VO, 1 janvier 1993, septembre-octobre
AZINE DE VIE OUVRIÈRE SEPTEMBBE OCTOBRE 1993 244 • 3,75 $ Entrevue LÉO-PAUL LAUZOIM Un comptabi qui redresse la colonne —""■— "O SSS5SSS5BBS ^ propriétaires de l'industrie de la musique au Québec DE L'OFFICE N A 1 I 0 N A L D DU CANADA A PROPOS D'ÉQUITÉ EIU EMPLOI POUR LES FEMMES.voici deux nouveaux vidéos de la série FEMMES ET TRAVAIL qui incitent au changement des mentalités, stimulent des débats encore nécessaires et remettent en question les attitudes traditionnelles concernant la famille et le travail LE PLAFOND DE VERRE QUESTION D'ÉQUILIBRE Cinq femmes provenant de milieux de travail différents témoignent avec humour et détermination des obstacles auxquels elles se heurtent quotidiennement dans leurs efforts pour obtenir l'égalité en matière d'emploi.Des barrières parfois flagrantes, souvent subtiles peuvent apparaître lors du recrutement, de l'embauche, de la formation et de la promotion.REALISATION : SOPHIE BlSSON NETTE Pnom c Tio\ : Chantai, I)d«i:n 1 28 minutes C 9292 094* Available in English under the title The Glass Ceiling Des femmes et des hommes décrivent comment une nouvelle organisation du travail leur permet d'équilibrer vie personnelle et carrière Horaires variables, bureaux satellites, partage de poste, travail a domicile peuvent constituer des conditions de travail mieux adaptées a la vie de tous les jours.realisation : hf.lena cvnamon Production : Chantai Boven 24 minutes C 9292 098* Available in English under the title A Balancing Act Pour location ou achat, appelez sans frais : Québec : 1 800 363-0328 • Ontario : 1 800 267-7710 Provinces atlantiques : 1 800 561-7104 • Ouest et Nord du Canada : 1 800 661-9867 'Avec sous-titres codés pour les personnes sourdes ou malentendantes.PROGRAMME FEDERAL FEDERAL FWFP DES FEMMES WOMEN'SFILM PROGRAM 1P lOMFtZHDI r^A ON»MA|BE 18 B PHOTO YVES PHOVEND«» 24 ^kjM^^M PHOTO GAMM&./IU0W1G 8 EDITORIAL ENTREVUE 8 • Léo-Paul Lauzon Un comptable qui redresse la colonne Il fait les manchettes des médias Sa spécialité, «relire» les états financiers des grandes compagnies.Quand comptabilité ne rime pas avec neutralité.Humaniste, produit d'un quartier populaire et d'une famille très pauvre.Léo-Paul Lauzon ecnt, enseigne et lit pour réclamer des corporations de la créativité, de la transparence et de la responsabilité sociale VIE ET CULTURE 18 • Les propriétaires de l'industrie de la musique au Québec DOSSIER 24 JEUNES EN PAYS DE GUERRE Pour certams-es.la guerre ressemble à un jeu.Mais, pour la plupart, c'est un enfer où ils doivent apprendre à survivre |our après jour Des ieunes parlent de la guerre et de la violence institutionnalisée autour d'eux comme d'autres racontent leurs aventures au camp de vacances Non pas avec désinvolture; plutôt avec détails et émotions BILLET POINT DE VUE LIRE AUX ÉTATS TOUR DU QUEBEC CHRONIQUE INSOLENTE BANDE DESSINEE EN MOUVEMENTS QUEBEC EN COULEURS 7 14 17 38 39 41 41 42 46 PHOTO BENOIT AOUW VO : LE MAGAZINE DE VIE OUVRIÈRE Fondé en 1951 Magazine d'information alternatif, au service des classes populaires, il traite de leurs conditions de vie et de travail, de leurs organisations, de leur culture et de leurs débats VOs'inspire du courant chrétien libérateur.Il est publié en collaboration avec la Jeunesse Ouvrière Chrétienne ( JOC), le Mouvement des Travailleurs Chrétiens (MTC) et le Centre de Pastorale en Milieu Ouvrier (CPMO) Ses prises de positions éditoriales n'impliquent cependant pas ces organisations.Les articles publiés dans VO n'engagent que leur-s auteur-e-s-es.Conseil d'administration: MichelleAssehn, Daniel Beaulieu.Esther Champagne, Paul-Émile Charland.Ginette Gaudreault, Monique Tremblay.Comité de rédaction: Diane Brulotte, Francesca Dalio, Guillaume Dostaler, Abdelhamid Gmati, Françoise Guay.France Paradis, Marc Valade, Pierre Viau.Collaborations régulières et membres des sous-comités: Nicole Brais, Marie Constantineau, Guillaume Dostaler, François Gervais.Daniel Gingras, Pierre Hamel, Christine Nagl, Maryse Robert, Marc Valade, Pierre Viau.Rédaction en chef, coordination, promotion et publicité: Jean Robitaille Pupitre et secrétariat de rédaction, montage des couvertures, visuel, comptabilité et rédaction: Daniel S Legault.Gestion des abonnements et traitement de textes: Ginette Gaudreault.Représentation publicitaire: Jean-Guy Renaud et Denis Rioux.Mise en page: André Leclerc et Louise Gravel Photographie: René Beaulieu Bande dessinée: Vivian Labrie Impression: Imprimerie d'Arthabaska inc.Distribution: Diffusion Parallèle - Tél.(514) 525-2513 Fréquence de parution: 6 numéros par an Photo page couverture: Benoit Aquin Grille de tarifs: Abonnement pour individu ou groupe populaire: 20$/an ou 35$/2ans Abonnement institutionnel: 28$/an Abonnement de soutien: 28$/an Étudiant ou sans emploi: 14$/an À l'étranger (par avion), individuel: 25$/an À l'étranger (par avion), institutionnel: 33$/an Un numéro seulement: 5,10$ (incl.frais de poste) VO est membre de la Société de développement des périodiques culturels québécois (SODEP) Les articles du magazine VO sont inscrits dans le répertoire analytique de presse Points de repère.Dépôt légal à Ottawa et à la Bibliothèque nationale du Québec ISSN 0849-035X Envoi de publication, enregistrement no 0220 Parution n°244, 1" septembre 1993.Revue VO, 1212 rue Panet, Montréal (Québec), H2L 2Y7 Téléphone: (514) 523-5998, télécopieur: 527-3403 PROSTITUTION ET VIOLENCE À MONTREAL: «TOUCHEZ PAS À NOS ENFANTS» Devant une prostitution de plus en plus visible et agressante, assortie de retombées du commerce de la dope, les gens d'un quartier populaire réagissent, apeurés.Le Journal de Montréal en a fait son chou gras une bonne partie du mois de juin passé.peut-on résoudre le problème?avec ou sans violence?JEAN ROBITAILLE ET DANIEL S.LEGAULT C ondoms souillés et seringues abandonnées côtoient déjà depuis quelques années les vieilles gommes et les bouteilles vides dans les ruelles, les cours d'école et les mini-parcs où jouent les enfants du quartier Centre-Sud de Montréal.Centre-Sud, c'est pas le Jardin botanique.La drogue et la prostitution, c'est pas nouveau dans le quartier.La population avait appris à s'en accommoder.Mais les choses ont changé. Une piquerie qui brûle.Tout aurait commencé ainsi il y a une couple de mois.Diagnostic: incendie criminel.La police enquête; les résidents-es s'impatientent.Les prostituées et les piqueries sont connues, reconnues, et pointées du doigt.Depuis que des enfants sont devenus des clients potentiels pour les prostituées et les pushers du coin, la tolérance des parents est disparue."Nos enfants de 10-12 ans se font offrir des «pipes à trois piastres- par des prostituées à la sortie de l'école pis leurs pushers fournissent les seringues pour les initier à la dope.» C'est la guerre pour nettoyer le quartier de la prostitution et des piqueries.Et chacun choisit ses armes.EN JOUANT DES BRAS.Certains voulaient tout régler en une nuit, masqués et équipés de bâtons de baseball.Les nouvelles-télé nous ont d'ailleurs montré en juin dernier des images troublantes de citoyens-nes du quartier Ste-Marie (la partie est du Centre-Sud) s'attaquant aux prostituées et vidant avec rage deux logements soupçonnés d'abriter des piqueries.Quelques heures de violence, histoire de VOULOIR régler un problème que ni la police, ni les services sociaux n'arrivent à résoudre.-Si rien n'est réglé d'ici 2 mois, on va ressortir nos bâtons de baseball.» Cette faction violente a été rabrouée par la majorité, mais pour combien de temps?.OU EN JOUANT AUX CARTES D'autres ont fondé un Comité d'action contre la prostitution et les piqueries dans Ste-Marie, composé de citoyens-nes.Mouvement amorcé autour de la Garderie du Carrefour, où les monitrices voyaient, le matin en entrant au travail, des prostituées et leur client en pleine action dans la cour arrière.Raymonde Raymond, porte-parole du Comité, veut bien essayer de comprendre le drame des prostituées, mais à la condition que le problème cesse dans son quartier.Pour cette population-là, la volonté de compréhension a ses limites: ça ressemble au syndrome «Pas dans ma cour».À un arrêt, une femme qui vient attendre l'autobus s'est fait dire par une prostituée: «Pousse-toê, c'est mon spot icitt'».Ailleurs, ce sont les simples citoyennes qui se font régulièrement raccoler par des clients.Le Comité souhaite que les résidents-es puissent se «réapproprier- pacifiquement leur quartier.On organise des manifestations avec les enfants; on fait des -beach-party» dans les parcs; on s'installe aux coins de rue de travail des prostituées, et on sort les cartes.LÉGALISER LA PROSTITUTION?Plusieurs ont ramené l'idée d'une légalisation de la prostitution.Généralement avantageuse pour améliorer les conditions de vie des prostituées, cette solution n'en est pas une ici.On parle dans ce cas d'une prostitution marginale.Les filles sont moins organisées.Elles sont plus poquées aussi.Elles travaillent sur des rues résidentielles.Ici, prostitution et piqueries (contrairement à d'autres lieux de drogue) sont très liées.Pushers et pimps sont les mêmes personnes.La légalisation de la prostitution ne servirait probablement pas à grand chose.Ces filles, terriblement accrochées à la drogue, se feraient-elles une place dans les bordels légaux?Et les clients qui recherchent des aventures «hors de l'ordinaire», ne pourraient trouver que dans la rue des filles prêtes à tout pour payer leur prochaine dose.Pour les citoyens-nes des quartiers résidentiels, le problème actuel a commencé lorsque les prostitués-es ont été chassés du centre-\ille et dispersés.Ramener la prostitution dans le Red Light ne changerait rien à la condition des prostitués-es, mais au moins ne menacerait-elle plus les habitudes de vie des résidents-es des quartiers populaires.Lise-Anne Bourque, directrice de Passages, une maison d'hébergement pour les prostituées qui veulent essayer d'en sortir, convie les citoyens-nes de Centre-Sud à la tolérance et au dialogue.Elle rappelle qu'il faut surtout s'armer de patience, et que les solutions durables passent par des changements profonds dans la société.Entre-temps, il y a des clients qui en profitent et des prostitués-es qui en bavent.Il y a la répression policière et judiciaire qui ne règle rien.Et il y a des citoyens-nes qui désespèrent.