La revue trimestrielle canadienne, 1 janvier 1922, Juin
MONTREAL Juin 1922 Sèass année No 30 Art de l’ingénieur—Economie politique et sociale—Mathématiques Législation—Histoire—Statistique—Architecture —Sciences Hygiène—Industrie—Forêts—Finances—Transports.SOMMAIRE 151— I.Le Fort Richelieu.169— II.Les vertus de ia langue française.191— III.Aperçu historique du droit privé breton.200—r IV, Notre-Dame de Montréal.221— V.La Mission .sociale de l’hygiène.299— VI.La Conquête industrielle.246— VII.La Statistique—.255—VIII.Revue des Livres :.Traité de tissage au Jacquard.Gnomonique ou traité théorique et pratique .de la construction des cadrans solaires.Les maîtres de la pensée scientifique.L’éther actuel et ses précurseurs.La théorie de relativité et scs applications à l'astronomie.L’annnnire dns longitudes pour 1922.L’bon.juge A.-A, BRUNEAU L’abbÉ J, CALVET J.DELALANDE OLIVIER MAURAULT, p.S.a, Dr J.-A.BAUDOUIN PAUL-ÉMILE FICHÉ VALMORE GRATTON Le principe de la relativité et la théorie de la gravitation.—-.Le règne de la relat ivité.Economie industrielle : Le chef d’entreprise.Lexique technique anglais-français.Pau, Fayolle, Focli, an Canada.Galerie canadienne de portraits historiques- ASSOCIATION DES ANCIENS ÉLÈVES ÉCOLE POLYTECHNIQUE MONTRÉAL COMITÉ DE DIRECTION : Président : Mgr Georges Gauthier, Recteur de l’Université de Montréal.Membres : MM.Aurélien Boyer, Principal de l’École Polytechnique.Alfred Fyen, Directeur de l’École Polytechnique.Arthur Amos, Chef du service hydraulique de la Province de Québec.Augustin Frigon, Professeur à l’École Polytechnique.Léon-Mercier Gouin, Avocat.Théo.-J.Lafrenière, Professeur à l’École Polytechnique.Olivier Lefebvre, Ingénieur en chef, Commission des Eaux courantes._ L’abbé Olivier Maürault, Professeur à l’Université de Montréal.Édouard Montpetit,Professeur à l’Université de Montréal Antonio Perrault, Professeur à l’Université de Montréal.Arthur Surveyer, Ingénieur Conseil.COMITÉ D’ADMINISTRATION ET DE RÉDACTION : Président : Arthur Surveyer.Membres : MM.Édouard Montpetit, Arthur Amos, Augustin Frigon, O.Maurault, Théo.-J.Lafrenière, Antonio Perrault, Olivier Lefebvre, Léon-Mercier Gouin.Rédacteur en chef: Édouard Montpetit.Secrétaire de la rédaction : Léon-Mercier Gouin.LE PRIX DE L’ABONNEMENT EST FIXÉ A $3.00 DOLLARS POUR LE CANADA ET LES ÉTATS-UNIS, A $4.00 DOLLARS POUR TOUS LES AUTRES PAYS.LE NUMÉRO 75 SOUS.La Revue Trimestrielle Canadienne paraît quatre fois l’an : en mars, juin, septembre et décembre.La Revue est accessible à la collaboration de tous les publicistes, spécialistes et hommes de profession.La Direction n’entend, pas par l’insertion des articles assumer la responsabilité des idées émises.Tous les articles insérés donnent droit à une indemnité calculée par page de texte imprimée ou de graphiques.Les manuscrits ne seront pas rendus.La reproduction des articles publiés par la Revue est autorisée, à la condition de citer la source d’où ces articles proviennent.Il sera rendu compte de tout ouvrage dont il aura été envoyé un exemplaire à la Rédaction.Pour les abonnements, publicité, collaboration et autres renseignements, s’adresser au : Secrétaire-général : Augustin Frigon, École Polytechnique, 228, rue Saint-Denis, Montréal. ¦y&rv,' " ¦ ‘ LIVRES DE PRIX RECOMPENSES SCOLAIRES La Maison Granger Frères Limitée offre en vente, cette année, le choix le plus varié et le plus considérable de Livres de Prix jamais offert par aucune Maison au Canada.Messieurs les Membres du Cierge, les Directeurs et Directrices de Maisons d’Education, les Commissaires d’Ecoles sont invités à visiter notre étalage.Ceux de nos clients qui ne pourraient se rendre à notre magasin voudront bien nous écrire.Ils sont assurés de la même attention et du même soin que s’ils venaient en personne.Catalogue et conditions sur demande.VOYEZ NOTRE EXPOSITION DE BEAUX LIVRES A PRESENTER COMME PRIX SPECIAUX Les personnes qui désirent presenter un prix spécial à un collège ou un couvent ont ici l’embarras du choix.Nous nous chargeons de livrer à l’adresse voulue et d’expédier même à l’étranger les volumes commandés.GRANGER FRÉRSS LibRtMR.es, PtxpetieRS.lmpoRtateuRs 43 Noke-D^me.Ouest 'Monké^l - _________X, yg _ SPHONP-J.mÀ^^ICüTTE , .' ' ' .• : X ii • REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Le NOTAIRE FARIBAULT Successeur de Leclerc & Faribault Edifice Versailles, No 90 rue St-Jacques, MONTREAL.Tel.Main 678.LAVERY & DEMERS Avocats et Procureurs 17, rue St-Jacques.Tél.Main 4472.Résidences : Sulluste Lavery, B.C.I., 2041 Hutchison Tél.R6ck.3178.Maurice Demers, 1150 St-Hubert.St-L.679.Téléphone : Main 8494-8495.BROSSARD, FOREST, LALONDE & COFFIN AVOCATS Edifice du “Crédit Foncier” 35, rue St-Jacques MONTREAL F.C.LABERGE INGENIEUR 30, RUE ST-JACQUES Tél.St-Louis 3925.S.A.BAULNE INGENIEUR CIVIL Professeur à l’Ecole Polytechnique 1294, rue St-Hubert, Montréal.Victor Pag* Arm Cloutier Jos.-C.Ostiguy PAGER, CLOUTIER & OSTIGUY AVOCATS Immeuble Power, 83 ouest rue Craig Tél.Main 5598 ATHANASE DAVID, C.R.de l’étude légale ELLIOT, DAVID & MAILHIOT Edifice “Canada Life’’ MONTREAL LE NOTAIRE CHARBGNNEAU Commissaire pour Ica provinces et les Etats-Unis Organisateur de compagnies Edifice Power, 83 ouest, rue Craig, MONTREAL Téléphone Bell Est 2660.LIBRAIRIE ST-LOUIS Norbert Faribault, propriétaire.Papeteries, Fournitures de Bureaux, Livres, Revues, Romans, Journaux, Jouets, Articles religieux et de fantaisie, Impressions et Reliure.288 RUE STE-CATHERINE EST (Près St-Denis) Montréal Perron, Taschereau, Rinfret, Vallée & Genest Procureurs et Avocats 1 i, PLACE D’ARMES Edifice de la Banque de Québec REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE iii LA BANQUE NATIONALE Fondée en 1860 La plus vieille banque cànadienne-française.BUREAU-CHEF: QUEBEC.P.Q.Nos 347 Bureaux offrent au public de grands avantages pour le recouvrement rapide des effets de commerce.CORRESPONDANTS DANS LE MONDE ENTIER BUREAU DE DIRECTION Président : L'HON.GEO.E.AMYOT.Conseiller Législatif, Prés, de la Dominion Corset Co.Vice-Président: J.H.Fortier, Vice-Président et Gérant-Général de P.T.Légaré, Ltée.A.N.DROLET, N AP.DROUIN, A.B.DUPUIS, NAZ.FORTIER, SIR GEO.GARNEAU, J.B.LALIBERTE, HON.J.NICOL.C.R.C.E.TASCHEREAU, Directeurs: de P.G.Bussicre & Cie.Québec.Président de la Rock City Tobacco.Marchand de Gros, Québec.Manufacturier de cuir, Québec.Président de Garneau, Ltée, Québec.Manufacturier de fourrures, Québec.Trésorier Provincial.Notaire, Prés, de Eastern Canada Steel & Iron Works.HENRI DesRIVIERES, Gérant-Général.Tous nos produits sont dégustés et analysés LA CIE MONTREAL DAIRY Limitée 290, AVENUE PAPINEAU EST UNE INDUSTRIE MODERNE CRÈME DOUCE — BEURRE — CRÈME GLACÉE Téléphone : Est 3000 * BONIN FRÈRE, Limitée Mercerie et Chapeaux 07.520, 669 et 1819, rue Ste-Catherine Est MONTRÉAL Tel.Est 1315 Notre devise: Courtoisie, Service, Intégrité ALBERT N.GOORA Courtier en Assurances Agent spécial : London & Lancashire Ass.Co.665 RUE CRAIG EST, MONTREAL Tel.Est : 1878-3241.Un seul magasin.ED.GERNAEY FLEURISTE 108 et 110 rue Ste-Catherine Est MONTREAL Spécialité : Tributs floraux.Chs.Desjardins & Cie, Limitée Fabricants, Importateurs et Négociants en FOURRURES ET CHAPEAUX 130, rue St-Denis, Montréal, Canada. REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE LE SYLLOGISME DU JOURNAL un journal a pour but la défense de la religion et de la race et la grandeur du pays : si pour atteindre ce but il n’accepte et ne reçoit aucune subvention des coteries- ou partis politiques : si ses colonnes ne sont ouvertes qu’à des annonceurs recommandables : si les nouvelles sensationnelles et déformatrices de l’opinion publique son! soigneusement écartées : si sa tenue typographique et littéraire impose l’attention et tend mm* n ! Éü LE SYLLOGISME DU JOURNAL un journal a pour but la défense de la religion et de la race et la grandeur du pays : si pour atteindre ce but il n’accepte et ne reçoit aucune subvention des coteries- ou partis politiques : si ses colonnes ne sont ouvertes qu’à des annonceurs recommandables : si les nouvelles sensationnelles et déformatrices de l’opinion publique son! soigneusement écartées : si sa tenue typographique et littéraire impose l’attention et tend à la formation intellectuelle de ses lecteurs : s’il n’atteint que la classe éclairée dont il forme l’opinion et dirige l’action : si malgré toutes ces restrictions il provoque un mouvement d’idées saines plus considérable que tous les autres journaux : il est incontestable que ce journal est une force et mérite l’encouragement de tous les gens sérieux et désintéressés.“Le Devoir” a reçu des autorités religieuses de ce pays les plus éloquents témoignages d’approbation et d’encouragement.“Le Devoir” a été le premier à combattre pour les droits des minorités.“Le Devoir” reçoit, proportionnellement au tirage, plus d’encouragement des annonceurs que n’importe quel quotidien français de ce pays.“Le Devoir” subordonne le souci de plaire à ses lecteurs, à celui de les éclairer et les diriger.il mérite l’appui de tous les gens conscients de la force du journal honnête et indépendant.Membres du clergé, hommes de profession, hommes d’affaires, jeunes gens et jeunes filles, soutenez de votre autorité, de votre encouragement, de votre abonnement, une force indispensable à la saine formation intellectuelle et morale d’un pays.LE DEVOIR, administration : 43 St-Vincent, Montréal, Can.?R “Le Devoir” doit sa survivance à la générosité de ses amis et aux sacrifices de ses directeurs.DONC r.1^-o.f.ïésfMJt'-v”-.v‘-v3 ¦ ’: ' ' " l'f Le prix de l’abonnement ($6.00) est l’équivalent de sa valeur. REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE V Ce sentiment de bien-être parfait est ressenti g,u plus haut degré par celui qui se fait habiller au “Fashion-Craft” Il se distingue de ses collègues par la grande simplicité de ses vêtements.Les vêtements sont distingués—mais simples.Pour faire ressortir un ensemble parfait, sa chemise, sa cravate, son col, ses chaussettes, ses gants, sa canne et son chapeau seront d'une correction parfaite et choisie pour être en harmonie avec le vêtement qu’il porte.Contrairement à ce qu’on pourrait supposer, les prix au “Fashion-Craft” ne sont pas élevés.MAGASINS KSHtON-PRAFT.MAX.BEAUVAIS, (limitée) 229, RUE ST-JACQUES Succursale Ouest, 463, rue Sainte-Catherine Ouest.A.-A.Roy, 469, rue Sainte-Catherine Est. VJ REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Fond*» en 1874 LA BANQUE D’HOCHELAGA Capital autorise.$10,000,000 Capital Payé et Fends de Réserve.8,000,000 Total de l’Atcif.75,700,000 L’accroissement de la valeur personnelle et de la capacité exécutive de tout individu est une nécessité vitale de notre époque.Quel que soit le régime social sous lequel il vive, l’homme ne peut accroître sa valeur personnelle qu’en autant qu’il est exempt des anxiétés financières par l’exercice d’une JUSTE ET SAINE ECONOMIE.Un COMPTE D’EPARGNE à la Banque est la base sur laquelle s’édifie l’avenir.NOUS SOMMES A VOTRE SERVICE ON TROUVE TOUJOURS A LA LIBRAIRIE DEOM UN choix important de beaux livres anciens et modernes, des éditions originales, rares ou curieuses des meilleurs écrivains des XIXe et XXe siècles et les ouvrages nouveaux, en exemplaires ordinaires ou sur grand papier, d'une sélection d'auteurs contemporains.:: :: - , 251 EST, RUE ST-CATHERINE TELEPHONE EST 2551 MONTRÉAL 11EVUE THIMESTHIELLE CANADIENNE BANQUE PROVINCIALE DU CANADA SIEGE CENTRAL : 7 et 9 Place d’Armes, MONTREAL, Canada.Capital autorisé.$ 5,000,000.00 Capital payé et surplus.S 4,400,000.00 Actif total: au 30 Juin 1921 au delû de.$45,000,000.00 CONSEIL D’ADMINlÔTRATION Président : Sir HORMISDAS LAPORTE, C.P., ex-maire de Montréal, de la maison Laporte, Martin, Limitée, administrateur des chemins de fer nationaux canadiens.Vice-Président : W.F.CARSLEY.Vice-Président : TANCREDE BIENVENU, Administrateur Lake of the Woods Milling Co., administrateur du Crédit Foncier Franco-Canadien.M.G.M.BOSWORTH, Président “Canadian Pacific Océan Services Limited”.M.L.J.O.BEAUCHEMIN, président de la Librairie Beauchemin Limitée.M.MARTIAL CHEVALIER, Directeur général.Crédit Foncier Franco-Canadien.L’Honorable NEMESE GARNEAU, C.L , Québec, président de la Société Générale des Eleveurs de la Province de Québec.BUREAU DES COMMISSAIRES-CENSEURS Président : Hon.Sir ALEXANDRE LACOSTE, C.R., Ex-Juge en Chef de In Cour du Banc du Roi.Vice-Président : Hon.N.PERODEAU, N.P., Ministre sans portefeuille du Gouvernement Provincial, administrateur Montreal Light, Heat and Power Co., Limited.M.S.J.B.ROLLAND, président de la Cie de Papier Rolland.BUREAU-CHEF : Directeur Général : M.TANCREDE BIENVENU.M.J.-A.TURCOT, Scertaire.M.LAROSE, Surintendant général.M.C.-A.ROY, Chef du Bureau de Crédit.AUDITEURS REPRESENTANT LES ACTIONNAIRES M.ALEX.DESMARTEAU, Montréal.M.J.