La musique, 1 janvier 1920, février
2e Année — Mo 14 Février 1920 La Musique G).mfà SOMMAIRE Aux Bois .Jean AUBOIS Calixa Lavallée (1849-1891) Arthur LETONDAL Musique et Musiciens à Québec.Souvenirs d’un amateur .N.LeVASSEUR Musique d’église .C.-H.LEFEBVRE, S.J.Notes grégoriennes.Causerie musicale (XII)- Blanche GAGNON Le R.P.Bonvin, S.J.Le Récital Prokofieff .Edmond-J.TRUDEL Lettre de Montréal .Fred.PELLETIER Echos et Nouvelles.— Concerts.Variétés.Abonnement : $1.00 par année ¦ i Y iliJIff à üà Le numéro, lO sous 4 Parait te 15 de chaque mois LA MUSIQUE Revue mensuelle Publiée sous la direction de Orner Létourneau et Hector Faber COLLABORATEURS : M.Jean Aubois M.J.-Arthur Bernier R.P.Louis Bonvin, s.j.M.Octave Bourdon Mademoiselle Victoria Cartier M.l’abbé Joseph Desmet M.Louis-Joseph Doucet R.P.Emile Fontaine, s.j.Mademoiselle Blanche Gagnon M.Henri Gagnon M.J.-A.Gilbert Madame Maria Lagacé-Girard R.P.C.-H.Lefebvre, s.j, M.Arthur -Letondal M.N.LeVasseur M.l’abbé Olivier Maurault, p.s.s.M.Xavier Mercier M.le docteur J.-G.Paradis M.le chanoine J.-R.Pelletier M.Fréd.Pelletier S.M.de S.M.M.E.Stiévenard M.Edm.-J.Trüdel Administration : 20, Côte de la Montagne, Québec Téléphone 6349 Adresser toute correspondance à l’administration.ABONNEMENTS : Canada, un an.$1.00 Etranger, un an.1.50 L abonnement part de janvier et est payable d avance.Les numéros parus sont envoyés aussitôt inscription.La collection de l’année 1919 se vend $1.25 (par la poste, $1.35) Prière de faire remise par mandat-poste ou chèque payable au pair à Québec.LA MUSIQUE est en vente chez les marchands de musique et dans les principaux dépôts do journaux.La Banque Provinciale du Canada ^ncanieurs JCtcpitcice Capital et réserve $ 3,000.000 Actif au-delà de 35,000.000 1 Marceau 8c .îftls Plus haut intérêt alloué sur les dépôts à l’épargne '— 1 (JHarcfyanba be gentiles Succursale Basse-Ville : J.-Alph.Fugère Boul.-Langelier : J.-A.Dubois 288, rue j§t-3lasepl{, - ($uélicr.©clrpljcmc 2453 AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAOAAAAAAAAAAAAAAAAAA OAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAO “VERS LE PROGRÈS" fit Cottserfraicirt Rational ht iHustqitc Siège social : 312-est, rue Sainte-Catherine Montréal J.-N.CHARBONNEAU, directeur.Les Examens Pidele à sa devise, le Conservatoire National s’intéresse vivement au progrès de l’art en notre pays.Son action constante pour améliorer le système de l’enseignement de la musique est hautement appréciée des musiciens et des congrégations enseignantes.$es programmes d’examens, toujours soigneusement élaborés, rendent d’utiles services à la cause de l’éducation musicale.Les examens de musique prennent chaque année un grand développement.Il n’est pas surpertlu, cependant, de faire observer que la préparation à ces examens doit être faite avec discernement et moralité, c’est-à-dire, se réaliser de longue main et offrir à l’élève la meilleure garantie d’une formation intellec-tuellev et artistique.A ce point de vue, le programme d’études du Conservatoire National est particulièrement propre à être mis entre les mains des élèves.Instructif et intéressant pour tous les degrés, il contient la filiation logique des connaissances nécessaires et indispensables à la culture générale du musicien.Loin de nuire à l’initiative personnelle du professeur, il seconde et fortifie son enseignement.Les principales maisons d’éducation de Montréal, d’Ottawa et de Québec l’ayant adoptés, des examens annuels seront tenus, à l avenir, dans ces trois villes, durant le cours du mois de juin.Les renseignements à ce sujet seront fournis aux endroits suivants : Bureau du Conservatoire, 312-est, rue Ste-Catherine,Montréal.Administration de la Musique, 20, Côte de la Montagne, Québec Maison-mère des Sœurs Grises, rue Water, Ottawa. Musique et Broderie Française Nous avons tout ce qui est joli en musique Française, tous les opéras qui se chantent à Vlontréal : Mireille, Mignon, Le Caïd, Carmen, Jean de Nivelle, etc.Nous faisons toiites les broderies pour Robes, Chemisettes, Linge de Maison, Trousseaux .ayettes.Rideaux, etc.Broderie Religieuse et pour Uniformes civils et militaires.Cadeaux de Fête utiles et agréables RAOUL VENNAT 642, rue St-Denis, Montréal.- Tel.Est 3063 - Agent pour le Canada du Courrier Musical, le Monde Musical, la Petite Maîtrise, la Tribune de St-Oervais, la Tribune Musicale.Spécimen» adressés sur demande.Mpjpxm ©njues (fiasafemt SONT CÉLÈBRES #____________ Au delà dft 800 ont été construites par la MAISON CASAVANT FRÈRES.dont 65 à quatre claviers, 197 à trois claviers, 538 à deux claviers, etc.V Y # CASAVANT FRÈRES FACTEURS D'ORGUES SAINT-HYACINTHE, Que.' MUSIQUE EN FEUILLES INSTRUMENTS DE MUSIQUE ASSORTIMENT DES PLUS COMPLETS BEAUDRY FRERES .263, RUE SAINT-JEAN Tél.833 PHOTOGRAPHIE D’ART PHOTOGRAPHIE COMMERCIALE Pour les taux d’annonce, s’adresser à L’Imprimerik Modèle, 20, Côte de la Montagne. Lavigueur & Hutchison SEULS REPRÉSENTANTS DES CÉLÈBRES PIANOS HEINTZMAN & CO.