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Titre :
La Revue moderne.
Publiée à Montréal de 1919 à 1960, La Revue moderne est une revue généraliste mensuelle de grand tirage qui vise principalement un public féminin. La publication prend le nom de Châtelaine en 1960. [...]

Publiée à Montréal de 1919 à 1960, La Revue moderne est une revue généraliste mensuelle de grand tirage qui vise principalement un public féminin. C'est la journaliste d'expérience Madeleine Huguenin, de son vrai nom Anne-Marie Gleason, qui fonde La Revue moderne. L'éditeur torontois Maclean Hunter achète la revue en 1960 pour fonder Châtelaine, toujours publiée aujourd'hui.

La Revue moderne se donne une double mission, à la fois intellectuelle et populaire, qu'elle maintiendra tout au long de son existence. Elle vise à satisfaire à la fois une clientèle intellectuelle intéressée par la science, la littérature et les idées, et une clientèle populaire à laquelle elle offre un contenu de divertissement adapté au goût et à la morale du Canada français. Les deux sections de la revue sont autonomes et évoluent en parallèle.

Dans les premières années de son existence, La Revue moderne vise une clientèle aisée, qui profite d'une certaine croissance économique d'après-guerre. En font foi les annonces publicitaires de produits de luxe et le grand soin mis dans la conception des illustrations. La revue prend un ton qui va à l'encontre du nationalisme alors en vogue véhiculé par Lionel Groulx et Henri Bourassa.

La Revue moderne montre dès le départ un intérêt certain pour la littérature : en plus de publier des romans-feuilletons, elle compte sur des collaborations de Louis Dantin et de Louvigny de Montigny. De 1930 à 1935, l'engagement de Jean Bruchési pour la littérature canadienne alimentera aussi le contenu littéraire de la revue. Celui-ci sera ensuite plus orienté vers la France. Dans les années 1950, La Revue moderne fait moins de place à la littérature, et s'intéresse davantage à la télévision.

Plus de la moitié du contenu de La Revue moderne est voué aux pages féminines. Un roman de littérature sentimentale et d'évasion, visant particulièrement la clientèle féminine, y est publié en feuilleton chaque mois. Ces romans sont principalement l'oeuvre d'auteurs français, dont la romancière Magali, qui jouit d'une immense popularité. Les pages féminines traitent de la mode, des soins de beauté, des arts ménagers, de l'éducation des petits et d'activités mondaines, comme le bridge. Le public féminin est aussi la principale cible des annonceurs.

La lectrice type de La Revue moderne est mariée et mère, elle est citadine et catholique, aisée et charitable, sentimentale et raisonnable. Elle a le souci de son apparence et de celle de son foyer. Elle bénéficie de temps libres pour se cultiver. C'est une femme moderne intéressée par les nouveautés, mais pas féministe pour autant. Elle ne cherche pas à rompre avec la tradition. Cela changera avec Châtelaine.

La Revue moderne gagnera des lectrices jusqu'à la fin de sa publication. Le tirage de la revue, de 23 120 en 1922, passe à 12 904 en 1929, à 31 343 en 1940, à 80 000 en 1944 et à 97 067 en 1956, pour atteindre un peu plus de 101 650 exemplaires en 1960.

La publication de La Revue moderne est interrompue pendant cinq mois de décembre 1938 à avril 1939, pour revenir en mai 1939 avec une nouvelle facture graphique. Cette renaissance est attribuée à Roland Beaudry, alors vice-président et administrateur de la revue.

En plus des collaborateurs nommés plus haut, La Revue moderne s'attire la participation de personnalités comme Robert Choquette, Albert Pelletier, Alfred DesRochers, Michelle Tisseyre, Jehane Benoit, Damase Potvin, Ringuet (Philippe Panneton), Alain Grandbois, Robert de Roquebrune, Gustave Lanctôt, Adrienne Choquette, Germaine Guèvremont, René Lévesque, Jean Le Moyne et Valdombre (Claude-Henri Grignon).

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1982, vol. V, p. 294-295.

DES RIVIÈRES, Marie-José, Châtelaine et la littérature (1960-1975), Montréal, L'Hexagone, 1992, 378 p.

PLEAU, Jean-Christian, « La Revue moderne et le nationalisme, 1919-1920 », Mens, vol. 6, no 2, 2006, p. 205-237.

RICARD, François, « La Revue moderne : deux revues en une », Littératures (Université McGill), no 7, 1991, p. 76-84.

Éditeur :
  • Montréal :[s.n.],1919-1960.
Contenu spécifique :
janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Châtelaine.
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Références

La Revue moderne., 1930-01, Collections de BAnQ.

