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Titre :
La revue trimestrielle canadienne
Revue universitaire qui a le mandat de stimuler et de diffuser la recherche scientifique et la recherche sociale réalisées à l'École polytechnique de Montréal et à l'Université de Montréal. [...]

La Revue trimestrielle canadienne est fondée en 1915 par un jeune professeur de l'Université Laval à Montréal et de l'École des hautes études commerciales, Édouard Montpetit, et les professeurs de l'École polytechnique Arthur Surveyer et Augustin Frigon. Ils en seront les principaux animateurs, durant quelques décennies. Le sulpicien Olivier Maurault se joindra à eux en sa qualité de recteur de l'Université de Montréal.

Publiée par l'Association des anciens élèves de l'École Polytechnique, la revue remplit le vide laissé par Le Bulletin de l'École Polytechnique et La Revue économique canadienne. Elle vise à stimuler l'étude des sciences appliquées et des sciences sociales, en premier lieu le génie civil et l'économie, ainsi qu'à informer et à servir les ingénieurs francophones. La technologie, l'économie politique, la médecine, la philosophie, la psychologie, l'enseignement et l'humanisme trouveront une place dans ses pages au cours des années.

Parce qu'elle est un des principaux organes de diffusion de la recherche francophone, la Revue trimestrielle canadienne est une ressource importante pour la connaissance de l'histoire des sciences au Québec. On y trouve par exemple une présentation rédigée par le frère Marie-Victorin du lancement de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (mars 1924), ainsi que de nombreux articles témoignant du développement des recherches sur le génie civil, l'électricité et l'électronique, dont des articles sur la télévision à partir de 1933.

Le spectre de la diffusion de la recherche y est très large. On y traite fréquemment d'hygiène sociale dans les années 1920 et 1930, et de façon constante de l'enseignement général et professionnel. La psychanalyse y est abordée dans une série d'articles d'Antonio Barbeau publiés en 1930 et 1931. On peut aussi lire en 1938 un retour du géologue Gérard Gardner sur la question complexe de la frontière du Labrador.

La Revue trimestrielle canadienne permet de connaître davantage la vie de l'École polytechnique jusqu'en 1954, dernière année où la revue est publiée. L'Association des anciens élèves y donnera suite avec L'Ingénieur, une revue résolument tournée vers le génie.

Source :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1982, vol. 5, p. 139-141.

Éditeurs :
  • Montréal :Association des anciens élèves de l'Ecole polytechnique de l'Université de Montréal,1915-1954,
  • Montréal :Association des diplômés de polytechnique
Contenu spécifique :
Décembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
quatre fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Bulletin de l'Ecole polytechnique de Montréal
  • Successeur :
  • Ingénieur
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Références

La revue trimestrielle canadienne, 1931, Collections de BAnQ.

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Mention incorrecte.Volume g SSjjgpaasEswy.^ -AA V* < >: ^ MAR 1 1963 O BIBLIOTHEQUE MONTRÉAL Décembre 1931 me année -%> 68 mmw lestrielle i 11 ¦ Canadienne Art de l’ingénieur—Economie politique et sociale—Mathématiques Législation—Histoire—Statistique—Architecture —Sciences Hygiène—Industrie—Forêts—Finances—Transports.SOMMAIRE Pages 333— I.Thucydide et la guerre.Chanoine Emile CHARTIER 348— II.Journal intime de Charles Pfister.378— III.L’Observation monographique du milieu social.Léon GÉRIN 390— IV.Le Collège de France.Jean BRUCHÉSI 398—- V.Les Anciens de la Faculté des Sciences.Errol boucher 412— VI.Inside versus Outside Management Services.Roméo VALOIS 424— VII.Les Études géographiques au Canada.Émile MILLER 434—VIII.Revue des livres.444— IX.Vie de l’École et de l’Association.ASSOCIATION DES ANCIENS ÉLÈVES ÉCOLE POLYTECHNIQUE MONTRÉAL .¦ , I COMITÉ DE DIRECTION: Président: Mgr J.-Vincent Piette, Recteur de l’Université de Montréal.Membres: MM.Aurélicn Boyer, Principal de l’Ecole Polytechnique.Augustin Frigon, Directeur de l’École Polytechnique.Arthur Amos, Chef du service hydraulique de la Province de Quebec.Victor Doré, Professeur à l’École des Hautes Études Commerciales.Alfred Fyen, Professeur à l’École Polytechnique.Léon-Mercier Gouin, Avocat.Théo-J.Lafrenière, Professeur à l’École Polytechnique.Olivier Lefebvre, Ingénieur en chef, Commission des Eaux courantes.Olivier Maurault, p.s.s.Curé de Notre-Dame.Edouard Montpetit, Professeur à l’Universit.de Montréal.Antonio Perrault, Professeur à l’Université de Montréal, Arthur Surveyer, Ingénieur Conseil.L.Brunotto, Bibliothécaire de l’École Polytechnique.Armand Circé, Professeur à l’École Polytechnique.Secrétaire de l'Association des Anciens Élèves.COMITÉ D’ADMINISTRATION ET DE RÉDACTION: Président.Arthur Surveyer Membres: AIM.