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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 2022-06, Collections de BAnQ.

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[" L Acton NATIONALE / i 20e 2 \u20ac >.Century Initiative Objectif 100 millions ! En couverture Pj dal - A dehors Plénituded'été Acrylique & encres, technique d'aquarelle sur canvas, 2020, 24\" x 30°, Acquéreur M, L'Espérance.Artiste depuis loujours et artiste-peintre depuis plus de dix ans, Patricia Kramer st d'origine hollandaise.Aujourd'hui, elle se consacrs 4 la peinture 4 temps plein = vit uriguement de son ar.Depuis quelques années, elle à eu l'occasion d'être représentée dans plus de dng galeries au Québec en plus de présenter sor travail lors de plusieurs expositions et événements, multipliant les cocssions d'entrer eh relation avec le public en une sorte de contrepoint avec l'intirité et la solitude de |à création.Ses œuvres se déploient entre abstraction et semi-abstraction.Qn y reconnait ici et là des touches plus concrètes, tantôt des évecations paysagistes, tantôt l'Intégration d'éléments urbains.Fascinée par |e rapport d'Anselm Kiefer avec la matière et inspirée par le geste ample de Marcelle Ferron, Fatricia Kramer use de techniques raixtes qui marient des collages à la peinture acrfique qu'elle applique à la manière de l'aquarelle.Chaque tôile est le résultat d'une recherche d'équilibre entre toutes ses composantes et est passée au peigne fin avant d'y apposer la signature.La peinture de Patricia Kramer est un processus lent.Les premières étapes sont faites de temps et de silence : il s'agit de créer les textures, |e relief et la blancheur qui aéquéilleront là suite, Ces surfaces deviennent le territoire d'une recherche sur l'authenticité du geste, qu'elle veut le plus intuitif possible, mais aussi le plus significatif.Elle explore l'härmonie entré la force picturale et l'inslinet de son Imaginaire, cherchant à éviter le geste de trop, tout en se laissant porter par des émotions qui circulent librement, sans pression.En création, Patricia est tout entière à l'écoute de sa sensibilité qui dicte ses choix de couleurs et des vibrations dont elle souhaité animer ses toiles.Elle 2st habitée par |e convitlion que péindre doit Blre une expénence qui Suvre tôus les sens.Lors de ces moments, seg Sensations, rencontres, expériences et souvenirs se placent of Interapissent sur la tôilé, comme dans sa vie.Au cœur de ce processus, elle tend vers un profond bien-être, d'abord pour elle- même, puis pour procurer Une lumière apaisante aux individus qui vivront au quetidien avec ses œuvres.Elle est sensible à fa pression qu'impose notre époque a performer toujours plus rapidement et sa peinture est une réponse positive à cette situation.Elle s'inspire à cet égard de la lenteur du land art et des formes naturelles de la vie.C'est dans une philosophie du don que Patricia Kramer souhaite transmettre Une expérience du bien, du vivant et du r&ve, qui requiert temps et ouverture pour se manifester.Ses toiles ont trouvé prensurs dans différentas régions du Québec, au Nouveau.Brunswick, en Ontarls, aux États-Unis el aux Pays-Bas.On peut voir plus de 40 de ses oeuvres à son atelier sur rendez-vous.agË rue Notre Darme Est (Chemin du Roy] Trois-Rivières 1.219.509.6513 + kramerpatrida@hotmail.com vwws) facebook.com/PhranverArtistePeintre www.patriciakramer.ca 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514 845-8533 Numéro sans frais : 1 866 845-8533 revue@actionnationale.quebec www.actionnationale.quebec Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Mathieu Bock-Côté, sociologue et chroniqueur ;  Nicolas Bourdon, professeur de français, cégep Bois-de-Boulogne ;  Sylvain Deschênes, rédacteur et infographiste ; Lucia Ferretti,  professeure (UQTR) ; Sylvie Ménard, Centre d\u2019histoire des  régulations sociales (UQAM) ; Denis Monière, professeur (Université  de Montréal) ; Hubert Rioux, Ph. D. ÉNAP-Montréal ; Michel Rioux,  journaliste ; Pierre Serré, chercheur.Membres du jury du prix Richard-Arès : Lucille Beaudry (science  politique, UQAM) ; Simon Langlois (sociologie, Université Laval).  Denis Monière (science politique, Université de Montréal) Membres du jury du prix André-Laurendeau : Jean Chartier,  Pierre-Paul Sénéchal ; Lucia Ferretti.Animation du séminaire de lecture : Mathieu Bock-Côté L\u2019Action Rectificatif Les auteurs qui publient dans L\u2019Action nationale sont toujours tenus responsables du contenu de leurs textes.L\u2019article de M.André Larocque publié dans notre numéro de mai comporte une erreur de source et de citation qu\u2019il appartient à son auteur de rectifier.Nous sommes désolés des malentendus que cette situation a pu provoquer. YF 13 Ré gb Lf 0! s£* cv pk > A av 3 À f KY 2 ARTS VISUELS N LITTERATURE CULTURE ET SOCIETE CREATION LITTERAIRE HISTOIRE ET PATRIMOINE revues culturelles sodep CINEMA, THEATRE ET MUSIQUE québécoises THÉORIES ET ANALYSES SODERAC.CA Sommaire Éditorial La spirale folklorisante - Robert Laplante 4 Articles Un Québec pays à douze nations - Pierre Lincourt 11 Le projet du groupe de pression torontois Century Initiative - Rodrigue Tremblay 16 Le pays woke et multiculturel - Pierre Serré 30 Comment peut-on faire société ?- André Campeau 66 De la souche et du tronc commun - Laval Gagnon 87 Hommage Hommage à Robert Poisson Lectures Note critique L\u2019hospitalocentrisme qui tue - Jean Archambault Gabrielle Duchaine,  Katia Gagnon et  Ariane Lacoursière 100 5060 L\u2019hécatombe de la Covid-19  dans nos CHSLD Recensions Marie Lavigne et  Michèle Stanton-Jean 109 Joséphine Marchand et  Raul Dandurand. Amour, politique et  féminisme Riel Michaud-Beaudry 116 La retraite en commun. Fondements,  enjeux et propositions Christian Rioux 119 Chroniques du monde qui vient Mathieu Lévesque 127 La couleur CAQ 4 Éditorial Robert Laplante La spirale folklorisante Il y en a encore pour s\u2019étonner.La loi 96 a déclenché une autre tempête de fiel.Et ce n\u2019est pas fini.Le racisme anti-Québec est non seulement autorisé au Canada, il fait bon chic bon genre, surtout parmi l\u2019élite soi-disant éclairée, imbue de supériorité morale et de suprémacisme multiculturel.Mais il s\u2019en trouve encore plus pour faire le gros dos ou, carrément, ne pas même savoir ce que peut radoter le Canada.Le Québec a l\u2019habitude du mépris.Nous avions presque fini par penser qu\u2019il n\u2019aura eu qu\u2019un temps.Nous sommes si prompts à céder aux sirènes de la candeur.François Legault s\u2019est encore surpassé en matière de superlatifs compensatoires.Il fait des crisettes pour quémander du respect ! Faut-il être déconnecté de son propre honneur ! Le nationalisme de sa rhétorique l\u2019éloigne des exigences de son propre poste.Et lui commande de se payer de mots au point d\u2019en ignorer ce que c\u2019est que l\u2019orgueil.Comme aux beaux jours de la survivance résignée.Il ne voit plus que la vie en bleu.Les maisons bleues, la fierté en bleu, les récits scolaires en bleu et la prospérité dans cette teinte si chère à son œil, le bleu ontarien\u2026 Le chef caquiste ne se rend pas compte de la posture qu\u2019il tient.L\u2019ancien séparatiste qui n\u2019a rien compris de ce que 5 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 cela aurait dû exiger de lui n\u2019a pas seulement viré capot, il se fait le porte-étendard de la dépendance.C\u2019est le rattrapage ontarien qui l\u2019inspire, ce sont les statistiques ontariennes qui le font vibrer.Son projet de société : se voir dans le regard des autres en cultivant les fleurs de rhétorique.Il veut tellement être fier\u2026 Les grosses jobs, comme à Toronto ! Tel devrait être son slogan.Ses communicateux lui éviteront un aveu aussi grossier.Il a déjà commencé à tester ce qui lui permettra de paraître jouer les redresseurs de torts.L\u2019immigration ! Il veut le contrôle de l\u2019immigration ! C\u2019est d\u2019une indigence politique incommensurable.C\u2019est ne rien comprendre de ce que c\u2019est un État.C\u2019est ne rien comprendre de la place que la politique d\u2019immigration tient dans la doctrine d\u2019État canadian.Mais qu\u2019à cela ne tienne ! Il réclamera, il fera même le mononc\u2019 fâché.Pour la galerie.Pour solidifier le déni.Le Canada, aussi bien les élites de sa société civile que la machine de l\u2019État, ce Canada des Trudeau n\u2019a d\u2019horizon que d\u2019en finir avec le Québec.Et ce n\u2019est même plus poursuivi sournoisement.Le mépris est désormais la norme quand Ottawa s\u2019avise d\u2019envoyer paître le gouvernement du Québec.Plus aucune règle ne tient, à commencer par celle de la bienséance, dès lors qu\u2019il s\u2019agit de tout mettre en œuvre pour normaliser la province, c\u2019est-à-dire la noyer sur le plan démographique, l\u2019encarcaner dans les normes « nationales » et la saboter sur le plan culturel.Sous l\u2019œil torve des « francophones » en limousine ou en arrière-ban.Trop de Québécois l\u2019ignorent, mais la folklorisation est une terrible mécanique.D\u2019un côté, elle renforce les stéréotypes en évidant les symboles, en réifiant leur portée rassembleuse en les retirant de la vie pour en faire des artefacts inertes.C\u2019est ce que feront les Maisons bleues, 6 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 qui brandiront la fierté comme des vendeurs de voitures d\u2019occasion vantent la bonne affaire.De l\u2019autre, elle nourrit les attitudes qui renforcent les aptitudes à se mettre à distance de soi-même pour se penser dans l\u2019histoire.C\u2019est le volet politique de la chose.Peu importe la pou- tine, la ceinture fléchée et les sympathiques bourgades des régions tenues pour des refuges de mal dégrossis., la politique devient simagrées pour consommation locale.La gouverne de la CAQ est un efficace lubrifiant sur la spirale folklorisante.Une politique déconnectée du contexte réel du rapport des forces et de la logique de la domination, une politique de la joue tendue et de l\u2019éternelle minimisation des pertes, voilà ce qui attend le Québec à l\u2019aube de la campagne électorale et d\u2019un autre mandat pour consentir à se laisser dépouiller, à se laisser éjecter de sa trajectoire, à se laisser déposséder de près de cinq siècles d\u2019institutionnalisation.La loi 96 n\u2019est qu\u2019une demi-mesure et un prix de consolation pour tenter de se convaincre que le Québec n\u2019a pas baissé les bras.La loi 21 ne sera qu\u2019un matériau de plus pour laisser se déployer la vindicte multiculturaliste.Le Canada s\u2019apprête à lancer d\u2019autres opérations pour avancer encore plus rapidement sur la voie de la neutralisation de la province honteuse.Il le fera avec une grossièreté dont le Globe and Mail n\u2019aura jusqu\u2019ici donné qu\u2019un avant-goût.Mais il pourra compter sur une phalange de bonimenteurs qui lui serviront, à Radio-Canada et dans les médias, de porteurs de catafalques.Les vertueux « francophones » n\u2019en finiront plus de banaliser les « anecdotes malheureuses », de minimiser l\u2019anglicisation, de légitimer le dualisme d\u2019apartheid dans les structures institutionnelles. 7 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 De jouer les prêcheurs de tolérance et les désamorceurs de bombes alarmistes.Ils seront bien utiles au brouillage idéologique et au sabotage de l\u2019ordre symbolique.Après tout, ils se feront un devoir de nous ouvrir au monde, de poser au réalisme vertueux et de faire comme si le Canada ne broyait pas ce qui reste de capacité de faire ici société à part.Les puissances déréalisantes que sont devenus les médias servent d\u2019ores et déjà de relais pour une aliénation politique qui fait le lit de la CAQ.Que de frissons dans les salles de rédaction pour prendre la pose du contrepouvoir ! À faire migrer le quatrième pouvoir dans l\u2019arsenal de la cinquième colonne.À faire des manchettes pour nous séparer de nous-mêmes.Rien de tel qu\u2019une bonne chimère pour se donner l\u2019impression de s\u2019élever au-dessus de l\u2019ordinaire.L\u2019ordinaire de la soumission, de la médiocrité bleue, de la résignation bien-pensante.La campagne électorale qui vient donnera lieu à des prouesses d\u2019insignifiance, au déploiement de prodigieux stratagèmes de fuite du réel pour construire la politique du déni essentielle à la démission collective.Mais le simulacre va fonctionner.Non sans mal cependant, chez ceux et celles qui refusent de se laisser déporter dans un univers où le Québec devient chaque jour plus exotique pour lui-même.Le consentement à la minorisation s\u2019accompagne fatalement d\u2019une douleur sourde, celle du sentiment de s\u2019éprouver étranger à soi-même.D\u2019abord les insultes et l\u2019autodé- nigrement, ensuite l\u2019humiliation et puis la honte jusqu\u2019au reniement, comme l\u2019avait si bien décrit l\u2019annexe du rapport de la commission Laurendeau-Dunton.La logique régressive est inhérente à notre encastrement dans ce régime mortifère.Une question nationale se résout où elle pourrit tout, sans épargner aucun destin. 8 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 Il faudra de puissantes ressources intérieures pour résister à la distillation du mépris de soi.Et trouver la force de tenir, d\u2019inventer les moyens de reprendre l\u2019initiative.De sortir du labyrinthe.Il faudra profiter de l\u2019été pour faire le plein de beauté des paysages, de la puissance d\u2019élévation des œuvres et du réconfort des amitiés.L\u2019automne qui vient se dressera comme une dure épreuve pour la volonté de durer.Pour la volonté de faire lever l\u2019horizon.Il faudra se rappeler et se dire en serrant les dents que « Ça ne pourra pas toujours ne pas arriver » (Miron) u ASSIS L'assurance d\u2019une culture québécoise ASS Jorte et et vivante [13 temas, T7 Rocittd 8 re Le] STR pp ty HISTOIRE PATRIMOINE péri \"Here.de soutenir Noa r= TET OT-de là fe By dt [oi Tri = î lal Ml dd ONALE PET LS canin +! 1800 943-2519 | www.ssjbeq quebec D eRassemblement pourun PAYS SoUverain Québec notre seule patrie = www.rps.quebec LANGUE PATRIMOINE SOUVERAINETÉ FRANÇAISE NATIONAL DU QUESTS Fay fi ga hs de ia Mauricie Saint-Jean-Bapifste y WWW.complément Dictionnaire des\u201d patriotes 1837-1838 Deuxième édition, revue et augmentée \u2014 Le Dictionnaire CU LILLE et historique des patriotes 1837-1838, A M.A AX NL 4, 4 LX c'est l'histoire selle de plusieurs IE MEL IÈNE C'est pour ee faire connaître les méconnus mais surtout les inconnus, ces patriotes = ad Re ret atl + @ mx issus de ce vaste mouvement populaire fondé sur des idéaux Dn A Nd de liberte d\u2019 expression, de réformes sociales et de liberté d\u201d re ET + qu\u2019existe ce dictionnaire a Plus de 5000 patriotes répertoriés.7° ANON TX) Maintenant'offert'en versions numériques Contactez-nous pour plus d\u2019informations.info@guerin-editeur.qc.ca (.'GUERIN 514-842-3481 e www.guerin-editeur.qc.ca 11 Articles Pierre Lincourt* Un Québec pays à douze nations Question posée dans le contexte de la parution du premier livre d\u2019Étienne Alexandre Beauregard Le schisme identitaire [Boréal, coll.Essais, Montréal, 2022, 278 p.] Prenant comme point de départ certains commentaires de Carl Bergeron dans la critique à la fois positive, lucide et constructive qu\u2019il fait de l\u2019ouvrage de Beauregard, publiée dans L\u2019Action nationale (Mars-avril 2022, Vol.CXII, vol.3-4), j\u2019aimerais présenter deux arguments qui, à mon avis, montrent que la question autochtone est une question nationale et non sociale, incontournable pour l\u2019avenir de notre nation.J\u2019exposerai aussi brièvement mon point de vue sur notre ethnonyme, ou plutôt sur nos ethnonymes.Dans son solide essai, Beauregard décrit bien la tectonique des deux plaques idéologiques qui structurent la pensée politique québécoise des dernières années et témoigne du retour d\u2019une vision conservatrice et nationale des choses (l\u2019État unitaire) dans un contexte politique encore dominé par une vision diversitaire et dénationalisée (l\u2019État éclaté).Dans cette fresque, qui illustre le retour d\u2019une vision conservatrice et nationale des choses, aucune référence aux nations autochtones et au territoire.En effet, cette question *  Traducteur. 12 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 a occupé une place importante dans le discours nationaliste et indépendantiste à la fin des années soixante-dix et pendant les années 1980 uniquement.Depuis une vingtaine d\u2019années, elle est l\u2019apanage de la gauche multiculturaliste dénationalisée et de la mouvance antiraciste et décoloniale (que je regroupe ici sous le terme général de bloc de la diversité).Cette question est habituellement abordée par ce dernier dans le cadre plus général du procès de la civilisation occidentale telle qu\u2019elle s\u2019incarne au Québec.Pourtant, s\u2019il est une question fondamentale pour les nationalistes et les indépendantistes (que je désigne collectivement par le terme bloc national), c\u2019est bien celle des débuts de notre nation en cette partie de l\u2019Amérique du Nord aujourd\u2019hui appelée le Québec, alors occupée par des nations autochtones souveraines.La jonction théorique opérée entre les minorités en général et les membres des nations autochtones entraîne le congédiement symbolique de notre nation et son remplacement par une majorité raciste.Bergeron approuve l\u2019initiative de l\u2019auteur qui consacre un chapitre entier à la confiscation de l\u2019écologisme par la gauche dénationalisée : Refusant de concéder l\u2019exclusivité de ce thème stratégique [l\u2019écologisme] à la gauche, il propose une version de ce que pourrait être un écologisme conservateur et national, plaidant à juste titre que l\u2019écologie est par nature conservatrice.Nous lui suggérons pour notre part qu\u2019il ne devrait pas s\u2019en tenir à l\u2019écologisme (p.178).Il suggère ensuite une série de thèmes auxquels Beauregard pourrait appliquer le même procédé.Je me suis permis d\u2019ajouter à cette série de thèmes la question autochtone. 13 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 Les auteurs indépendantistes du renouveau conservateur du bloc national (pendant la période de 15 ans que Bergeron fait débuter avec La dénationalisation tranquille de Mathieu Bock-Côté) abandonnent la question autochtone au bloc de la diversité, comme si l\u2019éthique de la loyauté (opposée par Beauregard à l\u2019éthique de l\u2019altérité) interdisait de commencer par le commencement, c\u2019est-à-dire d\u2019interpréter dans une optique nationale les débuts de notre nation née dans le contexte d\u2019alliances avec les nations autochtones, selon un modèle différent de ceux des colonisations anglaise, espagnole et portugaise.En effet, le bloc de la diversité considère les nations autochtones comme de simples minorités parmi d\u2019autres, ce qui fait de notre nation la majorité blanche et raciste à abattre, privée de son enracinement historique et de la reconnaissance de l\u2019ancienneté de sa cohabitation pacifique avec les nations autochtones alors souveraines sur le territoire.Le bloc national doit donc reprendre avec ces dernières un dialogue de nation à nations, au nom des alliances fondatrices que nos ancêtres politiques respectifs ont conclues avant la Conquête.C\u2019est de toute façon une nécessité, au moins pour des raisons politiques et stratégiques, si nous voulons un jour faire reconnaître notre légitimité et l\u2019effectivité de notre État sur le territoire.Canadien, French Canadian et Québécois En passant, un peu de terminologie : presque tous les auteurs (dont Beauregard lui-même), de quelque tendance qu\u2019ils soient, utilisent le terme Canadiens français pour désigner notre nation avant la Révolution tranquille, et parfois même avant la Conquête.Or, nos ancêtres politiques ont été Canadiens de D\u2019Iberville jusqu\u2019à Papineau. 14 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 Selon moi, s\u2019il faut conserver quelque chose, c\u2019est bien la mémoire des fiers Canadiens, qui portaient le « beau nom de nos pères » (Octave Crémazie).Nos prédécesseurs ont ensuite vécu sous un nom de colonisés depuis le milieu du XIXe siècle, ce qui ne les a pas empêchés de connaître sur une période de cent cinquante ans une lente évolution qui a mené à l\u2019adoption libératrice de l\u2019ethnonyme Québécois.Je pense qu\u2019il serait inacceptable de revenir à notre nom de colonisés ; certains y songent, comme l\u2019écrivain Alexandre Soublière.À ce compte-là, je pense qu\u2019il faudrait alors reprendre le « beau nom » de nos ancêtres que les Britanniques d\u2019Amérique du Nord se sont approprié.Héritage à conserver, mais aussi à faire fructifier Il faut accepter le peuple québécois tel qu\u2019il est, nous dit Beauregard, voulant dire par là \u2013 lorgnant avec inquiétude du côté des progressistes fous \u2013 qu\u2019il faut renoncer à le changer.C\u2019est tout à la fois vrai et faux.L\u2019accepter tel qu\u2019il est, se contenter de ce qu\u2019il est, le célébrer tel qu\u2019il est, reviendrait à signer notre consentement à la fin de l\u2019Histoire et notre mort.Les peuples occidentaux se sont jetés dans le tumulte de l\u2019Histoire parce qu\u2019ils ne se contentaient pas de ce qu\u2019ils étaient et qu\u2019ils cherchaient, non seulement à défendre des intérêts et la survie du groupe, mais aussi à réaliser des valeurs et un destin (p.180).Oui, accepter le peuple québécois, même lorsqu\u2019il vote mal (selon le bon mot de MBC), qu\u2019il ne se « libère » pas assez vite à notre goût.Aimer sa parlure, nous reconnaître dans ses forces et ses faiblesses parce que ce sont aussi celles de chacun de nous. 15 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 Par contre, la résignation, l\u2019existence façonnée par les diktats de la consommation, le refus d\u2019assumer son plein potentiel, ne sont pas des modalités de fonctionnement acceptables pour une nation qui se respecte.En prenant comme modèle « notre grande aventure », soit l\u2019établissement de nos ancêtres politiques dans la négociation permanente avec les nations autochtones, sans qu\u2019aucune guerre soit menée contre ceux qui habitaient les territoires englobés dans les frontières du Québec d\u2019aujourd\u2019hui, nous pouvons aspirer à faire entrer à l\u2019ONU le premier État des Amériques créé par la collaboration d\u2019égal à égal entre une nation allochtone et des nations autochtones.En faisant fructifier ce riche héritage, avec fierté et dans la fidélité à nos origines, au-delà des clivages idéologiques, nous bâtirions pour notre nation les fondations les plus solides qui soient.u 16 Articles Le meilleur moyen de résoudre l\u2019opposition des deux groupes français et anglais [au Canada], c\u2019est de noyer la population française sous le flot continu d\u2019une immigration organisée méthodiquement, contrôlée au départ, accueillie à l\u2019arrivée, assurée d\u2019une situation privilégiée dans la colonie.Lord Durham (John Lambton, 1792-1840) (dans Report on the Affairs of British North America, 31 janvier 1839) Un peuple qui n\u2019est pas maître de son destin doit limiter le recrutement d\u2019immigrants à sa capacité d\u2019intégration.C\u2019est à cette condition que la diversité culturelle peut être enrichissante.Autrement, nos racines et notre identité sont en danger.Rosaire Morin (1923-1999), journaliste et administrateur, 1966 .Avant l\u2019arrivée au pouvoir du Parti libéral du Canada (PLC), dirigé par le premier ministre Justin Trudeau, en 2015, le Canada accueillait, bon an mal an, environ 250 000 immigrants par année ou un million de personnes tous les quatre ans, et cela entre 1990 et 2015.