L'action nationale, 1 décembre 2022, Décembre
[" L \u2019 A C T I O N N A T I O N A L E \u2013 v o l u m e C X I I , n u m é r o 1 0 \u2013 D é c e m b r e 2 0 2 2 volume CXII numéro 10 DÉCEMBRE 2022 envoi de publication N° de la convention 0040012293 L\u2019Action Décembre 2022 Vol.CXII, no 10 L\u2019Action L\u2019indépendance dans un monde incertain 978-2-89070-063-5 Fortement contrastée, l\u2019oeuvre de Rita Letendre évolue le long d\u2019une trajectoire artistique d\u2019abord gestuelle, composant avec les taches et l\u2019épaisseur de la matière.Elle se métamorphose par la suite en une série de lignes droites calculées qui deviendront, avec le temps, plus libres et mouvementées.Si son univers s\u2019est transformé, il s\u2019est appuyé avec constance sur une structure sous-jacente sombre, souvent noire, qui galvanise la surface à tout coup.Ce système d\u2019organisation favorise le jaillissement de la lumière et d\u2019une énergie tumultueuse.Inspirée par l\u2019immanence de la nature et de la vie, traduite par un évident attachement pour le paysage, Rita Letendre nous fait transiter le long de tracés qui se défilent sous la forme de routes et de ciels en mouvement ou nous attirent vers des bas-fonds caverneux.Cette exposition prévue au Musée depuis quelques années se matérialise aujourd\u2019hui, bien malgré nous, sous la forme d\u2019un hommage posthume à cette grande peintre féministe qui nous a quittés l\u2019an dernier.Faisant partie des quelques femmes de sa génération qui ont oeuvré dans le milieu de l\u2019art, elle aura contribué à ouvrir la voie à celles qui lui ont succédé.Dans un esprit de sororité, nous avons réuni près de ses premières oeuvres des tableaux d\u2019artistes femmes d\u2019ici, consoeurs et issues de générations plus récentes, qui, comme elle, ont adopté l\u2019abstraction comme mode d\u2019expression.Entièrement réalisée à partir d\u2019oeuvres de la collection du Musée, l\u2019exposition propose un parcours sur un demi-siècle de carrière à travers les techniques et les aspirations de cette femme mobile et avide de liberté, qui a voyagé outre-mer et vécu sur la Côte ouest états-unienne avant de s\u2019installer définitivement à Toronto.Cette sélection s\u2019amorce avec ses premières oeuvres élaborées selon les préceptes de l\u2019abstraction formulés par Paul-Émile Borduas, qu\u2019elle n\u2019a d\u2019ailleurs jamais entièrement délaissés, et se poursuit jusqu\u2019à sa production des dernières années.L\u2019art de Rita Letendre s\u2019est frayé un chemin dans notre collection par l\u2019entremise des Clercs de Saint-Viateur, les fondateurs du MAJ, qui ont fait l\u2019acquisition d\u2019un tableau en 1968.Près de cinquante ans plus tard, le fils de l\u2019artiste, Jacques Letendre, et sa conjointe, Monique Larocque, ont fait don d\u2019une sélection d\u2019oeuvres destinée à compléter le corpus constitué progressivement au Musée.Lors de la préparation de cette exposition, nous avons constaté que notre collection se compose d\u2019une tapisserie imposante et unique dans son parcours artistique.Cette découverte que le MAJ présente pour la première fois au public n\u2019est certainement pas le dernier mystère que nous réserve la production de cette artiste prolifique qui s\u2019est engagée dans une recherche infinie, la quête de soi.Née en 1928, à Drummondville, Rita Letendre fréquente l\u2019École des beaux-arts de Montréal et participe à plusieurs manifestations du groupe automatiste dans les années 1950.Peintre et graveuse, elle se distingue par la réalisation de murales intérieures et extérieures au Canada et aux États-Unis.En 2010, le Prix du Gouverneur général du Canada lui est décerné.Ses oeuvres se retrouvent dans de nombreuses collections publiques et privées à travers le pays.Elle est décédée en novembre dernier à Toronto.Rita Letendre \u2022 Tableaux tumultueux Musée d'art de Joliette 145 rue du Père-Wilfrid-Corbeil à Joliette \u2022 téléphone : 450 756-0311 Du 15 octobre 2022 au 15 janvier 2023 En couverture Rita Letendre Influx Acrylique sur toile, 52,4 x 227,7 x 2,8 cm, 1968.Don de Jacques Letendre et Monique Laroque.2017.017.© Succession Rita Letendre 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514 845-8533 Numéro sans frais : 1 866 845-8533 revue@actionnationale.quebec www.actionnationale.quebec Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Mathieu Bock-Côté, sociologue et chroniqueur ; Nicolas Bourdon, professeur de français, cégep Bois-de-Boulogne ; Sylvain Deschênes, rédacteur et infographiste ; Lucia Ferretti, professeure (UQTR) ; Sylvie Ménard, Centre d\u2019histoire des régulations sociales (UQAM) ; Denis Monière, professeur (Université de Montréal) ; Hubert Rioux, Ph. D. ÉNAP-Montréal ; Michel Rioux, journaliste ; Pierre Serré, chercheur.Animation du séminaire de lecture : Mathieu Bock-Côté L\u2019Action REVUES CULTURELLES QUÉBÉCOISES ARTS VISUELS CRÉATION LITTÉRAIRE CINÉMA HISTOIRE ET PATRIMOINE CULTURE ET SOCIÉTÉ LITTÉRATURE Pe THEORIES ET ANALYSES THEATRE ET MUSIQUE Ve sodep québécoises revues culturel los.SODEP.QC.CA Sommaire Éditorial Le délire d\u2019État - Robert Laplante 4 Souper conférence 2022 Discours de présentation du prix Rosaire-Morin 2022 à Pierre Serré - Christian Gagnon 11 On est toujours libre d\u2019être libre - Pierre Serré 15 L\u2019indépendance dans un monde incertain - Simon-Pierre Savard-Tremblay 19 Articles La résistance des États aux revendications nationalitaires : le cas de la Corse - Denis Monière 41 Une « révolution citoyenne » en plein désert politique - Léandre Saint-Laurent 52 La transition ethnoculturelle du Canada - Charles Gaudreault 70 Réplique L\u2019invasion russe vue par les nostalgiques de la Révolution d\u2019Octobre - Pierre-Paul Sénéchal 84 Lectures Recensions Olivier Ducharme 98 1972, répression et dépossession politique Collectif 103 Libertés malmenées Romain Gagnon 108 Vers l\u2019abrutissement de l\u2019espèce humaine Robert Leroux 114 Les deux universités Philippe Néméh-Nombré 120 Seize temps noirs pour apprendre à dire kuei Index des auteurs 2022 4 Éditorial Robert Laplante Le délire d\u2019État La chose est d\u2019abord parue comme une espèce de fait divers bizarre, une anecdote qui donne des frissons aux repentants qui s\u2019épanchent au Devoir.L\u2019Université Laval s\u2019était fendue d\u2019un appel de candidatures demandant expressément aux « blancs » de s\u2019abstenir de postuler un poste de professeur.Il aura fallu que s\u2019écoule un certain temps avant que l\u2019incrédulité ne fasse place à l\u2019ahurissement et finisse par sortir des cercles des seuls critiques académiques de la rectitude politique.Il faut saluer l\u2019initiative du professeur Yves Gingras qui a réuni des collègues pour protester auprès des autorités universitaires et des responsables des fonds de recherche et du scientifique en chef du Québec pour dénoncer les aberrations et périls que l\u2019imposition des normes canadian touchant l\u2019approche EDI (Équité, Diversité, Inclusion) fait pleuvoir sur la vie intellectuelle et l\u2019avenir de la liberté académique et de la recherche.Il faudrait que les étudiants qui veulent une bourse, que les chercheurs qui tentent de dénicher de fonds fassent la preuve de leur vie vertueuse, une vie mesurée à l\u2019aune de la prosternation devant les nomenclatures fumeuses du déconstruc- tivisme identitaire et de l\u2019angélisme du développement durable version vert bitumineux, du salut de Gaia et\u2026 de la satisfaction des petits caporaux d\u2019Ottawa, gardiens du multiculturalisme. 5 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 Frédéric Bastien, toujours pugnace, vient pour sa part de porter la chose devant les tribunaux, espérant que cela pourra ramener sur terre les technocrates de l\u2019Université Laval.Les chroniqueurs du Journal de Montréal (Martineau, Facal, Bock-Côté) sont également montés au créneau pour dénoncer le déploiement d\u2019un dispositif derrière les argumentaires de soutien à cette ségrégation odieuse.Il faudra cependant passer de l\u2019indignation à la colère, chose qui ne va jamais de soi dès lors qu\u2019il s\u2019agit de s\u2019assumer dans cette province.Les commentateurs ont beau s\u2019échiner à démonter les ressorts de cette machine idéologique à produire du puritanisme, son sort ne se règlera pas dans les débats entre intellos.Et encore moins par le droit canadian et son juridisme fabriqué sur une charte conçue pour enfermer notre peuple dans sa minorisation définitive.Ce qui est en cause, c\u2019est le pouvoir et l\u2019asservissement.Ottawa a depuis longtemps déjà confisqué le financement et l\u2019orientation de la recherche, piétiné les compétences québécoises et asservi les universités.C\u2019est d\u2019ailleurs ce que les bureaucrates serviles de l\u2019Université Laval ont répondu : ils n\u2019ont fait que se conformer aux directives d\u2019Ottawa.En d\u2019autres mots comme en mille et sur un air déjà connu : ils n\u2019y sont pour rien, ils n\u2019ont fait qu\u2019obéir\u2026 On s\u2019attendrait à ce que la ministre de l\u2019Enseignement supérieur se lève, on s\u2019étonne de voir un premier ministre si autonomiste ne rien dire.Aucun geste pour récupérer les sommes et la maîtrise d\u2019œuvre, pas même d\u2019éclats de voix pour protester, pas le moindre effort pour faire respecter la loi 32 à peine votée.Nos impôts servent à retourner contre nous-mêmes nos propres institutions.Pis, à conscrire ceux et celles qui les dirigent dans des manœuvres visant explicitement à nous dissoudre dans un 6 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 magma d\u2019identités frelatées, dans une bouillie symbolique toxique.À faire avancer leurs carrières en remplissant des formulaires selon les normes du guide fédéral d\u2019écriture inclusive dans la langue officielle du simulacre et de sa minorité méprisable\u2026 On s\u2019étonne, façon de parler, car l\u2019autonomisme de la CAQ n\u2019est qu\u2019une rhétorique de façade, un narratif d\u2019alibi.François Legault devrait se lever pour enjoindre au scientifique en chef du Québec de refuser de pactiser avec les zélotes de la doctrine d\u2019État canadian.Mais son gouvernement n\u2019aime pas la chicane, c\u2019est bien connu.Il est dès lors déjà en train de marchander par son silence l\u2019avenir d\u2019une génération de jeunes chercheurs trop blancs et toujours soupçonnables d\u2019incarner l\u2019intolérance imputée dans les beaux quartiers torontois aux Tremblay de par ici.Il est déjà en train de regarder ailleurs, pour ne pas voir que les recteurs sont d\u2019une affligeante servilité devant l\u2019argent d\u2019Ottawa tout en continuant de siphonner les deniers publics qui devraient servir à assurer l\u2019avenir de la recherche québécoise.La déloyauté, la restriction mentale et le silence feutré leur vont trop bien pour qu\u2019ils apprennent ce que signifie se mobiliser et combattre.Le délire d\u2019État ne s\u2019arrêtera pas aux portes des laboratoires et ne condamnera pas seulement les jeunes boursiers et finissants à mentir et faire des simagrées pour finasser avec le puritanisme asservissant de la machine outaouaise.La vertu EDI a déjà valeur de dogme à Radio-Canada qui en répand jour après jour l\u2019engluante glose.La bigoterie se répand d\u2019ores et déjà bien au-delà des coteries de carriéristes toujours prêts à se tourner du côté du plus fort.Le conformisme des élites autoproclamées va la répandre partout à grand renfort de publicité pour montrer que les dirigeants font partie de la parade. 7 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 La bien-pensance que charrient le multiculturalisme et l\u2019ingénierie EDI ne sont pas des effets circonstanciels et des débordements passagers ou accessoires.Ce sont des instruments de brouillage des repères symboliques de notre société, des outils de sabotage de la cohésion nationale.Le dispositif dont elles ne sont qu\u2019une partie, c\u2019est celui de l\u2019oblitération définitive de notre existence nationale, de puissants instruments de nation building pour un Canada messianique.EDI c\u2019est le mantra qui accompagne l\u2019utopie postnationale.Il sert de liant pour susciter l\u2019adhésion au millénarisme : le Canada se vante de ne pas avoir une culture nationale et il compense en se rêvant phare de l\u2019humanité.Cela donnera un régime de plus en plus toxique qui considérera les protestations québécoises comme des preuves de sa justesse morale et des motifs supplémentaires pour accélérer l\u2019oblitération de ce foyer d\u2019intolérance.Nous y sommes et y serons de plus en plus des asservis méritant leur sort.Il faut sortir de ce carcan mortifère au plus coupant.Ce n\u2019est pas ainsi que nous voulons vivre.Seule l\u2019indépendance nous donnera les outils pour continuer de cohabiter avec un voisin engagé dans un tel cul-de-sac civilisationnel.Le Canada se saoule de son prophétisme euphorique lui inspirant d\u2019ores et déjà les pratiques odieuses qu\u2019il nous imposera avec l\u2019assurance morale de le faire pour notre bien.Ce n\u2019est pas d\u2019hier qu\u2019il ne nous considère que pour mieux nous protéger de nous-mêmes.Les petits ingénieurs sociaux qui, dans les institutions publiques québécoises, se prêtent à son jeu participent d\u2019une impardonnable démission collective.La politique du repentir imposée de programme en programme ne sert qu\u2019à nous rendre coupables d\u2019exister. 8 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 La colère doit gagner les protestataires avec l\u2019intensité requise pour que les autonomistes qui pensent pouvoir pactiser avec le régime réalisent que la fierté dont ils se réclament et prétendent pratiquer n\u2019est rien d\u2019autre que le déni de la honte qui les laisse consentir à ce délire.Le pragmatisme des quotas ne donnera que la mesure de notre effacement devant la puissance condescendante des donneurs de leçons et des bidouilleurs de machines à soumettre.u Une histoire régionale qui témoigne de notre histoire nationale! Paru d'abord en 2002, le tirage épuisé de la première édition des Sacrifiés de la bonne entente a fait ressortir le besoin de la nouvelle.Nous avons récupéré les fichiers d'impression et la Société Pièce sur pièce a revu complètement la mise en page et les illustrations de cet ouvrage essentiel.Charles Castonguay complète cette édition avec une postface sur la situation actuelle dans la région.En vente à la boutique: action-nationale.qc.ca/boutique ou chez votre libraire 308 pages 25$ ISBN 978-2-89070-002-4 ASSIS L'assurance d\u2019une culture québécoise ASS Jorte et et vivante [13 temas, T7 Rocittd 8 re Le] STR pp ty HISTOIRE PATRIMOINE péri \"Here.de soutenir Noa r= TET OT-de là fe By dt [oi Tri = î lal Ml dd ONALE PET LS canin +! 1800 943-2519 | www.ssjbeq quebec D eRassemblement pourun PAYS SoUverain Québec notre seule patrie = www.rps.quebec LANGUE PATRIMOINE SOUVERAINETÉ FRANÇAISE NATIONAL DU QUESTS Fay fi ga hs de ia Mauricie Saint-Jean-Bapifste y WWW.complément 11 Souper conférence 2022 Christian Gagnon* Discours de présentation du prix Rosaire-Morin 2022 à Pierre Serré Bonsoir, chers amis, J\u2019aimerais d\u2019abord vous dire à quel point je suis heureux de la reprise de notre traditionnel souper-conférence annuel, lieu de convergence de l\u2019intelligentsia indépendantiste.Alors souhaitons-nous de belles retrouvailles.Maintenant, le prix Rosaire-Morin de L\u2019Action nationale est décerné chaque année à un militant ou une militante indépendantiste qui, par ses écrits et son action, a contribué de façon significative, et souvent dans l\u2019ombre, au développement de la conscience nationale.Notre récipiendaire de cette année est un homme d\u2019exception.Ses travaux d\u2019analyse électorale, de démolinguistique et de critique de notre mode de scrutin depuis de nombreuses années lui valent cet honneur.Au terme de 15 années d\u2019études universitaires, Pierre Serré a décroché un doctorat en science politique à l\u2019Université de Montréal sous la direction du regretté Robert Boily et de Richard Nadeau.À partir des recensements et des résultats électoraux de 1970 à 1997, Pierre Serré a su * Président de la Ligue d\u2019action nationale. 12 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 analyser finement les distorsions que produit le mode de scrutin uninominal à un tour, mesurer précisément l\u2019effet du vote en bloc des non-francophones dans l\u2019élection des gouvernements du Québec et dans la répartition des sièges et portefeuilles ministériels.Il est par exemple le premier à avoir déterminé que dès que le pourcentage de francophones passait sous la barre des 80 % environ dans une circonscription, l\u2019alternance politique devenait chose du passé à cause de la division du vote francophone et le PLQ y était systématiquement élu.Vous allez me dire que les temps ont bien changé\u2026 Ses recherches sur le vote des non-francophones, sur l\u2019intégration des immigrants et sur la politique municipale ont connu une large diffusion.Sa thèse de doctorat a d\u2019ailleurs servi de matière première à la publication de son livre Deux poids, deux mesures \u2013 L\u2019impact du vote des non- francophones au Québec, paru en 2002 chez VLB.L\u2019année suivante, l\u2019ouvrage a été finaliste au prix du livre politique de l\u2019Assemblée nationale.Mais avant cela, de larges extraits de ses conclusions ont été traduits et publiés dans The Montreal Gazette.Il a aussi aussi été interviewé dans ce même journal sur plusieurs pages avec pour sujet l\u2019intégration linguistique des immigrants à l\u2019anglais ET au français, de même que le paysage idéologique de chacun ET le vote qui en découlait.Inutile de vous dire que cela lui a valu une volée de bois vert dans le courrier des lecteurs de la Montreal Gazette\u2026 Pierre Serré a également exposé sa science en rédigeant des chapitres dans plusieurs autres ouvrages tels L\u2019Année politique au Québec réalisé sous la direction puis en collaboration avec feu Robert Boily, ainsi qu\u2019un autre chapitre dans un collectif des IPSO, les Intellectuels pour la souveraineté.Il a publié une cinquantaine d\u2019articles, dont 13 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 certains dans des revues savantes comme la Revue canadienne de science politique, American review of anthropology and politics, et d\u2019autres dans des revues grand public, dont le Bulletin d\u2019histoire politique, L\u2019Apostrophe et L\u2019Aut\u2019Journal.Mais ce sont surtout les lecteurs de L\u2019Action nationale qui ont profité de la clairvoyance de ses analyses des résultats électoraux montréalais, québécois et fédéraux.L\u2019un de ses premiers textes dans notre revue soutenant que l\u2019indépendance du Québec serait survenue au début des années 1970 si le Québec avait eu un mode de scrutin proportionnel a d\u2019ailleurs été récompensé par le jury de notre prix André-Laurendeau.Pierre Serré est depuis nombre d\u2019années membre de notre comité de rédaction.Mais son militantisme indépendantiste s\u2019est aussi manifesté par ses activités au conseil d\u2019administration des IPSO dont il a notamment été le trésorier pendant trois ans, et le président pendant deux ans.Très volontaire, il a aussi siégé pendant cinq ans au Conseil général de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, dont quatre ans à titre de trésorier.Pour l\u2019ensemble de son œuvre, c\u2019est avec un grand plaisir que nous remettons la médaille du prix Rosaire- Morin 2022 à Monsieur Pierre Serré.u 14 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 Le lauréat du prix Rosaire-Morin 2022 Pierre Serré, entouré du président de la Ligue d\u2019action nationale Christian Gagnon, du directeur de la revue Robert Laplante, du conférencier Simon-Pierre Savard-Tremblay et de l\u2019animatrice de la soirée Sylvie Legault. 15 Articles15 Souper conférence 2022 Pierre Serré* On est toujours libre d\u2019être libre Je suis honoré de recevoir aujourd\u2019hui le prix Rosaire-Morin, un prix soulignant mon apport à notre cause à tous, la cause de l\u2019indépendance du Québec.Je suis d\u2019autant plus touché que j\u2019ai connu Rosaire Morin au tout début de ma carrière.C\u2019est lui qui m\u2019a fait entrer dans le cénacle des auteurs de L\u2019Action nationale, en acceptant un texte qu\u2019il savait déjà publié au Bulletin d\u2019histoire politique quelques mois plus tôt.Je le lui avais avoué, en toute franchise, car bien que parfait innocent au sujet des règles de publication entre revues, je reconnaissais à L\u2019Action nationale son droit de publier ou non tout texte qu\u2019elle jugeait digne d\u2019intérêt.Ce texte, intitulé « La souveraineté interdite.Avec un mode de scrutin proportionnel adéquat, le Québec aurait pu devenir indépendant dès le début des années soixante-dix », a obtenu en 1999 le prix André-Laurendeau, décerné à l\u2019article de l\u2019année publié dans L\u2019Action nationale.Ce prix était doté d\u2019une généreuse bourse de 1 000 $.Autres temps, autres mœurs, j\u2019ai dû être l\u2019un des derniers à obtenir un tel cachet !, d\u2019autant que la revue entrait progressivement dans un contexte de restructuration budgétaire qui devait voir son nombre d\u2019employés passer de trois ou quatre à un seul.Avoir à le refaire aujourd\u2019hui, j\u2019aurais renoncé à ces sous afin de protéger cette revue de combat à laquelle je tiens tant.* Lauréat du prix Rosaire-Morin 2022. 16 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 Je suis d\u2019autant plus touché de recevoir le prix Rosaire- Morin que j\u2019ai produit mes écrits dans un contexte particulier, celui d\u2019être « hors les murs ».Bien que j\u2019ai tenté de me joindre professionnellement à une université ou un collège, j\u2019ai écrit, été conférencier, donné des entrevues, reçu quelques prix, tout cela sans soutien institutionnel.Tout cela dans un domaine de recherche abandonné par la science politique : l\u2019analyse écologique des résultats électoraux à laquelle m\u2019a initié mon cher directeur et ami, feu Robert Boily.Précurseur, suivi du regretté Pierre Drouilly, également très important dans ma formation.Je tiens à le souligner, ce champ de recherche si fécond fut abandonné au nom de la poursuite de publication sur des sujets dictés par les organismes subventionnaires, avec pour résultats une science politique québécoise intégrée à la science politique canadienne pour certains, étatsu- nienne pour d\u2019autres.Je vous le demande, à quoi sert la science politique québécoise actuelle dans ces conditions ?Cette question vaut pour la plupart des sciences sociales.Certaines disciplines s\u2019en tirent mieux, tandis que d\u2019autres sont muselées, déviées de leurs préoccupations initiales.Quel dommage ! Je reviens à M.Rosaire Morin.Je suis d\u2019autant plus ému de recevoir ce prix que M.Morin a été un militant « épris de justice sociale » ayant constamment associé « indépendance et sociale-démocratie ».Ce militant de la lignée des GÉANTS, qui a travaillé sur tous les fronts avec une énergie et une détermination peu communes, avec ténacité et surtout, avec intégrité, reste encore aujourd\u2019hui une source d\u2019inspiration pour tous les militants amoureux du Québec.Cet engagement de M.Morin envers notre cause commune, de la part d\u2019un homme décrit par L\u2019Action nationale 17 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 comme un « éveilleur de conscience », un « homme de la résistance » et un « défricheur de la liberté », reste plus que jamais un phare indiquant la voie à suivre pour tous les militants qui font carrière dans la jungle « intra-muros » des institutions universitaires, comme pour ceux qui évoluent à la marge de celles-ci, les « extra-muros » tels que moi, et tant d\u2019autres québécistes connus au hasard de mes rencontres.Rosaire Morin, comme tant de québécistes à l\u2019œuvre dans l\u2019ombre, montre qu\u2019on peut toujours écrire, analyser, dévoiler et conclure en toute liberté sur l\u2019asservissement du Québec.On peut y arriver dans la mesure où l\u2019on s\u2019échappe du carcan institutionnel et subventionnaire.Cette liberté demeure hier comme aujourd\u2019hui.Et elle se trouve aussi et peut-être même davantage hors les murs.Dans la Ligue d\u2019action nationale, à la revue elle-même et parmi ses lecteurs réguliers ou simplement occasionnels, je suis sûr que vous savez ce que veut dire le mot « Liberté ».Si vous me le permettez, je paraphraserais ces mots du groupe rock Corbeau, celui où chantait Marjo, Marjolaine Morin (une autre Morin), que nous sommes toujours « libres d\u2019être libres ».Il n\u2019en tient qu\u2019à nous de nous affranchir de notre carcan pour que le Québec devienne lui aussi libre de ses choix.Je vous remercie encore de tout cœur, membres de la Ligue d\u2019action nationale, artisans de la revue et chers lecteurs, de ce prix prestigieux.Un prix reconnaissant que, malgré toutes les épreuves, on est toujours libre d\u2019être libre.u 18 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 2710 rue Bachand Bureau 108 Saint-Hyacinthe J2S 8B6 450 771-0505 Édifice de la Justice Bureau 100 Ottawa K1A 0A6 613 996-4585 Simon-Pierre Savard-Tremblay Député de Saint-Hyacinthe\u2013Bagot pour le Bloc québécois 19 Souper conférence 2022 Simon-Pierre Savard-Tremblay* Souper-conférence 2022 de L\u2019Action nationale au Lion d\u2019Or L\u2019indépendance dans un monde incertain** Chers amis, bonsoir, Je ne vous cache pas l\u2019immense honneur que je ressens en étant ici, sur cette scène et dans le même contexte où les Jacques Parizeau, Fernand Daoust, Joseph Facal, Pierre Curzi, Lucia Ferretti, et j\u2019en passe, se sont succédé.Le contexte ?Soutenir une revue plus que centenaire ayant contribué comme nulle autre à la construction nationale du Québec.J\u2019en suis d\u2019autant plus touché que j\u2019étais un abonné de ces soupers-conférences, et je continuerai d\u2019ailleurs de m\u2019y présenter lors des prochaines éditions, et que je participe aux pages de la revue depuis 2010.Je remercie donc à la fois l\u2019équipe de L\u2019Action nationale pour son invitation à partager mes analyses dans ce prestigieux souper, et d\u2019accepter de partager mes coups de gueule écrits depuis déjà 12 ans.* Député du Bloc québécois de Saint-Hyacinthe\u2013Bagot, vice-président du Comité permanent du commerce international (CIIT) de la Chambre des communes et vice-président de l\u2019Association interparlementaire Canada\u2013États-Unis.** Allocution au souper-conférence annuel de L\u2019Action nationale au Lion d\u2019Or le 28 octobre 2022. Seule la version prononcée fait foi. 20 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 Quelle joie de nous retrouver, ici, pour la première fois depuis 2019 ! Je me souviens très bien de cette dernière édition en personne, ou « en présentiel », pour reprendre cette expression née en 2020 que je trouve tout bonnement horrible, je venais tout juste d\u2019obtenir, quatre jours plus tôt, mon premier mandat à titre de député du Bloc québécois de Saint-Hyacinthe\u2014Bagot à la Chambre des communes.Ma circonscription a été un lieu névralgique de la rébellion des Patriotes.De nombreuses réunions d\u2019importance ont eu lieu à Saint-Hyacinthe, où l\u2019une des organisations patriotes les plus dynamiques se faisait entendre.Papineau y fit d\u2019ailleurs une visite remarquée.Après les rébellions, c\u2019est au Séminaire de Saint-Hyacinthe que les Patriotes furent hébergés clandestinement.La mémoire des Patriotes est d\u2019ailleurs perceptible par de nombreux noms de rues de notre belle ville : Dessaulles, Sicotte, Boudarges, Nelson, Papineau, Morin, Bouthillier, Cartier, De La Bruère, Turcot, Vidal, Lafontaine.La région dont je suis député fut, au fil de notre riche histoire, le haut lieu, que ce soit de naissance ou d\u2019adoption des Honoré Mercier, Louis-Antoine Dessaulles, Maurice Laframboise, TD Bouchard, Daniel Johnson (le père !), Yves Michaud.Elle fut aussi le coin de pays du Maskoutain Gérard Turcotte, un personnage qui fut extrêmement important pour L\u2019Action nationale.Le directeur de la revue, M.Robert Laplante, m\u2019a déjà affirmé qu\u2019il avait joué un rôle majeur dans la survie de la revue.Gérard Turcotte était de ceux qui ne cherchaient pas les médailles, il préférait assurément les résultats à la notoriété.Souvenons- nous. 21 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 Ce souper-conférence représente bien entendu, annuellement, une belle occasion de faire le point sur notre condition nationale et sur l\u2019état de notre projet de libération.On peut bien sûr constater que le prochain mandat du gouvernement du Québec ne sera pas de tout repos sur le plan constitutionnel, et qu\u2019avec trois députés le Parti québécois parvient néanmoins à se démarquer en renouant avec une critique du régime qu\u2019on ne l\u2019avait pas vu embrasser depuis le virage de l\u2019étapisme.Cela est prometteur.C\u2019est cependant sous l\u2019angle des transformations du monde que j\u2019ai voulu aborder la question.Lors de notre dernier souper ici même en 2019, nous étions très loin de nous douter de ce qui s\u2019en venait, quelques mois plus tard.Une pandémie plus tard, nous nous retrouvons et l\u2019heure est aux bilans.Mars 2020.Au mot « pandémie », vis-à-vis duquel la seule manière d\u2019être familier était de fréquenter les livres d\u2019histoire ou les films d\u2019horreur ou de science-fiction, a succédé une pléthore d\u2019autres, issue d\u2019un lexique franchement démodé : confinement, couvre-feu, contrôle des frontières, gestes barrières, etc.Le Québec a pu constater le prix de la dépendance politique, alors que le Québec priait Ottawa de fermer préventivement les frontières et se heurtait à un jeu de sourde oreille.