Édouard Montpetit, Arthur Amos, Augustin Frigon, Olivier Maurault, Théo-J.Lafrenière, Antonio Perrault, Olivier Lefebvre, Léon-Merciei Gouix.Rédacteur en chef: Édouard Montpetit.Secrétaire de la rédaction: Léon-Mercier Gouix.Secrétaire Général: Augustin Frigon.Trésorier: Aurélicn Boyer.PRIX DE L’ABONNEMENT ANNUEL Le Canada et les États-Unis $3.00 — Le numéro .75 cents Tous les autres pays $4.00 — Le numéro $1.00 La Revue Trimestrielle Canadienne parait quatre fois l’an: en mars, juin, septembre décembre.La Revue est accessible à la collaboration de tous les publicistes, spécialistes et hommes de profession; mais la Direction n’entend pas par l’insertion des articles assumer la responsabilité des idées émises.Tous les articles insérés donnent droit à une indemnité calculée par page de texte imprimée ou de graphiques.Les manuscrits ne seront pas rendus.La reproduction des articles publiés par la Revue est autorisée, à la condition de citer la source d’où ces articles proviennent et de faire tenir un exemplaire à la Revue.Il sera rendu compte de tout ouvrage dont il aura été envoyé un exemplaire, à la Rédaction.Adresser toute communication pour les abonnements, publicité, collaboration etc.directement à: La Revue Trimestrielle Canadienne LAncaster 9208.1430, rue Saint-Denis, Montreal Il REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Ecole de Pharmacie Université de Montréal L’Ecole de Pharmacie donne l'enseignement de toutes les sciences pharmaceutiques et qualifie en tout point l’étudiant pour la licence ainsi que pour les grades de bachelier et de docteur en pharmacie.Son programme comprend la matière médicale, la toxicologie, la botanique, la pharmacie théorique et pratique, la physique, la chimie minérale, organique et biologique, théorique et pratique; travaux de laboratoire: analyse, essais, titrages, identifications, etc.A.J.LAURENCE, Directeur.Pour vous tenir au courant du mouvement scientifique Lisez les articles documentés de "LA SCIENCE MODERNE” Revue Mensuelle illustrée paraissant en France, en Belgique, en Suisse et au Canada.ABONNEMENT: $3.50 FACULTE DE CHIRURGIE DENTAIRE université de Montréal (Canada) Membre de l’Association nationale des Facultés dentaires américaines Cette Faculté est la seule en Amérique donnant renseignement dentaire en langue française.( )n y reçoit en tème année des diplômés étrangers, désireux d'obtenir le doctorat en chirurgie dentaire (D.D.S.) L’Université vient de consacrer une somme de trois cent mille dollars pour une nouvelle installation de l'enseignement dentaire en rapport avec le progrès de la dentisterie moderne.Pour prospectus et informations, écrire au Doyen, Le Dr EUDORE DUBEAU 380, rue ST-HUBERT, Montréal, Can.Université de Montreal L’hôpital de l’Ecole Vétérinaire est ouvert tous les jours de 8 h.du matin à 4 h.de l’après-midi.CLINIQUE GRATUITE Tous les mardis et vendredis, de 8 h.à 12 h.du matin, (entrée $0.25).Sous la direction du professeur F.T.DAUBIGNY, M.V.Chez DEOM FRÈRE 1247 St-Denis, Montréal Entrée générale 75, RUELLE PROVIDENCE ou aux bureaux de la Revue 365, ST.HUBERT, - - MONTRÉAL Téléphones /Hôpital Est 4005.\ Ecole Est 7129 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE III Ecole des Hautes Etudes Commerciales Affiliée à l'Université de Montréal Préparant aux Situations Supérieures du Commerce, de l'Industrie et de la Finance.Bibliothèque Economique.Musée Commercial et Industriel.Décerne les diplômes de Bachelier en sciences commerciales, Licencié en sciences commerciales, de Docteur en sciences commerciales, et Licencié en sciences comptables.Ce dernier diplôme donne droit d’admission dans l’Association des comptables agréés de la province de Québec (C.A.), l’Institut des comptables et auditeurs de la province de Québec (L.I.C.) et la Corporation des comptables publics de la province de Québec (C.P.A.) BOURSES DU GOUVERNEMENT Cours spéciaux réservés aux avocats, aux notaires et aux ingénieurs.COURS LIBRES DU SOIR : comptabilité théorique et pratique, opérations de banque, opérations d’assurance, correspondance anglaise et française, mathématiques financières, économie politique, droit civil, droit commercial, langues étrangères: italien, espagnol, allemand.Cours spéciaux, préparatoires à la Licence en sciences comptables.COURS PAR CORRESPONDANCE : comptabilité, français et anglais commercial, économie politique, droit civil, droit commercial, algèbre, etc.Pour tous renseignements, brochures, prospectus, inscriptions, etc., s’adresser au directeur: Coin avenue Viger et rue St-Kubert, MONTREAL IV UE VUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE ECOLE POLYTECHNIQUE DE MONTRÉAL FONDÉE EN 1 873 TRAVAUX PUBLICS - INDUSTRIE Toutes les Branches du Génie PRINCIPAUX COURS:— Mathématiques Chimie Dessin Electricité Minéralogie Arpentage Mines Machines Thermiques Constructions Civiles Génie Sanitaire Hygiène Physique Descriptive Mécanique Hydraulique Géologie Géodésie .Métallurgie Travaux Publics Chemins de fer Chimie Industrielle Economie Industrielle Laboratoires de Recherches et d’Essais, 1430 rue Saint-Denis, Montréal.TÉLÉPHONES:— Administration:— LAncaster 9207 Laboratoire Provincial des Mines:— LAncaster 7880 PROSPECTUS SUR DEMANDE Revue Trimestrielle Canadienne Art de l’ingénieur —Economie politique et sociale —Mathématiques Législation Histoire Statistique Architecture—Sciences Hygiène Industrie—Forêts Finances-Transports.Volume XVII Mars — Juin — Septembre — Décembre 19 J1 ASSOCIATION DES ANCIENS ÉLÈVES ÉCOLE POLYTECHNIQUE MONTRÉAL TABLE DES MATIERES VOLUME XVII Art de l’ingénieur.Le Totem, pur A.Boyer.109 Note sur un perfectionnement ù l’équilibrage des moteurs en étoile, par Georges Lehr.154 Recherche des premiers éléments d'une géométrie naturelle, par Jules I’oivert.259 Journal intime de Charles I’fister.348 Inside versus Outside Management Engineering Services, par Roméo Valois.,.412 Bibliographie.Les Anciens de la Faculté des Sciences, par Errol Boucher.398 Economie politique et sociale.Études sur les Revenus du Domaine de la province de Québec, par Jean Lord Lefebvre.30 Le Centenaire d’Alger, par Robert de Caix.115 Canada and its Railways, par Thomas Vieil.138 L'Organisation Internationale du Travail, par Henri Binet.177 L'Ecole d'Hygiène Sociale Appliquée, par J.-A.Baudouin.ISO et 297 Qu’adviendra-t-il de l’Ouest Canadien, :e.268 Canadian Citizenship, par Edouard Montpetit.276 Thucydide et la Guerre, par Chan.