(LE FAVORI DES ARTISTES) Distributeurs des Grafonolas COLUMBIA et seuls agents des merveilleux IMPÉRIAL, reproduisant tous les records de n’importe quelle marque CONDITIONS 1)E PAIEMENT LES PLUS FACILES 81, RUE ST-JEAN Succursale : 54, rue St-Joseph.w* iÜUJJi, Professeurs et Amateurs de Musique AYEZ DES INSTRUMENTS DE PREMIER GOUT Que pensf.z-voos des marques de piano CHIOKERING — PRATTE — BELL — DOMINION—WISEMAN — ROSSINI.Vous qui êtes connaisseurs ne pourrez dire autre chose que chacune de ces marques comparées aux prix que nous les vendons sont réellement supérieures.Nous avons aussi une collection complète d’instruments de toutes sortes tel que Violons, Flûtes, Clarinettes, Cornets, etc., etc.Un choix très varié de musique en feuilles, profane ou sacrée, ainsi que méthodes pour instruments.Nous gardons toujours en magasin les derniers records parus et avons une sélection de au-delà de i0,000.UNE ATTENTION TOUTE SPÉCIALE EST APPORTÉE AUX COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES ET AUX PROFESSEURS PIUSIQUE 197, rue St-Joseph QUÉBEC MEUBLES Angle St-Joseph et St-Valier.1230, rue St-Va.lier. ^Hermann (Cnurcliesttr S.-^Vlberl CSau&in (lauiiht Sc (Unurclj mit Pianos — Orgues — Violons — Musique en Feuilles Victor-Victrolas — Disques “Victor” Musique Classique et Populaire — Musique Religieuse Editions Européennes et Américaines 252, rue Jïd-Tlcsepif T*l.4626 QUEBEC.142, rue JSt-Jeau Tel.4345 Quebec and Montreal.American momt ROBES, BLOUSES, COSTUMES ET MANTEAUX MODÈLES EXCLUSIFS 69, RUE BUADE Téléphone 4975 DEUX MAGASINS : 369J, RUE ST-JOSEPH Téléphone 7832 2cme année No 14 LA MUSIQUE Février 1920 §mmwmk Aux Bois H ! mes chers amis les Bois, ce n’est pas d’hier que je grille de coucher sur le papier, à votre intention, tout le bien qui me vient de tous côtés sur le compte de votre estimable famille ! Combien longtemps j’ai souhaité avoir l'occasion de récapituler au grand jour vos services, aussi nombreux que signalés, dans le royaume des sons, afin de vous en exprimer, du même coup, la reconnaissance de l’art musical.Je crois l’avoir enfin trouvée, cette bienheureuse occasion, dans une information que nous apporte la presse aux cent voix et qui vous intéresse au premier chef.Vous ne sauriez prévoir, mes bons amis, ce que réserve au monde cet évènement d’une portée musicale retentissante : un concours de fanfares ! Vous y verrez peut-être, vous, une perspective troublante de contretemps peu musicaux ! Dans une joute de ce genre où doivent se rencontrer « obligato > nombre d’instruments de percussion, si la mêlée allait tourner au tragique ! Si seulement les concurrentes se mêlent de routes « jazz-er » en même temps ! En tout cas, l’affaire aura une énorme répercussion ! vous haussez le ton parfois, rarement vous forcez la note.Et puis, — laissez-moi exposer, votre modestie notoire en souffrit-elle, les aimables qualités de votre tempérament, — à cette discrétion pleine de tact, vous ajoutez un inlassable dévoû-ment partout en musique où il y a du du bien à faire, et vous en trouvez à faire partout.Thaumaturges de la sonorité, vous infusez aux cordes une vie nouvelle, cependant que vous tempérez l’excessive verdeur des cuivres.Laissés à eux-mêmes, ces derniers auraient des accents trop lourds, des couleurs trop crues, une langue trop vulgaire ; ils iraient s’enlisant dans une désolante banalité ! Vous apparaissez ?Tout change et se transfigure ! Miraculeux prestige ! Le cristal de vos flûtes, le mordant de vos clarinettes, le moëlleux plein de rondeur des bassons dispensent à profusion autour d’eux le velouté, la distinction, le brio ! Prestigieux miracle ! La rude main du métal se voit soudainement gantée du plus soyeux velours ! * * * Et justement, voilà où votre précieuse intervention devient non seulement utile mais indispensable.Car vous êtes discrets, vous, mes amis les Bois, et si Jusqu’où ne rayonne pas votre harmonieuse influence ?Vous améliorez en l’ennoblissant la littérature fanfaresque très plébéienne.En plus, vous infusez à l’orchestre un sang nouveau qui le virilise. LA MUSIQUE Le quatuor à cordes a bien son mérite et sa valeur, intéressant qu’il est par son babillage, tantôt ému tantôt badin; mais il est d’une intimité fort restreinte, trop peut-être.Son enseignement n’a pas l’ampleur désirable parce que ses voix manquent de portée.Il semble menacé d’anémie.Votre appoint lui donne de nouvelles énergies.Le son menu des violons s’éclaircit de la brillante sonorité des flûtes ; l’éclat chatoyant des clarinettes enrichit la voix sérieuse des altos ; et le timbre