La presse, 22 avril 2000, B. Plus
[" 6LP0101B0422 b01 samedi 22 avril 6LP0101B0422 ZALLCALL 67 00:58:05 04/22/00 B B Montréal, samedi 22 avril 2000 Plus La religion dans tous ses états pages B6 et B7 ÉDITORIAL / OPINIONS / MONDE L\u2019éclatement des religions traditionnelles, il y a plus de trente ans, a fait tomber toutes les certitudes.Auparavant fervents catholiques, toujours en quête de sens, les Québécois se bricolent désormais leur propre religion.Sur mesure.Même les dirigeants sentent le besoin d\u2019oublier un peu la machine et d\u2019insuffler un vent de spiritualité dans leurs usines.Mais leur quête du sens prend parfois des allures de quête de profits.À lire également, en pages B6 et B7, une enquête exclusive montrant que les Québécois ont des avis très partagés sur les grandes questions existentielles.Le syncrétisme de leur foi ouvre la porte aux vendeurs du temple.Lucratif, le fast-food pour l\u2019âme occupe une large part du marché de la spiritualité.Quête de sens ou quête de profits?Isabelle Hachey J.-Robert Ouimet n\u2019est pas que le magnat montréalais de la boîte de conserve.Le PDG de Ouimet Cordon Bleu est aussi un fervent catholique qui a concocté dans ses usines une recette alléchante, mais potentiellement explosive : un subtil mélange de spiritualité et de valeurs chrétiennes à la sauce néolibérale de l\u2019économie de marché.Les 400 employés (non syndiqués) de M.Ouimet ont beau travailler sur une chaîne de montage, ils seraient, selon leur dirigeant, parfaitement épanouis grâce aux salles de méditation, aux réunions spirituelles et au soutien moral et humain offerts par le nouveau prophète de la gestion.La recette est simple.J.-Robert Ouimet affirme « prier pour gérer en Dieu ».Résultat sur le plancher des vaches : la compagnie fait plus de profits.Miracle ?Pas tout à fait.Il s\u2019agit plutôt du fruit de 25 années d\u2019expérimentations à l\u2019intérieur des usines de Cordon Bleu, dont le dirigeant et seul actionnaire a d\u2019ailleurs tiré.une thèse de doctorat, véritable bible de 1500 pages décrochée à 64 ans à l\u2019Université de Fribourg (Suisse), en 1998.Comme le PDG Ouimet, de plus en plus de chefs de file sentent désormais le besoin d\u2019insuffler un vent de spiritualisme dans leur entreprise.En fait, le regain religieux dans le monde des affaires prend plutôt la forme d\u2019un ouragan en Amérique du Nord, si l\u2019on en croit une récente étude d\u2019un professeur en gestion de l\u2019University of Southern California, Ian I.Mitroff : pas moins de 92 % des 230 gestionnaires et directeurs interrogés cherchent des façons de mieux intégrer la spiritualité ou la religion dans leur travail.Les chefs de file semblent croire que la spiritualité serait en train de devenir l\u2019avantage compétitif ultime.Au cours des six dernières années, 300 employés de la société Xerox ont communié avec la nature dans un désert du Nouveau-Mexique, cherchant une inspiration divine pour fabriquer un nouveau photocopieur révolutionnaire.Dans la Silicon Valley, un groupe d\u2019hommes d\u2019affaires a réussi à connecter la haute technologie à l\u2019hindouisme.Des compagnies américaines comme Taco Bell et Pizza Hut ont même formé des « escouades de Dieu » qui peuvent visiter, à l\u2019hôpital, 24 heures sur 24, les employés souffrant de dépression nerveuse, rapportait le magazine américain Business Week il y a quelques mois.La vague touche aussi le Québec.Chaque année, les petits déjeuners de la prière du Grand Montréal réunissent entre 500 et 1000 dirigeants en quête spirituelle.De plus petits groupes se recueillent ainsi tous les mois.Et la dernière personnalité à avoir fait la une du magazine Entreprendre n\u2019est pas Laurent Beaudoin ou le fils Péladeau, mais le cardinal Jean-Claude Turcotte ! Thierry Pauchant, professeur à l\u2019École des hautes études commerciales (HEC), estime que le phénomène n\u2019est pas simplement un outil de gestion en vogue, mais bien le signe d\u2019un malaise plus profond.« De plus en plus de cadres supérieurs décrochent.Ils ne veulent plus travailler 70 heures par semaine.Ils se disent « oui, j\u2019ai une BMW, une maison extraordinaire, mais il me manque quelque chose ».Il y a un mouvement de fond, les gens veulent retrouver une façon plus humaine de faire des affaires », explique celui qui a dirigé le collectif La quête du sens.« Bon nombre de ces chefs de file sont toujours sur la brèche, dit l\u2019abbé Roland Leclerc, qui anime chaque année les petits déjeuners de la prière à l\u2019hôtel Reine-Élizabeth.Ils ont besoin de prendre un temps d\u2019arrêt et de silence dans cette vie trop trépidante.» Confrontés aux dogmes du néolibéralisme et de la mondialisation des marchés, écoeurés du rationalisme technocratique de leur boîte ou torturés par les congédiements qu\u2019ils ont froidement effectués au nom de la rentabilité, des dirigeants se cherchent, se tournent vers Dieu, Allah ou Bouddha, font appel à des gourous ou plongent dans l\u2019ésotérisme.Les risques de dérapage sont grands et les contrôles, à peu près inexistants.Abus et dérapages « La spiritualité est une question d\u2019ordre privé et n\u2019a pas du tout sa place en milieu de travail.Cela peut conduire à des abus facilement », dit Yves Casgrain, consultant en mouvements sectaires qui a enquêté pendant un an sur l\u2019infiltration appréhendée d\u2019éléments ésotériques au sein d\u2019Hydro-Québec, en 1996.M.Casgrain a découvert que plusieurs employés de la société d\u2019État avaient suivi des formations d\u2019écogestion données par un membre du Mouvement du Graal, dans une auberge du lac Simon, en Outaouais.« Lorsqu\u2019ils prenaient une marche, ils passaient devant le temple du Mouvement ! Plusieurs d\u2019entre eux étaient très mal à l\u2019aise, mais ils n\u2019ont pas porté plainte, de peur que cela ait des conséquences négatives sur leur carrière.» La spiritualité en entreprise est une mode, une nouvelle formule n\u2019ayant qu\u2019un seul objectif : maximiser les profits, estime M.Casgrain.« Les gestionnaires font l\u2019équation suivante : plus nos employés se sentiront bien, plus ils seront performants, et plus notre entreprise va être compétitive.» « Ce n\u2019est pas une mode ; c\u2019est là pour rester.D\u2019un côté, c\u2019est merveilleux, et de l\u2019autre, c\u2019est extrêmement dangereux », nuance Thierry Pauchant.« Il ne faut pas que cette quête spirituelle soit menée par un leader charismatique et appliquée seulement au secteur des ressources humaines, explique-t-il.Le signe d\u2019une spiritualité saine, c\u2019est lorsque les mesures touchent toutes les facettes de l\u2019entreprise.» Bref, si les valeurs de l\u2019entreprise sont transmises aux employés, elles doivent aussi se refléter dans le marketing, la recherche et le développement, voire dans les produits eux-mêmes.La société Ben & Jerry (du Vermont), par exemple, offre dix cents de chaque dollar de profits en don pour améliorer le sort du monde.L\u2019entrepreneur doit aussi laisser ses employés complètement libres d\u2019adhérer ou non à ses principes moraux et spirituels, de façon à ce que les croyances de chacun soient respectées.« La question est délicate.Nous vivons dans un monde pluraliste, il y a des différences entre les gens, et il peut y avoir certaines pressions », dit Solange Lef e b v r e , t h é o l o g i e n n e e t anthropologue à l\u2019Université de Montréal.Le PDG de Cordon Bleu, J.-Robert Ouimet, insiste sur le fait qu\u2019il ne tient pas à imposer sa foi, que ses employés peuvent choisir sans contrainte le Dieu Amour, Être Suprême ou Créateur qu\u2019ils préfèrent, et que les moments de prière peuvent aisément se convertir en moments de silence et de réflexion.« Ce n\u2019est pas nécessairement un projet religieux.Cela peut être purement humaniste », dit-il.Mais le « Projet » du PDG transpire le catholicisme de toutes parts.« Ces pratiques peuvent heurter la foi ou même l\u2019athéisme des gens », craint M.Casgrain, qui ne doute pas, cependant, de la sincérité et de la bonne foi de M.Ouimet.« Si vous voulez chercher un sens à votre vie, il y a des ressources externes.Pas besoin de transformer votre entreprise en église.Vous savez, l\u2019enfer est pavé de bonnes intentions ! » PHOTO PIERRE CÔTÉ, La Presse © Depuis un quart de siècle, J.-Robert Ouimet, PDG de Cordon Bleu, a conçu 16 outils de gestion afin de concilier le bonheur de ses employés et la rentabilité de son entreprise.Une méthode qui, malgré ses forts relents catholiques, pourrait selon lui être appliquée dans « toutes les organisations des cinq continents ».Concilier bonheur humain et rentabilité de l\u2019entreprise ISABELLE HACHEY La décoration a de quoi surprendre dans les bureaux de J.-Robert Ouimet, au centre-ville de Montréal.Une chaise rose délavé, dans laquelle mère Teresa s\u2019est assise lors de sa visite à Montréal en 1986, trône au milieu de crucifix, de bibles, d\u2019images saintes et de petits anges en plâtre.Une visite de ce sanctuaire rend presque impossible de douter de la bonne foi du PDG de Ouimet Cordon Bleu, qui a conçu 16 outils de gestion, depuis un quart de siècle, ayant pour but de « concilier bonheur humain et rentabilité de l\u2019entreprise ».« Nos taux de roulement et d\u2019absentéisme sont plus bas que dans les autres entreprises, dit M.Ouimet.Mais il ne faut surtout pas essayer d\u2019implanter ce modèle uniquement pour augmenter la productivité.Ça deviendrait carrément de la manipulation humaine ! » Les 400 employés de l\u2019entreprise \u2014 M.Ouimet préfère parler d\u2019« êtres humains » \u2014 sont d\u2019abord mal à l\u2019aise face aux salles de prière et aux conférences spirituelles implantées dans les usines de Cordon Bleu.« Ils ont peur du prosélytisme, de l\u2019aspect sectaire possible et du préchi-précha religieux », admet M.Ouimet.Et ils prennent en moyenne dix ans pour se sentir vraiment en confiance ! Malgré tout, M.Ouimet croit que la spiritualité a sa place auprès des ouvriers d\u2019une chaîne de montage.« Lorsqu\u2019un être humain punche sa carte au travail le matin, estce qu\u2019il laisse son esprit à la maison ?On reproche au système d\u2019être froid et matérialiste.Il est possible de le rendre plus humain.» Le PDG accorde une « importance fondamentale » à la dignité humaine, ce qui ne l\u2019empêche pas de mettre des ouvriers à la porte.Ce sont les dures règles du capitalisme, qui reste malgré tout le « meilleur système » économique de la planète, selon M.Ouimet.« (Congédier un employé), c\u2019est une des décisions les plus difficiles à prendre.C\u2019est là qu\u2019il faut se brancher sur la Transcendance, sinon on devient fou ! » 6LP0201B0422 B2 samedi 6LP0201B0422 ZALLCALL 67 00:59:46 04/22/00 B B 2 LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 22 AVRIL 2000 Editorial ANDRÉDESMARAIS PRÉSIDENT DU CONSEIL D\u2019ADMINISTRATION GUY CREVIER PRÉSIDENT ET ÉDITEUR MARCELDESJARDINS VICE-PRÉSIDENT ET ÉDITEUR ADJOINT YVES BELLEFLEUR DIRECTEUR DE L\u2019INFORMATION ALAINDUBUC ÉDITORIALISTE EN CHEF Internet: le Québec à la chandelle Dans la série d\u2019éditoriaux que La Presse a publiée, en février, intitulée « Réinventer notre avenir », nous avons insisté sur la nécessité pour le Québec de passer à autre chose et d\u2019explorer les pistes qui assureraient son développement.C\u2019est dans cet esprit que, sous ce même chapeau de « Réinventer le Québec » nous nous pencherons régulièrement sur ces thèmes essentiels pour notre avenir, notamment l\u2019économie du savoir, l\u2019éducation, la culture.Aujourd\u2019hui et mardi, nous analyserons le retard des Québécois face à Internet.Quarante-trois pour cent des foyers canadiens ont maintenant Internet.Le Canada rejoint ainsi les États-Unis, pour devenir l\u2019un des deux pays les plus branchés au monde.Mais le Québec ne suit pas.Avec un taux de branchement de 29 %, le Québec fait bande à part, au dernier rang canadien, derrière les provinces Maritimes.S\u2019il est vrai qu\u2019Internet représente une révolution aussi profonde que l\u2019arrivée de l\u2019électricité, alors les Québécois s\u2019éclairent encore à la chandelle.Alain Dubuc adubuc@lapresse.ca Dans ce monde qui évolue très rapidement, cet écart représente en fait un retard de deux ans sur le reste du continent.C\u2019est sérieux.D\u2019abord, parce que les années que nous perdons nous empêchent de prendre la place qui nous revient dans une nouvelle économie dont la course folle ne reconnaît pas les frontières.Mais surtout, parce que ce retard n\u2019est pas dû au hasard.Des phénomènes sociaux, culturels, économiques entravent la pénétration d\u2019Internet au Québec, qu\u2019il faut identifier et circonscrire pour que les Québécois ne soient pas exclus de ce qui est la nouvelle forme du savoir et le principal outil de succès économique.Le gouvernement Bouchard est manifestement conscient de la gravité du problème.C\u2019est certainement dans cet esprit que le budget Landry annonçait un programme de 120 millions sur trois ans pour brancher les familles à revenus faibles et moyens.Toutefois, les bonnes intentions ne suffisent pas.Ce coûteux programme, qui ne réglera rien, donne surtout l\u2019impression que Québec a agi pour avoir l\u2019air de faire quelque chose.L\u2019État traditionnel, démuni devant la nouvelle économie, a réagi dans ce dossier avec ses vieux réflexes classiques qui n\u2019ont plus grand sens dans un monde en changement.Heureusement, les Québécois ne sont pas totalement fermés à Internet.Des sondages Léger et Léger montrent que, dans une semaine type, deux millions de Québécois, soit le tiers des adultes, s\u2019en servent au travail ou à la maison.C\u2019est déjà beaucoup.Mais la vraie mesure de l\u2019intégration durable de ce mode de communication dans nos vies, c\u2019est le branchement Internet à la maison.Et c\u2019est là que le bât blesse.On peut bien sûr se consoler en se comparant à d\u2019autres pays.L\u2019étude qui plaçait la pénétration d\u2019Internet à 29 % au Québec, réalisée en novembre par Pricewaterhouse- Coopers, établit le taux de branchement à 24 % au Royaume-Uni, à 19 % en Allemagne, à 10 % en France.Ces comparaisons créent un faux sentiment de sécurité.Le Québec est en Amérique du Nord, et c\u2019est avec ce continent que se font le gros de ses échanges, tant économiques que culturels.Le fait d\u2019être un champion d\u2019Internet dans une francophonie qui n\u2019est pas dans le coup ne nous sera pas d\u2019un grand secours.Dans les documents qui accompagnaient le budget, le gouvernement du Québec a essentiellement expliqué ces retards par des facteurs économiques, en constatant que le taux d\u2019utilisation d\u2019Internet diminue à mesure que le revenu baisse.En 1998, l\u2019accès à Internet était de 34,5 % pour les ménages dont le revenu était supérieur à 60 000 $, de 30,1 % pour les revenus de 50 à 60 000 $, de 10,9 % pour les revenus de 30 à 40 000 $, et de 7-8 % pour les revenus plus bas.Le fait que les ménages moins riches soient moins branchés a amené Québec à conclure que nous étions en face d\u2019un problème d\u2019argent.