Émile Chartier.333 L'observation monographique du milieu social, par Léon Gérin.378 Enseignement.Les Sciences naturelles dans l'Enseignement supérieur, par Frère Marie-Victorin, F.E.C.24 Recherche des premiers éléments d'une géométrie naturelle, par Jules l’oivert.259 Journal intime de Charles Pfister.348 Le Collège de France, par Jean Bruchési.390 Les Anciens de la Faculté des Sciences, par Errol Boucher.39S Les Etudes géographiques au Canada, par Émile Miller.424 Finance.Études sur les Revenus du Domaine de la province de Québec, par Jean Lord Lefebvre .30 Géographie.Le Totem, par A.Boyer.109 Les Etudes géographiques au Canada, par Émile Miller.424 Histoire.L'Indépendance de la Grèce, par Chan.Émile Chartier.1 Le Centenaire d'Alger, par Robert de Caix.115 Canada and its Railways, par Thomas Vien.13S 27373 TABLE DES MATIERES IV Écosse et France, par Edmond Yenned.221 Thucydide et la Guerre, par Clian.Emile Chartier.333 Journal intime de Charles Pfistrr.348 Le Collège de France, par Jean Bruchési.390 Hygiène L'École dTIygiène Sociale Appliquée, par J.-A.Baudouin.ISO et 297 Les Écoles de plein Air, par G Van der Bracht.2S8 Industrie.L'Organisation Internationale du Travail, par Henri Binet .177 Inside versus Outside Management Engineering Servie» s, par Roméo Valois .412 Médecine.Étude psvehanalyti»|ue des Névroses et des Psychoses, par Antonio Barbeau.94 L E aile d'Ilygiène Sociale Appliquée, par J.-A.Baudouin 1S6 et 297 Les Écoles de plein Air, par G.Van (1er Bracht.288 Musique.Les vedettes de notre musique, par J .-Eugène Lapierre.242 Philosophie.Étude psychanalytique des Névroses et des Psychoses, par Antonio Barbeau.34 Écosse et France, par Edmond Vermeil.221 Sciences.Les Sciences naturelles dans l'Enseignement supérieur, Frère Marie- Vietorin, F.E.C .24 Note sur un perfectionnement à l'équilibrage des moteurs en étoile, par Georges L< hr.1 54 Recherche des premiers éléments d’une géométrie naturelle, par Jules Poivert.- 259 L’Institut Scientifique Franco-Canadien.311 Le Collège de France, par Jean Bruchési.390 Les Anciens de la Faculté des Sciences, par Errol Boucher.398 Les Études géographiques au Canada, par Émile Miller.424 Statistiques.Études sur les Revenus du Domaine de la province de Québec, par Jean Lord Lefebvre.36 Qu’adviendra-t-il de l'Ouest Canadien, par Rodolphe Laplante.26S Transports.Canada and its Railways, par Thomas Vieil.138 Revue des livres.Pages.SS, 203, 324 et 434 Vie de l’École et de l’Association.Rapport pour l'année 1930.92 Discours du Président, M.Adhémar Mailhot, au banquet annuel.102 Chroniques.107, 219, 332, 444 Revue Trimestrielle Canadienne MONTRÉAL DÉCEMBRE 1931 THUCYDIDE ET LA GUERRE (431-404 et 1914-1918) Après la lutte contre les Perses, ces guerres mêdiques qui avaient duré près de cinquante ans (514-479), Athènes connut presque cinquante années de paix (479-432).1 Elle en profite pour établir solidement son hégémonie sur la Grèce, à l’instigation du génie de Thémistocie.Elle dresse, contre la Ligue péloponnésienne de Sparte et la Confederation béotienne de Thèbes, sa Confédération maritime de Délos ou Ligue altico-délienne (476).Mais, déjà en 469, la suprématie d’Athènes est menacée.( 'est que, dans cette république guerrière, deux partis se font la lutte.Les démocrates, guidés par Ephialte, veulent une alliance générale de la Grèce autour d’Athènes.Les aristocrates, sous Cimon fils de Miltiade, rêvent d’une association entre Athènes et Sparte contre les autres villes grecques.Ils réclament aussi un partage des pouvoirs entre les deux républiques, Athènes devant régir la mer, Sparte garder la terre.Ainsi s’amorce, entre Sparte et Athènes, la rivalité que Bossuet2 considère comme le nœud de l’histoire grecque.Cette rivalité aurait peut-être cessé d’elle-même, par l’assassinat d’Ephialte (461) et l’ostracisme de Cimon (460), si Périclès, fils de l’amiral Xanthippe, n’avait dérobé aux aristocrates leur programme et n’en avait fait celui des démocrates dont il était le 1 Démosthône: /// Olynth., Ü23-27a.3 Discours sur l'histoire universelle, lit, 5.Cf.Enseignement secondaire au Canada, Vit, 8, mai 1928, et Revue de l’Université d’Ottawa, 1, 3, juillet-septembre 1931. REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE 33*1 chef.Avant même de devenir seul stratège ou dictateur (443), après l’exil de l’aristocrate Thucydide, gendre de ( 'inion, il avait déjà conclu (445) une trêve de trente ans.I.a trêve assurait à Sparte la souveraineté sur les cités continentales, à Athènes la maîtrise de la mer (thalassocratie).Aucune des deux Confédérations, la Péloponnésienne et l’Atticodélienne, ne devait prendre pour allié un État de la Confédération voisine.Seulement, en vertu d’une autre stipulation de la trêve, de même que chacun des États neutres était libre d’adhérer à l’une ou à l’autre des Ligues, chacune des Ligues pouvait, à demande, venir au secours de l’un quelconque des États neutres.Or, il se trouve que, treize années (432) après la trêve (4451 conclue pour trente ans, Athènes est appelée à protéger l’un des neutres contre l’un des alliés de la Confédération péloponnésienne.Après avoir violé d’abord le traité en excluant des marchés les Mégariens, elle donne, à propos d’Epidamne, son appui à Corcyre (Corfou) contre Corinthe.Puis, elle provoque Corinthe directement en décrétant le blocus de son port, sous prétexte que Corinthe a investi Potidée, colonie athénienne en révolte.Corinthe, irritée, fait à son tour appel à Sparte son alliée.Celle-ci exige la liberté des cités maritimes, donc la dissolution de l’empire d’Athènes.Comme Athènes ne pouvait, pour aucun prix, consentir à pareille déchéance, ce fut la guerre.Elle commença il y a exactement 2362 ans, dura -vingt-sept ans (431-404) et prit aussitôt le nom de Guerre du Péloponnèse.Elle mit aux prises, d’une part, Sparte, Corinthe et Mégare, cités doriennes et aristocratiques, villes surtout de cultivateurs et de paysans, d’autre part, Athènes et ses alliées, cités ioniennes et démocratiques, villes avant tout de commerçants et de marins.Ce fut une lutte pour la domination et l’hégémonie, lutte de partis entre aristocrates amis de la paix et démocrates fervents de la guerre, lutte de races entre Doriens et Ioniens, mais lutte surtout de deux républiques rivales, duel en somme de Sparte et d’Athènes, “combat de l’éléphant contre la baleine”.