vigoureux des bassons donne du corps à l’organe encore adolescent des violoncelles.Du coup, les grandes oeuvres des maîtres trouvent dans l’orchestre un interprète efficace et puissant par où se déversent sur les foules les flots harmonieux de la bonne musique.Qu’ajouter à notre admiration ?Vous vous rappelez ce prodige des temps de l’histoire sainte qui jetait nos âmes id’enfants dans l’ébahissement ?Vous souvenez-vous ?Cette nuée merveilleuse, opaque durant le jour contre le soleil ardent, et lumineuse pendant la nuit dont elle dissipait l’obscurité redoutable ?N’est-ce pas votre rôle en musique ?Vous jouissez d’un double apanage : nous protéger contre la truculence des cuivres et leur éclat tapageur ; par ailleurs, nous rendre plus sensible la présence harmonieuse des cordes ! Enfin car il faut bien finir, quel bel esprit de famille ! Oui, malgré la variété des caractères, l’harmonie la plus édifiante ! Rien ne la vient troubler.Entre l’enjoûment folâtre des flûtes gazouillantes et le sérieux plein d’austérité des graves bassons, l’obligeante condescendance des clarinettes fait régner quasi perpétuellement un accord.parfait ! Ah ! mes chers amis, si jamais j’ai le bonheur de vous porter un toast en public, je dirai : «Avec enthousiasme, je bois.aux Bois ! > Jean AUBOIS ALBANI A l’aube elle emprunta son nom si souriant; La fauvette des bois lui donna son ramage.Belle h desespérer les honris d'Orient, Au théâtre, au salon, chacun lui rend hommage : Mil sson, Lucca, Patti, pour votre quatuor, II vous faut d'Albani la voix au timbre d’or. LA MUSIQUE 23 Calixa, Lavallée (1842-1891) "S* VANT de parler de Calixa Lavallée il serait intéressant, croyons-nous, de jeter un coup d’œil sur le passé, de chercher ainsi à reconstituer brièvement le milieu social, — je ne dirai pas encore le milieu artistique, — qui vit éclore le talent de celui que nous voulons étudier quelques instants.Et ceci se passait vers le milieu du siècle dernier.On peut affirmer sans crainte que la vie musicale, telle que nous la concevons aujourd'hui, n’existait pas, à proprement parler, avant 1850.Quelques concerts à de rares intervalles, donnés par des artistes de passage, précédés d’une réclame tapageuse, venaient seuls rompre l’existence monotone de nos pères et faire trêve à leurs préoccupations politiques.Durant cette période oii les luttes parlementaires passionnent les esprits, les gazettes, on le conçoit, ne se livrent guère à la critique des choses de l’art ; et si elles mentionnent parfois les événements artistiques, ce n’est que sous forme d’annonces.Mais, fort heureusement, grâce à ces annonces oii les programmes sont publiés en entier, nous pouvons aujourd’hui reconstituer les soirées musicales de ce temps, comme aussi les soirées dramatiques.Le Théâtre Royal, à Montréal, oh avaient lieu ces ex’ ‘ s, souvent organisés par des amateurs, voyait aussi se réunir des corps de musique de la garnison anglaise, tel celui du 79e régiment sous le commandement «lu colonel Douglass.Citons en particulier la soirée du 23 avril 1829, oh des amateurs jouèrent VAvare, de Molière, avec le concours de la banda du 79e régiment, qui fit enténdre ce soir-là, durant les entr’actes, les morceaux de son répertoire.Mais des concerts étaint aussi donnés au Masonic Hall, comme en témoigne la soirée du 20 mai 1830, organisée par le Signor Jean Muscarelli, « de l’opéra de Milan, » ainsi que le proclamaient les affiches.Le programme de ce concert n’indique pas un degré notable de goût artistique par le choix des pièces.Quand au public, il faut croire qu’il avait peine à soutenir longtemps une oreille attentive, puisque le signor Muscarelli trouva prudent de terminer la soirée par une pièce burlesque, dans le but évident de renvoyer son public gavé de rire et de bonne humeur.Y avait-il, par contre, à cette époque, de la musique intéressante dans nos églises?Si l’on en excepte le chant grégorien et nos vieux Noël français, qui se sont perpétués jusqu’à nous grâce à nos offices religieux, il ne semble pas qu'il y eût souvent dans nos temples de la musique d’une réelle valeur.Nous avions pourtant dans le pays, notamment à Québec, des orgues et des organistes depuis l'époque lointaine oii Mgr de Laval écrit que « nos orgues mêlent leurs voix har monieuses à celles des chantres ».Dans les registres de la paroisse de Montréal il est question également d’orgues dès 1713.Des notes, curieuses pour les érudits, traitent du salaire des organistes, des réparations d’instruments, mais n'apportent aucune indication instructive au pyint de vue artistique.Toutefois, ces notes nous apprennent les noms, la plupart oubliés, des artistes qui se succédèrent aux orgues de notre vieille paroisse, et parmi lesquels il faut citer: Guillaume-Joseph 4 24 LA MUSIQUE Mechtler (natif de Bruxelles), organiste de 1792 à 1833, J.