^t NOTE - L'ne tireur de l'imprimerie a fait en sorte qu'une cinquantaine de copies de notre numéro de juillet-août ont ete nuil montées, comportant les mânes pages en double et oubliant les autres.Si vous avez ete \ietime de ce problème, veuillez nom contacter, le plus rapidement possible, par la po lV \\ \E ,e lt tu 11 \t U1RIE CD en ce DJ o t- u o LES PROPRIETAIRES DE L'INDUSTRIE DE LA MUSIQUE QUÉBÉCOISE: DES GAULOIS QUI RÉSISTENT ET CONTRÔLENT, DE L'ENREGISTREMENT À LA VENTE AU DÉTAIL FREDERIC ZALAC PHOTOS YVES PROVENCHER o > Paul Piché, Roch Voisine, Louis Lortie, Uzeb.La rentrée culturelle amène immanquablement son cortège de lancements de disques et de specTACLES.Le Gala de l'ADISQ arrive a GRANDS PAS ET LES GRANDS DE L'iNDUS-TRIE QUÉBÉCOISE DE LA MUSIQUE IRONT PARADER AU MICRO EN SE FÉLICITANT UNE FOIS DE PLUS.Il s'agit d'un marché - si l'on ne regarde que la production de disques - de 200 millions $ par année au Québec.Et c'est aussi une formidable histoire à succès à l'échelle mondiale, qui fait de l'industrie québécoise une espèce rare, enviée à l'étranger.Car ici, à l'inverse du reste de la planète, ce sont les maisons de disques indépendantes qui raflent 85% de la production québécoise.Les grandes multinationales, les majors comme on les appelle dans le jargon, ne produisent que 15%.Mais si aujourd'hui les multinationales sont peu impliquées dans le produit québécois, qui le contrôle et comment?Voici un petit exemple.Supposons que vous avez décidé d'acheter le plus récent album de Paul Piché au magasin Ar-chambault Musique.Vous l'aimez tellement que, aux Francofolies, vous allez voir l'artiste au Spectrum.Et vous achetez le chandail officiel de l'événement, histoire de conserver le souvenir de votre soirée mémorable jusqu'à la diffusion télévisée du spectacle.Vous êtes cependant loin de vous douter que la plupart des entreprises avec lesquelles vous venez de faire affaire sont liées entre elles ou appartiennent carrément aux mêmes propriétaires.LE RÈGNE DES MAJORS Pour comprendre où nous en sommes aujourd'hui, nous devons faire un rapide retour en arrière, à l'époque où les majors occupaient tout l'espace.Des débuts du disque, dans les années 20, jusqu'aux années 60, les artistes québécois-es, comme la Bolduc et Dominique Michel, enregistrent chez les multinationales installées à l'étranger, à Paris ou à New York. Puis le Québec connaît un boom musical avec l'arrivée des années 70.La production québécoise augmente à un rythme fou.Mais l'essentiel des disques d'artistes québécois-es est produit par les filiales locales des multinationales.Il y a bien quelques rares producteurs indépendants qui apparaissent, comme Guy Cloutier et Guy Dufresne, mais ils ont généralement une brève existence et un petit volume de vente.C'était, en tout cas, encore bien loin d'une industrie.À partir de 1979, une crise importante secoue l'industrie du disque de tous les pays industrialisés.La production est au point mort pendant trois ans.À cela vient s'ajouter la récession économique du début des années 80.Les ventes de disques tombent en chute libre.Robert Pilon, président de la firme Média Culture et vice-président aux affaires publiques pour l'Association québécoise du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ), explique que le petit marché québécois était devenu très peu intéressant."Des patrons locaux des filiales multinationales ont dû recevoir un coup de téléphone de New York ou de Los Angeles en leur disant de se contenter de vendre Michael Jackson pour cette année-là.La situation économique était telle qu'ils ne voulaient plus se risquer à investir sur un artiste québécois.» De 1979 à 1985, les multinationales se retirent donc massivement de la production québécoise.Toutes celles qui avaient leur siège social à Montréal déménagent leurs pénates à Toronto.LA I II II Kl QUÉBÉCOISE Abandonnés-es comme des orphelins-es, les artistes québécois-es ont dû se replier Québec© DISTRIBUTION TRAN&CANADA MUSICOR Distributeur exclusif Grossiste ONE STOP P0LYSONS Magasins de détail ARCHAMBAULT SELECT Distributeur ARCHAMBAULT MUSIQUE Magasins de détail AUDIOGRAM Étiquette de disques STUDIO SPECTRUM THÉÂTRE SPECTRA LES ARTICLES MORIN HEIGHTS DE MONTRÉAL OLYMPIA SCÈNE PROMOTIONNELS AZUR sur une industrie locale naissante.Profitant du vide créé, un certain nombre d'entreprises apparaissent, comme l'étiquette de disques ADM, fondée par Rosaire Archambault (propriétaire du célèbre magasin de musique), Gilbert Morin et André Di Cesare.-Au début, poursuit Robert Pilon, ce sont des affaires de sous-sol.Les gars travaillaient dans leurs chars.Un certain nombre d'entre eux avaient un emploi dans les multinationales pendant les années 711 C'est le cas notamment de Michel Bélanger, un ancien de chez London, qui décide de créer l'étiquette Audiogram en 1983.«A la fondation d'Audiogram, la situation de l'industrie au Québec était catastrophique-, se rappelle Richard Pelletier, directeur des communications de la compagnie.«C'était vraiment les années de vaches maigres, dit-il.Des artistes connus comme Paul Piché se promenaient avec leurs démos sous le bras et ne trouvaient pas preneur.• C'est finalement Audiogram qui relancera Piché en 1984, puis Richard Séguin en 1985.D'après Robert Pilon, des 20 plus grandes entreprises indépendantes, 17 ont été créées après 1980.C'est dire qu'en l'espace de dix ans, il s est créé au Québec une industrie indépendante constituée d'une soixantaine de maisons de disques! Une quinzaine d'entre elles sont bien structurées et produisent deux ou trois albums par année.Tous ceux qui ont participé à mettre sur pied cette industrie se connaissent très en en tr m o i— u Q a CD 5 CVJ o > en en en CE m o t-u o Œ m LU eu o > bien.En fait, ils ont tous commencé ensemble et viennent à peine d'atteindre la quarantaine.Les liens informels qui les unissent forment une confrérie.«C'est un clan, remarque François Arcand, pdg de la firme Culture Inc.Ce sont des gens qui ont fait des choses extraordinaires ensemble.André Ménard, Alain Simard, Michel Bélanger et les autres entretiennent des relations durables, ils se sont épaulés pour bâtir l'industrie.» Mais d'après Luc Martel, président de Radio-Activité, un hebdomadaire spécialisé sur l'industrie de la musique, il s'agit d'un milieu très petit, d'une «mafia» où n'entre pas qui veut.«Il faut de la chance, du talent et de la persistance», dit-il.Et probablement un peu d'argent aussi.QUI POSSÈDE QUOI Cette industrie indépendante a réussi à gruger tranquillement l'espace occupé par les majors et leurs très populaires produits anglophones.La part de marché du disque québécois est passée de 10% en 1980 à près de 30% des disques vendus au Québec en 1990, toutes catégories et toutes langues confondues.L'Équipe Spectra, dirigée par Alain Simard et André Ménard, est sans conteste le regroupement le plus puissant de l'industrie québécoise.Spectra possède le studio d'enregistrement de Morin Heights, la compagnie de production Spectra Scène (spectacle, télévision, gérance d'artistes), le Spectrum de Montréal, le théâtre Olympia, le Festival de Jazz de Montréal, les Francofolies et la compagnie d'articles promotionnels Azurs.L'équipe compte huit relationnistes travaillant à plein temps.Avec un chiffre d'affaires d'environ 25 millions $ par année, la machine Spectra est impressionnante.C'est à cet empire que s'est rattachée en 1986 la compagnie de disque Audiogram, la plus importante au Québec, avec des artistes comme Jean Leloup, Michel Rivard et Richard Séguin.«Ce regroupement a vraiment été une étape très importante pour nous, affirme Richard Pelletier.On contrôlait toutes les étapes de la production: enregistrement et production de disques, réalisation de clips, salles de spectacles, festivals et grands spectacles.On était en mesure d'encadrer entièrement la carrière d'un artiste.» D'après Pelletier, c'est ce qui a poussé Audiogram en avant.Or, depuis janvier dernier, Michel Bélanger a racheté les parts que détenait Spectra dans Audiogram.Mais les liens ne sont pas complètement coupés.Une entente prévoit que les activités sur scène et à la télévision des artistes sous contrat relèveront de Spectra, alors que le volet du disque sera entre les mains d'Audio-gram.Cet accord concerne aussi la coproduction et la mise en marché.Il s'agit donc d'une séparation légale mais avec le maintien quasi-intégral de la collaboration antérieure.Robert Pilon estime qu'avant la séparation d'Audiogram, on pouvait voir dans cet ensemble «notre petit Time-Wamer à nous autres».Il est intéressant de noter que, bien qu'il n'y ait jamais eu de liens directs entre Spectra et le Groupe Archambault (les magasins de disques et la maison de distribution Sélect), les deux entreprises étaient actionnaires d'Audiogram.Le secrétaire trésorier d'Audiogram est, encore aujourd'hui, Rosaire Archambault.L'INTÉGRATION VERTICALE Surprenant?Il existe d'autres exemples de ce genre d'intégration verticale.La plupart des entreprises québécoises qui oeuvrent dans le domaine du disque ont également une certaine présence dans la production de spectacles, dans la gérance d'artistes, dans le booking et même parfois dans la production d'émissions télévisées comme le font Jean-Claude L'Espérance ou Guy Cloutier.Ce dernier possède, de plus, sa salle de spectacle, le Capitol, à Québec.Michel Sabourin est un autre exemple.Il est gérant et tourneur (responsable de la logistique d'une tournée).Sabourin est propriétaire lui aussi d'une salle de spectacle - le Club Soda - et devrait avoir sous peu son étiquette de disque.Pour sa part, André Di Cesare, le propriétaire des disques Star, vient de faire construire son studio d'enregistrement.«Ici, dit Luc Martel, tout le monde porte à peu près tous les chapeaux.Il n'y a pas beaucoup d'argent à faire et si on veut en faire, il faut être à la fois producteur, éditeur, producteur de spectacle, gérant.Ils font presque tous ça.» Pour les artistes, cette concentration peut avoir des effets catastrophiques.L'histoire des déboires de la chanteuse de jazz Karen Young, avec l'équipe Spectra, est troublante.Lors du «Concert pour nos rivières» au Spectrum, elle dénonce la compagnie Alcan.Or Alcan était le principal commanditaire du Festival de jazz.Les dirigeants de Spectra n'ont pas apprécié, et ont entamé un boycottage de la chanteuse.Malgré tout, Jean Laçasse, son gérant, croit que ceux qui contrôlent l'industrie n'agissent pas par mesquinerie.