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La presse
La Presse est un grand quotidien montréalais publié depuis 1884. L'influence des journalistes de La Presse s'étend aujourd'hui au-delà du lectorat du journal et plusieurs d'entre eux sont invités à commenter l'actualité dans d'autres médias. [...]

La Presse est un grand quotidien montréalais publié depuis 1884. Très rapidement, le journal se présente comme un quotidien d'information indépendant et abordable pour la population ouvrière. Il veut se démarquer des journaux d'opinion, organes de partis politiques, qui sont fort courants à l'époque.

Sa fondation résulte d'une rivalité entre deux factions du Parti conservateur fédéral. William Edmond Blumhart, secrétaire et gendre de l'important homme d'affaires Louis-Adélard Senécal, affilié au clan du conservateur Joseph-Adolphe Chapleau, lance La Presse pour concurrencer le journal Le Monde qui appuie le premier ministre John Alexander MacDonald.

Un quotidien nommé Le Nouveau Monde voit d'abord le jour à la mi-octobre 1884. Après la publication de quatre numéros, il change de nom pour La Presse. Le premier numéro du journal est publié le 20 octobre 1884.

Le succès de La Presse est rapide, mais le journal est un gouffre financier. Après quelques changements de mains, il est racheté en 1889 par Trefflé Berthiaume, typographe à La Minerve. La modernisation du journal, entre autres avec l'intégration d'illustrations aux faits divers et l'impression par linotypes, permet de rendre l'entreprise rentable.

Trefflé Berthiaume sera à la tête de La Presse de 1889 à 1904 et de 1906 à 1915, année de sa mort. Arthur Berthiaume, son fils, prend alors en charge le journal. Trefflé Berthiaume lui a légué la propriété du journal qui, selon une clause testamentaire, devra appartenir à ses descendants pendant plusieurs générations. Nombre de disputes familiales éclateront dans les décennies suivantes, jusqu'à l'achat de La Presse par Paul Desmarais en 1967.

En 1913, le tirage de La Presse atteint déjà 121 000 exemplaires. Il augmente jusqu'au début des années 1960, alors qu'il atteint près de 300 000 exemplaires.

Une grève des employés et des cadres du journal éclate en 1958. Jean-Louis Gagnon, alors journaliste fort réputé, est appelé pour réinstaurer un climat de confiance. Il introduit la signature des journalistes au bas des éditoriaux et au début des reportages, ce qui permet la reconnaissance et le vedettariat des journalistes.

À partir de cette époque charnière, les postes de responsabilité éditoriale sont attribués à des journalistes renommés dont Gérard Pelletier, Roger Champoux, Jean-Paul Desbiens, Roger Lemelin, Jean-Guy Dubuc, Vincent Prince, Alain Dubuc et André Pratte.

En 1964, une autre grève, qui dégénère en lock-out, bénéficie à Pierre Péladeau, qui profite des événements pour lancer le Journal de Montréal. En 1971 et 1972, La Presse connaît un long lock-out qui lui fait perdre des lecteurs au profit du Journal de Montréal et du Montréal-Matin. Le tirage de La Presse passe de 285 000 en 1962 à 203 000 en 1966, puis à 165 000 en 1975.

Le tirage du journal atteint toutefois de nouveau des chiffres impressionnants dans les années 1980 (plus de 300 000 pour l'édition du samedi), chiffres qui sont près de se maintenir au début du XXIe siècle.

La Presse s'est rapidement imposée par la qualité de ses illustrations. Quelques grands illustrateurs et caricaturistes y ont d'ailleurs fait carrière : Albert-Samuel Brodeur, Georges Latour, Albéric Bourgeois, Pierre Dorion, Roland Berthiaume (Berthio), Jean-Pierre Girerd et Serge Chapleau. Les photographies de Conrad Poirier et d'Antoine Desilets ont aussi illustré les pages de La Presse.

L'influence des journalistes de La Presse s'étend au-delà du lectorat du journal et plusieurs d'entre eux sont invités à commenter l'actualité dans d'autres médias.

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La Presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1977, vol. III, p. 112-118.

FELTEAU, Cyrille, Histoire de La Presse, Montréal, La Presse, 1983-1984, 2 vol.

Éditeur :
  • Montréal :[La presse],1884-2017
Contenu spécifique :
P. Plus: Lectures
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Nouveau monde (1884)
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La presse, 2008-03-02, Collections de BAnQ.