« Le revenu semble ainsi constituer un frein majeur à l\u2019utilisation d\u2019Internet », conclut le document du ministre Landry.D\u2019où un programme ciblé vers les familles qui touchent des allocations familiales, aux revenus inférieurs à 50 000 $.Ils auront droit à un crédit d\u2019impôt de 200 $ par an pendant deux ans, les trois quarts des frais de branchement, ou de 450 $ par an pour ceux qui auraient besoin d\u2019un ordinateur.Le raisonnement qui sous-tend la démarche gouvernementale ne résiste cependant pas à une analyse soutenue.Il est vrai qu\u2019il y a un écart dans l\u2019utilisation d\u2019Internet en fonction du revenu, ce que l\u2019on appelle la « fracture numérique ».Mais cette fracture n\u2019est pas unique au Québec : on l\u2019observe partout dans le monde.Ce n\u2019est d\u2019ailleurs pas cette inégalité devant Internet qui explique les retards du Québec.Les écarts sont en effet plus marqués au milieu et au haut de l\u2019échelle.Quant aux familles québécoises au bas de l\u2019échelle, elles ne sont pas moins branchées que les familles pauvres américaines ! Autrement dit, en subventionnant les familles à revenus plus faibles, on fait peut-être une oeuvre sociale utile, mais on ne permet pas au Québec de combler son retard.D\u2019autres indices montrent d\u2019ailleurs clairement que le retard du Québec n\u2019est pas lié à des questions de revenus.Comment expliquer que Terre-Neuve soit plus branchée que nous ?Ou encore, comment expliquer que le Québec ne soit pas très en retard quand il s\u2019agit de posséder un ordinateur ?En 1998, ce taux d\u2019informatisation était de 37 % au Québec, pas tellement loin derrière les 42 % des USA.Et pourtant, des ordinateurs, ça coûte de l\u2019argent.Par ailleurs, la fracture sociale, un problème réel, parce que les citoyens les plus vulnérables seront encore une fois privés des outils du succès et du progrès, ne se réglera pas avec quelques dollars.Cette nouvelle forme d\u2019exclusion est du même ordre que l\u2019analphabétisme, l\u2019échec scolaire dans les milieux défavorisés ou le refus de la lecture.Elle exige des approches similaires à celles que l\u2019on a déployées pour combattre les formes d\u2019exclusion plus traditionnelles.On ne réglera pas plus la fracture numérique en distribuant des ordinateurs qu\u2019on a pu combattre l\u2019analphabétisme en distribuant des dictionnaires gratuits.Voilà pourquoi le programme de 120 millions pour subventionner l\u2019accès à Internet risque de mener à un gros gaspillage.D\u2019autant plus qu\u2019il existe d\u2019autre formules pour réduire les coûts d\u2019abonnement : il suffit de lire le texte que nous publions aujourd\u2019hui en page B3 pour le constater.Le même raisonnement vaut à plus forte raison pour les projets encore plus colossaux, comme celui du promoteur Sylvain Vaugeois qui, dans un texte que nous avons publié cette semaine dans notre page d\u2019opinions, voudrait que le gouvernement branche gratuitement l\u2019ensemble des Québécois.Une dépense considérable, qui serait évidemment un pactole pour les fournisseurs, mais dont on a du mal à comprendre la logique : pourquoi le Net gratuit, mais pas le téléphone, le câble, ou le lait ?Ce que le gouvernement, désemparé, a fait, c\u2019est de plaquer ses vieux réflexes à un problème qu\u2019il ne maîtrise pas.Il a ainsi accouché, avec son programme de 120 millions, d\u2019une politique sociale des années 70 pour un problème de l\u2019an 2000.Mardi, nous montrerons que le retard québécois sur Internet s\u2019explique essentiellement par des facteurs linguistiques et culturels.Si Québec veut s\u2019y attaquer, il devra repenser radicalement ses façons de faire.Le cafouillage La décision, jeudi, du ministre québécois de l\u2019Environnement de stopper, pour le moment du moins, le projet de centre de transbordement des déchets sous l\u2019échangeur Turcot, à Montréal, est la première bonne nouvelle dans ce dossier depuis longtemps.Devant le cafouillage de l\u2019administration Bourque dans cette affaire, depuis le début, un banlieusard un peu cynique serait tenté de railler le Montréalais moyen en lui susurrant le vieux refrain : « Tu l\u2019as voulu ; tu l\u2019as eu ! Maintenant vis avec ! » Pierre Gravel pgravel@lapresse.ca Le problème, c\u2019est que ce projet met en relief des questions qui vont bien au-delà des odeurs désagréables, du va-et-vient des camions et des autres formes de pollution menaçant les malheureux qui n\u2019ont pas les moyens d\u2019émigrer vers un environnement moins hostile.Il illustre aussi et surtout l\u2019échec des mécanismes devant aider les élus à prendre le pouls de la population concernée par certaines initiatives.Et, à l\u2019inverse, amener cette dernière à comprendre le pourquoi et le comment des décisions prises en son nom.On sait maintenant que, dans ce cas, ces velléités de dialogue n\u2019ont rien donné.Pas plus que dans les demandes de changement de zonage reliées à d\u2019autres projets comme Loblaws, Redpath, ou le terrain des pères dominicains à NDG.Rien donné sauf accréditer l\u2019impression que les autorités municipales improvisent, là comme ailleurs, avec un préjugé évident et mal déguisé envers les promoteurs.En fait, les audiences auront servi d\u2019exutoire à la rogne de citoyens dont les protestations légitimes avaient aussi l\u2019air de combler d\u2019aise les adeptes du syndrome « pas dans ma cour » aux propos parfois démagogiques.Avec, comme résultat, qu\u2019on n\u2019est guère plus avancé sur la pertinence des projets étudiés.Ou sur le sérieux des précautions envisagées par les autorités \u2014 quand ce n\u2019est pas par les promoteurs eux-mêmes \u2014pour que le bien commun prévale sur les intérêts particuliers.La situation est moins inquiétante quand il s\u2019agit de l\u2019ouverture d\u2019un supermarché qui menace surtout un commerçant local pas assez fort ou agressif pour faire face à cette nouvelle concurrence.Mais il en va autrement dans le cas de citoyens à revenus modestes d\u2019un quartier déjà défavorisé, quotidiennement aux prises avec les problèmes inhérents à la proximité de voies rapides, à qui on propose de s\u2019habituer aussi à vivre peut-être pas vraiment aux abords d\u2019un dépotoir mais presque.À deux pas en tout cas d\u2019un centre où, plus de 200 fois par jour, des camions d\u2019ordures viendront vider leur chargement dans des contenants encore plus gros.Tout le monde conviendra qu\u2019il faut bien que ces opérations se fassent.Et que personne, n\u2019est intéressé à accueillir un tel centre dans sa cour.Ce n\u2019est pas une raison pour se satisfaire des réponses vagues, des propos rassurants et des affirmations paternalistes sur le mode « faitesmoi confiance » où se réfugie l\u2019administration actuelle.En réalité, tout reste à faire dans ce dossier en termes d\u2019examen objectif de toutes les données du problème, d\u2019information honnête auprès de la population en général et de consultation réelle des résidants du secteur visé.C\u2019est en ce sens que la décision du ministre Paul Bégin paraît très encourageante.Lui seul pouvait encore, à cause du changement aux règlements que ce projet exige, arrêter le rouleau compresseur et obtenir que cette question soit mieux scrutée avant d\u2019aller plus loin.Reste à souhaiter que ce répit soit mis à profit.Et que Montréal renoncera à la riposte, évoquée jeudi, consistant à déplacer ce débat sur la scène judiciaire dans l\u2019espoir de neutraliser ce sursaut de bon sens afin de pouvoir encore une fois faire triompher le cafouillage.DROITS RÉSERVÉS Serge.Chapleau@lapresse.ca L\u2019«olfactivement correct» Le constable Scott Manning, de la Gendarmerie royale du Canada, est formel : l\u2019affaire est sérieuse et doit être traitée en conséquence.Il faut à tout prix éviter que cette vague de criminalité ne s\u2019étende à toute la région.Dans ce but, s\u2019il s\u2019avère nécessaire de faire un exemple, la justice sera impitoyable avec le délinquant épinglé dans le cadre d\u2019une délicate intervention policière.« Peut-être même porterons-nous des accusations de voies de fait », confirme gravement le constable.Le limier est chargé de l\u2019enquête déclenchée dans le but de faire la lumière sur les activités louches d\u2019un adolescent de 17 ans, Gary Falkenham, qui fréquente un high school de la banlieue de Halifax, en NouvelleÉcosse.La semaine dernière, le suspect a été pris en flagrant délit de possession et usage de désodorisant Aqua Velva ainsi que de gel capillaire Dippity Do ; il s\u2019agissait d\u2019une deuxième récidive.En attendant la suite des procédures, le présumé criminel demeure en liberté provisoire.Ce n\u2019est pas parce qu\u2019on rit que c\u2019est drôle, soutenait un défunt magazine humoristique.De nombreux penseurs \u2014 à commencer par Alain-Gérard Slama dans son monumental Angélisme exterminateur, paru en 1993 \u2014 se sont déjà penchés sur cette forme de totalitarisme moderne qui se donne pour but d\u2019instaurer une sorte de « dictature du bien », quitte à recourir à la puissance répressive de l\u2019État pour réglementer tous les aspects de la vie en société, et même de la vie privée.Avec l\u2019invention américaine du « politiquement correct », la civilisation fit un grand pas en avant dans cette direction.Depuis, les progrès ont été encore plus remarquables.On tente maintenant de réglementer la politesse, le savoir-vivre, la civilité, en partant du principe que, laissé à lui-même, l\u2019individu ne sait pas se conduire, et que seule la collectivité est en mesure de savoir \u2014 et d\u2019imposer \u2014 ce qu\u2019est un comportement acceptable.À Halifax, on peut ainsi proposer aujourd\u2019hui l\u2019« olfactivement correct ».Des écoles, collèges et autres institutions ont en effet édicté des codes de l\u2019odeur, qui interdisent en leurs murs le port de parfums, eaux de toilette et désodorisants.Au high school fréquenté par le jeune délinquant évoqué plus haut, une dizaine d\u2019étudiants ont été suspendus cette année pour délit olfactif \u2014 et ils peuvent s\u2019estimer heureux de vivre au Canada : qui sait si, dans certains États américains, ils n\u2019auraient pas été condamnés à la chaise électrique ! Bref, il n\u2019y a apparemment rien à y faire : à la suite de l\u2019affaire Falkenham, la justice, qui était déjà aveugle, devra maintenant être anosmique \u2014 néologisme dérivé de « anosmie », qui désigne la perte de l\u2019odorat. 6LP0301B0422 B3 samedi 6LP0301B0422 ZALLCALL 67 01:05:22 04/22/00 B LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 22 AVRIL 2000 B 3 Le tapis glisse, glisse.Imaginez-vous en équilibre instable sur un tapis posé sur un parquet trop bien ciré.Le tapis est léger, il a rétréci avec le temps ; c\u2019est pour ainsi dire une carpette.Vous-même êtes, comme je disais, en équilibre instable, les bras ballants, un pied sur le tapis, l\u2019autre en l\u2019air.Telle était, jusqu\u2019à tout récemment, la position de ce pauvre Joe Clark, ancien-nouveau leader du Parti progressiste-conservateur.Or, voilà que quelqu\u2019un arrive par derrière, et tire le tapis vers lui.C\u2019est facile : le tapis est léger, le parquet est glissant et vous-même n\u2019êtes pas bien pesant.Que se passe-t-il ?Le tapis vous glisse de dessous les pieds et vous tombez par terre, les quatre fers en l\u2019air.Pauvre Joe Clark.Le type qui est en train de tirer le tapis vers lui a le bras long, c\u2019est le cas de le dire.Mais surtout, Tom Long a à sa disposition une énorme machine : la BBM ou Big Blue Machine, qui est à la politique canadienne ce qu\u2019est la BMW au monde automobile \u2014 un engin sans fantaisie mais solide, et qui tient bien la route.n n n Ce qui se passe dans la course au leadership de l\u2019Alliance canadienne (la nouvelle identité du Reform Party) pourrait avoir d\u2019énormes conséquences.À la limite, cela pourrait vouloir dire la disparition du Parti progressiste-conservateur et la fin du règne de Jean Chrétien.Résumons les derniers événements.Dans l\u2019espoir de se donner des chances à l\u2019est du Manitoba (où le Reform n\u2019a jamais réussi à faire élire un seul député), Preston Manning fait un pari audacieux.Le parti changera de nom, assouplira son programme, s\u2019alliera avec des conservateurs ontariens.Manning met son poste en jeu.et se représente.Problème : peut-on vraiment changer l\u2019image du parti sans en changer le chef ?Jusqu\u2019à tout récemment, son seul rival sérieux était l\u2019ancien minist r e d e s F i n a n c e s albertain, Stockwell Day.Problème : un parti qui veut séduire l\u2019électorat centriste peut-il se donner comme chef un pasteur protestant qui est contre l\u2019avortement et en faveur de la peine de mort ?Depuis qu\u2019il a annoncé sa candidature, M.Day a passé son temps à se défendre d\u2019être un extrémiste.Mauvais début.Tom Long, l\u2019habile stratège qui a joué un rôle capital dans les deux victoires électorales de Mike Harris et qui a accompagné de près le Reform dans sa métamorphose, était le meilleur candidat de la Big Blue Machine ontarienne, mais il préférait, pour des raisons familiales, continuer à jouer un rôle d\u2019éminence grise.Après quelques péripéties (dont la candidature avortée d\u2019un obscur ministre ontarien), Tom Long décide finalement de plonger.Il annoncera formellement sa candidature d\u2019ici quelques jours.Comme il fallait s\u2019y attendre, l\u2019affaire est soigneusement orchestrée.Les témoignages d\u2019appui prestigieux précèdent l\u2019entrée en scène du héros.Ainsi, le ministre des Finances ontarien, Ernie Eves, vient d\u2019annoncer sa démission du Parti conservateur fédéral.Il entend militer en faveur de Tom Long.avec, à sa suite, une très grande partie du cabinet Harris, de même que les plus importants organisateurs et conseillers du premier ministre ontarien.Pour Joe Clark, la défection de M.Eves est un très dur coup.Ce dernier a soutenu le chef conservateur depuis le tout début de sa carrière, alors que le jeune Clark briguait les suffrages au congrès de leadership de 1976.Mais dans ce cas-ci, l\u2019amitié n\u2019est pas aveugle.Il est devenu assez évident que le parti de Joe Clark ne s\u2019en va nulle part.Ce dernier n\u2019arrive même pas à asseoir son autorité sur son caucus pourtant pas bien gros ni bien remuant.L\u2019opposition de M.Clark au projet de loi sur la clarté, par exemple, a divisé le caucus, et le chef s\u2019est retrouvé isolé, bredouillant des explications confuses : au Québec, il est contre le projet de loi parce qu\u2019il mine l\u2019autodétermination du Québec ; en dehors du Québec, parce qu\u2019il reconnaît la possibilité de la sécession ! Le PC est couvert de dettes, et l\u2019argent ne rentre pas.M.Clark s\u2019est finalement résolu à briguer les suffrages lors d\u2019une élection partielle (ce qu\u2019il avait juré de ne pas faire, histoire de multiplier les tournées à travers le pays).La rumeur veut que le député Bill Casey démissionnera pour permettre à son chef de se