-A.LARUE.Québec.109 Succursales dans les Provinces de Québec, Ontario, Nouveau-Brunswick et File du Prince-Edouard.PAPIER D’EGYPTE ANTISEPTIQUE PARFUMÉ Pour purifier l’air des habitations En vente, 10 sous le cahier de 32 usages, dans toutes les pharmacies, librairies, etc.ECHANTILLONS GRATUITS Nous adressons, gratuitement, sans frais, un cahier-spécimen pour huit usages, à toute personne qui nous en fera la demande.DEPOSITAIRES POUR L’AMERIQUE DU NORD ROUGIER FRÈRES, 63, RUE NOTRE-DAME EST - - - VÜ MONTREAL vin REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE (%Droit ton Chemin It m N 'E courez pas au luxe et au plaisir qui cachent sous leurs brillants appâts l’indigence, la pauvreté, la misère".Suivez le chemin droit du Devoir, de la Sobriété, de [’ÉPARGNE, qui conduit sûrement à la prospérité et au bonheur.La Banque d Epargne de la Cite et du District de Montreal (Bureau Principal et Seize Succursales à A.P.LESPÉRANCE, Gérant Général.5 Revue Trimestrielle Canadienne MONTRÉAL JUIN 1922 LE FORT RICHELIEU ( 1642 - 1647) Pour pouvoir réussir efficacement dans la colonisation de notre pays, assurer la traite, et travailler effectivement à étendre la religion, mobile principal pour lequel travaillaient missionnaires, gouverneur, etc, il fallait évidemment adopter l’opinion des Pères Vimont et Le jeune, et réduire les Iroquois qui paralysaient les nobles efforts et des colons et des missionnaires, car les Iroquois “bouchent tous les passages de notre grande rivière, empêchent le commerce de ces messieurs et menacent de ruiner tout le pays”.1 Le moyen “h; plus prompt et le plus efficace,” dans la pensée de M.de Montmagny, gouverneur, pour parvenir à ce résultat, était de barrer le passage et fermer la “grande voie” par laquelle les Iroquois pénétraient dans le pays pour venir porter la dévastation, le pillage et la mort.C’est ce qui détermina la construction du premier fort élevé à l’embouchure du Richelieu.M.de Maisonneuve partait pour le Canada (1641), lorsque, sur la demande d’un Père jésuite, la duchesse d’Aiguillon fit connaître au ministre Richelieu la position précaire, dangereuse, insoutenable, dans laquelle se trouvait actuellement le Canada, “Ce qui lui succéda si heureusement, écrit le Père Vimont, qu'elle obtint un puissant secours contre nos ennemis.” Ce secours ne devait arriver que l’année suivante (1642), mais la nouvelle en étant parvenue a M.de Montmagny dans l’automne (1641), ce dernier “fit aussitôt 1 Relat.1642,2. 152 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE disposer la charpente d’une maison, avant même que les vaisseaux qui devaient apporter les ouvriers eussent paru, se doutant bien que, si on attendait leur venue, ils ne pourraient loger durant l’hiver au lieu où l’on désire poser les fortifications.”2 “La joie que les Français et sauvages ont sentie par deçà à la venue de ce secours n’est pas concevable.La crainte qu’on avait des Iroquois avait tellement abattu les coeurs qu’on ne vivait que dans les appréhensions de la mort : mais sitôt que la nouvelle fût venue que l’on allait dresser des fortifications sur les avenues des Iroquois, toute crainte cessa, chacun reprit courage et commença à marcher tête levée, avec autant d’assurance que si le fort eût déjà été bâti.3” “Pendant que les charpentiers travaillent à Québec, M.de Montmagny monte quarante lieues plus haut; il s’en va visiter la rivière des Iroquois, remarquer une place fort propre pour bâtir une forteresse (pii commande l’embouchure de ce fleuve, par où il se gorge dans la grande rivière de Saint-Laurent; il fait monter des barques qui portent les ehoscs nécessaires pour ce dessein.4 *” Enfin, le 13 août (1042), M.de Montmagny arrive à l’embou-chire de la rivière Richelieu pour y élever le fort au lieu qu’il avait choisi et désigné: “On fait jouer les haches dans cette grande forêt ; on renverse les arbres, on les met en pièces, on arrache les souches, on désigne la place, on y dit la première messe.Après la bénédiction faite, les canons retentissent, une salve de mousquets honore ces premiers commencements sous les auspices de notre grand Roy et sous la faveur de Son Eminence.” 6 Cette première messe, célébrée sur le rivage du Richelieu, le jour de la bénédiction du premier fort qu’on y éleva, le fut le 20 août (1642), jour de la fête de Saint-Bernard.On baptisa, le même jour, un des sauvages qui avaient été faits prisonniers au commencement du mois d’août, en même temps que le Père Isaac Jogues, dans les îles du lac Saint-Pierre.Ce sauvage servait de pilote au bon Père Jogues, lors de cette sanglante rencontre.M.de Montmagny, — qui dut lui servir de parrain, probablement, — lui donna le nom de Bernard, en l’honneur du saint dont on célébrait la fête ce jour-là.Il était parvenu à s’échapper des mains des Iroquois, et Bernard fut par la suite, 2 Rel.de 1642, 44; Suite III, 18.3 Rel.de 1642, 2.4 Rel.1642, 44.‘ Rel.1642, 50. LE FORT RICHELIEU 153 “d’un infidèle et d’un barbare,” un excellent chrétien, dont les relations des Jésuites de cette époque parlent avec les plus grands éloges et la plus grande admiration.5 Le 17 mai précédent avait également, eu lieu, à Montréal, au chant du Veni Creator, par la célébration de la sainte messe et l’exposition du Saint-Sacrement, la prise de possession de l’île de Montréal et la bénédiction des premiers ouvrages qu’on y avait élevés.6 7 Le fort bâti, en 1642, à l’embouchure du Richelieu, était en bois, mais nous ne pouvons en préciser exactement les dimensions.Il fut appelé Richelieu en l’honneur du célèbre cardinal qui présidait alors aux destinées de la France.Le même nom fut aussi donné à la rivière pour cette raison.Charlevoix nous dit cependant.— mais cette opinion nous paraît insoutenable, — que l’on donna au fort le nom de Richelieu parce qu’on le faisait déjà porter à la rivière.S'il en est ainsi, pourquoi la Relation de 1642, — même celle de 16448 9 —, la désignait-elle encore sous le nom de “rivière des Iroquois.Rien ne nous indique que ce nom lui ait été donné, lors de la visite de M.de Montmagny et du Père Le jeune, dans l’automne de 1637, ni dans le voyage qu’y fit M.Duplessis en 1636.Il y eut deux forts, en ce pays, sous la domination française, du nom de Richelieu.Il ne faut donc pas confondre.Le premier avait été bâti par Champlain, sur l’île de Sainte-Croix, en 1634, à 15 lieues de Québec.8 Cinq ou six ouvriers français furent frappés, au fort Richelieu, du mal de terre.Ils furent transportés à l’hôpital de Québec, fondée par la duchesse d’Aiguillon, et furent guéris, grâce aux bons soins qu’ils y reçurent.Ce mal était presque inévitable pour les nouveaux arrivés en ce pays.On croit que cette maladie était le scorbut combiné de fièvres malignes.A Québec comme aux Trois-Rivières, à Tadoussac comme à Richelieu, il fit des ravages terribles.Le fort fut achevé en peu de temps sous l’habile direction de M.de Montmagny, qui comprenait fort bien la position délicate autant que périlleuse, dans laquelle se trouvait alors la colonie que la France, désireuse de fonder sur les bords du St-Laurent, abandonnait cependant à ses faibles ressources, à l’énergie des premiers pos- 6 Rel.1642,72.7 Rel.1642,37.8 Rel.1644,45.9 Rel.1634,91.| f t REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE USÉ.' I ! L sesseurs du sol toujours rebutés, dans leur attente, par la Compagnie des Cent-Associés, à laquelle incombait l’obligation de construire des forts semblables à celui de Richelieu.1' Le but de M.de Montmagny, en entreprenant cette construction, nous l’avons dit précédemment, était d’arrêter les courses des Iroquoisetde mettre les sauvages chrétiens, ses alliés, et les colons, àl’abri des coups de ces barbares.Aussi, cette const ruction inspira-t-elle confiance à tout le monde.Des Ilurons et des Algonquins vinrent planter leurs tentes autour du fort Richelieu, fiers de la protection qu’ils pouvaient en attendre.11 Peu reconnaissants de leur nature, ces sauvages, qui cherchaient à s’abriter, durant l’hiver, contre les Iroquois, non seulement à Richelieu, mais autour des autres forts également12, vinrent un jour trouver le gouverneur au fort Richelieu pour remercier le “grand capitaine, le conservateur du pays,” qui entreprenait ainsi leur défense, celle de leurs femmes et de leurs enfants, et leur permettait “de planter, de cultiver et de recueillir leurs bleds.13 Ils lui donnèrent deux présents, l’un pour le remercier d’avoir exposé sa vie pour eux et chassé leurs ennemis, lors de l’attaque du fort Richelieu, et le second pour essuyer les larmes desFrançaisà l’occasion de la capture du Père Jogues et de ses compagnons.14 Envoyant s’élever lefort Richelieu, les Iroquois conçurent tout de suite de vives alarmes pour l’avenir.Regardant sans doute cette forteresse qui s’élevait sous leurs yeux comme le berceau d’une colonie nouvelle, les Iroquois voulurent immédiatement s’en emparer et prévenir, par une de ces attaques soudaines et imprévues dont ils étaient coutumiers, les dangers et les périls qui les menaçaient.Aussi, le fort était-il à peine commencé depuis sept jours qu’un parti de 300 Iroquois, — 700 d’après Garneau et Charlevoix, — divisé en trois bandes, “se glissant à pas de larrons,” sortit tout à coup de la forêt et attaqua les ouvriers à l’ouvrage sur plusieurs côtés à la fois.On court aux armes.M.de Montmagny, de son brigantin, se fait porter à terre et prend le commandement.L’ennemi avait déjà un pied dans le retranchement, qui n’était pas encore en état de soutenir une longue attaque, lorsque le brave caporal DuRocher, qui montait la garde ce jour-là, s’avance à la tête de quelques soldats 10 C’est là une opinion de M.B.Suite, t.II, p.11 Rel.de 1643, 7—19—30.12 Rel.de 1644, 100.13 Rel.de 1642, 13.“ Rel.de 1643.12.122. LB FORT RICHELIEU 155 et les repousse courageusement.Un grand Iroquois, portant un panache ou une couronne de poil de cerf, teint en écarlate, paye de sa vie son audace et sa témérité.Les autres, plus confiants dans l’agilité de leurs jambes que dans la valeur de leurs rondaches, abandonnent leurs armes, etc, et retraitent précipitamment, mais “avec conduite,” vers un fort qu'ils avaient construit à une lieue plus haut sur le Richelieu.Le caporal Deslauriers fut tué, M.Martial, le secrétaire de M.de Montmagny, reçut un coup d’arquebuse dans l’épaule et trois autres Français furent aussi grièvement blessés.Cette attaque montra aux Iroquois qu’un petit nombre de Français pouvait résister à leurs bandes nombreuses et indisciplinées.De leur côté, les soldats français peu habitués à ces genres d’escarmouches et de surprises, apprirent à se défier d’un ennemi “rapide comme l’aigle, rusé comme le renard et brave comme le lion.” Le jour de l’Exaltation de la Sainte-Croix, M.de Montmagny fit élever une haute croix, en souvenir de cette victoire “avec une piété et une consolation très sensible des Français.” 16 On ne manqua pas de faire entendre aux sauvages alors assemblés aux Trois-Rivières, dit la Relation,16 la conséquence de cette victoire, on leur montra les dépouilles de l’ennemi, et on leur fit comprendre que le dessein de la France, dans de semblables constructions, était, non de s’emparer de leur pays, mais de défendre ceux qui embrassaient le christianisme, unique pensée des secours qu’on leur onvoyait.A l’époque de la construction du fort Richelieu, en 1042, il n y avait aucune habitation entre Montréal et les Trois-Rivièrs.Et 1 on aurait tort de croire (pic le fort Richelieu, dans la pensée de M.de Montmagny, fût autre chose qu’un poste militaire défendant contre les Iroquois l’entrée du St-Laurent par la rivière Richelieu.L idée de colonisation n’y était pour rien, car “ce lieu ou logeait la crainte devait être une maison d’assurance.’17 D ailleurs, comme nous le verrons par la suite, la garnison fut obligée do s enfermer foicement dans l’enceinte du fort, incapable d on sortir a un arpent dans la forêt, sans s’exposer au scalpel sanglant de l’ennemi.M.François do Champflours qui avait succédé, vers la fin de l’année 1039, au chevalier DeLisle, dans le gouvernement des Trois- 15 Relat.1642, 52.Relat.1642,51.17 Relation, 1642, 52. 150 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Rivières, fut laissé comme commandant du fort Richelieu.“On y mit une assez bonne garnison, dit Charlevoix, et si laCompagnie du C anada, ajoute-t-il, eut voulu faire la même dépense pour le pays des Hurons, on aurait épargné bien des maux à ces sauvages et, par conséquent, à toute la colonie, sur laquelle retomba bientôt le contrecoup des malheurs qui accomblèrent cette nation les années suivantes.” Une glande faute, à notre avis, fut de placer une garnison insuffisante, dans le poste le plus exposé aux coups des Iroquois sur le chemin même qu ils prenaient depuis des siècles, pour venir rencontrer leurs ennemis, les Hurons, dans les îles du lac St-Pierre.Et non seulement la garnison, mais le fort lui-même était loin de répondre aux besoins de la situation.C’était là, pour dire notre pensée, une demi-mesure! Il aurait fallu faire davantage ou rien, puisqu on exposait au péril de braves soldats, sans avantage décisif pour la colonie.Loin de nous, cependant, l’idée d’en nier 1 utilité et les services rendus, mais la suite va démontrer les avantages considérables qui seraient résultés pour le développement du pays si on eût eu, a Richelieu, un fort et une garnison qui auraient pu résister aux bandes nombreuses d’Iroquois qui, de 1042 à 1645, ont continuellement envahi la colonie par la rivière Richelieu.De tous les anciens forts construits pour assurer la suprématie de la France dans notre pays, en contenant les natures sauvages, il en est bien peu dont 1 histoire nous paraît plus intéressante et plus mouvementée que celui de Richelieu.Le poète Marsais, en évoquait les souvenirs historiques, dans les vers suivants: Au confluent de deux rivières Un fort s’y dressait autrefois Pendant des guerres meurtrières Menacé par les Iroquois Le fort n’est plus; la paix profonde Règne au Canada, grâce au Ciel.St-Laurent, au bord de ton onde, Heureux les hôtes de Sorel ! Là, le hardi missionnaire, Bravant le tomohawk indien, Martyr, exilé volontaire, Planta le symbole chrétien; LE FORT RICHELIEU 157 Apprit au sauvage idolâtre Le culte saint de VEternel: Grand souvenir dont le théâtre Etait le berceau de Sorel !18 Le fort Richelieu avait été construit en temps propice, car il était à peine achevé, que les Iroquois, en 1G43, “croissaient en armes, en forces et en cruauté.” 