[N.B.: En 2021, le Canada ne comptait que cinq villes de plus d\u2019un million d\u2019habitants, soit Toronto, Montréal, Calgary, Ottawa et Edmonton.] Rodrigue Tremblay* Tripler la population du Canada  d\u2019ici l\u2019an 2100  Le projet du groupe de pression torontois Century Initiative *  Professeur émérite de sciences économiques à l\u2019Université de Montréal  et ancien ministre de l\u2019Industrie et du Commerce québécois. 17 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 Or, le 14 février 2022, le gouvernement libéral minoritaire en poste à Ottawa a dévoilé son plan1 d\u2019accueillir 1,33 million d\u2019immigrants, au cours des trois prochaines années.Si on y ajoute le nombre de réfugiés et de demandeurs d\u2019asile, celui des travailleurs temporaires, des étudiants étrangers2 et des visiteurs qui allongent indéfiniment leur présence en territoire canadien, ce nombre devrait facilement dépasser 1,5 million de personnes, soit se rapprocher de la population entière de la ville de Montréal (1,8 million d\u2019h.), à chaque période de trois ans, avec un effet multiplicateur qui ira en s\u2019accroissant.À ce rythme migratoire extrême, un des plus élevés au monde, le Canada ne sera plus reconnaissable, démo- graphiquement parlant, en moins d\u2019une génération.Une politique majeure de remplacement de population aura été accomplie, presque en catimini, sans débats publics, sans consultation générale et sans avoir fait des études approfondies sur les conséquences probables d\u2019un tel projet.La population canadienne devrait être informée des motifs et des objectifs politiques et économiques qui sont derrière une telle politique d\u2019enflure démographique.Dans une véritable démocratie3 « du peuple, par le peuple et pour le peuple », en effet, l\u2019adoption d\u2019une politique structurelle à très long terme devrait faire l\u2019objet d\u2019un référendum populaire, ou à tout le moins, devrait être soumise au peuple souverain à l\u2019occasion d\u2019une élection portant sur ce thème principal.1  Immigration,  Réfugiés  et  Citoyenneté  Canada,  Un  nouveau  plan  en  matière d\u2019immigration, Ottawa, 14 février 2022.2  Immigration Canada, Le Canada bat un record historique en accueillant  450 000 étudiants étrangers en 2021, 25 mars 2022.3  Rodrigue  Tremblay,  « Le  Canada  est-il  une  démocratie ? »,  Vigile,  21 décembre 2021. 18 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 Or, la question d\u2019une immigration ultra massive pour les prochaines décennies n\u2019a reçu aucune attention de la part des partis politiques et des médias, au cours de la dernière élection fédérale4.Rappelons que lors de cette élection générale, le parti libéral du Canada (PLC) obtint 32,6 pour cent des suffrages.De plus, comme le taux de participation à cette élection ne fut que de 62,9 pour cent, l\u2019appui populaire direct que le PLC a reçu de l\u2019ensemble des électeurs canadiens ne fut que de 20,3 pour cent.Dans les circonstances, il est difficile de conclure que le gouvernement minoritaire libéral actuel jouit d\u2019un mandat clair et légitime de la population canadienne pour changer substantiellement la composition démographique du Canada, au cours des décennies à venir, comme ce serait le cas avec la mise en place d\u2019une politique d\u2019immigration massive sur le long terme.D\u2019autre part, il est peu connu qu\u2019une proposition de tripler la population du Canada, d\u2019ici l\u2019an 2100, vient d\u2019un obscur organisme politique à but non lucratif, fondé en 2011 par un petit groupe de pression d\u2019hommes d\u2019affaires et de journalistes de Toronto et qui porte le nom de Century Initiative5 (Initiative du Siècle).Dans le passé, quand le gouvernement fédéral voulut mettre de l\u2019avant une politique structurelle d\u2019importance, comme ce fut le cas6 pour le projet de libre-échange com- 4  Les  principaux  enjeux  débattus  furent :  la  pandémie ;  les  armes  d\u2019assaut ; les garderies et le réchauffement climatique.5  Andy Blatchford, \u201cInfluential Liberal advisers want Canadian population  to triple by 2100\u201d, Global News, October 23, 2016.6  Bernard Conte, Tiers-Mondialisation de la planète, 2013, 284 p. 19 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 mercial avec les États-Unis, il mit sur pied une commission royale d\u2019enquête pour en mesurer toutes les conséquences.C\u2019était « La Commission royale sur l\u2019union économique et les perspectives de développement du Canada », également connue sous le nom de commission Macdonald.De plus, le peuple fut directement consulté sur la question, car l\u2019élection fédérale de 1988 porta essentiellement sur un seul enjeu : la signature d\u2019un accord de libre-échange avec les États-Unis, oui ou non.C\u2019est comme cela qu\u2019un gouvernement démocratique responsable procède.Autrement, il faut parler d\u2019un gouvernement oligarchique et autocratique.\u2022 La proposition du groupe de pression torontois Century Initiative Le projet du groupe torontois Century Initiative , est que le Canada \u2013 lequel comptait 37 millions d\u2019habitants au dernier recensement de 2021 et qui normalement, selon les projections officielles, devrait en compter 53 millions en l\u2019an 2100 (selon une progression démographique naturelle et une politique d\u2019immigration moyenne) \u2013 pourrait compter en l\u2019an 2100, non pas 53 millions d\u2019habitants comme prévu, mais bien 100 millions d\u2019habitants, pourvu que le gouvernement fédéral canadien adopte une politique d\u2019immigration très agressive À titre d\u2019exemple, selon le plan de l\u2019organisme de Toronto, le Canada compterait, dans à peine 78 ans, plusieurs méga- agglomérations urbaines de plus de dix millions d\u2019habitants, un peu comme la Chine d\u2019aujourd\u2019hui.Ainsi, il y est prévu que celle du Toronto métropolitain passerait de 8,8 à 33,5 millions d\u2019habitants ; celle du Montréal métropolitain gonflerait de 4,4 à 12,2 millions d\u2019habitants ; celle du Vancouver métropolitain grandirait de 3,3 à 11,9 millions 20 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 d\u2019habitants, etc.Plusieurs méga-agglomérations canadiennes auraient chacune, autant de population que celle de plusieurs pays indépendants de taille moyenne.Dans un tel scénario, il est à craindre que l\u2019équilibre politique interrégional au Canada ait de fortes chances d\u2019être rompu avec une province en particulier, l\u2019Ontario, laquelle en viendrait, en l\u2019an 2100, à compter à elle seule la moitié de la population canadienne.Il en irait de même de l\u2019équilibre linguistique officiel anglais-français au Canada, lequel serait rompu en faveur d\u2019une prédominance accrue de la langue anglaise.\u2022 Conséquences et faiblesses du projet de Century Initiative Il est à prévoir que de nombreuses conséquences découleraient de la mise en œuvre du projet démographique du groupe de pression Century Initiative.En effet, il s\u2019en suivrait de sérieuses conséquences tant économiques, politiques, sociales, culturelles, linguistiques, géographiques qu\u2019environnementales, pour le Canada.La première faiblesse d\u2019un pareil plan vient que sa divulgation ne s\u2019est point fait avec le dépôt d\u2019études et d\u2019analyses approfondies pour en appuyer le bien-fondé, notamment en ce qui concerne l\u2019impact global qu\u2019un tel projet aurait sur le niveau de vie et sur la qualité de vie des citoyens et citoyennes du Canada.La deuxième faiblesse vient du fait qu\u2019il n\u2019a guère donné lieu à d\u2019importants débats publics et qu\u2019il n\u2019a pas été suivi de consultations avec les gouvernements provinciaux, notamment avec le gouvernement du Québec, lequel possède des responsabilités et prérogatives historiques en matière d\u2019immigration. 21 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 \u2022 Le lobby du Century Initiative et le « Comité consultatif en matière de croissance économique » de 2016 Selon un des co-fondateurs du lobby Century Initiative, l\u2019homme d\u2019affaires torontois Dominic Barton (1962 \u2013 ), président de la firme de consultants McKinsey & Co \u2013 un Britannique né en Ouganda, et nommé par le premier ministre J.Trudeau ambassadeur du Canada en Chine, en 2019 \u2013 une croissance démographique rapide du Canada le positionnerait parmi les 45 pays les plus peuplés de la planète, en l\u2019an 2100.Ce statut de « gros » pays permettrait alors au gouvernement canadien de jouer un rôle accru sur la scène internationale.Selon cette vision des choses, l\u2019influence internationale du Canada augmenterait considérablement avec une plus forte population, en plus de favoriser la croissance économique brute dans l\u2019avenir.N.B.Le 23 octobre 2016, M.Barton donna une entrevue à la chaîne Global News au cours de laquelle il déclara : C\u2019est un gros chiffre [100 millions] \u2013 pour moi, c\u2019est plus qu\u2019un chiffre ambitieux »\u2026 « Cela changerait évidemment considérablement le pays.C\u2019est une vision différente\u2026 Mais je ne pense pas que ce soit de la folie (but I don\u2019t think it\u2019s crazy!) » On devrait savoir que tripler la population d\u2019un pays avec des gens de cultures différentes serait susceptible de causer bien plus qu\u2019un choc démographique.Car, en plus de chambarder profondément le Canada au plan de sa population, il est permis d\u2019entrevoir qu\u2019un tel projet provoquerait de multiples conséquences sociales, culturelles et linguistiques (congestion, pollution, surcharge des services publics et des installations de transport et déséconomies d\u2019échelle, ghet- toïsation, conflits linguistiques, criminalité, insécurité, etc.). 22 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 Et, fait non négligeable, considérant que le système de santé est déjà fortement surchargé et dégradé, c\u2019est tout le système social canadien qui pourrait s\u2019écrouler avec une croissance ultra rapide de la population.Face à des demandes exacerbées artificiellement, il faudrait évaluer quels seraient les niveaux d\u2019imposition qui seraient nécessaires pour assurer le maintien de la qualité des programmes de santé et d\u2019éducation au Canada.En d\u2019autres termes, le rêve démographique grandiose des promoteurs du Century Initiative pourrait tout aussi bien tourner au cauchemar pour les générations futures.En fait, il pourrait mettre en marche un processus de transformation sociale d\u2019appauvrissement ou de tiers-mondia- lisation du Canada6, avec toutes les conséquences que cela représenterait.Un fait aussi significatif à rapporter : M.Barton présida un comité fédéral consultatif de 14 membres sur la croissance économique, comité restreint que le gouvernement de J.Trudeau mit sur pied, le 18 mars 2016.[N.B.: Dans mon livre, publié chez Fides en 2018, La régression tranquille du Québec, 1980-2018, je précise (note 263, p.305) que cet important comité ne comptait aucun québécois francophone en son sein, sauf une vice-rectrice de l\u2019Université McGill portant un nom à consonance francophone.] Ce comité recommanda7 que le gouvernement fédéral accroisse les niveaux d\u2019immigration permanente à 450 000 personnes à partir de l\u2019année 2021, soit un accroissement de 50 pour cent par rapport aux niveaux 7  Campbell Clark, \u201cBig Canada concept has some major drawbacks\u201c, The  Globe and Mail, 30 octobre 2016. 23 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 atteints de 300 000 immigrants, en 2016, et qu\u2019il hausse graduellement ces niveaux à plus d\u2019un 1 000 000 d\u2019immigrants permanents par année, jusqu\u2019en l\u2019an 2100.\u2022 Les principaux arguments du Century Initiative pour tripler la population canadienne Les deux principaux arguments invoqués par Century Initiative pour tripler la population canadienne en moins d\u2019un siècle sont : 1\u2013 accroître l\u2019importance politique du Canada sur la scène internationale ; et, 2\u2013 augmenter le taux de croissance économique brut du Canada en augmentant le nombre de consommateurs et de travailleurs nationaux grâce à l\u2019immigration.Bref, la « grosseur pour la grosseur » peut-elle être une raison valable pour transformer de fond en comble l\u2019image démographique du Canada ?En effet, de tels arguments reposent essentiellement sur l\u2019idée que le niveau du produit intérieur brut (PIB) devrait être au centre des préoccupations des décideurs de politiques publiques.Qu\u2019en est-il de la qualité et du niveau de vie de la population ?À moins de vouloir devenir un empire fortement militarisé, le Canada joue déjà un rôle relativement important au plan international.Cependant, au cours des années, ce rôle s\u2019est quelque peu rétréci par rapport à ce qu\u2019il était du temps du premier ministre Lester B.Pearson (1897-1972), prix Nobel de la Paix en 1957.Les causes de ce déclin ne sont nullement dues au manque de poids démographique du Canada, mais plutôt au fait que les politiciens canadiens qui ont succédé à Lester B.Pearson n\u2019ont pas été à la 24 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 hauteur.Il y a plusieurs pays très peuplés dans le monde, mais ce sont souvent des pays relativement pauvres et leur masse démographique ne leur procure guère une place enviable sur la scène internationale.Le deuxième argument (niveau du PIB plutôt que niveau de vie) est un argument de gens d\u2019affaires et non pas celui d\u2019économistes.En effet, depuis 1989, le Canada est en situation de libre-échange commercial avec les États-Unis8.Les producteurs canadiens ne sont nullement limités au seul marché canadien pour écouler leurs produits.Ils sont en mesure d\u2019atteindre des niveaux de production qui génèrent des économies d\u2019échelle en exportant une partie de leur production sur le marché américain.C\u2019est ce que font déjà de nombreuses entreprises canadiennes.En contrepartie, les consommateurs canadiens ont accès à des importations en provenance des États- Unis, ce qui accroît la diversité des approvisionnements et ce qui stabilise les prix.\u2022 Les niveaux de vie dans le monde ne sont pas liés à la taille démographique des pays En effet, les niveaux de vie (PIB par hab.) dans le monde sont très peu reliés à la taille démographique des pays.Cela semble plutôt être le contraire.C\u2019est ce que montrent les travaux du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).Ainsi, le PNUD publie fréquemment un indice mondial de classement des pays en fonction du niveau de vie et de la qualité de vie de leurs habitants, l\u2019Indice de développement 8  L\u2019Accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis d\u2019Amérique  (ALÉ), fut paraphé en 1988 et il est entré en vigueur le 1er janvier 1989. Il  crée une zone de libre-échange entre les États-Unis et le Canada. Il a été  complété en 1994 et en 2020 par l\u2019Accord Canada-États-Unis-Mexique. 25 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 humain (IDH)9.Cet indice montre le niveau de développement qualitatif (espérance de vie, instruction, niveau de vie) d\u2019un pays, en tenant compte du potentiel économique.Sauf exception, ce sont immanquablement les pays de petite taille ou de taille moyenne qui occupent les premiers rangs, en ce qui concerne les niveaux de vie et la qualité de vie des habitants, et non pas les pays les plus peuplés.Il existe, dans la plupart des cas, une relation négative entre la grande taille démographique de certains pays et le niveau de vie de leur population.En 2019, à titre d\u2019exemple, les trois pays en tête de liste pour le niveau de vie et la qualité de vie étaient tous les trois des pays de moins de 10 millions d\u2019habitants : La Norvège (5,3 millions d\u2019h.), l\u2019Irlande (5,0 millions d\u2019h.) et la Suisse (8,5 millions d\u2019h.).Certains souhaiteraient peut-être que le Canada devienne une copie conforme des États-Unis, en vue d\u2019une éventuelle fusion entre les deux pays dans l\u2019avenir.Cependant, est-on vraiment persuadé que le climat social qui prévaut aux États-Unis soit une chose digne d\u2019émulation et qu\u2019il soit à l\u2019avantage des Canadiens de l\u2019importer ?\u2022 Le vieillissement de la population et la pénurie de main- d\u2019œuvre Deux autres arguments invoqués par le groupe de pression du Century Initiative en faveur d\u2019une immigration super massive : le premier serait de pallier le vieillissement de 9  Programme  des  Nations  unies  pour  le  développement  (PNUD),  Rapport sur le développement humain, Classement des États du monde par  l\u2019indice de développement humain, le 1er septembre 2020. 26 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 la population (provoqué par la baisse du taux de fécondité et par l\u2019augmentation de l\u2019espérance de vie) ; le deuxième viserait à prévenir une éventuelle pénurie de main-d\u2019œuvre causée par le départ à la retraite des « baby-boomers », soit la cohorte de population née entre 1947 et 1966 au Canada.Il est vrai que ces deux phénomènes nécessiteront des ajustements et des politiques d\u2019appoint à court et à moyen terme, c\u2019est-à-dire jusqu\u2019en l\u2019an 2050 approximativement, soit quand la cohorte des « baby-boomers » aura en grande partie disparu, mais non pas nécessairement à très long terme, sur la base de tout un siècle.Par exemple, il appert que l\u2019immigration en tant que telle ne modifie pas substantiellement la structure des âges d\u2019une population, essentiellement parce que la majorité des immigrants arrivent au pays à l\u2019âge adulte et que le programme de réunification des familles fait en sorte de faire venir des personnes immigrantes déjà âgées.À ce sujet, les travaux démographiques de Benoît Dubreuil et de Guillaume Marois montrent que l\u2019apport de l\u2019immigration sur une haute échelle n\u2019est pas une panacée pour rajeunir une population qu\u2019elle peut parfois accentuer son problème de vieillissement10.\u2022 Les moyens de pallier le phénomène du vieillissement de la population d\u2019ici l\u2019an 2050 D\u2019autres pays industrialisés sont confrontés au même problème d\u2019un choc démographique, et ils recourent à d\u2019autres moyens que de compter sur une immigration internationale massive pour y faire face.10  Benoît Dubreuil et Guillaume Marois, Le Remède imaginaire. Pourquoi  l\u2019immigration ne sauvera pas le Québec, 2011, 320 p. 27 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 Par exemple, le Japon est un pays prospère avec une population encore plus vieillissante que celle du Canada, mais il ne s\u2019en remet pas à l\u2019immigration internationale pour faire face au phénomène.En effet, un pays peut plutôt mettre de l\u2019avant des politiques natalistes, avec des mesures visant à hausser le taux de fécondité et à encourager les naissances ; d\u2019autres politiques pour retarder l\u2019âge de la retraite, compte tenu d\u2019une espérance de vie allongée, peuvent être mises de l\u2019avant ; il en va de même de mesures pour faire en sorte de faciliter et d\u2019accroître le rôle des femmes sur le marché du travail ; de même, comme plusieurs entreprises le font déjà, il est possible de recourir davantage à la robotique pour effectuer plusieurs tâches intensives en main- d\u2019œuvre ; et, en dernière analyse, un pays peut faire venir des travailleurs étrangers temporaires, en fonction de ses besoins économiques réels.Concernant la pénurie de main-d\u2019œuvre, il est important de bien situer cette question dans son contexte économique global.En théorie, si une industrie en particulier a un besoin de travailleurs spécialisés, une immigration ciblée de tels travailleurs peut y remédier.Cependant, si on parle d\u2019une pénurie généralisée à l\u2019ensemble de l\u2019économie que des variations dans les salaires et les programmes de formation ne peuvent combler, c\u2019est une tout autre affaire.En effet, si le taux de croissance démographique ralentit d\u2019une façon naturelle, les besoins de consommation vont aussi ralentir.Il en ira de même de certaines industries qui doivent s\u2019adapter à une demande fluctuante ou en concurrence avec l\u2019importation.Il y a danger alors de solutionner le problème d\u2019une pénurie de main-d\u2019œuvre dans une industrie en parti- 28 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 culier, mais en créant simultanément des pénuries de main-d\u2019œuvre dans d\u2019autres industries, notamment dans les secteurs de l\u2019éducation et de la santé, du logement, de l\u2019infrastructure routière et des services privés et publics en général, etc.L\u2019économie peut alors faire face à une spirale sans fin de besoins de main-d\u2019œuvre créés de toute pièce, gonflés par une population qui croît trop rapidement artificiellement, par l\u2019immigration.\u2022 L\u2019impact politique, linguistique et culturel sur les Canadiens français et sur le Québec français À ma connaissance, le groupe de « Initiative du siècle » n\u2019a fourni aucune réflexion sur les conséquences de son projet migratoire extrême sur les Canadiens français en générale, et sur la seule majorité politique qu\u2019ils occupent au Québec.Si le gouvernement canadien allait poursuivre sur la voie d\u2019un « Canada de 100 millions d\u2019habitants » en faisant appel à une immigration ultra massive, la place des Canadiens français au Canada ne pourrait que chuter dramatiquement au cours des décennies à venir.Au cours du XXe siècle, en effet, la politique d\u2019immigration canadienne s\u2019est traduite par une baisse continue du poids démographique et politique de la population de langue française au Canada.Ainsi, en 1941, 29,3 pour cent de la population du Canada était de langue maternelle française.Cependant, en 2016, ce pourcentage était tombé à 21,0 pour cent, une baisse de plus de huit points de pourcentage, en 75 ans.Avec la mise en œuvre du projet du groupe Century Initiative, il est possible d\u2019entrevoir une chute au moins aussi importante, au cours des 75 prochaines années.Il s\u2019en suivrait une situation qui menacerait la viabilité même et la pérennité de la langue française au Canada, au prochain siècle. 29 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 En ce qui concerne le Québec, la province fondatrice du Canada, son poids démographique dans l\u2019ensemble du Canada pourrait tomber en bas de 10 pour cent à la fin du siècle.Au Québec même, les francophones pourraient se retrouver en minorité sur le territoire de leurs ancêtres, pour la première fois en 500 ans.Si le gouvernement fédéral de J.Trudeau fait sien le projet de Century Initiative, cela fera de facto en sorte, par une politique migratoire extrême, de louisianiser le Québec et de marginaliser les Canadiens français.Conclusion Quand tout est pris en considération, et surtout si le gouvernement fédéral canadien continue de s\u2019inspirer du projet du lobby Century Initiative pour élaborer sa politique d\u2019immigration, c\u2019est à un véritable tsunami migratoire programmé auquel la population canadienne devra faire face au cours des prochaines années.Dans une véritable démocratie, l\u2019adoption d\u2019une telle politique gouvernementale à long terme devrait être soumise au peuple pour approbation.Or, ni la proposition du « Canada 100 millions » d\u2019habitants du lobby Century Initiative, ni la politique d\u2019immigration massive qui s\u2019en inspire, n\u2019ont fait l\u2019objet de débats publics.Ces mesures n\u2019ont pas été soumises à la population, soit à l\u2019occasion d\u2019un référendum, soit lors d\u2019une élection générale.Il s\u2019agit d\u2019une entorse majeure au principe démocratique.u 30 Articles Pierre Serré* Le pays woke et multiculturel Une analyse des liens entre le Parti libéral du Canada et les minorités d\u2019origine immigrante lors des élections fédérales de 2015, 2019 et 2021.Les élections fédérales du 19 octobre 2015, du 21 octobre 2019 et du 21 septembre 2021 ont toutes trois porté les libéraux de Justin Trudeau au pouvoir ; 2015 en gouvernement majoritaire, 2019 et 2021 en gouvernement minoritaire.Envers et contre toute compréhension la plus élémentaire qui soit, mais comme chaque fois, les interprétations les plus fantaisistes reviennent.