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Titre :
La Nouvelle-France : revue des intérêts religieux et nationaux du Canada français
Éditeur :
  • Québec :[s.n.],1902-1918
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeurs :
  • Parler français ,
  • Canada français
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La Nouvelle-France : revue des intérêts religieux et nationaux du Canada français, 1908-10, Collections de BAnQ.

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LA NOUVELLE-FRANCE REVUE DES INTÉRÊTS RELIGIEUX ET NATIONAUX DU CANADA FRANÇAIS Tome VII OCTOBRE 1908 N° 10 Le troisième centenaire de la fondation de Québec MBNSB .IVLIO .MCMVIII .ADSTANTE GEORGIO .FRIDBRICO .HERNESTO .ALBERTO ANGLIÆ .HIBERNIAEQVE REGI .DESTINATO OB .QVEBECVM .ANTE .AN NOS .CGC .FVNDATVM .DEO .MAGNO .AETERNO G RATIÆ .A .CANADENS1BVS .ACTÆ ORDINIBVS .VNIVERSIS IN LAETITIAM EFFVSIS Msr Vincent Sardi, Evcque de Césarée en Palestine, Patriarche latin de Constantinople.['Traduction] Au mois de juillet 1908, en présence de Georges-Frédéric-Ernest-Albert, roi futur d’Angleterre et d’Irlande, dans l’effusion de la joie de toutes les classes de la société, les Canadiens rendirent grâces au Dieu grand et éternel, de la fondation de Québec, trois siècles passés. L'ÉGLISE ET L’ÉDUCATION XX L’ÉCOLE GRATUITE.La gratuité de l’école est un des articles du programme maçonnique.Si cela seul constitue, pour les esprits droits et les âmes chrétiennes, une raison valable de ne voir que d’un œil défiant l’appât scolaire qu’on leur offre, repousser absolument et sans autre considération le principe de la gratuité pourrait aisément paraître l’effet d’un préjugé et d’un parti pris.Voyons donc ce qui se cache au fond de ce mot et essayons de saisir les réalités que recouvre cette alléchante enveloppe.L’école gratuite, c’est,—le terme lui-même l’indique,—l’école ouverte aux enfants, sans qu’aucune cotisation personnelle ni aucune taxe foncière imposée aux parents soit exigée comme condition nécessaire d’admission.Cette gratuité est relative, si elle favorise uniquement ou du moins principalement les classes pauvres ou peu aisées ; elle est absolue, si toutes les classes sociales, sans distinction de fortune, peuvent également en bénéficier.C’a été, nous l’avons vu, l’honneur et le mérite presque exclusif de l’Eglise d’avoir pendant des siècles, indépendamment de toute rétribution scolaire, prodigué les soins de l’éducation religieuse et fourni même les éléments de l’instruction profane aux enfants et aux jeunes gens qui fréquentaient ses écoles.Dans les écoles monacales, toutes sortes d’élèves, sans égard à leur condition sociale, étaient reçus.Mais les pauvres y étaient l’objet d’attentions particulières : loin d’exiger, pour les instruire, une compensation pécuniaire quelconque, on poussait la charité jusqu’à nourrir ceux qui étaient dans l’indigence 1.L’enseigne- 1 — Hist, litt., t.VII, pp.9-10, 33, 73. l’église et l’éducation 447 ment donné dans les écoles cathédrales et presbytérales était empreint du même esprit de charité et de générosité.Lorsque, au VIIIe siècle, Théodulfe, évêque d’Orléans, par un décret demeuré célèbre enjoignit à ses prêtres d’établir des écoles dans les villages et dans les bourgs, il ajoutait1 : « Si quelqu’un de leurs paroissiens veut leur confier ses enfants pour leur apprendre les lettres, qu’ils se gardent de les rebuter ; au contraire, qu’ils s’appliquent à leur éducation avec une charité extrême, et, lorsqu’ils les instruiront, qu’ils se gardent d’exiger d’eux aucun prix en retour de ce service ; qu’ils ne reçoivent rien, si ce n’est ce que les parents voudront bien leur offrir de leur plein gré et par esprit de charité.» Or, ce statut, renouvelé et généralisé par des règlements ultérieurs, eut une grande influence sur le mouvement scolaire de l’époque.Les Papes, de leur côté, prirent les mesures les plus énergiques pour favoriser l’établissement des écoles et en rendre l’accès facile.Nous avons rappelé 2 sous quelles peines sévères ils obligeaient dans chaque diocèse l’écolâtre, pourvu d’ailleurs de moyens suffisants de subsistance, à délivrer, sans rien exiger en retour, aux personnes dûment qualifiées la « licence d’enseigner.» Le troisième concile de Latran, sous Alexandre III, fit preuve envers les pauvres d’une sollicitude spéciale.« Puisque, y est-il dit3, l’Eglise de Dieu est tenue, comme une tendre mère, de secourir l’indigence dans ses besoins temporels et spirituels, de crainte que les pauvres, à qui manquent des ressources de famillle, ne soient privés des bienfaits de l’éucation, nous décrétons que dans toute église cathédrale il y aura un maître d’école, et que ce maître, pourvu d’un bénéfice convenable destiné à le sustenter et à lui permettre de répandre l’instruction, devra enseigner gratuitement non seulement les clercs, mais encore tous les écoliers 1 —Labbe, Concil., VII, 1140.2— Voir plus haut, partie historique, chapitre VIII.3 — Can.XVIII; Héfélé, Hist, des Conciles, t.VII, p.506. 448 LA NOUVELLE - FRANCE 'pauvres.La même chose devra s’observer dans les autres églises ou dans les monastères auxquels, pour des fins scolaires, des dons auraient été faits.» Grégoire IX à son tour jugea de son devoir de rappeler et de confirmer ces règles pleines de sagesse.« Celui, disent les Décrétales \ qui vend la licence d’enseigner ou qui la refuse à un maître idoine, doit être privé de son bénéfice.Chaque église cathédrale doit pourvoir d’un bénéfice le maître chargé d’enseigner gratuitement les clercs de l’Eglise et les autres étudiants pauvres.» Plus tard, le concile de Trente dans un de ses décrets 1 2 s’occupait de cette même question et faisait, à l’avantage des enfants pauvres, la même recommandation.Tels étaient les désirs formels, les ordonnances maintes fois réitérées de l’Eglise.Cette législation bienfaisante ne resta pas lettre morte.On pratiqua largement sous l’ancien régime la gratuité de l’instruction à l’égard des classes indigentes, sans toutefois que les élèves aisés fussent toujours exempts « de payer à leur maître une certaine somme pour prix de ses soins et de son enseignement3.» Il y avait en effet deux sortes d’écoles, des écoles payantes, et des écoles charitables.« Dans la plupart des villes, aux deux derniers siècles, il avait été établi des écoles de charité ouvertes uniquement aux enfants indigents.Dans ces écoles, la gratuité était un principe dont on ne se départait jamais.L’honneur de ces fondations revenait presque toujours au clergé et aux congrégations enseignantes, les municipalités donnant tout au plus quelques minces subsides, et laissant le plus souvent à la charité privée tout le poids des œuvres nouvelles»4.A l’exemple des Frères de la vie commune en 1 — Greg.IX, Decret., 1.V, t.V, cap.1, 3, 4.2 — Sess.V, Dec.de reform., cap.1.3— Revue des Questions historiques, t.XIX, p.543 (en note).4— Allain, L'instruction primaire en France avant la Révolution, p.188. l’église et l'éducation 449 Allemagne 1, les Frères des Ecoles chrétiennes en France prirent une large part à ce mouvement de bienfaisance intellectuelle et morale, et c’est ce qui, plus d’une fois, leur attira de la part des maîtres des écoles payantes, effrayés sans raison d’une concurrence toute de charité, des réclamations vexatoires 2.En outre, poursuit l’abbé Allain 3, « dans un grand nombre de baux consentis par les communautés d’habitants et les régents, ceux-ci s’engagent, tantôt à recevoir gratuitement un nombre déterminé d’enfants, tantôt tous ceux dont l’indigence sera dûment constatée.» Cette gratuité restreinte n’était pas l’apanage exclusif de l’instruction primaire ; l’historien la retrouve, généreusement pratiquée, dans les maisons d’enseignement secondaire et supérieur 4.Parfois même la faveur de l’enseignement gratuit s’étendait à tous les élèves.« Aujourd’hui, dit le P.de Roche-monteix 5, ce qu’on appelle la pension est une nécessité dans toutes les écoles d’instruction secondaire.Il n’en allait pas de même au XVIe et au XVIIe siècles, grâce aux libéralités de ces âges de foi : les jésuites ne prélevaient aucun impôt sur les écoliers.Saint Ignace leur ordonnait de répandre le plus possible l’enseignement, de le faire pénétrer dans toutes les classes sociales, et en même temps il leur défendait de retirer de cet enseignement un salaire quelconque, sous quelque forme que le tribut fût payé.« La gratuité au moins relative de l’enseignement secondaire n’a pas cessé.Dans les collèges et les séminaires fondés et entretenus par les sacrifices du clergé, que d’élèves pauvres ou peu aisés font chaque année leurs classes, grâce à une remise totale ou partielle 1 — Janssen, VAllemagne et la Réforme, t.I, p.49 (Paris, 1887).2 __Guibert, Hist, de saint Jean-Baptiste de la Salle, pp.170-171.3 — Ouv.cit., p.192.4 — Janssen, ouv.et t.cit., p.73.5— Un collège des Jésuites aux XVIIe et XVIIIe siècles, t.I, pp.84-85. 450 LA NOUVELLE - FRANCE maisons d’éducation du prix de la pension ! Les registres de nos sont, sur ce point, d’une singulière éloquence.Or, comment soutenir, développer, faire prospérer des institutions scolaires et littéraires dont, habituellement, les portes s’ouvrent toutes grandes à l’indigence, et où les pauvres, quels qu’ils soient, reçoivent gratuitement leur part d’instruction ?De deux manières bien connues, par le dévouement et par la libéralité : par le dévouement de ceux qui, se faisant de l’œuvre éducatrice une conception adéquate, y cherchent non une source de gain, mais un moyen d’apostolat ; par la libéralité des âmes généreuses qui comprennent le rôle social de la richesse, et n’hésitent pas, au besoin, à le remplir.Ainsi se fondèrent et grandirent les anciennes écoles monacales et épiscopales où tant de générations sont allées puiser, avec les connaissances de la foi, le goût des lettres et des sciences.Ainsi purent s’établir et se maintenir les écoles de charité devenues en certains pays très nombreuses, de même que les écoles payantes où les pauvres, sans rien donner, pouvaient et devaient être librement admis.« C’était généralement, dit l’abbé Allain 1, au moyen de fondations pieuses, et sans ajouter de nouvelles charges au budjet des communautés, qu’on obtenait ces résultats excellents et qu’on mettait à la portée de tous les éléments de l’instruction.Les fondations scolaires s’étalent en effet fort multipliées avant la Révolution, grâce surtout à la piété des âmes chrétiennes qui, dociles aux exhortations de leurs pasteurs, entendaient faire une œuvre de charité des plus agréables à Dieu, en fondant ou dotant des écoles.Dans leurs statuts synodaux, les évêques recommandaient cette bonne œuvre aux ecclésiastiques ; dans leurs visites, ils sollicitaient dans ce but la générosité des fidèles.» La gratuité relative, c’était donc les riches payant pour les pauvres, les classes fortunées ou simplement aisées venant en aide aux classes nécessiteuses par des aumônes, des legs, des fon- 1 — Ouv.cit., p.196. l’église et l’éducation 451 dations scolaires ; c’était l’application aux besoins intellectuels du grand et universel précepte de la charité.Système fort raisonnable et, partant, fort louable.On a voulu faire mieux.On a proposé et décrété la gratuité absolue, celle que crée l’impôt commun prélevé sur les pauvres et sur les riches par la puissance de l’Etat, et dont profitent indistinctement les riches et les pauvres.Est-ce un bien ?Est-ce un progrès ?Les francs-maçons le disent, les libres penseurs le répètent.Certains catholiques peu avisés, par intérêt, par naïveté, par irréflexion, ne sont pas éloignés de le croire, bious osons leur déclarer qu’ils se trompent, que des raisons multiples, les unes d’ordre pédagogique, les autres d’ordre économique, d’autres encore d’ordre religieux et moral, s’opposent à cette gratuité qui n’a guère de gratuit que le nom.Et nous ne sommes pas seul à le penser.Aux yeux des parents et de leurs enfants, la gratuité absolue de l’instruction en rabaisse singulièrement le prix.Les parents, voyant l’Etat prendre à sa charge l’éducation, s’en désintéressent ; leur ardeur s’émousse ; leur zèle se ralentit.Les enfants de leur côté, moins astreints au travail et à l’assiduité par leurs parents, suivent plus volontiers l’instinct de leur indolence naturelle et n’éprouvent aucun scrupule à faire l’école buissonnière.« Pense-t-on, remarque à ce sujet Lavollée,1 que l’école gratuite sera plus assidûment fréquentée que l’école payante ?Ce serait une singulière illusion que dissipent et l’expérience des pays voisins et la nôtre, et la connaissance du caractère populaire.L’assiduité scolaire n’est-elle pas aussi grande, sinon plus grande, dans les écoles libres et payantes que dans les écoles officielles et gratuites ?Personne ne s’en étonnera parmi ceux qui ont vu de près le paysan et l’ouvrier ; car on sait qu’il n’attache réellement de prix qu’à ce qu’il a payé ».1 —L'Etat, le père et l'enfant, p.333 ;—cf.Allain, ouv.cit., p.187 ; Godts, Sanctificetur educatio, pp.189-190. 452 LA NOUVELLE - FRANCE système que les con- Pourquoi, d’ailleurs, imposer à la société un saines notions de l’ordre économique et de la justice sociale damnent ?