-C.Brauneis, Allemand d’origine, Léonard Eglaugh, Berlyn, Patrice Lacombe et Jean-Baptiste Labelle, dont la nomination date de 1849.La plupart de ces artistes étaient, on le voit, d’origine belge ou allemande, ce qui laisserait présumer que les études musicales n’étaient pas alors très avancées parmi les nôtres, ou bien que l’on professait, déjà en ce temps, un certain engoû-ment pour l’étranger.Quoi qu’il en soit, la position d’organiste à la cathédrale de Québec fut offerte en 1849 à un musicien français, Antoine Dessane.Celui-ci, en cette même année, traversa les mers pour venir se fixer au Canada.Antoine Dessane était un musicien de race.Ancien élève du Conservatoire de Paris, où il avait étudié sous la direction de Cherubini; plus tard disciple du compositeur Onslow, Dessane était un artiste sérieux, trop sérieux peut-être à une époque où l’on ne prisait que ies flonflons et où le style classique était inconnu.Néanmoins Antoine Dessane prit son rôle d’initiateur, de missionnaire de l’art, avec une conscience et une ardeur qui sont la caractéristique de sa longue carrière.« Un organiste nouveau et étranger à la cathédrale de Québec était à cette époque un événement,» écrit lui-même Dessane dans des mémoires intimes qu’il a laissés.«Aussi mes débuts furent-ils heureux.D’aucuns me trouvèrent sérieux dans mon style, mais convinrent avec la majorité qu’ils avaient acquis un artiste comprenant sa mission.» ^joutons qu’Antoine Dessane était admirablement secondé dans les concerts qu’il organisa, par le talent de sa femme que l’on dit avoir été une chanteuse et une diseuse parfaite.Madame Dessane a été un professeur de chant dont le talent fut toujours associé à la carrière de son mari.La société de concerts fondé par lui et appelée la Société harmonique parait avoir donné, vers 1855, une certaine impulsion à la musique et créé à Québec un mouvement artistique.C’est vers cette époque que l’on voit surgir le talent impétueux d’Ernest Gagnon, l’auteur futur des Chansons jwpulaires du Canada, l’écrivain charmant, précurseur de nos folkloristes d’aujourd'hui.Nommé organiste à l’église Saint-Jean-Baptiste de Québec en 1853, Gagnon fait alors les délices de la société québec-quoise par son talent prime-saurier, un peu nature, vibrant à l'excès, talent qu’il ira discipliner plus tard à Paris, pour revenir après quelques années reprendre ses fonctions à Saint-Jean-Baptiste, puis à la Basilique en 1865.Vers le même temps, deux musiciens français, Paul Letondal et Charles Sabatier, donnent à Montréal une vive impulsion à leur art.Le premier, ancien élève de l’Institution des jeunes Aveugles de Paris, est un violoncelliste remarquable en même temps que pianiste et théoricien.Après avoir consacré plusieurs années à donner des concerts, il se livre ensuite à l’enseignement et forme de nombreux élèves, parmi lesquels il faudrait citer la plupart des musiciens de cette époque.Le second, Charles Sabatier, enchante les dilettantes d’alors par son talent de pianiste.Tl compose, en 1860, à l’occasion de la visite du jeune prince de Galles (plus tard Edouard VII), une cantate qui fait sensation.Une mélodie de lui, une romance plutôt, dans le goût de l’époque, composée sur un poème de Crémazie, Le drapeau de Carillon, rend son nom populaire.Sabatier a laissé pourtant des choses assez intéressantes, des motets LA MUSIQUE 25 dont l’écriture révèle un bon musicien.Malheureusement l’influence de Sabatier fut de courte durée, car le 22 août 181)2, il expirait à l'Hôtel-I)ieu de Montréal à l’âge de 12 ans.Mais l’élan est donné.Bientôt ce sera toute une floraison de jeunes talents.Relevons, à Montréal, les noms d'Emma Lajeunesse, — qui deviendra la célèbre Albani, — Marie Régnault, Dominique Dueharme, Moïse Saucier, Charles Panneton, Gustave Gagnon, Romain-Octave Pelletier.Les deux derniers que je viens de citer sont aujourd’hui, au Canada, les seuls survivants de cette pléiade.Gustave Gagnon, frère d'Ernest Gagnon, a succédé à celui-ci comme organiste à la Basilique de Québec et, durant sa longue carrière, a été l’âme du mouvement musical en cette ville.R.