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J ROMAN COMPLET: Les Dames Le Marchand Far Robert de ROQUEBRUNE Souhaits réciproques Par MADELEINE Noël sans neige Par (ÏERTRITDE BASKIS V/riuque.clacde prev letter 08t Suzor Côté, l'Exemple Par HMHi 6IRAKD Poésies- ALKE LEMI i lemieux \\ \ MIN La Vie Canadienne Par MADELEINE II1 Innée Courriers et pages féminines illustrées MONTREAL, CANADA JANVIER 1930 —No 3 De Tachât des fourrures Nous ne connaissons rien où la qualité soit aussi importante et aussi difficile à juger, à l'exception peut-être des métaux rares et des pierres précieuses, que dans la fourrure.L'art de transformer les fourrures est aujourd'hui si habillement exercé que des experts seuls peuvent déterminer la valeur exacte des pièces soumises.Une fourrure de qualité inférieure n'est jamais une acquisition avantageuse, et la seule façon sûre de n'être pas trompé, c'est d'acheter d'une maison dont la réputation d'honnêteté et de qualité est établie au delà de toute évidence.Dans les fourrures exposées chez DESJARDINS l'on trouve des manteaux remarquables par leur grande richesse, leur luxe confortable et enveloppant, leur admirable beauté; l'on en trouve d'autres remarquables aussi par leur utilité, leur durabilité, leur bas prix.Mais quels que soient les modèles choisis, ils auront tous ce cachet d'individualité, de distinction et d'élégance que seuls des maîtres ouvriers savent donner.De grandes facilités de paiement sont accordées aux acheteurs, sur simple demande.Les plus grands détaillants de fourrures au monde 1170, rue Saint-Denis, Montréal Rédacteurs-Conjoints: Madeleine Robert Choquette Administrateur: Roméo Caron Publicité: E.-j.Snuakman Service des abonnements: E.-L.Mignault EVUEjVjOŒRNE et.u LA VIE CANADIENNE .fusionnées Président-Directeur: NOËL-E.LANOIX Bureaux: 320 est, rue Notre-Dame Tél.Harbour 6195 Représentants: G.-M.Rae, Toronto J.-W.Hastie, New York Franldin-E.Wales, Chicago Thos.-J.Stobast, Londres, Ang.ne Année — No j MONTREAL, CANADA Janvier içjo DEMAIN, ce sera le premier de l'an, et nous éprouvons le besoin de renouveler à tous nos vœux à nos lecteurs, et en retour, nous leur demanderons les leurs.Qu'ils nous_|souhaitent une prospérité incomparable, ce qui nous procurera la joie demies toujours Abien servir.Il existe entre eux^et nous, une solidarité et si nous sommes prêts à faire de cette revue une fondation qui fasse honneur au Canada français, le devoir n'est pas seulement de notre côté, mais encore du leur également, et nous espérons qu'ils éprouveront toute la force du lien qui les lie à nous.Nous avons travaillé pour leur être agréable, pour les instruire, pour les intéresser, et nous estimons qu'ils nous doivent de l'amitié comme du respect, pour le service impeccable que nous leur avons apporté.A l'heure qu'il est, nous avons atteint une grosse circulation, mais nous n'entendons pas rester en panne dans la voie du succès, mais aller de l'avant et rapidement.A ce succès vous voudrez bien collaborer.U'abord en nous restant fidèles; ensuite en nous faisant une intelligente propagande.A mon entrée dans le journalisme, je reçus ce conseil de J.-Isnel Tarte qui fut l'une des meilleures plumes de son époque: "Ne cherchez pas à savoir du public son opinion mais préparez la vôtre pour la lui offrir.Les personnes qui vous liront s'occuperont peu de ce qu'ils pensent, mais de votre propre pensée que vous leur direz avec douceur, fermeté et justice".C'est là l'essence du journalisme.C'est à nous de vous apporter le réconfort intellectuel et moral dont tout le monde a besoin, de vous distraire, de nous faire aimer.Mais en retour, vous nous devez toutes vos sympathies.Maintenant que la fusion entre les deux revues est opérée complètement, tous les abonnés doivent recevoir leur publication, mais si quelqu'erreur se glissait, il est bon que l'on nous en prévienne, mais gentiment, pas de ce ton agressif que se permettent certains lecteurs, et je dirai plutôt des lectrices.Naturellement vos éditions peuvent quelquefois s'égarer au cours du trajet de nous à vous.Mais il est impossible qu'avec le système d'envois que nous pratiquons que la revue ne parte pas de chez nous.Maintenant, voulez-vous bien regarder avec moi, la Revue Noderne, et l'étudier quelque peu.Elle s'ouvre sur une annonce intéressante, bien conçue, et toujours de la meilleure qualité.Certaines annonces ou réclames ne sont pas acceptées ici, parce que notre Président veut en faire une publication de qualité supérieure, et ne jamais insérer de la publicité inférieure.Il donne ainsi à sa clientèle d'annonceurs un certificat de belle tenue et ne seront jamais induits à utiliser des produits d'un ordre inférieur, de sorte que leur confiance peut être de tout repos.Un éditorial, des articles littéraires, des critiques, des conseils d'art et d'ameublement brillamment illustrés ne peuvent que vous flatter l'œil, et ainsi vous vous acheminez vers la section de la vie canadienne qui se rédige plutôt sous forme de commentaires sur les principaux événements qui se sont passés autour de nous, et illustrée généralement par des photographies de gens connus et aimés du public.Puis suivent de nombreuses suggestions de tous les genres, variés et illustrés.Un roman complet vous est invariablement offert, long et intéressant, très moral et d'une belle formule littéraire.Puis ce sont des pages de modes soignées, dans lesquelles vous pouvez sans crainte exercer votre choix.Et ensuite nos courriers répondant à de nombreuses lettres, le courrier graphologique, une petite poste, des conseils et recettes de cuisine, un coin des enfants, de nombreuses poésies.Il est bon quelquefois d'analyser les œuvres que nous lisons, et notamment d'étudier une publication telle que la Revue Moderne, pour se bien convaincre qu'il ne se publie rien de mieux dans le genre, par tout le Canada, en langue française.Ici la quantité n'exclut pas la qualité.Et nos lecteurs n'ont qu'à nous lire sérieusement, à établir des comparaisons s'ils le veulent, ils seront amenés à cette heureuse conclusion.Et nous leur demanderions de tout coeur pour qu'ils soient plus volontiers amenés à sentir la force de leur devoir envers nous, comme nous éprouvons la nôtre vis-à-vis d'eux.C'est donc une entente, la main dans la main et cœur contre cœur que nous souhaitons d'eux.Nous avons la conviction de pouvoir leur faire beaucoup de bien; il nous faut en retour leur compréhension de l'effort soutenu, et toute leur bonne volonté.Je suis certaine que nous l'obtiendrons, car je n'ai rien réclamé au public qu'il ne me l'ait accordé, et ce n'est pas à l'heure des ralliements sacrés, qu'il va se dérober à ce que je lui indique un devoir.Trop souvent avec une légèteté, dont nous ne soupçonnons pas les effets démoralisants, nos compatriotes sacrifient nos efforts pour une revue de langue étrangère.Et cela me rappelle le fait assez typique d'un des grands maîtres d'organisations quelconques, qui se promènent dans toutes les grandes démonstrations, la poitrine sillonnée de larges rubans, et qui ne cessent de crier dans de fougueux discours: "Encourageons les nôtres.Ne sacrifions pas nos intérêts.Rappelons-nous que nous sommes des descendants de Français, et patati et patata, et à qui l'on présentait il y a quelque temps une revue canadienne à laquelle il refusa obstinément de s'abonner.De guerre lasse, le solliciteur lui présenta un périodique étranger, de moindre qualité, mais auquel il souscrivit immédiatement, et sans une objection.Des hommes qui ont l'audace de canaliser beaucoup de notre argent, de nous ennuyer de leurs périodes sonores et mensongères, chaque fois qu'ils en ont la chance, mériteraient d'être nommés devant l'opinion publique, comme de pauvres fantoches bourrés de son.Et cela serait une leçon bien méritée.Donc nous vous souhaitons tout le bonheur possible, à chacun de vous, abonné ou abonnée et nous désirons que vous nous fassiez les mêmes vœux: Tout le bonheur à la Revue Moderne et toute la prospérité qu'elle mérite! MADELEINE Souhaits réciproques, Madeleine .?, Les livres du mois, A.Pelletier, C.Prévost 4 Suzor Côté, H.Girard.5 Après décapitation, H.de Varigny.G Noël sans neige, Gertrude Baskin.7 Poésies, Alice Lemieux, Nérée Beauchemin 8 Le Prêt, André Lespérance.52 SOMMAIRE LA Yl I ( \> LDIEKKE, \tadi U tm .10-15 Le "Petit Théâtre", Piecolo.12 Républiques canadiennes, W.Gascon.14 Le réveil d'Andrée, A.Brunet.15 ROMAN Les Dames Le Marchand (au complet) Robert de Roquebrune.17 FEMINA Eve au miroir, Celia Caroline Cole.16 Le confort moderne.31 Les modes.32 Au début de l'année.42 Divers cadeaux.45 Courrier de Madeleine .46 Courrier du mois, Marjolaine.49 Etudes graphologiques, Guy Rissler.50 Pour les impromptus.51 Choses féminines.53 î Page U Critique La Revue Moderne.— Montréal, Janvier 1930 LES LIVRES DU MOIS Littéraire A L'OMBRE DE L'ORFORD de Alfred DesRochers Etre régional, cela est bien ?Mais pour être régional, il faut d'abord lire quelque chose.ET les sonnets rustiques qui composent la première partie de votre recueil ne sont pas des réminiscences bibliques, verbalement odorantes de résine et de myrrhe, ou ruisselantes de lait et de miel; ce ne sont pas non plus des traductions de Théocrite, des imitations de Virgile, des fantaisies champêtres à la Florian, des pastiches de Louis Mercier, des transpositions adroites de n'importe quoi; ce ne sont pas enfin des coruscations rutilantes sur des campagnes et des forêts anonymes, ni les songeries de métaphysiciens qui se promènent, les pieds dans les traditionnels "blés d'or" et la tête dans les nuages (ou vice versa), ni les pieuselés universelles de saintes nitouches aux mains jointes, ni les idylles d'Adam et d'Eve tout neufs dans des paradis de bucolisme intégral, ni, comme l'exprime joliment mon confrère Henri Girard, "des chromos doucereux pour jeunes filles sentimentales".Il ne vous restait donc rien à dire, cher M.DesRochers, épouvantablement rien; mais selon votre bonne habitude, vous avez violé la tradition, et vous en avez trouvé.C'est même, et sans doute vous le savez à merveille, parce que vos sonnets ne sont rien de ce que je viens d énumérer qu'ils sont quelque chose, et qu'ils sont du terroir.Vous avez senti, sans vous embarrasser de l'attirail traditionnel des régionalistes, vous avez éprouvé, sans le secours de leurs vaines théories, que les préoccupations de nos habitants ne sont pas l'élégie famartinienne, et que la forêt québecquoise, qui appartient à vos "shantymen", n'est pas le Bois de Boulogne.Et vous êtes le premier chez nous qui, dans les nombreux essais d'exemphfication de notre nationalisme littéraire, avez eu le souci de substituer à la fausseté fondamentale une parcelle de vérité, et au cliché abâtardi du style une écriture personnelle.Vous permettez que je cite ?LES BOUCHERIES Pressentant que sur lui plane l'heure fatale, V Yorkshire dont le groin se retrousse en sabot, Evite le garçon, d'un brusque soubresaut, Et piétine énervé le pesât de sa stalle.Il éternue un grognement parmi la baie Quand un cable brûlant se serre sur sa peau.Ses oreilles, qu'il courbe en cuillères à pot, Surplombent ses yeux bruns où la frayeur s'étale.On le traîne au grand jour de soleil ébloui; Et le porc sent le sol se dérober sous lui Lorsque la lame au cœur lui pénétre: il s'affaisse Puis se dresse, et son rauque appel, alors qu'il meurt, Répand sur la campagne une telle tristesse Qu un hurlement de chien se mêle à sa clameur.Il est peut-être utile que je vous le dise?C'est sous un perron du troisième rang du bord de l'eau que les sauvages, dans une fougueuse rafale de janvier, m'avaient, selon la légende, abandonné ou perdu.Mes parents qui habitaient ces lieux, avertis sans doute de ma présence par une certaine odeur particulière aux enfants qui ont le diable au corps, me firent baptiser (cela est imprimé sur du papier qui, malheureusement, commence à jaunir), et ils me firent partager aussi longtemps qu'ils le purent leur âpre et frais bonheur de paysans (cela n'est pas écrit, mais le registre indélébile de mes amours en fait foi).Cette bonne fortune me permet de comprendre par le menu les quatorze vers que j'ai transcrits, de les trouver aussi beaux qu'il est possible, et d'estimer qu'ils valent mieux, à eux seuls, que toute la littérature des "terroirisants".Toutefois, je crois m'apercevoir que vous ne songez as à jamais ravir en extase la famille royale avec ça ?"t mon Dieu, vous avez peut-être raison II y a même à Montréal, à Québec, dans toutes les villes, un grand nombre de braves Canadiens qui n'y entendront uère autre chose, je le crains, que le bruit des syllabes, "t alors ?Entre nous, vous vouliez, n'est-ce pas, montrer un peu ce que c'est, le régionalisme, et ensuite nous prouver qu'il vous est facile d'en faire ?Eh bien alors, bravo! M.DesRochers, bravo! Et croyez bien que j'admire encore plus que je n'en ai l'air votre succès aussi agréable qu'il est utile.Mais l'art n'est pas fait pour habiter sous le boisseau.Aussi bien, mon cher poète, dès votre expérience terminée, vous le haussez à des assises dignes de lui, vous le livrez a l'honneur des paysans et des rois, des dilettantes et des profanes, des artistes et des gens de métier.Vous le faite* servir à ciseler des sentiments que l'on éprouve depuis le logis du terroir, rude et parcimonieux comme la vie que I on y mène, jusque dans les palais dei déscruvréi, où le bonheur s'achète et s'ennuie.Travailleurs de l'esprit ou travailleurs du corps, aventuriers des forêts ou des espaces idéaux, maîtres rugueux de la terre ou semi-galériens aux mains blanches des villes, c'est en eux tous que s'insinue votre prière, c'est en eux tous que vibre Y Hymne au vent du nord.Et n'est-ce pas ce caractère même d'universalité qui fait l'intérêt durable de tous les arts, qui leur donne une portée, qui leur communique un sens, qui leur procure une valeur?Ce n'est pas, et vous le savez fort bien, par ses aspects excentriques, par ses manifestations strictement particulières, par ses plis locaux, par tout ce qui lui donne figure caricaturale, exceptionnelle, en quelque sorte monstrueuse et proprement régionale, que l'existence de nos campagnards et de nos forestiers pourra jamais signifier quelque chose qui ne soit de l'infirmité ou de la camelote.Mais, par exemple, ces classes sociales sont suprêmement intéressantes par ce qu'elles ont de profondément humain et d'universel; par leur réserve immense et silencieuse d'énergie et de vertu; par la force brute et débordante de la nation qui réside en elles; par toute la beauté de leur sacrifice désintéressé qui les tient à la peine, et qui permet à un si grand nombre d'entre nous de connaître une forme supérieure et plus élégante de la vie; par la durable virilité d'âme, la longue jeunesse de sentiments, la persistante fraîcheur d'impression que nous tenons d'eux (et qui nous valent parfois le plaisir d'épouvanter les ramollis); par mille autres façons de les regarder dans leur entier ou dans l'un de leurs traits généraux, de les comprendre, et de les aimer.Or tout cela, mon cher DesRochers, jaillit à travers votre Hymne au vent du nord et certaines parties de la Prière comme l'eau bouillonne de la source.Oui, oui, sans doute, pour la raison que je vous ai dite, vos sonnets du "cycle des bois et des champs" ont fait revivre en moi quelques souvenirs particuliers.Mais je vous assure que vous êtes maintenant infiniment plus riche: vous m'apportez, dans chacun de vos vers, de quoi rêver tout mon soûl.J'exagère ?Eh bien, allons aux preuves, que je ne puis multiplier ad libitum faute d'espace, mais non faute de pièces justificatives.Vous me donnez des visions "qui ne sentent pas le moisi", des visions merveilleuses de mes vrais ancêtres: Qui préféraient au joug doré du sol normand L'espoir et le mystère inoui d'occident.Avec tous les hasards et les mésaventures, Détestant plus l'ennui que les peines futures, Et qui même risquaient leur part d'éternité Pour prouver qu'ils n'avaient jamais rien redouté.Votre voix chante maintenant l'appel de mon enfance, de ma jeunesse, de toute ma vie: O vent qui te prêtas tant de fois à mes jeux, Que résonne en mon cœur ton appel orageux.O vent, emporte-moi vers la grande Aventure.Je veux boire la force âpre de la Nature, Loin, par delà l'encerclement des horizons Que souille la fumée étroite des maisons.Vous me faites adorer la terre natale, alors même que sur elle râle le vent d'hiver.Vandale et modeleur de sites éblouis Qui donnent des splendeurs d'astres à mon pays.aussi bien que dans les belles saisons .où les érables franches Ont les cinq pointes des étoiles dans leurs branches.Pardonnez-moi, mon cher poète, de vous avoir défiguré une fort belle œuvre par ces courtes citations.De votre Hymne surtout, il eût fallu tout reproduire; et croyez bien que cela ne m'aurait pas peu réjoui On n'étend pas ses couleurs sur la grève; on ne les verse pas au hasard sur la toile.A-t-il jamais été publié dans notre littérature poétique une plus splendide démonstration que l'ornement du style et l'observance des règles prosodiques ne sont pas tout dans un poème, qu'ils ne sont en réalité que deux moyens de faire saillir la beauté d'une conception idéale ?Je le répète parce que ce ne sont plus les stylistes qui manquent dans notre pays.Nous avons des poètes, des poétesses, des prosateurs, hommes et femmes, qui semblent très bien connaître cet élément très important de leur métier qu'on appelle le style.Pourquoi hélas, cela ne leur sert-il si souvent qu'à nous faire songer à un artiste qui, entre deux marées, mettrait toute son habileté à répandre sur la grève les dispositions les plus habiles de ses couleurs ?La toile est sans doute quelque chose de très prosaïque pour un peintre; mais encore lui en faut-il un petit morceau, et qui ne soit pas souillé par quarante siècles de barbouillages .De même en littérature, il importe que l'on ait d'abord quelque chose à dire, quelque chose d'original, sur quoi l'on pourra ensuite, avec un peu moins de ridicule faire ruisseler les richesses de son style.Et si ce quelque chose nous manque, eh bien que l'on attende, que l'on en cherche,\que l'on s'en fasse! Dana notre jiays où l'idée se tient toujours au seuil de l'état île désolation que {'Apocalypse prédit pour la lin des temps, vous paraissez, vous M.DesRochers, être l'un de nos plus cossus millionnaires; et permettez que je vous en rendt hommage.Et d'un cœur d'autant plus allègre que de ecttr fortune intellectuelle vous faites un usage excellent et exemplaire.Tout d'abord, lorsque vous avez une idée, un sentiment, ou une impression qui vaut quelque chose, vous ne vous hâtez pas de l'ensevelir le plus volumineu sèment qu'il se peut sous les clinquants et les falbalas Vous ne jetez pas tout de suite et à la diable toutes vos couleurs sur la toile.Vous n'êtes pas atteint de cette maladie que l'on appelle "l'idée fixe".Aussi, sur l'impression que vous voulez rendre se reflètent mille par celles du monde intellectuel et sentimental que chacun porte en soi.L'esprit discipliné et lucide fait ressortir les liens d'affinité, de parenté, de nécessité qui les rattachent à votre idée première.Et ces particules circons-tantielles, naturelles, expressives, choisies avec art, accumulées judicieusement, rendues sans effort, accompagnent votre conception originelle, lui donnent une atmosphère de famille, l'enrichissent de l'appoint de tous leurs traits significatifs, et lui donnent une intense impression de vie.Et c'est ainsi que votre préfacier, M.Alphonse Désilets, peut écrire avec beaucoup de sens qu'en lisant vos poèmes, "l'on éprouve des frissons dont le mystérieux ressort n'est ni dans la magie des mots ni des pensées, mais dans un fluide dont s'électrisent tous ,es pôles." Et si vous croyez que je ne préfère pas cela aux "phrases" d'une suprême élégance, mais étiolées et mourantes d'anémie!.* Voilà pourquoi, cher M.DesRochers, j'estime que vous êtes un artiste authentique.Et maintenant, vous n'allez pas pleurer, j'espère, si je délaisse les pédantes dissertations grammaticales et prosodiques qui, en critique littéraire, parait-il, ne serait pas des éreinte-ments?Vous savez votre grammaire et votre manuel de versification ?C'est bien, mais il n'y a peut-être pas lieu de s'en émerveiller, puisque vous avez choisi le métier de faire des vers .Permettez plutôt que je vous complimente d'être plus riche que les théories du rythme dans le dernier alexandrin que j'ai rapporté plus haut, et d'être bien plus lumineux que la grammaire lorsque vous rendez l'effet que "le gril de l'enfer Est un plaisant spectacle à nos chairs basanées." Et merci! Merci surtout pour VHymne au vent du nord, ce chef-d'œuvre de belle santé virile en poésie.Or, songez-y, mon cher poète: pour retrouver cette impression qui semble banale, il faut pourtant que l'on traverse toutes les rimes de la France, même celles du grand siècle, et que l'on remonte jusqu'à l'immortelle invocation à Vénus, de Lucrèce, et aux perfections des poètes de l'Attique Albert Pelletier LA POUTRE DANS L'OEIL de Damien Jasmin UNE autre œuvre vient se greffer à notre patrimoine littéraire; elle a pour titre significatif: La Poutre dans l'Oeil, étude d'une profonde psychologie par M.Damien Jasmin.C'est une critique de la critique sous toutes ses formes, de la critique en général, de soi-même, du jugement téméraire, du vice in abstracto et de certains vices en particulier, de l'envie de la vertu, et de la critique dans certains domaines, chez les gens de loi, chez les médecins, chez les politiciens, et enfin une vive et poignante protestation contre le dénigrement de la soutane.Dans notre monde littéraire canadien, hélas! par trop exigu, l'auteur n'est pas nouveau venu.Ses œuvres, d'une fine analyse et d'une logique scrupuleuse, ont créé elles-mêmes leur succès et ont gagné la faveur du public sérieux.Sa pensée, toujours délicate, nous est présenté en un style d'une musicale simplicité, semblable aux thèmes classiques de Gluck.Professeur de droit naturel réel à la Faculté de philosophie de l'Université de Montréal, et remplissant d'autres multiples fonctions à cette même institution, M.Jasmin est étrangement bien placé pour saisir les mouvements intimes des êtres qu'il côtoie; aussi se complaît-il dans cette psychologie expérimentale de l'homme de tous les jours, l'homme de la seule véritable crise, la vie.La gent étudiante est, pour celui qui l'observe, une merveilleuse école.On y trouve, peut-être plus que partout ailleurs, presqu'à l'état brut, ce singulier mélange de qualités et de défauts, de passions bien ou mal dirigées, qu'aucun artificieux manège, résultant d'une plus grande expérience, n'a dénaturées.Dans sa dernière publication, non seulement l'auteur fait œuvre de moraliste, mais aussi de patriote; il a com- (Suite à la page 52) I a Revue Moderne.— Montréal, Janvier 1 930 Page 5 SUZOR COTÉ, l'Exemple En marge d'une rétrospective de ses œuvres JE connaissais six ou sept toiles de Suzor Côté.Je les aimais passionémcnt et j'en cultivais le souvenir avec piété.Le Gouvernement de la province de Québec vient de donner aux amateurs d'art le magnifique avantage d'apprécier quelques-unes des plus belles œuvres de ce maître.Exprimons notre reconnaissance à qui de droit.Les expositions de cette valeur sont extrêmement rares à Montréal."Un véritable artiste va au fond des choses.Il lui faut souffrir, faire son expérience, apprendre à connaître la vie et le pourquoi des choses .Le chemin est long et solitaire qui conduit à l'art vrai.Pourtant je suis content d'avoir choisi l'art pour ma carrière, quoique la récompense matérielle en soit mince.Car il donnera à mon esprit le moyen de s'exprimer et de grandir." Ces paroles du peintre américain Toura, qui mourut tragiquement l'an dernier, pourraient fort bien avoir été dite» par Suzor Côté.Il est singulièrement, parmi nos peintres, l'artiste vrai qui va au fond des choses, et son amour désintéressé de la beauté lui permet d'exprimer la vue poétique qu'il a du monde.Qu'y a-t-il de plus recommandable que cette soumission d'un artiste à son art ?Il n'est pas facile d'analyser une oeuvre de cette importance.On a peur de briser le charme par trop de précision, de rompre le précieux trésor des souvenirs.Car l'art de Suzor Côté parle d'abord au coeur; on sent vivement la beauté qu'il représente.Pour ma part, je dois à cet artiste plusieurs heures d'émotion intense.J'ai parcouru religieusement le Salon de l'Ecole des Beaux-Arts.Je me suis livré corps et âme à la contemplation.Quelle fête! Magie de la couleur qui met l'âme en joie; vérité du dessin qui vous initie au mystère des choses; puissance de l'imagination qui recrée les êtres et les rend plus vrais qu'eux-mêmes; chaleur de la lumière sur les chairs nues; beauté des formes puissamment modelées sous la main du sculpteur Comment dire tout cela ?comment exprimer une telle source de poésie ?Les toiles, les fusains, les bronzes de Côté sont d'un poète réaliste.Where's the poett Show him, show him\ Muses nine, that I may know him\ Où est le poète, Keats ?Certaines gens le voient partout.Pour eux le poète, c'est le monsieur qui sait bien dire de jolies choses.Mais pour vous, Keats, le poète est un créateur d'harmonie, harmonie des pensées, des mots, des couleurs, des sons ou des formes; c'est surtout, pour citer Charles Bernard: "Celui qui lève un coin du rideau et qui vous permet de voir de l'autre côté".L'homme de métier, écrivain ou peintre, ne sait rendre des choses que leur ressemblance, le contour des objets, "leur délinéation exacte, ce que pourrait enregistrer la plaque sensible d'un appareil photographique".Mais le poète, l'artiste reproduit, en plus des choses, leur structure et leur caractère, il rend "à la fois ce qui en émane et ce qui les enveloppe, ces correspondances secrètes entre ce qui est en elles et ce qui appartient au monde extérieur, tous ces accords mineurs ou les thèmes se fondent et où s'harmonisent les contras tes, l'ambiance, l'atmosphère enfin !" Suzor Côté s'affirme artiste et poète, en ce sens.Ses œuvres présentent une splendide harmonie de couleurs et de formes, mais, poète, il nous découvre encore, sous l'apparence véridique des hommes et des objets le est le fort du réaliste), une signification secrète que nous n'aurions jamais perçue de nous-mêmes.Je choisirai, comme exemple, un simple détail du tableau intitulé Lavage au battoir: la manne remplie de linge.On ne saurait dire pourquoi cet objet, banal en lui-même, intéresse à un si haut point dans le tableau de Côté, mais on sent vivement qu'il est poétique.De même pour les Indiennes.Nous avons déjà vu ces femmes avec leur châle, mais avant de nous trouver devant le bronze de Suzor Côté, nous ne savions pas la mystérieuse poésie qui émane de leur forme sévère.L'on pourrait étudier du même point de vue le Pionnier et sa vieille, le Vieux type canadien-français, les scènes d'hiver et surtout le Par Henri GIRARD llâleur de bois.On retrouverait en chacune de ces œuvres le sens de l'infini, ce don d'exprimer l'ineffable, qui n'appartient qu'au poète.Ainsi m'apparait, dans son ensemble, l'œuvre de Suzor Côté.Ses nus méritent cependant une louange particulière.Qu'y a-t-il de plus beau qu'un corps humain glorifié par l'art ?Quoi qu'en disent Louis Veuillot et ses émules canadiens, il faut avoir une âme bien basse, ou un esprit fort peu cultivé, pour ne pas comprendre cette beauté supérieure et ne pas trouver dans un nu vraiment artistique un sujet d'élévation morale.Une œuvre comme la Fontaine de Jeunesse vous met au cœur une joie sereine et pure.C'est une symphonie de courbes, c'est l'exaltation de la chair par la lumière, la soumission de la matière à l'esprit.On comprend sans peine que certaines âmes s'empressent d'oublier le peintre des nus pour ne voir en Suzor Côté que l'artiste régionaliste.Artiste régiona-liste ?Pourquoi pas?Suzor Côté a peint tout naturellement les types et les paysages canadiens qui l'ont intéressé, ignorant les poncifs de l'école du terroir.Ces toiles, ces fusains, ces bronzes, qui illustrent la vie de l'homme des champs canadien, celle de l'habitant, du pionnier, du trappeur ne valent, du strict point de vue artistique, que par le détail justement observé et puissamment rendu, par l'émotion que ces types originaux ont fait naître chez l'artiste.Mais essayez donc d'en tirer une de ces recettes chères à l'école du terroir, vous mettrez au monde de nouveaux poncifs, comme ce bonhomme à capot de poil et ceinture fléchée, type banal qui n'intéresse plus que les écrivains ou peintres de second ordre, incapables de rien concevoir par eux-mêmes.Que l'on fasse, si l'on veut, de Suzor Côté le "peintre national", cela importe peu: son art domine toutes les doctrines.Art extraordinairement simple et varié.C'est une grande vertu, pour un artiste, de savoir se renouveler.Il est commode, à qui veut plaire au public, de se faire le peintre d'un seul paysage.Il est prudent à qui veut bien vendre ses toiles d'adopter une seule manière.Nous en connaissons qui refont à cœur d'année la même toile; cela s'achète à prix d'or.Mais un tel mercantilisme répugne aux vrais artistes.Jacques Guenne écrivait à ce propos une page admirable: "Voici le drame de la peinture et de tous les arts.Il se peut que l'inspiration accorde un jour à un artiste, fût-il sans génie, cette grâce qui permettra à un de ses sonnets, à une toile miraculeuse de transmettre son nom à l'avenir.Mais ce ne sont là que de très rares exceptions.Seule a chance de durer l'oeuvre d'un artiste qui, contre l'entraînement de son esprit, contre l'élan de son inspiration, contre l'habitude de sa main, contre la mode, contre l'accoutumance du public, accepte chaque jour une lutte sans merci.Cette volonté de renouvellement qui est l'élément sain de l'inquiétude esthétique n'a pas cessé d'exalter l'énergie des plus grands." L'art de Suzor Côté évolue largement, et c'est en cela qu'on doit le considérer, chez nous, comme un exemple.Il faut, sans doute, le recul des ans pour apprécier à sa juste valeur l'œuvre d'un contemporain.Nous pouvons seulement constater la haute qualité de l'émotion que nous procurent les œuvres de Suzor Côté, et lui rester reconnaissant d'avoir élever et enrichi, par son art, notre humanité.LE CINQUANTE ET UNIEME SALON DE L'ACADEMIE ROYALE DES BEAUX-ARTS DEUX toiles de A.