La lyre, 1 janvier 1930, no 75
VOL.VIII — No 75 NOVEMBRE 1930 PER CON A LYRE REVUE MENSUELLE ILLUSTRÉE L'ORCHESTRE DES MAITRES MUSICIENS sous la direction de HENRI MIRO se fera entendre au poste CKAC le 12 décembre prochain au Concert de 'L'HEURE PROVINCIALE" de 8 h.à 9 h.p.m., avec ie concours du célèbre ténor canadien HENRI PONTBRIAND i î i i La Bière Préférée Cette bonne vieille Aie, brassée par de véritables experts pour plaire aux goûts les plus difficiles.est depuis longtemps la bière préférée du Canada Français.Les connaisseurs — dans tout le pays — sont fiers de traiter leurs invités à la Frontenac.ac Rédaction et Administration : 987 Boulevard Saint-Laurent Montréal.tél.LAncaster 1907 ABONNEMENT : Six mo.s.Un an .•.Deux ans.L'unité.Numéros des mois écoulés -35 11.50 $2.5« $4.50 .25 Secrétaire de Rédaction : Pierre Saint-Loup Administrateurs-délégués : Madame H.Miro Marcel Prévost Toute communication doit être adressée à la Rédaction de la "Lyre".- Les manuscrits non publiés ne sont pas retournés.Ville année — No 75 Novembre 1930 L'Orchestre Symphonique de Montréal Les musiciens, un peu comme la cigale du bon LaFontaine, aux temps prospères ont manqué de prévoyance, et voilà le moment où ils se trouvent fort dépourvus.L'énergie mécanique dont le débit est inépuisable a réussi à étendre sa puissance extra-humaine jusque dans les limites du domaine de l'art musical.Conséquemment, une foule de musiciens ont été chassés de l'emploi qui les faisait vivre, par cette grande ennemie matérielle.Les unions qui les protègent tentent des efforts suprêmes pour réagir contre cet envahissement du machinisme, mais comment résister à cette force géante qui fait partie de l'évolution des temps?Or, voici qu'un musicien ému par la situation de plus en plus embarrassante dans laquelle se trouvent ses congénères, eut l'idée que ce devait être le moment propice pour tenter encore une fois la formation à Montréal^ d'un orchestre symphonique.Ce musicien est M.Romano, clarinettiste.Avec beaucoup d'intelligence et de discrétion, il réussit à faire un groupement d'environ soixante-quinze bons instrumentistes, et à leur communiquer un enthousiasme capable de mener sûrement l'entreprise à son but malgré toutes sortes de difficultés inévitables.La direction de l'orchestre fut confiée à M.Douglas Clark, musicien très actif et d'une culture exceptionnelle.Le théâtre Orpheum fut gracieusement mis à la disposition dt l'orchestre.Voilà sept excellents concerts que la Nouvelle Symphonie fait entendre à un public intéressé et de plus en plus nombreux.11 y avait au programme de ces concerts des œuvres comme la Cinquième Symphonie de Tschaikowski, la Cinquième Symphonie de Beethoven, la Symphonie No 2 de Brahms, la Symphonie inachevée de Schubert, la Symphonie No 5 de Dvorak, etc.qui ont été jouées de façon très satisfaisante.C'est déjà assez pour démontrer que la nouvelle Symphonie de Montréal possède tous les éléments nécessaires pour devenir un orchestre de premier ordre et capable de faire honneur à notre ville.Serait-il raisonnable de rester indifférent en face du talent et de la bonne volonté que montrent nos musiciens ?Montréal se doit d'avoir une Symphonie.Nos musiciens professionnels possédant les capacités requises sont prêts à faire tous les efforts et les sacrifices nécessaires pour doter notre ville de cette Symphonie dont elle a besoin.Resterons-nous indifférents à leur bon mouvement?Demeurerons-nous sourds ,à leur appel?Nous avons toutes les raisons de les aider: l'honneur de notre ville, le devoir que nous avons d'encourager les artistes de chez nous, notre amour de la musique.Que rien ne nous empêche de nous rendre en foule au théâtre Orpheum, tous les dimanches après-midi à 3 heures, pour entendre le concert de notre Symphonie qui ainsi aura son public.Ce n'est pas tout.Pour que la nouvelle Symphonie vive d'une façon permanente, il lui faudrait, comme ailleurs, des subventions de notre gouvernement, et des octrois civiques.11 faudrait aussi que les risques de l'entreprise aillent à un comité de capitalistes, amis de la musique, de façon à ce que les exécutants soient assurés de toucher régulièrement une rétribution déterminée.Ce qui leur permettrait d'accorder tout le temps nécessaire aux répétitions, etc.L'heure est-elle venue, où tout cela va enfin se réaliser?Ayons la foi et la charité nous viendra.// s'agit d'avoir une Symphonie à Montréal.— Il en est plus que le temps! Unissons-nans donc pour travailler vers le même but.Evitons les objections qui ne peuvent servir qu'à retarder l'affaire et à nuire au bon résultat final.A.D.Vol.VIII No.75 MONTREAL, NOVEMBRE 1930 SOMMAIRE TEXTE L'Orchestre symphonique de Montréal, A.D.Leçons d'histoire de la musique (suite) E.V.de L.Au pays de Chez-nous, Adolphe Nantel.Les Concerts, A.D.Eugène Lapierre, A.D.L'Orchestre symphonique de Montréal, Jean Dufresne.Les disques, A.D.Gabriel Fauré (d'après Philippe Fauré-Frémiet).Gounod, J.G.P.et A.D. Leçons d'histoire de la musique pour les jeunes élèves Ecole allemande classique (suite ) HAYDN — MOZART Haydn (1732-1809), fils d'un pauvre charron, naquit à Rohrau près de Vienne- Tout jeune encore, il chantait au lutrin où il acquit bientôt une véritable réputation.Le maître de Chapelle de la Cathédrale de Vienne eut l'occasion de l'entendre et fut frappé de ses étonnantes dispositions.Il l'emmena avec lui, comme enfant de choeur, et se chargea de son éducation.Le jeune Haydn ne tarda pas à réaliser les espérances de son Maître.Alors que ses camarades travaillaient deux heures, il s'imposa un travail de 16 heures par jour ! Bel exemple des efforts qu'ont dû faire les grands génies eux-mêmes pour acquérir la perfection dans leur art.Mais les grands génies ont aussi— dans leur jeunesse —¦ des moments d'espièglerie.Un jour Haydn s'avisa de couper le pan de la robe d'un de ses condisciples : pour cette faute il fut chassé de la Cathédrale.Réduit à ses seules ressources, il est obligé de se faire musicien ambulant et de donner des leçons.Entre temps il compose et sa réputation grandit à son insu.-La protection de hauts personnages lui permit enfin ce se livrer entièrement à son art.Son modèle est Emmanuel Bach dont il adopte le style.Grâce, distinction, clarté, finesse, telles sont les qualités qui le distinguent particulièrement, et lui valurent l'enthousiaste admiration de ses contemporains.On peut considérer Haydn comme le véritable créateur de la Symphonie.Il fit aussi des Quatuors, des Sonates et des superbes Oratorios dont le plus célèbre est celui de La Création.On a appelé cette oeuvre : Le poème épique de la Musique.C'est la peinture saisissante de tous les grands paysages de l'univers naissant, au milieu desquels on entend le chant d'amour et de reconnaissance du premier homme- L'Oratorio des "Quatre Saisons" est aussi une merveille du genre descriptif.Haydn mourut en 1809, pendant le siège de Vienne par l'armée française.Nos officiers assistèrent au Requiem qui fut chanté pour lui.Il avait 77 ans.MOZART Mozart, né à Salzbourg en 1756, a excellé dans tous les genres.Enfant prodigue, il composait à 4 ans de charmants menuets qu'il jouait au clavecin, et improvisait sur le violon, qu'il avait appris sans maître.Lui et sa soeur Frédérica qui avait aussi un remarquable talent furent mandés à la cour de Vienne en 1762.En entrant dans les salons, le pied du petit virtuose glissa sur le parquet, et son nez alla donner assez rudement contre terre : une jeune archiduchesse se hâta de le relever : "Vous êtes très bonne, lui dit l'enfant, je veux vous épouser !".Cette archiduchesse devait être l'infortunée Marie-Antoinette.De 6 à 10 ans, Mozart, accompagné de son père, fit un grand voyage à travers l'Europe, donnant des concerts qui excitaient l'étonnement et l'admiration; partout il était acclamé, fêté, choyé.C'est alors qu'il composa son premier opéra : la Finte simplice.Deux ans après, il visita l'Italie, et l'on raconte que le Vendredi-Saint, ayant entendu à la Chapelle Sixtine le Miserere d'Allegri, il le nota ensuite tout entier de mémoire et le- Montréal, Novembre 1930 chanta dans un concert.Le pape Clément XIV le combla d'honneurs.Après un séjour à Paris, Mozart se fixa dans son pays natal, Salzbourg, pour y remplir les modestes fonctions d'organiste.On doit à Mozart les Noces de Figaro, Don Juan, son chef-d'oeuvre, d'autres beaux opéras, ainsi que des Symphonies, des Concertos, des Sonate, des Messes, des Cantates.Toutes ces oeuvres respirent la grâce, la tendresse, l'élégance et se distinguent par leur mélodie pure et suave, et un charme d'expression qui est le caractère propre de ce grand génie si bien nommé "le divin Mozart".Telle était sa merveilleuse facilité de composition que le nombre de ses oeuvres s'élève à plus de 600, et pourtant sa vie fut bien courte, 35 ans ! Il mourut en 1791, au moment où il terminait son admirable Requiem.En dépit des témoignages flatteurs des souverains et des princes, Mozart était si pauvre qu'on dut l'enterrer dans la fosse commune ! Ce jour-là, une horrible tempête se déchaîna; les rares amis qui accompagnaient les restes du grand homme se dispersèrent, et c'est abandonné de tous qu'il fut porté à sa dernière demeure.Sa veuve, le lendemain, voulut venir prier sur sa tombe, mais hélas ! elle la chercha en vain, et depuis on ne put jamais la retrouver.Exemple navrant du néant des grandeurs humaines ! Mozart vivant avait rempli le monde du bruit de son génie : Mozart, à peine au tombeau, était oublié !.Du moins, ses oeuvres lui survivent et lui assurent une gloire immortelle, (à suivre) Tél.: Falkirk 2915 PROF.JEAN GOULET Violon—Théorie—Solfège 4239 SAINT-HUBERT, MONTREAL.Tél.Harbom- 9337 A.BLANCHETTE LUTHIER Spécialité.ARCHET ET VIOLON FAIT SUR COMMANDE 200C BLEURY, coin Ontario, MONTREAL Mackay Conservatory of Music I OSCAR O'BRIEN Cours d'harmonie V Traité Rimsky-Korsakoff f 1405, rue Mackay EDGAR BRAIDS VIOLONISTE Ecole de Corelli et de Paganini Spécialité : Bach.Tél.UPtown 044ff ALFRED LALÏBERTÉ (PIANISTE-COMPOSITEUR) (De retour définitif à Montréal) a ouvert son studio au No 1231 rue Ste-Calherine ouest, ch.214, le 8 septembre 1930 pour y enseigner le piano (des éléments à la plus haute virtuosité-artistique) ainsi que le chant, en français, en anglais et allemand.M.Laliberté est hautement recommandé par le grand compositeur-pianiste russe Nicolas Medtner.MArquette 7974 M.Paul Lafrance, assistant-professeur. Montréal, Novembre 1930 AU PAYS DE CHEZ-NOUS.La forêt canadienne a une âme.Elle a sa musique, ses chants.Allons, gentilles lectrices, retrouver la vraie beauté, là où Dieu parle à celles qui savent comprendre.3f ¥ Ma mie, voici l'automne ! Tu tressailles ?Il n'est pas méchant.Te souvient-il, ces rougeurs de jeune vierge, au lointain rayon des épousailles ?Je retrouve le carmin de tes joues, sur ces feuilles d'églantier, à la lourde fatigue de tout un été de floraisons.