de lingots d’égale longueur en mots, en membres de phrases ; marquer la distinction des mots par des intervalles, l’importance relative et les rapports mutuels des membres de phrases par des signes de ponctuation, sont des progrès anciens et définitivement acquis.Nous ne pensons même plus qu’ils nous ont fait franchir tout l’intervalle qui sépare une lecture courante d’un déchiffrement laborieux. REVUE DES LIVRES 329 La division du texte en chapitres et en versets a une autre raison d’être.Elle facilite singulièrement les renvois et les citations.Celle dont l’usage est universel a été introduite, pour les chapitres, au milieu du XlIIe siècle, par le cardinal Hugues de S.Cher, et, pour les versets, par l’imprimeur parisien Robert Estienne, au milieu du XVIe.L’usage en est tellement répandu qu’on ne pourrait le changer sans jeter la confusion dans les citations d’une multitude d’anciens auteurs ; Sixte V, au commencement du XVIIe siècle, avait déjà reculé devant un tel bouleversement.Mais, ce qui n’est pas impossible, c'est d’apporter certains correctifs et remèdes aux défauts de la division reçue, aux inconvénients qu’y ont ajoutés certaines habitudes des éditeurs.M.Fillion se l’est proposé, et la méthode adoptée par lui nous paraît constituer une très heureuse solution du problème._ Sous un rapport, il est le premier à nous en avertir, il revient simplement à l’ancien usage qui n’était pas, même un siècle après Robert Estienne, de renvoyer à la ligne le commencement de chaque nouveau verset.On y gagne très peu pour la facilité des recherches et l’esprit en est un peu dérouté quand la coupure des versets ne correspond à aucun repos du sens et ne devrait pas même être marquée d’une virgule.La distinction des chapitres est généralement plus conforme au sens ; cependant les infractions à ce principe ne sont pas très rares; il en est une, aujourd’hui reconnue de tous les interprètes, dès le passage du premier au second chapitre de la Genèse, et chacun en a dû remarquer d’autres exemples dans les épitres et évangiles de quelques Dimanches, formés, sans arrêt du sens, avec les derniers versets d’un chapitre et les premiers du suivant.M.Fillion, en indiquant, avec toute la netteté convenable, les numéros des chapitres aussi bien que des versets, subordonne toujours au sens les divisions typographiques de son texte, alinéas, paragraphes, sections, etc., et il arrive parfois que le commencement d’un chapitre se trouve au milieu d’un alinéa.C’est dire que l’auteur n’a pas conservé en tête des chapitres les titres qu’on y lit généralement dans les éditions de la Vulgate.La consécration qu’a reçue, au concile de Trente, le texte de cette version ne tombe nullement sur ces titres, qu’il reste permis aux éditeurs d’omettre ou de modifier.M.Fillion les remplace par deux sortes d’indications qu’il s’efforce d’adapter aux divisions logiques du texte et pour ainsi dire, à chacun des membres et des articulations de la pensée ; ce sont, d’une part, des titres, placés en tête des paragraphes et divisions d’un ordre supérieur, en caractères de dimensions graduées, et d’autre part, des notes marginales, dont la suite forme réellement une analyse contenue du texte.Quiconque a fait une étude sérieuse des parties difficiles des saintes Ecritures sait quels secours on peut trouver dans une telle analyse bien faite.A tous les mérites du fond la forme du livre en ajoute qui ne sont pas sans valeur.Tous les titres et annotations se fondent harmonieusement dans la composition typographique ; les pages ne sont pas surchargées ; leur aspect se rapproche beaucoup des 330 BIBLIOGRAPHIE éditions les plus soignées des livres ordinaires ; la teinte du papier et les encadrements de pages en filets rouges, la netteté remarquable du caractère, aussi parfaite qu’elle jraisse l’être avec un format aussi manuel, achèvent de donner au livre, dont le prix reste classique, un aspect agréable et attrayant.L’amour même des saintes Ecritures y peut gagner quelque chose dans le cœur des jeunes élèves du sanctuaire, et nous ne doutons pas que cette espérance ait animé l’auteur à prendre tant de soins de tous les détails de son œuvre.Nous nous rappelons lui avoir entendu citer un exemple du curé d’Ars, qui, malgré son extrême amour de la pauvreté, y dérogeait un peu, par esprit de religion, lorsqu’il s’agissait de son bréviaire, en sorte que les tranches dorées du livre de la prière étaient le plus brillant ornement de la cellule du saint prêtre.M.Filliona voulu que la sainte Bible pût, sans grands frais, être le plus beau, comme le plus riche trésor de plus d’une biblothèque ecclésiastique.P.F.Guide français de la Nouvelle-Angleterre, 1887.