-Octave Pelletier, précurseur à Montréal du vrai style de l’orgue, est le doyen respecté de nos musiciens.Chargé d'années mais encore vert, il est l’organiste actuel de la cathédrale.Sa vie a été un long apostolat artistique ; son enseignement a été des plus féconds.Telles étaient les conditions dans lesquelles se développait déjà la musique lorsque Calixa Lavallée entra en scène.Né le 28 décembre 1812, à Vercliè-res, Calixa Lavallée montra dès l’enfance des dispositions extraordinaires pour la musique.Doué d’une rare précocité, il apprit tout enfant à jouer un peu de tous les instruments.Le père du jeune Calixa, habile à fabriquer des violons, quitta bientôt son village pour aller travailler à Saint-Hyacinthe, chez Pierre Casa-vant, facteur d’orgue, père des frères Casavant, nos facteurs actuels.C’est à Saint-Hyacinthe que le jeune Calixa donna les premières marques de son talent naissant.A l’âge de onze ans, il touchait déjà les orgues de la cathédrale lorsqu’une circonstance le fit particulièrement remarquer.A l’occasion de funérailles extraordinaires, ou avait crut devoir demander le concours du Chœur de l’église Notre-Dame de Montréal, que dirigeait alors l’abbé Lazare-Arsène Barbarin, prêtre de Saint-Sulpice, l'un des maîtres de chapelle réputés de ce temps-là.L’abbé Barbarin comptait évidemment sur l’organiste de la cathédrale pour jouer les accompagnements.Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il vit apparaître à la tribune.un enfant! Il voulut d’abord le renvoyer, ne pouvant croire qu’un gamin de cet âge pût exercer les fonctions d’organiste.Mais l’enfant paraissait sûr de lui-même, la flamme d'une intelligence vive brillait dans ses yeux.« Laissez-moi essayer, voulez-vous ?» dit-il.— « Allez-y, mon enfant, nous verrons bien », reprit l’abbé.D’une seule enjambée le gamin fut aussitôt perché sur le banc de l’orgue.En quelquesminutesil avait déjà fait ses preuves, déchiffrant ce qu’on lui présentait avec une sûreté étonnante.L’abbé Barbarin en fut émerveillé et prédit à l’enfant une carrière brillante.Vers ce temps-là le jeune Calixa devait fréquenter le petit séminaire de Saint-Hyacinthe, oîi il ne fit du reste que passer de 1852 à 1853.Puis il suit naturellement son père, Augustin Lavallée, qui vient se fixer à Montréal pour y exercer l’état de luthier.C’est alors qu'il aurait, d’après un biographe1 , débuté à onze ans comme pianiste au théâtre Royal de cette ville.Il eut pour professeurs Paul Letondal, et, plus tard.Ch.-W.Sabatier qui lui enseignèrent le piano.Les progrès durent être rapides puisque, à dix-huit ans, il se sent déjà détaillé à donner des concerts aux 1.Ch.Labelle, UEcho musical, janvier 1888. LA MUSIQUE 26 États-Unis.Il avait au surplus la ressource de jouer passablement du violon et aussi la plupart des instruments à vent.Avec cette heureuse confiance que lui inspirent ses dix-huit ans et son adresse débrouillarde, il part pour la Nouvelle-Orléans, où il débute assez heureusement ; après quoi, en compagnie d’un certain violoniste espagnol, du nom de Olivera, il fait une tournée de concerts au Brésil et aux Antilles.Un détail peuconnu de la vie aventureuse et nomade de Lavallée, c’est la part qu'il prit, en 1861, à la guerre de Séce ss io n.Nous le voyons à ce m ornent quitter le clavier pour prendre rang dans l’armée du Nord, servir d’abordcom-me simple soldat, pour s’élever ensuite jusqu’au grade de lieutenant, par sa belle conduite à Antictan, où il est blessé.De retour au pays, ii séjourne au milieu des siens pendant deux années, faisant du concert et aussi de l’enseignement.Dans l’hiver de 1864, il prend part à dix-sept concerts dans la seule ville de Montréal.2 Mais il se fatigue bientôt de l’exis- tence monotone que l’on mène en notre ville à cette époque reculée.Dès lors, il ne reste plus en place, voyage un peu de tous côtés, et cette existence de troubadour durera jusqu’en 1873, alors que des citoyens de Montréal, à la tête desquels il faut citer M.Léon Derome, lui fournissent les moyens d’aller étudier en France.Il passe deux années à Paris, étudie le piano avec Antoine Marmontel, l’h ar mo ni e et la composition avec Bazin et un certain Boïeldieu, -qu’il ne faut pas confond r e avec l’auteur de la D a m e Blanche.Son retour à Montréal est signalé dans les journaux du temps par des articles du ton lopins élogieux.Il rapporte des c o m p o s i-tions pour le piano : une marche, une mazurka et une étude, dont le Canada musical (livraison du 1er août 1875) fait, sous la signature de B.-Octave Pelletier, une appréciation sérieuse.C’est vers cette époque 2.Nous révélons, dans la Minerve du 21 janvier 1861, l'annonce d’un concert donné par Calixa Lavallée en la «nouvelle salle des Artisans, grande rue Saint-Jacques».«M.Lavallée a l’honneur d’annoncer au public de Montréal et des en virons qu’il exécutera sur trois instruments différents tels que piano, violon et cornet à pistons.Il est assisté par les artistes amateurs suivants : Dllc Hourassa, Dlle Moronic, M.II.(luuthier, l«\ Lavoie, .1.Bouclier, » F.X.Valade, P.V.Baril et Maître (sic) Jos.Malaise.O ALIX A LAVALLÉE MiU / ¦ .