¥ ¥ ¥ Tes lèvres sont humides ?Mais, tu sais, l'aube est plus lente, maintenant.Regarde, ce dernier oeillet pourpre, dans un rustre jardin de colon ?Il attend, accablé, le retard du soleil.Aussi la rosée s'accroche sur les pétales, — tes lèvres, — encore avides de vie.* ¥ ¥ L'or de ta prunelle conserve toujours son miroitement d'étoile ?Un cep de vigne sauvage, qui s'accroche à la fenêtre vide de ce rocher, laisse les premiers vents froids mordre et tuer ses feuilles.Pourtant, vois la tige ?Ne garde-t-elle pas sa couleur de pollen ?Peu lui importent les tons verdâtres, puis rougissants des feuillages.Elle a même sacrifié les sanglots de ses grappes, pour garder jalousement sa teinte d'écorce vivante et rude.Et sa couleur chaude, me rappelle tes yeux.¥ ^ ¥ Ta chevelure est demeurée brune?.Si tu savais combien j'aime les ormes, alanguis par leurs séculaires transfusions de sèves.Ils continuent à frôler le ciel avec leurs cimes.Cet attouchement des nues, lourdes de pluie, a donné à leurs ramures la molle couleur de tes tresses.Leurs feuilles tomberont plus tard.Il faut protéger l'écureuil, des froids avant-coureurs.Et, seulement, lorsque ce destin sera rempli, les verras-tu se poser sur le sol, avec la lenteur d'un bécot d'enfant, et le brunir, comme tes cheveux.Ma mie, ton baiser est plus lent.Voici l'automne.¥ * * Automne du Québec, que ne suis-je poète, un tout petit poète, afin de te chanter avec joie.Tu arrives doucement.Un frisson pâle sur tout.La froidure du silence s'unit aux premières gelées pour tendre un filtre à l'aurore.Et l'âme des couleurs du matin choisit nos érables pour continuer ses rayonnements.Tu arrives en sourdine.Un coup d'ongle au front des chênes.Et leur sang pâlot suppure un rien d'argent, pour la joie des crépuscules.Peu à peu, l'emprise du froid en-harcit ses caresses.L'érable, à nouveau rougeoie de plaisir.Puis saigne toute sa pourpre, avant de laisser tomber ses ailerons sur le sol natal.U faut des velours aux caprices de la Princesse des brumes.Les pins lui donnent un manteau; les peupliers, des linons ; les mousses, des brassières.Les montagnes ondulent sous le chatoiement écarlate des vendanges célestes.Tous les arbres rosissent.Les merles nous quittent.Mais en emportant une feuille-souvenir, leurs gorges royales, pour charmer les regards noirs des amoureuses, aux pays chauds.L'hirondelle tire une dernière ligne bleue, entre les eaux bleues et le ciel bleu.Petit architecte de Dieu, l'oiseau-bijou marque ainsi la séparation des derniers jours émus, et la lancinante blancheur ces soleils d'hiver.Les chers canards sauvages poussent leurs ailes vers d'autres matins.Seul, au nid, demeure le souvenir d'amour.Il les ramènera demain, blessant l'horizon de leurs flèches, au-dessus des joncs complices.Les étourneaux ont peur de la neige.Ils fuient.Et" le sable des déserts aura ses fleurs noires, d'ici mai.L'oiseau-mouche volète, par bonds lumineux, jusqu'au Mexique.Il piquera la rose de son corps sur le cactus solitaire, donnant un des sourires de Dieu, au pays de la soif.¥ * * La forêt canadienne a une âme.Elle a sa musique, ses chants.Et celle qui sait comprendre se grise d'air pur dans sa beauté blonde.Adolphe NANTEL. r.Montréal, Novembre U>30 Les compositions de M.R.Mathieu Un public composé de musiciens et de dilettantes assistait le 28 octobre dernier, au premier concert du Canadian Institute of Music.Le programme contenait seulement des oeuvres de M.Rodolphe Mathieu.Les compositions de Mathieu sont un peu effarantes ! Dans les Sonates, je me demande s'il plie le caprice de ses inventions à la rigueur des règles de son art.ou si ce sont les règles de l'art qu'il plie au caprice de ses inventions?.(On me dit qu'il ne plie rien du tout).Dans le chant et quatuor à cordes et dans la senate pour violoncelle et piano, les idées sont généreuses et belles, et leur auteur s'il avait voulu se soumettre à plus de discipline avait là de quoi créer des oeuvres magni- fiouee.Rodolphe Mathieu à énormément de talent, beaucoup d'imagination, il est musicien jusqu'à la moelle, mais il re f.de toute discipline.Dans tout ce qu'il a écrit, il devrait y avoir plus de souci de la forme.— Il devrait circuler plus d'air, plus de lumière, il faudrait plus de tenu et cie simplicité.— C'est trop prétentieux, trop libre et aussi trop laborieux.M.Rodolphe Mathieu possède d'excellentes qualités de pianiste qui lui permettent c'oser l'exécution d'oeuvres aussi fantasques que les siennes avec un maximum de quiétude.Que nous réserve, dans l'avenir M.R.Mathieu, lui qui est doué mieux peut-être que tout autre de nos compositeurs canadiens ?LE TRIO TRUDEL Un public distingué assistait le 4 ¦ i v mbre dernier, à St-Sulpice, au concert donné au bénéfice de la Socié-l5 Catholique de protection et de ren-: eignements.— U y avait au programme, le trio Trudel, Chamberland.Belland et M.Gérard Gélinas, basse.Le Trio Trudel a joué : le Trio en re mineur d'Arensky et le 1er trio d3 Shumann.Ces musiciens sont des solistes très cistingués et ils donnent l'impression de ne pas vouloir trop oublier leur personnalité individuelle lorsqu'ils jouent ensemble.— Chacun, surtout le pianiste, étale trop sa virtuosité au détriment de l'homogénéité du trio.Malgré cela, nous avons eu du plaisir à les écouter clans le trio d'Arensky, oeuvre gracieuse et chatoyante, qu'ils ont rendue avec assurance et un juste sens de la nuance.Le Trio de Schumann a manqué un peu de fondu dans l'ensemble.—Mais l'interprétation à tout de même été intéressante.M.Trudel a joué un prélude de Debussy et la fantaisie impromptue de Chopin, avec toute la technique facile et brillante, et le bon goût qu'on lui connaît.Nous avons entendu ensuite Reminiscence et Première danse Canadienne de Gratton, puis, Zephyr de Hubay, pièces originales et charmantes interprétées de façon consciencieuse par M.Chamberland violoniste.M.Belland a donné une Sarabunde de Mourit, Les Lacs d'Ecosse, c".e Pel une, Monleijneso et Toiiudu Mur-ciana de Nin.— M.Belland est un artiste véritable.Il est maitre de son instrument dont il joue avec des sonorités magnifiques.M.Gélinas était au programme clans des pièces de Mozart, Shubert, Brahms.Tschaikowsky qu il a interprétées de bonne façon.LE QUATUOR DURIEUX Le quatuor à cordes Durieux a donné, le 4 novembre dernier, à l'hôtel Windsor, son premier concert de la saison et les amateurs de musique de chambre qui assistaient en assez bon nombre à cette manifestation artistique ont été heureux de constater qu'une autre organisation musicale intéressante, leur ménage pour l'avenir des heures délicieuses.Le programme offert comprenait trois quatuors; un cle Mozart, en sol majeur; le quatuor No 3, de Schumann et le quatuor en la, quatre mouvements, cle Glière, compositeur russe, de l'école Rimski-Korsakow.L'interprétation de ces oeuvres a été bien réussie, et sauf quelques accrocs inévitables c'ans toute nouvelle organisation cle ce genre, l'audition a été plaisante et agréable.Le "Quatuor en sol majeur" de Mozart est bien connu, et les artistes n'ont pas craint cependant de le mettre au programme.Cette oeuvre musicale respire la grâce, la tendresse, l'élégance et se distingue par la mélodie pure et suave et un charme d'expression qui -est la caractéristique propre du grand génie qui l'a composée.Là plus qu'ailleurs, les exécutants risquaient de faire remarquer par l'auditoire la moindre dissonance qui eut pu survenir, mais avouons qu'ils s'en sont bien tirés.Le "Quatuor No 3"', de Schumann, présente une forme assez raide, et malgré quelques beaux aperçus, qui ne rappellent cependant pas les larges envolées de Beethoven, il est ce nature à décourager les exécutants.Le second mouvement a paru être mieux marqué que les autres, bien que ce fut l'adagio qui fut le mieux agréé du public.Quant au "Quatuor en la" du russe Glière, il fut certes mieux rendu que le premier mouvement du quatuor cle Debussy qui devait venir en rappel.Tout nous laisse espérer que, lorsque ces quatre artistes auront réussi à mieux fondre ensemble leur jeu, ils s'imposeront davantage à l'attention des musiciens les plus difficiles.Il n'existe peut-être rien de plus difficile que de former un quatuor parfait.C'est là une tâche ardu.' qu'entreprennent les sympathiques Le quatuor Durieux Montréal, Novembre 1930 instrumentistes du quatuor Durieux, mais en revanche que àe plaisirs n'éprouveront-ils à faire de la musique de chambre de façon consciencieuse, sans compter la joie de ceux qui iront les entendre .' Ces gens-là sont sincères, enthousiastes, et Montréal se doit de les encourager.