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[" SÉRIE/VOYAGE EN CHINE AU CANADA GRANDS REPORTAGES, ANALYSES, LIVRES /LECTURES PLUS Vancouver n'a peut-être pas la plus grande population chinoise au Canada, mais comme 40% des résidants sont originaires de la patrie de Mao, c'est incontestablement la plus chinoise des villes canadiennes.Quelques mois avant les Jeux olympiques de Pékin, notre chroniqueuse Marie-Claude Lortie est partie à la découverte du visage chinois du Canada, et nous parle aujourd'hui de cette ville de la côte ouest façonnée par une immigration trans-pacifique démarrée il y a un siècle et demi.Et elle termine son périple à Montréal, où la communauté chinoise, plus petite, est néanmoins plus vivante que jamais.À LIRE EN PAGES 2À5 VANCOUVER PHOTOMONTAGE PHILIPPE TARDIF, LA PRESSE ENTREVUE L'ULTIMATUM DE VLB PAGES 8 ET 9 < Victor-Lévy Beaulieu QUAND TOUTE LA VILLE EST CHINE VOYAGE EN CHINE AU CANADA/VANCOUVER MARIE-CLAUDE LORTIE VANCOUVER VANCOUVER «Au lieu de dire à quelqu'un \u201ccomment vas-tu ?\u201d, on lui demande \u201cas-tu mangé?\u201d» LES CHINOIS NE SONT PAS ARRIVÉS EN COLOMBIE-BRITANNIQUE.ILS Y SONT DEPUIS LE DÉBUT.PHOTO ALAIN-PIERRE HOVASSE, COLLABORATION SPÉCIALE Au Aberdeen Center à Richmond \u2014 banlieue où plus de la moitié de la population est chinoise \u2014, on est loin des quartiers chinois traditionnels.Place aux cellulaires, aux services financiers et aux chaînes d'articles de décoration ou de vêtements asiatiques hyper contemporains.PHOTO ALAIN-PIERRE HOVASSE, COLLABORATION SPÉCIALE Marchand de produits séchés chinois traditionnels dans le Chinatown.VANCOUVER \u2014 Je suis dans un restaurant branché, après un repas asiatique moderne particulièrement allumé.Arrive le chef, Ryan Mah, 29 ans.\u2014 Vous avez aimé?\u2014 J'ai adoré le daikon poché au crabe.Et les dumplings.\u2014 Ah oui?Tant mieux.Parce que je viens juste d'apprendre à faire les dumplings.Je reste un peu surprise.Le chef est d'origine chinoise et la cuisine chinoise est la reine des dumplings.Mais Ryan Mah, descendant d'une des grandes familles de Vancouver - le commerce fondé par son arrière-grand-père, H.Y.Louie, arrivé au Canada en 1896, est aujourd'hui un gigantesque empire commercial -, m'explique qu'il n'a aucune formation en cuisine chinoise.Il a fait ses classes à Londres, au Fat Duck, et chez Canoe à Toronto, de grandes tables anglo-saxonnes.Élevé dans un secteur cossu de Vancouver, Mah a bien plus en commun avec ses anciens voisins du West Side qu'avec les nouveaux venus de Hong Kong ou de Chine continentale qui se sont installés depuis cinq ou même 20 ans dans la métropole de la Colombie- Britannique.«On n'a pas la même morale, le même passé, la même philosophie, dit-il.Moi, je mange de la dinde et de la sauce aux canneberges à l'Action de grâce en plus des banquets de 14 services au Nouvel an chinois.En fait, on ne se considère pas du tout pareils.» La communauté chinoise de Vancouver est immense: 40% de la population selon le recensement de 2001.Quand les données de 2006 seront rendues publiques en avril, le chiffre sera probablement encore plus élevé.La population chinoise ou d'origine chinoise est donc partout.«Je ne connais personne qui n'a pas d'amis chinois», résume Daniel Poulin, propriétaire, dans le Chinatown, d'une boutique de meubles contemporains chinois.Mais cette communauté chinoise est composée de strates historiques qui la rendent extrêmement diversifiée.Du carrefour historique Pender-Catrall dans le Chinatown aux centres commerciaux de Richmond, en passant par les restaurants de cuisine asiatique-fusion branchés, on a l'impression de changer de planète.Un peu d'histoire Une des impressions les plus fausses que l'on a au sujet de la communauté chinoise, m'explique l'historien Henry Yu, de l'Université de Colombie-Britannique, c'est qu'elle est relativement nouvelle.«En fait, les Chinois sont arrivés avec la ruée vers l'or.La Colombie- Britannique a été fondée comme colonie en 1858 et les premiers Chinois se sont installés à Victoria en 1858.Nous sommes là depuis le début.» L'immigration chinoise a ensuite continué par vagues.C'est seulement en 1967, explique le professeur Yu, que le Canada s'est réellement ouvert, en réformant la loi sur l'immigration pour laisser de côté toute considération raciale et privilégier plutôt les connaissances, la formation, l'éducation.Ainsi est arrivée une nouvelle vague et un nouveau type d'immigration chinoise.«Vancouver a été transformée par ça, dit M.Yu.Ces gens étaient partout, professeurs, chercheurs\u2026 Et ils étaient actifs politiquement.» Vers 1970, la communauté chinoise a réussi à faire bloquer la construction d'une autoroute à travers le Chinatown.«Après ça, il n'a plus jamais été question de ne pas les écouter.» Vers la seconde moitié des années 80, la Colombie- Britannique - un peu comme le Québec le fait - amorce une politique d'immigration ciblée.Elle vise les investisseurs, notamment les gens d'affaires de Hong Kong inquiets du retour du territoire à la Chine en 97.Vancouver voit alors un afflux important d'immigrants chinois, bien nantis, qui transforment à leur tour la ville grâce à leurs capitaux.Depuis 2001 toutefois, la tendance a changé.Les immigrants de Hong Kong, parlant cantonais, sont maintenant beaucoup moins nombreux 40% de la population de Vancouver est d'origine chinoise 1/3 Le tiers de la population chinoise canadienne vit à Vancouver.Vancouver compte trois journaux chinois, deux stations de radio et deux chaînes de télé.60% À Richmond, environ 60% de la population est née à l'étranger.Source: Statistique Canada PHOTO ALAIN-PIERRE HOVASSE, COLLABORATION SPÉCIALE Crabes géants de l'Alaska dans une poissonnerie du quartier chinois historique de Vancouver. Le Aberdeen Center à Richmond, pour les boutiques contemporaines de marques asiatiques comme Giordano (Hong Kong), Daiso (Japon).Ou pour le Voodoo Palace, un marchand de fausses petites poupées vaudou.Après les «Winnies» en plastique et tous les bidules Hello Kitty, c'est la nouvelle passion des amateurs de breloques asiatiques.Le Jardin du Dr Sun Yat Sen, dans le quartier chinois.Une oasis calmante dans la ville.Pour prendre le temps de respirer et de regarder les reflets des arbres et des nuages dans l'eau des étangs.Le restaurant Kirin de la 12e Rue.Il y a d'autres succursales, mais celui-là est non seulement excellent (surtout pour les dim sum), il offre une vue spectaculaire sur la ville et les montagnes avec leurs sommets enneigés.Le Peking Lounge, rue Pender dans le Chinatown.Une boutique de meubles et d'articles de maison chinois.Pour la rencontre entre la modernité et la tradition.www.pekinglounge.com QUELQUES ARRÊTS CHINOIS À VANCOUVER VOYAGE EN CHINE AU CANADA/ que ceux de République populaire de Chine, parlant mandarin.Le vieux quartier chinois Installé le long de la rue Pender, à côté du centre-ville, le quartier chinois historique est typique: restaurants, herboristes, marchands de babioles.Ce n'est pas là que sont les bureaux des millionnaires du monde des médias, du commerce ou des finances de Vancouver qui ont comme noms Lau, Lee ou Fung.Le Chinatown est un repère historique.Pour le découvrir, je suis une visite guidée sur thème gastronomique appelée «A Wok around Chinatown».Le guide, Robert Sung, veut créer des ponts entre les Chinois et les non-Chinois en parlant d'un sujet universel : la nourriture.Il nous amène manger des dim sum, boire du thé au jasmin, goûter à du lotus confit\u2026 Pour les Chinois, la nourriture est un moyen de communication de base, dit-il.«Au lieu de dire à quelqu'un \"comment vastu?\", on lui demande \"as-tu mangé?\"» Sung nous explique ce que vendent tous ces marchands de produits séchés où l'on trouve les herbes et les lézards séchés dont on fait du bouillon pour guérir la toux.Il nous montre les commerces qui ont un autocollant à la porte indiquant que, là, on parle anglais.«C'est un autre des mes projets pour rapprocher les gens», dit-il.Le Chinatown est essentiellement un quartier d'affaires.Le premier quartier résidentiel chinois, Strathcona, est un peu plus loin.C'est la journaliste Stephanie Yuen qui m'y montre ses anciennes demeures victoriennes.Ici et là, entre la courbe d'un toit un peu accentuée ou la forme du portail menant vers le jardin, on remarque de subtiles influences chinoises.Richmond et les poupées vaudou Mais en 2008, le vrai quartier chinois de Vancouver s'appelle Richmond.Située non loin de l'aéroport, cette banlieue comptait déjà 50% de Chinois en 2001.C'est la ville des centres commerciaux asiatiques, de la classe moyenne canado-chinoise typique, mais aussi des familles «astronautes», dont le père travaille en Asie pendant que maman et enfants vivent au Canada.C'est la ville des jeunes qui rêvent de repartir en Chine pour faire fortune.«Il faut comprendre que les possibilités de faire de l'argent, en Asie, actuellement, sont quand même pas mal bonnes, m'explique Mme Yuen.Et ces jeunes sont branchés sur la culture là-bas.» À Richmond, on est donc un peu en Asie, dans un lieu où se retrouvent Hong Kong, Taiwan, la République populaire de Chine, mais aussi tous ces Chinois venus de Singapour ou de Malaisie.C'est une Asie moderne, high-tech, où les centres commerciaux sont élégants comme des i Mac.Quand je prends la peine de décrire la couleur de mon manteau à un monsieur que je dois rencontrer pour une entrevue, il me coupe la parole en riant : «Ne vous inquiétez pas, je vais tout de suite vous repérer dans la foule.» n PHOTO ALAIN-PIERRE HOVASSE, COLLABORATION SPÉCIALE Crevettes sautées aux oignons verts: le genre de plat que l'on vend au comptoir traiteur du T&T.MARIE-CLAUDE LORTIE RICHMOND, Colombie-Britannique\u2014 Je suis au supermarché T&T en compagnie du porte-parole de l'entreprise, Herman Poon, quand celui-ci arrête soudainement de parler pour regarder de plus près un légume ressemblant à un tronc d'arbre pelé, d'une couleur rougeâtre.