* * * Ce conflit, nous en tenons le récit partiel de l’un des acteurs, un Thucydide différent du gendre de Cimon.Exilé en Thrace en 424, dans sa propriété de Skapté-Hylé, il entreprit de relater la Guerre du Péloponnèse dans un ouvrage en huit livres.Une première THUCYDIDE ET LA GUERRE 335 partie (L.I à A', 1-25) raconte l’histoire des débuts à la paix de Xicias, de 431 à 421.La deuxième (A-, 2G à A I II) conduit le récit depuis le désaccord avec Mélos jusqu’après l’expédition de Sicile, de 421 à 411.Thucydide ayant interrompu là sa narration, nous connaissons la fin de la lutte par Xénophon qui, dans la première partie de ses Helléniques (L.I - II), a complété cette histoire depuis la tyrannie des Quatre Cents jusqu’à la chute d’Athènes, de 411 à 404.3 En combinant les deux œuvres, l’on arrive à se faire une idée exacte et complète du conflit.Pour nous orienter dans ce récit, notons-le tout de suite: pendant toute la lutte, Athènes n’appliquera qu’une politique.Xe pouvant opposer que 16,000 fantassins (hoplites) aux 42,000 de Sparte, elle se contente de résister sur mer.Elle laisse donc ravager l’Attique, après avoir enfermé toute la population dans la capitale d’où elle supprime d’ailleurs toute vie publique, et se borne à quelques incursions sur les côtes du Péloponnèse.Sparte, au contraire, adopte successivement deux politiques: avec Archidamos elle envahit périodiquement l’Attique et frappe au cœur de l’empire athénien, sous Brasidas, elle court à la périphérie de cet empire et cherche à lui enlever ses alliés, en même temps qu’elle le coupe de toute communication avec ses postes de ravitaillement.Et voici le résultat de ces diverses tactiques, tel qu’il apparait dans les quatre phases du conflit.La guerre dite d’Archidamos (431-421) constitue la première période.Pour engager la bataille qu’elle désire, Athènes prend prétexte d’une attaque de Thôbes, alliée de Sparte, contre Platées, son alliée à elle.Sparte, appelée par Thèbes, accourt contre Athènes.Et le corps à corps s’engage.De 431 à 429, Périclès, après avoir aidé Potidée, dévaste la Laconie et l’Elide, s’empare de Céphallonie, d’Egine et de Mégare, mais meurt de la peste en 425, à l’heure même où Phormion détruit à Naupacte la flotte des Spartiates et où l’épidémie chasse de l’Attique leur armée de terre.Cléon, qui remplace alors Périclès 3 Les livres lit et IV de Xénophon vont de ht chute d’Athènes (404) à la deuxième bataille de Mantinée (dG2). REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE 336 à la tête du parti démocratique, voit se dresser contre lui Xicia.' et les aristocrates.De 42S à 427, Athènes affermit son pouvoir à l’est en punissant la révolte de Lesbos et de Mytilène.En même temps, à l’ouest, elle prive les Lacédémoniens de leurs ressources, en se rendant maîtresse de Corcyre et en soutenant les villes de Sicile contre Syracuse.Malheureusement, au nord, Sparte pénètre dans Platées, après deux ans de siège, et s’établit aux Thermopyles.• Athènes riposte donc, de 427 à 424.Elle occupe le golfe d’Am-bracie, au nord de celui de Corinthe; au sud, celui de Xisée (Mégaride).A l’ouest, elle entreprend la conquête de la Sicile, par l’entremise de Xieias et de Démosthène le général.Xicias s’étant démis, Cléon le remplace, rejoint Démosthène, cerne avec lui les Lacédémoniens à Sphactérie et en ramène 150 à Athènes comme prisonniers.Puis, devenu ‘'le Périclès de son temps”, il restaure les finances de la république.Devant cette puissance, la Confederation pcloponné sienne se lance dans la contre-offensive (424-421).Mais Brasidas, inspiré par Mytilène (Thucyd., III, 13), change la tactique d’Archidamos: au lieu de frapper au cœur d’Athènes en dévastant l’Attique, il décide de s’attaquer aux alliés d’Athènes, surtout à la Thrace.Par la Thessalie, il monte s’installer à Amphipolis.Athènes subit alors échec sur échec; la Chalcidique se rallie à Brasidas, Hippocrate est défait à Délion (Euripe), en Sicile Messine capitule et Eury-médon avec Sophocle en reviennent honteusement subir leur condamnation.Pour comble de détresse, Cléon meurt devant Amphipolis, en même temps que Brasidas.X'icias, débarrassé île Cléon, conclut (421) une paix de 50 ans.( haque cité garde ses possessions d’avant h' conflit, mais rend celles qu’elle a acquises pendant la guerre et libère ses prisonniers.Les deux adversaires signent d’autant plus volontiers que, si Sparte veut épargner les victimes de Sphactérie et redoute ses ilotes, Athènes a besoin fie restaurer ses finances et de ménager ses alliés.* * * La paix, conclue pour 50 ans, dure six années (421-415) troublées par une continuelle tension entre Sparte et Athènes.Les opérations, pendant cette trêve hostile, constituent la deuxième période de la guerre.Les alliés de Sparte ayant refusé de reconnaître la paix de THUCYDIDE ET LA GUERRE 33 7 Xicias, Sparte et Athènes signent contre eux une alliance défensive de 50 ans.A cette provocation, Argos s’associe Corinthe, Elis, Mantinée, la Chalcidique, et dresse contre les deux conspirateurs sa Ligue nrgiénne.Afin de paralyser cet adversaire imprévu, Athènes se donne pour maîtres l’aristocrate et pacifiste Xicias, le démocrate et batailleur Hyperboles (pie supplante bientôt (420) Alcibiade, fils de Clinias et neveu de Périclès.Celui-ci fait conclure à Athènes une alliance de 100 ans avec Argos, Elis et Mantinée.Irritée de cette immixtion d’Athènes dans le Péloponnèse, Sparte l’attaque précisément à Mantinée (418) et la chasse de tout le territoire.En réponse, Athènes s’empare (416) de Mélos, île lacé-démonienne.Dans l’intervalle, comme Ilyperbolos a échoué (417 devant Amphipolis, elle l'ostracise et se confie de nouveau a Xicias et Alcibiade.