> T { /11-"* * LA MUSIQUE que Lavallée organise des concerts avec Jéhin-Prume, le célèbre violoniste belge qui, comme .Jules Hone, a vait fait du Canada son pays d'adoption.En 1877, ils entreprennent ensemble de donner Jeanne d'Arc, le drame lyrique de Gounod, avec grand orchestre.Madame Jéhin-Prume tenait le rôle de Jeanne d’Arc.Ce fut un événement considérable signalé en termes enthousiastes par les journaux d’alors.Il est vrai que le ton superlatif qui règne dans toutes cés gazettes ne suffirait pas pour renseigner les générations futures sur la valeur des choses que l’on appréciait ainsi.Pas plus qu’aujour-d’hui le sens de la mesure n’existait alors, et Ion versait volontiers dans un dithyrambe où la candeur de l’admiration n’avait d'égale que la gaucherie à l'exprimer.Toutefois cotte littérature et les applaudissements du public ne suffisent pas à assurer l’existence des artistes quand tous ces suffrages ne se traduisent pas par quelque bonne recette.Lavallée en fit la triste expérience lorsque, à Québec, il dirigea plus tard une cantate qu’il avait composée pour une réception en l'honneur du Marquis de Lome et «le la Pricesse Louise.Il avait formé un chœur de 250 voix et un orchestre de 80 musiciens.Le succès fut très grand, dit-on, et la Princesse félicita vivement l'auteur.Seulement, l’organisation de ce concert avait nécessité des dépenses très lourdes, et la recette laissait un déficit a combler, que le compositeur dut solder de ses deniers.Avait-il, avec trop de confiance, compté sur des promesses plus ou moins vagues du inonde officiel ?Cela peut bien être.J ai eu, disait il avec quelque amertume, l’honneur de recevoir le princesse pour le compte du gouvernement de Québec, mais c’est moi qui ai payé les violons.» Cette cantate est restée, je crois, en manuscrit.Au dire des musiciens contemporains de Lavallée, c’était une composition de circonstance, bâclée a la hate et sans grande consistance.Lavallée avait de la facilité, un certain métier pour écrire des pièces de piano d'un style élégant, des romances bien tournées, mais pas suffisamment de science pour aborder de grandes œuvres.A l’égale de Guillaume Couture, notre véritable précurseur dans l’art de la composition musicale, il n’avait pas suffisamment étudié ce que l’école peut enseigner ; aussi dans l âge mûr était-il tourmenté d’un désir impuissant d aborder le genre symphonique.Ajoutez à cela peu de méthode dans le travail et une certaine répugnance à terminer, à mettre au point ce qu il avait commencé.M.Alfred DeSève, qui l'a bien connu à Boston, me disait avoir joué de Lavallée un concerto de violon, dont la partie d’accompagnement, jouée par l’auteur, n avait jamais été écrite sinon par quelques notes jetées à la hâte.Vers le même temps,* toutefois, Lavallée avait composé, pour une circonstance, un Tu es Petrus, motet pour soli, chœur et orgue.Cette composition, gravée à Boston, eut un certain succès et valut à son auteur le suffrage des musiciens de cette ville.C’est là, à Boston, où il était allé chercher gloire et fortune, que Lavallée mourut en 1891 à l’âge de 49 ans.Il s’y était conquis une réputation enviable.Croyant faire mieux, il avait depuis dix ans quitté « son ingrate patrie ».A la vérité il ne fut jamais oublié des siens.L’erreur de Calixa Lavallée c’est d’avoir en son pays voulu vivre du concert à une époque où pareille chose, plus encore qu’aujourd’hui, était impossible.Quant à faire de l’enseignement, Lavallée en fit certes, d’une façon 28 LA MUSIQUE intermittente, et du meilleur.Toutefois le professorat, alors trop peu rétribué, condamnait un musicien à l’esclavage d une vie laborieuse, monotone et sédentaire, toutes choses insupportables à une nature comme la sienne.Mais à Boston fut-il plus heureux et plus riche que parmi les siens ?Nous ne le croyons pas, car il mourut dans une situation de fortune assez précaire, laissant presque sans ressources sa veuve et son fils.Il avait cru trouver des succès sur une scène plus vaste, dans une ville réputée alors comme aujourd’hui le centre le plus artistique de la République voisine.Ce grand enfant qui aimait son pays, et qui l’aimais plus qu'il ne sans doutait lui-même, fut comme tant d’autres victime d’un mirage.Pouvons-nous l’en blâmer?Il manquait alors précisément parmi nous cette vie nationale qui commence à peine aujourd’hui à se dessiner.Cette vie nationale du Canada français, chose étrange ! Lavallée en a été, par l’hymne qu’il nous a léguée, le précurseur inconsciemment inspiré.Sur les strophes écrites par le juge A.