«C'est quoi?» \u2014 Aucune idée, répond-il, manifestement intrigué.«Et ça», dit-il en montrant un coeur de laitue surdimensionné, «c'est la première fois que j'en vois\u2026» Herman Poon n'a pourtant pas grandi en mangeant du macaroni au fromage en boîte acheté chez Steinberg.Les produits asiatiques, il connaît.Sa famille, originaire de Hong Kong, a émigré à Richmond, une banlieue très chinoise de Vancouver, dans les années 70.Aujourd'hui, il dirige les affaires publiques chez T&T, une chaîne de supermarchés asiatiques offrant des produits tellement variés et rares que même lui ne s'y reconnaît pas toujours.«Venez, je vais vous montrer les ailerons de requins\u2026» T&T est pour les amateurs de produits asiatiques ce qu'est la chaîne américaine Whole Foods pour les amateurs de produits naturels et bio: d'immenses supermarchés modernes, bien éclairés, aux vastes allées, sur le modèle des Loblaws et autres grandes surfaces, mais remplis de produits ciblés pour la clientèle asiatique, surtout chinoise.Chez T&T, la section produits laitiers est minuscule.Par contre, côté boucherie, on se perd entre les oreilles de porc entières, les langues fraîches et l'estomac précoupé pour le wok.Ailleurs, les allées sont remplies de mille et une sortes de nouilles de riz, de sauces soja, de croustilles aux crevettes, de champignons séchés.La section fruits et légumes compte tous les formats de daikon ou de bok choy et, au fond du commerce, le poisson est vendu dans des viviers où on va le chercher à l'épuisette avant de le vider pour le remettre au client, presque grouillant\u2026 «Beaucoup de nouveaux immigrants, qui font face à des défis linguistiques en arrivant ici, préfèrent aller faire leurs courses là où on parle leur langue et où on connaît leurs goûts», explique M.Poon.Jusqu'au savon à plancher Voilà donc la clientèle de base de la chaîne T&T, dont le siège social est à Richmond mais qui compte maintenant 16 succursales, dont huit en Colombie-Britannique, cinq en Ontario et trois en Alberta.La société prévoit ouvrir deux autres grandes surfaces dans un avenir relativement rapproché, soit une à Edmonton et une autre à Ottawa.Et à Montréal?L'idée est «une possibilité réelle ».T & T a été lancée au Canada en 1993 par des investisseurs de Taiwan, de Californie et des Canadiens.La chaîne est en quelque sorte la petite soeur des supermarchés 99 Ranch, une chaîne de 27 épiceries géantes installées principalement en Californie.Même si les fondateurs sont d'origine taiwanaise, les supermarchés s'adressent à une clientèle asiatique diversifiée et la gamme de produits varie selon les communautés desservies.Ainsi, dans le centre-ville de Toronto, il y a des produits des Philippines que l'on ne retrouvera peut-être pas au supermarché de Richmond, où la communauté japonaise, en revanche, est plus présente.Là, par contre, on aura toute une variété de nouilles soba ou de shampoings japonais.Et pour le savon à plancher?Il y a en aussi.Fabriqué à Shanghai.n LA CHAÎNE AUX MILLE CREVETTES Propriétaire de New Town Bakery, une institution du Chinatown de Vancouver qui semble figée dans le temps avec ses banquettes en cuirette orange et ses néons, où l'on va prendre un bol de congee pour le petit-déjeuner ou une brioche vapeur farcie au porc.Arrivée de Hong Kong comme étudiante en 1972.A acheté son commerce dans les années 80 avec son mari, et y travaille encore de 5h30 à 19h, pratiquement tous les jours, même si l'entreprise comprend maintenant trois succursales.A toujours habité avec ses parents.«Ils m'ont beaucoup aidée avec les enfants quand ils étaient plus jeunes.» Son fils de 24 ans étudie la nutrition à l'université.Sa fille de 27 ans est conceptrice de logiciels.«Depuis quelques années, j'ai commencé à prendre des vacances, une fois par année.» PORTRAIT SUSANNA NG PHOTO ALAIN-PIERRE HOVASSE, COLLABORATION SPÉCIALE Immigrée de Hong Kong dans les années 70, Susanna Ng est aujourd'hui à la tête d'une mini chaîne de boulangeries traditionnelles chinoises.PHOTO ALAIN-PIERRE HOVASSE, COLLABORATION SPÉCIALE Comptoir de plats préparés \u2014 dumplings, viandes grillées, etc.\u2014 dans un supermarché T&T, une chaîne d'épiceries asiatiques de Richmond. Appelle-moi sur mon cell ou trouve-moi sur Google Talk\u2026», me courielle Simon Law, un des jeunes interlocuteurs que je veux interviewer pour faire mon portrait du Montréal chinois.Google Talk?Je pensais commencer mon périple à travers le Montréal chinois et la nouvelle année lunaire dans le «Chinatown».J'avais pensé demander à quelqu'un de m'expliquer ce que sont tous ces trucs séchés dans les pots de verre des herboristes ou comment on cuisine le durian et on dit «bonne année» en cantonais.Tu parles.Après la première conversation j'étais rendue sur le web, découvrant toutes sortes de créateurs, d'organisateurs, de blogueurs montréalais d'origine chinoise.«Va voir sur commeleschinois.ca\u2026» me dit un autre.Informaticien, organisateur de Bar Camp, un événement branché pour membres de la génération web, Simon Law a 29 ans, est né à Hong Kong, a grandi à Toronto et habite Montréal depuis 2005.La métropole québécoise, il l'adore.«C'est plein de vie, la scène artistique est allumée.Malheureusement, il nous manque le Pacific Mall et T & T, et il n'y a pas assez de bars à bubble tea.Mais à part ça, c'est super.J'aime beaucoup mon quartier.Je peux marcher partout, notamment pour les courses.Ça, c'est très Hong Kong.» Le Montréal chinois de 2008, c'est donc encore un peu le quartier chinois, Brossard et ses manoirs, mais c'est aussi beaucoup Simon, avec son boulot techno et son apart sur le Plateau.Et c'est aussi Cédric Sam, le blogueur de www.commeleschinois.ca - oui, le nom du site fait bel et bien référence, multiples clins d'oeil inclus, à la chanson de Mitsou \u2014 qui nous y présente à chaque semaine les Montréalais d'origine chinoise qui font bouger la ville, que ce soit Robert Parungao, fondateur du projet Nouvelles Voix, sur la «sino-canadienneté» ou Yung Chang, le réalisateur du nouveau documentaire Up the Yantze.Chinatown 2 Au delà du quartier chinois avec ses spectaculaires portes ouvragées et ses lions de pierre, au delà des supermarchés du boulevard Taschereau où l'on vend le poisson vivant et la nouille de Pékin en paquets cadeau, c'est donc quelque part entre internet et le Plateau qu'a commencé mon périple et mon année du rat.En parlant avec Simon et Cédric, et plusieurs autres, j'ai graduellement construit une image du Montréal chinois d'aujourd'hui.Mais elle sera probablement différente dès demain puisque la population chinoise évolue constamment.Après tout, encore hier, la vaste majorité de la communauté, souvent des gens venus de Hong Kong, parlait cantonais, alors que maintenant, avec l'arrivée des immigrants du nord de la Chine, le mandarin prend de plus en plus de place.Dans ce Montréal chinois du moment, les jeunes boivent du thé au tapioca, qu'ils soient dans le Quartier chinois ou le Mile End.Certains habitent Côte-des-Neiges, Parc-Extension, d'autres Brossard s'ils ont l'argent pour acheter les grosses maisons près du boulevard Rome.On y voyage beaucoup, pour aller faire des affaires à Hong Kong ou à Shanghai, pendant que les étudiants, ici, fréquentent cette nouvelle zone à l'ouest de l'Université Concordia que certains appellent maintenant «Chinatown 2».Vivement un bon mélange Dans ce Montréal, un artiste d'origine chinoise, Rick Leong, expose ses peintures dans une galerie branchée de Saint-Henri - et le Musée des beauxarts lui en achète \u2014 pendant qu'un documentariste, Yung Chang, fait parler de lui au festival de Sundance.«Il faut qu'encore plus de gens déménagent ici, lance Simon.Ça nous prend un bon mélange!» Cédric est né à Montréal mais ses parents sont originaires de la province de Guangdong, bien qu'ils aient vécu l'un à Madagascar, l'autre au Vietnam, avant de venir s'installer à Montréal.Cédric a grandi à Kirkland.Comme ses parents parlaient français avant d'arriver ici, apprendre la langue de Malajube s'est fait naturellement.C'est en allant à Mc Gill, après des études en français au primaire, au secondaire et au cégep, que Cédric s'est mis sérieusement au cantonais.«Maintenant je parle assez bien pour commander au restaurant.Mais une conversation compliquée sur la politique?Ça, non», explique-t-il.ENTRE L'INTERNET ET LES HERBORISTES DE LA RUE CLARK «Il nousmanque le Pacific Mall etT&T, et il n'y a pas assez de bars à bubble tea.» MARIE CLAUDE LORTIE MONTRÉAL VOYAGE EN CHINE AU CANADA/MONTRÉAL MONTRÉAL PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE SAVIEZ-VOUS QUE LE RÉALISATEUR D'UN DES FILMS CANADIENS LES PLUS REMARQUÉS CETTE ANNÉE SUR LA SCÈNE INTERNATIONALE EST D'ORIGINE CHINOISE ET VITÀ MONTRÉAL?MOINS NOMBREUSE QU'À TORONTOOU VANCOUVER, LA COMMUNAUTÉ CHINOISE DE LA MÉTROPOLE QUÉBÉCOISE EST DYNAMIQUE ET MODERNE.