La presse, 24 décembre 1989, C. Détente
[" Détente LA PRESSE.MONTREAL, DIMANCHE 24 DECEMBRE 1989 Lettie James, prêtre de l'Église anglicane « Certains m'appellent Mon Père » JULES BELIVEAU te D Zgens savent pas trop comment m'appeler.Beaucoup disent madame ou ma soeur.Mais quand je porte mon col ecclésiastique, certains disent madame l'abbé et même mon pèreï le crois que l'utilisation du simple mot révérende est préférable ».Depuis son ordination à la prêtrise dans la cathédrale anglicane Christ Church de Montréal, la révérende Lettie lames en a entendu de toutes les sortes.Loin de se formaliser des réactions de surprise qu'elle suscite ici et là, elle s'en amuse volontiers.En se disant que, comme le reste, cela finira par passer.C'est en I976 que la révérende lames a été ordonnée par l'archevêque anglican de Montréal, Mgr Reginald Mollis.Mariée à un ingénieur à l'emploi de la compagnie Dominion Bridge, elle est mère de deux enfants, Lesley et Paul, qui étaient âgés de 17 et 12 ans lors de son ordination.Et elle a aujourd'hui deux petits-enfants, Christopher et Nicholas, les fils de son aînée.«C'est moi qui ai baptisé le petit Christopher », dit-elle avec fierté.Une vocation dans l'adolescence «Non, mon accession à la prêtrise n'a étonné ni mon mari, ni mes enfants, confie la révérende, l'ai ressenti la \\ vocation avant mon mariage, en fait pendant mon adolescence, et les miens l'ont toujours connue.Il m'a seulement fallu attendre l'ouverture des portes de mon Église à la prêtrise».La révérende lames devint ainsi la première femme à se joindre au presbytérat dans le diocèse anglican de Montréal.Au Québec, elle était la deuxième à franchir ce cap.Et la sixième femme prêtre de son Église au Canada.On compte aujourd'hui quatre femmes prêtres dans le diocèse anglican de Montréal et environ 200 dans cette Église au Canada.Depuis six ans, la révérende lames est coordonnât rice du service de la pastorale à l'Hôpital Général de Montreal.Elle y travaille donc en étroite relation avec des aumôniers et des agents de pastorale catholiques et protestants de diverses -dénominations.Auparavant, elle a assumé pendant plusieurs années les fonctions de vicaire dans la paroisse anglicane St.Philip de Montréal-Ouest, ainsi que celles de curé dans les paroisses St.Stephen de Lachine 1 et St.David de Delson.Dans son bureau situé à côté de | la chapelle de l'Hôpital Général t de Montréal, la révérende lames ; désigne, suspendue derrière une I porte, une chasuble verte ornée d'une grande croix en tissu de couleur plus foncée.Oui, c'est elle qui l'a confectionnée.« Une des choses que mes collègues masculins ne font \"normalement pas!», ajoute-t-elle -avec un sourire en coin.L'ordination de femmes prêtres ne semble plus rencontrer d'opposition auprès de la majorité des anglicans canadiens, qui en seraient même à ne plus faire de différence entre prêtres de l'un ou de l'autre sexe.La révérende fames se rappelle pourtant le mécontentement de certains et elle déplore encore la défection de toute une famille de fidèles lors de son arrivée dans la paroisse St.Stephen.Et plus récemment, à l'hôpital, un malade ayant réclamé un prêtre s'est réfugié dans le mutisme devant la femme venue à son chevet.«Il s'agissait d'un homme qui avait quitté l'Église anglicane lors des premières ordinations de femmes», explique la révérende lames.Un traditionaliste, peut-on croire?«Certes.Et un chauvin aussi!», répond sans hésitation, et en riant, la coordonnât rice du service de la pastorale à l'Hôpital Général de Montréal.Dans le diocèse anglican de Montréal, où elle est chanoinesse de la cathédrale, la révérende James s'estime bien acceptée et bien appuyée par le clergé.Deux prêtres seulement y persistent à s'opposer à l'accession des femmes à la prêtrise, ce qui ne les empêche pas d'entretenir des relations amicales avec la doyenne des femmes prêtres du diocèse.«Ils n'iraient pourtant pas jusqu'à m'inviter à célébrer l'eucharistie dans leur paroisse», précise-t-elle.Fallait-il attendre l'Église catholique?j Selon la révérende lames, ces deux prêtres n'ont qu'un argument dans leur opposition à l'ordination des femmes: tout en approuvant le principe de l'accession des femmes à la prêtrise, ils redoutent que les anglicans n'accentuent leur éloignement vis-à-vis les autres grandes Églises chrétiennes en prenant cette initiative.