« Les électeurs ont décidé du paysage politique pour les quatre prochaines années ».« Ce sera encore l\u2019Ouest contre le Centre et l\u2019Est » ou « les villes contre les campagnes » ou « le Québec contre le \u201cReste du Canada\u201d » (le RdC), comme au temps des belles années du Bloc québécois (BQ).« Rien de tout cela », selon d\u2019autres, plus perspicaces : ces trois élections, qui ont porté Justin Trudeau au pouvoir, traduisent tout le charisme et l\u2019habileté de celui-ci de même que la réussite de son équipe d\u2019élus et\u2026 de non-élus.Sans rejeter totalement ces éléments d\u2019explication des résultats réels, il reste pourtant impossible de comprendre quoi que ce soit à la nature du Parti libéral du Canada (PLC) et des gouvernements qu\u2019il a formés sans examiner les résultats globaux (les tableaux sont disponibles dans notre site internet) : *  Ph. D. sc. politique. pspedrito9@gmail.com 31 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 \u2022 À la simple lecture du Tableau A1, il saute aux yeux que les élections de 2019 et de 2021 se sont soldées par des victoires aux voix pour le Parti conservateur (PC), mais par des défaites aux sièges, lesquels ont couronné le PLC.\u2022 Deuxio, avec moins du tiers des voix, le PLC est néanmoins le parti appelé à former le gouvernement en 2019 et 2021 ; au fédéral, on ne peut trouver un parti porté au pouvoir avec de plus faibles appuis populaires.\u2022 Tertio, si les distorsions ont bénéficié au parti vainqueur, elles ont parfois légèrement renforcé la position du PC et celle du BQ, comme en 2019 et 2021.Autrement, la « prime au gagnant » provient de tous les tiers partis.Et lors des deux dernières élections, tous les partis ont alors contribué à mettre en selle un parti que plus des deux tiers des Canadiens n\u2019ont pas voulu voir gouverner.Mais nous nous intéressons au PLC, et plus précisément à la composition de ses appuis et au lien de représentation qui est à la base de son action politique et gouvernementale.Quelle est donc la nature du PLC ?La thèse la plus probable veut qu\u2019il soit insaisissable, opportuniste, allant du centre-gauche au centre-droite l\u2019échiquier politique fédéral selon les circonstances.On l\u2019a dit former des gouvernements qui s\u2019appuient sur les classes moyennes, mais qui sont contrôlés par l\u2019élite torontoise et montréalaise, alliant notamment population instruite aux professions intellectuelles et sociales et aux administrations publiques.On l\u2019a également pensé former des gouvernements émanant du centre du pays face aux provinces productrices de pétrole.À cet égard, parce qu\u2019elles mettent l\u2019accent sur les motivations individuelles et non 32 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 sur la valeur des votes, les analyses qui ne tiennent pas compte des impacts politiques des institutions sont peu utiles pour comprendre les résultats des élections.On peut à bon droit se demander ce qu\u2019est la place des minorités d\u2019origine immigrante dans les succès du PLC, en particulier quand on sait que ces minorités lui offrent de forts appuis.Le caractère plus ou moins bloc de leur vote intrigue1 quand on sait qu\u2019une part des minorités est formée de conservateurs idéologiques ou religieux prompts à appuyer le Parti conservateur (PC) alors qu\u2019une autre est composée d\u2019électeurs franchement de gauche qui appuient le Nouveau parti démocratique (NPD).Ce texte n\u2019est pas une analyse du multiculturalisme ni du « wokisme », notamment de la manière dont l\u2019électorat réagit à la part de l\u2019un et de l\u2019autre présentes dans l\u2019identité, le programme et la plateforme du PLC et de chacun des partis lors de chaque élection.Il s\u2019agit plutôt de voir comment s\u2019interpénètrent les différents types de clivages expliquant les comportements électoraux, les premiers, qui sont en lien avec l\u2019appartenance à une classe sociale, à une génération, à une région, etc., et les seconds, qui sont de nature identitaire, incluant l\u2019origine immigrante, le lieu de naissance, la culture, les traits physiques qui en font des minorités visibles (ou même audibles), la religion, etc.L\u2019hypothèse consiste à mesurer la place des minorités issues de l\u2019immigration et à déterminer à quel point, malgré leur poids démographique mineur à l\u2019échelle canadienne, elles occupent une place aujourd\u2019hui prépondérante au sein des gouvernements 1  Sans  toutefois  être  comparables  aux  décennies  d\u2019expérience  des  Québécois face à un vote monolithique (90 % et plus) offert par les non- francophones du Québec à l\u2019endroit du Parti libéral du Québec (PLQ). 33 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 libéraux et constante à tous les niveaux de pouvoir.Grâce aux distorsions induites par le mode de scrutin majoritaire, elles parviennent à constituer un poids déterminant quant à l\u2019orientation politique des gouvernements libéraux.L\u2019élément commun des communautés minoritaires Comment peut-on parler d\u2019un clivage identitaire au Canada ?Dans la perspective multiculturelle, « tous les Canadiens sont des descendants d\u2019immigrants », à l\u2019exception des autochtones.Mais même là, les autochtones pourraient être considérés « issus de l\u2019immigration », puisqu\u2019ils sont originaires d\u2019Asie.Mais alors, comment identifier les populations d\u2019origine immigrée pour les fins présentes ?Les populations d\u2019origine française et britannique sont considérées comme « populations natives », c.-à-d.celles dont la place a été consacrée dans l\u2019histoire du pays, notamment lors de ses grandes étapes constitutionnelles et dans ses institutions nationales.Les populations d\u2019origine immigrée sont celles qui ont dû s\u2019adapter à ces institutions, sachant qu\u2019elles ne disposeraient pas du droit, du pouvoir et des institutions qui leur permettraient de s\u2019intégrer sans s\u2019assimiler culturellement et linguistiquement.Il existe de multiples façons de définir les groupes minoritaires issus de l\u2019immigration.Compte tenu des variables disponibles au dernier recensement, elles peuvent être définies comme étant : \u2022 les communautés dont les membres sont essentiellement immigrants ou enfants d\u2019immigrants, soit les première et seconde générations ; ces groupes ont en commun une expérience concrète qui les singularise par rapport à la population native ; 34 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 \u2022 les communautés qui se singularisent par le fait qu\u2019il s\u2019agit de locuteurs utilisant une tierce langue, ce que sont des allophones, soit par leur langue maternelle ou leur langue parlée le plus souvent à la maison.Rarement ces allophones concernent-ils des personnes de troisième génération ou davantage ; \u2022 d\u2019autres communautés appartenant à la catégorie appelée « minorités visibles » par le gouvernement fédéral : sud-asiatiques, chinois, noirs, philippins, latino-américains, arabes et autres ; \u2022 d\u2019autres communautés non immigrantes entrant dans la constitution de la communauté anglophone au Québec ou de l\u2019une des communautés francophones dans les autres provinces.La diversité des origines pour ces groupes minoritaires constitue un obstacle de taille à l\u2019émergence d\u2019une seule et unique identité culturellement distincte.Une telle identité commune ne peut donc avoir une seule base migratoire, ethnique, culturelle, religieuse ou linguistique.L\u2019identité commune ne peut être que politique.Elle doit être supra- communautaire, c\u2019est-à-dire primer sur les identités particulières et sur tous les autres clivages sociaux.Au-delà de toutes les distinctions culturelles se trouve l\u2019expérience commune d\u2019être minoritaire dans une société majoritairement blanche, instruite et aisée, appuyée par les institutions nationales et globalement aux commandes politiques et économiques du pays.Si cette expérience « minoritaire » dépasse le Québec et son statut constitutionnel, elle rejoint pleinement la minorité anglophone du Québec, dont les trois quarts sont néanmoins d\u2019origine immigrante, même si son sta- 35 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 tut minoritaire est discutable, de même que les minorités francophones hors Québec, en les noyant cependant dans le tout minoritaire.Le besoin de reconnaissance et le désir de justice, voire de réparation, envers chacune des communautés constituantes sont à la base de leur action politique.Le nationalisme québécois rejoint ici le nationalisme canadien pour les membres des communautés minoritaires.Il s\u2019agit de trouver le meilleur moyen de protéger le statu quo politique et l\u2019avenir face aux projets de retrait de l\u2019État fédéral ou d\u2019indépendance du Québec.C\u2019est ici qu\u2019entre en scène un parti dédié à ces objectifs plus que tous les autres : le PLC, construit purement artificiel dépendant des caprices du mode de scrutin majoritaire ! Tous les acteurs politiques sont des construits artificiels Toutes les institutions politiques et tous les mécanismes de représentation comportent des conséquences politiques qui sont déterminantes quant à l\u2019exercice du pouvoir.Le moindre changement apporté à l\u2019une des composantes change la façon dont ce dernier est exercé, de même que les rapports entretenus par les partis entre eux.Il n\u2019existe donc aucun acteur politique « naturel » car la totalité des partis sont artificiellement produits par les institutions, les lois et les règles utilisées pour sélectionner les élus.Au cœur de ces mécanismes découpant chaque acteur se trouve le mode de scrutin.Ce dernier a des impacts directs sur la bonne fortune de chacun des partis, depuis le parti gagnant jusqu\u2019à tous les autres partis.Le type de relations définies par les règles électorales engendre la couleur particulière de chaque système de partis : tantôt un bipartisme et un pouvoir exercé en solitaire par un parti qui n\u2019obtient pas la majorité des voix et qui doit de ce fait gouverner pour la majorité des électeurs, tantôt un multipartisme amenant 36 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 la collaboration entre partis et la constitution de gouvernements de coalitions majoritaires aux voix ayant négocié entre eux les engagements de leurs gouvernements.Voici les principales raisons pour lesquelles le mode de scrutin majoritaire influence la nature des partis et des systèmes de partis : \u2022 il récompense les groupes à base communautaire ou ethnoculturelle qui votent en bloc, d\u2019autant plus lorsque ces groupes sont suffisamment nombreux pour prétendre à un impact national ; \u2022 il dévalue le vote des communautés majoritaires du fait qu\u2019elles ne votent pas en bloc.Leur impact politique moindre vient de leurs divisions selon plusieurs lignes de fracture.Conséquemment, leur clientèle électorale rassemble des groupes définis sur une autre base que purement communautaire.Parmi ces derniers groupes, on compte : \u2022 les femmes, dont la répartition est extrêmement stable d\u2019une circonscription à l\u2019autre, qui ne votent pas en bloc et qui n\u2019ont pas de parti spécifiquement dédié à la défense de leurs intérêts ; \u2022 les générations, pour les mêmes raisons, puisque leur répartition est plutôt stable et leur vote, plutôt divisé ; \u2022 les classes sociales, qu\u2019elles soient définies par le revenu, la part représentée par les faibles revenus, la scolarisation, la profession ou la propriété d\u2019un logement ; elles sont fortement divisées et mal réparties sur le territoire ; 37 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 \u2022 les secteurs industriels et les groupes d\u2019intérêts, y compris les institutions financières, les grandes entreprises étrangères ou canadiennes, les syndicats, les groupes sociaux ou environnementalistes ; leur influence trouve sans doute davantage son chemin par les voies du démarchage et des pressions politiques publiques ou discrètes que par le poids du nombre.À l\u2019opposé se trouvent des groupes géographiquement délimités, mais dont le poids minoritaire oblige à rechercher des alliances.Ces groupes incluent : \u2022 l\u2019Ouest, dont ni les quatre provinces ni aucune d\u2019entre elles ne présentent des résultats électoraux homogènes ; \u2022 la minorité nationale québécoise, marginalisée parce que divisée entre les différents partis pancanadiens, mais ne contrôlant aucun d\u2019entre eux.Cette recette permet à la majorité d\u2019absorber politiquement la minorité en faisant l\u2019économie d\u2019arrangements politiques (un statut particulier au lieu du statu quo) qui en permettraient la survie.Cette situation caractérise de plus en plus les rapports entre le Québec et les partis fédéraux au fur et à mesure que décroît le poids du Québec au Canada ; en votant pour le BQ, un parti de protestation, à partir des élections générales de 1993, la majorité québécoise empêche tout un chacun au Québec et dans le Canada hors Québec (CHQ) de nier l\u2019existence d\u2019une voix québécoise forte dans le paysage politique canadien.Cela dit, les conditions assurant le succès des groupes minoritaires dépendent de différents facteurs qu\u2019il convient d\u2019identifier. 38 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 Des règles du jeu qui favorisent les groupes minoritaires qui votent en bloc Le système politique canadien s\u2019offre aux groupes minoritaires qui se définissent par une identité communautaire.Ces groupes panclassistes, pangénérationnels, panrégionaux, de toutes les formations et de toutes les sphères d\u2019activité, sont : \u2022 capables de voter en bloc pour un parti, ou contre un ou plusieurs partis ; \u2022 suffisamment importants démographiquement pour susciter la convoitise des partis.Les données du recensement de 2016 disponibles par circonscription permettent d\u2019identifier différentes définitions des groupes supra-communautaires, qui donnent les pourcentages suivants : \u2022 les personnes d\u2019origine immigrante, qui représentent 22 % de la population canadienne ; \u2022 les enfants d\u2019immigrants, qui représentent une autre tranche de 18 % de la population, ce qui porte à 40 % la population canadienne pour qui l\u2019immigration est une réalité bien vivante ; \u2022 les effectifs immigrants récents, c\u2019est-à-dire arrivés au Canada de 1991 à 2016, soit 15 % de la population au recensement de 2016 (14 % sans l\u2019inclusion de 506 455 résidents non permanents en 2016, dont une bonne partie est devenue citoyenne canadienne par la suite) ; \u2022 les effectifs appartenant à l\u2019une ou l\u2019autre des « minorités visibles » autodésignées au recensement.Elles représentent 14 % de la population ; 39 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 \u2022 selon la langue maternelle, les non-francophones2 au Québec, qui représentent 22 % de la population (dont 8 % d\u2019anglophones), et les non-anglophones au CHQ, représentant 28 % selon la langue maternelle (dont 4 % de francophones) ; \u2022 selon la langue parlée au foyer, les non-francophones au Québec, qui représentent 19 % de la population (dont 11 % d\u2019anglophones), et les non-anglophones au CHQ, qui représentent 17 % de la population hors Québec (dont 2 % de francophones).Il va de soi que plusieurs de ces groupes s\u2019entrecroisent.Quel que soit l\u2019indicateur retenu, les facteurs qui détermineront leur degré d\u2019influence se résument à quelques-uns.Outre d\u2019être suffisamment nombreux et de voter en bloc en faveur d\u2019un parti, leur répartition géographique doit leur permettre (chose involontaire) de maximiser leur impact sur l\u2019issue du scrutin dans un maximum de circonscriptions, et cela de manière permanente de manière à tisser des liens avec chacun des partis à longue échéance, donc dans chaque circonscription (l\u2019espace) et durant plusieurs élections (le temps).Peu importe le critère utilisé pour les définir, les groupes minoritaires seront d\u2019autant plus capables d\u2019influencer que leur dispersion géographique évitera le gaspillage de votes : \u2022 par surconcentration de leurs électeurs : si 10 % d\u2019électeurs sont suffisants pour assurer l\u2019élection du candidat du parti qu\u2019elle favorise, toute proportion supérieure à ce 10 % des électeurs est inutile ; 2  Pour  la  langue  maternelle  et  la  langue  parlée  le  plus  souvent  au  foyer,  les  données  sur  les  groupes  linguistiques  ont  été  calculées  après  redistribution des  réponses multiples au prorata des  réponses  mentionnées. 40 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 \u2022 par sous-concentration ou dilution de leurs électeurs : s\u2019il faut à la minorité représenter au moins 15 % des électeurs pour permettre l\u2019élection de son candidat, dès lors qu\u2019elle représente une proportion inférieure à ce 15 %, ses votes sont perdus si son candidat n\u2019est pas élu ; \u2022 par la création de circonscriptions d\u2019une si grande taille qu\u2019elle dilue le poids des groupes minoritaires dans chaque circonscription, ou encore ; \u2022 par la création de circonscriptions découpées sur mesure (par gerrymandering), soit pour en réduire l\u2019impact au maximum, de sorte que la carte électorale contribue à l\u2019élection des partis adverses, soit pour en maximiser au contraire l\u2019impact de façon à favoriser l\u2019élection du parti qu\u2019ils favorisent.Dans la mesure où la confection de la carte électorale est effectuée par une commission autonome et à l\u2019abri des influences de toute sorte, cet argument tombe en désuétude.On devra ensuite trouver des liens clairs ou prédominants entre le vote au PLC et les caractéristiques relevant des groupes minoritaires.Ces liens seront d\u2019autant plus importants dans la mesure où ils sont déterminants pour l\u2019élection du candidat local.C\u2019est ce que révèlent des seuils électoraux, soit le pourcentage d\u2019effectifs d\u2019un groupe minoritaire sur un territoire donné qui permet l\u2019élection systématique des candidats libéraux, et en deçà duquel sont systématiquement élus des candidats des autres partis.Vérification : les variables corrélées avec le vote PLC L\u2019examen des liens entre les différentes variables et le vote libéral se fait d\u2019abord par le calcul des corrélations. 41 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 L\u2019objectif n\u2019est ni de mesurer les capacités explicatives, ni de trouver le meilleur modèle explicatif, ni de trouver le fractionnement le plus complet et le plus pertinent du territoire.Il s\u2019agit d\u2019observer les meilleures corrélations entre le vote et les différentes variables explicatives, en particulier celles reflétant la présence de groupes minoritaires.Pour ce faire, il est nécessaire de fragmenter le territoire plutôt que de se contenter de corrélations à l\u2019échelle canadienne.Celles-ci seraient très moyennes et masqueraient nécessairement l\u2019existence de cultures politiques régionales plus fortes, ce que révèleraient des corrélations plus fortes, et parfois contraires d\u2019une région à l\u2019autre.Un territoire découpé en un grand nombre de sous-ensembles régionaux aurait pour conséquence de permettre l\u2019existence de sous-régions rassemblant peu de circonscriptions ; du coup, les corrélations devraient être très nettes pour être significatives3.Une solution, même si elle n\u2019est pas idéale, permet d\u2019atteindre des résultats acceptables : restreindre le nombre de sous-ensembles régionaux, vérifier la concordance avec les corrélations d\u2019autres variables explicatives semblables, calculer la moyenne des trois élections.Dès lors il est possible d\u2019obtenir un portrait relativement juste des variables les plus importantes pour expliquer le vote4.3  L\u2019erreur écologique est évidemment toujours possible. Elle se produit  lorsque  la  corrélation  entre  x  et  y  est  positive  (ou  négative),  mais  qu\u2019elle est provoquée par une  troisième variable. Celle-ci  se  trouve à  masquer l\u2019existence d\u2019une corrélation de signe inverse entre x et y.4  Bien  sûr,  il  aurait  idéalement  fallu  multiplier  les  unités  d\u2019analyse  en  calculant  le  vote  par  quartier  et  par  municipalité,  un  travail  trop  important  pour  les  fins  présentes.  Mais  rien  n\u2019indique  que  d\u2019importantes variations au sein d\u2019une même sous-région n\u2019existeraient  pas,  étant  donné  que  chaque  RMR  est  potentiellement  dotée  de  sa  propre culture politique. 42 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 Cela dit, les coefficients de corrélations doivent être élevés au carré pour donner une idée de leur capacité explicative.Dès lors, des corrélations de +0,52 ou de -0,52 donnent 25 % d\u2019explication du vote.À 0,62, 0,72, 0,82, on obtient respectivement 36 %, 49 % et 64 % de capacité explicative, et ainsi de suite.Des corrélations de +0,95 ou -0,95 correspondent à un vote expliqué à la hauteur de 90 %.Sinon, à 0,42, le 16 % de capacité explicative est une indication plutôt\u2026 limitée.Les données de base, les 338 circonscriptions, comptent en moyenne plus de 100 000 personnes.Toutes les caractéristiques ethnoculturelles, religieuses, économiques, géné- rationnelles, etc.de chacune au recensement de 2016 sont disponibles sur le site de Statistique Canada.De là, il est possible de calculer toutes les corrélations entre chacune et le vote de 2015, 2019 et 2021 et de faire ressortir la moyenne des corrélations pour les trois événements.Il sera ainsi plus facile de dégager les plus fortes associations et les plus constantes pour chaque sous-région du territoire canadien et de procéder à un découpage régional qui soit le plus économique possible.Les données disponibles incluent l\u2019âge, les générations, l\u2019immigration, la langue, différentes autres données identitaires dont l\u2019autochtonie et les minorités visibles, ainsi que des données du type socio-économiques, dont la scolarité, les professions, le secteur d\u2019activité, les revenus, la pauvreté et la fréquence des faibles revenus dans la circonscription, la possession du logement.On peut rajouter des données sur l\u2019urbanisation, les provinces et les sous-ensembles géographiques5.5  Étaient  disponibles :  des  variables  d\u2019âge  (15),  de  connaissance  des  langues  officielles  (6),  de  Première  langue  officielle  parlée  (6),  de  langue  maternelle  (3),  de  langue  parlée  le  plus  souvent  à  la  maison  (3),  de  langue  parlée  le  plus  souvent  au  travail  (3),  de  revenu (6), de citoyenneté (4), du statut migratoire (3), de la période  d\u2019immigration (5), de la catégorie d\u2019immigration (4), des générations  (3), d\u2019autochtonie (5), de minorités visibles (7), du plus haut diplôme  43 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 À partir d\u2019un grand nombre de sous-régions par province/ groupe de provinces, en respectant la constitution de sous- régions ayant un minimum de 25 à 30 circonscriptions, les ensembles suivants ont été définis : \u2022 la RMR6 de Montréal, 39 circonscriptions ; \u2022 le Québec hors Montréal, 39 circonscriptions ; \u2022 la RMR de Toronto, 53 circonscriptions ; \u2022 l\u2019Ontario hors Toronto, 68 circonscriptions ; \u2022 les 4 métropoles de l\u2019Ouest, 57 circonscriptions (Vancouver, Edmonton, Calgary, Winnipeg) ; \u2022 l\u2019Ouest hors 4 métropoles, 50 circonscriptions (y compris les 3 territoires) ; \u2022 les Maritimes, 32 circonscriptions.Le Tableau 1 donne les huit premières variables associées positivement à la moyenne du vote libéral pour les trois élections.Le Tableau A2 reporté en annexe (voir site internet) donne les huit premières variables associées positivement ou négativement au vote libéral.obtenu  (4),  des  taux  d\u2019activité,  d\u2019emploi  et  de  chômage  (3),  des  professions  (5),  des  secteurs  industriels  (ou  secteurs  d\u2019activité,  6).  