—1 vol.gr.in-12, 320 pp.—Lowell, Mass.—Harrington frères, imprimeurs.Prix $1.00.Voici une compilation fort intéressante qui contient la liste et l’adresse, par ordre alphabétique, de tous les habitants Canadiens-Français des Etats du Maine, New-Hampshire, Vermont, Massachusetts, Rhode-Island et Connecticut.Il donne en outre des statistiques importantes sur les groupes canadiens de ces différents Etats, avec un abrégé de la loi concernant le payement des effets de commerce, les licences de commis-voyageurs et le taux de l’intérêt.C’est un ouvrage utile et fait avec beaucoup de soin.On remarque avec plaisir que, dans les annonces, les réclames, etc., les auteurs emploient autant que possible le véritable terme français, et non pas ces horribles traductions littérales qui ont cours chez quelques-uns de nos marchands.Il y a cependant encore plusieurs anglicismes, qui disparaîtront peu à peu, n’en doutons pas.En somme, c’est un bon mouvement, qui mérite d’être encouragé.N.L.Descriptive catalogue of a Loan Exhibition of Canadian historical portraits &c.—Montréal, 1887.80 p.in-8.C’est une énumération raisonnée des tableaux, portraits à l’huile ou au pastel, miniatures, pièces curieuses, médailles, manuscrits et objets antiques de toute sorte, qui ont été exposés par la Société numismatique et archéologique de Montréal, pour célébrer les noces d’argent de cette utile institution.La collection de portraits est bien la plus riche qui ait jamais été réunie dans notre pays.Elle eût pu être plus complète, si la Société avait annoncé son exposition plus à bonne heure et si les particuliers avaient montré plus de bonne volonté.Les institutions publi- REVUE DES LIVRES 331 ques, telles que les séminaires de Montréal et de.Québec, les archevêchés de ces deux villes, le collège Ste-Marie des Révds Pères Jésuites, et les différentes communautés religieuses de femmes, ont fourni un grand nombre de tableaux et d’objets.On remarquait surtout un portrait, du temps, de Mgr de Laval, une collection complète des portraits des évêques de Québec, et deux portraits authentiques, de l’époque, de Wolfe et de Montcalm.Ces deux derniers tableaux ont été exposés par M.l’abbé Verreau.Le portrait de Wolfe a été acheté par lui à la vente de la galerie de Lord Hastings, et celui de Montcalm venait de M.le commandeur Viger, qui l’avait eu delà famille Lacorne de St-Luc, amie de Montcalm.Presque toutes les anciennes familles étaient noblement représentées, principalement les familles de Léry, de Lanaudière, Baby, de Sallaberry, Boucher, de Lotbinière.Quelques-uns des portraits exposés étaient de véritables œuvres d’art., / , L’exposition a duré du 15 décembre au 29 février et a été bien fréquentée ; plusieurs des maisons religieuses de Montréal y ont envoyé leurs élèves._ _ A la séance d’inauguration, en répondant à une adresse qui lui fut présentée par le président, M.le juge Baby, Lord Lansdowne fit un excellent discours.Il appuya fortement sur tous les motifs qui doivent nous engager à conserver précieusement dans nos familles tout ce qui pourrait rappeler notre glorieuse histoire ; ajoutant que les hommes d’origine britannique, comme ceux d’origine française, doivent considérer la gloire des fondateurs de la colonie comme une partie de leur héritage.Espérons que ce conseil profitera à tout le monde, et que, dans nos familles, même les plus humbles, on ne reléguera plus au grenier les portraits des ancêtres ! P.-J.-O.C.The Canadian Birth day book.By Seranus.—Toronto, 1887.Crowded out.By Seranus.Toronto.Seranus, tel est le nom de plume d’une femme de lettres qui écrit habituellement dans le Week de Toronto.Elle a publié dernièrement deux petits volumes qui font preuve d’une grande sympathie pour la population française du Canada.