-o- L'Orchestre de Montréal au Concert du 16 novembre Décidément, après ce sixième concert de la Symphonie de Montréal, tous, même les plus sceptiques, doivent reconnaître que voilà une organisation qui mérite qu'on l'encourage chaleureusement.Ce concert du 16 novembre marque un progrès très sensible dans l'exécution de presque tout son programme.Les attaques étaient bonnes, fermes, l'allure, les ments, justes et précis et les ensem-mouvements justes et précis et les ensembles en général mieux balancés.Tous les membres de l'orchestre semblaient plus en forme et en possession de ce qu'ils avaient à exécuter.surtout les cuivres et les bois qui parfois ont laissé à désirer dans les auditions précédentes.Chaque concert nous permet mieux d'apprécier les qualités du diriecteur, M.Douglas Clark.Dans la Symphonie de Dvorak, par exemple, chacun a dû se rendre compte combien ce musicien a de sensibilité et de soucis de la nuance.Il a déjà beaucoup d'emprise sur ses musiciens.Il ne serait pas juste d'exiger la perfection d'une organisation qui est encore à ses débuts et qui travaille dans des conditions très difficiles.Manifestons de la bienveillance à son égard en nous rendant aux concerts de l'Orpheum et en devenant membre-souscripteur de l'Association pour la minime somme de $2.00 par saison.Récital Edward Johnson Ténor canadien du Metropolitan Opera Co.de Ne%v-York.Le ténor lyrique Edward Johnson est le chanteur élégant par excellence, et son progratfnme au His Majesty's Je dimanche 16 novembre révèle l'homme de goût, également à l'aise dans des compositions de 1560-1682 que dans le très moderne.L'émission, le phrasé et la diction sont remarquables chez ce chanteur qui, à part ces qualités, est doué d'un charme prenant.Edward Johnson étant linguiste, il peut nous donner avec compréhension et une juste interprétation des oeuvres de Jacopo Péri, Umberto Giordano, Franz Schubert, Richard Strauss, Gabriel Fauré, Serge Rachmaninoff, Dolson et Cyril Scott.On eût souhaité tout de même l'entendre dans un programme exclusivement français comme il en donnera un très prochainement au Carnegie Hall de New-York.C'est que Johnson rendit avec grande clarté et intensité d'expression 1' "Automne" de Fauré.Et il sut prouver qu'il détaillait d'intelligente façon dans "L'Ane blanc" de Georges Hue, un fragment d'Alfred de Musset de Rachmaninoff et "Dimanche à l'eau" (chanson bretonne).La voix d'Edward Johnson n'a évidemment pas l'ampleur d'un ténor dramatique, mais elle y gagne en homogénéité et son art se rehausse du fait qu'il sait proportionner l'effet vocal de chaque oeuvre.Il sera toujours le chanteur goûté de la foule comme des vrais initiés.M.C'elins Dougherty a été l'accompagnateur souple et diiscret, et dans un groupe de piano, il nous donna un très intéressant "Nocturne" de sa composition et enleva avec grand brio la danse de Manuel de Falla.A.R.-V.7 ¦Le Quatuor Dubois s'est aussi fait entendre à la Salle St-Sulpice lundi, le 16 novembre.Ce Quatuor s'est acquis, par ses mérites artistiques, l'estime d'un grand public d!amateurs qui est toujours heureux d'aller à ses auditions.Le Quatuor Dubois a le soucis de mettre d'excellentes choses à son programme et il soigne bien ses interprétations.Ces musiciens ont droit à toute notre admiration.Lundi soir, 16 novembre, trois concerts ont fait salle comble.Ne serait-il pas juste de noter ici que le public montréalais montre, en cette saison-ci, beaucoup plus d'empressement à se rendre aux concerts?Pourtant chacun a maintenant chez-soi, un phonographe, un radio.Cela prouve un peu, il semble, que les machines ne remplaceront jamais, une audition par un artiste que l'on voit en même temps qu'on l'entend.- o - " LES COSAQUES DU DON " Les "Cosaques du Don" ont étonné, ravi, émerveillé, enthousiasmé le public très divers qui emplissait littéralement la salle du St-Denis, le 16 courant au soir.Le fait est que c'est le choeur le plus merveilleux que nous ayons jamais entendu.Les "Cosaques du Don" font beaucoup d'harmonie imitative, mais avec des moyens vocaux d'essence, si parfaite, que tout devient de la musique, et de la bonne.Il faut que le chef, Serge Jaroff, soit doué d'une fameuse imagination pour réaliser des effets semblables.Toutes les ressources de la technique vocale sont épuisées à fond.Et quelle discipline admirable, il y a chez ces trentes-sept chanteurs-militaires qui obéissent instantanément à chaque geste ou signe de -Je tiens TOUT ce que je promets - ACHETEZ la Collection «lu MUSICIEN, qui offre, sous le format du livre ordinaire relié, des Sélections et un résumé de la vie de 1 Auteur.Soigneusement relié, chaque volume avec portrait du musicien, franco, 50 cts.Une heure de Musique avec : Beethoven Bach Berlioz Botrel Chopin Chansons de la guerre Chansons de France Chansons du music hall Chants de marins Debussy Daniderff Franck Gabaroche Gounod Gluck Haydn Yvette Guilbert Franz Lehar Lecocq Mendelssohn Mozart Montmartre d'hier Mistinguett Marinier Mayol Montmartre d'aujourd'hui Offenbach Planquette Xavier Privas Rossini Schubert sique St-Saëns iSchumann Oscar Strauss Les Tsyganes TVeber "Wagner Vieux Noëls Cotto.nouvelle collection étant une véritables révolution dans l'Edition musicale actuelle, nous pourrons être hors de stock quelquefois mais sous 4 semaines, on est toujours certain d'être servi Pour être au courant de la nouveauté, il faut s'abonner à notre Journal mensuel de Broderie et MUSIQUE Tonjours en mains tous les morceaux annoncés dans "La Lyre" Par an: 25 cts.RAOUL VE1NT1NTA.T -Assortiment — Compétence — Courtoisie — Prix raisonnables_Service S770-8772 BUE SAINT-DENIS (anciens 642) TéL Harbour 6615-6310 MONTREAL^ LE QUATUOR DUBOIS 8 - o Chaque vendredi à 4 heures p.m , M.Auguste Descarries donne à son studio, 3589, rue Jeanne Mance, une conférence des plus intéressantes, à laquelle sont invitées, les dames et jeunes filles que les bonnes choses de la.musique intéressent.Sujets des conférences musicales déjà données par Auguste Descarries : 1.— Les poètes et les musiciens de l'antiquité.2.—La musique et l'esthétique grecques.3.— La musique chez les Romains et la naissance du chant liturgique.4.— L'évolution de la langue musicale des mélismes à la Renaissance.5.—Jongleurs, trouvères et trou-ii badours.I 6.—: La chanson médiévale et les | genres de la chanson populaire.7.— Le contrepoint et la renaissance.S'il est un musicien canadien-français dévoué à la cause de l'art musical en notre ps.yss c'est bien M.Eugène Lapierre.Né à Montréal le 8 juin 1899, il n'esl donc aujourd'hui âgé que de 31 ans, et pourtant Montréal lui doit son Conservatoire National de musique qui est notre meilleure institution du genre au Canada, si l'on considère la valeur des professeurs, et l'efficacité des programmes.Celte école de musique grandit très vite maintenant, parce qu'elle est dirigée par un homme bien compétent .M.Lapierre ayant su ajouter aux talents dent la Providence l'a généreusement pourvu, des connaissances dues à un travail sérieux cl opiniâtre.Dès un âge irèj précoce il a montré des cptitudes et du goût pour la musique, et un e:prlt curieux de s'instruire.Il reçut sa première éducation musicale des Frères des Eccles Chrétiennes et de M.Perreault, maître de chapelle de Sainte-Brigide.Puis il fit de brillantes études classiques au collège de S.-Jean, où il fut le protégé de Mgr Arthur Papineau, de Jaliette, son parent, qui était dors le Supérieur de ce collège.Depuis ce temps, il fut toujours le titulaire à la tribune d'un orgue.D'abord au ccllège de S.-Jean, pendant sept années consécutives, puis à la paroisse de Sainte-Philcmène de Rosemcnt, à S.-Denis, puis à S.-Jacques où il est encore aujourd'hui.Ce qui ne l'empêcha pas, son cours classique terminé d'étudier l'économie politique, et la science des finances à l'Ecole des Hautes Etudes commerciales sous M.Edouard Montpetlt, et même de suivre un cours de journalisme à l'Eccle des Sciences politiques.Il lit de la publicité pour le journal "La Patrie" et devint secrétaire du Conserva-t ire National de Musique (annexée à l'Université de Montréal).C'est à partir de ce moment qu'il se dévoua avec ferveur à ériger cette Eccle de musique, sur des bases solides.En 1924, ayant obtenu une bourse à études par l'entremise de l'honorable L.-A.David, il alla en Europe dans le but de se perfectionner comme organiste, scus la direc-tien du maître Marcel Dupré, et aussi, et p-ut-être surtout, pour étudier les rouages des grande: institutions de l'enseignement m-jsical de l'ancien continent.C'est ainsi qu'en 1928, M.Eugène Lapierre, revenu à Montréal, prit la direction active de notre Conservatoire de musique et en fit, en quelques mois, une oeuvre bien fondée el des mieux organisées au paint de vue artistique et administratif, ceuvre qui depuis ce tempz ne fait que grandir et est appelée à faire l'honneur de notre pays au développement artistique duquel elle partagera en large part.M.Eugène Lapierre, en outre qu'il est un de nos musiciens les plus distingués, orga- Montréal, Novembre 1930 Une belle figure vient de disparaître ce notre monde musical.M.Gustave Gagnon est décédé le 19 novembre dernier à Québec.C'était un musicien eminent, un homme d'une haute culture intellectuelle, un être charmant, spirituel, affable et bon que nous regrettons tous.A sa distinguée famille, "La Lyre" offre l'expression d'une profonde sympathie.Dans le numéro de décembre, nous donnerons une biographie de ce regretté musicien.Dans le prochain numéro de cette revue, nos lecteurs auront le plaisir de lire des vers de notre sympathique poète canadien, M.Robert Choquette.Au concert de l'Orchestre de Montréal, le 23 novembre, nous remarquions dans l'assistance : MM.Rodolphe Mathieu, Léo-Pol Morin, Philippe Panneton, Henri Letondal, Dr Frédéric Pelletier, Alfred Laliberté, Arthur Letondal, etc.