* * ¥ La troisième période, ou guerre rie Sicile (415-413), fournit enfin à celui-ci l’occasion imprévue de tenir le rôle qu’il convoitait.Mécontente de Syracuse, alliée de Corinthe, Ségeste réclame l'aide d’Athènes.De l’avis d'Alcibiade et contre le sentiment sicilien, celle-ci décide une grande expédition dans Pile (415).La mutilation des statues de Mercure (Hermès) et la parodie des mystères d’Eleusis1 sont mises au compte d’Alcibiade.On l’accuse et, bien qu’on retarde le procès jusqu’après le retour de l’expédition, on fait de lui l’ennemi d’Athènes et l’ami de Sparte, en le déposant Lamachus, qui le remplace, investit Syracuse (414) avec Xicias.Mais Oylippe, envoyé par Sparte, débloque la ville et bloque dans le port la flotte athénienne.Dépêchés au secours par Athènes, Démosthène et Eurymédon ne réussissent pas à lever le blocus.Xe pouvant non plus trouver refuge dans les villes effrayées par Syracuse, Xicias et Démosthène tentent un effort désespéré sur les bords de l’Assinarus (413).Vaincus tous deux, ils rendent les armes et Syracuse abuse de sa victoire en massacrant tout leur monde dans ses carrières (Latomies).* * * Cette défaite d’Athènes donne à Sparte une confiance d’autant 4 Awlocide: Discours sur les tnyslrres— Quentel: Reçue il'histoire cl Iittcrnltire religieuses, XI, 4, juillet-août 1900. REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE 338 plus justifiée qu’elle vient de s’allier au roi de Perse Tissapherne.Inspirée par Alcibiade, Sparte suit la tactique de Brasidas, s’installe à 15 milles d’Athènes, à Décélie, route par l’Eubéc du ravitaillement athénien, et ruine l’empire maritime d’Athènes en lui enlevant ses alliés, surtout Chios.La quatrième période du conflit (413-404) sera donc la guerre de Décélie.Les Lacédémoniens s’étant campés là, Athènes, qui ne garde plus que l’Hellespont, Samos et les Cyclades, pourvoit à sa défense.Sur les conseils de l’aristocrate Antiphon, elle se donne (411) un Conseil de 400, avec un Exécutif de 30.Mais les uns et les autres se rendent assez impopulaires pour provoquer la défection de l’Eubée.Cette défection entraîne le retour au pouvoir des démocrates, avec Thrasybule et Thrasylle pour chefs.Ceux-ci rappellent Alcibiade, qui écarte le Conseil aussi bien que l’Exécutif et restaure l’ancienne constitution.Sous sa conduite ferme, Athènes cueille ses derniers triomphes 411-407).Presque à l’heure où Thrasybule remporte une victoire en Ionie (409), Alcibiade détruit la flotte de Sparte à Abydos et à Cyzique (410), rétablit Athènes en Propontido, reconstitue la marine athénienne et fait rentrer dans le devoir (407) la ( halcidique, l’Hellespont et Byzance, Thasos et la Thrace.Malheureusement, la même année, il s’avise de reconquérir l’Ionie.Sparte lui oppose Lysandre, qui obtient des subsides du roi de Perse comme de Cyrus et bat la flotte d’Alcibiade a Notion.Honteux de cet échec, Alcibiade se retire en Chersonèse, pendant que Lysandre cède la place (406) à Callicratidas, auquel Athènes oppose Conon.En battant la marine athénienne à Mytilène, Callicratidas délivre Chios; Conon réplique en coulant la flotte Spartiate (406) aux îles Arginuses, la plus importante victoire navale de toute la guerre.6 Athènes en fut si fière qu’elle refusa la paix proposée par Sparte.Décidée d’en finir avec une rivale aussi revêche, Sparte envoie au nord Lysandre.Il prend Lampsaque et, après avoir anéanti la flotte athénienne à AEgos-Potamoi (405), il se rallie l’Hellespont et la Chersonèse.Il descend alors vers l’Attique, raccole au passage Lemnos, Mélos, Egine, Salamine, et s’installe au Pirée.En même temps, Pausanias occupe le jardin de l’Académie.Domptée par 6 Les amiraux athéniens ayant tardé à recueillir les noyés, six des chefs furent mis en procès et, malgré Socrate, condamnés. THUCYDIDE ET LA GUERRE 389 la faim, Athènes envoie Théramène proposer la paix.Lysandre entre dans la ville (404), démolit les Longs Murs et enlève ainsi son dernier espoir à la république.Athènes ruinée, la guerre du Péloponnèse est finie et Sparte prend l’hégémonie de la Ilellade.* * * Le lendemain de la chute fut aussi lamentable pour Athènes qu’il fut avantageux à Sparte.Lysandre reconstitue la Confédération péloponnésienne, l’affermit en rétablissant à Athènes l’aristocratie, impose aux nouveaux alliés un tribut ainsi que des contingents annuels et ouvre à ses mercenaires les colonies d’Athènes.Celle-ci se donne pour maîtres, avec Théramène et Alcibiade, 30 tyrans aristocrates, qui organisent la proscription des citoyens.Les démocrates en profitent pour rentrer de Thèbes avec Thrasy-bule, expulser les 30, établir un Conseil de 10 et restaurer (404-403) l’ancienne constitution.En 401, ils massacrent les 30 réfugiés à Eleusis et, en 399, condamnent Socrate, la dernière victime du régime.* * * Quand on a lu ce récit des faits, on se pose tout naturellement une question: en quoi pareille aventure peut-elle intéresser l’humanité présente?et comment, avec une matière aussi banale, Thucydide a-t-il pu construire un livre qui est un chef-d’œuvre?Car enfin, si les militaires, comme Napoléon et Foch, y ont trouvé le meilleur code du soldat; si les rhéteurs y voient le traité idéal d’éloquence; si les historiens y reconnaissent le modèle même de leur art; les politiques anglais surtout recommandent depuis toujours la Guerre du Péloponnèse comme le “bréviaire des hommes d’État”.A quoi tient cette longue, profonde et universelle portée d’un ouvrage en huit livres, traitant d’un événement si ordinaire et si lointain ?