“ The Canadian Birth day book ”, est un diary.En face des pages blanches, on y trouve, pour chaque jour de l’année, quelque jolie pièce de vers.L’auteur a presque autant emprunté aux poètes canadiens-français qu’à ceux de langue anglaise, ce qui, dans une ville aussi franco-phobe que la capitale d’Ontario, nous paraît d’une rare audace.L’autre volume est un recueil de nouvelles, publiées sous le titre collectif et original de “ Crowded out ”, comme si elles eussent été refusées faute d’espace par des rédacteurs—bien mal avisés alors.La scène est presque toujours dans notre province, et le plus souvent les personnages portent des noms français.Seranus a certainement vécu chez nous assez longtemps pour s’y plaire et faire connaissance avec quelques-uns de nos types ; 332 BIBLIOGRAPHIE mais pas assez peut-être pour se rendre compte de toutes choses.L’histoire des Messieurs Foxley, où la scène se passe dans Ontario, est pour cette raison probablement plus vraie que celle de “ Demoiselle Joséphine Boulanger ” par exemple, quelque gentille que soit cette dernière nouvelle.“ Le prisonnier Dubois ”, qui n’est autre que Riel, nous paraît manquer complètement de vraisemblance.Même remarque au sujet de la première nouvelle qui sert d’introduction ; celle-ci est de plus sujette â d’autres objections.“ Descendez à l’ombre, ma jolie blonde ”, et l’histoire “ d’Etienne Chézy d’Alencourt ”, sont de charmantes créations.Il y a du reste un fond de bienveillance et de mélancolie dans toutes ces pages, et le talent de l’auteur est marqué au coin d’une exquise sensibilité et d’une grande délicatesse.P.-J.-O.C.REVUE DES REVUES CANADA La Revue Canadienne.—Montréal.—Revue mensuelle.—Prix, $2 par an.Les trois premières livraisons d’une troisième série de cette revue, qui compte près d’un quart de siècle d’existence avec quelques interruptions, ont été publiées depuis le mois de janvier.Nous sommes enchantés de voir que notre vénérable doyenne exigera invariablement que l’abonnement soit payé en avance, comme le fait le Canada-Français.Les journaux quotidiens peuvent attendre la rentrée de leurs abonnements : ils ont pour se refaire les annonces, la vente au numéro et le reste.Il n’en est pas de même des publications périodiques.De fait il n’est que juste que crédit soit mort pour les entreprises littéraires : il en a tant fait mourir ! Entre autres matières, les livraisons de janvier et février contiennent un article très intéressant sur les “ Jésuites en Canada, sous la domination anglaise ”.Cette époque de notre histoire a été encore peu étudiée, faute de renseignements probablement.Le zèle avec lequel on a travaillé à se procurer des documents va permettre à nos érudits de jeter plus de jour sur cette période relativement sombre.Les nouvelles Soirées Canadiennes.—Montréal.—Recueil mensuel.—Prix $2 et $2.50, suivant que l’abonnement est payé d’avance ou dans l’année.Livraisons de janvier, février, mars.Cette revue contient un très remarquable travail sur les corporations ouvrières, signé REVUE DES REVUES 333 d’un nom de plume “ Romanus”, ainsi qu’un travail de M.B.Suite sur Bégon._ Nous regrettons qu’une semblable revue, publiée dans un centre littéraire comme Montréal, soit obligée de recourir à des reproductions étrangères pour s’alimenter.Nos écrivains canadiens sont assez nombreux, ce nous semble, pour permettre aux Soirées de i ustifier leur sous-titre—Recueil de littérature nationale.La lyre d’or.—Publication mensuelle illustrée, dirigée par M.Stanislas Drapeau.—Ottawa.Janvier, février et mars 1888.Cahiers grand in-4 de 56 pages.Abonnement: |2.M.Drapeau a déjà publié d’abord Y Album des Familles, puis le Foyer des Familles.Les entreprises de ce genre, quelque bien méritantes qu’elles soient, ont peine à vivre dans notre pays.Mais les tentatives réitérées qui se font prouvent qu’il y a une certaine ténacité chez les éditeurs et chez les écrivains.La publication de la Lyre d'Or—le titre est peut-être un peu ambitieux— ainsi que la résurrection de la Revue Canadienne, coïncident avec la naissance du Canada-Français et justifient le proverbe anglais It never rains but it pours.Nous voici donc dotés de plusieurs publications littéraires en langue française.Il n’y en a pas en ce moment en langue anglaise, si l’on excepte quelques spécialités scientifiques, et le Week de Toronto qui est plutôt une gazette hebdomadaire dans le genre du Saturday Review de Londres.Cela s’explique par le grand débit qu’ont ici les nombreux magazines à bon marché imprimés aux Etats-Unis.Le Journal de l’Instruction Publique.