19 Aussi, les sauvages alliés des Français redoublaient de vigilance et multipliaient leurs attaques et leurs courses contre l’ennemi.Vers la fin d’avril 1643, un parti de guerriers Montagnais et Algonquins, réunis en bourgade à Sillery, avaient à peine achevé de semer leur blé d’Inde, qu’ils levaient la hache de guerre, se dirigeant à Richelieu, pour s’opposer aux courses et aux ravages des Iroquois.20 Durant l’hiver de 1643, une escouade d’Algonquins part du fort Richelieu où elle avait hiverné, pour porter la guerre au pays des Iroquois.Une jeune femme, une Algôhquine qui, l’année précédente, s’était sauvée des mains et du pays des Iroquois, devait les conduire à l’endroit où ces sauvages avaient l’habitude de chasser durant l’hiver.Surpris, la nuit, pendant leur sommeil, par l’ennemi même qu’ils allaient chercher si loin, ceux qui purent s’échapper gagnèrent Montréal où ils furent reçus à bras ouverts.La jeune femme ne revint que longtemps après les autres, car elle s’était égarée dans les bois.“Elle n’avait ni bonnet, ni souliers, ni manches, ni bas de chausses, dit la Relation ; pour tout habit, elle n’avait qu’un bout de couverture qui à peine lui couvrait la moitié du corps contre le froid extrême.Elle marcha trente jours en cet état, sur la neige, sans voir une étincelle de feu; on ne sait ce qu’elle a pu manger durant ce temps-là; elle passa vis-à-vis de l’habitation de Montréal, de l’autre côté de la grande Rivière, et y demeura six ou sept jours à crier tant qu’elle pouvait, afin qu’on la vînt passer; mais voyant qu’elle n’était pas entendue, elle fut enfin contrainte de tirer vers le fort de Richelieu où elle arriva à demi-morte.La charité des Français lui rendit la vie et les forces.Cent hommes, disaient quelques-uns, fussent, morts des travaux qui n’ont, pu tuer une femme.” 21 Jusqu’en 1643, les Iroquois apparaissaient durant l’été, sur le St-Laurent, en bandes nombreuses.A cette époque, ils changèrent 18 Gazette de Sorel, 1857.18 Rel.de 1043, 27.30 Rel.1643, 11.31 Relat.de 1643, 49. REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE leur plan d’attaque et commencèrent à diviser leurs forces en petites troupes, de vingt, trente, cinquante et cent hommes au plus.Une bande etait-elle partie, une autre lui succédait.Les pelleteries qu’ils parvenaient à enlever aux Murons, Algonquins et Montagnais, étaient échangées aux Hollandais pour de la poudre et des arquebuses.La 9 niai (1043) une troupe d'une vingtaine d’Iroquois vient rôder autour du fort Richelieu “pour faire la garde” probablement, pendant qu un autre parti, à quatre lieues îles Trois-Rivières, se jette sur huit Angonquins, conduisant deux canots chargés de pelleteries.25 Au mois de juin (le 9), une autre troupe de quarante guerriers Iroquois fait prévoir que 1 on conçoit de sinistres desseins.Trois Murons, faits prisonniers au commencement d’août 1042, en même temps que le Père Jogues, et qui faisaient partie de cette troupe, parvinrent à s’échapper des mains de leurs vainqueurs, s’enfuirent aux 1 rois-Rivièrcs et donnèrent- maintes nouvelles du Père Jogues.Ils rapportaient que le bon Père était encore vivant, qu’il aurait pu s’enfuir lors de l’attaque de l’année précédente, mais qu’il avait préféré ne pas se séparer des Murons; que Couture et René Goupil avaient été frappés île coups de poing et.de coups de baton, après avoir été faits prisonniers, mais que le pire traitement qu ils eurent à endurer leur fut infligé après la rencontre qu’ils firent des 250 Iroquois qui retournaient vaincus de leur attaque de Richelieu, où ils avaient perdu cinq de leurs gens et où plusieurs avaient été blessés; que rendus aux villages iroquois, ils avaient subi affronts et outrages, qu’on leur avait arraché la barbe, enlevé les ongles, brûlé les bouts des doigts “dans les calumets tout rouges de feu, que deux Iluronsavaient été brûles, que les autres étaient encore prisonniers; que le Père Jogues avait et le pouce gauche coupé et 1 index de la main droite écrasée avec les dents; que si* promenant avec René Goupil, ce dernier était tout-à-coup tombé à ses pieds, assommé d’un coup de hache par un Iroquois qui avait perdu quelques-uns de ses parents à l’attaque du fort Richelieu.Le récit de ces trois captifs fut bientôt confirmé par d’autres de leurs compagnons qui s échappèrent des mains des Iroquois.Lne autre bande succéda bientôt à celle qui avait perdu les tiois prisonniers Murons.IM.le Gouverneur, qui désirait ardemment Rel.de 1643, 62. LE FORT RICHELIEU 159 la paix et la liberté du Père Jogues, équippa quatre chaloupes et, préparé à toute éventualité, à la paix ou à la guerre, monta au fort Richelieu.Son but, croyons-nous, était surtout d’en venir à une entente avec les Iroquois.Ceux-ci, cependant, fuyaient M.de Mont-magny.Apercevaient-ils les chaloupes du Gouverneur faisant la patrouille sur le Richelieu, qu’ils prenaient la fuite dans les bois; étaient-elles passées, qu’ils apparaissaient immédiatement sur le rivage, guettant Algonquins et Hurons.A deux lieues au-dessus du fort Richelieu, M.le Gouverneur aperçut un chemin qu'ils avaient tracé, traversant et coupant une pointe de terre, afin de pouvoir, en portant leurs canots et leurs bagages sur leurs épaules, déboucher sur le St-Laurent et éviter les obstacles que leur causait la petite garnison de Richelieu.Le 15 août 1643, un parti de vingt Algonquins part des Trois-Rivières pour aller chasser aux îles du lac Saint-Pierre et en vient aux mains avec les Iroquois.Deux autres troupes d’ennemis étaient alors cantonnées autour du fort Richelieu.Elles avaient parmi elles un Huron qui, longtemps captif chez eux, était devenu “Iroquois d’affection.” Il s’avance, en canot, vers le fort et demande à parler.On le fait entrer et on lui demande la cause de ses démarches.Il répond qu’il est délégué par ses compagnons pour faire des propositions de paix, et comme preuve de sa bonne foi et de sa sincérité, il présente .:>s castors.Mais craignant “ce grec et ses parents,” on continue l’interrogatoire et l’on demande des nouvelles du Père .logues.Il présente alors au commandant une lettre du Père, adressée à M.le Gouverneur.On lui dit que cette lettre demande une réponse, que le Gouverneur est à Québec et qu’il faut l’attendre.Croyant avoir suffisamment “endormi” les Français, il demande avec instance que l’on tire un coup de canon.Dèsqueson désirest accompli, ses compagnons apparaissent dans trois ou quatre canots, se dirigeant précipitamment vers le fort.On leur crie de ne pas avancer davantage, mais ils bravent hardiment cette défense.Un second coup de canon les oblige cette fois à décamper, en abandonnant sur le rivage leurs canots et leurs bagages.Dans la lettre remise à M.de Champflours, le Père Jogues apprenait que Coutur et ses autres compagnons de captivité vivaient encore; il avertissait le Gouverneur de se tenir sur ses gardes, que tous les jours de nouvelles troupes partaient pour la guerre et que le St-Laurent en serait infesté jusqu’à l’automne.On était alors au commencement d’août; la lettre du Père Jogues était datée du 30 juin, et depuis le C$D 160 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE commencement de mai, depuis le départ des glaces, les Iroquois avaient été vus partout en embuscades, et particulièrement entre Montréal et les Trois-Rivières.Les vérités que contenaient la lettre du pauvre et malheureux Père Jogues n’étaient que trop réelles; les dangers dont il disait la colonie menacée n’étaient que trop véritables et certains.A peine les Iroquois que nous avons vus à l’assaut du fort Richelieu étaient-ils partis, qu’une autre troupe, composée d’une centaine de guerriers, faisait son apparition au même endroit.Mais ils n’eurent pas plus de succès à Richelieu qu’à Montréal oû, sous de faux prétextes, ils avaient essayé d’attirer à eux quelques Algonquins et sur lesquels ils avaient lâchement déchargé une centaine de coups d’arquebuses.2 3 Le contre-coup de ces défaites successives futdefaire accuser le Père Jogues d’en être la cause.Aussitôt qu’ils eurent vu sa lettre, dirent-ils, les Français de Richelieu tirèrent immédiatement le canon sur nous.De là un redoublement de fureur et de cruauté envers celui qui était au milieu d’eux un vrai “martyr vivant”.2 4 On conçoit facilement la crainte et l’épouvante que jetaient les courses répétées des Iroquois, au sein de la colonie naissante.Aussi, du lac St-Pierre à Montréal, de Richelieu aux Trois-Rivières, Les Iroquois avaient envahi toutes les issues, se cachant tantôt dans un endroit, tantôt dans un autre, fondant inopinément sur les Français ou leurs alliés sauvages, lorsqu’ils se sentaient en nombre et en position avantageuse.2 6 Aussi regardait-on “la colonie menacée d’une honteuse ruine et l’ancienne France d’une espèce d’infamie, de n’avoir pu donner de secours à sa cadette contre une poignée de barbares.”26 De pauvres femmes étaient assommées dans leurs champs; les bourgs étaient dans des alarmes continuelles et toutes les troupes qui avaient couru aux frontières faire face à l’ennemi avaient été défaites, mises en déroute, et les captifs emmenés par centaines.Il n’y avait d’autres courriers pour annoncer ces funestes nouvelles que les pauvres malheureux qui avaient la chance d’échapper aux flammes, mais dont le corps à moitié brûlé et les doigts coupés, étaient les témoins irrécusables de la véracité de leur récit et de la grandeur de leur malheur.2 3 Rel.de 1643, 66.2 * Rel.de 1643, 75.25 Rel.de 1643,71.28 Rel.do 1643, 74. LE FORT RICHELIEU 161 Le Père Vincent écrivait, en 1644, que les Iroquois étaient aussi invisibles que clés lutins, car: “quand ils sont éloignés, on les croit à nos portes, et lorsqu’ils se jettent sur leur proie, on s’imagine qu’ils sont en leur pays.” Il ajoutait que la garnison de Richelieu avait été plus “étroitement renfermée” qu’aucun des religieux ou des religieuses des plus petits monastères de France.Voici les faits principaux arrivés au fort Richelieu et qu il a consignes dans sa Relation de 1644.2 7 Le 14 septembre un soldat travaillait par divertissement à la portée d’un coup de mousquet du fort.Quatre ou cinq Iroquois se jettent sur lui tout à coup.Préférant mourir par le fer que par le feu, le jeune homme se cramponne si fortement à une souche que les Iroquois ne pouvant lui faire lâcher prise, ont recours aux tomo-hawks.Mais se voyant découverts par ceux qui étaient demeurés au fort et entendant les balles siffler autour de leur tête, ils prennent la fuite vers la forêt, pensant bien l’avoir tué.Deux Iroquois, voyant le jeune homme se relever avec courage, reviennent sur leurs pas, et lui donnent deux nouveaux coups.Ils l’auraient bel et bien scalpé, si ce n’eût été des soldats qu’ils voyaient accourir au secours de leur infortuné compagnon.Transporté au fort, le chirurgien arrête le sang qui s’écoule à grands flots des blessures qu’il a reçues sur la tête, aux bras et sur le corps.Le premier acte de ce bon jeune homme, lorsqu’il eût repris connaissance, fut de demander un confesseur.Il fit ensuite son testament par lequel il laissait aux pauvres tout ce qu’il possédait.Les soins du médecin, cependant, le sauvèrent.Quelques jours après cette surprise, dans une des îles voisines du fort, — File St-Ignace probablement.— des cris de joie, formidables et redoublés, apprenaient à la garnison de Richelieu que les Iroquois venaient de vaincre leurs ennemis, les Hurons.Ceux qui, parmi ces derniers, purent s’échapper, vinrent se réfugier au fort.Le 7 novembre, un jeune homme qui commandait aux ouvriers, sortit à la porte du fort pour chasser.Il avait à peine fait quelques pas, que des Iroquois, cachés dans des broussailles, l’empoignent avant qu’il ait eu le temps d’appeler au secours, le mettent à nu et le scalpent.Deux canots iroquois ayant été vus au large, sur le St-Laurent, vis-à-vis le fort, la garnison croit qu il a été fait prisonnier.On l’appelle, on crie, on tire le canon, mais on ne reçoit aucune îe-ponse.Trois jours après, on trouvait son corps que les corbeaux si Rel.de 1644, 105. REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE dévoraient.“Les Pères, qui étaient en cette habitation, enterrèrent ce pauvre homme, dit la Relation, et offrirent à Dieu plusieurs fois le saint sacrifice de la messe, suppléant a la charité qu auraient cih pour lui ses parents, s’il était mort en son pays.” Le 12 décembre, sept soldats sortent du fort pour aller chercher du bois.Un pied de neige couvrait la terre, et les Français pensèrent pouvoir, sans crainte et sans danger, s’éloigner un peu.Leur traîneau était à peine chargé qu’une bande d’Iroquois se jettent sur eux tout à coup.Les plus légers et les moins embarrassés arrivèrent au fort heureusement, mais celui qui avait la corde du traîneau autour du corps, ne pouvant les suivre, fut horriblement mutilé.On lui porte secours aussi promptement que possible, mais il avait déjà icçu sept ou huit blessures.