Montréal musical, 1 décembre 1912, jeudi 5 décembre 1912
1 ère Année No.29 LE NUMERO 10c Abonnements: I an $4.—6 mois $2 5 Décembre 1912 ^gtfB^^ Abonnements: I an $4.—6 mois $2 ^^«^^ ^^^^^^ Wiontréal Qmsical ON ^^^^^^^^f Ê \L ^^HÉV Ancien «^^B» Wf ^^^^ ^^^^^^^^^^^^^ "Montréal qui Chante" M^^^B ^^^¦^¦^^¦^^^ Revue Musicale, Artistique, Théâtrale et Littéraire, Hebdomadaire.Propriétaires : MM.SENECAL & MARTINEAU Rédaction et Administration : A.ROBI et P.CHRISTE.TEL.EST 697 TEL.EST 1185 6T 5831 PARAIT TOUS LES JEUDIS.M.Marcel Fleury, du Théâtre Français, qui a chanté la nouvelle Marche des Etudiants au Théâtre National.f LIRE DANS CE NUMERO: .La Chambre."D'ETUDIANT —o NUMERO EXCLUSIVEMENT RESERVE AUX ETUDIANTS Ce numéro contient "Carabin-Carabine" .Marche-Chantée deïE.E.M.de LA VAL.PAR Paul Daniel, Gustave Laçasse et Benoit, F.Poirier."Joyeux Etudiant Pas redoublé par A.ROBI 11 J Theatre National Français SEMAINE DU 9 DECEMBRE 1912 PIERRE et THERESE Comédie par MARCEL PREVOST THEATRE DES NOUVEAUTES SEMAINE DU 9 DECEMBRE 1912 Montréal en Saisons _GRANDE REVUE__ N ATIONOSCO PË SEMAINE DU 9 DECEMBRE 1912 Paye.Baptiste REVUE PAR RAD ET VAL SENECAL & MARTIN EAU COSTUMIERS 126, rue ST-DENIS, - Montréal tel.bell est 69?Costumes Santa Claus Raquetteurs Mascarades, Bals, Etc.- Articles de Grimage f i i ï La chambre d'Etudiant * ï i I ï ï i Quand on est couché sur le divan bas Devant la fenêtre, C'est délicieux, car on ne sait pa,s Où l'on peut bien être.Mollement couché, des coussins au dos, On goûte une joie : On ne voit plus rien, entre les rideaux, Que le ciel de soie ! Ni sordides murs, ni toits, ni sommet D'arbre de décembre ! Mais on revoit tout sitôt qu'on se met Debout dans la chambre ! Dès qu'on est debout, on revoit la cour De zinc et d'asphalte, Tout ce qui, soudain, quand le rêve court, Vient lui dire; "Halte!" •L'envers des maisons, luxe à urix réduit, Gaz et tuyautages, Et l'affreux vitrail qui se reproduit A tous les étages! Dès qu'on est debout, on voit brusquement Tout ça reparaître.On s'étend : plus rien que du firmament Dans une fenêtre ! C'est pourquoi, souvent, quand je me sens De vulgaire vie, las Durant tout un jour, sur le divan bas, Je rêve et j'oublie.Et j'aime rester immobile sur Le vieux divan rouge, "* " ." Sachant qu'on détruit le carré d'azur Aussitôt ou'on bouge.Et je n'aperçois que du bleu, du bleu, Du bleu dans la baie ; Le soleil y vient, une heure, au milieu, Faire sa flambée; fuis, le carré bleu pâlit vers le soir, Prend un vert turquoise; Puis il s'assombrit, devient presque noir C'est comme une ardoise, Et des signes clairs partout la criblant, L'invisible craie Vient couvrir alors d'algèbre tremblant L'ardoise sacrée ! Oh ! ne pas bouger ! ne pas faire un pas Vers cette fenêtre ! Croire que la cour affreuse n'est pas Et ne peut pas être! Oh ! dire au tableau : "Je ne te permets Que ce qui s'étoile !" Se placer toujours pour ne voir jamais Le bas de la toile ! Ce serait trop beau! — Ne pas lire tout.Choisir dans le livre ! ¦— Mais on ne peut pas ! Sans être debout, On ne peut pas vivre! Ce riu'il faut pouvoir, ce qu'il faut savoir, C'est garder son rêve; ("est se faire un ciel qu'on puisse encor voir Lorsque l'on se lève; C'est avoir des yeux qui, voyant le laid, Voient le beau quand même; C'est savoir rester, parmi ce qu'on hait, Avec ce qu'on aime! Ce qu'il faut, c'est voir, au-dessus d'un toit.D'une cheminée, Au-dessus de moi, au-dessus de toi, D'une humble journée, D'un coin cle Paris, — c'est cela qu'il faut, Car c'est difficile ! — Un ciel aussi pur, un ciel aussi haut Qu'un ciel de Sicile ! Edmond ROSTAND.ons ^oiomas ! avenir Les étudiants! Titulus clamât! C'est le beau moment de la vie où l'on n'est plus un écolier, où l'on n'est pas encore un homme.Les vraies passions arrivent et grandissent, sur les débris •des vivacités de l'enfance; on vient et l'on arrive à.la ville, pous y passer, dans l'innocence, des jours filés d'or et de soie.Aussitôt, toute leçon