À LA DÉCOUVERTE DU MONTRÉAL CHINOIS.Les vendeurs de produits séchés (herbes, racines, champignons, poissons\u2026) souvent médicinaux sont incontournables dans les quartiers chinois des grandes villes canadiennes. MAY CHIU Organisatrice communautaire, avocate de formation, mère de famille.Née à Hong Kong.Arrivée au Québec à l'âge de 6 ans, au début des années 70, à Trois-Rivières, où ses parents ouvrent un restaurant.S'est présentée pour le Bloc québécois aux dernières élections fédérales, dans la circonscription de La Salle-Émard, celle de Paul Martin.La communauté chinoise en 2008 à Montréal est\u2026 «Très diversifiée.Elle évolue constamment.Il y a des Chinois venus de partout, comme la Malaisie ou même l'Amérique latine.Certains sont ici depuis plusieurs générations, mais d'autres sont tout juste arrivés.Les défis d'intégration continuent.» Q: Pourquoi choisir Montréal ?R: «Souvent les gens choisissent une ville parce qu'ils y connaissent d'autres personnes.Mais je dirais que ceux qui viennent ici ont des valeurs plus proches des valeurs québécoises.Ils apprécient la chaleur, le style de vie, le côté \u201con prend son temps\u201d.Ils ont aussi un côté plus aventurier, plus \u201cJe quitte la Chine pour quitter la Chine, pas pour m'y retrouver ailleurs\u201d.» Q: Êtes-vous plus «egg rolls» ou «dim sum» ?R: «Moi, j'aime bien voir la créativité des Chinois qui s'installent à l'étranger et réinventent leur cuisine avec ce qu'ils trouvent.Quand je voyage, je vais toujours dans un restaurant chinois, que ce soit à Cuba, en Israël ou en Espagne ! » PORTRAITS Les Canadiens d'origine chinoise constituent le plus grand groupe ethnique non européen au Canada.3e Le recensement de 2006 a confirmé que le groupe de langues chinoises se situe au troisième rang, derrière l'anglais et le français, parmi les langues maternelles au Canada.18,5% Au recensement de 2006, pour la première fois, plus d'un million de personnes ont déclaré avoir une des langues chinoises comme langue maternelle, en hausse de 18,5 % depuis 2001.Ces personnes formaient 3,3 % de la population canadienne, comparativement à 2,9 % cinq ans plus tôt.Statistique Canada rapporte que, dans la région métropolitaine de Montréal, 50 000 personnes parlaient une langue chinoise à la maison en 2006, dont 40 000 immigrés.5e Dans la métropole québécoise, les langues chinoises arrivent en cinquième place, derrière le français, l'anglais, l'espagnol et l'arabe, parmi les langues les plus souvent parlées à la maison.En 2006, 35 personnes parlaient une langue chinoise à la maison à Drummondville, 20 à Rimouski, 65 à Victoriaville et 30 à Trois-Rivières.UNE COMMUNAUTÉ EN PLEIN ESSOR Pourtant, le sujet l'intéresse.D'ailleurs, il aurait aimé que la communauté chinoise québécoise participe plus activement aux débats lancés par la commission Bouchard-Taylor.Garou et Céline Ivan Shen, lui, 26 ans, originaire de Pékin, n'a probablement pas suivi assidûment les débats de la commission.Il est venu à Montréal pour consolider sa carrière d'agent de voyage, après des études de gestion hôtelière en Suisse.Ivan est un des jeunes visages du vieux quartier chinois montréalais, lieu historique pas mal amoché par la construction de l'autoroute Ville-Marie et le complexe Guy-Favreau où l'on trouve aujourd'hui tous les commerces chinois les plus traditionnels.Dès que l'occasion sera bonne, Ivan repartira en Asie.En ce sens, il est très représentatif de ces arrivants chinois de la dernière décennie, qui apprécient autant la sécurité canadienne que l'effervescence et les opportunités asiatiques.Et qui gardent un pied là-bas.«Comme je parle français, j'avais avantage à venir ici», m'a-t-il répondu quand je lui ai demandé pourquoi il était venu à Montréal plutôt qu'à Toronto ou Vancouver.«Mais je vais retourner en Chine dès que j'aurai réussi.» En attendant, il habite le centre-ville, apprécie Céline Dion et Garou, vend des billets d'avion pour Hong Kong et organise des voyages en autocar pour des Chinois qui veulent aller en Gaspésie.Bubble tea et fauteuils vibromasseurs Toujours dans le quartier chinois, j'entre dans un centre commercial de la rue Clark où se trouve, notamment, un incontournable des dim sum, le restaurant Ruby Rouge.Ailleurs, on peut acheter un fauteuil vibromasseur - il y en a à vendre dans tous les mails asiatiques que j'ai vus, de Montréal à Vancouver - des breloques à cellulaire, du ginseng, des vêtements.Au rez-de-chaussée, Peggy Liu Young tient un comptoir de location de DVD.Des films et des téléséries de Hong Kong surtout.Les affaires vont assez bien, me dit-elle.Mais elle s'inquiète de la popularité des copies piratées.Peggy est arrivée à Montréal de Hong Kong en 1993.Elle est venue comme étudiante.Sa soeur s'est installée à Toronto.«Moi je préfère Montréal, c'est plus relax.» Elle a habité plusieurs années à Dollard-des- Ormeaux.Maintenant, elle vit au centre-ville pour être proche de son travail.Son fils de 17 ans est au secondaire.«Je suis contente de l'avoir amené ici.Le Canada est bon.» Xiulan Hu, elle, maman de deux ados, est arrivée il y a sept ans à Montréal.Directement de Wuhan, une ville de neuf millions d'habitants du centre de la Chine.Elle parle mandarin.Dans son bar à «bubale tea» de la rue de la Gauchetière, elle accueille les jeunes Chinois qui viennent avec leur petite copine, pour surfer, placoter, regarder les vidéos asiatiques projetés en permanence sur un grand écran plasma, feuilleter les magazines chinois\u2026 Après avoir travaillé aux États-Unis et au Japon pendant plusieurs années, Hu ne se sentait pas capable de retourner vivre en Chine.L'aventure devait continuer.Elle a choisi Montréal où se trouvait déjà une de ses amies.«Vous nous avez ouvert les portes, alors on est venues.Et on est bien ici.» n Une chaîne de supermarchés asiatiques provenant de Vancouver.VOYAGE EN CHINE AU CANADA/ YUNG CHANG Réalisateur de documentaires, dont Sur le Yangzi, un film primé, accueilli très favorablement par la critique internationale, présenté au festival de Sundance et actuellement projeté en salle à Montréal.30 ans.Néà Whitby, en Ontario.Installéà Montréal depuis 1996.Était le seul Canadien d'origine chinoise dans sa classe à Whitby.Il y avait aussi un seul Indien.«Les autres écoliers pensaient qu'on était des frères.» Son grand-père a immigré au Canada, pour faire un doctorat en chimieà Mc Gill.Son père est venu ensuite le rejoindre de Shanghai.Sa mère vient de Pékin.Dans la famille, on parle mandarin.La communauté chinoise en 2008 à Montréal est\u2026 «Un peu déconnectée.Il y a peu de gens qui viennent de la Chine continentale.La plupart viennent de Taiwan ou Hong Kong.Mais c'est vrai qu'il y a de plus en plus de gens qui arrivent de la Chine continentale, une bonne chose parce que comme ça je peux trouver mes plats préférés au restaurant.» Q: Pourquoi choisir Montréal ?R: «J'adore cette ville.Oui, la communauté chinoise est plus petite qu'à Toronto.Mais il y a quelque chose de très bien à être unique.Ici, il est clair qu'il y a une certaine \u201cexotification\u201d des cultures asiatiques.Le point de vue est différent d'ailleurs.» Q: Recommandation de restaurant ?R: Lao Beijing dans Côte-des-Neiges (5619A Côte-des- Neiges) ou Maison de Nouilles (1862 de Maisonneuve Ouest), à condition de demander le menu en chinois\u2026 PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE Un des visages du Montréal chinois très actuel : le réalisateur Yung Chang, dont le documentaire Sur le Yangzi, encensé par la critique internationale, vient de sortir en salle.PHOTOS PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE Quelques tasses de bubble tea au Magic Idea, rue de la Gauchetière. PLUS DESOH! ET DES BAH! La chronique ironique qui voit et entend tout\u2026 à sa façon DES CHIFFRES QUI PARLENT Envoyez-nous vos commentaires et suggestions à ohetbah@lapresse.ca Sources : BBC, Courrier International, Globe and Mail, Radio-Canada, AFP.Colligé par Agnès Gruda 6Le nombre de personnes tuées en trois jours, cette semaine, par la chute de glaçons dans la région de Samara, au centre de la Russie.PHOTODE LA SEMAINE DANIEL LEMAY Un jour, Nicolas Sarkozy affirme que l'homosexualité est un héritage génétique ; le lendemain, il reproche aux Africains d'avoir raté l'Histoire.Là, sur un quai du Finistère, le président français veut en découdre avec un pêcheur (que la foule encourage à y aller) ; samedi passé, c'était une altercation avec un visiteur au Salon de l'agriculture de Paris, où «Speedy Nick» passait en trombe, comme à son habitude.Un monsieur refuse de serrer la main tendue : «Touchemoi pas.Tu vas me salir.» Sourire figé, Sarko réplique: «Casse-toi, alors, pauvre con, va!» Et la cote de Nicolas Sarkozy continue de descendre au même rythme qu'augmente sa popularité.sur You Tube.Pendant que, Libération en tête, la classe médiatique commence à se demander comment elle a pu, durant la campagne de 2007, ignorer le « stupéfiant narcissisme» de Sarkozy, adversaires irrités et partisans déçus se joignent quotidiennement à la «chasse au Sarko».Hier le président était adulé ; aujourd'hui, on veut le lyncher.Les grands titres convergent : «Ça va finir mal» pour le «monarque républicain».«Sarkophobe» avant la lettre, Patrick Rambaud, lui, était à pied d'oeuvre dès le jour du «couronnement » en mai, point de départ de sa plus que drôle Chronique du règne de Nicolas Ier, règne dont il a suivi avec intérêt - déjà 50000 copies vendues - les six premiers mois.Rambaud est un maître du pastiche.Ici, il prend la manière du duc de Saint-Simon (Louis de Rouvroy, 1675-1755), mémorialiste qui a consacré le gros des 46 volumes de ses Mémoires à la vie de cour sous Louis XIV, le Roi-Soleil.Comme le célèbreduc, Rambaud excelle dans l'art du portrait et celui qu'il fait de l'«Admirable Prince» - le nom de Nicolas Sarkozy n'est nulle part dans ce livre - nous apparaît si juste dans ses excès que les auteurs «sérieux» auront du mal à le dépasser en vérité.Du successeur du «roi Chirac », Rambaud écrit d'emblée : «Sa Majesté aimait le clinquant et s'adonnait à des passions de nouveau riche.» Cette Chronique n'apprendra rien de nouveau à ceux qui ont suivi la carrière de l'ancien ministre de l'Intérieur, mais le document n'en est pas moins à classer dans la catégorie «informée ».Et l'auteur a le souci du détail.Ainsi rappelle-t-il que, comme son modèle «Jack Daniel Bush», le «Chef Rutilant» pratique le jogging où qu'il se trouve, «avec dans les oreilles un récital de Céline Dion».Dans le champ de la culture comme ailleurs, le «Précieux Souverain» n'aurait qu'un credo, «Résultats! Résultats ! », qu'il n'évaluera par ailleurs qu'à la seule aune des chiffres, faciles à comprendre.Autant qu'à manipuler quand «les incantations de la pensée régnante se heurtent au réel ».Sire, le taux de croissance économique stagne à 2%.