À des degrés divers, les peuples du monde entier ont constaté le prix d\u2019une certaine dépendance, économique et sociale celle-là.Alors que nous affrontions un virus fraîchement apparu dans le paysage mondial, nous constations une pénurie réelle de matériel médical, étranger, soulignons-le.La plupart des pays du monde n\u2019avaient ni masques, ni capacité d\u2019en produire, ni l\u2019industrie et les 22 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 instituts de recherche pour enclencher la conception d\u2019un vaccin.Le gel hydroalcoolique, jusque-là exclusivement connu sous le nom de Purell, a vite laissé les étagères des pharmacies vides.Les plus zélés ont même couru pour acheter massivement du papier de toilette afin d\u2019éviter de fâcheuses situations.Le matériel venait alors, massivement, de la Chine, pays responsable de cette épidémie.Le cercle vicieux s\u2019est poursuivi, alors que la crise a bouleversé encore davantage les chaînes d\u2019approvisionnement et que les inégalités sociales et économiques ont connu une croissance réelle.Le Canada et le Québec n\u2019y ont, bien entendu, pas échappé.Et pourtant, cette dépendance, si elle a eu l\u2019effet d\u2019une douche froide pour les Québécoises et Québécois, a aussi eu celui d\u2019un réveil brutal.À la pénurie de masques, répondirent couturières artisanales et coopératives par la production de masse.Pour contrer celle du gel hydroal- coolique, bon nombre de distillateurs se mobilisèrent1, et on peut rêver du jour où leurs produits remplaceront le Purell américain sur nos étagères.Le constat public était clair : l\u2019appétit pour la production et l\u2019achat locaux était de retour.Pourtant, notre économie locale aura grandement écopé durant cette période.Pendant que les restaurants étaient fermés et qu\u2019on nous priait de rester à la maison pour notre propre santé, il est clair que la livraison à domicile d\u2019Amazon et la plateforme Netflix ont été les meilleurs amis de bon nombre de gens, tandis que nos commerces locaux étaient désespérément en quête d\u2019un peu d\u2019oxygène.Plusieurs n\u2019y survécurent pas.Après avoir subi durement la montée des magasins à grande surface 1 Ce fut le cas, à Saint-Hyacinthe, de la distillerie Noroi et de l\u2019entreprise en agroalimentaire Jefo, qui ont collaboré pour concevoir le Sanitagel. D\u2019abord distribué dans les résidences pour aînés pendant la pénurie de Purell, le Sanitagel a ensuite été commercialisé. 23 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 dans les années 1980 et 1990, les commerces locaux affrontent désormais l\u2019ouragan numérique, clairement renforcé par les confinements.Mais il demeure que la prise de conscience des Québécois était bien réelle.Le premier ministre du Québec a même prédit en avril 2020 que le monde post-COVID-19 serait celui de la « démondialisation ».Ce n\u2019est pas la première fois qu\u2019on prophétise la fin de la mondialisation, que cette prophétie prenne la forme du constat, de la prédiction ou du projet politique.On l\u2019a affirmé après la crise financière de 2008, comme on l\u2019a clamé à la victoire du Brexit et au lendemain de l\u2019élection de Donald Trump.Le débat est complexe et le verdict qui en émane est tout sauf catégorique.Il nous pousse cependant à reprendre la réflexion sur la place du Québec dans ce monde en changement et au sein d\u2019un Canada qui y parle en son nom, à réactualiser cette question que posait Jacques Parizeau dès 1998 : le Québec, dans la mondialisation, est-il une bouteille à la mer2 ?Quand est venue la bataille, à l\u2019échelle canadienne, du libre-échange avec les États-Unis dans les années 1980, le Québec y a été résolument favorable.L\u2019entrée du Québec dans cette aventure doit beaucoup à deux ténors du mouvement indépendantiste québécois, Jacques Parizeau et Bernard Landry, de véritables géants à la rigueur intellectuelle admirable.La réflexion sur la mondialisation d\u2019un mouvement souhaitant que le Québec fasse partie du monde n\u2019est guère surprenante.Le libre-échange avait, pour les indépendantistes, à la fois une fonction de 2 Jacques Parizeau, Une bouteille à la mer ?Le Québec et la mondialisation, Montréal, VLB Éditeur, 1998. 24 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 stratégie pour arriver à l\u2019indépendance du Québec que de préparation au cadre économique global qui suivra son avènement.Les peurs économiques ont toujours été centrales à l\u2019argumentaire fédéraliste, insistant sur l\u2019incapacité du Québec à s\u2019autodéterminer.« Piasse à Lévesque », aussi nommée « le pécu », pour ridiculiser la possibilité d\u2019une devise monétaire pour un Québec indépendant ; « coup de la Brinks », les exemples ne manquent pas3.Après la défaite référendaire, les Parizeau et Landry, économistes chevronnés connaissant le milieu de la finance se sont alors promis de désamorcer à jamais le chantage économique d\u2019Ottawa.L\u2019objectif était simple : sortir le Québec du cadre économique canadien, dont le centre de gravité se trouvait à Toronto, enfermant étroitement notre économie nationale.La logique est implacable : un pays, nonobstant l\u2019étendue de sa géographie ou la taille de sa population, est économiquement viable s\u2019il fait partie d\u2019un grand marché.Pour les indépendantistes, il fallait renverser les axes d\u2019échange afin que les exportations du Nord vers le Sud soient désormais plus importantes que celles qui s\u2019effectuent de l\u2019Est 3 Le dimanche 26 avril 1970, neuf camions blindés de la firme de sécurité Brink\u2019s, escortés par une trentaine d\u2019agents armés, ont quitté le bâtiment de la Royal Trust à Montréal pour déménager à Toronto des milliers de certificats en valeurs mobilières. Le fait que des journalistes aient été avertis et que les camions auraient pu tout bonnement se stationner dans les souterrains ne fait aucun doute sur le fait qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une opération médiatique. Détail important : l\u2019élection provinciale, la première où le Parti québécois participait, avait lieu trois jours après. Il fallait donc marquer l\u2019imaginaire collectif en « démontrant » que l\u2019option indépendantiste représentait purement et simplement la ruine. 25 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 vers l\u2019Ouest4.Il fallait donc finalement que le Québec soit si intégré au marché nord-américain qu\u2019il ne dépende plus de l\u2019économie canadienne.Il fallait, a fortiori, désamorcer tout chantage fédéral, toute menace de boycottage commercial en cas de sécession de la part du Québec.Pour nos PME, l\u2019accès au marché du Sud a été une incroyable aubaine.Les États-Unis sont aujourd\u2019hui le principal partenaire commercial du Québec.12 000 entreprises québécoises font affaire au pays de l\u2019Oncle Sam, et certaines se démarquent particulièrement (Couche-Tard, Cascades, Hydro-Québec CGI, Agropur, Saputo, Fruits d\u2019Or, Miralis, etc.).Près de 50 pour cent du PIB du Québec est directement lié à nos exportations.De ce montant, 70 pour cent de nos exportations vont vers les États-Unis et environ 10 pour cent de toutes nos exportations sont dirigées vers un seul État, New York.Et c\u2019est sans compter que bon nombre de nos artistes sont fort appréciés aux États-Unis (Yannick Nézet-Séguin, Flip Fabrique, Robert Lepage\u2026).Si bénéfique que puisse être l\u2019aventure du libre-échange pour un petit État (comme le Québec, l\u2019Écosse ou la Catalogne l\u2019indiquent), il demeure qu\u2019il faut s\u2019y préparer pour jouir pleinement de ses effets.L\u2019évolution du monde suivant la généralisation mondiale du libre-échange après la fin de la Guerre froide nous indique que les pays s\u2019étant le mieux démarqués sont ceux qui ont adopté des politiques 4 Pis encore, pour les indépendantistes, il fallait détruire le caractère indispensable du partenariat économique postindépendance avec le Canada. En 1980, P.E. Trudeau avait affirmé qu\u2019il refuserait de négocier une quelconque association avec le Québec en cas de victoire du Oui au référendum. Par le libre-échange, Parizeau préparait donc, en quelque sorte, sa question « dure » de 1995 \u2013 laquelle affirmait le caractère exécutoire du référendum, soit que le Québec deviendrait indépendant même en cas d\u2019échec des négociations avec le Canada. 26 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 économiques nationales fortes5.Pour s\u2019assurer qu\u2019une entrée dans la mondialisation ne conduise pas à la dissolution d\u2019une petite économie \u2013 comme celle du Québec \u2013 dans un grand marché, et pour que ce projet nous bénéficie à long terme, il faut qu\u2019il existe des institutions portant un certain consensus de notre intérêt national, ainsi qu\u2019un milieu des affaires robustes.C\u2019est là la condition sine qua non à la réussite de notre entrée dans le libre-échange mondial, si tant est que les défis des dernières années radicalisent le besoin d\u2019institutions fortes.Depuis la Révolution tranquille, le Québec s\u2019est doté de sociétés d\u2019État et de leviers d\u2019intervention et de développement à l\u2019efficacité redoutable, tant qu\u2019on les utilise comme il se doit.Un poisson édenté ne peut survivre dans un océan de requins, et un petit pays traversera assurément la mince ligne entre opportunité et menace dès lors qu\u2019il entre impuissant dans ce monde qui tient beaucoup plus de l\u2019art de la guerre de Sun Tsu que des mythes naïfs du « doux commerce » et de la mythique « concurrence pure et parfaite ».À toutes les époques, la guerre économique a régné6, et celle dans laquelle nous vivons n\u2019y fait pas exception.Aujourd\u2019hui, l\u2019ère digitale apporte également son lot de dangers planant sur la cybersécurité, alors que le piratage informatique, l\u2019espionnage économique et la collecte de données déjouent dans des domaines stratégiques la protection numérique que nous croyions avoir établie.Les affrontements entre 5 Dan Ben-David, « Equalizing Exchange: Trade Liberalization and Income Convergenge », Quarterly Journal of Economics, vol. 108, n° 3, 1993. Ha-Joon Chang, « The Economic Theory of the Developmental State », dans : Meredith Woo-Cumings (dir.), The Developmental State, Ithaca, Cornell University Press, 1999.6 Ali Laidi, Histoire mondiale de la guerre économique, Paris, Tempus, 2020. [2016] 27 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 puissances régionales sont également de retour.L\u2019Histoire ne s\u2019est pas terminée après la chute du mur de Berlin, et il n\u2019y a pas eu d\u2019unification du genre humain à travers une citoyenneté mondiale, et l\u2019État-nation n\u2019a pas été aboli7.Suite à l\u2019élection de Donald Trump, d\u2019aucuns clamaient avec terreur que les guerres commerciales seraient de retour, et que celles-ci témoignaient de la fin d\u2019une époque.Or, pour accepter cette lecture voulant que les guerres commerciales ou affrontements entre États annoncent ou soient l\u2019expression de la fin de la mondialisation, il faut supposer qu\u2019ils aient déjà mis de côté.Trump n\u2019a pas plus inventé la guerre commerciale que les États-Unis n\u2019ont jamais renoncé à vouloir exercer une politique de puissance qui pose des défis permanents quand on se situe tout juste au nord de l\u2019empire.Dès 1993, Warren Christopher, secrétaire d\u2019État au commerce, déclarait devant le Congrès qu\u2019il fallait disposer des mêmes moyens qui avaient été employés pendant la Guerre froide pour affronter la compétition économique.L\u2019utopie d\u2019un monde sans nations, bien en vogue dans les années 90 en accompagnant la mondialisation commerciale et financière, s\u2019est effondrée.Le contexte mondial ne ment pas : les États-Unis ne sont plus une hyperpuissance, et ne sont certainement plus la seule puissance mondiale.L\u2019Union européenne ne fait plus beaucoup rêver.L\u2019Organisation mondiale du commerce s\u2019essouffle depuis l\u2019échec du cycle de Doha en 2001, et son organe d\u2019appel est complètement bloqué depuis que les États-Unis, pourtant hier le pays qui pous- 7 Contrairement à ce que prophétisait Strobe Talbott, secrétaire d\u2019État sous Bill Clinton. « In fact I\u203all bet that within the next hundred years [\u2026], nationhood as we know it will be obsolete; all states will recognize a single, global authority. A phrase briefly fashionable in the mid-20th century - \u201ccitizen of the world\u201d - will have assumed real meaning by the end of the 21st. », Strobe Talbott, « The Birth of the Global Nation », Time Magazine, 20 juillet 1992. 28 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 sait le plus pour la mondialisation, ont (sous Trump) décidé de cesser d\u2019y nommer des arbitres en 2019.Les États-Unis ont aussi montré leur désintérêt pour le G7.Les pays du G7 ont même adopté un accord historique en faveur d\u2019un impôt minimum de 15 % sur les multinationales, tranchant avec le dogme qui dominait après la Guerre froide selon lequel il fallait être le plus généreux et le plus laxiste possible à l\u2019endroit des grandes corporations pour éviter qu\u2019elles ne partent de chez soi pour aller plutôt investir chez l\u2019autre.Les postulats du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, les institutions créées après la Deuxième Guerre mondiale, ne sont plus suivis aussi religieusement.Le FMI a même partiellement reculé sur l\u2019austérité qu\u2019il prônait jadis.À l\u2019inverse, le BRICS, sommet annuel rassemblant depuis 2011 le Brésil, la Russie, l\u2019Inde, la Chine et l\u2019Afrique du Sud, semble rouler plutôt bien, tout comme l\u2019Organisation de coopération de Shanghai, créée par la Chine en 2001, visant à rassembler l\u2019Asie.Le retournement est drastique.L\u2019économiste en chef de la Banque mondiale, Carmen Reinhart, l\u2019a récemment reconnu : « La COVID-19 est le dernier clou dans le cercueil de la mondialisation.» D\u2019une certaine mondialisation, probablement.La coopération mondiale entre États souverains revêt quant à elle toujours toute sa pertinence.C\u2019est précisément là l\u2019avenir.Le commerce ne porte certainement plus aujourd\u2019hui en lui la mystique d\u2019un monde sans frontières, sans États et sans nations que l\u2019on croyait immanent.Un accord commercial se révèle plutôt aujourd\u2019hui pour ce qu\u2019il est, un instrument à fonction géostratégique.Au milieu de ce nid de guêpes, il est fondamental d\u2019avoir voix au chapitre.Bien négocier, oui, mais pour ce faire pouvoir négocier tout court en représente la première étape.Dans ce 29 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 contexte, au-delà des mauvaises ou bonnes décisions que le Québec a pu lui-même prendre, il souffre aujourd\u2019hui du fait que la part majeure des décisions qui le lient relève d\u2019Ottawa.Le Canada, quant à lui, est une monarchie (comme on le sait), mais il est aussi une pétromonarchie.La dynamique énergétique est au cœur des mouvements géopolitiques et économiques qui agitent le Canada.Depuis l\u2019essor de la mondialisation, le Canada a cherché à se positionner comme une puissance en la matière.Cela est appelé à être perdant sur le court, le moyen et le long terme.C\u2019est aussi un État allergique à l\u2019idée de stratégie d\u2019État.Cela est tout à fait normal, car il se voit comme un État post- national.Il n\u2019y a que deux secteurs qui sont l\u2019objet d\u2019un véritable soutien d\u2019Ottawa : le pétrole et l\u2019automobile.Pour ceux-ci, il y a même une véritable religion d\u2019État.Pour le reste, il ne reste que des miettes.Le Canada est un des seuls pays au monde à détenir une industrie stratégique de l\u2019aérospatiale, Montréal étant le troisième pôle au monde après Seattle et Toulouse, et à ne pas avoir une véritable politique en la matière.Ça n\u2019aide certainement pas, non plus, que le Canada soit un véritable cancre en recherche et développement.Pendant plusieurs années, sous Stephen Harper, le ministre de la Science et de la Technologie était même un créationniste avoué.La négligence d\u2019Ottawa sur ces questions a mené à l\u2019effritement des instituts en recherche pharmaceutique que le Québec détenait.On l\u2019a vu pendant la pandémie : le Dr Gary Kobinger demandait dès la première phase de la crise d\u2019obtenir du soutien fédéral afin de développer un vaccin québécois contre la COVID-19, et s\u2019est heurté à un refus.Tant pis ! Il a fallu faire avec les pharmaceutiques étrangères Pfizer, Moderna et (jadis) AstraZeneca. 30 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 Même dans certains secteurs où le Canada est réputé comme étant impérialiste, il reste une passoire.Prenons par exemple le cas de l\u2019industrie minière, qui est très agressive partout dans le monde, violant parfois les droits humains, sociaux et environnementaux des populations locales, et ce sans qu\u2019il existe un véritable mécanisme à Ottawa pour traduire les fautifs en justice.Or, cette industrie n\u2019est bien souvent canadienne que sur papier seulement.La Bourse de Toronto est un véritable pavillon de complaisance, permettant à des compagnies minières du monde entier de s\u2019y enregistrer pour profiter de privilèges spéculatifs et fiscaux.L\u2019heure n\u2019est pourtant pas aux États postnationaux.On ne peut faire confiance à un État postnational pour nous représenter.« Les absents ont toujours tort ».Ce notoire proverbe français, surutilisé au gré des circonstances, n\u2019en demeure pas moins porteur d\u2019une logique implacable.Comme partisan de l\u2019indépendance du Québec, il m\u2019est souvent arrivé d\u2019utiliser la nécessaire conquête du pouvoir de signer ses traités et accords et l\u2019obtention d\u2019un siège dans les forums internationaux en guise d\u2019argument.Ce dernier, qui renvoie pourtant à un pilier incontournable de la souveraineté politique, résonne de façon tout à fait abstraite aux oreilles de nombreux de mes interlocuteurs.Il n\u2019en demeure pas moins majeur : si les considérations liées au commerce international apparaissent d\u2019une complexité qui les éloigne des réalités du citoyen, cette perception est fausse.Les décisions qui se prennent à l\u2019échelle mondiale, qu\u2019elles soient sur une base bilatérale ou multilatérale, ont un impact puissant sur les collectivités.Rappelons l\u2019évidence : c\u2019est le Canada qui est assis à la table des négociations, et c\u2019est le Canada qui siège aux instances 31 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 mondiales.Comme province, le Québec n\u2019y est pas, et c\u2019est Ottawa qui a le mandat de porter sa voie.Les décisions qui émaneront de ces discussions lieront le Québec.Pour avoir eu l\u2019occasion à de nombreuses reprises de les recevoir au Comité permanent du commerce international au sein duquel je siège, les équipes de négociation ont l\u2019habitude d\u2019affirmer échanger constamment avec les divisions ministérielles du Québec pouvant être touchées par le résultat d\u2019éventuels accords de libre-échange.Véritables consultations ou séances de « breffage » où l\u2019équipe canadienne se contente d\u2019aviser celle du Québec de la marche qui sera suivie ?Probablement parfois l\u2019un, parfois l\u2019autre, si tant est que le degré de combativité nécessaire à l\u2019équipe du Québec pour se faire entendre est probablement inégalement réparti selon les enjeux.Cela ne change, de toute manière, rien au fait que les provinces ne sont pas présentes dans les séances secrètes où les choix s\u2019opèrent, pas même lorsqu\u2019elles sont directement concernées par les discussions en cours.Il existe en apparence un contre-exemple, relativement récent, à cette règle.Lors des négociations du Canada avec l\u2019Union européenne en vue de conclure l\u2019Accord économique et commercial global (AÉCG), le Québec et l\u2019Ontario furent invités aux séances de négociations.La présence des provinces canadiennes était davantage le résultat de la demande des Européens que de la volonté du Canada.Le Québec a su remporter plusieurs batailles lors des négociations8, nous rappelant l\u2019importance de 8 Stéphane Paquin, « L\u2019affirmation des États fédérés dans les négociations commerciales internationales : le cas de l\u2019Accord entre le Canada et l\u2019Union européenne », Revue internationale de politique comparée, 2020/1 (Vol. 27), p. 141-166. 32 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 parler en son nom propre, mais il ne faut pas idéaliser le pouvoir accordé au Québec dans le cadre de cet exercice.En 2010, en commission parlementaire à l\u2019Assemblée nationale du Québec, le représentant officiel du Québec et ex-premier ministre Pierre-Marc Johnson affirmait que la délégation québécoise était condamnée à offrir un « billet doux » aux vrais décideurs et à se contenter de jouer à la diplomatie de corridors, faisant donc des pieds et des mains pour tirer son épingle du jeu\u2026 en dehors des séances de négociations.Le Québec peine à se faire entendre, et ce n\u2019est pas par désintérêt pour les questions internationales.Le Québec dispose d\u2019un ministère du commerce international, créé au cours du deuxième mandat de René Lévesque.L\u2019Assemblée nationale a également voté, au début des années 2000 et sous l\u2019impulsion de la ministre Louise Beaudoin, une loi essentiellement symbolique pour donner davantage de poids aux demandes québécoises dans le cadre des accords négociés par Ottawa.Il n\u2019est pas non plus rare de voir les élus à Québec adopter des motions unanimes afin de faire entendre leur volonté à Ottawa.La dynamique demeure claire et limpide : lorsqu\u2019un Parlement le veut et que l\u2019autre ne le veut pas, seul celui détenant le statut de pays a préséance.Et il ne s\u2019agit pas de celui où la nation québécoise représente cent pour cent des sièges, mais bien celui où il en occupe moins du quart.Au premier de se débattre comme un diable dans l\u2019eau bénite afin de convaincre le second de lui tendre l\u2019oreille.Les provinces détiennent, sur papier, la capacité de faire obstacle à l\u2019application d\u2019un accord dans leurs juridictions propres.Le Québec détient donc au-delà de ses frontières, tel que reconnu même par le Conseil privé de Londres 33 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 lors d\u2019un jugement.Cela inspira, lors de la Révolution tranquille, l\u2019établissement de la doctrine Gérin-Lajoie.Au cours de la décennie 1960, notre État a multiplié les ouvertures de « Délégations générales du Québec à l\u2019étranger », dont une (celle de Paris), a même le statut d\u2019ambassade à part entière.La mondialisation aura cependant grandement remis en question cette donne.Pour Ottawa, l\u2019obligation de cohérence en politique étrangère, le besoin d\u2019y parler d\u2019une seule voix, a mené à une contestation ouverte de la doctrine Gérin-Lajoie, alors même que le Québec aspire plutôt, au contraire, à ce que le rayonnement du Québec à l\u2019international soit toujours plus grand9.La dynamique postréférendaire a aussi contribué à un véritable sabotage de la diplomatie québécoise.Les décideurs canadiens choisirent alors de remettre le Québec à sa place, celui d\u2019une province parmi d\u2019autres, afin qu\u2019il ne soit plus jamais tenté par l\u2019indépendance.Ce « Plan B » fédéral, qui se voulait une contre-offensive agressive, se déclina en plusieurs volets : diminution des transferts fédéraux-provinciaux pour que le Québec ait à couper dans ses dépenses pendant qu\u2019Ottawa créait de nouveaux programmes empiétant dans les juridictions 9 « Le ministre des Affaires étrangères du Canada, Pierre Pettigrew, relègue aux oubliettes la doctrine Gérin-Lajoie, la pierre d\u2019assise des relations internationales du Québec depuis 40 ans, qu\u2019il juge dépassée. En cette ère de mondialisation, il importe plus que jamais que le Canada parle d\u2019une seule voix sur la scène internationale. [\u2026] Le premier ministre Jean Charest ambitionne d\u2019élargir le rayonnement du Québec à l\u2019étranger en s\u2019appuyant sur la doctrine Gérin-Lajoie. » Robert Dutrizac, « Le Canada doit parler d\u2019une seule voix », Le Devoir, 2 septembre 2005. 34 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 provinciales10, cadenassage de la démocratie québécoise par la Loi sur la clarté référendaire qui donnait à Ottawa le loisir d\u2019accepter ou non le verdict d\u2019un référendum sur la souveraineté sur la base de la « clarté » la question et du pourcentage recueilli par l\u2019option indépendantiste (pourcentage non précisé dans la loi), opération de propagande de masse par le programme des commandites.Dans le cadre de cette opération, la présence du Québec à l\u2019étranger fut considérablement attaquée.Les anecdotes sont nombreuses : en l\u2019an 2000, à la suite des jeux de coulisse de l\u2019ambassadeur du Canada au Mexique, le premier ministre du Québec, Lucien Bouchard, n\u2019a pas pu assister à la cérémonie d\u2019assermentation du nouveau président du pays, même s\u2019il y avait été invité au départ.On l\u2019avait d\u2019ailleurs empêché de rencontrer le président mexicain précédent quelques années plus tôt.Scènes similaires au Panama et dans le Maghreb.La ministre Louise Beaudoin affirma à l\u2019époque qu\u2019on ne pouvait parler d\u2019événe- 10 Le ministre libéral fédéral Marcel Massé le disait avec une candeur déconcertante : « Quand Bouchard va devoir couper, nous, à Ottawa, nous pourrons démontrer que nous avons les moyens de préserver l\u2019avenir des programmes sociaux ». Le calcul politique était fort simple : les coupures imposées aux provinces forceraient le Québec à couper à son tour, et Ottawa ferait figure de gouvernement à la fois efficace et compatissant. La dépendance du Québec s\u2019en trouverait accrue, si bien qu\u2019Ottawa aurait bien d\u2019autres exemples à donner de ses indispensables largesses que les « pensions de vieillesse » qui avaient été au cœur du référendum de 1980. Le fameux « déséquilibre fiscal », qui a défrayé la chronique pendant de nombreuses années avant l\u2019élection de Stephen Harper en 2006, n\u2019était donc pas une erreur de parcours, mais une politique sciemment appliquée. En 1997, alors qu\u2019il était député progressiste-conservateur à Ottawa, Jean Charest affirma le contraire de ce qu\u2019il répétera ad nauseam pendant ses années à Québec : « Oubliez Lucien Bouchard et Jean Rochon. Le véritable responsable des fermetures d\u2019hôpitaux et de la détérioration des soins de santé s\u2019appelle Jean Chrétien. » Entre 1993 et 2001, le pourcentage des chômeurs qui ont eu droit à des prestations est passé de 65 à 49 %. Pour compenser, entre 1990 et 1997, le Québec a eu à assumer 845 millions de dollars, normalement versés par Ottawa. Joseph Facal, Le déclin du fédéralisme canadien, Montréal, VLB Éditeur, 2001. 