-o- Mlle Jeannette Caillé donnera un concert C'est le 27 novembre prochain, à la salle de concert du Ritz-Carlton, que Mlle Jeannette Caillé fera son début officiel dans la vie musicale de chez nous.Mlle Caillé donnera ce soir-là, en effet, son premier récital de piano.Mlle Caillé, que plusieurs auditeurs eu 27 novembre prochain, auront sans doute eu l'occasion d'entendre quelquefois à 3a radio, porte le double titre, très enviable, d'être à la fois élève de M.Alfred LaLiberté et graduée du Conservatoire de l'Université McGill.Dans un programme des plus variés, qui présente les noms d'une dizaine de compositeurs, Mlle Jeannette Caillé donnera entre autres, une Sonate de Mozart, une Suite ce Bach, et deux Contes de Medtner.Nous donnerons plus tard le programme complet.niste virtuose, et bon improvisateur, docteur en musique de l'Université de Montréal, est aussi un musicographe dont les écrits, d'une belle tenue littéraire, abondent d'idées el d'enseignements précieux.Il est d'un caractère agréable.Il a épousé une femme charmante dont il a une fille et deux fils.A.D.leur chef.Il n'y a chez eux, qu'une seule personnalité, celle du maître.Aussi jamais on peut rêver un ensemble plus fondu, plus lié.Et ce Ja-roff est-il assez étonnant! Chez cet homme pourtant de petite taille, presque frêle il y a une énergie, une vigueur nerveuse extraordinaire qui lui donne une impulsion et une autorité indiscutée.La première partie du programme fut certainement la plus touchante.Ces chants religieux, chantés par ces musiciens, sont d'une grandeur profonde et magnifique.Le Chant de la Volga, arr.par Jaroff fut extrêmement agréable.Trop compliqué, dit-on?Pourtant.La mélodie était là, sans cesse, claire et nue, ressortant de mille ornements légers comme ces nuages.Les chants militaires furent enlevants.Enfin en général, ce fut une variété, un raffinement pres-qu'exagéré des nuances.Un concert de musique "pure", par un quatuor "Pro-Arte" par exemple eût peut-être pour ma part, mieux satisfait mon goût de la musique, mais jamais je pense on peut être plus emballé, éblouis que lorsqu'on vient d'entendre "Les Cosaques du Don" pour la première fois.Messieurs Page et Goulet méritent des félicitations pour avoir fait l'arrangement de ce concert.- o - Mademoiselle Germaine Malépart sera bientôt rétablie d'une assez grave maladie qu'elle vient de subir. Montréal, Novembre 1930 ÏJfKE ï L'Orchestre Symphonique de Montréal Le désintéressement, '/amour de la musique et la sympathie envers le; musiciens ont donné naissance à l'Orchestre Symphonique de Montréal qui, depuis quelques semaines déjà, se fait entendre, le dimanche après-midi, au théâtre Orphéum.M.Gulio Romano, clarinettiste de cette ville, a été le fondateur de c:t cnr?mble et a su réurir auteur te lui, des musiciens de carrière que l'écran sonore avait chassés de nos grands théâtres.Grâce à la générosité t'e la faculté de musique de l'Université McGill qui prête des partitions d'orchestre aux musiciens nouvellement groupés, et leur en acheta quelques unes de ses propres deniers, grâce à la collaboration du théâtre Orphéum, qui leur ouvrit sa sal'.e gratuitement, grâce aussi à l'aide de l'hôtel Mont-Royal, qui offre sa grande salle de bal pour les répétitions, grâce surtout à l'activité souple et enthousiaste de M.Rommo, l'orchestre put se présenter le 1er octobre dernier, devant 350 auditeurs que la passion de la musique, plus qu'une modeste publicité, avait attire là.M.Douglas Clarke, doyen de la faculté de musique de McGill, fut invité à diriger les premiers concerts.Les instrumentistes furent bientôt d'accord pour élire M.Clarke comme leur chef en titre.Aussi, cet orchestre pour lequel les musiciens jouent gratuitement, et ne pourront espérer de rémunérations d'ici longtemps, ne pouvait être plus digne de sympathie.Cette tentative de doter Montréal d'un orchestre permanent, semble avoir rencontré auprès du public une approbation que d'autres, aussi louables n'avaient pu obtenir qu'après des appels répétés et pour quelques auditions espacées seulement.L'orchestre Symphonique de Montréal, n'a pas manqué, depuis ses débuts, d'offrir toui les dimanches un nouveau programme préparé avec soin, et interprété d?façon toujours convenable, et quelquefois très intéressante.Aus»i a-t-on vu le public prendre l'habitude de ces concerts : les 350 auditeurs du premier atteignaient le total de 100 lors du deuxième.Le 26 octobre, on compte 522 personnes, et cimanche le 2 novembre, le total da 900 était atteint.La progression avait été constante et elle a continué son ascension.En art les questions de nationalités ne doivent pas être soulevées.Pour Til.York 1416 Docteur PAUL TREPANIER CHIRURGIEN-DENTISTE Meure, de bureau: 9-12 ».m.— 2-5 p.m.152 Réjina.VERDUN M.Douglas Chrk, M.A., Mus.B., F.R., CO.Directeur de la Symphonie de Montréal ceux qui cependant ont encore certains préjugés, rappelons que l'Orchestre Symphonique de Montréal compte dans son sein, un nombre d'éléments canadiens-français proportionné au chiffre des nôtres dans le total de la population de la métropole.Les deux-tiers des instrumentistes de l'Orchestre sont en effet de notre nationalité, et si le chef est un Anglais, c'est avec l'assentiment de cette majorité canadienne-française.Ils ont jugé que.('ans les circonstances, nul ne pouvait mieux que lui présider au pupitre.Les critiques, les musiciens et les amateurs de musique n'ont aucune autorité pour discuter ce choix; ils n'ont qu'à apprécier la façon dont il remplit cette fonction.Il n'est même pas encore temps de comparer ce corps de musique avec ses prédécesseurs ou de relever ses défaillances.Il faut l'encourager sans arrière-pensée.Quand il sera définitivement organisé, lorsque ses membres seront rétribués, nous aurons b droit de critiquer, de reprendre et de conseiller.Pour le moment, il faut que tous ceux pour qui la musique ei'orchestre et le renom de notre ville ne sont pas indifférents, s'unissent pour créer de l'enthousiasme des concerts de l'Orchestre Symphonique de Montréal, pour faire taire aussi le blâme hâtif ou mesquin.Ils ont déjà commencé.Jean DUFRESNE.Georges-Emile TANGUAY Leçons de Piano, Orgue, Harmonie el Contrepoint.1599, rue Marie-Anne Est Tél.CHerrier 5798 Lunettes Elégantes Prompte Livraison Prix modérés A.L.PHANEUF OPTOMÉTRISTH 1767 ST.DEMS, près Ontario Tél.HArbour 5544 _ Mme EDMOND TRUDEL Enseignement du Chant Concert M.EDMOND TRUDEL Enseignement du Piano Concert.Musique de chambre.Accompagnement l.Vil.rue si-Marc Tél.l'ptown ¦> chasles mmn PIANISTE Gradué de l'Institut de l'Art musical de New-York.piano — orgue — harmonie fugue — contrepoint coaching: opéra et répertoire anglais, russe italien, espagnol, allemand.5212 ST-DENIS Tél.BEUir 9894-F J.G.YON u J.Poucet, prop 2931 m-dva&a.Montrrnl Té!.HArb.*"Ot Rndrnit par excellence oa l'un peut »e procurer le plus beau ch.la de musique classique, piano solo, chant, violon.vl»lom*e4l*v musique relie ruse, chants canadiens, traites d'harmonie, littérature mus cale, et toute la musique demandée par les différents Con-servatotrea, y compris les édition* Durand.Schirmer, Wood, à des prix défiant toute compétition.Nouveau rayon de phonographes el d'equea Starr-Gennett Itemises spéciales aux Communautés Itrllgleuses et aux Professeurs Servir* courtois.Une visite à notre magasin vous convaincra du choix de musique varié que nous sommes *n mesure de voua offrir- Solfeggietto.9 Revised by Havs'Semper.PHIL.EM.BACH. 10 Montréal, Novembre 1930 CHOIX DE DISQUES NOUVEAUX Les établissements d'enseignement et aussi les personnes soucieuses de mettre un peu d'ordre dans leurs connaissances musicales, devraient apprécier une "Histoire de la Musique" en vingt disques, avec exemple au piano.Ce "comprimé" clair, vivant et solidement documenté sous sa forme volontairement ramassée est cû au distingué musicographe, M Paul Landormy.dont ('elocution est nette à souhait dans le microphone.(Columbia).A ceux qui aime la musique d'orchestre, la compagnie Pathé offre : Tell Euleuspiagcl de II.Richard Strauss, par l'orchestre Pasdeloup.L'ouverture de la Flûte enchantée de Mozart, dirigée par M.Kabaud.Le ballet du Minu-lc, dirigé par l'auteur, M.Georges Hue.La compagnie du Gramophone, présente la somptueuse suite de Daphnis et Chloé de M.Ravel par la symphonie de Boston, et l'Artésienne de Bizet par le fameux orchestre de Philadelphie, dirigé par M.Stokowsky.Voici maintenant quelques disques de chant : Le promenoir des Amants de Debussy par M.Chs.Panzera, — l'Air de la Reine des Huguenots, par Mme Yvonne Brothier, — Chauve-So" ris et les Historiettes viennoises de J.Strauss par Mme Lotte Schoene.