Bulletin du parler français au Canada, 1 janvier 1908, janvier
JANVIER 1908 N» S Vol.VI BULLETIN DU S O M M A I R lî Pages Itil—Michel Bibaud, journaliste, et la vie littéraire de son temps .• 177 —Séance publique de la Société du Parler français.180—Rapport du trésorier.185—Livres et Revues (Canadians).188 —Bulletin bibliographique.• 101—Lexique canadien-français.109—Questions et réponses.200—Anglicismes.L’abbé Camille Roy.Ad-ïCtor Rivard.Aixtutor Rivard.T.k Comité nu Bulletin, Le Comité du Bulletin.HKDACTION HT ADM1NISTRATION LA SOCIÉTÉ DU PARLER FRANÇAIS AU CANADA UNIVERSITÉ LAVAL QUÉBEC Éditeur-dépositaire, à Paris: H.CHAMPION, libraire-éditeur, 9, Quai Voltaire, ALPHABET PHONÉTIQUE (Signes conventionnels pour la figuration de la prononciation) d après MM.Gili.iéron et l’abbé Bousselot Lettres françaises.Les lettres a, e, i, o, u, b, d, n, f, j, k, l, m, n, p, r, t, u, z, ont la même valeur qu’en français.g = g dur (gateau); s == s dure (sa) ; œ — eu français (heureux); w == on semi-voyelle (oui); y i gemi-voyelle (pied); iv = u semi-voyelle (huile); è = e féminin (je); h marque l'aspiration.Lettres nouvelles, n — on français (coucou) ; c = ch français (chez).Signes diacritiques.Un demi-cercle au-dessous d’une consonne indique que cette consonne est mouillée: / (son voisin de l + y, l mouillée italienne), k (son voisin de k + g), g (son voisin de g + g), u (gu français de agneau).— Un point au-dessous d’une consonne indique que cette consonne est prononcée la langue entre les dents: /, d (sons voisins de t + s, d+z; c’est le t et le d sifflants canadiens de : ti, du).Les voyelles sans signes de quantité ou de-qualité sont indéterminées (tantôt ouvertes, tantôt fermées), ou moyennes: a (a de patte), e (e de péril), o (o de hotte), œ (eu de jeune).Les voyelles marquées d’un accent aigu sont fermées: à (a de pute), é (e de chanté), 6 (o de pot), œ (eu de eux).—Les voyelles marquées d’un accent grave sont ouvertes : à (a de il part), è (e de père), o (o de encore), à> (eu de peur).—Les voyelles surmontées d’un tilde sont nasales: à (an de sans), ê (in de vin), 6 (on de pont), œ (un de lundi).— Suivies d’un point supérieur, les voyelles sont brèves; a’, r, etc.; de deux points, elles sont longues: a:, i:, etc.; d’un accent, elles sont toniques: a, i', etc.Deux lettres qui se suivent, et dont la seconde est entre crochets, représentent un son intermédiaire entre les deux sons marqués.Ainsi, ô[oJ = o demi-nasal.Les petits caractères représentent des sons incomplets.Il n’y a pas de lettres muettes dans la prononciation figurée; chaque son n’est représenté que par une lettre, et chaque lettre ne représente qu’un son. Vol.VI, N° 5.—Janvier 1908.MICHEL BJBAUD, JOURNALISTE ET LA VIE LITTÉRAIRE DE SON TEMPS [Conférence faite à la séance publique de la Société du Parler français, le 21 janvier 10U8, par M.l'abbé Camille Roy, président) Monsieur le Gouverneur, (1) Mesdames, Messieurs, La Société du Parler français au Canada est heureuse de souhaiter encore ce soir la bienvenue à l’auditoire si nombreux et si bienveillant qui s’empresse à cette séance, à cette fête annuelle.Kt c est encore pour moi un très agréable devoir de vous remercier en son nom d’une sympathie qui ne se lasse pas.Votre assiduité, mesdames et messieurs, nous persuade que notre travail n’est pas inutile, puisque vous l’appréciez si hautement.Nous sommes particulièrement honorés, monsieur le Gouverneur, de l’intérêt que vous voulez bien prendre à l’œuvre de notre Société.La Société du Parler français était à peine née que vous vous hâtiez de vous faire inscrire sur la liste de ses membres actifs, et vous donniez ainsi, avec votre précieux concours, un exemple que voudront imiter tous ceux qui dans celle province se soucient des progrès et de la lortune de notre belle langue française.J’adresse dès maintenant un cordial merci aux membres de notre Société qui nous apportent ce soir le huit toujours savoureux de leurs recherches et de leurs éludes.Nos conférenciers trouveront sans doute dans votre attention si judicieuse leur première et leur meilleure récompense.Merci, enfin, à la Société symphonique de Québec pour cette note harmonieuse qu’elle mêle à tous nos discours; merci à ces (1) Sir L.