La presse, 18 septembre 1989, B. Élections 89
[" Élections 89 Placements \u2022 LA PRESSE, MONTREAL, LUNCH 18 SEPTEMBRE 1989 Parizeau promet de ne pas augmenter les impôts CILLES NORMAND Le chef du Parti québécois s'engage à n'augmenter ni les taxes ni les impôts sur le revenu des particuliers, advenant que sa formation soit portée au pouvoir le 25 septembre.M.Parizeau, qui prenait la parole devant quelque 400 militants, à Repentigny, dans sa circonscription, a également soutenu que le fardeau fiscal des entreprises était suffisamment lourd et qu'il ne voyait rien dans ses engagements électoraux qui justifierait de percevoir plus d'impôts chez les contribuables particuliers ou corporatifs.Dans le cas des entreprises, il a cependant été plus prudent, indiquant qu'il serait absurde de s'engager trop longtemps à l'avance.De même a-t-il refusé de promettre une diminution des impôts, advenant le maintien de la croissance économique.Une telle attitude relèverait de l'irresponsabilité, selon lui.«Il y a trop de si dans la conjoncture.» En conférence de presse, après son assemblée partisane, M.Parizeau a déclaré que lorsque tous ses engagements électoraux auront été pris, soit à la fin de la campagne, il en chiffrera les coûts globaux avec précision.Se disant non seulement assuré de la victoire dans L'Assomption, le chef du PQ, rassuré par ce que traduisent les sondages \u2014 «le PLQ glisse constamment vers le bas et le PQ est en remontée» \u2014 s'est dit confiant de reprendre le pouvoir à Québec.M.Parizeau se dit particulièrement heureux du chemin parcouru par la notion de souveraineté dans la population.«C'aura été pour moi une des grandes surprises de cette campagne que de voir, contrairement à ce que tous les observateurs éclairés disaient depuis quelques années, à quel point cette idée de la souveraineté pouvait être maintenant considérée par un grand nombre de Québécois comme une alternative normale à ce système fédéral dans lequel nous pataugeons depuis si longtemps», a-t-il dit.Précisant que la discussion quant aux modalités d'application avait généralement succédé aux affrontements auxquels donnait lieu dans le passé la notion de souveraineté, M.Parizeau, conciliant, a fait rire ses partisans en répétant: «Si M.Bourassa trouve que cinq référendums sectoriels c'est trop, je suis prêt à faire un deal avec lui.On en tiendra trois.» Le chef péquiste s'est ensuite vigoureusement attaqué à ce qu'il a appelé l'improvisation et l'indécision du gouvernement Bourassa dans le dossier des négociations du secteur public.Se disant très heureux que les syndiqués de la Fédération des affaires sociales aient consenti à une trêve, M.Parizeau a fustigé ses adversaires libéraux, les accusant d'être responsables de cette grève, en ayant tout à coup refusé de déposer des offres salariales promises, pour les deuxième et troisième années de la convention, pour revenir sur cette décision quatre ou cinq jours plus tard.«Pourtant, le scénario ne pouvait être plus prévisible.La même chose s'était produite avec les infirmières pour d'autres raisons», a abondé le leader péquiste, parfaitement détendu et constamment souriant hier.«Ces gens-là, qui se disaient de grands gestionnaires, ont démontré leur incapacité à gérer correctement le Que-bec», a-t-il enchainé.M.Parizeau.dont l'épouse, la romancière Alice Parizeau, était tout sourire, dans la salle, s'est dit porté par le même enthousiasme que lors des huit années où il a été député de L'Assomption.«Quoi qu'il m'arrive, je m'efforcerai de mettre en pratique ce que nous imposait René Leves-que: être un député avant tout», a-t-il souligné, ajoutant que le développement et la croissance démographique qui caractérisaient son comté lui imposaient des défis emballants.Faisant allusion à un récent article de la Presse traitant d'un présumé réseau de favoritisme libéral, le président du PQ a déclaré que son parti ferait connaître bientôt d'autres faits troublants, relativement au favoritisme toujours.