« La famille doit garder ses charges.Qu’on l’aide à les porter, c’est ce qui sera juste et nécessaire ; mais puisque c’est le besoin qui sert de principe à cette intervention, ce sera le besoin, et lui seul, qui en devra fixer la mesure.Pourquoi la gratuité de l’enseignement pour l’enfant que ses parents nourrissent, logent, habillent, font voyager, amusent, sans que le budget de famille en pâtisse ?L’enseignement serait-il un cas si particulier ?N’est-il pas nourriture de l’esprit tout comme le pain est nourriture du corps ?Quelle raison de nourrir gratuitement l’un des deux, quand on ne nourrit pas l’autre 1 ?» La gratuité absolue de l’école multiplie les frais scolaires et grève inutilement les budgets de l’Etat.Plus que cela : sous les dehors d’une bienfaisance élevée et d’une générosité humanitaire, elle cache, à l’endroit des pauvres, un manque d’équité et presque une injustice.Le mot n’est pas trop fort.N’y a-t-il pas, en vérité, une sorte d’injustice à établir un système d’écoles qui ne se soutienne que par une augmentation de charges pour les familles indigentes et une diminution correspondante d’obligations pécuniaires au profit des familles riches ?C’est l’anomalie qui résulte de la gratuité scolaire générale.L’Etat, en l’établissant, semble faire aux citoyens pauvres une faveur.Ce n’est qu'un leurre.En effet, dans le système des écoles payantes, le devoir de les soutenir pèse à peu près uniquement sur les personnes d’une certaine aisance.Là où règne ce qu’on nomme la gratuité ab.-olue, et ce qui n’est, au fond, qu’une forme spéciale d’emploi des deniers publics, pauvres et riches, et, par suite de beaucoup d’impôts également onéreux de douane, de consommation, d’enregistrement, pauvres comme 1 A.D.Sertillanges, La famille et V Etat dans l'éducation, pp.156-157. 453 l’église et l’éducation riches ont à porter le fardeau, proportionnellement accru, de leur part contributive.« On arrive, dit Freppel ’, à ce résultat étrange que, sous prétexte de gratuité absolue, l’école aura cessé d’être gratuite pour les pauvres, c’est-à-dire précisément pour ceux qui en auraient le plus besoin, et que les riches seuls auront bénéficié d’une mesure qu’ils ne réclamaient en aucune façon.» D’où vient donc tant de zèle pour l’instruction publique gratuite?De l’esprit de nouveauté, d’un besoin de progrès mal réglé, de l’envie de capter le suffrage populaire, et souvent, ajou-tons-le, d’une docilité plus ou moins consciente aux directions et aux inspirations maçonniques.La gratuité est un des anneaux de la chaîne forgée par les sectes pour étouffer la foi chrétienne et assujettir à leurs doctrines l’esprit de l’enfance.Fût-elle en elle-même absolument inoffensive que son alliance avec la neutralité, la laïcité et la contrainte scolaires serait suffisante pour nous la rendre suspecte et nous engager à la rejeter comme un présent funeste.Elle a l’apparence d’un don ; elle est, en réalité, un piège tendu aux familles chrétiennes.Ces familles que la neutralité seule effraierait, on les sollicite, on les attire par la puissance d’une amorce à laquelle peu d’entre elles sont absolument insensibles.Que si elles résistent aux attraits de la tentation, on les presse davantage en ajoutant un stimulant nouveau.Pendant que, d’une main, on leur montre le chemin de l’école gratuite, de l’autre on fait claquer sur leur tête le fouet de l’obligation scolaire.N’y a-t-il pas là de quoi justifier les soupçons et les craintes que la gratuité absolue de l’école nous inspire ?Ces craintes s’accroissent par le fait que, si l’enseignemet d’Etat peut à bon droit, d’une manière générale, être considéré comme un acheminement au socialisme, la gratuité dont nous 1 — Discours du 13 juillet 1880, dans Allain, ouv.eit., p.187 ; — cf.le comte de Mun, Discours, t.II : Disc, 'polit., t.I, pp.545-546 (3e éd.) 454 LA NOUVELLE - FRANCE parlons aggrave ce caractère et accélère cette tendance.« Rendre gratuit l’enseignement pour tous et à tous les degrés, écrit le P.Sertillanges \ serait peut-être l’idéal de quelques-uns : c’est qu’ils voudraient charger l’Etat de toutes les responsabilités et de tous les services.Collectivisme intellectuel : tel est le mot qui devrait servir ici et qui correspond naturellement au même état d’esprit que celui de collectivisme économique.» Cette conséquence n’a rien de chimérique.« Aller, dit à son tour Lavollée 1 2, jusqu’à la gratuité absolue, c’est s’engager sur une pente dangereuse.La gratuité de l’enseignement n’est-elle point un premier pas, et un pas considérable, dans la voie du socialisme ?Comment, en effet, à moins de proclamer la communauté des charges et des biens, admettre que l’Etat fasse supporter à la masse des citoyens une part plus élevée d’impôts pour donner gratuitement l’éducation à des enfants dont les parents peuvent la payer ?» Chose certaine et digne d’être notée : cette nouveauté scolaire fait partie intégrante de l’utopie socialiste 3.Raison de plus, pour nous catholiques, de nous en défier et de la combattre.La gratuité relative est, sans contredit, un bienfait de l’Eglise.La gratuité absolue nous paraît être un des nombreux méfaits de la Révolution.1 — Ouv.cit, p.155.2— Ouv.cit., pp.332 333.3 — Godts, Sanctificetur educatio, n.274.L.-A.Paquet, p“\ LES MISSIONS EN CHINE AU XXe SIÈCLE LETTRE D’UN MISSIONNAIRE Wei-Hsien (Tche-ly), 19 avril 1908.Cher Monsieur Lindsay, Votre excellente revue m’arrive fidèlement, m’apportant chaque mois, avec une nourriture substantielle pour l’esprit, un vrai réconfort pour le cœur.Ce sont deux bienfaits appréciables partout, mais nulle part plus qu’en Chine.Je vous remercie bien cordialement de cette délicate charité.Me rappelant une promesse un peu inconsidérée que je vous fis jadis, vous me demandez à l’intention de vos lecteurs un article sur les choses de Chine.Le temps et la compétence me manquent, et je ne puis vous satisfaire comme je le voudrais.Vous voudrez bien m’excuser si je ne vous envoie aujourd’hui que ces quelques notes et réflexions sur l’évangélisation de l’Empire du Milieu.Malgré leur sécheresse, elles ne seront peut-être pas sans intérêt pour les assidus de la Nouvelle-France.A l’utile et au sévère que je leur présente aujourd’hui, je tâcherai plus tard, s’il plaît à Dieu, de joindre le plaisant et l’agréable— cela ne manque pas dans l’Empire des Fleurs—mais alors, comme en ce moment, je me souviendrai que le « vrai seul est aimable, » et je m’efforcerai de vous dire la vérité et rien que la vérité.Où en est aujourd’hui le catholicisme en Chine ?Le Calendrier-annuaire de l’observatoire de Zi-ka-wei donne chaque année une statistique fort bien faite des Missions dans l’Extrême-Orient.De cette source, la plus sûre que je connaisse, j’extrais les renseignements suivants : La Chine catholique est divisée en cinq régions.La première région, au nord, comprend le Tche-ly, le Ho-nan, la Mandchourie et la Mongolie.Le Tche-ly, avec ses 21 millions d’habitants, compte 4 vicariats apostoliques, dont 3 aux Lazaristes et un aux Jésuites.Chrétiens, 217,947 ; catéchumènes, 37,566; prêtres européens, 120; prêtres indigènes, 97.Le Ho-nan (25 millions d’habitants) est rattaché dans sa partie nord à cette première région et dans sa partie ouest et sud à la troisième région.Le nord forme un vicariat apostolique confié aux Missions Etrangères de Milan.Chrétiens, 5,432 ; catéchumènes, 3,827 ; prêtres européens, 12, indigènes, 2.La Mandchourie (9 millions d’habitants) est partagée en 2 vicariats con- s' 0 456 LA NOUVELLE - FRANCE fiés aux Missions Etrangères de Paris.Chrétiens, 36,451 ; catéchumènes, 15,675 ; prêtres européens, 52, indigènes, 15.La Mongolie (3 millions d’habitants) compte 3 vicariats confiés Missions Etrangères de Scheut (Belgique).Chrétiens, 35,672 ; catéchumènes, 17,433 ; prêtres européens, 133, indigènes, 33.La seconde région, nord-est et nord-ouest, comprend le Sin-kiang, le Kan-sou, le Chen-si, le Chan-si et le Chan-tong.Le Sin-kiang (1 million d’habitants) forme une mission confiée aux Missions Etrangères de Scheut.Chrétiens, 300 ; prêtres européens, 6.Le Kan-sou (10 millions d’habitants) est partagé en deux missions (dont une préfecture apostolique), confiées aux Missions Etrangères de Scheut.Chrétiens, 3,808 ; catéchumènes 859 ; prêtres européens 32, indigènes 4.Le Chen-si (8 millions d’habitants) est partagé en deux vicariats confiés, l’un aux Franciscains, l’autre aux Missions Etrangères de Rome.Chrétiens 35,589 ; catéchumènes, 11,305 ; prêtres européens 30, indigènes 28.Le Chan-si (12 millions d’habitants) compte deux vicariats confiés aux Franciscains.Chrétiens, 32,516 ; catéchumènes 15,228 ; prêtres européens 41, indigènes, 22.Le Chan-tong (39 millions d’habitants) forme 3 vicariats, dont deux confiés aux Franciscains et un aux Missions Etrangères de Steyl (Allemagne).Chrétiens, 68,769 ; catéchumènes, 53,622 ; prêtres européens, 98, indigènes, 36.La troisième région, au centre, comprend le Ho-nan ouest et sud, le Hou-pé, le Hou-nan, le Kiang-si, le Tché-Kiang et le Kiang-nan.Le Ho-nan ouest est confié aux Missions Etrangères de Parme et forme une préfecture apostolique ; le Ho-nan sud forme un vicariat confié aux Missions Etrangères de Milan.Chrétiens, 13,055 ; catéchumènes 8,000 ; prêtres européens, 21, indigènes, 13.Le Hou-pé (35 millions d’habitants) est partagé en 3 vicariats confiés aux Franciscains.Chrétiens, 52,549 ; catéchumènes, 35,781 ; prêtres européens, 59, indigènes, 40.Le Hou-nan (22 millions d’habitants) est partagé en deux vicariats confiés, l’un aux Augustins, l’autre aux Franciscains.Chrétiens, 9,176 ; catéchumènes, 4,317 ; prêtres européens, 39, indigènes, 8.Le Kiang-si (27 millions d’habitants) forme 3 vicariats confiés aux Lazaristes.Chrétiens, 36,329 ; catéchumènes, 15,293 ; prêtres européens, 54, indigènes, 20.aux LES MISSIONS EN CHINE AU XXe SIECLE 457 Le Tché-kiang (12 millions d’habitants) forme un vicariat confié aux Lazaristes.Chrétiens, 25,126 ; catéchumènes, 8,686 ; prêtres européens, 30, indigènes, 16.Le Kiang-nan 1 (48 millions d’habitants) forme un vicariat confié aux Jésuites.Chrétiens, 164,088 ; catéchumènes, 95,013; prêtres européens, 131, indigènes, 60.La quatrième région, au sud-ouest, comprend le Koei-Tcheou, le Se-Tch’oan, le Yun-nan et le Thibet.Toute cette région est confiée aux Missions Etrangères de Paris.Le Koei-tcheou (8 millions d’habitants) forme un vicariat avec 21,018 chrétiens et 22,825 catéchumènes.Prêtres européens.49, indigènes, 17.Le Se-Tch’oan (69 millions d’habitants) partagé en 3 vicariats, compte 100,800 chrétiens et 30,672 catéchumènes.Prêtres européens, 136, indigènes, 68.Le Yun-nan (13 millions d’habitants) forme un vicariat avec 10,390 chrétiens et 13,097 catéchumènes.Prêtres européens, 29, indigènes, 13.Le Thibet (6 millions d’habitants) forme un vicariat avec 2,050 chrétiens et 1,000 catéchumènes.Prêtres européens, 15, indigène, 1.La cinquième région, au sud, comprend le Fou-kien, Amoy (sans Formose), Hong-Kong, le Koang-tong et le Koang-si.Le Fou-kien (23 millions) forme un vicariat confié aux Dominicains.Chrétiens, 44,779 ; catéchumènes, 25,806 ; prêtres européens, 37, indigènes, 16.Amoy (sans Formose) forme un vicariat confié aux Dominicains.Chrétiens, 4,242; catéchumènes 4,773; prêtres européens, 18, indigène, 1.Hong-Kong forme un vicariat confié aux Missions Etrangères de Milan.Chrétiens, 14,195 ; catéchumènes, 1000 ; prêtres européens, 12, indigènes, 10.Le Koang-tong (32 millions d’habitants) forme une préfecture apostolique confiée aux Missions Etrangères de Paris.Chrétiens, 56,355.Prêtres européens, 67, indigènes, 15.Le Koang-si (5 millions d’habitants), forme également une préfecture apostolique confiée aux Missions Etrangères de Paris.1 — Le Kiang-nan est formé des deux provinces du Kiang sou et du Ngan-Hoei. 458 LA NOUVELLE - FRANCE Chrétiens 3,610 ; catéchumènes 4,312 ; prêtres européens 28, indigènes, 4.Le diocèse de Macao attenant au Koang-tong compte 27,930 chrétiens avec 66 prêtres européens et 6 prêtres indigènes.Au nombre des prêtres il faut ajouter les 23 procureurs de diverses missions, plus 11 Trappistes, dont 5 indigènes.En résumé, la Chine catholique compte 38 vicariats apostoliques, 4 préfectures apostoliques, 1 mission (Ili, Sin-Kiaug) et un diocèse (Macao).Les prêtres y sont au nombre de 1931, dont 1340 européens et 585 indigènes.Les chrétiens sont au nombre de 1,042,196, et les catéchumènes environ 330,000.La population de la Chine étant évaluée à 426,000,000, il y a donc un chrétien sur 409 habitants.Missions Etrangères de Paris comptent en Chine 8 vicariats et deux préfectures apostoliques ; les Franciscains, 9 vicariats : les Lazaristes, 7 vicariats ; les Missions Etrangères de Milan, 3 vicariats ; la Congrégation de Scheut, 4 vicariats, 1 préfecture et 1 mission ; les Dominicains, 2 vicariats ; les Jésuites, 2 vicariats ; le Séminaire de Saint-Paul de Rome, la Congrégation de Steyl, l’Ordre de Saint-Augustin et la Congrégation de Saint-François Xavier de Parme ont chacun un vicariat.Telle est, aussi exacte qu’il a été possible de l’établir, la statistique des Missions catholiques de Chine.Dans quelle classe se recrutent les chrétiens de Chine ?La réponse à cette question sera moins précise, faute de documents ; mais, d’après des témoignages autorisés, je ne crois pas être dans l’erreur en disant que neuf sur dix de nos chrétiens sont ou de pauvres ouvriers des villes ou d’humbles paysans de la campagne, ceux-ci vivant au jour le jour, tirant de la terre seule leur misérable substance et exposés chaque année, par suite de la sécheresse ou de l’inondation, à la misère et à la famine.Quand M51 Languillat, vicaire apostolique de la Mission du Les 1—Au Japon, l’archidiocèse de Tokyo et les trois diocèses d’Osaka, de Nagasaki et d'Hakodate comptent un total de 60,127 chrétiens sur une population de 45,000,000.Proportion: 1 chrétien sur 753 habitauts.En Corée, la proportion des chrétiens est de beaucoup supérieure.Ils y sont 63,340 sur 5,700,000 habitants : c’est-à dire 1 sur 89. LES MISSIONS EN CHINE AU XXe SIECLE 459 Kiang-nan, rendit compte à Pie IX de l’état de ea mission—la plus considérable de la Chine —il lui dit : Très Saint Père, les anciens missionaires de Chine attaquèrent cet immense empire par la tête ; ils enseignaient les sciences et la philosophie à l’empé-reur Kang-hi et étaient en semblables relations avec les vice-rois, les gouverneurs de province et les académiciens.Nous autres, les derniers venus, nous prêchons Jésus-Christ aux humbles et aux petits.Depuis quarante ans les choses n’ont point changé.De la Mongolie au Koang-tong, du Thibet au Kiang-nan, se réalise la parole du Divin Maître : pauperes evangelizantur.C’est aux pauvres que la bonne nouvelle est annoncée, et c’est parmi eux qu’elle trouve les esprits les plus ouverts et les cœurs les plus dociles.Quant aux mandarins, aux lettrés, aux riches commerçants, aux grands propriétaires, à tous ceux qui forment ce qu’on peut appeler la classe dirigeante et influente de la Chine, ils échappent, pour le moment, à l’action des missionnaires catholiques.D’où vient cet état de choses?Dans la Vie du R.P.Gonnet, S.J., supérieur et organisateur des missions du Kiang-nan et du Tche-ly S.