présenter dans le comté ultra-sûr de Cumberland-Colchester, en Nouvelle-Écosse.Problème : même s\u2019il atterrit aux Communes, le chef du parti ayant le moins de sièges n\u2019aura pas beaucoup de temps d\u2019antenne.Et même s\u2019il avait plus de visibilité, est-ce que cela réglerait les problèmes de ce pauvre Joe Clark ?Le tapis glisse, glisse.L\u2019un de ses trois députés québécois, André Harvey, vient de déclarer que si Tom Long est élu à la tête de l\u2019Alliance, il « réfléchira » à son avenir.Peter White, conservateur de longue date, ancien collaborateur de Brian Mulroney, et aujourd\u2019hui bras droit de Conrad Black, vient de publier dans La Presse un appel sollicitant la candidature de Québécois francophones comme candidats de l\u2019Alliance aux prochaines élections.Un autre qui doit suivre de près ce qui se passe à l\u2019Alliance est Jean Chrétien, lui dont la grande chance, jusqu\u2019à présent, a été le fractionnement de l\u2019opposition.Si jamais l\u2019Alliance se donnait un leader capable de séduire l\u2019Ontario sans perdre les solides appuis que le Reform a réussi à obtenir dans les provinces de l\u2019Ouest, les libéraux risquent de voir venir la fin du pouvoir absolu dont ils jouissent depuis sept ans.Cela les amènera à scruter de plus près les chances de Jean Chrétien comparativement à celles de Paul Martin.L\u2019émergence de l\u2019Alliance comme parti national, en remplacement du Parti conservateur, aura pour effet de déplacer l\u2019échiquier vers la droite.Le principal thème de campagne de l\u2019Alliance sera la réduction des impôts.M.Martin, dans ce contexte, pourrait être un leader plus crédible que M.Chrétien.n n n Bien sûr, rien ne dit que Tom Long accomplira le miracle dont ses partisans le croient capable.Pour l\u2019instant, il est ce qu\u2019était Jean Charest pour les fédéralistes à la veille de son passage au PLQ : le héros, le chevalier, le sauveur.Inévitablement, la déception suivra.Pour l\u2019instant, l\u2019homme est totalement inconnu du grand public, et si ses idées sont connues (grosso modo, ce sont celles qu\u2019il a soufflées à Mike Harris) on n\u2019a jamais mesuré ni son charisme ni sa capacité de gérer un parti.C\u2019est pourquoi les prochaines semaines seront passionnantes.Tout peut se produire \u2014 y compris une réaction des anciens réformistes de la base « western » contre cette invasion de la BBM ontarienne dans leur château fort.Lysiane OPINIONS Visionnaire, le gouvernement?Pendant que Québec subventionne le raccordement à Internet, des entreprises y donnent accès gratuitement Petit magot et gros sabots JACQUES BEAUMIER L\u2019auteur était rédacteur en chef du Ven\u2019d\u2019Est.Il est rare que les journalistes vivent les événements de l\u2019intérieur.J\u2019aurai été le dernier rédacteur en chef du Ven\u2019d\u2019est, de mars 1998 à avril 2000, avec en prime la tâche de directeur à partir de septembre 98.Le magazine Ven\u2019d\u2019est était le seul magazine francophone dans les provinces de l\u2019Atlantique, publié depuis 1985.Son fondateur, Euclide Chiasson, avait aussi fondé le Parti acadien, en 1972.Le magazine est apparu dans le vacuum qui a suivi la dissolution du Parti acadien, en 1981, et la disparition du quotidien L\u2019Évangéline, en 1982.Il se voulait un magazine généraliste qui faisait valoir le pluralisme des opinions afin d\u2019engager des discussions au sein de la société acadienne.Le petit magot, c\u2019est le budget du Ven\u2019d\u2019est, évidemment.Encore plus petit que les montants de marges d\u2019erreur que se donnent les gestionnaires du secteur public.Eux, ils auraient considéré que le Ven\u2019d\u2019est roulait avec « du p\u2019tit change ».Que s\u2019est-il passé ?Dans le contexte du scandale des subventions incontrôlées au ministère des Ressources humaines du gouvernement fédéral, il est intéressant d\u2019observer le mode d\u2019intervention des gouvernements.Dans le cas du sauvetage du Ven\u2019d\u2019est, leur intervention aura été lourde, coûteuse et surtout inutile.Le gouvernement du Nouveau- Brunswick a d\u2019abord exigé une étude d\u2019experts pour obtenir un portrait juste de la situation.Nous avons accepté la demande, même si nous savions exactement où se situait le problème et ce dont nous avions besoin.L\u2019APECA ( l\u2019Agence de promotion économique du Canada Atlantique ), une agence du gouvernement fédéral, ou du gouvernement provincial, on ne sait plus trop, a déboursé 25 000 $ pour l\u2019étude, dont 20 000 $ sont allés au consultant qui nous a confirmé ce que nous savions déjà, que le Ven\u2019d\u2019est avait besoin de subventions.Mais au moins, nous avions maintenant l\u2019opinion d\u2019un expert.On était sûr de notre coup.Fin octobre, nous recevons une lettre du gouvernement du Nouveau-Brunswick par l\u2019entremise de la Société d\u2019aménagement régional (SAR).La réponse : « Bien que la SAR ne soit pas indifférente aux difficultés financières qu\u2019éprouve le Ven\u2019d\u2019est, elle n\u2019est pas disposée à prendre un engagement financier pluriannuel à titre de soutien au périodique.Je désire aussi vous faire part que la dette importante accumulée par le Ven\u2019d\u2019est est pour la SAR une source de préoccupation.» Véritable raisonnement de banquier.Pas de subventions, vous avez des dettes.La dette en question : 23 000 $, que nous devions à notre imprimeur, moins qu\u2019un compte de dépense de sous-ministre.Et le signataire de cette belle tautologie.non, non, pas un red neck du Sud qui ne connaît rien à la situation de la presse en Acadie.C\u2019était signé : Hermel Vienneau, je vous le jure, l\u2019exrédacteur en chef de L\u2019Acadie Nouvelle, devenu sous-ministre dans le nouveau gouvernement conservateur de Bernard Lord.Le pauvre, une fois de plus, fait la démonstration que les Acadiens, lorsqu\u2019ils accèdent à Fredericton, la capitale, n\u2019arrivent pas au pouvoir, contrairement à ce qu\u2019ils croient, mais sont plutôt nommés gérants du pouvoir.On se tourne alors vers le gouvernement fédéral.Grâce au travail de deux fonctionnaires sympathiques à la cause acadienne, au bureau de Patrimoine Canada à Moncton, le Ven\u2019d\u2019est obtient 20 000 $ pour élaborer un projet de relance.De plus, en janvier, nous obtenons 11 000 $ du programme Jeunesse Canada au travail pour que des étudiants du programme d\u2019info-com de l\u2019Université de Moncton écrivent des textes pour le Ven\u2019d\u2019est.Nous revoyons, alors, tout le concept du magazine Ven\u2019d\u2019est qui nous permet de réduire notre budget d\u2019opération de 35 %.Mais nous avons quand même besoin de 60 000 $ pour les opérations courantes que nous demandons à Patrimoine Canada dans le cadre de l\u2019Entente Canada-communauté acadienne.La table de concertation nous promet 20 000 $ pour mai, « pour voir si on sera capable de survivre ».Il faut savoir que le gouvernement fédéral s\u2019est lavé les mains, il y a quelques années, du sale boulot d\u2019avoir à décider quels organismes se verront refuser des subventions.Cette tâche est maintenant laissée aux organismes de la communauté réunis autour d\u2019une « table de concertation ».C\u2019est tout comme le père de famille qui ne met pas assez de pain sur la table et qui demande aux enfants de se le séparer équitablement.Comprenez que la chicane « pogne » à tout coup.Nous avons essayé de survivre en nous appuyant davantage sur le marché publicitaire mais nous avons appris qu\u2019en milieu minoritaire, le marché a ses limites.Alors voilà, le gouvernement fédéral a réussi à dépenser 56 000 $ sans vraiment répondre à nos besoins et sans nous permettre de survivre.Le Ven\u2019d\u2019est aura rendu son dernier souffle, coincé entre la férocité implacable du libre marché et les gros sabots gouvernementaux.Pendant ce temps, le ministère de Sheila Copps dépensera 15,2 millions, une augmentation de 50 % de ses subventions à la minorité anglophone vivant au Québec, pour que, selon Dyane Adam, commissaire aux langues officielles, « les citoyens anglophones qui se sentent souvent isolés puissent vivre une vie normale ».Le Ven\u2019d\u2019est tient à exprimer tout son bonheur d\u2019apprendre que les anglophones du Québec pourront vivre « une vie normale » et ainsi, n\u2019auront jamais à vivre le traumatisme de se faire traiter de « cadavres encore chauds ».MARC LESSARD Je tiens à féliciter les ministres Bernard Landry et David Cliche (ce dernier responsable du dossier en tant que ministre délégué à l\u2019Autoroute de l\u2019information), ainsi que le premier ministre Bouchard pour leur générosité, lors du dernier budget, qui permettra aux Québécois de s\u2019intégrer plus facilement au commerce électronique.Je tiens surtout à souligner le don de visionnaire du gouvernement en ce qui touche l\u2019avenir du Québec vis-à-vis d\u2019Internet.En effet, le ministre Landry a annoncé, avec une fierté peu commune, l\u2019injection de 343 millions pour faire du Québec une société branchée.Une tranche de 125 millions de ce montant servira à aider quelque 200 000 familles à revenu modeste à dépenser encore plus d\u2019argent, non seulement chez les commerçants du coin de rue, mais aussi dans les centres commerciaux virtuels du web.Woubdidooo !, comme dirait l\u2019autre.Il faut préciser que ces derniers 125 millions ne seront pas versés aux familles visées.Non ! Le gouvernement paiera directement les gros fournisseurs d\u2019accès, c\u2019est-àdire Bell Canada, Vidéotron et autres serveurs.Il s\u2019agit de garantir le paiement de 75 % du coût du branchement mensuel (22.95 $ par mois, usage illimité chez Bell/ Sympatico) des familles à faible revenu, ces dernières n\u2019ayant plus qu\u2019à assumer la modique somme mensuelle restante de 7,50 $ (plus TPS et TVQ) pour jouir du « net » sans interruption.Le problème c\u2019est que Freelane, d\u2019Excite, offre déjà GRATUITEMENT la connexion ultrarapide à Internet, à n\u2019importe qui au Canada et aux États-Unis (le service est offert sur la page d\u2019accueil du moteur de recherche Excite, cinquième titre de la rubrique Shortcuts).« Unlimited Net Access and totaly FREE forever », informe la publicité.Le seul hic, pour l\u2019instant du moins, c\u2019est que le service n\u2019est pas offert aux utilisateurs d\u2019ordinateurs MacIntoch.Mais on prévoit remédier à la situation dès ce printemps.D\u2019autre part, la compagnie Free Internet Provider, de Miami en Floride, offre déjà la connexion gratuite au Canada et aux États-Unis, y compris aux utilisateurs de MacIntoch.Mais, il y a aussi un hic, parce que le service n\u2019est offert au Québec que pour les localités d\u2019importance, dont Montréal, Québec, Trois-Rivières, Sherbrooke, etc.Le problème majeur avec ces fournisseurs, c\u2019est que toutes les informations essentielles au branchement ne sont fournies qu\u2019en anglais.Cependant, pour une somme modique ( ! ), je suis disposé à les traduire, épargnant ainsi 124 millions 980 mille dollars au gouvernement du Québec.Je précise que j\u2019utilise déjà le service offert par Free Internet Provider sans frais, qu\u2019il existe d\u2019autres fournisseurs, que cette tendance n\u2019est pas nouvelle et qu\u2019elle se poursuivra, et que le service existait bel et bien avant la sortie du budget Landry.Comme les autres fournisseurs d\u2019accès gratuit, Free Internet Provider est en mesure d\u2019offrir ce service gratuitement parce que la compagnie vend de la publicité par bandeaux sur la « Home Page » de son portail.(Les fournisseurs québécois le font aussi d\u2019ailleurs.) Mais la compagnie garantit que la publicité n\u2019apparaîtra que sur sa page d\u2019accueil et uniquement là.Ce qui est parfaitement vrai, je peux en témoigner.Cependant, contrairement aux fournisseurs québécois (et en toute logique), elle prétend que personne ne devrait débourser pour visiter les vitrines d\u2019un centre commercial.Ce qu\u2019est devenu Internet principalement.Pour ce qui est de monsieur Landry, je lève mon chapeau devant sa façon tout à fait débonnaire de dépenser des centaines de millions, non pas pour soulager des besoins réels, mais pour payer des compagnies multimillionnaires chargeant un prix excessif pour un service qui ne coûte strictement rien.PHOTOTHÈQUE.La Presse Patrimoine Canada, le ministère de Sheila Copps, a accordé 20 000 $ au Ven\u2019d\u2019est pour élaborer un projet de relance.Dans le cas du sauvetage du Ven\u2019d\u2019Est, l\u2019intervention des gouvernements aura été lourde, coûteuse et surtout inutile.PHOTOTHÈQUE, La Presse© Bernard Landry M.Landry a une façon tout à fait débonnaire de dépenser des centaines de millions. 6LP0401B0422 b04 samedi 22 avril 6LP0401B0422 ZALLCALL 67 00:55:01 04/22/00 B B 4 LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 22 AVRIL 2000 Plus Les héritiers de lord Durham remontent au front « Il sera bientôt trop tard », selon le sénateur Jean-Maurice Simard Gérald LeBlanc De petits et grands coups laissent entrevoir une nouvelle offensive des « héritiers de lord Durham ».C\u2019était le titre d\u2019un dévastateur pamphlet publié en 1979 par ceux qui s\u2019appelaient alors « francophones hors Québec », et qui allaient appuyer le camp du OUI au référendum québécois de 1980.On leur avait alors vite fait comprendre qu\u2019ils ne pouvaient impunément mordre la main fédérale qui les nourrissait.Ils sont donc rentrés dans le rang, adoptant la stratégie des petits pas et des recours judiciaires pour arracher de haute lutte des écoles pour leur minorité.Statistique Canada a remplacé le terme d\u2019anglicisation par l\u2019euphémique « transfert linguistique » pour décrire l\u2019assimilation galopante des Franco-Canadiens qui nous suppliaient, eux, de mettre l\u2019accent sur le dynamisme de leurs communautés.« Pour assurer leur existence et se financer, les Franco-Canadiens ont dû se positionner vis-à-vis du fédéral, qui cherche à les inscrire dans sa stratégie de neutralisation du nationalisme québécois », nous disait le printemps dernier Claude Denis, vice-doyen de la faculté Saint-Jean d\u2019Edmonton.Le sénateur Jean-Maurice Simard, ancien bras droit acadien de Richard Hatfield au Nouveau- Brunswick, est allé plus loin en parlant de « l\u2019asservissement du leadership francophone » et de « l\u2019affaiblissement des communautés qui ne servaient plus qu\u2019à percer les flancs des méchants séparatistes ».Les signes du réveil Dans sa sortie \u2014 De la coupe aux lèvres : un coup de coeur se fait attendre \u2014 effectuée l\u2019automne dernier au Sénat, M.Simard rappelait que sur le million de francophones hors Québec, seulement 650 000 parlaient le français à la maison, et fustigeait la tentative de banalisation de ce fléau de l\u2019assimilation.Un deuxième signe du réveil est apparu lors de la lutte des Franco- Ontariens pour la sauvegarde de l\u2019hôpital Montfort, le seul hôpital francophone à l\u2019ouest du Québec.