Économie La fleur et le pot CLAUDE RICHER Encore une semaine avant la fin de la campagne ; d'ici là, les promesses vont continuer de pleuvoir, et il est encore un peu tôt pour dresser un bilan de tout cela.Toutefois, au cours des dernières semaines, les deux partis y sont allés d'un certain nombre d'engagements.Plusieurs présentent un intérêt certain, malheureusement dilué par le flot des BPC de Saint-Basile, du plomb à Saint-|ean, du débat de chefs qui n'a jamais eu lieu, des grèves.À travers tout cela, est-il possible de distinguer quelles sont la meilleure et la pire promesse de la campagne, jusqu'à maintenant?Exercice forcément subjectif, chaque électeur ayant évidemment tendance à regarder cela à travers ses préférences politiques et ses préoccupations personnelles.Maigre tout, on peut certes dire que certains engagements se distinguent par leur originalité et leur cohérence, tandis que d'autres demeurent creux et imprécis.La fleur à Parizeau Si j'avais à donner un premier prix, il irait à Jacques Parizeau pour son projet de forcer les entreprises à faire davantage de recherche et de développement.Le Québec, à ce chapitre, fait figure de parent pauvre du monde industrialisé.Il existe ici un triste phénomène de sous-investissement des entreprises dans la recherche et le développement.Les deux partis sont d'accord là-dessus.La situation est empirée par la scandaleuse répartition des contrats fédéraux, massivement concentrés en Ontario.C'est d'autant plus inquiétant que la recherche et le développement, dans le monde où nous vivons, constituent une des clés de la croissance économique.Le chef du PQ propose d'imposer aux entreprises une contribution équivalent à un p.cent de leur masse salariale, et de consacrer cet argent à des activités de recherche et de développement.La notion d'entreprise englobe ici tous les employeurs, y compris le gouvernement.Seules seraient exclues de cette mesure les très petites entreprises, ainsi que celles qui font déjà des activités de recherche et de développement.Il va de soi que les milieux d'affaires rechignent, préférant l'approche libérale, fondée sur les crédits d'impôt et autres avantages fiscaux aux investisseurs.En bout de ligne, pour les citoyens, cela revient au même: à partir du moment où tout le monde s'entend sur la nécessité de faire plus dans ce dossier, que ce soient les entreprises qui refilent la note au consommateur ou le gouvernement qui finance le tout avec l'argent des contribuables, ce sont toujours les mêmes qui paient.La proposition péquiste a l'avantage d'être plus directe: chaque entreprise devra ou consacrer plus d'argent à la recherche (et elle y gagnera au change), ou contribuer à financer les activités de recherche (et c'est l'économie du Québec qui y gagnera).Elle a en outre le mérite de forcer Ottawa, par la bande, à contribuer davantage aux activités québécoises de recherche, puisque les contributions des employeurs sont déductibles des profits.Elle assure enfin à la recherche une source de financement beaucoup plus stable que les abris fiscaux.Le pot à Robert Bourassa À l'autre bout de l'échelle, si j'avais à donner une mauvaise note, elle irait à Robert Bourassa pour son engagement de mettre sur pied un «Comité interministériel pour le développement du Grand Montréal».L'idée consiste à réunir, à l'intérieur de cette nouvelle structure, les titulaires de ministères pouvant avoir une influence sur le développement économique de Montréal (Transports, Industrie et Commerce, Main-d'oeuvre et Sécurité du revenu, Science et Technologie, par exemple).Pour reprendre le vocabulaire creux utilisé par les libéraux lors de l'annonce de cet engagement, «ce comité planifiera, supervisera et coordonnera,, l'action gouvernementale afin d'assurer une vision commune de développement».Le maire Jean Doré parle de «pas dans la bonne direction» et de «reconnaissance de l'importance de Montréal».Monsieur le maire est bien bon, et cette complaisance s'explique sans doute par son désir de ne pas alimenter la chicane avec Québec, qui fait tant de tort à l'économie montréalaise.C'est tout à son honneur.Mais, vu