-E., le R.P.Becker, S.J., que sa grande expérience des choses de Chine autorise à porter un jugement sur cette question délicate, y répond en ces termes : Les missionnaires d’aujourd’hui n’ont plus, comme les anciens Pères, accès à la Cour impériale ; et si, grâce au protectorat français, ils peuvent encore entrer en relations avec les mandarins chinois, ces relations demeurent officielles, purement extérieures, imposées par la crainte, mais non commandées par l'estime et l’affection.De nos jours, lettrés et mandarins sont, en général, animés d’un esprit secret de haine contre l’Européen.Notre supériorité les humilie, nos envahissements paraissent menacer toujours davantage l’intégrité de leur nation.Et cette haine plus ou moins accentuée, sur qui se déverse-t-elle d’abord, sinon sur les missionnaires et leurs chrétiens ?Car, aux yeux des lettrés, le prêtre catholique a semblé et semble peut-être encore n’être qu’un précurseur de la conquête ; son effort d’apostolat n’aurait qu'un but.: gagner le cœur du peuple et se ménager des auxiliaires intérieurs, prêts à marcher à l’heure de l’invasion barbare.1 On le comprend dès lors : loin de prêter comme jadis leur concours à la propagation du christianisme, tous ces lettrés, tous ces mandarins s’unissent plutôt dans une commune action pour entraver le progrès de notre sainte 1 — Les Missionnaires répudient, est-il besoin de le dire ?le rôle odieux qu’on leur prête.S'il y a eu ça et là quelques faits regrettables et quelques interventions malheureuses qui ont soulevé de justes critiques et blessé les légitimes susceptibilités chinoises, la faute n’en peut retomber que sur quelques personnalités, nullement sur l’ensemble des missionnaires. 460 LA NOUVELLE - FRANCE religion, l’anéantir et détruire, s’ils le pouvaient, tout christianisme en Chine.Du reste, le récent soulèvement des Boxeurs, en 1900, fut l’irrécusable manifestation de ces sentiments intimes.Les bannières, sous lesquelles marchait le peuple chinois, portaient hautement affichée la devise qui leur servait de programme : < Pao bs'ing miè Tang ; Sauver la Chine, exterminer l'étranger.« Oui, exterminer l’étranger et toute idée de l’étranger, tel était le but précis qu’ils s’efforcèrent de réaliser par leurs tentatives contre les concessions de Tientsin, les diverses légations de Pékin, le Pet'ang et les autres églises, ainsi que les centres où les chrétiens, traqués comme des fauves, s’étaient réfugiés avec leurs missionnaires.Outre ces dispositions haineuses, provoquées par les nouveaux rapports que se sont créés avec la Chine les puissances européennes, un autre obstacle empêche encore de s’appuyer sur l’autorité chinoise, pour travailler à la conversion de son peuple.Be déclarer catéchumène serait, pour un mandarin, renoncer, par le fait même, à sa charge ; comme tout chrétien, résolu de rester fidèle à sa foi, doit renoncer à l’espoir d’un mandarinat.La plupart de ces charges, en effet, renferment l’obligation d’accomplir chaque mois, dans la pagode de Confucius, des cérémonies incompatibles avec la pratique de la loi chétienne *.Après avoir résumé excellemment cette célèbre question des rites que Rome a réglée « sans appel et irrévocablement », le R.P.Becker termine ainsi : On s’imaginerait faussement que, sans la défense des rites, la Chine eût été convertie.Cette défense ne forme pas le gros obstacle: c’est une difficulté de plus surajoutée aux autres, difficulté que le Christianisme a rencontrée à ses débuts dans la conversion de tous les grands peuples civilisés païens.Le véritable obstacle à la conversion de la Chine, on le trouve en pays chrétien comme en pays infidèle : c’est la corruption du cœur humain et son esclavage sous le joug des passions.Qu’on me permette un souvenir personnel de France.J’exhortais un brave homme à la confession : ¦ Ah ! mon Père, s’écria-t-il, que le bon Dieu supprime sou sixième commandement et nous fasse des rabais sur le septième: autrement, il lui sera bien difficile de remplir son paradis ».Eh bien 1 en dehors de l’obstacle invincible de leur colossal orgueil, les païens de Chine n’ont rien de plus à objecter pour leur conversion -.1 — Le B.P.J.Gonnet, S.J., par le R.P.E.Becker, S.J., 2e édition, pp.151-156.Ce livre rempli de fortes leçons et de renseignements précieux est à lire pour quiconque veut se rendre un compte exact de l’apostolat en Chine, de ses difficultés, de ses moyens, de ses luttes et de ses espérances.Imprimerie catholique, Ho kien-fu, Tche-ly (Chine) XIV-34S pages.Prix: 2 francs.2 — Les missionnaires que leurs fonctions mettent en rapport avec les mandarins, et interrogés par ceux-ci sur la religion chrétienne, n’en reçoivent souvent que cette réponse ou l’équivalent: • Votre religion est belle, très belle, mais elle est impraticable.du moins pour nous, Chinois ». LES MISSIONS EN CHINE AU XXe SIECLE 461 Haine de l’étranger, attachement aux rites superstitieux, orgueil de l’esprit, corruption du cœur : autant de raisons qui éloignent du christianisme les représentants de l’autorité en Chine et, après eux, une immense multitude qui n’a d’autre pensée que celle de ses maîtres.D’autres raisons viennent encore s’ajouter à celles-là : propagande de toutes les sectes protestantes, 1 qui ici, comme ailleurs, ont cela au moins de commun qu’elles sont anti-catholiques ; établissement, dans les nombreux ports et marchés ouverts, d’Européens de toute langue et de toute nation qui, au dire de témoins dignes de foi, donnent trop souvent les plus déplorables exemples; esprit révolutionnaire et enseignement matérialiste que des milliers d’étudiants vont chercher dans des universités du Japon, d’Europe et d'Amérique, et qu’ils rapportent et propagent dans leur propre patrie ; diffusion, par les livres en usage dans l’enseignement officiel, des erreurs protestantes et rationalistes sur les dogmes, le gouvernement et l’histoire de l’Eglise ; constitution de la famille chinoise, où le mari et le père jouissent d’une autorité illimitée et où l’épouse et la mère sont tenues dans un profond mépris et une sujétion absolue : d’où impossibilité pour elles d’être, comme le fut la femme chez tant de peuples, les messagères et les introductrices du christianisme au foyer domestique et dans la société.Tous ces motifs expliquent peut-être suffisamment l’insuccès relatif des missions catholiques dans l’Extrême-Orient.Ou a voulu, à ce sujet, mettre en cause les missionnaires eux-mêmes.Dans un livre qui n’est qu’un long et parfois éloquent réquisitoire contre les méthodes d’apostolat employées jusqu’ici, M.le chanoine Joly, dont les intentions sont excellentes, mais dont la compétence paraît légère, l’érudition sommaire, et totale l’inexpérience des choses et des hommes de la Chine, attribue surtout le petit nombre de conversions à la défiance obstinée des missionnaires européens vis à-vis du clergé ‘ indigène.2 Voilà, dit cet auteur, la grande erreur de l’apostolat moderne en Extrême-Orient ; et, si les missionnaires ne changent pas au plus tôt leur 1— D’après le Rev.Tien.Richard, China Mission Statistics, Shanghai, 1904, on comptait en Chine, en 1902, 33 sociétés américaines dont 3 canadiennes, 22 sociétés anglaises, 12 sociétés continentales et 1 société internationale.2— M.le chanoine L.Joly, Le Christianisme et VExtrême Orient, t.1.Paris.Lethielleux, 1907.29 462 LA NOUVELLE - FRANCE méthode, « voilà leur crime.» L’accusation et le livre qui la porte ont, je le sais, passé les mers et ont pu faire impression tains lecteurs non au courant.C’est pourquoi je crois devoir les signaler ici en même temps que l’excellente réponse qui y a été faite dans les Etudes de Paris par le R.P.A.Brou.1 Quiconque lira sans parti-pris ces pages d’histoire où sont accumulés les faits et les textes parfaitement ordonnés et loyalement discutée, souscrira à la conclusion de l’auteur et dira avec lui « que les anciens missionnaires, comme ceux du dix-neuvième siècle, ont fait plus qu’on ne le dit pour la création d’un clergé indigène en Extrême-Orient, qu’iis en ont vu la nécessité et que, s’ils n’ont pas fait ce qu’ils auraient voulu, c’est qu’en vérité ils n’ont pas pu.» Toutes les missions de Chine, sauf le Ho-nan septentrional, qui ne compte que 1055 chrétiens, et Ili (Sin-Kiang) qui n’en compte que 300, ont un clergé indigène.Celui-ci, nous l’avons dit, s’élève au nombre de 585.On évalue à environ 500,000 les vieux chrétiens, les seuls parmi lesquels on puisse, ordinairement, trouver des vocations sérieuses.C’est donc 1 prêtre par 1000 vieux chrétiens que fournit la population catholique de la Chine.C’est peu si l’on compare à certains pays catholiques, c’est beaucoup si l’on veut bien se rendre compte des difficultés très spéciales que rencontre en Chine le recrutement sacerdotal.Ces difficultés, un prêtre chinois, le P.Dominique Kiang, les a exposées en partie dans une entrevue qu’il eut, en 1907, avec les directeurs des Missions Catholiques de Lyon.Ceux-ci lui ayant posé cette question : « Père, s’il faut beaucoup de prêtres chinois, pourquoi n’y eu a t-il pas davantage?— Peut-être, eu effet, répondit le P.Kiang, pourrait-il y en avoir davantage.Mais c’est une œuvre difficile.Il faut d’abord trouver des enfants bien disposés dans des familles très chrétiennes ; il faut des ressources aux évêques pour entretenir les séminaires ; il faut de bons professeurs dévoués à leur tâche ; il faut de longues études, au cours desquelles les enfants souvent changent d’idées, se fatiguent, se découragent, cèdent à toutes sortes de tentations, dont les plus fortes viennent souvent de leurs propres parents.Ceux-ci tiennent, en effet, à tirer parti de leur enfant, et plus il est intelligent et savant, plus ce désir est grand.Pour sa famille le prêtre sur cer- 1 — Alexandre Brou, Le Péchédes Missionnaires.Etudes, 20 juin, 20 juillet 20 août 1907. LES MISSIONS EN CHINE AU XXe SIECLE 463 ne gagne rien ; tandis que dans le commerce, employé chez les Européens, le jeune homme ainsi formé peut trouver beaucoup d’argent.Enfin, pour être prêtre il faut si longtemps ! Et quand on l’est, on ne peut compter sur aucun avantage matériel, on n’a que des misères en perspective, et seule la foi peut nous soutenir.» Et le Père ajoutait avec une franchise méritoire : « Le Chinois ne peut voir à sa portée un avantage matériel sans immédiatement se jeter dessus h » Un remarquable missionnaire du Kouy-Tcheou, le P.J.-B.Aubry, écrivait dans le même sens en 1876 : Il existe une difficulté incroyable à recruter le sacerdoce parmi ces populations dont l'esprit, même après leur conversion reste imprégné de principes païens, et le cœur surtout sans générosité, sans nerf, sans élévation, incapable de s’émouvoir à la pensée du sacrifice, à plus forte raison de s’élever jusqu’à ce quelque chose de noble, de délicat, qu’on appelle une vocation.1 2 Un voyageur assure avoir entendu une foule de missionnaires lui dire « qu’il faut désespérer de trouver jamais un nombre suffisant de prêtres chinois célibataires ».3 Si, sous sa forme absolue, l’on peut trouver exagéré le jugement ainsi rapporté, il faut du moins convenir que la chasteté sacerdotale rencontre de terribles ennemis dans le milieu païen, le tempérament, le climat, les coutumes et les mœurs chinoises, et que pour triompher de ces ennemis il faut une élévation de sentiments et une force de caractère peu communes.Ce sont ces obstacles—et eux seuls—qui ont empêché la formation d’un clergé indigène plus nombreux.Accuser les vicaires apostoliques et les missionnaires de négligence, de mauvais vouloir et d’opposition sur une question aussi grave, c’est commettre un de ces « mensonges historiques» dont un catholique devrait laisser à d’autres le triste monopole.Du reste, pour le point dont il est question dans ces pages : la conversion de la classe influente et par elle de la masse, le clergé indigène—tout précieux et indispensable qu’il soit—ne fait guère plus et autrement que les missionnaires étrangers ; qu’on le sup- 1 — Missions catholiques, 8 mars 1907.2 — Les ( hinois chez eux, p.67.3 — Mandat tirancey, Le clergé français et le Concordat, p.314. 