« On ne pourra plus dire que l\u2019Ontario est notre patrie ! » et « Ne comptez plus sur nous pour l\u2019unité nationale ! » figuraient parmi les slogans du soulèvement de Montfort.Un récent jugement d\u2019une cour ontarienne a ordonné le maintien de tous les services d\u2019un hôpital universitaire à Montfort, alléguant que les institutions bilingues ne suffisaient pas et qu\u2019il fallait des institutions homogènes françaises.Le gouvernement ontarien a porté cette cause en appel et les Franco-Ontariens espèrent que l\u2019affaire se rende jusqu\u2019en Cour suprême, confiants de voir le plus haut tribunal élargir la portée des droits linguistiques, comme il vient de le faire pour l\u2019école française de Charlottetown, à l\u2019île du PrinceÉdouard.Inspiré par son nouveau juge acadien, Michel Bastarache, la cour a soutenu que les droits linguistiques n\u2019avaient de sens qu\u2019en autant qu\u2019il existe une communauté pour en jouir.Au-delà donc du bilinguisme individuel retenu jusqu\u2019alors par la Cour suprême ! Dans le sillage de l\u2019affaire Montfort, les Franco-Ontariens ont lancé l\u2019opération Constitution pour faire enchâsser l\u2019existence de leur collectivité, comme on l\u2019a fait pour les Acadiens du Nouveau-Brunswick.« Il s\u2019agit d\u2019une stratégie de défense contre le gouvernement Harris dont les politiques de rationalisation et de décentralisation, sans être anti-francophones, ont des conséquences très graves pour les Franco-Ontariens », nous dit Kenneth McRoberts, directeur du collège Glendon de l\u2019Université de Toronto.Ce n\u2019est pas que le gouvernement Harris soit contre les francophones, mais plutôt qu\u2019il les traite comme tous les autres Ontariens, ignorant leur statut particulier au Canada et consacrant leur implacable érosion.Les chances de succès « Il sera bientôt trop tard », avait dit le sénateur Simard en sonnant l\u2019alarme l\u2019automne dernier.Tombant en rafale, les manchettes alarmantes semblent lui donner raison.Les francophones forment le dixième groupe ethnique en importance à Toronto et, pour la première fois, les Franco-Ontariens étaient moins nombreux en 1996 qu\u2019au recensement précédent.Le chinois a dépassé le français comme deuxième langue la plus parlée dans les foyers canadiens hors Québec.Même au Nouveau-Brunswick, les Acadiens ne forment plus que 28 ou 29 % de la population de leur province.Neil Morrison, secrétaire de la célèbre commission Laurendeau- Dunton, invitait, dans le Ottawa Citizen au constat d\u2019échec : « La Loi sur les langues officielles est un échec parce qu\u2019elle n\u2019a pas su arrêter l\u2019assimilation des francophones hors Québec.» On fait face à la conjonction de trois facteurs : faible taux de natalité, exode vers les centres urbains et anglicisation.Contrairement aux Anglo-Québécois dont la majorité n\u2019est plus d\u2019origine britannique, les Franco-Québécois ne reçoivent, de leur côté, à peu près aucun sang neuf de l\u2019immigration.On en vient à se demander s\u2019il n\u2019est pas trop tard pour se repositionner à l\u2019avant-scène nationale.« Le déterminisme social existe, certes, mais il n\u2019est pas irréversible », estime Michel Doucet, doyen de la faculté de droit à l\u2019Université de Moncton.Il reconnaît cependant que d\u2019autres groupes mieux organisés, notamment les autochtones, ont pris la place et qu\u2019il ne sera pas facile pour les francophones de sortir de l\u2019isolement et de l\u2019indifférence afin de retrouver le chemin du discours national.« C\u2019est aussi un problème de poids.Même au Nouveau- Brunswick, nous formons maintenant moins de 30 % de la population.Ailleurs au Canada, les francophones ne constituent pas une menace politique et ne figurent donc pas dans les priorités des gouvernements.» La quête d\u2019alliés Conscient sans doute de ce manque de poids, le président de la Fédération des communautés francophones et acadienne, Gino LeBlanc, fait actuellement le tour du pays pour se faire mieux connaître et pour tisser de nouvelles alliances.« Nous sommes assez grands pour rencontrer les autres et nous savons que sans leur appui nous avons peu de chances de succès à moyen et long terme », ajoute le jeune politologue de Moncton.Quant à « l\u2019asservissement du leadership francophone » souligné par le sénateur Simard, le président de la Fédération y voit un portrait un peu caricatural.« N\u2019ai-je pas, ajoute-t-il, mis le ministre Stéphane Dion au défi d\u2019abandonner son plan B et de revenir au plan A ?Pour nous toutefois, comme pour les autres, la real politik s\u2019applique et nous recevons 280 millions d\u2019Ottawa et un million de Québec.» Ancien président de la Société des Acadiens, le doyen Doucet de Moncton évoque aussi l\u2019inconfort de se retrouver entre l\u2019arbre et l\u2019écorce.« Nous devons faire preuve d\u2019une double loyauté, à l\u2019endroit du gouvernement fédéral, qui défend nos droits face aux provinces, et à l\u2019endroit du Québec où se trouvent nos appuis culturels et linguistiques.« Nous sommes comme les enfants de parents divorcés qui tirent chacun de leur côté.Nous sommes habitués d\u2019être utilisés et nous n\u2019avons pas le choix d\u2019aimer nos deux parents, mais ce n\u2019est pas facile.» PHOTO Agence France-Presse Il n\u2019y a pas qu\u2019à Miami que les murs sont tapissés du portrait du petit Elian.À La Havane aussi, où un homme avec enfant déambule dans une rue de la vieille ville.Pas de démocratie à Cuba sans démocratie àMiami! Rima Elkouri envoyée spéciale MIAMI «Elian, viens ici.Que veux-tu être quand tu seras grand : Buena Vista Social Club ou Gloria Estefan ?» Cette question posée à la blague par un vieil homme cubain dans une caricature d\u2019un quotidien newyorkais illustre bien la ridicule tournure qu\u2019a pris le débat entourant l\u2019histoire d\u2019Elian Gonzalez.La démesure qui caractérise la saga est telle que les caricatures n\u2019en sont qu\u2019un pâle reflet, constate Elena Freyre, directrice du Comité cubain pour la démocratie, basé à Miami.« Quand on regarde le cirque autour de cette maison, et ce à quoi cet enfant a été exposé, culminant avec cette infâme vidéo (montrant Elian, vraisemblablement forcé à répudier son père, qui dit : Papa, je ne veux pas aller à Cuba).Quand on pense à la façon dont tout ça a culminé avec le spectacle ridicule de Gloria Estefan et Andy Garcia devant la maison d\u2019Elian.C\u2019était totalement absurde ! » À voir les centaines de manifestants cubano-américains déchaînés de la Petite Havane prier et hurler jour et nuit pour que leur Moïse sauvé des eaux demeure à Miami, on pourrait croire qu\u2019il y a unanimité au sein de la communauté d\u2019exilés.« Erreur », dit Elena Freyre, qui, à la question posée par le vieil homme dans la caricature, aurait sûrement répondu : « Buena Vista Social Club ! » Tous les Cubano-Floridiens ne sont pas nécessairement d\u2019accord avec l\u2019establishment anticastriste de Miami, qui a transformé, pour des raisons politiques, la tragédie vécue par un petit garçon perdu en mer en psychodrame national, croit Mme Freyre, 52 ans, qui a quitté Cuba en 1960.Mais peu osent lever la voix, par crainte de représailles.« On sait qu\u2019on devra payer le prix si on ose exprimer notre désaccord avec le point de vue traditionnel des exilés cubains », dit la militante, dont le comité, créé en 1992, se veut un véhicule pour les voix modérées cubano-américaines \u2014 environ 30 % de la communauté qui compte 800 000 membres dans le comté de Miami-Dade.« Ceux qui ne sont pas d\u2019accord ont intérêt à se taire », confie Rolando Sotolango, un résidant de Miami, moitié cubain, moitié porto- ricain, qui n\u2019hésite pas à qualifier de « fanatiques » les manifestants enflammés.Il faut dire que, depuis le début des années 60, les modérés cubanoaméricains ont eu droit à plus que des gros yeux ou des sourcils froncés.Voitures piégées, appels à la bombe et menaces de mort font partie des tactiques d\u2019intimidation.« Il y a déjà eu des gens tués pour leurs idées », note Mme Freyre, elle- même victime de menaces de toutes sortes pour avoir dit publiquement que le petit Elian devait rentrer avec son papa à Cuba.Pour les leaders conservateurs de la communauté cubaine de Miami, pas de demi-mesures quand il est question du régime de Fidel Castro.« Ce fou de Castro est le Saddam Hussein des Caraïbes », lit-on sur la pancarte placée bien évidence devant le bungalow de Lazaro Gonzalez, dans la Petite Havane.« Pour ces gens, on ne peut pas être pro-Cuba sans être pro-Castro.Mais c\u2019est un mythe ! » dit Mme Freyre.Le Comité cubain pour la démocratie qu\u2019elle dirige s\u2019oppose aux mesures répressives du gouvernement castriste.« Mais ça ne veut pas dire que tout ce que le gouvernement cubain a fait depuis les 40 dernières années est mauvais, insiste-t-elle.Il y a des éléments que le peuple cubain aimerait garder même quand le système va se démocratiser.» L\u2019accès universel à l\u2019éducation ainsi que le sytème de santé en sont des exemples.« En ce moment, il y a des groupes de médecins américains en échange à Cuba qui étudient l\u2019administration des soins de santé, souligne-t-elle.Parce que c\u2019est à ce point bon ! » Mais cette réalité est ignorée par la majorité des exilés cubains, déplore- t-elle.La douleur qu\u2019ils traînent depuis 40 ans s\u2019est transformée en colère et en ressentiment.« Nous sommes frustrés que le monde entier ne comprenne pas la répression qu\u2019il y a à Cuba », confie Georgina Shelton, une exilée de 56 ans, qui croit que c\u2019est un crime de renvoyer Elian chez ce « monstre » de Castro.Des années d\u2019intimidation De toute évidence, les leaders anticommunistes de Miami ne font pas dans la dentelle.Pour eux, tout ce qui est lié de près ou même de très loin à Castro n\u2019a pas sa place à Miami.« Miami est la seule ville des États-Unis qui refuse d\u2019accueillir Nelson Mandela, parce qu\u2019il a déjà été vu aux côtés de Castro », souligne, à titre d\u2019exemple, David Abraham, professeur en droit de l\u2019immigration à l\u2019Université de Miami.Autres exemples ?À Miami, le Cigar Magazine a déjà été retiré des kiosques à journaux parce qu\u2019on a cru y lire un article pro-Castro.À Miami, il est interdit d\u2019inviter des groupes cubains ou même pro-cubains à jouer dans l\u2019auditorium qui appartient à la municipalité.À Miami, un professeur a déjà vu une bombe faire tic-tac dans sa maison parce qu\u2019il a osé organiser une réception pour des universitaires cubains qui assistaient à une conférence.À Miami, des manifestants anticastristes ont déjà lancé des pierres à des athlètes cubains qui participaient aux Jeux olympiques pour handicapés.Résultat : de nombreux résidants de Miami n\u2019hésitent pas à dire : « Ils sont fous, ces Cubano-Américains ! » Et de nombreux Cubano-Américains dissidents ont honte.L\u2019automne dernier, lors d\u2019un concert du groupe cubain de salsa Los Van Van, à Miami Beach, des spectateurs ont aussi été accueillis à coups de pierres et d\u2019oeufs par des Cubano-Américains mécontents qu\u2019on puisse tolérer la musique du pays de Fidel en terre « libre ».« Une journaliste colombienne que je connais a été frappée si durement qu\u2019elle a abouti à l\u2019hôpital ! » se rappelle Mme Freyre.« Beaucoup, dans la communauté cubanoaméricaine, ont assisté à ça horrifiés.N\u2019être pas d\u2019accord et le manifester, c\u2019est une chose.Attaquer des gens parce qu\u2019ils veulent écouter un certain type de musique, c\u2019en est une autre.» Avant Elian, après Elian Tout ça s\u2019est passé « avant Elian ».Car depuis, à Miami, il n\u2019y a plus que deux saisons, souligne en rigolant Mme Freyre.« Avant Elian », et « après Elian », comme on dit « avant J.-C.» et « après J.- C.» Blagues à part, la saga du petit balsero pourrait marquer un point tournant à Miami, en ce sens que ce sera toute une défaite pour les leaders conservateurs de la communauté.De plus en plus, des Cubano- Américains modérés prennent les moyens de se faire entendre.Le débat le plus récent \u2014 mis à part, bien sûr, celui de l\u2019incontournable Elian \u2014 est celui des Latin Grammy Awards.Miami refuse d\u2019accueillir le gala, sous prétexte que des artistes cubains pourraient y participer, ce qui signifie 40 millions en moins dans les coffres de la ville.« C\u2019est aussi ridicule que, durant la Guerre froide, quand des musiciens russes ou des artistes du ballet Bolchoï n\u2019étaient pas autorisés à venir aux États-Unis ! » lance Mme Freyre.Puisque le ridicule ne tue pas, John de Leon, un Cubano-Américain de Miami, président de la section locale du American Civil Liberties Union, a déposé, il y a deux semaines, un recours pour que la loi du comté de Miami-Dade interdisant les échanges culturels Cuba-Miami soit déclarée inopérante.Les chances qu\u2019on lui donne gain de cause sont très bonnes, croit Mme Freyre.Primo, parce que la politique étrangère est de juridiction fédérale \u2014 même si, depuis des années, Miami a sa propre politique étrangère.Secundo, parce que l\u2019embargo Helms-Burtons comporte une exemption spécifique pour les échanges culturels.« Ce qu\u2019on essaie de faire réaliser aux gens, c\u2019est qu\u2019on ne pourra pas démocratiser Cuba si, d\u2019abord, on ne démocratise pas Miami », dit Mme Freyre.C\u2019est avec une bonne dose de scepticisme que cette militante modérée écoute les manifestants crier « Libertad ! Libertad ! » devant la maison d\u2019Elian.De quelle liberté s\u2019agit-il, ici ?De la liberté d\u2019utiliser le drame qui secoue la vie d\u2019un enfant de 6 ans pour des fins politiques ?s\u2019interroge-t-elle.« Si ça n\u2019avait pas été une année électorale, le ridicule n\u2019aurait pas été si fort », dit-elle, indignée, en précisant qu\u2019au moins deux des avocats de Lazaro Gonzalez ne cachent pas leur intention d\u2019occuper des fonctions politiques.