«Pour l'Église catholique, il fallait peut-être cinquante encore.Quant à l'Église orthodoxe, je pense qu'il aurait fallu dire adieu à l'ordination des femmes!», commente-t-elle.C'est d'ailleurs avec d'infinies précautions que la révérende lames évoque le rôle et la place des femmes dans l'Église catholique, disant pourtant que ses observations de l'Église romaine à se sujet la chagrinent.« le rencontre de nombreux groupes de femmes catholiques, précise-t-elle, et je vois en elles une grande douleur.La même douleur que j'éprouvais au temps où je ne pouvais devenir prêtre dans ma propre Église.Devant un avenir que plusieurs femmes catholiques jugent bouché, je perçois souvent autant de colère que de peine.Mais je crois improbable que cette situation change sous le pape actuel».Plutôt qu'à des raisons théologiques, c'est à la culture polonaise de Jean-Paul II que la révérende fames impute le refus du pontife à ouvrir la prêtrise aux femmes dans l'Église catholique.«|e suis sûre que si le pape était américain, ou encore canadien, ce serait différent», dit-elle.Féministe, la révérende fames?«le le s-:is, declare-t-elle, mais pas en brandissant des pancartes, j'ai d'ailleurs déjà lu que Jésus l'était aussi, et je crois moi-même qu'il était bel et bien féministe!» Lettie James a été ordonnée prêtre en 1976 par l'archevêque anglican de Montréal, Mgr Reginald Hollis.On la voit ici célébrant la messe dans la cathédrale Christ Church de Montréal.Patiente à l'Hôpital Général de Montréal, Mme Linda Barsalou prend toujours plaisir à recevoir à son chevet la révérende Lettie James.Dans la chapelle de l'Hôpital Général de Montréal, la révérende Lettie James prend un moment prière.La révérende Lettie James: «Je crois que Jésus était bel et bien féministe.» ¦ Je pense donc je LA PRESSE, MONTREAL.DIMANCHE 24 DECEMBRE 1989 À Noël, c'est la pensée qui compte Hey taxi ! Samedi 23 décembre.Chaque année, c'est la panique de dernière minute.Si seulement j'étais la seule irresponsable! Mais non! Ils sont des milliers d'incorruptibles à sillonner les grands magasins du centre-ville, à s'arrêter, rêveurs, devant les vitrines aux allures de livres de Walt Disney, le tout, les pieds dans la «sloche», et la goutte au nez, mais malgré tout un vague sourire sur tous les visages gelés, tannés, découragés.Bref, c'est pas un cadeau ! Hey taxi ! Les bras chargés de colis et de sacs de diverses grandeurs et couleurs.|e monte enfin dans le taxi qui a bien daigné me ramasser.Peut-être mon air de petit chien battu (?).Pourtant la conversation s'engage car, malgré tout, il est sympathique cet homme! l'en déduis alors que même si cela peut paraître difficile à croire cette année est considérée comme une année «morte» par les commerçants montréalais du point de vue économique.En effet, on dépense moins qu'au début des années 80, au moment où la crise sévissait.La raison?Probablement que les Québécois paient maintenant les folies commises à ce moment où notre situation économique était quasi déplorable! Est-ce qu'il y a moins d'acheteurs de dernière minute dans les magasins?Eh non ! Ce sont toujours les éternels distraits qui achètent tous en même temps.La supercherie se situe dans le fait qu'ils dépensent beaucoup moins qu'auparavant, fe donne un pourboire assez généreux, qui lui fait claironner un «loyeux Noél» joyeux, c'est le cas de le dire.Dernière étape: contourner les fouineurs (mère, frère, père, etc.).Se cacher pour envelopper une grosse partie du budget annuel en ce qui me concerne tout en songeant que de toute façon, c'est la pensée qui compte, pas le prix qu'on y met! Gabrielle COUTU Cégep André-Laurendeau DESTINATION: LA COURSE AMÉRIQUE-AFRIQUE: TOUT UN MONDE À DÉCOUVRIR ! Le dimanche à 13 heures, à la Télévision de Radio-Canada, vous pouvez vivre êt partager les aventures vécues sur deux continents \\ par les concurrents de LA COURSE AMÉRIQUE-AFRIQUE.Choisissez ensuite votre reportage préféré et courez la chance de gagner un voyage d'une semaine pour deux personnes à Tunis, hébergement inclus.LA COURSE AMÉRIQUE-AFRIQUE : tout un monde à découvrir! LE CONCOURS SE TERMINE LE 4 MARS 1990 Danny Laferrière.Chantai