“Vous eussiez dit, rapporte la Relation, que les yeux n’étaient plus à leur place, et le sang qui le trempait de tous côtés le rendait horriblement affreux, ayant une partie de la tête découverte de son poil et de sa peau.On l’appelle, on lui parle, il n’avait plus de connaissance, tous ses sens étaient perdus, il n a\ ait plus qu’un mouvement animal qui le faisait traîner ça et la sans îai-son.” Le chirurgien le fit porter au fort, et grâce aux bons soins qu il reçut, en réchappa presque miraculeusement.' “Depuis ce temps, les Français avaient pour cloître une palissade de pieux d’une bien petite étendue; mais, enfin, les Ambassadeurs Iroquois arrivant au mois de juillet,18 rompirent la clôture de ces pauvres reclus qui n’ayant pas tous le don d Oraison ne pie-naient pas trop de plaisir.” Les Iroquois ayant vu les Français se mettre a 1 abri de louis attaques et essayer même de leur barrer le passage qui les conduisait au fleuve St-Laurent, par la construction du fort Richelieu, “qui leur donnait beaucoup de peine,” ainsi que l’écrivait le Père Jogues, captif chez eux, redoublèrent donc, en 1044, de fureur et d éneigie.Ils disposèrent leur plan d’attaque et les forces qui devaient leur assurer le succès, sur une plus vaste échelle.Ils se divisèrent en dix bandes et immédiatement après le départ des glaces, l’une d’elles vint stationner autour du fort Richelieu.Surprise au mois d’avril de cette année par 60 Hurons, elle fut dispersée au milieu des ténèbres de la nuit.Un Huron, prisonnier au milieu des Iroquois, indique à ses compatriotes que dix ennemis sont cachés derrière (les broussailles et des arbres, près du fort Richelieu, où ils attendaient i» 1645. LE FORT RICHELIEU 163 que les Français sortissent le matin pour aller visiter des rets tendues bien proche de leur fort.Trois Iroquois, dont un chef, furent faits prisonniers et conduits en triomphe aux Trois-Rivières, vu qu- les Hurons et les Angonquins craignaient le grand nombre des ennemis qui rôdaient alors autour du fort Richelieu.M.de Champflours, qui avait été dans le temps transféré du commandement du fort Richelieu à celui des Trois-Rivières, fit aussitôt avertir M.de Montmagny qui, désirant vivement la paix, et afin surtout de racheter les prisonniers français retenus par les Iroquois, négocia la liberté du chef iroquois.Quant aux Huions, les présents du Gouverneur ne purent ébranler leur résolution et l’un de leurs chefs fit à ses propositions la réponse suivante et qui donne une haute opinion de l’éloquence, du courage et de la fierté de ces sauvages: “Je suis un guerrier et non un marchand.Je suis venu pour combattre et non pour faire le commerce.Ma gloire n’est pas de rapporter des présents, mais de ramener des prisonniers.Qu ai-je à fnlre do vos haches et de vos chaudières ?Si vous avez tant d’envie d’avoir mes prisonniers, prcnez-les, j'ai encore assez de coeui poui aller en chercher d’autres.Si l’ennemi nous tue, on dira dans le pays, qu’Ononthio ayant retenu nos prisonniers, nous nous sommes jetés à la mort pour en avoir d’autres.2 2 Au mois de mai 1645, M.de Montmagny avait à sa disposition trois prisonniers iroquois.Il résolut de s en servir poui gagnei les tribus à conclure la paix, avec l’aide des Hurons, qui n’avaient pas voulu livrer leurs prisonniers sans consulter leurs chefs.Il donna donc, dans ce but, la liberté au chef iroquois pris l’année précédente près du fort Richelieu, et lui confia la mission de proposer la paix aux autres chefs de sa nation.La diplomatie de M.de Montmagny réussit.Deux mois plus tard, deux capitaines iroquois, accompagnés du prisonnier qui avait été relâché, honoraient le fort Richelieu de leur présence.On leur fournit une chaloupe et ils descendirent aux Trois-Rivières pour traiter de la paix avec le Gouverneur qui s’y trouvait alors.La paix fut heureusement conclue, après force présents et discours, dans une grande assemblée.Un an s’était à peine écoulé que les perfides Iroquois la violèrent comme de plus belle.Ononthio était le nom qu’il donnait au Gouverneur.Rel.de 1644, 48. 1G4 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE C’est au commencement de ces nouvelles hostilités, clans l’automne de 1G4G,30 que le fort Richelieu, plus exposé que tout autre aux attaques des Iroquois, fut abandonné par M.de Senneterre, qui avait remplacé M.de Champflours, probablement dans 1 été de 1G43, car, quelques mois plus tard, M.de Champflours est cité comme commandant des Trois-Rivières.M.de Senneterre eut lui-même un successeur, car M.Benjamin Suite dit que, lorsque le foit Richelieu fut abandonné, M.Jacques Babelin dit La Crapaudière, en était le commandant.31 Il est indubitable que, comme Gouverneur, M.de Montmagny était obligé|d’entretehir un lieutenant aux Trois-Rivières, et de pourvoir ce poste d’hommes, de munitions et de vivres.C est selon toute probabilité la raison (pii força M.de Senneterre à quitter le fort Richelieu, car, comme le remarque le Père Jérôme Lallemant, M.de Montmagny n’y laissa que huit ou dix soldats.Il est donc certain que le fort Richelieu, construit à grands frais, fut presque abandonné par M.de Montmagny.M.Dollier de Casson nous assure qu’en novembre 1G4G, c esc-à-clire au commencement des nouvelles hostilités de la part des Iroquois, le foit Richelieu avait été laissé sans monde.On doit donc conclure, dit un de nos historiens, que la crainte qu’avaient laissée dans tous les esprits les hostilités si pressantes et si brusques de ces barbares, contre ceux qui, les premiers, s’établirent à Richelieu, fit juger plus expédient de l’évacuer tout à fait (pie d’y mettre une garnison qui serait infailliblement exposée à être taillée en pièces.Peut-être même que M.de Montmagny, qui montra tant d’empressement pour aller construire ce fort, afin de couper le chemin aux Iroquois, aurait renoncé à cette entreprise, s’il eût connu déjà comme il l’apprit alors par expérience, leur courage et leur audace.” Quoiqu’il en soit, il est bien regrettable de constater qu’au moment où les Iroquois devenaient de plus en plus terribles, menaçants et insolents, on abandonnait un fort (pii avait lendu tant de services réels à la colonie.Ainsi, lorsqu’au mois de mars 1647, les Iroquois, toujours par petites bandes, se mirent de nouveau en cam-gne, un de leur parti n’eut rien de mieux à faire que de brûler le fort Richelieu qu’ils avaient pillé quelque temps auparavant.30 Suite dit— 1645.II, p, 138.11, p.12. LE FOKT RICHELIEU 165 Longtemps après, l’embouchure du Richelieu et les îles du lac St-Pierre continuèrent d’être encore le théâtre de rencontres sanglantes entre les sauvages ennemis.52 Et ainsi qu’on a dû le prévoir, les Hurons et les Algonquins, abandonnés à leurs seules forces, furent définitivement vaincus.Ces derniers le reconnaissent eux-mêmes, dès 1659, et c’est avec vérité qu’un chef Huron disait à Mgr de Laval, nouvellement débarqué sur nos rivages, ces paroles tristes comme le dernier soupir de sa nation mourante: “Nous ne sommes plus que le débris d’une nation florissante, qui était autrefois la terreur des Iroquois et qui possédait toutes sortes de richesses; ce que tu vois n’est que la carcasse d’un grand peuple, dont l’Iro-cjuois a rongé toute la chair et qui s’efforce d’en sucer jusqu’à la moelle.” Dans le mois d’août 1658, le Gouverneur M.d’Argenson, croyant à la descente d’une nombreuse armée ennemie, part de Québec, avec 150 Français et 100 Sauvages, pour aller à leur rencontre, et après avoir “fait quelque séjour dans l’ancienne place du fort de Richelieu,” il retourne à Québec avec ses troupes.33 Les Iroquois étaient alors tout puissants, la nation huronne était vaincue et Piescaret, le chef de la race algonquine, venait de mourir, la laissant sans appui, avec la même perspective que celle de ses alliés.Dégagés des entraves et des obstacles que leur causait le fort Richelieu, devenus maîtres une nouvelle fois du chemin qui les conduisait directement au coeur même de la colonie, les Iroquois y pénètrent maintenant librement et des “bandes de maraudeurs se répandirent alors sur les bords du fleuve St-Laurent,” 3 4 dirigeant leurs attaques sur ses côtés les plus faibles.Sous l’administration de M.D’Argenson, ils menacèrent de tout ruiner, car, de tous les dangers qu’avait jusqu’alors courus la colonie à son berceau, aucun n’était, plus grave, plus imminent que celui qui existait au mois d’avril 1660.Un plan d’attaque général est conçu contre elle, et une armée de 1000 à 1200 guerriers sauvages est mise sur pied dans le dessein de frapper un coup décisif, afin de s’emparer de Québec, des Trois-Rivières et de Montréal.Afin de mettre plus sûrement ce projet audacieux à exécution, les Iroquois, comme toujours, dispersèrent leurs forces, et un parti de 500 Iroquois vint campera l’entrée de la Rivière Richelieu.Les circonstances difficiles font les héros et 12 Rel.de 1660,31.22 Rel.de 1658,17.3i Suite. 166 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE montrent les hommes, de coeur.La colonie qui s’était soutenue jusqu’ici par le dévouement de ses habitants n’était pas pour périr, car seize jeunes gens, Dollard des Ormeaux (ou Daulac) à leur tête, résolurent de sacrifier leur vie, mais de sauver la Nouvelle-France, que la mère-patrie abandonnait sans pitié.Ce jeune Dollard était venu de France , en 1657, en même temps que M.de Maisonneuve; il avait à peine vingt-deux ans, mais comme “aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années,” Dollard représentait dans toute sa splendeur le bel idéal du soldat chrétien.Brave et courageux à toute épreuve, d’une foi robuste, animé par le danger que court sa nouvelle patrie, il allait généreusement lui faire le sacrifice de sa vie, sans autre espérance que la gloire et l’immortalité qui devaient s’attacher à son action chevaleresque.Retranchés au Long-Sault, dans un vieux fort, Dollard et ses seize braves compagnons, après avoir donné leur coeur à Dieu, attendent l’ennemi avec la confiance et la témérité de la jeunesse enthousiaste.Pendant une semaine, ils tiennent tête à une bande de deux à trois cents guerriers sauvages.Trop faibles cependant contre cette poignée de braves décidés à vaincre ou à mourir, les Iroquois avertissent leurs frères campés encore à Richelieu, de venir leur porter secours.Mais pendant quatre jours, ce renfort ne peut rien contre le courage et l’audace de Dollard.Dix-sept Français et quarante Hurons qui les avaient rejoints dans cette éxpédition périlleuse, tiennent ainsi en échec une armée de 800 Iroquois! Et ce n’est qu’après avoir été lâchement abandonnés par leurs alliés Hurons, après avoir mis à mort plus d’un tiers de leurs ennemis, que ces braves soldats succombèrent, écrasés parle nombre, victimes de leur dévouement patriotique ! “La colonie entière, flit Ferland, reconnut qu’elle avait été sauvée par l’héroisme de Daulac et de ses compagnons.Tout en regrettant leur mort, les coeurs catholiques des colons étaient consolés par la pensée que ces braves soldats étaient tombés le fusil à la main, l’espérance dans l’âme et la prière sur les lèvres.On était tenté de les vénérer comme des martyrs de la foi.” Certes, le spectacle grandiose et sublime que nous offrent ces jeunes gens de vingt ans, se sacrifiant*avec joie pour le salut de la patrie, sur le théâtre obscur qu’ils avaient choisi pour combattre et mourir, peut être comparé à tout ce que l’histoire offre de plus grand, de plus généreux, de plus chevaleresque! LE FORT RICHELIEU 167 l De 1642 à 1646, les missionnaires suivants desservirent la garnison du fort Richelieu, et évangélisèrent les sauvages qui, de temps à autre, venaient se fixer dans ses alentours.Le premier qui nous paraît avoir rempli ces fonctions fut le Père Anne de Noue, fils d’un gentilhomme, seigneur de Villiers,3 f et qui était entré, à l’âge de trente ans, dans la compagnie de Jésus.Ce fut lui qui dit la première messe au fort Richelieu, le 20 août 1642, et qui en fit la bénédiction solennelle et baptisa, ce jour-là, Bernard, un des sauvages, comme nous l’avons vu, qui purent s’échapper des mains des Iroquois, lors de la capture du pauvre Père Isaac Jogues.36 Au mois de novembre 1642, le Père Paul Lejeune, que l’on regarde à juste tit re comme le Père des missions des Jésuites au Canada, et (pii était arrivé en 1632, en même temps que le Père Anne de Noue, vint rejoindre ce dernier au fort Richelieu.De jeunes néophytes sauvages, instruits aux Trois-Rivières, ayant pris la résolution d’aller hiverner à Montréal afin d’y faire la chasse pendant l’hiver, changèrent cependant de résolution, lorsqu’ils apprirent que quelques-uns de leurs compagnons en redescendaient pour demeurer au fort Richelieu.“Ils les allèrent trouver pour hiverner là tous ensemble et se tenir compagnie, soit à la chasse soit à la guerre.Le Père Lejeune, — continue la Relation —3 7, va a près son troupeau et le suit, quittant les Trois-Rivières pour tirer avec eux vers Richelieu.Le sieur de Champflours qui y commandait reçut le Père avec une affection toute extraordinaire, qu’il a continuée tout l’hiver, le secourant fortement, dans le dessein d’attirer ces peuples à Jésus-Christ.Le Père de Noue, qui y était pour avoir soin des Français, fut ravi d’aise d’avoir avec soi le Père pour enseigner les sauvages.” Les Pères Lejeune et de Noue firent alors à Richelieu ce que faisaient également à Sillery les Pères Dequen et Buteux3 8, et voici comment ils occupèrent leur temps, pendant l’hiver de 1643 qu’ils 3 5 En Prairie, château et village situés à six lieues de la ville de Reims.36 “Ce chrétien baptisé au milieu des alarmes, et à la vue de mille cruautés inévitables à celui qui l’enfantait à Jésus-Christ, a dû depuis recevoir les cérémonies du baptême, et le nom de Bernard, que M.de Montmagny, notre Gouverneur, lui avait destiné, lorsque échappé des mains des Iroquois et retournant ici, il se trouva û la bénédiction du fort de Richelieu, et à la messe qui s’y célébra pour la première fois le jour de S.Bernard.Son surnom est Ahronhonk.” (Rel.de 1044, p.72) 37 Rel.de 1643, 47.38 Rel.de 1643, 9—10. 