-Y.Jackson, deux toiles de Hal Ross Perrigard et une toile d'Edwin Holgate.une toile de Harold Beaumont.un bronze d'Emmanuel Hahn, c'est tout ce qu'on peut retenir du cinquante et unième Salon de l'Académie Royale des Beaux-Arts.Les toiles de Jackson surtout.Elles demeurent vivantes dans la mémoire.Jackson n'est pas un coloriste remarquable.Sa matière est plutôt terne.Une réaction, sans doute, contre la manière sottement éclatante de tant de mauvais peintres qui cherchent, dirait-on, à nous éblouir en nous faisant oublier la pauvreté de leurs conceptions.Jackson est plus sincère et moin s optimiste.D'un dessin nettement accusé, par quelques oppositions de tons, il vous peint un paysage avec toute la vibration de l'air.Cet artiste voit les choses avec son âme, et les recrée.Je ne suis pas bien sûr d'avoir sous les yeux un paysage des Laurentides.Qu'importe ?Grâce à l'art de Jackson, je perçois la nature en profondeur sur cette toile, et telle que ma vue, seule, ne m'aurait jamais permis de la voir.Dans les Laurentides je ne vois que le visage extérieur de ces collines.Avec Jackson je comprends maintenant leur signification intime.Sens poétique, sobriété, énergie, mesure: l'art de A.-J.Jackson.Hal Ross Perrigard doit paraître versatile à bien des gens.Chacune de ses toiles est une surprise.Il me semble que nous avons fort peu de peintres qui sachent si bien renouveler leur art.Fantaisiste, dessinateur alerte, coloriste sobre, il promène sur les choses un regard curieux.L'aspect de tel arbre, de telle maison, de tel champ, le charme, l'exalte.Il vous dira ces choses en poète.Rappelez-vous le Old Standby, l'aventure du vieil arbre dans la tempête.Edwin Holgate.c'est l'homme violent, nettement réaliste.Il me déroute parfois.Son art recherche les contrastes et les oppositions crues.Mais il s'affirme tellement décidé et sûr de soi-même qu'on ne peut s'empêcher de l'admirer.Il a.en tout cas.l'excellent mérite de la sincérité.Une toile d'Edwin Holgate rend directement l'impression de l'artiste; cet homme ignore les demi-tons et les périphrases.Il vous dit carrément ce qu'il ressent, et tant pis pour vous si votre sensibilité diffère de la sienne.Une œuvre comme le portrait de Paul est certainement discutable, mais il faut reconnaître en elle une impression sincère.C'est si beau, et si rare chez nos peintres.De Harold Beaumont — l'avouerai-je ?—je ne connais que la toile qu'il présentait au salon: Rocky Headland.Je ne voudrais pas dire que c'est la première œuvre remarquable de cet artiste, et préfère accuser mon ignorance.Quoi qu'il en soit, cette toile me plaît.Il y a là un sens du mystérieux auquel nous ne sommes pas accoutumés.Coloris sombre, symphonie de bruns.Mais la forme de ces rochers, et la profondeur de l'eau.Et puis la tête de Beethoven, d'Emmanuel Hahn.Ce morceau, à lui seul, aurait pu sauver le Salon du néant.J'ai déjà eu l'occasion de dire tout le bien que je pense de cet artiste.Cette nouvelle toile me convainc que je n'ai pas exagéré.Emmanuel Hahn est un artiste rare, puissant par l'imagination, très personnel dans ses réalisations.Il a des élans poétiques qui vous empoignent et vous élèvent très haut au-dessus de la matière.Ainsi sa tête de Beethoven.Vous avez devant vous le géant des symphonies.L'œuvre du sculpteur exprime si bien la puissance du génie de Beethoven, qu'on ne peut la regarder sans entendre éclater en soi la sublime Symphonie en ut.Dans ce pays où le niveau spirituel s'affaise de jour en jour, sous le poids d'un mercantilisme répugnant, une œuvre comme celle d'Emmanuel Hahn acquiert une haute valeur morale.Elle marque un point de ralliement pour les serviteurs de l'esprit.Elle leur est aussi un encouragement et une récompense."La critique juste doit provenir d'une vive sympathie", écrivait Ruskin.Il n'v a évidemment pas moyen d'apprécier les œuvres humaines selon la justice, si l'on ne porte en soi une ferme volonté d'affirmer la beauté là où on la rencontre.Ce n'est pas à dire qu'on doit se laisser aveugler et qu'il nous faut proclamer chef-d'œuvre ce qui n'est même pas œuvre d'art.Le Salon d'Automne présentait au public un si grand nombre de pauvres choses, qu'il faut bien, même avec la plus grande sympathie, avouer qu'on a rarement vu un ensemble aussi mauvais.On constate d'abord l'absence de plusieurs vrais artistes: Clarence Gagnon, Adrien Hébert, Frances Loring, Henri Hébert, Florence VVyle.Chacun sait ce qu'une toile de Clarence Gagnon, par exemple, peut ajouter de valeur à un salon.D'autre part, pour nous en tenir aux œuvres exposées, reconnaissons que la plupart des artistes manquent singulièrement d'imagination.Or, comme dit encore Ruskin, "la puissance d'émouvoir dépend de la richesse de l'imagination".Ces artistes ne savent que reproduire l'apparence des choses qu'ils voient; impossible pour eux de concevoir des images nouvelles.Ils ne peuvent alimenter leur art et le renouveler.Deux ou trois premières œuvres les ont fait connaître, et les voilà pour ia vie voués à peindre de la même manière la même nature.De là ces poncifs invétérés dont nous parlerons plus loin.De là aussi le peu de goût dont ces artistes font preuve pour la beauté du corps humain.L'artiste doit nécessairement interpréter son modèle, choisir la pose naturelle, idéaliser les formes, créer un rythme, et cela demande beaucoup plus d'imagination que le choix d'un paysage à copier.Et pourquoi Charles Huot reste-t-il le seul à peindre des tableaux d'histoire ?N'est-ce pas encore l'absence d'imagination et, par conséquent, l'incapacité de mettre en a-uvre une belle composition qui éloignent les artistes de ce genre noble entre tous ?(Suite à la pa[e 55) Page 6 La Revue Moderne.— Montréal, Janvier 1930 Après décapitation Par H.de VARIGNY L\ guillotine était à peine installée en France qu'elle occasionna beaucoup d'émoi parmi les _j familles des victimes, et de cet émoi tout naturel sortit assez vite une légende d'après laquelle la tête séparée du corps continue à vivre, sentir, et penser pour un temps, d'ailleurs très court.Cabanis entreprit de réfuter la légende.Sédillot le jeune aussi, mais il allait un peu loin en émettant l'opinion que la tête séparée du corps cesse de vivre, de sentir et de juger, même avant l'entière séparation.Ce ne fut nullement l'opinion de Bichat.Alors, pourquoi les mouvements s'observant parfois spontanément chez la tête décollée, et qu'il est aisé de provoquer par l'électricité ou d'autres excitants?Evidemment, on le sait maintenant, parce que les tissus ne meurent pas instantanément, tant s'en faut.Et avant d'être morts, ils restent capables de vie: même le système nerveux.On doit à Astley Cooper une expérience restée célèbre.Il met à découvert sur le chien les deux artères carotides et les deux vertébrales, et les lie toutes quatre simultanément.Dès lors, le sang artériel cesse d'arriver au cerveau et des mouvements convulsifs de la face se produisent, des roulements d'yeux, des bâillements, des mouvements des narines: ces manifestations, toutefois, ne durent qu'un temps, et voici que le calme se rétablit.Mais la tête semble morte.Et la respiration est arrêtée; l'animal asphyxie.Toutefois si l'on pratique l'insufflation pulmonaire, la vie continue dans le corps: elle ne reparaît cependant pas dans la tête, qui reste inerte, quasiment morte, parce que privée de sang artériel.Cette mort apparente, à vrai dire, il est aisé de la dissiper en enlevant les serre-fines s'opposant à l'irrigation du cerveau.Très vite, la vie de la tête revient, à mesure qu'est rétablie l'irrigation cérébrale: les muqueuses reprennent leur couleur, les mouvements respiratoires des narines et de la bouche reprennent; le chien respire sans insufflation, les réflexes et mouvements respiratoires reviennent.En somme le chien avait perdu connaissance par anémie cérébrale: le rétablissement de l'irrigation lui rend ses esprits.Et les mouvements convulsifs qui précèdent la torpeur sont exactement comparables à ceux qu'on peut observer sur la tête décollée: dans les deux cas, il y a anémie: peu importe qu'elle soit due à ce que le cours du sang artériel a été intercepté par les serre-fines, ou à la section des vaisseaux qui provoque une interruption radicale de la circulation: le résultat est le même.Combien de temps peut durer cette mort apparente, cet état de vie latente, du cerveau non irrigué ?Herzen prétend avoir, chez le lapin, à la condition de l'empêcher de se refroidir, maintenu la torpeur asphyxique pendant des heures.Plusieurs années avant l'expérience d'Astley Cooper, l.egallois f 1X12) avait écrit un passage fort intéressant qui mérite d'être rappelé."Si l'on pouvait, disait-il, suppléer au cœur par une sorte d'injection et si.en même temps, on avait, pour fournir à l'injection d'une manière continue, une nrovi-sinii de sang .ir11 rii I.~.ui naturel, soit fourni .irtiti.irl-lement en supposant qu'une telle formation soit possible, on parviendrait sans peine à entretenir la vie indéfiniment dans quelque tronçon que ce soit et par conséquent, après la décapitation, ou l'entretiendrait dans la tête elle-même, avec toutes les fonctions qui sont propres au cerveau.Non seulement on pourrait entretenir la vie de cette manière, soit dans la tête, soit dans toute autre portion isolée du corps d'un animal, mais on pourrait la rappeler de même dans le corps entier et opérer par là une résurrection véritable et dans toute la forme du terme." Opinion très défendable, a laquelle l'expérience d'Astley Cooper apportait de la force.D'autres expérimentateurs devaient y ajouter ïncore, Brown-Séquard en particulier.Il fit plusieurs expériences se rattachant à l'étude générale de la vie des tissus, des possibilités de suspension temporaire de celle-ci, des conditions où se présentent des suspensions de vie.Il procéda du simple au composé.D'abord à un animal mort, il amputait un membre, alors que ni les nerfs ni les muscles ne répondaient à l'excitation électrique, c'est-à-dire alors que ces tissus étaient en état de vie suspendue à tout le moins: peut-être même morts.Mais il s'agissait de savoir dans lequel de ces deux états ils se trouvaient.Et pour y parvenir, Brown-Séquard injectait dans l'artère principale du membre, du sang artérialisé et défibriné, capable de remplacer le sang normal au point de vue physiologique.La réponse ne tardait pas à se présenter: le membre se proclamait vivant: muscles et nerfs récupéraient leur excitabilité après avoir paru l'avoir totalement perdue.S'agissait-il d'une véritable résurrection ?Nul n'eût conclu de la sorte, et Brown-Séquard estime qu'en l'absence de circulation, les tissus dont il s'agit, avant de mourir définitivement, sans appel, passent par une phase où ils ne sont plus activement vivants, mais où ils restent capables de reprendre du service si du sang leur est fourni.C'est-à-dire que le tissu vivant ne devient pas irrévocablement mort d'emblée: il met un certain temps à ce faire, et durant ce temps, qu'il soit compté par minute ou par heures, on peut le ramener à l'état actif par irri- gation sanguine.Ce temps, on peut le considérer comme occupé par un état de mort apparente ou de vie latente.On sait d'ailleurs maintenant que tous les tissus présentent la même physionomie: tous ne meurent réellement qu'au bout d'un temps variant de minutes à des semaine*, Chez le cadavre récent, rien n'est mort en réalité: il y a seulement suspension de la sensibilité, et surtout de la conscience.Cette première expérience de Brown-Séquard en appelait tout naturellement une seconde.Ce qui se révélait vrai d'une patte pouvait bien l'être aussi d'une tête.Après tout, l'expérience d'Astley Cooper l'indiquait nettement.Brown-Séquard la fait, sur le chien.Au bout de huit minutes, toute réaction aux excitations a disparu, comme le montrent les différentes tentatives de réveil de la sensibilité.A la dixième minute, le physiologiste adapte aux quatre artères de la tête des canules munies de tubes de caoutchouc aboutissant à un cylindre où une seringue introduit du sang oxygéné.Qu'arrive-t-il ?C'est bien simple.Après deux ou trois minutes d'irrigation sanguine, quelques petites contractions désordonnées se produisent, puis, peu à peu, on voit se faire des mouvements des yeux, des muscles de la face, qui semblent dirigés par la volonté.Pendant un quart d'heure, l'expérience se poursuit, avec le même résultat.Ceci constaté, on cesse d'injecter du sang.Et alors, les mouvements disparaissent, faisant place à des convulsions des yeux et de la face, à des mouvements respiratoires des narines, des lèvres, des mâchoires, et enfin aux tremblements de l'agonie.La tête paraît mourir une seconde fois.L'expérience de Brown-Séquard fit grand bruit (1858).^ En 1871, Lussana de Padoue la reprenait, et, sur une tête de brebis, il constatait les mêmes phénomènes; après, ce fut au tour de Laborde, enfin, en 1887, Hayem et Barrier publièrent une étude intéressante sur la question.Mais quelle est la nature de ces mouvements?Sont-ils volontaires ou bien purement d'origine sensi-tive?La volonté, la perception, le sentiment y ont-ils part, ou bien faut-il voir là simplement des mouvements mécaniques?Lussina, Laborde et plus tard Paul Loye n'ont vu dans ces mouvements que des réflexes.Par contre, Hayem et Barrier ont cru obtenir des mouvements volontaires.Quels sont d'après eux ces manifestations ?Ce sont des mouvements des globes occu-laires dans leurs orbites, "spontanés ou suscités soit par l'approche d'une lumière vive, soit par l'appel de la voix": ce sont encore des soubresauts de la tête entière sous l'influence de la douleur ou de la crainte; des mouvements par où l'extrémité de la tête se porte à droite ou à gauche, comme pour fuir; ce sont encore des "contractions mimées des muscles faciaux donnant au regard et à la physionomie une expression particulière de souffrance et d'effroi; des efforts de lappement notés parfois quand on approche une écuelle d'eau près de la gueule; le redressement des oreilles à l'appel de la voix; les efforts de la langue, soit pour se débarrasser d'une substance amère mise en contact avec elle, soit pour lécher le museau".Donc désaccord complet entre Hayem et Barrier, et Lussina, Laborde et Loye par conséquent.ON le voit, il a été fait beaucoup d'expériences, sans qu'il soit possible d'arriver à des conclusions précises, admises par tous les expérimentateurs.Serons-nous plus heureux en considérant les résultats des observations faites sur l'homme, sur le guillotiné ?D'après P.Loye, qui a suivi bon nombre de décapitations, la tête séparée peut — mais ce n'est pas toujours le cas — présenter quelques mouvements de contraction, pendant les deuxième, troisième et quatrième minutes après décollation, mais rien n'autorise à croire à autre chose que des réflexes qu'il est facile d'obtenir, où la conscience n'a nulle part.Vulpian pensait pourtant que l'expérience de rétablissement de la circulation cérébrale, faite sur l'animal, pouvait réussir sur l'homme dans des conditions fort exceptionnelles.Et peut-être pourrait-on voir revenir la conscience, suspendue par la syncope.Paul Bert déclara tout net que pareille expérience ne pouvait être permise: et du point de vue moral il avait parfaitement raison.La question que se posent les expérimentateurs est de savoir si l'on peut maintenir en vie la tête séparée du corps.Quelle technique doit-on adopter?M faut tout d'abord, élaborer un liquide nourricier capable de remplacer le sang, ou bien trouver un moyen de rendre utilisable du sang naturel, car celui-ci, tel quel, se coagulerait vite.Il faut imaginer un appareil mécanique devant remplir la fonction du cœur, et assurer la circulation sanguine dans la tête séparée du corps, sous la pression et avec le débit requis.Enfin, il faut opérer de telle façon que la tête ne meure pas avant l'établissement de la circulation artificielle.Le premier problème relève de la chimie, le second de la mécanique, le troisième de la chirurgie et de la physiologie.Il était donc indiqué de grouper en une seule équipe les techniciens différents, et c'est ce qui fut fait.La question d'ordre chimique fut réglée par cette circonstance qu'une substance dite "Bayer 205", injectée dans le sang, le rend incoagulable.Dans ces conditions, le sang du corps de l'animal devenant utilisable, il fut utilisé et donna pleine satisfaction.La construction du CCeur mécanique fut plus difficile, et nécessita de nombreux essais; à la lin toutefois un résultat satisfaisant fut obtenu.Le cour fut un réservoir en verre rempli du sang incoagulable; de ce n servoir, le sang passait par des tuyaux en caoutchouc dans les artères du cerveau, et au sort ir des veines, il était pompi' par un autre système de tuyaux, oxygéné et ramené dans le réservoir.La circulation était assurée par l'appareil de pompage, poussant le sang oxygéné dans les artères du cerveau.Enfin, en ce qui concerne la technique chirurgie aie.celle-ci fut réglée de telle façon que l'interruption de la circulation fût réduite au minimum: "On séparait la tête du chien de son corps avec beaucoup de précautions et, peu à peu, en joignant les vaisseaux sanguins de I tête aux tuyaux de l'appareil", c'est-à-dire qu'en fait il n'y eut jamais d'interruption totale.L'animal était anesthésié, et quand l'opération était achevée, la lépa ration d'avec le corps était opérée après établissement de la circulation artificielle, et la tête était posée sur une assiette.Nul mouvement, la tête fort, étant encore sous l'influence du narcotique.Mais "malgré cela, on peut, presque du premier moment, percevoir la vie de la tête.Il suffit pour cela de toucher l'uil: non seulement la paupière clignote, mais même elle se reHrécit." Après vingt ou trente minutes, l'action de l'anestlu'sique se dissipe, et la vie devient plus manifeste."Les yeux sont souvent ouverts et donnent l'impression caractéristique d'être vivants; la tête réagit par des mouvements aux attouchements les plus légers.Les paupières clignotent non seulement quand on touche l'uil même, mais aussi quand on souffle légèrement dessus ou quand on touche les poils des sourcils, les moustaches, ou le nez et les autres parties de la tête.Quand on la pince, l'oreille se recule d'un mouvement caractéristique de chien vivant." A n'en pas douter, la tête réagit aux attouchements.Les ressent-elle?C'est une autre question.Le fait qu'elle réagit ne prouve pas qu'elle ressent.Mais le fait de la réaction est certain.Si l'on introduit dans la bouche du coton imbibé d'une substance à goût déplaisant, la bête fait des mouvements de langue pour l'expulser.Dès que la lumière d'une lampe frappe les yeux, ceux-ci se ferment.Met-on un morceau de fromage dans la bouche?La tête l'avale.La vie existe incontestablement.Consciente ou bien inconsciente?C'est ce qu'il n'est pas aisé de discerner.Il n'y a pas à douter de la possibilité de réactions de la tête isolée du corps, de mouvements isolés ou coordonnés.Mais ces mouvements résultent-ils d'excitations directes des fibres musculaires, ou d'excitations d'origine nerveuse centrale, transmises par les nerfs ?Ce qui est tout autre chose.De façon générale, les physiologistes paraissent plus enclins à admettre le caractère inconscient des réactions, bien que certains soient de l'autre avis.La question reste indécise.Il serait pourtant intéressant, au point ele vue pratique, de savoir si les centres nerveux peuvent rester un certain temps — et quel temps ?— en état de vie latente, en restant aptes à reprendre toute leur vitalité ultérieurement.La survie possible des cellules nerveuses est sans doute de fort courte durée — bien inférieure à ce qu'elle peut être pour la cellule musculaire par exemple.Mais encore aimerait-on lui assigner une durée précise.On n'y est pas encore arrivé, parce que dans les expériences dont il vient d'être parlé il est fort difficile de distinguer des réactions inconscientes de réactions conscientes.Et pourtant, en théorie, il semble bien qu'en certains cas au moins, il y ait lieu d'admettre le caractère conscient de telles ou telles réactions.(Adapté de La Science Moderne) L'ALMANACII DE LA LANGUE FRANÇAISE Par Albert LEVESQUE L'Almanach de la Langue française, semble présenter cette année un cachet d'originalité à nul autre pareil C'est presque un volume et non le moins intéressant de l'année.Il est le seul almanach entièrement composé par le même rédacteur, en l'occurrence, Albert Lévesque; le seul à contenir des rubriques pour toutes les activités dominantes de notre peuple; le seul à présenter une toilette typographique et française aussi distinguée; le seul à fournir, enfin, un Ballin national dont la documentation synthétique constitue une source de renseignements indispensables aux travailleurs intellectuels L'Almanach de la Langue française vise l'élite, sans doute, c'est-à-dire les classes dirigeantes, celles qui conservent encore le souci du développement intellectuel et de la culture française.C'est du moins l'impres sion que nous laisse la lecture des principaux articles L'avenir du catholicisme au Canada, Adaptons-nous La politique, c'est pourri.Théâtre national, etc., etc Ajoutons que l'Almanach contient aussi plus de cinquante dessins et croquis, dont la majorité ont été exécuté' par l'artiste Arthur LeMay, l'auteur bien connu de l'album Mille Têtes.Une série inédite de figures de religieux, de patriotes de sociologues, de politiques, d'économistes, de savants d'artistes et d'écrivains sont aussi esquissées.Le lecteur trouvera aussi flans chaque section de V Almaum I.une bibliographie canadienne complète aux multiple-points de vue religieux, national, social, politique, écono mique, scientifique, artistique et littéraire. La Revue M.oderne.— Montréal, Janvier 1930 Page 7 KOËL SAKIS HEIGE Sous le ciel d'Haïti VACARME affreux dans l'air déjà moite du matin haïtien.Je bondirais hors du lit: un filet blanc m'y emprisonne.Je retombe doucement.Pourquoi se lever lorsqu'il y a si peu à faire ?L'odeur énervante de centaines de roses, d'orangers, de citronniers, de grenades, d'un énorme buisson de gardénias, s'insinue dans ma chambre et accentue la langueur tropicale.Le vacarme continue.C'est un tapage infernal, qui vient de l'extrémité de la maison, des jardins où préside notre cuisinière Sarah, aidée d'un groupe de jeunes satellites.On bat du tambour sur les ustensiles de cuisine, on bat des mains, on bat des pieds; des syncopes stridentes et fortement rythmées accompagnent les voix aiguës de jeunes négresses qui, à tue-tête, de plus en plus vite, chantent: "I am so glad that Jésus loves me! I am so glad that Jésus loves me !" Cela dure ?Je ne sais.Mais il y a halte brusque, lorsqu'une voix mâle, en colère, s'écrie: — Moi, je serais très heureux si quelqu'un m'apportait mon déjeuner! Silence.Des pas lourds — bottes et éperons — sur le plancher de bois; des pas nus et légers, courant, courant, courant.Je suis des yeux, nonchalemment, à travers mon ciel de tulle, un scorpion qui se promène au plafond.Je referme les yeux.Du jardin vient une rumeur qui graduellement grandit, se développe, s'élargit.Mon Dieu, les mêmes voix qui recommencent! Piano, crescendo, crescendissimo: "Christ-mas is here, Christmas is here!" Noël ?Et moi qui l'avais oublié .Noël.Chez-nous, là-bas, la neige, les glaçons, les sapins endimanchés — et toujours, venant à moi, cette importune odeur de fleurs! Les souvenirs de Noëls d'enfance se pressent sur moi en hordes obstinées.La messe de minuit, les visites, les parents, les amis.Mais il faut à tout prix fuir ce malaise nostalgique, cette atteinte aiguë du mal du pays.— Blanco, Blanco, y a-t-il de l'eau pour un bain le jour de Noël ?Et je me lève résolument, écarte avec soin le filet protecteur, examine prudemment le plancher, les murs, d'un bleu criard: une bonne morsure envenimée ne serait pas, à vrai dire, un cadeau des plus appréciés.Blanco, Sarah, les autres domestiques accourent.Les teintes varient de l'ébène au café au lait.Profusion de larmes, saluts, remerciements pour les cadeaux qu'ils ont trouvés.Tous des chrétiens, ces noirs venus de l'Ile Turque, île anglaise, paradis j des missionnaires (ce qui explique, si peu respectueuse qu'en fût l'exécution, les hymnes protestantes qui saluèrent mon réveil).Je marche à travers la maison, inquiète, agitée.Cette pensée de Noël m'obsède et me tourmente.Je déteste, aujourd'hui, ce ciel sans nuages, cette mer sans vagues, ce jardin sans ombres.Oh! une bonne bouffée d'air pur et froid! Les heures passèrent, pourtant.Comme tous les jours il y eut durant la matinée, avant les chaleurs de midi, échange de visites.Mais à l'occasion de Noël, les douze familles blanches, sans exception, fraternisèrent dans l'oubli de la hiérarchie ou de ces griefs qui empruntent à l'isolement leur gravité.Après un déjeuner officiel donné par le commandant, comme tous les jours il y eut les heures de sieste, heures durant lesquelles les toits d'étain s'échauffent sous les rayons d'un soleil de plomb, où une pesanteur léthargique s'affaisse sur toutes choses, animées et inanimées.Tout est clos; tout dort, même les araignées, immenses comme des soucoupes.Mais vers cinq heures la petite ville reprend vie, les magasins s'ouvrent, les cafés s'animent.Quant à nous, les sabots de nos montures sonnent sur la terre sèche l'heure de la promenade.Pour cette longue course affolée de seize milles, sur une grève onduleuse et argentée, bordée de tamarins Par Gertrude BASKIN et de palmiers, sans habitation, d'une isolation complète, d'une mélancolique beauté, qui ne souffrirait pas les heures précédentes ?A une distance de huit milles nous attachons les chevaux et plongeons dans cette mer trop calme, trop douce, trop chaude, cherchant en vain cette détente des nerfs que donne le bain dans nos eaux salines du Nord.Thé, au rhum, sur la plage, au murmure des vagues sur les récifs, au loin.Ensuite le long retour, à la file indienne, chevaux au pas, cavaliers locales, comme à l'éclatante blancheur des nappes, la caserne a perdu la sévérité de son aspect ordinaire.Un immense palmier royal, garni de chandelles et de cadeaux, se dresse au centre de la place et veut simuler un arbre de Noël.Le dîner est rude mais copieux.D'énormes tranches de gâteau, d'énormes assiétées de crème glacée: vrai régal pour les soldats, qui sans doute, eux aussi, songent à leurs foyers.Mais les accès de sentiment, dangereux, ne sont pas encouragés.La fanfare joue des airs gais ou martiaux; la rigide discipline est relâchée, les soldats s'interpellent, crient, sifflent, et l'entrain va en augmentant.Lavandière, dans une rue de Port-au-Prince.' ^3îk tèf '" "Li ' "H^jnm i i ¦ : | ¦ m m ïîmiM r L'un des plus anciens forla de l'Ile silencieux, rêveurs.Le coucher du soleil, ardent et flamboyant comme en connaissent seuls les horizons tropicaux, dore quelques moments ciel et terre, s'éteint brusquement.Nous rentrons dans la petite ville à la demi-obscurité.Au seuil des maisons, des groupes nous regardent passer, avec curiosité, ne pouvant s'habituer à la vue de ces jeunes femmes blanches qui montent à cheval comme des hommes, le revolver à la ceinture.Une garde, composée de deux soldats, l'un en avant, l'autre en arrière, tempère les regards hostiles.On sent, dans la tranquillité épaisse du lieu, uneantipathie retenue, une inimitié profonde, indéracinable.Le jour de Noël, chez-nous, vers sept heures du soir Taxis mouvementés, hôtels illuminées, rencontres joyeuses, visites en famille, tout ce brouhaha d'un jour de fête.C'est le cœur un peu gros que je m'habille pour le grand dîner préparé et offert par les soldats de la caserne.Robe de bal de rigueur, pour ranimer autant que possible, dans l'esprit de ces hommes éloignés de la civilisation, et de ces préjugés, la conscience de leur race.Les tables ont été rangées en plein air, dans l'enceinte du fort.Grâce à des décorations de plantes et de fleurs Après le dîner, divertissements, variés selon les goûts.Une revue de théâtre, écrite, montée et donnée par les quelques artistes du régiment; des dames douées d'un certain talent se dévouent; rondes de boxe pour les plus virils; jeux de cartes, cinéma en plein air, au clair de lune! Enfin, ces devoirs imposés aux officiers et à leurs familles prennent fin, et nous pouvons songer à notre propre récréation.A quelques milles du fort, un blanc plus hardi que les autres, planteur dans l'âme, possédait, depuis plusieurs années déjà, une riche plantation de canne à sucre, de cacoa et de coton.Ses noirs, qui l'aimaient beaucoup, lui témoignaient un dévouement absolu.Il nous avait invités pour ce soir de Noël, nous promettant une surprise extraordinaire.Dans ces pays où tout devient monotone, où la température elle-même est sans variété, la moindre nouveauté pique l'imagination, prend un attrait inattendu.Aussi, y avait-il eu mille conjectures sur la "surprise" probable.Nous nous hâtâmes donc de revêtir nos amazones et de partir à cheval.Après avoir longé la cote pendant quelques milles, nous entrâmes brusquement dans un sentier si étroit qu'il nous fallait avancer un à un, les femmes au centre de la ligne, les officiera, en khalci sombre, aux aguets. Page 8 La Revue Moderne.— Montréal, Janvier 1 9 S 0 NOËL Fleur aux pétales de bonheur.Dont la corolle est une cloche parfumée k De prière et d'encens et d'amour.Fleur aimée, Chère, entre toutes les fleurs ! Nuit calme et sainte, bleue et blanche, Où des anges, pour nous, allument dans le ciel Les astres d'or: les sœurs des cierges de l'autel ! Et le vent prie à chaque branche ! Fleur de l'hiver, fleur de la foi, Poème dont le nom fait un frôlement d'ailes, Poésie ancienne et toujours si nouvelle, FA toujours porteuse d'émoi ! Radieux Noël, fleur éclose Du sourire d'amour dont le Divin-Enfant Illumine nos cœurs, où, d'un geste très blanc, La paix des étoiles se pose.LE SAPIN DE HOËL Le frère des buis et des houx, Le sapin des arpents de neige, Jouit, au pays de chez-nous, D'un liturgique privilège.Près de la Crèche, le hameau Erige encore dans l'église La parure du baliveau, Qu'une étoile argentine irise.Suivant le rituel ancien De la divine nuit de fêle, Le petit sapin canadien Est enguirlandé jusqu'au faîte.L'arbre se dresse, endimanché, Sous les velours vert qu'il étale, Tel, vêtu d'un satin broché, Le portechape dans la stalle.On raconte que, certain soir, A travers le givre et la mousse Du bucolique reposoir, Glisse une berceuse tout douce.Est-ce le sapin de Noël Dont le murmure, avec mystère, Se mêle aux musiques du ciel Et berce l'Enfant solitaire ?