Grâce au  recoupement des  régions métropolitaines et des provinces  (10), il fut possible de dégager et de tester certaines délimitations des  régions (6), des sous-ensembles régionaux (7), et même de proposer  une  variable  donnant  une  idée  du  degré  d\u2019urbanisation  de  chaque  circonscription (6).6  Les  RMR  sont  les  « Régions  métropolitaines  de  recensement »,  définies par leur marché du travail de manière à être comparables au  national et à l\u2019international. T a b l e a u 1 : L e s h u i t p r e m i è r e s v a r i a b l e s e x p l i c a t i v e s p o s i t i v e s d u v o t e l i b é r a l ( p a r o r d r e d e c a p a c i t é s e x p l i c a t i v e s ) d a n s l e s d i f f é r e n t s e n s e m b l e s r é g i o n a u x d u C a n a d a , d \u2019 a p r è s l a m o y e n n e d e s c o r r é l a t i o n s d u v o t e l i b é r a l l o r s d e s é l e c t i o n s d e 2 0 1 5 , 2 0 1 9 e t 2 0 2 1 R M R d e M o n t r é a l ( n = 3 9 ) Q u é b e c h o r s M o n t r é a l ( n = 3 9 ) R M R d e T o r o n t o ( n = 5 3 ) O n t a r i o h o r s T o r o n t o ( n = 6 8 ) O u e s t - 4 m é t r o p o l e s * ( n = 5 7 ) O u e s t ( + t e r r .) h o r s 4 m é t r o p o l e s * * ( n = 5 0 ) M a r i t i m e s ( n = 3 2 ) M a x = - 0 , 9 0 1 1 M a x = 0 , 7 4 4 2 M a x = 0 , 7 1 6 5 M a x = - 0 , 7 2 8 2 M a x = 0 , 6 7 8 4 M a x = - 0 , 6 5 9 9 M a x = - 0 , 3 7 1 7 E n f a n t s d \u2019 i m m i g r a n t s ( + ) A n g l a i s , l a n g u e p a r l é e l e p l u s s o u v e n t a u t r a v a i l ( + ) T a u x d e c h ô m a g e ( + ) U n i v e r s i t a i r e , p l u s h a u t d i p l ô m e c o m p l é t é ( + ) F r é q u e n c e d e s f a i b l e s r e v e n u s ( + ) 2 - 4 - 5 P r o f e s s i o n s i n t e l l e c t u e l l e s e t s o c i a l e s ( + ) P r i m a i r e , p l u s h a u t d i p l ô m e c o m p l é t é ( + ) A l l o p h o n e s ( L M ) ( + ) C o n n a i s s a n c e d \u2019 a u m o i n s l \u2019 a n g l a i s ( + ) M i n o r i t é s v i s i b l e s ( + ) 2 - 4 - 5 P r o f e s s i o n s i n t e l l e c t u e l l e s e t s o c i a l e s ( + ) I m m i g r a n t s ( + ) A d m i n i s t r a t i o n s p u b l i q u e s ( + ) U n i l i n g u e s f r a n ç a i s ( C o n n .d e s L O ) ( + ) I m m i g r a n t s ( + ) A n g l o p h o n e s ( L P ) ( + ) I m m i g r a n t s ( + ) A d m i n i s t r a t i o n s p u b l i q u e s ( + ) I n d u s t r i e s d e l a f i n a n c e , d e l \u2019 i m m o b i l i e r , d e s a s s u r a n c e s ( + ) F r é q u e n c e d e s f a i b l e s r e v e n u s ( + ) T a u x d e c h ô m a g e ( + ) M i n o r i t é s v i s i b l e s ( + ) A n g l o p h o n e s ( L M ) ( + ) I m m i g r a n t s r é c e n t s ( 1 9 9 1 + ) ( + ) 0 - 1 - 3 P r o f e s s i o n s é c o n o m i q u e s e t s a n t é ( + ) A l l o p h o n e s ( L M ) ( + ) & A l l o p h o n e s ( L P ) ( + ) L o c a t a i r e s ( + ) F r a n ç a i s , l a n g u e p a r l é e l e p l u s s o u v e n t a u t r a v a i l ( + ) A l l o p h o n e s ( L P ) ( + ) B i l i n g u e s , c o n n .2 l a n g u e s o f f i c i e l l e s ( + ) F r é q u e n c e d e s f a i b l e s r e v e n u s ( + ) M i n o r i t é s v i s i b l e s ( + ) M i n o r i t é s v i s i b l e s ( + ) A l l o p h o n e s ( L M ) ( + ) & A l l o p h o n e s ( L P ) ( + ) Â g é s e n t r e 5 5 e t 6 4 a n s ( + ) & Â g é s s o i t e n t r e 5 0 e t 6 4 a n s , s o i t 4 0 a n s o u p l u s , 4 5 a n s o u p l u s , 5 0 a n s o u p l u s , 5 5 a n s o u p l u s , 6 5 a n s o u p l u s ( + ) A n g l a i s , P r e m i è r e l a n g u e o f f i c i e l l e p a r l é e ( + ) E n f a n t s d \u2019 i m m i g r a n t s ( + ) 6 P r o f e s s i o n s d u c o m m e r c e ( + ) I m m i g r a n t s r é c e n t s ( 1 9 9 1 + ) ( + ) E n f a n t s d \u2019 i m m i g r a n t s ( + ) A u t o c h t o n e s ( + ) N a t i f s d e p a r e n t s n a t i f s ( + ) A n g l a i s , l a n g u e p a r l é e l e p l u s s o u v e n t a u t r a v a i l ( + ) A n g l a i s , P r e m i è r e l a n g u e o f f i c i e l l e p a r l é e ( + ) % d e s t r a n s f e r t s g o u v e r n e m e n t a u x d a n s l e s r e v e n u s ( + ) B i l i n g u e s ( C o n n .d e s l a n g .o f f .) ( + ) & U n i l i n g u e s a n g l a i s ( - ) 6 P r o f e s s i o n s d u c o m m e r c e ( + ) A u t r e s l a n g u e s p a r l é e s l e p l u s s o u v e n t a u t r a v a i l ( + ) % d e s t r a n s f e r t s g o u v e r n e m e n t a u x d a n s l e s r e v e n u s ( + ) A n g l a i s , l a n g u e p a r l é e l e p l u s s o u v e n t a u m a i s o n ( + ) I m m i g r a n t s ( + ) A l l o p h o n e s ( L P ) ( + ) & A l l o p h o n e s ( L M ) ( + ) I m m i g r a n t s ( + ) % d e s t r a n s f e r t s g o u v e r n e m e n t a u x d a n s l e s r e v e n u s ( + ) B i l i n g u e s ( C o n n .d e s d e u x L O ) ( + ) & U n i l i n g u e s a n g l a i s ( C o n n .d e s l a n g .o f f .) ( - ) I m m i g r a n t s r é c e n t s ( 1 9 9 1 + ) ( + ) N o t e s : * V a n c o u v e r + E d m o n t o n + C a l g a r y + W i n n i p e g .* * L e s q u a t r e p r o v i n c e s d e l \u2019 O u e s t e t l e s t r o i s t e r r i t o i r e s . 45 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 Au Québec, les corrélations sont fort importantes, plus de 0,90 à Montréal et 0,74 hors de Montréal.Dans ces deux sous-régions, les variables les plus importantes relèvent toutes de la langue et des caractéristiques ethnocultu- relles ou de l\u2019immigration.À Montréal, deux grandes surprises : la première est l\u2019importance, dans l\u2019association avec le vote libéral, des enfants d\u2019immigrants, des immigrants et des minorités visibles.L\u2019autre est la prédominance des langues tierces face à l\u2019anglais, autant pour la langue maternelle que pour la langue parlée le plus souvent au foyer.De plus, contrairement au reste du Canada, où l\u2019anglais est associé négativement au PLC, cette langue l\u2019est positivement au Québec, ce qui reflète sans doute l\u2019importance des origines immigrantes de la communauté anglophone au Québec.En Ontario, Toronto diffère passablement l\u2019Ontario hors de la RMR.Alors que l\u2019on connaît une métropole toron- toise massivement libérale, il existe pourtant une importante variation du vote libéral.Elle provient justement de l\u2019origine immigrante de la population, en particulier de l\u2019appartenance aux minorités visibles, du fait d\u2019être immigrant ou d\u2019être immigrant récent (depuis 1991).Ces associations sont par ailleurs associées à la pauvreté, soit à la proportion de chômeurs, de faibles revenus, la part représentée par les transferts élevés dans les revenus, de professions liées au commerce et à la vente.Hors Toronto, les appuis libéraux proviennent d\u2019abord des personnes de scolarité universitaire, des professions intellectuelles et sociales, des administrations publiques et des professions économiques et de la santé.Le point d\u2019appui du PLC diffère donc passablement lorsque l\u2019on passe de Toronto au reste de l\u2019Ontario.D\u2019ailleurs, le vote libéral de Toronto semble avoir de nombreux points en commun avec celui de Montréal. 46 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 Dans l\u2019Ouest, le vote libéral est passablement différent selon que l\u2019on se trouve dans les quatre métropoles (Vancouver, Edmonton, Calgary et Winnipeg) ou non.En gros, ces dernières suivent le modèle torontois, alliant les variables de l\u2019immigration (immigrants, enfants d\u2019immigrants et minorités visibles, allophones (LM et LP) à celles de la pauvreté (fréquence des faibles revenus, % de chômeurs, emplois dans le commerce et la vente).Hors des métropoles de l\u2019Ouest, le vote rejoint celui de l\u2019Ontario hors Toronto, avec la part de professions intellectuelles et sociales, les administrations publiques, mais aussi la part de populations pauvres (fréquence des faibles revenus, locataires) et les proportions d\u2019allophones (langue maternelle, et langue parlée le plus souvent au foyer ou au travail), d\u2019autochtones.Enfin, dans les Maritimes, le vote libéral mur à mur n\u2019empêche que les corrélations les plus fortes indiquent l\u2019importance du vote des unilingues francophones, chômeurs et peu scolarisés, travaillant surtout en français et vivant de transferts gouvernementaux et d\u2019une moyenne d\u2019âge minimalement supérieure à 40 ans.Il ressort donc un PLC fortement associé à la population immigrante, mais également aux proportions d\u2019enfants d\u2019immigrants et de minorités visibles, d\u2019immigrants récents et d\u2019allophones.Appuyé ensuite par les populations pauvres et l\u2019élite politique et économique, le modèle est observable dans toutes les métropoles tandis qu\u2019ailleurs, une fois retiré l\u2019élément immigrant, les caractéristiques économiques demeurent.On peut noter qu\u2019au Québec, la prédominance des immigrants et variables connexes dans les corrélations avec le PLC passe en partie par l\u2019intégration linguistique en anglais.Et puisque la population anglophone est devenue essentiellement une population 47 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 immigrante, il n\u2019y a rien d\u2019incongru à ce que les locuteurs anglais du Québec rejoignent les populations allophones hors Québec dans leur appui au PLC7.Les seuils, les groupes minoritaires et les succès du PLC Au Canada, les liens entre le vote au PLC et les différentes variables associées à l\u2019immigration sont assez clairs.L\u2019existence de comportements libéraux dominants, c.-à-d.donnant une avance au PLC sur les autres partis chez les groupes d\u2019origine immigrante, peu importe leur définition, est une dimension extrêmement importante de la politique canadienne.Il s\u2019agit d\u2019une variable incontournable dans les calculs des partis fédéraux, à la fois durant les campagnes électorales et en dehors de celles-ci.Cette dimension structurelle va organiser le système de partis de manière constante.Notamment en créant, lorsque le vote de la majorité va dans un autre sens, des seuils départageant les sièges.Ces seuils sont variables selon la définition de la minorité, selon les sous-ensembles régionaux et selon les élections.Il peut même arriver que plusieurs seuils co-existent sur un même territoire, déterminant par exemple tantôt la prédominance des élus libéraux, tantôt celle des conservateurs, celle des néo-démocrates, celle des bloquistes, etc.On peut distinguer trois types de sièges délimités par les proportions d\u2019électeurs x : 7  Si  le  PLC  s\u2019appuie  sur  les  autochtones  dans  l\u2019Ouest  hors  des  4 métropoles et sur les francophones dans les Maritimes, où ces deux  dernières populations  y  sont  respectivement  les plus nombreuses par  rapport aux autres régions, les proportions y restent malgré tout faibles,  soit 14 % d\u2019autochtones dans l\u2019Ouest hors 4 métropoles et 10 % à 12 %  de francophones dans les Maritimes selon la variable choisie. 48 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 \u2022 sièges PLC du type A : ces situations révélant des comportements électoraux opposés \u2013 une opposition plus ou moins forte \u2013 entre les électeurs des minorités et les autres électeurs.\u2022 sièges PLC du type B : ces situations réfèrent aux circonscriptions ne présentant aucun seuil départageant les partis, peu importe la présence d\u2019électeurs des minorités.Ceci signifie que ceux-ci ne sont pas seuls à voter pour le candidat libéral.Il faut toutefois ajouter que leur influence existe à partir du moment où le groupe minoritaire représente au moins une certaine proportion minimale de la population.Cette proportion minimale est fixée à 5 % pour le Québec et à 10 % pour le CHQ8 ; \u2022 sièges PLC du type C : ces situations ont fait élire des candidats libéraux dans des circonscriptions où le ou les groupes minoritaires ne sont pas suffisamment nombreux pour influer sur les résultats électoraux.Ils sont présents dans des proportions inférieures à 5 % au Québec et à 10 % dans le Reste du Canada.Un mot sur le multipartisme par rapport au bipartisme.Les premières situations sont favorables à l\u2019influence des groupes minoritaires, qui forment des groupes moins portés à la diversification de leur vote que les populations natives de troisième génération ou plus.Au Québec, la proportion d\u2019effectifs minoritaires nécessaires à l\u2019élection 8  Cette  différence  se  justifie  du  fait  que  des  seuils  inférieurs  à  cette  proportion ont effectivement marqué quelques élections québécoises  depuis  les  élections  de  1970,  au  point  de  rendre  tous  les  partis  provinciaux sensibles à  la présence d\u2019une minorité non francophone.  Si 5 % paraît marginal au Québec, certains seuils ont néanmoins été  inférieurs à 4 % lors d\u2019élections québécoises, tandis que 10 % de non- francophones  hors  de  Montréal  est  le  seuil  maximal  atteint  depuis  1970 ;  toutes  les  circonscriptions  comptant  plus  de  10  %  de  non- francophones ont systématiquement faire élire les candidats libéraux. 49 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 des candidats du PLC est moins élevée que celles observées dans le cas du bipartisme provincial de 1970 jusqu\u2019à l\u2019explosion du multipartisme après 2003 puisque le vote francophone s\u2019est montré le seul à se diviser significativement entre plusieurs partis.La même chose vaut au CHQ, où au moins trois partis fédéraux obtiennent le vote de la majorité native même si l\u2019on observe chez les minorités, outre la prépondérance d\u2019un vote libéral, un certain niveau d\u2019appuis envers les conservateurs, autant envers les néo-démocrates.Analyser la politique fédérale en fonction de seuils faisant basculer les sièges d\u2019un parti à l\u2019autre n\u2019a rien de nouveau, en particulier au Québec, où l\u2019électorat semble agir de manière très cohérente sur le plan linguistique.Au Tableau A3, on trouvera les seuils de la RMR de Montréal et dans le Québec hors Montréal pour les élections fédérales de 1979 à 20219.Lors des élections, il est clair que les partis composent avec le poids réel des communautés tel que médiatisé par le mode de scrutin majoritaire.9  Un  exercice  similaire  peut  être  fait  pour  les  élections  québécoises  de  1970 à 2018. Les seuils mesurés sont de nature linguistique, c.-à-d. basés  sur la proportion de francophones selon la langue parlée le plus souvent  à la maison et souvent sur les petites municipalités et les quartiers (les  secteurs de recensement et les aires de diffusion) des agglomérations  de  plus  de  15 000  habitants.  Dans  la  RMR  de  Montréal,  avec  une  proportion  de  francophones  inférieure  aux  seuils,  95  %  des  sièges  (239 sur 253) étaient  libéraux, tandis qu\u2019au-delà des seuils, seulement  4 % des sièges (9 sur 211)  l\u2019étaient. Hors Montréal,  les pourcentages  respectifs étaient de 96 % (125/135) et de 7 % (30/417). Au total, pour  le Québec, les proportions respectives atteignaient 94 % (364/388) en  deçà  des  seuils  et  6  %  (39/628)  au-delà.  En  mesure  de  pénétration,  les  sièges  libéraux  hors  Montréal  représentaient  125  des  572  sièges,  constituant  un  bloc  de  22  %  des  sièges.  De  même,  à  Montréal,  les  239 sièges du PLC, représentant 49 % du total montréalais, étaient plus  nombreux que les 202 sièges remportés par tous les autres partis, soit  41  %  du  total.  Pour  l\u2019ensemble  du  Québec,  les  sièges  au-dessus  des  seuils représentent 34 % des 1 059 sièges de 1979 à 2021. À l\u2019opposé,  les  sièges  en  deçà  des  seuils  comptaient  pour  seulement  56  %  du  grand total pour toute la période. Une distorsion importante pour une  majorité représentant plus de 80 % de la population. 50 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 Cela dit, les seuils des élections de 2015, 2019 et 2021, sont présentés au Tableau 2.Ils ont été mesurés selon les huit indicateurs différents des groupes minoritaires, par région et pour chaque élection10.Par exemple, dans la RMR de Montréal en 2015, une proportion de 11,24 % de non-francophones (selon la langue maternelle) séparait les sièges majoritairement libéraux de ceux remportés par tous les autres partis, cela sans aucune zone mitoyenne11.Cela signifie que tous les sièges ayant plus de 11,24 % de non-francophones étaient libéraux, et tous ceux en ayant moins, remportés par les autres partis.Cette proportion passait à 20 % en 2019 et à 24,7 % en 2021.Autre exemple, dans les 4 métropoles de l\u2019Ouest, il fallait au moins 37,5 % d\u2019« immigrants et enfants d\u2019immi- 10  L\u2019idéal,  pour  mesurer  les  seuils,  serait  de  trouver  tous  les  sièges  du  PLC  d\u2019un  côté  de  la  limite  (pourcentage  x  d\u2019effectifs  minoritaires)  départageant  ces  seuils  face  à  tous  les  autres  seuils  de  l\u2019autre  côté.  Une telle situation pourtant est rare. La première règle utilisée, après  hiérarchisation des sièges selon leur proportion d\u2019effectifs minoritaires,  est  l\u2019observation  en  continu  de  sièges  libéraux  ou  l\u2019observation  en  continu  plus  ou  moins  un  siège.  Or,  pour  améliorer  le  partage  des  sièges par les seuils (puisque le seuil reste à déterminer), une seconde  règle est souhaitable. Celle-ci permet d\u2019étirer  la  limite de partage des  sièges, d\u2019autant plus que l\u2019on a affaire à plusieurs élections fédérales,  à plusieurs partis  et  à plusieurs « régions » de  taille  considérable  (et  donc de plus d\u2019une culture politique régionale). La seconde règle tient  en compte que,  si généralement  la part des sièges  libéraux part  à  la  baisse  en  dessous  du  seuil  pressenti,  elle  peut  repartir  à  la  hausse  lorsque sont pris en compte des sièges  libéraux qui comptent moins  d\u2019effectifs  minoritaires  que  le  seuil  pressenti.  Il  est  alors  préférable  de diminuer  le seuil  tant que  la proportion des sièges  libéraux va en  croissant, ce qui améliore la prédictivité du modèle.  Les  zones  mitoyennes  sont  définies  selon  les  mêmes  règles,  à  la  seule différence qu\u2019elles ont,  en gros,  entre  30 % et  70 % d\u2019effectifs  minoritaires.  On  peut  par  ailleurs  définir  plusieurs  autres  strates  correspondant à plusieurs seuils, mais  l\u2019objectif reste de simplifier  la  compréhension des résultats.11  Le  pourcentage  donné  permettent  de  départager  les  sièges  selon  l\u2019arrondissement nécessaire. 51 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 grants », en 2015, pour obtenir une majorité de sièges libéraux.Si la même chose a été observée en 2021, il n\u2019existait pourtant aucun seuil en 2019, d\u2019où l\u2019inexistence de sièges du type A dans cette région.Pour peu qu\u2019ils comptaient au moins 10 % d\u2019effectifs « immigrants et enfants d\u2019immigrants », il s\u2019agissait de sièges du type B, et autrement, du type C.Quant à l\u2019idée de donner un seuil global pour tout le Canada, la diversité des situations l\u2019interdit.Ces seuils seraient trop poreux pour signifier quelque règle de partage des sièges.Globalement, les seuils ont connu des variations significatives selon l\u2019indicateur des effectifs minoritaires et selon l\u2019élection générale.Par région : \u2022 ils ont été les plus faibles observés dans le Québec hors Montréal et à Montréal tout en demeurant discriminants dans ces deux régions ; \u2022 peu importe la définition utilisée, il n\u2019existait aucun seuil dans les Maritimes, ce qui signifie que les victoires libérales étaient indépendantes de la proportion d\u2019effectifs minoritaires ; ces proportions étaient d\u2019ailleurs trop faibles la plupart du temps pour entraîner quelque effet mesurable ; \u2022 dans l\u2019Ouest, en particulier hors des 4 métropoles, il a été fréquent de ne trouver aucun seuil départageant les sièges PLC des autres ; tout au plus, des seuils en 2015 départageant les sièges autres que libéraux de zones mitoyennes mêlant sièges libéraux aux autres sièges ; \u2022 à Toronto, l\u2019absence quasi totale de sièges remportés par les autres partis n\u2019empêche pas l\u2019existence de seuils.Avec des moyennes d\u2019effectifs minoritaires très élevées, il faut parfois au moins plus de 24,1 % d\u2019effec- 52 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 tifs minoritaires (comme pour les « enfants d\u2019immigrants ») pour que 47 des 53 sièges torontois soient remportés par le PLC ; en se basant sur les enfants d\u2019immigrants seulement, ces 40 % d\u2019« immigrants et enfants d\u2019immigrants » se transforment en aussi peu que 15 % d\u2019enfants d\u2019immigrants, ou 10 % d\u2019immigrants récents, ou 20 % d\u2019effectifs allophones selon la langue maternelle pour que commencent les majorités libérales.Quant aux sièges ayant moins d\u2019effectifs minoritaires que la proportion indiquée par les seuils, certains ont pu avoir été remportés par le PLC, mais la quasi-totalité ne l\u2019a pas été ; \u2022 dans l\u2019Ontario hors Toronto, le portrait global est calqué sur celui de Toronto avec quelques points de pourcentages en moins pour chaque seuil.Ces seuils permettent de classer toutes les circonscriptions (voir le Tableau 3 et le Tableau A4 en annexe pour le détail par région).La zone libérale et celle remportée par les autres partis sont définies tantôt par un seul seuil, lequel départageait les « deux » camps, ou deux seuils départageant trois zones, les deux premières déjà mentionnées ainsi qu\u2019une zone mitoyenne entre les deux camps.Dans l\u2019ensemble du Canada, après avoir fait la somme des sept régions, environ 90 % des sièges comptant au moins la proportion d\u2019effectifs minoritaires mentionnée par leur seuil respectif ont été remportés par le PLC, tandis que seulement 10 % à 25 % des sièges comptant moins que la proportion d\u2019effectifs minoritaires indiquée par les seuils ont été remportés par le PLC.Quelques observations sont remarquables : 53 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 \u2022 Tant