de plus près, l'«engagement» libéral se limite à bien peu de chose.Nulle part, par exemple, il n'est question d'engagement financier.Déjà, on peut tiquer.Mais il y a plus: la promesse libérale est axée sur le développement du Grand Montréal, donc de la région.Cette approche ignore une réalité fondamentale.Si la région de Montréal tire de la patte, c'est à cause du cancer qui ronge la ville elle-même.Les banlieusards montréalais sont les Québécois qui affichent le plus haut revenu disponible par habitant et le plus bas taux de chômage.Ce n'est ni en Montérégie, ni à Laval, ni dans l'ouest de l'île, ni dans la couronne nord qu'il faut chercher les problèmes économiques, mais à Montréal même.Une stratégie qui néglige de considérer les écarts énormes entre Montréal et la banlieue est vide de sens.D'autre part, si, comme on le dit souvent, le passé est garant de l'avenir, les Montréalais n'ont pas de quoi être rassurés.Certes, dans l'esprit des libéraux, le nouveau comité devra travailler de concert avec les autorités municipales et autres acteurs.Dans la vraie vie, cela reste à voir.Ce comité, s'il avait été mis en place, disons, l'an dernier, aurait sans doute compté, entre autres, les puissants Marc-Yvan Côté et André Bourbeau.C'est tout dire.Attention aux conclusions faciles.Ces deux exemples ne démontrent aucunement que les promesses libérales sont toutes creuses, tandis que celles des péquistes sont toutes articulées.Beaucoup d'étudiants se réjouiront sans doute de la promesse de Jacques Parizeau de maintenir le gel des frais universitaires, mais il ne manque pas d'arguments pour contester la pertinence d'une telle mesure.Et Robert Bourassa a certainement pris au cours de la campagne des engagements originaux et chiffrés avec précision, comme celui d'accorder des avantages fiscaux aux investisseurs qui financeront des «projets moteurs».PHOTO REMI LEMEE.Il Presse un coup de pouce de Muironey Le premier ministre du Canada, Brian Mulroney, est venu épauler Robert Bourassa, hier, devant 3 500 délégués réunis à Montréal pour la 14e Conférence mondiale de l'énergie.Parlant après M.Bourassa, M.Mulroney lui a rendu hommage pour la Baie James, « l'une de ses plus grande réalisations, l'un des plus grands complexes hydro-électriques au monde et un des principaux moteurs du développement économique du Québec aujourd'hui: Sur la photo, on aperçoit également Mmes Mila Mulroney et Andrée Bourassa.Étectogrammes LE PO ET LA PELOTE BASQUE ¦ Les candidats péquistes des quatre comtés du sud-ouest de Montréal croient avoir trouvé la solution au problème de pauvreté qui frappe les citoyens de cette région, en promettant de construire un fronton pour la pelote basque.Vous ne savez pas ce qu'est la pelote basque?C'est un sport qui se pratique depuis la nuit des temps en Europe et qui nécessite la construction d'une enceinte mesurant 176 pieds sur 70 de hauteur et 50 de largeur que l'on appelle fronton.À ce fronton, construit à Lasalle, se grefferait, promettent les candidats, 22 casse-croûte, un restaurant pouvant accueillir 1 800 personnes, un immense stationnement et un hôtel.Les retombées économiques envisagées : $30 millions en taxes diverses et 620emplois.«Le gouvernement n'aurait pas une cenne à débourser», assure le candidat du PQ dans Marguerite-Bourgeoys, Charles Duhamel.L'EAU DE MERCIER ¦ Le candidat péquiste dans Châteauguay, Luc Trottier, dénonce l'inertie du gouvernement Bourassa dans le dossier de la nappe phréatique contaminée, rendant inutilisables les puits de la région de Mercier et de Sainte-Martine.Cette nappe aurait été contaminée à la suite d'un déversement de 45 millions de litres de déchets liquides comprenant entre autres des BPC, du plomb et du mercure, effectuée entre 1968 et 1972 par la compagnie Lasalle Oil, a expliqué M.Trottier.En 1984, une usine de traitement est entrée en opération mais était incapable de récupérer la totalité des produits toxiques.Résultat: la zone contaminée s'est agrandie.