[Poèmes] Alice LEMIEUX [Patrie Intime] Nérée BEAUCHEMIN Nous arrivâmes ainsi à la grand'route transversale, si l'on peut appeler grand'route un chemin à peine assez large pour permettre à trois chevaux de marcher de front.Plus nous enfoncions dans les terres, plus le pays se faisait agreste et sauvage, vrai pays des Cacos (brigands).Ici et là, des cactus gigantesques jetaient leurs sinistres ombrages sur le sable de la route, ou bien leurs grandes tiges menaçantes semblaient vouloir nous attraper au passage.Quelques habitations isolées, sans lumière, hermétiquement closes.A notre approche des chèvres se levaient précipitamment et disparaissaient, affolées, dans les fouillis.Les sabots de nos montures sonnaient creux.Nous parlions peu, à voix basse, intimidés, quoique pas un n'osait avouer son malaise.Une menace rôdait autour de nous.Enfin, une barrière, baissée.Deux nègres, machette au bras, la gardaient.A notre vue ils eurent de larges sourires de bienvenue et nous ouvrirent le passage au domaine de notre ami.Celui-ci nous attendait impatiemment sur sa grande véranda, construite au-dessus de la Yaque, rivière fangeuse.— Ne vous attardez pas, dit-il, il nous faut être là avant minuit; et il sauta en selle et se mit en tète de la cavalcade.Nous le suivions tant bien que mal, nous baissant pour passer sous les bananiers aux feuilles longues, pour éviter quelque buisson hérissé d'énormes épines.Nos chevaux trébuchaient dans l'épaisse noirceur de la forêt; de temps en temps un noir apparaissait dans le sentier, disait quelques mots au maître, mystérieusement, s'évanouissait dans l'ombre.Bientôt un bruit sourd se fit entendre, un battement de tambour, assourdi, comme emmitoulTIé.Quelques minutes de plus, et nous entrions dans une petite clairière, au centre d'un cercle de huttes apparemment identiques.Des formes dansaient.NOËL SANS NEIGE Tous, nous eûmes un sursaut.Allions-nous voir, vraiment, une de ces danses fabuleuses?Quelle surprise, en effet! A notre approche le tambour cessa brusquement; les (ormes devinrent immobiles.Le maître alla seul pourparler.On entourait son cheval, on baisait les genoux, les bottes cirées de ce blanc, sans armes, vêtu d'une simple chemise de soie et d'un pantalon de toile fine.Le col de la chemise, ouvert, faisait ressortir le cou de nacre et les cheveux courts, blonds.Il parla d'une voix amicale mais ferme; devant leurs protestations et leurs refus, il lança parmi les noirs des poignées de monnaie.Les pièces roulèrent partout, et grands et petits se jetèrent dans le sable.Cris de joie, éclats de rire.Le tambour recommença.— En votre honneur, dit notre hôte, ils vont donner la danse du Coq et de la Poule.Mais pas de rires, et pas de bruit.Cette pantomine remonte au commencement des temps et reste en faveur chez les aborigènes.Les aïeux haïtiens l'avaient sans doute apportée d'Afrique, sur les infâmes galères des traffiqueurs d'esclaves.Quelques couples débutèrent.Les poses étaient lentes, réfléchies.Le tambour battait, alternativement doux et fort; appel monstrueux, irrésistible.Les couples, malgré eux, entraient furieusement dans la danse, les femmes en une longue file parallèle à celle des hommes.Ils avançaient, se mêlaient, reculaient sans interrompre les tableaux.Autour d'eux des groupes gisaient par terre.Une bouteille passait de bouche en bouche.On partageait les mêmes pipes de tabac.Mais peu à peu la danse devenait d'une agitation extrême, accentuait les gestes, les contorsions.Les appels se faisaient de plus en plus rauques.Des danseurs disparaissaient, d'autres prenaient leurs places.Et le tambour battait toujours, et la lune resplendissait toujours; et les constellations étrangères à nos cieux du Nord cheminaient vers l'occident.Mais bientôt, la danse perdant de plus en plus son caractère grave et symbolique, un grand nègre vint dire quelques mots au maître, qui donna le signal du départ.Nous nous réveillâmes comme d'un songe.Quelques petits rires nerveux, quelques regards évasifs, et nous retrouvâmes notre aplomb de gens du monde, que rien ne saurait déconcerter.En route il y eut un silence étrange.Un tambour battit douze coups, espacés, suivis d'une clameur formidable.La légende veut qu'aucun blanc n'ait survécu, s'il a surpris les danses rituelles d'après minuit.A la maison du planteur nous parlâmes, avec psychologie, avec science, de la danse, des nègres, de-^ mœurs, des rites antiques, sacrés et voilés de mystère Le Champagne, les airs d'opéras (entendus pour la pre mière fois en des circonstances combien difTérentesl nou rappelèrent vite à nous-mêmes, au présent, au jour d' Noël; et peu à peu, tout naturellement, nous en vinmc à parler de nos chez-nous, de nos familles, de notr enfance.La nuit était toute douce, tout embaumé) et si fraîche.Il faisait déjà grand jour, lorsque Léah, ma femnv de chambre, tirait soigneusement le filet blanc sous moi matelas, éteignait la lampe.Et, fatiguée de corps i d'âme, je pus penser dans un profond soupir: "Enfin passé, le jour de Noël".Gertrude BASKIN La Revue Moderne.— Montréal, Janvier 1 9 S 0 9 Page 9 Les guirlandes vertes du chèvrefeuille japonais font de jolies parures.UN ARBRE DE NOËL DANS LE JARDIN DEPUIS que, devenue une puissance, la lumière électrique se prête si merveilleusement aux illuminations féeriques, la coutume de l'érection des arbres de Noël au dehors, se popularise de plus en plus, et plus d'une ménagère, de cette époque des atocas et du maïs grillé, ont voué une grande reconnaissance à Edison et aux propagandistes des joyeux arbres de Noël, pour la splendeur ainsi ajoutée à l'entrain des grandes fêtes, surtout, pour la somme de travail moindre qu'exigent maintenant tous ces préparatifs.Quand, dans la nuit de Noël, apparait le sapin, le cher sapin, avec ses aiguilles cristallisées, ses touffes blanches, ses étoiles en clinquants, et les cannes de menthe qui révolutionnent la maison, les émotions que nous éprouvons sont bien différentes des sentiments qu'éveille}le Nouvel An.Mais, ce n'est pas là le sujet à traiter ici, puisque je dois parler des arbres extérieurs au point de vue décoratif, et de leur installation.S'attacher d'abord au genre d'arbre à choisir, ensuite, au choix du site, sont deux points essentiels.Aucun lendemain ne gâte la fête célébrée autour du sapin qui plonge ses racines dans la terre même, et si le plaisir de le décorer est quelque peu diminué, le travail de le dépouiller est aussi éliminé; en outre, il est le symbole vivace du véritable esprit de Noël, puisqu'il n'est pas voué à finir tristement dans la boîte à cendres.Dans la paix d'une nuit d'hiver, les cantiques de Noël résonnent mieux et plus joyeux; comme l'air pur et les étoiles scintillantes dilatent les poumons et reposent l'esprit, les accents de "Petite Etoile de Bethléem" sont plus puissants et plus purs.Chantés ainsi, en plein air, les cantiques sont deux fois plus impressionnants que dans un coin encombré du living-room.L'arbre le plus ancien et le plus en honneur pour cette circonstance, est le sapin, et quoique presque tous ces arbres vivaces soient connus du public sous le nom d'arbres de Noël, si vous voulez inaugurer une tradition de famille, il ne faut pas commander au pépiniériste un arbre aussi important, sous un si vague terme.Vous pourriez, par exemple, vous procurer un épicéa de Norvège pour le L'esprit de cette fête est une chose vivante quand il a de profondes racines dans le sol familial Courtoisie du Delineator premier Noël de bébé et le conserver dix ans et plus, sans que rien vous rappelle sans cesse que vous n'avez pas un véritable sapin de Noël; et alors, tandis que les enfants ne verront encore que les scintillantes lumières de l'arbre de famille, vous trouverez peut-être que ses branches inférieures ont pou-sé irrégulièrement et perdu leurs jolies aiguilles et que, seule, la partie supérieure de l'arbre est verte et de belle Quand même vous Un feston de houx ou de gui au-dessus de trois chandelles électriques.apparence feriez tout ce qui est en votre pouvoir pour le prolonger, le pire désappointement sera réservé à vos enfants lorsqu'ils conduiront leurs enfants à la maison paternelle pour fêter Noël autour du vieil arbre car, arrivera un jour, où le bel arbre ayant dépéri lentement, il ne restera plus qu'à le convertir en bûche de Noël.Ou une couronne devant une seule chandelle électrique.Gai et brillant, le scintillement des arbres Mumtnis se reflète dans les fenitres.Cependant, si vous plantez un sapin Douglass ou un sapin blanc (le premier est préférable parce que ses branches inférieures conservent leurs aiguilles), vous pourrez être rassurés, puisque les enfants de vos enfants en jouiront jusqu'à la septième génération, à moins qu'on ne l'abatte pour des fins de construction.C'est le sapin de forme conique et aux branches fermes, qui est idéal pour les décorations de guirlandes, quoique toute plante vivace, qui a cette forme, peut être décorée de lumières électriques.Le sapin du Canada est de forme conique, mais le moindre poids fait plier ses branches plus gracieuses mais moins fortes.Placer l'arbre pour qu'il soit vu du living-room quand il est illuminé, pendant les vacances, et pour qu'il fasse partie du paysage le reste de l'année, est un problème artistique assez compliqué, et la question pratique à retenir, c'est que le petit arbuste que vous plantez deviendra, un jour, un gros arbre forestier et qu'il lui faut de l'espace pour se développer avec les années.L'important est qu'il soit vu de la maison.Dans les faubourgs populeux, où il n'y a pas d'espace pour cette installation extérieure mais où on conserve la vieille coutume, les arbres étincelants vus du chemin, le soir de Noël, sont d'un charme émouvant.Il n'y a pas que les arbres pour éclairer le chemin du voyageur au cours de ces fêtes et pour répandre un peu de la chaleur et de la gaieté de la maison au-dehors, et en réjouir le passant.Par exemple, des chandelles électriques scintillant hospi-talièrement à travers les couronnes de la fenêtre ou des guirlandes de la porte, parlent de vie et d'entrain; un autre plan, d'un bel effet, et qui a eu beaucoup de succès l'an dernier à la campagne, c'est un feston de lumière entre les sapins chargés de neige qui bordent l'avenue conduisant à la maison.Les plantations du printemps, en prévision de Noël, demandent un peu d'imagination, il est vrai, mais quand arrive l'hiver, les jolis résultats récompensent si bien.(Suite à la page 50) Page 10 La Revue Moderne.— Montréal, Janvier 1930 (n Die Ginadienne ^^^^^^r Sous la direction de Madeleine Le titre de la "Vie Canadienne" n'implique pas que nous ne devions parler ici que des choses de chez-nous, car tout en leur réservant la plus forte importance, il nous arrivera dans le meilleur intérêt de ces pages d'y placer d'autres actualités.Clemenceau Comment aujourd'hui ne pas ouvrir ce courrier par un rappel à la mémoire de cet illustre Français qui s'appelait Georges Clemenceau.Clemenceau, c'était toute la France, cet homme prodigieux qui finit la guerre et ne cessa jamais de se dévouer non seulement aux intérêts français, mais à ceux de l'humanité! Son génie avait trop d'ampleur pour s'assigner des frontières.Ses mots fins et prestes, quelquefois pleins de ce sel gaulois, que l'on peut toujours citer depuis que l'on a laissé s'installer dans l'histoire celui de Cambronne, sont connus partout; on les a publiés, traduits, et il n'y a guère que les primitifs qui ignorent la perte de ce grand Vendéen que son pays natal a reçu avec une dévotion ineffable et sacrée.Je croyais que l'on alignerait sa tombe au Panthéon où il avait mille fois mérité d'être installé.Sans doute a-t-il préféré dormir auprès des siens et dans cette Vendée dont il était si bien le fils.Au temps de la chouannerie, Clemenceau aurait fait un brillant capitaine.Il devait lui advenir mieux: le rôle de tenir le sort du monde entre ses mains! Et de dicter ce sort à l'humanité palpitante.Cet homme tout d'une pièce, comme ses mots l'indiquent, devait avoir souvent des rebuffades déconcertantes, même pour ses plus dévoués et appréciés collègues.Cela nous explique peut-être que l'on oublia de lui conférer le titre de président de la République qu'il avait si fortement soutenue de ses larges épaules de combattant.Lui, n'y a rien perdu, mais la République, elle.îs'est privée de cette gloire.Le paradis ne se privera pas de ce grand homme qui peut récréer les saints de toute éternité.Et que l'on me permette de citer ici— si ce n'est textuellement, du moins dans la belle installation de leur pensée, une péroraison d'un petit discours intime de l'abbé Tellier de Ponche-ville qui nous parlait du rôle patriotique et grandiose de Clemenceau, en arriva à toucher, oh! si peu à ses opinions personnelles, et nous dit avec le charme de toute sa discrète éloquence: "Je suis certain que lorsque ce grand homme frappera à la porte du ciel, si saint Pierre hésite a le laisser entrer, Dieu lui dira: "FI y a des permissions que l'on ne demande pas".D'ailleurs pour juger de la vie comme des actes de tels hommes, il faut avoir conclu un pacte avec Là-Haut.Clemenceau habitait tout à côté des Jésuites qu'il taquinait ferme, ce qui était pour cet esprit débordant, une jolie façon d'estimer.et de grille à grille.est-ce que l'on sait jamais ?D'ailleurs nous n'avons pas de commentaires à placer sur la fin de cet illustre Français qui pendant bien des années — et quelles années! a lutté pour le bien et le bon, sans jamais apporter une défaillance dans son action.Clemenceau sut apprécier et l'exprimer la part prise par le Canada dans la grande guerre, et exécutée avec cet entrain qui ne pouvait que séduire le grand homme, qui toute sa vie avait vu la guerre et s'en était bercé.Si Botrel était là, quelle jolie légende il aurait mise sur le socle du monument ou dans la Vendée héroïque où dort un Français unique! et que les enfants auraient chantée de génération en génération.Notre beau Paris M.Thérive, le grand écrivain, se plaint que les rues de France se laissent envahir par le bilinguisme.Toutes les autorités devraient intervenir pour empêcher un tel massacre Paris doit rester une ville française, et le monde l'aimera beaucoup moins le jour où elle aura perdu son cachet.Incertitude ?Une chose qui m'a singulièrement intrigué là-bas, c'est que parlant français, je me suis fait répondre deux fois en anglais.L'on m'avait parfaitement compris puisque l'on me répondait (ceci à l'intention de nos amis de l'Ontario).Une fois, par une pipelette à qui je demandais si telle personne habitait bien tel étage, etc., et qui nie lança un: "Yes" avec ostentation.Une autre fois, sortant d'un magasin, je donnai l'adresse d'une maison qui finissait en "lain" au chasseur qui me faisait avancer un taxi, et le bonhomme de la transmettre, mais en lui donnant une con-sonnance anglaise.Je lui fis un procès sur le coup.Je ne pus jamais savoir pourquoi il m'avait traitée comme une anglaise, alors qu'il avait parfaitement compris mon français.Sans doute lui et la pipelette pour se donner des "airs" savants.Nos Vétérans Nos vétérans ont tenu un congrès sous la présidence du lieutenant colonel Laflèche, et ce mouvement d'une plus solide fraternité, entre les survivants de cette épopée inoubliable semble s'être généralisée plus que jamais cette année.Avec le recul des ans, ceux qui ont lutté pour une cause dont ils éprouvent de mieux en mieux, l'importance comme la splendeur, éprouvent sans doute le désir de se retrouver et de se confondre dans une chaleureuse humanité.Le Prince de Galles a d'ailleurs donné un bel exemple en réunissant tous les vivants de la "Victoria Cross".Notre province a compté deux de ces héros, mais ceux-là avaient payé de leur héroïsme, comme de leur vie, l'honneur suprême.Tous deux étaient de ma région, et Rimouski par le patriotisme de monsieur Charles Taché leur a dressé un monument.Ils étaient deux petits gars.et je suis certaine que si jamais M.Carteron, notre consul général de France passe par chez-nous, il épinglera une Légion d'honneur à ce monument, le premier érigé en ce pays, aux soldats de la grande guerre.Il faut être fière de sa petite patrie, surtout quand elle sait se conduire telle que la mienne! Notre région qui d'ailleurs s'est La Revue Moderne.— Montréal, Janvier 1930 très bien tenue, mérite que la France ne l'oublie pas, et en décorant le monument de ses braves, elle décorera un peuple qui a gardé intégralement sa foi et son amour dans la France, et qui n'a même pas su, si pendant des années, il avait vécu avec un vainqueur dont il n'avait nul souci, tellement, il était solidement campé sur ses rocs invincibles, et en pleine possession de son magnifique Saint-Laurent.Oh ! Le marquis Marconi prétend dès ce jour que d'ici quelques années, le monde ne mourra pas.L'illustre applicateur de la méthode Branly nous paraît un peu extraordinaire avec cette récente affirmation.Car enfin, le bon Dieu tout de même M.Marconi, Il doit avoir à discuter avec vous à ce sujet.Et vous seriez bien gentil de nous faire connaître le résultat de votre conférence.Les éloges a cote C'est une singulière manie que nous avons ici de déclarer à la mort d'une dame sans doute fort respectable, mais qui n'a fait que sa popotte et l'élevage de ses enfants, ce qui est bien le plus bel éloge "qu'elle participait à maintes œuvres de charité, et que les pauvres qui l'ignorent totalement la regretteront beaucoup".Fini ! S'il est une chose qui peut me consoler de la mort de Clemenceau, c'est que h Patrie ne pourra plus user le titre "le Tigre".Cela en devenait obsédant.Le vote des femmes Je reçois depuis quelque temps des lettres assez péremptoires, me demandant de prendre une part plus active dans l'obtention du vote des femmes.Tout le monde sait que je suis de tout cœur ralliée à cette propagande, et que le moment venu j'y apporterai mon appoint.Seulement nous avons en ce moment affaire à un Premier Ministre que j'estime, je n'en disconviens pas, mais qui est bien le plus entêté de nos compatriotes.Tant qu'il sera là, rien qu'à brûler des poudres en pure perte, quoique j'approuve toutes les campagnes d'éducation entreprises auprès des femmes par de zélées et éloquentes électrices du vote féminin.Les Femmes au Conseil législatif comme au Sénat Madame Pierre Casgrain vient de découvrir, en fine petite souris qu'elle est, que les femmes sont éligibles au Conseil législatif.C'est très bien, mais comme les nominations se font par l'Assemblée, il est peu probable qu'elles soient élues d'ici peu.Seulement, si la charmante féministe m'avait consultée, je lui aurais bien dit: Tenez sous le boisseau, votre secret et vos documents, et procurez-vous ceux qui vous donnent accès à l'Assemblée, comme au Conseil.Car enfin nos premiers législateurs n'étaient pas des imbéciles incapables de coordonner leurs lois et de les poser logiquement.Et ce sera un beau jour que celui où les dames entreraient en pleine séance législative et feraient présenter leurs petits documents solidement certifiés, sur un plateau d'or, et je demanderais même à ces dames de dédaigner de discuter, mais de laisser leur représentant, M.Tremblay, parler pour elles.Il saura le faire avec sa logique implacable.Il faut mettre le sourire dans une revanche de telle envergure.Et ces ferventes du rôle social des femmes doivent continuer de chercher.Un simple acte de bonne volonté de M.Tas-chereau remettrait la province de Québec dans la même situation que les autres provinces du Dominion'mais cet acte il ne le fera proba- blement jamais, parce que cela est devenu de l'obstination.Si ces droits ont existé et sont tombés en désuétude, c'est que les femmes d'autrefois ne s'en prévalaient aucunement.Il y a une vingtaine d'années, il fut sérieusement question d'enlever aux femmes le vote municipal sous ce prétexte qu'elles ne l'utilisaient pas, et il se fit alors toute une campagne de presse sous l'adroite direction de Mme Gérin-Lajoie, pour arrêter cette action et ce retour en arrière.La lutte fut chaude et passionnée de part et d'autre, mais les femmes gagnèrent leur point.Féministe et anti-feministe de France Rencontrant madame Gabrielle Réval, à Paris, je fus accaparée par l'ardente féministe qui voulait savoir "comment nous avions obtenu le droit de vote".Je ne le savais pas.Et je, lui avouai tout simplement qu'on nous l'avait donné sans combat, tout simplement, comme cela.Elle frémit d'admiration.Seulement je lui dis bien sincèrement que la France me semblait trop un pays de tradition pour que la chose y fut possible, et que ce serait pour ainsi dire la déparer."Chez-nous tout est à faire et dans un pays si grand, il faut bien que tout le monde s'acharne à lui payer sa dette, à le pousser vers les meilleurs efforts." Tandis qu'ici tout est à sa place, et vous n'avez qu'à vous laisser conduire par les événements.Vous saurez toujours être grandes, bonnes, héroïques quand il le faudra.Vous êtes le peuple le mieux style de la création, le plus harmonieux et le plus fin." Elle me sut gré de lui parler de son pays avec une telle tendresse, et nous ne discutâmes pas du féminisme.Je venais d'entendre d'ailleurs "Colette" et Mme André Corthis en discuter et se déclarer nettement contre le vote féminin en France.Du moment que des femmes d'une telle intelligence s'en exprimaient ainsi, j'éprouvai que la Française n'en voulait pas.Autre pays, autres nécessités.Nos "Montréal" Nos étudiants de Montréal se sont franchement révélés dans le procès de "Jean Martineau" qui fut bien spirituellement annoncé d'abord dans un entrefilet conduit avec finesse et entrain, et auquel tout le monde mordit.Je le lus d'un bout à l'autre avec une sorte de stupeur.j'étais épouvantée d'apprendre que l'on s'égorgeait entre étudiants.La note finale me remit d'aplomb.Cette façon d'annoncer est bien la plus fine qui soit.Nous avions autrefois dans le journalisme un M.Gélinas qui y excellait, et nous amenait tout droit au piège.Le public a chaleureusement accueilli cette manifestation qui devra se renouveler.Et Saint-Sulpice débordait d'auditeurs.II est bon que les hommes de demain sentent combien tous leurs efforts nous sont précieux, et comme nous leur saurons gré de se développer dans le sens de l'esprit, et de se montrer originaux et spirituels.Décadence William Favesham s'est montré navré de la situation créée autour de l'art dramatique dans une ville de l'importance de la nôtre et il s'en est clairement exprimé après une série de représentations donnée au "Majesty".L'indifférence que nous constatons de plus en plus profonde chez le public canadien-français se répète donc dans l'autre partie de la population.C'est une maladie générale dont peuvent s'affoler nos impressarii de même que les artistes qui viennent jouer, dans une ville de l'importance de la nôtre, et devant des banquettes vides.Je suis certaine qu'il trouve à Québec et à Sherbrooke des salles réconfortantes.J'éprouve que le théâtre gai seul pourra nous sortir de cette torpeur affolante.Puis que voulez-vous les gens intelligents sont fanatisés par les sports, même les plus brutaux, et ils y mettent tout leur argent, Page 11 et il ne leur en reste plus pour l'art.Et puis comment obtenir ce redressement du bon goût ?Nous ne pouvons aller asseoir le public où il ne veut pas aller.Tout ceci, ne nous y trompons pas est le résultat de maladresses répétées.La crise passera comme toutes les crises, mais il nous faudra peut-être des années pour nous reprendre à notre joli goût d'autrefois.Est-ce que tout va bien dans les Provinces Maritimes qui veulent se séparer de nous et se créer en état indépendant pour pouvoir s'arracher au marasme qui les bouleversent au point de vue économique.Ces jolies provinces où se sont écrites les premières pages de notre histoire n'est-ce pas une pitié de les voir s'en aller pour ne pas mourir ?Là habite un peuple tellement, gentil, tellement bien éduqué.Ils aiment le Québec là-bas, et nous voisinons avec tant de sympathie.C'est vrai qu'elles resteront toujours là, mais décanadiannisées quand depuis des générations, elles ont fourni à notre pays le plus grand nombre d'hommes po'itiques éminents que nous ayions comptés.Et'nous pouvons nous demander où désormais, nous les irons chercher.Les économistes doivent savoir prévenir et pallier de telles crises.Sinon les économistes cela n'existt rien que pour nous imposer des théories et jamais de remèdes.N'y aurait-il tout de même pas un moyen de garder avec nous ces si intéressantes provinces, sans les vouer à la débâcle financière ?Il peut sembler étrange qu'une femme s'en exprime aussi librement sur de telles questions, mais depuis que nous sommes des "personnes" avec l'éligibilité au Sénat comme au Conseil législatif du Québec, avec permis- (Suite à la page 13) LE MENDIANT Par Victor Hugo Un pauvre homme passait dans le givre et le vent.Je eognai sur ma vitre; il s'arrêta devant Ma porte, que j'ouvris d'une façon civile.Les ânes revenaient du marché de la ville.Portant les )>aysans accroupis sur leurs bât*.C'était le vieux qui vit dans une niche au bas De la montée, et rêve, attendant, solitaire.Un rayon du ciel triste, un liard de la terre.Tendant les mains pour l'homme et les joignant [pour Dieu.Je lui criai: — Venez vous réchauffer un peu.Comment vous nommez-vous?—// rm dit: [Jt m, nomtttr Le pauvre.—Je lui pris la main.—Entrez, [brave homme.— Et je lui fis donner une jatte de lait.Le vieillard grelottait de froid; il me parlait.Et je lui répondais pensif et sans l'entendre.— Vos habits sont mouillés, dis-je, il faut [les étendre Devant la cheminée.— // s'approcha du feu.Son manteau tout mangé des vers, et jadis bleu.Etalé largement sur la chaude fournaise.Piqué de mille trous par la lueur de braise.Couvrait râtre, et semblait un ciel noir étoile.Et, pendant qu'il séchait ce liaillon désolé D'où ruisselaient la pluie et l'eau des fondrières.Je songeais que cet homme était plein de prières.Et je regardais, sourd à ce que nous disions.Sa bure où je vouais des constellations. Page 12 La Revue Moderne.— Montréal, Janvier 19 30 SEANCE BRILLANTE AU "Petit Théâtre'* de Montréal Le professeur M.LEOPOLD HOULE RENE DU ROURE M.HENRI LETONDAL Et voilà, un petit théâtre nous est né! Un petit théâtre dont la petitesse est joliment robuste et dont les premiers pas, si l'on peut dire, sont d'une étonnante fermeté.S'il est modeste, il ne manque cependant pas d'audace et le fait d'avoir élu domicile au Ritz-Carlton prouve qui'l avait bien confiance en ses moyens, ce en quoi il avait d'ailleur3 parfaitement raison, le succès étant magistralement venu consacrer son premier effort.Ce petit théâtre est sympathique à bien des titres.D'abord, il a été conçu, exécuté par deux des nôtres, qui n'ont pas seulement voulu grouper une troupe d'amateurs, pour jouer n'importe quoi, mais ont voulu donner l'occasion aux jeunes auteurs de chez nous, de se faire jouer ensuite.Messieurs Léopold Houle et Henri Letondal, pères de ce nouveau-né triomphant, ont accompli un réel tour de force en menant à bien une entreprise qui pouvait être jugée périlleuse à plus d'un point de vue; car il ne faut pas qu'on oublie, que ce petit théâtre est l'oeuvre de ces deux hommes et rien que la leur.Us n'ont rien demandé à personne, ils n'ont compté sur aucune aide, n'ont frappé à aucune porte; ils se sentaient forts, capables de tout faire par eux-mêmes, et les événements ont prouvé qu'ils n'avaient pas été présomptueux.Sans aucun doute, la soirée du dix fut une surprise pour bien des gens et, s'il en est quelques-uns qui se sont surtout attaches à en faire ressortir les petites imperfections il en est par contre énormément qui ont applaudi de tout coeur.Mon Dieu, la perfection n'est pas de ce monde et ni les auteurs, ni les interprètes n'avaient la prétention d'y atteindre.On n'a pas le droit d'oublier que cette première soirée n'était en somme qu'un essai et en toute sincérité, il faut avouer que cet essai fut une merveilleuse réussite.M.Houle et Letondal ne sont pas des inconnus; le premier, dont la si jolie comédie "Le Presbytère en Fleurs" a déjà fait presque le tour de la Province en accumulant les triomphes, est peut-être l'auteur dramatique canadien qui a le plus de mé- tier; le second, lui non plus, n'en est pas à sa première oeuvre et son "Chérubin 1930" prouve qu'il possède un sens de la scène peu ordinaire.Tous deux sont journalistes et tous deux, dans ce domaine, se sont fait une réputation solide.Il n'est personne qui doute de leur talent.Les interprètes à qui ils avaient confié le soin de présenter au public d'élite au Ritz, leurs deux jolies oeuvrettes, avaient une lourde tâche sur les épaules.En effet, si bonne que soit une pièce, elle ne peut avoir du succès si l'interprpétation en est mauvaise.Or, si cette première soirée aurait été ce qu'on appelle un four dans le monde des coulisses, le petit théâtre serait sorti bien malade de l'aventure.Heureusement, tous les rôles furent tenus d'une façon au moins satisfaisante.Dans "Chérubin 1930", Mlle Madeleine Davis sut ajouter à sa beauté naturelle, une grâce piquante, une diction excellente et un jeu très intelligent.Mlle Berthe Alarie sut être le plus délicieux des chérubins; elle sut mettre énormément de finesse dans son jeu, tandis que le moindre de ses gestes avait toute la grâce du siècle où le costume qu'elle portait n'était pas un travesti.M.Tony Labelle fut ce qu'il devait être: un homme calme, mordant et froidement railleur au début; un homme amoureux, tout simplement amoureux ensuite.Dans "M.Grabouillet", c'est M.Paul-Emile Senay qui s'est attribué la part du lion, son rôle s'y prêtait évidemment, mais il sut si bien lui donner le piquant que l'auteur y avait mis ! Mlle Berthe Lavoie eut des intonations, des gestes, vraiment heureux; elle a joué avec énormément d'intelligence.A Mlle Jeanne De Pocas, on ne peut qu'adresser des éloges: elle fut sobre, distinguée et parfaitement naturelle.Mlle Blu-teau tint son rôle de façon très satisfaisante elle aussi.M.Paul Guèvremont fut très bien, lui aussi; il sut mettre de la diversité dans son rôle dont il fit bien ressortir les finesses.Quant à M.Edouard Baudry, on peut sans doute lui reprocher une certaine ten- dance à la rapidité dans le débit, quoiqu'il sut être parfaitement à l'aise et très naturel.M.René du Roure, de l'Université Mc-Gill, a parlé de l'action du "petit théâtre" et présenté les auteurs.Bref, nous attendons avec une certaine impatience, la seconde soirée du "Petit Thétre", qui, n'en doutons pas, confirmera le succès de la première.PICCOLO // faut discrètement parler de soi Seulement il nous semble difficile de passer sous silence la soirée charmante que le Président de la maison qui comprend de multiples activités tels qu'une maison d'impression comme la Compagnie des Marchands, le Prix Courant, journal de commerce dont les origines s'acheminent vers le cinquantenaire, et enfin la Revue Moderne avait convié son personnel strictement, mais au complet.Devant la jolie invitation, je restai perplexe, et je me demandai s'il convenait même que j'aille promener là mon cœur endolori.Je voulus m'excuser auprès de M.Lanoix, et il me dit simplement que mon absence désappointerait les employés.J'ai toujours eu le plus grand souci de mes compagnons de travail, du premier au dernier, et à cette simple pensée qu'ils auraient pu me croire indifférente me décida Il me fut donné de comprendre combien le geste intelligent d'un patron qui confond toute sa famille et participe au plaisir qu'elle en éprouve, peut développer de dévouement et d'entente et surtout de solidarité chez ceux qui travaillent côte à côte, dans les mêmes intérêts et souvent sans se connaître.Ce fut comme une communion d'âmes, tout comme une réjouissance véritablement familiale.Tous les visages resplendissaient d'une joie bien éprouvée.L'on ne touchait les coudes, et personne n'aurait pu sentir quel était le maître, tant le ma'tre sut recevoir et s'oublier.Il me semble permii d'exalter un geste qui me parait être la meilleure façon de gouverner.MADELEINE Lu Revue Moderne.