35 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 ments isolés, qu\u2019il y avait bel et bien un « pattern » derrière tout ça11.Lucien Bouchard, de son côté, dénonça les manœuvres « éhontées et discourtoises » d\u2019Ottawa.Parallèlement à ce sabotage, le Québec a dû répondre aux réductions des transferts fédéraux-provinciaux en coupant dans les délégations générations du Québec à l\u2019étranger, fermant plusieurs bureaux.Certains représentants du Québec qui se trouvaient privés de délégation n\u2019avaient plus droit qu\u2019à une petite salle parée d\u2019unifoliés à l\u2019intérieur des ambassades canadiennes.Dans tout ça, le Québec ferait-il mieux que ce que le Canada fait en son nom ?Aurait-il fait mieux ?Dans bien des domaines, il fait déjà mieux.Advenant qu\u2019il soit un pays indépendant, son pouvoir serait certes, jusqu\u2019à un certain point, limité sur l\u2019échiquier mondial.Mais, actuellement, il n\u2019a absolument AUCUN pouvoir.Il ne négocie pas en son propre nom.Aucune nation, de toute manière, ne décide de tout.Une présence à la table est toujours préférable à ne pas l\u2019être du tout.Il faut y être, pour porter nos intérêts fondamentaux : notre hydroé- lectricité, notre bois d\u2019œuvre, notre aérospatiale, notre aluminium, notre agriculture, nos formidables innovations, notre culture exceptionnelle.Mais nous sommes loin du compte.Nous sommes une minorité au sein d\u2019un régime de plus en plus unitaire et centralisateur, de plus en plus prédateur, de plus en plus vampirique.Les actions d\u2019Ottawa ne mentent aucunement, et tout tend vers le Ottawa knows best.11 « L\u2019ambassadeur du Canada à Mexico nie avoir saboté le voyage de Lucien Bouchard », Radio-Canada.ca, 1er décembre 2000. 36 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 Non seulement sommes-nous une minorité, mais nous serons en minorisation perpétuelle.Les conséquences d\u2019une réduction continuelle de l\u2019importance du Québec à Ottawa seront bien réelles.Le Québec aura de moins en moins voix au chapitre, et ses intérêts et valeurs seront de plus en plus dilués au profit des intérêts et valeurs du Rest of Canada.Avant l\u2019avènement de la malnommée Confédération, quand les Canadiens français étaient plus nombreux que les Canadiens anglais, nous avions droit à une représentation égale : deux peuples inégaux en nombre, autant de députés de part et d\u2019autre tant que les Canadiens français étaient les moins nombreux.Est arrivé le régime de 1867 : alors que les Canadiens français étaient désormais moins nombreux, la représentation parlementaire serait désormais proportionnelle.C\u2019est commode quand c\u2019est le conquérant qui décide du système en place.En 1867, la voie de notre minorisation continuelle a été érigée en système.Du 36 pour cent de la Chambre que représentait la province of Quebec en 1867, notre poids a été réduit à chaque réforme de la carte électorale : 28 pour cent en 1947, 26 pour cent en 1976, 25 pour cent en 1999, 23 pour cent en 2015.Et prochainement ?Plus le temps passera, et plus que le Québec sera noyé dans la marée rouge.Plus le temps passera, moins le Québec n\u2019inspirera quoi que ce soit à Ottawa, ni crainte ni respect.Plus le temps passera, et plus nous devrons gaspiller des énergies à tenter de nous expliquer, de nous faire comprendre, de nous faire respecter.Nous devrons nous remuer comme des diables dans l\u2019eau bénite afin de conserver un minimum de place dans les débats de CE pays. 37 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 On nous dit souvent, lors des élections canadian, qu\u2019il faudrait voter pour des partis capables de prendre le pouvoir.Clarifions une chose : le Québec n\u2019a jamais eu le pouvoir à Ottawa.Il ne l\u2019a pas.Il ne l\u2019aura jamais.Cet État est contrôlé par une autre nation.Le soi-disant french power n\u2019est que poudre aux yeux.Certains dirigeants du Canada ont beau à l\u2019occasion venir du Québec, leurs actions et décisions seront toujours soumises, à juste titre d\u2019ailleurs, à la loi de la majorité canadian.La nation québécoise sera toujours à la merci des choix que la majorité va nous imposer.Le seul Parlement où la nation québécoise occupe cent pour cent des sièges, c\u2019est l\u2019Assemblée nationale.On ne compte plus les motions adoptées à l\u2019unanimité par notre Assemblée nationale, qu\u2019on ne daignera même pas discuter à la Chambre des communes.Si « former une nation » a un sens, le Parlement qui représente à cent pour cent cette nation devrait pouvoir ne pas subir de lois dont il ne veut pas, comme la Loi sur les mesures d\u2019urgence unanimes rejetée par Québec et pouvoir adopter cent pour cent de ses lois sans craindre qu\u2019elles ne soient charcutées par les tribunaux d\u2019un ordre constitutionnel qu\u2019il n\u2019a jamais signé, comme la Charte de la langue française l\u2019a été.Il devrait aussi pouvoir cesser de craindre que ses choix démocratiques comme la loi 21 ne soient l\u2019objet d\u2019une contestation financée par un État où il ne représente qu\u2019une minorité.Il devrait pouvoir opter pour ses propres politiques, celles qui reflètent ses valeurs et intérêts, en matière de culture, de justice, de solidarité sociale, d\u2019environnement, d\u2019énergie, de relations internationales, d\u2019accords commerciaux. 38 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 Quand l\u2019Assemblée nationale vote, par exemple, unanimement en faveur de la hausse des transferts en santé, elle ne devrait pas supplier constamment un Parlement où le Québec ne représente que 22 pour cent des sièges de daigner lui renvoyer une partie des impôts que nous payons.Être une minorité, de plus en plus minoritaire de surcroît, dans un régime étranger nous condamne à gaspiller notre potentiel et nous contraint à d\u2019éternels compromis ridicules.Et ces compromis deviendront compromissions à mesure que notre poids sera de plus en plus négligeable.C\u2019est notre seul destin au sein du Canada.Le régime nous prive chaque jour davantage des moyens de décider par nous-mêmes de ce que nous voulons pour nous-mêmes.Et ce régime est irréformable.Est-il préférable d\u2019être 100 pour cent de soi-même, ou 22 pour cent de quelqu\u2019un d\u2019autre ?Une majorité ou une minorité ?Nous voulons l\u2019indépendance du Québec parce que le Canada n\u2019est pas notre pays.Ses choix sont les siens, pas les nôtres.L\u2019indépendance est un enjeu de démocratie.Il existe assurément des pays indépendants où les peuples ne sont pas libres, mais il n\u2019existe aucun peuple qui soit libre sans son indépendance.Une nation à qui on enlève ses outils politiques est une collectivité neutralisée, condamnée à l\u2019impuissance.Nous devons quitter, sans rancœur, l\u2019État canadien parce qu\u2019il n\u2019est pas le nôtre.Nous ne sommes pas chez nous dans le Canada et dans ses institutions.Nous en avons assez de voir l\u2019État canadien saper nos choix démocra- 39 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 tiques au nom d\u2019un régime constitutionnel qui nous a été imposé, nous en avons assez de vivre avec des choix de société qui ne sont pas les nôtres, des choix qui souvent même sont contraires à ceux que nous voudrions faire en pleine liberté.La véritable histoire du Québec débutera par le parachèvement de notre pays à nous, français, laïque, juste, humain, fondamentalement libre, celui où nous n\u2019aurons aucune permission à demander à quiconque pour faire les choix qui sont les plus conformes à nos valeurs et intérêts fondamentaux, la République du Québec.Merci.u Joignez le mouvement ! caissesolidaire.coop La coopérative ?nancière des mouvements sociaux, des entreprises collectives et des citoyens engagés pour une transition socioécologique. 41 Articles Denis Monière* La résistance des États aux revendications nationalitaires : le cas de la Corse Les nationalistes québécois ont pratiqué une forme d\u2019isolationnisme politique sous prétexte que leur situation était exceptionnelle et que celle des autres peuples qui désiraient leur indépendance n\u2019était pas comparable.Par exemple, René Lévesque refusait d\u2019utiliser le concept d\u2019oppression coloniale et d\u2019assimiler la cause du Québec à celle des pays africains.Ce n\u2019est que récemment que nous nous sommes préoccupés des autres mouvements de libération nationale avec les référendums en Catalogne et en Écosse.Les indépendantistes québécois ont tout particulièrement négligé de s\u2019intéresser aux revendications indépendantistes qui se sont développées en France comme dans le cas de la Corse, sans doute pour ne pas embarrasser un éventuel allié qui pourrait reconnaître le Québec indépendant.Cette abstention intellectuelle s\u2019explique aussi par le fait que jusqu\u2019à très récemment, les indépendantistes corses préconisaient la violence politique, stratégie d\u2019action rejetée par les indépendantistes québécois depuis les années soixante-dix.Optimistes, ces derniers pensaient que, par le vote, un peuple pouvait prendre son destin en main et changer la nature d\u2019un régime politique.Ils vécurent de douloureux échecs qui poussèrent de nombreux nationa- * Politologue. 42 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 listes vers l\u2019abandon du combat et l\u2019acceptation de leur statut de peuple minoritaire.Candidement, ils avaient oublié ou n\u2019ont pas voulu voir que le processus électoral n\u2019avait jamais réussi à changer un régime politique.Les systèmes politiques démocratiques avaient les moyens de se défendre et de maintenir le régime et la communauté politique.Ils ne voulaient pas accepter la réalité : depuis la Seconde Guerre mondiale, l\u2019avènement des nouveaux pays indépendants résultait de la lutte armée ou de ses effets délétères sur les puissances coloniales qui furent obligées de faire des concessions politiques et d\u2019accepter l\u2019indépendance de leurs anciennes colonies.Dans ce contexte, c\u2019est la théorie marxiste qui s\u2019avérait la plus juste : la violence accouchait de l\u2019histoire.Pour les marxistes, la démocratie était un leurre qui ne permettait pas de changer les rapports de domination parce que les États disposaient non seulement d\u2019appareils répressifs comme l\u2019armée, la police et la justice pour maintenir l\u2019ordre établi, mais ils se servaient aussi des appareils idéologiques comme la religion, l\u2019école, les médias et la démocratie de représentation pour inculquer le consentement à la subordination et à l\u2019intégration des agents de changements au régime politique.La démocratie permettait au mieux d\u2019assurer la stabilité des sociétés en intégrant les forces de contestation.Certes des réformes étaient possibles, mais celles-ci étaient partielles et servaient la reproduction des rapports d\u2019inégalité.Le cas du Chili confirmait empiriquement si on peut dire cette logique.La gauche avait réussi à prendre le pouvoir démocratiquement, mais le gouvernement Allende fut renversé par l\u2019armée en 1973 avec le soutien d\u2019une puissance étrangère.Pendant un certain temps, dans les pays qu\u2019on pourrait qualifier de démocraties avancées, les peuples qui avaient été dominés par la force des armes voulurent imiter les 43 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 nouvelles nations du tiers-monde en utilisant la violence pour faire connaître leurs aspirations à la liberté.Au Québec, en Irlande du Nord, en Corse, en Bretagne, au Pays basque, ces mouvements qui s\u2019inspiraient du processus de décolonisation et qui préconisaient l\u2019action violente pour faire connaître leurs revendications furent réprimés par la violence étatique et partout, avec certains décalages dans le temps, ce fut la voie de l\u2019action démocratique qui s\u2019imposa.Plus tard, d\u2019autres peuples exprimèrent leur désir de liberté et empruntèrent directement la voie démocratique comme le firent les Catalans et les Écossais.Aujourd\u2019hui, force est de reconnaître qu\u2019aucun de ces peuples n\u2019a réussi par l\u2019action démocratique à devenir indépendant, ni même à modifier substantiellement le rapport de force avec leur puissance tutélaire.Ils vivent entre l\u2019espoir et la déception.Les États démocratiques ont résisté efficacement aux tentatives de libération nationale des peuples qu\u2019ils ont subjugués et annexés.Les tentatives de sécession ont échoué.Les États constitués ont réussi à réguler les demandes de changements institutionnels et constitutionnels.Nous examinerons dans cet article les moyens utilisés par l\u2019État français pour enrayer et diluer les revendications du peuple corse et le maintenir dans la République française.Le peuple corse pionnier de l\u2019indépendance nationale L\u2019idée d\u2019indépendance nationale est surtout associée historiquement à la fin du XVIIIe siècle à l\u2019avènement de la révolution américaine en 1783 et de la Révolution française en 1789 qui ont institué le principe de la souveraineté du peuple.Mais on oublie qu\u2019il y a eu d\u2019autres manifestations plus précoces de cette idée avec la proclamation de l\u2019indépendance de la Corse, le 18 novembre 1755.Les Corses, sous la direction de Pasquale Paoli, se sont libérés de la 44 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 domination génoise.Ils se dotèrent d\u2019un État indépendant et adoptèrent la première constitution démocratique de l\u2019ère moderne.Celle-ci établissait la séparation des pouvoirs entre l\u2019exécutif et le législatif et fondait l\u2019autorité du gouvernement sur le principe électif en accordant le droit de vote aux chefs de famille et aux femmes qui étaient elles-mêmes chefs de famille.Mais ce nouvel État ne put résister aux armées d\u2019invasion françaises.À la bataille de Ponte Novu, les 40 000 hommes de Marbeau écrasèrent les milices paoliennes.Rattachée à la France par le traité de Versailles de 1768, la Corse a pendant plus de deux siècles été administrée comme une partie intégrante du territoire français.Suite à la révolution de 1789, Napoléon renforça la dépendance de son ile natale et fit massacrer des milliers de ses compatriotes entre 1796 et 1811.Il achèvera le travail des armes par la conquête des esprits, se conciliant les Corses en jouant sur la corde de leur origine ethnique.L\u2019expérience corse montrait que l\u2019acquisition de la liberté n\u2019était pas seulement fonction de la volonté et de la détermination du peuple.Elle dépendait aussi de circonstances géographiques, économiques et politiques qui n\u2019étaient pas réunies pour assurer la libération de la Corse.La résurgence du mouvement national corse La résurgence du nationalisme corse s\u2019inscrivit dans le mouvement de la décolonisation à la fin des années soixante.La guerre d\u2019Algérie servit de déclencheur non seulement parce qu\u2019elle montrait que la République française n\u2019était pas invincible, mais aussi parce qu\u2019elle jeta sur l\u2019Ile de beauté entre 1962 et 1966, 17 000 pieds- noirs qui venaient concurrencer les autochtones pour des emplois déjà rares.La dépendance de la Corse révélait ses effets délétères et montrait que les intérêts de la Corse ne coïncidaient pas nécessairement avec ceux de la France 45 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 surtout pour les agriculteurs et les petits entrepreneurs.Il faut savoir que la Corse est une région sous-développée et qu\u2019en 2020, le produit intérieur brut (PIB) de la Corse qui s\u2019élevait à 8,8 milliards d\u2019euros était inférieur de 12 % à la moyenne des régions de la France métropolitaine.Il est semblable aux PIB de la Guadeloupe et de la Martinique.Il dépend à 40 % de l\u2019industrie touristique.La population de l\u2019Ile est aussi moins scolarisée que la moyenne nationale.Un sentiment de dépossession et d\u2019acculturation s\u2019est développé dans un contexte de croissance relative liée à la prospérité des trente glorieuses.Le sous-développement économique chronique de la Corse s\u2019est transformé en problème de survie culturelle.En Corse, le réveil d\u2019une nouvelle conscience nationale, endormie depuis la fin du XVIIIe siècle, se manifesta d\u2019abord à travers des revendications environnementales qui rendaient encore plus tangible l\u2019absence de contrôle des Corses sur leur territoire.La colère des insulaires s\u2019exprima fortement en 1973 par des manifestations monstres réunissant toutes les factions de l\u2019ile contre le déversement de déchets toxiques dans les eaux de la Corse, c\u2019est ce qu\u2019on a appelé l\u2019affaire Montedison.La pollution rappelait aux Corses que les dangers qui menaçaient leur survie provenaient de l\u2019extérieur et que leur dépendance les exposait au sous-développement et à la disparition de leur culture et de leur langue.La lutte pour la libération nationale débuta en août 1975 avec la bataille d\u2019Aléria.L\u2019assaut de l\u2019armée française forte d\u2019un millier de gendarmes appuyés par des blindés contre une cinquantaine de paysans retranchés dans une cave viticole fit deux morts du côté des forces de l\u2019ordre.La répression qui suivit engendra un cycle d\u2019attentats et d\u2019affrontements qui dura un demi-siècle.Ces événements furent le terreau dans lequel germa le Front de libération nationale de la Corse (FLNC), créé en 1976. 46 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 S\u2019en suivirent dans les décennies suivantes des milliers d\u2019attentats (plus de 5000) qui ont fait 70 morts, dont celui du préfet Claude Erignac en 1998.Ces attentats visaient des lieux symboliques (hôtels des impôts, palais de justice, gendarmerie) ou des villas appartenant à des propriétaires originaires du continent.Ils firent en premier lieu des victimes surtout chez les forces de l\u2019ordre (gendarmes et CRS).Dans un second temps, on compta aussi des victimes des victimes dans les rangs indépendantistes, divisés en plusieurs factions.On a recensé environ une trentaine de morts parmi les rangs nationalistes.L\u2019instauration d\u2019un impôt révolutionnaire et l\u2019acquisition d\u2019armes donnèrent aussi lieu à des dérives mafieuses qui brouillèrent les cartes et nuisirent à la crédibilité et à la légitimité du mouvement national.La lutte armée et l\u2019affirmation culturelle ont réussi toutefois à créer des conditions favorables à l\u2019intégration des forces nationalistes dans le jeu institutionnel en forçant l\u2019État français à mettre en place un cadre juridique reconnaissant l\u2019unité territoriale de la Corse (loi Joxe).Cette réforme institutionnelle s\u2019inscrivait dans la politique de décentralisation que les socialistes voulaient appliquer sur tout le territoire français.L\u2019État français, d\u2019entrée de jeu, imposait une logique unitaire fondée sur la constitution de la République une et indivisible.Ainsi, l\u2019article 1 du statut de 1991 prévoyait la reconnaissance de l\u2019existence culturelle du peuple corse, il stipulait que « la République française garantit à la communauté historique et culturelle vivante que constitue le peuple corse, composante du peuple français, les droits à la préservation de son identité culturelle et à la défense de ses intérêts économiques et sociaux spécifiques ».Mais par la suite, le Conseil constitutionnel a invalidé la référence au « peuple corse » rejetant ainsi la reconnaissance du peuple corse dans la constitu- 47 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 tion française.Le Conseil constitutionnel précisait aussi que ce statut devait s\u2019exercer dans le cadre des lois de la République française et respecter les prérogatives de l\u2019État ce qui restreignait fortement les marges de manœuvre des autorités corses.Mais en dépit de ces restrictions, cette évolution constitutionnelle a favorisé la solidification du sentiment d\u2019appartenance régionale et nationale des Corses tout en entretenant divisions et conflits au sein de la société corse.La révision constitutionnelle de l\u2019article 72 en 2003 reconnut l\u2019existence des collectivités territoriales qui s\u2019administrent librement par des conseils élus.Elle accordait ainsi une autonomie juridique et patrimoniale à ces collectivités, mais celles-ci ne disposaient que de compétences administratives restreintes définies par la loi.Comme d\u2019autres territoires d\u2019outre-mer : soit la Guyenne, Mayotte et la Martinique, la Corse a obtenu ce statut de collectivité à statut particulier.La loi du 7 août 2015 a créé une nouvelle organisation territoriale de la République (NOTRe), qui instituait une instance politique où les Corses pouvaient élire des représentants.La loi a remplacé les deux départements par deux instances politiques : une assemblée territoriale composée de 63 membres élus et un comité exécutif composé de 11 membres élus par l\u2019Assemblée et responsable devant elle.Cette architecture institutionnelle particularise la Corse comparativement aux autres catégories de collectivités territoriales qui quadrillent la France, à l\u2019exception de la Martinique qui possède un statut semblable.Mais cette instance territoriale est pour ainsi dire désarmée, car ses compétences administratives sont très limitées et s\u2019exercent principalement en matière d\u2019éducation, de langue, de culture, d\u2019environnement et de tourisme.De 48 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 plus, ces institutions ne disposent d\u2019aucun pouvoir fiscal propre.Toutes les décisions sont encadrées par les lois de la République française.Ces nouvelles institutions ont incité le FLNC (Front de libération nationale corse) à abandonner provisoirement la clandestinité et la lutte armée, le 25 juin 2014.Le mouvement nationaliste corse put commencer sa longue marche vers la conquête des institutions politiques.Les partis corses purent se regrouper et rassembler un électorat nationaliste dont le soutien leur ouvrit les portes du pouvoir insulaire à partir de 2015.Ces forces nationalistes se divisent en deux tendances principales : les autonomistes et les indépendantistes, chaque courant comprenant plusieurs factions.Côté indépendantiste, on retrouve deux partis : Corsica libera qui est dirigé par Jean-Guy Talamoni et un autre parti indépendantiste Core in Fronte « Le Cœur en avant », plus à gauche, qui est dirigé par Paul Félix Benedetti.L\u2019autre composante du mouvement qui est plus modérée se définit comme autonomiste, Femi a Corsica est dirigée par Gilles Siméoni.Il regroupe sous son aile d\u2019autres formations politiques comme Inseme per a Corsica (Ensemble pour la Corse) et le Parti de la nation corse PNC qui milite pour l\u2019autonomie de l\u2019Ile et non son indépendance.Ce dernier parti est dirigé par Jean-Cristophe Angelini.Cette alliance entre les autonomistes et les indépendantistes repose sur un programme commun de revendications essentielles : l\u2019obtention de la coofficialité du corse et du français sur le territoire de la Corse permettant l\u2019utilisation de la langue corse dans tous les domaines de la vie publique, économique et sociale (éducation, services publics, médias), la définition d\u2019un statut de résident qui réserverait l\u2019achat de biens immobiliers aux personnes résidant depuis plus de cinq ans sur le territoire, l\u2019attri- 49 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 bution d\u2019une fiscalité particulière adaptée aux spécificités de l\u2019ile, l\u2019obtention d\u2019un nouveau statut pour la Corse et la reconnaissance du peuple corse dans la constitution française et enfin l\u2019amnistie pour les prisonniers politiques et les personnes recherchées.L\u2019adoption de telles mesures représenterait un changement radical dans les rapports qu\u2019entretiennent depuis deux siècles la Corse et la France et instituerait une forme de souveraineté-association qui serait toutefois incompatible avec la constitution française.Jusqu\u2019à présent l\u2019État français s\u2019est montré inflexible quant à ces revendications et a refusé une mesure aussi symbolique que de rapatrier les prisonniers politiques sur l\u2019ile.Depuis les élections territoriales de 2015, les institutions corses sont dominées par des partis nationalistes.Aux dernières élections territoriales de 2021, cette coalition a obtenu 41 sièges à l\u2019assemblée territoriale contre 22 pour l\u2019opposition formée de partis métropolitains.La coalition gouvernementale se compose de Femu a corsica 18 sièges, Corsica libera 13 et Partitu di a Nazione Corsa 10.Cette coalition a totalisé au deuxième tour, 68 % des votes.Fait remarquable résultant de la nouvelle cohésion des nationalistes corses, les partis représentant la France sur le territoire corse comme les Républicains, le PCF, le RN et les macronistes ont été laminés par les partis nationalistes non seulement aux élections régionales, mais aussi aux élections législatives où les nationalistes emportèrent trois des quatre circonscriptions aux élections de juin 2022.La politique du bâton et de la carotte Par une politique répressive constante et ciblée, l\u2019État français a réussi à endiguer la montée de l\u2019indépendantisme en Corse.Mais par un jeu de bascule, les actions terroristes n\u2019ont pas été vaines, elles ont aussi forcé l\u2019État français 50 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 à introduire dans son système institutionnel des innovations qui visaient à intégrer les nationalistes dans le cadre institutionnel de la République.Ces réformes administratives ont donné l\u2019accès au pouvoir aux autonomistes dont l\u2019objectif est d\u2019élargir l\u2019autonomie politique en obtenant pour l\u2019Assemblée territoriale de la Corse la capacité de voter ses propres lois et de ne pas être soumise au carcan de la législation française qu\u2019elle peut seulement adapter dans le cadre constitutionnel actuel.Pour l\u2019instant ce que semblent viser les dirigeants autonomistes, c\u2019est d\u2019aligner le statut de la Corse sur celui dont jouissent les iles européennes de la Méditerranée dont sa voisine immédiate, distante de 12 kilomètres, la Sardaigne qui sert de modèle de référence.Ainsi, depuis 1997, le Conseil régional de la Sardaigne a le pouvoir de lever un impôt régional sur le revenu des personnes physiques et un impôt régional sur le secteur privé.Il a le pouvoir de légiférer de manière exclusive dans certains domaines comme l\u2019administration locale, la construction, les forêts et l\u2019agriculture, etc.Dans d\u2019autres domaines comme la santé ou l\u2019assistance publique, il s\u2019agit de compétences partagées avec l\u2019État italien ce qui donne lieu comme ailleurs à des conflits d\u2019interprétation.Ces compétences ont été étendues en 2001 par la réforme du titre V de la constitution italienne aux domaines de la recherche et de la formation.Cette réforme des relations entre l\u2019État italien et ses régions a introduit une forme de fédéralisme avec la confusion des pouvoirs que ce système implique et les contradictions qui en découlent.Au nom de l\u2019égalité des citoyens, la France rejette catégoriquement toute réforme de sa constitution qui diluerait les compétences de l\u2019État.Elle refuse de reconnaître l\u2019existence du peuple corse dans la constitution tout en laissant miroiter une éventuelle reconnaissance de la spécificité corse 51 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 sans en préciser les modalités.Elle rejette aussi le principe de coofficialité des langues parce qu\u2019il ne peut y avoir qu\u2019une seule langue officielle dans la République.Une et indivisible, elle ne peut céder une partie de sa souveraineté nationale à une autre nation.Elle n\u2019est prête qu\u2019à faire des concessions administratives et non pas constitutionnelles qui seules pourraient inscrire dans la durée l\u2019autonomie de la Corse.Elle combine cette intransigeance avec des aménagements ponctuels qui visent à satisfaire les revendications culturelles des nationalistes espérant ainsi qu\u2019ils abandonnent leurs revendications politiques.Pour amadouer les Corses, on a proposé par exemple récemment de faire de la langue corse une spécialité dans le programme du baccalauréat, mais on refuse l\u2019enseignement immersif dans les écoles publiques.Les dirigeants français comptent sur ces concessions mineures et sur l\u2019usure du temps pour provoquer des te,nsions entre les autonomistes et les indépendantistes, conflits exacerbés par leur impuissance mutuelle à changer le rapport de force.u 52 Articles Léandre Saint-Laurent* Une « révolution citoyenne » en plein désert politiqueÀ l\u2019hiver 2017, les membres du collectif « Faut qu\u2019on se parle » s\u2019élançaient, dans un esprit tout à fait deuxmilledouzard : « Québec, fallait qu\u2019on se parle.Maintenant, va falloir qu\u2019on bouge1 ».L\u2019équipe qui entourait alors Gabriel Nadeau-Dubois (GND) venait tout juste de faire le tour du Québec, cumulant les assemblées citoyennes, desquelles émergeaient des enjeux cruciaux pour bon nombre de concitoyens qui avaient participé aux événements.Cette initiative citoyenne, sociale-démocrate, indépendantiste et non partisane visait à reconnecter les citoyens à une sphère politique dont plusieurs se sentaient aliénés.Nous avions là les balbutiements d\u2019un rêve, celui d\u2019un front citoyen permettant au peuple québécois de reprendre le contrôle de son destin.Le chemin de ce rêve semblait tout tracé : un mouvement de fond avait surgi des associations étudiantes durant le Printemps érable de 2012, il s\u2019était disséminé dans la société civile en marge de l\u2019État, et, lentement mais sûrement, semait ses germes, jusqu\u2019à la conquête du pouvoir.Les milléniaux et les Z auraient enfin leur Révolution tranquille bien à eux, une « révo- 1 Mathieu Dion, « Faut qu\u2019on se parle : \u201cVa falloir qu\u2019on bouge\u201d », Radio- Canada, 15 février 2017.