s'oublie et toute crainte s'envole; le présent, l'avenir, les sages préceptes, les bons avis et les bons exemples des générations renfrognées, on n'en sait rien ; on n'entend rien ; le moyen de rien entendre clans cette vie cle joie, oh tout est bruyant, excepté le tonnerre! Allons çà! faites-nous place, nous sommes l'avenir! Cédez-nous le pas, nous sommes les magistrats, les hommes d'affaires les peintres, les poètes, les artistes, les avocats, le3 médecins, les députés, nous sommes le printemps de ce siècle ! Et les voilà qui s'en vont, la casquette en tête, la pipe à la bouche, les main-dans les poches, traînant avec eux, dans leurs gaillardes escapades, mille vertus apprivoisées, d'un -frais visage et d'un accès facile: Le lierre ne tient pas à l'ormeau avec un abandon plus échevelé. Nouvelle chanson des E.E.M.de Laval, Montréal Paroles de Paul Daniel et Gustave Laçasse.Création de Marcel Fleury au Théâtre National.Mélodia et accompagnement de Benoit F.Poirier.6 décembre 1912. Carabin, Carabine IT* #7__ f Carabin, Carabine 1 Carabin-Carabine SUITE II est crâne et d'humeur joyeuse Le carabin fier et content : Son oeil reflète un coeur ardent.Une âme douce et généreuse.Moustache en croc, torse cambré, Tenant d'une main sa badine Et de l'autre.sa "carabine", Vous l'avez cent fois rencontré.C'est bien heureux, le soir, qu'il laisse Le bistouri, le tablier: S'il est des bras qu'il faut tailler Il en est d'autres qu'on caresse.'.Et si parfois sa main se perd En un paysage exotique, C'est par distraction clinique: La science et l'amour vont de pair.Refrain C'est nous, les joyeux carabins! Qui faisons ragots et potins.Nous avons la gaîté dans l'âme Et de l'amour pour chaque lemme! Nous avons la réputation D'égayer la population.Nous sommes chez nous dans la rue, Blaguant le bourgeois et la "grue".C'est nous ! les joyeux carabins, Qui faisons ragots et potins : Nous sommes chez nous clans la rue Blaguant les bourgeois et la "grue".C'est nous ! les -'oyeux carabins Qui chantons du soir au matin ! Toujours avec exactitude Le carabin sonde les coeurs; Il se fait fi des airs blagueurs, Que voulez-vous, c'est son étude ! S'il sait aimer, il sait mourir, Il se rit de la mort qu'il brave Et seul son devoir le rend grave Près de ceux qu'il cherche à guérir.Le carabin, tu le devines, S'il fallait défendre son sol, Se battrait sans peur et sans dol, Ayant au poing.sa carabine! — Ainsi toujours quelque idéal Guide chaque pas de sa vie, Qu'il s'appelle : femme jolie, Souffrance humaine ou sol natal!. Les Joyeux Etudiants par Mr.Armand Robi. Les Joyeux Etudi&nts-Si/#e sa M.Armand Robi la semaine theatrale Théâtre National Semaine du 2 décembre 1912 " L'AMOUR VEILLE" Comédie en 4 Actes par M.M.6.A.Caillavet et Robert de Fiers.Le public de Montréal connaît la marque "De Flcrs et Caillevet"; c'est de la bonne importation; et cette étiquette posée une une pièce suffit à en garantir la valeur et à dire tout le plaisir qu'on y goûtera à.en goûter.Car c'est quelque chose de pétillant, de léger, de prenant, ce n'est pas un plat de résistance qui vous tente seulement quand on a grand faim, c'est une franchise qui invite irrésistiblement ceux qui n'ont nulle envie d'ad-sorber quoique ce soit, c'est ce je ne sais quoi toujours alléchant qui vous fait vous mettre à table toujours avec plaisir.pardon je voulais dire aller au théâtre avec plaisir, car c'est de théâtre qu'il s'agit, de ce théâtre adorablement puéril signé de ces heureux producteurs que sont M.M DeFlers et Caillavet et qui répand de la bonne joie, pas compliqué mais si bienfaisante pourtant Ah ! la jolie formule de pièce.Et comme elle convient à tous! Et comme elle se laisse entendre sans le moindre effort ! C'est du rêve, c'est de la réalité, de la gaité, un petit peu de tristesse, n peine! tout cela assaisonné de mots, de situation^ qui vont du sourire au rire en passant par toute une gamme admirablement nuancée.C'est d" l'art le plus fin et ce qu'il y a de