— (Gramophone) La mort d'Yseidt de Wagner par Mme Martinelli (Pathé), Gramophone offre la Sotate à Kreutzer, de Beethoven et la Sonate par M.Alfred Cortot et Jacques Thibault Arthur LtïONESL Docteur en Musl'iue Organiste «le la Cathédrale ENSEIGNEMENT 1477.rue CHOMEDEY.Tél.Wl.883S MUSIQUE A.J.BOUCHER Enrg.20 est, rne Nofre-Danip, MONTREAL N«us avons toujours en mains dos method an de piano, de chant, de musique Instrumentale, des exercices, des traités de et d'harmonie, etc.hautement recommandés par nos meilleurs conservatoire^, nos Ecoles de Musique et nos Maison d'Edu-ontlon.La Maison est connue pour remplir les commandes avec une promptitude qui vous donnera entière satisfaction.Téléphone: Lancaster 3001 GABRIEL FAURÉ Gabriel Fauré naquit à Pamier, en France, le 12 mai !845.Son père Totissaint-Honoré Fauré était lui, le fils de Gabriel Fauré, boucher, domicilié à Foix, dans le département de l'Ariège.Gabriel Fauré, aïeule du grand musicien, était un homme du peuple, à l'existence fruste et simple, mais d'une nature assez exceptionnelle.Il avait le front vaste et noble, les cheveux longs, recouvrant les oreilles, les sourcils bien arqués, la bouche fine, pincée, sceptique.'Le regard exprimait sous couleur d'une bienveillante malice, je ne sais quelle autorité lointaine, celle de l'homme qui possède un secret et qui garde son secret.Or ce secret, n'est-ce pas celui des horizons certains où se reposent, par transparence, les regards de son petit-fils." Les deux, le grand-père et le petit-fils se res- Montréal, Novembre 1930 11 semblaient.Gabriel Fauré, voulut que son fils Toussaint fut instruit, cultivé.Il devint instituteur et il mourut à Toulouse, en 1885.Officier de l'Université.U éleva six enfants, dont Gabriel fut le dernier.A sa naissance sa mère dit à ses amies : "On ne le désirait pas, mais on relèvera comme les autres".Gabriel Fauré quitta le foyer paternel vers l'âge de neuf ans pour ne plus y revenir que pour la période des vacances.Pourtant il demeura toute sa vie pénétré de l'exemple paternel.Toussaint-Fauré Toussaint-Honoré avait un juste respect des valeurs.Il joignait à ce sentiment une grande confiance a priori.Il ne lui semblait pas qu'un homme "en place" pût manquer de mérite.U rapportait tout à cette notion essentielle : le mérite.Loin de flairer l'imposture, de soupçonner l'intrigue, il n'acceptait qu'à regret d'en reconnaître parfois l'évidence.Fonctionnaire scrupuleux, il n'admettait nul manquement aux égards de toute sorte qui fixent les rapports des hommes, dans la hiérarchie administrative.La déférence, sinon la stricte obéissance, lui semblait une vertu première.La critique vient après, rectifie, estime, situe les valeurs.Dès l'instant que nous ne sommes plus libres, et que nous travaillons au service de l'Etat, quel que soit notre mérite, nous devons nous soumettre à l'ordre général, subir et exiger la discipline sans quoi rien d'humain n'est viable.En dehors de l'administration, dans la vie de chaque jour, l'âge et le talent créent une .autre sorte de hiérarchie à laquelle nous devons aussi bien nous soumettre.Toussaint Fauré ne pouvait accepter qu'on allât à l'aventure.Une carrière hasardeuse est une sottise dont un père doit garder ses fils.Il ne faut rien entreprendre sans armes.Rien ne peut être honnêtement fait sans une culture profonde, un métier solide.Pas d'art, pas de science qui n'ait ses classiiques ; il importe avant tout de les connaître.Mais il faut aussi s'assurer d'un rôle social sans quoi l'homme risque de devenir un inutile ou un malheureux.Plusieurs lettres de lui attestent et ces préoccupations et ce juste sens de la vie.Voici l'une datée de Foix, Je 6 juillet 1854 et adressée à M.de Saubiac, député de l'Ariège."Monsieur, les vacances dernières, quand vous avez vu mon plus jeune garçon au piano, vous avez applaudi à ses dispositions naissantes et vous m'avez engagé à l'en- voyer à.Paris pour y suivre les cours de l'Ecole musique religieuse fondée par M.de Nledermeyer.Les dispositions de Gabriel se dessinant de p'us en plus, je me suis rappelé de votre bon conseil, et, aujourd'hui même, j'ai écrit à Mgr l'évoque de Pamiers et à M.Niedermeyer pour prier le premier de présenter, et le second de recevoir mon fils en qualité d'élève de cette école.Mais ecmme mes charges de familles m'interdisent en ce moment toute nouve'le dépense, j'ai d-emandé pour mon enfant, âgé à peine de neuf ans, la faveur d'une "bourse entière", au lieu d'une demi-bourse qu'on accorde ordinairement.Puisque c'est vous, Monsieur, qui en avez eu la première idée, et que je vous sais d'ailleurs tout disposé à tendre la main é un père de famille qui se préoccupe vivement de l'avenir de ses enfants, je ne crains pas de vous demander de vcir M.Niedermeyer, de lui parler de la vocation de mon fils, de sa petite intelligence, et en outre de ma position personnelle.Je voudrais bien en effet que cet enfant pût être admis dans cet établissement où rien ne serait d'ailleurs négligé pour son éducation, et je serais heureux de vous savoir pour que'que chose dans la faveur qui me serait accordée.Je vous prie d'agréer, Monsieur, avec mes remerciements et mes excuses, l'expression des sentiments distingués de votre dévoué serviteur.— FAURE." Mieux que tout autre document, cette lettre prouve avec quelle sagesse Toussaint-Honoré sut guider son fils.La première jeunesse de G.Fauré Gabriel Fauré avait quatre ans lorsqu'il vint habiter Montgauzy, où son père avait été nommé Directeur de l'école Normale des Institeurs.L'école — presque neuve alors — est un grand bâtiment rectangulaire adossé à la chapelle et pareil à une caserne : deux étages, nombreuses fenêtres toutes semblables, un grand escalier central, de vastes paliers.Rien de plus austère que cette maison, mais rien de plus enivrant que son jardin : les grandes essences d'arbres du pays y voisinent, platanes, pins et cyprès, magnolias et cèdres.Un vaste potager lui fait suite, dont la richesse nourricière est bornée par des rangées de fleurs d'agrément.Le verger, plus loin, rend chaque année le printemps plus éblouissant, quand pommiers et cerisiers sont en fleurs.Pour le recueillement d'une âme enfantine, la chapelle est là, toute proche.On célèbre le culte, l'harmonium accompagne le plain-chant, révèle la musique dans ses origines.Et tout le jour, les forges catalanes de l'Arget remplissent l'air de leur rythme.Chacune a ses notes aiguës et graves.Le vent éloigne ou rapproche cette sonorité confuse qui tient de l'homme et de la nature, sorte d'accompagnement dont le chant des oiseaux fait la mélodie.Seul et - libre, l'enfant joue à sa guise.Il n'a point de camarades, ses frères sont diéjà au Collège, les élèves sont trop grands, nul étranger ne.franchit la grille d'entrée.Sa mère est occupée aux soins de la maison, la tâche du père est lourde.Il va de la chapelle au jardin, du jardin au verger.Il regarde, il écoute.Il voit et il entend.Pas un parfum de fleur dont il ne se délecte et qui, plus tard, brusquement évoqué, ne lui rappelle le jardin enchanteur.En cinq ans, de quatre à neuf ans, toute la poésie du monde et ces choses lui est révélée.Montgauzy devient le lieu inoubliable où sa petite âme, pleine de musique informulée, pour la première fois communie avec la nature.Il se couche sur un banc, il colle son oreille contre le bois qui craque, chauffé par le soleil; il regarde fuir les fourmis, il hume les parfums de l'allée, de la terre et des plantes, il écoute battre ces forges dont il évoquera, plus tard, le rythme obsédant au début de l'Andante de son second Quatuor.De 1849 à 1854, Gabriel Fauré ne fut pas seulement conquis par le jardin ce Montgauzy.Durant l'été, on l'envoyait à Verniolle, chez sa nou-rice.Alors le vieux curé de Rieucros, village voisin, un ami de la famille, venait le chercher en carriole et l'emmenait passer deux ou trois jours dans sa cure.L'enfant était maître, l'église était à lui, le vieil homme faisait toutes ses volontés, il pouvait se croire évêque ou Pape.Un jour on vit passer la Croix dans les champs, portée par un enfant de Choeur."Qui est mort ?" interrogeait-on.C'était Gabriel Fauré, âgé de cinq ans, qui procédait solennellement à l'inhumation d'une sauterelle ! Et le bon curé n'avait pas osé refuser à cet enfant, sans doute marqué d'un signe, ni la Croix ni le petit servant.On crut alors que Gabriel Fauré deviendrait prêtre.Comment, durant les cinq années de son séjour à Montgauzy, prit-il conscience de la musique au point d'étonner dès l'âge de huit ans, nous ne le savons guère : il se forma et se révéla tout seul.La musique fut, pour lui, le prolongement de ses émotions puériles, une délectation entre d'autres.Certes, on l'enseignait bien un peu à l'école normale, il y avait un piano, et, dans la chapelle, l'harmonium dont l'enfant avait la disposition.Il n'eut pas la fabuleuse précocité de Mozart ni la jeune virtuosité de Saint- Saëns.Mais le père de Mozart était un excellent musicien et Mme Saint-Saëns rêva, à la naissanc» de son fils, d'en faire "un grand Compositeur".Rien de tel à Pamiers ni à Montgauzy.Rien que l'éveil spontané ce la musique dans la seule atmosphède sonore d'une chapelle et d'un jardin. Au début d'octobre 1854, Toussaint Fauré conduisit Gabriel à Paris.Le père et le fils prennent la diligence à Foix, qui les mène jusqu'à Toulouse.De Toulouse, par étapes, ils gagnent Châteauroux où le train, création nouvelle, les attend.Après deux jours et demi ou trois jours de route, ils atteignent Paris.Voici le faubourg de la gare, laid et triste.Il faut traverser toute la ville pour trouver, à deux pas de la barrière Blanche, 10, rue Neuve Fontaine Saint-Georges, aujourd'hui rue Fromentin, l'Ecole de Musique religieuse, modeste bâtiment, adossé au mur d'enceinte qui domine le boulevard de Clichy.Aux yeux d'un enfant de neuf ans, M.Niedermeyer semble à la fois paternel et terrible.En vérité il s'intéresse très sérieusement à Gabriel.Grâce à lui, grâce à M.de Saubiac, les difficultés matérielles ont été réduites à rien, l'éducation du dernier-né ne sera pas une charge pour le père.Celui-ci est entièrement rassuré dans sa sagesse.Il n'imagine pas un instant que son petit garçon puisse devenir un grand musicien, mais il