-B.Routhier pour la fête de 1880 à Québec, il a su trouver un chant qui, par sa beauté, peut-être aussi par un concours de circonstances, s’est depuis imposé au Canada tout entier.Ce chant, sorte d’hymne choral, est son plus beau titre de gloire, et perpétuera à jamais la mémoire de son auteur.Nous ne voulons pas nous préoccuper de savoir jusqu’à quel point cette simple chose est une œuvre d’art.Ce qui n’est pas douteux c’est que ce chant, large, pénètre d’émotion les étrangers qui l’entendent pour la première fois.D’aucuns, parmi les nôtres, se plaisent à y découvrir des réminiscences de la Flûte encliantée de Mozart, et que sais-je encore?.le me demande ce que tout cela peut bien faire.Il y a longtemps que l'on jongle avec les sept notes de la gamme, et, au surplus, créer n’est-il pas un peu se souvenir ?Il y certes plus de mérite à subir inconsciemment l'influence des maîtres qu’à faire de l’érudition à la seule fin de dépister des tours mélodiques qui appartiennent à tout le monde et que l’on retrouve un peu partout.Le mérite de notre chant national, c’est le peuple qui, en l’adoptant, l a en quelque sorte sanctionné.Tout est là.Ce chant traduit, dans sa simplicité, un sentiment vrai, sincère, un élan de fierté qui, à l’heure actuelle, est quelque chose de doublement précieux.Sait-on combien il peut donner de réconfort à nos frères de l'Ontario, et de partout où la lutte se fait pour la survivance française?Car, ne l’oublions pas, c’est aujourd’hui un chant de ralliement.Il a la puissance mystérieuse que ne possède pas la parole seule: il entraîne, il subjugue.Il est l’expression,—conventionnelle je le veux bien, mais éloquente quand même, — de notre idéal national et religieux.Le rhapsode qui ;i trouvée© chant, le poète qui en a écrit les strophes, sont de ceux que, dans la vie des peuples, la Providence choisit parfois pour exprimer l'âme de la nation.Ce bon Lavallée, bohème incorrigible, n’avait pourtant rien de l’austère majesté d’un barde ou d’un prophète.Et pourtant cet honneur lui fut réservé.Arthur LETONDAL LA MUSIQUE 29 Musique et Musiciens à Québec Souvenirs d’un amateur - PAR - K.LcVASSEUR ( mite ) Lu Société Harmonique, sous la direction d’Antoine Dessane, utilisa la nouvelle salle pour tous ses concerts, parmi lesquels deux à grand orchestre, l'un le 20 février et le deuxième le 19 mars 1855.Quant aux autres concerts, il n’en reste ni programmes, ni dates.Regrettable lacune qui, malheureusement, se répète parfois aujourd'hui.Tout programme de concert ou de représentation dramatique devrait annoncer le jour, la date, le mois et l’année de telle représentation ou de tel concert.Ce fut aussi en 1855 que Dessane fit exécuter, avec costumes de montagnards écossais, le 1er acte delà Dome Blanche, de Boïeldieu.Depuis le directeur jusqu’au dernier chanteur et instrumentiste, tous s’étaient costumé de la sorte, à leurs frais.Les principaux rôles furent remplis comme suit: Jenny, madame I.Dessane; Dickson, M.Jean-Baptiste-Romuald Raymond : un officier du roi.M.E.Braün.Parmi les amateurs, citons le Dr Fortin, François-Xavier Berlinguet, Zéphyriu LeVasseur, Théophile Bé-dard, Dr Louis Bacon, .T.Gariépy, Cyrille Tessier, De Lotbinière-Harwood, Narcisse-Damien Légaré, Louis Leclerc, Alfred Paré, et que d'autres qu’à mon âge je n’ai pu remarquer aux répétitions.Presque tous sont aujourd’hui décédés, et le dernier, M.F.-X.Berlinguet.architecte et ingénieur civil, nous quittait sans retour au mois d’août 1910.M.Jean-Baptiste-Romuald Raymond, qui remplissait le rôle de Dickson, fut à son époque un amateur Collige frcn,vnenta ne pereant ! bien actif et fort précieux.Doué d’une magnifique voix de ténor, de riche sonorité, vibrante et puissante, son concours était toujours acquis à toutes entreprises musicales, à toutes les œuvres de bienfaisance et de charité où il fallait du chant.Dix ans après ce qui est encore connu sous le nom de «Concert des Montagnards», monsieur Raymond perdait la vue et se retirait à Lévis.Cependant son infortune ne l’empêcha pas de prêter encore son concours à l’église et au théâtre.Né le 30 avril 1825, il mourut en 1888.Il avait donc 63 ans.Il a laissé un fils, M.Moïse Raymond, qui a fidèlement continué les traditions paternelles.Né à Lévis le 6 août 1867, il fit son solfège au collège de l’endroit sous les professeurs George McNeil, Joseph Often et Léon Dessane, et prit part à maintes célébrations religieuses et à maints concerts.En 1887, on le retrouve membre du chœur du Gesù, à Montréal, où il se trouva, chanteur soliste, en compagnie d’autres coryphées comme le Dr Tancrède Trudel, Birtz, Edouard Le-Bel, etc., tous chanteurs bien cotés et qui, depuis, ont brillamment figuré à Québec dans de grandes solennités.Guillaume Couture et Paul Wiallard lui donnèrent des leçons de chant, de diction et de déclamation.Quelque temps après, il devenait directeur du chœur ou maître de chapelle de l’église de Waterville, dans l’Etat du Maine.En 1892, en fin décompté, il reprenait le chemin de Québec où il se fixa définitivement, après avoir été nom- .so LA MUSIQUE nié officier nu ministère de l’Instruction publique.Que de fois depuis n’a-t-on pas rais à contribution et son talent et ses connaissances musicales.Invariablement, il s’est rendu avec une complaisance parfaite à