pour 2015 que pour 2019 et 2021, sur le total des sièges libéraux lors de l\u2019une ou l\u2019autre élection, Toronto a fourni environ un tiers des victoires libérales en vertu d\u2019effectifs minoritaires suffisants (respectivement 47, 47 et 48 sièges).La métropole ontarienne était suivie de Montréal, avec environ 22 sièges en moyenne, de l\u2019Ontario hors Toronto avec 16 sièges, des 4 métropoles de l\u2019Ouest, avec environ 12 sièges, et du Québec hors Montréal avec une moyenne de près de 7 sièges.L\u2019addition des 7 régions a donné environ 120 sièges du PLC.L\u2019apport des circonscriptions provenant des zones en deçà des seuils ne représentait donc qu\u2019environ 25 sièges, laissant près de 30 sièges libéraux en provenance des zones mitoyennes ; \u2022 Si le poids de Toronto n\u2019est pas discutable, celui de Montréal l\u2019est.La métropole québécoise est presque déclassée par l\u2019Ontario hors Toronto et les 4 métropoles de l\u2019Ouest ; \u2022 En accordant la totalité de leurs sièges en 2015, les Maritimes ont amélioré les calculs des zones libérales pour cette élection.Par contre, en 2019 et en 2021, les proportions y étant inférieures à celles de Toronto et de Montréal, les Maritimes ont eu pour effet de diminuer la proportion des sièges remportés par le PLC, quels que soient les seuils impliqués ; \u2022 Il est exact d\u2019affirmer qu\u2019il n\u2019existe dans quelque état de nature aucun château-fort libéral, mais seulement des sièges libéraux remportés dans les milieux comptant suffisamment d\u2019effectifs minoritaires.L\u2019appellation précise de ces « châteaux forts » libéraux devrait renvoyer à leur caractère « non compétitif ».La mégasu- périorité du PLC ressort dans tous ces milieux non 54 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 compétitifs : en dehors de ceux-ci, c\u2019est-à-dire dans les milieux compétitifs, la compétition est forte et le PLC n\u2019obtient en moyenne qu\u2019une poignée de 15 à 25 sièges sur les 115 à 180 sièges disputés.Les mesures de structure de l\u2019électorat du PLC L\u2019influence des groupes minoritaires ne peut se limiter aux sièges du type A, révélés par des seuils qui traduisent des renversements du vote de la majorité par le vote des groupes minoritaires.Les sièges du type B ont également une importance dans la structure du vote libéral.Il est en effet possible que, même en l\u2019absence de seuils, plusieurs victoires libérales portent l\u2019empreinte d\u2019effectifs minoritaires dans leurs clientèles locales.Une telle chose est possible dans la mesure où les effectifs minoritaires représentent au moins une proportion minimale de l\u2019électorat, fixée à 5 % au Québec et à 10 % hors Québec.En deçà de ces pourcentages, soit le type C de sièges, il y a très peu de chances pour que les candidats libéraux aient répondu aux attentes de cet électorat.Note : un groupe minoritaire qui a voté en bloc et qui représente 5 % de l\u2019électorat d\u2019une circonscription peut néanmoins représenter un électeur sur sept dans une clientèle libérale constituant 35 % de l\u2019électorat, soit près de 15 % de la clientèle libérale totale.Le Tableau 4 présente la classification des sièges dans chaque région pour chaque élection.Le fait qu\u2019à l\u2019échelle canadienne une écrasante majorité des sièges libéraux appartiennent aux types A et B, soit respectivement plus d\u2019une centaine pour le premier groupe et de 20 à 40 pour le second, est certainement l\u2019élément le plus important à observer dans ce tableau.Rien de surprenant de constater que la rareté des sièges libéraux du type C puisque ceux-ci sont plus compétitifs que les sièges des types A et B.Par conséquent, Toronto, Montréal, les 4 RMR de l\u2019Ouest et 55 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 l\u2019Ontario hors Toronto présentent très peu de sièges du type C.Et pour l\u2019ensemble du Canada, un siège du type C sur deux provient des Maritimes.La dernière pièce du puzzle consiste à mesurer l\u2019influence des groupes minoritaires selon les différents types de postes occupés dans les gouvernements libéraux.En principe, les sièges disposant de l\u2019appui des groupes minoritaires disposent de majorités des voix parmi les plus fortes, ce qui leur offre des carrières politiques plus longues, avec plus de victoires et moins de défaites.Ces sièges permettent à leur détenteur d\u2019apprendre le fonctionnement du parti et du Parlement et rendent donc plus habiles leurs occupants.Ils amènent également une exposition plus intense et plus longue aux médias, ce qui rehausse la notoriété de ces élus.Les types A et B constituent également les meilleures rampes de lancement pour des candidats vedettes sans expérience, parachutés ou venus de l\u2019extérieur du parti.Un vote bloc pour le PLC de la part des groupes minoritaires est un facteur qui permet tous ces avantages plus les deux derniers ci-dessous, qui sont pourtant les plus importants : \u2022 la possibilité de demeurer en tout temps député, au pouvoir comme dans l\u2019opposition, ce qui confère une avance quasi insurmontable dans le réseautage entre les députés issus de ces circonscriptions ; \u2022 la constitution d\u2019une force politique basée sur leur trait commun, le fait d\u2019être élu grâce au vote des groupes minoritaires.En outre, le mode de scrutin fonctionne comme prévu puisqu\u2019il fait prévaloir de manière écrasante le lien de représentation sur les caractéristiques personnelles des candidats. 56 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 On peut d\u2019abord distinguer les simples députés des membres du conseil des ministres, et parmi ceux-ci12, un groupe de super-ministres comptant parmi les joueurs les plus importants, face à des ministres « juniors » qui servent souvent à atteindre les quotas d\u2019élus en provenance des provinces13, des femmes et des minorités toutes plus exotiques les unes que les autres.Face aux ministres, les simples députés, dont le rôle est d\u2019appuyer le gouvernement en toutes circonstances.Outre le premier ministre, ces huit ministères les plus importants14 incluent, dans l\u2019ordre et le désordre : \u2022 le Président du Conseil privé \u2022 le ministère des Finances \u2022 le Président du Conseil du trésor \u2022 le ministère des Affaires étrangères \u2022 le ministère des Affaires intergouvernementales \u2022 le ministère de la Défense \u2022 le ministère de la Justice et Procureur général du Canada \u2022 le ministère du Commerce international 12  Uniquement  les  conseils  des  ministres  formés  au  lendemain  des  élections ;  voir  le  site  du  premier  ministre  canadien.  En  incluant  ce  dernier,  le conseil des ministres comptait 31 membres en 2015, 37 en  2019 et 39 en 2021.13  Les trois gouvernements libéraux comptaient au moins un ministre de  chacune des provinces atlantiques.14  Ces  ministères,  dont  les  dénominations  varient  dans  le  temps,  pourraient être complétés par  l\u2019inclusion des ministères sectoriels.  Il  aurait fallu alors inclure une dizaine d\u2019autres ministres, si bien que la  présente distinction aurait été caduque. 57 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 À nouveau, les différents postes ont été classés selon leur type de circonscription, A (candidat élu grâce au vote des groupes minoritaires), B (candidat élu avec présence des groupes minoritaires) ou C (candidat élu sans présence des groupes minoritaires).Dans le Tableau 5, la première colonne donne la proportion des effectifs selon les différentes définitions des groupes minoritaires dans la population de chacune des sept régions du Canada.Cette présence dans la population ne correspond évidemment pas à la place occupée dans chacun des partis ; puisque les groupes minoritaires appuient davantage le PLC, leur poids relatif y est plus important que dans la population, et inversement pour les autres partis.Compte tenu également que les proportions du vote obtenues par le PLC lors de ses victoires (respectivement 39 %, 33 % et 32 % pour 2015, 2019 et 2021, voir le Tableau A5, en annexe) sont loin de 50 %, le poids des groupes minoritaires au sein du PLC s\u2019y trouve multiplié de 2 à 3 fois.Aussi, lorsque le PLC remporte les élections, il compte des effectifs supplémentaires de la population « native », ce qui fait diminuer d\u2019autant le poids des groupes minoritaires.Tout le contraire accompagne les défaites du PLC : le poids de ces derniers n\u2019y est jamais aussi grand que lorsque les appuis du parti se réduisent à leur vote.L\u2019arrivée du BQ en 1993 a également eu un impact sur le système de partis puisque les sept partis portés au pouvoir depuis cette date comptaient 4 % de moins de voix que les partis gagnants de la période précédente, eux-mêmes ayant 5 % des voix en moins.Quant au PLC de 2015 à 2021, ses gouvernements comptaient eux aussi une autre tranche de voix en moins, soit -3,6 %, pour une moyenne de 34,9 % des voix en moyenne.La désertion du PLC par les francophones au profit du BQ a indéniablement eu pour effet de rehausser la place qu\u2019y occupaient les groupes minoritaires. 58 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 Nombre de gouvernements et période % des voix Reculs 15 gouvernements formés de 1896 à 1953 47,0 % 12 gouvernements formés de 1957 à 1988 42,2 % -4,8 % 7 gouvernements formés de 1993 à 2011 38,4 % -3,8 % 3 gouvernements formés de 2015 à 2021 34,9 % -3,5 % L\u2019hypothèse initiale était que les groupes minoritaires occupent une présence de plus en plus imposante au fur et à mesure que l\u2019on monte dans la hiérarchie du PLC.À l\u2019échelle canadienne, cette hypothèse se confirme nettement lorsque sont comparées les proportions représentées dans la population pour chaque facteur, et toutes les proportions représentées par les circonscriptions A et B pour les huit indicateurs et les trois élections.Cela dit, parmi les élus, l\u2019hypothèse d\u2019un poids de plus en plus imposant semble se confirmer à l\u2019échelle canadienne, de justesse toutefois.L\u2019écart est tantôt palpable entre simples députés et ministres juniors, tantôt entre simples députés et superministres, ou encore entre ministres juniors et super- ministres.Il est manifeste que d\u2019autres facteurs entrent en compte dans la constitution des conseils des ministres.Ces derniers tiennent en effet autant de l\u2019atteinte d\u2019équilibres identitaires (femmes, minorités, générations, professions, revenus, etc.) que d\u2019un jeu d\u2019équilibre régional (la répartition régionale des 107 ministres et 394 simples députés est donnée au Tableau A7, en annexe).Le ratio « ministres/simples députés » y est supérieur à 0 pour trois 59 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 des quatre régions.Avec 19 % des ministres pour 32 % de la population, l\u2019Ouest était la région la plus sous-repré- sentée aux conseils des ministres (-13 %).Avec 13 % des simples députés, cette sous-représentation était plus forte encore dans ce groupe (-18 %).Mais à ce niveau, l\u2019Ouest n\u2019était pas la seule région à être sous-représentée puisque le Québec l\u2019était également, quoi que de bien peu : ses 23 % des sièges n\u2019ont fourni que 21 % des simples députés, une sous-représentation de -3 %.Par ailleurs, la constitution des gouvernements libéraux suit le croisement de deux variables : les types A, B ou C de sièges15 et la taille des agglomérations (la répartition des 107 ministres et 394 simples députés libéraux selon le type de sièges se trouve au Tableau A8, en annexe).Globalement, la part des circonscriptions du type A diminue avec la taille des agglomérations, tandis qu\u2019au contraire, la part du type C augmente.Quant aux sièges du type B, leur fréquence la plus élevée se trouve exactement au milieu du continuum, soit 40 % des sièges des RMR de taille moyenne (350 000 à 800 000 habitants).La même chose vaut pour les quatre régions, tant pour les ministres que pour les simples députés, et cela à chacune des trois élections.Le point de bascule se situe entre les agglomérations comptant entre les RMR comptant 350 000 et plus et les circonscriptions à RMR plus petites et hors RMR.En résumé, les déterminants du « wokisme » au Canada L\u2019idée de soutenir les populations immigrantes, qui rencontrent nécessairement de nombreux problèmes dans leur parcours d\u2019intégration, est évidemment tout à fait légitime.Pour sa part, le « wokisme », mouvement décou- 15  Selon les minorités visibles. 60 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 lant d\u2019un système politique bloqué et hors de portée pour les minorités, est une version pervertie de ces luttes.Le « multiculturalisme version canadienne » du « melting pot américain », est quant à lui une doctrine qui a l\u2019heureux avantage, pour Ottawa, de réduire le Québec au même rang que n\u2019importe quelle minorité d\u2019origine immigrante.Or pour celles-ci, il n\u2019est point de droit à l\u2019autodétermination.Le Québec n\u2019y est qu\u2019une grosse minorité constamment suspectée de remettre en question le « laisser-aller politique », maître-mot de l\u2019intégration à la canadienne.On pourrait développer bien davantage, mais il importe de revenir au propos central de ce texte.Pour résumer, le premier élément de ce texte traitait du point commun entre toutes les communautés minoritaires.Celles-ci n\u2019ont pas à se limiter aux seules minorités d\u2019origine immigrante, car il arrive que certaines d\u2019entre elles conservent quelques traits particuliers même après la génération ayant immigré.Il est donc possible de parler d\u2019une multitude de communautés d\u2019origines nationales ou régionales, culturelles, ethniques ou religieuses.Ce qui compte, pour l\u2019ensemble des communautés, est d\u2019avoir en commun le fait de vivre comme groupe minoritaire au sein d\u2019une communauté qui s\u2019est dotée d\u2019institutions à son image.Cela dit, le mode de scrutin majoritaire joue un rôle fondamental dans la définition des acteurs politiques en valorisant les communautés minoritaires votant en bloc en faveur ou en défaveur d\u2019un parti.Plus que tous les autres groupes de nature sociale, générationnelle, industrielle et même régionale, ces groupes qui votent en bloc se retrouvent maintenant, au Canada, en nombre tel et dans suffisamment de milieux pour être désormais le groupe électoral le plus puissant électoralement.Telle est la fin du bilinguisme et du biculturalisme, la fin d\u2019une certaine idée du Canada. 61 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 Les corrélations entre les groupes minoritaires, pour lesquels huit définitions ont été testées, et le PLC ont démontré leur primauté par rapport à toutes les autres variables, y compris dans des lieux comme Toronto, pourtant libérale mur à mur (Tableaux 1 et A2).Si la compréhension du vote libéral se module selon le milieu étudié, absolument tous les milieux révèlent de fortes associations entre le vote au PLC et les groupes minoritaires, auxquels s\u2019ajoutent des soutiens parmi les populations démunies, peu scolarisées, locataires, travaillant dans des emplois du secteur de la vente, chômeurs et comptant sur les transferts gouvernementaux dans leurs revenus.Ces populations sont appuyées par les personnes de scolarité universitaire, les professions intellectuelles et sociales, les travailleurs des administrations publiques.Ce modèle appelle évidemment à contrôler l\u2019effet de chaque variable, toutes choses étant égales, et d\u2019en arriver à la hiérarchisation de chaque variable ou groupe de variables.Cet exercice n\u2019a toutefois pas lieu d\u2019être puisqu\u2019il s\u2019agit au premier chef de tenir compte des effets du mode de scrutin majoritaire dans l\u2019élection des candidats libéraux.Les comportements plus ou moins blocs des groupes minoritaires produisent des seuils qui départagent les sièges libéraux de ceux des autres partis (Tableau 2).Avec au moins le pourcentage indiqué par le seuil, variable selon la région et l\u2019élection, près de 90 % des sièges étaient libéraux, tandis qu\u2019en deçà, entre 75 % et 85 % ont été remportés par les autres partis (Tableau 3 et A4).Les seuils signifient le plus souvent qu\u2019il existe un vote bloc chez le groupe minoritaire et que ce dernier renverse le vote de la majorité.Plus d\u2019une centaine de sièges à chaque élection tombent dans ce type de sièges appelé type A, soit environ les deux tiers des sièges libéraux.À ceux-ci s\u2019ajoutent les sièges du type B (Tableau 4), remportés par le PLC non 62 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 pas en vertu de seuils, mais malgré tout marqués par la présence de groupes minoritaires, au moins dans une proportion minimale (5 % au Québec et 10 % hors Québec).Le type C rassemble les sièges qui comptaient peu ou pas d\u2019effectifs minoritaires.Globalement, les sièges A et B ont représenté entre 125 et 160 sièges remportés par le PLC, autant en 2015 qu\u2019en 2019 et en 2021.Cet aspect du vote est synthétisé au Tableau 5 (et Tableau A6) dans différentes mesures de structure de l\u2019électorat libéral, soit chez les simples députés, les ministres juniors et les superministres.Ainsi, les groupes minoritaires voient leur poids dans la population être multiplié de 3,5 fois en moyenne au point de constituer la quasi-totalité des sièges libéraux tout particulièrement parmi les postes de ministres, notamment à Toronto, Montréal, dans les 4 RMR de l\u2019Ouest et dans l\u2019Ontario hors Toronto.Il s\u2019agit d\u2019une force incontournable contrôlant les députations libérales, une force qui s\u2019accentue au fur et à mesure que l\u2019on augmente dans la hiérarchie du parti.En conclusion, le lien de représentation, produit dominant des élections À force d\u2019étudier les résultats électoraux, limiter l\u2019impact des groupes minoritaires à la présence d\u2019individus eux- mêmes d\u2019origine immigrante apparaît non seulement erroné, mais une erreur de débutant.Le lien de représentation est le produit dominant des élections.À cet égard, le mode de scrutin majoritaire fonctionne parfaitement, le système de partis fédéraux (un bipartisme à parti dominant, le PLC) et les partis eux-mêmes en sont les manifestations les plus éclatantes.Le mouvement « woke » et le multiculturalisme canadien s\u2019appuient sur des forces de distorsion structurelles et non sur quelque conjoncture passagère.L\u2019œil du 63 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 spécialiste autant que celui du militant ou du profane est tellement absorbé par l\u2019actualité immédiate qu\u2019il peine à saisir les transformations qui se produisent sur une longue période de temps.Donc, au Canada, le mouvement « woke » et le multicul- turalisme canadien sont des forces considérables qui ne sont pas constituées exclusivement d\u2019individus d\u2019origine immigrante.Les élus libéraux qui ne sont pas eux-mêmes issus des minorités en sont néanmoins les premiers porte- parole.À l\u2019inverse, certains individus d\u2019origine immigrante sont d\u2019ardents adversaires du multiculturalisme en raison de leur lien de représentation, c\u2019est-à-dire lorsqu\u2019une majorité de leurs électeurs qui s\u2019y opposent.Pour le Québec, la première implication est celle d\u2019avoir assisté en douce à l\u2019implantation d\u2019un nouveau nationalisme canadien totalement coupé de ses racines historiques, prompt à l\u2019utilisation de la force du nombre pour réduire à néant le problème Québec/Canada.Dans l\u2019optique multiculturelle, un gouvernement fédéral fort est la seule option garantissant l\u2019accès aux promesses de richesse du pays.Foin du droit à l\u2019autodétermination du Québec, exit un éventuel statut particulier, ou même la simple reconnaissance du Québec comme nation.Les secondes implications ont trait aux prétentions d\u2019intégration des immigrants par le Québec au sein d\u2019un creuset intégrateur ayant le français pour caractéristique première.Et la nécessaire protection de ce creuset à l\u2019encontre de la politique de laisser-aller linguistique commune à toutes les langues en situation de domination.Dans cette nécessité reconnue et partagée de faire sauter les obstacles à l\u2019intégration, l\u2019État québécois cherche également à implanter une politique de laïcité des agents de l\u2019État en position 64 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 d\u2019autorité.Là encore, comme pour le libre choix linguistique, l\u2019affirmation d\u2019un Québec peuplé de citoyens égaux face au multiculturalisme canadien génère des chocs brutaux.Les tribunaux fédéraux engagés dans cette lutte ne manquent pas d\u2019appuis trouvés au sein des Chartes des droits et des libertés québécoise et canadienne.Travailler à l\u2019intégration des immigrants devrait impliquer de pouvoir contrôler davantage celle-ci.Or l\u2019augmentation des quotas de travailleurs temporaires a permis à Ottawa de mettre en place un système de recrutement alternatif qui représente désormais autant d\u2019immigrants que les volumes portant la griffe du Québec.Ce contournement des critères de sélection du Québec sur son propre territoire et l\u2019imposition de volumes d\u2019immigrants extraordinaires, compte tenu de la taille de sa population et de ses capacités d\u2019intégration linguistique, ne peuvent qu\u2019avoir des impacts délétères à moyen terme pour les Québec français.Enfin, cette transformation du nationalisme canadien présage de transformations en cours au Québec lui-même.La disparition de la minorité anglo-québécoise, qui constitue aujourd\u2019hui moins de 2 % de la population, n\u2019a pas empêché la constitution en 50 ans d\u2019une communauté de locuteurs anglophones issus d\u2019une flopée de sources (immigrante ou native, née au Québec ou ailleurs au Canada, assimilée ou intégrée à la sphère anglophone), laquelle dépasse aujourd\u2019hui 1,1 million d\u2019individus.Or, après un sommet favorable au français au début des années 90, la vulnérabilité du français s\u2019est accentuée au cours des 30 dernières années, une fragilité que les volumes hype- rélevés d\u2019immigration vont poursuivre.Non seulement le mur qui séparait la majorité francophone de son indépendance en 1995 est toujours présent, mais il s\u2019est de plus élargi depuis. 65 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 Quant à la transposition du « wokisme canadien » à un « wokisme québécois », elle implique la reconnaissance exclusive du statut de « victime » aux minorités d\u2019origine immigrante et est incapable de composer avec un Québec dominé par le Canada anglais.Sans fondements historiques, sans compréhension des rapports politiques, constitutionnels et juridiques entre le Québec et le Canada anglais, le Québec court le risque de reproduire la dérive du Canada, un pays incapable de recomposer son fédéralisme, de faire face à sa nouvelle réalité et de protéger le fait français.u 66 Articles André Campeau* Itinéraire d\u2019un chercheur-citoyen  au Québec Comment peut-on faire société ?** « La société n\u2019est rien, mais on n\u2019a pas autre chose » disait Pierre Maranda1 dans ses cours d\u2019anthropologie à l\u2019Université Laval.Énoncé absurde ?