— Montréal, Janvier 1 9 $0 QUIPROQUO — Quelle mouche a donc piqué Louis Lenoir, s'exclama Gaston Mercier qui, en compagnie de plusieurs camarades, faisait sa randonnée hebdomadaire rue Saint-Catherine-ouest, sa "partie de footing"—comme on dit dans les cercles sélects — pour lorgner les petites femmes qui vont exhiber là leurs nouvelles toilettes chaque samedi après-midi ?C'était une habitude quasi-sacrée, pour ce groupe d'amis, de parcourir chaque jour de sabbat la rue plus animée de la Métropole en quête de visages nouveaux, de flirts passagers avec les jolies mousmés qui trottinent d'un magasin à l'autre, mignonnes comme des poupées, dont elles empruntent d'ailleurs les couleurs.L'on dirait qu'à midi juste la cité se métamorphose.Un air de gaieté semble planer, tout à coup, sur cette partie de la ville.Le matin tous les gens semblent inquiets, affairés; l'anrès-dîner tout le monde sourit.Les jeunes filles minaudent, font des grâces, éclatent de rire à tout moment; les hommes se montrent empressés, galants, ne bousculent plus personne, ont la boutonnière fleutie et font des moulinets avec leurs joncs.C'est Montréal qui s'amuse après avoir peiné pendant six jours, six mortelles journées, comme le veut la loi du Seigneur.Cette coutume, que les Canadiens français sont en train d'enlever aux Anglais, ne peut être trop louée.Elle chasse la monotonie du struggle for lije et donne une apparence enjouée aux piétons, aux étalages, au trottoir même, semble-t-il! Et les quatre amis, tout en déambulant, passaient des remarques plus ou moins piquantes sur les connaissances qu'ils rencontraient.Presque toute la population y écopait.L'un d'eux narrait les aventures de Mlle X, l'actrice; un autre les troubles maritaux du grand financier Gendron, qui venait justement de monter en limousine avec une blonde péroxidée; un troisième expliquait l'origine plutôt ténébreuse de la fortune de Jasmin; autrefois commis à $10.00 par semaine, chez Dupuis, et maintenant c'était le tour de Lenoir, que Gaston venait d'apercevoir.— Regardez-le venir, continua-t-il, en désignant un type très bien mis qui approchait en sens inverse, le dos voûté, les paupières rougies, possédant enfin toutes les caractéristiques d'un homme rongé intérieurement par de cuisants soucis.— Diable! Il a changé, l'animal, opina Ernest Girard, véritable carte de mode, prototype du vicomte Jean de Fouquières qui, comme chacun le sait, mourut en petit gilet faute d'avoir eu sa redingote à temps.Notre jeune dandy était très orgueilleux de sa prestance "apolline" et des quelques poils folets qui ornaient sa lèvre supérieure et qu'il caressait à tout instant.Chacun à son tic dans la vie.Les uns sont pra.tiques, les autres sont sarcas.tiques et lui n'était que por.tique, c'est-à-dire qu'il avait le tic du port.On disait de lui: "Aussi soigneux de sa personne que Méderic de ses parents".Enfin, une véritable "mère" de famille."Lui qui passait pour un des plus gais lurons des cercles où l'on s'amuse!.On le prendrait pour un croque-mort où un député qui vient de perdre son dépôt." — Oui, remarqua un autre, ce n'est pas cet air égaré qui le faisait tant aimer de ces dames.Puis, comme le sujet de ces commérages passait près d'eux, sans les voir tous, d'un commun accord, se turent.Et quand il les eut dépassés, Gaston Mercier, qui semblait très bien versé sur les antécédents du personnage, reprit: — Eh bien! messieurs, ce beau Brummel a été puni par où il a péché, il aimait trop les femmes; elles l'ont perdu, où, du moins, il doit sa décadence actuelle à l'un de ces jolis minois qui, sous des dehors charmants, exquis, admirables, cachent tant de noirceur.Ah! les femmes, mes amis, quels êtres pervers!.quelle calamité pour nous, pauvres hommes!.— Cesse tes lamentations, lui conseilla plutôt cavalièrement Ernest Girard, et explique-nous, puisque tu semblés si bien renseigné sur ce triste hère, comment il fut pris au piège, afin que nous en fassions notre profit.D'ailleurs je t'avoue que tu ne parais pas connaître le proverbe qui dit: "Médecin guéris toi toi-même," car pour un misogyne où, du moins, un philosophe, tu ne dédaignes pas le contact des lutins féminins s'il faut en croire les rumeurs qui circulent sur ton compte.— Enfin, enfant du siècle, narre la médisance que tu brûles de conter.— Je ne puis rien vous refuser, rétorqua le pseudo-anachorète, et puisque le traître Ernest — ce Judas qui me vendrait pour une œillade — m'a pris par mon faible, je succombe.Oyez ! oyez !."En ce temps-là Louis Lenoir, qui ne doit pas se douter combien son cas nous intéresse et jusqu'à quel point nous disséquons ce que j'appellerai son "anatomie morale", Louis Lenoir donc, tomba en amour avec une jolie enfant, un tant soi peu coquette, ce qui est fort banal, vous me direz, mais qui dansait admirablement bien, ce qui l'est moins.C'était le prendre par son faible.Vous savez tous combien il aime évoluer sur le parquet ciré, aux accords mélodieux de notre cacaphonie moderne, de cet ineffable jazz, semblable au tam-tam et qui rendrait des points.de côté à Mozart et à Beethoven." A ce moment de la narration les quatre amis saluèrent avec un ensemble parfait, la bouche en cœur, trois toilettes voyantes qui s'adaptaient exactement à des visages prismatiques, et Gaston Meunier poursuivit: ".Et pendant douze mois cette idylle chorégraphique se continua.Louis Lenoir aimait la jeune fille à n'en plus voir clair.Tous les soirs il l'emmenait dans les cafés-dansants où ils exhibaient tous deux les pas les plus compliqués, les valses les plus baroques, à la grande joie des nombreux spectateurs dont le plus considérable désir, en ce bas monde, aurait été d'imiter ces experts de la danse.Les deux petits maîtres de l'art pratiqué par Terpsichore — quel crime je commets en comparant leurs contorsions grimacées à ce terme "sacro-saint-sacré", comme le dit quelque part Gustave Flaubert parlant dans un autre genre d'idées,— les deux petits maîtres, donc, faisaient fureur partout où ils allaient tricoter des jambes.Les invitations leur pleuvaient drues et Louis n'aurait pas changé sa compagne pour son pantalon en serge blanche qu'il arborait l'été dans les endroits de villégiature à la mode.Tout en écoutant religieusement ces commérages les jeunes musacadins ne manquaient pas une occasion de se remplir l'œil.L'heure des thés approchant une nouvelle affluence de ce que les Anglais nomment les "doll-babies", envahissait la chaussée, formant un flux et un reflux de minois captivants.Quelquefois l'on voyait passer une femme, plus jolie que les autres, possédant un chic spécial, indéfinissable, causé par un costume d'une coupe différente, peut-être ou bien par un ruban où un chou posé audacieusement sur la hanche, sur la jupe, à l'encontre de toutes les convenances.Et elle laissait derrière un peu de ces effluves magnétiques, de ces trainées discrètes de parfum qui montent à la tête des hommes et les poussent à commettre Page 13 des folies.Le regard allumé, la moustache frémissante, invariablement, un gros monsieur rubicond, un gardénia au revers de son morning, nageait dans ce sillage embaumé comme un requin suit la caravelle qui a jeté des provisions à la mer.Interrompu un moment par Girard, qui admira tout haut la taille flexible de la sémillante Corinne, Gaston continua son histoire: "Mais si Louis appréciait sa trouvaille; celle-ci comme toutes les coquettes, se plaisait souvent à flirter en sa compagnie et alors commençaient les sempiternelles scènes d'amoureux ou monsieur n'avait pas toujours le dessus." Or, pour comble de malheur, Louis est d'une jalousie extrême.Si un jeune freluquet avait la malchance de regarder sa partenaire seulement du coin de l'œil, aussitôt il lui cherchait noise.Etant d'une force peu commune, ses victimes peuvent se compter nombreuses et plusieurs garçons portent encore aujourd'hui des marques de son courroux."Souvent, quand par un cas de force majeure, Juliette, son amie, ne pouvait sortir avec lui, il exigeait alors un compte-rendu minutieux de ses allées et venues depuis le moment où ils s'étaient quittés.Il allait même jusqu'à l'espionner pour constater si elle le trompait.Mais jamais il ne la prit en faute, en flagrant délit, sauf un soir du mois de mai dernier.— Nous entrons maintenant dans le vif du sujet, fit Jacques, l'un des compagnons de Gaston.Ecoutez l'odyssée d'un papillon volage qui s'est fait brûler les ailes.Que cela te soit une leçon, Rodolphe, léger et à bon entendeur salut!.(Suite à la page 14) ;îîi.i ; : : : : : ; ! : : : : : : : ; : : : ; : : : : ; : : : : 7 : r ;: rrr; LA VIE CANADIENNE (Suite de la page 11) sion également de nous asseoir dans un siège à la Chambre des Communes à Ottawa, nous avons acquis aussi le droit de penser, d'écouter et d'essayer de comprendre la politique de notre pays, de même que celui de juger nos hommes publics, en nous dégageant de tout fanatisme de parti, purement sur'leurs paroles et ('jura actes.Nos amis de Sherbrooke Nos amis de Sherbrooke, notamment l'Union Musicale était à l'honneur le 27 dernier, alors que M.Carteron, l'éminent consul de France, est allé décorer deux des amis les plus fervents de l'art, dans cette jolie et intelligente ville, Mme Codère, et M.Bourgault, des palmes académiques.Leurs amis de partout leur avaient ménagé la surprise des palmes montées sur platine, et qu'ils n'ont pas dû voir s'épingler sur leur poitrine sans la plus grande émotion.Sherbrooke compte, maintenant, trois décorés, puisqu'il faut ajouter aux deux précédents, M.Léonidas Bachand, le grand adepte de l'art vocal dans la ville-reine des cantons de l'est, précédemment honoré par la France.L^ne petite carte m'invitait à me joindre à cette manifestation à laquelle je ne puis malheureusement m'asso-cier que de tout mon cœur.Je félicite les heureux titulaires qui ont bien mérité par leurs intelligents efforts vers l'art et leur succès sans cesse grandissant d'obtenir les plus splendides résultats.Nos amis de Sherbrooke ne m'oublient jamais, et je veux leur dire ici combien ce sentiment constant m'honore et me touche.Quant à M.Carteron, nous ne saurions assez le féliciter d'avoir voulu lui-même honorer cette jolie fête de sa présence.Sherbrooke méritait cet honneur, et nous lui savons gré de lui avoir accordé.MADELEINE Page U L\ Revue Moderne.— Montréal, Janvier 1 9SO Républiques Dédié à l'auteur des Fleurs du St-Laurent Une nouvelle revue paraît à Montréal sous le nom de Canadian Republic.Le directeur de cette publication est en faveur d'un état unitaire, non fédératif.Son principal collaborateur, M.Ewart, est partisan du maintien des relations actuelles entre les provinces et le gouvernement central : il repousse toute idée d'ajouter quoi que ce soit aux quelques libertés que possèdent les Canadiens français hors de Québec en vertu de l'acte de 1867.L'indépendance, dans ces conditions, serait un état bien précaire pour notre nationalité.Nous la repousserons.La Puissance du Canada, qui a les proportions d'un empire, est un état artificiel.Au triple point de vue géographique, économique et social la Confédération canadienne se compose de quatre ou cinq grands pays différents dans lesquels a été quelquefois agité un projet de sécession, quand ils ont trop souffert du lien fédératif.A deux ou trois reprises la législature de la Nouvelle-Ecosse a voté des résolutions pour affirmer qu'elle se trouverait mieux de reprendre son indépendance en rompant avec le Dominion.Peu de temps après sa réunion au Canada, la Colombie-Anglaise a menacé de s'en aller à son tour.Dans les provinces du Nord-Ouest on a pris une attitude semblable et donné naissance au nmouvement progressiste.Pendant la guerre, l'Assemblée législative de Québec a discuté une motion de M.Francœur dans laquelle on faisait savoir à qui de droit que notre province était prête à se retirer de la Confédération, si on le souhaitait de l'autre côté do l'Outaouait.L'Ontario est la seule province qui ne se soit jamais plainte de la Confédération, pour la simple raison que c'est elle oui l'a faite et qu'elle a toujours su profiter du rérime.L'Ontario occupe dans le Dominion la place nue s'est réservée la Prusse dans la Confédération germanique, celle de contrallinp partner.Le Dominion est aujourd'hui, reconnaissons-le, un grand, un très grand empire "dominé" par une majorité qu'anime l'esprit impérialiste, comme le prouve la législation scolaire dans toutes les provinces, excepté Québec, comme le démontrent les règlements relatifs à l'immigration sous tous les ministères, qui favorisent les nationalités de "race nordique", c'est-à-dire germanique de religion'protestante: Anglo saxons, Allemands, Scandinaves, Finlandais.Pour couronner le tout, un organe influent de l'Ontario déclarait, il n'y a pas longtemps, que l'adhésion presque unanime de l'électorat de Québec au parti libéral mérite un châtiment et que les autres provinces devront bientôt se rendre compte que deux millions d'électeurs franco-canadiens sont maîtres du Parlement fédéral! A ce moment-là, ajoute-t-il, les bons citoyens se coaliseront pour délivrer le Canada de la mainmise d'une minorité aussi arrogante que dangereuse pour le bien du pays.Voilà les partenaires que nous aurions dans la république unifiée de M.Weir.Une telle menace comporte que les Canadiens français peuvent s'attendre à voir un jour leurs droits civils et politiques confisqués ou amoindris par la majorité qui fait les lois dans cette démocratique fédération de l'Amérique du Nord.Eh! mon Dieu, tout est possible; cela se pratique ailleurs sous les dictature* d'Fspaene, de Russie et d'Italie.niiplnii"v-iins qui appartiennent à cette majorité-là, MM.Weir, Ewart, Sifton, Dafoe, nous proposent la création d'une république canadienne, une et indivisible, centralisatrice, c'est-à-dire avec l'union législative.Merci, nous n'en voulons point.Canadiennes Une république ?Non.Mais plusieurs républiques canadiennes ou, à défaut, plusieurs dominions canadiens, limités à leurs frontières naturelles et associés ensemble pour la mise en valeur de cette moitié du continent nord-américain, très bien.Mais MM.Ewart et Weir qui veulent la rupture de l'empire britannique, n'admettent pas la rupture de cet autre empire qu'est l'Amérique britannique du Nord.Si les Provinces Maritimes veulent s'en aller, on les gardera de force.Singulière logique, en vérité, de la part de gens à qui l'indépendance pratique des dominions apparaît comme un esclavage auquel il serait urgent de mettre un terme.Les états canadiens souffrent d'être liés ensemble parfois.Témoin la législation sur les pensions du vieil âge, qui taxe les habitants de Québec pour l'avantage des autres provinces.Témoins aussi les impôts versés par le Canada français pour fournir des émigrants au provinces anglaises, témoin la conscription.Ne vaudrait-il pas mieux substituer à cette condition malheureuse, une simple Entente politique basée sur la plus complète liberté, sur l'égalité absolue, sur la coopération volontaire pour le développement et la défense de ces états?C'est du reste le statut actuel du Commonwealth britannique, celui qui assure la cohésion du tout dans la liberté de ses parties constituantes.Le même régime étendu à nos provinces, obtiendrait sans doute un pareil résultat.Il faut que ces messieurs de la Canadian Republic unitaire sachent que le Canada français ne consentira jamais à renoncer à la protection de la couronne britannique pour se jeter dans une union législative avec l'Ontario et les autres provinces travaillées par l'Orangisme et le K.K.K.Quand ils s'en rendront compte, mes compatriotes refuseront également de lier leur sort à une république fédérative dans laquelle ils constitueront toujours une minorité allant vers l'effacement au fur et à mesure que l'immigration couvrira le pays.Souvenons-nous de la Louisiane.La seule solution que j'envisage comme pratique, c'est, par un déboublement de la constitution de l'Empire, appliqué au Dominion, l'association libre d'états indépendants et souverains, travaillant de concert au progrès de cette partie nord du nouveau monde, mais maîtres absolus de leur vie politique.Ce régime a été pendant des siècles la condition des états de l'empire d'Allemagne.Après la guerre fratricide de 1866, la Prusse a imposé son hégémonie et sa direction aux autres états allemands, à peu près comme l'Ontario vers la même époque au Canada.La politique bis-marckienne a reçu son châtiment en 1918.Que les Canadiens profitent de la leçon.Wilfrid GASCON QUIPROQUO (Sui-le de la page 13) L'interpellé, absorbé dans les souvenirs que faisait revivre en lui les propos spirituels du narrateur, ne répondit pas à cette charge et Gaston expliqua: — Maintenant, je dois faire une petite digression avant d'aller plus loin.Si Louis Lenoir est bon danseur, par contre il ne possède pas une érudition très vaste et, pour employer une épigramme de Piron, il n'est rien, en fait de savoir littéraire, "pas même académicien!" "Il a du, je n'en doute pas, lire les admirables écrits de Ponson du Terrail, Emile Zévaco, etc.— que celui qui n'a jamais péché lui jette la première pierre,— mais il n'a pas une connaissance très approfondie de nos auteurs contemporains.S'il est ferré en quelque chose, c'est simplement pour danser."Donc, pour en revenir à mes moutons,— tous les humains n'en sont-ils pas, sauf votre respect ?— Louis, qui travailla pour une compagnie d'assurances, dut s'absenter de la ville pour quelques jours.Il fit maintes recommen-dations à son amie et partit.en campagne — à Sainte-Sophie pour être plus juste — le cœur très gros et très inquiet.Aussitôt que ses affaires eurent été expédiées au dehors, il sauta dans le premier train à destination de Montréal et courut rendre visite à sa dulcinée, pardon, à sa Juliette, sans même prendre le temps de casser une croûte au restaurant.Son voyage avait duré exactement quarante-huit heures, soit environ 152,800,000,0(10,000 secondes de plus que la lumière n'en prend pour faire ce trajet! C'est dire qu'il n'avait pas perdu de temps.— Dès qu'il fut en présence de Juliette, il l'examina d'un œil inquisiteur, essayant de fouiller jusqu'aux "plus profonds replis de son âme"— et Gaston accentua d'une manière particulière et traînante ces derniers mots, — pour constater si délit il y avait.Dans le regard de la jeune fille il crut discerner un aveu de culpabilité et alors, pris par les griffes de la jalousie, il tonna : — Juliette, où es-tu allée, hier soir ?— Moi, répondit la coquette d'un air outragé, mais je suis restée à la maison.— Tu mens!.Dis-moi avec qui tu as passé la veillée ?Prenant plaisir à aiguiser sa colère, Juliette, pour lui faire une niche lui déclara innocemment : — Eh bien! puisque tu veux savoir, j'ai reçu un garçon autrement intelligent que toi, un type qui sait parler aux jeunes filles comme il faut.Comme il dit bien les vers!.Vraiment j'ai été retenue sous son charme, sous la magie de sa parole tant qu'il a parlé.II n'est pas si joli que toi, mais quel beau caractère!.C'en était trop.— Dis-moi son nom! gronda Louis en lui serrant les poignets.Tu vas voir ce que je vais lui faire à ton ami.Quoique souffrant atrocement sous l'emprise de ces deux véritables étaux, Juliette, voulant continuer la plaisanterie jusqu'au bout, et aussi par esprit de bravade, répondit par phrases hachées: — Eh bien, c'est.c'est.Cyrano de Bergerac.Et je t'assure, ouch!!.qu'il n'aura pas peur de toi !.— Ah! Il n'aura pas peur, parvint à siffler Louis, blanc comme ses pantalons de serge immaculée, qui, par hasard.ou plutôt par ignorance, n'avait jamais entendu parler du héros de l'insurpassable comédie de Rostand.Alors tu auras peur pour lui.Et en même temps, lui dégageant les bras endoloris, il lui appliqua sur les deux joues la plus retentissante paire de gifles qui se puissent donner.Je parie même que le.soufflet reçu par le maréchal de Turenne, de bruyante mémoire, ne pourrait pas subir la comparaison.Et voilà.— Et voilà quoi ?demandèrent en chœur tous les auditeurs de Gaston, captivés par la tournure imprévue de son récit.— Voilà comment, poursuivit sentencieusement le narrateur, Louis Lenoir, après avoir dansé tout l'été, fut fort dépourvu lorsque la.gifle fut venue.Et Ernest, aussi fort que son ami en matière d'érudition, ajouta: — Et il jura, mais un peu tard, que l'on ne le prendrait plus.RODELA La Revue Moderne.— Montréal Le rayon des livres Dans un souvenir de tendre piété, mademoiselle Adine Bourassa a publie les lettres de cet artiste à l'esprit charmant que fut M.Napoléon Bourassa, et elle présente l'œuvre paternelle, dans une préface bien sentie et bien posée qui m'a fait méditer sur le fait de l'autorité dont cette femme aurait pu jouir dans notre littérature si elle avait voulu écrire.Il est probable que le souci d'honorer la mémoire du grand et précieux père qui fut le sien lui a mis la plume à la main.Je connus alors qu'il était déjà vieillard, M.Bourassa, et il venait quelquefois me voir, alors que j'habitais aux environs des ateliers où s'était inscrite l'œuvre d'art si remarquable qu'il a posée rliez-nous avec tant de caractère, et combien il était charmant, poli, gentilhomme.D'un esprit intarissable il savait "causer", art qui se perd, et vous tenir sous le charme intaris-rablement.Naturellement il devait savoir écrire, et ses lettres sont exquises.Sa fille fait une bonne action aux Lettres canadiennes en nous l'offrant.Il est de la plus belle époque : celle qui savait être polie, discrète, aimable, et qui se souciait d'écrire la lettre qui réunit les amitiés et fait s'entendre les esprits.Tout son charme et sa finesse se manifestent dans ce volume d'une qualité si remarquable, il savait être spirituel, tendre, dévoué, et il l'exprimait avec un si joli choix de mots, sans jamais heurter l'esprit de ses correspondants.Que l'on me permette de citer ce que disait de lui son fils, M.l'abbé Bourassa: "Un choix judicieux de ses lettres intimes le ferait connaître plus complètement; elles furent nombreuses, exquises comme son cœur, charmantes comme sa conversation.Elles formeraient une part attrayante de son œuvre littéraire." Et ce que l'abbé n'a pu faire, voilà que sa sœur l'accomplit dans une belle dignité et un immense souci de le faire aimer davantage le doux et cher grand homme qui possédait tous les charmes de l'esprit, et toute la beauté de l'âme.Cela lui permit d'être un artiste et un écrivain de haute qualité, et ceux qui l'ont connu ne peuvent l'oublier.Mademoiselle Bourassa a installé l'œuvre de son père dans un décor digne de lui, et le travail d'édition sorti de chez Desclée, de Brouwer & Cie, éditeurs à Bruges comme à Paris, est d'une belle conception, comme d'une nette sobriété.Gerbes d'Automne est le premier livre que Marjolaine nous offre, et qu'elle a composé avec tout ce qu'il y a de meilleur chez elle, son âme sensible déroule sa pensée à travers toutes les pages de ce recueil d'une si douce lecture.Vous sentez que tout est lumière chez cette femme de lettres, ce qui lui a valu de grouper des sympathies aussi nombreuses que fidèles.Lumière et harmonie, Marjolaine passe à travers la vie en l'aimant, et ses œuvres littéraires se ressentent de cette sérénité absolue.C'est un livre apaisant, bien pensé, bien écrit et qu'il nous ferait plaisir de savoir compris et apprécié."Marjolaine" est maintenant profondément liée à i.a Revue Moderne où elle exerce ses activités de la plus heureuse façon.Nous accueillons son volume avec joie, et nous lui souhaitons beaucoup de succès.Donc nos lecteurs et lectrices savent où lui demander cette œuvre charmante, d'une si fine personnalité, et j'espère que tous et toutes s'uniront pour faire à son livre le succès auquel il a droit.AujFil de^la Pensée.Un nouveau recueil écrit par Marjolaine et France, et qui nous apportent des chapitres délicieux.Toutes les deux y ont collaboré avec leurs meilleures qualités, et du tout se dégage une note, soit émue^ soit gracieuse, soit spirituelle.L'on sent l'entente admirable de ces deux femmes et leur souci d'apporter leur appoint dans l'immense labeur littéraire.Je voudrais citer de nombreux extraits de ces volumes mais , Janvier 19 30 CONTE Le réveil A mes deux nièces, Andrée et Yvette.C'est la veille de Noël.Sur la rue principale du village de X règne beaucoup d'animation.La foule se presse vers les magasins afin de faire les nombreux achats qu'imposent cette belle fête.A travers les passants affluant sur le trottoir, s'avance timidement une fillette.Elle marche lentement en jetant un regard curieux sur ce qui l'entoure.Soudain, elle s'arrête près d'une vitrine débordante de riches jouets, parmi lesquels elle remarque: les berceaux d'osier, les pierrots fantasques et les superbes poupées.En elle-même, elle se dit: "Comme j'aimerais posséder 'un d'eux.Oh! mon Jésus, ne m'oublie pas cette fois, car je t'aime bien, tu sais".De toute la candeur de sa petite âme blanche, elle adresse cette naïve prière à Celui qui doit naître en cette mémorable nuit de Noël.D'un geste las, Andrée essuie ses yeux mouillés de larmes.Comme elle s'apprête à continuer son chemin, elle sent une main se poser sur son épaule.Surprise, elle se retourne et aperçoit près d'elle une blonde fillette, richement vêtue qui s'adresse à elle en ces termes: — Bonjour, comment t'appelles-tu ?— Andrée, répond celle-ci.et toi ?— Yvette, ajoute la blondinette qui, gentiment, continue: — Je t'ai vue pleurer et suis venue te consoler.Qu'as-tu donc ?— Je voudrais avoir une poupée comme celle; là.Ce disant, Andrée désigne de son doigt rose l'une d'elles habillée de dentelles.— Ten aurai une pareille, réplique Yvette, même encore plus jolie, car tu sais le petit Jésus descend sur la terre, cette nuit, porter des joujoux aux enfants qui ont été bien sages.Je suis certaine de n'être pas oubliée, car depuis quelque temps, je n'ai jamais si bien appris mes leçons et fait mes devoirs.De plus, je me suis abstenue de me moquer de "Mademoiselle", car maman disait que c'était très impoli.Mais elle est si drôle aussi, avec son nez rouge comme une fraise bien mûre et ses lunettes jaunes.Pour avoir été si raisonnable Jésus viendra, dis ?— Oh! oui, se hâte de répondre Andrée.— Et toi, que comptrs-tu avoir ?— Peut-être rien! — N'aurais-tu pas été sage ?— Si, mais maman dit qu'il ne viendra pas chez-nous.Il a tant de maisons à visiter.Ca me chagrine, ça fait si longtemps qu'il est venu pour moi.— Eh bien! viens chez moi, cette nuit.Il va venir certain, maman me l'a promis.— J'essayerai.Au moment où Yvette va pour renouveler son invitation, une voix presque masculine interpelle: — Yvette! Yvette! Où êtes-vous ?j'y viendrai à un autre moment.Ce gentil volume est un'livre d'étrennes tout indiqué et que l'on me permette de le recommander chaleureusement à l'attention amicale de tous ceux qui nous lisent, et ne^peuvent alors manquer de les aimer, et de vouloir suivre le fil de leur pensée aimable et vaillante.MADELEINE Page 15 DE NOËL d'Andrée C'est mademoiselle l'institutrice qui s'avance en gesticulant; alors, Yvette tend ses lèvres à Andrée et lui dit: — 77 faut se quitter, voilà mademoiselle.Les petites s'embrassent, signant ainsi entre elles le pacte d'une amitié bien spontanée, mais bien sincère quand même.Noël! Noël! Noël!.Il est minuit! Tous les fidèles s'acheminent vers l'église où se célébreront les cérémonies traditionnelles.Sur la route couverte d'une épaisse couche de neige glissent des voitures décorées de clochettes qui égrlnent dans l'air leurs notes joyeuses.On entend ici et là des éclats de rire que la bise passagère emporte au loin.C'est la joie! C'est le bonheur ?Partout l'on chante et rit! Partout l'on fête la venue sur la terre du Roi des rois.Dans une maisonnette perdue là-bas dans la campagne, Andrée dort bien enveloppée dans son lit blanc.Elle sommeille insouciamment; en rêvant sans doute à ce que Nocl lui apportera, car un doux sourire erre sur ses lèvres.Elle ne conçoit pas qu'elle puisse être déçue.Le lendemain matin, il faisait un temps idéal.Comme il avait neigé durant toute cette nuit-là, c'était féerique de voir cette neige pailletée par les rayons de soleil.André, aussitôt réveillée, accourut dans l'appartement où elle croyait voir dresser un bel arbre de Noël paré de nombreux jouets et de brillantes décorations; mais elle fut désappointée et mortellement surtout lorsqu'elle se dirigea vers la cheminée, où elle aperçut ses souliers dans lesquels gisait sa minime part, elle dit: — Pourquoi n'est-il pas venu, Jésus ?Tout son âme se révoltait de l'injustice dont elle était la victime, lui semblait-elle.Soudain, on frappa.On ouvrit.Un messager remit une carte frangée d'or adressée à mademoiselle Andrée et qui se lisait ainsi: "Ma Chérie, "Jésus est venu.Il a laissé ici des jouets pour toi.Viens les chercher.Je t'attends.Yvette" Après la lecture de ces quelques lignes, Andrée sautait de joie et dans le cœur de la mère monta un acte de reconnaissance vers la bienfaitrice qui jetait tant de soleil dans l'âme de son enfant.Après s'être vêtue, Andrée mit un retentissant baiser sur le front de sa mère en disant: — Il est bien bon, bien bon, ton Jésus.Sur le chemin poudré de neige, elle courait presque tant elle avait hâte d'arriver.Ses yeux brillaient, son visage rayonnait.Gaiement, elle se mit à chantonner: — Il est né le divin enfant!.La mère d'Yvette avait compris par le récit de sa fillette, que sa "nouvelle petite Amie" était une déshéritée de la vie et qu'il lui fallait sa part de bonheur en ce grand jour.Alfred BRUNET 3 Page 16 La Revue Moderne.