«Je veux 3%!» Le lecteur francophile prendra plaisir à se promener dans la galerie de portraits des courtisans, bien qu'il en trouvera certains plus difficiles à identifier, à moins de connaître le détail de la politique française.La «baronne d'Ati» et le «duc de Villepin» nous sont connus et l'on déduit vite que le «comte d'Orsay» occupe le ministère des Affaires extérieures aussi connu sous le nom de Quai d'Orsay.Bernard Kouchner, incidemment, est un (ancien?) ami de Patrick Rambaud avec qui il a travaillé au magazine contre-culturel Actuel dans les années 70.D'autres noms de la cour commanderont des recherches - cela fait partie du plaisir - mais qui ne connaît pas «le Bédouin de Tripoli»?La Chronique du règne de Nicolas Ier se termine peu avant Noël, alors que le monde entier a assisté au «merveilleux effacement de l'impératrice» (Cecilia Sarkozy).Sachant que de nombreux lecteurs allaient se chagriner de l'absence de sa remplaçante, Patrick Rambaud publia dans le Nouvel Observateur du 24 janvier dernier le premier chapitre de la vie à l'Élysée avec la «comtesse Bruni».Celle qui «plut fort au Frétillant Leader par ses facilités et son filet de voix rauque, car elle s'accompagnait à la viole pour murmurer des couplets frondeurs».CHRONIQUEDURÈGNE DENICOLAS Ier Patrick Rambaud, Grasset 170 pages, 24,95$ L'Empereur et les sarkophobes PHOTO ERIC FEFERBERG, AFP Le président français Nicolas Sarkozy au Salon de l'agriculture de Paris, où il a récemment causé la controverse en envoyant paître un visiteur qui refusait de lui serrer la main.PHOTO CHRIS CARLSON, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS Marion Cotillard est devenue, dimanche dernier à Hollywood, la première Française à remporter l'Oscar de la meilleure actrice en près d'un demi-siècle, pour son rôle d'Édith Piaf dans La vie en rose.«Merci, merci », a dit l'actrice, très émue, en recevant sa statuette.«Merci à l'amour ! C'est vrai, il y a des anges, ici dans cette ville.» 2,3MILLIONS Le nombre de citoyens américains actuellement derrière les barreaux.Le taux d'incarcération de la population adulte aux États-Unis a franchi le seuil de 1%, ce qui fait de ce pays le leader mondial en matière de détention, selon le Pew Center.ICI ET AILLEURS TACHKENT Chère excellence Le ministère de l'Éducation ouzbek a trouvé le moyen de comprimer les coûts de l'instruction publique: réduire le nombre de bons étudiants dans les universités.C'est que les jeunes Ouzbeks reçoivent des bourses proportionnelles à leurs résultats scolaires.Les meilleurs ont droit aux prestations les plus généreuses, soit environ 50$ par mois.Le ministère a donc décidé de plafonner le nombre de bons étudiants à un maximum de six pour chacune des disciplines.Étant donné qu'en Ouzbékistan, les bonnes notes s'achètent souvent avec un bakchich, cela risque de freiner une importante source de financement scolaire.Pas forts en maths, les fonctionnaires de Tachkent ! MOSCOU Le mot de la semaine «Pouting».Un présentateur de télévision russe a créé un néologisme avec le mot «pouting», évoquant les meetings politiques en faveur du Kremlin.Aujourd'hui, il a des démêlés avec la justice.Un beau cas de poutinisme\u2026 ILS, ELLESONT DIT Imagé «Plus leurs tirs de roquettes vont s'intensifier, plus les Palestiniens s'approcheront d'un plus grand Holocauste parce que nous utiliserons tout notre pouvoir pour nous défendre.» Le ministre adjoint de la Défense israélienne, Matan Vilnai, au sujet des tirs de roquettes palestiniennes sur Israël.Chevaleresque «Je suis prêt d'aller moi-même à la frontière du Venezuela et de la Colombie pour aller chercher Ingrid Betancourt.» Le président français Nicolas Sarkozy, au lendemain de la libération de quatre otages des FARC selon qui Mme Betancourt est gravement malade.Pas mal moins chevaleresque «Casse-toi alors, pauvre con.» Le même président, à un citoyen qui refusait de le toucher par crainte de se salir.EN HAUSSE, EN bAISSE STÉPHANE DION Y est-ti bon ce budget ou pas ?Faudrait se brancher, monsieur Dion.STEPHEN HARPER Le Parti conservateur aurait offert une assurance vie d'un million au député indépendant Chuck Cadman pour qu'il vote contre le gouvernement libéral, en mai 2005.L'information provient d'une biographie de M.Cadman qui doit être publiée bientôt.Elle a été confirmée par Mme Cadman.Le député, atteint de cancer, est décédé deux mois plus tard.LA RELIgION D'abord, il y a ce projet de loi du gouvernement Harper qui propose de soustraire les films et émissions provocantes aux exonérations fiscales fédérales.Selon le Globe and Mail, la mesure est proposée à la suite de pressions du leader évangélique Charles Mc Vety.Puis il y a le président Sarkozy (oui, encore lui, cette chronique le remercie pour la richesse de ses contributions) qui professe sa foi à tous les vents.LE PRINCE HARRY Il a réussi à tenir 10 semaines au front, en Afghanistan, avant que le secret ne soit ébruité.19MILLIONS Le nombre d'enfants pauvres dans l'ensemble des pays de l'Union européenne.Une proportion qui n'a pas bougé depuis six ans.PHOTO REUTERS PHOTO AP PHOTO BLOOMBERGNEWS PHOTO MARIE TISON PLUS CYBERPRESSE Voyez les dessins parus, jour après jour, dans La Presse, Le Soleil, Le Droit, La Tribune et Le Nouvelliste, sur www.cyberpresse.ca CARICATURESDE LA SEMAINE La Presse publie chaque semaine une sélection des dessins des caricaturistes de nos partenaires du réseau Gesca.LE NOUVELLISTE LE SOLEIL LA TRIBUNE Je rencontre Michel Venne dans son bureau de l'Institut du Nouveau Monde, au 10e étage d'un édifice de la rue Sherbrooke, avec vue plongeante sur le campus de Mc Gill.Un bureau désordonné où les livres et les boîtes s'empilent pêle-mêle.«On est ici depuis le mois de décembre 2006.Mais je n'ai pas encore eu le temps de défaire mes boîtes.» dit le directeur de l'INM qui, à titre de vice-président de la commission Castonguay choisi par le PQ, vient de passer huit mois à scruter à la loupe le financement du système de santé.Après une semaine houleuse marquée par la publication et la mise à mort quasi instantanée du rapport Castonguay, le directeur de l'INM rentre tout juste d'un voyage éclair en Floride où il a été admis comme fellow de la fondation Ashoka - une fondation philanthropique qui repère les meilleurs entrepreneurs sociaux du monde, les met en réseau et leur donne les moyens de développer et d'exporter leurs idées.Le plus célèbre boursier Ashoka est le Prix Nobel de la paix 2006 Mohammed Yunus, ce «banquier des pauvres» qui a créé un réseau de microcrédit au Bangladesh.Au Québec, le Dr Gilles Julien, père de la pédiatrie sociale, et Sidney Ribaux, d'Équiterre, ont eu droit à la même reconnaissance.L'Institut du Nouveau Monde est né en 2003 d'une idée lancée par Gérard Bouchard et attrapée au bond par Michel Venne, alors éditorialiste et responsable de la page Idées au Devoir.«Je constatais comme bien des gens le cynisme dans la population, les taux de participation électorale à la baisse.Je voyais bien qu'il y avait une difficulté d'animer le débat public, entre autres à cause de certaines polarisations sur la question nationale, pendant plusieurs années.» L'Institut du Nouveau Monde a ainsi été fondé dans l'espoir de contribuer au renouvellement des idées en allant au-delà des luttes partisanes.Il s'est peu à peu imposé comme un lieu de débat incontournable au Québec.Il s'est entre autres fait connaître du grand public lorsque la commission Bouchard-Taylor lui a confié l'organisation de ses grands forums nationaux.Michel Venne qualifie l'INM de «boîte à idées nouveau genre».Ce qui distingue cette boîte d'un think tank traditionnel, c'est que l'on y favorise les échanges entre citoyens et experts.«On essaie de montrer au citoyen que ça vaut la peine de participer.On a à briser deux sentiments: le sentiment d'impuissance et le sentiment d'incompétence.Les gens ont le sentiment qu'ils n'ont pas les compétences pour parler de grands sujets complexes, alors qu'ils ont tous une expérience de vie et une réflexion.» Pour ce qui est du sentiment d'impuissance, la tâche est encore plus ardue.«La façon d'y travailler, c'est qu'à chacune de nos activités, on ne se contente pas de discuter entre nous.On publie les résultats et on en fait la promotion dans la société, dans les médias et auprès des décideurs en espérant influencer leurs décisions.» Un think tank de gauche que l'INM?«Souvent, les gens nous voient comme un think tank de centre gauche.C'est clair que notre orientation est plus sociale.On ne s'en cache pas.Mais en même temps, le spectre est large», dit-il, en précisant que l'INM prend soin d'inviter dans ses débats des gens de toutes allégeances.«À notre dernière école d'été, ça allait de Françoise David à Mario Dumont.Même chose sur la question nationale: ça va du fédéralisme à la souveraineté, en passant par l'autonomisme.» Lui -même souve r a i n is t e convaincu, Michel Venne aurait pu faire de la politique partisane.Mais il se sent plus à l'aise là où il est, là où le hasard l'a mené.Quand il est entré au collège Ahuntsic, il voulait être ingénieur.Mais le journalisme étudiant l'a fait bifurquer vers les communications.«J'ai été refusé à l'UQAM en communication.Je suis allé en appel et j'ai été accepté.Une de mes caractéristiques, c'est la persévérance», dit-il, sourire en coin.Il a mis 10 ans à finir son baccalauréat, travaillant en même temps dans des journaux communautaires, puis au journal Le Matin et à La Presse Canadienne.Le rapport Castonguay Et cette reconnaissance par la fondation Ashoka, qu'est-ce que ça change?Disons que cela tombe plutôt bien, une semaine après la publication du rapport Castonguay et la déception qui a suivi.Huit mois de travail pour finalement se faire dire par le gouvernement qui a lui-même commandé le rapport que l'on n'avait pas besoin de nouveau financement.Découragé, Michel Venne?Pas vraiment.