464 LA NOUVELLE - FRANCE pose aussi nombreux que ceux-ci et prenant leur place; qu’on suppose même, selon le rêve de M.Joly, un épiscopat indigène.Laissés seuls, livrés à leurs propres forces, que feraient-ils ?De bons juges affirment que le catholicisme en Chine ne gagnerait certes pas au change et il est facile d’en deviner les raisons.¦ Je termine cette trop longue correspondance.Je vous ai dit les obstacles d’ordre général que rencontre l’apostolat en Chine.Ces obstacles, les missionnaire s s’efforcent de les vaincre par tous les moyens mis à leur disposition.Dans cette lutte de la lumière contre les ténèbres, de la charité contre l’égoï-me, et dont l’enjeu est le salut éternel de quatre cent millions d’âmes, les catholiques du Canada peuvent nous aider puissamment.Qu’ils nous fassent l’aumône de leur argent et de leur sympathie, c’est bien, nous en avons besoin ; mais qu’ils veuillent bien surtout nous faire l’aumône de leurs prières.Qu’ils prient beaucoup, dirons-nous après un vénérable missionnaire >, qu’ils prient souvent, avec ferveur, pour la conversion delà Chine.Ce faisant, ils auront un grand mérite devant Dieu par le désir qu’ils lui témoigneront ainsi de lui donner le quart de la population du monde entier.Et ils avanceront pour cet immense empire les jours de la miséricorde et du salut.On peut prévoir d’ici à peu d’années de profonds changements et de grands bouleversements.Supplions la divine Providence de faire tourner à sa plus grande gloire et au vrai bien de la Chine, c’est-à-dire à sa conversion, les éléments qui se préparent ; supplions-la de donner à la Chine des apôtres zélés, des saints, et, comme la conversion d’un tel empire ne s’accomplira pas, sans qu’il y ait du sang et probablement beaucoup de sang répandu, des martyrs.1—R.P.A.Damerval, S.J., Chine, Ceylan, Madagascar, janvier 1906, p.43-49.F.Paillart, Abbeville.L.Davrout, S.J. LE DROIT (Suite) Il faut rattacher à cette philosophie insensée, mâtinée d'athéisme, toutes les laïcisations qui de proche en proche se sont étendues par voie législative à toute l’économie de la société et à ses intérêts les plus sacrés, tels que le mariage, l’école, les prétoires, l’armée.Mous donnerons ici, en exemple, la laïcisation du serment, parce que le serment est prêté le plus ordinairement pour appuyer le droit ; c’est le principe, quoique par abus ce principe puisse être tourné contre le droit.La laïcisation du serment, toujours proposée, acceptée par une portion de l’opinion, est à moitié entrée dans nos mœurs, en attendant de pénétrer dans les lois.La parole humaine avait paru insuffisante à l’homme lui-même, si prévenu pourtant en sa faveur, sous l’inspiration de son orgueil originel.Il n’osa pas l’offrir comme base des grands intérêts de la vie, et pardonna à ceux qui ressentaient une certaine défiance ; moins encore était-il disposé à se confier à la parole du voisin.Cependant, l’honnête homme se remontre sur cette terre : il est une conscience et comme une incarnation de l’honneur ; il dit ce qu’il pense, il fait ce qu’il dit ; il meurt comme Béguins pour tenir une promesse.Mais cet homme n’est-il pas une exception ?est-il à l’abri d’une défaillance ?L’histoire répond à ce questionnaire.Dès lors, l’humanité, convaincue de sa faiblesse, et assez grande pour se craindre elle-même, chercha en Dieu ce qui lui manquait ; elle mit sa parole sous la garantie de sa sainteté : le serment honore Dieu, il rassure l’humanité.On jure donc par un plus grand que soi.« Dieu, dit l’Apôtre dans sa théologie sublime, ne trouvant ¦personne au-dessus, jura par lui-même1,» afin de donner à sa parole, si c’était possible, une certitude plus inébranlable, en tout cas pour donner à sa pensée une expression plus solennelle, capable de frapper l’humanité qui la recueillerait.Ici, tout est transcendant : on s’incline et on adore.Mais quand ce fantoche, proscrit d’école ou de parlement, à l’air gourmé, avec une mise en scène ridicule, vient jurer par lui-même, en mettant la main sur sou gilet (les anciens la mettaient sons la caisse), sous lequel palpite sans doute la conscience et où veille l’honneur, il déclare qu’il n’y a rien au-dessus de lui-même : c’est monstrueux.Pour qui prend-il Dieu ?Et si, 1 — Epître aux Hébreux. 466 LA NOUVELLE - FRANCE selon lui, Dieu n’a rien à voir dans les affaires humaines, que ne jure-t-il par la famille, par la patrie, par le Parlement, par l’Institut, qui valent plus que lui, ou encore par son chapeau, qui est au-dessus de lui quand il couvre sa tête?Son témoignage vaut autant que sa chétive personnalité, faite de morceaux incohérents, qui a chanté vingt fois la palinodie, et qui n’a pas renoncé à cet utile métier.C’est sur sa foi que vous voulez faire reposer l’obligation des contrats, et appuyer les droits les plus sacrés ! * * Le droit, mesure du juste, existe en lui-même, si on le considère comme un attribut de la personnalité ; au sommet de l’Him-malaya, un homme peut dire : « Moi et mon bon droit.» Mais ce solitaire n’est, qu’une fiction ; tout homme a des voisins, comme dans une chaîne chaque anneau a un anneau qui le précède et un autre qui le suit : le premier et le dernier échappent seuls à cette loi.Il suit de là que le droit est toujours ad alterum ; dans le jargon du jour, on dirait « altruiste.» Le lendemain de son existence, l’homme avec son droit se trouve en face d’un autre droit, entre lesquels la justice établit un respect réciproque.Le droit sert donc à régler les rapports des hommes entre eux ; ceci assure sa fonction sociale.Quand deux hommes se rencontrent, ils sont déjà en société, au moins le temps que dure leur entretien, ou qu’ils peuvent se suivre du regard ; le droit est au milieu d’eux, pour présider à leurs relations, pour défendre leurs personnes et leurs biens, et les préserver des attentats auxquels ils pourraient se livrer l’un sur l’autre.Cette société rudimentaire peut servir de modèle à toutes les autres, qui ne seront que ses multiples, quels que soient les développements qu’elles obtiendront, et si grande que soit la gloire dont elles se couronneront : la famille, la tribu, la nation, les empires sont soumis à cette règle, simple mais féconde.Le droit est caractéristique de la personne humaine autant que la raison; comme l’être sans raison n’est pas un homme, un homme sans droit n’est pas un homme, c’est-à-dire une existence complète, autonome, qui se connaît, et en se respectant, exige le respect d’autrui.Il peut posséder certains droits dans certaines mesures, selon les évolutions historiques qu’il traverse ; de temps en temps, il est privé radicalement de ses droits adventices, ou par l’abus des puissants, ou par sa propre insuffisance à les exer- 467 LE DROIT cer ; mais à l’état le plus rudimentaire de la civilisation, il possède un droit originel, qu’aucune charte ne lui a conféré, et qu’il tient de Dieu seul ; ce droit inviolable, d’autant plus sacré qu’il appartient à un être plus faible, fait qu’il est homme et non pas un animal, non pas une machine, non pas une chose.Quand le monde est éclairé de la vraie lumière, quand la notion du droit ne s’est pas entièrement effacée des esprits, au dernier degré de l’échelle, ce pupille de l’opinion, ce protégé de la puissance publique est compté parmi les hommes et traité en conséquence.* *• Le Créateur a distribué ses dons avec une absolue indépendance, et selon une économie pleine de sagesse : la force physique, la richesse, le génie, la vertu même, sont inégalement répartis entre les hommes.Le droit est soumis à la même loi d’inégalité.Il le fallait, pour que la société, unité essentiellement hiérarchique, pût subsister cinq minutes.C’est l’habitude ici-bas de déclamer contre la puissance d’un petit nombre de privilégiés placés au-dessus des multitudes.Nous devrions réserver nos protestations pour les crimes de l’autorité, non pas pour l’autorité elle-même, toujours sainte dans son origine et dans sa mission.Mais voyez quel soin a pris le Créateur de donner une parcelle de droit aux plus petits de ses enfants.Le pauvre n’a que sa chaumière, et le champ paternel qu’il arrose de sa sueur héroïque.Mais le droit veille à la porte de cette chaumière, dont nul ne peut franchir le seuil sans rencontrer la résistance indignée du prolétaire qui l’habite.Le droit a placé une borne à la limite du modeste héritage qui porte son nom ; cette borne dit au passant : « Ne touche pas à ce domaine, que trois pas mesurent, et que le ciel et la terre gardent.» En tout cas, il reste aux pauvres le carrefour de la cité, le rocher creux du désert, l’arbre hospitalier planté le long du chemin, et qu’aucune puissance au monde ne saurait lui disputer.« Tire-toi demon soleil, » disait fièrement Diogène à Alexandre.Le soleil est à Dieu ; il est à l’oiseau qui chante sur la branche ; il est au pauvre qui grelotte dans sa guenille, et qui se réchauffe à ce foyer allumé par l’amour, pour le consoler des jouissances réservées à de plus heureux que lui.Mais il ne sera pas dit qu’il n’y a pas en ce monde un peu de poussière où il puisse appuyer sou pied ensanglanté, et s’y tenir debout, drapé dans sa royale misère. 468 LA NOUVELLE - FRANCE Le droit de propriété n’est pas le seul que le pauvre ait reçu de Dieu ; il possède une investiture plus glorieuse, Vhabeas corpus, c’est-à-dire l’inviolabilité personnelle.Il s’appartient : il est garanti contre les caprices de la force ; et quand il passe, courbé sous le poids du jour et de la douleur, il peut se dresser, et regardant les maîtres du monde, s’écrier : « Qui de vous arrachera une frange de mon manteau déchiré, si je ne vous en donne pas le droit en violant le droit d’autrui ?» Ce qui lui appartient surtout c’est son âme : cette âme c’est lui-même.Là réside sa dignité, là palpitent ses convictions, souvent incomprises, quelquefois persécutées en des siècles néfastes, qui ne sont pas rares dans l’histoire ; là brûle la flamme sainte, allumée au foyer divin, qui éclaire les sentiers de son pèlerinage, qui luit comme un phare au sein des tempêtes qu’il traverse, et lui montre le rivage lointain où ses espérances invincibles trouveront leur aboutissement.Quand ce croyant n’est pas un sectaire, quand il ne professe pas des dogmes funestes, quand il ne pratique pas une morale inavouable, qu’il répand sur ses pas le parfum de ses vertus et les bienfaits de sa charité, s’il ne menace aucun intérêt, s’il affermit la chose publique par le rayonnement et l’influence de ses œuvres, qui a le droit de violenter cette âme, de se mettre entre elle et Dieu, de lui disputer l’autel où elle s’abrite comme une colombe gémissante, de lui faire un crime de la prière, qui est sa respiration, et qui lui douue des ailes pour s’élever vers l’idéal réel et vivant, qui est Dieu ?C’est ici que la liberté de conscience devient le plus sacré des droits, qui a coutume de provoquer les susceptibilités les plus légitimes, et les résistances justement admirées par l’opinion dus siècles.L’homme est encore citoyen, c’est-à-dire le tils de la cité, cette unité d’importance variable, qui n’est souvent qu’un simple muuicipe, une république d’Andorre ou l’empire de Charles-Quiut sur lequel le soleil ne se couchait pa-q dans tous les cas, distinguée pour avoir son gonfalon et sa charte, et vivre de sa vie propre.L’homme est plus ou moins citoyen, selon qu’il participe plus ou moins à la chose publique.Cependant pour être citoyen, il n’est pas nécessaire qu’il soit souverain.C’est un des travers de notre temps d’avoir identifié ces deux idées, qui s’excluent mutuellement, quand on les comprend bien, et qu’on n’est parvenu à accoupler qu’à l’aide de sophismes, d’autant plus populaires qu’ils sont plus contraires à la doctrine et à l’intérêt des nations.Mais il est indispensable que l’homme ne soit pas assez 469 LE DROIT sans droits dans la cité, et qu’il n’y soit pas traité en étranger ou en bête de somme.Citoyen, l’homme a droit à la protection des lois, à la sécurité pour sa personne, pour son honneur, pour ses biens ; il a droit à la sollicitude et au respect de la souveraineté, qui n’existe pas pour elle-même, mais pour la communauté ; il a droit à son droit d’associé ; il est une molécule vivante de l’organisme vivant dont il fait partie ; à ce titre, il doit exercer une influence, remplir une fonction, et si obscure que soit cette fonction, elle est réelle.Il a droit de suffrage dans les consultations nationales.Les démocraties font tout dépendre du nombre ; elles prennent la justice pour rien ; elles sont insensées, eu flattant les masses, en leur sacrifiant les classes éclairées, qui partout et toujours forment une aristocratie nécessaire à la santé des nations, autant que le cerveau et autres parties nobles le sont à la santé du corps ; elles abaissent de gaieté de cœur, par intérêt ou par passion, l’âme sociale et les destinées de la patrie.Sur ce point, les leçons de l’histoire ne manquent pas.Les gouvernements tempérés, qui font entrer dans leur synthèse toutes les classes de la société, et qui se composent de monarchie, d’aristocratie et de démocratie, ces gouvernements, plus sages, plus durables, et au foud plus équitables que les autres, n’exagèrent pas les prérogatives des citoyens, en leur accordant les droits qu’ils tirent de la nature, dans une juste mesure.Car la patrie appartient à tous et à chacun : c’est la chose commune, où les forts et les humbles ont versé leur part contributive, les uns avec du génie, les autres avec leur travail, tous avec leurs douleurs ; elle est faite de grandeurs et de misères ; le passé, le présent et l’avenir s’y rencontrent en s’embrassant.Il est juste que les avantages comme les charges se distribuent entre les enfants d’une même mère, et cela malgré les inégalités qui régnent parmi les conditions sociales.Quand la souveraineté viole la justice distributive, qu’elle favorise les monopoles formés avec les dépouilles des faibles au profit d’une caste, la loi de nature est déchirée ; le citoyen lésé peut réclamer son droit, et élever jusqu’au ciel sa protestation indignée.Le droit ne se laisse pas étrangler sans pousser une plainte.