« D\u2019utiliser cet enfant pour poursuivre des ambitions politiques, c\u2019est vraiment bas.» 6LP0501B0422 b05 samedi 22 avril 6LP0501B0422 ZALLCALL 67 01:01:35 04/22/00 B LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 22 AVRIL 2000 B 5 Plus Lors de son passage à Jérusalem, Jean Chrétien a dit ne pas savoir s\u2019il était dans la partie ouest, est, nord ou sud de la Ville sainte.Le lendemain, à Gaza, Arafat se garda bien de le lui reprocher, notamment parce que M.Chrétien venait de dire que la menace d\u2019une déclaration unilatérale d\u2019indépendance de la Palestine était en quelque sorte un moyen de pression légitime pour négocier avec Israël! PHOTOS CP, Reuters et AP Le premier ministre Chrétien (à gauche) contemple l\u2019immensité du lac de Tibériade, cependant qu\u2019en Égypte, il a rencontré le président Hosni Mubarak et nié, contrairement à ce qu\u2019affirmait le premier ministre israélien Ehud Barak, que le Canada accueillerait 15 000 réfugiés palestiniens.Les tribulations de Jean Chrétien au Moyen-Orient L\u2019expérience mène parfois à l\u2019excès de confiance et à.la chute Gilles Toupin du bureau de La Presse OTTAWA Il aura beau continuer à rappeler à tout bout de champ \u2014 comme il se plaît à le faire \u2014 qu\u2019il a 37 années d\u2019expérience en politique, cette déclaration passe-partout ne sera désormais plus suffisante au premier ministre Jean Chrétien pour faire croire aux Canadiens qu\u2019il est en contrôle de la situation.Son voyage de douze jours au Moyen-Orient, qui s\u2019est achevé sur le tarmac mouillé et froid de l\u2019aéroport d\u2019Ottawa aux petites heures du matin jeudi, aura fait la preuve que l\u2019expérience mène parfois à l\u2019excès de confiance en soi et à la chute.Voici le récit, vu de l\u2019intérieur, des tribulations de Jean Chrétien dans une région du monde réputée pour sa complexité politique et ses conflits intenses.Voici comment en quelques jours et autant de bourdes, le chef du gouvernement a failli faire écrouler des pans entiers du bel édifice de la diplomatie canadienne patiemment érigé depuis des décennies.Mal préparé La plupart des analystes sont d\u2019avis que le premier ministre aurait certes pu éviter de se mettre dans un tel pétrin s\u2019il s\u2019était mieux préparé à ce voyage.Des aides de M.Chrétien ont confié aux journalistes canadiens, qui étaient du voyage, que le chef avait été si pris par ses activités avant de partir qu\u2019il a dû négliger sa préparation.Sur la route, il avait avec lui quelques parlementaires férus du Moyen-Orient qui auraient pu lui être d\u2019un grand secours.Le sénateur Pierre DeBané, dont les racines familiales sont issues du Proche- Orient, le sénateur Marcel Prudhomme, un arabiste reconnu qui a consacré sa vie politique à tisser des liens avec les pays arabes, le député Sarkis Assadourian, né en Syrie et qui a été conscrit contre Israël lors de la guerre de 1967, et le député Irwin Cotler, un avocat et expert international du Moyen- Orient qui a même plaidé devant les cours israéliennes.Ce n\u2019est qu\u2019après six jours de voyage, à Amman, que Jean Chrétien s\u2019est assis avec ces hommes pour discuter le coup.La discussion fut rude, le consensus inexistant, mais au moins elle fut capitale puisque le premier ministre réussissait pour le reste du voyage à manoeuvrer sans faute dans les eaux de la traditionnelle neutralité du Canada au Moyen-Orient.L\u2019est, l\u2019ouest.Le 9 avril, dès la première journée complète en Israël, l\u2019amateurisme politique de Jean Chrétien en politique moyen-orientale se manifestait.Interrogé par les journalistes canadiens sur l\u2019absence, dans le programme de sa visite, d\u2019un passage à Jérusalem-Est, le premier ministre répondit par une de ces blagues qui au Canada le tirent parfois d\u2019embarras.« Je ne sais pas, a-t-il lancé, si je suis à l\u2019ouest, au sud, au nord ou à l\u2019est de Jérusalem en ce moment.» Quelques rires des conseillers du premier ministre se sont fait entendre sur le coup, mais les journaux arabes, dont l\u2019organe du parti au pouvoir en Syrie, El Baath, et les Palestiniens trouvèrent peu drôle un geste qui donnait l\u2019impression que le Canada se rangeait du côté d\u2019Israël à propos du statut final de Jérusalem.Parmi la vingtaine de journalistes canadiens qui accompagnaient Jean Chrétien dans ce voyage, trois connaissent la langue arabe.Équipés de téléphones cellulaires, d\u2019accès permanent à Internet, les journalistes avaient en tout temps accès à d\u2019autres sources que celles du premier ministre.C\u2019est ainsi qu\u2019ils se sont dirigés le 9 avril à Jérusalem- Est rencontrer Faiçal Husseini, un haut dirigeant de l\u2019Autorité palestinienne et bras droit de Yasser Arafat, à la Maison de l\u2019Orient.M.Husseini condamnait l\u2019insensibilité de M.Chrétien face à la question de Jérusalem.« C\u2019est une insulte au processus de paix », avait-il dit aux journalistes canadiens.Pour Jean Chrétien, cette affaire n\u2019était qu\u2019une tempête dans un verre d\u2019eau puisque le lendemain, à Gaza, Yasser Arafat ne lui en soufflait mot.Cette analyse sommaire du premier ministre démontrait encore plus son incompréhension et celle de ses conseillers des jeux politiques de la région.Arafat, qui a intérêt à se garder dans les bonnes grâces du Canada qui préside l\u2019important Groupe de travail sur les réfugiés dans le cadre du processus de paix, n\u2019aurait jamais pris de front son invité.Cela ne se fait pas dans une culture où les traditions d\u2019hospitalité sont souveraines.Mais M.Husseini n\u2019aurait jamais lancé sa charge contre Jean Chrétien sans la bénédiction de Yasser Arafat.Pelure de banane Le 10 avril, à Gaza, l\u2019approbation par le premier ministre canadien en réponse à une question de La Presse, de l\u2019utilisation, par l\u2019Autorité palestinienne, de la menace de déclaration unilatérale d\u2019indépendance pour faire avancer le processus de paix, le mettait encore dans le pétrin.« Je crois, moi personnellement, répondait M.Chrétien en présence d\u2019un Yasser Arafat comblé, que c\u2019est mieux de la garder (la déclaration d\u2019indépendance) comme point de pression pour les négociations.C\u2019est la position du Canada.» L\u2019homme politique, malgré ses 37 années d\u2019expérience, n\u2019avait pu éviter la pelure de banane.Réalisant que ce terrain était on ne peut plus miné, les hommes de Chrétien envoyèrent celui-ci dans la section de la cabine réservée aux journalistes, avant même que l\u2019avion de retour vers Jérusalem ne décolle, pour corriger le tir.L\u2019entourage du premier ministre se rendait compte que non seulement le chef venait de gifler publiquement le gouvernement israélien, mais il donnait aussi des munitions au premier ministre souverainiste du Québec, Lucien Bouchard.« C\u2019est pas la même chose, expliquait Jean Chrétien alors que son avion roulait déjà pour prendre son envol.Une déclaration unilatérale d\u2019indépendance s\u2019applique seulement lorsque vous êtes une colonie ou un territoire occupé par une force militaire.» Mais le mal était déjà fait.« La » bourde Et puis, il y a eu la bourde des bourdes, l\u2019oscar de la gaffe politique du voyage.Cela s\u2019est passé à Nazareth, le 11 avril, dans la ville la plus arabe d\u2019Israël, après que M.Chrétien eut fait une petite visite guidée avec un général israélien sur la rive du lac de Tibériade.Le Golan et l\u2019accès aux eaux du lac sont les enjeux clés des négociations de paix entre la Syrie et Israël.Malgré la présence à ses côtés de trois experts canadiens en affaires étrangères, M.Chrétien affirmait qu\u2019« à ce moment-ci le lac de Tibériade est sous le contrôle d\u2019Israël et je trouve qu\u2019ils ont raison de vouloir le garder ».Cette fois, c\u2019est la Syrie qui encaissait la gifle.L\u2019équipe du premier ministre commença alors à blâmer ouvertement les journalistes, leur reprochant, avec une certaine agressivité, de ne pas rapporter les faits.Le service de presse de M.Chrétien insistait sur le verbe « vouloir » dans la déclaration du premier ministre, alléguant que l\u2019utilisation de ce verbe indiquait une distance vis-à-vis de la position d\u2019Israël.Et si M.Chrétien avait dit qu\u2019« à ce moment-ci Lucien Bouchard veut faire l\u2019indépendance du Québec et je trouve qu\u2019il a raison de vouloir la faire » ?Aurait- il fallu comprendre qu\u2019il n\u2019approuvait pas le projet de M.Bouchard ?Bref, les choses ne se sont guère arrangées lorsque des agences de presse rapportèrent que le premier ministre israélien, Ehoud Barak, avait reçu l\u2019assurance de Jean Chrétien, au cours de leur rencontre trois jours plus tôt, que le Canada accueillerait 15 000 réfugiés palestiniens.M.Chrétien, certes, se précipita devant les journalistes au Caire pour nier catégoriquement la chose, car un tel geste aurait signifié qu\u2019Ottawa ne reconnaît pas le « droit au retour » des réfugiés palestiniens sur leurs terres, une condition sine qua non du processus de paix endossée depuis toujours par le Canada.Même si le bureau de M.Barak nia plus tard avoir répandu une telle nouvelle, beaucoup se sont demandé s\u2019il ne s\u2019agissait pas d\u2019une petite riposte israélienne aux propos de M.Chrétien sur la déclaration unilatérale d\u2019indépendance de la Palestine.Un des conseillers de M.Chrétien révélait cependant que le premier ministre canadien et son homologue israélien avaient effectivement discuté de la question, une information que le bureau du premier ministre avait omis de communiquer aux journalistes après la rencontre Barak- Chrétien.Le lien de confiance était alors rompu entre la presse et les responsables canadiens.Un point de presse de 90 minutes, mardi soir dernier à Damas, tourna au vinaigre, les journalistes interrogeant sans relâche les responsables canadiens sur le moindre détail, les soupçonnant de désinformation.Le chef de cabinet du premier ministre, Jean Pelletier, est même venu évaluer la situation dans la salle de presse.Au cours d\u2019un échange avec le journaliste Craig Oliver, le chef de bureau de la chaîne CTV à Ottawa, M.Pelletier lança : « J\u2019en ai assez de votre m.! » Cette marque d\u2019impatience de la part d\u2019un homme dont les rapports avec la presse sont depuis toujours exemplaires, indique la profondeur du désarroi ressenti par les hommes du premier ministre à l\u2019issue du voyage.Ils ont certainement, sans l\u2019avouer, été déconcertés de voir leur chef au cours de la première semaine du périple atteint de mimétisme chronique, un syndrôme qui consiste à adopter la position politique de la dernière personne rencontrée.Tout cela pour dire que les tribulations de Jean Chrétien au Moyen-Orient n\u2019ont pas fini de le hanter. 6LT0601B0422 b06-07 samedu 22 avril 6LT0601B0422 ZALLCALL 67 00:58:13 04/22/00 B B 6 LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 22 AVRIL 2000 B 7 Plus Gourous inc.La religion dans tous ses états ISABELLE HACHEY Le monde des affaires est un terrain fertile pour les gourous en tout genre.Escrocs ou pas, ils ont vite compris que la spiritualité constitue un marché très lucratif.Et que les adeptes peuvent aussi être recrutés dans les entreprises.Les maîtres spirituels sont largement en demande dans les grandes sociétés américaines.Les gourous les plus populaires offrent des séminaires sur la spiritualité au travail.à 1000 $ par jour, par personne, excluant les dépenses ! Au Québec, l\u2019exemple le plus frappant de l\u2019infiltration d\u2019un fraudeur en entreprise est sans doute celui de Luc Jouret, leader charismatique de l\u2019Ordre du temple solaire (OTS) invité à donner des conférences auprès des employés d\u2019Hydro- Québec.L\u2019homéopathe européen a péri dans un suicide collectif, en 1994, entraînant 47 fidèles dans la mort.« Quelle était la compétence de Luc Jouret ?Qui, à l\u2019intérieur d\u2019une entreprise, est capable de faire la différence entre un type honnête et un charlatan ?» demande Yves Casgrain, consultant en mouvements sectaires qui plaide pour une séparation claire et infranchissable entre spiritualité et milieu de travail.Les sectes comme l\u2019OTS sont extrêmement rares.Reste que la formation constitue souvent le maillon faible des entreprises, ajoute M.Casgrain.« À Hydro- Québec, on donnait un contrat parce qu\u2019on avait l\u2019argent pour, sans trop analyser le contenu des cours et des conférences.» L\u2019Église de Scientologie, quant à elle, a pu offrir des sessions de gestion à des milliers d\u2019employés de grandes sociétés américaines et européennes, leur soutirant parfois des millions de dollars.Le mouvement fait face à de nombreuses accusations d\u2019escroquerie.« Ces formations en entreprise sont présentées comme très rentables, capables de mesurer les transformations chez les individus, explique Alain Bouchard, sociologue des nouvelles religions à l\u2019Université Laval.Pour les compagnies, cela peut être très alléchant.Elles peuvent obliger leurs employés à suivre des formations dans le but d\u2019améliorer leur rendement et leur efficacité.» « Avec l\u2019éclatement des religions traditionnelles et l\u2019effervescence de nouveaux groupes religieux, les gens s\u2019intéressent, de façon individuelle, au taoïsme, au bouddhisme et au nouvel âge.Ces mouvements pénètrent ensuite les entreprises nord-américaines », explique Michel Dion, professeur d\u2019éthique à l\u2019Université de Sherbrooke.Le mouvement nouvel âge s\u2019est en effet infiltré, au fil des ans, dans les bureaux des ressources humaines de plusieurs entreprises \u2014 et même dans ceux des gestionnaires de l\u2019État québécois.Avec d\u2019inévitables dérapages.« Le signe astrologique, la graphologie ou le biorythme peuvent parfois déterminer quel candidat sera embauché », explique M.Bouchard.Discriminatoire ?« Peut-être pas davantage que l\u2019impression créée par la couleur de la cravate d\u2019un candidat ! » ISABELLE HACHEY Il est bel et bien fini, le temps où les Québécois devaient apprendre par coeur les questions-réponses du petit catéchisme.Aujourd\u2019hui, ils associent la fête de Pâques au chocolat et préfèrent croire qu\u2019ils se réincarneront après leur mort.La religion est dans tous ses états.Et même si un Québécois sur cinq affirme aller à la messe tous les dimanches, les prêtres grisonnants ont sans doute raison de s\u2019inquiéter pour l\u2019avenir de l\u2019Église catholique, à la lumière d\u2019une enquête réalisée par les Sondages Baromètre inc.pour La Presse à l\u2019occasion des célébrations pascales.Pourtant, les Québécois se disent croyants.Pas moins de 78 % d\u2019entre eux affirment croire.En quoi ?C\u2019est là que les choses se compliquent.Plus de 30 ans après l\u2019éclatement des religions traditionnelles, la transcendance prend désormais tous les visages, les croyances religieuses sont complexes, plurielles et multiformes.Et souvent contradictoires.Ainsi, 17 % des catholiques (qui forment 86 % de la population) croient qu\u2019ils se réincarneront, alors qu\u2019ils ne sont que 12 % à penser qu\u2019ils ressusciteront ! Pas moins de trois Québécois sur dix présument qu\u2019il ne se passera rien du tout après leur mort.Et 7 % d\u2019entre eux s\u2019imaginent plutôt qu\u2019ils se transformeront.en pure énergie.LA grande question existentielle n\u2019aura peut-être jamais autant divisé les gens.« On fait appel à des fragments de croyance.Comme dans la société en général, les choses sont plus éclatées, il y a moins de points de repère.Les gens font des emprunts à d\u2019autres courants religieux et ont de la difficulté à avoir une foi très cohérente, comme avant les années soixante », explique Yvon Lepage, directeur de l\u2019organisme Sentiers de foi.Dorénavant, les Québécois magasinent leur religion et se composent leur propre menu de croyances.Pour répondre à leurs angoisses existentielles, il n\u2019est pas rare de les voir mélanger allègrement un peu d\u2019ésotérisme, de christianisme et de bouddhisme.C\u2019est ce que le sociologue canadien Reginald W.Bibby a baptisé la « religion à la carte ».Les Québécois ne veulent surtout pas se faire dire comment vivre leur spiritualité.Une infime minorité (entre 1 % et 2 %) adhère d\u2019ailleurs aux centaines de nouveaux groupes religieux que compte la province.