«11 n'y a pas de gros méchant là-dedans, mais un monopole, c'est un monopole.Ce sont Palmarès des ventes au Québec Francophones Fusion Musicor 22 % Polygram 2 % Sony 8 BMG 4 % LES PARTS DU MARCHE ET L'EMPIRE DES MULTINATIONALES Les six grandes multinationales de la musique, l'allemande BMG, la japonaise Sony, la britannique Capitol-EMI, l'états-unienne Warner, 6 °/ MCA la JaPonaise MCA et la néerlandaise Polygram, se partagent à elles seules près de 85% des 29 milliards $ que représente l'industrie mondiale de la musique.Le chiffre d'affaires moyen de ces majors oscille autour de 3,5 milliards $ 56 % Sélect , x., , , j - Les filiales locales de ces géants servent à distribuer le produit états-unien et certains produits mondiaux.Occasionnellement, selon certaines périodes et selon l'ampleur du marché domestique, elles s'impliquent en plus dans la production et la mise en marché d'artistes locaux qui ont un potentiel pour le marché mondial.Sony 12 Anglophones 14 % MCA Leur principale activité au Québec est de distribuer chez-nous le produit international, anglais dans 99% des cas.Elles distribuent aussi au Québec les produits de la filiale correspondante en France.Francis Cabrel, distribué par Sony en France, le sera également ici.Enfin, les multinationales produisent, de façon épisodique, quel- Quahty 2 % ques produits locaux pour le marché local, surtout lorsqu'un-e artiste a des chances de percer sur la scène internationale.C'est le cas de Céline Dion chez Sony.Polygram 18 % Musicor 4 6 % BMG 4 % A&M 28 % Warner d'énormes compagnies qui ont de grosses dépenses et qui doivent vendre pour survivre.Ils n'agissent qu'en fonction du potentiel de vente d'un artiste.» De nombreux artistes ont également connu des difficultés avec l'industrie.C'est le cas de la chanteuse Ginette Reno qui a mis sur pied sa propre compagnie de production et de distribution, Melon-Miel.PÉLADEAU VS ARCHAMBAULT Sélect et Trans-Canada sont les deux principaux distributeurs de produits francophones au Québec.Selon des données compilées par Radio-Activité en décembre dernier, ils occupent respectivement 56% et 22% du marché des ventes de disques.A eux seuls, ils représentent donc 78% du marché total, reléguant loin en arrière les entreprises de distribution locales des multinationales du disque.Il s'agit encore d'une situation assez unique au monde.En France et au Canada anglais, il n'y a pas de distribution indépendante.Sélect, la première maison de distribution québécoise, appartient à l'important groupe Archambault.Cette entreprise, qui fut avant tout un des premiers magasins de disques de Montréal, est née au tournant du siècle au coin des rues Sainte-Catherine et Berri.Au début des années 60, Archambault se lance dans la distribution de disques et crée la compagnie Sélect.Depuis 1984, l'entreprise a ouvert trois nouveaux magasins et a acheté le magasin Musique d'Auteuil à Québec.On évalue le chiffre d'affaires du groupe Archambault à près de 30 millions S par année.Sélect est évidemment assurée d'un bon réseau de vente au détail par la chaîne des magasins Archambault.Cela veut dire concrètement que les produits de Sélect sont placés en évidence sur les tablettes, qu'ils sont particulièrement supportes lors de leur mise en marché, et que les prix sont compétitifs.Les autres le font aussi», dit Claude Ménard, le directeur des ventes au détail de Archambault.Et il a raison.05 LU oc m o i-o o s m 5 o.LU CD CM > La chaîne de magasins de disques HMV est un autre cas intéressant à analyser à cet égard.HMV est une filiale de la compagnie Terni Canada de Toronto, directement reliée à la multinationale britannique Capitol Records - EMI.Cette dernière peut donc tout contrôler, de l'enregistrement à la vente au détail, à travers le monde.Mais le principal compétiteur du groupe Archambault, c'est Trans-Canada, une filiale de l'imposant groupe Québécor.Trans-Canada possède Musicor - un distributeur du même type que Sélect -, un grossiste appelé One-Stop qui dessert 600 clients, et la bannière Polysons, qui compte 59 magasins de disques de détail.«C'est un bon réseau pour vendre nos produits, indique Chantai Reid, la directrice générale de Trans-Canada.Si on a deux produits similaires, un qui vient de chez Sélect et l'autre de Musicor, on va évidemment pousser le produit Musicor.» À première vue, on a affaire à un marché occupé presque entièrement par deux distributeurs, Sélect et Trans-Canada.Mais les multinationales sont là aussi.Un pro- ducteur qui cherche une alternative peut toujours aller frapper à la porte des six filiales de distribution des majors.C'est le cas de la maison de disque Isba et des disques Traffic, distribués respectivement par Sony et MCA.À L'HEURE DES OFFRES D'ACHAT Malgré plusieurs liens serrés, et de puissants empires comme Spectra, on ne peut pas assimiler notre industrie de la musique à un véritable oligopole.Nous n'en sommes pas encore à la situation des multinationales qui possèdent studios, maisons de disques, usines de pressage, réseaux de distribution et chaînes de magasins.La plupart des salles de spectacle du Québec appartiennent, soit à des organismes sans but lucratif soit à l'État.Les réseaux de radio et de télévision n'ont aucun lien de propriété direct avec l'industrie de la musique.Les studios d'enregistrement sont presque tous indépendants.En fait, une bonne part de l'industrie peut agir de façon indépendante.Mais la situation pourrait changer dans les années à venir.Selon Robert Pilon, notre industrie est dynamique mais fragile."Il ne faudrait peut-être pas trop pavoiser.Je suis renversé qu'il n'y ait pas eu de faillite après trois ans de récession.» Le grand mouvement de concentration à l'échelle mondiale se poursuit.Les majors sont intégrées au sein de grands conglomérats de produits d'électronique ou de télécommunication.Dans ce mouvement, il est possible que des entreprises performantes d'ici soient des proies intéressantes pour les majors.La rumeur veut que des multinationales aient fait des offres d'achat pour acquérir des maisons indépendantes québécoises.La révolution technologique va aussi changer le paysage de l'industrie.Dans quelques années, il est possible que les supports mêmes de la musique - le disque compact ou la cassette - disparaissent au profit de nouveaux systèmes de distribution numérique via le câble ou le téléphone.Qui contrôlera cette distribution?Qu'adviendra-t-il des magasins de disques?Comment s'adaptera l'industrie québécoise?Les pressions seront fortes contre ces Gaulois qui résistent toujours et encore à l'envahisseur.,'_T.m en en CE m o \-u o CE CCI a LU [0 ru O > Jeunesse du Monde : un mouvement de jeunes pour la solidarité internationale Des jeunes, des milliers de |eunes se lèvent debout au nom de la dignité humaine.Ils sont convaincus de pouvoir |ouer un rôle pour rétablir l'équilibre sur la planète.Ils sont dans les écoles secondaires, les cégeps, les universités, les maisons de jeunes, les paroisses et les quartiers Jeunesse du Monde les regroupe, les accompagne et les pousse à prendre la parole et à poser des gestes concrets pour la paix, le dialogue interculturel, la justice, le respect des droits humains et le respect de la Création au Nord comme au Sud.Pour connaître les projets actuellement sur la table et, pourquoi pas, vous joindre à ces jeunes, communiquer avec le-la responsable de Jeunesse du Monde de chaque diocèse ou au bureau national, 920, Richelieu, Québec, G1R 1L2.Tél.: (418) 694-1222.Télécopieur : (418) 694-1227.JEUNESSE DU MONO! Travailler dans an pays da Tiers Monde comme coopérant -c avec CUSO est une occasion de contribuer à on effort pour tisser des liens internationaux entre des partenaires à la recherche d'alternatives an modèle dominant.Les projets auxquels s'associe CUSO sont axés vers une résistance socio-économique et culturelle, vers les principes et les pratiques féministes, les droits de la personnes et la démocratie.Si une telle implication vous intéresse et que vous possédez l'expérience requise, vous pouvez remplir une demande pour l'un des postes offerts par CUSO en Afrique, en Amérique latine ou en Asie.POSTES OFFERTS Conseillère ou conseiller pour tue coopérative agricole au MOZAMBIQUE Travail avec une coopérative regroupant une soixantaine de familles, dans un effort pour augmenter la capacité de production et de commercialisation.Formatrice ou formateur en gestion de micro-entreprise auprès des paysans an PÉROU Au sein d'une fédération agricole, pour améliorer les méthodes de production, de commercialisation, et apporter une formation en gestion.Conseillère ou conseiller dans le domaine de la mise en marché an NICARAGUA Au sein d'un Important mouvement coopératif, pour contribuer à un effort de commercialisation dans le difficile contexte des nouvelles politiques économiques en vigueur.Le salaire offert permet de couvrir le coût de la vie dans le pays hôte.CUSO absorbe les frais de transport, d'assurance, et offre une indemnité.Les critères professionnels et d'expérience applicables aux postes sont définis parles partenaires des pays hôtes.D'autres postes sont disponibles.Pour plus d'information, contactez : Chercheure ou chercheur en économie politique en COLOMBIE Au sein du principal centre de recherche et d'éducation populaire non gouvernemental (QNEP) qui s'oriente vers la recherche d'alternatives populaires.Le travail du coopérant ou de la coopérante doit permettre d'apporter une perspective Internationale.CUSO appuie la mobilisation face aux mégaprojets qui affectent l'environnement et les peuples autochtones de Colombie la.une délégation d organisations populaires autochtones et noires de la Côte Pacifique de la Colombie, accueiffie par le Grand Conseil des Cris de la Baie James l'an dernier Un effort pour partager des expériences et tisser des liens de soudante internationale.Administratrice pour des programmes de développement des femmes en ZAMBIE Au sein d'un mouvement coopératif dans le domaine agricole, contribuer à la conception et à la mise sur pied d'un programme réalisé par et pour les groupes locaux de femmes.Monique Simard (3* à partir de la gauche), lors d'une rencontre dans le bidonville de CoŒque au Pérou, en avril dernier, dans le cadre d'une mission auprès d organisations de femmes péruviennes afin d'identifier des pistes de collaboration La mission était organisée par le Comité canadien d'action sur le statut de la femme (CCA) et CUSO-Québec CUSO-Quebec • 1600, ave Delorlmier • Montréal (QC) H2K 3W5 • (514) 528-8465 I E LES JEUNES DE LA GUERRE Pour certains-es, la guerre ressemble à un jeu.Mais, pour la plupart, c'est un enfer où ils doivent apprendre à survivre jour après jour.Des jeunes parlent de la guerre et de la violence institutionnalisée autour d'eux comme d'autres racontent leurs aventures au camp de vacances.Non pas avec désinvolture; plutôt avec détails et émotions.La