* Enseignant. 53 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 lution citoyenne » ancrée dans le Québec de ce début de XXIe siècle.Ce serait là l\u2019actualisation québécoise d\u2019une « révolution citoyenne » promue par de nombreux néopro- gressistes occidentaux.Mais voilà que la concrétisation politique de ce rêve, sous la forme qu\u2019elle a prise chez Québec solidaire (QS), a brisé cet élan.Elle a fini par en absorber les forces vives, jusqu\u2019à les assécher, à un point où cette « révolution citoyenne » prend désormais racine dans un véritable désert politique.Une décennie après un mouvement social historique, tel que le Québec moderne a rarement expérimenté, c\u2019est un examen de conscience douloureux qui s\u2019impose.Un rêve brisé par ses militants GND fit le pari de QS, comme concrétisation partisane de ce rêve qui devait porter le Québec de demain.Mais, en aucun cas, n\u2019était-il question pour lui d\u2019enfermer le projet citoyen qu\u2019il portait dans les œillères d\u2019une chapelle partisane.Ce parti n\u2019avait pas le monopole du qualificatif « solidaire ».Il allait certes constituer un véhicule important pour le grand chantier social et citoyen qui se dressait à l\u2019horizon, mais il en serait un parmi tant d\u2019autres dans ce grand mouvement de fond.C\u2019est ce mouvement qui allait tirer les partis vers le haut, et non pas le contraire.L\u2019arrivée de GND en politique active tombait à point.Jean- François Lisée, qui venait de se faire élire chef du Parti québécois (PQ), avait lui aussi l\u2019idée d\u2019un grand projet trans- partisan.Son projet n\u2019avait pas la radicalité du grand rêve citoyen promu par le néoprogressisme québécois, mais il perpétuait la volonté de rupture historiquement incarnée par le PQ.Lisée ne voulait pas précipiter les Québécois dans un troisième référendum perdant.Il visait à édifier 54 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 les fameuses « conditions gagnantes » pour le basculement de la libération nationale.Un gouvernement péquiste, en 2018, n\u2019aurait pas été celui d\u2019un référendum.Il devait avant tout bâtir le camp du « oui » à travers nombre d\u2019organisations de la société civile, et conjointement avec tous les partis qui épouseraient la cause.Au printemps où GND lançait sa carrière politique, les astres semblaient s\u2019aligner vers une convergence des forces souverainistes.L\u2019alliance stratégique du PQ et de QS pour l\u2019élection de 2018 était sur toutes les lèvres.Lisée lui- même en faisait l\u2019un des piliers de son projet.La majorité de l\u2019électorat attaché aux deux partis était favorable à ce type d\u2019alliance2.Un nombre important de citoyens investirent les instances de QS.À l\u2019arrivée de GND, la vente de cartes de membres explosa3, suivant ce qu\u2019on appelait à l\u2019époque l\u2019effet « GND ».À l\u2019ombre des médias, le collectif Oui-Québec avait réussi à établir une feuille de route pour tous les indépendantistes, tel que le souhaitait Lisée, regroupant l\u2019ensemble des partis et des organisations de la société civile prônant l\u2019indépendance.L\u2019édification d\u2019un grand front citoyen et national se concrétisait enfin, une première depuis les années 1990.Avant de faire l\u2019annonce publique de la feuille de route, les militants de Oui-Québec n\u2019attendaient plus que l\u2019accord officiel de QS, qui, à ce stade, ne semblait plus qu\u2019une simple formalité, la formation politique ayant déjà apposé sa signature.C\u2019était là mal comprendre le fonctionnement interne d\u2019un parti comme QS.Nous parlons là d\u2019une orga- 2 Jusqu\u2019à 80 % de cette tranche de l\u2019électorat appuyait alors la démarche, pour un potentiel de 39 % des voix : Too Close to Call, « Une alliance PQ-QS ? », Too Close to Call, 21 mai 2017. Consulté sur https://www.tooclosetocall.ca/2017/05/une-alliance-pq-qs.html 3 Annie Mathieu, « L\u2019effet GND se fait sentir à Québec », Le Soleil, 12 avril 2017. 55 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 nisation politique horizontale qui favorise davantage sa démocratie directe interne que le lien du député avec ses électeurs.Les représentants du parti ayant officiellement le plus de poids, en tant que « porte-paroles », ont beau incarner des idées, un programme et une stratégie que les électeurs favorisent, c\u2019est finalement le choix des militants en congrès qui dicte le programme.Comme l\u2019histoire l\u2019aura retenu, le congrès national du 21 mai 2017 aura brisé l\u2019élan national qui se déployait sous nos yeux.GND et ceux qui l\u2019appuyaient n\u2019auront pas explicitement défendu leur option, sous prétexte de s\u2019en remettre à la souveraineté de l\u2019assemblée.Le PQ étant désormais réduit par plusieurs militants solidaires à une organisation actualisant ces « deux bêtes » péquistes que seraient le « néolibéralisme » et le « racisme », l\u2019alliance tactique devenait impossible, la stratégie pour l\u2019indépendance nationale encore moins.La suite des choses allait accélérer l\u2019état de ruines du mouvement souverainiste.La coalition entourant Oui-Québec s\u2019effondra.De grandes figures du mouvement « Faut qu\u2019on se parle » refusèrent de se joindre à l\u2019aventure de GND.C\u2019est connu : l\u2019élection de 2018 mit finalement en scène la lutte entre QS et le PQ.Il en résulta l\u2019augmentation historique, mais modeste, de la députation solidaire, au prix de la décomposition objective du camp souverainiste.La CAQ occupe désormais tout le terrain de la question nationale.Plutôt que d\u2019opter pour la coalition et la convergence, QS choisit de se creuser son propre sillage.C\u2019est un pari au long terme, celui d\u2019une révolution citoyenne ancrée dans un populisme de gauche.Passons un moment par-dessus la critique normale que tout amoureux du peuple ferait de ce projet : qu\u2019il est en soi condamnable de soumettre la volonté populaire à la consécration d\u2019un projet partisan précis.Nous y reviendrons plus bas.Adoptons un instant 56 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 le point de vue de nombreux néoprogressistes qui conditionnent le projet de pays à la réalisation de l\u2019utopie qu\u2019ils prônent.Concentrons-nous un moment sur l\u2019enjeu d\u2019un front de gauche, en dépit de la question nationale.La stratégie de QS fonctionne-t-elle ?Pour évaluer le choix de QS, il faut qu\u2019il soit conséquent avec l\u2019objectif initial de fonder un grand front citoyen.Il faut alors pouvoir répondre par l\u2019affirmative à ces deux questions : 1) le projet permet-il de coaliser ?2) est-il en phase avec l\u2019univers mental de la majorité du peuple ?Si la réponse est négative, ce projet de révolution citoyenne constitue un prêche dans le désert.De par l\u2019enfermement de ce projet dans une gauche très restreinte et de par la radicalisation culturelle dans laquelle le néoprogressisme s\u2019enferme, il semble impossible de répondre positivement à ces deux enjeux stratégiques.Une gauche étroite Qu\u2019un certain néogauchisme ait rejeté les structures traditionnelles de l\u2019action politique occidentale n\u2019est pas qu\u2019un phénomène québécois.Cette attitude constitue une réaction au constat d\u2019une « gauche de gouvernement » accusée d\u2019avoir intégré certains paramètres du néolibéra- lisme et de s\u2019être trahie elle-même concernant la question sociale.C\u2019est la critique qui fut faite à l\u2019endroit du Parti socialiste français depuis Mitterand et sous la gouverne de François Hollande, des travaillistes anglais sous Tony Blair, des démocrates sous Bill Clinton et Barack Obama.C\u2019est l\u2019analyse que de nombreux néoprogressistes font du Parti québécois.Ils pensent alors à l\u2019austérité imposée par Lucien Bouchard à la fin des années 1990 et par l\u2019éphémère gouvernement Marois de 2012-2014 ou bien à la brève prise en charge du parti par l\u2019antisyndicaliste et mil- 57 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 liardaire Pierre-Karl Péladeau.Il devient alors logique de détruire les structures partisanes de cette ancienne gauche afin d\u2019en fonder de nouvelles.C\u2019est à partir de cette prémisse que QS vise à détruire le PQ.S\u2019il s\u2019agit là d\u2019une approche politique qui a sa propre logique dans le monde des idées, il en est tout autre sur le plan pratique et face au véritable portrait de cette ancienne gauche tant honnie.Il est de ces contextes où, non seulement n\u2019est-il pas tout à fait juste d\u2019affirmer que les structures traditionnelles de la gauche gouvernementale ont entièrement évacué le soucis sérieux pour la question sociale, mais dans lesquels le cadre institutionnel et social rend contre-productif, voir même suicidaire, de tout miser sur une nouvelle organisation politique parallèle.C\u2019est face à ce genre de scénario que des populistes de gauche comme Jeremy Corbyn ou Bernie Sanders ont lucidement opté pour une reprise en main du principal parti de gauche de leur pays.C\u2019était là l\u2019aventure politique de Sanders au sein du parti démocrate américain et de celle de Corbyn chez les travaillistes anglais, tentant de raviver la fibre sociale de ces deux organisations politiques.C\u2019est en ayant la question nationale en tête que Paul Saint- Pierre-Plamondon, autrefois « orphelin politique », intégra le PQ en vue de sa « refondation », pour finalement en devenir le chef.Dans d\u2019autres contextes, la gauche gouvernementale a trahi à ce point sa propre cause qu\u2019elle devient irrécupérable.Il devient alors rationnel d\u2019opter pour un nouveau navire politique, surtout quand l\u2019aménagement institutionnel le permet (par exemple, avec un système proportionnel du vote).C\u2019est la trajectoire que le tribun français Jean-Luc Mélenchon a empruntée face à un Parti socialiste (PS) converti au néolibéralisme.En fondant le mouve- 58 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 ment La France insoumise (LFI), Mélenchon s\u2019affirmait comme le nouveau pôle d\u2019attraction pour une gauche populiste conquérante, déclassant le PS.Mais même dans un contexte aussi favorable à ce type de rupture, l\u2019incorporation du mouvement citoyen au sein d\u2019une seule chapelle politique ne permet pas de servir adéquatement la cause.Ayant échoué pour la troisième fois à gagner la présidentielle française, Mélenchon n\u2019eut pas le choix de fonder une grande coalition des gauches : la Nouvelle Union populaire, écologique et sociale (NUPES).Et encore là, ce n\u2019est pas suffisant pour s\u2019assurer d\u2019une conquête du pouvoir.Pour que ce pari de tout miser sur une gauche alternative soit viable, il faut regarder le contexte institutionnel.Dans un système électoral uninominal et majoritaire comme le nôtre, il faut avoir de bonnes raisons pour se permettre de ne pas coaliser les forces de notre camp.Et lorsque l\u2019on décide de faire cavalier seul, il faut avant tout s\u2019assurer que les forces partisanes traditionnelles de gauche ont bel et bien abandonné leurs idéaux sociaux.Concernant le PQ, il est tout à fait déraisonnable d\u2019affirmer une telle chose.Malgré ses virages à « droite », le PQ n\u2019a jamais cessé d\u2019afficher globalement une identité fermement sociale-démo- crate.Même sous Lucien Bouchard, le PQ a mis en œuvre l\u2019un des chantiers sociaux les plus ambitieux de l\u2019histoire du Québec, dont les sociaux-démocrates du monde entier s\u2019inspirent : le réseau des CPE.Et de toute façon, la question, avec le PQ, n\u2019est pas de savoir si la formation politique est en phase avec sa mission initiale de gauche.C\u2019est se leurrer sur sa raison d\u2019être.Le PQ n\u2019est pas à proprement parler un « parti de gauche ».Il s\u2019agit plutôt d\u2019une coalition de tendances diverses dont la réalisation de la souveraineté politique du 59 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 Québec et la sauvegarde de son identité nationale servent de liant.La façon dont doit être posé le problème est de cerner si son aile gauche a l\u2019initiative ou non au sein de la formation politique.En phase avec la volonté générale de l\u2019édification d\u2019un État-providence vigoureux, elle a presque toujours eu cette initiative au sein du PQ.Aujourd\u2019hui, c\u2019est encore plus vrai que jamais.Et pour les progressistes pour qui c\u2019est la préséance même de la cause nationale sur la gauche qui est scandaleuse, qu\u2019ils ne fassent pas les étonnés si, ensuite, plusieurs doutent de leurs convictions « indépendantistes ».En refusant toute collaboration, QS mise sur l\u2019idée que le PQ constitue un parti de « droite » contre lequel la vraie « gauche » \u2013 celle de QS, bien sûr \u2013 doit lutter.Pour que cette proposition soit politiquement rentable, elle doit être minimalement crédible pour les non-initiés, sans quoi l\u2019on prend les apparences d\u2019une secte.Le problème c\u2019est que QS consolida la rupture au moment même où le PQ, sous Lisée, se désistait du bref éloignement de son champ gauche.Pour ceux qui ne gravitent pas dans l\u2019écosystème de la gauche radicale, ce qui se dessine depuis l\u2019élection de 2018 donne l\u2019impression d\u2019une lutte contre des moulins à vent.L\u2019on finit par se demander s\u2019il était juste de qualifier de « droite » et de « néolibéral » un parti dirigé par l\u2019auteur de Comment mettre la droite K.O.en 15 arguments4.Était-il raisonnable de qualifier de la sorte une formation politique qui se donnait pour mission de lutter contre les « fédéralistes de droite » et pour qui c\u2019était la mission même de l\u2019État qui était en jeu sous les libéraux, la survie même de notre modèle d\u2019État- providence ?Poser la question, c\u2019est y répondre.4 Jean-François Lisée, Comment mettre la droite K.O en 15 arguments, Québec : Stanké, 2012, 160 p. 60 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 Durant l\u2019élection de 2022, ce décalage d\u2019avec le réel d\u2019une gauche aussi restreinte semblait encore plus flagrant.Face au PQ de Paul St-Pierre Plamondon (PSPP), QS fit d\u2019un parti faisant pourtant le pari d\u2019une sociale-démo- cratie à la scandinave un ennemi du front citoyen dont il rêve.Le programme du PQ pour l\u2019élection de 2022 était si à gauche et si ambitieux sur le plan environnemental5 qu\u2019une part importante de l\u2019électorat et de nombreux commentateurs commencent sérieusement à se poser la question de savoir ce qui justifie que deux formations politiques aussi fermement sociales-démocrates et écologistes, et qui de surcroît visent l\u2019indépendance du Québec, mènent une telle lutte à mort électorale.Et ça, ce n\u2019est que l\u2019histoire d\u2019une élection.Si le simple rituel électoral d\u2019une province mène à une telle excommunication de gens pourtant à gauche, comment peut-on s\u2019imaginer un instant pouvoir fonder un front citoyen de grande amplitude ?Si QS ose réserver ce sort au PQ, qu\u2019en est-il de tous ces autres Québécois qui, dans leur majorité, n\u2019ont pas la gauche pour religion politique ?À ce titre, c\u2019est l\u2019idée même d\u2019une révolution citoyenne contre le champ droit qui devient absurde.Nous ne sommes plus à l\u2019ère des réformes et de l\u2019austérité libérales.La CAQ forme un gouvernement qui a gouverné économiquement au centre gauche et qui redonne du souffle à notre modèle d\u2019État- providence, en investissant massivement dans ses secteurs névralgiques.Où est-il ce monstre « néolibéral » que QS veut tant abattre ?5 En fait, pour l\u2019élection québécoise de 2022, le PQ faisait affaire avec la même firme que celle de QS pour son plan de transition écologique : Annabelle Blais, « Plans verts de QS et du PQ : des plans similaires, mais pas de collaboration », Le Journal de Québec, 4 septembre 2022. 61 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 Un néoprogressisme déraciné Avec les résultats de l\u2019élection québécoise de 2022, qui confirment la stagnation de QS, il n\u2019a jamais été aussi clair que la formation politique formait un parti des villes, une quinzaine d\u2019années après sa fondation, et n\u2019arrivait toujours pas à s\u2019en extirper.Il progresse à Montréal, dans des terres historiquement libérales, dans le centre-ville de Québec et dans une ville universitaire comme Sherbrooke.C\u2019est à peu près tout.Il se trouve encore de nombreux surpris parmi les progressistes, comme si nous n\u2019avions pas des décennies de sociologie électorale derrière la cravate faisant la démonstration d\u2019un détachement de la gauche de sa base sociale historique.Ici, nous ne tombons pas des nues.Que l\u2019on pense à la fameuse division entre somewhere et anywhere proposée par le journaliste David Goodhart6 ou à celle entre centres urbains et périphéries dont le géographe français Christophe Guilluy7 fait l\u2019analyse, nous ne pouvons plus passer à côté d\u2019un fait majeur que la mondialisation a structuré en Occident : les grands flux de la globalisation de l\u2019économie planétaire ont créé des pôles urbains connectés à un village global parallèle, pôles dans lesquels nombre de nos élites se sont enfermées.Une ligne de fracture s\u2019actualise alors entre les couches sociales cosmopolites que ces élites trainent avec elles et la majorité du peuple qui demeure enraciné à une culture nationale, à une histoire et à des habitus sociaux cumulés sur le long terme.L\u2019Université et le monde des médias forment l\u2019avant-garde de cette sécession mentale d\u2019avec le peuple enraciné.6 David Goodhart, The Road to Somewhere: The Populist Revolt and the Future of Politics, Royaume-Unis: Oxford University Press, 2017.7 Christophe Guilluy, No Society, France : Flammarion, 2018, 242 p. 62 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 Le néoprogressisme culturel auquel s\u2019attache QS prend racine dans ces centres urbains cosmopolites.Fini l\u2019enracinement dans les classes populaires et le prolétariat.Terminée cette époque de la Révolution tranquille où la gauche québécoise s\u2019identifiait à un certain ouvriérisme et au nationalisme.La gauche néoprogressiste québécoise, comme ailleurs en Occident, a fini par majoritairement s\u2019attacher à l\u2019édification d\u2019une « diversité » sociale et au combat de « minorités », plutôt qu\u2019à la défense des intérêts et du monde culturel de la majorité historique des peuples occidentaux.Ce qu\u2019on nomme le « wokisme » ou la pensée intersectionnelle ne constituent que les avatars les plus récents de ce processus.Si l\u2019enfermement dans une gauche étroite empêche toute idée de coalition, c\u2019est cette adhésion sans nuances au néoprogressisme culturel qui détache définitivement QS de l\u2019univers mental d\u2019une majorité de Québécois.Et c\u2019est d\u2019ailleurs l\u2019enjeu principal qui rend difficilement envisageable l\u2019idée d\u2019une convergence PQ-QS.Ça ne veut pas dire que la gauche radicale constituée en parti ait abandonné la volonté de transformation des conditions matérielles de nos sociétés.C\u2019est simplement que son néoprogressisme culturel empêche la réalisation de son agenda social, tant les majorités populaires et nationales y sont hostiles.C\u2019est ce qui se constate un peu partout en Occident.Au Royaume-Uni, c\u2019est ce qui a mené à la perte de Jeremy Corbyn au sein du Parti travailliste.Son agenda social avait beau susciter un certain engouement, la propulsion d\u2019un populisme de gauche à l\u2019anglaise fut freinée par l\u2019opposition des militants du parti au Brexit, pourtant un projet qui avait l\u2019adhésion de la majorité des classes populaires.En France, le mouvement La France insoumise (LFI) mené par Jean-Luc Mélenchon n\u2019a pas su percer le plafond l\u2019empêchant de prendre le pouvoir. 63 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 Le mouvement s\u2019est éloigné de la gauche patriote qui la caractérisait pour s\u2019enfermer dans un néoprogressisme intersectionnel qui le fait s\u2019éloigner de la promotion ferme de la laïcité française et de son souverainisme critique de l\u2019Union européenne, et qui l\u2019aveugle face aux problèmes de sécurité publique que de nombreux Français vivent.Aux États-Unis, le néoprogressisme démocrate, couplé au racialisme et à des politiques publiques faméliques, empêche la gauche de connecter avec les classes populaires de l\u2019Amérique profonde, emportées par le populisme trumpien.Au Québec, QS agit de façon analogue.En radicalisant ses postures néoprogressistes, il s\u2019est mentalement et politiquement séparé de la base sociale majoritaire qui pousse vers l\u2019édification d\u2019un modèle de laïcité distinct en Amérique.Le 30 mars 2019, les militants solidaires organisés en conseil national abandonnaient leur position historique attachée au feu consensus Bouchard- Taylor, refusant désormais toute contrainte liée au port de signes religieux au sein de la fonction publique.Ce mouvement qui se veut « citoyen » s\u2019aliénait ainsi un potentiel de 75 % du corps électoral, réduit à une engeance intolérante.Le néoprogressisme qu\u2019elle fait sien plonge également la formation politique dans une posture immigration- niste incompatible avec le nationalisme civique qu\u2019elle prétend défendre.Malgré notre déclin linguistique et les difficultés d\u2019intégration de l\u2019immigration auxquelles font face nos institutions, QS veut augmenter drastique- ment nos seuils d\u2019immigration, pourtant déjà parmi les plus élevés de l\u2019OCDE en proportion de la population, les faisant passer de 50 000 à 80 000, seuil que les libéraux n\u2019ont jamais eux-mêmes osé.QS ne souhaite pas 64 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 non plus trop raffermir les contraintes institutionnelles servant la protection de la langue, de crainte d\u2019alimenter un « racisme systémique ».QS refuse ainsi de prioriser la sélection d\u2019immigrants francophones et s\u2019oppose au mouvement syndical enseignant exigeant l\u2019application de la loi 101 au cégep8.Par conséquent, une prise de pouvoir par QS aurait pour effet d\u2019accélérer l\u2019anglicisa- tion.Pour le fond nationaliste du Québec, l\u2019on en vient à se demander à quoi sert le projet de pays « solidaire » s\u2019il s\u2019avère constituer une consécration de notre assimilation.Que les différentes thématiques sociétales portées par ce progressisme nouveau genre ne rejoignent pas les masses enracinées est un secret de polichinelle pour toute personne pragmatique qui vise l\u2019action politique.C\u2019est de cette façon que, pour les élections de 2022, QS fit le choix stratégique de camoufler une part de son identité politique afin de se rendre présentable aux yeux de l\u2019électorat.C\u2019est ainsi que fut effacé de YouTube le contenu du podcast de GND, le « Comité des idées dangereuses », qui traitait de divers enjeux chers au néoprogressisme comme le définancement de la police, la décroissance, l\u2019interdiction des voitures à essence, le revenu universel garanti, le salaire maximum, le véga- nisme, la désobéissance civile, etc.En pleine campagne électorale, l\u2019on en vint même à nier les dérapages récents 8 À ce titre, il convient de ne jamais oublier avec quel mépris Gabriel Nadeau-Dubois a traité ce mouvement enseignant d\u2019envergure, en le comparant à la minorité de syndicats qui, il y a quelques années, appuyaient le projet GNL Québec : Nadeau-Dubois, G. (2022, 7 septembre). Interviewé par Antoine Robitaille. GND compare la loi 101 au cégep à GNL Québec : douteux ? Dans Omny Studio. https://omny.fm/shows/l-haut-sur-la-colline-antoine-robitaille/gnd-compare-la-101- au-c-gep-gnl-qu-bec-douteux?fbclid=IwAR2Xc8_29Vjwh0Bo43cMztGo C07ZKTD3swLwDq6PnO5CqSTkZ7nTptUGG80 65 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 du camp néoprogressiste, comme ce fut le cas lors de la foire d\u2019empoigne entre GND et Paul St-Pierre Plamondon entourant la liberté académique et la pérennité de l\u2019œuvre Nègres blancs d\u2019Amérique de Pierre Vallières, présentement censurée.GND fit l\u2019étonné, comme si son camp n\u2019avait pas passé les dernières années à tenter d\u2019imposer un puritanisme langagier et conceptuel.Ce glissement peut donner l\u2019impression d\u2019un atténue- ment des postures intersectionnelles les plus radicales de QS.Mais ne nous méprenons pas.C\u2019est là un masque plutôt qu\u2019une transformation.Il ne suffit que de peu de digressions de la ligne du progressisme culturel pour être exclu du front citoyen.C\u2019est ce qui arriva au candidat de QS Raphaël Fiévez, rare figure du parti issu d\u2019un milieu ouvrier.En raison de deux brèves publications sur les médias sociaux, l\u2019une faisait le partage d\u2019un article de Richard Martineau et l\u2019autre, datée de 2021, critiquant les dérives d\u2019un certain transactivisme niant le caractère biologique de la sexualité, Fiévez fut exclu du parti.Cette dynamique générale rend absurde le rêve d\u2019un grand mouvement citoyen.Comment peut-on s\u2019imaginer un moment qu\u2019une telle chose soit possible si, comme prérequis de la participation à ce mouvement, chaque individu doit entièrement soumettre sa pensée aux interprétations les plus brutes d\u2019un néoprogres- sisme culturel auquel peu de gens adhèrent ?Et comment faire confiance à une organisation qui cache son jeu de la sorte lorsqu\u2019elle est en terrain défavorable et qui dissémine subrepticement ses thématiques ?Ce n\u2019est pas sur de telles bases que l\u2019on peut assurer un renouveau démocratique. 66 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 S\u2019abreuver à l\u2019oasis La supposée « révolution citoyenne » incarnée par QS provoque ainsi des vents qui accélèrent la désertification du mouvement national québécois.Dans ce désert politique, l\u2019on finit par se dessécher de toutes forces vives.C\u2019est alors que l\u2019esprit s\u2019embrouille de mirages vers lesquels il fait ramper le corps.Le mirage, faute d\u2019offrir un quelconque nectar vital, tue le corps.Le mirage auquel QS s\u2019accroche est celui d\u2019un peuple qui n\u2019existe pas : celui dont la composition et les aspirations correspondent très exactement aux franges (minoritaires) les plus progressistes des milieux urbains cosmopolites.C\u2019est un peuple fantasmé.Le mirage est d\u2019autant plus grand que la tâche que ce mouvement se donne est gigantesque.Les contraintes qu\u2019il se donne seraient déjà exagérées pour simplement réussir à former un gouvernement de gauche.Mais QS ne se contente pas d\u2019un tel projet.La formation politique vise l\u2019établissement d\u2019une assemblée constituante pour l\u2019ensemble des citoyens, permettant le réaménagement radical de notre jeu démocratique.Mais ce n\u2019est pas tout : QS veut, en plus, fonder un pays reconnu par la communauté internationale.Comment peut-il un instant penser réaliser un tel chantier à partir d\u2019une conception si aride d\u2019un peuple en carton-pâte (bio) ?Lors d\u2019une traversée du désert, il faut chercher l\u2019oasis, si l\u2019on veut s\u2019abreuver.Et nous sommes chanceux.Nous n\u2019avons pas à le trouver, cette oasis.Il étend déjà ses eaux devant nous et prend lentement sa place dans l\u2019histoire.L\u2019oasis, c\u2019est le peuple lui-même.Et lorsque l\u2019on est profondément démocrate, l\u2019on croit à une certaine décence élémentaire qui émane de la prise de décision collective d\u2019un groupement humain qui se prend en main.L\u2019acte 67 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 même de décider pour soi-même a une valeur en soi.Et chaque peuple actualise ce processus à sa façon, par sa culture et son identité.