«J'ai été journaliste à la tribune de la presse à Québec pendant 10 ans.J'ai fait de l'éditorial au Devoir pendant sept, huit ans.J'ai été directeur de l'information.Il n'y a rien qui s'est produit la semaine dernière qui m'a vraiment surpris.» Comment explique-t-il la volteface du gouvernement Charest?«Le gouvernement s'est tellement fait reprocher, pendant les quelques mois qui ont suivi son élection, de ne pas gouverner et de demander des rapports à tout le monde que je pense qu'il a décidé au cours des derniers mois de changer son attitude et de se présenter comme un gouvernement qui gouverne», dit Michel Venne.Ni surpris ni découragé, donc.Mais tout de même déçu.«Ce qui est décevant, au fond, c'est que le diagnostic que l'on fait selon lequel on doit remobiliser les différents acteurs du système, du citoyen au ministre, pour établir un nouveau contrat social pour notre système de santé, cette idéelà n'a pas été captée.» Commissaire dissident, Michel Venne s'est opposé à trois éléments du rapport Castonguay.Il est contre la levée de l'interdiction qui est faite aux médecins de pratiquer à la fois dans le système public et dans le système privé.Il est contre une ouverture plus grande sur l'assurance privée.Il est aussi contre l'idée de confier l'administration des hôpitaux à des sociétés privées spécialisées en gestion.Cette dissidence lui a valu des critiques de toutes parts.À gauche, on lui a reproché de ne pas être allé assez loin dans sa dissidence.À droite, on lui a reproché d'être dogmatique.Joanne Marcotte, vice-présidente de la commission choisie par l'ADQ, a vertement critiqué son collègue dans une lettre remise aux journalistes assortie d'une vidéo sur You Tube.L'auteure du pamphlet L'Illusion tranquille l'a accusé de «perpétuer un faux débat publicprivé » et «d'abdiquer en faveur d'une chapelle idéologique aux yeux de laquelle il faut se méfier de tout ce qui n'est pas estampillé du sceau public.» Des «chimères », réplique Michel Venne, qui juge la sortie de Joanne Marcotte pour le moins «déplacée».«Mme Marcotte estime que c'est un faux débat privé-public.Ce n'est pas un faux débat, c'est un vrai débat! Il existe un secteur privé.Il existe un secteur public.Mais ça va audelà de ça.Il existe un esprit de service public par rapport à un esprit de marché.» L'esprit de service public peut exister au privé, précise-t-il.«Beaucoup de services publics peuvent être donnés par le privé et ce n'est pas nécessairement contradictoire.Mais à ce moment-là, la gouverne du système demeure publique, les objectifs sont fixés démocratiquement.Ce contre quoi j'en ai, c'est le développement d'un esprit mercantile dans le secteur de la santé.Je n'y crois pas.Alors je dis: voici où je trace la ligne.» La boîte à idées de Michel Venne Directeur de l'Institut du Nouveau Monde, vice-président dissident de la commission Castonguay sur le financement du système de santé, l'ancien journaliste Michel Venne vient tout juste d'être admis au sein du groupe très sélect des meilleurs entrepreneurs sociaux du monde choisis par la fondation Ashoka.Rencontre avec un brasseur d'idées.RIMA ELKOURI TÊTE-À-TÊTE «Ce qui est décevant, au fond, c'est que le diagnostic que l'on fait selon lequel on doit remobiliser les différents acteurs du système, du citoyen au ministre, pour établir un nouveau contrat social pour notre système de santé, cette idée-là n'a pas été captée.» PHOTO ARMAND TROTTIER, LA PRESSE Michel Venne, directeur de l'Institut du Nouveau Monde, une «boîte à idées nouveau genre » dont l'objectif est de contribuer au renouvellement des idées.L'initiative vient d'être saluée par la fondation internationale philanthropique Ashoka qui repère les meilleurs entrepreneurs sociaux du monde et leur offre les moyens de mieux poursuivre leur oeuvre. Tous 150 MÉTIERS ET PROFESSIONS EN NOMINATION 40 LAURÉATS 18 PALMES Lesmeilleures possibilités de carrières en2008! Une réalisation : Offert sur www.septembre.com, chez Renaud-Bray et dans toute librairie PLUS LECTURES LA GRANDE TRIBU, C'EST LA FAUTE À PAPINEAU SIGNET CHANTAL GUY Certains jours, je trouve mon métier formidable.Mardi était un de ces jours-là.J'allais rencontrer, en personne pour la première fois, l'un des plus grands écrivains du Québec, sinon le plus grand.En route vers VLB, j'avais en tête le leitmotiv de Habaquq Cauchon: j'ai hâte.Je n'ai pas été déçue, car je n'ai pas rencontré un homme brisé - il n'est pas tuable.VLB n'est en rien un masochiste; il pense qu'on l'est.D'ailleurs, le plus intéressant dans son oeuvre, malgré sa noirceur, est cette jubilation dans l'écriture qu'on sent à chaque phrase.Mon premier livre de VLB a été Un rêve québécois qui est en réalité un cauchemar inspiré de la crise d'Octobre 70, et je ne vous dis pas le choc.Je me demande parfois s'il n'est jamais sorti de ce cauchemar.Je n'ai jamais rien lu qui ressemble à du VLB.Je ne connais pas toute son oeuvre, trop colossale; seuls les vrais maniaques ont tout lu.Je n'aime pas ses téléromans, mais je reconnais que pour beaucoup de gens, il est l'auteur de L'Héritage ou Bouscotte.Difficile d'oublier la parodie de RBO le montrant en train d'écrire Montréal P.Q.tout en se piquant à l'héroïne, puisqu'il m'arrive souvent de crier pendant ma lecture: «Ce type est fou.» Toujours en riant.Le polémiste me divertit (et m'épuise, parfois), mais c'est l'écrivain qui m'intéresse.C'est celui-là que je voulais voir à Trois-Pistoles, ce qui n'est pas évident tellement les deux font la paire.Par réflexe, j'ai failli aller retirer La grande tribu du feu en criant «N n!».En fait, j'ai surtout pensé: en quoi brûler un livre peutil être un geste symbolique pour une société qui compte près de 40% d'illettrés?La réponse m'effraie.Je le trouve plutôt parano, mais rappelons la fameuse maxime: même les paranoïaques peuvent avoir raison.Deux heures après son coup d'éclat, il recevait déjà un courriel bourré de fautes qui disait: «Brûle-les donc tous tes hosties de livres!» Dans l'antre de VLB, j'ai admiré les nombreuses bibliothèques débordantes de bouquins.Les poèmes affichés sur les murs, les photos d'écrivains.Tout n'est que littérature chez lui.Il m'a montré ses deux derniers manuscrits, entièrement écrits à la main ; aucune rature, c'est incroyable.J'ai caressé ses chats et ses chiens, même ses moutons.Je pensais rencontrer une ménagerie, j'ai rencontré une meute brutalement décimée, puisque quatre de ses six chiens sont morts la même journée, il y a environ une semaine.Sa voix se brise quand il en parle.Ne restent que Bidou et La Fille, encore traumatisés, qu'il couve affectueusement.Si je ne suis pas d'accord avec VLB sur bien des points, je refuse de le voir comme un écrivain «d'une autre époque».Il écrit ici, maintenant.La vie, l'Histoire, c'est long.Je pense qu'on l'accuse d'appartenir au passé bêtement parce qu'il s'y intéresse.D'un point de vue partisan, certes, mais il l'applique, la devise du Québec\u2026 J'ai toujours aimé chez lui cette mégalomanie frôlant l'insupportable, qu'il peut se permettre avec une telle oeuvre.Surtout, il veut la transmettre.Quand on a lu VLB, on comprend très bien qu'il tente depuis longtemps de faire entrer, de force s'il le faut, le Québec dans la grande Histoire du monde, qu'il veut l'inscrire dans quelque chose d'immense.Cela peut faire peur, en effet.Il me reste donc deux mois pour me procurer les titres de VLB que je n'ai pas dans ma bibliothèque avant qu'il ne les brûle.Parce qu'il est bien capable de le faire, le bougre.ENTREVUE Pour un homme qu'on accuse d'appartenir au passé, Victor-Lévy Beaulieu n'a jamais été autant d'actualité.Depuis quelques semaines, le pamphlétaire multiplie les coups de gueule et alimente la controverse.Ultime geste avant de se retirer de la scène médiatique pendant deux mois: VLB a symboliquement brûlé son livre La grande tribu, c'est la faute à Papineau, le jour même de son lancement.Le polémiste finira-t-il par détruire l'écrivain?Et qui des deux devrait survivre ?CHANTAL GUY TROIS-PISTOLES \u2014 Alors que le budget fédéral et les échanges dans la LNH occupaient les tribunes, une petite poignée de journalistes était réunie mardi dans la grande et magnifique maison de VLB à Trois-Pistoles pour le lancement de son plus récent livre.Dans son invitation, VLB avait annoncé qu'il se retirait de la vie publique, pour des raisons «domestiques, politiques et de santé» afin de s'accorder une réflexion de deux mois.Les gens présents ne se sont pas déplacés pour rien.Un peu fanfaron, l'écrivain a tenu à préciser que, contrairement à ce que plusieurs pensent, il n'a pas fait de «rechute» (l'alcool ne fait plus partie de sa vie depuis des années).Sur une note plus triste, il nous a appris que quatre de ses six chiens, une meute qu'il adore, sont morts le même jour, «un de maladie, les trois autres sur la maudite track de chemin de fer de John A.Macdonald, qui a voulu faire du Canada un pays d'un océan à l'autre.J'ai vu ça comme un signe du destin.» Pas étonnant qu'il se sente orphelin, mais cette perte s'accompagne d'un sentiment plus grave.«Mon désarroi est grand aujourd'hui, a-t-il déclaré aux journalistes.Ce Québec français, indépendant, pacifiste, soucieux des minorités souffrantes d'ailleurs, on est en train de nous l'enlever.» Selon VLB, la menace de la disparition de la langue française en Amérique n'ayant jamais été plus réelle et le rêve d'un Québec indépendant aussi lointain, voilà ce qui le pousse à vouloir jeter l'éponge.Mais avant, une dernière bravade: «S'il fallait que j'en vienne à la conclusion que je me suis véritablement trompé, qu'il nous est impossible de sortir de notre schizophrénie, je ferai ce que symboliquement je vais faire aujourd'hui: brûler dans mon poêle à bois non seulement La grande tribu, c'est la faute à Papineau, mais tous les livres que j'ai écrits.Je ne veux pas me survivre juste pour moi-même.