1G8 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE passèrent ensemble à Richelieu: Au point du jour, le Père de Noue disait la messe à laquelle assistaient les Français et les sauvages chrétiens.Le sieur de Normanville, qui avait été autrefois prisonnier des Iroquois, et qui comprenait et parlait très bien leur langue, leur faisait des prières à haute voix.Le Père de Noue prenait ensuite quelques sauvages en particulier, les instruisait, les confessait, les menait ensuite à la chapelle ou il leur disait la messe et faisait communisr ceux qui étaient capables.Il agissait ainsi pour tous, les uns après les autres.La messe terminée, il faisait le catéchisme.La plus grande partie du jour était employée à l’instruction continuelle de ces sauvages.Le soir arrivé, le Père de Noue prenait une partie des cabanes, de Normanville l’autre partie, et l’on faisait faire la prière à tout le monde; elle était suivie d’une exhortation et d un cantique chanté dans la langue sauvage.Les derniers missionnaires qui restèrent au fort Richelieu furent les Pères D’Endemare et Joseph Imbert Dupéron; ils en partirent dans 1 automne de 1645; ils ne furent pas remplacés, mais il fut entendu que ce serait les missionnaires des Trois-Rivières qui visiteraient la petite garnison de huit ou dix hommes qu’on y avait laissée.C’est dans l’accomplissement de ce devoir que le Père Anne de Noue devait finir sa carrière apostolique.Le 30 janvier IG46, il quittait les Trois-Rivières pour venir au fort Richelieu confesser la garnison et célébrer la fête de la Chandeleur.Arrivé aux îles du lac Saint-Pierre, il abandonna les deux soldats et le Huron qui l’accompagnaient, et voulut se diriger seul au fort Richelieu.Une violente tempête, qui s’éleva tout à coup, lui fit perdre la route, et il s écarta.Après maintes et maintes recherches infructueuses de la part de la garnison du fort Richelieu, le 2 février suivant, on trouvait le Père Anne de Noue gelé, à trois lieues plus haut que le fort, “vis-à-vis de 1 île Plate et de la terre ferme, entre deux petits ruisseaux.’’3 * Il était à genoux, ses raquettes et son chapeau à ses côtés, les yeux fixés vers le ciel et les bras en croix sur sa poitrine.De 1646 à 1665, rien de bien remarquable n’a pu se passer à Sorel.Le fort, comme on l’a vu précédemment, fut brûlé par les Iroquois et ces derniers reprirent, une fois encore, possession du chemin que IM.de Montmagnv avait tenté de leur fermer.C’étaient donc ces barbares qui triomphaient! Juge A.-A.Brun eau 39 Roi.de 1046, 9. LES VERTUS DE LA LANGUE FRANÇAISE La victoire de la civilisation, qui a été pour une bonne part une victoire française, semblait devoir ouvrir à notre langue de magnifiques perspectives d’expansion.C'est pourtant l’heure où elle est contestée et on lui dispute même, dans le monde diplomatique, des conquêtes qu’elle croyait définitives; aussi la sentant menacée, nous l’aimons un peu plus chaque jour.Mais nous ne savons pas assez combien cette langue française mérite notre amour et notre piété.Elle a vécu d’une vie admirable; elle a une valeur propre et des qualités qui ne sont qu’à elle; elle a dès droits sur nous comme la patrie elle-même.C’est une méditation qu’il nous est utile de renouveler afin de nous préparer à mieux défendre ce que nous aimons.I La langue française est l’expression vivante de la patrie française.L’histoire de la France se confond avec l’histoire de sa langue.Aux premiers siècles, après la conquête romaine et au moment des invasions barbares, le sol français porte et nourrit des races diverses, des Celtes, des Romains, des Francs, des Visigoths, des Vandales, qui exploitent et mutilent la terre, et se déchirent entre eux.C’est un chaos où ne paraît aucun germe d’avenir.Dans cette bataille des races, toutes les langues s’entrechoquent : l’idiome net et doux des Celtes se mêle au sonore latin et aux accents gutturaux des Germains.Mais, à mesure que la race gallo-romaine impose sa domination aux peuples venus d’outre-Rhin, le latin se substitue aux autres langues.Très vite, il perd lui-même sa forme première; la vieille France subit le joug romain; elle accepte le génie romain, mais en le transformant pour le mettre en harmonie avec son ciel moins éclatant que le ciel italien, avec ses collines médiocres, ses plaines légèrement ondulées et son esprit ami de la mesure.Le latin devient le roman.Du IVe au Xle siècle, nous assistons à une lente germination de la France.Les provinces séparées par des accidents géographiques, par des diversités d’origine ou d’intérêts, souvent par le souvenir mmUMhmttmammmM 170 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE de luttes fratricides, se développent isolément, enfermées dans leur particularisme.Puis, peu à peu, poussées par une sorte de souffle commun, elles se cherchent et se rapprochent; des lambeaux épars s’agitent pour constituer une patrie.C’est la souffrance qui les unit en leur donnant une âme commune; et, lorsque paraît Jeanne d’Arc, une lorraine qui vient mourir non pour sa province, mais pour la France, ce jour-là une patrie est née : les éléments disparates ont été soudés par le sentiment du danger, par la défaite et par la victoire.En même temps, naît la langue française.Les dialectes d’abord séparés et vivant dans un isolement stérile, se rencontrent à la Croisade et dans les batailles contre l’Anglais; et, le jour où les provinces diverses ont à exprimer des sentiments communs, une langue commune paraît, comprise de tous, la langue française, celle des historiens et des poètes.De même que pour faire une France, A il avait fallu l’apport des différentes provinces, la finesse des Champenois et des Picards, le mysticisme méditatif des Bretons, la patience rusée des Normands, l’élégance des Angevins, l’emportement bruyant dos Gascons, de même la langue française se compose des vocables de toutes les régions, comme mêlés et broyés ensemble.C’est le premier essai de langue nationale.Il donna des fruits savoureux, mais il était pauvre, gauche et incohérent.La langue du moyen âge est une langue de soldats, de moines et de roturiers; ce n’est pas une langue de lettrés, ni surtout une langue d’artistes : les lettrés écrivent en latin et les artistes bâtissent des cathédrales.Elle excelle à traduire des idées simples, robustes, matérielles en quelque sorte; dès qu’elle veut entrer dans l’abstrait, elle s’embarrasse dans les subtilités métaphysiques et dans le jargon de l’école.Visiblement, cette langue n’est pas à la taille des hommes de l’époque : ils ont.remué le monde, ils ont frappé un peu partout des coups d’épée dont on se souvient, ils ont couvert la France d’un “riche manteau d’églises”, et quand ils veulent raconter leur âme, ils balbutient.La véritable langue française n’est pas encore née.Elle naît au XVIe siècle.Le roman venait du latin des soldats, rude et maladroit comme les hommes qui le parlaient; le français moderne s’anime d’une vigueur nouvelle en prenant contact avec le latin des moralistes et des poètes.La pensée antique, dans sa splendeur totale, envahit l’esprit français, qui en a comme une griserie et un vertige.Le coup est si fort que la tentation vient LES VERTUS DE LA LANGUE FRANÇAISE 171 à nos lettrés d’abandonner le français indigent de leurs devanciers et d’écrire dans la langue de Cicéron et de Virgile.L’ordonnance de Villers-Coterets (1539), qui déclare le français langue officielle de tout le pays, contribue à les arrêter; et la lutte ardente pour le français, d’un Ronsard, d’un du Bellay et de leurs amis, persuade les esprits qui n’avaient pas été convaincus par 1 œuvre d’un Marot et d’un Rabelais.On sait combien ces luttes furent ardentes.Dans leur premier élan, les écrivains du XVIe siècle, désireux d’“illustrer” la langue, entassaient pêle-mêle dans leur dictionnaire les mots provinciaux tombés en désuétude, le lexique latin et le lexique grec, et jusqu’aux termes techniques des métiers ou jusqu’à l’“ergot” des faubourgs.La langue française perdait son beau et clair visage et devenait un monstre composite.Hélas ! il en était de même de la France.Déchirée par des guerres sanglantes qui étaient des guerres d idées, tourmentée pai une crise de croissance, elle se frappait elle-même, impatiente de toute direction et de toute autorité.Elle attendait la main ferme, capable de la dompter, le vrai chef qui apaiserait les querelles et ramènerait la paix et le travail.Il vint à l’heure où les meilleurs commençaient à désespérer, ce fut Henri IV, et il équilibra la France.Tumultueuse et bariolée, la langue aussi attendait ses réformateurs et ses maîtres.Malherbe et Balzac parurent, qui filtrèrent tout le travail antérieur et firent l’unité en sacrifiant des parties vivantes.Paris était le centre administratif; il devint le centre linguistique.L’apport provincial avait continué à vivre d’une vie propre dans le trésor commun ; il sut se transformer et s’effacer dans l’unité.Ce n’est pas tout.La France militaire de Henri IV avait trouvé l’équilibre, mais non pas l’élégance ni la finesse; elle parlait une langue rude, faite pour les camps; si elle avait appris quelque chose des lettrés, c’était la lourdeur pédantesque.Dans les salons où elle fréquenta, les femmes du monde dépouillèrent la langue rie sa rusticité, en lui faisant perdre sa grâce campagnarde et sa vigueur roturière.“C’est une gueuse here ’, disait-on d elle au XVIe siècle.Cette gueuse, désormais, n’était plus à l’étiquette; elle garda sa fierté, mais elle dut s’habiller de velours pour fréquenter le Louvre. ¦mu 172 BEVUE tkimestrielle canadienne Car maintenant le Louvre est toute la France.Le roi absorbe le pays tout entier; la langue française est la langue du roi et de sa cour : l’unité politique et administrative s’achève dans l’unité linguistique.Ainsi, depuis cent ans, depuis Ronsard et du Bellay, la langue avait été soumise à de durs contacts; elle avait été maniée et domptée par des mains violentes.Elle avait perdu la verdeur de la jeunesse; elle avait gagné l’équilibre et la mesure de l’âge mûr Elle avait perdu le charme de la spontanéité indisciplinée, elle avait gagné l’élégance de la souplesse qui sait obéir.Or, c’est juste au moment où son évolution était ainsi terminée, que les grands écrivains classiques parurent.Ces mots qui avaient subi une si longue élaboration, ils s’en emparent et ils les transfigurent en les chargeant d’âme.Ces mots qui attendaient de vrais maîtres, les voilà qui s’illuminent d’héroïsme avec Corneille, qui ^ pleurent les tendresses douloureuses avec Racine, qui fouettent le | vice avec Molière, qui baguenaudent aux champs avec La Fontaine pour s’imprégner de rosée et de parfums d’herbe, qui se pénètrent du lyrisme de la mort et de l’immortalité avec Bossuet.Quelle fête ! Cette langue qui avait tant souffert des brutalités mesquines des grammairiens, est heureuse de se plier au caprice des vrais maîtres, de s’abandonner à toutes leurs fantaisies, parce qu’ils ne lui mettent le mors qu’afin de mieux l’enlever pour la course vers les étoiles.La fête dura longtemps.Mais, aux premiers symptômes d’affaiblissement dans le pays, la langue fléchit.Elle s’use et s’anémie.Ceux qui l’emploient disent des choses quelconques et ils les disent avec les mots réservés aux grandes réalités.Aussi les beaux mots t perdent le sens plein qu’ils avaient, et vidés de tout contenu, ils tombent flasques et plats.La littérature classique finissante est un beau corps lymphatique.La Révolution, ce sursaut d’un pays qui se mourait et qui veut vivre, amène une transformation dans la langue.La démocratie pénètre dans le dictionnaire et dans l’art poétique : les règles tombent, les divisions s’effacent, les mots fraternisent et la langue, comme le pays, appartient à qui sait et à qui veut la prendre.R arriva qu’à cette heure décisive, vinrent de grands poètes qui la sauvèrent de la désorganisation où elle tendait, et lui infusèrent un sang nouveau.Alfred de Vigny prend les mots usés et il les remplit de la lumière du symbole; Lamartine les imprègne de ten- w LES VERTUS DE LA LANGUE FRANÇAISE 173 dresse; à tel point que ceux qu’il a touchés souvent en sont restés comme amollis; Victor Hugo leur donne des ailes et les jette au milieu des éclairs; Alfred de Musset leur attache au cou le grelot de la folie, et, parfois, quand il Ls a grisés de bruit, il en fait des larmes pour ses nuits sans sommeil.Ce fut aussi une belle fête, moins pure et moins noble que la fête classique, ordonnée par un Lebrun ou par un Mignard; ce fut une kermesse d’un Rubens ou d un lenders, où on vit toutes es qualités de la joie et toutes les formes du délire, depuis l’extase du ciel, jusqu’à l ivresse de la taverne.Mais la langue avait leçu un coup de soleil et elle en est demeurée restaurée pour longtemps.Elle a gardé de ce temps heureux un peu d’outrecuidance.Elle ne doute de rien.Elle croit à tous les nouveaux dieux et el’e se prête à toutes les aventures.Quand la science a régné sur les esprits, la langue s’est efforcée vers l’exactitude la sécheresse et la pédanterie; quand l’attendrissement humanitaire nous a envahi, la langue a recherché les longs mots pleins d’émotion; ehe a cru au positivisme brutal et à un moment elle s est enrichie d une floie vénéneuse.Elle est séduite maintenant par le cosmopolitisme et elle met une coquetterie fâcheuse à oublier ses vieux mots pour les remplacer par les vocables étrangers, que souvent 1 étranger lui a pris et qu’il lui rend après les avoir défigurés.En toutes choses, elle se montre souple, docile; elle désire servir; elle attend des maîtres; elle obéit