—Gr.in-8, à deux colonnes, Montréal.Excellente publication mensuelle imprimée par M.Beau-chemin, libraire.La rédaction en est confiée principalement à M.Casgrain, professeur de littérature et de langue française à l’Ecole normale Jacques-Cartier.Elle contient, outre les avis officiels, des dictées et des exercices pour les élèves des écoles, des articles pédagogiques et, chose plus redoutable, une série de phrases à corriger cueillies dans nos divers journaux, sans indication qui puisse blesser les écrivains.Nous faisons des vœux pour que le Canada-Français ne fournisse pas un trop fort contingent aux tablettes de ce grammairien convaincu et implacable.Le Monde Illustré.—Montréal.Cette jolie publication hebdomadaire, rédigée par M.Ledieu, natif de France mais depuis longtemps canadiennisê, en est à sa quatrième année.Elle a d’excellents clichés des journaux illustrés d’Europe et donne un bon nombre de gravures par nos artistes sur des sujets canadiens.C’est ainsi qu’elle a donné les portraits de tous les députés de l’Assemblée législative de 334 BIBLIOGRAPHIE Québec.Une de ses dernières livraisons a de belles pages représentant divers épisodes du jubilé de Léon XIII.Les articles portent généralement la signature autographiée de leurs auteurs.Elle offre des prix au concours, qui sont payés par quelques-uns de nos hommes publics et dont les sujets sont très variés, chose que nous approuvons beaucoup.Elle a aussi un système de loterie très ingénieux, que nous ne saurions approuver sans réserve.Il s’est publié à Montréal pendant un bon nombre d’années deux journaux illustrés : l'Opinion Publique et le Canadian Illustrated News.Le Monde Illustré remplace la première de ces publications.Le journal anglais n’a pas encore été remplacé.La Semaine Religieuse.—Montréal.Revue habdomadaire.Abonnement $1.Comme la plupart des diocèses de France, l’archidiocèse de Montréal a sa Semaine qui dans un tout petit cahier rend compte des évènements religieux.Elle est rédigée par M.Dupuy, français de naissance, et faite avec beaucoup de tact et de jugement.L’abonnement n’est que d’une piastre par année.Cette revue est sous le haut patronage de Mgr l’archevêque Fabre et c’est tout dire.L’Enseignement Primaire.—Revue bi-mensuelle publiée à Québec.Prix $1 par an.Cette revue pédagogique est rédigée par M.Cloutier, professeur à l’Ecole normale Laval.Son programme est à peu près le même que celui du Journal de VInstruction Publique.M.Cloutier est l’auteur d’un excellent recueil de Leçons de Choses, approprié à notre pays, et dont les revues pédagogiques d’Europe ont dit beaucoup de bien.Il se dévoue avec un très grand zèle à son utile publication.' P.-J.-O.C.ETATS-UNIS Comptes-rendus de l’Athénée Louisianais.—Paraissant tous les deux mois, Nouvelle-Orléans.—Prix d’abonnement SI.50 par an, payable d’avance.Chez Mme Vve H.Billard, 80 rue de Chartres.lIAthénée Louisianais a pour objet principal de perpétuer la langue française en Louisiane et de s’occuper de travaux littéraires, artistiques et scientifiques.Elle publie un cahier tous les deux mois.Ces cahiers étaient originairement d’un format in-4 ; ils sont maintenant petit in-8.Rien ne saurait nous inspirer plus de sympathie que l’objet de cette société.Beaucoup de gens croient la cause de la langue française entièrement perdue en Louisiane, et c’est toute une révélation de voir qu’il y a encore de vaillants lutteurs. REVUE DES REVUES 335 Entr’autres articles nous trouvons dans la livraison de janvier 1888, de jolis vers de M.Alfred Mercier, deux articles de critique littéraire par M.Alcée Fortier, et une dissertation philologique du Dr Devron.Dans cette dissertation il est surtout question du mot ber employé pour berceau.L’auteur cite les relations de voyage des premières religieuses ursulines àla Louisiane.M.Oscar Dunn, dans son glossaire, écrit bers et dit que le mot est d’origine normande._ Le Dr Devron a visité le Canada il y a deux ans et a donne un compte-rendu de son voyage, qui n’a que le défaut d’être trop court.Transactions and proceedings of the Modern language Association of America 1884-85-86.Baltimore, 2 vols in-8.Modern language Notes.