Énigmatique ?Aveu d\u2019impuissance ?Proposition de recherche ?On peut aborder cet énoncé sous plusieurs angles.Reste qu\u2019il indique la place que devrait tenir la société dans les préoccupations humaines : elle est incontournable.Tout le monde se fait une idée de la société.Je vais donc commencer par là.La société est une affaire personnelle avant d\u2019être une expérience problématisée et un objet de recherche.Mon expérience de la société est coupée en deux.Voici 30 ans, en 1992, j\u2019ai commencé à étudier la société, objet d\u2019anthropologie.J\u2019ai d\u2019abord cherché à l\u2019envers, en commençant par l\u2019exclusion, puis en poursuivant avec la colonisation.1  Anthropologue (1930-2015). Dans  le prolongement du structuralisme  de Claude Lévi-Strauss, il a travaillé sur la formule canonique et le cube  sémiographique, des moyens analytiques applicables aux mythes.*  Anthropologue.**  Une  version  préliminaire  (abrégée)  de  cet  article  a  fait  l\u2019objet  d\u2019une  communication  à  l\u2019occasion  du  Cercle  de  paroles  organisé  par  Concertation-Femme et  la Bibliothèque d\u2019Ahuntsic  le 23  février 2022.  Au préalable, la communication avait été commentée par Lucie Bernier,  Maysoun  Faouri  et  Sylvie  Payette  qui  organisent  les  Cercles.  Je  les  remercie de la pertinence de leurs suggestions en soulignant que mes  propos n\u2019engagent que moi. Les personnes participant à ce Cercle ont  contribué à l\u2019avancement de l\u2019article. Je les en remercie. 67 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 Mes recherches et mon enseignement m\u2019ont porté vers les principes de regroupement social et les moyens de faire société.Je me suis penché sur les rapports sociaux, leur aménagement et leur transformation, en me tournant vers les fondements de la société2.Aujourd\u2019hui, après la fin d\u2019un terrain de quatre années dans le quartier où j\u2019habite, je m\u2019interroge sur la société humaine, porteuse d\u2019enjeux contemporains.Disons-le tout de suite, je n\u2019ai pas l\u2019intention d\u2019offrir des réponses ou des solutions, tout au plus des questions de recherche.Mon questionnement porte sur le mot « société ».Que recouvre ce mot ?Que dit-il ?De quoi parle-t-il ?Offre-t-il des ressources pour s\u2019en sortir ?Dans un contexte où l\u2019isolement augmente et les identités polarisent, quelles pistes de recherche l\u2019anthropologue peut-il esquisser ?La société, une affaire personnelle Toute ma vie, je me suis fait une idée de la société.Je suis né à Montréal.Dans Ahuntsic où j\u2019ai habité la moitié de ma vie.Mes parents y sont nés et y ont vécu toute leur vie.Ils évoquaient souvent la Crise des années 1930 qu\u2019ils avaient vécues différemment même s\u2019ils habitaient des rues voisines l\u2019une de l\u2019autre.Mes grands-parents étaient nés sur des fermes, derrière Vaudreuil à peu de distance de Montréal du côté paternel et, pas loin de Trévise en Italie du Nord-Est, du côté maternel.2  Cet article reprend la problématique de Robert Lowie sur les principes  de  regroupement en société  (Primitive Society paru en  1920 et Social  Organization paru en 1948) et de Maurice Godelier sur les fondements  sociaux  (Au  fondement  des  sociétés  humaines,  paru  en  2007).  Je  n\u2019entends pas élargir  leurs questions, mais relancer  leur proposition,  sans perdre de  vue  le  travail de  Jacques Donzelot  relatif  aux mêmes  préoccupations (Faire société, avec Catherine Mével et Anne Wyvekens,  paru en 2003). 68 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 Leur installation à Montréal après la Première Guerre mondiale change leur vie, celle des enfants qui vont y naître et le cours des héritages à transmettre.En passant d\u2019un monde agricole à un monde urbain et industriel, d\u2019un monde où on cherche à thésauriser à un monde où on investit, ils sont entrés dans la mutation contemporaine au début du XXe siècle, en composant avec le libéralisme, chacun à leur manière.Né Canadien français catholique, vers la fin d\u2019une société repliée sur elle-même et pratiquant religieusement le sacrifice, je me suis débattu avec le mot société.Il amalgamait la plupart des règles qu\u2019il fallait suivre, des normes auxquelles se soumettre.Nos parents étaient les premiers instruments de la contrainte, suivis d\u2019assez près par la directrice de l\u2019école primaire et le curé de la paroisse.Au nom de l\u2019autorité qu\u2019ils exerçaient, pas grand-chose ne leur échappait de la vie des jeunes qu\u2019il fallait éduquer dans un monde de turbulences, celui des années 1960.La seule mention du mot société déchaînait entre mes sœurs et moi, à la maison, ou avec mes amis au collège, des discussions passionnées sur la liberté comme antidote au poison normatif.Je vous laisse imaginer le contenu du mot liberté pour de jeunes Québécois rejetant la tradition cana- dienne-française catholique encore vive à l\u2019époque.Jusques là, nous habitions la maison des parents.Quitter la maison familiale et quitter l\u2019école, allait-il nous libérer de la société ?Telle était notre vision des choses.La mienne en tous cas.Certains parents encourageaient leurs enfants dans cette voie (la liberté), d\u2019autres se braquaient dans la discipline.Dans ce cas, il fallait claquer la porte pour partir.Mes sœurs et moi avons quitté la maison des parents et nous sommes recomposés à l\u2019intersection des identités en 69 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 ébullition (générationnelle, sexuelle, culturelle, sociale, économique).Au cours des deux décennies qui suivent (1970-1980), le mot société s\u2019efface, son poids décline.Il est plus ou moins oblitéré par le mot identité.Au Québec, le régime a été transformé, la société, touchée : réagencement des relations entre hommes et femmes, libéralisation, laïcisation, restauration de la langue, démocratisation de l\u2019éducation, émergence d\u2019un sujet québécois.Tout ça bouillonnait en même temps et nous projetait de tous bords tous côtés en cassant les moules qui avaient servi pour fabriquer le monde de mes grands-parents et celui de mes parents.J\u2019ai joint une grande corporation où j\u2019ai escaladé quelques échelons dans la hiérarchie gestionnaire, mes sœurs plus résistantes ont préféré les coopératives (alimentation et habitation).La visée néolibérale d\u2019un individu sans passé et sans lien social, est devenue un prisme par lequel le monde était vu et même construit : un je-gestionnaire prenait place, un travailleur autonome s\u2019installait, plus ou moins sans société en dehors du travail.Dans ce contexte, je n\u2019étais pas seul à vivre les fragmentations, les désaffiliations, les démariages, les polarisations qui se multipliaient.Il a fallu que je voyage dans le monde pour me rendre compte que toutes les sociétés ne sont pas de même facture, que tous les destins individuels ne sont pas fabriqués dans le même moule et que les enfer- mements ne prennent pas tous la même forme.Souvent, le choc culturel n\u2019est pas vécu à l\u2019aller, mais au retour en prenant la mesure des écarts entre plusieurs mondes.Confronté par mon vécu et mes voyages, je commençais à voir autre chose et autrement au tournant de 1990.La 70 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 société n\u2019était plus un système de contraintes pour l\u2019individu qui cherche son chemin dans le monde.La société était ce que l\u2019individu défait, délie, dissout en réalisant les missions corporatives pour lesquelles il est salarié.Certains se moulent dans le nouveau régime.D\u2019autres, dans la mesure des moyens dont ils disposent, se repositionnent.Chercher la société, à l\u2019envers Entre société contraignante dont des jeunes cherchaient à s\u2019éjecter et identité mythique dont plusieurs faisaient la quête, nous étions passé d\u2019une société du sacrifice et du repli sur soi (1840-1970) à une société de la performance et du dépli de soi (à partir de 1970-1980).Autrement dit le régime avait basculé, pas seulement moi.Au-delà de la société répressive et de l\u2019identité recherchée qui ont marqué les quarante premières années de ma vie, il y avait place à des questions et des problématiques.En optant pour l\u2019anthropologie sociale au début des années 1990, j\u2019ai viré à 180°.Mais au-delà du voyage, que fait l\u2019anthropologue ?Première caractéristique : il arrive par le dehors, dans des sociétés autres puis dans la sienne.Deuxièmement : il n\u2019est pas dans l\u2019instantané.Ses terrains vont durer un an ou deux, voire quatre ou cinq et même huit ou neuf ans.Troisième élément : le point de départ est le sujet local dont il va explorer le monde, les parts connues et inconnues.Et dernier élément : son approche de la composition des mondes est qualitative et comparative.Au fil d\u2019un peu plus de deux décennies (1992-2016), j\u2019ai cherché la société à l\u2019envers, depuis les vies bouleversées, chamboulées.Durant cette période j\u2019ai étudié, enseigné et cherché.Il faut du temps pour constituer son anthropologie.Ça ne relève pas de la quête ou du voyage, mais d\u2019une 71 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 application de la pensée à la science du devenir humain et des formes de vie humaine, sociale.Dans le cours de sa pratique, dans l\u2019exercice de son métier, l\u2019anthropologue est pris entre\u2026 le sujet humain et l\u2019objet de recherche.En recueillant les témoignages de gens plus ou moins sans société, je me suis penché sur l\u2019exclusion.J\u2019ai rencontré des travailleurs vieillissants, des fonctionnaires mis en disponibilité, des jeunes de la rue, souvent des gens isolés, plus ou moins aptes à former une collectivité.J\u2019ai croisé des organisations divisées par l\u2019âge et par l\u2019évaluation individuelle.Au regard de ce sujet humain, j\u2019ai travaillé sur le processus d\u2019exclusion, ses logiques et ses effets.J\u2019ai noté qu\u2019il y avait de l\u2019auto-exclusion induite, et surtout que la part symbolique de ce processus agissant dans la société, clivait celle-ci.En me tournant vers les archives et la littérature, je me suis penché sur des formes sociales à petite échelle, un village en Gaspésie, Grande-Vallée, et une filiation dans le Haut-Saint-Laurent québécois.Le sujet n\u2019était plus abordé en tant qu\u2019individu, mais en tant que collectivité, aux prises avec une situation socio-historique particulière.A priori j\u2019aurais pu poursuivre avec l\u2019exclusion comme objet de recherche, mais des lectures en « études coloniales et postcoloniales », m\u2019ont mené vers la colonisation (en tant que processus et régime) où des sociétés sont en rapport asymétrique avec d\u2019autres sociétés.La colonisation est un objet de recherche exigeant avec lequel on ne finit pas de se colleter.J\u2019associe la colonisation à une double exclusion, à la fois cognitive et politique.Le sujet colonisé ne détient pas les moyens cognitifs et politiques pour changer la donne.Nombre d\u2019institutions avec lesquelles il doit composer sont hétérogènes, elles ne sont 72 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 pas de son fait.C\u2019est aussi le cas des repères symboliques.On observe des gens n\u2019ayant pas accès aux forêts avoisinant leur village ou encore des familles exclues sur une terre.Ne souhaitant pas présenter des portraits de société à mes étudiants du collégial, je me suis tourné vers la mutation anthropologique qui traverse les sociétés de part en part : le passage à l\u2019agriculture et à l\u2019élevage, puis le passage à l\u2019industrie et au capital3.Dans l\u2019optique d\u2019un anthropologue, une société s\u2019étudie à petite échelle, celle de la localité, du village ou du quartier.Or, peu importe l\u2019échelle, toutes les sociétés sont complexes et se transforment.Toute société demande une attention patiente, longue, pour saisir les systèmes de relations qui y sont manifestes et les processus sociaux qui les traversent.En comparant les sociétés, des correspondances ressortent, lesquelles renvoient à des structures communes, dont homo sapiens serait porteur4.Plus on se penche sur les commencements générés par homo sapiens, plus on met le doigt sur des constantes qui débordent les particularités.Poser le problème anthropologique du devenir humain, 3  Il  y  a  plusieurs  fils  conducteurs  pour  appréhender  les  grandes  mutations  anthropologiques.  Au  cours  du  néolithique,  homo  sapiens invente deux écritures (celle des mots, celle des nombres) et  déploie  une  vaste  intelligence  syntaxique,  arithmétique.  La  mutation  contemporaine,  quant  à  elle,  est  caractérisée  par  l\u2019invention  de  l\u2019écriture du code (informatique) et  le déploiement d\u2019une intelligence  dite artificielle.4  À  partir  d\u2019écrits  produits  en  anthropologie,  j\u2019ai  lu  sur  les  Urus  de  Chipaya  en  Haute-Bolivie,  ce  qui  m\u2019a  mené  au  régime  inca  et  à  la  colonisation  espagnole.  Sur  les  sociétés  iroquoises  au  Québec  en  Amérique  du  Nord-Est  et  les  sociétés  touarègues  au  Niger  dans  le  Sahara  sont  venues  par  la  suite.  Au  Québec,  sur  les  Algonquins  et  les  Innus, ceux-ci  tout  récemment. Les Rapanui et  l\u2019aire des sociétés  polynésiennes couvrant  l\u2019océan Pacifique, de même que  les Pawnees  et les sociétés des Plaines au Centre de l\u2019Amérique du Nord font aussi  partie de ma base comparative. 73 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 soulève le problème des formes de vie sociale et, donc, de la société.La plupart des gens retiennent la diversité, la différence entre sociétés.Or on peut observer des constantes d\u2019une société à l\u2019autre.Toutes les sociétés ont des maisons, des parentés, des rituels, des associations, des assemblées, une langue, des politiques partagées, des récits communs.Au sein des sociétés, s\u2019associent des personnes de parentés différentes et s\u2019assemblent des personnes issues d\u2019associations et de parentés distinctes.Les personnes vivent et se gouvernent dans une langue.La langue n\u2019est pas un simple outil de communication.Elle est l\u2019assise de l\u2019être au monde d\u2019une société et du soi.La projection et l\u2019organisation d\u2019un ensemble humain passent par une langue.Les réflexions de chacun aussi.Ce serait dans les associations multiples du sujet de langage d\u2019une société5 que la collision entre émotions et intérêts est minimisée : le passage au symbolique du sujet, ses relations, leur multiplicité dans de nombreux groupes sociaux, réduirait le risque de collisions6.Pour enseigner le cours Enjeux contemporains au collégial, je me suis déplacé, sans perdre de vue le mot société qui demeurait mon objet de science, donc de débats, de nouvelles questions et de re-problématisations.Sans que ce soit définitif, j\u2019associais de plus en plus souvent le mot « société » au concept « rapport social ».Au fil des années d\u2019étude, d\u2019enseignement et de recherche, la rela- 5  Nous  parlons  une  langue  dont  nous  sommes  sujet  locuteur  en  y  circonscrivant  un  langage  propre  à  notre  condition  sociale,  notre  éducation, nos actions, lectures et réflexions. Le sujet est individuel et  collectif.6  On trouve cette idée relative aux associations multiples du sujet chez  Robert  Lowie  (dans  Primitive  Society)  et  chez  Hannah  Arendt  (dans  Condition de l\u2019homme moderne). 74 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 tion comme point focal avait déplacé la personne, l\u2019individu, lequel n\u2019était plus au point de départ de la recherche.En posant les relations au centre, la perspective a changé.Il y aurait du « nous » à plusieurs niveaux, ceux de la société et ceux de l\u2019humanité7.Dans cette perspective, une hypothèse émerge : la société, un aménagement de rapports sociaux en mutation.Les comparaisons entre sociétés font ressortir que les positions dans les rapports sociaux (tant en société qu\u2019entre sociétés) ne sont pas toutes équivalentes, certaines attestant d\u2019une asymétrie, alors que d\u2019autres tendent vers la symétrie, certaines permettant des marges de manœuvre, d\u2019autres non.Les rapports sociaux se constituent sur la base de relations qui sont un lieu de tensions, d\u2019émotions.Cette analyse en termes de rapports sociaux n\u2019est pas originale.On la trouve chez l\u2019anthropologue Alain Testart8.Chercher la société, au plus près L\u2019année 2015 a marqué un point tournant.Des préoccupations m\u2019ont mené vers la production de trois dossiers analytiques, prenant comme point de départ soit un conte bas-laurentien, un mythe pawnee, une littérature de guerre en Europe.Au fil de ces dossiers, mon autoposition d\u2019an- 7  Les  sociétés  n\u2019ont  comme  vecteur  ni  l\u2019unité,  ni  l\u2019identité,  mais  un  aménagement  de  rapports  sociaux  qui  tend  à  minimiser  la  casse.  Aménager un rapport social ne veut pas dire changer de position dans un  rapport qui se maintient. Ça veut dire déhiérarchiser et recadrer le rapport.8  Alain  Testart,  2021,  Principes  de  sociologie  générale  1.  Rapports  sociaux  fondamentaux  et  formes  de  dépendance,  Paris,  CNRS  Éditions.  Testart  avance  que  l\u2019anthropologie,  dans  sa  pratique  comparative,  peut  proposer  une  sociologie  générale  des  rapports  sociaux.  Le  rapport  social  renvoie  à  une  forme  plus  instituée,  hiérarchisée,  régulée  des  relations.  Comme  lui,  j\u2019appelle  position  la  place  que  chacun  tient  dans un rapport social. La transformation de régime et le système de  propriété font aussi partie de son objet de recherche. 75 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 thropologue était recadrée vers le passé récent et le proche avenir, le gouvernement de soi et des autres, l\u2019émergence d\u2019un sujet collectif et l\u2019adjacentéité du chercheur9.Sur quelles bases ce déplacement a-t-il pu se faire ?En 2016, avec l\u2019anthropologue David Aubé, nous cocréons le Studarium, cabinet de travail commun fait pour échanger par écrit à propos de nos objets de recherche respectifs.La discipline de l\u2019écriture est rarement interrompue, à peine quelques fois par année, pour une rencontre de vive voix ou une vacance méritée.Nous visons l\u2019application de la pensée à l\u2019anthropologie.Nos échanges contribuent à des réflexions et productions distinctes, propres à chacun de nous.Nous ne sommes ni subventionnés, ni dirigés par d\u2019autres.Dès nos premiers échanges, David insiste sur un point : pas d\u2019anthropologie sans terrain.En mars 2017, j\u2019entre sur un nouveau terrain en devenant membre de Solidarité- Ahuntsic, Table de concertation du quartier où j\u2019habite.Et en août 2017, je m\u2019associe à la Société d\u2019histoire d\u2019Ahunt- sic-Cartierville.Je suis toujours membre de la Société d\u2019histoire à laquelle je contribue, avec l\u2019aide de Jacques Lebleu, coordonnateur du bulletin semestriel.Mes articles dans le bulletin sont en lien avec le terrain.Les articles de Jacques et d\u2019autres collaborateurs témoignent de la transformation locale et contribuent à l\u2019avancée des connaissances10.9  Adjacentéité de l\u2019anthropologue : à  la fois situé, voisin, proche, contre  (en  face  et  au  contraire).  Ce  serait  un  accompagnement  qui  peut  prendre  soin  du  sujet  et  s\u2019y  opposer.  Paul  Rabinow  (1944-2021)  a  développé  cette  position  de  terrain,  dépassant  ainsi  l\u2019observation  participante classique en anthropologie sociale.10  Les bulletins (Au fil d\u2019Ahuntsic, Bordeaux et Cartierville) sont disponibles  sur le site de la Société d\u2019Histoire d\u2019Ahuntsic-Cartierville (SHAC) et à la  bibliothèque d\u2019Ahuntsic. 76 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 En juin 2021, après quatre années, je me retire.Simple césure suivie d\u2019un réalignement ou rupture plus nette en vue d\u2019une production écrite ?Rien n\u2019est définitif.Mais la matière recueillie pendant ces 4 années fait l\u2019objet d\u2019un retour en vue de produire de nouvelles connaissances.Ce matériel porte le titre Relations ahuntsicoises : procès-verbaux, documents, rapports et articles, récits de vie, entretiens formels, et informels, notes auto/ethnographiques, et ethnographiques, archives, romans, statistiques, photos.Ce à quoi j\u2019inclus ma production écrite au cours de ces années.En cherchant, je n\u2019ai pas prédisposé l\u2019exclusion sociale, la (dé)colonisation ou la mutation anthropologique.J\u2019ai privilégié une route ouverte, laissant aux relations locales, le soin de faire émerger des notions nouvelles, aptes à constituer des objets de recherche qui sont à découvrir, sans présupposer la méthode de construction de l\u2019objet.Les notions de maison, forme de vie, espace public et localité ont pris une place significative dans l\u2019objet de recherche11.Ce n\u2019était ni envisagé ni préfiguré au moment de franchir le seuil du terrain.Du côté du sujet humain, j\u2019ai rencontré des citoyens, des bénévoles, des intervenantes, des dirigeantes, des agentes, des élues (des femmes en majeure partie).Ahuntsic est un quartier de Montréal (centre-nord) dont la population est de 80 175 habitants (selon le recensement 2016, données colligées par Centraide à la rue près).Parmi les habitants, 22 % sont seuls, 32 % ont immigré pendant leur vie, 20 % 11  Ces notions sont envisagées depuis une anthropologie critique de  la  modernité. La maison est à la fois résidence, habitation et institution.  La forme de vie éclaire un ensemble de pratiques indicatives du devenir  du  sujet  humain.  L\u2019espace  public  renvoie  à  la  rencontre  autonome  entre  humains  désignant  le  politique  à  l\u2019œuvre,  cet  espace  entre  les  humains  dont  il  est  question  chez  Hannah  Arendt.  La  production  symbolique de la localité est observée dans ses fragments épars, dans  les liens qui y sont créés. 77 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 ont de faibles revenus.Près de la moitié des ménages locataires paie plus de 30 % de leur revenu en loyer.La Table de concertation Solidarité Ahuntsic est un centre névralgique du champ communautaire qui comprend une soixantaine d\u2019organismes, des élus municipaux et provinciaux, des agents de l\u2019État et quelques citoyens du quartier12.  Tracés à gros traits, tels sont les éléments du sujet humain et de l\u2019objet de recherche entre lesquels je m\u2019active.Le mot société ne disparaît pas sous les allers-retours entre sujet et objet, il demeure l\u2019attracteur.Il donne un sens à la poursuite du travail et motive mon retour occasionnel sur le terrain pour une rencontre.Sans aller jusqu\u2019à représenter graphiquement l\u2019objet, sans prétendre avoir fait le tour du sujet, je cherche de nouvelles interprétations, mais ce sont des questions auxquelles je fais face.Je demeure pris dans une démarche exploratoire, entre ce sujet que je me refuse à réifier et cet objet en cours de construction.Hypothèses sur deux sites de recherche Il faudra quelque temps pour décortiquer tout mon matériel.La question actuelle, sur ma table de travail, n\u2019est pas de savoir s\u2019il y a ou s\u2019il n\u2019y a pas société, mais de saisir ce que mon matériel de terrain aurait à dire à propos du mot société.Cette question est centrée sur les rapports sociaux.12  À Montréal,  les tables de concertation sont des instances regroupant  des  organismes  communautaires  de  divers  secteurs  et  réseaux  d\u2019intervention  (services  familiaux,  santé  mentale,  intégration  sociale,  etc.),  organismes  qui  œuvrent  à  rendre  meilleures  les  conditions  de  vie  des  gens.  Les  tables  peuvent  prendre  des  formes  différentes  selon  des  orientations  locales.  