« Dans tous les autres secteurs de nos activités, nous sommes aussi plus individualistes.Ça fait maintenant partie de notre style de vie.Et ce n\u2019est ni meilleur, ni moins bon que dans un cadre institutionnel », estime Alain Bouchard, sociologue des nouvelles religions à l\u2019Université Laval.Autre paradoxe : 68 % de l\u2019ensemble des chrétiens (qui forment 92 % de la population) croient à l\u2019existence du paradis, alors que seulement 39 % croient à celle de l\u2019enfer.L\u2019idée de griller dans les flammes leur paraît-elle plus improbable que celle de voguer sur un nuage blanc ?Le sondage ne le dit pas, mais le résultat n\u2019étonne pas Solange Lefebvre, théologienne et anthropologue à l\u2019Université de Montréal.« Dans notre ère de prospérité, on ne retient plus que le meilleur du religieux.On recherche le confort et la sécurité, les valeurs modernes dominantes.» La majorité des chrétiens (63 %) croient que Jésus était le fils de Dieu, alors que 27 % d\u2019entre eux estiment qu\u2019il était simplement un homme.La proportion de jeunes de 18 à 24 ans qui pensent que Jésus était le fils de Dieu n\u2019est que de 39 %, alors que chez les plus de 50 ans, ils sont 71 % à le croire.En fait, l\u2019ensemble du sondage montre clairement que les jeunes, les hommes et les personnes plus scolarisés sont les moins croyants.S\u2019ils avaient à choisir un chef spirituel, la plupart des Québécois (76 %) choisiraient Dieu ou Jésus.Deux jeunes sur dix optent néanmoins pour Bouddha ou le dalaï-lama, alors que cette proportion chute à 3 % chez leurs aînés.Ces résultats semblent indiquer une nette régression de la croyance au Québec.Mais Solange Lefebvre nuance : « Il faut mettre ces chiffres en relation avec le cycle de la vie.Les jeunes ont toujours été moins croyants que leurs aînés.Avec l\u2019âge, le questionnement spirituel devient plus important.» Enfin, 71 % des chrétiens estiment que plus la société progresse, plus la religion disparaît.C\u2019était aussi la conviction du sociologue français Émile Durkheim.il y a plus d\u2019un siècle.« C\u2019est une fausse croyance, constate Mme Lefebvre.Cela fait au moins 200 ans qu\u2019on affirme que la modernité entraînera la disparition de la religion.Et on y croit encore ! » MÉTHODOLOGIE Baromètre a réalisé 1005 entrevues auprès d\u2019un échantillon représentatif de l\u2019ensemble de la population québécoise entre le 30 mars et le 5 avril.Le taux de réponse a été de 60,5 %.Un sondage de cette envergure est un reflet représentatif de la population d\u2019ensemble à plus ou moins 3,1 points de pourcentage, 19 fois sur 20.L\u2019infiltration nouvel âge ISABELLE HACHEY Martin Geoffroy était professeur au cégep lorsqu\u2019il s\u2019est inscrit à un programme de formation en pédagogie à l\u2019Université de Sherbrooke.Titre de l\u2019un des cours : La clé du savoir.Contenu : croissance personnelle, exploration de son intérieur.« C\u2019était carrément du charabia new age ! Et on nous a donné un crédit universitaire pour ça », raconte-t-il.« Qu\u2019on ne se demande pas ensuite pourquoi les professeurs enseignent toutes sortes de théories bizarres à leurs élèves ! » Aujourd\u2019hui étudiant au doctorat en sociologie à l\u2019Université de Montréal, M.Geoffroy constate avec inquiétude que le mouvement nouvel âge, loin de s\u2019éteindre, étend ses tentacules dans les domaines les plus sérieux : sciences sociales, médecine, éducation.Le chercheur, qui enseigne à l\u2019Université de Montréal, raconte que certains étudiants, « qui devraient être les premiers à défendre la science », croient en la magie.« Les scientifiques ont un gros problème, leur message ne passe plus, ils sont en compétition avec des gourous, des charlatans.et aussi des gens honnêtes qui croient vraiment que lorsqu\u2019ils font du Reiki, ils émettent des énergies avec leurs mains ! » Déductible d\u2019impôt Lise Bourbeau est une ancienne vendeuse de produits Tupperware qui a fait fortune avec son best-seller Écoute ton corps.Aujourd\u2019hui, en plus des livres, jeux de cartes, cassettes, conférences sur vidéo et contes pour enfants, son entreprise offre une pléthore d\u2019ateliers, qui peuvent coûter jusqu\u2019à 1495 $.La plupart sont toutefois déductibles d\u2019impôt, étant considérés comme des frais de scolarité par les gouvernements provincial et fédéral.Certains ateliers, comme « Vendre avec son coeur », sont même offerts en entreprise.La compagnie qui retient les services de Mme Bourbeau peut ensuite faire admettre ses dépenses comme un investissement auprès d\u2019Emploi-Québec, en vertu de la loi qui prévoit que toutes les entreprises doivent dépenser 1 % de leur masse salariale en formation de la main-d\u2019oeuvre.C\u2019est, en quelque sorte, une sanction d\u2019État sur des ateliers donnés par des gens qui n\u2019ont aucune formation particulière, mais qui réussissent à expliquer, dans l\u2019atelier « métaphysique des malaises et des maladies », les causes émotionnelles et mentales des maladies les plus graves.Le marché de la spiritualité Le retour des marchands du Temple ISABELLE HACHEY Vous voulez accéder à la véritable Connaissance et percer les nombreux mystères de l\u2019Univers ?Rien de plus simple.Pour aussi peu que 15 $, il suffit de suivre un cours qui vous permettra d\u2019accéder à un état de conscience supérieur en intégrant les Énergies Puissantes des 72 Anges de la Kabbale.La publicité dit que ça donne des ailes.Un cours ne suffit pas ?Aucun problème.Procurezvous les douze volumes des « 72 Anges au Quotidien » en version CD ou cassette.Profitez-en pour commander, par Internet, les trois volumes de musique angélique (21,95 $ chacun) et les cartes des 72 Anges (20,69 $).Frais de port non inclus.Les vendeurs du temple sont de retour.Un coup d\u2019oeil au babillard surchargé du restaurant végétarien Le Commensal, rue Saint-Denis, et il semble bien futile, le voeu de pauvreté prononcé par les prêtres vieillissants qui règnent sur les églises désertées du Québec.Aujourd\u2019hui, la spiritualité est d\u2019abord une affaire de gros sous.Le marché est lucratif et les gourous se bousculent au portillon.Selon vos préférences, vous pouvez opter pour le nettoyage de vos sept chakras grâce aux élixirs floraux du Dr Bach, pour un voyage mystique au Pérou ou, tout simplement, pour l\u2019intégration du Christ dans votre corps grâce à la canalisation simultanée de deux médiums.Mais dépêchez-vous : à 20 $ par séance, il s\u2019agit sans doute d\u2019une aubaine.Lubies ésotériques d\u2019une poignée de nostalgiques ?Pas tout à fait.Les cristaux et les médiums ont peut-être perdu du terrain, mais ce n\u2019était que pour laisser la place au spiritisme à la sauce orientale et aux récits initiatiques, dont la popularité a rendu certains auteurs millionnaires.Les chercheurs avaient d\u2019abord cru à un phénomène éphémère, une vague nouvel âge qui s\u2019échouerait tôt ou tard sur la grève.Trente ans plus tard, les livres, conférences, vidéos, jeux, cartes du ciel et même contes pour enfants sont plus nombreux que jamais dans les librairies générales et les boutiques spécialisées.« C\u2019est plus qu\u2019une vague, c\u2019est un raz-de-marée ! » lance Martin Geoffroy, étudiant au doctorat en sociologie à l\u2019Université de Montréal.« Pour la grande majorité des gens, la quête spirituelle se fait maintenant à l\u2019extérieur des cadres religieux et institutionnels.C\u2019est pourquoi on retrouve toute cette panoplie de livres, ateliers et conférences qui répondent à ce besoin », explique Alain Bouchard, sociologue des nouvelles religions à l\u2019Université Laval.« Les gens ne veulent surtout pas se faire dire par quelque autorité que ce soit comment vivre leur vie spirituelle », ajoute M.Geoffroy.Religions à la carte La majorité des Québécois ont peut-être tourné le dos à l\u2019Église, ils n\u2019en continuent pas moins de se poser des questions existentielles.Dans une société de plus en plus individualiste, les nouveaux groupes religieux ne font cependant qu\u2019un à deux pour cent d\u2019adeptes au sein de la population.Les gens préfèrent magasiner leurs dieux et se composer un menu de croyances, empruntées ici et là.« Il n\u2019est pas rare de voir des catholiques croire en la réincarnation », raconte Yvon Lepage, directeur de l\u2019organisme Sentiers de foi.« La spiritualité est un secteur en nette croissance.On a augmenté nos ventes de 30 % depuis l\u2019an dernier », estime Yves Godin, responsable des achats au sein du Groupe Renaud-Bray.En plus de pulluler, ces livres sont littéralement des best-sellers.L\u2019Art du bonheur, du dalaï-lama, figure dans le peloton de tête des ventes du groupe depuis plus d\u2019un an.Conversations avec Dieu fait aussi partie du palmarès depuis.trois ans ! Rares sont les romans québécois qui peuvent en faire autant.Martin Geoffroy s\u2019inquiète de l\u2019ampleur du phénomène.Il constate que le mouvement nouvel âge, limité à des groupuscules obscurs il y a 30 ans, gagne de plus en plus de terrain.Pire, il s\u2019institutionnalise.« L\u2019idéologie du nouvel âge est devenue tellement importante qu\u2019elle s\u2019infiltre dans tous les rayons des librairies : gestion, sociologie, anthropologie, histoire.On est en train de confondre le discours scientifique et les croyances personnelles », dit-il.Yves Godin confirme la tendance.« Nous en avons même dans le domaine de la nutrition.L\u2019un d\u2019entre eux suggère quatre régimes différents pour les quatre groupes sanguins ! » Les petits livres du genre « être humain, mode d\u2019emploi » se vendent aussi comme des petits pains chauds.L\u2019infiltration est tellement répandue que M.Godin est incapable d\u2019évaluer la part du marché occupée par le nouvel âge \u2014 un concept, il est vrai, aux contours aussi vagues et flous qu\u2019une aura.Une enquête estimait, au début des années 90, que la vente de livres nouvel âge représentait cinq millions par an, soit 20 % du marché de l\u2019édition au Québec.À cette époque, une librairie sur cinq était spécialisée dans l\u2019ésotérisme.Depuis, le marché est plutôt stable, mais les plus petits commerces n\u2019ont pas survécu, selon Jean Charbonneau, de la librairie nouvel âge, qui a pignon sur rue depuis 30 ans àMontréal.« Aujourd\u2019hui, ce que les gens veulent avoir, ce sont des points d\u2019appui pour avancer dans la vie et se sentir mieux », dit Max Permingeat, propriétaire des Éditions de Mortagne depuis 1978.Et les acheteurs proviennent de toutes les couches de la société.« Nos clients vont du PDG qui veut faire du zen au petit monsieur qui veut faire son astrologie tous les jours », affirme Jean Charbonneau.L\u2019échec de la pensée critique Pour Yves Casgrain, consultant en mouvements sectaires, la tendance de fond souligne l\u2019échec de la pensée critique.« Les Québécois ont rejeté l\u2019Église catholique et la spiritualité en bloc, comme si les deux devaient être nécessairement liés.Maintenant, les gens cherchent et ne savent pas comment chercher.Ils n\u2019ont pas vraiment de connaissances historiques, ils veulent une solution magique à leurs angoisses existentielles, et ces livres-là se présentent justement comme cela ! » « La religion fait peu appel à l\u2019esprit critique puisque fondamentalement, c\u2019est une expérience qui relève du domaine affectif, dit le sociologue Alain Bouchard.C\u2019est comme essayer de rationaliser un coup de foudre : les gens préfèrent le vivre ! » La tolérance envers les nouveaux mouvements religieux et spirituels a ses limites, estime pourtant M.Casgrain.« On comprend mal, aujourd\u2019hui, que la spiritualité est devenue un marché.Comme dans tous les secteurs d\u2019activités économiques, il y a des fraudeurs.Il est temps d\u2019instaurer des campagnes de sensibilisation et de prévention.» « Avec le libre marché du religieux, il y a une « déréglementation » du spirituel avec laquelle il va falloir se colleter un jour », admet Solange Lefebvre, théologienne et anthropologue à l\u2019Université de Montréal.Les religions traditionnelles comme le judaïsme, le christianisme et l\u2019islam ont traversé l\u2019épreuve du temps parce qu\u2019elles possèdent une certaine « pesanteur éthique », note-t-elle.Le best-seller mondial de tous les temps ne demeuret- il pas la bonne vieille Bible ?DEMAIN : La désaffection des églises paroissiales au Qubec PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, La Presse En librairie, en trouve de tout ou presque.Des livres sur les leaders de sectes aussi diverses que nombreuses, le nouvel âge, etc. 6LP0801B0422 B08, samedi, MONDE 6LP0801B0422 ZALLCALL 67 16:36:46 04/25/00 B B 8 LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 22 AVRIL 2000 Monde L\u2019EXPRESS INTERNATIONAL Offres de paix du président tchétchène Moscou ne croit guère qu\u2019il dispose d\u2019un pouvoir politique tangible d\u2019après AFP et AP NAZRAN, Russie Le président tchétchène Aslan Maskhadov affirme avoir ordonné un cessez-le-feu unilatéral afin de permettre un règlement pacifique du conflit avec la Russie.« Une accalmie relative s\u2019est produite sur les fronts car j\u2019ai donné un ordre unilatéral de suspendre les opérations de combat », a déclaré Maskhadov dans un entretien au quotidien russe Kommersant publié hier.« Cela s\u2019inscrit dans le plan de règlement pacifique que j\u2019ai proposé à Moscou », a-t-il ajouté.Le président russe, Vladimir Poutine, a confirmé une partie des propos de Maskhadov en admettant avoir reçu, le mois dernier, des propositions de paix écrites de ce dernier.« Nous les avons amendées et nous les lui avons renvoyées.Jusqu\u2019à présent nous n\u2019avons aucune réponse de Maskhadov.Il a disparu », a ajouté le chef de l\u2019État russe, cité par l\u2019agence Intertfax.Maskhadov affirme dans l\u2019entrevue que presque tous les combattants tchétchènes sont sous son commandement et qu\u2019ils suivent ses ordres.Les militaires russes en doutent.Selon le général d\u2019aviation Guéorgui Chpak, qui commande les troupes aéroportées en Tchétchénie, Maskhadov commande au maximum entre 300 et 400 rebelles.Il affirme que Chamil Bassaiev et le commandant Khattab contrôlent la majorité des quelque 3000 hommes qui combattent l\u2019armée russe et qu\u2019ils n\u2019obéissent pas au président tchétchène.Poutine a également déclaré : « Nous n\u2019avons jamais renoncé à un règlement politique et, plus encore, nous sommes depuis longtemps en contact avec des représentants de Maskhadov.» Il a toutefois rappelé que ce dernier était « un criminel aux yeux de la justice russe.Mais la loi d\u2019amnistie est en vigueur et il peut en profiter ».Le président russe a lui aussi reproché à Maskhadov d\u2019être incapable de contrôler les chefs de bandes armées tchétchènes.« Maskhadov souffre d\u2019une maladie : l\u2019impuissance politique », a-t-il dit.« Nous sommes prêts à l\u2019aider », a-t-il cependant lâché.