surprenant, c'est que cela paraît si simple qu'on ne s'en aperçoit même pas., "L'Amour veille" est une de ces pièces qu'il faut, avoir vues et qu'on ira entendre avec empressement, car dès demain l'écho de son triomphe se répandra de bouche en bouche, jusqu'aux confins de Montréal et fera affluer au National la foule des gens délicats qui se plaisent à cette aimable et saine distraction qu'est le théâtre.Comme dans tentes les pièces de ces maîtres du ¦rire, l'action peut se raconter en deux lignes.Un mari trompe sa femme et celle-ei jure de lui rendre la pareille, mais elle ne fait que jurer, elle ne tient pas son sarment, pardonne et est heureuse de pardonnner à cause de l'amour qui veille, et qui, tant ou'il brûlera dans ces deux âmes jeunes, laissera entrevoir encore de longues année; de bonheur.Ce qu'il est malaisé de dire c'est le détail guil-loehé .de ces quatre actes qui abondent en mots charmants et en situations d'un effect irrésistible, c'est la grâce captivante qui se dégage de cette conversation vive et pimpante, aux allures de menuet, de valse ou de polka, d'un mouvement divers sans cesse renouvelé et qui constitue un véritable délice; mais ce qu'il m'est permis de dire sans faire un srand effort d'imagination, c'est la perfection de l'interprétation qui m'a ravi et dont tout le monde s'est plû à reconnaître la minutie.Je dois tout d'abord féliciter cette fois sans réserves M.Chanot, qui s'étant départi de sa froideur habituelle a rendu son rôle d'André de Ju-vigny (le mari) dans une action chaude et vivante au fond de laquelle on sentait la sincérité et la conviction.Je suis heureux de dire à M.Chanot que c'était beaucoup, beaucoup mieux que d'ordinaire et que, comme "l'ordinaire était déjà très bien, le beaucoup mieux", ne doit pas être, dans mon esprit, éloigné de la perfection.Mme Briant a saisi intelligemment les moindres nuances de son rôle de Jacqueline et l'a rendu avec une jeunesse vibrante délicieuse.Son succèj a été ce qu'il est dans chaque pièce dont elle incarne le rôle-type, c'est-à-dire triomphal.Mme Vhéry a composé une touchante figure de jeune fille résignée.Mme Devoyod a été une adorable maman; Mme Barney une cousine séductrice au minois bien joli.Mme Demons ne fait que passer, gracieuse et fine.M.Filion, auquel échoit toujours le rôle du prêtre quand le cas se phésente, a campé une figure bon enfant de brave curé de campagne dont les mines étonnées ont mis la salle en joie.M.Lombard fut un Carteret élégant et encore vert.J'ai gardé pour la fin Pelletier, mais qu'on n'aille pas croire que je l'ai oublié, non pas, il a charmé tous les spectateurs par l'admirable interprétation qu'il a donnée d'Ernest Vernet et par dej.qualités d'émotion que nous ne lui connaissions pas encore.Son rôle était très délicat à jouer, car il suscite le rire presque tout le temps, quoique triste, et la difficulté consistait précisément à arrêter le rire en certains endroits pour ne laisser place qu'à l'émotion, et ce, brusquement, sans transition.La sincérité de M.Pelletier a évité l'écueil du rire continu dans la salle.Ses mots de chagrin ont porté tels qu'ils étaient dits ] avec sincérité et c'est avec mille nuances, gestes, expressions de figure, intonations différentes que I l'excellent acteur a sû rendre sympathique et pitoyable, d'une pitié honorable, ce personnage qui eût pu si facilement devenir stupide et grotesque."L'Amour veille" fera de belles salles au National, j'en suis persuadé, car nulle pièce ne répondit mieux aux aspirations du public d'ici et n'offrit une aussi parfaite interprétation.P.CHRISTE.Théâtre des Nouveautés "Les joies de la paternité", la pièce actuelle du Théâtre des Nouveautés a été enlevée avec le brio habituel.Beaucoup de monde et beaucoup d1 succès.Ce n'est qu'une pièce d'attente, avant la revue qui passe la semaine prochaine; c'est pourquoi, notre compte-rendu de cette semaine se voit forcément écourté.En tous cas, c'est un spectacle qui vaut la peine