Solidarité  Ahuntsic  regroupe  près  de  70  organismes  en  plus  des  instances  gouvernementales  qui  interviennent  localement  et  de  citoyens  participants.  Au  Québec,  une  « Table »  renvoie  à  des  associations  et  des  rencontres  entre  perspectives différentes, le plus souvent consensuelles, mais plurielles,  touchant à la reproduction sociale dans une localité. 78 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 Notons que si les gens ont à dire à propos de la société, ce qu\u2019elle est, et même sur la classe sociale et leur position dans la société, peu ont à dire sur le rapport social en tant que tel, puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un terme analytique.Voyons deux des quatre sites de ce terrain multi-situé13.Premier site de recherche : la marchandisation du domicile et du soi.Deux romans où il est question de la localité ahuntsicoise permettent d\u2019esquisser le sens de la transformation du régime, allant d\u2019une société à maisons, installée au Sault- au-Récollet sur l\u2019île de Montréal vers 1820, vers une localité urbaine circonscrite dans la Ville de Montréal en 2012.La terre paternelle de Patrice Lacombe paru en 1846 et Paul à la maison de Michel Rabagliati paru en 2019 sont des romans de facture très différente.Or, tous deux posent la maison (à la fois habitation et institution) au centre de la trame narrative, en permettant de dégager une perspective sur les rapports sociaux.Mon propos n\u2019est pas de résumer ces romans, mais de souligner que, dans les deux cas, la famille est touchée.Or si, en 1820, un atome de parenté perdure et se recompose, ce n\u2019est pas le cas en 2012.Le contemporain serait marqué par l\u2019isolement de personnes, une forme de vie solitaire plutôt que solidaire.L\u2019isolement du sujet serait accentué par une culture de l\u2019écart et du refus relationnel, couplée à une recherche de résonnance avec la nature.La seule mesure statistique des isolés dit le nombre de personnes vivant seules, mais ne dit rien du vécu subjectif dans la solitude.13  L\u2019anthropologie  du  contemporain  favorise  cette  approche  à  la  fois  exploratoire et comparative qui consiste à travailler sur plus d\u2019un site  de recherche pour étayer l\u2019étude de cas. 79 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 Autre point de comparaison.Vers 1820, la propriété de la maison familiale est perdue, engouffrée dans la marchan- disation naissante du domicile des gens, dans le passage du régime seigneurial au régime entrepreneurial.En 2012, le propriétaire de la maison demeure, alors que le soi est soumis à la marchandisation avec le produit de son travail.Un monde de travailleurs autonomes a émergé.Si les pathologies sont différentes, elles n\u2019en traduisent pas moins des bouleversements : dans le premier cas, le noyau familial se transforme avec de nouvelles relations, dans le second, l\u2019isolé se reproduit sans société.Dernier point : le rapport social de propriété immobilière interpelle14.Bien transmis entre générations sous un régime ?Domicile ancestral volatilisé sous un nouveau régime ?Assise d\u2019un isolement social refermé sur lui- même ?Lieu de télétravail et de contention du soi ?Les modalités de ce rapport social ne sont pas toutes exposées dans les deux romans, même si sont explicites des effets qui lui sont attachés.Un processus de marchandisation opère, des effets de marché jouent, sur le domicile des gens, sur le soi qui travaille.Une société de marchés est-elle hégémonique15 ?Le capitalisme est une forme de société de marché orientée par la propriété privée de capitaux et le rendement de ces capitaux.Plus ceux-ci sont élevés, plus les écarts seraient marqués au sein de la société qui les tolère.Tout marché est objet de régulations sociales.Un des problèmes est de 14  Pour  élargir  le  propos  sur  le  logement :  Louis  Gaudreau,  2020,  Le promoteur, la banque et le rentier, Lux.15  Les  propos  d\u2019Axel  Honneth  sont  susceptibles  d\u2019éclairer  cette  perspective.  Par  exemple,  l\u2019entretien  intitulé  Capitalisme,  critique  et  liberté sociale, paru dans la Revue du MAUSS 2018/1 no. 51. 80 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 cerner le sens des régulations pour saisir de quel côté elles penchent, de qui elles prennent soin, qui elles protègent.Le marché peut s\u2019avérer une expérience d\u2019injustice et d\u2019inégalité.Si l\u2019hypothèse d\u2019une société de marchés à plus ou moins haut rendement se vérifie, le rapport social (par exemple, propriétaire/locataire et d\u2019autres aussi) serait vécu comme une transaction économique, sous le regard d\u2019une rentabilité économique, sans options pour en sortir.Face à la marchandisation imprégnée de plus en plus dans les liens sociaux, l\u2019intérêt individuel calculateur du sujet local domine, faisant disparaître d\u2019autres aspects du lien social.Ce serait ainsi que la raison gestionnaire empiète sur les relations sociales et occupe une position dominante dans la société.Passons au deuxième site : la (dé)marchandisation du monde vécu.En 2017, j\u2019ai rallié le communautaire de mon quartier.Même si j\u2019avais croisé des entreprises d\u2019insertion et le chantier d\u2019économie sociale à l\u2019occasion d\u2019une recherche subventionnée sur les travailleurs vieillissants entre 2003 et 2005, le communautaire continuait de m\u2019apparaitre comme une assise du mouvement.Or, ma participation à un comité de pilotage (2017-2018) et au conseil d\u2019administration de la Table (2019-2021) de même que la lecture d\u2019articles de Marie-Andrée Couillard et de Francine Saillant, attestent d\u2019une institutionnalisation de l\u2019ensemble organisationnel communautaire16.16  Anthropologues  qui  ont  étudié  le  communautaire  au  Québec,  l\u2019une  sous  l\u2019angle  des  organismes  de  femmes,  l\u2019autre  sous  celui  des  réfugiés. 81 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 Mon hésitation entre mouvement et institution ouvre le paradoxe du communautaire17.Voyons les éléments de ce paradoxe dans le cadre du cas étudié.À grands traits, ces éléments seraient, d\u2019une part une raison gestionnaire qui s\u2019incruste dans les rouages communautaires avec des effets sur la société (sur les liens sociaux), et d\u2019autre part, des initiatives qui débordent cette raison, s\u2019en détournent pour susciter des collectifs (atomes de société ?)18 allant à l\u2019encontre d\u2019une marchandisation des liens sociaux.Une disposition humanitaire interviendrait pour démarchandi- ser des objets, des liens sociaux.Le communautaire a été échafaudé sous l\u2019impulsion du mouvement social.L\u2019émergence du champ communautaire a été le fait de gens du quartier appuyés par un député provincial et par des intervenants du CLSC, lui aussi émergeant dans les années 197019.Ce champ a été constitué dans un vide laissé ouvert par l\u2019effondrement paroissial et un resserrement sur la parenté restreinte au détriment de la parenté étendue.Peu ou pas rémunérés, les gens du communautaire (des femmes en grande majorité) participaient à cette innovation où l\u2019entraide et la démocratie étaient au fondement.Le champ (Organismes et Table de concertation) a été installé dans un espace intermédiaire, à l\u2019écart de l\u2019État pour palier aux maisonnées en manque de ressources 17  Le  paradoxe,  comme  le  rapport  social,  est  un  terme  pour  conduire  l\u2019analyse.18  En d\u2019autres termes, une structure élémentaire de société, non identique  à la parenté. L\u2019atome de société est un système de relations qu\u2019on peut  concevoir et observer. Il s\u2019organiserait à même la société.19  Centre  local  de  services  communautaires.  Pour  une  étude  historico- critique de cette institution issue du mouvement social : Anne Plourde,  2021, Le capitalisme, c\u2019est mauvais pour la santé, Écosociété. 82 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 matérielles et symboliques pour se maintenir dans les structures inégalitaires de marchés interconnectés.À la différence du CLSC que l\u2019État a intégré, le communautaire est un montage organisationnel plus fragile.Des conventions et du financement lient ce champ et l\u2019appareil étatique, au provincial comme au municipal.Un organisme philanthropique, Centraide, avance aussi du financement, ce qui le lie aussi au communautaire.La gestion des organismes sociaux requiert du travail non-salarié qui jouxte avec le travail salarié dans le mode de production de services sociaux.Depuis 20 ans, les emplois communautaires salariés se sont stabilisés et sont devenus une voie de transit vers l\u2019emploi mieux rémunéré des fonctions publiques.Ils sont souvent comblés par des gens qui n\u2019habitent pas le quartier.L\u2019emploi dépend d\u2019un financement aléatoire et le taux de roulement est élevé.Cette organisation du travail permet de réduire le coût de la reproduction sociale.Il y a plus.Dans le champ communautaire, on tendrait à gérer le problème social.Le mode de subvention, accordant du financement à la vulnérabilité des gens, assurerait une gestion de la pauvreté, donc le maintien des inégalités.Il ne s\u2019agit pas de stigmatiser le communautaire dans un mauvais rôle ou comme mauvais joueur, mais d\u2019indiquer qu\u2019il opère des interventions susceptibles de reproduire et non transformer le régime en place.Les organismes et la Table de concertation sont régis par la loi sur les compagnies et rendent des comptes.Le développement d\u2019organismes par services ciblés à des populations spécifiques pourrait aussi induire de la privatisation, de la marchandisation en tarifant les services offerts.Des entretiens ethnographiques suggèrent cette 83 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 possibilité.On progresserait dans ce sens, non pour y inscrire tous les organismes communautaires et les services offerts, mais pour aligner certains services, notamment en haussant le coût de l\u2019accès par la population ciblée.Cela dit, il n\u2019en demeure pas moins qu\u2019un quartier comme Ahuntsic est bien pourvu de tels services pour soutenir les familles.Le champ communautaire est aussi pris dans des situations de propriété immobilière, parfois épineuses.À la fois locataire et locateur, la Table de concertation est enchevêtrée dans des relations de propriété, des disputes de loyer, des menaces d\u2019éviction, des problèmes d\u2019entretien, des abolitions de postes et des moyens de contestation qui la positionnent dans la transaction économique.Pour assurer l\u2019appareil organisationnel, on fait appel à la raison gestionnaire et l\u2019analyse coût/bénéfice.Pourtant, et tel est l\u2019autre côté du paradoxe : dans ce communautaire-là, associé avec des bibliothèques ou des écoles, dans des assemblées et sur des comités, on observe une culture à même laquelle des personnes, en collectifs, ouvrent des espaces publics, pratiquent de nouvelles médiations, mènent de nouvelles luttes.On activerait des intelligences citoyennes et une énonciation démocratique portant sur le rapport social.Une disposition humanitaire prendrait le pas sur le reste.Par exemple en ce qui a trait aux sans-logis et aux mal-logés, des démarches de démarchandisation d\u2019immeubles sont menées à terme.Comment ceci est possible ?Des personnes sortent de leur maison (logement, parenté), en rencontrent d\u2019autres et entrent en relation dans des espaces publics.Elles parlent ensemble du devenir humain et de formes de vie en vue 84 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 de transformer les rapports sociaux.Donc, faire société ne serait pas laissé au hasard : des cercles de paroles, des jumelages, des cercles de lecture de même que certains comités et ateliers seraient des moments privilégiés de vie associative et citoyenne.La création d\u2019espaces publics traduirait un faire société.Le problème soulevé loge entre ces espaces publics, le Capital et l\u2019État.Deux paradigmes touchant la reproduction sociale peuvent être évoqués : 1) La réduction des liens sociaux à des valeurs marchandes et au processus de marchandisation favorise le capitalisme qui s\u2019étend (l\u2019analyse coût/bénéfice et la raison gestionnaire vont en ce sens).2) Par contre, l\u2019assujettissement du capital à des concepts et des moyens locaux, sociaux, favoriserait un ordre culturel relevant d\u2019une disposition humanitaire (une analyse allant en ce sens serait conduite en termes de rapports sociaux, dans une perspective historico-cri- tique).Le paradoxe communautaire serait installé sur la faille entre ces deux paradigmes, au croisement de deux cheminements analytiques, à même la relation entre Société, État, Capital.Je préfère ne pas m\u2019avancer trop dans ce sens.Le paradoxe communautaire est observable, mais les moyens de le dépasser ne sont pas tirés au clair.Le tout semble fonctionner comme un régime colonial où le monde vécu des gens est colonisé par la marchandisa- tion.Dans quelle mesure la société peut se décoloniser ou être décolonisée, autrement dit sortir de ce processus qui empiète sur la reproduction sociale ? 85 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 Projection : re-problématisation de la reproduction sociale et recherche d\u2019équipement Tout au long des quatre années du terrain, la reproduction sociale des rapports sociaux a été au centre de mes préoccupations, même si elle n\u2019était pas présupposée en tant que telle au départ.S\u2019il y a lieu de reprendre à neuf le problème de la reproduction sociale, alors ce qui a trait à la maison et au soi, au communautaire et à la localité, à l\u2019héritage et à la transmission, sera à revoir sous l\u2019angle de la mutation anthropologique en cours20.Comment poursuivre mon trajet laborieux, mon itinéraire de terrain, mon cheminement analytique ?La recherche pourrait répartir des conditions d\u2019habitabilité humaine et de bonne vie, sans penser que les jeux sont faits et en sachant que le contemporain est ce qu\u2019il faut assembler ensemble.Tout ne serait pas joué.Reproblématiser la reproduction sociale voudrait dire élaborer une problématique de l\u2019habitabilité locale contemporaine.A priori, l\u2019habitabilité locale recouvre ce qui a trait aux ancrages territoriaux, institutions sociopolitiques et repères symboliques qui font sens depuis le sujet.Curieuse pratique d\u2019évoquer en fin de texte, l\u2019habitabilité sans l\u2019avoir balisée.Mon travail des dernières années a porté sur la maison, le communautaire et la localité.Il coulait de source de repositionner ces termes dans une construction qui les connecte avec la culture.20 Avec  Bruno  Latour,  il  faut  se  demander  si  on  ne  devrait  pas  plutôt  parler  de  mutation  cosmologique.  À  ce  propos  les  entretiens  qu\u2019il  a  donnés entre janvier et mars 2022, notamment à La grande Librairie sur  TV5 sont éclairants. 86 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 Élaborer une problématique, suppose de problématiser localement (dans mon cas, Ahuntsic), dans le cadre d\u2019un État-nation qui, même incomplet considérant sa position dans le Canada et le monde, fait du sens : le Québec.La recherche à même la matière sociale d\u2019une localité urbaine serait conduite dans l\u2019optique d\u2019une reconceptualisation de la culture en incluant l\u2019objet « habitabilité21 ».Si nous n\u2019avons pas grand-chose de plus que la société (comme le suggérait Maranda), les formes de vie en société, que nous construisons localement, ou plus exactement que nous devenons ensemble localement, sont un point focal sur le terrain.En optant pour étudier la culture d\u2019habitabilité qui se déploie dans une localité urbaine, il est envisagé de se pencher sur un rituel (le Cercle de paroles) et un chantier citoyen émergeant.u 21  Un terrain asphalté est inhabitable alors qu\u2019un terrain jardiné soutient  l\u2019habitabilité  humaine.  Un  logement  insalubre  est  inhabitable  alors  qu\u2019une  cuisine  collective  favorise  l\u2019habitabilité.  L\u2019éviction  est  un  processus d\u2019exclusion d\u2019une habitation alors que  la coopération peut  construire une habitation. 87 Articles Laval Gagnon* De la souche et du tronc commun On dit que les mots qualifiant notre langage sont le reflet de nos conditionnements.Depuis le début du 21e siècle grosso modo, l\u2019expression « québécois de souche » connaît une résurgence troublante dans le débat sur l\u2019identité nationale et le type de société que devrait constituer le Québec moderne.Troublante parce que répandue notamment dans les médias, l\u2019expression suggère une nette connotation négative dans l\u2019appréciation du patrimoine historique, culturel, religieux et linguistique de la population de souche française et ses descendants, et questionne donc la légitimité de ses valeurs, coutumes et traditions.Dans ce cas-ci, les mots sont lourds de sens.Une souche, c\u2019est ce qui reste après qu\u2019on ait coupé l\u2019arbre.On le fait pour dégager le terrain, parce que l\u2019arbre dérange, qu\u2019il est trop vieux ou qu\u2019il est malade.Ou tout simplement parce qu\u2019on n\u2019en veut plus.Quelqu\u2019un dont j\u2019ai oublié le nom a déjà dit qu\u2019une souche c\u2019est « un arbre qui n\u2019a plus d\u2019arbre ».Que des racines, souvent encombrantes.Mettons les choses à leur place.« Québécois de souche » ramène pour de mauvaises raisons à la période dite de « grande noirceur » d\u2019avant les années 60, celle *  Journaliste à la retraite. 88 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 d\u2019une société d\u2019origine française, perçue comme repliée sur elle-même, rurale et ouvrière, unidimensionnelle, contrôlée par le clergé catholique et une élite ultramontaine, dominée économiquement par le capital anglo-saxon canadien et américain.Un tronc commun Comme s\u2019il fallait à contresens rappeler l\u2019évidence, l\u2019histoire a largement documenté la période de la Révolution tranquille des années 60 et 70 comme la transition rapide et la transformation profonde, en terre d\u2019Amérique, de la nation québécoise vers une société originale, francophone, laïque, d\u2019une culture ouverte sur le monde, disposant d\u2019un État national interventionniste de tendance social démocrate.Cette histoire commune, ce tronc commun sans cesse en croissance, déploya vigoureusement ses plus belles branches dans l\u2019originalité d\u2019une production culturelle unique et universelle et un idéal humaniste d\u2019exception.Expo 67 donna le signal que le Québec était une société ouverte sur le monde, tel qu\u2019en témoignera par la suite son impressionnant bilan en immigration, un des plus haut taux au monde.Tout en mettant en place des mesures législatives pour protéger et promouvoir sa langue et sa culture, cette société originale a accueilli généreusement et intégré dans une réelle harmonie des centaines de milliers d\u2019immigrants de toute provenance.En forte majorité, ces Québécois d\u2019adoption ont pris racine dans le terreau francophone, devenant des familles, des étudiants, des citoyens, des enseignants, des commerçants, des chercheurs, des développeurs.Ces concitoyens se sont intégrés en douceur à la communauté francophone, l\u2019ont 89 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 enrichie, amenée plus loin, participant activement avec leurs compatriotes descendants « de souche » à la croissance d\u2019un solide et productif tronc commun formant la nation québécoise, dans son originalité et sa diversité.La conception et l\u2019accouchement d\u2019un monde nouveau représentent un défi grandiose et gratifiant, mais ils constituent aussi une aventure exigeante et éprouvante.L\u2019improvisation peut mener à des déconvenues surprenantes comme elle peut être aussi un rendez-vous intuitif avec la lumière.J\u2019ai le sentiment qu\u2019elle a été les deux, et pour cette raison même, bâtarde.Il a fallu forcer l\u2019accouchement collectif, utiliser les forceps politiques pour sortir les nouveau-nés des entrailles catholiques de la nation, compter sur la sagesse ancestrale et la vitalité nationale.Cela allait marquer les assises patrimoniales et provoquer bien des éclosions dans l\u2019ADN culturel.Misant sur cet élan historique, plusieurs des leaders engagés dans l\u2019avancement de cette société distincte ont mené le Québec à deux rendez-vous avec la souveraineté en 1980 et 1995.Des rendez-vous ratés qui ont malheureusement provoqué beaucoup de désillusion, de cynisme, et de division.Et dont les effets délétaires sont encore tragiquement présents.La régression Comme d\u2019autres, je m\u2019intéresse à ce que devient le Québec, comme société distincte en Amérique.Je me questionne, j\u2019essaie de voir, de comprendre ce qui se passe, d\u2019être lucide.Je me suis donc posé cette question.Comment se fait-il qu\u2019une cinquantaine d\u2019années plus tard on puisse s\u2019autoriser sans nuances et maladroitement à réduire voire à rabaisser le statut culturel des citoyens d\u2019origine fran- 90 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 çaise composant la majorité, au triste statut de « québécois de souche » ?Où est donc passé le tronc ?Cette « partie principale de la tige de l\u2019arbre, généralement verticale et sans ramification sur une hauteur importante entre les racines et le houppier », nous indique-t-on dans sa définition.Soyons précis.Où est donc passé le « tronc commun » de la société québécoise, ce socle indispensable et rassembleur de toute communauté nationale qui se traduit essentiellement au Québec par la vigueur de sa langue, l\u2019originalité de sa culture, la laïcité de ses institutions, l\u2019égalité entre les hommes et les femmes.Et j\u2019ajouterais ses mesures sociales d\u2019avant-garde comme les garderies.Ne soyons pas naïfs, bonasses\u2026 En arrière-plan de l\u2019affrontement constitutionnel canadien déjà vicié au sujet de la charte québécoise (loi 21) et de la rude bataille qui s\u2019annonce sur la langue, se dresse, toujours et encore, la question fondamentale du pouvoir qu\u2019exerce la nation québécoise sur le seul territoire qu\u2019elle contrôle politiquement dans un environnement anglophone nord-américain.La fascination invitante qui s\u2019exerce sur nombre de citoyens francophones, surtout dans la région montréalaise, de se fondre dans ce multiculturalisme anglo-saxon constitue en quelque sorte la version canadienne du grand rêve du creuset américain.Sommes-nous devant un nouveau miroir aux alouettes ?Je le crois.Ce multiculturalisme, imposé par Trudeau le père, poursuivi par son fils et bien soutenu au Québec par une présence fédérale omniprésente et économiquement puissante, érode avec de plus en plus d\u2019efficacité la fibre nationale francophone, particulièrement à Montréal, terre d\u2019accueil privilégiée des immigrants non francophones.Ce métis- 91 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 sage multiculturel débridé entraîne une balkanisation de l\u2019espace politique à Montréal, son isolement du reste du Québec, et une dévalorisation du projet national québécois dans sa capacité d\u2019intégrer la diversité.En d\u2019autres termes, le tronc commun québécois est en péril, et pire encore, il est considéré comme une menace à l\u2019orthodoxie canadienne.Comme si on voulait l\u2019amener (ou le ramener) à l\u2019état de souche.L\u2019anglais s\u2019impose dans la métropole montréalaise