— Montréal, Janvier 1 9dû EVE AU MIROIR LA BEAUTÉ EN TOUTE CHOSE Par CELIA CAROLINE COLE Courtoisie du Delineator QUAND arrive la fête de Noël et que toutes les choses merveilleuses de ce temps revivent splendidement dans votre esprit, vous êtes-vous jamais demandé, comme moi, pourquoi l'étoile, qui aurait dû être visible pour tous les hommes, n'avait été vue que par trois rois qui, munis de riches présents et montés sur des chameaux, s'étaient .ui"ii'.t mis en rouir, guidés par l'étoile mystérieuse ?Etait-ce que cette étoile ne pouvait être vue que par ceux qui, sortis d'entre la foule, avaient atteint une certaine valeur morale leur donnant droit au privilège de la vision ?Ou bien, tout le monde la vit-il et que, seuls, trois hommes eurent le courage et l'initiative de s'acheminer vers elle, entraînés par la confiance qu'elle les conduisait vers la paix et la joie ?Trois hommes traversant le silencieux désert, conduits par une petite étoile et s'en allant vers l'inconnu! Tous les ans, à cette époque de souhaits ît de cadeaux, la même pensée inquiète nous revient comme une obsession: Que donnerons-nous à nos parents, à nos amis ?Que donnerons-nous ?Si seulement pour une heure, nous pouvions pénétrer leurs pensées, découvrir leurs secrets désirs, combien la chose nous deviendrait ensuite facile! Je sais que chacun porte mystérieusement en soi des espoirs et des rêves qui s'élèvent bien au-dessus de ces questions secondaires.Mais je sais aussi qu'il y a, dans toute nature humaine, un sentiment qui lui fait aimer la beauté et la lui fait chercher en toute chose.Alors, déclarons-nous chercheuses de beauté et, cette année, donnons-nous la joie de ne rien offrir qui n'ait ce mérite et n'en réunisse toutes les conditions.Nos cadeaux sont trop souvent la preuve de la hâte avec laquelle ils ont été choisis.Ils n'ont aucun reflet du ravissement de Noël ci de l'enthousiasme de la marche dans la nuit.On dirait plutôt que nous avons vu l'étoile à la dernière minute et, qu'au lieu de répondre aussitôt à son appel, nous avons couru chez les voisins pour savoir si eux aussi l'ont vue et quelle attitude ils prennent à son égard; il semble qu'après de nombreuses courses et démarches inutiles, ayant saisi le premier objet à notre portée et sauté sur le premier chameau rencontré, nous soyons parties à l'aventure.Ne craignez pas la simplicité dans votre choix.L'autre jour, une femme qui ne peut disposer que de peu d'argent, racontait d'une manière charmante, que cette année elle donnait à ses amies un paquet de thé et une jolie boîte de sucre en cubes, de couleur.N'est-ce pas délicieux ?L'idée est neuve et une des meilleures.Ainsi, pour vos amies, il y a mille choses qu'une femme ne s'achète jamais mais qu'elle est ravie de recevoir.Par exemple, rien ne plaît davantage à une femme que le cadeau de son parfum préféré.Les parfums n'ont jamais eu plus de finesse, plus de fraîcheur que de nos jours.Jamais ils n'ont été présentés dans de plus ravissants flacons.La mode veut que les plus chics soient unis et simples; leur beauté consiste plutôt dans la pureté de leurs lignes que dans leur ornementation.J'en ai vu un, entre autres, d'un dessin si charmant qu'il éclipse tous les autres.Il a la forme d'un petit temple, d'un gracieux oval et de proportions parfaites, reposant sur une base de suède beige qui en rappelle les degrés.C'est merveilleux! Son parfum — une nouveauté — a été créé pour la femme élégante et vaillante qu'est la femme d'aujourd'hui.Il a, comme pendant, un parfum délicieux dans un ravissant petit flacon noir, d'un prix très raisonnable.C'est le cadeau parfait pour qui veut offrir une chose charmante que rend plus chère l'intuition que le cœur a guidé le choix.Le domaine des parfums vient de s'enrichir de créations nouvelles dues à l'initiative d'une femme compétente, directrice d'un salon célèbre.Pour la composition de ses parfums, elle ne s'est pas astreinte à l'étude des types et genres différents; elle s'est simplement laissée guider par des qualités, tel que la joie, la fidélité, l'amour, la loyauté, et ainsi de suite.Avec ce procédé, il n'est plus nécessaire d'e I mlii'i Ii - | .1 i -.iim, - pour savoir quel parfum leur convient le mieux; il suffit de savoir ce qu'elles sont.En pensant à vos amies, vous avez, de chacune d'elles, une opinion définie.La pensée d'une d'entre elles vous porte-t-elle à la gaieté.elle est la joie; une autre vous donne-t-elle une impression de sécurité et d'ardeur.elle est la loyauté, comme celle qui excite en vous la confiance et la vaillance, est le courage.Magnifiques ces parfums nconiparables, enfermés dans d'élégants flacons de forme originale et attrayante.Ou encore, ce parfum mystérieux et fascinant, extrait de deux fleurs, qui change d'arôme suivant les personnes qui l'adoptent; une fleur se dégageant plus fortement sur une blonde et l'autre, sur une brune.Il est frais, subtil et durable; et si discret qu'on ne peut que faire preuve de bon goût en s'en servant.Il y a aussi le parfum qui semble avoir capturé les couleurs et le charme fascinant de la Riviera; et rien n'est plus attrayant que cet étui vert jade contenant un mignon flacon rempli de ce parfum délicat créé pour la jeunesse.Les fleurs de pommiers, les anémones et toutes les jolies fleurs printanières contribuent à la douceur de son arôme.Parmi les "compacts"— le cadeau toujours apprécié de la femme qui les aime toujours en harmonie avec ses costumes — il y en a un bleu, en argent, mignon et exquis, léger mais complet; il contient la poudre, le rouge, la pâte pour les lèvres et le crayon pour les yeux.Un autre tout aussi pratique, est rouge de Chine, argent et noir, fin comme une épigramme et superbe comme un mandarin.Très chic et nouveau, un autre modèle, carré avec coins convexes et d'un dessin ravissant, est rouge cardinal et argent; et celui-ci, de moyenne grandeur et d'un joli dessin, est en argent battu, vert, avec espace spécial pour la houppe.Les nouvelles boîtes à poudre sont magnifiques, des fantaisies charmantes en argent brillant, en imitation d'onyx, et en cristal rosé.Il y a encore les savons pour le bain — quatre pains: jade, chair, améthyste et jaune, retenus par un ruban — les services à mani-cure, les nécessaires de toilette, et toutes les autres choses fines, élégantes et pratiques qui mettent les cœurs en joie.Si, en ce jour joyeux, nous ne pouvons procurer à tous, la joie consolante qui réconforte, faisons en sorte que ce que nous donnons à nos amies ajoute de la beauté à leur vie et à leur confort.C'est un geste bon et généreux. La Revue Moderne.— Montréal, Janvier 19 3 0 Page 17 ROMAN CANADIEN Les Dames Le Marchand Par Robert de Roquebrune Première Partie MADAME LE MARCHAND AINEE I — Les actions des Transports du Nord sont tombées à 75, Madame.— A 75 ! L'agent de change considéra sa cliente.C'était une femme âgée, vêtue avec élégance.Sous le grand chapeau noir, la chevelure argentée brillait doucement.D'un geste un peu fébrile elle rajusta la mantille de soie qui glissait de ses épaules.— A 75, répéta-t-elle.Mais à quelle cause attribuez-vous cette dépréciation ?L'homme d'affaires se carra dans son fauteuil et prit l'attitude ennuyée de quelqu'un qui ne peut trahir le secret professionnel.Il répondit: — Vous vous êtes, madame Le Marchand, laissée tenter par la réclame insensée que la Compagnie des Transports du Nord a faite pour placer ses actions.Vous n'êtes pas seule d'ailleurs et le public a beaucoup donné dans cette spéculation.Je vous avais déconseillé ce placement et.Mme Le Marchand fit un geste qui semblait signifier qu'aucune responsabilité ne pesait sur son interlocuteur.— Je vous l'avais bien dit, Madame.Ce chemin de fer ne peut rapporter actuellement à ses actionnaires.Les frais de construction, de mise en œuvre sont énormes.Le pays qu'il dessert est à peine colonisé.Des émigrants s'y établissent depuis quelques années seulement.Sans le gouvernement qui vient de voter une grosse subvention, la Compagnie serait peut-être en faillite.Les actions sont tombées à 75 et les actionnaires ne toucheront de dividendes que dans dix ans, quinze ans.— Alors, que faut-il faire ?Vendre ?— S'il m'était permis de vous donner un conseil.Je vous dirais de garder vos actions.— Mais elles sont à 75 .— Oui, et elles tomberont encore mais elles remonteront un jour et, dans quelques années, vous pourrez faire un joli bénéfice.En semblable occurrence, madame, il faut savoir attendre.C'est pourquoi je vous dis de garder vos actions.C'est ce que feront tous ceux qui ont l'expérience des affaires.Il ne faut jamais s'affoler.Vous retrouverez votre argent.Et vous aurez plus tard des bénéfices qui compenseront l'absence de revenus durant quelques années.Mme Le Marchand réfléchissait.Ses difficultés d'argent devenaient terribles.Le mois précédent, elle avait assisté à la dégringolade de ses actions de la Greenfountain, douze mille piastres placées dans cette affaire, et qui venaient de s'évanouir en fumée.La chute de la Greenfountain ne laissait aux actionnaires que du papier sans valeur entre les mains.Ces fameuses actions qui devaient tripler et quadrupler en six mois selon les prospectus, n'étaient plus bonnes qu'à allumer un poêle, à être jetées à la poubelle.Et puis il y avait ses cinq mille dollars immobilisés dans des terrains de la banlieue de Montréal, terrains qui ne se vendaient pas et pour lesquels il fallait payer l'impôt.Elle se leva.— Vendez, dit-elle.Et elle s'en alla, reconduite jusqu'au corridor par l'agent de change.Revenu dans son bureau, celui-ci consulta le registre où le nom de ses clients étaient notés; il l'ouvrit à la lettre L.— M me Le Marchand de Ligneris, dit-il en feuilletant rapidement, voyons.Lecomte, Lecours, Le Marchand .Le Marchand de Ligneris, voilà! Elle en a pour dix mille dollars.C'est peu.Et elle ne peut se passer du revenu de dix mille dollars! Je croyais les Le Marchand plus riches que cela.Dans la rue, Mme Le Marchand fit quelques pas d'un air préoccupé.Elle se répétait les paroles de l'agent de change: "les actions à 75".Et elle redisait intérieurement ce chiffre.Une goutte de sueur lui mouilla les tempes et roula doucement jusqu'à sa joue.Mme Le Marchand s'aperçut dans la glace d'un magasin.Elle vit que son chapeau était légèrement de travers et qu'elle avait la figure moite et luisante.— Mon Dieu, qu'il fait chaud! soupira-t-elle.Quel supplice de venir à Montréal en plein mois de septembre! Et tout en se rafraîchissant rapidement à l'aide d'une minuscule houpette tirée de son sac à main, la vieille dame chercha de l'oeil un taxi.Elle faisait déjà signe à un chauffeur qui somnolait sur son siège.— A 75, songea-t-elle.Et pour la première fois de sa vie, Mme Le Marchand de Ligneris s'aperçut qu'une voiture coûte bien plus cher que le tramway.Et elle attendit le tramway.Quand elle entra dans la gare, le train allait partir.Les voyageurs se préd- it 5ft pitaient.Mme Le Marchand dut presque courir.Enfin elle gravit le marchepied et se trouva dans un wagon.Elle choisit une banquette et s'y installa.Il faisait vraiment très chaud.Cette circonstance accrut encore la fatigue que ressentait la vieille dame.Elle se sentit tout à coup misérable et profondément triste.Le train glissait rapidement entre des rangées de maisons sales, aux façades enduites de fumée et de charbon.De hautes cheminées d'usines se dressaient.On passait à toute vitesse devant des rues tristes et peuplées.Des enfants jouaient sur des talus pelés.Mme Le Marchand frissonna malgré la chaleur.— Se peut-il que l'on habite de pareils quartiers songea-t-elle.Ce que doit être l'existence dans ces taudis! La pauvreté! Le train arrivait au pont Victoria et s'y engageait avec un bruit d'enfer.Déjà loin, Montréal apparut.Les quais à perte de vue, les grands paquebots amarrés, la foule innombrable des maisons, tout cela formait un spectacle familier à Mme Le Marchand.Elle ne le contemplait jamais sans songer au passé.— Dire que j'ai connu cette ville quand elle était minuscule! En 1880, Montréal ne s'étendait pas plus loin que la rue Sainte-Catherine.Si j'avais acheté des terrains alors ils vaudraient des millions aujourd'hui.Mais pouvais-je prévoir ?Le train stoppa à une station et reprit sa marche.Maintenant c'était la campagne plate et verte des environs de Montréal.Sur la plaine, des maisons dressaient leurs toits peints.Des silos semblaient les tours de quelque château ruiné.Entre les bouquets d arbres, des villas montrèrent leurs architectures compliquées et prétentieuses.Une petite église ancienne, en pierres des champs, à clocher de tôle jaunie se dressa tout à coup non loin du train qui s'arrêtait.Mme Le Marchand sursauta.Elle était arrivée.Le village de Montcour était là, devant ses yeux.Elle s'était laissée aller si profondément à sa rêverie qu'elle avait perdu la notion du temps.Quand elle descendit du train la nuit commençait à tomber.Une voiture l'attendait près de la gare.Le cocher, soulevant son chapeau, souhaita la bienvenue à la vieille dame.— Vous avez fait bon voyage, Madame ?— Mais oui, Savoie, très bon, je te remercie.— On répond toujours ça, se dit-elle, pendant que les actions des transports du Nord lui revenaient à la mémoire.— Et à la maison, il ne s'est rien passé ?demanda-t-elle.Savoie claqua de la langue d'une manière particulière et ce signal fut compris du vieux cheval qui partit d'un trot menu et plein de bonne volonté.Le village de Montcour défilait lentement.Sur le pas de leurs portes les gens saluaient avec la politesse cordiale des habitants canadiens.La vieille dame rendait très exactement les saluts.— Non, il ne s'est rien passé .Il est venu deux lettres.Savoie s'interrompit pour claquer de la langue car le cheval ralentissait déjà.— Avec des timbres étrangers.de France.Je les ai eues à la poste tantôt.— C'est de mon petit-fils, dit Mme Le Marchand.— Probable que c'est de M.Michel.et il est venu un homme pour vous voir.Quand il a su que Madame était absente, il a dit qu'il reviendrait.— Tu aurais dû lui dire, fit Mme Le Marchand qui, à l'ancienne mode, tutoyait ses domestiques, que ma belle-fille était au manoir.— Je le lui ai dit et il n'a pas voulu voir madame Le Marchand jeune.Il a dit que c'est à Madame qu'il avait affaire.D'ailleurs il a laissé sa carte.Madame la trouvera sur la table de la bibliothèque.— Bon, cet homme reviendra.C'est probablement quelqu'agent d'assurances comme il en passe de temps en temps.Ces gens-là sont toujours convaincus que votre maison n'est pas assurée ou que votre vie devrait l'être .Mais, ces deux lettres.il y en a une pour moi, Savoie ?Le vieux cocher fouilla dans la vaste poche de son vêtement et en retira deux enveloppes qu'il tendit à sa maîtresse.Elles étaient affranchies avec des timbres de France.I-a vieille dame considéra d'un regard machinal la petite semeuse de Roty qui se détachait en blanc sur le fond bleu.Les deux lettres portaient cette même adresse: Madame Lemarchand de Ligneris, Jeune, Manoir de Montcour, Montcour, Province de Québec, (Canada).Et sur les timbres ces deux mots imprimés en rond par le cachet de la poste: Paris.Départ.— Tiens, se dit Mme Le Marchand, elles sont toutes deux pour ma belle-fille! Celle-ci, est de Michel Mais, celle-là, je n'en connais pas l'écriture.Elle considéra l'enveloppe durant quelques secondes.Une petite écriture régulière et serrée y courait.Chaque mot semblait avoir été jeté sur le papier par une main ferme et experte.Les virgules et les points étaient nets et précis.Cette écriture contrastait avec l'autre un peu enfantine, aux lettres mal formées, à la ponctuation négligée.Les deux enveloppes étaient du même papier bleu.Mme Le Marchand les rendit à Savoie.— Tu les donneras à ma belle-fille.D'ailleurs, ajouta-t-elle pour elle-même, il y a probablement un mot de Michel pour moi là-dedans.La voiture roulait maintenant en pleine campagne.C'était un pays gras, plantureux et doux.Les terres, remuées par les premiers travaux d'automne, exhalaient encore une odeur de foin coupé.Le long des fossés, quelques feuilles commençaient à s'entasser.Les fermes se succédaient à intervalles presque réguliers.Parfois, entre des arbres, la rivière chatoyait et disparaissait immédiatement.La route s'en rapprochait insensiblement.Une fraîcheur montait du sol et de ces eaux encore lointaines et cachées.Mme Le Marchand se couvrit les épaules d'un châle qui avait été plié sur le siège à son intention.— Cette bonne Emilie pense toujours à tout, songeait-elle.J'aurais pu prendre froid sans cette couverture.Surtout après cette chaleur à Montréal! Il faisait tout à fait nuit quand la voiture atteignit le manoir de Montcour.C'était une longue maison basse, en pierre, à un seul étage.Le rez-de-chaussée était légèrement surélevé et l'on accédait au vestibule par un perron de deux marches et un portique de bois qui servait de véranda.Ce portique, peint en blanc, était formé de quatre colonnes doriques qui supportaient un petit fronton en arc de cercle.Les fenêtres découpaient dans la façade des carrés de lumière tamisée par les rideaux.Sur le perron, une servante attendait avec une lanterne allumée.Quand les roues crissèrent sur le gravier de l'allée, la domestique éleva sa lanterne au bout du bras pour que le cocher fît attention de ne pas s'égarer dans les plates-bandes.Dans le vestibule, Mme Le Marchand jeune accueillit sa belle-mère.Les deux femmes s'embrassèrent.Autour d'elles, les murs se noyaient dans l'ombre.La lumière, que la servante tenait toujours, éclairait les premières marches d'un escalier luisant.On ouvrit une porte et la salle à manger apparut, éclairée par une suspension sous laquelle la nappe et les argenteries resplendissaient.Les dames Le Marchand dinèrent.Assises en face l'une de l'autre, elles se passaient les assiettes et les plats que la domestique déposait à mesure sur un guéridon à côté de la table.Mme Le Marchand aînée parlait un peu fébrilement.Elle raconta ses courses dans les magasins de Montréal, parla de la chaleur, du voyage en chemin de fer.Mais elle ne dit rien de sa visite à l'agent de change.La lumière de la lampe tombait sur sa figure et mettait des reliefs dans ses cheveux blancs.Sous ses yeux, des rides se creusaient et un pli profond barrait son front lisse et pâle.A ses doigts, quelques bagues chatoyaient d'un bref éclat quand elle remuait les mains.La figure de Mme Le Marchand jeune demeurait un peu dans l'ombre.Ainsi éclairée, l'on ne pouvait guère apercevoir ses traits plus distinctement que ceux des portraits aux murs de la salle.Comme eux, elle souriait imperceptiblement d'un NOTRE PROCHAIN ROMAN TOUTOUHE ET SOH AMOUR Par Mme Lucie DELA R UE-MA RDR US TOUTOUNE c'est l'histoire émouvante d'une petite fille que ses parents délaissent dans un vieux manoir de campagne, et dont la sensibilité domine toute cette solitude.Elle adore sa maman, et fera tout pour la consoler aux Jours de tristesses et de déboires.Madame Lucie Delarue-Mardrus excelle dans le portrait des âmes jeunes et pures, mais dans "Toutoune et son Amour" elle s'est surpassée. Page 18 La Revue Moderne — Montréal, Janvier 1 9S0 Les Dames Le Marchand sourire que la pénombre effaçait à demi.Ses mains placées en pleine lumière et qui touchait aux cuillers et aux fourchettes posées devant elle, étaient très belles et ne portaient d'autre ornement qu'un anneau d'or à l'annuaire gauche.— Vous devez être fatiguée, Madame, dit-elle à sa belle-mère.— Je le suis assez, en effet, cette chaleur m'a réellement fatiguée.— Alors, il faut vous étendre sur le canapé.Tenez, je vais arranger les coussins.Mme Le Marchand jeune s'était levée et préparait des oreillers sur un grand sofa de velours près de la fenêtre.— D'ailleurs, ajouta-t-elle de sa voix calme, je regrette de n'être pas allée à Montréal à votre place aujourd'hui.Je vous avais offert d'y aller pour'vous.J'eusse fait vos commissions très exactement.La vieille dame s'étendit sur le siège et s'y assoupit.La domestique desservait Dans la pièce, on n'entendit plus que ses pas feutrés.Le souffle de la nuit entrait r la fenêtre et gonflait les rideaux.Mme Marchand jeune ferma la croisée.— Madame, dit la servante qui revenait de la cuisine, voici des lettres que Savoie m'a remises pour vous.Et elle posa sur la table les enveloppes aux timbres de la République française.Mme Le Marchand aînée s éveilla.Son regard tomba sur les enveloppes.— Ma chère Emilie, dit-elle, quand croyez-vous que Michel revienne?— Mais, pas avant 3 ou 4 mois, je pense.Voici une lettre de lui.Elle vient de Paris.Vous savez qu'il désire beaucoup visiter l'Italie avant de revenir au Canada.Je ne crois pas qu'il soit de retour avant janvier ou février ou même plus tard.— Alors, puisque Michel restera tout l'hiver en Europe qu'avons-nous besoin d'aller habiter Montréal ?Ne vaut-il pas mieux demeurer ici ?Qu'en pensez-vous ?En somme, nos séjours d'hiver à Montréal c'est surtout à cause de Michel.Son voyage coûte très cher; nous pourrions réaliser de sérieuses économies en passant l'hiver ici.— En effet, madame, et je n'y vois pour ma part aucun inconvénient.D'ailleurs, c'est vous qui décidez de ces choses et si nous avons passé ces derniers hivers en ville.— C'est moi qui l'ai voulu, ma chère Emilie, je le sais.J'estime que Michel ne doit pas être enterré ici.Ce garçon doit connaître des gens, se faire des relations.Mais, lui absent, nous pouvons demeurera Montcour.— Vous savez que j'aime beaucoup Montcour et que j'y ai passé bien des hivers.Cela ne m'effraye pas de vivre ici, bien au contraire.— Oh! vous n'êtes guère mondaine, je le sais.Alors, c'est décidé, nous demeurerons ici cet hiver.Ce sera tout économie et nous sommes très bien ici.La pluie se mit à tomber.Elle rebondissait sur le gravier du jardin avec un claquement continu.Il fit soudain presque froid dans la salle Madame Le Marchand jeune considéra les vitres mouillées.L'été finissait.Elle dit presque à voix basse, répétant la phrase de sa belle-mère: "Nous sommes très bien ici." Mme Le Marchand s'était levée du sofa.— Bonsoir, Emilie, je vais me mettre au lit."Ce voyage m'a décidément fatiguée." Le* rides de son front semblaient se creuser davantage et sa démarche parut tout à coup lente et alourdie.Sa belle-fille la conduisit jusqu'à l'escalier au pied duquel elles échangèrent le baiser de chaque soir.Quand elle revint dans la salle à manger, Mme \je Marchand jeune s'assit, dans un fauteuil où elle rêva quelques instants.La Cièce s'était assombrie depuis que la nappe lanche de la table avait été retirée et remplacée par un tapis de peluche verte.Au dehors la pluie tombait toujours.A travers les vitres, on pouvait voir briller le gravier mouillé du jardin.Un silence profond entourait la vieille maison que troublaient à peine le léger glissement de l'eau et le grésillement de la lampe qui brûlait dans la suspension.Sur un buffet, dans l'ombre, les argenterie* avaient des reflets immobiles.Au mur, le* portraits de famille souriaient avec le mystère figé de leur* bouches et de leur* yeux.On entrevoyait l'aile d'une perruque, un haut bonnet de tulle et, vaguement, I éclat d'un regard peint.Madame Le Marchand ouvrit l'une des deux lettres.Et si Mme Le Marchand aînée avait pu la voir, elle eût été surprise peut-être de constater que ce n'était pas la lettre de Michel que sa belle-fille avait ouverte et lu tout d'abord.II LA naissance est le premier hasard de la vie.Il n'en est guère dans la suite d'une existence qui soit plus mystérieux.On naît riche ou pauvre, beau ou laid, apte aux profondes et voluptueuses idées de l'intelligence et de l'amour ou avec une âme sans invention, sèche et froide.Un atavisme effroyablement compliqué nous vaut cette bouche bien dessinés, ces beaux yeux ou ces traits sans grâce qui seront notre inséparable masque.Dans la langue d'autrefois on disait volontiers de quelqu'un qu'il était sans naissance quand il était routinier.C'était employer là une image bien hiérarchique mais, à ce compte, Mme Le Marchand de Ligneris, née Ailleboust de Périgny, avait de la naissance, incontestablement.Par feu son mari et par elle-même, Mme Le Marchand de Ligneris descendait de cette petite noblesse très ancienne, très pauvre et très obscure qui a si longtemps fourni à la France des soldats, des marins et des colonisateurs.Cette classe est presque totalement disparue aujourd'hui mais il en reste quelques rares rejetons en province et dans les anciennes colonies françaises d'Amérique telles que le Canada, la Louisiane et les Antilles.Lorsque vers 1875, Anne Charlotte d'Ail-leboust de Périgny épousa M.Ovide Le Marchand de Ligneris, on se plut à constater que c'était là un mariage bien assorti et que le couple ne laisserait pas d'être heureux.Ils appartenaient tous deux à des familles anciennes, ils avaient une certaine fortune, ils étaient jeunes et beaux.Anne Charlotte, par surcroît, était une femme de tête et qui ne manquerait pas de bien diriger son ménage et d'administrer sagement sa fortune.Elle n'y manqua pas en effet.Ambitieuse, madame Le Marchand de Ligneris voulait que son mari devint un homme considérable, qu'il fit parler de lui.Elle désirait pour lui et pour elle une grande situation.Il ne suffisait pas, pensait-elle, d'appartenir à ce que l'on appelle une bonne famille; encore faut-il faire honneur au sang dont on est en augmentant la gloire ancestrale de celle que l'on peut s'acquérir à soi-même par le talent et l'intelligence.Et elle rêvait que M.Le Marchand devint député, qu'il fît de la politique, qu'il fût ministre.M.Le Marchand de Ligneris était aussi dénué d'ambitions que sa femme en était dévorée.C'était un assez bel homme, sans imagination, qui fumait toute la journée en rêvant à peu de chose.Pendant que sa femme s'occupait des comptes des fermiers et de la conduite de la maison, il s'enfermait dans la petite bibliothèque du manoir où il lisait des rnm.ins grivois du dix-huitième siècle.Quand elle venait le relancer jusque là, Mme Le Marchand le trouvait occupé à lire 'Le Sopha' de Crébillon fils, ou quelque grossièreté du marquis de Sade.Elle dut en rabattre de ses hautes ambitions.Mais alors elle rêva d'avoir une grande fortune.On commençait à parler, au Canada, des millionnaires américains.Les Jay Gould, les Vanderbilt étaient célèbres pour les fortunes immenses qu'ils avaient faites.Mme Le Marchand caressait le désir de devenir millionnaire lorsque M.Le Marchand de Ligneris mourut subitement.Elle le pleura sincèrement, car elle l'avait aimé.Son imagination le lui montra bientôt revêtu des qualités qu'elle eut désiré lui voir.Peu à peu, elle se convainquit qu'il avait eu du génie et qu'il eût fait de grandes choses s'il avait vécu plus longtemps.D'ailleurs toute sa vie s'était reportée sur le seul enfant qu'elle avait de lui, un fils qu'elle élevait en rêvant à son avenir.Toute sa jeunesse se passa ainsi.L'enfant devint un homme.Il ressemblait à sa mère, mais il avait l'âme lymphatique et paresseuse de feu M.Le Marchand de Ligneris.Elle voulait qu'il se mariât richement.La fortune de* Le Marchand unie à celle des Ailleboust ne constituait pas un bien grand avoir.C'était de quoi vivre, et voilà tout.Une riche héritière relèverait grandement cette fâcheuse insuffisance.Madame Le Marchand était prête à choisir une belle-fille dans un monde fort médiocre, pourvu que sa fortune ne le fût pas.Mais son fils tourna court subitement.Il s'éprit d'une jeune fille rencontrée dans un bal, à Montréal, pendant l'hiver.Le jeune Le Marchand tenait de sa mère une grande faculté d'enthousiasme et, de son père, un entêtement terrible et doux que rien ne déviait.Renseignements pris, la jeune fille, Mlle Emilie Badelard, était du mailleur monde, alliée aux plus vieilles familles du Canada, petite fille de magistrats et nièce d'évêques, mais sans fortune.Malgré l'opposition de Mme Le Marchand, le mariage se fit.Le jeune couple vécut au manoir de Montcour.Les deux jeunes gens s'adoraient, ce qui attendrissait Mme Le Marchand.Sa belle-fille Emilie était charmante, et son fils parfaitement heureux.Ils eurent un petit garçon que Mme Le Marchand aînée se mit à idolâtrer.Et, pendant que le père et la mère étaient occupés d'eux-mêmes, la grand'mère élevait le petit Michel, conduisait la maisonnée, surveillait ses fermiers et faisait des placements d'argent.Car ses vieux rêves de fortune l'avaient reprise.Puisque ni son mari ni son fils n'avaient su augmenter l'avoir de la famille elle résolut de s'acquitter elle-même de ce soin.Elle se mit à consulter des journaux de bourse et à fréquenter les bureaux des courtiers à Montréal.Avec un courage magnifique et un esprit de décision remarquable, elle spécula.Du fond de la vieille maison de Montcour, sur le bords de cette rivière Richelieu où elle avait passé toute sa vie, cette femme au grand coeur essaya de faire fortune pour que Michel, son petit-fils, fût riche.Et, comme il arrive souvent pour les joueurs inexpérimentés qui gagnent les premières parties d'un jeu qu'ils ignorent, Mme Le Marchand d'abord gagna.Elle en augura bien pour l'avenir et se lança dans des tentatives plus hasardeuses.Pour acheter telle ou telle valeur que lui conseillaient les boursiers, elle vendit des terres, quelques propriétés, une maison qu'elle possédait à Montréal.Et ses nuits étaient obsédées par le nom des firmes, les dividendes, les cotes de bourse.Elle achetait des valeurs et les revendait.Sa première perte fut à peu près compensée par la vente en hausse des actions d'une compagnie qui augmenta tout à coup l'importance de ses affaires.Puis, elle perdit encore.Elle eut un peu peur.Elle s'aperçut que sa fortune, réunie à ce que M.Le Marchand lui avait laissé, ne se composait plus que de trente mille dollars à peu près.Le manoir de Montcour en pouvait bien valoir dix mille autres, en comptant une petite terre attenante, et qui était affermée.Mais le revenu de tout cela n'était pas net.Certaines compagnies où Mme Le Marchand avaient engagé des fonds payaient assez mal leurs dividendes.Elle regretta ses fermes vendues et sa maison de Montréal.Son petit-fils Michel allait avoir dix ans.Mme Le Marchand ne voyait que lui, ne songeait qu'à lui.De son fils et de sa belle-fille, elle ne se préoccupait que pour les choses matérielles et quotidiennes sans beaucoup leur prêter attention.Il arrive ainsi qu'à vivre avec les gens on s'habitue tellement à eux que l'on cesse pour ainsi dire de les voir.Ils font partie de votre vie comme un meuble que l'on a toujours vu.On les écoute parler et vivre comme on écoute sans l'entendre une horloge sonner les heures.Mais que l'horloge, un jour, cesse de sonner on perçoit immédiatement ce silence inhabituel.Un après-midi d'été chaud et un peu fiévreux, Mme Le Marchand était assise devant son secrétaire.Sous sa main des colonnes de chiffres s'alignaient.La déconfiture d'une petite banque, dont elle possédait des parts d'actionnaire, venait de lui enlever cinq mille dollars d'un coup.