(à suivre) P.At, prêtre du Sacré-Cœur. UN VOYAGE À LA GUADELOUPE ETUDE SUR LES ANTILLES ( Premier article ) Monsieur le Directeur, Appelé à prêcher le Carême à la Guadeloupe pour la seconde fois, à dix ans de distance, il m’a semblé que je pourrais être agréable et même utile à vos lecteurs en leur donnant, dans votre revue, quelques renseignements sur l’histoire politique, religieuse, économique et sociale de cette île, et, en général, du groupe des Petites Antilles.Mes nombreuses occupations et le peu de temps que j’ai passé à la Guadeloupe ne m’ont point permis d’étudier à fond mon sujet et de contrôler sérieusement les documents qui m’ont été fournie.J’en avertis candidement le public afin qu’il ne m’impute point les erreurs qui auront pu se glisser dans ces pages.J’ajoute qu’on y chercherait vainement la description pittoresque des pays que j’ai visités ; au reste, les livres si intéressants des abbés Eluard et Provencher donnent, sur ce sujet, aux lecteurs curieux, une ample satisfaction.Le meilleur moyen de se rendre aux Indes occidentales, est de prendre, à New-York, un des bateaux de la Quebec Line qui partent assez régulièrement tous les dix jours.Cette ligne est fréquentée, l’hiver, par nombre d’Américains, en quête de sensations, ou condamnés au repos par les médecins.Le voyage est délicieux et dure un mois environ.Ou s’arrête un peu partout dans les îles, on a le temps de descendre à terre, et de faire, en voiture, une promenade de quelques heures ; puis Ton remonte à bord, bruni par le soleil, mais content ; et le bon navire qui caresse la fraîche brise reprend sa course.I.—LES ILES NON FRANÇAISES Je partis de New-York le cinq février, à bord de la Guiana, bateau tout neuf et parfaitement aménagé pour les pays chauds.Les passagers, parmi lesquels se trouvaient deux prêtres et plusieurs laïques catholiques, étaient aimables.Après deux journées froides, la température s’adoucit sensiblement.Enfin, le dix, au matin, nous entrâmes dans le port de Saint-Thomas.Rien n’est beau à mon avis, dans toutes les Antilles, comme le UN VOYAGE X LA GUADELOUPE 471 coup d’œil que présentent à l’entrée de la rade, la ville et l’île de Saint-Thomas.Qu’on s’imagine un piton volcanique entièrement couvert de verdure : c’est l’île ; et, à la base de ce piton, un cratère rond, entr’ouvert, noyé dans l’eau bleue de la mer : c’est le port.Au pied du pic, répandue sur trois pointes, s’étale la ville de Charlotte-Amélie, toute peinte en jaune, en rouge, en bleu.Les maisons jolies s’efforcent à grimper aux bancs abrupts de la montagne ; et l’on se demande comment l’on y accède, sans chemins ni escaliers apparents.Plus loin, des forts, des casernes forment comme un cadre austère à ce ravissant tableau.Nous sommes descendus à terre et nous avons fait un tour dans la campagne.Cet îlot est presque inculte ; il n’a de vie et d’importance que par le commerce.Toute la population, une douzaine de mille âmes, est concentrée dans la ville.Cette petite cité est propre, bien bâtie, sa rue principale bordée de vastes magasins, autrefois remplis de marchandises, mais aujourd’hui presque vides.Nous avons rendu visite aux Pères Rédemptoristes qui sont chargés de la paroisse catholique ; nous avons reçu d’eux l’accueil le plus cordial, et nous avons visité leur résidence et leur église, parfaitement propres et convenables.On compte six mille catholiques à Saint-Thomas, parmi lesquels une colonie de pêcheurs normands, émigrés de Saint-Martin ou de Saint-Barthélémy, qui vivent assez misérablement, ruinés qu’ils sont par la boisson.Les Rédemptoristes missionnaires aux Antilles appartiennent à la Province de Belgique et dépendent du diocèse de Roseau, Dominique, qui leur a été récemment confié par le Saint-Siège.Les prêtres séculiers, leurs prédécesseurs, parvenaient difficilement à se recruter.Ces bons Pères ont pour principe de ' vivre au moins deux ensemble, sans compter les Frères coadjuteurs.Ils prétendent que le climat est moins mauvais qu’on ne dit et que la plupart des maladies proviennent d’imprudences.Ils n’ont qu’à se féliciter du dévouement de leurs paroissiens, noirs en grande majorité ; et, si ce n’était de leur abominable pratique de concubinage prolongé, entre futurs époux, ils n’auraient guère de reproche à leur faire.Ces pauvres gens allèguent pour excuse, au moins à la Guadeloupe, que les frais occasionnés par les noces sont excessifs.N’est-ce pas plus tôt un legs déplorable de l’ancien esclavage ? 472 LA NOUVELLE-FRANCE Les missionnaires n’ont également qu’à se louer de l’attitude pleine de déférence des gouvernements anglais et danois à leur égard.Quant à leurs revenus, ils sont encore insuffisants, car les noirs sont pauvres ; et les subsides de Belgique sont nécessaires.Néanmoins, ils ont reçu dans certaines îles des donations qui pourvoient à la desserte locale, et ils ont pleine confiance dans l’avenir.La grande menace pour ces missions est la disparition presque totale de la race blanche, que les maladies déciment et que la crise économique décourage.L’île de Saint-Thomas appartient au Danemark, ainsi que Sainte-Croix, sa voisine, et fait partie d’un petit groupe d’îlots dits des Vierges.Elle jouit naguère d’une grande prospérité, à raison de sa position stratégique à l’entrée du golfe du Mexique.Tous les navires passant dans ces parages y faisaient escale, et déposaient dans ses entrepôts des marchandises qu’on distribuait ensuite dans les îles.Les transformations opérées dans la navigation par la vapeur ont été préjudiciables à ce port qu’on ne fréquente guère que pour se ravitailler en charbon.La Barbade est devenue le centre commercial et stratégique des flottes anglaises.Les Américains, cependant, et les Allemands visitent encore assez régulièrement Saint-Thomas.Ces deux puissances ont, en effet, sur l’île des vues politiques.Le bruit se répandit même, il y a quelques années, que les Etats-Unis allaient acquérir Saint-Thomas.Des raisons d’ordre sentimental, ou, plutôt, l’opposition secrète de l’empereur Guillaume, ont empêché la ratification du traité presque conclu.Dans la soirée dull février nous quittâmes Saint-Thomas et prîmes la direction de Sainte-Croix.Quel beau voyage ! Les îlots surgissaient de la mer autour de nous, comme par enchantement.Après quatre heures de navigation, notre navire stoppa au large de Saiute-Croix, en face de la petite bourgade du West End, et je me fis conduire chez les Pères B-édemptoristes, où je passai la nuit.Ces religieux ont deux paroisses, l’une au West End, l’autre dans la petite ville du Bassin : en tout six mille catholiques, sur une population de vingt mille habitants, la plupart de couleur.Le lendemain, après la sainte messe, j’ai visité une partie de l’île, et j’ai eu le plaisir de voir, à côté des champs de cannes à sucre, de vastes plantations de coton sur lesquelles ou fonde de grandes espérances.Saiute-Croix passe à juste titre pour la plus salubre des Antilles. UN VOYAGE X LA GUADELOUPE 473 Cette île a une histoire qui ne manque point d’intérêt pour nous Français.Occupée d’abord par les Hollandais, 1643, qui venaient de s’établir à Saint-Enetache et à Saint-Martin, elle fut prise, trois ans plus tard, par les Anglais.Les Anglais en furent chassés à leur tour, 1650, par les Espagnols de Porto-Rico.Ceux-ci n’eurent point meilleure fortune ; car, quelques années plus tard, Monsieur de Poincy, gouverneur général des îles françaises, fit partir de Saint-Christophe, sous les ordres de M.de Vau galon, une expédition qui descendit heureusement à Sainte-Croix et s’empara de toute l’île.La nouvelle colonie, plus heureuse que bien d’autres, prospéra, à tel point que, en 1659, deux missionnaires dominicains, les Pères du B >is et Leclerc y furent appelés et s’y installèrent à demeure en qualité de curés.Malheureusement, Sainte-Croix se trouvait en dehors de la route régulière des vaisseaux du Roy et de la Compagnie des Indes qui visitaient annuellement les Antilles ; ce que voyant, les colons prirent l’habitude de trafiquer en contrebande avec les Danois de Saint-Thomas, à leur grand profit, mais an grand détriment de la Compagnie qui détenait le monopole du commerce.La Compagnie harcela donc longtemps le gouvernement de ses lamentations et de ses plaintes contre les habitants de Sainte-Croix.Bref, un beau jour, 1096, sur des ordres venus de Versailles, du Casse, gouverneur de Saint-Domingue, se présenta avec sa flotte devant Sainte Croix, embarqua de force tous les colons, et les transporta dans sa grande île, avec leurs missionnaires.Les habitations furent incendiées, et les animaux, abandonnés dans les campagnes, ne tardèrent pas à pulluler à l’état sauvage.Ce fut alors que les Danois de Saint-Thomas s’emparèrent du territoire abandonné, qu’ils n’ont plus quitté jusqu’à nos jours.Telles étaient, au dix-septième siècle, les désastreuses conséquences du monopole commercial des Compagnies dont notre Canada lui-même a eu tant à se plaindre.Houe quittâmes Sainte-Croix dans la soirée du 12 février, et nous arrivâmes le lendemain matin, à sept heures, en rade de Basse Terre, capitale de l’île Saint-Christophe.Cette rade est ouverte et exposée au mauvais temps.De fait, on ne trouve dans les Petites Antilles, pourtant si nombreuses, que trois ou quatre ports bien abrités. 474 LA NOUVELLE - FRANCE Je connaissais Saint-Christophe, pour y avoir passé quelques un excellent prêtre irlan- jours, dans mon premier voyage, chez dais.Ce prêtre a été remplacé par les Rédemptoristes.Il n’y a dans l’île qu’une paroisse, mais les Pères disent régulièrement la messe au gros village de Sand Point.L’île de Saint-Christophe, St.Kitts, comme disent les Anglais à qui elle appartient, ne compte, avec sa sœur jumelle, Nieves ou Nevis, que quarante mille habitants.De ces quarante mille habitants trois mille à peine sont catholiques, mais parmi ces derniers se trouve un certain nombre de riches Portugais dont je raconterai tout à l’heure l’histoire.Le commerce annuel de Saint-Christophe s’élève à un million de dollars, beau chiflre pour l’époque, en réalité preuve éloquente de la décadence irrémédiable de toutes ces îles dont Saint- Christophe fut jadis la reine et la maîtresse.Ce n’est pas, certes, que l’on puisse aucunement comparer l’administration des Antilles danoises, hollandaises ou anglaises à l’administration déplorable de nos colonies françaises ; non.L’ordre règne partout, en dehors de chez nous ; les nègres, tout libres qu’ils soient, ne sont ni électeurs, ni vagabonds, ni révoltés ; ils respectent la police et les autorités.Mais, c’est un fait que le sucre ne se vend plus nulle part à des prix rémunérateurs, et que les blancs désertent des pays dont les désavantages climatériques ne sont plus compensés par des avantages financiers.Pourquoi risquer sa vie sans espoir de fortune ?L’histoire de Saint-Christophe mérite d’être racontée.Lorsque Christophe Colomb et ses compagnons découvrirent les Petites Antilles ils se contentèrent de leur donner des noms et poussèrent plus avant leurs courses.Saint-Domingue, Cuba, la Terre Ferme avaient, en effet, un autre intérêt pour eux que ces îlots microscopiques perdus dans l’océan ; d’autant plus que les dits îlots étaient peuplés d’une nation belliqueuse, les Caraïbes, qui défendit son indépendance jusqu’à la mort.Ce ne fut donc qu’au dix-septième siècle que les peuples tard venus au festin du Nouveau Monde en recueillirent les miettes et songèrent à coloniser les Antilles.Un aventurier normand, moitié héros, moitié corsaire, partit un jour du port de Dieppe, 1625, sur un brigautin de quatre canons, à la conquête des trésors que les galions espagnols rapportaient chaque année d’Amérique en Espagne.Il s’appelait UN VOYAGE X LA GUADELOUPE 475 d’Esnambue, et soixante hardie compagnons s’attachèrent à sa fortune.Malheureusement, ou plutôt heureusement, le premier galion qu’ils rencontrèrent était si gros qu’ils ne réussirent point à le capturer, et que, après un rude combat, ils ee virent obligés de relâcher à Saint-Christophe pour réparer leurs avaries.Le pays leur parut merveilleux ; ils résolurent d’y rester.La première colonie