fuite et l'exil font partie des dures réalités de la guerre et de l'après-guerre.Les traumatismes subis refont périodiquement surface.Souvent à notre insu, on côtoie ces jeunes victimes de la guerre et de la torture, qui tentent de trouver non seulement refuge chez nous mais également une certaine paix intérieure.Les jeunes d'Afrique du Sud, de Bosnie, de Croatie, du Liban, d'Haïti, du Pérou et de la Somalie composent la courte-pointe de ce dossier où la situation des jeunes en pays de guerre vous est présentée sous toutes ses coutures.UN DOSSIER PRODUIT PAR JEAN ROBITAILLE JEUNES FEMMES DE L EX YOUGOSLAVIE: LE VIOL COMME STRATÉGIE DE GUERRE JEAN ROBITAILLE PK7TO ANDBEW KAfiER -G»FF n en 05 a CD o i— u o OC 5 aj O > Les guerres ne sont jamais propres, mais certaines sont vraiment plus sales que d'autres.depuis le début de la guerre dans l'ex-yougoslavie, 50 000 femmes, dont un grand nombre de jeunes filles, ont subi les pires assauts des combattants serbes qui pratiquent avec un zèle sordide une abominable stratégie de guerre et de purification ethnique.Dans les territoires de Bosnie et de Croatie qu'ils ont conquis par la force, les Serbes gardent prisonnières les femmes en âge de procréer dans des «camps de la mort et de viols où elles sont systématiquement violées, à répétition, massivement, jusqu'à ce qu'elles tombent enceintes ou qu'elles meurent de leurs sévices.La stratégie serbe de «nettoyage ethnique» des territoires conquis vise, d'une part, à forcer l'exil des populations locales par des bombardements massifs et continuels et, d'autre part, à mettre enceintes, par la force, les femmes musulmanes afin qu'el- les enfantent des petits Serbes.«DES COMPTES À RENDRE POUR CELA» Voici le témoignage de Azra, jeune femme de Kozarac, violée par les militaires serbes.«L'équipage d'un tank et quelques tchetniks sont arrivés.30 hommes.Des bouchers du front de Croatie.Ils se sont moqués de nous: «Quels beaux culs vous avez! Dommage que vous soyez Turques ».Nous pleurions toutes, nous avions extrêmement peur.Ils nous ont donné l'ordre d'enlever nos vêtements.Si nous refusions, ont-ils dit, ils nous les arracheraient de force.Trois d'entre nous ont refusé, et ils ont arraché leurs vêtements avec des couteaux.Nous étions debout en cercle, mus.Ils restaient assis, buvant et fumant.Ils nous ont donné l'ordre de marcher en rond.Nous l'avons fait pendant un quart d'heure environ, pendant qu'ils buvaient et se repaissaient les yeux de ce spectacle.Puis cela a commencé.Bizarrement, au lieu de choisir chacun une femme, ils se sont tous approchés de la même fille et se sont alignés.Les autres filles regardaient, pleuraient, suppliaient, mais les hommes étaient comme sourds et muets.Cela se passait sur un rocher, dans la cour.J'étais troisième.Ils se sont approchés de moi, et j'ai commencé à les supplier de ne pas me toucher.L'homme qui était à ma gauche m'a frappée dans le dos deux fois avec la crosse de son fusil, puis les deux hommes se sont mis à me battre.Je suis tombée.Alors le pire a commencé.J'ai été violée une première fois.Je me suis débattue, j'ai poussé des cris, je lui ai tiré les cheveux.Il m'a frappée sur la bouche, ma lèvre inférieure a commencé à saigner.Je me suis évanouie.Quand je suis re\'enue à moi, j'ai été violée à nouveau.Cela ne peut pas être décrit, la douleur était horrible.Pendant que j'étais encore consciente, j'ai été violée par huit hommes, et je ne sais pas ce qui s'est passé après.Il était environ onze heures.J'ai crié, imploré, pleuré.L'un d'eux, qui avait environ 35 ans, était étendu sur moi, pressant le canon de son arme contre ma tempe, me regardant longtemps dans les yeux.C'est alors qu'un jeune homme s'est approché.Je l'avais déjà vu à Prijedor, nous allions dans la même école.Il a quatre ans de plus que moi.Il a saisi l'homme plus âgé par l'épaule et lui a dit de ficher le camp.Ce dernier l'a regardé, s'est levé et est parti.Le jeune homme n'a pas participé au viol collectif.Il m'a donné la main pour m'aider à me relev'er.Je me suis relevée, nue.Pendant que le dernier homme était encore sur moi, un autre faisait passer la lame de son couteau sur ma poitrine.Il semblait jouer, mais il laissait de profondes écorchures.Comme j'étais vierge, je saignais beaucoup.Ils avaient tous entre 22 et 40 ans.Le jeune homme qui m'a sau\'é la vie - il s'appelle Malden R.- était garde a Tmopolje.Comme nom partions, il leur dit: "souvenez-vous, vous aurez des comptes à rendre pour tout cela".Ils l'ont juste regardé méchamment et dit qu'ils étaient certains que non.» ^7, VO remercie la Fédération nationale Solidarité Femmes, de Paris, qui nous a transmis les rapports produits par Zcljka Mrhic et Nina Radie, responsables d'un centre d'aide aux victimes de viol dans l'ex-Yougoslavie PKJTD BENOfT 4QU1N Benoît Aquîn, un des photographes de VO, présente l'exposition -Haïti Chérie-, au Centre interculturel Stiatheam, à Montréal, jusqu'au 21 septembre.Informations; (514) 872 lusqu HAÏTI: DIGNES ENFANTS DELA RUE ANDRE LACHANCE Près des gargotes en plein air du Champ-de-Mars, une bande d'enfants sales se iette sur les reliefs des rares clients, les plus grands disputant aux plus petits un os de poulet, un reste de frites, un fond de pepsi.partout, dans cette capitale de la misère antillaise qu'est devenue port-au-prince, des femmes et des enfants se frottent la panse en lançant «moé gran' GOUT» (j'Ai FAIM) À L'ADRESSE DES PASSANTS INDIFFERENTS.Dans le parc où s'élèvent les statues orgueilleuses des héros de l'indépendance de la première République noire, une fillette en loques, pieds nus sur le bitume, quémande quelques centimes.Tout ) côté, d'autres de ces pitoyables enfants de la rue - ils seraient plus de 5 000 à Port-au-Prince - astiquent, cigarette au bec, une jeep cabossée.Enock Olastin, 10 ans, et Jésus Nicolas, né l'année où «•Jean-Claude est parti-, font du «ciré machines» au Champ-de-Mars, à quelques pas du Palais national.Équipés d'un seau d'eau et de quelques chiffons crasseux, ils passent ainsi tout le jour, et une bonne partie de la soirée, à nettoyer les pare-brise et à astiquer les chromes des véhicules, en espérant que leurs propriétaires voudront bien les gratifier de quelques cents.Aucun n'est jamais allé à l'école.La nuit, ils dorment dans le parc, derrière les gargotes.Les deux -marchent ensemble-comme ils disent, ce qui leur assure une petite protection contre les gangs d'enfants qui tentent parfois de les chasser.LES PIEDS BRÛLÉS POLIR 2XHr Lorsque je demande à Enock de me montrer ce qu'il a amassé depuis le ma- tin, il vide ses poches d'un air méfiant.Dans sa menotte, à peine quelques centimes.Jésus me raconte que le mois précédent, des grands se sont emparés d'eux alors qu'ils dormaient dans le parc et lui ont brûlé les pieds avec un briquet pour lui soutirer le billet de 2 gourdes (20c au cours actuel) qu'un fêtard lui avait donné.Comme des centaines d'autres enfants des rues, Enock et Jésus fréquentaient le centre La famille, c'est la ne, fondé par le père Jean-Bertrand Aristide, avant qu'il ne devienne président.Mais, aujourd'hui, c'est fini: l'immeuble qui abritait «La fanmi se la vï» n'est plus que ruines.Les deux enfants ne comprennent pas ce qui se passe dans le pays.Tout ce qu'ils CD LU CL m o ►— o a 5 o.LU en CM en 01 en CL m o H U O a m S a LU m o > savent, c'est que la vie était plus facile «avant», car il y avait plus de clients et plus de restes de repas.Ils savent aussi qu'ils ont faim, qu'ils ont souvent peur et qu'ils vont pieds nus dans l'une des villes les plus pauwes de la planète.LES MIRAGES DE LA TÉLÉ Enock me parle avec admiration des enfants états-uniens qu'il a déjà vus à la télé, dans la vitrine d'un grand magasin du quartier Bord-de-mer: «Ils n'ont aucun problème, ces enfants.Ils mangent tant qu'ils veulent, ils vivent dans de belles maisons, ils ont des bicyclettes.» Jésus le regarde, dépité.Il me dit qu'il n'a encore jamais vu de télévision.Derrière nous, un haut-parleur se met soudain à cracher une chanson geignarde où il est question de • papa Dessalines», le père de l'Indépendance haïtienne, celui-là même qui fit périr à peu près tous les Blancs que comptait la Première république noire en 1804.Les décibels nous chassent et nous nous retrouvons bientôt sous l'imposante statue du mulâtre Pétion, justement l'un de ceux qui firent assassiner ce ••papa Dessalines», dont se réclament sans cesse les putchistes du Palais national.On les comprend.Dans l'Haïti de l'embargo, dans ce pays mis à l'index par la communauté internationale, les putchistes ont tout intérêt à mousser la fierté nationale, à évoquer les «sublimes va-nus-pieds de 1804» en oubliant ceux de 1993.Mal à l'aise dans leur chandail déchiré, leur short troué manifestement portés sans interruption depuis des lustres, les deux gamins refusent que je les photographie.Et c'est avec une froide dignité qu'ils me demandent d'attendre au lendemain afin qu'ils puissent se laver et trouver du linge de rechange.Interloqué, je regarde Enock et Jésus disparaître dans la nuit.Le fameux «Tout moun se moun» du Président déchu me revient à l'esprit.Oui, il avait raison, le petit -prêtre rouge».Tout homme est un homme.Même les enfants abandonnés que crachent sans cesse les bidonvilles dans les rues implacables de Port-au-Prince.J/Tj Les tensions raciales sont encore très fortes en afrique du sud.Mais ce qui surprend le plus, c'est la violence entre les noirs, l'inkatha, un parti noir d'extrême droite, fait régner la terreur dans les communautés où l'anc, de Nelson Mandela, est fortement intégré.les attaques de i'inkatha, fréquentes et dévastatrices, sont effectuées avec la complicité des forces de l'ordre blanches qui profitent de cette division pour mieux régner.Des jeunes tentent de protéger leur COMMUNAUTÉ.ILS TÉMOIGNENT d'un QUOTIDIEN OÙ LES BARRICADES ET LES COCKTAILS MOLOTOV CÔTOIENT LES TERRAINS ET LES BALLONS DE SOCCER.C| est horrible de penser qu'à ■ chaque semaine, il meurt jusqu'à 50 personnes dans nos communautés», s'indigne Josephina Tladi, 18 ans, de la zone 19, aussi appelée Libye.«Il s'est produit une fusillade récemment dans la zone 11.Au bout de quelques minutes, un casspir (char d'assaut de l'armée) est arrivé et les tueurs ont couru s'y réfugier.La même chose s'est passée lors du massacre de Boipatong.» 