toutes les invitations.En 1893, je retrouve Moïse Raymond en scène dans les deux circonstances suivantes.M.Léon Dessane avait été chargé de l’organisation d’un concert-opérette qui fut donné le 16 mai 1893 d’abord à Lévis, puis répété à Montmagny et à Fraserville.En voici le programme : 1° Duo, 2 pianos, 4 mains, Goria, MelIe Angers et L.Dessane ; 2° Chanson du Torreador {Carmen), Bizet, Lieut.A.T.March ; 3° Duo de l’opéra La fille du Régiment, Donizetti, madame Samson et Moïse Raymond ; 4° Valse de Roméo et Juliette, Gounod, Melle Càsault ; 5° Andante et ca-priccioso, Mendelssohn, solo de piano, Meiie Angers ; 6° Cavatinede La Reine de Saba, Gounod, madame Samson ; 7° Quatuor de Rigoletto, Verdi, madame Samson, madame Foley, Moïse Raymond et Pierre Laurent.La deuxième partie du concert était remplie par un tableau classique et la troisième partie comportait une opérette comique, La leçon de chant, dont les deux personnages étaient M.Pierre Laurent, le Professeur de chant, et M.Moïse Raymond, Jean Matois, berger normand.Soirée très agréable comme talent et comme programme.J’avais déjà entendu le quatuor de Rigoletto dans une matinée, à Montréal.Albani y figurait avec un ténor polonais du nom de Mierzwinski, et Teresa Carreno, l'éminente pianiste, au piano.Or, on sait que la principale partie ou du moins la plus en relief du quatuor est celle du ténor, qui chante toujours dans les registres supérieurs, et doit donner le si bémol.Mierzwinski donna cette note à pleine poitrine, d’une voix qui avait une sonorité’métallique.Aussi fut-il grandement applaudi.Dans le vestibule de l’hôtel Windsor, rencontrant le ténor Mierzwinski après le concert, je pris la liberté de le cordialement féliciter.— Ah! mon cher monsieur, je vous remercie ; mais je vous dirai bien que ce n’est pas sans peine qu’on arrive à ces choses-là.Me croirez-voussi je vous dis que j’ai été sept ans à étudier.avant de paraître en public?Eh bien ! à la louange de Moïse Raymond, je reproduirai ici ce que l’on * ” ’ sur son compte dîins Y Evénement au lendemain du concert de Lévis, le 17 mai : «La première partie du programme a été close par le quatuor de Rigoletto, de Verdi, morceau épineux pour toutes les voix, qui a déjà fait faire naufrage à bien des amateurs, rendu avec succès du commencement à la fin.C’est à pleine poitrine que M.Moïse Raymond, comme ténor chantant la partie principale, a attaqué le si bémol, voisin immédiat de Yut de poitrine, 1 'ultima thule des ténors.» Mierzwinski avait trouvé un rival, du moins dans Rigoletto.Ce qui démontre (pie nous avons du talent chez nous et du meilleur, et que si l’on se donnait la peine de le chercher et surtout de le reconnaître, on le trouverait s’épanouissant, neuf fois sur dix.Aujourd'hui, Moïse Raymond me semble s’être à peu près retiré sous la tente.Il est vrai (pie les grands concerts et les messes solennelles se font de plus en plus rares, pour des raisons que je crois pouvoir, dans une certaine mesure, expliquer plus tard.Revenons au «Concert dos Montagnards» qui eut un succès extraordinaire au double point de vue musique et recette.On sollicita vi- 51 LA MUSIQUE 31 veinent de tous côtés Antoine Dessine de le répéter.Dessane y consentis, la chose n’entraînant que des frais ordinaires et aucun travail.La partition était encore toute fraîche dans la mémoire de tous les exécutants.Malheureusement, la recette, cette fois, se chiffra par un déficit qui entama la première.A la chute de la Société Harmonique en 1857, Dessane entreprit alors des concerts pour son propre compte.Il réussit à organiser un orchestre assez complet, qui pouvait bien compter soixante instrumentistes, parmi lesquels plusieurs musiciens des régiments en garnison à Québec.De plus, dès la disparition de la Société Harmonique, il se forma un septuor instrumental qui prit le nom de Scptett Club.Ce club faisait sa première apparition en public à la Salle de musique, lundi, 27 avril 1857, dans le programme d’un concert de musique religieuse donné au bénéfice d’une société charitable composée de dames de Québec appartenant à la foi protestante.Antoine Dessane avait la direction du concert, avec le concours de madame Dessane, de madame Busch et de plusieurs amateurs.Le Septett'Club exécuta l’ouverture 77/c Ruler of Spirits, de Weber, V Ada;jio de la deuxième symphonie de Beethoven et VAllegro de la seizième symphonie de Mozart.Pour la musique religieuse, on avait assez largement mis à contribution le Stu-but Muter de Rossini, en donnant le Pro Peccat is, le Cujus Animam, le Qui est homo et V lutbnnmatus de cette partition au style plutôt opératique comme, du reste, la messe du même auteur.A ajouter à ces pièces 1 Adieu, de Schubert, pour violoncelle et un A
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.