Joli et Jean-Pierre Masse se trouvent réunis pour cette douzième semaine.Ne manquez pas.aujourd'hui, un témoignage sur l'importance de la virginité chez les femmes non mariées en Tunisie et wl'histoire de jeunes filles qui ont fui la maison familiale pour échapper à un mariage forcé ! MARC CAYER FRANÇOIS COLAS FRANÇOIS DAGENAIS STÉPHANE DROLET HUGUES DUFOUR ANDRÉ GARIÉPY JEAN-ROBERT MORIN ANNE-MARIE POULIN L'ABC (Togo) Filles données pour manage forcé (Burkina Fasco) (Relâche) Si Néron avait perdu sa lyre (Niger) L'ombre du rire (Californie) La persistance de la mémoire (New York) Si plus de sou, plus de souci (Las Vegas) Bains de femmes (Tunisie) LE PRIX DU PUBLIC Un prix de 2 000$ sera remis au reporter ayant reçu le plus grand nombre de votes du public lecteur de LA PRESSE.Radio-Canada Télévision J'ai préféré le reportage de : (nom du concurrent) Nom_ Adresse.Code postal.Téléphone.Retourner à : Société Radio-Canada LA COURSE AMÉRIQUE-AFRIQUE.Casier postal 9080.Succursale A.Montréal.Quebec H3C 3P3 .Est-ce bien un «joyeux» Noël pour tous?Demain ce sera Noél.Noél, parait-il, c'est une fête de joie, d'amour, de fraternisation.C'est le temps des vacances, du bon temps.Voilà ce qui, pour plusieurs, caractérise cette période de l'année.Mais le Pére Noél, malgré tous ses efforts, ne réussira pas encore cette année non plus, à nous rendre tous heureux, même pour un instant.Les années se suivent et se ressemblent.2 500 personnes dormiront ce soir et demain dans les rues de Montréal.Ils ne sentiront probablement plus leurs doigts et leurs pieds, mais ce n'est sûrement pas ça qui leur fera le plus mal.Ce soir et demain, ils auront le coeur lourd.Ils devront passer un Noél de plus à tenter tant bien que mal de noyer leur solitude.Cette année, le nombre de sans-abri a fait un saut de 300 p.cent à Montréal.et c'est la même situation à Toronto et à Vancouver.Ce sont joints aux alcooliques, ces dernières années, toxicomanes et plusieurs déficients mentaux qui faute de places ont dû quitter leurs institutions, trop petites et déjà trop coûteuses.Le tiers de nos sans-abri ont moins de trente ans! Des jeunes qui ont quitté leur coin de pays dans l'espoir d'une vie meilleure que leur promettait «la prospérité économique de Montréal».Us 2 500 personnes dormiront ce soir et demain dans les rues de Montréal.ont été les premiers à constater qu'une prospérité économique est souvent injuste puisque mal répartie.Les maisons d'hébergement comme Dernier Recours et La Maison du Père ne fournissent plus.Ils doivent accueillir une clientèle de plus en plus violente, déchirée par le fléau maintenant bien présent de la toxicomanie.Ils doivent aussi s'adapter aux humeurs irrégulières et imprévisibles des déficients mentaux.Mais ce qui est probablement le plus ingratifiant pour eux, c'est de devoir «quêter» des gouvernements les sommes d'argent nécessaires à la survie de leurs maisons d'hébergement.Demain ce sera Noél pour eux aussi, et il est assuré que le problème ne se réglera pas aujourd'hui.Si vous croisez des sans-abri cette semaine, pensez un peu à eux.Et si vous en avez la possibilité, donnez-leur quelques dollars.Ce n'est certainement pas la solution miracle.Et puis après?.c'est Noél.Mathieu CHANTELOIS École secondaire Pierre-Laporie Les réunions de famille n'ont rien de «kétaine» Le tiers de nos sans-abri ont moins de trente ans.À surveiller sur les ondes de Musique Plus Dans à peine quelques heures, une attente d'un an prendra fin.La grande fête de Noél est à nos portes et déjà demain elle sera repartie.Mais d'ici là, que de dindes de mangées, que de cadeaux de développés et que de réunions de famille de célébrées.Réunions de famille?Mais oui : papa, maman, les enfants, l'arbre de Noél, ça ne vous' dit rien?Peut-être bien que non après tout.C'est vrai que la famille à Noél ce n'est plus ce que c'était.Certains iront même jusqu'à dire qu'ils s'en foutent, et bien pas moi.l'ai toujours eu «l'esprit de Noél», mais cette année les réunions de famille auront pour moi un sens tout particulier.Cet été, j'ai perdu deux amis très, très proches.J'ai vu toute la souffrance de leurs parents, frères et soeurs à ce moment.Sans compter tout ce qui suit: la place vide à l'heure du repas, la chambre sans rires, ni cris, etc.Autant d'absences qui percent le coeur, l'ai moi aussi vécu ce moment et si j'ai eu mal (quoique sans comparaison avec le mal des familles) j'ai également «connu» la mort.C'est pourquoi, en cette période des fêtes je pense à ces familles victimes de la mort.Bien que les familles des filles de la polytechnique soient plus au coeur de nos pensées, il y a nombre d'autres fa- milles à qui nous pourrions songer.