(\u2026) Sans véritable patrie, sans liberté, sans souveraineté et sans indépendance, l'individu n'est qu'une statistique, et les statistiques ne sont que les débris que laisse derrière elle l'histoire des autres.Ça ne m'intéresse pas, mais pas pantoute, de devenir un débris de l'histoire des autres.» Cela nous a pris quelques secondes avant d'allumer (c'est le cas de le dire) quand VLB s'est levé et a jeté sa brique de près de 900 pages au feu.Et pour la petite histoire, racontons qu'on lui a demandé de brûler un deuxième exemplaire afin de prendre de meilleures photos.La pièce est devenue aussi chaude que dans un four, le silence était profond et le malaise, palpable.VLB a répliqué en souriant, comme pour nous rassurer : «Moi, je trouve cela réjouissant ! Je suis convaincu qu'au Québec, il faut faire des gestes extrêmes pour que ça bouge.Sinon, on va se réveiller et on ne saura même pas ce qui nous est arrivé.» Fuir, s'éfuir, s'enfuir En tête à tête dans son bureau, on ne pouvait s'empêcher de revenir sur ce geste à la Cyrano.- Vous n'allez pas brûler tous vos livres, M.Beaulieu! - Oh que oui.Je suis quelqu'un de très entêté.- Mais ne pensez-vous pas que le polémiste est en train de tuer l'écrivain ?Cela ne vous fait rien?-Pour moi, l'enfer, c'est maintenant.Je ne veux pas, même par mes livres, le vivre après ma mort.Si les livres que j'ai écrits dans ma vie n'ont rien voulu dire pour mon pays, parce que ça n'a pas changé grand-chose, j'aime autant qu'ils disparaissent, comme moi je vais disparaître.» La disparition des oeuvres complètes de VLB, si cela était possible, causerait un énorme cratère dans l'histoire de la littérature québécoise (et un incendie assez considérable pour peut-être embraser la province).Cela représente 70 livres en près de 50 ans d'écriture.Et la source, loin de se tarir, ressemble de plus en plus à un fleuve qui gronde.On ne juge pas d'un livre par son nombre de pages, mais la qualité d'écriture de VLB ne vacillant pas avec les années, la grosseur de ses ouvrages semble confirmer une urgence, une explosion, un saut de l'ange (ou du diable).Après son monumental «essai hilare» sur James Joyce, l'écrivain s'est Chez VLB L'ultimatum « Pour moi, l'enfer, c'est maintenant.Je ne veux pas, même par mes livres, le vivre après ma mort.» 3532393A PLUS LECTURES CRITIQUE Un aboutissement littéraire CHANTAL GUY La grande tribu, c'est la faute à Papineau, annoncé depuis 1973, est le premier livre auquel VLB voulait s'attaquer, mais, comme il le dit lui-même, il n'en avait pas encore les moyens.Sept versions plus tard, le voici, et il s'agit d'une «grotesquerie », parce que le grotesque permet tous les excès - et ce livre n'est que cela, de l'excès, par ses thèmes, ses personnages, son imagerie et surtout sa langue.On sent la contamination du James Joyce, l'Irlande, le Québec, les mots dans la forme de La grande tribu, divisé en deux parties qui ne cessent d'alterner.La partie «Les libérateurs» est une suite de monographies sur la vie des grands libérateurs du 19e siècle (Daniel O'Connell, Simon Bolivar, Abraham Lincoln, Jules Michelet, Charles Chiniquy, Shang-Ti, Walt Whitman), des contemporains de Louis-Joseph Papineau, figure centrale et tragique.L'autre partie, intitulée «Les lésionnaires», est le récit halluciné, violent, parfois insoutenable de Habaquq Cauchon, un cul-de-jatte qui croit avoir un trou dans le crâne, descendant rebelle du Peuple des Petits Cochons Noirs, pensionnaire de la maison (ou du manoir, ou du château, ou de l'asile) du docteur Avincenne, qui lui fait subir les pires sévices, à lui et à l'orignal épormyable - alias Claude Gauvreau, que VLB considère comme le plus grand poète du Québec, et aussi comme un libérateur.Habaquq et l'orignal s'allieront, rejoindrons le Parti des lésions formé de tous les éclopés du Québec, qui prendront d'assaut l'Assemblée nationale pour exiger la déclaration unilatérale d'indépendance du Québec\u2026 Résumé ainsi, cela ressemble à un délire et c'en est un.Un formidable délire, et aussi paradoxal que cela puisse paraître, un délire parfaitement maîtrisé.tout de suite attaqué à cette «grotesquerie » tout aussi monumentale qu'est La grande tribu.Entre tout cela, il a eu le temps et l'énergie de publier Neige noire et les sept chiens, de terminer deux autres manuscrits, et d'écrire ses pamphlets dans les journaux.Ce qui est certain, c'est que malgré l'autodafé qu'il promet advenant la confirmation de ses pires craintes, il ne cessera pas d'écrire.Mais pas forcément d'ici ni sur ici.«Tant qu'à être en exil dans mon propre pays, autant être en exil ailleurs.» Encore deux mois pour y penser\u2026 Mais qu'est-ce qui le ferait changer d'idée?«D'abord que les Québécois se prononcent, a-t-il dit en conférence de presse.Tout ce qu'on entend, ce sont de supposés spécialistes.Je suis convaincu qu'il y a beaucoup de gens qui pensent comme moi mais qui n'osent pas le dire.Mais si on me dit que je suis dans les patates, que tout ce qu'on veut c'est être bilingues, cela signifie qu'on va finir par parler, vivre et travailler en anglais.Parce que dans un pays normal, il n'y a pas deux langues qui peuvent être concomitantes, il y en a toujours une qui l'emporte sur l'autre.» Le deuil du PQ Mais si autant de gens au Québec sont séduits par le bilinguisme et le multiculturalisme, n'est-ce pas plutôt le signe d'une nouvelle confiance?D'une génération décomplexée qui n'a pas grandi dans la «peur de l'anglais» ?VLB pousse un grand soupir.«Je suis d'accord qu'il y a des gens qui sont sûrs d'eux-mêmes et qui peuvent apprendre quatre ou cinq langues.C'est à partir du moment où on croit que l'idéal serait que tous les Québécois deviennent bilingues, comme ledisait Mme Marois, que ça ne passe pas.On a déjà de la misère à faire apprendre le français aux jeunes, il y a 40% d'analphabétisme au Québec! Ce que j'ai lu et entendu, c'est que pour avoir une meilleure vie et un meilleur salaire, on veut que nos enfants parlent anglais.Quoi, ça veut dire que si tu parles français dans ton pays, tu ne peux pas le faire?Moi, c'est contre ça que j'en ai.Ce que je veux, c'est que chaque québécois puisse travailler en français dans son pays et recevoir le même salaire que n'importe qui d'autre.» Ce que VLB ne pardonne pas non plus au PQ, c'est son étiolement.Il considère même qu'il n'y a plus de parti indépendantiste au Québec.«Ce que le PQ n'a jamais compris, c'est une petite chose toute simple qu'au moins les Kosovars ont compris: dans un système à deux partis, tupeuxdire: \"Nous, on est là pour faire l'indépendance et voter pour nous, c'est un vote pour l'indépendance.\" Dans un tel système, tôt ou tard tu y arrives.C'est ce qui est arrivé au Kosovo et c'est ce qui est arrivé en Écosse.Tu tiens ton bout et un jour tu y arrives parce qu'un jour ou l'autre, les gens ne voudront pas de l'autre parti.Ici, plutôt que de faire ça, le PQ est allé d'étiolement en étiolement, on est parti de l'indépendance, à la souveraineté-association, à une souveraineté et là, on veut poser des gestes de souveraineté.» Adieu prix Nobel ! VLB a fait sienne la formule de Sartre: «on n'est jamais assez radical.» Il est tout à fait conscient de ce qu'il fait, choisit les mots les plus chocs pour susciter une réaction.Ne craint-il pas de nuire à «la cause», de faire peur à ceux qui pensent comme lui?«Il faut être radical sinon il ne se passerait rien.Je pense qu'on a été molassons trop longtemps.Il y a trop de gens qui ont mentalement, socialement et culturellement abandonné.» À 15 ans, lorsque Victor-Lévy Beaulieu a décidé de devenir écrivain, il voulait être rien de moins que le meilleur.Il rêvait même du prix Nobel.Alors je lui demande si, sans l'indépendance, ce serait possible qu'un écrivain québécois puisse recevoir cet honneur.«Non.Parce que les prix Nobel sont accordés à des pays qui ne laissent pas le reste du monde indifférent.» PHOTOS FRANCOIS ROY, LA PRESSE de VLB LAGRANDETRIBU, C'ESTLAFAUTEÀ PAPINEAU Victor-Lévy Beaulieu Éditions Trois-Pistoles, 875 pages, 39,95$ PLUS LECTURES BIBLIO LOUIS XIV, LE ROI-SOLEIL MAX GALLO EDITIONS XO, 394 PAGES 34,95 $ L'historien qui écrit plus vite que son ombre, Max Gallo, s'est attaqué cette fois à Louis XIV le Roi-Soleil, dans un volume de presque 400 pages.Et pourtant, il ne raconte que les 44 premières années du règne le plus long de l'histoire de France ! On annonce le second tome qui sûrement sera aussi gros que le premier.Il fallait sans doute cela pour nous faire vivre l'histoire de ce monarque qui fut un séducteur, un artiste, un passionné de la danse et de la musique, et l'inventeur du gouvernement absolu.Séducteur ?On pourrait ajouter qu'il avait des fidélités successives.Artiste ?Danseur, soutien des poètes, écrivains, hommes de théâtre d'un siècle qui n'en manqua pas.Gouvernant absolu ?Il mit au point la royauté toute puissante, le roi maître de tout, le Roi-Soleil inspiré du Râ des Égyptiens, régissant les moindres rites d'une cour qu'il inventa afin de subjuguer et mettre au pas les grands, les administrateurs, les armées, le peuple aussi qui n'en mena pas large, hélas.Tout cela raconté comme le ferait un feuilleton aux scénarios toujours renouvelés, suspenses et anecdotes garantis.