45 personnes, dont une femme enceinte, ont été tuées à coups de machettes, de lances et d'armes à feu, et beaucoup d'autres ont été blessées, lorsqu'un groupe de partisans de Vlnkatha ont attaqué des citoyens-nes de Boipatong, le 17 juin 1992.AVOIR DES ARMES.Billy Mashiva, 22 ans, vit à Angola, la zone 12 du towmhip de Sebokeng.Billy, sans emploi et sans argent pour poursuivre ses études après l'école secondaire, est le portrait type des jeunes des AFRIQUE DU SUD: TERREUR NOIRE MARTHA GORDON TRADUCTION: MARIE CONSTANTINEAU townships.En effet, moins d'un pour cent des étudiants-es qui quittent l'école trouveront un emploi cette année.Il dépend donc, pour vivre, de sa mère, une travailleuse domestique de 60 ans, qui doit également prendre soin de ses deux autres enfants et de deux petits-enfants.La famille Mashiya habite dans une maison de briques de quatre pièces, l'une de ces «boîtes d'allumettes» typiques des town-ships.Elle dispose d'une toilette à l'arrière de la maison et d'un robinet.Et parfois d'électricité, dérisoire avantage sur de larges secteurs du towmhip, qui eux en sont carrément privés.Billy affirme que la violence s'est vraiment intensifiée depuis l'attaque menée le 4 septembre 1990 par Vlnkatha Frecdom PHOTO MAP.K MtltHS POUR NEWSWEEK Part); parti noir d'extrême droite dirigé par Gatsha Buthelezi, chef du Kvva-Zulu.«Les résidants d'un foyer d'accueil pour travailleurs migrants étaient en train de se faire tuer par des membres de Vlnkatha, alors les habitants de Sebokeng sont venus les aider à se défendre.Ils ont forcé les assaillants à se réfugier dans le foyer d'accueil et les ont empêchés de fuir en encerclant l'immeuble.Mais les Forces armées sud-africaines sont venues à la rescousse des membres de Vlnkatha.Les soldats ont commencé à tirer sur les gens; entre 50 et 60 personnes sont mortes.Le PHOTO JOAO SILVÛ lendemain, le président du Congrès national africain (ANC), Nelson Mandela, est venu s'adresser aux ci-toyens-nes.Nous lui avons répondu: «Nous en avons assez d'être attaqués par les membres de Vlnkatha.Donnez-nous des moyens de nous défendre, car il arrive trop souvent que des résidants du foyer soient tues-.Mandela a dit qu'il comprenait notre frustration et que nous avions le droit d'être en colère, mais que les dirigeants ne pouvaient pas nous donner des armes, car nous ne savions pas les utiliser.«Nous voulons être libres et nous sentir chez nous partout, affirme Eric Nyandi, 20 ans, étudiant et joueur de soccer qui vit avec ses parents, son frère et sa sœur.Je crois qu'il y a un risque de guerre civile dans ce pays.Je ne sais pas comment nous empêcherons les gens de s'entre-tuer.Nous avons même peur d'aller faire des courses le soir.Lorsque je vais à Evaton (à proximité), ça m'arrache le coeur de voir des enfants sans vêtements ou sans souliers; et il fait si froid en hiver.Mais personne ne semble se préoccuper d'eux, déplore Eric qui veut des e-nir ingénieur en mécanique.Je ne souhaite pas devenir riche, mais je veux m'instruire.Je veux que les Noirs gagnent de bons salaires, comme les Blancs.Les salaires doivent être les mêmes pour tous, Blancs ou Noirs.» LOIN DES POURPARLERS NATIONAUX Julia Matsekane, 23 ans, vit avec ses trois soeurs dans la zone 14 de Sebokeng depuis qu'elle a quitté la petite ville de Welkon, dans l'État libre d'Orange.«Lorsque je suis arrivée en 1989, la situation n'était pas si grave, mais depuis 1990, lorsqu'on a levé l'interdiction à l'égard de l'ANC et d'autres organisations politiques, la violence s'est vraiment intensifiée dans notre région.L'an dernier, en juillet, les membres de Vlnkatha ont organisé une marche pour la paix.Mais après la marche, ils ont commencé à fracasser des vitres et à tuer des citoyens innocents dans leurs maisons.Nous pensions que les choses s'arrangeraient lorsque Mandela rencontrerait Buthelezi, mais cela s'est passé au niveau national.Ici, sur le terrain, nous sommes toujours confrontés aux mêmes problèmes», affirme Julia, enseignante qui travaille de façon intermittente.«Ce qui nous aide à Sebokeng, c'est que Vlnkatha n'a pas de base ici.Les membres de Vlnkatha doivent donc venir faire leurs attaqua la nuit et repartir.Mais il est impossible de prévoir quand surviendront ces attaques.» m en Œ m a >-~ u o Dt m 5 cy o > SCENE D'AFRIQUE En se promenant dans les rues poussiéreuses, pleines de nids-de-poules et de pierres, on peut voir des enfants jouer au soccer dans un terrain vague, entre des maisons et un magasin.Ils utilisent des pierres pour délimiter les buts.Pour eux, pas de gazon sous leurs pieds nus lorsqu'ils pourchassent le ballon, seulement de la terre et de la roche.Pas un seul arbre dans les environs.Un smog épais surplombe les rangées de maisons qui s'étirent à l'infini.Vivant dans un pays où une femme est violée toutes les 83 secondes, Julia a très peur du viol et du harcèlement.Les problèmes de Sebokeng contribuent à la violence faite aux femmes, dit-elle.-On constate que les criminels profitent de la présence des barricades pour violer des femmes, parfois à la menace d'un revolver.» •«Les femmes doivent s'organiser et participer à la vie politique, affirme Julia, qui en tant que secrétaire est la seule femme travaillant à la direction locale de la Ligue des jeunes.Le principal obstacle, c'est que beaucoup de femmes se sous-estiment et croient que les hommes doivent leur dire quoi faire.POLICE, PATROUILLES ET COMITÉS DE PAIX Thabo Mothopeng, 24 ans, de la zone 11 (Namibie), est devenu actif dans la communauté, lorsqu'il militait dans le mouvement étudiant.«En 1987, il était difficile pour moi d'aller à l'école, car la police nous surveillait et nous accusait d'être PHOTO JUHAN KUSS des terroristes.Je passais moins de 30 minutes par jour à l'école.J'ai mis fin à mes activités sportives, comme le soccer et le tennis sur table, et je me suis mis à étudier dans la clandestinité.J'ai échoué ma 8e année.Ce n'est que plusieurs années plus tard que j'ai terminé mes études secondaires.Je voulais être avocat, mais maintenant il est trop tard; je n'ai pas d'argent pour poursuivre mes études.» Actuellement, Thabo Mothopeng travaille à la protection de son secteur.«Nous passons presque toutes nos nuits debout à creuser des tranchées, à ériger des barricades et à patrouiller les rues.Une nuit, des policiers, blancs et noirs, sont venus dans notre secteur.Ils portaient des passe-montagnes et des blousons pour que nous ne puissions pas les reconnaître.La police nous a dit que nous n'avions pas le droit de patrouiller, mais elle ne fait rien pour nous protéger.Que devons-nous faire contre ces assaillants sans visage, qui sont parfois des criminels agissant de connivence avec la police?» «Ce qui me frustre, ce sont les comités de paix locaux.Ils ne servent à rien.Lorsque des gens sont tués, des membres de notre comité sont arrêtés.Tout ce que peut faire le comité de paix, c'est offrir les services d'un avocat et payer la caution.Mais on se fait quand même arrêter.Nos parents nous cherchent partout et ne nous retrouvent qu'après que nous ayons passé deux ou trois jours en prison, où on nous a torturés et battus.» «Les comités de paix locaux devraient avoir accès aux armes que la police confisque aux gens.Ils doivent veiller à ce que ces armes ne soient pas remises aux criminels qu'on envoie tuer nos gens.» «Mon rêve, c'est de voir l'ANC prendre le pouvoir; je veux retourner aux études, afin de me procurer la meilleure arme qui soit: un diplôme.» MARTHA GORDON est journaliste pigiste à Johanncsbourg. Un climat de confusion extrême règne dans cette histoire de violence et de guerre entre l'armée péruvienne et le groupe sentier lumineux1, car on ne sait plus qui est responsable de quoi.- l'armée accuse le Sentier lumineux, le Sentier lumineux accuse le Gouvernement, le Gouvernement accuse les «narco-trafiquants».Au cœur de cette confusion, des jeunes qui n'ont souvent d'autres choix que de s'engager a tuer pour survivre.PÉROU.,.COINCES: ENTRE LA ■ GUÉRIL ET L'ARMÉE PKJTt RMN MHM»#1 MARC DEAN Quand les jeunes péruviens sortent du service militaire obligatoire, nombre d'entre eux se joignent aux narco-trafiquants pour pouvoir faire de l'argent, faute de s'être déniché un des rares emplois sous-payés.Ils deviennent alors vendeurs de drogue, travaillent au champ à la culture de coca ou dans les laboratoires de transformation de la feuille en cocaïne.Les plus audacieux deviennent tueurs à gage pour les mafiosi de haut rang.CROIS OU MEURS Cette situation explosive et confuse est un terroir idéal pour le développement de mouvements armés d'extrême gauche.On retrouve des jeunes parmi les «guérilleros» du Sentier lumineux et du mouvement révolutionnaire Tupac Amaru, souvent à des échelons inférieurs dans la hiérarchie politico-militaire.Extrêmement dogmatiques dans leur idéologie comme dans leur action, ces combattants n'hésitent pas à attaquer les responsables d'organisations populaires qui n'endossent pas leur stratégie de changement social.UN SIMPLE SOLDAT.Le service militaire obligatoire de deux ans, à partir de l'âge de 18 ans, fait en sorte que les jeunes se retrouvent au premier plan des combats de l'État contre les terroristes et les narco-trafiquants.Ce sont de simples soldats, membres de l'armée, la marine ou l'aviation, sous-payés, qui se retrouvent au front.Ces institutions étant souvent impliquées dans des cas de corruption et de violation des droits humains fondamentaux, ces jeunes soldats font le sale travail, obéissant aux ordres de leurs officiers supérieurs qui, eux, collectent les dividendes de leurs services rendus aux narco-trafiquants et autres délinquants.Ils sont policiers ou délinquants et la différence qui existe entre les deux est bien mince.Les policiers revendent ou gardent pour eux-mêmes ce qu'ils ont repris aux voleurs et emprisonnent d'honnêtes gens dans le but de percevoir un petit pourboire pour les laisser ressortir.Quand les policiers ne le font pas, ce sont les juges et les avocats qui se servent.'T, 1.Groupe d'extrême gauche, d'inspiration maoiste, prônant la lutte armée, dogmatique et violent.i -$S MARC DEAN a travaillé Pendant deux ans au érou au niveau de la pastorale jeunesse et sur les questions de droits humains.MDMO KAZUMA Pt-CTO Al£XANOSO BaLSGUEH CE m o REFUGIES ES SOMALIENS NES: FUIR, POUR DÉCOUVRIR UNE NOUVELLE VIOLENCE ELODIE MARTEL Vivant en exil dans un camp de réfuciés-es au nord-est du kenya depuis plus d'un an, des adoles-cents-es somaliens-nes racontent LEUR FUITE D'UNE GUERRE QUI n'a, POUR EUX, AUCUN SENS.Un orphelin de 13 ans de Kismayo (Somalie) explique que sa mère était décédée et qu'il vivait avec son père lorsque les troubles ont éclaté: "J'étais à l'école lorsque la guerre a commencé.Nous pouvions entendre les coups de fusil et les combats.Le professeur