« S\u2019il ne peut pas livrer les bandits, allons les chercher ensemble et faisons en sorte qu\u2019ils sortent du territoire de la Tchétchénie ou qu\u2019ils se retrouvent derrière les barreaux.» Mais Poutine a pris ses précautions pour que ses propos ne soient pas interprétés comme un changement de cap.« Il n\u2019y aura pas de pause » dans l\u2019opération militaire visant à éliminer les bandes armées, a-t-il dit, ajoutant que les conditions de négociations avec Maskhadov n\u2019avaient jamais changé.Moscou exige toujours que les chefs de guerre accusés de terrorisme soient livrés et que tous les otages détenus en Tchétchénie soient relâchés.Par ailleurs, des représentants de l\u2019Union européenne (UE) ont estimé hier, après une visite d\u2019une journée dans la république indépendantiste, que les efforts de la Russie pour améliorer le sort des civils en Tchétchénie étaient loin d\u2019être suffisants.« Quand on voit ce que l\u2019on voit, je crois qu\u2019il est presque ridicule de dire que les efforts sont suffisants.Il y a tellement de choses à faire », a déclaré l\u2019ambassadeur du Portugal en Russie, Jose Luis-Gomes.« La situation s\u2019est à peu près stabilisée en Ingouchie (dans les camps de réfugiés), mais les personnes qui ont le plus besoin d\u2019aide sont celles qui se trouvent dans les camps à l\u2019intérieur de la Tchétchénie », a déclaré pour sa part le représentant de l\u2019UE en Russie, Gilbert Dubois.L\u2019ambassadeur de France, Hubert Colin de Verdière, complétait la délégation, qui s\u2019est rendue dans plusieurs villes de Tchétchénie, dont la capitale Grozny, et a visité un camp de réfugiés à l\u2019intérieur de cette province.L\u2019armée russe profite du calme actuel pour se regrouper dans le sud de la république, où demeurent concentré l\u2019essentiel des combattants séparatistes.Selon une source militaire, l\u2019armée fédérale prévoit de repartir à l\u2019assaut en début de la semaine prochaine.UKRAINE Oups ! n La chute incontrôlée d\u2019un missile sol-sol serait à l\u2019origine de l\u2019explosion qui a tué trois personnes et endommagé un immeuble à Brovary près de Kiev jeudi, ont indiqué hier les autorités ukrainiennes.« Nous avons retrouvé des débris sur place qui semblent appartenir à un missile », a indiqué un porte-parole du ministère ukrainien de l\u2019Intérieur, Olexandre Zaroubitski, alors que les autorités militaires faisaient preuve d\u2019embarras après cette découverte.« Le fragment d\u2019un missile aurait pu tuer des centaines de gens.On a eu de la chance que seulement trois personnes aient péri », a ajouté Zaroubitski.d\u2019après AFP SLOVAQUIE Pas d\u2019accord n Plus de 3000 manifestants venus de diverses régions du pays ont protesté hier devant le siège du gouvernement slovaque, à Bratislava, contre l\u2019interpellation la veille de l\u2019ex-premier ministre Vladimir Meciar.Elle ont aussi réclamé la démission du cabinet du premier ministre actuel, Mikulas Dzurinda.Des dizaines de policiers armés et cagoulés avaient pris d\u2019assaut la villa de l\u2019ex-chef de gouvernement, jeudi à Trencianske Teplice (100 km au nord de Brattislava), pour l\u2019emmener à un interrogatoire sur diverses affaires, dont l\u2019enlèvement en 1995 du fils de l\u2019ancien président slovaque, Michal Kovac.Meciar a refusé de répondre aux enquêteurs avant d\u2019être finalement remis en liberté.d\u2019après AFP CHYPRE Peu reconnu n La réélection du dirigeant chypriote-turc Rauf Denktash résulte de la volonté d\u2019Ankara de ne pas changer de « négociateur » avant un nouveau tour de pourparlers sur l\u2019avenir de l\u2019île divisée, en mai à New York, sous l\u2019égide de l\u2019ONU, estimaient hier les analystes à Ankara.Le vétéran chypriote-turc a été automatiquement réélu pour un nouveau mandat de cinq ans à la tête de la République turque de Chypre du nord (reconnue par la seule Turquie), qu\u2019il préside depuis sa proclamation en 1983, après le retrait mercredi de son adversaire, le premier ministre Dervis Eroglu, trois jours avant le second tour du scrutin présidentiel.d\u2019après AFP ALLEMAGNE « Hommes à la raie » n Un attentat manqué contre la synagogue d\u2019Erfurt (ex-RDA), jeudi soir 20 avril, jour anniversaire de la naissance d\u2019Adolf Hitler en 1889, suscite une vive émotion en Allemagne, tandis que les enquêteurs s\u2019interrogent sur l\u2019identité des auteurs : extrémistes de droite ou extrémistes de gauche ?Le texte de revendication laissé sur place est signé d\u2019un groupe inconnu jusqu\u2019à présent, « les hommes à la raie », allusion à la coiffure préférée des nazis.Mais, ont relevé le Parquet et la police criminelle, c\u2019est aussi souvent ainsi que les extrémistes de gauche désignent les néo-nazis.d\u2019après AFP ARMÉNIE Manifestation n Quelque 10 000 personnes ont manifesté hier à Erevan à l\u2019appel du parti communiste pour exiger l\u2019organisation d\u2019un référendum en vue de l\u2019adhésion de l\u2019Arménie à l\u2019Union Russie- Bélarus.Les représentants de toutes les régions du pays se sont rassemblés sur la place centrale de la capitale arménienne sous le slogan « notre survie est dans l\u2019Union avec la Russie et le Bélarus ».Ils portaient des drapeaux soviétiques, russes et bélarusses et brandissaient des portraits de Lénine et Staline.« Le référendum permettra au peuple arménien de faire un choix entre l\u2019Union et la pauvreté », a déclaré le député communiste Pertch Bochnaguian.d\u2019après AFP Amato formera un cabinet en Italie MUS Not Found MUS d\u2019après AP et AFP ROME Sans surprise, le président italien, Carlo Azeglio Ciampi, a chargé hier l\u2019actuel ministre du Trésor, Giuliano Amato, de former le 58e gouvernement du pays depuis la fin de la seconde guerre mondiale.Amato, candidat soutenu par la coalition de centre-gauche majoritaire au Parlement, l\u2019a lui-même annoncé aux journalistes à sa sortie du palais du Quirinale, siège de la présidence de la République, précisant qu\u2019il entamait immédiatement ses consultations pour tenter de former ce gouvernement.Le prochain gouvernement « compte sur la cohésion de la majorité, cohésion qui doit s\u2019accroître et se renforcer », a déclaré à la presse le ministre du Trésor et du Budget du gouvernement démissionnaire.La coalition de centre-gauche a promis qu\u2019elle lui apporterait son soutien au Parlement, même si elle s\u2019est souvent illustrée par ses divisions.La gauche cherche ainsi à éviter des élections anticipées réclamées par la droite après le triomphe de celle-ci aux élections régionales de dimanche dernier.Selon Fabio Mussi, chef du groupe parlementaire des Démocrates de gauche (DS), plus grand parti de la coalition au pouvoir, « le centre-gauche est en position de présenter une majorité politique qui peut garantir un gouvernement sûr, jusqu\u2019à la fin de la législature » en mars 2001.« Nous avons donné au président, à l\u2019unanimité, le nom de Giuliano Amato.Il a notre confiance », a ajouté Mussi, qui s\u2019exprimait au nom de la coalition.Par la voix de Silvio Berlusconi, l\u2019opposition de droite qui a remporté les élections régionales de dimanche dernier a de nouveau réclamé dans la journée la tenue d\u2019élections législatives anticipées.Cette hypothèse a été écartée par le chef de l\u2019État, qui tient à ce que le référendum prévu le 21 mai pour réformer le mode électoral en faveur du scrutin majoritaire ait bien lieu afin qu\u2019à l\u2019avenir, de véritables majorités solides se dégagent des urnes.Tout juste rentré des États-Unis hier après avoir assisté à la récente réunion du Fonds monétaire international (FMI), Amato, ancien socialiste se présentant comme indépendant, est crédité d\u2019avoir remis de l\u2019ordre dans les finances publiques italiennes au début des années 90.Amato est surnommé « Dottore Sottile » (« docteur subtil ») dans son pays, un jeu de mots faisant allusion non seulement à sa finesse politique mais aussi à sa sveltesse.Natif de Turin, le fief de Fiat dans le nord de la péninsule, cet ex-dirigeant, aux côtés de feu Bettino Craxi, d\u2019un Parti socialiste italien (PSI) discrédité par l\u2019opération « Mains propres », aura 62 ans le mois prochain.Lors d\u2019un passage de neuf mois en 1992-93 à la présidence du Conseil, il aura le premier osé trancher à la hache dans les finances publiques italiennes.PHOTO AFP 100000 musulmans manifestent en plein New Delhi Plus de 100 000 musulmans se sont rassemblés hier pour entendre Syed Abdullah Bukhari, imam de la mosquée Jama Masjid de New Delhi.Il dénonçait la décision du parti nationaliste hindou, qui est au pouvoir, d\u2019exiger que dans l\u2019État le plus peuplé, l\u2019Uttar Pradesh, la construction de nouveaux lieux de culte soit soumise à l\u2019approbation du gouvernement.L\u2019enquête sur l\u2019attentat contre un McDo mène sur la piste d\u2019autonomistes bretons CHRISTOPHE PARAYRE Agence France-Presse, PARIS Une information judiciaire a été ouverte hier et deux juges antiterroristes ont été désignés dans le cadre de l\u2019enquête sur l\u2019attentat meurtrier contre un restaurant McDonald, mercredi, en Bretagne.Cette enquête s\u2019oriente vers les autonomistes bretons.Les funérailles de Laurence Turbec, 27 ans, employée dans l\u2019établissement de la chaîne américaine de restauration rapide, tuée dans cet attentat, ont eu lieu ce matin à Quévert, près de Dinan.L\u2019information judiciaire a été ouverte contre X pour « destruction par explosif ayant entraîné la mort et en relation avec une entreprise terroriste ».Les auteurs de l\u2019attentat sont passibles d\u2019une peine de réclusion criminelle à perpétuité.Pour ce qui est de la tentative d\u2019attentat devant un bureau de poste à Rennes, également mercredi en Bretagne, l\u2019enquête est ouverte pour « tentative de destruction par explosif en relation avec une entreprise terroriste ».À ce jour, l\u2019attentat près de Dinan et la tentative de Rennes n\u2019ont pas été revendiqués.Les enquêteurs privilégient toutefois la piste du groupe clandestin autonomiste de l\u2019Armée révolutionnaire bretonne (ARB), les explosifs utilisés dans ces deux actions provenant d\u2019un lot de huit tonnes de dynamite volé à la fin de septembre dernier en Bretagne et régulièrement utilisé par l\u2019ARB et l\u2019organisation séparatiste basque ETA.À ce jour, seulement cinq tonnes de cette dynamite ont été retrouvées.Une quinzaine de personnes, dont des autonomistes bretons et des séparatistes basques de l\u2019ETA, ont été mises en examen dans cette affaire de vol de dynamite.Huit d\u2019entre elles restent incarcérés.Les Basques sont soupçonnés d\u2019avoir commis le vol, les Bretons d\u2019avoir fourni la logistique.Depuis le début de 1999, une quinzaine d\u2019attentats ont été soit revendiqués, soit attribués à l\u2019ARB.Le dernier en date avait visé un centre des impôts d\u2019Argentré-du- Plessis, le 11 mars dernier.Créée en 1971, l\u2019ARB a notamment revendiqué les attentats de Cintegabelle (sud-ouest de la France), fief du premier ministre socialiste, Lionel Jospin, le 18 juin 1999, et de Belfort (est), fief du ministre de l\u2019Intérieur, Jean-Pierre Chevènement, le 30 octobre 1998.L\u2019attentat meurtrier contre McDo a soulevé une condamnation unanime, du président de la République au premier ministre, en passant par la majorité des partis politiques.Même Emgann, mouvement breton légal qui se présente comme la gauche indépendantiste et qui s\u2019était toujours refusé jusqu\u2019à présent à condamner les attentats de l\u2019ARB, a qualifié cet attentat « d\u2019extrêmement dommageable pour le peuple breton ».Il a annoncé le report « par respect et par décence » de la « marche pour l\u2019indépendance », qui est organisée à chaque année depuis 1998 en Bretagne et qui devait se tenir à compter d\u2019hier.Missing files that are needed to complete this page: MUS 6LP0901B0422 B09, samedi, MONDE 6LP0901B0422 ZALLCALL 67 16:37:30 04/25/00 B LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 22 AVRIL 2000 B 9 Monde La Russie élargit son recours au nucléaire tout en souscrivant au traité sur les essais d\u2019après AP et AFP MOSCOU La Russie s\u2019est dotée hier d\u2019une nouvelle doctrine facilitant son recours à l\u2019arme atomique.Par la suite, la Douma, la chambre basse du parlement russe, a approuvé à une très large majorité, 298 voix contre 74 et trois abstentions, le Traité d\u2019interdiction des essais nucléaires (CTBT).La nouvelle doctrine prévoit notamment que la Russie peut « utiliser toutes les forces et moyens à sa disposition, y compris l\u2019arme nucléaire, au cas où tous les autres moyens pour régler la situation sont épuisés ou se sont révélés inefficaces ».La doctrine précédente, datant de 1997, permettait à Moscou d\u2019utiliser en premier l\u2019arme nucléaire, mais seulement pour répondre à « une agression armée qui apparaîtrait comme une menace pour l\u2019existence même de la Russie.» Le vote à la Douma est intervenu à l\u2019issue d\u2019une brève session à huis clos au cours de laquelle les ministres de la Défense, Igor Sergueiev, des Affaires étrangères, Igor Ivanov, et de l\u2019Énergie nucléaire, Evguéni Adamov, ont invité les députés à ratifier ce texte qui interdit désormais à la Russie de pratiquer des essais nucléaires.Le parlement russe avait déjà ratifié mercredi dernier le traité START II de réduction des armements nucléaires.Ce traité, négocié en grande partie avant l\u2019effondrement de l\u2019URSS, prévoit la limitation de l\u2019armement nucléaire à 3000-3500 ogives pour les États- Unis et la Russie.Boris Eltsine l\u2019avait signé en 1993, mais la chambre basse du parlement russe, dominée jusqu\u2019aux législatives de décembre dernier par les communistes, avait toujours refusé de le ratifier, chose que le Sénat américain a faite en 1996.Le Sénat américain, en revanche, a rejeté en octobre dernier le CTBT, suscitant la réprobation internationale.Signé par 154 pays, le CTBT \u2014 conclu en 1996 \u2014 n\u2019a été approuvé que par 27 des 44 États dotés d\u2019une capacité nucléaire, qui doivent le ratifier pour permettre son entrée en vigueur.Des sept puissances nucléaires déclarées, seules la France, la Grande-Bretagne et à présent la Russie ont entériné le texte.La Chine et Israël (qui nie officiellement posséder l\u2019arme nucléaire) l\u2019ont signé mais ne l\u2019ont pas ratifié.L\u2019Inde et le Pakistan demeurent toujours à l\u2019écart.La nouvelle doctrine facilite l\u2019utilisation de l\u2019arme nucléaire mais pose néanmoins des conditions précises à son recours qui tendent à rassurer les puissances étrangères, notent les observateurs.« La Russie ne menace personne et n\u2019a pas l\u2019intention d\u2019utiliser ses forces nucléaires pour faire pression », avait déclaré le ministre russe des Affaires étrangères, Igor Ivanov, en février dernier.« La nouvelle doctrine russe est proche de celle de l\u2019OTAN » en ce qui concerne l\u2019utilisation de l\u2019arme atomique, estime le politologue Alexandre Pikaïev de l\u2019antenne moscovite de la fondation Carnegie.Le document, dont le contenu n\u2019a pas été intégralement révélé, définit également les cas où la Russie doit se considérer comme menacée ou attaquée, aussi bien de l\u2019extérieur qu\u2019à l\u2019intérieur de ses frontières.