-A.Jetlé, lieutenant-gouverneur de la province de Québec.161 162 Bulletin du Parler français au Canada artistes qui nous reviennent cette année avec tout le prestige qui s’attache aux triomphateurs, et qu’il n’est plus besoin de louer puisque, désormais, ils portent à leur front le laurier qui raconte leur victoire.Je voudrais prolonger encore le doux plaisir de vous parler des autres, de ceux-là qui sont nos amis et nos collaborateurs, mais il me faut bien vous dire tout de suite que cette année le bureau de direction de la Société du Parler français impose à son président la tâche, d’ailleurs très honorable, de traiter devant vous, au début de cette séance publique annuelle, l’un ou l’autre sujet qui, de près ou de loin, se rattache à l’histoire ou à l’étude de notre langue française au Canada.Or, messieurs, notre langue française ne vivant pas seulement dans nos discours, mais aussi dans les livres où elle traduit encore nos pensées, vous ne trouverez pas inopportun, ni que ce soit verser dans le hors-d’œuvre, de vous présenter ce soir, à côté d’excellentes dissertations sur notre parler national, quelques considérations sur la vie littéraire de l’une des premières périodes de l’histoire des lettres canadiennes.C’est, d’ailleurs, ce Michel Bibaud sur lequel nous avons appelé depuis quelques mois l’attention des lecteurs du Bulletin, qui nous fournit l'occasion et le motif de ce sujet.Non pas que Bibaud soit l’écrivain le plus élégant et l’historien le plus sympathique de cette époque; mais, à coup sûr, il est celui qui a le plus cherché à entraîner ses contemporains dans les courants de la vie intellectuelle, et cela suffit pour que nous tentions de grouper autour de lui et de son œuvre tous les efforts qu’il provoqua ou dont il fut seulement le témoin attentif.Puisqu’il a publié le premier recueil de poésies canadiennes que nous ayons, et notre première Histoire du Canada, et puisqu il a londé à lui seul deux journaux et quatre revues ou recueils périodiques, il a bien toutes les chances d’être celui qui connut le mieux et qui éprouva davantage les ardeurs ou les indifférences intellectuelles de ses contemporains.Et, d’ailleurs, Michel Bibaud qui se glorifiait d’avoir créé pour notre langue le mot énerguménie, qu’il fait dériver d’énergumène, Et d'où vient, réponds-moi, cette étrange manie, Ce fol empressement, cette énerguménie, (1) Épilres, Satires, etc., par Michel Bibaud, p.62. 163 Michel Bibaud, Journaliste etc.et d’avoir inventé le mot décrue (1) qui fut trouvé bien avant lui, ne serait pas lâché d’apprendre, dans la grande paix littéraire qui enveloppe sa mémoire, que la Société du Parler français s’est souvenu de son labeur.Ne mérite-t-il pas encore qu’on rappelle ici son nom et son travail, celui qui, vers 1820, écrivait de bons articles et rimait de mauvais vers pour dénoncer ce projet d’Union des Canadas qui alors menaçait de détruire dans notre vie les vieilles traditions, et de ruiner sur nos lèvres le doux parler des ancêtres ?* « « On sait comme Michel Bibaud lut un personnage littéraire assez complexe : mais de Bibaud poète, historien ou journaliste, dont on peut tour à tour rappeler le souvenir, c’est le journaliste qu il importe de taire revivre pour une heure, puisque c’est lui qui a le plus pressé ses compatriotes de se mettre au travail de la pensée, d’écrire convenablement leur langue maternelle, et puisque c’est justement à l’occasion des jugements, des critiques et des reproches du journaliste que l’on peut se demander quel fut vraiment, de son temps, l’état des lettres canadiennes.Michel Bibaud, s’il faut en croire son fils Maximilien ®, commença au Spectateur de Montréal, fondé en 1813, sa carrière d écrivain.Mais le rôle de collaborateur ne pouvait évidemment suffi'e à l'activité grande dont il était doué; en 1815, Michel Bibaud s’associait donc à Joseph-Victor Delorme pour fonder et publier l'Aurore.Il semble bien qu’à celte époque c’était trop de deux grands journaux à Montréal, et l’on vit, en 1819, le Spectateur canadien se fusionner avec l’Aurore et l’absorber.Le Spectateur n’eut qu’à ajouter à son titre, pour marquer celte étape de son évolution, le sous-titre qu’avait adopté l’Aurore: «journal de littérature, de politique et de commerce.» Il n’en fit guère, d’ailleurs, pour cela beaucoup plus de littérature; et l’on peut plutôt constater, à parcourir ces vieilles feuilles de Montréal imprimées sur du très mauvais papier, que la littérature du commerce, je veux dire les annonces, passionnait déjà par dessus tout les industrieux journalistes de notre grande métropole.On attribue encore à Michel Bibaud la fondation du Courrier du Bas-Canada Le Coin du Feu, qui devait paraître « tous les trois mois en cahiers de 144 à 16Ü pages, in-8, proprement brochés », essaierait donc de prendre dans les loyers la place du journal littéraire de Bibaud, qui ne semblait pas assez « répondre à l’attente du public, non plus qu'aux besoins du pays ».
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