nous a dit de fuir si l'on voulait sauver notre vie.Je suis parti en courant parmi tous les autres.Nous avons finalement rejoint Doble avec un groupe de gens qui avaient un véhicule.C'est là que j'ai appris que mon père avait été tué.Je suis reparti avec un groupe de gens qui se dirigeaient vers la frontière pour ensuite être amenés dans un camp de réfugiés.» «JE SUIS RESTE POUR GARDER LA MAISON» Un de ses copains, de 12 ans, se rappelle les premiers combats: «Ma famille a décidé de partir lorsque les problèmes ont commencé.La guerre avait éclaté, mais moi, je suis resté pour garder la maison.Je croyais que les combats allaient arrêter et que ma famille allait revenir.Mais les combats sont devenus de plus en plus violents, il y a eu de nombreux morts.Mogadishu vivait dans la torpeur, je me suis mis à avoir peur.C'est de cette manière que j'ai découvert la guerre.J'ai fui avec des amis qui m'ont aidé à me rendre jusqu'à Kismayo, puis je suis descendu à la frontière du Kenya avec plusieurs autres dans ma situation.C'est après avoir traversé la frontière que l'on m'a amené ici et que je suis maintenant un réfugié.Je n'ai pas encore retrouvé ma famille, mais je ne désespère pas.» Un autre jeune de 10 ans souligne qu'il n'avait jamais entendu des bruits aussi étranges et aussi puissants à Mogadishu.Il a vu les militaires se battre avec la population.Son père a été détenu en prison pendant un certain temps.Lorsqu'il ÉLODIE MARTELest coopérante pour l'organisme CARE au Kenya et en Somalie.PHOTO ALEXIS COHOESSE PHOTO DAVIO TUflNL a été libéré, leur maison a été démolie, leurs possessions volées.Ils ont dû fuir le pays afin de survivre.LA DÉPENDANCE «Au début, dans le camp de réfugiés-es.on nous a aidés, donné de la nourriture, des soins médicaux, mais après un certain temps, on découvre que la violence existe également ici.Il arrive souvent de se faire voler notre carte de ration, voler nos possessions.Nous avons quitté la guerre pour gagner un nouveau milieu de violence.» Le camp de réfugiés-es où habite ce groupe s'appelle Ifo.Il y a maintenant trois écoles primaires récemment construites, pour les jeunes de 6 à 12 ans.L'école secondaire n'est pas encore construite; les jeunes de plus de 12 ans se plaignent de ne pas avoir tellement à faire dans le camp.Quant à leur avenir, les jeunes expriment des craintes, s'ils devaient demeurer dans un camp de réfugiés-es.Ils disent que ce sera difficile, qu'ils ne pourront pas se développer et acquérir une bonne éducation.Les jeunes ont hâte de retourner dans leur pays: «Nous pourrons alors prendre nos propres décisions.Ici, nous nous sentons dans une situation de dépendance à laquelle on ne peut rien changer.£Ç LIBAN: LA GÉNÉRATION DE L APRÈS GUERRE ALAIN TINAOUI Bien que le pays ait connu la paix depuis 1 990, la guerre est encore très fortement présente dans les esprits, et les destructions encore visibles; la guerre a ruine le pays.Et les jeunes adultes sont souvent infantilisés par la situation.ils se trouvent confrontés continuellement à des problèmes d'ordre matériel: le pouvoir d'achat est en chute libre, les emplois se font rares.l.eur société ne leur a tracé aucune voie.Cela fait 15 ans que nous supportons la guerre, la paix est bien moins lourde à supporter», répète sans cesse un jeune universitaire.Cette idée de supporter la paix met bien en lumière toutes les variantes des états d'âme des jeunes libanais-es.Le jeune de 25 ans a le sentiment d'avoir perdu sa jeunesse, son adolescence, pendant la guerre.11 découvre que cette période de sa vie, lui appartenant en propre, a été sacrifiée sur l'autel d'une quelconque idéologie.Rejette-t-il cette guerre pour autant?Certains-es le feront: ceux et celles qui, après avoir combattu durant des années, vont regretter amèrement leur implication dans cette «sale» guerre qui les a dépouillés-es de leur personnalité et les a acculés-es à tuer.D'autres, et ils sont plus nombreux, justifient la guerre par leurs propres actes de courage, de patriotisme, ou par l'obéissance aux ordres.PLURALISME OU INTOLÉRANCE Cette génération (12 à 25 ans) a subi pendant la guerre et aujourd'hui encore, de la part des membres de leur groupe et des groupes opposants, un endoctrinement et une propagation de la haine, de l'intolérance, du sectarisme, voire du racisme.On a dressé les Libanais-es les uns-es contre les autres et, forcément, les jeunes, plus influençables, sont tombés dans le piège en plus grand nombre.L'on constate aisément que la rancoeur n'a pas encore fait place à la tolérance et au pardon.Qu'en est-il de leurs sentiments ou leurs ressentiments envers l'autre groupe?«Non, moi je ne passe pas à Beyrouth-Est, les Musulmans ne m'intéressent pas, ils sont même dangereux», avouera un chrétien.N'oublions pas que la guerre a décimé des familles entières, les morts ont été innombrables.La question, pour les sur-vivants-es, est donc de savoir comment faire pour que la guerre ne se reproduise plus, que les velléités d'annihilation ou de purification soient à jamais disparues.Comment se comporter devant l'autre (lire ancien-ne adversaire).Faut-il être ar-rogant-e, lui démontrer qu'on est le-la vainqueur-e?Essayer d'apaiser ces sentiments et rechercher l'épanouissement de tous les membres de la société?Qu'en est-il de l'état de la possibilité de coexistence chez le-la jeune?Dans l'état actuel des choses, la méfiance semble être le sentiment le plus répandu.LES JEUNES FACE AU RELIGIEUX On remarque une recrudescence du sentiment religieux teinté de fanatisme, voiie d'intégrisme chez les jeunes.La période d'après-guerre n'a pas été assez longue pour démanteler l'embrigadement des jeunes par les institutions religieuses.L'allégeance de la jeunesse aux partis dits religieux est encore très forte.Or, introduire l'idée de laïcisation ou de sécularisation forcée au Liban est en soi une révolution, quand on sait que la représentation confessionnelle est institutionnalisée à tous les niveaux.Pour certains-es jeunes, la guerre est la preuve de l'impossibilité du pluralisme islamo-chrétien.Alors, que faire9 -Je ne sais pas si nous, jeunes de toutes les confessions, sommes prêts à transgresser tous les tabous de la société libanaise», de dire cette jeune fille de 23 ans, de retour au Liban après un séjour à Montréal.Elle ajoutera, et c'est d'autant plus significatif: «Je ne sais pas si, en notre for intérieur, nous voulons le changement (lire la sécularisation), et si nous disposons d'assez de force et de persévérance pour l'entrepren-die.J7 r oc m D h- a o m ALAIN TINAOUI travaille au Carrefour des Cèdres, un organisme de coopération et de solidarité avec la population du Liban. ils sont dans nos écoles, travaillent dans nos dépanneurs, prennent l'autobus avec nous.Ils sont de plus en plus nombreux à chercher refuge ici, a l'abri des régimes tortionnaires et des guerres qui font rage un peu partout en afrique, en amérique du Sud et en Asie.Ces ieunes arrivent souvent sans valise.mais leur bagage est pourtant plein de souvenirs atroces et non-cicatrisés.COMMENT SORTIR PLUS FORT DU TRAUMATISME ENTREVUE AVEC CECILE ROUSSEAU ET CELIA LILLO JEAN ROBITAILLE m en en ce CD O h- u o CD CL LU CU O > Cécile Rousseau insiste pour qu'on ne présente pas les jeunes ayant subi les traumatis-mes de la guerre simplement comme de «pauvres petites victimes»."Ce serait nier leur propres forces-, assure-t-elle.Médecin, elle travaille tout particulièrement cette question avec le Réseau d'intervention auprès des personnes ayant subi une violence organisée (RIVO).Elle évoque l'état de semi-guerre dans lequel vivent les enfants de la rue au Brésil pour confirmer ses propos.«On a découvert une organisation très forte des jeunes, sans aucun lien affectif avec des adultes.Ils ont une capacité de générer et de créer des noyaux de survie vraiment impressionnante.Ils font même entre eux l'ap- prentissage de la résolution de conflits.Il faut donc faire attention de ne pas projeter nos propres appréhensions face à ces situations d'horreur.» RÉUSSIR POUR TÉMOIGNER Celia Lillo, psychologue, qui oeuvre aussi à Montréal avec le RIVO souligne qu'une étape importante du cheminement des personnes qui vivent un stress post-traumatique, «consiste, ultimement dans leur démarche thérapeutique, à dénoncer sur la place publique, avec d'autres jeunes, ce qu'ils ont vécu.Il faut les aider à ventiler leurs émotions et les transpo- ser dans des actions concrètes, collectives et positives.» Cécile Rousseau parle également de la possibilité de mettre à profit cette expérience.«On assiste souvent à une transmission inter-générationnelle des trau-matismes.Les gens vont ainsi vouloir vivre, réussir des choses, pour porter témoignage à ceux qui sont morts.Ces traumatismes ne sont donc pas juste négatifs.Les enfants qui ont survécu à la guerre, ont souvent tendance à chercher des emplois pour «réparer» le mal qui a été fait: médecin, pilote d'avion, président du pays, etc.»» LES DIFFERENCES CULTURELLES (J.R.) Selon Cécile Rousseau, la culture d'origine prédispose les individus à réagir et à composer de manières bien différentes à des situations de violence et de torture pourtant similiaires.«On est étonné de constater comment la capacité d'intégrer le traumatisme est très différente selon les différentes communautés culturelles.Dans notre culture occidentale, dont sont issus les réfugiés centro-américains, la torture réfère, au plan étymologique, au fait de causer du tort à quelqu'un.Alors que dans la culture confusianiste ou bouddhiste, le tort réfère au karma de l'individu, au fait que sa destinée est déterminée par ses vies antérieures.» «Les gens des différentes communautés se distinguent aussi par leurs aspirations.Les personnes réfugiées du sud-est asiatique pensent à faire venir leur famille au plus tôt alors que celles d'Amérique centrale rêvent à la libération de leur pays.Quand on désire intervenir correctement avec ces gens-là, il importe donc de savoir composer avec ces particularités.» U, PHOTO 4 3hT^ LES REFLEXES ET LA CULPABILITE (J.R.) Selon Celia Lillo, le stress post-traumatique peut être déclenché par des situations très anodines.«La simple vue de bottes Doc Martens dans le métro de Montréal a rappelé à un jeune salvadorien les coups de pieds que les militaires lui avaient donnés et ça l'a plongé immédiatement en crise.Les jeunes arrivent souvent bouleversés dans mon bureau: ils savent bien qu'objectivement ici ils ne sont pas persécutés, et pourtant, ils se sentent très mal.Dans ces situations de stress post-traumatiques, ils peuvent ressentir beaucoup de culpabilité et se demandent: «Pourquoi j'ai eu la chance de m'en sortir et pas les autres?» Les militants politiques qui ont subis la torture n'ont souvent jamais parlé de leurs expériences avant d'entreprendre une thérapie ici.