\u2014Jacques Folch-Ribas, collaboration spéciale VITA DI MORAVIA ALBERTO MORAVIA ET ALAIN ELKANN, FLAMMARION 49,95 $ À l'Italien Alberto Moravia, nous devons les romans derrière deux des meilleurs films de notre histoire : Le mépris de Godard et le sublime Le Conformiste de Bertolucci.C'est que Moravia, né en 1927 et mort en 1990, n'était pas seulement un grand observateur de la vie bourgeoise européenne, mais un de ses grands acteurs.Son père était juif non pratiquant ; sa mère, catholique d'origine yougoslave.Lui se qualifie d'anormal dès la première page de ces entretiens avec le journaliste et écrivain Alain Elkann.Le malheur, dit-il, caractérise tout rapport conjugal.Cet homme, lorsqu'il était jeune, était au courant des aventures de sa mère, qui ne l'a nullement choqué - insiste-t-il.Une belle recette pour transformer un garçon en écrivain, et oui, il prétend avoir toujours eu la vocation de l'écriture, car la révolte, dit-il, et non pas le pouvoir, le fascinait.Pourtant, Moravia était un grand mondain grâce à sa fréquentation du cinéma.D'où le petit côté «Écho-Vedettes» de ce livre avec des potins de haut niveau.\u2014 David Homel, collaboration spéciale LE SOUFFLE DES BALEINES ISABELLE GAGNON LES ÉDITIONS DU REMUE-MÉNAGE 122 PAGES, 18,95$ C'est tout d'abord l'histoire de Sarah, trentenaire noyée dans la peine et l'incompréhension à la suite de la mort de son mari qui cachait une double vie.C'est ensuite l'histoire d'Alix, embourbée elle aussi dans le deuil de son amante Clara.La jonction des deux femmes aura lieu sur le bord du fleuve Saint-Laurent, dans la région de Manicouagan, là où les rorquals « n'ont pas besoin de caresses pour exister ».Toutes deux enrubannées de leur deuil respectif, elles apprendront à revenir parmi les vivants.Sarah s'ouvrira à un nouveau monde de désirs qu'elle avait enfouis sous l'insécurité, Alix devra délimiter l'identité de Sarah, au-delà des ressemblances avec le fantôme de Clara.Après Marie Mirage (2000), Isabelle Gagnon peine étrangement ici à sortir des clichés malgré une construction de personnages qui semblait réussie.La longue marche vers la rédemption - qui prendra une forme charnelle - suit malheureusement davantage les tracés du fantasme que ceux des réels bouleversements émotifs.Ainsi, l'auteure privilégie une route parsemée de stéréotypes qui l'empêche d'étayer la rencontre amoureuse de ses deux protagonistes.La langue de l'auteure parvient néanmoins à créer un roman d'ambiance où l'âme malheureuse des esseulées « s'enveloppe de ses ailes comme une chauve-souris » pendant que les rorquals imperturbables poursuivent leur trajectoire tranquille\u2026 \u2014 Jade Bérubé collaboration spéciale AU PIED DE LA LETTRE DANIEL LEMAY LESDONNEURS À BRUXELLES Sous l'égide du Collectif d'écrivains de Lanaudière (CEL), six auteurs québécois s'envolent cette semaine pour Bruxelles où ils vont «présenter l'esprit de l'écriture publique» à la Foire du livre qui s'ouvre samedi.Au président-fondateur du CEL, le nouvelliste Jean-Pierre Girard, se joignent les romancières Madeleine Monette (Les rouleurs, Hurtubise HMH), Roxanne Bouchard (Whisky et paraboles, Typo), Josée Bilodeau (On aurait dit juillet, Québec Amérique), et Michel Vézina dont QA nous annonce La machine d'orgueil pour avril.Le nouvelliste Gilles Pellerin est aussi du voyage; le printemps dernier, le directeur littéraire des Éditions de l'instant avait publié à cette même enseigne une très intéressante correspondance (Lumières du nord) avec l'essayiste flamand Stefan Hertmans.Le Foyer d'écriture publique de Bruxelles \u2014 lancé à Joliette en 2001 sous le nom les Donneurs pour «offrir une alternative à la relation écrivainlecteur » \u2014 comptera aussi 11 écrivains belges et un français.POÈTES, VOS MICROS! À partir du constat que « la poésie reprend le chemin de l'oralité», l'Union des écrivains québécois, en collaboration avec les facultés de lettres des quatre universités montréalaises, présente mardi un débat littéraire rassemblant poètes, étudiants et professeurs.Sujet : « les enjeux des pratiques orales et performatives de la poésie ».Mardi 16h à la salle de bal de la Thomson House de l'Université Mc Gill (3650 rue Mc Tavish, au nord de l'avenue des Pins).L'UNEQ vient par ailleurs d'envoyer une lettre à tous les journaux et hebdos québécois leur demandant de souligner la journée mondiale de la poésie, le 21 mars.On en reparle, COMBAT, SOUFFRANCE Sophie Faucher, qui détenait « la balance du pouvoir» vendredi au dernier jour, a préféré l'approche divertissante de Nicolas Langelier, qui défendait La logeuse, et le roman d'Éric Dupont, publié au Marchand de feuilles, a remporté le Combat des livres à la Première Chaîne de Radio-Canada.«Ce que l'homme gagne en temps, il le paie en intensité»: le sociologue Vincent de Gaulejac est l'invité des Grandes Conférences de l'Université de Montréal mardi; l'auteur de l'essai Le coût de l'excellence (Seuil) traitera de la souffrance au travail et des moyens d'y survivre.Sources : Foire du livre de Bruxelles ; UNEQ; UdeM; radio-canada.ca Madeleine Monette PHOTO ROBERT MAILLOUX, LA PRESSE JADE BÉRUBÉ COLLABORATION SPÉCIALE François Lepage livre, avec Le dilemme du prisonnier, un premier roman construit sur le modèle d'une fable philosophique reposant sur la théorie des jeux.François Lepage (Joseph Grignon) possède un doctorat en logique, cette science qui permet la jonction entre philosophie et mathématiques.«On vit dans une société où il y a un clivage entre les scientifiques et les littéraires», déplore l'universitaire, qui fut directeur du département de philosophie de l'Université de Montréal.«Toutes les tentatives que les universités ont faites pour tenter de sortir les étudiants de leur ghetto respectif n'ont rien donné, poursuit-il.Ou alors c'est par effet de mode, par exemple lorsque la science s'immisce en art et qu'elle demeure métaphorique.» Mais on ne sort pas impunément le philosophe de l'auteur, puisque celui-ci a choisi de faire écho, dans son récit, à la théorie des jeux et plus particulièrement au dilemme du prisonnier.« Plu s ieur s compor tements humains sont explicables par les mathématiques.C'est ce qu'on appelle la théorie des jeux, dont le dilemme du prisonnier est la base.Et cette théorie se retrouve partout, même à la Bourse.» Le dilemme du prisonnier, en clair, veut que l'homme soit contraint de choisir entre un comportement rationnel et un comportement moral.L'illustration la plus simple de ce paradoxe est le principe du vote.Si une élection est gagnée par un seul vote, elle sera annulée, d'où l'absurdité de mettre son manteau et d'aller voter en pensant que son vote peut faire la différence.Ce geste est donc irrationnel.Les gens obéissent ici à leur conscience morale plutôt qu'à leur intérêt immédiat individuel.«Le paradoxe est l'endroit idéal pour confronter ses intuitions.Et parmi tous ces dilemmes, le dilemme du prisonnier provoque toujours des réactions, tout simplement parce qu'il exprime un conflit entre l'intelligence et la morale! Le comportement intelligent dit de faire le contraire du comportement moral.Je trouvais cette prémisse fort intéressante pour un roman.» Le livre de Lepage relate donc les destinées entrecroisées de quatre protagonistes, un professeur de philosophie, un imam, une militante écologiste ainsi qu'un criminel.«J'ai voulu illustrer cette impression que quelque chose cloche quelque part, et ce, à l'aide d'une fable philosophique comme le faisaient les anciens, c'est-à-dire où la psychologie des personnages ne compte pas.Mes personnages sont donc des êtres intelligents qui se trouvent dans une niche à l'intérieur de laquelle ils exercent une certaine liberté tout en étant contraints par la nature à faire des choses qui les mèneront devant un dilemme du prisonnier.» Alerte au canular Lepage ne se contente pas d'ériger sa structure littéraire sur des raisonnements philosophiques, mais fait également quelques clins d'oeil à Alan Sokal, ce professeur de physique qui avait réussi à publier un article truffé de théories incongrues, ridiculisant de ce fait tout le milieu intellectuel français, à la fin des années 90.Or, Lepage glisse lui-même dans le discours de son personnage universitaire, admiratif de Sokal, de faux théorèmes, transformant ce qui aurait pu être une banale illustration de concepts en véritable construction fictive.«Je distille le vrai et le faux tout le long de ce roman, c'est vrai.Mais c'est ça la littérature, non?Il s'agit de mentir tout en étant crédible, d'allécher le lecteur avec le réel pour l'emporter dans la fiction.» Ainsi, il devient difficile de se fier à la tonne d'informations se retrouvant dans le récit, un effet retors qui fait bien rire Lepage.«C'est un effet inattendu, je l'accorde.Mais le dilemme du prisonnier est un vrai concept, assure-t-il.Quant à savoir pourquoi certains adoptent le comportement de coopération et d'autres le rejettent, on peut spéculer làdessus très longtemps.Un roman, c'est d'ailleurs fait pour suggérer des choses.» Si l'on en croit l'auteur, le dilemme du prisonnier ne se retrouverait donc pas seulement en économie mais aussi en écologie et, surtout, dans les comportements religieux.L'un des protagonistes échafaude d'ailleurs une théorie (réelle ou fausse?) démontrant que l'islam est une société plus solide que la société américaine.«J'ai choisi de parler de l'islam parce qu'elle est probablement la religion qui illustre le mieux le dilemme du prisonnier, constate-t-il.Les musulmans sont fatalistes, la notion de liberté n'existe pratiquement pas, ils se voient seulement accomplir la volonté de Dieu.Mais il faut garder en tête que mon côté sarcastique prend parfois le dessus dans ce livre.J'aime piquer mon lecteur, lui faire faire des entourloupettes intellectuelles.Bref, je me suis bien amusé.» FRANÇOIS LEPAGE / Le dilemme du prisonnier Gymnastique intellectuelle PHOTO ROBERT MAILLOUX, LA PRESSE François Lepage fait écho au dilemme du prisonnier dans son premier roman.LE DILEMMEDUPRISONNIER François Lepage, Éditions du Boréal, 160pages, 18,75$ "]
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