* * * C’est d’abord que Thucydide a été le premier à donner à l'histoire, par son livre, la physionomie qu’elle a gardée depuis lors.Avant lui, dans Hérodote, les faits s’expliquaient uniquement par une intervention du dehors, intervention divine d’ordinaire.C’était le prélude du deus ex machina d’Horace: l’histoire se confondait avec la théologie.Jouets aveugles de la fatalité ou nécessité REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE :',40 (à'/àyxrj), les hommes n’exécutaient que les gestes prévus et autorisés par elle.Aussi, l’humanité dans Hérodote n’est pas un composé d’êtres agissants, mais agis.Le mot de Fénelon, s’il avait été inventé par lui, se serait lu ainsi: “L’homme qu’il agite, Dieu le mène”.Chez Thucydide, c’est l’homme qui s’agite; ce qui n’empêche pas (pie "Dieu le mène”.Le principe de son action ne vient pas de l’extérieur, mais du dedans.La volonté humaine y explique tout.de sa rectitude ou de sa perversité procèdent les actes bons ou mauvais.tir, cette droiture ou cette malice dépendent sans doute de la conformité ou de la non-conformité de la volonté humaine avec le vouloir divin; mais elles proviennent surtout de la fidélité ou de l’infidélité (pie le vouloir humain apporte à suivre les dictées de la droite raison.Au fond de tout acte mauvais il y a une erreur de jugement; au fond de tout acte bon, la justesse du raisonnement.Le jugement lui-même, chez Thucydide, obéit a un principe: Tout ce qui concourt nu bien commun des citoyens est sage; tout ce i/ui ne procure que l’avantage de l’individu est sot et méprisable.Les grands hommes, oubliant leur personne, ne travaillent (pie pour le bien de l’État.( 'eux qui ne cherchent (pie leur profit personnel compromettent, avec leur propre succès, le bonheur de la république.Ce bonheur, ce bien commun, dans une contrée comme la ( Irèce, en quoi consistent-ils .’ La (>rece étant, pour I hucydide, le pays de l’intelligence et de la civilisation, la Perse au contraire le foyer du matérialisme et de la barbarie, le rôle de la Grèce est de soustraire à la domination du Perse le monde connu et de le soumettre à l’hégémonie du peuple civilisé par excellence.Et comme, dans ce peuple composite, Sparte représente la force physique, Athènes la vigueur intellectuelle, le bien commun de la Grèce et du monde exige qu’Athènes domine Sparte pour l’entraîner après elle dans la lutte contre le Perse barbare.Dès lors qu’ils concourent à cet objet, tous les actes d Athènes sont légitimes.Pour juger sa conduite, il n’y a plus à se demander s’il était juste qu’elle se conduisît de telle ou de telle façon.La question est de savoir si elle avait intérêt, pour assurer son emprise, à adopter telle ou telle attitude.La morale du lion droit s’identifie pour Athènes avec la morale de l’utilité.Thucydide approuve-t-il cette identification?Il ne l’a pas dit; mais il l’a constatée comme un fait, un fait qui éclate derrière tous les gestes posés pendant la guerre du Péloponnèse.Cette constatation constitue l’unité de son livre. THUCYDIDE ET I.A GUERRE :$41 En même temps, parce que la notion de l’intérêt varie chez chaque peuple, elle en explique aussi la variété.Si Athènes se croit autorisée par l’intérêt à poser alors tant d’actes que blâme la morale du droit, c’est au nom de l’intérêt aussi, mais compris tout autrement, que Sparte, Corinthe, Thèbes et Argos accompliront des actes également condamnables en droit, mais dès lors tout aussi légitimes.Quand Athènes s’unit à Sparte contre Thèbes, c’est qu’elle a intérêt à étayer sa faiblesse devant Thèbes sur la force de Sparte.Lorsque Sparte au contraire s’allie à Thèbes contre Athènes, c’est qu’elle a intérêt à diminuer la puissance rivale en accroissant sa propre faiblesse de la force de Thèbes.Le livre de Thucydide devient ainsi non plus une histoire seulement, mais un drame où l’intérêt d’Athènes est aux prises avec celui de Sparte, quand ce n’est pas l’intérêt de Sparte qui entre en lutte avec celui d’Athènes.Il y a là un duel éminemment tragique où deux cités jalouses, croyant chacune servir la Grèce en enlevant à l’autre l'hégémonie, se disputent en champ clos la direction des affaires de leur pays.Le duel est plus poignant encore du fait qu’on y voit opposées deux races, la dorienne et l’ionienne; deux forces sociales, la démocratie et l’aristocratie; deux doctrines politiques, la maîtrise maritime et la puissance continentale.Au tragique de ce duel contribue encore le système des alliance*.Quand Sparte acquiert trop d’empire, les républiques secondaires se rallient à la puissance maritime pour paralyser la puissance continentale.Lorsque, au contraire, c’est Athènes qui occupe le haut du pavé et qu’elle menace de les absorber, les petites républiques se liguent avec la puissance continentale contre la puissance maritime.Elles s’unissent entre elles enfin, contre l’une et l’autre, quand elles voient un troisième pouvoir, la puissance financière, menacer d’assurer aux deux rivales la suprématie en Grèce.* ?