«Le PQ s'engage, a déclaré Luc Trottier, à décréter la région zone sinistrée et à mettre sur pied une commission spéciale pour déterminer les actions à entreprendre pour éliminer ce problème.» MAGNANIME CSN ¦ La CSN se sent magnanime en ce jour de vote par anticipation.La vice-présidente de la centrale, Monique Simard, a envoyé vendredi une lettre au Directeur général des élections, Pierre F.Côté, dans laquelle elle assure le libre accès aux lieux de vote.Le tiers de ces bureaux de vote est situé dans des établissements scolaires et de santé (centres d'accueil et hospitaliers) perturbés par des arrêts de travail.«Nous ne voulons pas nuire à la campagne électorale, a explique hier la présidente de la Fédération des employés de services publics de la CSN, Ginette Guérin.La centrale a lancé un mot d'ordre à ses syndicats leur demandant de limiter leurs lignes de piquetage aux établissements qui n'abritent pas de bureaux de vote.» DÉCÈS DANS SAINTE-ANNE ¦ Le candidat libéral dans Sainte-Anne, Normand Cherry, a perdu samedi son agent officiel, Marcel Larue, décédé d'une crise cardiaque.M.Larue élait également trésorier de l'association libérale de la circonscription depuis 1985.Il a été remplacé par Réjean Tremblay, vice-président de l'Association libérale de Sainte-Anne.UN DON QUICHOTTE DE LA POLITIQUE ¦ Un homme qui se dit victime des décisions arbitraires de la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST), Rolland Gosselin, a décidé de se présenter comme candidat indépendant dans Bourassa.À la suite d'un accident de travail en 1985, M.Gosselin, camionneur de son métier, reçoit des prestations de la CSST.Mais en 1987, une décision de la Commission d'appel en matière de lésions professionnelles conteste ce droit.Il doit alors rembourser les sommes reçues.Depuis, il se bat contre le gouvernement à coups de lettres.«J'ai expédié 81 lettres, a-t-il expliqué, et j'ai reçu 26 réponses dont 17 accusés de réception.Je suis devenu un sinistré des irrégularités de la CSST.Le gouvernement n'écoute que ses fonctionnaires et les gros syndicats.» Son slogan électoral : « Les ministres de Robert Bourassa sont des usines de fabrication d'assistés sociaux.» MICHÉLE OUIMET postale Les Bons Petits Citrons HULL eg est dans la zizanie que le Parti Citron lance officieusement, aujourd'hui, sa campagne électorale.Officieusement, car elle sera officiellement lancée le 26 septembre.« Pour donner une chance aux candidats des autres partis.» explique Denis Patenaude, fondateur et chef du Parti Citron, qui brigue lui-même les suffrages dans Hull.Dans la zizanie parce que, dit encore Patenaude, «dans le plus véniel des partis, il se commet des péchés mortels».Le chef vise celui qu'il appelle le mouton noir de la formation politique: Pierre Corbeil, candidat dans Dorion, un ex-Rhino \u2014 ce qui, étrangement, ne semble guère être très apprécie chez les citronistes \u2014 particulièrement batailleur.«Il n'a pas très bien compris la philosophie du parti et il pose des gestes avec lesquels je ne suis pas d'accord», se plaint Patenaude.Impossible d'en savoir plus long la-dessus.«C'est un problème interne.Mais un parti doit avoir un chef; et le chef du Parti Citron, c'est moi! \u2014, ajoute-t-il afin que personne n'en doute.Quant â Corbeil, il n'a pu être joint, hier, pour commenter.Le fait est que Patenaude aussi est un ex-Rhino.En novembre dernier, il a récolte 591 voix aux elections fédérales.La jeune trentaine frisée, souriante et un peu timide, il a fonde le Parti Citron en janvier 1987 dans le but premier de tourner au ridicule la politique et les politiciens \u2014 ça, on a déjà vu \u2014 et dans l'espoir de reléguer aux oubliettes la de-prime référendaire.Alors, le voilà chef d'une petite équipe de onze candidats, tentant d'assumer cette lourde tâche consistant a faire rire.«Faire rire jaune.d'un rire acidulé!» précise Patenaude.Aussi bien le dire tout de suite, ça ne va pas tout seul.Le Parti Citron a-t-il un programme?« Non, il y en a suffisamment a la télévision».Alors, de grandes orientations?«Non plus.Nous ne faisons pas de trottoirs: il n'y a rien de coule dans le béton.