À tous ces gens qui se serreront un peu plus autour de l'arbre de Noel ou à ceux qui auront une chaise de moins au réveillon, j'aimerais bien leur faire un cadeau.Mais je sais trop bien qu'aucun cadeau ne saurait être à la mesure d'un décès.Même le Père Noél ne peut ramener les morts au pays des vivants.Malgré tout, j'apprécierais qu'il puisse laisser joie et courage aux familles éprouvées.Qu'au lieu de faire passer de grosses boites bien enveloppées dans la cheminée, il laisse tomber une douce chaleur.Je n'essaie pas de rendre triste une féte de joie et de gaieté.)e veux simplement que vous sachiez qu'il n'y a rien de «kétaine» à une réunion de famille.La famille a subi beaucoup de changements en ce siècle, mais une chose ne change pas: rien ne fait plus plaisir que de voir ceux qu'on aime et rien ne fait plus mal que de les perdre.Il n'y a aucun remède contre les larmes qui pleurent la mort.Sauf que.si le soleil parvient à faire oublier la pluie, peut-être que de grands sourires sauront faire oublier la tristesse.Pas pour toujours, mais le temps d'une réunion de famille.Frédéric FORTIN Cégep Maisonneuve Samedi, le 30 novembre, à 20 h, jusqu'au 1er janvier, 18 h, sur les ondes de Musique Plus, une rétrospective des 500 meilleurs vidéo-clips, vous sera présenté.L'un d'entre eux se méritera le titre du clip numéro un de la décennie.Le «Top 500» c'est à suivre.Et en reprise le 23 décembre : « Woodstock », le film, pour tous ceux qui l'auraient malheureusement manqué.Louise-Hélène GLUMOND Marguerite de Lajemmerais La «JEUNE» Presse est une initiative du service de l'Information de La Presse Cette page parait chaque dimanche.Son objectif est d'initier les adolescents à l'écriture journalistique en leur permettant de s'exprimer sur les divers sujets qui les intéressent.Le choix des thèmes et des chroniques est du ressort d'un comité de rédaction «ad hoc* encadré par Pierre-Paul Gagné, adjoint au directeur de l'Information.Les pédagogues et les élèves du secondaire qui veulent collaborer a la confection de cette page peuvent nous le faire savoir en écrivant à La .(JEUNE » Presse.7, rue Sf-Jacques.Montréal H2Y 1K9. LA PRESSE MONTREAL, DIMANCHE 24 DECEMBRE 1989 C3 Promenades littéraires dans Montréal MONIQUE LARUE en ccJfabarrrion ovec JEAN-fRANÇOIS CHASSA Y La présence du restaurant dans les romans Le Montréalais prend pendant longtemps ses repas en famille, à la maison, éprouvant, comme la vieille Victoire de la rue Fabre, une réticence profonde à inviter des étrangères dans le cénacle privé de la cuisine et.comme Rose-Anna Laçasse, dans Bonheur d'occasion, «une répugnance de paysanne à payer dans les restaurants un repas qu'elle aurait pu préparer»1.Pour Florentine, la fille de cette dernière, qui est une serveuse bien connue du «Quinze-cents» de Saint-Henri, aller manger le soir «en ville», dans un restaurant « swell ** avec son ami Jean Lévesque, constitue une véritable expérience anthropologique et un événement sans précédent.Les contraintes de la vie moderne introduisent cependant rapidement le restaurant dans la vie quotidienne.Alexandre Chenevert, employé de la succursale I de la Banque d'Économie de la Cité et de l'Ile de Montréal, mange à midi et quinze minutes au North-Western Lunch, assailli par les odeurs sortant des «soupières géantes», par le claquement du tiroir de la caisse-enregistreuse, et pourtant rassuré par la sensation «réconfortante, sous une voûte profonde, d'être petit, insignifiant et peut-être même invisible parmi les autres»3.Il est proche en cela d'un orphelin fraîchement débarqué de Louiseville, également avide d'anonymat, et, comme Chaplin dans les Temps modernes, fasciné par « les aboyeurs en toque blanche qui lançaient des ordres tonitruants à d'invisibles cuisiniers» dans les restaurants « Northeastern »*.Au fur et à mesure que s'urbanisent les personnages et que s'assombrit, en rétrécissant, la table familiale, au point que le repas est un calvaire pour le mari suicidaire de la Fin des songes, la présence du restaurant s'accentue dans les romans.