Ça aurait signifié pour eux reconnaître une défaite de leur organisation politique que de parler de leurs tortures.Dans leur pays, il ne fallait surtout pas «démoraliser les troupes».» 'J*.• Les jeunes qui ont vécu de très graves traumatismes doivent évidemment vivre avec leur souffrance, mais elle peut devenir la source d'une très grande force.Il ne faut surtout pas adopter une attitude misérabiliste à l'égard des jeunes qui vivent de tels traumatismes-, soutient encore Cécile Rousseau.Rigoberta Menchu, jeune autochtone du Guatemala, incarne ainsi de façon éloquente ce que des traumatismes de ce genre peuvent provoquer de positif chez une personne.Très jeune, elle a perdu ses parents victimes de la répression sauvage de l'armée guatémaltèque.Peu après, en 1980, elle fut témoin du massacre de son jeune frère et des membres de sa communauté, brûlés vifs par les militaires.Ardente militante pour les droits humains depuis une dizaine d'années, elle vient de recevoir le Prix Nobel de la Paix en 1992.VIVRE LE DEUIL On peut certes croire aux forces impressionnantes des gens qui survivent aux tortures, mais la souffrance est tout de même là, elle demeure.«Justement, ces enfants ne sont pas malades, ils sont souffrants.» Cécile Rousseau clame qu'il faut reconnaître la souffrance de ces enfants pour ce qu'elle est vraiment et offrir des solutions appropriées aux manifestations de colère ou de délinquance qui surgissent.Comme dans bien d'autres cas, la simple répression ne réglerait rien.Il faut offrir une démarche thérapeutique.L'étape première, c'est celle du deuil.-Le deuil est nécessaire pour les enfants, rappelle Cécile Rousseau.S'ils restent dans leur pays, en situation de guerre, le processus de deuil est pres-qu'impossible.Par ailleurs, lorsqu'ils arrivent ici, on ne doit pas exiger une acculturation trop rapide parce qu'ils ont besoin du contact avec leur culture d'origine.C'est elle qui va leur permettre de vivre leur deuil.Parce que tant que le deuil n'est pas fait, tout projet est impossible.Pour eux, le temps s'arrête.On va ainsi chercher à faire le deuil des pertes pour rétablir la continuité entre le passé et le présent.» PHOTO CHARLES HAHBUTT MAGNUM CD 01 01 Œ m o O O m 5 ■5 o > Selon Célia Lillo, les procédures d'immigration causent énormément de problèmes.On fait revivre aux jeunes des choses horribles lors des interrogatoires, sans précaution.La confusion dans laquelle ils peuvent alors tomber sera ainsi interprétée par les procureurs du gouvernement comme une preuve de la fabulation des jeunes.A TRAUMATISMES COMPARES «Dans le plan d'intervention que nous suivons en thérapie, nous accordons une place centrale au traumatisme, qui va être appelé à structurer la vie de l'individu.Mais, pour certains dont l'expérience est encore trop douloureuse, il faudra d'abord rétablir une continuité, un lien de confiance avec l'humanité, sans toucher directement au traumatisme.La confiance ébranlée dans l'être humain, c'est une des choses les plus difficiles à rétablir.Faut comprendre les jeunes qui en viennent à se dire: «Mes parents sont trop faibles pour me protéger et les autres sont trop méchants.» C'est une situation horrible ou des enfants vont aller jusqu'à s'identifier à l'agresseur, parce que, même s'il est très méchant, on lui voue une certaine admiration parce qu'il est fort • Conscients de la fragilité de leurs parents, les enfants ont néanmoins énormément besoin d'eux.Cécile Rousseau souligne «qu'en général, il est préférable de sortir les enfants des situations de guerre.Mais l'exil représente une très grosse rupture dont il ne faut pas minimiser l'importance.Les enfants qui ont été évacués de Londres pendant la Deuxième guerre mondiale ont été plus traumatisés que ceux qui ont vécu les bombardements avec leurs parents.Le contexte affectif stable est quelques fois plus important que l'ampleur des bombardements.- QUAND LA GUERRE, C'ÉTAIT COMME UN GRAND JEU Cécile Rousseau est bien consciente des limites de l'intervention thérapeutique et de la nécessité d'offrir l'aide appropriée: «Il faut reconnaître que l'intervention individuelle fait des fois plus de tort que de bien.L'intervention de groupe dans les cas d'inceste est bien sûr nocive, mais elle s'avère nécessaire avec des enfants dont les parents, militants de l'ANC par exemple, sont morts au combat.» Au fond, cette démarche thérapeutique exige beaucoup de confiance mais aussi énormément de prudence parce que la situation est pleine de paradoxe et d'ambiguïté.Comme le remarque Cécile Rousseau: «La guerre pour certains enfants, c'était comme un grand jeu.Mais que faire avec des enfants qui, non seulement ont appris à tuer, mais ont acquis un statut de héros pour l'avoir fait?» £3 a en or m o t— a o S CD a LU X ai g3 DEPUIS 19 6 1 EN SOLIDARITE INTE Aujourd'hui c'est jeudi Jeudi d'automne malgré l'été au|Ourd'hui le pauvre mineur porte ses rêves Il mourra ce |our même sous la voûte obscure dont ils gardent le souvenir Il est mort sous un mur traitre et de lui, nul ne se souvient MEMBRE DE NOUVELLES SOLIDARITES ENVOYEZ VOS DONS À: SUCO 3680 JEANNE-MANCE BUREAU 410 MONTRÉAL (QUÉBEC) H2X2K5 TÉL:(514)982-8622.Hoy ES JUEVES Hoy es |ueves de enero es jueves de otono hoy el pobre mmero encarna su sueno Se monra hoy en su techo oscuro del cual ya tienen su recuerdo le cayo un traicionero mura y de el no se acuerdan loéme écnt à Arequipa par un jeune Péruvien de 12 ans, en mémoire de Pedro Huillca, dmgeanl d'une centrale syndicale ouvnère.assassiné par le Sentier Lumineux en 1992 lu appui aux femmes, aux enfants et aux hommes des pays en voie de développement t|ui réalisent des projets efficaces et durables pour assurer leur avenir. e&ï *S^' ^c?*V 4>- CULTURES ^ PLUS QU'UNE BOUTIQUE !.UN MOYEN DE SUPPORTER LES COOPÉRATIVES DES PAYS EN VOIE DE DÉVELOPPEMENT UNE INITIATIVE DES PROGRAMMES INTERNATIONAUX DU Y.M C.A.DE MONTREAL.PARTENAIRE EN DEVELOPPEMENT AVEC DES ORGANISMES ET DES GROUPES ENAMÉR1QUE LATINE -EN AFRIQUE ET EN ASIE COLTORES l«SO STANLEY MONTREAL.QUÉBEC H3A2W6 (514)849-5331 POSTE 262 OU 849-7863 Y MONTREAL Le Centre d'études arabes pour le développement (CEAD) vous invite à une conférence : LhI E=D FEMMES ET DEMOCRATIE AU MOYEN-ORIENT Le 25 septembre 1993 À l'Université Concordia Information supplémentaire : (514) 982-6616 centre rlcKidc/ nrnbe/ pour le dcucloppcmcnf (cnnndn) 3680, Jeanne-Mance, # 450 Montréal, Québec H2X2K5 Téléphone: (514) 982-6616 Télécopieur : (514)982-6122 E-Mail : CIDMM iô>WEB.APCORG Le Centre d'information et de documentation sur le Mozambique et l'Afrique australe CIDMAA Un pont entre l'Afrique australe et le Canada 3680, Jeanne-Mance, # 440 Montréal, Québec H2X 2K5 Téléphone : (514) 982-6606 Télécopieur: (514)982-6122 E-Mail : CIDMAA § WEB.APC.ORG CD r CD 3 m o o o I \u a.m 5 & LU en M > 993034 AUX ÉTATS MARYSE ROBERT H en DJ CE CD O U O ce CD a LU ru > LANGUE MATERNELLE: FRANÇAIS IL Y A QUELQUES MOIS, LES RÉSULTATS DU RECENSEMENT ÉTATS-UNIEN DE 1990 ÉTAIENT ANNONCÉS.COUP DE THÉÂTRE! 32 MILLIONS DE NOS VOISINS-ES DU SUD ONT UNE LANGUE MATERNELLE DIFFÉRENTE DE L'ANGLAIS.Le recensement de 1990 démontre clairement qu'une personne sur sept, soit 14% des résidents-es des États-Unis ayant plus de cinq ans, grandit dans une langue autre que l'anglais.Une hausse de près de 40% fut enregistrée dans les années 80.Cette hausse est essentiellement due à l'arrivée massive de latino-américains-es.On comptait en 1990 plus de 17 millions d'hispanophones chez les cinq ans et plus, une augmentation de 50% en dix ans.Ceux-celles-ci représentent plus de la moitié de tous-tes les résidents-es des États-Unis qui ont une langue maternelle autre que l'anglais.Mais ce qui peut surprendre, c'est qu'après l'espagnol, c'est le français qui vient en deuxième place.De 1980 à 1990, on a enregistré une hausse de 8,3% chez ceux-celles dont le français est non seulement la langue maternelle, mais aussi la langue d'usage à la maison.Traditionnellement, c'est au Maine et au New Hampshire que l'on retrouve le plus de gens parlant français, chez les descen-dants-es des Canadiens-nes français-es s'étant installés-es aux États-Unis entre 1850 et 1930.Le français des Cajuns, ces descendants-es d'Acadiens-nes déportés-es en Louisiane il y a deux siècles et demi, a fait l'objet, quant à lui, d'un calcul distinct.LA DERNIÈRE VAGUE La vague d'immigration dans les années 80 a certes été la plus forte depuis les 70 dernières années.Signe important, l'alle- mand et l'italien sont tous deux à la baisse, alors que le chinois, le coréen, le vietnamien, le thai, le khmer (Cambodge) et le tagalog (Philippines) - des langues asiatiques - ont enregistré des hausses phénoménales.Avec tous ces bouleversements démogra- phiques, la société états-unienne a dû s'ajuster.Par exemple, dans plusieurs états, lors des élections, les bulletins de vote sont aussi imprimés dans d'autres langues que l'anglais.En banlieue de Washington, dans la ville de Arlington en Virginie, les écoles se voient confrontées à des élèves parlant près de cent langues différentes.Depuis quelques années, plusieurs groupes de pression ont tenté de ralentir la progression des services offerts en langues autres que l'anglais.Un de ces groupes, le U.S.English, déclarait récemment que les données du recensement confirment leurs craintes de voir l'anglais disparaître.Parmi les états à forte concentration de résidents-es avec une langue maternelle étrangère, on compte d'abord le Nouveau-Mexique (33,5%), la Californie (31,5%), le Texas (25,4%), Hawaii (24,8%) et New York (23,3%).