—Janvier et février 1888.Ces deux publications sont l’œuvre d’une association de professeurs des langues modernes dans les collèges des Etats-Unis.Le secrétaire de cette association, M.Marshall Elliott, professeur de langues romanes à l’Université Johns Hopkins, est venu il y a quelques cinq ans au Canada.Il était chargé.de faire une étude sur les patois canadiens.En homme d’esprit il déclara qu’il n’y avait malheureusement pas de patois français chez nous.Un autre, pour écrire un paper plus intéressant, se serait peut-être obstiné à en trouver.Les Modem language Notes tiennent leurs lecteurs au courant de toutes les publications de linguistique moderne, particulièrement au point de vue de l’enseignement ; elles contiennent aussi des articles de critique littéraire.Dansles deux volumes des mémoires {Transactions), nous avons remarqué les articles suivants : “ On the genitive in old french ”, par le professeur Von Jageman; “ The french language in Louisiana and the negro-french dialect ”, par M.Alcée Fortier ; “ The collective singular in Spanish ”, par M.Henry R.Lang ; “ Old english philology in elementary schools ”, par M.Gummer ; “ French literature in Louisiana ”, par M.Alcée Fortier ; “ Guillaume de Dole, an unpublished old french romance ”, par M.Alfred Todd ; “ Speech mixture in French Canada—indian and french ”, par M.Marshall Elliott.Les travaux de MM.Elliott et Fortier sont particulièrement intéressants pour nous.M.Elliott s’occupe des mots sauvages que nous avons adoptés, et remarque avec raison qu’ils sont en très petit nombre et servent presque tous à désigner des animaux, des plantes ou des objets particuliers au pays.D’un autre côté, les mots français qui sont passés dans les langues sauvages, expriment presque tous des idées abstraites que ces idiomes ne pourraient rendre.De là le savant professeur conclut à l’ascendant que les Français avaient pris de suite sur les aborigènes.Il cite fréquemment les travaux remarquables de M.l’abbé Cuoq, le glossaire de M.Dunn et les écrits de MM.Suite et Legendre.P.-J.-O.C. 336 BIBLIOGRAPHIE EUROPE Revue d’Histoire Diplomatique.—Paris, 10, Boulevard Ras-pail.—20 f.par année.Cette excellente revue est publiée par la société du même nom, fondée et présidée par M.le duc de Broglie.La société a pour secrétaire M.le comte de Mauld, et notre distingué compatriote, M.Hector Fabre, fait partie de son bureau de directeurs.Elle a des membres et des collaborateurs dans tous les pays et notamment une quinzaine au Canada.La revue a publié des comptes-rendus de plusieurs ouvrages canadiens ; elle donne le bulletin le plus complet des publica-cations du monde entier au point de vue surtout de sa spécialité.La livraison de janvier 1888 a des lettres inédites du comte de Fersen, précédées d’une biographie de ce chevaleresque diplomate qui, après avoir tenté d’arracher Marie Antoinette et la famille royale à leur triste sort, périt lui-même dans une émeute à Stockholm.Sa fin tragique est une des choses les plus révoltantes parmi les lâches attentats de la populace soudoyée et mise en mouvement par des intrigants, attentats qui sont de tous les siècles et de tous les pays.Revue Française de l’Etranger et des Colonies.—Décembre 1887 ; janvier, février, mars 1S88.Cette publication est une des plus importantes pour nous.Elle s’occupe très souvent du Canada et avec la plus vive sympathie.Le directeur-fondateur, M.Edouard Marbeau, a des parents et des amis chez nous, etM.George Démanché, le rédacteur en chef, a fait partie de l’excursion du “ Damara ”.Il a publié, sous le titre “Au Canada et chez les peaux rouges ”—ne pas confondre,— une très intéressante série d’articles dans lesquels, on doit le dire en toute justice, il n’a rien confondu.Cette publication a absorbé dernièrement 1’ “ Exploration, gazette géographique ”, et la chose n’est pas à regretter.Dans le zèle subit qui s’est développé en France pour les études de ce genre, il commençait à y avoir une véritable superfétation.Moins et mieux vont très bien ensemble.La Revue française publie d’excellentes cartes, des plans, des gravures et, comme cela coûte toujours quelque chose, on ne doit pas être surpris si l’abonnement est de 30 francs.Les dernières livraisons contiennent une très intéressante série d’articles sur l’Université de Bonn par M.Leclerc.Revue du Monde Latin.