trouve juste de cultiver ses dons, de l'orienter vers une carrière conforme à ses goûts.Il sait que l'Ecole Niedermeyer assure à la presque totalité de ses élèves, un poste de Maître de Chapelle ou d'Organiste.C'est une position honorable qui permet de bien vivre en donnant des leçons.En cas d'échec, l'enfant ne sera pas démuni.Outre l'éducation musicale, il recevra à l'école une instruction générale assez complète : histoire, géographie, littérature, latin.Musicien ou non, M.Niedermeyer fera de lui un homme cultivé.Le père s'en va, la larme à l'oeil quand même, et le petit Gabriel est tout surpris de se trouver sous un ciel gris, dans un grand bâtiment noir où l'on a froid, loin du beau jardin de Montgauzy, loin de ses parents.Son trousseau d'enfant est modeste, il comprend : une tunique qui vaut 33 francs, deux blouses de laine et deux en étoffe d'été, deux pantalons de drap, deux casquettes, deux paires de souliers (pour 14 francs), six chemises, douze mouchoirs, trois cols, douze paires c'e bas de "coton bleu mélangé" qui valent en tout 20 francs, et trois bonnets de coton.C'est à peu près tout.A l'école la vie matérielle est dure et l'on travaille ferme.Un soir d'hiver, le lit de l'enfant, placé devant une fenêtre, est entièrement trempé par la pluie.Sans se plaindre il se couche quand même.Toute sa vie d'ailleurs, Gabriel Fauré se montrera presque fataliste quand son seul intérêt est en jeu.Il dédaignera la ilutte pour un objet indigne, les querelles d'affaires.Passionné pour une cause qui le dépasse il ne protestera qu'à regret contre l'injustict ou la grossièreté qui l'atteint seul.A toute chose il préfère le travail et au travail lia rêverie.Enfant docile, il subit sans un mot les brimades de ses camarades qui le couchent sur un banc et jouent à s'asseoir sur son visage jusqu'à lui briser les cartilages, du nez.Un jour que M.Niedermeyer l'a justement grondé, on l'enferme entre deux portes qui séparent la chambre du Directeur de la pièce où il travaille : c'est le cabinet noir de l'école.L'enfant, condamné au pain sec, ne proteste pas : il s'endort.Si intéressant qu'il soit, ses notes sont souvent mauvaises.L'arrière rpetite-fille de Niedermeyer nous a confié un carnet du vieux Maître où Je travail du petit Gabriel Fauré est apprécié au jour le jour.On y lit souvent: "mal, passable, très mauvais, assez bien." Gardons-nous cependant de conclure que, pour devenir un bon musicien, il faut un être mauvais élève.Gabriel Fauré a conservé ses "Livres de Prix" de l'école Niedermeyer.Nous y trouvons : Judas Macchabée de Hândel, Pirix unique de Solfège, 1857.Les sept paroles, Oratirio de Haydn, 2e Prix ex aequo d'Harmonie, 1860.Les Concertos de Field, 1er Prix de Piano, 1860.Un recueil d'oeuvre de Bach, Prix d'excellence ex aequo pour le piano, 1862, enfin les partitions d'orchestre de Don Juan et de La Flûte Enchantée, 1er Prix de Composition Musicale, 1865.Au fil des jours, en dépit de tout, Gabriel Fauré ne gardera pas de l'Ecole Niedermeyer un souvenir sombre, bien au contraire.Son caractère s'y assouplit, il acquiert une étonnante faculté de travailler n'importe où, d'ignorer le monde, de s'enclore en soi.Ne sont-ils pas parfois quinze élèves occupés à étudier quinze morceaux différents, sur quinze pianos, dans la même salle?Prodigieux exercice d'isolement mental qui ne peut manquer de porter ses fruits.En 1861, M.Niedermeyer meurt.Gabriel Fauré l'a eu sept ans pour maître, il ne l'oubliera jamais.Nie-demeyer a été son véritable éducateur et, artistiquement, l'homme exemplaire qui voit dans l'exercice de la musique un sacerdoce et en enseigne le respect.La sévère figure de Niedermeyer illumine en vérité l'adolescence de Gabriel Fauré.Ce n'est pas tout : il a quinze ans quand Saint-Saëns est nommé professeur à l'Ecole.Saint-Saëns a vingt-cinq ans.Sa jeune carrière est éblouissante.Il émerveille, il Montréal, Novembre 1930 enthousiasme, et voilà que ce maître extraordinaire semble aussi bien un camarade.Gabriel Fauré se lie enfin d'une étroite amitié avec Gigout, son camarade d'âge, avec André Messager, son cadet.Et puis il apprend, par-dessus tout, la joie d'être jeune."En matière d'espièglerie, a-t-il raconté, nous possédions l'esprit inventif de tous les écoliers, et comme tous les écoliers, nous étions susceptibles d'irrévérence, non seulement envers les surveillants de clas&3, souffre-douleurs donnée par la nature, mais aussi envers certains professeurs, notamment envers Dietseh, à qui était advenu l'extraordinaire aventure d'écrire une partition du Vaisseau-Fantôme sur le propre livret de Richard Wagner.Dans un ordre d'idée plus fantaisiste, nous savions nous donner parfois le divertissement de copieux charivaris.Notre orchestre était composé de quatre pianos, de deux violons, de plusieurs paires de pincettes, de pelles, de seaux à charbon, du couvercle d'un poêle en fonte et d'un escalier en bois de trois ¦marche que nous avions dressé verticalement.Dans une école de musique religieuse, n'est-ce point déjà la divination du Jazz?Quand arrive l'été, Gabriel Fauré regagne l'Ariège.En 1855, à dix ans, il revient tout seul, avec un mince baluchon et une grande poupée pour sa petite nièce.Il s'endort, couché sur le ventre.Sa culotte est trouée.En traversant le pont de Bordeaux ¦un gendarme, pour le réveiller, applique le plat de son sabre sur le trou de la culotte.L'enfant bondit, voit la Garonne et associe à l'image de Bordeaux la sensation d'un, froid glacial.Puis, toujours seul, il quitte le train, prend le bateau qui le conduit à Agen où il trouve la diligence de Toulouse.A Montgauzy il est fêté comme il convient, c'est-à-drie sans rien d'excessif.A-t-il fait des progrès?Oui.Décidément, il sera musicien.Sa nourrice, venue un jour, l'écoute émerveillés et désolée: "Moi qui pensais qu'il serait Evêque!" gémit-elle.Lies années suivantes on le met à contribution de plus en plus.U fait plaisir.Tout de même on est assez fier de lui.On le supplie de jouer et de chanter, surtout de chanter Le Lac ce qui le fait mourir de confusion, et à quatorze ans, d'efforts en efforts, il se brise la voix.Peu à peu, à Paris, les grands enthousiasmes le prennent, son goût s'est formé et ses opinions sur les Maâtres changeront peu désormais.(suite à la page 13) Spinning Song. GABRIEL FAURE (suite de la page 12) Il connaît parfaitement l'histoire de notre art religieux ; il vit en communion avec les classiques français et allemands; il joue Bach, Mozart, Beethoven, Schumann, Mendelssohn.La musique "l'imprègne", il y vit "comme dans un bain", elle le pénètre "par tous les pores".Un jour il veut entendre Faust avec son camarade Gigout.Mais l'école ferme de bonne heure ses portes et les représentations de l'Opéra finissent tard.Tant pis, les jeunes gens ne se coucheront pas.Ils cèdent à leur dévorante envie.A minuit, les voici errants sur le pavé de Paris, ivres de musique, heureux et gelés, car ils ont dépensé toutes leurs économies à l'achat de deux modestes places, et ils.vont droit devant eux, comme des pauvres, de l'Opéra aux Halles, des Halles à la Madeleine.A cinq heures et demie enfin, les portes de Saint-Louis d'Antin s'ouvrent pour la première Messe.Ils le savent, et viennent chercher refuge dans cette Eglise où il leur est tout de même permis de somnoler deux heures, assis sur une chaise.De toutes ses compositions d'essai faites à l'école, trois subsistent sans remaniement dans l'oeuvre de Gabriel Fauré: Le pavillon et la fleur, le Cantique de Racine, et une Fugue dont T'expose thématique rappelle le ton et la manière de Bach et qui figure dans la suite de Pièces brèves publiée en 1905.L'adolescence En 1865 Gabriel Fauré quitte l'école Niedermeyer.Il a vingt ans.Successivement i sera nommé : organiste à l'église Saint-Sauveur de Rennes (1866), organiste accompagnateur à Notre-Dame de Clignan-court (mars 1870), organiste à Saint-Honoré d'Eylau après l'armistice, puis organiste de la Maîtrise de Saint-Sùlpice, enfin au mois d'avril de 1877, Maître de Chapelle à la Madeleine.Telle est, du point de vue matériel, la trame de sa carrière durant les vingt premières années de sa vie active.Ces vingt années, qui nous mènent jusqu'à la mort de Toussaint Fauré, en 1885, constituent une sorte d'étape, de jeunesse artistique assez nettement définie.Riche période; elle nous vaut une vingtaine de mélodies, la Sonate en La, les deux Quatuors pour piano et cordes, le Premier Nocturne, deux Barcarolles, trois Romances sans paroles, la Berceuse, trois Impromptus.L'orientation de Gabriel Fauré est claire: il aime la musique pour la musique, il n'admet pas.qu'on l'asservisse à des fins déterminées.Il fait oeuvre autour de ce qu'il entend.Ci-t après-midi j ai vu passer et j'ai pris aux cheveux quelque chose qui aurait pu ressembler à une Romance pour v olon, écrit-il à Marianne Viardot en 1S77, j'ai tiré trop fort, une fausse natte est restés dans mes ma'ns.Si le quelque chose en question vient la réclamer demain, quel qu il so t, j2 l'appréhende et vous l'apporte à Bougival.Sous une formehumoristique, il exprime cette loi de sa vie : ne jamais écrire pour le plaisir, par facilité ou par habilité.N'écrire que ce qui s'impose, ce que l'on entend en soi.Pourtant il est juste de faire effort, de tendre l'oreille, de vaincre la paresse naturelle à l'homme, son penchant à se disperser.L'inspiration est une sorte de chant intérieur, ou d'audition mystérieuse.Pour Gabriel Fauré, elle est en quelque sorte constante, elle ne frappe point comme la foudre, à tel moment.Fauré pense sans cesse de la musique ; mais cette musique est confuse, il faut la saisir, lui donner une substance, une