«Chez Jeanne (.) les ouétrices allaient tètes nus, en mères nourricières distribuant les bourratifs spathettis à la sauce tomate.Tout ce qui se mangeait dans Moréal.Tout ce qui s'offrait pour être mangé.Petites saucisses fumées fesant boudiner l'estomac.Ventres chauds des ouétrices.Tant de charcuterie pour nourrir de la viande, intelligentes viandes dans les névroses de la ville»5, écrit Victor-Lévy Beaulieu, sensible aux aléas de l'archaïque instinct oral au contact de la ville.Le médecin célibataire de Gisèle et le serpent mange le plus souvent à l'extérieur, au hasard de ses pérégrinations urbaines.Les Filles de beauté téléphonent au «374-2150» et se font «venir du poulet barbecue de chez Saint-Hubert»\".Hubert Aquin, sous les traits d'un Michel Lan-dowski «vêtu d'un costume de serge bleu à rayures», mange avec ses doigts, «dans une débauche de pourpre et de noir (qui) bariole les murs d'idéogrammes (.) des côtes coupées avec sauce à l'ail»7 chez Bill Wong, alors que le narrateur de Un désormais célèbre établissement en forme de «wagon-restaurant».photo U Presse la Fleur aux dents imagine en fulminant d'épais politiciens dégustant « une sole meunière chez Bardet»*.Impossible d'énumé-rer la centaine d'établissements évoqués, du snack-bar aux prestigieuses salles du Ritz ou du Café Martin, en passant par Ben's, grand favori parmi tant d'autres Delicatessens, par les Pi-cholette, Mazot.Saint-Malo.Petite Coquille, dont tes noms français constellent la rue Saint-Denis, et par les Bodega, El Gita-no.Pavillon Espagnol ou Étoile d'océan chers à tel amateur de gastronomie ibérique (en l'occurrence Louis Gauthier).«\u2014 Deux patates avec Ket-sup?Dites-moi: pensez-vous que Dieu est mort?Sans vinaigre?»4 François Galarneau, citoyen moyen, roi du hot dog et ethnographe dans son snack-bar, tente de résoudre par le concret les questions métaphysiques avec lesquelles le titille son frère Jacques, écrivain professionnel.Il essaie désespérément d'oublier ses déboires amoureux en ramenant la vie aux dimensions prosaïques de sa friteuse, et, secrètement, de battre son ainé sur le terrain de la littérature.Mais son pragmatisme obligé n'en fait pas encore un gagnant.Il faudra pour cela attendre son successeur et proche cousin Florent Boissonncault.héros du Matou, qui, dans des circonstances analogues permettant de mesurer le pas franchi pendant vingt ans qui les séparent, fera preuve de plus de maturité, sachant conserver sa tête, l'amour de sa femme et, surtout, tenir son bout dans les obscurs développements d'une modeste affaire, l'achat de la Binerie.ce désormais célèbre établissement en forme de «wagon-restaurant»10.«J'ai le goût de gagner», dit-il à Élise, reconnaissant à la fin de cette histoire que «sa candeur de jeune homme (a fait) place a une ambition sèche et nerveuse»\".Ce qui est bien normal quand on a subi la dictature de la finance internationale incarnée en un vieillard qui, contrairement à l'argent, sent des pieds, et quand on a fait un marché de dupes avec un anglophone qui n'aime pas vraiment la bouffe.Heureusement Picquot, le cuisinier français, sera resté fidèle à son ami québécois.Ensemble ils composeront enfin le menu idéal, appuyé «sur la cuisine traditionnelle québécoise, mais une cuisine discrètement affinée, complétée en sourdine par quelques spécialités françaises ou européennes» et bannissant «les frites préparées en usine, l'utilisation systématique des conserves et tous les cataclysmes culinaires qui ont dévasté l'Occident depuis que les Américains ont décidé de planter leur drapeau dans nos assiettes».«Chaque restaurant doit posséder sa personnalité bien marquée, sous peine de végéter, puis de mourir.»'- La cuisine, comme la littérature, est à la fois un art et un commerce! Délicate synthèse.Florent réussit là où Galarneau se retranchait dans un sterile déni, indiquant peut-être, ultime matoiserie.où va la culture québécoise.Références des citations 1 8onheur d occasion Roy.c.1945.p.105
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