—Cette revue, quia pour directeur en chef M.le baron de Tourtoulon, a publié dans les commencements plusieurs articles sur le Canada dûs à la plume de MM.Benjamin Suite et Legendre.Elle s’occupe de tous les pays de race latine : le Brésil, les autres pays de l’Amérique du Sud, l’Espagne, le Portugal, l’Italie, la Roumanie, et particulièrement de la littérature provençale et de tout ce qui concerne le REVUE DES REVUES 337 midi de la France.Elle n’en est pas moins à certains égards une revue générale.La chronique politique et diplomatique est écrite par M.le comte de Barrai, qui est aussi l’un des collaborateurs de la Revue d’histoire diplomatique.Paris-Canada, journal hebdomadaire, Paris.Le journal que l’honorable commissaire du Canada à Paris publie depuis cinq ans continue à fournir une carrière utile.On y reconnaît souvent la plume élégante qui a fait les délices du Québec lettré d’il y a quelques années.Nous le retrouvons surtout dans ce curieux passage d’un article sur la conférence donnée par M.Francisque Sarcev sur le nouveau volume de poésie de M.Fréchette: ha, Légende d’un peuple.“ Plusieurs des pièces que je vais vous lire, a-t-il dit, sont des “ chefs-d’œuvre, d’autres sont admirables, toutes sont dignes “ d’attention.” “ Nous sommes sur ce point bien d’accord avec le critique; nous hésiterons davantage à le suivre lorsqu’il rattache le poète à l’école de Boileau, et qu’il dit de sa poésie que c’est de l’excellent Boileau mâtiné de Corneille.Que l’inspiration, le souffle, soit du 17e siècle, c’est bien ; mais le vers dans sa forme, dans son.éclat, est bien moderne.Evidemment il y a quelque temps que, distrait par les mille bruits du théâtre qu’il note avec scrupule, le judicieux critique n’a relu Boileau, avec lequel nous l’aurions cru plus familier.Disons, pour expliquer le rapprochement, qu’il cédait, c’était visible, à l’habitude qu’on a depuis longtemps prise en France de trouver à tout ce qui vient du Canada un air d’ancien régime.” P.-J.-O.C.La civilta cattodica.Rome.Près de la place du Gesu, rue Celsa, 8, chez Alexandre Befani.Revue bi-mensuelle.Etudes religieuses, historiques et littéraires.— Revue mensuelle publiée à Paris.Agent à Québec, J.-A.Langlais, libraire.Ces deux revues sont placées sous la direction des Pères de la Compagnie de Jésus.Le titre même que porte la Civilta cattolica définit son programme.C’est sans contredit une des meilleures publications périodiques de l’Italie.C’est surtout à la polémique religieuse que ses rédacteurs consacrent leurs travaux.Aussi tout ce qui peut servir à l’apologie de la foi et de l’Eglise trouve-t-il place dans ses colonnes.Elle discute tour à tour les plus hautes questions de théologie et de philosophie chrétienne, les plus intéressants problèmes du droit social, ecclésiastique et civil, et suit de près les adversaires du christianisme sur le nouveau terrain des sciences critiques et naturelles.Le libéralisme catholique a toujours trouvé en elle un redoutable adversaire, et actuellement encore, elle traite avec autant de science que de courage la question romaine.Après une interruption de plusieurs années, les Etudes religieuses viennent de reparaître.Cette revue est parvenue à sa 338 BIBLIOGRAPHIE quarante-troisième année d’existence.Son programme diffère peu de celui de la Civilta cattolica.La livraison de mars contient plusieurs travaux importants, entre autres : Questions actuelles d'exégèse et d'apiologie biblique, Saint Augustin prédicateur, Quelques éloges récents sur Victor Hugo, Travaux contemporains sur la question du libre arbitre.Dans l’étude sur Victor Hugo, la simple exposition des éloges si exagérés et souvent si peu fondés décernés par ses fétiches au grand poète suffirait presque à réduire l’idole à sa juste valeur.Rien de plus intéressant ni de plus utile aux prédicateurs que le second travail sur le saint évêque d’Hippone.C’est un véritable traité pratique sur la prédication, où sont exposées d’une manière magistrale les idées de saint Augustin sur la prédication, les sources où il puisait, le zèle ardent qui l’animait pour le salut des âmes, sa manière populaire de proposer à la croyance les dogmes les plus relevés.Enfin, on y fait ressortir d’une manière éclatante le moraliste sûr et simple, tendre et fort.M.