à ceux qu’elle a, Wont quelques-uns sont les égaux des plus grands.a Ainsi notre langue a vécu et ell 1 vit comme la patrie elle-même.Elle a été, comme la patrie, victime des modes et des multiples maladies: elle a souffert de la pruderie, de l’affectation, de la brutalité, de l’anarchie, de la tyrannie.Elle est tombée, elle a failli se perdre.Mais pour guérir, car elle est immortelle, elle n’a eu qu’à revenir à sa tradition, à une conscience plus nette do son passé et.de ses destinées.Et, c’est toujours un grand écrivain qui lui a rendu le service de la ramener là, et de la renouveler en donnant une âme nouvelle à des mots fatigués.De même, il a toujours suffi d’un patriote inspiré pour guérir la France des pires maladies et pour lui donner une énergie toute neuve.II Joseph de Maistre, s’adressant aux Français, s’exprime ainsi: ‘Omnia quae loquitur populus iste conjuratio est”; le penchant, le 174 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE besoin, la fureur d’agir sur les autres est le trait le plus saillant de votre caractère.Toujours affamés de succès et d’influence, on dirait que vous ne vivez que pour contenter ce besoin; et, comme une nation ne peut avoir reçu une destination séparée des moyens de l’accomplir, vous avez reçu ce moyen dans votre langue, par laquelle vous régnez, bien plus que par vos armes”.En effet, la langue française est ordonnée vers l’action.C’est une langue faite pour être parlée, bien plus que pour être écrite, et qui garde dans l’écriture le rythme vibrant de la parole.C’est là son caractère essentiel, d’où dérivent toutes les qualités qu’on lui reconnaît et peut-être quelques-uns des défauts que les malveillants lui reprochent.Lne langue n’est pas une série de signes morts, une algèbre; comme le sentait Pascal, elle n’est pas un chiffre destiné à nous donner 1 intelligence d’un rébus; une langue est une extension sonore de la personnalité.L’écriture, pour elle, n’est qu’un pis aller : les mots écrits représentent des sons éteints; ils doivent les évoquer vivants et ils n’ont de sens que s ils font retentir en nous ce verbe intérieur qui remplace la parole lointaine ou passée.L’exilé, malgré qu’il puisse lire les plus aimés des poètes de sa patrie, souhaite toujours entendre une voix du pays natal, serait-ce la voix d'un ignorant ou d’un enfant.La langue, étant ainsi une transposition musicale de la pensée, suit les courbes de cette pensée : elle est spontanée franche et souple.Les langues qui ont oublié cette loi fondamentale, se sont éloignées de la vio, et elles gardent pour toujours une attitude figée et rigide.C’est un peu le défaut de la langue allemande.Le français, au contraire, parce qu’il est le français, c’est-à-dire la langue d un peuple qui aime parler et parler pour agir, est resté une langue de conversation, une langue oratoire.Très différent de 1 allemand qui coule en bronze la pensée déjà complète, il reproduit le mouvement de la pensée qui naît, puis grandit, hésite, s’affirme, s’atténue, se corrige, s’étale et triomphe.Tous nos écrivains du XVIIe siècle, en particulier Pascal, Molière et Bossuet, donnent à leurs phrases écrites la souple allure de la parole.“Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé”.Ce joli mot est assez connu.Voici un autre exemple, moins banal et plus significatif encore.“Nous lisons dans l’histoire sainte, c’est au premier livre d’Esdras, que, lorsque ce grand prophète eut rebâti le temple de Jérusalem que l’armée as- LES VERTUS DE LA LANGUE FRANÇAISE syrienne avait détruit, le peuple, mêlant ensemble le triste ressouvenir de sa ruine et la joie d’un si heureux rétablissement, une partie poussait en l’air des accents lugubres, l’autre faisait retentir des chants d’allégresse.” Ici, nous avons l’illusion de voir naître la pensée sur les lèvres de Bossuet, et nous l’entendons en le lisant.Tous ceux qui ont bien écrit en français ont respecté cette loi de notre langue.Flaubert n’était renseigné sur la valeur de ses phrases, qu’après les avoir criées, la fenêtre ouverte, à travers la campagne, et il n’est pas un vrai poète qui ne dise tout haut ses vers et qui ne les corrige après les avoir dits et même en les disant.C’est parce qu’ils ignorent ce caractère du français, que des critiques grincheux veulent nous disputer le plaisir que nous éprouvons à lire Molière, Saint-Simon et Balzac.“Ils écrivent mal !” nous dit-on.Assurément; ils n’écrivent pas, ils parlent.Le véritable artiste français n’écrit pas français, il parle français; et, sa parole a une saveur piquante et une noblesse dégagée.Le bon M.Dacier qui était pourtant fort timide et très entiché des grammairiens, l’avait déjà remarqué de son temps.“Notre langue dit-il, est surtout capricieuse en une chose; c’est qu’elle prend souvent plaisir à s’écarter de la règle et l’on peut dire que souvent rien n’est plus français que ce qui est irrégulier”.N’est-ee pas charmant ?Dacier est étonné de voir qu’il n’y a pas dans la nature des rivières toutes droites et que les fleurs des champs ne sont pas alignées au cordeau.Parce qu’elle est une langue parlée, la langue française a toujours tendu à la clarté.L’homme qui parle veut voir dans les yeux de ceux qui l’écoutent qu’il est compris; il travaille sa pensée, par retouches successives, jusqu’à ce qu’il a saisi le regard de l’intelligence sympathique.L’homme qui écrit n’a pas les mêmes scrupules; il lui suffit de s’entendre lui-même, ce qui est facile, parce qu’il y met beaucoup de bonne volonté.Ainsi s’explique l’erreur de certains écrivains, isolés dans leur orgueil, dont l’écriture ne parviendra jamais à la foule, parce qu’elle ne rend pas le son de la parole vivante.Cette clarté, la langue française la trouve dans la contexture de sa syntaxe; comme l’a dit Rivarol, elle a une probité attachée à son génie.Issu du latin, qui est une langue synthétique, le français risquait de s’embarrasser dans les complications de la synthèse et d’être obscur.Nos écrivains latinisants n’ont pas évité cet écueil 176 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE et ils restent marqués de ce défaut.La phrase allemande dans sa massive régularité, présente le même inconvénient.Les langues synthétiques sont fortes; elles provoquent la réflexion et la servent; elles sont faites pour être écrites et pour être lues dans le recueillement du poêle.Mais, à écouter ceux qui les parlent, il est impossible de saisir leurs idées au vol, et de les deviner avant qu'elles soient exprimées, à un mot ou à un sourire.Or, c’est là le plaisir français; voilà pourquoi, peut-être, le français est une langue analytique.Mais l’analyse morcelle la pensée et éteint la vie.Nous ne pensons pas par saccades, par molécules; notre pensée est un courant continu.Ce courant continu de la conscience, l’anglais, trop analytique, trop morcellaire, le traduit mal.Le français au contraire, a gardé de son origine latine assez de couleur synthétique pour exprimer complètement et clairement à la fois, la pensée diverse et continue.Supposons une grande pensée poétique qui s’épanche à flot dans une large strophe.La strophe allemande sera solennelle et solide; mais nous ne saisirons l’idée claire que lorsque la strophe aura déroulé ses spirales : l’idée flottera sur cette strophe, comme un nuage insaisissable.La strophe anglaise aura du pittoresque, et du relief : à chaque instant, pour ainsi dire, l’idée sera complète et précise; chaque vers nouveau apportera un sens nouveau qui se soudera au précédent; ce qui manquera ici, c’est la continuité du mouvement poétique; le nuage allemand était obscur, mais comme un “leit motiv” musical, il assurait l’unité de l’ensemble.Or, la strophe française, moins pittoresque que la strophe anglaise, moins solide que la strophe allemande, est à la fois claire et définitive dans chacune de ses parties, et cependant elle forme un tout organique : c’est l'alliance — autant qu'elle est possible — de l’analyse et de la synthèse pour la clarté vivante.Je ne connais pas d’exemple qui le démontre mieux que cette admirable phrase de Malherbe souvent citée, qui est si lumineuse dans tous ses détails et si solennelle par la continuité du courant poétique : ‘‘Apollon à portes ouvertes, Laisse indifféremment cueillir Les belles feuilles toujours vertes, Qui gardent les noms de vieillir ; LES VERTUS DE LA LANGUE FRANÇAISE 177 Mais l’art d’en faire des couronnes N’est point su de toutes personnes, Et trois ou quatre seulement, Au nombre desquels on me range, Savent donner une louange Qui demeure éternellement.” * * * Une langue claire et, probe est celle qui cherche à exprimer purement et entièrement la vérité de la vie.Or, c’est ici le grand labeur de la parole et de l’écriture.Comment exprimer la vie avec des mots ?La pensée que les mots traduisent, est déjà loin du réel, puisque la pensée est abstraite et que le réel est concret : il n’y a de sacrifices que de l’universel et il n’existe que des individus.Tous les artistes, qui ont poursuivi le vrai et cherché à l’atteindre avec des mots ou avec des couleurs, connaissent le tourment de la lutte et la déception des victoires qui ne sont que des illusions passagères.Nous sentons la vie, et elle s’échappe quand nous voulons la fixer.La langue française offre à ceux qui en connaissent les secrets, un moyen de résoudre le problème, autant qu’il est possible : de toutes les langues modernes, elle est celle qui se prête le mieux à l’accord de l’abstrait et du concret, c’est-à-dire à la plus haute réalisation artistique qui soit.L’allemand est abstrait, il est plein d’idées et il suggère des idées, mais, sauf chez quelques artistes comme Heine ou Nietzche, qui ont brisé les barrières de son génie naturel, il éloigne du réel.L’anglais est concret, objectif; il dessine les contours des êtres; mais, sauf chez des voyants comme Shakespeare, qui dominent leur langue, il est peu expressif d'idées.Le français fait jaillir l’idée qui est dans l’objet et il éclaire l’idée par l’objet.Cet accord de l’abstrait et du concret est si bien dans la nature propre de notre langue, que nous en jouissons souvent, sans le remarquer.Quand nous disons “un abord glacial” ou “une bonté souriante”, nous parlons excellemment français, parce que nous attachons à un mot abstrait une qualité qui tombe sous les sens.Par un procédé contraire mais analogue, le poète nous dit que “les fleurs étaient pensives”, que l’“ombre était nuptiale, auguste et solennelle” et cela encore est bien français, parce que le poète attribue à un mot concret une qualité abstraite. 178 BEVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Le procédé si français, que les grammairiens appellent alliance de mots, n’est le plus souvent qu’un cas particulier de cet accord.Booz, dit Victor Hugo, était vêtu “de probité candide et de lin blanc”; et vous voyez l’échange lumineux d’abstrait et de concret qui se fait ici de mot à mot, dans la phrase.Un poète contemporain nous montre les voiles des navires qui s’enflaient “souveraines et rondes”, et l’ombre qui “tombait à longs plis”; et, ces simples mots étaient fort admirés par un maître difficile, Sully-Prudhomme, pour l’accord vital qu’ils réalisent.Les critiques affirment que ce procédé est usé.S'il est usé, c’est qu’il a beaucoup servi; et il a servi parce qu’il est dans le génie de la langue.Déjà, quand la langue cherchait encore sa voie, Rabelais en usait comme un artiste avisé qui devine les ressources de son instrument.Il disait : “Vites-vous oneques chien rencontrant un os médullaire ?Si l’avez vu, vous avez pu noter de quelle dévotion il le guette, de quel soin il le garde, de quelle ferveur il le tient, de quelle prudence il l’entame, de quelle affection il le brise, de quelle diligence il le suce”.L’accord du concret et de l’abstrait est ici un vrai triomphe d’une langue jeune qui sait obéir à un maître.On a dit beaucoup de mal de la comparaison ; et, la comparaison voulue comme un parallèle, juxtapose le concret et 1 abstrait, mais ne les résout pas l’un dans l’autre.Ainsi comprise, elle est un procédé de style qui n’a rien de spécifiquement français ni rien d’artistique.Il en est bien autrement de la comparaison qui se soude à l’idée, non pour la répéter sous forme d’image, mais pour la faire sortir de sa gaîne qui est l’abstraction et pour l’imposer vivante aux yeux de notre corps.Taine, dans les Origines de la France contemporaine, constate que l’Eglise a sauvé la.civilisation dans un monde barbare et il nous dit qu’elle “planta au bout du monde réel comme un pavillon d’or dans un enclos fangeux”.Cette image éblouissante résume l’histoire d’une époque; elle entre dans l’esprit du lecteur et y demeure avec sa valeur de symbole.Plus française encore est cette comparaison qui s’insinue d’elle-même au travers d’un développement abstrait, s’efface quand l’idée revient et reparaît quand l'idée faiblit.Les exemples en sont nombreux dans tous les écrivains, surtout chez les modernes.Je prends au hasard dans Chateaubriand : “Quand les premières semences de la religion germèrent dans mon âme, je m’épanouissais comme une terre vierge, qui, délivrée de ses ronces, porte sa pre- LES VERTUS DE LA LANGUE FRANÇAISE 179 mière moisson.Survint une brise aride et glacée et la terre se dessécha.Le ciel eut pitié; il lui rendit ses tièdes rosées; puis la brise souffla de nouveau.Cette alternative de doute et de foi a fait longtemps de ma vie un mélange de désespoir et d’ineffables délices”.Enfin il arrive parfois que le raisonnement abstrait se résout en une image qui n’est pas seulement la représentation concrète de l'idée, mais qui apporte encore une idée nouvelle, un argument nouveau.Dans ce cas, l’accord du concret et ciel abstrait est total, l’idée et l'image se compénètrent; l’idée sort de l’objet et mène à l’objet; ils ne font qu’un.C’est, je pense, ce qui fait la beauté de cette phrase de Flaubert dans Madame Bovary.