« Il contient une série de nouveaux cas de figure liés à l\u2019accroissement des menaces, notamment depuis l\u2019intervention de l\u2019OTAN en Yougoslavie », a déclaré l\u2019ancien secrétaire du Conseil de sécurité russe, Andreï Kokochine.Par ailleurs, la Russie, qui a reconnu ne pas avoir pu détruire 400 tonnes d\u2019armes chimiques avant le 29 avril 2000 comme prévu, a présenté un nouveau programme s\u2019étalant jusqu\u2019en 2009 à l\u2019Organisation pour l\u2019interdiction des armes chimiques (OIAC).Zimbabwe : vers un règlement monétaire ?La KFOR a commencé à détruire des armes saisies au Kosovo CHR Not Found CHR d\u2019après AFP VICTORIA FALLS, Zimbabwe Des chefs d\u2019État d\u2019Afrique australe, réunis en sommet à Victoria Falls au Zimbabwe, ont demandé hier aux bailleurs de fonds internationaux d\u2019aider à financer la réforme agraire dans ce pays.Il s\u2019agit, ontils affirmé, d\u2019un « enjeu crucial pour l\u2019avenir du Zimbabwe et pour la région ».Par ailleurs, les anciens combattants noirs de la guerre de libération, qui occupent des centaines de fermes de blancs depuis février, ont tourné leur colère vers des ouvriers agricoles noirs, les chassant des exploitations où ils travaillaient.Quatre présidents, au terme de neuf heures d\u2019un sommet convoqué avant-hier, ont appelé les donateurs, en premier lieu l\u2019ancienne puissance coloniale, la Grande-Bretagne, à « honorer leurs engagements et rendre les ressources disponibles ».« Le vrai problème au Zimbabwe est le problème de la terre », a déclaré le président mozambicain, Joaquim Chissano, également président de la Communauté de développement d\u2019Afrique australe (SADC), qui présidait la rencontre de Victoria Falls.« Il y a dans ce pays une mauvaise distribution de la terre qui créé des problèmes », at- il dit.Réagissant à cet appel, le secrétaire d\u2019État britannique au Foreign Office, Peter Hain, a réaffirmé que son gouvernement restait « prêt à financer » en partie la réforme agraire au Zimbabwe, mais « à la condition qu\u2019elle soit appliquée dans le cadre de la loi ».Autour de Chissano, les discussions sur le Zimbabwe ont réuni le président zimbabwéen, Robert Mugabe, et ses homologues d\u2019Afrique du sud, Thabo Mbeki, du Mozambique, Joaquim Chissano, et de Namibie, Sam Nujoma.Les chefs d\u2019État d\u2019Afrique australe ont soigneusement évité de dénoncer ouvertement l\u2019attitude de Mugabe dans la crise actuelle, saluant au contraire l\u2019organisation de pourparlers récents entre fermiers blancs et vétérans de la guerre d\u2019indépendance, après des violences qui ont fait six morts dont deux fermiers blancs et deux opposants noirs à Mugabe.« Je pense que le président Mugabe a été capable de calmer les esprits des gens », a déclaré Chissano.« Nous sommes heureux de savoir que le président Mugabe traite avec les fermiers et les vétérans et obtient de bonnes réponses.» M.Mugabe est « un maître de l\u2019État de droit.Il le prouve et continue de respecter ses principes », a encore déclaré Chissano.Les dirigeants d\u2019Afrique australe ont pourtant avoué avoir été « alarmés » par la situation et en particulier par « la façon dont l\u2019enjeu a été politisé de l\u2019extérieur », a ajouté le président mozambicain.Entretemps, près de Harare, des vétérans ont attaqué et saccagé des logements de travailleurs agricoles, dans des fermes occupées que leurs propriétaires blancs avaient désertées.À Arcturus, une vingtaine d\u2019ouvriers agricoles noirs chargés de sacs et portant des ballots sur la tête ont été chassés de leurs habitations par une centaine de « vétérans » ivres hurlant des insultes.« Nous partons, nous avons peur, ils veulent nous tuer », a expliqué l\u2019un d\u2019eux à un journaliste de l\u2019AFP.Un fermier blanc a confirmé que ses ouvriers agricoles sontl\u2019objet d\u2019intimidation et de violences.d\u2019après AFP edt AP PRISTINA La force multinationale au Kosovo (KFOR) a commencé à détruire des milliers d\u2019armes détenues illégalement et qu\u2019elle a confisquées depuis son arrivée en juin 1999, a annoncé hier un porte-parole.Le stock d\u2019armes saisies comprend 13 000 fusils, 2500 pistolets, 1100 mitrailleuses et mortiers, quelque 500 projectiles anti-char et 26 armes de défense aérienne, dont des canons anti-aériens de 20 millimètres.Des artificiers superviseront également la destruction de 30 000 engins explosifs et de 7,5 millions de cartouches et obus.La plupart de ces armes, saisies lors de perquisitions ou de contrôles routiers ou remises volontairement, seront fondues et le métal ainsi obtenu sera réutilisé dans la province, a indiqué le porte-parole, le major Frank Benjaminsen.Les armes ont été stockées sous forte surveillance après avoir été saisies dans la province par la KFOR et la police de l\u2019ONU.Des saisies d\u2019armes sont rapportées presque quotidiennement au Kosovo, allant des armes de poing aux mines anti-char et aux grenades propulsées par fusées.Les armes détenues illégalement sont fréquemment utilisées dans la province à la fois contre la partie de la communauté serbe qui est restée au Kosovo et dans des règlements de comptes au sein de la communauté albanaise.En septembre, la KFOR a officiellement démilitarisé l\u2019Armée de libération du Kosovo (UCK), l\u2019organisation indépendantiste albanaise, mais de nombreux responsables militaires occidentaux reconnaissent qu\u2019il est toujours facile de trouver des armes dans la province.Par ailleurs, deux Albanais ont été tués et deux policiers serbes blessés hier lors de violents affrontements survenus dans le sud de la Serbie, non loin de la limite administrative avec le Kosovo, selon une agence de presse indépendante.Un premier incident a eu lieu près de Djordjevac, un village serbe situé entre la limite nord du Kosovo et Bujanovac, une ville du sud de la Serbie à 260 km de la capitale Belgrade.En repoussant une attaque, une patrouille de police a tué deux Albanais, a rapporté l\u2019agence Beta sans fournir d\u2019autres détails.Un peu plus tard, dans un autre secteur, des assaillants ont tiré sur une autre patrouille de police qui escortait une ambulance près de Konculj, un village situé à 280 km au sud de Belgrade, déclenchant une fusillade au cours de laquelle deux policiers serbes ont été blessés.Cette dernière attaque faisait suite à un précédent incident, survenu jeudi dans ce même village de Konculj et au cours duquel cinq obus de mortiers ont explosé près d\u2019un barrage de police.Il n\u2019y avait pas eu de blessés.PHOTO AP Poursuivant leur vigile hier devant la maison de Miami où réside le petit Elian Gonzalez, des partisans du refus de son retour à Cuba ont, en ce Vendredi saint, associé le Christ à leur combat.Washington est prêt à permettre à Elian de rencontrer son père Agence France-Presse WASHINGTON Les autorités américaines ont indiqué hier être prêtes à joindre l\u2019acte à la parole en allant chercher le petit Cubain Elian Gonzalez à Miami, quitte à recourir à la force, mais sans s\u2019engager auprès du père du garçon sur un calendrier précis.En refusant de transférer la garde d\u2019Elian à son père, « la famille (qui héberge le petit garçon à Miami) n\u2019a pas respecté la loi et nous nous préparons actuellement à la faire appliquer », a indiqué Maria Cardona, porte-parole des Services d\u2019immigration américains (INS).Le ministre de la Justice, Janet Reno, n\u2019a jamais caché sa volonté de rendre à son père, Juan Miguel Gonzalez, le petit Elian, recueilli le 25 novembre au large des côtes de Floride et confié temporairement, à Miami, à son grand-oncle Lazaro Gonzalez, qui refuse depuis de s\u2019en séparer.Interrogée pour savoir si le gouvernement allait dépêcher des agents fédéraux à Miami pour récupérer l\u2019enfant, Mme Cardona a répondu : « C\u2019est ce vers quoi nous penchons très fortement mais rien n\u2019est encore fait.» Elle s\u2019est refusée à confirmer des informations de presse selon lesquelles des agents fédéraux et de l\u2019INS étaient déjà arrivés en renfort à Miami.Rencontrant à sa demande et pour la deuxième fois le père d\u2019Elian, Mme Reno s\u2019est refusée pour sa part hier à s\u2019engager sur un calendrier précis pour récupérer le petit garçon à Miami.« Je lui ai fait part de mon engagement à continuer à travailler pour lui permettre de retrouver son fils mais je lui ai aussi dit que je ne pouvais pas m\u2019engager sur un plan précis ou sur un échéancier », a-telle dit.« J\u2019ai été profondément émue par l\u2019amour évident que porte M.Gonzalez à son fils », a ajouté Mme Reno dans un communiqué publié à la suite de cet entretien qui a eu lieu au ministère de la Justice.Le Washington Post a rapporté hier que Mme Reno avait demandé à ses conseillers de déterminer le meilleur moment pour intervenir, y compris par la force, ce qui pourrait se faire au milieu de la semaine prochaine.« Nous sommes toujours ouvert à une solution où la famille coopérerait », a cependant indiqué la porte- parole de l\u2019INS.Pour sa part, le gouverneur de Floride, Jeb Bush, a mis en garde les autorités contre la récupération de force d\u2019Elian qui serait « peu sage et mal venue ».Dans une lettre adressée au président Clinton et à Mme Reno, il a réitéré la demande des proches d\u2019Elian à Miami d\u2019une médiation indépendante.Mais du président Clinton à Mme Reno, le gouvernement insiste sur la nécessité morale et légale de réunir le père et le fils Gonzalez, après près de cinq mois d\u2019un imbroglio politico-judiciaire sans fin perceptible.Une décision de justice datant de mercredi interdit au petit garçon de quitter le territoire américain mais n\u2019empêche pas les autorités de réunir le père et le fils aux États-Unis, où Juan Miguel Gonzalez est arrivé le 6 avril.Ils seraient alors censés attendre l\u2019épuisement de tous les recours en justice liés à une demande d\u2019asile déposée par Lazaro Gonzalez, dont une audience prévue le 11 mai devant la Cour d\u2019appel fédérale à Atlanta en Georgie.En attendant, le président Clinton a clairement fait comprendre que les proches d\u2019Elian n\u2019avaient pas à retenir le petit garçon à Miami.« Il n\u2019y a désormais aucune raison pour qu\u2019il ne retrouve pas son père », avait-il déclaré jeudi soir.La communauté des exilés cubains à Miami est restée hier sur le qui-vive face à la volonté réaffirmée des autorités américaines.Missing files that are needed to complete this page: CHR 6LP1099B0422 B-10 samedi 6LP1099B0422 ZALLCALL 67 16:40:14 04/26/00 B B 10 LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 22 AVRIL 2000 L\u2019univers à ses pieds, Hubble fête ses 10 ans Le télescope spatial américano-européen a gagné sa place parmi les merveilles du monde moderne HUBBLE-SA Not Found HUBBLE-SA GUY CLAVEL Agence France-Presse, WASHINGTON Il y a dix ans, le 24 avril 1990, le télescope spatial américano-européen Hubble était lancé pour percer les secrets de l\u2019univers, une mission qu\u2019il a accomplie au delà de toute espérance en plongeant son oeil dans le coeur le plus intime des galaxies.« La quantité de découvertes de Hubble est absolument sans précédent en si peu de temps pour un observatoire », a souligné à l\u2019occasion de cet anniversaire l\u2019administrateur adjoint de la NASA pour les sciences de l\u2019espace, M.Ed Weiler.Dans ses 10 premières années sur orbite, le télescope a « étudié 13 670 objets, a effectué 271 000 observations particulières » et ramené des milliards d\u2019informations « archivées comme un trésor scientifique dans une caverne d\u2019Ali-Baba pour les futures générations d\u2019astronomes ».Il a également permis de déterminer que l\u2019origine de l\u2019univers remonte à 12 milliards d\u2019années, avec une marge d\u2019erreur de 10 %.Déjà, les renseignements fournis par Hubble ont donné lieu à la publication de plus de 2600 études scientifiques.« Mais ce qui pourrait être encore plus important à long terme est ce que Hubble a apporté à tout un chacun sur terre », a souligné Ed Weiler.Il a rappelé « les découvertes et images spectaculaires de trous noirs, de galaxies entrant en collision et d\u2019objets bizarres aux confins de l\u2019univers, qui ont touché des millions de foyers par l\u2019intermédiaire de la presse écrite, de la télévision et d\u2019Internet ».Pourtant, la grande aventure de Hubble avait commencé en scénario catastrophe.Deux mois après son lancement, lorsque ses instruments ont été mis en marche, les astronomes ont découvert avec stupéfaction que le télescope était myope, incapable de pénétrer dans les profondeurs de l\u2019univers.En raison d\u2019une erreur humaine, son miroir souffrait d\u2019une « aberration sphérique » empêchant les caméras du télescope de rapporter des images nettes : Hubble, un projet de 1,5 milliard de dollars, était sérieusement handicapé.Il fallut attendre 1993 pour que des astronautes aillent réparer dans l\u2019espace le télescope de 11 tonnes, haut comme un immeuble de cinq étages et évoluant à quelque 600 km d\u2019altitude à la vitesse de 28 000 km/ h.Aujourd\u2019hui, après trois missions d\u2019entretien dont la plus récente en décembre dernier, « il a gagné sa place parmi les merveilles du monde moderne », a souligné un scientifique chargé de la mission, le Pr David Leckrone, du centre spatial Goddard, à Laurel, au Maryland.Révolution scientifique « La vision de l\u2019univers par l\u2019homme n\u2019a jamais été révolutionnée dans un temps aussi court et par un seul instrument depuis que Galilée a pointé son petit télescope vers le ciel en 1609 », a-t-il estimé.Selon lui, Hubble « a vu plus loin et plus clairement que n\u2019importe quel télescope avant lui, en lumière visible, et il a révolutionné la science de l\u2019astronomie ».De plus, en pointant son puissant miroir vers la constellation d\u2019Orion, Hubble a observé autour de ses plus jeunes étoiles des disques de poussière et de gaz, dont la contraction donne naissance aux planètes.Ce phénomène très fréquent renforce l\u2019idée selon laquelle la Terre pourrait ne pas être le seul havre de vie de l\u2019univers.Théories confirmées L\u2019astrophysicien américain Edwin Hubble (1889-1953), dont le télescope porte le nom, a été le premier à avoir découvert que le cosmos ne se limitait pas à la Voie lactée, que d\u2019autres galaxies plus lointaines existaient et que l\u2019univers était en expansion.Hubble a largement confirmé toutes ses théories et les astronomes attendent de nouvelles moissons plus importantes encore pendant les 10 années qu\u2019il lui reste à vivre.PHOTOTHÈQUE La Presse Le télescope orbital Hubble, avec la Terre en arrière-plan telle qu\u2019on pouvait la voir le 21 décembre dernier.POUR LA FÊTE DES MÈRES 2852411 MONTRÉAL FORT LAUDERDALE OU ORLANDO MONTRÉAL : EXTÉRIEUR : 2851036 Missing files that are needed to complete this page: HUBBLE-SA "]
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