— Vraiment, se disait Mme Le Marchand en relevant son visage fatigué, cette loi des banques est absurde et injuste.En voilà une dont j'achetai des actions pour rien, il y a six ans.Les premières années, cela rapportait gros, car j'avais payé si bon marché! On pouvait avoir confiance.Il y avait dans cette affaire des gens renommés pour leur honnêteté et pour leur fortune.Et voilà que ça se met à dégringoler, que ça cesse les paiements, que ça ferme les guichets, et je suis forcée de rembourser mes actions sous je ne sais quel prétexte de loi.Il y eut au loin dans la campagne une détonnation suivie d'une seconde.Mme Le Marchand laissa errer son regard par la fenêtre.Son fils chassait là-bas sur l'Ile-aux-Noix.Il était fervent de ce sport ainsi que de pêche.La région servait bien ses instincts, car cette partie du Richelieu regorge de poisson, et l'Ile-aux-Noix est pleine de canards sauvages et d'outardes.Ce soir-là on attendit en vain le chasseur pour dîner.Inquiètes, les dames Le Marchand envoyèrent des gens à sa recherche.On le retrouva couché dans son canot arrêté parmi les roseaux de l'île; il avait le front troué et le visage méconnaissable, ayant reçu la décharge de petits plombs dans l'œil.On ne sut jamais comment cela s'était produit.La douleur de Mme Le Marchand fut très grande, mais elle dut la refouler pour faire face aux obligations immédiates qui lui incombaient.Pendant que sa belle-fille demeurait anéantie, la vieille dame ordonnait tout pour les funérailles.Quand ce fut fini, elle revint à ses préoccupations quotidiennes.A vrai dire, la mort de son fils ne changeait guère sa vie.Il avait été sans inlluence sur l'existence de la famille.Mme Le Marchand en était le véritable chef.Absorbée par ses affaires d'argent et par son amour extrême pour son petit-fils Michel, choses, gens et événements se confondaient pour elle dans un brouillard vague.Les êtres passionnés comme elle ne voient qu'un ou deux objets: ceux qui alimentent leur passion.Le reste est noyé dans l'incertain et l'indistinct.Quant à sa belle-fille, Mme Le Marchand ne voyait d'elle que sa douceur résignée et ses voiles de deuil.— Emilie, il faudra acheter un nouvea paletot pour Michel; celui de l'année dernière est devenu trop étroit.Mme Le Marchand jeune n'avait jamais aucune objection à formuler.— Emilie, nous passerons l'hiver prochain à Montréal.Michel aura dix-sept ans.Il faut qu'il voie du monde.Mme Le Marchand jeune inclinait la tête en signe d'assentiment.C'est ainsi que s'écoulèrent dix années de vie commune.Mme Le Marchand aînée conduisait toute la vie matérielle de la maison et réglait les affaires d'argent.Mme Le Marchand jeune dirigeait l'éducation et l'instruction de Michel, et cette occupation semblait l'absorber complètement.Jamais aucune discussion n'était venue rompre la bonne entente des deux femmes.S'aimaient-elles ?Elles a-vaient une telle habitude de la vie commune que cela leur tenait lieu de tout autre sentiment.Au fond, elles demeuraient profondément étrangères l'une à l'autre.Unies dans leur amour pour Michel, elles ne voyaient guère que cet enfant qui absorbait leurs existences.Et, avec cela, Mme Le Marchand aînée avait ses préoccupations d'argent.C'est à l'argent qu'elle songeait le lendemain de son voyage à Montréal.Assise dans la petite bibliothèque du manoir, elle faisait des calculs.Sur les rayons, les lignes s'alignaient en rangées régulières.Leurs reliures étaient anciennes.La lumière glissait sur leur cuir vieilli.De sa place, madame Le Marchand eût pu lire les titres des romans de Crébillon fils et du marquis de Sade.Feu son mari avait fait ses délices de ces piètres lectures.Dans un coin de la pièce, des engins de pêche et des fusils étaient appuyés à la muraille.Son fils n'avait vécu que pour prendre du poisson et tuer des oiseaux.Il en était même mort.Ainsi madame Le Marchand avait autour d'elle les monuments de la vie de son mari et de son fils.Les deux hommes avaient été futiles, et leur souvenir n'était attaché qu'à des objets inertes. L a R < '' a < M d d i r h < Montréal, Janvier 19 3 0 Page 19 Les Dames Le Marchand — A 75, se disait la vieille dame en mordillant son crayon.Evidemment, il n'y avait qu'à faire vendre.Elle songea à ses difficultés.Il y avait l'affaire des mines de la "Green-Fountain" qui venait de lui arracher plus de 12,000 dollars, presque la moitié de sa fortune; puis le voyage de Michel en Europe; enfin les intérêts à payer sur des terrains dans la banlieue de Montréal, qui ne rapportaient rien et qu'il faudrait nuire .1 pn 1 iiN le* mercredi» et utniedln Thés Dansants de 4 a 7 hre* Ion» le* namedla Concert-Récital ton* Irn tllmtinrhi'fi ii|)t>»-mti t r c a l , ./ a it r i lument propre et élimine l'eau salée et les désagréments qui en résultent.FRontenac 3121* LIMITEE Page 26 La Revu e Mode r ne.— Montréal, Janvier 1930 Les Dames Le Marchand Q2>~ Douleurs Rhumatismales frictionnez-vous avec Absorbinejr LE UNIMENT ANTISEPTIQUE_ $1.25 lu >> siijellei'i grisonner.\i liriez chez le pharmmien uno I h ,i 11 • 1111 «le l'ilo(; Bureau du comptable.Il Irbonr 4(ISS [, (i B evue Moderne.— Montréal, Janvier 19 30 Page 29 La vieille dame s'approcha de sa belle-r.llis se rrg.inh li ni I .1 .pour l.i première foi9, peut-être, ces deux femmes comprirent comliien elles étaient étrangères, quel abîme les séparait.Il y eut entre elles quelques secondes de silence.Vingt années de vie en commun les avaient moins révélées l'une à l'autre que cet échange de regards.— Emilie, dit Mme Le Marchand aînée, j'ai reçu le Père Gilles.Savez-vous ce qu'il avait à me dire ?Elle parlait avec calme, mais un léger chevrotement trahissait son émotion.— Je le sais, Madame.— Il y a longtemps que vous le savez ?— Oui, la vocation de Michel s'est dessinée depuis longtemps, et vous pensez bien que je n'ai pas ignoré mon propre enfant au point de ne pas m'apercevoir de ce qui se passait en lui.Mme Le Marchand aînée ne put réprimer un mouvement de colère.— Eh bien! moi, je n'ai rien vu en Michel, qu'une piété naturelle chez un garçon élevé par des femmes chrétiennes.Jamais l'idée que cette piété pût devenir une vocation de prêtre ne m'avait effieurée.Aussi, quand le Père Gilles m'a avoué que Michel songe à se faire prêtre, ai-je été atterrée.— Atterrée, Madame ?Je ne vois pas très bien en quoi cette nouvelle vous doive atterrer.— Espériez-vous donc que j'en fusse réjouie ?— Je le suis bien.moi.Mme Le Marchand regarda sa belle-fille.Un véritable éclair de haine passa dans ses yeux gris.— Vous, ce n'est pas la même chose, dit-elle.Il y avait eu une nuance de dédain dans le ton de la vieille dame.Madame Le Marchand jeune la sentit et ne s'en offensa pas.Elle savait à quel sentiment de colère intérieure obéirait désormais sa belle-mère, et elle se tenait prête à en subir tous les excès.Un secret besoin de dédommager la vaincue lui ferait accepter avec patience ses reproches et même ses injures.Car, dans cette lutte pour l'âme et le cœur de Michel, Mme Le Marchand aînée avait été vaincue d'avance sans qu'elle s'en aperçût.Elle s'éveillait brusquement d'une longue ignorance et ne pouvait plus que frapper sur la table avec colère comme elle faisait à cet instant.Mais, qu'importait cela! L'essentiel n'était-il pas sauf! — Et pourquoi ne m'avoir rien dit, rien appris de ces projets de mon petit-fils ?Pourquoi toute cette indigne cachotterie, ces mystères ?— Parce que Michel lui-même l'avait exigé, madame.— Michel! Le malheureux enfant n'a rien exigé du tout; c'est vous qui avez inventé ce stratagème, de connivence avec ce religieux.Mme Le Marchand jeune s'était levée.— Je vais, dit-elle, vous montrer les lettres où Michel me demande, m'ordonne même de ne rien vous dire.Je n'ai fait en cela que me conformer à un ordre absolu de sa part.Mme Le Marchand aînée se rappela la dernière lettre de son petit-fils."Quand vous saurez les grandes et saintes raisons qui m'ont fait agir", disait cette lettre.— Mais pourquoi voulait-il me cacher cela, pourquoi ne m'avez-vous pas confié?— Parce qu'il craignait vos objections, votre résistance.Parce que Michel est faible et que la contradiction lui cause un malaise de la volonté, surtout la contradiction accompagnée d'attendrissement.— Certes, jamais je n'aurais voulu qu'il commit une pareille folie.— Folie, madame, se faire prêtre, se consacrer à Dieu! Oubliez-vous donc de qui et de quoi vous parlez ?La vieille dame passa sa longue main pâle sur son front.Elle eut conscience d'une espèce de sacrilège, d'avoir profané-une chose sainte.— C'est vrai, dit-elle, je deviens folle, je m'égare .Mais cette idée de voir Michel se faire prêtre est si neuve, si insensée, si inattendue!.Ce que j'avais imaginé, rêvé pour lui était si loin de cela ! — Que peut-on"rêv«r qui soit plus heureux pour cet enfant que la vie calme et méritoire qui l'attend ?Mme Le Marchand aînée eut un sursaut de colère.— Eh bien! non, non, ce n'est pas acceptable, je ne m'y résignerai pas.Oh! oh! vous aurez beau me faire des sermons Les Dames Le Marchand comme le Père Gilles tantôt, je ne me rendrai pas à vos raisons.Je ne veux pas que Michel porte la soutane; ce n'est pas ainsi que doit finir notre famille.— Il n'existe cependant pas de fin plus honorable pour une famille que de se terminer par un prêtre.— Il n'y a jamais eu de prêtres chez nous — Eh bien! il y en aura.— Je ne veux pas que Michel soit prêtre, vous dis-je, je veux qu'il continue notre famille, je veux.— Mais si c'est lui-même qui veut être prêtre, de quel droit l'en empêcherez-vous ?— Je suis sa grand'mère.— Et moi, je suis sa mère, et je ne permettrai pas que vous veniez troubler avec des raisonnements humains une divine inspiration, contrecarrer une décision soufflée par Dieu même sur l'esprit de mon fils.Dressées l'une contre l'autre, les deux femmes se dévisageaient.Et brusquement, Mme Le Marchand aînée quitta la chambre.Elle erra au hasard dans les allées du parc et le long de la rivière.Les tempes battantes, le cœur parfois étreint d'une angoisse qui lui donnait le vertige, elle marchait pour calmer ses nerfs.Elle arriva bientôt à la cabane de Renaud.Le bonhomme fumait devant sa porte, assis sur une souche.Sa fille, couchée dans l'herbe, attrapait des grenouilles.Armée d'un bâton, elle frappait les petites bêtes d'un coup sec et adroit.La grenouille arrêtée en plein élan tombait étourdie.Et la jeune fille leur coupait les cuisses à l'aide d'un couteau de cuisine.Près d'elle, une terrine pleine de cuisses de grenouilles dépouillées de leur peau, témoignait de l'habileté de la chasseresse.Mme Le Marchand aînée s'arrêta.Renaud avait levé la tête et regardait la vieille dame.Dans l'herbe, sa fille avait cessé sa répugnante besogne.Tous deux saluèrent la seigneuresse de Mont-cour d'une façon respectueuse et familière à la fois.Elle s'assit sans mot dire sur une souche près de l'homme qui se remit à fumer.Ils demeurèrent longtemps ainsi sans parler.Enfin Mme Le Marchand, fouillant dans le sac de soie qu'elle tenait suspendu à son bras, en tira un vieux portefeuille de cuir.Elle y prit des billets de banque qu'elle tendit à Renaud.— Compte-les, dit-elle.De ses doigts malhabiles, il les compta un à un, consciencieusement.— Il y a trois cents piastres, annonça-t-il enfin.— C'est cela Tu iras demain les porter au notaire Duclos.Tu te feras remettre le reçu de deux cent cinquante piastres qu'il a dû préparer.C'est le montant des intérêts de Mme Bastien pour les six mois écoulés.Vérifie bien le reçu avant de quitter l'étude Quant aux cinquante piastres, c'est l'intérêt du billet que M.Duclos m'a renouvelé il y a trois mois, tu sais.— Je sais, dit Renaud.— Tu diras à M.Duclos que je désire renouveler ce billet aux mêmes conditions.— Aux mêmes conditions, répéta docilement Renaud.— Oui, M.Duclos comprendra.Renaud tira une bouffée de sa pipe.— M.Duclos comprend toujours quand je lui apporte votre argent, dit-il.Mme Le Marchand ne répondit pas.Elle songea durant quelques minutes.—.Tu lui diras aussi que j'espère être en mesure de lui payer tout l'argent qu'il m'a prêté depuis cinq ans, dit-elle enfin D'ailleurs, il n'a pas à se plaindre; au taux qu'il a exigé de moi son argent lui a rapporté.Renaud pliait les billets de banque méthodiquement, et se levant, il alla prendre un bout de ficelle dans la cabane et revint s'asseoir sur sa souche.Soigneusement, il attache les billets avec la ficelle et glissa le paquet entre sa chemise et sa peau.— J'ai eu une lettre de Clermont, dit Mme Le Marchand.Alors elle se mit à confier à Renaud les dernières nouvelles concernant l'héritage de sir Frédéric.Depuis longtemps elle avait pris l'habitude de venir causer avec lui de ses affaires.Il l'écoutait jx-nsi-vement et patiemment sans jamais dire un mot, émettant rarement un avis.Mais c'était pour la vieille dame un soulagement de pouvoir parler devant lui de ce qui la tracassait.Elle lui faisait ses confidences # comme on se laisse aller à en faire à un animal familier.N'ayant personne à qui se confier, elle satisfaisait le besoin de parler de ses affaires avec ce bonhomme muet et attentif.Et elle le chargeait aussi de certaines commissions dont il s'acquittait avec une scrupuleuse fidélité.Souvent aussi, quand Mme Le Marchand avait fini de parler de ses affaires, elle faisait part à Renaud de ses projets quant à Michel.— Sais-tu que mon petit-fils revient ces jours-ci et qu'il a une drôle d'idée dans la tête ?Mais je saurai bien la lui enlever, allez.Trouvez-tu raisonnable que ce garson devienne prêtre ?Voyons, imagine-t-on absurdité semblable ?Mais je ne serai pas longue à lui donner d'autres idées.Michel, prêtre! Ah! non, c'est trop fort! Renaud avait cessé de fumer.Un prêtre! dit-il.C'est bon, prêtre.Mme Le Marchand le regarda avec surprise.Renaud répéta: — Un prêtre Et il ajouta après quelques secondes de silence: C'est meilleur que les autres hommes.Pourquoi ne voulez-vous pas que M.Michel soit prêtre ?— Parce que, dit la vieille dame, cela ne se peut pas.— Ah! dit Renaud, je sais bien, il y a comme ça des choses qui devraient être et qui ne se peuvent pas.VIII DEVANT le perron, la vieille carriole attendait.Les dames Le Marchand parurent.Toutes deux allaient à Montréal.Elles s'installèrent sur les coussins de la voiture.Le cheval ne marchait plus qu'au pas.Ses flancs maigres étaient parcourus de temps en temps par un long frisson.Il s'arrêtait parfois puis repartait avec résignation.Dans le train, les deux femmes n'échangèrent que de vagues propos.A Saint-Lambert, Mme Le Marchand aînée fit remarquer une nouvelle usine en construction.— Cet ancien village devient un vrai faubourg de Montréal, dit-elle.Les terrains augmentent de valeur avec une AVEC L'AGE vos yeux s'affaiblissent inévitablement.Le point important, c'est de ne pas attendre trop tard pour consulter l'optométriste.CARRIERE & SENECAL Optom6trUte»-Optlcltlii à ITOKl lu™ !7I, FitTD 8TE-CATHERINE EST TELEPHONE: LANCASTER Clinique Privée c lu Dr Prévost Ex-élève des hôpitaux de Paris - Londres - New-York vol 1 s i.iM'iii.l Ki\ LIRES Maladies des reins, de la *essi.et des organes génitaux Maladies \ inérirn Ml el maladies de la penu 3440, rue Hutchison, Montréal Tel PLateau 6347 Une Tasse de BO VRIL chaque jour vous aide à éloigner la "grippe" Bovril fiait des Forces Sans Graisse 1»F Page 30 La Revue Moderne.— Montréal, Janvier 19 30 rapidité vertigineuse ici.Et dire que j'ai fait la sottise de mettre de l'argent dans des terrains qui se déprécient chaque année! Ici, c'est magnifique! Et elle regardait avidemment le paysage d'usines, de magasins et de wagons qui défilaient devant elle.Le pont Victoria reçut le train comme un serpent avale une bête qu'il a fascinée et qui vient se jeter dans sa gueule ouverte.Les amatures de fer s'enchevêtrèrent et se succédèrent vertigineusement; le fleuve se brisait sur les piles du pont, là-bas Montréal grandissait peu à peu.Etour- THE PERFECT HEMSTITCHER \ ppmfl imrfrtli ix>u r le !.i .ri.i et le picot PrU: fl.Xft Garantie d'argent remis.La plus grande Invention connue pour la menacera.S'adapte t toulee le* machinée à coudre.Se pale par lui m*me en dix minuta* de tempe Point d'ourlet auael beau que e'il était fait par un appareil de 1275.00.Pajos au facteur Argent remle en cinq Joure ol voue n'#tee pae plue que satisfaite.Ilematltcber « o Caaler EL, Georgetown, Ont.Les Dames Le Marchand UN NEZ PARFAIT S'OBTIENT FACILEMENT Le Moitié T H ADOS No 25 refait tous le* ncl diffor-mea, à li maieon, aans douleur el rapidement.Le aeul dispositif (srsnti redresser le nez.100.000 clients satisfaits.Recommandé par lea médecins.V» / Modèle 25 ir., enfants *s / Demandez notre brochure gratuite qui voua indique comment vous en servir.M TRILETY, expert eo redressement du nez.Liépt.Ml Binghamton, N.-Y.die, Mme Le Marchand aînée ferma les yeux.Quand elle les rouvrit, le train stoppait dans la gare Bonaventure.Les dames Le Marchand descendirent.Elles se ( quittèrent dans le hall; Mme Le Marchand aînée allant vers l'est de la ville, Mme Le Marchand jeune vers l'ouest.Le couvent des franciscains de Montréal est une modeste construction de brique qui tient plus de l'usine que de l'abbaye.On y chercherait bien inutilement les souvenirs de l'art franciscain.La basilique d'Assise et les fresques de Giotto ne sont ici qu'une simple chapelle sans autre ornement qu'un grand Saint-François encastré dans une niche de la façade.Mme Le Marchand jeune, laissant à droite la chapelle, s'avança dans la cour intérieure.Elle monta un perron de deux marches, poussa une porte et se trouva dans un vestibule.Derrière un guichet grillagé, une voix morne l'interpella: — Qui demandez-vous ?— Le Père Gilles.Et elle alla attendre le religieux dans l'une des pièces vitrées qui ouvraient sur un long corridor.Ce petit parloir était meublé de quelques chaises, d'une table et d'un prie-Dieu.Le plancher n'était recouvert d'aucun tapis.Une propreté minutieuse régnait sur la pauvreté de cette chambre.En face de la fenêtre, une espèce de long cercueil de verre renfermait une figure de cire assez sinistre.Vêtu de la robe franciscaine, le mannequin contenait les reliques d'un obscur bienheureux de l'Ordre.La figure modelée avec un certain réalisme était effrayante à contempler.Les yeux entrouverts laissaient filtrer un regard vitreux de moribond.Les poils de la barbe mal rasés avaient été indiqués minutieusement au pinceau, et de vrais cheveux formaient la couronne autour du crâne luisant.Cela tenait de ces saints de cire habillés d'étoffe et couverts de bijoux que l'on voit dans les églises espagnoles.La clenche de bois de la porte fut soulevée.Le Père Gilles entra.Le religieux avait l'air sévère, mais non pas triste.Une telle sérénité s'exhalait de lui que le cœur le plus tourmenté en pouvait recevoir du secours.Son masque aux traits nets, son menton un peu anguleux, la maigreur de toute sa personne, n'excluaient pas une certaine grâce.Malgré sa réserve et un air distant, il ne laissait pas d'être infiniment humain.Comme à beaucoup de prêtres, l'habitude de la confession lui avait appris à reconnaître les motifs les plus secrets du cœur et les causes les plus obscures d'actions en apparence innocentes et mêmes méritoires.Mme Le Marchand éprouvait devant lui une timidité mêlée de gratitude.Ils échangèrent quelques paroles de banale politesse.Il semblait que le père ne fût pas pressé d'aborder le sujet qui, il le savait, intéressait sa pénitente.Enfin, celle-ci parla de Michel.— Je n'ai guère à ajouter aux détails que je vous ai déjà donnés dans mes lettres, madame, dit le franciscain.Vous savez que, lorsque je partis pour l'Europe il y a deux ans, je nourrissais quelque scepticisme à l'égard de la vocation de votre fils.Cette vocation que vous lui avez insufflée pou à peu et, si j'ose dire, savamment, ne me plaisait qu'à demi.Il me semblait voir là plutôt l'effet de votre volonté que relui de vos prières.Et, chez Michel, n'était-ce pas la conséquence d'une entière sujétion ?Cependant, j'ai pu étudier Michel d'assez près au cours de ce voyage fait avec lui.Mes occupations me laissèrent assez de loisirs pour suivre les mouvements de son esprit et ceux de son cœur.Je peux vous assurer qu'il sera un prêtre distingué sinon un saint.— Sinon un saint, dit-elle.— Il est très difficile d'être un saint, madame, il y faut beaucoup plus de simplicité que n'en comportent l'âme et l'intelligence de^votre fils.En tout cas, ce qui l'attire vers la prêtrise est extrêmement honorable et peut suffire à la conduite vers la sainteté, après tout.Ouoique ce soient là des routes bien détournées.— Que voulez-vous dire, père ?— Madame, seulement ceci: que votre fils se fait prêtre un peu comme il choisirait toute autre profession pour laquelle vous l'auriez longuement préparé.Mme Le Marchand sembla péniblement frappée de ces derniers mots.Elle regardait le religieux avec un douloureux éton-nement.— Ne prenez pas en mauvaise part ce que je vous ai dit, continua-t-il.D'ailleurs je ne veux nullement insinuer que Michel puisse être un prêtre léger et peu fervent.Rassurez-vous.Je veux seulement dire qu'il n'aura rien de l'ascète qu= vous aviez rêvé qu'il deviendrait.C'est pourquoi je vous ai écrit tout de suite que la vie monastique n'était pas faite pour lui.Au contraire, à le bien étudier, j'ai vu que Michel réalisait le type excellent du prêtre aristocratique.Il a une foi robuste, une éloquence facile; je le vois assez comme vicaire de l'une des paroisses élégantes de Montréal.Ses sermons auront une vague tournure littéraire avec des lieux-communs et des morceaux de bravoure habilement cueillis dans les bons auteurs.Michel fera beaucoup de bien dans la haute société.Nous manquons ici de prêtres élégants.Le religieux s'interrompit; Mme Le Marchand baissait la tête.Il vit des larmes perler et rouler sur ses joues.— Je suis brutal, madame, et je vous cause ainsi un profond chagrin.Mais il faut que vous compreniez que votre fils n'est pas tout à fait ce que vous aviez rêvé.Vous l'imaginiez faisant partie d'un grand ordre religieux et menant une vie de cénobite., Il sera prêtre, et prêtre d'avenir, n'est-ce donc rien ?Que ce désappointement soit votre pénitence et la punition de votre orgueil.Interdite, elle le regardait.— Oui, dit-il avec sévérité, de votre immense orgueil.Vous avez voulu être la mère d'un saint.Vous avez si constamment douté de la miséricorde de Dieu que seule la sainteté de votre fils vous paraissait capable de vous sauver.Ce vœu qui chez une autre femme serait méritoire, vous avez presque réussi à en faire une occasion de péché."En tout cas, votre espoir n'était pas celui d'une âme médiocre.Mais considérez que Dieu vous accorde beaucoup en donnant à votre fils une vocation paisible et raisonnable.Il sera, je vous le dis, un très bon prêtre, et cela doit vous remplir d'allégresse.Soyez assurée que, si je n'avais reconnu en lui de solides qualités, je ne l'eusse pas engagé à poursuivre ses études théologiques."Si vous songiez au bien qu'il peut accomplir ici, vous apercevriez que vos motifs de joie ne sont pas vains.Notre société canadienne-française souffre d'un relâchement dans les mœurs et d'un dangereux refroidissement de croyance.Le matérialisme américain attaque sérieusement cette société à peu près préservée jusqu'ici des sophismes et de l'incrédulité.La passion de l'argent rend chaque jour ce monde canadien plus brutal et plus vaniteux.Si j'ai parlé tantôt avec quelque réserve des prêtres mondains, c'est à cause de la secrète terreur que j'éprouve pour l'épouvantable besogne que ces pauvres gens sont obligés d'accomplir.Car moi, voyez-vous, j'aimerais mieux cent fois avoir à prêcher les Sauvages comme firent Mgr Taché et le Père de Brébeuf, que de sermonner les dames de la haute société et les financiers catholiques.Le religieux avait parlé avec ce ton cassant qui lui était habituel.Les mains enfouies dans ses manches, les yeux perdus au-delà des fenêtres, il semblait considérer tout un monde avec un superbe dédain.Cependant Mme Le Marchand s'était agenouillée sur le prie-Dieu et, après s'être recueillie quelques secondes, elle se confessa.Lorsqu'elle quitta le couvent des franciscains, elle se dirigea vers la gare.Et, tout en allant, elle rêvait aux paroles du religieux.Déjà elle avait deviné-dans ses lettres réticentes et pleines d'allusions que Michel ne serait pas moine.Qu'il fût prêtre était déjà une grande grâce que Dieu lui accordait; le père Gilles avait raison.D'ailleurs Michel serait un prêtre distingué.Et elle voyait son fils écrivant des livres d'apologétique triomphante, défenseur de la foi et vainqueur des incrédules; elle rêvait pour lui la gloire d'un Lacordaire et d'un Gratry; elle n'était pas loin de souhaiter quelque horrible schisme au Canada ou une levée en masse de la libre-pensée, pour qu'il en triomphât.Ou bien, c'était l'illustration de l'éloquence qu'elle ima ginait pour son fils; elle le voyait dans la chaire de Notre-Dame de Montréal, soulevant les foules au rythme de sa voix el au souffle de sa parole.Parfois aussi, la robe violette d'un évêque et même la pourpre cartlinalice enveloppaient la ail houette de Michel apparue dans son imagination Mais elle repoussait bien vite ces visions, et elle demandait à Dieu pour Michel une simple cure de village et les âmes paisibles d'une paroisse campa gnarde à diriger.Car le talent, une grande situation dans le clergé, la renommée comnn écrivain ou comme prédicateur, tout cela ne mettrait-il pas son âme en péril } Une simple cure, mon Dieu, une cure dr village", répéta-t-elle alors humblement tout en se dirigeant vers la gare Bonaventure.Madame Le Marchand aînée revenait également vers la gare.Elle avait passé deux heures assez pénibles dans le bureau de M.Clermont et, comme toujours après ces entrevues d'affaires, la vieille dame semblait brisée de fatigue.Lorsqu'elle était entrée dans la boutique de l'antiquaire, celui-ci était assis dans son bureau.Un homme se tenait debout en face de M.Clermont et lui parlait.Sur la table, devant eux, des papiers couverts de notes étaient étalé'S.Quand Mme Le Marchand entra, ils se retournèrent vivement.M.Clermont s'empressa.Il fit asseoir la vieille dame, s'informa de sa santé, lui fit mille politesses.Enfin, il présenta son visiteur.— M.d'Ailleboust de Saint-Vilmé, madame, avec qui vous cousinez, je crois.Elle salua.M.de Saint-Vilmé s'inclina profondément.C'était un petit homme maigre, âgé.Pauvrement et proprement vêtu, il montrait une redingote verdie et solennelle, un pantalon tire-bouchonné qui retombait sur de gros souliers éculés.Il semblait timide et peu loquace.Sa moustache blanche frémissait légèrement, sans cesse tiraillée et par un tic nerveux de la bouche.Il ne savait que faire de ses mains qui semblaient l'encombrer beaucoup.Il les mit dans ses poches comme on jette des objets inutiles dans un tiroir.— Je faisais voir justement à M.de Saint-Vilmé des papiers qui vous intéressent aussi, madame, puisque cela concerne l'affaire Fortescue.— Alors, dit Mme Le Marchand, Monsieur est aussi héritier ?M.de Saint-Vilmé retira vivement ses mains de ses vastes poches de pantalon, les contempla quelques secondes avec gêne et, les enfouissant de nouveau, il déclara presque à voix basse: — Ma généalogie prouve ma parenté avec la mère de sir Frédéric, Suzanne.— Oui, interrompit l'antiquaire, Suzanne d'Ailleboust de Périgny se trouve être une parente de M.de Saint-Vilmé.Il y a, je vous l'ai dit, madame, dans la famille Ailleboust, un terrible enchevêtrement de parentés à divers degrés.C'est le grand embarras de cette succession.Tant que nous n'aurons pas découvert tous les ayants-droit, l'héritage de sir Frédéric ne pourra être partagé.Ce qui complique l'affaire, c'est de déterminer les degrés de parenté.Vous ne sauriez croire combien il est difficile de dresser une généalogie exacte.Il manque toujours un anneau à la chaine.Et c'est surtout quand la parenté est féminine que les difficultés sont innombrables à cause des mariages et des changements de noms.— Vous avez découvert encore des parents à sir Frédéric ?demanda la vieille dame.M.de Saint-Vilmé prit un air tellement embarrassé qu'on l'eût dit accusé de captation d'héritage et de vol de testament.M.Clermont répondit avec son air de tout trouver naturel: — Madame, dans ces affaires de succession en déshérence, ce qui est pire, c'est la multitude des prétentions à l'héritage.Tant qu'aucun parent n'est venu (Suite à la page 40) La Revue Moderne.— Montréal, Janvier 10 3 0 Page 31 LE CONFORT MODERNE (Courtoisie du Delineator) Cette jolie table, pourvue de quatre sorties électriques, est un des merveilleux compléments du confort moderne.On y installe au besoin, un percolateur, un grille-pain, un service à thé, des poteries, de la porcelaine.La table ci-dessus sera très appréciée par ceux qui habitent de petits appartements; sa beauté simple s'harmonise à plusieurs genres d'ameublements et elle peut servir à différents usages.Le nouveau grand cabaret d'argent plaqué, pour la table de bridge, simplifie le service; il est pratique et d'un aspect agréable qui ajoute au plaisir des réunions intimes ou familiales.On voit sur la table ci-dessous, de l'argenterie "Community", des couteaux à salade, et des verres de clair cristal sur bases en verre noir.La table et les chaises sont en métal.Le radio n'est plus un luxe dans nos familles: les amus ments, les nou cil s et les informations générales dont nous lui sommes redevables, en font une nier site dans toute maison moderne Le groupe ci-dessous est surtout ntéressant par le dessin varié des tabl s.La plus grande est d'un' bonne hauteur pour la coulure; on y peut installer une machine électrique portative. La Revue Moderne.