d'être vu, car la pièce malgré ses défauts, est très amusante.On nous a annoncé, que sur sa demande, Madame Deluys-Robi, ne fait plus partie du Théâtre des Nouveautés.Espérons, que ce n'est pas la décision d'abandonner définitivement le théâtre, qui lui a fait résilier son engageemnt.Nous souhaitons, par contre, avoir le plaisir de réapplaudir très prochainement cette délicieuse artiste, sur une de nos scènes Montréalaises.Intérim.Au Nationoscope Excellente soirée à notre théâtre de drames populaires."Marie-J eanne", est toujours la pièce qui émeut et passionne le gros public.Beaucoup de inonde pour applaudir cette pièce et sa bonne interprétation.Intérim.Montréal Musical-Noel Notre numéro de J^loel auquel nous avons apporté tous nos soins remportera, nous en sommes certains, tout le succès qu il mérite, auprès de nos lecteurs.Il contiendra plus de 12 morceaux de musique, des compositeurs les plus en vue, des poésies, des contes, des illustrations et de superbes photographies.Il sera imprimé sur beau papier couché, et comprendra 36 fiages.Enfin il ne coûtera que 25c.Le retenir chez son fournisseur habituel sera une bonne précaution.'Dans notre prochain numéro, nous donnerons le sommaire complet du J^Iontréal Musical-Noel.Nos abonnés y ont droit gratuitement, et le service leur en sera fait, sans qu'ils nous le demandent. GRAZIELLA il jeta un regard rapide autour de lui.comme un homme égaré qui monte sur un arbre pour chercher sa route, puis se précipitant au gouvernail : "A vos rames, enfants ! s'écria-t-il ; il faut que nous voguions au cap plus vite que le vent; s'ii, nous y devance, nous sommes perdus !" Nous obéîmes comme le corps obéit à l'instinct.Les yeux fixés sur ses yeux pour y chercher le rapide indice de sa direction, nous nous penchâmes sur nos avirons, et tantôt gravissant péniblement le flanc des lames montantes, tantôt nous précipitant avec leur écume au fond des lames descendantes, nous cherchions à activer notre ascension ou à ralentir notre chute par la résistance de nos rames dans l'eau.Huit ou dix vagues de plus en plus énormes nous jetèrent dans le plus étroit du canal.Mais le vent nous avait devancés, comme l'avait dit le pilote, et, en s'engouf-frant entre le cap et la pointe de l'île, il avait acquis une telle force, qu'il soulevait la mer avec les bouillonnements d'une lave furieuse, et que la vague, ne trouvant pas d'espace pour fuir assez vite devant l'ouragan qui la poussait, s'amoncelait sur elle-même, retombait, rulssselait s'éparpillait dans tous les sens comme une mer folle, et, cherchant à fuir sans pouvoir s'échaper du canal, ,=e heurtait avec des coups terribles contre les rochers à pic du cap Misène et y élevait une colonne d'écume dont la poussière était renvoyt'e jusque sur nous.Tenter de franchir ce passage avec une barque aussi fragile, et qu'un seul jet d'écume pouvait remplir et engloutir, c'était insensé.Le pêcheur jeta sur le cap éclairé par sa colonne d'écume un regard que je n'oublierai jamais, puis faisant le signe de la croix : "Passer est impossible, 6'écria-t-il ; reculer dans la grande mer, encore plus.U ne nous reste qu'un parti: aborder à Procida ou périr." Tout novices que nous fussions dans la pratique de la mer, nous sentions la difficulté d'une pareille manoeuvre par un coup de vent.En nous dirigeant vers le cap, le vent nous prenait en poupe, nous chassait devant lui; nous suivions la mer qui fuyait avec nous, et les vagues, en nous élevant sur leur sommet, nous relevaient avec elles.Elles avaient donc moins de chance de nous ensevelir dans les abîmes qu'elles creusaient.Mais pour aborder à Procida, dont -nous apercevions les feux du soir briller à notre droite, il fallait prendre obliquement h?3 lames et nous glisser, pour ainsi dire, dans leurs vallées vers la côte, en présentant le flanc à la vague et les minces bords de la barque au vent.Cependant, la nécessité ne nous permettait pas d'hésiter.Le pêcheur, nous faisant signe de