\u2022 Et l'environnement?Les BPC?«Nous sommes tout a fait en faveur des BPC, les Bons Petits Citrons».Justement, le parti peut-il compter sur une relève?«Non, nous sommes tous des citrons mûrs; il n'y a pas de verts dans le parti.» Le Parti Citron peut-il compter sur des assises financières solides afin de mener sa campagne nationale?«Certainement.Nous pouvons investir environ $500 dans cette campagne \u2014 c'est pas des farces!» De quelles promesses peut se délecter l'électorat?«Nous faisons peu de promesses.En fait, nous formons un parti reactionnaire: nous réagissons aux promesses des autres.Tout de même, au niveau national, nous promettons de déménager la capitale de la province de Quebec à Alcove (une petite municipalité de l'Outaouais où demeure Patenaude).» Le chef signale un precedent, ce qui va nous permettre une disgression fort instructive pour les passionnes de politique internationale: en fonction du même genre de considérations pratiques, le président de la Côte-d'lvoire, Houphouét-Boigny, a déménage en 1983 la capitale de son pays d'Abidjan a Yamoussoukro.Plus près de nous, dans Hull, le Parti Citron a-t-il des chances?«Certainement.Le candidat libéral fait sa campagne sans dire un mot.C'est un candidat-frigo qui va s'attirer des votes frigides.Et le PQ rit jaune : il nous trouve menaçants.\u2022 Ensuite?Ensuite, rien.En réalité, Denis Patenaude ne semble pas très a l'aise dans cette sorte de version moderne de l'antique fonction de fou du roi.Il fait de louables efforts, c'est entendu.Mais ça ne colle pas.D'ailleurs, dans cette étrange campagne électorale, rien ne semble vouloir coller.Une campagne Teflon, pour ainsi dire.MARIO ROY B2 LA PgfSSE.HQKTVtAL LUND118 SEPTEMBRE 1989 Lm Pre- Editorial Paul Desmarais president du conseil d administration Roger D.Landry president et éditeur Claude Masson éditeur adiomt Marcel Desiardms directeur de l information Alain Oubuc éditorialiste en cnef Quel système de santé voulons-nous?Le sondage CROP-La Presse de la semaine dernière a clairement démontré que les Québécois sont majoritairement insatisfaits de l'action du gouvernement Bourassa dans les services de santé et des hôpitaux.Soixante-deux pour cent des repondants se disent peu ou pas du tout satisfaits de la gestion du gouvernement, alors que seulement 34 p.cent sont très ou assez satisfaits.Pourtant, dans l'entrevue qu'il accordait a La Presse la semaine dernière, le chef péquis-te, Jacques Parizeau, avouait lui-même que le réseau québécois de soins de santé demeure «un bon système», dont l'efficacité est masquée par l'engorgement des urgences et ajoutait qu'il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain.Quand le chef de l'opposition déclare lui-même que notre système de santé est très généralement accessible et moins cher qu'aux États-Unis, cela doit être vrai.Cela dit, le système est loin d'être parfait et il faudra y mettre le prix pour l'améliorer encore.Et c'est là que le bât blesse.Si Ion semble savoir combien cela coûtera, personne ne semble savoir où trouver l'argent disponible.Objectivement, il faut en effet admettre que depuis leur re- tour au pouvoir, les libéraux ont investi des sommes considérables dans le réseau.Environ $800 millions sur une période de quatre ans.Et même si les salles d'urgence sont toujours encombrées, leur taux d'occupation est passé de 126 p.cent qu'il était, en 1985, à 102 p.cent.En ce qui concerne l'avenir, la ministre de la Santé et des Services sociaux, Thérèse Lavoie-Roux, a proposé, le printemps dernier, toute une gamme d'actions à entreprendre d'ici l'an 2000, donc durant les dix prochaines années, dans un document officiel d'orientation, qui demeure la position gouvernementale.On y promet de rendre disponibles 5000 places ou lits additionnels d'hébergement et de soins de longue durée d'ici l'an 2001.Pour ne pas être en reste, les péquistes promettent d'injecter plus de $1 milliard pour les services de santé durant un premier mandat, dont $147 millions supplémentaires dés la première année.On parle d'ajouter 