À ce titre, la coloration que chaque peuple prend constitue elle aussi une valeur en soi.Et c\u2019est là l\u2019essence même du nationalisme québécois conséquent : l\u2019amour de ce peuple du Québec pour ce qu\u2019il est, pas ce qu\u2019il pourrait être dans on-ne-sait-quel rêve d\u2019un idéologue, mais dans la forme concrète qu\u2019il prend, avec ses qualités et ses défauts.La nation québécoise constitue ici un horizon suffisamment grandiose pour que l\u2019on veuille bien se battre pour lui.Il n\u2019en faut pas nécessairement plus.Le projet « solidaire » a ceci de discutable qu\u2019il conditionne la souveraineté du peuple québécois à sa propre utopie, comme si notre collectivité n\u2019était pas elle-même assez digne d\u2019intérêt pour que l\u2019on veuille bien la défendre sans préalablement la soumettre à un traitement de choc pour idéalistes.Le peuple, oui, mais à condition de le réformer.Pire, du moment que le peuple ne se plie pas, l\u2019on n\u2019exclut pas de recourir à des procédés qui minent sa souveraineté.C\u2019est ainsi que QS se dit « indépendantiste », mais se bat contre toutes les autres formes du mouvement national québécois, sous prétexte qu\u2019elles sont « identitaires ».QS lutte de toutes ses forces pour détruire le PQ.Au niveau fédéral, il refuse de collaborer avec le Bloc québécois, pourtant lui-même un parti de gauche qui est le seul à avoir pour mission fondamentale la défense des intérêts du Québec.Il suffit que des lois votées par notre assemblée nationale ne correspondent pas très exactement aux appréciations partisanes de ses membres pour que nombre de militants de QS se joignent à des partis canadiens centralisateurs comme le NPD, pour lutter contre l\u2019État québécois.Les franges les plus extrémistes du parti envisagent même le soutien aux tribunaux fédéraux dans la contestation de la loi sur la laïcité 68 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 québécoise9.Et du moment que le combat de l\u2019État québécois pour son autonomie au sein du Canada ne correspond pas aux paramètres étroits du rêve qsiste, le parti refuse de faire front commun avec notre gouvernement dans notre lutte historique et existentielle pour l\u2019accaparement et la préservation de nos pouvoirs institutionnels, comme c\u2019est le cas, par exemple, en immigration.Pour reprendre GND, « jouer à \u201cne touche pas à ma compétence\u201d avec Ottawa, honnêtement, ça ne m\u2019intéresse pas tant que ça10 ».QS croit pouvoir sortir de son impasse avec le peuple québécois par l\u2019assemblée constituante, comme si un nouveau peuple allait en émerger.Excluons, pour les besoins de l\u2019analyse, les problèmes pratiques et stratégiques que suppose une telle démarche, et en premier lieu le fait de se diviser autour d\u2019un réaménagement institutionnel au moment même où nous aurons besoin de toute l\u2019unité qu\u2019il nous faut pour faire l\u2019indépendance et lutter contre la fédération canadienne.Soyons généreux et imaginons un processus transparent et démocratique, souhaité par le peuple, qui ne mène pas à une guerre entre factions et qui permette la mise en place d\u2019un nouveau jeu démocratique voulu par la majorité.Le pays qui en naîtra ne tombera pas du ciel progressiste, mais sera le fruit de valeurs nationales profondément ancrées et d\u2019une mosaïque de tendances politiques.Pratiquement, le contrat social qui en émergerait pourrait très bien ressembler à ce que QS rejette 9 Il faut ici distinguer la position des franges les plus radicales du parti de celle que QS endosse. Officiellement, la position du parti est ambigüe concernant l\u2019utilisation des institutions canadiennes dans la contestation de la loi 21 : Marco Bélair-Cirino, « QS déplore de voir le \u201cCanada anglais débarque(r) avec ses gros sabots\u201d dans la contestation de la loi 21 », Le Devoir, 17 décembre 2021.10 Hugo Pilon-Larose, « Le \u201cwoke\u201d et le \u201cmonarque\u201d s\u2019affrontent », La Presse, 15 septembre 2021. 69 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 actuellement du peuple québécois.C\u2019est qu\u2019un peuple ne constitue pas une page blanche que l\u2019on peut réécrire à sa guise.Et que les solidaires se le tiennent pour dit : un pays de « gauche », ça n\u2019existe pas, sauf dans les dictatures.Si mouvement citoyen il doit y avoir, si pays il doit y avoir, il ne faut pas chercher les moyens de sa réalisation dans les tréfonds d\u2019une idéologie radicale.Le peuple, dans son développement organique, offre déjà les réponses.Il suffit de savoir les cueillir, pour leur donner une forme future qu\u2019elles n\u2019ont pas encore.C\u2019est simplement que le camp néoprogressiste n\u2019apprécie pas les réponses qu\u2019il entend et, plutôt que de se remettre en question, préfère changer d\u2019interlocuteur.Depuis l\u2019acte constitutionnel de 1867, la collectivité qui allait lentement former le peuple québécois se bâtit un État national et démocratique par étapes, au gré des circonstances.La Révolution tranquille a accéléré ce processus, sans que les Québécois n\u2019osent assumer la rupture.Après l\u2019accalmie suscitée par l\u2019échec référendaire de 1995, cette lente édification du pays se poursuit.De façon contemporaine, il apparaît évident que le contrat social québécois se dessine autour de la défense du français, d\u2019une immigration compatible avec nos capacités d\u2019accueil, d\u2019institutions parlementaires fortes, d\u2019un modèle de laïcité distinct du reste de l\u2019Amérique anglo-saxonne, d\u2019un État social généreux, mais pragmatique, d\u2019une classe moyenne forte et d\u2019une économie de petits propriétaires.Les Québécois ont encore le sentiment qu\u2019il est possible pour eux de continuer d\u2019affirmer cette trajectoire au sein du Canada.Pour le moment, c\u2019est la CAQ qui concrétise ces aspirations.Tout projet de pays formel ou de front citoyen devra prendre acte de cet état d\u2019esprit.Une palmeraie croît sur l\u2019aménagement concret d\u2019une oasis, pas selon les murmures d\u2019un djinn quelconque.u 70 Articles Charles Gaudreault* Projections démographiques et recensement 2021 La transition ethnoculturelle du CanadaLes thèmes de l\u2019immigration, de la francisation et de l\u2019intégration des immigrants ont pris une place inattendue lors des dernières élections provinciales.Alors que François Legault martelait qu\u2019une hausse des seuils migratoires mènerait le Québec vers la Louisianisation tout en proposant le statu quo, Paul Saint- Pierre Plamondon proposait d\u2019abaisser les seuils à 35 000 immigrants dans le but de freiner le déclin du français.On remarquera que sur la question des seuils migratoires, celui qui voudra les abaisser sera sur la défensive ; mais, plus étonnant, celui qui voudra les maintenir le sera également.On constate que la pression pour augmenter les seuils migratoires est forte, très forte.Il faut comprendre que le Québec a le « malheur » d\u2019être situé dans l\u2019un des pays occidentaux qui possèdent les plus forts seuils d\u2019immigration par habitant.À titre de comparaison, pour 2019, la migration nette (immigration moins émigration) était de 1,8 migrant par 1000 habitants aux États-Unis (Bureau américain du recensement, 2019), de 4,6 pour le Québec et de 7,4 pour le Canada (Statistique Canada, 2021).Entraîné par la tendance canadienne, il n\u2019est donc pas étonnant que le Québec subisse une grande pression pour augmenter ses seuils migratoires alors que ceux-ci sont déjà très élevés quand on se compare aux États-Unis.* Ing. M.Sc.A. 71 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 Qu\u2019arriverait-il si l\u2019on décidait d\u2019augmenter nos seuils migratoires à 100 000 immigrants par ans pour suivre la tendance canadienne ?Précisément, comment évoluerait la part des immigrants de 1re et 2e génération dans la population ?Car c\u2019est bien cette part de la population qu\u2019il faudrait franciser et intégrer.Et la réussite ou l\u2019échec de ces efforts de francisation et intégration détermineront, en partie, si la « Louisianisation » adviendra.Pour se donner une idée de l\u2019effet que de tels seuils migratoires auraient sur la population d\u2019origine immigrante du Québec (1re et 2e génération), il suffit d\u2019observer l\u2019évolution parallèle du Canada, pays qui subit le double des seuils migratoires du Québec.À ce titre, les projections des démographes de Statistique Canada ainsi que les recensements nous renseignent sur l\u2019état actuel et passé et la tendance des prochaines décennies, mais nous indique également l\u2019écart actuel entre le Québec et le Canada.Précisons que les projections démographiques sur plusieurs décennies, comme une carte, permettent de voir clairement la destination alors que les données de recensement, comme un GPS, nous confirment où nous sommes rendus dans notre itinéraire.Les projections démographiques \u2013 Le Canada dans les prochaines décennies Les projections de 2006 à 2106 publiées en 2015 En 2015, quatre démographes de Statistique Canada (Patrice Dion, Éric Caron Malenfant, Chantal Grondin et Dominic Grenier) ont publié dans la revue de démographie révisée par des pairs Population And Development Review des projections sur l\u2019évolution de la population d\u2019origine immigrante au Canada pour la période 2006 à 72 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 2106 (Dion & al, 2015).Parmi les quatre scénarios étudiés, les démographes ont réalisé deux scénarios avec des seuils d\u2019immigration constants de 252 500 immigrants par an et deux autres avec une immigration au prorata de la population avec des seuils de 7,5 immigrants par 1000 habitants (ex.: 281 900 immigrants pour 2019).Précisons que les seuils étudiés sont inférieurs aux seuils migratoires qui ont été augmentés significativement sous le gouvernement Trudeau.À titre d\u2019exemple, le Canada admettait 341 180 résidents permanents en 2019 (Statistique Canada 2020).Précisons également que ces taux d\u2019immigration par habitant ne doivent pas être confondus avec la migration nette par habitant présentée plus tôt.Ainsi, les résultats des projections publiées en 2015 devraient se réaliser plus rapidement que prévu par les démographes.L\u2019essentiel des résultats est présenté dans la figure 1 de leurs travaux (traduite et présentée ci-contre).En bref, nous observons les trois tendances suivantes : premièrement, les Canadiens nés à l\u2019étranger formeront entre 29,0 et 35,9 % de la population canadienne en 2106 ; deuxièmement, les individus nés au Canada ayant un parent ou un ancêtre d\u2019origine étrangère arrivé au Canada après 2006 formeront entre 33,3 % et 54,6 % de la population en 2106.; troisièmement, les Canadiens dont les ancêtres sont tous arrivés au Canada avant 2006 ne formeront plus qu\u2019entre 12,1 et 37,5 % de la population en 2106.On comprend donc que d\u2019ici 2106, les Canadiens et les Canadiennes avec des origines étrangères seront la norme. 73 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 Figure 1.Nouveaux immigrants, individus avec au moins un ancêtre arrivé au Canada après 2006, restant de la population, intervalle fourni par quatre scénarios de projection, Canada 2006 à 2106.Reproduit et traduit de Dion & al (2015).Les projections de 2011 à 2036 publié en 2017 En 2017, Statistique Canada publiait des projections allant de 2011 à 2036 dans un rapport rédigé par Jean-Dominique Morency, Éric Caron-Malenfant et Samuel MacIsaac.Les projections montrent que les immigrants de 1re et 2e génération qui formaient 38 % de la population canadienne en 2011 formeront entre 44 et 50 % de la population en 2036.En 2036, 50 à 56 % de la population montréalaise sera formée d\u2019immigrants de 1re ou 2e génération alors que pour Toronto et Vancouver on parle d\u2019une fourchette allant de 77 à 81 % et 69 à 74 % respectivement.Ces séries de projections permettent de voir qu\u2019en un quart de siècle, la progression de la population d\u2019origine immigrante est très importante dans les grandes villes canadiennes. 74 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 Les projections de 2016 à 2041 publiées en 2022 En 2022, Statistique Canada publiait des projections allant de 2016 à 2041.Ces travaux confirment la tendance observée pour les projections 2011 à 2036.Alors que les immigrants de 1re et 2e génération formaient 38 % de la population canadienne en 2011, ceux-ci formeront entre 49,8 et 54,3 % de la population en 2041.Mais ce que les projections de 2016 à 2041 permettent de mettre en lumière, c\u2019est la transition ethnoculturelle qui s\u2019opère au Canada.On constate que la population canadienne qualifiée de « racisée » (pour reprendre les termes de Statistique Canada) passe de 22 % en 2016 à une fourchette allant de 38,2 % à 43,0 % pour 2041.Chez les 0 à 14 ans, on passe de 27,5 % de « racisés » pour 2016 à de près de 50 % pour cette tranche d\u2019âge en 2041.L\u2019infographie numéro 2 de ces travaux a été reproduite sous l\u2019appellation « figure 2 » ci-dessous (Statistique Canada, 2022a).Précision : le terme « racisé » renvoie à la définition de « minorités visibles » chez Statistique Canada.Bref, ces projections permettent de démontrer que le Canada amorce présentement une transition ethnocultu- relle.Alors que le Canada de Pierre Eliott Trudeau était très majoritairement composé de Canadiens d\u2019origine européenne, le Canada du milieu du 21e siècle sera un pays majoritairement multiethnique. 75 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 Figure 2.Proportion de la population « racisée » au sein de la population totale selon le groupe d\u2019âge, 2016 (estimée) et 2041 (projetée selon le scénario de référence), Canada.Reproduction de Statistique Canada (2022a).Le recensement de 2021 Le recensement de 2021 confirme que le Canada est plus multiculturel et multiethnique qu\u2019il ne l\u2019a jamais été.En 2021, la proportion des immigrants de 1re et 2e génération était de 40,6 % au Canada et de 25,2 % pour le Québec.La proportion de minorités visibles quant à elle était de 26,5 % pour le Canada et de 16,1 % pour le Québec.Il est intéressant de comparer les données de projections aux données de recensement.On notera que, par rapport aux projections, le recensement de 2021 montre une légère avance de la proportion des immigrants de 1re et 2e génération pour le Québec (25,8 % vs 25,2 %) et pour les minorités visibles (16,1 % vs 15,7 %) tandis que le Canada 76 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 accuse un retard chez les immigrants de 1re et 2e génération (40,6 % vs 41,5 %) et une avance chez les minorités visibles (26,5 % vs 26,1 %).De manière générale, les données du recensement confirment la tendance prédite par les projections.Et un retour en arrière permet de constater une rapide progression en 10 ans.Depuis 2011, la proportion des immigrants de 1re et 2e génération est passée de 38,2 à 40,6 % pour le Canada et de 21,6 à 25,2 % pour le Québec.Pendant ce temps, la proportion de minorités visibles passe de 19,1 % à 26,5 % pour le Canada et de 11,0 à 16,5 % pour le Québec (Statistique Canada, 2011, Statistique Canada 2022d).La figure 3 ci-contre permet de comparer les données de projections et de recensement pour 2021, mais aussi d\u2019observer la différence avec le passé (recensement de 2011) et d\u2019observer les changements à venir (projection pour 2041). 77 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 Figure 3.Proportion des immigrants de 1re et 2e génération et des minorités visibles au sein de la population canadienne selon les recensements de 2011 (bandes noires) et 2021 (bandes pointillées) et selon les projections démographiques de Statistique Canada pour 2021 (bandes grises) et 2041 (bandes hachurées).Source : Statistique Canada (2011), Statistique Canada (2022b) et Statistique Canada (2022d).Les résultats du recensement de 2021, lorsque comparé aux recensements antérieurs, permettent de mettre en évidence l\u2019évolution des sources d\u2019immigration au fil des années.Si, en 1971, 61,6 % des immigrants récents provenaient de l\u2019Europe, 12,1 % de l\u2019Asie et 3,2 % de l\u2019Afrique, les rapports se sont totalement inversés au fil du temps.En 2021, 62,0 % de l\u2019immigration provient de l\u2019Asie alors que 15,6 % provient de l\u2019Afrique tandis que 10,1 % provient de l\u2019Europe.Notez que pour le Québec, l\u2019Afrique arrive au premier rang chez les immigrants récents. 78 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 Figure 4 Répartition (%) des immigrants récents selon leur région de naissance, Canada, 1971 à 2021.Reproduction de Statistique Canada (2022c).Le décalage Québec-Canada Un regard attentif permet d\u2019observer qu\u2019il existe un important décalage entre le Québec et le Canada : la transition ethnoculturelle est beaucoup plus avancée au Canada.Ceci est principalement dû à des seuils migratoires, par habitant, plus élevés, environ du double.Les projections de 2011 à 2036 sont révélatrices au niveau de la part croissante des immigrants dans la population en général.Dans le cas du Québec, les immigrants de 1re et 2e génération qui formaient 21,6 % de la population en 2011 passeront à une fourchette allant de 31,7 à 36,9 % pour 2036.Dans le cas du Canada, les immigrants de 1re et 2e génération qui formaient 38,2 % de la population en 2011 passeront à une fourchette allant de 44,2 à 49,8 % pour 2036. 79 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 Les projections de 2016 à 2041 permettent d\u2019observer une transition ethnoculturelle vers une population dont les origines sont de plus en plus diversifiées.Dans le cas du Québec, les minorités visibles passent de 12,8 % en 2016 à 26,6 % pour le scénario de référence.Dans le cas du Canada, les minorités visibles passent de 22,2 % en 2016 à 41,0 % pour le scénario de référence (Statistique Canada 2022b).Lorsque l\u2019on porte en graphique les résultats de projection pour la plage 2016 à 2041 (figure 5) on arrive à deux conclusions.Premièrement, le décalage entre le Canada et le Québec est majeur et il se maintient dans le temps (autour de 15 % au niveau des immigrants de 1re et 2e génération et entre 10 et 15 % pour les minorités visibles).Deuxièmement, le Québec évolue selon la même tendance que le Canada, mais avec plusieurs années de retard. 80 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 Figure 5.Proportion des minorités visibles et proportions de la population immigrantes (1re et 2e génération) au sein de la population québécoise et Canadiennes.Graphique produit à l\u2019aide des tableaux provenant des projections de Statistique Canada (2022b).Et si le Québec suivait les traces du Canada ?La politique migratoire du Canada est telle que la majorité des Canadiens seront des immigrants de 1re ou 2e génération passé le cap de 2036.Si le Québec suivait la politique migratoire du Canada, il faudrait se demander franchement s\u2019il était possible, de franciser, d\u2019intégrer et de transmette la culture québécoise à l\u2019équivalent de la moitié de la population ?Si la réponse est non, alors l\u2019hypothèse de la « Louisianisation », telle qu\u2019évoquée par François Legault lors des élections d\u2019octobre est probable. 81 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 Le Canada effectue présentement une transition eth- noculturelle, passant d\u2019un pays largement dominé par des descendants d\u2019Européens à un pays postnational où l\u2019ascendance européenne converge vers un statut minoritaire et où la diversité ethnique et culturelle est une caractéristique fondamentale de sa population.Alors que la politique migratoire canadienne est en totale conformité avec sa politique multiculturaliste, elle est incohérente avec les intérêts d\u2019une petite nation francophone qui souhaite pérenniser ses traits linguistiques et culturels.Les seuils migratoires québécois sont certes inférieurs à ceux du Canada, cependant, la province est néanmoins entrainée par la tendance canadienne.En fait, les seuils québécois sont, en termes de migration nette, deux fois plus élevés que les seuils américains.La conséquence est que le Québec suit la tendance canadienne, mais avec un temps de retard.Bref, la destination est la même, mais la vitesse de croisière est plus lente.D\u2019ailleurs, mes propres travaux démontrent que l\u2019ascendance française dans la population québécoise chutera sous les 50 % passé le cap de 2042 (Gaudreault 2020), dans vingt ans à peine, ce qui démontre clairement que le Québec n\u2019échappe pas à la tendance.Bref, le Canada et le Québec entrent dans une ère de transition ethnoculturelle.Alors que cette transition ethnocultu- relle est en phase avec le multiculturalisme canadien et ne pose aucun risque pour l\u2019hégémonie de l\u2019anglais au Canada, il est évident que pour conserver et transmettre sa langue et sa culture, le Québec devra ralentir au maximum la vitesse à laquelle s\u2019effectue le phénomène.Et ceci passe évidemment par l\u2019épineuse question des seuils migratoires.u 82 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 Références Bureau américain du recensement (2019).Table 5.« Estimates of the Components of Resident Population Change for the United States, Regions, States, and Puerto Rico: July 1, 2018 to July 1, 2019 ».U.S.Census Bureau, Population Division Gaudreault (2020).« The impact of immigration on local ethnic groups\u2019 demographic representativeness: The case study of ethnic French Canadians in Quebec », Nations and Nationalism, 20 (4), 923-942 Morency, J.D., Malenfant, E.C., MacIsaac, S.(2017).Immigration et diversité : projections de la population du Canada et de ses régions, 2011 à 2036, Statistique Canada Patrice Dion & al (2015).« Long-Term Contribution of Immigration to Population Renewal in Canada: A Simulation ».Population And Development Review 41 (1) : 109\u2013126 Statistique Canada (2011).Enquête nationale auprès des ménages de 2011, produit numéro 99-010-X2011030 au catalogue de Statistique Canada.Statistique Canada (2020).Rapport annuel au Parlement sur l\u2019immigration, ISSN 1706-3337 Statistique Canada (2021).« Tableau 17-10-0008- 01 Estimations des composantes de l\u2019accroissement démographique, annuelles » Statistique Canada (2022 a).« Le Canada en 2041 : une population plus nombreuse, plus cosmopolite et comportant plus de différences d\u2019une région à l\u2019autre », Le Quotidien, Statistique Canada Statistique Canada (2022b).« Tableau 17-10-0146- 01 Population projetée selon le groupe racisé, le statut des générations, et certaines caractéristiques sélectionnées (x 1 000) » 83 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 Statistique Canada (2022c).« Les immigrants représentent la plus grande part de la population depuis plus de 150 ans et continuent de façonner qui nous sommes en tant que Canadiens », Le Quotidien, Statistique Canada Statistique Canada (2022d).« Profil du recensement, Recensement de la population de 2021 », produit nº 98-316-X2021001 au catalogue de Statistique Canada.Ottawa.Diffusé le 26 octobre 2022. 84 Réplique Pierre-Paul Sénéchal* L\u2019invasion russe vue par les nostalgiques de la Révolution d\u2019Octobre Plus de neuf mois après l\u2019invasion de l\u2019Ukraine par la Russie, chacun analyse et se positionne selon ses valeurs, ses alignements idéologiques, ses conceptions du monde et de la démocratie.Il y a aussi les multiples considérants géopolitiques à démêler pour avancer dans la compréhension des enjeux.Raisonnablement, tous appellent au retour à la raison et à une cessation des hostilités en faveur de la survie de ce peuple ukrainien soumis au feu continu et aveugle des chars, des pluies incessantes de roquettes, de drones et de missiles de croisière.Mais les choses ne sont pas aussi simples.On est déjà passablement avancés en termes de dégâts humains.Cette catastrophe suscite, on peut l\u2019imaginer, une émotion particulière chez tous ceux qui ont à cœur la question de la liberté des peuples et de leur droit à l\u2019exercer.Mais ce sera d\u2019abord sous l\u2019angle particulier de la géopolitique que la question sera abordée par Michel Seymour dans son texte « Ukraine : ce qui ne fait pas la nouvelle » (L\u2019Action nationale.Octobre-novembre 2022).Pour « non instruits de la géopolitique », une version abrégée et cosignée Samir Saul était simultanément publiée dans l\u2019édition du 26 octobre du Devoir : « L\u2019enjeu de l\u2019Ukraine, c\u2019est l\u2019avenir du capitalisme mondialisé.» * Politologue. 85 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 L\u2019exercice, qui se veut académique et savant, emprunte toutefois dès les premières lignes une tangente antiaméri- caine qui questionne.Un penchant antiaméricaniste qui fait dérailler l\u2019analyse Dans l\u2019exposé de Seymour et de son collègue Saul, la question ukrainienne n\u2019est pas d\u2019abord celle d\u2019un peuple jadis conquis, devenu indépendant et qui, au-delà de tous les sacrifices, entend demeurer maître de sa destinée.Un combat, nous faut-il le souligner qui transcende pour une part tout de même significative, différentes composantes ethniques ou linguistiques du pays.Un modèle tant espéré du côté du mouvement indépendantiste québécois.Non, la question est ailleurs.On nous invite à « \u201caller au fond des choses\u201d et à porter notre regard sur \u201cce qui ne fait pas la nouvelle\u201d ».Quelles sont ces « choses » auxquelles on veut nous « initier » ?Les affres de « l\u2019économie mondiale hiérarchisée et le mondialisme libéral ».Au sommet, nous raconte-on, il y a les États-Unis qui régentent le système, se servent du dollar pour drainer les ressources du monde à leur profit et conservent la fonction clé de bras armé de l\u2019ensemble.Au deuxième échelon, l\u2019Europe, le Japon et le Canada reproduisent la formule états-unienne et sont progressivement désindustrialisés, financiarisés et tertiarisés\u2026.Le motif recherché : détruire des États pour désarticuler des sociétés et faire régresser des économies afin de leur retirer les moyens d\u2019une possible autonomie.Cela signifie « saigner la Russie en Ukraine, provoquer son écroulement par la déstabilisation et l\u2019effondrement intérieur.Cela revient à poser une menace existentielle à l\u2019État russe et à la Russie comme pays ».Dit autrement, le gâchis de l\u2019Ukraine assiégée et maintenant en bonne partie détruite, serait indirectement relié à l\u2019échec du Bloc soviétique et son démembrement le 25 décembre 1991. 86 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 Un ensemble supranational qui ne se serait pas effondré de lui-même, mais en grande partie sous une action concertée des pays de l\u2019Occident dirigée par la main agissante des États- Unis.Paradoxal d\u2019entendre de telles incantations lorsqu\u2019on sait que les mouvements de libération dans pratiquement tous les pays de l\u2019Est sous giron soviétique sont d\u2019abord et essentiellement venus des mouvements ouvriers et des syndicats.Cette thèse apparemment réductrice des réalités a d\u2019ailleurs fait l\u2019objet d\u2019une réplique immédiate d\u2019un lecteur du Devoir (François Alary, professeur d\u2019histoire au secondaire) qui s\u2019étonne et s\u2019insurge à la fois de la facilité avec laquelle les deux experts mettent toute la responsabilité de la guerre en Ukraine sur le dos de l\u2019OTAN ou des États- Unis.«Peut-on raisonnablement, rappelle ce dernier, ramener le conflit russo-ukrainien à une simple question d\u2019hégémonie économique des Américains ?[\u2026] Le présent conflit, poursuit-il, repose avant tout sur une question de souveraineté nationale et d\u2019impérialisme outrancier.» Ce cantonnement dans une espèce d\u2019antiaméricanisme systémique est plus répandu qu\u2019on ne le croit chez nos intellectuels.Il fait d\u2019ailleurs l\u2019objet de plusieurs réflexions dans la littérature politique.Affirmer que « les États-Unis se servent des Ukrainiens comme chair à canon » est par trop simpliste.Considérer ce conflit russo-ukrainien comme une guerre essentiellement américaine l\u2019est tout autant.Dès les trois premières lignes du texte de Seymour, le verdict est déjà tombé : les États-Unis sont à blâmer de l\u2019avoir provoquée.Dans ce conflit, la Russie ferait figure de parent pauvre en raison qu\u2019elle ne consacre que 60 milliards $ (4 % de son PIB) à son budget militaire.Elle bénéficie toutefois d\u2019une position d\u2019encerclement de l\u2019Ukraine lui permettant de lancer une bonne partie de ses opérations à partir du territoire de la Biélorussie, de la Crimée et de la mer Noire. 