française était fondée.Au même moment, par un hasard extraordinaire, un Anglais, le capitaine Overnard, débarquait à l’autre extrémité de l’île et s’y établissait.Les deux troupes, au lieu de se battre, prirent le parti de se partager équitablement le nouveau territoire.Ce parti, si sage en apparence, était gros de complications futures et devait faire verser des flots de sang.Quoi qu’il en soit, Saint-Christophe devint pour les deux nations le centre de leur pouvoir dans les Indes et la résidence des gouverneurs généraux.Nous n’avons point à raconter ici les désastres habituels de toutes les fondations nouvelles, les guerres acharnées que se firent les colons des deux peuples, la prospérité merveilleuse à laquelle l’île parvint, et sa cession finale à l’Angleterre, 1713.Il vaut mieux insister sur leur origine.La France, à cette époque, était gouvernée par un grand homme, ou, plutôt, par deux grands hommes, Richelieu et le Père du Tremblay, la fameuse « Eminence grise.» Le Capucin, à qui la politique ne fit jamais oublier la religion, venait précisément de recevoir de Rome pleins pouvoirs pour fonder des missions de son Ordre eu Orient, et même en Amérique, depuis le Canada jusqu’au Brésil.Aussi, lorsque d’Esnambue, de retour en France, fit rapport à Richelieu de ce qu’il avait vu et de ce qu’il avait fait, le puissant ministre le reçut-il avec bienveillance et entra-t-il dans ses idées de fonder un empire français d’Amérique.Une compagnie fut promptement organisée, sous le nom de Compagnie des Indes occidentales, à laquelle le Roi octroya droits et privilèges sur toutes les terres vacantes dans ces parages, depuis le dixième jusqu’au dix-huitième degré de latitude septentrionale.Un des premiers actes de la Compagnie fut de réclamer des missionnaires capucins et dominicains pour ses nouveaux domaines ; les derniers étaient destinés à la Guadeloupe, comme nous verrons plus tard. 476 LA NOUVELLE - FRANCE Les premiers Capucins qui partirent pour les Antilles n’eurent qu’une obédience provisoire, car les arrangements entre la Compagnie, l’Ordre et la cour de Home ne furent définitivement réglés que le 4 juin 1636.Ces premiers missionnaires, qui vinrent de Paris, s’embarquèrent en 1633 ; ils s’appelaient le P.Pacifique de Provins, supérieur, et les Pères Marc et Jérôme.Le Père Marc ne résista pas longtemps au climat ; il mourut en 1636, à Saint-Christophe, laissant derrière lui une réputation de sainteté.Cette mission fut alors confiée aux Capucins de la Province de Normandie, compatriotes de la plupart des émigrants, plus capables, par conséquent, de s’adapter à leurs mœurs.La première expédition, juin 1636, se composa des religieux suivants : R.P.Raphaël de Dieppe, supérieur, Joseph de Caen, Archange de Changoubert, Baptiste des Andcdys, Pacifique d’Eu, plus, le Frère Paulin de Rouen.D’Esnambue accueillit affectueusement les religieux, et leur fit deux établissements : l’un à la Basse Terre, l’autre à la Capes-terre.Ils eurent, en plus, deux chapelles à desservir : à l’anee Louvet et à la pointe du Sable, le Sand Point d’aujourd’hui.Ces bons religieux, dit l’historien du Tertre, lurent les premiers à prêcher l’Evangile à Saint-Christophe, car les aumôniers des troupes qui les précédèrent se contentaient de dire la messe et de visiter les malades ; et ils édifièrent tout le monde jusqu'à leur expulsion.Cette expulsion, je la raconterai tout à l’heure.D’Esnambue mourut en 1637, après avoir vu le glorieux épanouissement de son œuvre.C’est, eu effet, sous son administration que les Français, jaloux de voir les Anglais s’annexer successivement Nieves, Antigua et Montserrat, s’emparèrent de la Guadeloupe et de la Martinique, les plus belles et les plus importantes îles de tout le groupe des Petites Antilles.Le successeur de d’Esnambue au gouvernement général fut M.le marquis de Poincy, dont les procédés administratifs sont demeurés légendaires.Un jour, en effet, nous ignorons pour quel motif, il cessa de plaire à la Compagnie et il fut démis de ses fonctions.Mais Poincy n’était point d’humeur accommodante, et il savait qu’entre Versailles et lui s’étendait un vaste Océan.Aussi, lorsque le nouveau titulaire, M.de Thoisy, débarqua à Saint-Christophe, refusa-t-il tout net de le reconnaître et de lui remettre le gouvernement. UN VOYAGE X LA GUADELOUPE 477 Cette révolte fut le signal d’une guerre civile qui ensanglanta la colonie et qui, après des péripéties, se termina par la défaite et par la mort de M.de Thoisy.Poincy resté vainqueur se vengea de ses adversaires.Les Capucine, qui avaient pris parti pour le gouverneur légitime, turent d’abord jetés en prison, puis exilés.Ils quittèrent Saint-Christophe, emportant avec eux le Très Saint Sacrement et chantant le psaume In exitu Israel de Egypto, et se réfugièrent à la Guadeloupe, 1648.Le P.Raphaël ne les y suivit point ; il préféra passer en Acadie, où il mourut plein de mérites.Quand les Capucins rentrèrent-ils à Saint-Christophe ?Nous l’ignorons.Probablement après la mort de Poincy.Ce qui est certain c’est que, en 1702, lors de la conquête, les Jésuites desservaient la Basse Terre et les chapelles de Cayenne et de la Pointe Saline, tandis que la Capesterre avec les chapelles de l’anse Louvet et de la Pointe de Sable étaient à la charge des Capucins.L’hôpital était placé sous la direction des Frères de la Charité.Tous disparurent en 1702, la liberté de conscience n’étant point pratiquée à cette époque.La révolte de Poincy consomma la ruine de la Compagnie des Iodes qui prit le parti de liquider, 1648, et de vendre ses domaines.Ils furent achetés comme suit, en trois lots : 1° Saint-Christophe, la Tortue, Sainte Croix, Saint-Martin, Saint-Barthélemy, par M.de Poincy, pour le compte des chevaliers de Malte.Prix, 120,000 livres tournois, 24 mai 1651.2° Guadeloupe et dépendances, par MM.Houel et Boisseret.3° Martinique, Sainte-Lucie, la Grenade, par du Parquet.L’Ordre de Malte, voulant reconnaître les services de Poincy, l’éleva au grade de bailli.Eu même temps, pour surveiller cet homme dont le passé était inquiétant, elle lui envoya, en qualité de lieutenant avec future succession, un sien parent dont le nom est célèbre dans l’histoire du Canada, le chevalier de Montmagny, ancien gouverneur de la Nouvelle-France.Mais Montmagny précéda de Poincy dans la tombe.Il fut enterré dans l’église de Basse Terre.Je suis tout heureux de pouvoir renseigner les lecteurs canadiens sur la fin du chevalier de Montmagny h L’administration des nouveaux seigneurs fut prospère mais dura peu.Le gouvernement se ravisa.Une nouvelle Compagnie 1 — V.Ferland.Hist, T.1, p.363.30 478 LA NOUVELLE - FRANCE des Indes fut formée qui racheta, en 1664, tous les titres aliénés par la première.La Compagnie s’empressa de nommer, 1665, pour son lieutenant général en Amérique, le marquis de Tracy.Tracy visita les îles, installa partout des gouverneurs locaux, puis fit voile pour le Canada où il fut reçu comme un sauveur.On sait comment il réprima les incursions des Iroquois et rétablit les affaires si troublées de la colonie.Dix ans plus tard, nouveaux changements.La Compagnie, tombée en déconfiture, fut supprimée par le Roi qui racheta ses droits, au prix de trois millions cinq cent mille livres tournois, et réunit les colonies au Domaine, 1674.Les îles comptaient alors quarante-cinq mille habitants.Cependant une révolution économique était déjà commencée qui devait ruiner Saint-Christophe et changer aux Antilles la face des choses.Jusqu’ici, ou n’y cultivait que le tabac et le coton.Des engagés, transportés d’Europe sur les vaisseaux du Roi ou de la Compagnie, moyennant un contrat de travail forcé de trois ans, recevaient, à l’expiration de leur terme, des terres sur lesquelles ils s’établissaient.Mais le travail des champs est fatal aux Européens, sous les tropiques, et bien peu résistaient à la fatigue.La question de la main d’œuvre devint donc pour la colonie une affaire de vie ou de mort.Les Caraïbes ne voulurent pas se soumettre à un travail régulier, et disparurent, d’ailleurs, rapidement.Ce fut alors qu’on tourna les yeux vers l’Afrique et que la traite, des noirs s’inaugura.A la même époque, la canne à sucre fit son apparition dans les îles, et son exploitation donna tant de profits qu’elle fit abandonner toutes les autres.La petite culture disparut donc, faute de capitaux pour se transformer ; et de grandes sucreries s’établirent à même les anciens domaines, qui se trouvèrent promptement réunis entre les mains de quelques riches planteurs.Les “ petits blancs,” c’est ainsi qu’on appelait les petits propriétaires, passèrent à Saint-Domingue ou moururent.Le fait est que les milices coloniales qui comptèrent un moment, dans l’île de Saint-Christophe, quatre mille soldats, n’en avaient plus, en 1690, que trois cent cinquante.Le travail noir avait remplacé le travail blanc, pour le plus grand bien économique du pays, sans doute, mais pour la ruine de notre domination. UN VOYAGE X LA GUADELOUPE 479 Aussi, lorsque, en 1702, le général anglais Codrington, à la tête de 2500 miliciens, envahit nos frontières, le gouverneur français, comte de Grenues, qui n’avait que quatre cents soldats, fut bien obligé, malgré une brillante défense, de capituler finalement.L’île était perdue, et le traité d’Utrecht, 1713, si funeste aux colonies, ne fit que légaliser le fait accompli.Depuis ce temps File de St-Kitts n’a point cessé d’appartenir à l’Angleterre.Partis de Saint-Christophe assez tard dans la soirée du 13 février, nous nous trouvâmes devant Antigua de bonne heure le lendemain matin.Nous mouillâmes à trois milles du bord, et comme l’île ne contient rien d’intéressant, je ne descendis point à terre.J’eus cependant le plaisir de faire connaissance avec le Père Provincial des Eédemptoristes qui s’embarqua avec nous, en visite pastorale à travers les îles.Ce bon Père était en travaux d’église.Ses paroissiens portugais, généreux pour une fois, s’étaient mis en tête de renouveler complètement le vieil édifice et d’en faire un temple digue de notre religion.L’histoire de ces Portugais est curieux.Ils viennent des Açores, groupe d’îlots perdus au milieu de l’Atlantique.Ces îles, malgré leur fertilité et l’industrie de leurs habitants, sont tellement peuplées, 256,000 âmes, qu’elles ne peuvent plus fournir à leur subsistance.Dans ces conditions, l’émigration devint une nécessité, et ces pauvres gens se portèrent successivement dans les îles Hawaï, Océan Pacifique, dons les Etats de Massachusetts et de Rhode Island, E.-U., et aux îles Antigua et Saint-Christophe.Débarqués là dans une condition à peine supérieure à celle des nègres, mais ayant l’avantage d’être acclimatés à la grande chaleur, ils sont parvenus, à force de travail, d’industrie et d’économie, à accaparer le commerce de l’épicerie et des débits de rhum.Dès lors ils s’enrichirent rapidement, firent l’escompte des billets de commerce, et si bien qu’actuellement ils possèdent presque tout le capital de ces deux îles, au grand dépit des Anglais.Inutile d’ajouter que leur économie proverbiale s’étend aux choses de la religion et contraste fort avec la générosité également proverbiale des catholiques américains.La paroisse d’Antigua compte environ trois mille fidèles, sur un total de trente-quatre mille habitants.Non loin de là se trouve Montserrat, petite île que j’ai visitée, 480 LA NOUVELLE - FRANCE il y a dix ans.Douze mille âmes, mille catholiques.J’y trouvai alors un prêtre canadien, qui pleura de joie en me voyant et qui se hâta de me présenter à ses uniques paroissiennes de couleur blanche, deux vieilles dames irlandaises.Depuis lors curé et dames sont décédés.Puisque j’ai commencé, sans y penser, à faire l’histoire du diocèse de Roseau, autant vaut la compléter de suite.If île de la Dominique, dont Roseau est le chef-lieu, avait été ahondonnée, au-dix-septième siècle, en libre jouissance aux Caraïbes h Les malheureux commirent l’imprudence d’offrir l’hospitalité aux nègres marrons qui s’enfuyaient des îles voisines.Mal leur en prit, car aujourd’hui il ne reste de cette race intéressante que quelques familles fortement métissées.Les Dominicains, presque tous catholiques, parlent le patois français des nègres créoles, et, aussi, un peu d’anglais.L’île est desservie par les Rédempto-ristes et les Pères de Chavagne.On y compte trente mille habitants dont vingt-huit mille sont catholiques.Voici, d’ailleurs, le tableau statistique de ce diocèse : Iles Anglaises Population totale .30,000 .40,000 ,.12,000 .34,000 Iles danoises .12,000 .20,000 Catholiques 28,000 3.000 1.000 3,000 Paroisses La Dominique.Saint Christophe et Nieves.Montserrat .Antigua.13 1 1 1 Saint-Thomas Sainte-Croix .6,000 6,000 1 2 Totaux 148,000 47,000 19 Avant de poursuivre mou étude et d’arriver à la Guadeloupe, je prends la liberté de donner aux lecteurs quelques renseignements sur les autres Antilles.Ces renseignements sont très incomplets ; tels quels, je les risque.L’archidiocèse de Trinidad, aux Dominicains, comprend plusieurs îles qui appartinrent jadis à la France.1—Les Caraïbes avaient coutume de s’enduire le corps, chaque matin, d’une teinture rouge, d’où le nom de Peaux Rouges donné aux Indiens d'Amérique. 