1000 nouveaux lits par année dans les centres hospitaliers en ouvrant des centres d'hébergement pour personnes âgées et malades chroniques.Bref, que te prochain gouvernement soit libéral ou péquiste, il faudra trouver des sous pour conserver \u2014 et à plus forte raison améliorer \u2014 le système actuel.Or, les ressources affectées à la santé et à l'adaptation sociale sont très importantes et représentent 30 p.cent du budget québécois.De plus, elles progressent plus vite que l'inflation: 6,5 p.cent, en moyenne, au cours des trois dernières années, comparativement à un taux d'inflation de l'ordre de 4 p.cent.La part du produit intérieur brut affectée aux dépenses publiques de santé demeure toujours plus élevée au Québec qu'en Ontario ou que la moyenne canadienne.Libéraux et péquistes écartent tous deux le ticket modérateur, affirmant qu'il causerait plus de problèmes qu'il n'en réglerait.Et sauf quelques expériences pilotes bien timides du côté des libéraux, la privatisation est également écartée.Reste Ottawa.Que les péquistes, souverainistes, s'en prennent au gouvernement fédéral, en ce domaine comme tant d'autres, rien de plus normal.Mais les libéraux eux-mêmes blâment Ottawa pour le manque de ressources actuel en matière de santé.Et parlent de la nécessité d'amorcer des négociations, là-dessus, avec le gouvernement fédéral.En se gardant bien de dire ce qu'il adviendra si ces négociations échouent.Personne ne s'opposera aux visées libérales ou péquistes en matière de santé.D'autant plus qu'elles se ressemblent comme bonnet blanc et blanc bonnet.Mais personne ne sait trop bien non plus comment on s'y prendra pour payer tout cela.Il s'agit là d'un lapsus important de la campagne.§*!©¦¦© V cri NAT Étranges sondages Les résultats des sondages, très nombreux depuis le début de la campagne électorale, sont assez contradictoires pour défier la logique.Déjà, une première série d'enquêtes, celles qui mesurent l'écart entre les deux principaux partis à l'échelle de la province sont étonnantes.Les résultats évoluent en dents de scie: sept points d'avance pour les libéraux selon Sorecom, il y a deux semaines et demie; dix points, toujours selon Sorecom quelques jours plus tard; quatorze, selon CROP il y a deux semaines; sept avec Sorecom il y a quelques jours et quatre, plus récemment selon SOM.Ces chiffres peuvent se comprendre si l'électorat, indécis et peu passionné, vote plus pour exprimer son désaccord que ses convictions.Le conflit du secteur public a fort bien pu remettre en lumière l'un des traits les moins populaires du gouvernement Bourassa.Mais cette grille d'interprétation perd son sens quand on tient compte des enquêtes en profondeur effectuées dans les regions.Déjà, à Sherbrooke, Cranby et Trois-Rivières, des sondages sérieux donnaient une avance écrasante aux libéraux.Une enquête IQOP publiée dans Le Soleil, hier et aujourd'hui, indique aussi que les libéraux détiennent une avance de dix points dans l'Est du Québec, le sud du fleuve, la Côte-Nord et le Saguenay, et une avance, écrasante, de vingt points dans les treize comtés de la région de Québec.Or, c'est là, plus qu'ailleurs, qu'aurait dû se manifester la grogne contre l'attitude libérale dans le conflit du secteur public.Il y a là des mystères.Comment, par exemple, concilier ces vingt points d'avance libérale à Québec, quand les résultats régionaux du dernier Sorecom, réalisé presque au même moment, donnaient deux points d'avance au PQ dans la même région?La logique la plus élémentaire voudrait qu'il y ait un minimum de cohérence entre les résultats provinciaux et régionaux.Personne n'y gagne quand les résultats des sondages sont primesautiers, ni les citoyens, ni les deux partis qui se font la lutte.Bien sûr, on saura avec certitude dès lundi prochain qui avait raison et qui avait tort.Mais il faudra par la suite tracer un bilan très serré de la justesse des sondages et de l'utilisation qui en a été faite.Alain dubuc VEi4&)c/ctftve8siAPBciT&,tës lires z'/iFfitifeDesmx
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