réalité mélodique et harmonique.C'est le travail du compositeur.Le mot "Inspiration" avec majuscule le fait sourire.On écrit ce qu'on pense clairement.On cherche à rendre claire la pensée qui rôde, parce que c'est une nécessité.Tant qu'une pensée ne s'impose pas: se taire.Pas de littérature.Son Premier Quatuor lui donne tant de peine qu'il en refait le finale tout entier.C'est une effusion constante.Gabriel Fauré assouplit, vivifie, à sa manière l'ordonnance thématique traditionnelle.Pourtant, sauf dans ses compositions pour le piano, il n'y renoncera jamais.Dans le domaine de la "Mélodie", Gabriel Fauré ne tarde pas à découvrir sa véritable route.Les Matelots, Dam les ruines d'ime Abbaye, Seide, d'une expression pourtant si grave, la déchirante Chanson du.pêcheur, procèdent encore de la Romance par le parallélisme des périodes, par la structure.Au.style de la" Romance se rattache aussi l'adorable duo: "Puisqu'ici-bas toute âme." pudiquement dédié à Mme Chamerot et à Mlle Marianne Viardot, sa soeur.Mais il déborde du plus, frais, du plus confiant amour, jeune comme l'aurore, ivre d'innocence, tel que les vers du poète — jeune aussi — le murmurent.C'est avec Chant d'Automne, L'absent — si rarement chantés — Au bord de l'eaat, que Gabriel.Fauré affirme sa libre conception de la mé- 13 lodie, synthèse lyrique, mariage du met et de la note.Lzô pÂEcipihs amitiés de Fauré De 1865 à 1885, la vie de Gabriel Fauré est toute remplis par les plus chaleureuses amitiés.Celle de Saint-Saëns, celle de Gigout, celle de Mesa-ger, celle de Romain Bussine, d:Henry Duparc, plus tard celle, très étroite aussi, de Vincent d'Indy.Saint-Saëns.est pour Gabriel Fauré (le camarade spirituel et le guide; il l'appelle "mon gros chat" ou "insupportable animal", mais il le conseille et l'encourage pas à pas.Saint-Saëns est alors le chef de toute une génération de musiciens qui l'égaleront, le dépasseront même, sans jamais le renier, comme, injustement, on le renie aujourd'hui.En 1877, c'est avsc Saint-Saëns que Gabriel Fauré se rend à Weimar, où par les soins de Franz Liszt, Samson et Dalila, refusé par l'Opéra de Paris, va être enfin créé.Tous, deux ils vont visiter Liszt.Quand il se trouve davant le merveilleux vieillard, Gabriel Fauré devient pâle et se met à trembler.C'est presqu'en balbutiant qu'il lui présente sa Ballade, primitivement écrite pour piano seul.Liszt s'assied devant l'instrument, il feuillette l'ouvrage, joue les deux premières pages ; mais sa vue baisse et ses doigts sont rebelles.Il s'arrête et dit mélancoliquement : "C'est trop difficile." Puis il félicite Gabriel Fauré et, peu de jours après, lui remet sa photographie avec cette déci-dacs: "A Gabriel Fauré: haute estime et affectueux dévouement.Franz Liszt." C'est Saint-Saëns encore qui, vers 1872, conduit Fauré chez les Viardot.Il n'est pas de milieu plus .séduisant peur le jeune homme : la musique y est souveraine, mais on n'y' parle pas que musique.Auprès de Pauline Viardot, en pleins gloire, on trouve Ivan Tourgueneff, non moins illustre.Leur double rayonnement attire musiciens et litterateurs qui se pressent, l'hiver rus de Douai, l'été aux "Frênes", à Bougival.Le salon de Mme Viardot n'a nullement la gravité d'un quelconque salon musical et littéraire.On fait de la musique, beaucoup de musique.Mme Viardot chante, ainsi que ses filles, admirablement formées à son école; l'aînée est même compositeur, elle écrit des Ouvertures.Paul, le fils Viardot, est un excellent violoniste à qui Gabriel Fauré dédie fraternellement sa première sonate.Et puis SaintSaëns présente ses compositions, Léonard est là, et tout ce que l'Opéra compte de plus reluisant 14 Montréal, Novembre 1930 comme chanteurs et chanteuses défile devant la glorieuse soeur de la Mali-bran.Marianne Viardot Malheureusement, en entrant dans la maison des Viardot, Gabriel Fauré s'est épris secrètement mais dévo-tieusem-ent de Marianne, la cadette, sans doute adorable, et qui chante comme ne peut manquer de chanter une Viardot.Durant quatre ans il l'assiège, doucement, silencieusement, fiévreusement enfin.Elle se dérobe sans le repousser.Elle l'estime et elle se défie.Est-ce de son caractère exclusif, de ses sentiments dont l'ardeur l'étonné?Est-ce de son talent ou de sa carrière?Les hésitations de Marianne Viardot mettent Gabriel Fauré au désespoir.Lorsqu'il vient rue de Douai, la maison prend pour |ui "le sombre aspect du Sphinx" et il est dévoré par l'angoisse.Ah ! s'il consentait seulement à composer un Opéra, comme il gagnerait aux yeux de tous ! Mais lui n'entend pas céder.Il n'écrira jamais que selon sa pensée.On a beau le tenter, lui offrir des livrets passables, il les trouve stu-pides et retourne à sa musique "de chambre", libre musique qui ne doit ce soumettre qu'aux lois du bon sens et de la clarté.Enfin Marianne Viardot dit oui.A da veille de se séparer pour les vacances, en 1877, elle accepte Gabriel Fauré pour fiancé.Le voici transporté de joie et de reconnaissance.Lui, n'est rien, il s'agenouille davant elle ; son amour est un culte, une adoration; toutes grâces viennent d'elle.De Cauterets, où il est obligé de faire une saison, i'I lui écrit trente-cinq lettres, une au moins, souvent deux par jour.Après la rupture, elles reviennent entre ses mains ; il les garde, sans doute comme un témoignage de lui-même qu'il répugne à détruire.Et puis, elles demeurent toute sa vie chez lui, petit paquet ficelé, mêlé à tous 'les, papiers, à toutes les correspondances désordonnées de sa jeunesse.A première lecture, ces lettres peuvent paraître manquer de passion, si l'on entend que la passion suscite nécessairement le ton du désir et de la volupté; elles sont souvent enjouées, pittoresques.Gabriel Fauré conte à sa "bien-aimée" Marianne les détails de sa vie quotidienne.Il Ile fait avec esprit, comme pour la distraire, pour l'amuser.Il ne recule ni devant le récit d'un rêve saugrenu où le facteur de Luc-sur-Mer, séjour de Marianne, lui annonce, tout en (larmes, "qu'elle vient d'épouser l'Archevêque de Paris!" ni devant le compte - rendu d'une soirée aux "Frênes" — il est revenu avant elle —¦ où certaine plaisanterie sur le "clysopompe" semble assez rude.S'il l'embrasse, c'est "sur le bout de ses doigts" qu'il adore, c'est "le bout de son oreille", et il la remercie " de la part de mes joues gonflées de joie et d'orgueil sous la douce pression de vos lèvres!" Il y a dans tout cela un ton d'innocence surprenant chez un homme de trente-deux ans.Mais qu'on ne s'y trompe pas: Gabriel Fauré, toute sa vie, sera la pudeur même.A quoi bon nommer ce qui est si nécessairement humain que nul n'en peut douter?Certes, il n'a rien d'un ascète, mais il voudrait pouvoir tout transporter au-dessus du plan phylsique qui n'est pas très beau, et puis, en somme, les choses du coeur comptent seules.Considérées du point de vue du coeur, les lettres à Marianne Viardot apparaissent les plus passionnées du monde.Le soin d'amuser la bien-aimée ne cache que bien mai une adoration sans réserve, une joie folle de tout ce qui vient d'elle et aussi une anxiété perpétuelle."Depuis quatre ans, lui dit-il, je n'ai ipas acheté un livre sans le désir que vous puissiez le 'lire un jour.Je voudrais bien que vous soyez contente de mon choix." Minuscule souci qui pourtant trahit parmi beaucoup d'autres, à peine avoués, l'insécurité de son coeur.En somme il remercie à genoux Marianne Viardot de l'incomparable grâce qu'elle daigne lui faire.Répond-elle à ses sentiments selon la mesure d'un tel amour?On en peut douter, et c'est là sans doute ce qui le rend parfois susceptible et ombrageux jusqu'à paraître insupportable.Certes, Gabriel Fauré a eu des "alliés" auprès de Marianne: sa soeur aînée, "la prodigieuse Muse des Frênes", et Mme Chamerot, et Tourgueneff qu'il appelle "notre bon parrain", peut-être Pauline Viardot elle-même.Celle-ci lui témoigne en tous cas les sentiments les plus maternels, elle le presse d'être heureux et confiant."Pensez que nous vous aimons tons dans la famille et que vous êtes dès à présent nôtre", lui écrit-elle à Cauterets.EWe n'ajoute pas cependant: "Soyez sûr que Marianne vous aime comme vous l'aimez." La rupture suivit de peu ce radieux été, et le désespoirs de Gabriel Fauré fut tel qu'il lui fallut des mois, des années peut-être, poiur le dominer.Plus tard, Gabriel Fauré, songeant à ce lointain passé disait: "Cette rupture ne fut peut-être pas un mal pour moi car, dans la chère maison des Viardot, on serait parvenu à me détourner d-e ma vole»" En 1883 Toussaint Fauré écrivait à Frémiet : "Monsieur, Mon ifflls Gabriel m'apprend qu'il y a projet 'de mariage entre Mademoiselle votre fille et lui, et en m'annonçant ° cette bonne nouvelle il me parte en termes ,si chaleureux de son bonheur de- pouvoir s'allier à une famille comme la vôtre, que je ne puis que m'applaudir moi-même de la perspective d'une telle union pour le plus jeune 'de me® enfants qui m'est bien cher.Mademoiselle Frémiet appartient à un père qui compte parmi les notabilités artistiques les plus mar/quanta® de notre époque, à une mère qui a su cultiver et développer en elle toutes les m'eilteuT^^^ I a o u n o D Mistral craint que la préoccupation de me recevoir ne soit pour elle une fatigue."Je la connais, me disait-il, "elle se mettra en quatre, se trouvera "toujours en dessous de ce qu'elle "voudrait faire pour vous, et elle est "capable d'en faire une maladie." Ce fut alors que Gounod loua à Saint-Rémy.un appartement au second étage de 1 hôtel de la Ville-Verte, que lui avait choisi l'organiste de l'endroit.litis, en même temps directeur de l'orphéon "l'Echo des Al-pilles".Courant la