relever nos rames, profita de l'intervalle d'une lame à une autre pour virer de bord.Nous mîmes le cap sur Procida, et nous voguâmes comme un brin d'herbe marine qu'une vague jette à l'autre vague et que le flot reprend au flot.IX .Nous avancions peu; la nuit était tombée.La poussière l'écume, les nuages que le vent roulait en lambeaux déchirés sur le canal en redoublaient l'obscurité.Le vieillard avait ordonné à l'enfant d'allumer une de ses torches de résine, soit pour éclairer un peu sa manoeuvre dans les profondeurs de la mer, soit pour indiquer aux marins de Pro- (Suite) cida qu'une barque était en perdition dans le canal, et pour leur demander non leur secours mais leurs prières.C'était un spectacle sublime et sinistre que celui de ce pauvre enfant accroché d'une main au petit mât qui surmontait la proue, et de l'autre élevant au-dessus de sa tête cette torche de feu rouge, dont la flamme et la fumée se tordaient sous le vent et lui bridaient les doigts et les cheveux.Cette étincelle flottante, apparaissant au sommet des lames et disparaissaant dans leur profondeur ,toujours prête à s'éteindre et toujours rallumée, était comme le symbole de ces quatre vies d'hommes qui luttaient entre le salut et la mort dans les ombres et dans les angoisses de cette nuit.X Trois heures, dont les minutes ont la durée des pensées qui les mesurent, s'écoulèrent ainsi.La lune se leva, et, comme c'est l'habitude, le vent plus furieux se leva avec elle.Si nous avions eu la moindre voile, elle nous eût chavirés vingt fois.Quoique les bords très-bas de la barque donnassent peu de prise à l'ouragan, il y avait des moments où il semblait déraciner notre quille des flots, et où il nous faisait tournoyer comme une feuille sèche arrachée à l'arbre.Nous embarquions beaucoup d'eau : nous ne pouvions suffire à la vider aussi vite qu'elle nous envahissait.11 y avait des moments où nous sentions les planches s'affaisser sous nous comme un cercueil qui descend dans la fosse.Le poid^ de l'eau rendait la barque 'moins obéissante et pouvait la rendre plus lente à se relever une fois entre deux lames.Une seule seconde de retard, et tout était fini.Le vieillard, sans pouvoir parler, nous fit signe, les larmes aux yeux, de jeter à la mer tout ce qui encombrait le fond de la barque.Les jarres d'eau, le paniers de poissons, les deux grosses voiles, l'ancre de fer, les cordages, jusqu'à ses paquets de lourdes hardes, nos capotes même de grosse laine trempées d'eau, tout passa par-dessus le bord.Le pauvre nautonier regarda un moment surnager toute sa richesse.La barque se releva et courut légèrement sur la crête des vagues, comme un coursier qu'on a déchargé.Nous entrâmes insensiblement dans une mer plus douce, un peu abritée par la pointe occidentale de Procida.Le vent faiblit, la flamme de la torche se redressa, la lune ouvrit une grande percée bleue entre les nuages ; les lames, en s'allon-geant, s'aplanirent et cessèrent d'écumer sur nos têtes.Peu à peu la mer fut courte et clapoteuse comme dans une anse presque tranquille, et l'ombre noire de la falaise cle Procida nous coupa la ligne de l'horizon.Nous étions daus les eaux du milieu de l'île.XI La mer était trop grosse à la pointe pour en chercher le port.Il fallut nous résourdre à aborder l'île par ses flancs et au milieu de ses écueils."N'ayons pas d'inquiétude, enfants, nous dit le pêcheur en reconnaissant le rivage à la clarté de le torche, la Madone nous a sauvés.Nous tenon?la terre et nous coucherons cette nuit dans ma maison." Nous crûmes qu'il avait perdu l'esprit, car nous ne lui connaissions d'autre demeure que sa cave sombre de la Margellina.et, pour y revenir avant la nuit, il fallait se rejeter dans le canal, doubler le cap et affronter de nouveau la mer mugissante à laquelle nous venions d'échapper.Mais lui souriait de notre air d'étonnement, et comprenant nos pensées dans nos yeux : "Soyez tranquilles, jeunes gens, reprit-il.nous y arriverons sans qu'une seule