481 UN VOYAGE X LA GUADELOUPE Lee premiers blancs qui s’établirent à Sainte-Lucie étaient anglais (1639).Ils furent exterminés, l’année suivante, par les Caraïbes.Un peu plus tard, du Parquet, gouverneur de la Martinique, la colonisa.Les premiers missionnaires furent, croyons-nous, des Capucins l.La Grenade fut également colonisée par du Parquet, 1650.Elle prospéra et eut rapidement trois paroisses : les Sauteurs, le Marquis, la Basse Terre.Ses premiers missionnaires furent des Dominicains ; mais, en 1664, les Capucins leur succédèrent.L’établissement de Tabago, commencé par nous à la même époque, fut promptement abandonné.Les Caraïbes de Saint-Vincent commirent la même faute que ceux de la Dominique.Ils offrirent l’hospitalité aux esclaves fugitifs des autres îles ; mais ces hôtes perfides étant devenus nombreux les exterminèrent.Les missionnaires de Saint-Vincent furent des Capucins ou des Carmes.Les renseignements précis me font défaut.Quant à la Barbade, elle a toujours été anglaise.Ces îles diverses tombèrent, pendant les grandes guerres de la Révolution, entre les mains de la Grande-Bretagne qui les a gardées depuis.Le patois créole y est encore parlé, même à Trinidad.C’a été le triste sort de la France de fonder beaucoup de colonies et d’en garder peu, la maîtrise des mers lui ayant fait défaut.Dans l’espèce, elle n’a pas trop à s’en plaindre, la possession de ces pays ruinés étant devenue aujourd’hui une charge sans compensation.Quoi qu’il en soit, voici le tableau statistique de l’archidiocèse de Port of Spain, Trinidad : Population totale.Paroisses.260,000 .21,000 .70,000 .45,000 .50,000 .446,000 âmes 41 Trinidad.Tabago.Grenade.Saint-Vincent.Sainte-Lucie.23 2 6 1 9 Totaux.1 —Je dis, i croyons-nous *, parce que j’ai perdu ma note. 482 LA NOUVELLE - FRANCE Comme on le voit, nous ne savons pas le nombre des catholiques de ce diocèse.Mais par le nombre des paroisses on peut juger qu’ils forment la majorité dans la plupart des îles.Sainte-Lucie est desservie par des Pères de Chavagne.Il y a, à Trinidad, des Pères du Saint-Esprit et quelques prêtres séculiers ; mais les Dominicains sont en majorité et l’archevêque appartient à leur ordre.L’île de Trinidad ne fait point partie du groupe des Antilles.On dit qu’elle est très riche et prospère.La Barbade, qui dépend de la Guyane anglaise, est toute protestante, puisqu’elle ne possède qu’un seul missionnaire, un Père Jésuite, pour une population de 192,000 habitants.Reste le vicariat apostolique hollandais de Curaçao, confié également aux Dominicains.Il comprend les deux îles de Curaçao et de Bueu Aire sur la côte de Venezuela, et les îlots de Saint-Eustache, Saba et Saint-Martin (moitié de l’île), aux Antilles.En tout, 50,000 habitants, dont 41 mille sont catholiques.Les Grandes Antilles sont exclusivement catholiques, sauf la Jamaïque.Voici leur population en chiffres ronds : Cuba.Saint-Domingue, Haïti Porto Rico.Jamaïque.Ces derniers sont tous protestants, sauf quatorze mille catholiques, desservis par les Jésuites.Total : sept millions d’habitants, environ, pour toutes les îles ; dont cinq millions et demi sont catholiques.2 millions 1800 mille 1 million 742 mille Fr.Alexis, O.M.C. Pages Romaines La fête jubilaire de Pie X—Le congrès de la jeunesse catholique ITALIENNE.Si ces lignes étaient lues par ceux qui jugent les événements du monde selon le seul éclat extérieur qui les accompagne, ils taxeraient de fanatique celui qui les écrit, en constatant qu’il affirme que le plus grand fait des événements Urbis et Orbis pendant le mois de septembre a été la messe que, sans aucun éclat, Pie X célébrait le 18 septembre à l’autel de la chaire de Saint-Pierre, pour fêter le cinquantième anniversaire de son sacerdoce.Le 18 septembre 1858, à l’heure où l’évêque communiquait son sacerdoce au jeune Joseph Sarto agenouillé devant lui, il ne se doutait point qu’il renouvelait la scène évangélique de la vocation de Simon-Pierre ; en lui donnant le pouvoir de remettre les fautes des pécheurs, pouvait-il supposer que l’humanité entière vivrait de ses pardons ?Ce fut ce jour-là l’ordination du grand prêtre, et les anges du ciel durent chanter, en quelles douces harmonies ! le Ta es sacerdos in œternum, pendant que la mère, les sœurs, les frères du jeune élu recevaient l’étrenne de ces bénédictions sous lesquelles plus tard s’inclinerait l’univers.Que se passa-t-il dans l’âme du nouveau prêtre, il y a cinquante ans, alors que les richesses de l’Eternité s’amoncelaient en elle ?Que s’est-il passé dans le cœur de Simon devenu Pierre, alors qu’en face de la chaire antique où s’assit le prince des apôtres, il se voyait au sommet de la hiérarchie sacerdotale, élevant l’hostie sainte, au-dessus de tous les sacerdoces, au-dessus de toutes les vertus, au-dessus de toutes les faiblesses, et que, seul, aux limites du ciel et de la terre, il entendait venant d’en haut, montant d’en bas, le Tu es Petrus qui lui rappelait que, de par Dieu, le monde était à lui ?Cette messe, cette rénovation du sacrifice du Calvaire à côté de la tombe de Pierre par le successeur de Pierre, offerte à Dieu en gratitude de cinquante ans de sacerdoce, quelle grande chose aux regards de la Foi I Sans doute la mère de Simon-Pierre n’y était plus, mais là-haut où les messes se fêtent dans les acclamations des anges, la mère a dû mêler au Sanctus redit à Dieu, le Tu es Petrus redit à son fils.Les sœurs de Pie X, son frère, étaient auprès de lui, comme il y a cinquante ans ; ils n’étaient pas dans l’isolement de leur bonheur, car auprès d’eux, huit cardinaux, des archevêques, des évêques, des religieux, des prélats unis- 484 LA NOUVELLE - FRANCE salent leurs prières aux leurs dans les émotions de la joie commune.Sous la vaste coupole de la basilique de Saint Pierre, aux acclamation du Tu es Petrus, succédaient les harmonies de l’Ave Maris Stella, l’invitation à toujours prier pour lui: Oremuspro Pontifice, les accents de la reconnaissance antique du Père de famille chantant les prédilections de Dieu pour son Fils: Benedictus.et la sublime vocation de son enfant : Et tu, puer, propheta altissimi beris, enfin, la joyeuse promesse de toujours chanter Dieu : Cantabo Domino.Le génie de Perosi animait tous ces chants.Après l’action de grâces de cette messe de gratitude, Pie X bénissait solennellement le labarum de la fédération des associations de la jeunesse catholique italienne groupée autour de lui, puis il s’en retournait dans ses appartements privés, vivre dans l’intimité des siens les heures d’un demi-siècle.La chasuble de lamesse du cinquantenaire lui avait été offerte parla gendarmerie pontificale.Reproduction exacte de la magnifique chasuble de Pie VI qui se trouve dans le trésor de la chapelle Sixtine, mais plus légère que celle-ci, elle porte comme dédicace les paroles suivantes : A Sua Santitd Pio X Pontefice Ottimo Massimo—NelV auspicato sacerdotale Giubileo_Il corpo fedelissimo dei suoi gendarmi—lieto plaudente—offre dona consacra—18 settembre MCMVIII.Le calice jubilaire offert par la jeunesse catholique du monde entier et présenté à Sa Sainteté par la Présidence de la jeunesse catholique italienne, œuvre de Cravanzola et de Spaccarelli, est en or massif et mesure 32 centimètres.Ciselé dans le style de la seconde moitié du cinquecento, chargé de brillants et d’émaux, ses richesses artistiques attiraient moins l’œil que les mains du Pontife, dont le tremblement révélait les émotions de son âme quand il les élevaient ad Deum qui lœtificat juventutem.Le même jour, à la même heure, dans l'église abbatiale de Castelfranco-Veneto, l’auguste sacrifice de la messe se célébrait solennellement aussi.C'est là, sur les degrés de l’autel de cette église, que le 18 septembre 1858 Joseph Sarto était ordonné prêtre.Untriduum en avait préparé la célébration; l’enthousiasme du peuple et du clergé chanta le Te Deum de l’action de grâces d'un sacerdoce aussi fécond, là où il l’avait commencé.Au milieu de toutes ces démonstrations de piété filiale, Pie X a éclaté en sanglots quand il s’est vu entouré de tous ceux avec lesquels il avait vécu, auprès desquels il avait été l'intermédiaire de Dieu pendant de si longues années de sacerdoce.Les Vénitiens étaient là, avec leurs prêtres, avec leur cardinal.Pie X venait d'écouter par leurs lèvres les acclamations de tous les siens, quand au moment de leur répondre, son cœur d’un bond fut tout entier dans ses yeux d’où il s'échappa en de telles larmes, que ceux qu’il avait connus lui parlèrent tous par leurs pleurs.voca 485 PAGES ROMAINES Ce fut un moment d’inoubliable grandeur que celui où les pleurs tombaient du plus haut trône de la terre, où les pleurs montaient en hommage vers le plus haut siège de l’univers.Pie X pleura en prenant possession d’un magnifique trône que les Vénitiens venaient de lui offrir.L’eau qui le bénit fut celle d’un cœur débordant de la joie de cinquante ans de sacerdoce.Les Vénitiens pouvaient ils espérer plus belle inauguration de cette œuvre merveilleuse due à l’artiste Cadorin ?Pio X Pont.Max.L.Sacr.Anniv.litanti Veneti XIX Cal.Octob.An.MCMVIII Toile est la dédicace que porte cette chaire pontificale, la seule que possède le palais du Vatican.Car, à part le fauteuil un peu grand qui se trouve dans la salle du trône, les sièges pontificaux sont en vulgaire bois blanc à dossier uni fort élevé que l'on recouvre d’une housse en drap lamé d’argent, d'or ou de pourpre selon les circonstances.Et quelle belle chaire que celle que Venise a offerte à Pie X 1 De vastes dimensions, 4.30m.de hauteur, elle porte à son sommet la tiare et les clés pontificales soutenues par de petits anges ; sur le fronton est la colombe symbolique du Saint-Esprit ; de deux côtés du trône, saint Pierre, saint Marc, de grandeur naturelle ; un peu en dessous la Foi et la Charité.Le représentant du Christ ne pourra s’y asseoir sans qu’on le contemple dans tout ce qu’il rappelle, ce qu’il enseigne, ce qu'il promet.Il manquait un trône au Vatican, les Vénitiens l’ont donné.Il manquait à la basilique de Saint-Pierre la grande voix religieuse de puissantes orgues : le monde entier se cotise pour que, lorsque leur tonnerre ébranlera les voûtes et la coupole de Michel-Ange, on puisse croire que c’est le chant de l’univers.Lors du jubilé sacerdotal de Léon XIII, la maison Cavaillé-Coll, de Paris, avait offert la construction d’un orgue monumental dans l’église Saint-Pierre ; or, malgré la gratuité d’un tel don, le projet ne put être exécuté devant les protestations qui se firent entendre au nom de l’architecture dont on allait dénaturer la beauté des lignes, disait-on, sous les voûtes de la basilique.En réalité, il y eut là des intrigues et des jalousies d’artistes et de maisons rivales.Aujourd’hui, un comité international s’est formé, parmi les membres duquel on voit le cardinal de Venise, les deux cardinaux de Bordeaux et de Lyon, les archevêques de Paris et de Westminster, le duc de Norfolk, le président de la jeunesse italienne Paolo-Pericoli, MM.Paul Bourget et Etienne Lamy de l'Académie française, Saint Saëns, membre de l’Institut, le baron 486 LA NOUVELLE - FRANCE Gevaert,Widor, Henry Cochin, Dom Thomas Breton, etc., etc.: c’est prédire le succès.Jusqu’à ce jour, Saint-Pierre avait quatre orgues, deux fixes dans la chapelle du chapitre, et deux nomades que l’on voyait dans les nefs, tantôt à droite, tantôt à gauche.Suivant que les fêtes réunissaient les chanoines tour de tel ou tel autel, les orgues voyageuses s'en allaient unir leurs sons çà et là, sans jamais parvenir à remplir d'harmonie l’immensité de la basilique.Pour ne pas les humilier en les exposant à la critique universelle, aux jours où des milliers et des milliers de fidèles viennent Vénérer dans Saint-Pierre la majesté pontificale, la courtoisie romaine, si déférente envers tout ce qui est d’un autre âge, avait inscrit dans le protocole de la curie qu’en la présence du pape les chants devaient être exécutés sans accompagnement d’instrument, A Rome, où l’on ne rit pas toujours, on finit par se persuader que rien ne pouvait être plus beau qu’un chant nullement accompagné, et ceux qui ne partagèrent pas cette opinion parurent tout à fait étrangers au sentiment musical.Grâce à Dieu, le protocole se modifiera sur ce point, comme il a changé sur bien d’autres, et lorsque les orgues seront installées dans Saint-Pierre et que, pour la première fois, retentiront sous les voûtes sacrées leurs puissantes harmonies, ce seront les voix de tous les catholiques du monde qui chanteront la gloire de Dieu et celle du Pontife vénéré.Elles seront la gratitude de l’Eglise exprimée à Pie X en retour de cette belle et austère musique religieuse qu’il lui a rendue.En reconnaissance du trône que lui ont offert les Vénitiens, PieX a fait savoir au maire de Venise qu’il paierait de son argent les nouvelles cloches du campanile de Saint-Marc, non moins que la statue dorée représentant un ange et qui surmontait cet édifice.Ainsi, le nouveau campanile, dont la première pierre fut solennellement bénie par le cardinal Sarto, alors patria-che de Venise, portera sans cesse le souvenir de Pie X en joyeuses volées à ceux qu’il aima tant.au- * * Le 17 septembre s’inaugurait à Rome le congrès de la jeunesse catholique italienne, dont le quarantième anniversaire de la fondation de la société coïncidait avec le jubilé sacerdotal du Pape.Cinq mille jeunes gens venus de tous les coins de l’Italie, agenouillés devant l’autel de la chaire de Saint-Pierre, y recevaient des mains du cardinal de