87 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 Cette guerre est-elle une guerre américaine ?La question a été posée exactement en ces mêmes termes dans la revue française Marianne (édition du 5 mai).Valérie Torinian de la Revue des deux mondes y répond le 16 mai dans le même sens que François Alary.Faire des États-Unis les véritables fauteurs de troubles, ceux qui ruinent la paix en Europe aujourd\u2019hui, est proprement sidérant.La fameuse « extension à l\u2019Est » de l\u2019OTAN, qui aurait provoqué le sentiment d\u2019encerclement et d\u2019humiliation de la Russie, ne fut pas, contrairement à ce qu\u2019on entend, à l\u2019initiative de l\u2019Amérique.Ce fut une demande très forte de ces nouveaux États qui voulaient se protéger durablement de la menace russe, au-delà de la menace soviétique.À croire que pour eux, l\u2019impérialisme n\u2019était pas lié à la nature communiste du régime, mais bien à une constante géopolitique de leur voisin russe\u2026 L\u2019antiaméricanisme (en France) a uni dans son lit l\u2019extrême gauche, les communistes (quand il y en avait), et l\u2019extrême droite.Mais aussi une bonne partie des souverai- nistes de droite et de gauche.On y a retrouvé la haine du capitalisme, de l\u2019argent, des banques, de la culture américaine.S\u2019y ajoute, à droite, la haine de la technologie, tueuse de civilisations.Et à gauche, le soutien à l\u2019URSS dont le totalitarisme, quels que soient ses crimes, ne saurait être comparé à l\u2019impérialisme américain, nouveau Satan.Réécrire l\u2019histoire n\u2019est pas aussi facile aujourd\u2019hui qu\u2019au temps de Staline Démontrable et crédible cette thèse que l\u2019effondrement du Bloc communiste résulterait d\u2019une alchimie dans laquelle on retrouverait un savant travail de propagande et la réorganisation des marchés par les pays membres de l\u2019OTAN ?Et l\u2019aspiration innée des peuples à la liberté dans tout ça ?Et l\u2019insurrection de Budapest de 1956 ?Et le Printemps de Prague de 1968 ?Cette volonté des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes n\u2019est-elle pas également à l\u2019origine du vaste 88 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 mouvement de décolonisation d\u2019après-guerre qui a frappé le continent africain, une partie de l\u2019Asie ?Les faits sont toujours plus têtus que les politicologues qui les interprètent.Dans les cinq années qui suivent la fin de la Deuxième Guerre mondiale, jusqu\u2019en 1950, donc, avant que ne soit créée l\u2019OTAN, plus de 15 millions de personnes avaient déjà quitté les pays d\u2019Europe de l\u2019Est sous occupation soviétique pour gagner des États d\u2019Europe de l\u2019Ouest.Durant la décennie suivante, plus de 3,5 millions d\u2019Allemands de l\u2019Est émigrent vers la partie occidentale.À la suite d\u2019un resserrement des frontières, le flux a bien sûr connu un ralentissement, mais il est toujours demeuré important.L\u2019immense restructuration géopolitique qui a résulté de la fin du régime communiste parle d\u2019elle-même.À sa dissolution, l\u2019URSS compte 293 millions d\u2019habitants.En 2022, la nouvelle Fédération de Russie n\u2019en compte plus que 146 millions, une saignée de 50 %.Au cours des quatre décennies pendant lesquelles des dizaines de millions de personnes ont sauté les clôtures soviétiques pour rejoindre l\u2019Occident, combien ont fait le choix du chemin inverse ?Le spectre de la nazification du régime ukrainien pour camper le décor du crime Voilà une autre question qui accroche ou titille la gauche d\u2019ici et d\u2019ailleurs.On ne peut la laisser en plan, ne serait-ce que pour dénoncer l\u2019utilisation honteuse de la question de l\u2019antisémitisme quand on veut servir ses intérêts idéologiques et politiques.La nazification du régime ukrainien, tel est le motif évoqué par Poutine pour l\u2019envoi des premiers convois de chars russes sur la capitale ukrainienne, bercé par l\u2019illusion 89 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 qu\u2019une résistance antinazie allait d\u2019emblée acclamer l\u2019armée de libération.On aura été de toute évidence mal informé.Le président Zelensky a beau être juif, être supporté par la communauté juive de son pays, son régime serait, encore en 2022, un repère nazi.On voudrait frapper le peuple ukrainien d\u2019une tare nationale à jamais indélébile à partir d\u2019événements qui se sont passés il y a de cela plus de huit décennies ?Les historiens invitent pourtant à analyser les faits à la lumière de l\u2019époque : au début des années 1940, l\u2019Ukraine est un pays occupé, soumis à la très dure dictature soviétique et dépouillé de sa ressource agricole.Mais, inéluctablement depuis, comme partout ailleurs, des changements profonds ont marqué l\u2019évolution de la pensée et des croyances dans ce pays.Au Chili, la pensée dominante sous Pinochet est-elle celle qui prévaut aujourd\u2019hui ?La Russie n\u2019est pas elle-même exempte tout soupçon.Dès 1948, des campagnes et purges antisémites sont commises sous le régime de Staline.Pensons à celle du 12 août 1952 (« Nuit des poètes assassinés ») alors que treize intellectuels juifs parmi les plus importants d\u2019Union soviétique sont froidement exécutés.Exécutions qui s\u2019ajoutent à celles de nombreux juifs, dirigeants du parti.Parmi eux, des combattants de la première heure de la Révolution d\u2019Octobre.Bref, il y en a pour tout le monde dans ce débat.Au Québec, l\u2019épouvantail de l\u2019antisémitisme, du fascisme et du nazisme devrait nous être suffisamment familier pour qu\u2019on demeure éveillé et sur nos gardes à ce chapitre.Combien de campagnes déployées pour porter atteinte à notre réputation ?Rappelons seulement celles organisées à l\u2019époque des années 1990 autour des pamphlets d\u2019Esther Delisle (Essais sur l\u2019imprégnation fasciste au Québec).Écrits largement relayés par le clan fédéraliste sur tous les horizons médiatiques.On ne visait rien d\u2019autre que l\u2019émergence d\u2019un 90 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 sentiment de honte d\u2019être Québécois parce que portant la tache originelle de l\u2019antisémitisme.Ces dénigrements, on s\u2019en souviendra, seront repris par l\u2019auteur bien connu Mordecai Richler, puis exposés sur des tribunes américaines.Terminées toutes ces histoires en 2022 ?Absolument pas.Il faut lire tout ce qui se dit à propos des lois 21 et 96.Fascisme et nazisme demeurent toujours l\u2019argument pour tuer.Dans son dernier livre Islamophobie mon œil, Djemila Bénhabib met le doigt sur le pouvoir de ces mots, de ces expressions qui ne visent qu\u2019à tuer le débat.Dans le Québec de la pensée mal dégrossie, certains ont en effet le recours facile au fascisme.Qu\u2019on se rappelle le recours honteux de ce « mot en F » contre le Parti québécois lors d\u2019un certain congrès de Québec solidaire.C\u2019est, explique Djemila, la façon pour une certaine gauche, pourtant dite inclusive, de placer une partie de l\u2019auditoire qui ne lui convient pas, dans la catégorie des « mal pensants ».Les islamistes, connaissent, dit-elle, la force des mots et la puissance des concepts, d\u2019où l\u2019usage à grande échelle de la notion d\u2019isla- mophobie pour camper ce qu\u2019elle nomme le décor du crime.Les médias sous l\u2019angle de la simplification extrême « Nous savons qu\u2019ils mentent.Ils savent qu\u2019ils mentent.Ils savent que nous savons qu\u2019ils mentent.Nous savons qu\u2019ils savent que nous savons qu\u2019ils mentent.Et, pourtant, ils persistent à mentir » Alexandre Soljenitsyn Que dire, enfin de la terrible conclusion de Seymour : « La liberté de presse est encore plus mise à mal ici qu\u2019en Russie ».Le verdict est tranchant.Trop pour ne pas être relevé.Quiconque adhère à pareille baliverne doit immédiatement interroger les familles des journalistes russes emprisonnés sans procès, pire, empoisonnés au Novichok.Au plus vite, une entrevue avec Alexeil Navalny dans sa cellule 91 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 de Sibérie ou bien avec le fantôme d\u2019Alexandre Soljenitsyne arrêté par le KGB en 1974, puis dépouillé de sa citoyenneté avant d\u2019être expulsé par le régime soviétique.Que le régime Poutine ait banni ou rétabli le bannissement du pluralisme politique et idéologique, qu\u2019il ait déployé, dès le début du conflit, une forte censure étatique des médias, voilà deux réalités difficilement contestables quel que soit l\u2019aiguille de notre positionnement idéologique.Quant aux allégations rapportées dans l\u2019ensemble des médias occidentaux touchant les tirs de drones et de missiles sur nombre d\u2019écoles, de bibliothèques, d\u2019hôpitaux, les exactions contre les prisonniers, viols de femmes, peut-on honnêtement reléguer tout ça dans le passif de la désinformation ?Il nous faut, oui, exercer une veille constante et demeurer critique de la démocratie et de la vie américaine, et tout autant de celles des pays de l\u2019OTAN, mais en même temps il faut éviter de sombrer dans la caricature.Ce savant débat géopolitique aux contours incertains survient au moment même où est commémoré dans la capitale de l\u2019Ukraine confrontée au froid de l\u2019hiver, privée d\u2019eau et d\u2019électricité sous l\u2019action répétée des drones iraniens, le 90e anniversaire d\u2019une première tentative de liquidation du peuple ukrainien.Surnommée le grenier à blé de l\u2019Europe pour la fertilité de ses terres noires, l\u2019Ukraine pourrait y avoir perdu quatre à huit millions d\u2019habitants dans le cadre d\u2019une grande famine qui revêt toutes les allures d\u2019une opération orchestrée.Que visait la dictature stalinienne, sinon la destruction de l\u2019Ukraine en tant que nation ?A cette époque, les Américains et l\u2019OTAN étaient bien loin du terrain.u PLUS C5 / pourle + Qu *45C \\ 4 35%, boulevard Albiny-Poquette ZF Mont-Lourier = (Québec) J9L 1K5 » 1 866 440-3091 : ha SF 124, rue Principole Est | J Sainte-Agathe -des- Monts i ny (Québec) JBC 1K1 1 844 750-1450 + 0 mh.goudreaud@parl.ge.co Marip-Héléne Ggudreau GOODS mhgoudreau quebec Cépidlée de Lourenyities- Lobeile DMHGQudreguEX ik.L 4 Xavier Barsalou-Duval Député de Pierre-Boucher\u2014Les Patriotes\u2014Verchères 1625, boulevard Lionel-Boulet, bureau 202 Varennes (Québec) J3X 1P7 Téléphone : 450 652-4442 Courriel : xavier, barsalou-duvai@parl.gc.ca a >» 5 SE Nt ar 0 in 1 er LT EE Ia Chai dh Ea Ln A } i ; | 450 357-9100 | 100, rue Richelieu, bureau 210, Saint-Jean-sur-Richelieu, Québec 138 6X3 christine normandin@parl.acca | www.christinenormandin.quebec 3 , rt Gabriel Ste-Marie TL Depute federal de Joliette v 120, Place Bourget Nord, Joliette gabriel.ste-marie@parl.gc.ca 450 752-1940 \\ @gabrielsmarie www.gabrielstemarie.quebec 909 L& Quêbes sans compromis, jusqu éa Oo gta.ale a, ds -PIERRE » SAVARD-TRE LAY Lilli DE SHINT-RYACIATHE-HAENT Leu \u201c Tl A= | oct \\¢ s I = lar Chl) fr Lt Campagne de financement de L?Action nationale 2022 sous la présidence d?honneur de Lorraine Pintal Comédienne, metteuse en scène, réalisatrice, directrice artistique et autrice Première lauréate du prix du Québec Denise-Filiatrault des arts de la scène en 2021 Mesdames, Messieurs, En ces temps tourmentés, le travail de la pensée est plus nécessaire que jamais.Les débats sont l\u2019énergie vitale de la démocratie.Ils aident à la clari?cation des repères sociétaux, à la formulation des espérances et à la mobilisation des forces rassembleuses.C\u2019est la poursuite de L\u2019Action nationale depuis plus de 100 ans.C\u2019est un lieu où s\u2019élaborent, se discutent et se partagent les aspirations nationales.Sa mission est essentielle à la vitalité de notre culture, au partage et à la valorisation de ses manifestations dans tous les domaines de la vie.La défense et la promotion de la langue française, la reconnaissance et la valorisation de la culture québécoise comme fondement de notre existence nationale et le combat pour que le Québec contrôle tous les instruments de son développement sont les dimensions fondamentales de son travail.À chacune de ses livraisons, la revue explore et discute des enjeux qui font le devenir de notre société, fait connaitre et discute des œuvres de ses créateurs, exerce une pensée critique indispensable à la construction du bien commun.C\u2019est un travail qu\u2019elle réalise grâce à la ?délité de ses lecteurs, grâce à l\u2019engagement des auteurs qu\u2019elle publie et grâce à la générosité de ses donateurs.Vos dons gardent L\u2019Action nationale en vie.Ils lui apportent les moyens nécessaires à l\u2019édition, mais c\u2019est d\u2019abord parce qu\u2019ils sont des gestes de solidarité et d\u2019engagement qui peuvent changer les choses.En soutenant L\u2019Action nationale, vous redites votre attachement à la vie intellectuelle et à la place qu\u2019elle doit occuper dans la culture.L\u2019avenir du Québec dépendra toujours de la force de sa culture.L\u2019Action nationale y contribue à sa manière.Je vous invite à participer avec moi à l\u2019essor de cet indispensable con?uent de nos délibérations.Je vous remercie d\u2019avance pour votre don et je salue votre engagement à « faire lever l\u2019horizon » (Gaston Miron).L\u2019Action nationale remet des reçus ?scaux à titre d\u2019organisme d\u2019éducation politique reconnu par le gouvernement du Québec (no OEP/002).à partir du site internet de L\u2019Action nationale actionnationale.quebec/campagne au téléphone avec votre carte de crédit VISA ou Mastercard 514 845-8533 ou sans frais 1 866 845-8533 L\u2019Action nationale 82 rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 abonnements et achats actionnationale.quebec Le magazine des essais québécois Les Cahiers de lecture de L\u2019Action nationale 3 numéros par année Des centaines de recensions publiées depuis 2007 ! 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Lectures Recensions Olivier Ducharme 98 1972, répression et dépossession politique Collectif 103 Libertés malmenées Romain Gagnon 108 Vers l\u2019abrutissement de l\u2019espèce humaine.Inventaire des délires idéologiques du XXIe siècle Robert Leroux 114 Les deux universités .Postmodernisme, néoféminisme, wokisme et autres doctrines contre la science Philippe Néméh-Nombré 120 Seize temps noirs pour apprendre à dire kuei Index des auteurs 2022 Lectures 98 Articles 98 Recensions Olivier Ducharme 1972, répression et dépossession politique Montréal, Écosociété, 2022, 350 pages L\u2019essai d\u2019Olivier Ducharme nous ramène un demi-siècle en arrière dans un Québec bouillonnant d\u2019idées où se côtoyaient la fièvre indépendantiste et différentes écoles marxistes.Des moments forts ont jalonné ces années : élection des premiers députés du Parti québécois en 1970, enlèvement de Richard Cross et de Pierre Laporte la même année, « exécution » de ce dernier, grandes grèves dans le secteur public québécois, emprise de l\u2019idéologie marxiste dans une grande partie des élites universitaires et syndicales québécoise, luttes entre les différentes chapelles se réclamant de cette idéologie, et surtout, surtout, l\u2019emprisonnement des chefs des trois grandes fédérations syndicales québécoises.Évènement qu\u2019Olivier Ducharme qualifie de « symbole » pour les luttes radicales de la période.Pour l\u2019auteur il semble que c\u2019est en 1972 que se sont « condensés » les profonds bouleversements sociopo- litiques porteurs d\u2019une situation révolutionnaire au Québec.Cette année-là, l\u2019État du Québec était agité de profondes tendances et « l\u2019État capitaliste » a usé de mesures répressives pour mater cette agitation.Ce fut la « dépossession politique ».C\u2019est le fil conducteur de son propos. 99 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 L\u2019inspiration de la thèse de Ducharme part d\u2019un documentaire de Gilles Groulx, 24 heures ou plus, qui aurait été victime de « censure politique » en 1972 pour « anticapita- lisme ».Cela a mis la puce à l\u2019oreille de l\u2019auteur.Il a épluché une quantité impressionnante d\u2019archives, plus précisément d\u2019articles de journaux de cette année, afin d\u2019en faire émerger la nature révolutionnaire.Il se revendique d\u2019emblée d\u2019une gauche radicale, et avoue que la lecture qu\u2019il fait de tous ces évènements de l\u2019époque est conditionnée par une grille d\u2019analyse essentiellement conflictuelle de la société.On aura deviné que la rigueur axiologique, chère à Max Weber, ne rentre pas dans ses préoccupations.Ce sont peut-être ces œillères idéologiques qui lui ont fait conclure que l\u2019année 1972 aurait pu être « révolutionnaire » au Québec.Ceux et celles qui, comme moi, ont vécu ces années, souriront et jugeront que Ducharme pèche peut- être par romantisme révolutionnaire\u2026 Quoi qu\u2019il en soit, l\u2019essayiste cherche à alimenter son intuition et il plonge dans l\u2019actualité politique de l\u2019époque.On a ainsi droit aux péripéties et au déchirement des deux « révolutionnaires » québécois d\u2019alors : Pierre Vallières et Charles Gagnon ; le premier adhérant finalement au Parti québécois et le second prônant la création d\u2019un grand parti révolutionnaire de masse.La question linguistique agite déjà la scène politique de 1972.Le film : L\u2019Acadie, l\u2019Acadie, dépeint l\u2019état de discrimination que subit la langue française au Nouveau-Brunswick et sert de catalyseur aux préoccupations linguistiques québécoises.Le milieu culturel de l\u2019époque est en proie à une effervescence exacerbée par l\u2019insensibilité de la ministre de la Culture québécoise en ce qui concerne les questions linguistiques.La bataille pour l\u2019accès des tavernes aux femmes symbolise les revendications féministes.L\u2019auteur note égale- 100 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 ment les préjugés sexistes dont sont victimes les quelques femmes qui s\u2019aventurent en politique ou dans les médias.Des déclarations grandiloquentes telles : « Le socialisme sera féministe ou ne sera pas » illustrent l\u2019atmosphère intellectuelle et militante de l\u2019époque.Les péripéties entourant l\u2019annonce du projet de la Baie- James opposant le gouvernement du Québec et les 11 000 Indiens et Inuits de la région permettent à Olivier Ducharme d\u2019inclure les « Premières Nations » dans la mouvance révolutionnaire de ces années.Il mentionne aussi les différents conflits qui ont pu opposer divers groupes d\u2019autochtones et le gouvernement du Québec ; principalement pour des problèmes de résidence, d\u2019éducation.Tout ça sur fond d\u2019acculturation et d\u2019assimilation.Mais c\u2019est sans conteste du mouvement syndical québécois qu\u2019est partie la secousse tellurique prorévolu- tionnaire que certains ont cru déceler à cette époque.Dans les années 70, le mouvement syndical québécois, ses élites du moins, qui était autrefois teinté d\u2019un fond corporatiste catholique, a connu une forte fièvre gauchisante.D\u2019organisation visant à revendiquer davantage de droits et de salaire pour ses membres, il a subi de fortes pressions pour devenir un mouvement plus radical, voire révolutionnaire, condamnant le syndicalisme dit « d\u2019affaires ».La CSN (Confédération des syndicats nationaux), ex-CTCC (Confédération des travailleurs catholiques canadiens), publie : Il n\u2019y a plus d\u2019avenir pour le Québec dans le système économique actuel et Ne comptons que sur nos propres moyens, deux documents résolument révolutionnaires dans lesquels est prônée, entre autres, la nationalisation des principaux secteurs de l\u2019économie.Pour ne pas être en reste, la FTQ, autre grand acteur de la 101 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 scène syndicale au Québec, édite : L\u2019État, rouage de notre exploitation, une critique virulente de l\u2019« État capitaliste ».Suite à cette « dérive gauchiste » de la CSN, on assiste à la scission et à la création de la CSD (Centrale des syndicats démocratiques), œuvrant essentiellement dans le secteur privé de l\u2019économie.Dans cette surenchère gauchisante, la Centrale de l\u2019enseignement du Québec s\u2019inspire du vocabulaire de Gramsci, le grand penseur marxiste italien des années 1920, pour dénoncer l\u2019école capitaliste québécoise dans son rôle d\u2019« appareil idéologique d\u2019État ».L\u2019on assiste également à de multiples débats entre chapelles gauchisantes sur la nature du socialisme qui conviendrait au Québec\u2026 Tout évènement d\u2019importance possède son symbole ; l\u2019incarcération des trois chefs syndicaux possède le sien : la croix et le sacrifice (p.202).En 1972, une grève générale frappe tout le secteur public du Québec.Le gouvernement libéral ne tolère pas et décrète un retour au travail.Les trois leaders syndicaux refusent de céder à cette injonction et se retrouvent en prison pour quelques mois.La situation révolutionnaire rêvée\u2026 Las, malgré plusieurs manifestations d\u2019appui aux grévistes et aux chefs syndicaux, le travail reprend.Pire, une année plus tard, le Parti libéral du Québec est réélu avec une majorité record.Pire encore, et autre pied de nez de l\u2019histoire, Yvon Charbonneau, président de la CEQ et fervent émule de Karl Marx, sera élu plus tard député pour le PLQ puis pour le PLC, finissant ambassadeur du Canada à l\u2019UNESCO\u2026 Dur, dur\u2026 On peut à juste titre se demander en quoi 1972 fut une année de possible révolution prolétarienne.Il y eut certes du « bruit », mais le capitalisme est resté « roi et maître » 102 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 au Québec.Ducharme ne disserte pas trop sur ce thème de la « non-révolution ».Il change plutôt de patinoire théorique et nous dit qu\u2019à partir de 1972 le combat change de nature, on ne parle plus de luttes ouvrières, mais de luttes environnementales.« Contrairement à la critique anticapitaliste des grandes centrales syndicales qui cherchait à transformer le mode de distribution des richesses, la lutte contre la pollution cherche à transformer le mode de production capitaliste.» (p.349) Et voilà, le tour est joué, 1972 retrouve son aura révolutionnaire, mais c\u2019est la nature de la révolution qui change : « Trois grandes luttes secouent aujourd\u2019hui la vie sociale et politique québécoise : la lutte féministe, la lutte pour l\u2019autonomie des Premières Nations et la lutte pour l\u2019environnement.Elles ont toutes en commun de se fonder sur une critique anticapitaliste » (p.350).Sur un ton humoristique, on pourrait ajouter que, pour être tout à fait tendance, il manque à cette liste la lutte végane ou une quelconque autre lutte diversitaire\u2026 Pour être plus sérieux, on pourra s\u2019étonner de l\u2019absence de lutte pour l\u2019émancipation politique du Québec ou même de la moindre référence à cette lutte\u2026, comme si c\u2019était une affaire réglée.Daniel Gomez Sociologue 103 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 cOllectif Libertés malmenées Montréal, Leméac, 2022, 408 pages Dans la foulée de la fameuse affaire Lieutenant-Duval qui a éclaté il y a déjà de cela deux ans, des professeurs qui se sont portés à la défense de la liberté académique se sont réunis dans un collectif pour réaffirmer leurs convictions et tenter d\u2019expliquer la montée de la censure dans le monde académique.Car les événements vécus par Verushka Lieutenant-Duval ne sont pas ponctuels ni seulement propres à sa personne.Pour qui veut bien suivre l\u2019actualité un peu sérieusement, il est manifeste qu\u2019un courant social fort pousse depuis plusieurs années vers un recul considérable de la liberté d\u2019expression.Les insultes en « phobe » et en « isme » se multiplient pour faire taire toute personne qui souhaite penser en dehors des canons de notre Sainte Mère l\u2019Inclusion.Est-il normal qu\u2019en 2020, il ne soit plus possible de prononcer un mot, « nègre » en l\u2019occurrence, et ce, dans un contexte pédagogique ?Rappelons-nous que ce qui se passait à l\u2019Université d\u2019Ottawa était précédé par des controverses très semblables à la CBC et à l\u2019Université Concordia, où le même mot fut à l\u2019origine de bannissement de personnes qui faisaient pourtant bien leur boulot et dont il serait difficile de trouver des intentions racistes dans leurs démarches.Que se passe-t-il, donc ?Il est important de nous attarder à ces questions, car il en va de l\u2019avenir de libertés que nous croyions acquises depuis un certain temps.Sous la direction d\u2019Anne Gilbert, Maxime Prévost et Geneviève Tellier, la parution de Libertés malmenées, aux éditions Leméac, s\u2019ajoute aux ouvrages qui contribuent au débat public sur les questions relatives à la liberté d\u2019expression.En préface et en introduction, les auteurs rappellent les grands principes de l\u2019université et comment 104 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 ces derniers se voient attaqués depuis plusieurs années par une certaine gauche intolérante, obsédée par l\u2019identité et une conception radicale de l\u2019égalité.En première partie de ce livre, les auteurs ont eu la bonne idée de laisser parler la principale personne à l\u2019origine de l\u2019ouvrage, à savoir Verushka Lieutenant-Duval elle-même, qui, en une cinquantaine de pages, fait une entrevue qui permet de faire le point sur la situation.Que s\u2019est-il passé réellement dans son cours, en dehors des propos rapportés, des déformations et des dédramatisations ?Au long de cette entrevue, on voit se poindre le profil d\u2019une chercheur qui mène ses travaux avec sérieux, prise dans les mêmes tracas que la plupart de ses collègues et ne cherchant pas à créer d\u2019esclandres.Voilà une femme n\u2019ayant non seulement aucun trait raciste, mais qui mène par ailleurs sa réflexion dans un souci d\u2019antiracisme et de justice sociale.Verushka Lieutenant-Duval n\u2019a rien du visage de l\u2019extrême-droite ou de la raciste suprémaciste blanche \u2013 figures par ailleurs pratiquement inexistantes au Québec, sauf dans la tête des racialistes fanatisés.Alors comment se fait-il que le bon recteur Jacques Frémont n\u2019ait pas senti le besoin de soutenir son employée, et, pire encore, ait préféré contribuer à son lynchage ?C\u2019est dans les deuxième et troisième parties du livre que nos auteurs tentent d\u2019apporter des éclaircissements sur la situation en cours.De toute la bande, soulignons que seul François Charbonneau ose dire qu\u2019il ne voit pas de problème à ce que Mathieu Bock-Côté se situe dans le même camp qu\u2019eux dans la défense de la liberté d\u2019expression.L\u2019auteur se moque du fait que les autres personnes impliquées dans la défense de Lieutenant-Duval ont bien pris soin de prendre leur distance avec le sociologue, qui semble être trop « controversé » pour être citée par nos bons professeurs.Charbonneau dit ainsi : « même chez 105 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 les meilleurs collègues, ceux qui n\u2019hésitent pas, contre vents et marées, à défendre leurs principes parce qu\u2019ils les croient justes et bons, s\u2019immiscent des considérations identitaires en ce sens qu\u2019importe tout de même pour eux de ne pas être associés aux \u201cinfâmes\u201d de la droite identitaire, fussent-ils les derniers à défendre exactement les mêmes principes qu\u2019eux.» (p.133-134) Serait-ce exagéré de dire que les auteurs du collectif et, plus généralement, tous ceux qui ont défendu Verushka Lieutenant-Duval en se tenant loin des Mathieu Bock-Côté de ce monde manquent un peu de gratitude ?La montée en puissance d\u2019une censure de gauche est dénoncée depuis longtemps par des chroniqueurs et des intellectuels qui subissent quotidiennement insultes, mépris et indifférence de la part de la classe universitaire.Lorsqu\u2019une partie de cette même classe universitaire se trouve tout à coup désignée comme le nouvel ennemi de la censure, est-elle encore assez imbue d\u2019elle-même pour croire que ce qui lui arrive est unique et seulement propre à elle ?Même lorsque le réel frappe, certains camps idéologiques semblent incapables de sortir de leurs ornières, malgré le courage indéniable qu\u2019ils possèdent pour refuser la nouvelle direction que prend l\u2019esprit du temps \u2013 courage à relativiser, tout de même, puisque nos auteurs sont des professeurs syndiqués bien établis, et non des chargés de cours ou autres types de chercheurs précaires\u2026 Outre ces considérations, les témoignages de Geneviève Boucher et Maxime Prévost nous permettent, une fois de plus, de voir comment l\u2019affaire Lieutenant- Duval révèle les tensions entre le Québec et le Canada anglais.Ces deux professeurs ont subi des insultes racistes de Québec bashing lors de leur défense de la liberté académique.Et quel média