— Montréal, Janvier lu .1 1/ 2935 Pour les fêtes de la saison 2957—Joli modèle de la silhouette princesse et facile à faire.La jupe ondulante et de forme inégale, suit la ligne du corsage largement découpé dans les côtés que drapent deux longs panneaux.Métrage: pour un 33 (15 ans), 5 verges de taffetas en 35 pouces.32 à 38 (14 à 20 ans), Prix: 50 sous.2935—Gentille petite robe entièrement dans la note de l'élégance moderne, tout en conservant la grâce de la ligne et du genre.Deux volants froncés surmontent la jupe en forme qui se termine par quatre longues pointes; fleurs de chiffon au corsage.Métrage: pour un 33 (15 ans), 5% verges de taffetas en 35 pouces.32 à 38 (14 à 20 ans).Prix 50 sous.2963 2953 2929—Un noeud gracieusement placé au bas de la jupe contribue au joli effet de cette robe de ligne simple.La jupe, courte et droite, est retenue au corsage par des fronces; elles est à bord inégal et des plis marquent la taille.Métrage: pour un 36 (18 ans), 3 verges de velours en 39 pouces, 32 à 38 (14 à 20 ans).Prix: 50 sous.2963—Ce modèle est très jeune d'allure.La disposition des lignes, en losanges, est neuve et jolie.Le corsage blouse légèrement dans le dos où les godets de la jupe se prolongent en forme de panneaux; l'encolure lui donne un cachet de distinction.Métrage: pour un 36 (18 ans), 5^ verges de crêpe en 39 pouces.32 à 36 (14 à 18 ans), et 38 à 44.Prix: 50 sous.2943 2953—De toutes les robes à bord inégal, celle-ci, de forme princesse et de ligne gracieuse, est une des plus chics.Plus courte devant, elle plonge soudainement dans le dos; le corsage est joliment découpé en diagonal et un noeud à larges coques orne le dos.Métrage: pour un 36 (18 ans), 3% verges de crêpe satin en 39 pouces.32 à 36 (14 à 18 ans) et 38 à 44.Prix: 50 sous.2943—Cet ensemble de velours peut êtro porté ou l'après-midi ou le soir.Sobrement élégant, il convient aussi bien à l'une comme à l'autre.Le corsage de la robe est en lamé et la jupe de velours; l'encolure de la petite jaquette est terminée par une berthe.Métrage: pour un 36 (18 ans), 4% verges de velours en 39 pouces (la jupe est coupée sur le travers de l'étoffe), et 1% verge de lamé en 35 pouces.32 à 36 (14 à 18 ans) et 38 à 44.Prix: 50 sous.PATRONS BUTTER1CK.Si votre marchand local ne peut vous fournir ces patron», demandez-les directement à The Butterick Publishing Company, i68 Wellington Street West, Toronto." La R (vu r Moderne.— Montréal, J anvier 19 3 0 Page 33 Les petites robes simples et élégantes li9G7 La petite cape courte et festonnée, obtient un énorme succès sur les robes dame, Montréal Messieurs, Veuillez s'il vous plaît m'inscrire sur vos listes pour.Ci-joint, veuillez trouver la somme de %.Nom.Adressé. Page U8 La Revue Moderne — Montréal, Janvier 1 9SO COURRIER DE MADELEINE Les Sourds Entendent de Nouveau Grâce à cette Aide Nouvelle L'éconteuT pas plus rtos qu'un dix cents est m .h.il parfont avec enthousiasme.Offre d'essai gratuit de dix Jnnrs! Après vingt-cinq années consacrées exclusivement à la fabrication d'écouteurs scientifiques, la Canadlan Acoustiron I '•! I>.i-i !S4f.45 Rlrhmond Street W»t, Toronto 2.Ontario, vient de perfectionner un nouveau modèle d'AcollsUron, qui marque le plu* rrand procréa atteint par la science pour faire recouvrer l'ouïe aux sourds, f'e dernier modèle d'Acoustlron est caractérise par un minuscule écouteur pas plus grand qu'une pièce de dix rents, à traverti lequel les sons se transmettent clairement et distinctement aux oreilles défectueuses, d'où bienfait énorme tant pour l'ouïe que pour la santé.Les fabricants offrent un essai gratuit de 10 Jours à toute personne que la chose pourrait Intéresser et une demande par lettre tous vaudra l'envoi à votre domicile, de l'un de ces remarquables auxiliaires pour essai complet et convaincant.Envoyez aujourd'bul même votre nom et votre adresse.I/on peut rédiger tonte la correspondance en français.< \ S \DIAN ACOC8TICON LIMITED première heure.qui s'étaient endormis, mais que la pensée que je pouvais souffrir m'a ramenée par brassées.Vous appartenez à cette catégorie, et je ne saurais vous dire quelle gratitude je vous en garde.Ne me quittez plus maintenant, fa vie est si courte.PENSEE BLEUE — Comme c'est joli ce que vous me dites, de la pensée en dentelles, quoi! Je vous en remercie avec le meilleur de mon sentiment.BRUNE MOUCHE — Comme il est joli votre article sur Port-Royal, et quel joli talent vous avez et que vous cultivez aux meilleures sources.Comment vous êtes-vous ainsi orientée pour atteindre au but que vous vouliez ?Je comprends que vous voudriez cet encouragement et qu'il vous serait utile.Mais en ce moment il est bien difficile que je l'obtienne pour vous.L'opération que le propriétaire de la revue vient de pratiquer est lourde à supporter, et les résultats qui ont augmenté la circulation ne se feront sentir que d'ici quelques mois, par une publicité décuplée.Nous sommes donc à l'heure des sacrifices, mais pour une période seulement.Si vous voulez placer avantageusement votre copie faut tout d'abord vous faire connaître .n'hésitez pas à procéder de cette façon.Maintenant, ma petite Brune Mouche, racontez-vous donc un peu plus.Vous m'intéressez, et je voudrais savoir de vous quelque chose de plus.TAchez de me dire vos ambitions, vos projets, enfin tout ce qu'il ne vous déplaira pas de me confier.Soyez certaine que je vous suis toute dévouée, et qu'il me faudra bien trouver un moyen de vous servir utilement comme affectueusement.O.LAVOIE — Je souhaite que ma lettre vous soit utile et vous aid».Seulement promettez-moi de ne jamais vous oublier au point de vue caractère.Dites-vous bien que cette situation va exiger de la douceur et le sacrifice total de vos goûts personnels.Vous êtes trop intelligente pour ne pas le savoir, et il est vraiment inutile de tenter une entreprise si l'on sait échouer.Je voudrais vous savoir heureuse dans votre vie nouvelle, et de tout coeur, je vous le souhaite, petite "Payse".Mme MICHEL F.— J'espère que tout a étt accompli suivant vos désirs ?CLARA L.— Croyez-vous passer tout l'hiver là-bas, et ne pas trop vous y ennuyer.D'ailleurs le fait d'habiter chez des gens que vous aimez rompt singulièrement les solitudes.S'il vous plaît de venir parfois me voir, vous savez que la meilleure bienvenue vous est assurée.Cela vous aidera peut-être à prolonger votre séiour la-bas si vous savez que vous pouvez en sortir à votre fantaisie.Mme DORIA G.— L'Administration vous a écrit, et donné, je le sais des explications satisfaisantes que vous avez pu communiquer à vos abonnés qui tous recevront les revues fusionnées, jusqu'au bout de leur abonnement.Seulement le travail est lourd et nous savons gré aux personnes qui nous écrivent leurs petits ennuis, afin que tout rentre dans l'ordre.Ce n'est qu'avec la présente édition que tous les abonnés seront servis.Je vous sais gré d'avoir exposé votre ennui avec une telle gentillesse, et de comprendre si bien la situation.Je compte vous recevoir souvent dans notre nouveau domaine.Mme J.-F.P.— Oui, je comprends que vous aimiez votre fille et qu'elle soit votre amie .A ma place, me dites-vous, vous n'auriez pas la force de "penser", Je me cramponne à mon métier, comme le seul moyen de salut.Mais ne croyez pas que je puisse être courageuse.Ce sont des coups qui vous assomment, et dont l'on ne se remet pas.Le temps n'atténue pas la douleur, il l'exaspère.Malheureusement l'on ne meurt pas quand l'on veut.et il faut marcher dans la vie quand tout nous a détaché d'elle.Dans une complète solitude, savez-vous qu'elle est revenue habiter avec moi.Je suis certaine que nos morts sont beaucoup plus près de nous que nous le croyons.Ils ne doivent s'en aller que le jour où nous les oublions, où nous désertons leur souvenir.Ne croyez jamais à mon courage, mais si je puis faire encore un peu de bien à ceux qui réclament ma sympathie, ne sera-ce pas la plus douce façon d'honorer sa précieuse petite mémoire.Je vous remercie de votre si bonne lettre, et revenez, car j'ai besoin des cœurs qui me soutiennent.EDMONDE — Est-ce que la revue désirée vous est parvenue ?Je veux le savoir, parce que je tiens à ce que cette jeune fille qui a pleuré la mienne, parce que vous lui aviez appris à aimer sa mère, ait son désir gentil accompli.Votre fillette porte mon prénom, et cela me fait plaisir.RACHEL — Mon souvenir à cela de bon que rien ne s'y efface, et surtout des sympathies qui s'y sont installées depuis des années, et auxquelles je n'ai jamais été infidèle.Je sais combien vous avez le cœur meurtri.Cette charmante Fabienne qui aurait pu croire en la sentant si débordante de vie, qu'elle partirait si vite.Ce sont de ces "rayonnantes" dont l'on ne soupçonne pas la dépense de force qu'elles mettent à vivre.Je vous souhaite de garder votre maman encore des années, mais je comprends que vous vous effariez de la regarder vieillir.Je voudrais bien vous rendre ce service, mais c'est un détail qui relève de l'Administration, et dont je ne saurais sans indiscrétion m'occuper.Demandez, et l'on vous dira ce que vous pouvez espérer.E.D.— Je suis contente que vous arriviez assez vite pour me permettre de vous répondre dans le présent Courrier, car je sens comme vous avez besoin de l'aide morale que vous me demandez.Comment se guérir d'aimer?Dites-moi tout d'abord quelles objections y aurait-il à ce que vous épousiez cette personne ?Quand bien même il se rencontrerait certains obstacles, n'y aurait-il pas moyen de les faire disparaître.Une conversation, à cœur ouvert, où vous lui parleriez comme vous me parlez à moi-même, aurait, j'en suis certaine, le résultat de tout arranger.L'on ne sait pas toujours combien l'on est aimé, et de l'apprendre doit toujours causer un certain émoi.Quand l'on aime quelqu'un, au point d'en être malade comme vous, il n'y a pas d'orgueil, l'on va droit son chemin, et l'on se raconte tout simplement.Ensuite, au moins, l'on est fixé et c'est déjà quelque chose.Offrez-vous cette étrenne de franchise.Cela vaudra mieux que vous laisser souffrir et dépérir.Je comprends que l'on aime aussi intensément et que l'on soit débordé par un grand sentiment.Si ce moyen ne réussit pas — mais je ne puis croire qu'il laisse insensible,— il faudra tenter d'autre chose.Un autre amour peut-être—cela se voit fréquemment — qui vient abolir le premier, et vous fait vous demander: comment ai-je pu croire tant aimer ?D'autres fois le mal persiste et ravage.Tout ce que l'on tente ne peut éteindre.Alors que voulez-vous, il faut bien garder son mal, et attendre que le temps cicatrise tout doucement.A votre âge, vous pouvez arriver à vous détacher.Mais commencez par suivre mon conseil du début.Est-ce que vous savez si l'apaisement et le bonheur ne se trouvent pas dans une complète explication.Vous viendrez me dire comment tout cela se sera passé ?Je souhaite que le grand amour vous soit accordé.PETITE FILLE QUI VOUS AIME — Oui, je vous permets tout ce que vous voudrez, certaine que votre unie charmante ne saura m'offrir que des choses douces et tendres, et que j'éprouve combien vous avez le besoin d'aimer, et de la meilleure façon.J'ai lu attentivement toute votre lettre, et je ne vois aucune raison pour que votre belle-mère contrecarre votre sentiment.Si ce jeune homme est digne de vous, s'il apprend à bien gagner sa vie, s'il vous aime et si vous l'aimez, vous avez bien le temps d'attendre, et à vingt-et-un ans, vous serez encore une toute petite fille.Préparez-vous à la vie, et défendez votre amour bravement.Il y a des parents qui se refusent aux longues fréquentations, mais vous êtes assez gentille pour ne pas obséder vos parents à vous surveiller et les astreindre à rester tous les soirs à la maison.Vous êtes très fine, donc soyez diplomate et câline.Il faut bien gagner son bonheur, petite fille, et vous ne l'en apprécierez que mieux.THALIE — Je vous ai tout de suite reconnue, car vous n'êtes pas de celles que l'on oublie, et je vous remercie de m'être revenue.La preuve que j'ai pensé à vous, c'est que dans l'édition de novembre, l'un de vos articles, apparaît en pleine "Vie Canadienne", et y fait un très gentil effet.Mais je ne suis pas heureuse, mon pauvre petit, tout cela est fini pour moi.C'est le paradis perdu et le reste du chemin à parcourir.Je vis parce que je ne puis faire autrement, et vous m'aidez toutes et tous à y atteindre Je sens vos sympathies qui de partout s?rapproche et me font un bouclier contre le désespoir.Puis je ne puis faire que m'intéresser à ce que vous me dites, à penser à vous tous et souvent à vos graves problèmes.La vie en place un partout, et l'on s'attarde plus volontiers aujourd'hui que jamais Je ne vis pas dans le rêve, à m'en confesser, mais dans une réalité foudroyante.Mais quand l'on pense qu'il faut vivre, que voulez-vous, l'on tâche encore d'en trouver la meilleure formule.Oui la mort subite doit être bien épouvantable, et je comprends que vous en ayiez gardé un souvenir d'épouvante.J'ignorai ce malheur qui vous avait frappée et croyez bien que de tout cœur, je m'associe à votre peine et à celle de votre maman.Je vous remercie de vos souhaits dont je sens toute la sincérité, et puissiez connaître les meilleurs bonheurs.ANTONINE — Depuis que je vois comment les Etats-Unis agissent envers votre petite république si vaillante et si française, ces navires et avions armés dirigés contre vous, j'ai peur pour vous, petite Haïtienne qui m'est chère.Je compte que tout cela va se finir calmement et puisque vous êtes un peuple libre, vous serez libre aussi de diriger vos destinées.M.P.— Malgré que votre lettre soit purement personnelle, je tiens à ce que vous sachiez que je l'ai reçue, qu'elle m'a touchée, et je vous en remercie profondément.Vous n'avez pas indiqué votre adresse, de sorte qu'il ne me restait que ce moyen de vous retrouver.FLEUR GIVREE —Chère petite malade, votre demande transmise à l'Administration qui ne manquera pas d'y faire droit avec le plus grand empressement.Soyez certaine d'être toujours bien accueillie ici.DANS LES TENEBRES — C'est vrai que j'étais inquiète de vous et profondément.J'avais gardé votre lettre, et je la relisais, en me demandant ce que je pourrais bien faire pour vous être aussi secourablc autant que je vous était pitoyable.Votre dernière lettre m'indique comme une reprise de possession de vous-même, alors que la première était trop affolée pour me permettre de vous parler comme je vais le faire aujourd'hui.Il n'y a qu une chose à faire, et vous la savez bien.Vous ne pouvez pas hésiter.Tout vous le commande, votre propre-nature d'abord, puis votre éducation, puis encore votre entourage.Il faut vous arebouter et remonter la côte.11 y a en haut de la joie pour vous, croyez-m'en, et de bonnes et saines, et d'aimables, et qui vous sont dues.Car à la fin, vous êtes une victime.L'une de ces éternelles victimes de la tentation, puis des circonstances.Rompez avec la monotonie de votre existence, travaillez, lisez, et si vous le pouvez, éloignez-vous, mais d'un coup sec, et cédez davantage à cet envoûtement déplorable.Puis, voyons un être qui n'a même pas d'honneur, pour une femme raffinée comme vous II en est temps, alors que votre famille et vos relations ignorent tout, mais songez que le moindre indice peut les mettre sur la voie?J'espère que vous ne lui avez jamais écrit ?Car dans le cas d'une délation de sa part, ce serait désastreux.Mais même si vous aviez à craindre cela, mettez-vous hors sa route.Vous ne seriez pas la première, ma petite fille à vous être trompée, mais quand on l'éprouve, il faut de toute nécessité se racheter.Je vais attendre votre réponse, car je reste toujours inquiète de vos forces si fragiles.Je vous confie à la chère petite fille qui n'a plus rien à redouter de la vie, et qui sut tellement bien mourir.Qu'elle vous sauve! MADELEINE ANECDOTES Arnault, l'auteur des Fables, est heurté par un cavalier.Querelle.Le cavalier lui tend sa carte.— Voici mon adresse.— Gardez-la pour conduire votre cheval.* • * François 1er, prisonnier de Charles-Quint, ne voulait pas saluer ce dernier.Or, Charles fit faire en son appartement une porte très basse, afin que François, en se baissant, le saluerait en même temps.Mais le roi de France entrait à reculons.• * s Le célèbre médecin hollandais Boer-haave reçut un jour une lettre d'un mandarin de la Chine, lettre qui portait pour toute inscription: A monsieur Boer-haave, médecin en Europe.Rencontrant une dame qu'il n'avait pas vue depuis très longtemps, un homme d'âge hésitait: — Comment! dit la dame, vous ne me reconnaissez pas ?— Hélas! madame, j'ai tant changé! — La plus grande gare du monde est la nouvelle gare de Waterloo, à Londres.Elle a demandé vingt ans de travaux.La cabine de manœuvre des aiguilles et des signaux ne comporte pas moins de 266 leviers.Il y a 42 quais qui pourrons assurer le départ de 140,000 voyageurt par jour.* • * — C'est à tort que l'on s'imagine que le diamant ne peut reposer que dans un écrin capitonné de satin ou de velours.En réalité, ce roi des pierreries a des goûts infiniment plus modestes.Sous l'action de la chaleur, les diamants s'écaillent, explosent et sont réduits parfois en poudre presque impalpable.Les mineurs ont souvent la désagréable surprise de voir éclater entre leurs mains le joyau qu'ils viennent de découvrir.Pour remédier à un tel désastre, les marchands de diamants ont eu recours à la pomme de terre crue.C'est dans ce vulgaire tubercule — qui entretient la fraicheur — que voyagent les plus somptueux diamants expédiés dans le monde entier.Encore une fois il est juste de dire que les extrêmes se touchent. La Revue Moderne.— Montréal, Janvier 19 3 0 Page A9 BLONDINE — Votre enthousiasme, petite amie, c'est l'espérance tout simplement.Vous souriez ?Pourtant, c'est bien cela.Attendre l'entrefilet qui vous est adresse, attendre le mot consolateur ou encourageant qui réchauffe et récon-lorte, attendre l'instant heureux qui (ait oublier les ennuis, n'est-ce pas espérer?Et dites-moi, cette espérance n'est-elle qu'un leurre ?Ne sentez-vous pas, au fond de votre cœur, une douceur qui se prolonge, une attente qui se rapproche dans une belle lumière ?Les joies de la vie viennent ainsi, Blondine.Elles peuvent être rares, souvent hésitantes, et nous échapper à peine entrevues, mais elles passent et le cœur en garde l'ineffaçable sceau.A côté des "misères de la vie", regardez les petites joies que l'on frôle tout le long du jour sans les voir, sans les entendre, sans les cueillir.Cherchez-les, petite fille, leur découverte vous sera une révélation précieuse.Vous êtes-vous jamais arrêtée à cette étude?Vous êtes toujours la bienvenue et chassez cette vilaine pensée que vous pourriez m'ennuyer, car j'aime beaucoup vous lire, n'en doutez pas.YVRANDE — Qui donc n'a pas sa part de souffrance, ici-bas, petite Yvrande ?Et n'est-elle pas souvent la rançon de chères, d'uniques joies, ces grands soleils de l'âme que ne peuvent voiler ni l'angoisse ni les larmes?La vie se compose d'amertumes et de douceurs qui refroidissent bien des ardeurs, désillusionnent bien des rêves, renversent bien des idoles.Mais, par contre, elles récompensent par d'apaisantes consolations et elles conduisent vers des sentiers écartés où l'on respire largement, loin des foules, loin du bruit, loin de la mêlée.Et voilà que l'on découvre des raisons, des moyens et des occasions d'être utile, d'être bon.Regardez bien, petite fille, vous ferez d'étonnantes découvertes dans ce domaine et vous vous retrouverez quand, sur les cruelles empreintes de la vie, rayonnera la douceur de l'espérance.— Qu'importe l'incognito, Yvrande?L'important est que nous nous comprenions bien, que nous causions avec plaisir, que votre sourire rencontre le mien au coin et que vous soyiez ma petite amie.Merci d'avoir si gentiment pensé à moi.ESMERALDA — Et j'espère que maintenant tout rentrera dans l'ordre avec un si bon commencement, et que tout le monde sera heureux.Je me suis rendue à votre demande avec grand plaisir, c'est un second souvenir attaché à celui que renferment déjà ces pages.Je me demande si votre travail et vos distractions artistiques ne sont pas un peu lourdes, dites.Je suis inquiète depuis que l'on m'a raconté une de vos journées! C'est vous dire que je ne vous oublie pas, mon amie.PETITE FUMEE BLEUE — Rien de tout cela n'est nécessaire pour avoir votre place au Courrier; n'en parlons plus, n'est-ce pas ?et allons au fait.Vous avez de la peine, vous êtes embarrassée, et la lutte entre votre cœur et votre orgueil vous désoriente, je le comprends.Mais parce que, dans un moment de découragement, vous avez imprudemment compliqué votre vie, il ne faut pas maintenant la gâcher sans retour.A quoi bon rouvrir sans cesse cette plaie qui n'attend qu'un pansement efficace de votre volonté pour guérir ?A quoi bon vous accrocher à l'impossible quand le vrai bonheur vous offre sa douce quiétude ?Non.Envisagez bravement la situation, scrutez sincèrement votre cœur, pesez les conséquences de votre décision et le but de la vie, et si vous êtes capable de vouloir oublier l'impossible rêve pour laisser refleurir la joie de vivre dans votre cœur, mettez sans crainte votre main dans celle que l'on vous tend.Mais si, dans de sombres replis, s'agitent et persistent de vains regrets, soyez loyale.Rendez-lui sa parole.Votre délicatesse vous inspirera ce qu'il faudra dire pour lui faire comprendre que vous vous êtes trompée sur vos sentiments à son égard.Il vaut mieux qu'il souffre aujourd'hui que plus *tard, lorsqu'il ne pourra plus refaire sa vie.Réfléchissez bien, priez beaucoup.Petite fille, il ne dépend que de vous d'être heureuse et je souhaite nu avant longtemps, une chaude lumière fasse votre cœur joyeux et content.J'attends cette bonne nouvelle.LE COURRIER DU MOIS Par MARJOLAINE BERTHE—Je savais votre pensée fidèle et j'attendais, certaine de la retrouver près de moi quelque jour prochain.Merci, petite fille, vous avez une façon délicieuse de gâter vos amies; j'en suis touchée.Et voilà qui est fait; vous avez un coin bien à vous, où vous êtes déjà entourée de vieilles amitiés, et où nous jaserons longuement, comme autrefois, c'est entendu.toujours.MAURICE — Une jolie surprise et une bonne nouvelle, mais, aussitôt, une inquiétude.Pourtant, j'ai confiance et j'espère un heureux résultat.Rien n'est salutaire comme un bon repos.Merci de votre délicate attention, vous ne pouviez mieux choisir, petit ami, et vos souhaits me porteront sûrement bonheur.MON REVE — Non, je n'ai pas changé, et comment vous dire ma joie à moi, en vous retrouvant toutes comme autrefois et en vous sentant toujours miennes comme alors! Je ne saurais l'exprimer, petite fille, parce que les mots définissent mal ces sentiments.Mais entre nous, il suffit de se comprendre, n'est-ce pas?et je vous reconnais si bien! Depuis, l'horizon s'est assombri, les jours Gerbes d'automne Par MARJOLAINE 1 volume (broché) - .50 Par poste assurée - .60 (Mandats ou bons de poste) S'adresser à "MARJOLAINE", LA REVUE MODERNE, 320, rue Notre-Dame Est Montréal llllllllimrmiliniliniiliniiiiiiiiiniimiiiiiiiiiiiriiiiiiimiiimitmnintimiifiinmtini'i.mmimiin sont devenus lourds de souvenirs et la flambée rose du passé s'est éteinte.II en est toujours ainsi; la vie détruit tout ce qui la faisait radieuse à son matin, parce que rien n'est durable ici-bas et que, pendant la rude montée, le soleil et l'ombre se succèdent sans répit.En vous écoutant, je suivais les rayons brillants qui luttaient contre les brumes froides et il m'était impossible d'apercevoir la route à suivre.Mais, quelques lignes — vous devinez lesquelles — m'ont découvert un coin bleu où tremblait une petite étoile.Et depuis, je me demande si les compensations équilibreraient votre bonheur, si votre cœur se contenterait de cet égoisme cruel et presque barbare, et s'il accepterait, malgré tout son courage, la souffrance continuelle dans laquelle se perdraient, comme des atomes, quelques bribes de joie jetées par caprice au milieu des jours tourmentés.N'iriez-vous pas offrir votre âme de femme à qui ne comprendrait ni sa fine sensibilité, ni ses trésors de tendresse, et pourriez-vous supporter moralement ce désenchantement, ce mai de voir s'effondrer misérablement dans votre estime celui que votre amour a élevé jusqu'à la hauteur du vôtre ?Si vous savez pouvoir accepter tout cela et l'imprévu en plus et vous en faire du bonheur allez, petite fille, et faites confiance en l'avenir.Mais pesez bien la valeur des deux cœurs; la différence est énorme, les deux voies tout à fait opposées et les dejx guides absolument différents.Trop occupé de sa personnalité, l'un oubliera souvent de vous soutenir aux heures pénibles des épreuves, et vous devrez avoir de l'énergie pour deux.Aux jours d'orage, l'autre gardera fidèlement votre main dans la sienne .il sera l'appui de votre faiblesse.— Ce sont là de simples réflexions, petite amie; méditez-les, analysez-les, et que Dieu vous guide.Votre bonheur m'est cher, vous le savez, et le problème est si grave que j'ai peur.Mais il me semble que vous recevrez en joies durables et profondes le retour de vos sacrifices.C'est le souhait de ma vieille amitié qui vous attend bientôt.MICHELINE — J'ai lu et je n'ai pas ri.J'entendais les battements d'un cœur et je sentais sa souffrance.Comme il est cruel de faire revivre des rêves brisés! Mais quelle éloquence ils donnent aux mots les plus simples! J'ai aimé votre geste, petite Micheline, c'est celui de la confiance et je vous en remercie.Souvenez-vous aussi que si jamais l'occasion s'en présente, je serai toujours prête à vous être utile.— Il y a de ces choses surprenantes dans la vie et très souvent.L'orgueil s'en mêle plus souvent encore et tout tourne en un imbroglio impossible à démêler, quand le cœur n'échappe pas à l'emprise du jour.— Vous gâtez gentiment la petite amie lointaine qui vous doit de belles distractions.Que l'air du pays natal doit être doux à respirer ainsi sous le ciel d'exil! Il n'est pas surprenant que l'on vou9 aime tant petite fille qui ne pensez qu'à faire plaisir aux autres.— Je fais votre message.— Oui, je le veux, de tout mon cœur et de toute mon amitié.CHRYSANTHEME — Je le savais.mais je savais aussi n'y pouvoir rien faire.Ce sont des blessures qui se cicatrisent par elles-mêmes avec de la volonté et auxquelles il ne faut pas toucher maladroitement.Il est en effet difficile de s'habituer à l'idée de la mort — c'est contre notre nature — mais il faut bien se convaincre qu'elle est la grande Justice qui nivelle le monde et avoir confiance en l'Au-delà.Cette pensée ne doit pas glacer notre vie ni paralyser nos élans.A quoi serviraient alors le soleil, l'amitié, l'amour, qui sont les joies de la route ?les talents, l'énergie, l'effort qui font la valeur de l'homme ?Ma petite amie, il faut vivre pour revivre éternellement.— Maintenant, dites, avez-vous trouvé ?Le souvenir pourrait vous guider un peu.mais les années ont passé, n'est-ce pas ?— J'attends la décision.communiquez-la moi de vive voix, voulez-vous ?Je vous laisse ma pensée, petite fille, pour qu'elle vous parle d'espérance et vous dise ma joie de l'intérêt que vous est le nouveau but du cercle.PETITE BENOITONNE — Qui donc pour de si douces choses dirait sincèrement : c'est trop ?Non, mon amie, n'ayez crainte; donnez largement ce que l'on vous rendra doublement, et appelez-moi ainsi, c'est une gentillesse affectueuse que j'apprécie.— Je comprends trop moi-même le vide de cette absence pour vous trouver ennuyeuse.Je puis vous dire qu'il s'accentuera avec les années et que je crois qu'il ne se comble jamais.Cependant, les compensations ne vous manquent pas, petite maman qui êtes la distributrice du bonheur de votre foyer.Car, il ne faudrait pas, au fond de vos grands yeux, une teinte de tristesse inquiétante pour l'autre vous-même.Et je pense que vous êtes la bonté, la douceur, le courage et le dévouement même, que la vie est en train de perfectionner dans une petite solitude.Quelle fleur ne s'attache pas à la terre qui lui fournit sa sève ?— Oui, j'aime beaucoup, et vous le devinez, n'est-ce pas?J'aime vos auteurs favoris en musique et en lecture.Je connais bien les premiers, mais pas encore le dernier volume mentionné.— J'acquiesce à votre demande, et vous souris.YANE — "Tant de gens vous l'ont dit avant moi." Oui, c'est vrai, mais, croyez-vous que ce soit là une chose dont on se lasse, quand on l'écoute comme la voix amie dont on fait son courage ?Jamais; et comme vous, je trouve cela infiniment bon! Ce sont des mots d'une valeur unique et précieuse qui veillent dans le cœur comme des phares lumineux .Je tiens énormément à celui que vous venez d'allumer, petite Yane.— Pourquoi votre grand rêve ne serait-il pas une réalité ?Il y a quelque chose de si grand dans ce désir de bonté et de beauté, que cela vaut bien quelques souffrances! N'est-ce pas?— Les compliments brefs sont les plus sincères, parce que spontanés et sans recherche.Merci.Yane; l'ascension est plus facile lorsqu'on se sent comprise et j'ai hâte de vous lire plus longuement.— La lecture est mieux qu'une distraction.Je vous trouve heureuse d'avoir le temps de profiter de sa richesse et d'être aussi bien partagée sous ce rapport.Je vous comprends.— J'ai fait votre message.— Ma pensée vous porte son meilleur souvenir.FRILEUSE D'AVRIL — Malgré tout ce que vous me dites, petite fille, je conserve ma bonne opinion, parce que je connais votre bon cœur qui ne demande que la chaleur de l'affection pour laisser jaillir sa belle lumière et, qu'en fait de valeur, je n'ai pas la moindre crainte.Votre vie est bien remplie; il y a harmonie d'utiles et d'agréables distractions et, maintenant, il n'y a qu'à vouloir garder l'équilibre lorsque gronde l'orage.Il surfit de se mettre au-dessus de ces petitesses pour qu'elles passent sans nous atteindre et ce n'est pas si difficile que vous le croyez.Je souhaite que vous ne souffriez jamais de cette séparation, mais il faut s'attendre à bien des revers au cours des jours et s'aguerrir contre les piqûres d'épingles.Penser que bien des choses ne sont pas faites intentionnellement consolent de celles que l'on sait préméditées.Aimez la vie, petite fille, ,e nom Fa ml: i i il 1 S5 I Est renommé pour les fleurs de qualité et leur arrangement artistique \ qui rorwl phy-«iqnpmrnf lm|H»«llir toute poimi»#* fiilurf.1.Vit \N I II li ICI II l>l KKMBOI KMKUlîNT.€>• trultemcml* ne |M-n\i-nt 4Mr
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