£5 Langue d'usage à la maison Nombre de personnes pariant cette langue (cinq ans et plus) 1990 1980 Espagnol 17 339 000 11 549 000 Français 1 703 000 1 572 000 Allemand 1 547 000 1 607 000 Italien 1 309 000 1 633 000 Chinois 1 249 000 632 000 Tagalog 843 000 452 000 Polonais 723 000 826 000 Coréen 626 000 276 000 Vietnamien 507 000 203 000 Portugais 430 000 361 000 Créole 188 000 25 000 Navajo (langue autochtone) 149 000 123 000 Source: Census Bureau. TOUR DU QUÉBEC Il n'y a plus de raison d'alimenter la nostalgie des années crasses de la militance sociale! l.e modèle des années 60 et 70 est bel et bien révolu et la deprime des annees 80 DERRIÈRE NOUS.Un MOUVEMENT D'ORGANISATION MONTE, ISSU DE LA BASE, INTÉRESSÉ À OFFRIR UN «ÇA VA FAIRE» GLOBAL AU SYSTÈME.I 1 semble que ce soit la première conclusion à tirer du dernier colloque du Centre de pastorale en milieu ouvrier (CPMO), tenu les 4, S et 6 juin derniers.Un colloque remarquable qui marque un point tournant dans l'histoire d'organisation du milieu progressiste chrétien au Québec.Non seulement à cause de l'ampleur de la participation (460 personnes), mais par la présence impressionnante de «gens de la base», à qui les sessions de préparation s'étaient d'abord adressées -plus de 700 personnes rejointes durant l'année.CPMO: UN COLLOQUE DE MONDE ORDINAIRE MARC VALADE LA COULEUR DE BASE Ce fait ne semble pas être passé inaperçu lors de cette rencontre puisqu'il en a teinté les ateliers et les plénières: «Nous, on pense qu'il est temps de concrétiser l'union de nos résistances.On veut que ça change au Québec, non?Alors nous proposons que s'organise, à tous les mois, une demi-journée de grève générale, jusqu'à ce qu'on obtienne nos revendications!» D'un ton nerveux mais décidé, les trois femmes qui ont fait cette déclaration au micro n'étaient pas des «intervenantes» du milieu communautaire mais du monde ordinaire.Le portrait de l'église populaire est en pleine mutation.La participation active de membres de base des groupes populaires démontre bien le changement opéré dans le milieu progressiste chrétien.Les têtes d'affiche intellectuelles et les mili-tants-es d'action catholique, influencés par la théologie de la libération et sympathiques au socialisme, prenaient jadis une place prépondérante lors de ces colloques.Le projet de politisation, alors très présent, n'a pas réussi à entraîner les bases dans un mouvement croissant et constant.L'influence marquée de quelques uns-es, lors des précédents colloques, semble avoir fait place à la prise de parole partagée par l'assemblée.Le nouveau leadership, en ce sens, se dessine peut-être à partir d'une base engagée, laïque et populaire.CESSONS D'ÊTRE POLIS ES.«Oui, mais.» Ce n'est pas tout de savoir prendre la parole, il faut aussi oser une action concrète et efficace.Bien que des propositions aient été lancées, il m'a semblé qu'il y avait encore loin de la coupe aux lèvres.Pour l'instant ce qui apparaissait le plus clair était le désir d'appuyer la démarche de Solidarité Populaire Québec à travers son projet de charte.De toute façon ce colloque s'inscrivait au sein d'un processus d'organisation à poursuivre et dont le défi demeure pour le CPMO.L'urgence de l'organisation politique subsiste.On ne sait pas trop comment articuler un moyen global et concerté de résister.La préoccupation dont témoigne le slogan «cessons d'être polis-es, soyons politisés-es», issue d'un atelier de jeunes, trace la voie du travail qu'il reste à faire.11 débutera pour l'instant dans chacune des régions où les participants-es à ce colloque veulent continuer à se réunir et à résister de façon organisée.JJT, »v| LE MAGAZINE DE VIE OUVRIÈRE W&M lim» ««MB D Abonnement individuel 1 an : 20,00 $ □ Abonnement individuel 2 ans : 35,00 $ D Abonnement individuel à l'extérieur du Canada 1 an : 25,00 $ D Abonnement institutionnel 1 an : 28,00 $ D Abonnement institutionnel à l'extérieur du Canada 1 an : 33,00 $ D Abonnement de soutien 1 an : 28,00 $ D Étudiants / Sans-emploi 1 an : 14,00 $ D Numéro individuel 3,75 $ +1,30 $ poste NOM ADRESSE CODE POSTAL J__L J__L PAIEMENT INCLUS FAIRE PARVENIR VOTRE CHEQUE OU MANDAT-POSTE A : Revue Vie Ouvrière, 1212, rue Panet, Montréal (Québec), H2L 2Y7 • Téléphone : (S14) 523 5998 ».m en en Œ m a h-O a \U our des emplois stables et sécuritaires LE FHMDS DE SOLIDARITÉ S DES TRAVAILLEURS « DU QUÉBEC (FTO) B CD TourPass > LE PASSE-PART0UT AU QUÉBEC ET EN ONTARIO Des vacances à la carte à prix fixe! 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et La Ligue1 ont été les deux plus grosses organisations marxistes-léninistes au Québec.Ces deux groupes ont été fondés dans la première moitié des années 70, et leurs activités ont duré jusqu'au début des années 80.On s'explique mal, encore aujourd'hui, ce qui a réellement mené à la dissolution éclair du mouvement marxiste-léniniste.Coincés entre le féminisme et la question nationale, les m-1 sont partis sans laisser d'adresse.Le bilan de leur activité militante n'a pas été fait, et il est difficile d'évaluer ce qu'ils ont laissé en «héritage» au Québec contemporain.LA CRISE EN 3 POINTS Pierre Gaudreau a milité à la Ligue-PCO (Parti communiste ouvrier) de 1977 à 1982.Il est un de ceux qui sont restés jusqu'à la dissolution du groupe.Même aujourd'hui, il ne regrette pas d'avoir participé à l'aventure m-1.Sans doute parce qu'il fait une distinction entre le projet socialiste (qu'il croit, dit-il, toujours juste) et les différentes interprétations et applications qui en ont été faites, ici comme ailleurs.«J'ai toujours mis trois éléments majeurs pour expliquer la crise.Il y a, en premier lieu, la ligne du parti sur la question des femmes; celle-ci était vue comme étant une «lutte secondaire».Et c'est la même chose pour la question nationale.» Il faut rappeler que le PCO, au référendum de 1980, appelait les gens à annuler leur vote plutôt que de choisir un des deux camps «bourgeois».«La ligne du PCO était qu'il fallait passer par le socialisme pour régler les autres problèmes», nous dit Piene.Il y avait donc, dans les deux organisations (En Lutte et PCO), une secondarisation de la lutte des femmes et de la question nationale.Au plan théorique comme au plan pratique, la «ligne juste», la vraie lutte (celle qui absorbait toutes les autres), c'était la lutte pour le socialisme via la construction d'un parti prolétarien.Et les militants-es maoïstes n'avaient, à cet égard, aucun droit de dissidence.«Tu te faisais dire par les dirigeants que la ligne, c'était ça.T'avais le droit de débattre et de réserver ton opinion.Après ça, ou tu partais ou tu te ralliais et tu diffusais la ligne du parti», rappelle Pierre Gaudreau.À la secondarisation de la lutte des femmes et celle de la question nationale, s'ajoute donc un troisième élément: le manque de démocratie.«Il n'y avait pas de débats larges sur les positions politiques du parti», ajoute Pierre Gaudreau.Charles Gagnon a été le principal fondateur d'En Lutte.Il publie la brochure Pour le parti prolétarien, qui marque le début du mouvement m-1 au Québec.On lui attribue donc une certaine «paternité» à l'égard du mouvement.Il a eu, en tout cas, un réel ascendant sur les militants-es du groupe En Lutte! puisqu'il a été le secrétaire général de cette organisation pendant presque dix ans.Quand on lui demande ce qui a mené à la dissolution du groupe, il dit que «ça s'est cristallisé, entre autres, autour de la question des femmes».Il y avait aussi la question nationale, mais c'est l'émergence d'une critique féministe qui va lui coûter son poste de secrétaire général d'En Lutte! Charles Gagnon admet qu'il a été un peu dépassé par la place qu'a prise la question des femmes dans l'organisation communiste.Mais il saisit mal le sens de cette opposition interne dans son groupe: «Là où les problèmes commencent et vont s'aggraver avec les années - ce que d'ailleurs je n'ai pas encore vraiment compris 15 ans après - c'est sur l'approche féministe des problèmes.» L'INSUBORDINATION DES FEMMES En théorie, les marxistes-léninistes n'étaient pas contre le mouvement des femmes.Mais il ne fallait pas distraire les troupes du véritable combat.Françoise David est aujourd'hui coordonnatrice à l'R des Centres de femmes du Québec.Un destin qui peut sembler équivoque pour cette ancienne militante d'En Lutte qui admet qu'au moment où elle s'est ralliée à ce groupe, la lutte des femmes, 0UÉBEC EN COULEURS L'ESPOIR, DU CÔTÉ DES ENFANTS PIERRE VIAU 0) a m o U O a m 1 ru un côté de la rivière Outaouais, les résidences cossues des ambassadeurs-rices et ministres à Ottawa, du haut de leur falaise, marquent la rive québécoise, particulièrement un quartier isolé de Hull, le secteur Fournier.Au fond de ce quartier, plusieurs dizaines de HLM ont un voisin bien tranquille: un cimetière.Un dimanche matin, 8h, dans leur HLM, Santiago et Gregoria attendent la visite de VO.Vers 9h, les enfants, Alexander, 14 ans, et Vladimir, 10 ans, viennent rejoindre papa et maman.Encore endormis, ils laissent parler leur père.La famille est arrivée du El Salvador à la fin d'octobre 1990.Santiago décrit le sentiment d'impuissance et d'insécurité de leur voyage avec escale à Miami, Toronto, l'arrivée à Ottawa.«Ah! mon Dieu, on nous traitait comme des enfants.Sans explication, on nous disait: assoyez-vous là, donnez-moi vos papiers, attendez ici, on va revenir dans 15 minutes.Arrivés à Ottawa, nous avons été hébergés dans un hôtel de Gatineau.» APRÈS TROIS ANS ° Trois ans plus tard, Santiago et * Gregoria prévoient un avenir dif- ficile.«Les magasins, les usines ferment.Tous les jours, on voit ça dans les journaux.Les Québécois avec leur diplôme, avec le français et l'anglais, ne trouvent pas de travail.» Santiago doit aller à l'école, niveau Secondaire IL «On ne peut rien faire sans un Secondaire V.Ça va prendre du temps!» Autant que ses enfants?Les amis-es de Vladimir sont cambodgiens-nes, portugais-es, malgaches et vietnamiens-nes, ceux-celles d'Alexander sont bulgares, honduriens-nes, salvadoriens-nes et québécois-es.«Je serai mécanicien d'auto», dit Alexander.Vladimir, lui, espère être pompier.Les enfants parlent le québécois des jeunes de leur âge, sous le regard satisfait de leurs parents.Que font-ils l'été?«On va à la pêche avec papa et on se promène en vélo.» Santiago et Gregoria vivent d'espoir, de celui de l'avenir de leurs enfants.Ils sont membres du comité des parents de l'école.«C'est la meilleure façon de connaître le programme, les projets, de comprendre le fonctionnement de l'école.On peut mieux aider les enfants.» Ils participent aussi aux activités communautaires du quartier.•Quand on n'a pas de travail, c'est une façon de se sentir utile dans la société.» .'T.03 Pour un monde écologique, pacifique et solidaire Des watts entre les deux oreilles, cahier pédagogique d'éducation à l'utilisation rationnelle de l'énergie (préscolaire, primaire et secondaire).Une production du Fonds d'éducation relative à l'environnement (FERE), RECYC-QUÉBEC, Hydro-Québec et la Centrale de l'enseignement du Québec Disponible au Centre de documentation de la CEQ, (418)627-8888, coût 5$.CEQ Une commandite de la Centrale de l'enseignement du Québec S'impliquer dans l'organisation du travail, c'est travailler à relancer le progrès social CSN
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