a-t-il relayé leur expérience désagréable ?On devine que la dénonciation du racisme ne va 106 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 que dans un seul sens, ces temps-ci.De réelles insultes à l\u2019encontre de Québécois passent comme une lettre à la poste, mais la prononciation du mot nègre dans un contexte pédagogique fait monter aux barricades les militants racialistes incapables de la moindre nuance.Voilà une raison de plus de nous demander en quoi les racia- listes seraient des « antiracistes », dans la mesure où certains racismes leur convient parfaitement et ne suscitent aucun émoi de leur part, lorsqu\u2019ils ne sont pas encouragés.Professeur de littérature, Geneviève Boucher affirme que l\u2019enseignement du marquis de Sade devient carrément impossible, et ce, même si l\u2019on devait répéter les avertissements avant d\u2019aborder l\u2019auteur maudit.Elle déplore la montée en puissance de l\u2019hypersensibilité et de l\u2019argument fondé sur le ressenti de tout un chacun, qui empêche la possibilité de tout dialogue et par le fait même, de penser en dehors des sentiers battus.Le témoignage du professeur Marc Brosseau, qui a signé une lettre d\u2019appui à Lieutenant-Duval, est inquiétant.Il raconte avoir subi un isolement au sein de son département, de la part de collègues qui avouaient carrément ne pas avoir lu la lettre collective d\u2019appuis, mais qui savaient d\u2019emblée que la lettre était « disgusting » (p.188).C\u2019est fou comme la « raison pure » de certains semble riche de vérités.En toute dernière et quatrième partie de ce livre, les auteurs du collectif tentent d\u2019apporter des propositions pour construire l\u2019avenir.Ils veulent alerter le lecteur que la situation ne saurait rester ainsi, puisque l\u2019université doit laisser place aux débats et aux libres discussions.Que devons-nous faire pour contrer le mouvement de censure ?Les auteurs s\u2019en prennent aux nouvelles logiques qui prévalent à l\u2019université depuis nombre de décennies, comme les politiques EDI, la recherche effrénée de 107 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 subventions, l\u2019envie de ne pas déplaire, d\u2019accommoder chaque étudiant, d\u2019être en harmonie avec les modes idéologiques.En somme, les professeurs et tous ceux qui gravitent autour du monde universitaire devront faire preuve de courage pour ne pas courber l\u2019échine devant un mouvement fort.La liberté académique est mise de l\u2019avant pour assurer que tout chercheur puisse être en mesure de mener ses recherches et ses enseignements sans vivre sous l\u2019épée de Damoclès du bannissement qui condamne à la mort sociale.En conclusion, le collectif Libertés malmenées apporte une voix pertinente de la part des auteurs, qui, on le sent bien, ne sont pas habitués de prendre la parole publiquement pour dénoncer des phénomènes aussi graves que la censure de chercheurs.Ce livre est à saluer pour la qualité de ses témoignages et de ses analyses.En revanche, il n\u2019aurait pas été mauvais que les auteurs aillent au bout de leur raisonnement et osent dire que certains auteurs qui dénoncent la censure depuis bon nombre d\u2019années avaient raison depuis longtemps.Le collectif prend les gants blancs pour éviter l\u2019excommunication définitive, mais nous avons envie de leur dire : pourquoi vouloir demeurer dans une Église au dogme si corseté et aux méthodes si autoritaires ?La situation n\u2019ira pas en s\u2019améliorant, aussi bien aller au bout de ses choix.Philippe Lorange Étudiant à la maîtrise en sociologie, UQAM 108 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 rOmain GaGnOn Vers l\u2019abrutissement de l\u2019espèce humaine.Inventaire des délires idéologiques du XXIe siècle Éditions Stratégikus, 2022, 246 pages Romain Gagnon est ingénieur.Les ingénieurs, on le sait, ne jouent pas avec les chiffres ni les données quand vient le temps de construire un pont.Il ne fait pas dans les fioritures ni dans les envolées lyriques.Seuls comptent pour lui les faits, les chiffres, les études.Tout ce qui est avancé est étayé par des études et des recherches qui conduisent à une démonstration à la fois déterminante, claire et sans appel.Pas moins de 353 notes de bas de page viennent appuyer ses thèses.Gagnon travaille à la tronçonneuse ! J\u2019en veux pour preuve ces lignes en quatrième de couverture : La criminalisation de l\u2019avortement revient en force, tout comme le hijab, ce symbole de soumission des femmes.Des théories conspirationnistes délirantes circulent sur les réseaux sociaux.Des journalistes perdent leur emploi pour avoir prononcé le mot en N.Des hommes peuvent désormais participer aux épreuves olympiques féminines sur la seule base de leur ressenti.Des magazines font la promotion de l\u2019obésité.Et pendant ce temps, la planète brûle\u2026 L\u2019auteur ne s\u2019en cache pas.Dès le départ, il prévient ses lecteurs que son essai risque fort d\u2019offenser les chastes oreilles des wokes, tout comme de provoquer l\u2019ire des conspira- tionnistes et autres intégristes religieux.Tour à tour, ce sont donc les illuminés d\u2019extrême droite comme d\u2019extrême gauche qui sont l\u2019objet de son courroux.Se disant désolé de la direction que prend la civilisation, il dit se sentir une certaine responsabilité de « tenter de ramener un tant soit peu de raison et de lucidité dans le débat public ». 109 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 À ses yeux, le XXIe siècle a bien mal commencé.Le 11 septembre 2001 a ramené au premier plan un intégrisme religieux qui se permet depuis de tuer des milliers d\u2019innocents.Depuis, ça n\u2019a pas lâché.En Iran, une jeune femme a été tuée pour avoir mal porté son hijab.En Afghanistan, depuis le retour des talibans, les femmes sont reléguées aux cuisines.Le ministère de la Prévention du vice et de la Promotion de la vertu a confirmé que les gymnases seraient interdits aux femmes, comme le sont aussi les bains publics, les parcs et les jardins de Kaboul.Les écoles secondaires pour filles ont été fermées.Le Brunei est devenu, souligne-t-il, le 13e pays où l\u2019homosexualité est désormais passible de la peine capitale.Au Texas, l\u2019avortement est redevenu un crime.Six chapitres accablants L\u2019essai se déplie en six chapitres bien envoyés.Le premier, le retour du religieux, s\u2019inscrit dans la foulée de l\u2019essai précédent de Gagnon, Et l\u2019homme créa Dieu à son image.Dans le second, il s\u2019en prend à tous les abonnés à tous les complots dont les délires se sont multipliés à la faveur de la récente pandémie.À celles et ceux qui nient les problèmes liés au climat, les climatosceptiques, il oppose ce qui pourrait être de véritables réponses à cette menace toujours plus grande pour l\u2019avenir de notre planète et de ses habitants.Dans les trois derniers chapitres, l\u2019auteur s\u2019en prend à toutes les formes de wokisme qui sévissent sur toutes les scènes, passant de la théorie de la race à l\u2019idéologie du genre pour terminer sur des observations bien senties sur l\u2019obésité, le végétalisme et autres troubles alimentaires. 110 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 Romain Gagnon se demande ce qui se passe : « Après avoir connu le siècle des Lumières, pourquoi l\u2019humanité voudrait-elle retourner à l\u2019âge des ténèbres ?L\u2019humain est- il masochiste ou carrément psychopathe ?» Il soulève un point intéressant en déplorant que nos contemporains ont évacué la foi religieuse de leur vie, « mais hélas, certains ont jeté le bébé avec l\u2019eau du bain.En effet, ils n\u2019ont pas juste évacué la foi, mais aussi toute forme de spiritualité.Or, la spiritualité est une composante essentielle de la sérénité et incidemment, du bonheur humain, » écrit-il, ajoutant qu\u2019elle permet à l\u2019humain de trouver un sens ontologique à sa brève vie sur terre.Il rejoint en cela Pierre Vadeboncoeur qui, dans son Essai sur la croyance et l\u2019incroyance, écrivait que « ma foi est aveugle, mais c\u2019est une foi.Elle ne tient pas de l\u2019abstraction ».Il s\u2019en prend au passage au financement de la lutte contre la loi 21 adoptée par l\u2019Assemblée nationale, qui interdit le port de signes religieux aux personnes en situation d\u2019autorité.On le sait, huit villes canadiennes ont versé la somme de 400 000 $ pour combattre cette loi devant les tribunaux.Gagnon trouve plutôt incongru que le World Sikh Organization of Canada et la Muslim Association of Canada profite de ce financement.Cette dernière association a tenu son congrès en juillet dernier à Toronto, qui, incidemment, a versé 100 000 $ pour contester la loi 21.L\u2019un des conférenciers y a soutenu qu\u2019il ne « faut pas serrer la main des chrétiens ni de marcher sur les mêmes trottoirs qu\u2019eux.Il appelle même à tuer les juifs ».Le deuxième chapitre s\u2019ouvre sur une citation d\u2019Umberto Eco qui, parlant des réseaux sociaux, déplore ce qu\u2019il appelle « l\u2019invasion des imbéciles ».Gagnon se livre par la suite à un retour historique dans lequel il démontre que le conspirationnisme ne date 111 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 pas d\u2019hier et qu\u2019on en retrouve des poussées à toutes les époques.Il s\u2019en prend à la théorie du complot, dont il donne plusieurs exemples : « le monde est gouverné par des reptiliens ; personne n\u2019a encore marché sur la lune ; Lady Di a été assassinée sur ordre de la famille royale.» L\u2019étape suivante est appelée le délire : le 11 septembre 2001 est une mise en scène fabriquée par le complexe militaro-industriel américain ; la théorie du grand remplacement, qui voudrait que l\u2019immigration vise à remplacer les populations de souche ; le pizzagate, du nom d\u2019une pizzeria de Washington où Hillary Clinton se serait livrée à de la pédophilie, allant jusqu\u2019à hacher des enfants en morceaux.Trump a fait le plein de votes grâce à ce délire ; QAnon : une mouvance d\u2019extrême droite qui sévit aux É.-U., qui dénonce un « Deep State » qui contrôlerait secrètement le gouvernement, les milieux financiers et Hollywood.15 % des Étasuniens croient ces inepties ; l\u2019élection volée en 2020 aux États-Unis alors que pas moins de 68 % d\u2019électeurs républicains prêtent foi à ce grand mensonge.Le dernier de ce délire touche la folie qui s\u2019est emparée des anti-vaccins durant la pandémie de la COVID-19.Combien de milliers de personnes sont décédées, se disant pourtant protégées par Dieu ou Allah ?Les sceptiques du climat ne trouvent pas grâce aux yeux de l\u2019auteur, qui rappelle que pas moins de 97 % des scientifiques attribuent le réchauffement climatique à l\u2019activité humaine alors qu\u2019en « Chine et aux États-Unis, par hasard les deux pays qui émettent le plus de gaz à effet de serre, à peu près la moitié de la population seulement croit les scientifiques ».Gagnon aborde aussi une question sensible, la démographie.Il estime qu\u2019au rythme actuel de croissance, la capacité de la planète de faire vivre un aussi grand nombre d\u2019êtres humains a atteint un seuil critique. 112 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 Dans le chapitre portant sur la théorie critique de la race, les wokes en prennent pour leur rhume.Elles et eux qui disent prôner l\u2019équité, la diversité et l\u2019inclusion, écrit-il, excluent, au nom de cette même inclusion, celles et ceux qui ne pensent pas comme eux.Le gouvernement fédéral, Radio-Canada, Coca-Cola aux États-Unis par exemple imposent à leurs employés des cours qui visent à les former aux nouveaux dogmes fondés sur la rectitude.On fait des procès à des universitaires et à des journalistes qui, dans le cadre de leurs fonctions, ont utilisé le fameux mot en N, qu\u2019il faudrait cacher comme ce sein que Tartuffe se refusait à voir\u2026 Il rappelle aussi, en dénonçant l\u2019expression de « racisme systémique », qu\u2019un système « est un ensemble cohérent de règles comme une loi ou une règlementation ».Idem pour cette « culture du bannissement » pratiquée par les wokes pour, par exemple, purifier la littérature et l\u2019Histoire de tout passage offensant.Gagnon donne une série d\u2019exemples où ce délire s\u2019est exercé, comme les livres brûlés en Ontario ou encore la censure par l\u2019Association des libraires d\u2019une vidéo de François Legault dans laquelle il disait du bien de l\u2019essai de Mathieu Bock-Côté, L\u2019empire de la rectitude politique\u2026 L\u2019idéologie du genre, à laquelle un chapitre de l\u2019essai est consacré, fait selon l\u2019auteur la démonstration que le déni de la biologie atteint son paroxysme.« À l\u2019instar des wokes avec l\u2019islamophobie, ces nouveaux créationnistes se sont eux aussi dotés d\u2019un néologisme pour fustiger leurs ennemis idéologiques : la transphobie », écrit-il.Plusieurs études et recherches effectuées par des biologistes réputés sont amenées à la barre des témoins pour contrer cette idéologie que les sexes sont interchangeables et ne seraient que le résultat d\u2019une construction sociale perpétrée par des hommes.Quant au féminisme dit constructiviste, il cite l\u2019une des précurseures de cette 113 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 idée, Susan Brownmiller qui, dès 1975, édictait que « de la préhistoire à nos jours, le viol joue un rôle crucial\u2026 ce n\u2019est ni plus ni moins qu\u2019un processus conscient d\u2019intimidation par lequel tous les hommes maintiennent toutes les femmes dans un état de peur.» Il dénonce par ailleurs le fait que le gouvernement fédéral a accordé cette année « un budget de 100 M$ sur cinq ans aux organismes LBGTQIA2S+ ».Dans son dernier chapitre, « Obésité, végétalisme et autres troubles alimentaires », Romain Gagnon s\u2019en prend à toutes les phobies qui entourent notre quotidien.La mode du gluten, celle du véganisme, dont il dit qu\u2019il est « une idéologie politique totalitaire au-delà d\u2019un simple régime alimentaire », une idéologie qui a conduit aux aberrations constatées dans le parc Michel-Chartrand, à Longueuil.Un parc qui peut soutenir la présence de 10 à 15 chevreuils, mais qui en compte aujourd\u2019hui plus de 110, avec comme conséquence la destruction des arbres et des végétaux et la mort d\u2019animaux en manque de nourriture.Il s\u2019en prend enfin à ce qu\u2019il nomme la banalisation de l\u2019obésité, dénonçant au passage le fait que « l\u2019idéologie woke prétend que l\u2019obésité est un choix de vie légitime, au même titre que le genre ou l\u2019orientation sexuelle ».Dans la foulée de l\u2019islamophobie et de la transphobie, on a même inventé le terme grossophobie.« La plus grande victime de l\u2019idéologie woke est le gros bon sens », s\u2019exclame-t-il enfin ! Un essai décapant ! Michel Rioux Journaliste 114 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 rObert lerOux Les deux universités .Postmodernisme, néoféminisme, wokisme et autres doctrines contre la science Paris, Les éditions du Cerf, 2022, 247 pages M\u2019étant procuré cet ouvrage le 6 octobre, la curiosité m\u2019a incité à « googler » le nom de ce professeur de sociologie de l\u2019Université d\u2019Ottawa pour ajouter à ce que je savais déjà de lui.C\u2019est ainsi que j\u2019ai appris avec stupéfaction son décès quatre jours plus tôt.Déjà auteur de neuf ouvrages, tous publiés chez d\u2019importants éditeurs français tels les Presses universitaires de France, Hermann, Le Cerf et Odile Jacob.Certains ont été traduits en anglais et un en italien.En 2008, son livre sur Frédéric Bastiat fut couronné meilleur ouvrage d\u2019économie politique par l\u2019Académie des sciences morales et politiques (ASMP).Personne n\u2019a un dossier similaire au sien à la Faculté des sciences sociales de son université où il a joué le rôle de mouton noir, comme on le comprendra avec ce qui suit.Ce dixième ouvrage de Robert Leroux se veut on ne peut mieux documenté.Sa bibliographie s\u2019étend sur seize pages où les références en français et en anglais font presque parts égales.Elles servent d\u2019assise à une critique d\u2019une université ayant fait table rase de la tradition sous l\u2019inspiration du marxisme et du freudisme.Pour l\u2019auteur, cette université se différencie de l\u2019université traditionnelle en se voulant postmo- derne et ouverte aux goûts du jour, surtout dans le domaine des sciences sociales et, de plus en plus, au sein des sciences naturelles.Il va sans dire que ce courant d\u2019idées développées chez nos voisins du sud dans les années 1980-90 n\u2019a pas eu besoin du chemin Roxham pour s\u2019implanter en nos murs.Pour indiquer à quelle enseigne il loge, Leroux s\u2019appuie sur les écrits de Raymond Boudon \u2013 vu comme un des plus grands sociologues français de la seconde partie du XXe siècle \u2013, avec qui il a travaillé à Paris.Pour ce dernier, 115 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 la science doit obéir au postulat du réalisme en cherchant à décrire au mieux la réalité.Ce qui conduit l\u2019auteur à se référer à Karl Popper pour qui, comme on le sait, une théorie s\u2019avère exacte tant qu\u2019elle n\u2019est pas remplacée par une autre jugée supérieure.En conséquence, tout au long de l\u2019ouvrage, le lecteur obtient un tableau d\u2019une « nouvelle université » plongée en plein relativisme, faisant fi de la rigueur associée à l\u2019approche scientifique.Pour le démontrer, en entrée de jeu (p.40), Leroux nous transporte à la fin du siècle précédent avec, d\u2019aucuns s\u2019en rappelleront, l\u2019affront que le physicien américain Alan Sokal a fait subir au postmodernisme.Son canular, volontairement chargé d\u2019absurdités, a été publié par une revue américaine, se voulant très postmoderne, qui n\u2019y a vu que du feu.Dans le même ordre d\u2019idées, Leroux s\u2019en prend au mouvement woke qui « non seulement [est] bien installé dans les universités, mais s\u2019étend, grâce à plusieurs présidents d\u2019université et aux médias, à la société tout entière » (p.52)1.Sont donnés en exemple trois auteurs américains qui, à leur tour, se sont payé la tête de revues postmodernes par des propositions d\u2019articles décrivant l\u2019intelligence artificielle comme étant dangereuse étant donné ses origines masculinistes, impérialistes et rationalistes.Ces mêmes auteurs ont ironiquement présenté les biais sexistes et occidentaux de l\u2019astronomie en proposant une astronomie féministe, queer et indigène.Dans un chapitre subséquent, l\u2019auteur évoque la rupture entre Raymond Aron et Pierre Bourdieu.Ce dernier, 1 La Presse et le Journal de Montréal du 21 novembre nous apprenaient que les hommes (personnes ayant un pénis) des forces armées pourraient dorénavant, pour le défilé du 11 novembre, voire pour combattre, porter une jupe tout en se maquillant et porter de faux cils\u2026 Oui, on en est rendu là avec le multiculturalisme des Trudeau père et fils. 116 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 comme on le sait, domina jusqu\u2019à sa mort la sociologie française.C\u2019était le triomphe d\u2019une gauche qui ne manquera pas de se radicaliser particulièrement sur les campus.Il en va de même aux États-Unis où la célèbre université de Berkeley s\u2019est laissé gagner par le multiculturalisme et son affirmative action qui fait dire à Leroux que l\u2019on a sonné le glas de l\u2019université traditionnelle.Aux dépens d\u2019une formation générale, on multiplie les nouveaux départements pour répondre aux demandes des groupes minoritaires.Là comme ailleurs dans les années 1990, on a créé des programmes d\u2019études avancées (sic) en Gay, Women et autres Gender Studies.Au pays du Publish or Perish où il faut publier, on crée donc des revues à l\u2019avenant comme celles qui se font passer des sapins.Ce qui donne des Journal of Bisexuality, Journal of Transgender Studies, Journal of Homosexuality etc.(p.90).Cette évolution s\u2019accompagne d\u2019un nivellement par le bas déplore l\u2019auteur qui décèle l\u2019installation d\u2019une médiocrité à la fois chez les étudiants et leurs professeurs.Les premiers indiquent aux seconds le contenu des cours.Clientélisme oblige, leur parole est d\u2019or.C\u2019est bien ce qu\u2019avait noté l\u2019excellente journaliste Isabelle Hachey dans deux chroniques de La Presse à l\u2019occasion de la polémique soulevée par les inepties du recteur Jacques Frémont de l\u2019Université d\u2019Ottawa dans « l\u2019affaire » Verushka Lieutenant-Duval.On se rappelle que deux étudiants ont reproché à leur chargée de cours d\u2019avoir prononcé des titres d\u2019ouvrages contenant le mot « nègre ».Ce fut alors haros sur le baudet comme dans la fable de Lafontaine.Le client ne peut avoir tort.En se référant à son mentor Raymond Boudon, auteur de L\u2019idéologie, ou l\u2019origine des idées reçues, Leroux met en évidence le fait que des individus ont des raisons de croire à des idées fausses.On se trouve en présence du concept 117 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 de « bonnes raisons » ayant la propriété d\u2019être objectivement mauvaises, mais subjectivement bonnes.Ainsi : « Il n\u2019est pas exagéré de dire que l\u2019idéologie est triomphante sur les campus universitaires ; elle exerce, surtout dans sa version progressiste, un véritable monopole sur l\u2019enseignement » (p.115).Aux yeux de Leroux, la science se voit avalée par le militantisme idéologique qui s\u2019incarne dans le marxisme culturel, le néo-féminisme, l\u2019antiracisme et le multiculturalisme.Deux chapitres fort percutants terminent l\u2019ouvrage : « Misère du néo-féminisme » et « Une forme extrême de militantisme : la culture \u201cwoke\u201d ».Après avoir évoqué l\u2019ineffable Judith Butler, grande prêtresse du féminisme, l\u2019auteur nous réfère à notre réalité avec des allusions à la revue de sociologie québécoise Sociologie et sociétés qui ferait sienne la conviction de l\u2019existence d\u2019une science féminine différente de la science masculine (!).Aux dires d\u2019une auteure dans un numéro qui remonte à plus de 40 ans, Émile Durkheim et Max Weber, deux des « pères » de la sociologie, épouseraient un point de vue patriarcal en accordant une place insuffisante aux femmes, faute d\u2019une juste connaissance de leur situation.Ce qui fait dire à Leroux qu\u2019avec le recul, on doit reconnaître la mise en place de cette vision.Les néo- féministes ont gagné ; partout se forment des départements d\u2019études féministes où : « Les néo-féministes épousent un point de vue relativiste dans la mesure où selon elles, la vérité n\u2019existe pas, elle n\u2019est qu\u2019une question de point de vue [\u2026].Le but des néo-féministes n\u2019est pas d\u2019expliquer le réel, mais de faire la promotion d\u2019une cause » (p.148-149).Il faut atteindre la page 186 pour trouver une allusion à Verushka Lieutenant-Duval2 qui n\u2019est pas nommée, mais 2 Par sa présence, au printemps, comme auditrice à une activité du Bloc québécois au marché Bonsecours, elle fut fort applaudie. 118 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 simplement identifiée comme une néo-féministe de gauche.Pour avoir prononcé le mot « honni » : « Le recteur, un partisan du wokisme, l\u2019a immédiatement cloué au pilori et s\u2019est empressé de se ranger derrière les étudiants ».Enfin, Leroux ne mâche pas ses mots dans son ultime chapitre en voyant dans le mouvement woke rien de moins qu\u2019une machine de guerre idéologique dont le but serait d\u2019anéantir la raison, la logique et la vérité.La cerise sur le gâteau nous est servie avec les « connaissances autochtones » qui se prétendent à la hauteur de Newton.À en croire certains, la méthodologie autochtone serait en mesure de vérifier l\u2019existence des ondes gravitationnelles théorisées par Einstein.Robert Leroux et d\u2019autres de ses semblables vont-ils trop loin ?C\u2019est ce que semble affirmer un ouvrage paru récemment dû au professeur de sociologie de l\u2019UQAM Francis Dupuis-Déri : Panique à l\u2019université.Rectitude politique, wokes et autres menaces imaginaires3.Le compte- rendu du Devoir du 22 août, accompagné d\u2019une photo de l\u2019auteur dans toute sa superbe faisant les 2/3 d\u2019une page, se veut des plus complaisants.En fait, de cette lecture on ne retient que des propos rassurants à l\u2019effet que l\u2019on enseigne toujours en Occident Aristote et les grands classiques de la pensée.C\u2019est ce même Devoir du 26 novembre qui nous apprend que, pour atteindre les cibles fixées par Ottawa lors d\u2019appel pour candidatures de chaires de recherche, l\u2019homme blanc se voit exclu.L\u2019Université Laval se trouve en cause avec une chaire en histoire pour laquelle seules les candidatures de femmes, d\u2019autochtones, de personnes en situation de handicap et 3 Philippe Lorange, étudiant à la maîtrise en sociologie à l\u2019UQAM en fait un compte-rendu assassin dans ces pages VOL CXII, nos 8-9, p. 200- 206. On devine que cet étudiant n\u2019a plus de cours à suivre avec ce professeur\u2026 119 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 autres minorités visibles seront retenues.Ainsi, l\u2019historien Frédédéric Bastien déplore ne pouvoir soumettre sa candidature.Pour ne pas être en reste, ce printemps, l\u2019Université de Sherbrooke était à la recherche d\u2019une femme pour un poste de chercheure sur les changements climatiques.Enfin, pour se convaincre que l\u2019UQAM, Concordia et McGill n\u2019ont pas le monopole du wokisme, je suggère de voir ce qu\u2019on enseigne en sociologie à l\u2019Université de Montréal.En conséquence, si Richard Leroux peut avoir du mal à dormir en paix, il mérite assurément d\u2019être lu4.André Joyal Professeur à la retraite, UQTR 4 Sur le même sujet : Romain Gagnon, Vers l\u2019abrutissement de l\u2019espèce humaine : inventaires des délires idéologiques du XXIe siècle, Éd Stratégicus, Montréal, 2022, 246 p. 120 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 PhiliPPe néméh-nOmbré Seize temps noirs pour apprendre à dire kuei Mémoire d\u2019encrier, 2022, 120 pages Philippe Néméh-Nombré est une recrue prometteuse de la famille progressiste québécoise.Collaborateur à la défunte émission de Marie-Louise Arsenault, Plus on est de fous, plus on lit, vice-président de la Ligue des droits et libertés, il trouve le temps de siéger sur le comité de rédaction de la revue Liberté.Ceux qui n\u2019avaient jamais eu le privilège d\u2019entendre parler de lui ont eu la chance de le découvrir le 7 juillet dernier en lisant la chronique de Mathieu Bock-Côté dans le Journal de Montréal.Le grand public apprenait alors que le chercheur postdoctoral, interpellé par les cultures, les poétiques, les « écologies noires » et les « possibilités » de relations entre les perspectives libératrices noires et autochtones, estime qu\u2019une « auto-patrouille qui brûle est une promesse ».Métaphore ou postulat ?La réponse se trouve dans Seize temps noirs pour apprendre à dire kuei, un court document paru au début de l\u2019année et très ardu à labourer.Si on peut reprocher à son auteur l\u2019étendue du grand écart qu\u2019il tente d\u2019accomplir entre son militantisme et la posture de sociologue, nous opterons pour une observation un peu plus sévère : le cadre théorique de Néméh-Nombré est pratiquement déficient, à cheval entre la sorcellerie et la fabulation.Le lecteur d\u2019aujourd\u2019hui est pourtant ouvert d\u2019esprit, accepte même d\u2019être perturbé, mais il se trouve qu\u2019il tient au moins à être pris au sérieux.Malheureusement, Seize temps noirs pour apprendre à dire kuei est loin de lui rendre cette faveur. 121 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 Méthodologie douteuse Doublon, astérisques délinquants et écriture inclusive à deux vitesses sont autant de signes avant-coureurs d\u2019une entreprise négligente.Mais on peut faire encore bien d\u2019autres reproches à la méthodologie préconisée par l\u2019auteur.Nous l\u2019avons écrit, et peut-être devrions nous le répéter : pour l\u2019auteur, une « auto-patrouille qui brûle est une promesse ».Pourquoi exactement ?Parce que selon Philippe Néméh-Nombré, « [a]bolir, c\u2019est créer ».D\u2019ailleurs, au terme de sa pénible épreuve, le lecteur sera tenté de conclure que si « abolir, c\u2019est créer », il se pourrait bien que l\u2019auteur se soit convaincu qu\u2019il est pertinent même s\u2019il n\u2019a en retour déployé que toute l\u2019étendue de son impertinence.La lune de miel entre la gauche et l\u2019incohérence a commencé il y a bien longtemps.Nul besoin de revenir sur la mésaventure communiste, puisque les antiracistes partisans de la discrimination raciale rappellent tous les jours au lecteur qu\u2019il faut faire preuve d\u2019une indulgence presque radicale pour prendre l\u2019interlocuteur progressiste au sérieux.Philippe Néméh-Nombré, pond des chapitres d\u2019une douzaine de lignes, des temps \u2013 seize plus exactement \u2013 nous rappelle l\u2019auteur.Le blanc \u2013 une couleur qui semble donner le mal de mer à Néméh-Nombré \u2013 peuple pourtant les pages.Avons-nous affaire à un homme de peu de mots ou à un penseur à bout de souffle ?Nous sommes plutôt face à un faussaire.Un vaste inventaire s\u2019impose : Néméh-Nombré affirme que « la modernité occidentale, comme le monde qu\u2019elle continue de créer sur le continent qu\u2019elle a appelé l\u2019Amérique, doit son existence à la production de l\u2019abjection noire et à la production de l\u2019absence autochtone ». 