-E.M.Bibliographie catholique.— Paraît le 25 de chaque mois.Paris, rue Bonaparte, 82.La Bibliographie catholique a paru pour la première fois en 1841.Elle est spécialement destinée aux bibliothèques paroissiales, aux pères et mères de famille, aux directeurs des maisons d’éducation et à tous ceux qui veulent connaître les bons livres, distinguer les mauvais et rassurer leur conscience.Elle poursuit évidemment un but très important.Dans la préface de l’un de ses ouvrages, un auteur contemporain regrettait l’absence de ces tribunaux de censure, qui existaient jadis chez presque toutes les nations catholiques ; la Bibliographie peut, dans un certain sens et une certaine mesure, les remplacer ; car, si elle ne jouit pas de la force coercitive contre les mauvais livres et leurs auteurs, elle peut du moins les dénoncer.C’est, du reste, une revue aux appréciations de laquelle le lecteur peut se fier toutes les fois qu’il est question de la foi, de la morale et des rapports de la religion et de la science.On doit avouer que c’est un champ assez vaste, dont la culture demande beaucoup de soin, de tact et de jugement.Dès le premier numéro, les directeurs expliquèrent clairement leurs intentions.“ Ils posèrent en fait que l’esprit d’égoïsme et d’indépendance, l’oubli de la justice, l’impiété et la license envahissaient comme un torrent les classes dangereuses de la population des grandes villes.Or, une des causes principales de ce mal, ce sont les mauvais livres.Il faut donc combattre le poison par le contre-poison, repousser les livres par les livres, offrir à tous ceux qui ont le désir et le temps de lire, assez de lectures solides et variées pour les préserver d’en faire de mauvaises ou de dangereuses.” La Bibliographie catholique a été fidèle à ce programme.Elle s’est toujours montrée une sentinelle vigilante, toujours prête à jeter le cri d’alarme à l’apparition de l’ennemi, c’est-à-dire des REVUE DES REVUES 339 mauvais livres, tandis qu’elle n’a jamais cessé d’encourager de ses éloges les bons ouvrages et les auteurs consciencieux.M.-E.M.Revue des Sciences Ecclésiatiques.12 numéros par an.Paris.Roger et Chernoviz, libraires.—Abonnement, 15 francs.Le but de cette revue est suffisamment indiqué dans son titre.Elle est parvenue à son 57me volume.Le cahier de janvier 1888 contient les articles suivants: Les indulgences devant l’histoire et le droit canon, Etudes morales sur l’hypnotisme, Le progrès de la doctrine religieuse dans l’Eglise.Les deux derniers ne manquent point d’une certaine actualité.On sait que la question de l’hypnotisme préoccupe fort aujourd’hui les physiologistes et les moralistes.L’article que la Revue des sciences ecclésiastiques lui consacre dans ce numéro fait suite à plusieurs autres et traite la question au point de vue moral.Voici quelles sont les conclusions de cette étude : “ La morale réprouve l’usage de l’hypnotisme fait sans nécessité, en flétrit, à plus forte raison, les abus, et s’élève contre les dangers qu’il fait courir.Elle impose à son endroit une réserve d’autant plus grande qu’elle sait que Satan pèche en eau trouble, que même il s’est fait sentir plusieurs fois dans des phénomènes qui débutaient par l’hypnotisme et qui finissaient par le spiritisme.Que les médecins ne choisissent pas indis- tinctement entre l’hypnotisation et la chloroformisation pour anesthésier un sujet à opérer, car dans le chloroforme ils possèdent un procédé sûr, dans l’autre un anesthétique douteux ; les devoirs de leur profession ne leur permettent pas d’employer une thérapeutique douteuse, quand ils en possèdent une autre d’une efficacité certaine.” L’autre article est une réfutation de cette