campagne, un carnet de notes à la main, Gounod qui, d'après une brochure récente, se faisait appeler, non pas, "M Charles", mais M.Pépin, — "Pépin le Bref, parce qu'il parlait peu", — fut longtemps pris pour un peintre.Mais l'incognito ne put durer : on sut bientôt qui était M.Charles, ou M.Pépin, qui toucha l'orgue de l'église paroissiale de Saint-Rémy, les dimanches de Lcatare et de Pâques.11 se fixa le 23 mars à Saint-Rémy."Le temps a été superbe; le soleil a coloré de ses plus belles teint i s In campagne et les montagnes qui en bnniint l'horizon : c'était pur comme Mireille.", écrit-il.le 25, à sa femme, et, le même jour, s'adressant à un ami : "Me voilà installé— Mon piano va m'arriver de Nîmes aujourd'hui — Je suis tout à Mireille — je suis très bien ici pour ma pensée.Ma vue est splendide : il n'y a personne dans la maison; c'est la tran- 20 la partition de Mireille avance rapidement."Dans quinze jours, si cela continue à marcher ainsi, je pourrai, sans aucun préjudice pour mon oeuvre, recevoir ici ma femme et mon fils : une fois que mes idées sont trouvées,'je ne crains pas d'être distrait par la présence des êtres que j'aime; au contraire, cela me fait du bien de les avoir auprès de moi." A la fin du mois, Mme Gounod et son fils arrivaient à Saint-Rémy.Vers le milieu ce mai, le troisième acte est fait, sauf la fin de la scène du Passeur.Gounod retarde son départ jusqu'après la fête des Saintes-Mariés, à laquelle il tient à assister, et c'est sous l'émotion profonde qu'il en a ressenti qu'il se prépare à rentrer à Paris- Le 26, un banquet lui était offert par les Saint-Remigeois.Mistral porta, en provençal, un "brinde" en vers à son collaborateur.Ensuite, Gounod, au siège de l'Echo des Alpiiles, donnait, au moyen d'un vieil harmonium, la primeur de son oeuvre aux compatriotes du poète.Le vendredi suivant, 29 mai, il débarquait à Paris, où l'attendait son éditeur Choudens, son directeur Car-valho, et la perspective d'un prochain voyage à Londres, où se préparait l'exécution de Faust, avec Tamberlick et Mme Carvalho.On commençait à parler de Mireille comme devant succéder aux Troyens de Berlioz.Il ne fallut pas moins de six mois pour monter l'oeuvre nouvelle : instruit par l'expérience, Gounod se refusait à rien supprimer de la partition, notamment le tableau du Rhône, qui ne devait pas réussir, en effet, devant les premiers auditeurs.Il faillit un moment retirer sa pièce à Carvailho; mais la vieille amitié qui unissait le directeur du Théâtre-Lyrique et son auteur aplanit les difficultés.Gounod ajoutait une ariette au premier acte pour Mme Carvalho, réfaisait le duo des deux hommes, au troisième ; allongeait, rétranchait, faisait répéter le ténor Michot chez Guillot de Sainbris, travaillait "à force", selon son expression.En mars, :les journaux purent annoncer la première prochaine, et la Gazette musicale du 10 donnait la distribution : "Mmes Cravalho, Faure-Lefebvre, MM.Ismaël, Morini et Petit rempliront les principaux rôles." Mireille parut sur la scène du Théâtre-Lyrique, cinq ans, jour pour jour, après Faust, le 19 mars 1864.Réflexions faites par Gawnd, notées par le journaliste, M.Eugène Brieux."—La sainteté.C'est une dia- Montréal, Novembre 1930 "phanéité précéleste." "—Oui.expUique-t-il, c'est un "goût de l'immatérialité de la vie "future." "Dieu aime ceux qu'il admet à la "souffrance." "Les enfants, ce sont les roses clu "jardin de la vie." "Etre professeur, c'est donner la "chair de sa chair à des inconnus qui "ne voient pas le sacrifice et se mo-"quent ce votre façon de vous sacrifier." "Les artistes sont des hommes à "qui Dieu a donné un pouvoir visuel "plus grands.Ils voient plus d'in-"fini que les autres." "— Oh ! s'écrie-t-il, donner l'oeu-"vre de son cerveau et de son coeur."la confier à des êtres qui gagnent "de l'argent à vous déchiqueter, à "l'avilir, à la déshonorer !.Mais "c'est mon enfant que vous torturez, "misérables ! Mais prenez-moi, gi-"flez-moi, arrachez-moi la barbe."moi, ce n'est rien.Mais l'oeuvre, '^'oeuvre !.Quoi ! je vous donne "ceci et c'est cela que vous faites voir "au public ?.Mais vous me calom-"niez.c'est de la diffamation."Ce n'est pas cela, ce que j'ai fait."Vous êtes des faussaires méchants! "Et après avoir réfléchi : " — La représentation, c'est un crucifiement." Le dimanche 15 octobre 1893, il avait, comme de coutume, entendu la messe à l'église de Saint-Cloud, dont M.Busser, son dernier disciple, était l'organiste.L'après-midi, il donnait queflques conseils au jeune musicien pour la réduction de son Requiem, et, celui-ci parti, il se mettait à jouer aux dominos avec sa femme.La pipe de terre à la bouche, selon son habitude, soudain, il se lève, va au pupitre où était restée ouverte la partition du Requiem, dont il veut probablement relire une page.On le voit se pencher sur le pupitre et rester immobile.On s'approche; il chancelle et s'affaisse 'dans les bras de sa fille."Qu'est-ce que c'est ?." murmura-t-il.Ce furent ses dernières paroles.Transporté sur son lit, Gounod resta deux jours dans le coma- Le mardi, 17 octobre 1893, il expirait à six heures vingt-cinq clu matin.Mme Gounod, MM.Jean Gounod, G.Dubufe, M.et Mme Pierre de Lassus entouraient le lit mortuaire.La nouvelle aussitôt connue, M.Belmontet, maire de Saint-Cloud, le général et Mme Garnier, MM.Paul Viradot, Lenepveu, Raoul Canivet, Dubulle, Lebeau, Duvernoy, Gustave Roger, Carvalho, Ernest Reyer, Alexandre Dumas, Saint-Saëns, accouru- quillité même, et je passerais là ma vie si j'y avais ceux que j'aime.Oh! que je comprends Mistral de rester-dans ce paradis de la vie champêtre et ne point changer les richesses de la paix pour la pauvreté et la misère de l'agitation ! Ma fenêtre est ouverte; le ciel est d'azur; je n'entends qu'un roucoulement de pigeons dans la coicr; au reste le silence du cloître.Six semaines de ce recueillement-là Mireille sera dans le sac.Ce lieu est beau et pur comme l'Italie : c'est l'Italie de la France et j'ai bien fait de m'y fixer.Rappelant trente ans plus tard, ce séjour au pays de Mireille, Gounod s'attendrissait au souvenir des deux mois qu'il avait vécu: : "Ah ! Mireille, quel radieux souvenir de mon existence !.J'ai composé Mireille dans le cadre même où Mistral l'a immortalisée.Je revois encore, devant moi, les dentelures bleuâtres des Alpiiles, puis Saint-Rémy et Maillane.Maillane, surtout, patrie de Mistral et pays des blondes Mireilles ! C'est là-bas que la partition de Mireille a vu le jour.Mistral était venu m'attendre à la gare de Saint-Rémy, d'où nous partîmes tous deux en voiture pour Maillane.Ah ! le, joli endroit, le délicieux coin de paysage que ce petit pays que les touristes n'ont point encore contaminé de leur présence.J'ai vécu là-bas près cle deux mois, juste le temps qu'il m'a fallu pour écrire Mireille."Levé avant l'aube, je me promenais dans les sentiers ombreux, écoutant les chansons ces oiseaux du bon Dieu, heureux, ravi de me trouver dans cet Eden parfumé, et parfois rencontrant sur mon chemin quelque fé,ê provençale, aux yeux langoureux, qiji me jetait en souriant un "bonjour, monsieur".J'étais littéralement grisé de joie; les motifs me venaient à l'esprit comme des vols de papillon, je n'avais qu'à étendre le bras pour les attraper." En effet, huit jours à peine après son installation à Saint-Rémy, Gounod avait déjà fait entendre à son poète le duo "Oh c'Vincent !"' et trouvé, l'ariette du 4e acte : "Heureux, petit berger- !" puis la scène des moissonneurs (qui a disparu depuis de la partition), et tout le final du second acte.La paix, le calme, 3a tranquillité ces mots reviennent à chaque instant dans les lettres ce Provence que Gounod adresse à sa famille et à ses amis.Aussi, dans cette atmosphère,.presque antique, — dans ce pays "beau comme l'Italie" qu'il aimait tant, dont il eut, comme son père, la nostalgie,— Montréal.Novembre 1930 21 rent à la villa Zimmermann, présenter leurs condoléances à la famille du maitre.Les télégrammes du ministre de 1 Instruction publique, de M.Poincaré, de la reine d'Angleterre, ces directeurs de l'Opéra, de toutes les grandes institutions musicales étrangères s'amoncelèrent de minute en minute, apportant de tous les points du monde des témoignages de sympathie et de regrets.Au milieu des fêtes franco-russes qui avaient lieu au même moment, à Paris, les obsèques nationales du compositeur revêtirent une grandeur encore plus solennelle.Le corps avait été transporté en l'hôtel du boulevard Mali'sherlus, où il resta i-\)">.-plusieurs jours.Le 27 octobre seulement, les funérailles reigieuses furent faites à l'église de la Madeleine.Selon la demande formelle du maître, on ne chanta qu'une messe en plain-chant.qui fut célébrée devant toutes les sommités artistiques de Paris.Pendant le cortège, les cordons du poêle étaient tenus par le ministre, Ambroise Thomas.Reyer, Bertrand, de l'Opéra.Gérôme.Sardou.Barbier et Carvalho.Après la cérémonie religieuse, des discours furent prononcés sous le péristyle de l'église, par le ministre, par M Poincaré, Gérôme, Jules Barbier, Ambroise Thomas, MM.Saint-Saëns Gailhard et Laurent de Rillé.Puis le cortège se dirigea lentement vers le cimetière d'Auteuil, où il arriva à quatre heures du soir.Le corps descendu dans le tombeau des familles Gounod et Pigny, les ceux cents personnes qui l'avaient accompagné, ayant défilé une dernière fois devant le monument, se dispersèrent très émues.(Extraits de "La vie de Gounod" par J.G.Prod'homme et A.Dan-delot.) PROF.J.J.GOULET I.IIUréltt «1)1 i r.II.11.- 11.¦ .i.1 .If Mn-i.jll.- .I i.légr.Balgtqw Professeur au Mont-Salnt-Louls
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