“Il n’avait plus comme autrefois de ces mots si doux qui la faisaient pleurer ni de ces véhémences paroles qui la rendaient folle; si bien que leur grand amour où elle vivait plongée parut se diminuer comme l’eau d un fleuve qui s’absorberait dans son lit et elle aperçut la vase".A étudier de près la langue française, on s’aperçoit que cet accord de l’abstrait et du concret dans la phrase, dans la proposition et jusque dans le mot est une de ses qualités les plus précieuses.C’est par la qu’elle atteint le réel.Je crois que là est le secret de sa force perdurable et de sa jeunesse : puisqu’elle est faite pour ces échanges continuels entre l’abstraction et la réalité concrète, chaque grand écrivain cpii entreprend de dire d’une manière neuve de très vieilles choses, n’a qu’à saisir des rapports nouveaux entre les idées et les êtres, et, comme la nature est infinie autant que la conscience, et diverse suivant l’œil qui la regarde, le champ de 1 invention est ici toujours ouvert et illimité.A ces entreprises du génie, la langue française pourra suffire encore longtemps.* + * La langue française ne peut exprimer la vie que parce qu’elle est vivante elle-même.En français une phrase bien faite est un être qui vit.Ce qui fait la force du vers, c’est qu’il répond à une loi vitale, à un rythme qui se retrouve partout dans la nature, dans notre respiration, dans le battement de notre cœur, dans le mouvement de la mer, dans l’oscillation de la lumière, dans l’universelle gravitation.La phrase de prose, comme le vers, doit être dans la vérité de la nature.Flaubert, qui était un maître, l’a dit : “Une phrase est viable quand elle correspond à toutes les nécessités de la respiration.Je sais qu’elle est bonne quand elle peut être lue tout haut. WÊÊtÊÈtmm 180 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Les phrases mal écrites ne résistent pas à cette épreuve; elles oppressent la poitrine, gênent les battements du cœur et se trouvent ainsi en dehors des conditions de la vie.” Or, la langue française est, parmi toutes les langues modernes, celle qui se plie avec le plus de souplesse à ce rythme vital.Sa syntaxe issue du latin, y fut tout d’abord rebelle : la phrase de Rabelais, la phrase de Montaigne, s’en vont souvent à la dérive, et, quand on veut les lire tout haut, donnent l’étouffement.Mais, se soumettre à la discipline de la physiologie a été de bonne heure pour la langue française une nécessité.Langue de la conversation et du discours, elle est devenue très vite une langue oratoire.Le XVIIe siècle l’a fixée dans ce caractère; Rousseau l’y a ramenée comme elle s’en écartait; Chateaubriand l’y a maintenue, et, malgré l’autorité de quelques dissidents, les meilleurs écrivains d’aujourd’hui estiment que c’est là pour elle une condition de durée et de progrès.La phrase de trois mots, la phrase de trois pages, la phrase bousculée, la phrase haletante, la phrase essoufflée, la phrase anki-losée, ne sont pas dans la bonne tradition française.Elles sont venues d’une physiologie troublée et elles répondent à des tempéraments de malades.Mais, prenez un homme sain, aux poumons vigoureux, un homme de bonne compagnie qui parle posément sans trop de lenteur, la phrase qu’il pourra dire et qu’il dira bien sera la vraie phrase française.C’est là une très solide gloire de notre langue.’¦ ÿ* Bossuet, Voltaire, Chateaubriand, Flaubert, pour ne nommer que des morts, connaissent bien cet art qui est dans la vérité physiologique.La phrase type qu’on trouve le plus souvent chez eux, c’est celle qui repose sur une large émission de voix qui absorbe pour un moment tout le souffle; suit un arrêt; puis viennent deux efforts, un médiocre qui permet de respirer avant le travail final, l’autre large et plein destiné à donner à l’idée toute son ampleur et à l’imposer.“Quand une fois, on a trouvé le moyen de prendre la multitude par l’appât de la liberté, —elle suit en aveugle — pourvu qu’elle en entende seulement le nom.” Si l’effort final doit être plus grand, dans le style de théâtre par exemple, le premier est moins pénible; dans ce cas, les deux premiers sont à peu près équivalents, et le dernier égale en intensité les deux premiers.C’est là le type du quatrain de théâtre, tel qu’on le trouve à tout instant chez Molière : LES VERTUS DE LA LANGUE FRANÇAISE 181 “Je vis de bonne soupe et non de beau langage Vaugelas n’apprend point à bien faire un potage Et Malherbe et Balzac, si savants en beaux mots, En cuisine peut-être auraient été des sots.” Cette phrase fondamentale, qui demande ces trois efforts, au lieu de gêner la poitrine, la dilate agréablement; elle est dans le rythme de l’activité qui fait plaisir.Elle peut s’allonger sans perdre son caractère; elle peut devenir périodique et elle le devient.Ce qui la maintient alors dans la vérité, c’est ce que Sainte-Beuve appelait des “reposoirs”.Il y a dans la longue phrase bien faite des endroits où le mouvement s’arrête et où la voix se pose; ces arrêts limitent des groupes d'idées que l’analogie rapproche; ces groupes s’opposent dans la cadence de la période; et le dernier effort de la voix les entrechoque pour ainsi dire, afin de produire la lumière.Telle est la grande phrase de Bossuet; telle est la large strophe de Lamartine : “Pour moi, quand je verrais dans les célestes plaines”; telle est aussi la phrase d’un écrivain de notre temps dont la langue a semblé à quelques-uns lourde et gauche.Ils n’y avaient pas bien regardé.La période de Brunetière, parce qu’elle est bien française est faite pour être dite; quand il la disait lui-même, on sentait combien elle était vivante et ailée.On peut l’écouter encore dans cette phrase où il invective les sceptiques modernes qui s’indignent à la suite de Pascal contre le relâchement des casuistcs.Il leur demande s’ils ont pour justifier leurs colères, les mêmes raisons que Pascal, sa vertu et son amour de la perfection douloureuse.Et il ajoute : “Mais si, peut-être, de Pascal et du jansénisme, nous n’avons retenu que l’utilité dont leur grand nom nous sert encore dans une lutte où eux-mêmes, revenant parmi nous, seraient au premier rang contre nous.1.Hommes de peu de foi ou parfaits incrédules, si nous nous jouons ainsi de la simplicité des âmes pieuses, en leur demandant de nous aider à la ruine de leurs propres croyances; 2.épicuriens de décadence, enfin, si nous refuserions de régler notre vie, je ne dis pas sur les exemples, mais sur les leçons seulement des casuistes et si nous nous accommoderions aussi peu de la complaisance et du relâchement d’Escobar que de l'austérité de Port-Royal; 3.alors ayons l’indignation moins prompte et surtout plus de modestie.1.Gardons nos colères pour une autre et plus propice occasion; 2.réservons notre faible éloquence â de meilleurs usages; 3.et ne 1S2 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE crions pas tant au jésuite, encore moins au tartufe, alors que c'est nous aujourd’hui qui le sommes.” Je ne crois pas que le français soit la seule langue dont la phrase serait conforme aux lois de la vie : aucune langue ne peut s’affranchir de cette nécessité.Mais je crois que la langue française subit cette nécessité, sans rien perdre de sa force spontanée : langue parlée avant tout, elle a trouvé dans cette loi la condition de sa vie et de sa grandeur.* * * La langue française peut exprimer la profondeur de la vie complexe — et elle reste claire et simple.Les deux affirmations ne sont pas contradictoires.Car la langue française est une langue sage; les écrivains qui l’ont façonnée lui ont donné un peu de leur bon sens; elle sait les limites de l’art et la force d’expression de la parole écrite.Les arts sont d’autant plus expressifs qu’ils sont plus obscurs : la musique suggère l’infini, mais dans un flottement de rêve; la peinture et la sculpture, limitées par des lignes ouvrent des horizons moins vastes, mais plus nets; l’écriture et la parole enfermées dans des mots touchent à la précision, mais dans un champ plus étroit.Or, il n’y a rien de périlleux pour un art comme de sortir de ses limites et de prétendre remplacer l’art voisin.Les écrivains qui ont cherché dans les mots des équivalents des couleurs, des odeurs et des sons, ont commis une lourde erreur.Ils ont tenté d’aller directement du mot à la réalité sans passer par l’idée : le peintre, le sculpteur, le musicien, peuvent en apparence — et en apparence seulement, — se passer de cet intermédiaire, parce que leurs moyens d’expression ont quelque chose de matériel ; la langue ne le peut pas, parce que ses moyens d’expression sont tout intellectuels.L’écrivain doit rester dans les limites de son art.La langue française façonnée par des raisonneurs, par des logiciens, par des hommes qui parlaient pour démontrer quelque chose, a éminemment ce caractère de sagesse.L’allemand s’efforce d'exprimer l’illimité et il est obscur; l’italien et l’espagnol cherchent à séduire les oreilles par des sonorités et ils sont quelquefois vides; on peut bien parler et bien écrire en italien, sans idées.Certains romantiques se sont divertis à le faire aussi en français; mais la langue française ne s’y prête pas et ils en sont morts.Assurément, la langue française a une grande force de suggestion; mais elle est faite d’abord pour exprimer des idées claires. LES VERTUS DE LA LANGUE FRANÇAISE 183 Quand l’idée est nette, un mot vient qui nous ouvre le rêve, mais la ligne suivante nous ramène à la réalité.A.Daudet décrit la famille réunie sous la lampe un soir d’hiver : le tableau suggère des couleurs, des sons, toute une tempête sinistre par des nuits sans lune; il ouvre des âmes et nous fait lire en elles; et pourtant, parce qu’il est bien français, il reste d’une netteté définie et tangible.“Sortant doucement de l’ombre de la pièce, quatre jeunes têtes se penchaient, blondes ou brunes, souriantes ou appliquées, sous ce rayon intime et réchauffant qui les éclairait à la hauteur des yeux, semblait alimenter la flamme de leur regard, la jeunesse lumineuse sous leurs fronts transparents, les couvre, les abriter, les garder du froid noir ventant dehors, des fantômes, des embûches, des misères, des terreurs, de tout ce que promène de sinistre une nuit d’hiver parisien au fond d’un quartier perdu.” L’écrivain arrive même à donner la sensation de ce qu’il voit, mais au lieu de chercher à provoquer cette sensation par les qualités physiques des mots — ce (pii est un procédé d’un autre art, il y tâche par la précision intellectuelle des vocables.La précision est telle qu’une image peu à peu surgit nette derrière les mots et c’est l’image (pii impressionne.Voyez cette description de la mer boréale: “Eternel soir ou éternel matin, il était impossible de le dire : un soleil qui n’indiquait plus aucune heure restait là toujours pour présider à ce resplendissement de choses mortes; il n’était lui-même qu’un autre cerne, presque sans contour, agrandi jusqu’à l'immense par un halo trouble.1 Ne l’oublions pas, c’est ici la vraie poésie.La poésie n’est pas un art plastique, elle est un art intellectuel.Chez tous les peuples, pour “faire du nouveau”, ou pour essayer d’atteindre le rêve fuyant, les poètes ont une fois ou l’autre demandé à la poésie ce que les arts de la couleur et du son peuvent seuls donner.• Chaque fois qu’une de ces tentatives s’est prolongée, elle a eu des suites fâcheuses.Le symbolisme a sombré dans l’obscur, qui chez nous est 1 absurde : les vers qui sont une musique et où l’esprit ne démêle aucune idée suivie, ne sont pas français.On dit que chez nos voisins du nord et du midi — cette poésie a des maîtres et des admirateurs; il est possible : elle ne vivra jamais chez nous, notre langue n’est pas faite pour ces aventures.Notre poésie, la véritable, part de l’idée précise pour arriver jusqu’à l’infini.Le vrai poète est celui qui parle à notre intelligence d’abord, (pii peu à peu fait jaillir des idées toute la quantité d’har- 184 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE monie et de rêve qu’elles contiennent, et qui revient à chaque instant, dès qu’il côtoie l’obscur, à la clarté de l’intelligence.Il nous émeut parce que nous comprenons : notre cœur français ne peut aimer qu’après que notre esprit français a vu clair.Le vrai poète, celui qui sait les ressources et les limites de la langue, marche sur la terre solide avec des pieds lourds, et il a dans ses yeux la splendeur des étoiles.Si on veut y réfléchir, on verra que ce réalisme idéaliste fait la saveur et l’originalité de la poésie française, depuis Ronsard jusqu’à Victor Llugo, et jusqu’aux poètes vivants qui comptent.On pourrait citer de nombreux exemples.Victor Hugo nous présente le semeur vêtu de haillons, qui jette son grain, le soir, dans les sillons, tandis que l’ombre qui s’allonge, “Semble élargir jusqu'aux étoiles Le geste auguste du semeur.” Le même poète, dans cette admirable épopée de Plein Ciel, décrit, en vrai prophète, la nef mystérieuse qui vole dans les airs, et qui porte en elle l’homme délivré de la pesanteur, en route pour tous les progrès.Il n’y a peut-être dans aucune langue de rêverie plus suggestive, plus illimitée; mais, à chaque instant, dès que l’esprit se perd dans le vague de l’éther, la description précise du navire aérien nous ramène au réel; enfin, tout cet océan flottant de rêves déchaînés, est limité et contenu par quelques idées nettes qui se succèdent et se développent dans un ordre logique.Nulle part, Victor Hugo, avec des mots, n’a touché de plus près à la puissance du musicien; mais il est resté dans les limites de son art.On songe à Pindare, qui suggère des visions avec des mots ailés, à Pindare dont il faut chercher les idées pour les trouver; mais, justement, Pindare écrivait des vers qui devaient être chantés, qui étaient déjà pleins de la musique future; il était à mi-chemin entre les arts qui ont des mots pour instruments et les arts qui usent des couleurs et des sons.Pindare n’aurait pas pu être Pindare dans la langue française.Or, ce n’est là qu’une faiblesse apparente de notre langue.Elle oblige l’artiste à rester dans la lumière, ce qui est un bien; peut-être qu’il y a dans l’ombre des myriades d’êtres riches de substance; mais c’est la lumière seule qui les fait surgir à la vie; tout ce qui se trouve hors de l’arcade lumineuse est pour notre esprit comme s’il n’était pas, in umbra mortis. LES VERTUS DE LA LANGUE FRANÇAISE 185 La langue française reste dans les limites de l’art littéraire; elle est de bon sens.Mais elle ne dédaigne pas d'emprunter aux arts voisins quelque chose de leur force et quelques-uns de leurs effets.L'italien est plus musical, l’anglais plus pittoresque, l’allemand plus monumental : dans un juste équilibre le français prend à la musique, à la peinture, à la sculpture, à l’architecture, quelques-unes de leurs valeurs.Comme la musique, la langue française peut suggérer des sentiments et des sensations par l’harmonie de ses mots et de ses phrases.On lui a souvent reproché d’être une langue sourde, sans sonorité et sans éclat.Au XVIIIe siècle, Déodati de Tovazzi, dans son Excellence de la langue italienne, avait fort insisté sur ce défaut.