assertion, si souvent déjà réfutée, que l’Eglise est ennemie de tout progrès, tandis qu’au contraire elle n’a rien de plus à cœur que le véritable progrès de l’humanité.Elle rejette, il est vrai, les théories hasardées, les utopies faussement décorées du nom de science, la liberté sans frein, l’indépendance absolue, qui en définitive sont plutôt des obstacles au vrai progrès.L’auteur se borne, dans cet article, à parler du progrès de la doctrine religieuse dans l’Eglise,, et il l’étudie successivement avant Jésus-Christ, par Jésus-Christ et les apôtres, et enfin après les apôtres.Depuis les apôtres, il n’y a plus dans l’Eglise de révélation publique et sociale ; en quoi donc alors peut consister et consistera jusqu’à la consommation des siècles le progrès de la doctrine religieuse?Saint Vincent de Lérins répond admirablement à cette question: “ La loi des âmes imitera la loi des corps qui., dans le cours des années, acquièrent le développement harmonieux de toutes les parties sans cesser d’être ce qu’ils étaient.C’est cette loi de progrès que doit suivre la vérité religieuse.Il est certes bien permis de creuser avec le temps les enseignements de notre céleste philosophie, pour exprimer des concepts plus achevés.Qu’on les 340 BIBLIOGRAPHIE fasse briller de toute la clarté de l’évidence, à la bonne heure ! mais c’est un crime de les changer, de les mutiler.” M.-E.M.La Controverse et le Contemporain.Revue mensuelle, publiée sous la direction d’un comité de professeurs des facultés catholiques de Lyon.Abonnement, 24 francs pour le Canada.Agents à Montréal, Cadieux & Derome.Comme les Etudes Religieuses, la Controverse a pour objet la défense de la religion et de la vraie science.Or, dans la lutte éternelle entre le vrai et le faux, il en est comme dans les guerres qui se prolongent longtemps.Le but à atteindre est sans doute toujours le même, mais les armes sont choisies et appropriées aux besoins du combat ; et les combats eux-mêmes n’ont pas toujours le même théâtre, car l’effort de la guerre se porte tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, tantôt sur un sujet, tantôt sur un autre ; aujourd’hui il faut enlever telle place, demain peut-être il faudra défendre telle autre.Il n’en est pas autrement dans la défense de la vérité et l’attaque contre l’erreur.C’est là l’idée de l’un des derniers articles de la Controverse.Depuis Porphyre et Julien l’apostat jusqu’à nos jours, des controverses se sont mille fois élevées sur les saintes Ecritures, mais le débat a souvent changé de terrain.C’est ainsi, par exemple, que, il y a un tiers de siècle, en France, à l’époque où Renan, à peine sorti du grand séminaire, se jetait des bancs de l’école dans les rangs des libres penseurs, la controverse roulait sur l’Evangile et sur la personne de N.S.Jésus-Christ.On reproduisait alors en France, on résumait, on délayait de toutes manières ce livre informe et indigeste—profondément oublié depuis—qui a nom la Vie de Jésus, par le docteur Straus.On s’efforçait—proh pudor !—de traduire dans notre belle langue française, si claire, si précise et si logique, de lourdes élucubrations venues de l’Allemagne sur les quatre Evangiles.Maintenant on ne s’occupe plus de Jésus-Christ; currente rota, c’est à l’Ancien Testament que s’attaquent les rationalistes ; ils tâchent d’en anéantir toute la valeur historique, tout le surnaturel, dans le fol espoir de faire crouler par là le christianisme lui-même ! La Controverse a consacré à cette discussion plusieurs études aussi solides qu’intéressantes.M.-E.M.Revue des Questions Historiques, Paris, Palmé.Cette revue compte déjà 23 années d’existence et complétera bientôt son 43e volume.Elle s’occupe de tous les points d’histoire sujets à discussion.On y trouve toutes les qualités du genre, largeur de vue, stricte impartialité, recherches minutieuses et solides, de nature à porter la lumière sur les mœurs, la religion, l’histoire et les coutumes des peuples anciens et modernes.On compte, parmi les écrivains ordinaires de cette revue, des hommes d’une réputation reconnue, MM.Lecoy de la Marche, Paul Allard, Godefroi Kurth, Henri de l’Epinois, etc.M.-E.M.
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