vague nous mouille".Pui-il nous expliqua qu'il était de Procida; qu'il possédait encore sur cette côte de l'île la cabane et le jardin de son père, et qu'en ce moment même sa femme âgée avec sa petite fille, soeur de Bep-pino, notre jeune mousse, et deux autres petits enfants, étaient dans sa maison, pour y sécher les figues et pour y vendanger les treilles dont il s vendaient les raisins à Naples."Encore quelques coups de rame, ajouta-t-il, et nous boirons de l'eau de la source, qui est plus limpide que le vin d'Ischia." Ces mots nous rendirent courage; nous ramâme?encore pendant l'espace d'environ une lieue le long de la côte droite et éeumeuse de Procida.De temps en temns, l'enfant élevait et secouait sa torche.Elle jetait sa lueur sinistre sur les rochers, et nous montrait partout une muraille inabordable.Enfin, au tournant d'une pointe de granit qui s'avançait en forme de bastion dans la mer, nous vîmes la falaise fléchir et se creuser un peu comme une brèche dans un mur d'enceinte ; un coup cle gouvernail nous fit virer droit à la côte, trois dernières lames jetèrent notre barqiie harassée entre deux écueils, où l'écume bouillonnait sur un bas-fond.XII La proue, eu touchant la roche, rendit un son sec et éclatant comme le craquement d'une planche qui tombe à faux et qui se brise.Nous sautâmes dans la mer, nous amarrâmes de notre mieux la barque avec un reste de cordage, et nous suivîmes le vieillard et l'enfant qui marchaient devant nous.Nous gravîmes contre le flanc de la falaise une espèce de rampe étroite où le ciseau avait creusé dans le rocher des degrés inégaux, tout glissants de la poussière de la mer.Cet escalier de roc vif, qui manquait quelquefois sous les pieds, était remplacé par quelques marches artificielles qu'on avait formées en enfonçant par la pointe de longues perches dans les trous de la muraille, et en jetant sur ce plancher tremblant des planches goudronnées de vieilles barques ou de fagots de branches de châtaigniers garnies de leurs feuilles sèches.A|*rès avmr monté atinsj Jentement environ quatre ou cinq cents marches, nous nous trouvâmes dans une petite cour suspendue qu'entourait un parapet de pierres grises.Au fond de la cour s'ouvraient deux arches sombres qui semblaient devoir conduire à un cellier.Au-dessus de ces arches massives, deux arcades arrondies et surbaissées portaient un toit en terrasse, dont les bords étaient garnis de pots de romarin et de basilic.Sous les arcades, on apercevait une galerie rustique où brillaient, comme des lustres d'or, aux clartés de la lune, des régimes de maïs suspendus.de LAMARTIXE.(A suivre) Voulez-vous connaître le secret de la beauté.Voulez-vous être belle Mesdames.M [1 Le massage est reconnu comme le plus grand aide à la santé et une M beauté permanente.Un teint rose et une peau veloutée sont donc il assurés par l'usage quotidien du Masseur "VENUS".Les rides, les têtes noires et le teint jaune disparaissent miraculeusement à mesure qu'on se sert du Masseur " VENUS." t| Tout le monde connait la grande valeur et l'importance du massage.Les nombreux établissements qui existent dans toutes les grandes villes où se donnent le massage font preuve de ceci.C'est dans les salons de ces établissements que nous trouvons les femmes et les hommes qui recherchent un teint clair et cette fraîcheur tellement désirée et obtenue par le moyen du massage.Evitez les cosmestiques, qui sont contre la nature et servez-vous du moyen naturel.t| Dans le passé le massage était une chose dispendieuse, seulement les gens à l'aise pouvaient en jouir.Aujourd'hui tout le monde peut avoir ce traitement chez soi, car le prix du Masseur "VENUS" est à la portée de tous.Le Masseur "VENUS" est mis en fonction tout simplement en le glissant sous n'importe quel robinet et en faisant couler l'eau.Voyez la vignette.EN VENTE CHEZ MM.SENECAL & MARTINEAU, 126, rue St-Denis, coin Dorchester, MONTREAL.PRIX $5.00
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.