* Les nations n’agissent, comme les individus, que par des bras qui exécutent leurs volontés.Le grand mérite de Thucydide, c’est d’avoir mis en parfait relief les chefs qui, dans l’une comme dans l’autre des puissances, président aux opérations.Périclès et Archi-damos, Gléon eQBrasidas, Xicias et Gylippe, Alcibiade et Lysandre; RK VUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE :m ‘J voilà quatre groupes de personnages opposés qu’on n’oublie plus et qu’on ne mêle plus quand on a suivi leurs évolutions.Périclès, c’est l’homme qui appuie l’action sur le calcul et substitue sa direction personnelle à celle du peuple, à force de le persuader.Chez Cléon, l’audace remplace les calculs et la flatterie, la conviction; avec lui, le démagogue effronté supplante le séduisant démocrate.Au temps de Nicias, c’est la piété envers les dieux et l’esprit de temporisation qui inspirent le pouvoir.Il faudra la rouerie d’un Alcibiade pour lancer de nouveau Athènes dans les errements où l’avait entraînée la démagogique influence de Cléon.En face de ces grands Athéniens, les Spartiates n’ont pas évidemment, chez l’Athénicn Thucydide, l’éclat que leur eût donné un Lacédémonien.Du moins, leur caractère aussi se détache avec netteté.Autant Archidamos a la vue courte en limitant ses attaques à l’Attique, autant voit loin Brasidas, quand il décide de porter la guerre là même où Athènes puise l’approvisionnement qui lui permet de la prolonger.Gylippe paralyse lui aussi l’adversaire athénien en l’empêchant de compenser à l’ouest les pertes qu’il éprouve du côté du nord.Et Lysaudre achève la tâche en lui ravissant l’empire de la mer et en escamotant à son profit l’amitié du Perse, où Athènes agonisante s’appuyait - - ô honteux retour des choses! — comme sur sa suprême ressource.Ces huit caractères, en somme, se concentrent autour d’un double idéal; chez les quatre Athéniens, un idéal de domination, continuellement recherché par des procédés divers au profit d’une seule république; chez les quatre Spartiates, un idéal de libération, ambitionné pour leur république sans doute, mais aussi pour toutes les autres régions de la Grèce.Dans un cas et dans l’autre, le trait commun à tous et les caractères particuliers de chacun ressortent non pas, comme chez Plutarque, d’une accumulation d’anecdotes, ni non plus, comme chez Hérodote, de portraits dessinés par l’historien, mais de leurs actes et de leurs paroles mêmes.De la sorte, chez Thucydide, l’action et les discours passent au premier plan, l’auteur disparaît derrière les événements comme derrière leurs acteurs.C’est le comble de l’art.Pourtant, Thucydide a un mérite plus grand encore que celui d’être un prodigieux artiste.Il est avant tout le philosophe profond THUCYDIDE ET LA GUERRE 343 qui, en éclairant la trame d’un événement ordinaire, explique, avec tous les incidents analogues qui l’ont précédé, toutes les péripéties identiques de l’avenir.11 avait écrit (I, 22): “Cet ouvrage, s’il est jugé utile par ceux qui voudront y chercher la connaissance certaine des faits et l’intelligence de ces analogies qui, d’après la loi des choses humaines, doivent exister dans l’avenir, ce sera un mérite suffisant: c’est une composition fuite pour demeurer toujours zç ad), et non une œuvre d’apparat destinée au plaisir actuel des oreilles”.Son livre, c’est cela: une œuvre de philosophie plus qu’une œuvre d’art, mais surtout une “acquisition pour toujours”.De cette longue portée de ce simple livre d’histoire personne n’a mieux fourni l’explication que Machiavel (Discours, 111, 43): “A considérer les événements d’aujourd’hui et ceux d’autrefois”, dit-il, “on reconnaît sans peine que, dans tous les États et chez tous les peuples, il y a toujours memes désirs et même complexion.De la sorte, il est facile, à qui examinera avec soin les événements passés, de prévoir ceux qui adviendront en chaque létal et d'y employer les remèdes dont usèrent les anciens, ou, s’il n’en est aucun dont ils aient usé, d’en imaginer de nouveaux d’après la situation des événements.Mais, comme on néglige ces observations ou que celui qui lit ne les sait point faire ou que, s’il les fait, elles restent inconnues de ceux qui gouvernent, il s’ensuit que les mêmes désordres se renouvellent dans tous les temps".C'est parce que “les mêmes désordres se renouvellent dans tous les temps”, de la même façon et en vertu des mêmes causes, que Thucydide, en racontant la guerre de 431-404, a résumé toutes les luttes antérieures et décrit d’avance tous les conflits postérieurs.Il serait relativement facile de faire la preuve de cet énoncé en comparant la guerre du Péloponnèse à toutes les autres, aux entreprises gigantesques de l’impérialisme perse, macédonien, romain, barbare, gaulois, germanique, français, hollandais, anglo-saxon et prussien.Bornons-nous :\ celui de ces conflits qui nous touche davantage, parce qu’il est plus voisin de nous dans le temps, la guerre mondiale de 1914-1918.* * * Toutes les luttes importantes ont toujours eu la même cause: la constitution d’un impérialisme au profit d’une nation ou la suppression corrélative d’un impérialisme au détriment d’une autre. 344 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE En déclenchant le conflit de 1914, l’Allemagne ambitionnait, sous couleur d’étendre un territoire trop restreint pour son surplus de population, d’accaparer, à l’avantage de son empire continental, l’empire maritime de l’Angleterre.De même, c’est pour substituer son empire à l’empire d’Athènes que Sparte s’empresse d’entrer, en 431, dans la danse organisée depuis longtemps par Athènes.On a beau constater, en effet, que la guerre fut déclarée par Sparte, ce qui est vrai.Mais une chose est plus vraie encore: c’est Athènes qui avait déjà mis toute la Grèce en état virtuel de guerre par “l’accroissement de sa puissance et la crainte qu'elle inspirait aux Lacédémoniens (I, 23).” En cela, elle avait obéi à une loi de sa nature mobile, en contradiction absolue avec l’inertie qui caractérisait Sparte, loi qu’Alcibiade énonçait (VI, 18) avec une franchise brutale: “Nous ne sommes pas libres de modérer à notre gré notre volonté de commander.; car nous serions en danger d’être dominés si nous-mêmes ne dominions pas.Et vous ne sauriez considérer le repos du même nul (pie les autres, a moins de vous gouverner par les mêmes idées.” Or, si, du point de vue intellectuel, Athènes est la h rance d’avant la lettre, Sparte, l’Allemagne d’alors: du point de vue politique, la situation est renversée: la France, c’est Sparte se défiant de l’expansion d’Athènes; l'Allemagne, c’est Athènes rêvant la maîtrise du monde, i.e rêve d’Athènes, c’est ch1 mettre, en la place de l’empire continental de Sparte, son empire maritime à elle, sa "thalassocratie”.Son ambition étant telle, les procédé* pour la satisfaire ne sauraient différer beaucoup de ceux qu’emploieront les Allemands en 1914.Il lui faut attribuer à Corinthe le déclenchement du conflit, comme le Prussien attribuera aux Balkans la provocation à sa levée de boucliers.La maîtrise de la mer suppose ensuite la possession des îles pour servir de pied-à-terre et de postes de ravitaillement; la destruction des flottes, dont la puissance serait un contrepoids gênant : l’alliance avec les peuples maritimes, quand on ne peut les réduire autrement que par la séduction; l’établissement surtout, à la périphérie, de greniers et de dépôts où s’assurer les vivres, les munitions guerrières et le bois, matière première des vaisseaux. THUCYDIDE ET LA GUERRE 34-') Aussi a-t-on vu l’Allemagne, en 1914, tenter de fermer la mer Noire et de s’imposer dans la Manche; constituer une flotte puissante de sous-marins, pour couler l’une après l’autre l’escadre anglaise et la flotte française; étendre ses ramifications du côté des Dardanelles à l’est, du côté de la Belgique et de la France à l’ouest ; essayer surtout de maintenir les communications avec ses colonies d’Afrique, pourvoyeuses de ses industries comme de ses armements.L’Allemagne suivait en cela l’exemple donné dès longtemps par Athènes.Pour dompter Sparte, celle-ci avait déjà mis toute son ardeur à s’emparer des îles de la mer Egée ou de l’Ionienne (Adriatique), de Corcyre et de Mélos, d’Egine et de ( 'liios, de I hasos et d’Imbros.Elle s’était acharnée à détruire les flottes rivales de Corcyre et de Corinthe, même à faire du golfe de Corinthe — la Manche d’alors — une mer athénienne.Mais surtout elle avait apporté tout son effort à s’assurer d’un côté la ‘‘route de l’ouest,’ pour piger à pleines mains dans les greniers de la Sicile, de l’autre, la "route de l’est,” pour se réserver la poix de la Chalcidique, les mines de la Thrace, le fer de la ( ’hersonèse, les blés des Dardanelles et de 1’Hellespont, le bois de la Propontide et jusque du Pont-Euxin.De même, les puits d’huile de la Mésopotamie eurent leur vogue lors de la "guerre pour la civilisation’ .* * * Si grand que soit un rêve, si bien combinés que soient les moyens employés pour l’exécuter, ils ne sauraient néanmoins garantir la victoire à un peuple isolé.Le succès dépend évidemment, pour une part, de la vaillance et de la ténacité de ses soldats et marins; il dépend plus encore de la solidité des alliances qui le soutiennent et de la concentration du pouvoir dans une seule main.On l’a bien vu, en 1914, lorsque l’Allemagne, après avoir compté sur des alliés eux-mêmes épuisés, l’Autriche et la Russie, dut baisser pavillon devant la formidable entente du Belge et du Français, de l’Anglais et de l’Américain.La défaite du Prussien fut une réédition; car c’est à cette même cause qu’avait été due la ruine d’Athènes et de son empire, en 404.Libre de ses communications, l’empire athénien aurait pu tenir encore.Mais, l’installation de Sparte à Décélie coupant ses relations avec le nord par l’Eu bée, la défiance de Thèbes lui fermant la Béotie et la Thessalie, l’union du Spartiate avec le Perse lui enlevant tout secours extérieur, Athènes n’avait plus qu’à capituler. 346 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE L’entrée victorieuse de Lysandre à Athènes en 404 et la réception triomphale de Foch à Strasbourg après le 11 novembre 1918 sont le pendant l’une de l’autre.Occasionnées par les mêmes raisons économiques, préparées par les mêmes opérations tant sur terre que sur mer, produites par le même système d’alliances et la même coordination du commandement, elles “illustrent” on ne peut mieux la vérité du mot de Thucydide sur son livre.Son histoire d’une guerre particulière est celle de toutes les guerres passées et futures, une “acquisition pour toujours”, un xr-ry^a tç a-.i.File l’es: sur ce point essentiel, qu’a noté un historien (Déonna): “La livraison de la flotte allemande à l’Angleterre, après la conclusion de l’armistice (1918), est un symbole du rôle immense joué par la mer, comme le furent la livraison de la flotte Spartiate aux Athéniens après Sphactérie (425) et celle de la flotte athénienne aux Spartiates (404)”.* * * Ainsi donc, une morale de fait sert de point d'attache aux deux grandes leçons données par 3 hucydide.La première, c’est que, “pour un tyran ou pour une république puissante, tout ce qui est utile est raisonnable” (VI, 85); la deuxième, que "le droit seul ne saurait triompher, s’il n’est appuyé sur la force” et que “la force même vaut mieux (pie le droit” (1 \, 62; I, 36, 76-77).Si cette morale, qui fut celle des Allemands comme des Athéniens, nous afflige, parce qu’elle nous montre l’humanité parvenue à la barbarie dans scs efforts vers la civilisation, rappelons-nous qu’elle n’est qu’une constatation de fait.Pour nous en consoler, opposons-lui une autre constatation, dérivée également de notre historien.J,’Allemagne de 1914 a tenu aux Belges, en les invitant à suivre la loi du plus fort, le langage même que tenaient aux Mélicns les Athéniens île 416 i\, 111; Mais les Belges ont répondu aux Allemands par le même discours que les Mêlions infligeaient déjà aux Athéniens (\ , 112); “Nous n
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