Lai le pain eucharistique, avant d'aller offrir à Pie X l’hommage de leur fidélité.Portant tous à la boutonnière les insignes de la fédération, groupés autour de plus de cent étendards aux diverses couleurs, signes distinctifs 487 PAGES ROMAINES d’autant d’associations, ils défilèrent devant le Pape, assis sur son trône, qui décorait chaque drapeau d’une médaille d’argent frappée à son effigie, chaque fois qu’uu groupe, passant, inclinait sa bannière en signe d’obéissance envers sa suprême autorité.Sur toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, on voyait l’image du Vicaire du Christ ; le lendemain, à l’issue de sa messe jubilaire, la grande oriflamme de la Fédération de toutes ces associations, portant la croix du Christ, la promesse historique in hoc signo vinces, et la médaille du pape, était solennellement bénie par Pie X dans la basilique Saint-Pierre.Ce n’était là qu’une partie des grands actes de ce congrès aux séances duquel la presse était représentée par plus de quarante journaux de diverses nations.Toutes les questions vitales, morales et intellectuelles de la jeunesse ont été discutées : préparation de la jeunesse à l’action sociale, à la vie publique, éducation, écoles, cercles militaires, préservation des jeunes soldats, action économique sociale, œuvres de presse, de journaux, de livres, de gravures, association contre le duel, universités, etc., etc.Avec un entrain qui ne s'est jamais démenti pendant les trois jours du congrès, les séances ont été suivies par tous ces jeunes gens dont la dispersion ensuite dans Rome semblait une itère promenade des cohortes de l’Espérance chrétienne.Nulle contre-manifestation de ceux qui prétendent être les apôtres ou les défenseurs du progrès ; devant ces cinq mille jeunes gens unissant leurs forces pour défendre la foi de l’avenir, la police du gouvernement envahisseur de Rome formait la haie dans les rues non pour leur en disputer la possession, mais pour leur en laisser au contraire la libre disposition.Avec cette jeunesse, c’était demain qui vivait déjà dans aujourd’hui, et demain apparaissait dans la croix triomphante, dans la Papauté souriant au monde et le bénissant.Et, c’est pourquoi le dernier acte du congrès fut une immense acclamation de vie, d’espoir, de foi, d’amour 1 , Vive Pie X.¦ Bon Paolo-Aqosto. BIBLIOGRAPHIE ROMAINE Tractalus de Sancto Joseph Sponso Beatissimœ Mariæ Virgims, auctore Alexio M.Lépicier, O.S.M ;—in-8 de 342 pages, Lethielleux, Paris.La théologie de saint Joseph, comme la dévotion elle-même envers ce bienheureux père nourricier de l’Enfant-Dieu, a suivi depuis quelques siècles une marche progressive.Le Révérend Père Lépicier, dans ce nouvel ouvrage sorti de sa plume pieuse, docte et féconde, s’est sans doute inspiré d’une foule d’écrits antérieurs, pour la plupart moins dogmatiques que spirituels et hagiographiques, dont il nous donne la riche nomenclature.Mais l’auteur a le rare mérite d’avoir puisé à tant de sources avec le plus grand discernement et de pouvoir, par là, offrir au public un traité sur saint Joseph d’une doctrine sûre, où la variété de l’érudition et l'information d’une critique avertie le disputent à l’ampleur du raisonnement et à l’ordinaire fermeté des démonstrations scolastiques, C’est le travail, sur ce sujet, le plus complet, le plus clair par l’agencement des matières, le plus solide par les conclusions, le plus recommandable par la documentation, que nous connaissions.La division de l’ouvrage est très simple : il se compose de trois parties.Dans la première, l’auteur considère saint Joseph dans ses rapports avec Dieu : ce qui lui fournit l’occasion de parler de sa prédestination, des figures de l’Ancien Testament qui l’ont annoncé, de sa qualité d’époux de la très Sainte Vierge, du fait et des conséquences de son union avec la Mère de Dieu, de ses chastes et tutélaires relations avec elle, de sa mission insigne à l’égard du Verbe Incarné.La seconde partie de l’ouvrage porte sur saint Joseph envisagé eu lui-même, c’est-à-dire dans les perfections de son âme et de son corps.Et c’est ici que sont étudiés et résolus, non au gré d’un sentimentalisme trompeur, mais à la lumière des vrais principes théologiques, tant d’intéressants problèmes sur les mystères de grâce qui firent du grand saint Joseph aujourd’hui si populaire parmi les fidèles, après sa très chaste épouse, la créature la plus pure et la plus agréable à Dieu.Enfin, une troisième partie est consacrée à l’étude du rôle du bienheureux Joseph dans l'Eglise, de son puissant patronage, du culte de vénération qui lui est dû.Ce nouveau traité de l’éminent théologien romain est le digne pendant de 489 BIBLIOGRAPHIE FRANÇAISE celui qu’il écrivait naguère, d’une main non moins pieuse, sur la très Sainte Vierge.Il y a mis, avec toutes les lumières de son intelligence, les nobles et religieuses ardeurs de son coeur.Rien ne complète mieux sa grande oeuvre théologique, et en particulier son beau traité sur le Verbe Incarné, que ces deux ouvrages d’une si haute utilité dogmatique et morale sur Marie et sur Joseph.Un Bref de Pie X, en tête du volume que nous sommes heureux de recommander au lecteur, constitue son meilleur éloge.L.-A.P.BIBLIOGRAPHIE FRANÇAISE Copin Albancelli— Le Drame maçonnique________Le Pouvoir occulte contre la France—La Renaissance française.52, Passage des Panoramas, Paris, Librairie Emmanuel Vitte, 3, Place Bellecour-Lyon.L’illusion n’est point possible, hélas 1 sur le rôle dissolvant de la Franc-Maçonnerie en France et dans le monde.Les ruines s’amoncellent sur tous les points, et l’ennemi est là, toujours armé en guerre.Mais qu'est-il au juste, cet ennemi ?quels sont ses moyens de recrutement, ses tactiques ?où réside le secret de sa force prodigieuse, de ses succès invraisemblables ?comment se forment ses cadres, quels sont les rouages de sa mystérieuse administration ?quel est enfin le but suprême qu’il poursuit avec une si évidente obstination ?Répondre à ces questions, c’est démasquer l’ennemi, et l’affaiblir d’autant.Personne n’était mieux qualifié pour cela que ce soldat égaré jadis dans ce camp de traîtres et qui aujourd’hui se sent la noble mission d’éclairer frères.ses M.Copin-Albancelli parle donc en témoin et en témoin avisé.Ce qu’il a vu dans le Parvis du Temple au milieu de la < Maçonnerie bleue • ou naïve du premier degré, ce qu’il a constaté dans le Temple lui-même, parmi les initiés ou qui se croient tels, bien que plus naïfs peut-être que les premiers, lui a fait entrevoir l’existence et les travaux ténébreux de la troisième maçonnerie, de ce i pouvoir occulte > qui opère à l’ombre, dans les < Cryptes.¦ Et c’est le fruit de cette expérience directe de cinq ans, mûrie par de longues années d’études et d’observations, que nous trouvons dans le présent volume, qui, avec la précision et la clarté d’un traité didactique, possède le charme et l'intérêt d’un drame, ainsi- que son titre, et plus encore, le sujet lui-même, nous permettaient de l’attendre.H.C. 490 LA NOUVELLE - FRANCE BIBLIOGRAPHIE CANADIENNE L’abbé F.-A.Baillairgé : VA.B.C.d’Histoire Sainte, 1" et 2"'année du cours élémentaire, 132 pages.L’unité 25 sous, la douzaine $2.40—2° Nouvelle Histoire Sainte, cours élémentaire, intermédiaire, académique, 475 pages.L’unité 60 sous, la douzaine $6.00.En vente chez les libraires et chez l’auteur, Montréal, 1908.Les fatigues et les charmes du ministère paroissial ne font pas oublier au zélé curé de Saint-Hubert son stage de professeur au Séminaire de Joliette.Disons plutôt que, en éducateur désintéressé, il veut faire bénéficier l’instruction publique des leçons animées d'Histoire Sainte qu’il sait donner à la jeunesse scolaire de sa paroisse.Convaincu que, après le catéchisme, c’est à l’histoire de notre religion, qui en est le complément, qu’il faut donner une souveraine importance dans la formation de l’esprit et du cœur de l’enfance, l’abbé Baillairgé a cru ne devoir rien négliger pour rendre plus attrayante encore cette étude de l’histoire sainte qui a tant charmé nos premières années, et qui continue, grâce à Dieu, à faire les délices de la jeunesse chrétienne.C’est pourquoi, au prix de sacrifices considérables, avec une générosité et un désintéressement dont il est coutumier, il a parsemé ces manuels nouveaux d’abondantes et gracieuses illustrations.Pour avoir introduit le premier, ou à peu près, ce genre artistique dans notre littérature scolaire canadienne-française, il a su, tout de même, éviter la profusion, qui expose à sacrifier le principal à l’accessoire, et qu’on pourrait justement reprocher à certaine pédagogie trop soucieuse d’épargner à l’élève l’étude plus sobre et plus austère du texte imprimé.Nous souhaitons à son œuvre tout le succès qu’elle mérite.L.D.Vie de Mère Caron, l'une des sept fondatrices et deuxième supérieure des Sœurs de la Charité de la Providence, 1808-18SS, par l’abbé J.-Elie Auclair.In 8°, 271 pages, Montréal, 1900—Il convenait de mettre en relief la figure si intéressante de cette femme forte, appelée parmi les premières à collaborer à la fondation et à l’édification de l’œuvre vraiment providentielle de Mère Gamelin.ritable dont le saint évêque Bourget avait béni les humbles origines.C'est là le secret du prodigieux accroissement du grain de sénevé planté en si bonne terre, arrosé par des mains si généreuses, et dont les rejetons verdoyants couvrent le sol canadien et américain d’un Océan à l’autre.C’est l’histoire de cette évolution merveilleuse que l’auteur de la Vie de Mère Caron a écrite, Le bon Dieu a mis le sceau de sa protection sur l’entreprise cha- 491 BIBLIOGRAPHIE CANADIENNE en nous faisant connaître par le menu la carrière de celle à qui le poète—n’eût été son incomparable humilité,—aurait pu faire dire en parlant de l’œuvre de la Providence : quorum pars magna fui.Nous disons, » parle menu » : c’est, en effet, une vie plutôt anecdotique que l’abbé Auclair nous retrace de son héroïne, tout en respectant la division classique, Vie et Vertus, suivie ordinairement dans la biographie de saints personnages.En un style clair, simple, souvent familier, l’auteur suit la vénérable religieuse depuis son entrée dans l’Eglise par le saint baptême, jusqu’à son départ pour la patrie, céleste, après une < mort précieuse aux yeux du Seigneur.» Vie pleine d'attrait et d’édification, on la lira avec profit, car de ces pages écrites avec ferveur, se dégagera, entre autres, une leçon aussi consolante que pratique : la sanctification par le fidèle accomplissement des devoirs de son état.L.lu.Bulletin delà Société de Géographie de Québec, juillet 1908_Nos vaillants géographes québécois n’entendent pas couler dans l’oisiveté la vie nouvelle qu’ils se sont donnée en ressuscitant leur vénérable association.C’est vraiment une livraison de gala qu’ils ont préparée pour le troisième centenaire de la fondation de notre bonne ville.Parmi les souvenirs qui dureront de ces jours mémorables, leur élégante brochure ne sera pas le moins digne.L’érudition y coule à pleins bords, venant des sources les plus recommandables.Il convenait que l’art de l’illustration et l’archéologie fournissent leur écot à ce festin historique et littéraire.Aussi ne sait-on qu’admirer le plus, des très gracieux et symboliques dessins qui encadrent le titre et la dédicace, des portraits fort bien exécutés de Champlain et de son historien québécois, des fac-similés des titres des rarissimes exemplaires des ouvrages qui racontent les explorations de l’immortel fondateur, des cartes, des plans, de l’exécution typographique irréprochable, avec jolis têtes de chapitre et culs-de-lampe, dont un excellent papier fait mieux ressortir les détails.Ce livre sort des mêmes presses que le Volume-Souvenir des fêtes du monument Laval.L.L.Solution des objections contre la Communion fréquente et quotidienne, par l’abbé Ant.Camirand, professeur au Séminaire de Nicolet_Opuscule de 128 pages.(2= éd.).Très recommandable à tous, et surtout aux jeunes gens, l’opuscule d'allure modeste, mais de saine et fortifiante lecture, par lequel l’abbé Camirand a eu l’excellente pensée de passer en revue et de réfuter les objections courantes contre la communion fréquente et quotidienne.C'est un commentaire pratique des derniers décrets du Saint-Siège sur cet important sujet ; le style en est clair, la doctrine sûre et puisée aux meilleures sources.L.-A.P. 492 LA NOUVELLE - FRANCE PARAITRA BIENTOT « Droit public de l’Eglise » Sous ce titre : Droit public de VEglise, principes généraux, M®1 L.-A.Paquet fera bientôt paraître uu ouvrage traitant de la constitution de l’Eglise et de ses rapports avec l’Etat.Ce sont ses conférences faites il y a quelques années, sur cette matière d’incontestable actualité, à l’Université Laval, que l’auteur veut offrir au public canadien.On y trouvera, avec l’exposé de la doctrine catholique sur l’attitude respective de l’Eglise et de l’Etat, quelques aperçus sur la question juive, des appréciations de l’Inquisition romaine et espagnole, des considérations sur le devoir d’action publique qu’imposent aux catholiques les conditions spéciales de la société moderne.L’ouvrage s’imprime à Y Action Sociale.Un volume sur Y Eglise et l’éducation fera suite.Directeur-propriétaire L’abbé L.Lindsay.Qüébeo.— Imprimerie de la Compagnie de < L’Événement.>
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