\ oltaire lui répondit : “Vous nous reprochez les e muets comme un son triste et sourd qui expire dans notre bouche; mais c’est précisément dans ces e muets que consiste la grande harmonie de notre prose et de nos vers.Empire, couronne, diadème, flamme, tendresse, victoire ; toutes ces désinences heureuses laissent dans l’oreille un son qui subsiste encore après le mot prononcé, comme un clavecin qui résonne quand les doigts ne frappent plus les touches.” On ne saurait mieux dire.De nos jours, Novicow dans son Expansion de la Nationalité française, dit avec plus de justice que Tovazzi : “les mots français sont généralement d’une dimension agréable, ni trop longs, ni trop courts.Il y a aussi une juste pondération des consonnes et des voyelles.L’italien pèche peut-être par trop de sonorité.L’observation a une grande importance, venant d’un étranger.Si de l’examen des mots, nous passons à la proposition et à la phrase, le même caractère musical nous apparaît.Ce qui fait la souveraine harmonie de la langue grecque, c’est cette abondance de proclitiques et d’enclitiques, de mots impalpables et muets, qui se glissent au travers des phrases, soutiennent les sons trop faibles, atténuent les sons trop criards, font une transition insensible entre les mots différents, et donnent à la musique de cette langue cette continuité souple qui est un charme.Pour qui en connaît bien les ressources, la langue française a un avantage analogue; elle a, aussi, ses enclitiques et ses proclitiques.Racine a écrit un vers admirable qui le prouve; ce vers se compose de monosyllabes, et quand il est bien dit, il a cependant la continuité sonore des belles phrases grecques : 186 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE “Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon cœur.’’ Par une savante combinaison des mots sourds et des mots éclatants, les maîtres de notre prose sont arrivés à une harmonie, aussi riche en sonorités, aussi variée dans ses nuances, que la musique des phrases latines, écrites d’après la loi du cursus.Bossuet, Chateaubriand, Flaubert, Loti ont fait de leurs périodes une phrase musicale.Voici une page de Chateaubriand qui est aussi riche qu’une page de Beethoven : “Etablie par Dieu gouvernante de l’abîme, la lune a ses nuages, ses vapeurs, ses rayons, ses ombres comme le soleil ; mais, comme lui, elle ne se retire pas solitaire.Un cortège d’étoiles l’accompagne.A mesure que sur mon rivage natal, elle descend au bout du ciel, elle accroît son silence qu’elle communique à la mer; bientôt elle tombe à l’horizon, l’intersecte, ne montre plus que la moitié de son front qui s’assoupit, s’incline et disparaît dans la molle intumescence des vagues.Les astres voisins de leur reine, avant de plonger à sa suite, semblent s’arrêter suspendus à la cime des flots.La lune n’est pas plutôt couchée, qu’un souffle venant du large brise l’image des constellations, comme on éteint les flambeaux après une solennité”.On ne conteste guère à la langue française ses qualités pittoresques.Elle emprunte à la peinture l’art de suggérer les idées par la couleur, et à la sculpture la ligne plastique, le mouvement qui s incline pour dessiner dans tous ses contours la figure des idées et des choses.C’est surtout depuis le Romantisme que nos écrivains sont devenus ainsi les rivaux des sculpteurs et des peintres.Il n’y a pas plus de couleur dans un tableau de Delacroix ou de Géricault que dans les grandes fresques de Victor Hugo, et, par la netteté du dessin et du modelé, par le reln-f des muscles, les hommes et les animaux d’un Leconte de Lisle ou d’un Hérédia sont des morceaux d’atelier.Les classiques eux-mêmes n’ignoraient pas que la langue française a une force dans sa couleur et dans ses lignes.Bossuet a écrit cette phrase qui est un tableau net et frais : “Le soleil s’avançait et son approche se faisait connaître par une céleste blancheur qui se répandait de tous côtés : les étoiles étaient disparues et la lune s’était levée avec son croissant d’un argent si beau et si vif, que les yeux en étaient charmés” — et encore : “Figurez-vous une nuit tranquille et belle qui dans un ciel net et pur étale tous ses feux’ .Quant aux ressources plastiques de la langue, nous savons quel usage La Fontaine, Molière, La Bruyère, et Saint-Simon en ont LES VERTUS DE LA LANGUE FRANÇAISE 187 fait.Voici, tracé par le terrible chroniqueur, le portraitdeM.de Harley; ce n’est pas une description, c’est un travail de ciseau qui fouille la pierre et en extrait la statue vivante : “M.de Harley était un petit homme vigoureux et maigre, un visage en losange, un nez grand et aquiliu, des yeux beaux, parlants, perçants, qui ne regardaient qu’à la dérobée, mais qui fixés sur un client ou sur un magistrat étaient pour le faire rentrer en terre, un habit peu ample, un rabat presque ecclésiastique et des manchettes plates comme eux, une perruque fort brune et fort mêlée de blanc, touffue, mais courte, avec une grande calotte par-dessus.Il se tenait et marchait un peu courbe, avec un faux air plus humble que modeste, et rasait toujours les murailles pour faire place avec plus de bruit, et n’avançait- qu’à force de révérences respectueuses et comme honteuses, à droite et à gauche, à Versailles”.Enfin, la langue française a pris quelque chose de ses procédés à l’architecture elle-même.Le monument solide et souple à la fois, adapté à son but et le dépassant, par sa fantaisie, élancé et vigoureux, harmonieux et divers, bâti de matériaux inertes et soulevé par l’idée au-dessus de la matière, toujours jeune malgré le temps, le monument n’est qu’un ensemble de lignes combinées pour l’unité de l’effet ; exécuté pièce à pièce, on le dirait coulé d’un seul bloc.Or, certains de nos écrivains ont senti que notre langue a des qualités pour ainsi dire monumentales, et ils ont dressé dans leur prose des colonnes, des tours, des temples.Le Guez de Balzac s’est essayé à ces constructions; mais ses matériaux étaient friables, ils n’ont pas résisté au temps.D’un mouvement aisé et majestueux, sans y tâcher, Bossuet a dressé de graves monuments.Moins patients, trop fiévreux, les modernes, sauf peut-être Chateaubriand et Lamennais, ont dédaigné ce travail ou n'y ont pas réussi.Je citerai en exemple une phrase bien connue de Racine, qui pourrait servir à définir le genre, tant elle est “monumentale”, contemporaine par son aisance sévère de la colonnade du Louvre : “Dans cette enfance, ou pour mieux dire dans ce chaos du poème dramatique parmi nous, votre illustre frère (Corneille), après avoir quelque temps cherché le bon chemin, et lutté, si j’ose ainsi dire contre le mauvais goût de son siècle, enfin, inspiré d’un génie extraordinaire et aidé de la lecture des anciens, fit voir sur la scène la raison, mais la raison accompagnée de toute la pompe, de tous les ornements dont notre langue est capable, accorda heureusement la vraisemblance et le merveilleux, et laissa bien loin derrière lui tout .'y-.fit PROVINCE DE QUEBEC (CANADA) Ministère de la Colonisation, des Mines et des Pêcheries CHASSE ET PECHE CA province de Québec est l’Eldorado de tous les amateurs de la pêche et de la chasse.Elle possède en effet les plus grandes richesses ichtyologiques et cynégétiques du monde entier, l’on pourrait dire.Il faut jeter un coup d’oeil sur les chiffres qui suivent pour se faire une idée de l’immensité de son territoire encore en disponibilité.Ainsi, sa superficie totale est de 445,000,000 d’acres approximativement.Or, si l’on déduit 25,000,000 d’acres concédés soit pour la culture ou autrement, il reste une balance de 420,000,000 d’acres, dont 25 p.c.ou 105,000,000 d’étendue sont recouverts par les eaux des lacs, fleuves et rivières, et 315,000,000 sont boisés.Des steamers conduisent aux plus belles rivières à sau-nom du Saguenay et de la Baie des Chaleurs, en même temps que des trains de chemins de fer mènent chaque jour aux lacs et aux rivières des régions du Lac Saint-Jean, du Saint-Maurice, du Nord de Montréal, d’Ottawa et des Cantons de l’Est.Le Département de la Colonisation, des Mines et des Pêcheries, qui régit tout ce qui relève de la chasse et de la pêche dans la province de Québec, émet des baux et des permis de chasse et de pêche à des taux avantageux pour les étrangers.On est prié de communiquer avec le Ministère de la Colonisation, des Mines et des Pêcheries si l’on désire des renseignements plus précis.BUREAU DES MINES GISEMENTS MINERAUX.— La Province de Québec possède des gisements d’AMIANTE, de CUIVRE, de FER CHROME, de MINERAIS DE FER, de GRAPHITE, de MICA, de PHOSPHATE, de MOLYBDENITE, d'OR, etc.LOI DES MINES.— La loi des Mines de la Province offre une sécurité absolue au découvreur de dépôts minéraux qui s’y conforme.Les dispositions de cette loi sont faciles à comprendre et ù suivre.Un “certificat de mineur”, que l’on peut se procurer au Bureau des Mines au coût de $10.00, permet au porteur de piqueter et de se réserver 200 acres de terrains miniers, n’importe où dans la province, sur les terres dont les droits de mines sont disponibles.LABORATOIRE PROVINCIAL.— Le laboratoire d’analyses de la Province est à l’Ecole Polytechnique, 228, rue ST-DENIS, MONTREAL.On peut y faire faire des analyses de 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CANADA MINISTERE DES MINES Hon.Sir JAMES LOUGHEED, Ministre.Mr.CHARLES CAMSELL: Sous-MINISTRE.PUBLICATIONS RÉCENTES DIVISION DES MINES 306.Rapport sur les minéraux non-métalliques employés dans les industries manufacturières du Canada.H.Fréchette.412.Recherches sur le cobalt et ses alliages.Quatrième partie : « Les alliages de cobalt A propriétés non-corrosiyes ».H.T.Kalrnus et K.B.Blake.414.Recherches sur le cobalt et ses alliages.Cinquième partie : « Les propriétés magnétiques du cobalt et du Fe 20.H.T.Kalrnus.510.Rapport sommaire de la division des Mines, du ministère des Mines, pour l’année civile 1918.521.Rapport annuel de la production minérale du Canada durant l’année civile 1918.J.McLeish.DIVISION DES EXPLOSIFS 2.Rapport annuel de la division des Explosifs, du ministère des Mines, pour l'année civile 1919.Lt.-Col.G.Ogilvie.(Lois et règlements sur les explosifs).' COMMISSION GÉOLOGIQUE Mémoire 92.Une partie de la région du lac Saint-Jean, Québec.J.A.Dresser.98.Gisements de magnésite du district de Grenville.M.E.Wilson.103.Le comté de Témiskaming.M.E.Wilson.“ 104.Les oiseaux de l’est du Canada.P.A.Taverner.(Prix, 50 cents).109.Bassin d’Harricanaw-Turgeon.T.L.Tanton.113.Géologie et gisements-minéraux d’une partie du comté d’Amherst.M.E.Wilson.“ 114.Matériaux de voirie dans la ville et le district de Montréal.Henri Gauthier.Bulletin du Musée No 27.Étude sur la minéralogie du district de Black Lake, Québec.Eugène Poitevin et R.P.D.Graham.On peut se procurer les publications ci-dessus en s’adressant au Chef de la Division de Publication et de Traduction, Ministère des Mines, Ottawa, Ont. Est ce qu’il y a de plus perfectionné sur le marché.lorsqu’une femme possède une Laun-Dry-Ette, elle n’a pas à s’habiller comme un épouvantail, le jour du lavage; elle n’a même pas besoin d'enlever ses bagues ni sa montre-bracelets.Avec une Laun-Dry-Ette, vous n’avez pas a vous tremper les mains dans l’eau ni a toucher au linge humide: la machine fait .tout le travail pour vous.Pas d’essoreuse pour assécher le linge; la Laun-Dry- Ette l’assèche par elle-même sans exiger aucun effort de votre part.* Une démonstration de la manière dont la Laun-Dry-Ette fera pour vous votre lavage sera de nature à vous intéresser: venez la demander à nos magasins, au rayon de l'électricité.au deuxième.LE MAGASIN OU ftSUPUS .Rues Ste-Catherine, Sfc**An#rê et St-CImètopEe - Montré®! ?.V î ¦ g s,s;*:\î '/
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