122 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 À ce jour, aucune étude sérieuse n\u2019a pourtant corroboré une telle affirmation.D\u2019ailleurs, sur les ondes de Radio- Canada en avril 2022, l\u2019auteur a tenu à préciser qu\u2019il aurait bien aimé retoucher cette phrase puisque l\u2019Amérique doit « notamment » son existence au rapport entretenu avec les Noirs et les Autochtones.Modeste rectification.Poursuivons.Néméh-Nombré, sans que cela suscite l\u2019étonnement du lecteur, ne tient pas Samuel de Champlain dans son cœur.Ce dernier a fondé Québec, a promis l\u2019Amérique, mais il faudrait surtout se rappeler que l\u2019existence des Noirs et des Autochtones « est instrumentale, modelable selon les nécessités coloniales et désirs possessifs » de l\u2019illustre navigateur.Nous inviterions Néméh-Nombré à fréquenter l\u2019œuvre monumentale de David Fisher sur le sujet.Samuel de Champlain fut, dans les faits, l\u2019un des explorateurs européens les plus sensibles à la présence autochtone.On rapporte même qu\u2019il espérait que les Français et les Autochtones se métissent.Et si l\u2019auteur l\u2019ignore, lorsque Champlain mit le pied en Amérique, cette terre connaissait déjà la guerre, le meurtre, l\u2019esclavage, la trahison et les jeux d\u2019intérêt.On devine que l\u2019auteur adhère au mythe du « bon sauvage », et le lecteur s\u2019en lasse assez rapidement.Il faut dire que Néméh-Nombré répète, sans gêne, que la présence blanche en Amérique est le résultat d\u2019une « occupation » et que les populations autochtones ont été victimes d\u2019un génocide.Cela est une habitude chez lui de ne fonder des accusations sur aucune étude sérieuse, si ce n\u2019est qu\u2019un récit détourné du réel.Néméh-Nombré, le sociologue, se plaît à déconstruire, mais il a un faible pour les faits divers aussi.Le cas de 123 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 Pierre Coriolan, abattu par les policiers, retient notamment son attention.Rappelons les faits : juin 2017, le 911 reçoit un appel d\u2019un voisin effrayé par des bruits de saccage dans l\u2019appartement d\u2019à côté.Les autorités, convaincues qu\u2019un groupe de personnes est rassemblé dans le logement, envoient plusieurs agents sur place, où ils constatent qu\u2019un individu, seul, a déployé toute sa furie.L\u2019homme est calme à l\u2019arrivée des policiers, mais leur fonce dessus lorsqu\u2019ils s\u2019annoncent.Du coup, Coriolan est atteint par balles et périt.Le récit de Néméh-Nombré \u2013 et non la revue exacte des faits \u2013 suggère, lui, que Coriolan aurait pu être amadoué, détendu et emmené à l\u2019hôpital.La théorie surclasse encore une fois l\u2019épreuve du réel.Selon une enquête publique du gouvernement du Québec, Coriolan n\u2019a pas collaboré avec les agents, a foncé sur les patrouilleurs sans jamais s\u2019arrêter, malgré des décharges de pistolet à impulsion électrique.Durant sa course, il était même armé d\u2019un tournevis.Pyromane assumé, l\u2019auteur renonce à accorder aux policiers la légitime défense.Pour Néméh- Nombré, les policiers n\u2019ont pas droit à la dignité et devraient prendre le risque de recevoir des coups de marteaux d\u2019un Alain Magloire ou encore de tournevis d\u2019un Pierre Coriolan.C\u2019est parce que dans l\u2019esprit de Nombré, la police tue et ne sait faire que cela.Et, rappelons-le, une « autopatrouille qui brûle est une promesse ».L\u2019auteur en appelle à la violence, la démonstration a été faite.L\u2019auteur est grossier aussi.Il va jusqu\u2019à affirmer que l\u2019ouragan Katrina est la cicatrice « du capitalisme racial, de l\u2019après-vie de l\u2019esclavage, des systèmes coloniaux français, espagnol, britannique et états-unien ».Si la science intéresse vraiment l\u2019auteur, il pourrait être intéressé \u2013 un jour, s\u2019il a le temps \u2013 d\u2019ap- 124 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 prendre qu\u2019une littérature abondante s\u2019exprime pourtant sur l\u2019insensibilité des phénomènes météorologiques.Les ouragans sont désintéressés, ne se préoccupent pas du « racisme » et de la « pauvreté » des populations affligées.Quant aux Blancs, eux non plus, surprenamment, n\u2019ont rien à voir avec la trajectoire malheureuse de Katrina.La sorcellerie Philippe Néméh-Nombré serait-il un sorcier ?La question peut sembler ridicule, mais Seize temps noirs pour apprendre à dire kuei emprunte quelques formes au grimoire.Oui, on y retrouve carrément les secrets les mieux gardés de la sorcellerie burkinaise.Avant que les hommes blancs n\u2019imposent sur cette terre le colonialisme, le meurtre, le racisme, la perversion et leur empreinte dégueulasse, il fut une époque où les crocodiles régnaient sur le monde.L\u2019auteur est plus clair que nous sur cet épisode incontournable : « Les crocodiles à Sabou, sont les ancêtres et protecteurs des humains, qui eux sont leurs descendants et leur incarnation humaine ».Il serait malheureux de faire l\u2019économie des détails encore plus croustillants à notre disposition.Quelque part au Burkina Faso, cette terre, dont l\u2019inventaire des raisons communes avec le Québec est si vaste que l\u2019auteur n\u2019est plus en mesure de les distinguer clairement, le « voyant ainsi dépourvu, poursuit mon père [le père de l\u2019auteur], un crocodile vivant près du cours d\u2019eau [et] lui viendra en aide en pressant sur son propre ventre, duquel il fera sortir de l\u2019eau pour que le chasseur puisse boire.Le chasseur Tounkoudou doit sa survie au crocodile et c\u2019est pour cette raison que ses descendants s\u2019appelleront 125 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 No-Bur, \u201cpresser le ventre\u201d en bisa, plus tard francisé en Nombré durant la colonisation.» Claude Lévi-Strauss, père de l\u2019ethnologie, avait le mérite de tisser des liens entre l\u2019expérience autochtone et européenne.Néméh-Nombré ne le reconnaît pas, mais il a une dette envers ce membre de l\u2019Académie française.La dette est par ailleurs encore loin d\u2019être réglée.L\u2019auteur a beau nous répéter que l\u2019homme blanc est coupable et responsable des pires souffrances que le domaine des sensibilités a pu inventer, le lecteur le soupçonne de ne pas regretter tant que cela d\u2019être né en 1991 en Amérique.Regretter le monde précolonial quand on est de plus en plus favorisé par le milieu médiatico-académique relève de l\u2019injure ou alors de l\u2019ingratitude.En mettant sur un pied d\u2019égalité certaines pratiques barbares et les grands accomplissements de la civilisation occidentale, Néméh-Nombré donne l\u2019impression d\u2019être nostalgique d\u2019un temps et d\u2019un espace étrangers à notre expérience en Amérique.L\u2019auteur peut tenter de convaincre aussi longtemps qu\u2019il le souhaite qu\u2019il s\u2019ennuie du temps où les crocodiles crachaient dans la gueule des hommes, le lecteur n\u2019est pas près d\u2019oublier que le monde d\u2019aujourd\u2019hui lui est tout sauf hostile.Nous ne bénéficions pas de chiffres officiels de vente du livre Seize temps noirs pour apprendre à dire kuei, mais la fumée s\u2019est répandue dans toutes les librairies de la ville.Comme l\u2019auteur l\u2019écrit dans les dernières pages, « le reste, nous l\u2019improviserons ensemble ».À la lecture de ce grimoire, il nous apparaît clair que Néméh-Nombré improvise depuis plus longtemps qu\u2019il ne le pense.La charge d\u2019un militant, qui improvise et jette des sorts, voilà ce à quoi est convié le lecteur.La méthode de travail est négli- 126 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 gée, méprisée même, le tout, sans que son responsable ne s\u2019en soucie un seul instant.De toute façon, il n\u2019a de comptes à rendre à personne.Il y a longtemps que le réel ne le préoccupe plus et que l\u2019exigence de cohérence n\u2019afflige plus les auteurs progressistes.Et puisqu\u2019il faut être deux pour danser, c\u2019est cette fois la maison d\u2019édition Mémoire d\u2019encrier qui se fait complice d\u2019une publication aussi étrange.Il y a fort à parier que les prochaines saisons littéraires s\u2019annoncent ahurissantes.Rémi Villemure Auteur Alai Messier Dictionnaire; \u2014 Deuxième édition, revue et augmentée \u2014\u2014 Le Dictionnaire encyclopédique et historique des patriotes 1837- 1838, RT Pree dE : r Xx BN c'est l'histoire exceptionnelle de plusieurs Bas-Canadiens.C'est pour A faire connaître les méconnus mais surtout les inconnus, ces patriotes da Xr 21 XN Vv 2A oubliés issus de ce vaste mouvement populaire fondé sur des idéaux Aa , ; EE A D WSs de liberte d'expression, de réformes sociales et de liberté d'assemblée, od CE A4 qu'existe ce dictionnaire.Plus de 5000 patriotes répertoriés.eNOUVEAU) Maintenant offert en versions numériques Contactez-nous pour plus d'informations.info@guerin-editeur.qc.ca - .« A \u2019 .+ | .- 128 Articles 128 Index des auteurs 2022 A JEAN ARCHAMBAULT NC-5060 L\u2019hécatombe de la Covid-19 dans nos CHSLD Juin 100 CLAIRE AUBIN ET FRANCE THÉORET La militante Andrée Ferretti, notre amie Octobre-Novembre 23 B PHILIPPE BARBAUD Abolissons l\u2019écriture « inclusive » Octobre-Novembre 98 GÉRARD BEAUDET La quête d\u2019une intégration optimale du transport collectif Mars-Avril 78 Le REM de l\u2019Est à la manière des années 1960 Mars-Avril 111 MICHEL BEAULÉ Le financement du Réseau express métropolitain Mars-Avril 121 JACQUES BEAUMIER L\u2019État social nécessaire à l\u2019indépendance Janvier 43 ÉTIENNE-ALEXANDRE BEAUREGARD L\u2019école québécoise ne croit plus en elle-même Janvier 27 CR-Identité, « race », liberté d\u2019expression.Perspectives critiques sur certains débats qui fracturent la gauche Janvier 94 CR-La couleur CAQ Juin 127 SAMUEL BÉDARD Le fer de l\u2019Anse Mars-Avril 44 SAMUEL BÉDARD ET CLARA VIVIN Portes tournantes pour un verrouillage climatique Septembre 24 129 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 CARL BERGERON NC-Un Canada français normalisé ?Le schisme identitaire.Guerre culturelle et imaginaire québécois Mars-Avril 168 CR-La nation qui n\u2019allait pas de soi : la mythologie politique de la vulnérabilité du Québec Septembre 110 CR-Daddy Issues Octobre-Novembre 206 STEVE BISSONNETTE, CHRISTIAN BOYER ET FRÉDÉRIC MORNEAU- GUÉRIN Bref historique de l\u2019étiolement du Collège des médecins du Québec\u2026 Octobre-Novembre 103 NICOLAS BOURDON Cégep : le combat pour le français Septembre 14 C ANDRÉ CAMPEAU L\u2019anthropologue et l\u2019écrivain partagent une raison Janvier 11 Comment peut-on faire société ?Juin 66 CR-Baldwin, Styron et moi Septembre 107 CR-Voyages en Afghani Octobre-Novembre 196 SERGE CANTIN Fernand Dumont\u2026 je me souviens ?Mai 17 JACQUES CARDINAL Une légende funèbre Février 61 STÉPHANE CHALIFOUR La FNEEQ et la pédagogie « inclusive » Mars-Avril 17 DANIEL CHARTIER Culture du secret et déficit d\u2019acceptabilité sociale Mars-Avril 142 JEAN CHARTIER L\u2019extraordinaire batailleur du OUI aux deux référendums Janvier 36 JEAN-CLAUDE CLOUTIER CR-Le miracle québécois Mars-Avril 183 COLLECTIF REM REM: Être attentif aux leçons du passé Mars-Avril 153 Présentation du dossier REM de l\u2019Est Mars-Avril 74 ROBERT COMEAU CR-Brève histoire de la Révolution tranquille Janvier 109 130 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 D MARTIN DAVID-BLAIS CR-La Révolution racialiste Janvier 98 CR-Par qui nous nous anglicisons Mars-Avril 199 FRANÇOIS DESCHAMPS La loi controversée d\u2019indemnisation de 1849 Octobre-Novembre 109 SYLVAIN DESCHÊNES Ce sera ton camp de base Mars-Avril 68 RICHARD DESJARDINS Bras de fer annoncé dans le détroit de Taïwan Octobre-Novembre 184 JEAN-LUC DION Les chantiers de l\u2019avenir Octobre-Novembre 65 MARIO DION Les femmes de la Nouvelle-France avant les Patriotes du Bas-Canada ?Mars-Avril 35 La faim justifie les moyens ! Octobre-Novembre 138 F LUCIA FERRETTI Décès d\u2019une pionnière du mouvement indépendantiste Octobre-Novembre 21 G CHRISTIAN GAGNON Discours de présentation du prix Rosaire-Morin 2022 à Pierre Serré Décembre 11 Remise du prix Rosaire-Morin 2021 à Michel Rioux Mai 33 LAVAL GAGNON De la souche et du tronc commun Juin 87 CHARLES GAUDREAULT La transition ethnoculturelle du Canada Décembre 70 DANIEL GOMEZ CR-1972, répression et dépossession politique Décembre 98 CAMILLE GOYETTE-GINGRAS Vouloir gagner Septembre 73 131 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 J ANDRÉ JOYAL CR-Les deux universités Décembre 114 FLORENCE JUNCA ADENOT Le REM contourne la gouvernance métropolitaine montréalaise Mars-Avril 88 L ROBERT LAPLANTE Le marasme et la confusion Janvier 4 Dure dure la politique provinciale Février 4 Le tragique, l\u2019accablement et le trivial Mars-Avril 4 Une autre rebuffade, la millième Mai 4 La spirale folkorisante Juin 4 Hommage à Robert Poisson Juin 94 La soumission ou l\u2019indépendance Septembre 4 CR-Ce qui nous délie.Une critique du projet de pays de Québec solidaire Septembre 104 Divisé contre lui-même Octobre-Novembre 4 Le délire d\u2019État Décembre 4 GILLES LAPORTE La mémoire orpheline des patriotes exilés en Australie Février 56 ANDRÉ LAROCQUE Le rêve de René Lévesque abandonné par le Parti québécois sera-t-il réalisé par François Legault ?Mai 47 PASCAL LEDUC Qui vivra par le like périra par le like Janvier 120 Compétences et identités Février 14 La fin de la verticalité dans l\u2019exercice du pouvoir, vraiment ?Mai 26 La méfiance de nos élites Octobre-Novembre 76 MARTIN LEMAY CR-Joséphine Marchand et Raul Dandurand.Amour, politique et féminisme Juin 109 PIERRE LINCOURT Un Québec pays à douze nations Juin 11 PHILIPPE LORANGE CR-Un libre choix ?Cégeps anglais et étudiants internationaux : détournement, anglicisation et fraude Février 107 CR-André Major : entretiens Mars-Avril 193 132 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 CR-Panique à l\u2019université.Rectitude politique, wokes et autres menaces imaginaires Octobre-Novembre 200 CR-Libertés malmenées Décembre 103 M JACQUES C.MARTIN Le Québec peut se passer de la péréquation en créant sa propre monnaie et en devenant un pays indépendant Octobre-Novembre 48 ALAIN MESSIER Les habits tournés à l\u2019envers Octobre-Novembre 131 Que voulez-vous qu\u2019il fit contre trois ?Mai 21 DENIS MONIÈRE [extrait) Pierre de Bellefeuille.Parcours d\u2019un libre penseur Février 100 L\u2019avenir des institutions politiques au Québec Septembre 48 Andrée Ferretti : femme de tête et femme de cœur Octobre-Novembre 26 La résistance des États aux revendications nationalitaires : le cas de la Corse Décembre 41 DENIS MONIÈRE ET DOMINIQUE LABBÉ L\u2019histoire politique du Québec vue à travers la lexicométrie Janvier 68 FRANÇOIS MORNEAU Le Parti rhinocéros, une certaine ressemblance avec le théâtre de l\u2019absurde Janvier 78 Mixité et alliances matrimoniales au sein des élites au XIXe siècle Mars-Avril 11 N MINH NGUYEN ET BERTRAND SCHEPPER CDPQ Infra et la privatisation sournoise du transport en commun Mars-Avril 134 O JOHN-JEAN OFRIAS Parlez bleu et changez le monde Septembre 40 133 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 P MICHEL PAILLÉ Les paramètres de la statistique sont suffisants pour décrire la diversité linguistique du Canada Février 121 CR-Le bel avenir du français au Québec selon le chroniqueur Jean-Benoît Nadeau Septembre 122 GILBERT PAQUETTE Faire du pays le projet d\u2019un peuple Mai 77 Pour une convergence des mouvements et des partis indépendantistes Octobre-Novembre 29 NIC PAYNE Jamais trop tard pour bien faire Septembre 81 FRANÇOIS PEPIN Les principes de la planification des transports Mars-Avril 99 ÉRIC POIRIER (Extrait) Le piège des langues officielles Octobre-Novembre 149 ROBERT POUPART Une prescription basée sur ce qu\u2019on sait déjà Février 9 R SÉBASTIEN RICARD Québequeer Septembre 88 MICHEL RIOUX Bonsoir ! Mai 36 CR-Vers l\u2019abrutissement de l\u2019espèce humaine Décembre 108 MICHEL ROCHE La guerre en Ukraine : origine et enjeux pour la Russie Mars-Avril 56 JACQUES ROUILLARD Où sont les restes des enfants inhumés au pensionnat autochtone de Kamloops ?Février 33 GUILLAUME ROUSSEAU CR-Constitution du Québec 101 Mars-Avril 189 CR-En rupture avec l\u2019État Mai 107 134 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2022 S LÉANDRE SAINT-LAURENT Bataille contre l\u2019âme du Québec Octobre-Novembre 82 Une « révolution citoyenne » en plein désert politique Décembre 52 DAVID SANTAROSSA CR-Album Falardeau Février 116 CR-Une affaire de sens.Essais sur la littérature et la transcendance Mai 102 LOUIS-PHILIPPE SAUVÉ CR-La retraite en commun.Fondements, enjeux et propositions Juin 116 SIMON-PIERRE SAVARD-TREMBLAY La guerre du bois Janvier 49 L\u2019indépendance dans un monde incertain Décembre 18 PIERRE-PAUL SÉNÉCHAL Celui qui a inscrit le patrimoine dans la grande histoire du Québec Mai 10 L\u2019invasion russe vue par les nostalgiques de la Révolution d\u2019Octobre Décembre 84 PIERRE SERRÉ Le pays woke et multiculturel Juin 30 On est toujours libre d\u2019être libre Décembre 15 MICHEL SEYMOUR Ukraine : ce qui ne fait pas la nouvelle Octobre-Novembre 164 T ARIEL THIBAULT Oligopolarchie Janvier 58 GILLES TOUPIN François Legault : un nationalisme de pacotille Septembre 57 V RÉMI VILLEMURE La poésie aux portes du sentiment national Janvier 18 CR-Chroniques du monde qui vient Juin 119 Deux Québec?Octobre-Novembre 41 CR-Seize temps noirs pour apprendre à dire kuei Décembre 120 Les combats de L\u2019Action nationale sont utiles\u2026 Abonnez-vous pour les partager action-nationale.qc.ca Votre date d\u2019échéance Votre numéro d\u2019abonné Prévenez le coût ! Vous pouvez payer votre abonnement \u2022 par la poste (chèque et cartes de crédit*) ; L\u2019Action nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 \u2022 par téléphone (cartes de crédit*) ; 514 845-8533 ou 1 866 845-8533 \u2022 par la boutique internet** action-nationale.qc.ca Paiement direct avec votre avis de renouvellement Vous pouvez maintenant inscrire la Ligue d\u2019action nationale parmi vos fournisseurs dans votre compte chez Desjardins et les autres institutions participantes.Votre avis de renouvellement indique votre numéro d\u2019abonné vous permettant de vous identifier et de payer directement votre abonnement au guichet ou par internet.Chaque abonné est important pour nous.* VISA et MASTERCARD acceptées ** VISA, MASTERCARD ou de votre compte PAYPAL Paiement numérique Saisissez votre adresse de courriel ou votre numéro de téléphone mobile pour commencer Payer avec Paypal Adresse de courriel ou numéro de téléphone mobile Suivant Adresse de courriel oubliée 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qu\u2019elle reçoit sont d\u2019une grande importance puisqu\u2019ils permettent d\u2019offrir à nos abonnés une revue de qualité, et ce, sans s\u2019éloigner, même avec plus d\u2019un siècle d\u2019existence, de sa mission.Qu\u2019est-ce qu\u2019un don planifié ?Les dons immédiats, ceux qui sont mis à la disposition de la Ligue d\u2019Action nationale dès qu\u2019ils sont faits et les dons différés, dons destinés à être remis à la Ligue d\u2019Action nationale à une date ultérieure (ex.: dons testamentaires, d\u2019assurance-vie, fiducie testamentaire, etc.) Vous avez peut-être une police d\u2019assurance-vie de quelques milliers de dollars à laquelle vous avez souscrit il y a plusieurs décennies et qui pourrait être cédée à L\u2019Action nationale sous forme de don planifié et contribuer ainsi à la pérennité de la revue.Les dons planifiés font partie intégrante de la planification financière et successorale.Ils peuvent prendre diverses formes, et l\u2019avis d\u2019un planificateur financier professionnel pourra vous aider à choisir l\u2019option la plus avantageuse pour vous.Si dans votre testament vous nommez la Ligue d\u2019Action nationale comme bénéficiaire, faites-le-nous savoir afin que nous puissions vous manifester notre reconnaissance.Si vous désirez effectuer un don planifié à la Ligue, nous pourrons vous remettre un reçu pour dons.Contactez-nous si vous avez besoin des conseils du planificateur financier professionnel de la Ligue d\u2019Action nationale.Ligue d\u2019Action nationale \u2013 Programme de dons planifiés a/s de Jacques Martin 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 L\u2019Action en héritage Tableau d\u2019honneur des donaTeurs eT légaTaires de la ligue d\u2019acTion naTionale Plusieurs personnes nous ont laissé des legs ou des dons qui permettent d\u2019assurer la pérennité de la revue L\u2019Action nationale depuis maintenant 100 ans.C\u2019est la Fondation Esdras-Minville qui gère le patrimoine dédié à la revue, mais pour l\u2019obtention d\u2019un reçu pour fins fiscales, il faut libeller les dons et les legs à la Ligue d\u2019action nationale.Nous exprimons notre gratitude à nos généreux mécènes par une mention à perpétuité à ce tableau d\u2019honneur qui fait état du cumul des dons et des legs.Hector Roy \u2020 grands bâTisseurs de 25 000 $ à 49 999 $ Gabriel Arsenault Dominique Bédard \u2020 Alban Coutu \u2020 Bernard Lamarre \u2020 Bernard Landry \u2020 Isabelle Laporte Bryan L\u2019Archevêque Jacques C.Martin Paul Mainville \u2020 Michel Moisan Ghislaine Raymond \u2020 Ivan Roy Cécile Vanier \u2020 bâTisseurs de 5000 $ à 24 999 $ bâTisseurs émériTes plus de 50 000 $ François Beaudoin Gaston Beaudry \u2020 Pierre Karl Péladeau André Véronneau membres bienfaiTeurs Robert Ascah Robert Auclair André Baillargeon Jacques Baillargeon Jean-François Barbe Luc Bertrand Antoinette Brassard Gaétan Breault Henri Brun Jacques Cardinal Claudette Carpentier Paul Carrier Jean-Paul Champagne Roch Cloutier George Coulombe Bernard Courteau Guy Cormier Normand Cossette Richard Côté Benoit Dubreuil André Dubuc Richard Dufresne Harold Dumoulin Lucia Ferretti Jean-Claude Gagner Raymond Gagnier Christian Gagnon Jean-Pierre Gagnon Marcel Gaudreault André Gaulin Yvon Groulx \u2020 Marcel Henry Benoît Houde Gérard N Houle Marcel et Hélène Jacob Henri Joli-Cœur Marc Labelle Georges Lacroix Raymond Laflamme Isabelle Lamarche Gérald Larose Isabelle Le Breton Maurice Leboeuf Richard Leclerc Pascal Leduc Laurent Mailhot \u2020 Pauline Marois Cécile Martin Marcel Masse \u2020 Yves Michaud Estelle Monette \u2020 Lucie Monette Denis Monière Réjean Néron Reginald O\u2019Donnell \u2020 Jean-Pierre Papineau Gilbert Paquette Hubert Payne Gilles Pelletier \u2020 Réal Pilon Alain Prévost Richard Rainville Antoine Raspa René Ricard Paul-Émile Roy \u2020 Hélène Savard-Jacob Ginette Simard Denise Simoneau Rita Tardif Claudette Thériault Frédéric Thériault Robert G.Tessier \u2020 Marcelle Viger Florent Villeneuve André Watier 1500 $ à 4999 $ Fernand Allard Patrick Allen \u2020 François-Albert Angers \u2020 Gaston-A.Archambault \u2020 Jean-Paul Auclair \u2020 Paul Banville Claude Belec Yvan Bédard \u2020 Jacqueline Claire Binette Henri Blanc René Blanchard Réjane Blary Charles Eugène Blier Gilles Blondeau Charles Eugène Blier David Boardman Yvon Boudreau Marcelle Brisson René Brault Édouard Cadotte Gilles Casgrain Jean-Charles Claveau Robert Comeau Louis-J.Coulombe Fernand Couturier Paul de Bellefeuille Gérard Deguire Jean-Jacques Delisle Gaston Deschênes Richard Dufresne Bob Dufour Yves Duhaime Marcel Fafard Nicole Forest Lynn-Ernest Fournier Léopold Gagnon Paul A Garneau Romain Gaudreault Henri-F.Gautrin \u2020 Claude Ghanimé Yves Gilbert Pierre Gosselin Paul Grenier \u2020 Michel Grimard Yvan Hardy Guy Houle Pierre André Julien Germain Jutras Pierre Lacombe Lucie Lafortune \u2020 Anna Lagacé-Normand \u2020 Gisèle Lapointe Roger Lapointe Alain Lavallée Germain Lavallée Hélène Lavoie Denis Lazure \u2020 André Leduc Maurice Leduc Gérard Lefebvre Émile Lemaire Jacques Libersan Pierre Lincourt Clément Martel Clément Mercier Yvon Martineau \u2020 Roger Masson Robert Mélanson Serge Ménard Monique Michaud Daniel Miroux Lise Monette Louis Morache Rosaire Morin \u2020 Gilles Ouimet Jacques Parizeau \u2020 Hélène Pelletier- Baillargeon Claude Pilote Fernand Potvin Arthur Prévost \u2020 René Richard \u2020 Dominique Richard \u2020 Jacques Rivest Jean-Denis Robillard Louis Roquet Pierre-Paul Sénéchal Michel Taillefer Réjean Talbot Serge Therrien François C Thivierge Guy Tremblay Marcel Trottier \u2020 Réal Trudel Denis Vaugeois Claude-P.Vigeant Madeleine Voora club des 100 associés 1000 $ à 1499 $ Liberté d\u2019expression L\u2019Action nationale ouvre ses pages à tous ceux et à toutes celles que la question nationale intéresse.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.La rédaction assume la responsabilité de tous les titres d\u2019articles, mais les auteurs restent responsables du contenu de leurs textes.Rédaction Un article soumis sans entente préalable peut varier de 1500 à 3000 mots alors que le compte-rendu d\u2019un livre compte généralement de 1000 à 1500 mots.Les textes sont reçus par internet.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans « L\u2019index des périodiques canadiens » (1948-2002), dans « Périodex » depuis 1984, dans « Repères » publié par SDM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Les numéros de L\u2019Action française et de L\u2019Action nationale de 1917 à 2013 sont numérisés et accessibles dans le site de la BAnQ.Reproduction La traduction et la reproduction des textes publiés dans L\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Mise en page et infographie Sylvain Deschênes Impression Marquis imprimeur L\u2019Action 143 Ligue d\u2019action nationale Président Christian Gagnon Vice-président Pierre Serré Secrétaire Alexis Tétreault Trésorier Robert Ladouceur Conseillers Denis Monière Isabelle Le Breton Gilbert Paquette Ex Officio Robert Laplante Membres Djemila Benhabib Mathieu Bock-Côté Nicolas Bourdon Claude Coulombe Myriam D\u2019Arcy Jules Gagné Mathieu Gauthier-Pilote Léolane Kemner Philippe Lorange Jacques C.Martin Martine Ouellet Danic Parenteau Guillaume Rousseau Mathieu Roy Simon-Pierre Savard-Tremblay Gilles Toupin Membres honoraires Christiane Bérubé, Nicole Boudreau, Guy Bouthillier, Jacques Brousseau, Hélène Chénier, Lucia Ferretti, Léo Jacques, Delmas Lévesque, Yves Michaud, Pierre Noreau, Roméo Paquette, Hélène Pelletier-Baillargeon Membres émérites René Blanchard, Jean-Charles Claveau, Henri Laberge, Jacques-Yvan Morin Mission La Ligue d\u2019action nationale est l\u2019éditrice de la revue L\u2019Action nationale.Sa mission est d\u2019être un carrefour souverainiste où se débattent les aspirations de la nation québécoise comme collectivité de langue française suivant une tradition de réflexion critique, d\u2019indépendance et d\u2019engagement, à partir des situations d\u2019actualité qui renvoient aux enjeux fondamentaux de notre avenir collectif. Tarifs 2022 (taxes et expédition comprises) L\u2019Action nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514 845-8533 sans frais, 1 866 845-8533 Pour nous joindre par courriel revue@actionnationale.quebec www.actionnationale.quebec ISSN-0001-7469 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Périodicité : 10 numéros par an L\u2019Action nationale est membre de la SODEP www.sodep.qc.ca Paiement par chèque ou carte de crédit VISA ou MASTERCARD \u2022 paiement internet sécurisé dans notre site \u2022 par la poste \u2022 par téléphone Paiement par votre compte bancaire (renouvellement d\u2019abonnement) \u2022 chez Desjardins et dans les institutions financières participantes 1 an 2 ans 10 numéros 20 numéros Abonnement 90 $ 160 $ (78,28 $ + taxes) (139,15 $ + taxes) Abonnement de soutien 190 $ 300 $ Étudiant 60 $ 100 $ (47,84 $ + taxes) (78,28 $ + taxes) Institution 160 $ 250 $ (130,46 $ + taxes) (208,74 $ + taxes) Autres pays 160 $ 275 $ Abonnement PDF 60 $ 100 $ (52,18 $ + taxes) (86,97 $ + taxes) TVQ 1012563392 TQ0002 TPS 11901 9545 "]
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