comme une nécessité.Bien plus, à cette portion inquiétante des immigrants qui optent pour l\u2019anglicisation, s\u2019ajoutent de plus en plus de Québécois francophones.Ce faisant, ils s\u2019immergent dans un univers culturel anglophone et rapidement choisissent cette société faussement qualifiée de minoritaire en sol québécois, et largement dominante en Amérique du Nord.De plus, on constate la présence croissante de l\u2019anglais dans l\u2019écosystème culturel francophone, particulièrement dans l\u2019univers du spectacle et de la chanson, notamment dans les émissions télévisées de variétés, une industrie largement subventionnée et fortement concentrée à Montréal.Il y a des soirées de l\u2019émission En direct de l\u2019univers qui sonnent Directly from USA.Que comprendre de ce phénomène bien réel dans l\u2019évolution de la société québécoise, phénomène qui modifie la langue elle-même et induit une mentalité individualiste et une ouverture culturelle superficielle ?Un défi exigeant Consécutivement, les vingt premières années du 21e siècle ont de diverses façons fissuré, ébranlé et jusqu\u2019à un certain point disloqué l\u2019écosystème collectif de ce que constituait 92 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 traditionnellement l\u2019univers national québécois.Le néoli- béralisme a fait son œuvre pendant le long règne du Parti libéral en faisant en sorte que l\u2019État québécois ne serait plus considéré comme le dépositaire historique d\u2019une société francophone originale, une société distincte de facture sociale-démocrate, avec des institutions nationales et civiles influentes, bien implantées et actives sur le territoire.Au plus il serait devenu le gestionnaire des services à la population et aux individus, consacrant ses efforts au développement économique pour les financer.On le sait, de puissantes forces externes sont en cause : la généralisation de l\u2019anglais comme langue internationale et véhicule culturel, le néolibéralisme, la mondialisation financière, la puissance de l\u2019économie numérique, la crise environnementale, la promotion par le gouvernement fédéral d\u2019une image multiculturelle du Canada, la reconfiguration chaotique des relations internationales.Parmi les facteurs internes associés à l\u2019essoufflement du nationalisme et l\u2019affaiblissement de l\u2019univers francophone, il faut noter la déprime référendaire, la procrastination fédérale envers la promotion du français, le prosélytisme mul- ticulturel pancanadien, les aspirations environnementales de la jeunesse combinés à la diversification des courants sociaux, idéologiques et politiques, l\u2019émergence de nouveaux partis, l\u2019inefficacité de l\u2019accueil et de l\u2019intégration des immigrants, l\u2019urbanisation accélérée souvent débridée de la conurbation métropolitaine, le délestage des régions intermédiaires et éloignées, l\u2019abandon des communautés rurales et l\u2019hyper centralisation de la gouvernance québécoise.Pour une société comme pour un individu, la liberté, toujours relative à l\u2019environnement dans lequel elle s\u2019exerce, implique de faire des choix.Et de les assumer.Aujourd\u2019hui 93 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 comme hier et pour demain encore, la question principale pour les Québécois francophones et francophiles est et demeurera celle-ci : voulez-vous assumer pleinement la nation distincte que vous êtes en participant au concert des nations dans ce grand jardin qu\u2019est la communauté internationale ?L\u2019arbre est-il dans ses feuilles ?u 94 Hommage Hommage à Robert Poisson Le 26 mai dernier avait lieu à Drummondville une soirée hommage à Robert Poisson en reconnaissance de son engagement et de sa contribution à la vie nationale Ne saura-t-on jamais ce que le Québec doit à Robert Poisson ?À lui comme à des milliers et des milliers d\u2019autres qui ont bâti leur milieu avec le pays chevillé au cœur.À lui personnellement bien sûr, mais Robert Poisson est tellement exemplaire.La force de ses convictions, la constance de son engagement et la fidélité aux idéaux qui continuent de l\u2019animer font de lui à la fois un exemple et une inspiration.Ne saura-t-on jamais ce que Drummondville lui doit ?Lui dont l\u2019attachement au milieu ne s\u2019est jamais démenti.Des hommes comme lui sont des bâtisseurs.Il est un bâtisseur comme on disait des tailleurs de pierre qu\u2019ils étaient des bâtisseurs.Que répondait le maçon de Notre-Dame-de- Paris quand on lui demandait ce qu\u2019il espérait en taillant les pierres d\u2019un mur dont il ne verrait sans doute jamais l\u2019achèvement : je bâtis une cathédrale ! Robert Poisson a bâti, trouvant dans le sens de l\u2019action dans l\u2019engagement et non pas dans les succès immédiats, mais bien dans la longue durée. 95 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 Ne saura-t-on jamais ce que le combat pour l\u2019indépendance doit à Robert Poisson ?Il lui doit, c\u2019est sûr, une inébranlable confiance dans la capacité du Québec à se hisser à la hauteur de ses rêves, à se réaliser pour lui-même et pour ce dont nous pouvons témoigner à la face du monde.Robert Poisson a taillé sa pierre.Il continue de faire ce qui s\u2019impose pour que l\u2019horizon se lève.À l\u2019image des grands chênes qui font la beauté des paysages de la Saint-François, Robert Poisson a toujours porté haut et fort l\u2019idéal qui nous anime et qu\u2019il a su, avec toute la modestie qui est la sienne, partagé au jour le jour.Je suis honoré de l\u2019avoir croisé sur ma route.Je suis fier de me réclamer de la confiance que sa force tranquille inspire.Avec lui nous savons toute la portée de l\u2019amitié, toute la chaleur des aspirations partagées.Avec Robert Poisson nous savons « Que ça ne pourra pas toujours ne pas arriver » (Miron).À un grand et admirable compagnon de lutte ! Robert Poisson, salut ! Robert Laplante  Directeur L\u2019Action nationale PLUS C5 / pourle + Qu *45C \\ 4 35%, boulevard Albiny-Poquette ZF Mont-Lourier = (Québec) J9L 1K5 » 1 866 440-3091 : ha SF 124, rue Principole Est | J Sainte-Agathe -des- Monts i ny (Québec) JBC 1K1 1 844 750-1450 + 0 mh.goudreaud@parl.ge.co Marip-Héléne Ggudreau GOODS mhgoudreau quebec Cépidlée de Lourenyities- Lobeile DMHGQudreguEX ik.L 4 Xavier Barsalou-Duval Député de Pierre-Boucher\u2014Les Patriotes\u2014Verchères 1625, boulevard Lionel-Boulet, bureau 202 Varennes (Québec) J3X 1P7 Téléphone : 450 652-4442 Courriel : xavier, barsalou-duvai@parl.gc.ca a >» 5 SE Nt ar 0 in 1 er LT EE Ia Chai dh Ea Ln A } i ; | 450 357-9100 | 100, rue Richelieu, bureau 210, Saint-Jean-sur-Richelieu, Québec 138 6X3 christine normandin@parl.acca | www.christinenormandin.quebec 3 , rt Gabriel Ste-Marie TL Depute federal de Joliette v 120, Place Bourget Nord, Joliette gabriel.ste-marie@parl.gc.ca 450 752-1940 \\ @gabrielsmarie www.gabrielstemarie.quebec 909 L& Quêbes sans compromis, jusqu éa Oo gta.ale a, ds -PIERRE » SAVARD-TRE LAY Lilli DE SHINT-RYACIATHE-HAENT Leu \u201c Tl A= | oct \\¢ s I = lar Chl) fr Lt Le numéro Printemps 2022 des Cahiers de lecture de L\u2019Action nationale est gratuit pour les nouveaux abonnés.abonnements et achats actionnationale.quebec Les Cahiers de lecture de L\u2019Action nationale arrivage d\u2019été prévu le 21 juin ! Le magazine des essais québécois Lectures Note critique L\u2019hospitalocentrisme qui tue - Jean Archambault Gabrielle Duchaine,  Katia Gagnon et  Ariane Lacoursière  100 5060 L\u2019hécatombe de la Covid-19 dans nos CHSLD Recensions Marie Lavigne et  Michèle Stanton-Jean  109 Joséphine Marchand et Raul Dandurand.Amour, politique et féminisme Riel Michaud-Beaudry  116 La retraite en commun.Fondements, enjeux et propositions Christian Rioux  119 Chroniques du monde qui vient Mathieu Lévesque  127 La couleur CAQ Lectures 100 Articles Gabrielle Duchaine, Katia GaGnon et  ariane lacoursière 5060 L\u2019hécatombe de la Covid-19 dans nos CHSLD Boréal, 2022, 254 pages La parution du livre 5060 L\u2019hécatombe de la Covid 19 dans nos CHSLD en mars 2022 ne s\u2019est pas faite sans tambour ni trompette.Oh ! non\u2026 Tout le gratin médiatique s\u2019était donné rendez-vous.La Presse et Radio-Canada étaient aux premières loges : présence, le 27 mars, des trois journalistes de La Presse à la messe du dimanche soir sur le petit écran avec Tout le monde en parle et Guy A.Lepage ; préface très évidente de notre pourfendeur national, Paul Arcand ; mention de la parution du livre par Michel David, chroniqueur au journal Le Devoir et conjoint de Katia Gagnon.Puis c\u2019est au tour des politiciens de l\u2019Assemblée nationale, surtout ceux des partis politiques de l\u2019opposition, d\u2019exiger à partir des faits révélés dans le livre que le gouvernement Legault dise toute la vérité sur le scandale du CHSLD privé non conventionné Herron.Ce sujet est abordé dès le début du livre et donne le ton à cet ouvrage pour encore réclamer une commission d\u2019enquête publique et indépendante.Les résidents de CHSLD privés de  leurs droits fondamentaux L\u2019hospitalocentrisme qui tue 100 Note critique Jean Archambault* *  Politologue. 101 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 Quand le gouvernement a-t-il su que le CHSLD Herron était incapable de prendre soin de la centaine d\u2019aînés qui y vivaient ?Pourquoi n\u2019est-il pas intervenu avant ?Le 30 mars 2020, que savait-il des conditions insalubres dans lesquelles vivaient ces aînés et de l\u2019abandon d\u2019une majorité de soignants qui étaient déjà atteints de la Covid 19 ou fuyaient l\u2019établissement pestiféré ?Gabrielle Duchaine, Katia Gagnon et Ariane Lacoursière sont des spécialistes du domaine de la santé et des services sociaux au Québec.Elles connaissent très bien le milieu et de nombreux dossiers bien documentés sont parus au cours des quinze dernières années dans La Presse.C\u2019est une connaissance de terrain qui leur permet de cerner clairement les faiblesses de ce système, particulièrement la problématique de l\u2019hébergement collectif des aînés vulnérables au Québec dans les CHSLD et les ressources intermédiaires (RI).À tout de rôle, elles ont révélé de nombreux scandales qui minaient cette politique d\u2019hébergement à rabais et par conséquent, sous-financée.C\u2019est un système en désuétude qui perdure depuis toujours et l\u2019achat de places dans les CHSLD et RPA privés n\u2019a que repousser les problèmes jusqu\u2019au point de rupture.Une pandémie et des choix politiques mal éclairés ont fait éclater ce système en mille morceaux.De façon judicieuse, les auteures choisissent une fille ou un fils, un parent qui témoignent de la vie honorable d\u2019un aîné décédé pendant la première vague.À la suite de ces témoignages émouvants, elles brossent de façon plus détaillée et saisissante la situation catastrophique de cinq établissements de ce réseau : du pire, le CHSLD Herron, à l\u2019établissement le plus d\u2019avant-garde, l\u2019Institut universitaire 102 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 de gériatrie de Montréal (IUGM) en passant par le CHSLD Laflèche, à Shawinigan, le CHSLD Ste-Dorothée à Laval et finalement le CHSLD privé conventionné Vigi Mont-Royal.Le procédé méthodologique des auteures constitue un moyen d\u2019enquête approprié pour nous faire vivre de l\u2019intérieur le chaos dans les CHSLD atteints de plein fouet par cette pandémie meurtrière.Mais le problème demeure entier pour ceux et celles qui veulent comprendre certains choix du gouvernement Legault, surtout entre mars et juin 2020 et ses relations avec l\u2019administration Trudeau.Curieusement, le premier ministre Trudeau est à peu près absent dans ce document sur la pandémie sinon pour rappeler, selon les auteures, que le gouvernement Legault aurait tardé à faire appel aux forces armées canadiennes pour des motifs nationalistes, Justin Trudeau était irrité ! Évidemment, les auteures mentionnent plusieurs faits plus politiques dans d\u2019autres chapitres : les conditions perdantes, la cage à homards, la crise de confiance au sein de la cellule de crise, la guerre des masques\u2026 Mais elles nous expliquent cependant pas clairement que la stratégie politique du premier ministre provincial Legault a changé en avril face au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) et passent sous silence les tensions très importantes entre Justin Trudeau et François Legault lorsque le premier ministre du Canada tarde à fermer les frontières nationales et les aéroports ou bien diffère d\u2019investir des milliards $ en santé et les combine aussi à des conditions fédérales draconiennes.Mesdames les auteures, sommes-nous dans un Québec presque autonome ou dans la fédération canadienne ?Le pouvoir exclusif du Québec en santé est-il illimité ?Que le fédéral ne rembourse que 22 % des dépenses en santé ne 103 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 montre-t-il pas que le Québec est pris à la gorge dans cette fédération marquée par un déséquilibre fiscal sur le dos des provinces ?Oublier que le gouvernement Trudeau a accusé Québec de mal gérer les CHSLD, ignorer le ministère fédéral Santé-Canada et surtout passer sous silence le travail central de l\u2019Agence de Santé publique du Canada (ASPC) nous laisse croire que le Québec est un pays alors qu\u2019il n\u2019a pas tous les outils pour se comporter comme un véritable État.Distinguer la dynamique politique de la dynamique étatique nous permet de mettre au premier plan les interactions entre les actions gouvernementales de deux niveaux de pouvoir, tout cela en lien avec la dynamique étatique.Nous pourrions même conclure à une inégalité des pouvoirs en faveur du fédéral, dont le carcan empêche le Québec de développer ses services de santé et services sociaux.Pour l\u2019heure, nous faisons l\u2019impasse sur cette investigation mais tenions à souligner cette aberration d\u2019ignorer le fédéral dans cette crise de la Covid 19.Concentrons notre regard essentiellement sur les interactions décrites par les auteures entre le gouvernement Legault et la dynamique étatique, soit ses rapports avec le MSSS, qui est au cœur de ce livre.Pour notre part, nous constatons, en avril 2020 que le gouvernement Legault change sa stratégie politique car il estime, selon nous, que s\u2019attaquer directement à la nouvelle dynamique au sein du MSSS (la réforme Barrette, de 2015) dans laquelle les nouveaux mandarins des CIUSSS et des CISSS (environ 35) peuvent bloquer facilement les directives gouvernementales demanderait des efforts qu\u2019il veut mettre ailleurs.Confrontée à une pandémie dévastatrice dès mars 2020, Mme McCann a été chargée d\u2019une mission impossible. 104 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 L\u2019ancien ministre Barrette avait eu le temps de verrouiller solidement le MSSS par la réforme fondamentale de son ministère : hypercentralisation de la santé et des services sociaux dans des superstructures gigantesques, les CIUSSS et les CISSS ; nomination partisane d\u2019une nouvelle strate de mandarins à la tête de ces organismes ; vision hospita- locentriste.Mais la réforme va plus loin ; elle s\u2019attaque aux organismes régionaux : abolition de l\u2019instance régionale, soit les agences de santé et services sociaux, d\u2019où provenait Mme McCann ; disparition des directeurs généraux dans tous les CHSLD ; rattachement des Directions régionales de la santé publique au CISSS et au CIUSSS, particulièrement l\u2019incorporation de Mme Mylène Drouin en tant que simple directrice liée au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Sud-de- l\u2019Île-de-Montréal, sans aucun pouvoir sur les quatre autres CIUSSS.Or la pandémie s\u2019est installée très rapidement dans les CHSLD et le rattachement de la directrice de la santé publique de Montréal à un seul CIUSSS a amplifié la crise sur l\u2019île de Montréal.Dans la première vague, Montréal et Laval ont connu le pire taux de surmortalité, soit 35 % dans les CHSLD.Vers le 15 avril 2020, nous approchons les cinq cent décès et le chaos affecte déjà plusieurs CHLSD à Montréal et Laval.Le premier ministre Legault croit qu\u2019une stratégie d\u2019affrontement pour dénoncer la lenteur des CISSS et des CIUSSS (et peut-être mettre à pieds plusieurs directeurs généraux) ne peut pas être envisagée.Il s\u2019agit plutôt de sauver les meubles en sachant que les morts vont s\u2019accumuler dans les prochaines semaines.Que fait-il ?Il va chercher deux libéraux notoires, Daniel Desharnais et Dominique Savoie et les assigne aux endroits stratégiques du MSSS.Nommer Daniel Desharnais, chef de cabinet du Dr Barrette entre 2014 et 2017, c\u2019est comme demander à 105 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 l\u2019ancien ministre Barrette de venir siéger sur le comité de crise ! M.Desharnais est nommé pour cinq ans en tant sous-ministre adjoint aux projets spéciaux.Dans les faits, il s\u2019occupe de la crise dans les CHSLD.Quelle ironie du sort d\u2019observer celui qui a aidé le ministre Barrette à les noyer, sans direction, au sein des immenses CISSS et CIUSSS, est appelé à devenir le nouveau sauveur ! Les auteures ont plutôt choisi de décrire l\u2019homme comme un redoutable operator (sic), un spécialiste en gestion de crise.Pour ma part, il serait plutôt l\u2019apprenti-sorcier que l\u2019on essaie de réhabiliter.Quant à Mme McCann, son départ n\u2019était qu\u2019une question de temps ; elle est sacrifiée comme un gage du politique pour démontrer la bonne foi du gouvernement envers les mandarins au pouvoir.Le sous-ministre nommé en 2018 par Mme McCann, M.Yvan Gendron, ancien PDG du CIUSSS de l\u2019Est-de- l\u2019Île-de-Montréal, est mis aussi sur la voie de garage par la nomination de Dominique Savoie qui hérite d\u2019un poste hautement politique.Encore là, les auteures en font un bouc émissaire ; un homme sur lequel on ne peut pas compter au sein de la cellule de crise.L\u2019arrivée de Mme Dominique Savoie confirme sa déchéance et on lui donne, sans rire, l\u2019aspect clinique de la pandémie ! En effet, relevant directement du secrétaire général et greffier du Conseil exécutif, M.Yves Ouellet, Mme Dominique Savoie est nommé administratrice d\u2019État à la gestion des ressources gouvernementales en santé du ministère de la Santé et des Services sociaux.Sa tâche principale est de rétablir les ponts entre le gouvernement Legault et la majorité des mandarins des CIUSSS et des CISSS, c\u2019est-à-dire de voir au bon déroulement opérationnel concernant les infrastructures, les équipements 106 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 et les approvisionnements.Ces nominations impensables quelques mois auparavant sont le prix à payer pour obtenir des résultats rapides.Nous pensons que les auteures n\u2019ont pas compris la dévastation que causait la réforme Barrette.Elle a amplifié l\u2019hécatombe dans les CHSLD en mettant de l\u2019avant sa vision hospitalocentriste, à la base de la stratégie gouvernementale de sauvegarder intacte la capacité des hôpitaux à recevoir des patients Covid 19 \u2013 qui finalement ne se sont pas présentés en si grand nombre dans les urgences.À ce premier facteur, il faut ajouter les coupures budgétaires et le rattachement des Directions de la santé publique aux CIUSSS et aux CIUSS.Le Dr Arruda a passé plus de deux ans à faire des remplacements par intérim dans au moins six régions administratives du Québec puisque les directeurs démissionnaient à tour de rôle pour protester contre ce coup de force du Dr Barrette.Qui dans ce gouvernement libéral s\u2019assurait que les réserves d\u2019équipements de prévention et d\u2019intervention (masques, tuniques, etc\u2026) étaient bien approvisionnées ?Qui se préoccupait de mettre à jour le plan d\u2019urgence face à une possible pandémie ?Le lanceur d\u2019alerte était occupé ailleurs et la démoralisation au sein des directions de santé publique était à son comble en 2018.Pour notre part, la demande d\u2019une nouvelle enquête ne nous semble pas nécessaire.Nous pensons que nous devons faire appel à la Commission des droits et de la personne et des droits de la jeunesse qui jugera, à partir de la Charte des droits de la personne, si des droits ont été lésés dans les CHSLD.Lors de la première vague (23 février au 11 juillet), les choix du gouvernement Legault font en sorte que de tous 107 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 les pays occidentaux, c\u2019est la Belgique qui se rapproche le plus de notre hécatombe.En effet, sur les quelque 10 600 personnes décédées en Belgique suite à la contamination à la COVID-19, 6 467 résidaient dans des Maisons de Repos et Maisons de Repos avec Soins (MR/ MRS), ce qui représente 61,3 % de tous les décès attribués à la COVID-19 (le Québec atteint 69 % du total des décès, dans les CHSLD).Pour parvenir à de tels niveaux, le Québec et la Belgique ont employé la même vision et la même stratégie : une stratégie visant à protéger d\u2019abord les centres hospitaliers au détriment des centres d\u2019hébergement pour aînés et en décrétant que les aînés atteints de la Covid 19 ne devaient pas quitter les établissements sans l\u2019autorisation expresse du médecin du CHSLD.Cette directive du 19 mars se lisait ainsi : « Les patients COVID- 19 suspectés ou confirmés en CHSLD ne doivent être transférés en CH que de façon exceptionnelle et après consultation avec le médecin de garde ».Si le sous-ministre d\u2019alors, Yvan Gendron, affirme lors de son témoignage devant la coroner Me Géhane Kamel, le 17 novembre 2021, que cette directive n\u2019était pas un diktat, cette dernière a répliqué à l\u2019ancien sous-ministre que les directives émanant de son ministère étaient suivies à la lettre.Elles étaient lues comme la Bible.L\u2019étude commandée par la commissaire Joanne Castonguay confirme que les patients Covid 19 dans les CHSLD ont été privés de ce droit fondamental à la vie et à la non-discrimination selon l\u2019âge.Dans leur rapport intitulé Rapport épidémio- logique sur l\u2019évaluation de la performance, des soins et des services dans les milieux de vie pour aînés lors de la première vague de la COVID 19, les chercheurs rapportent que : « [\u2026] il y a eu 629 résidents contaminés des CHSLD admis à l\u2019hôpital, représentant 7 % des 9 081 résidents infectés ». 108 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 Ainsi, concernant les personnes âgées dans les CHSLD.il est clair que ce sont principalement les personnes âgées atteintes de la Covid 19 dans les CHSLD qui ont été privées de leur droit à l\u2019égalité, qui devrait les protéger de toute discrimination selon l\u2019âge.Elles ont été privées de droits fondamentaux : droit à la vie, à la sûreté, à l\u2019intégrité et à la liberté de leur personne ainsi que le droit au respect de leur vie privée.Voilà l\u2019avenue que je propose pour enfin reconnaître les abus et les dénis de droit vécus par les résidents dans les CHSLD du Québec.Le 5 mai 2022 109 Recensions Marie laviGne et Michèle stanton-Jean Joséphine Marchand et Raul Dandurand.Amour, politique et féminisme Montréal, Les édtions du Boréal, 2021, 390 pages Joséphine Marchand et Raoul Dandurand sont tous deux nés en 1861.Difficile de ne pas y voir un signe du destin.Ils se rencontrent pour la première fois en 1882.Raoul, éperdument amoureux, lui fait une cour assidue, pendant que Joséphine joue l\u2019indépendante.Ils se marient enfin en 1886.Le témoin de Raoul est nul autre que Honoré Mercier.Quelques mois plus tard naît leur fille unique Gabrielle.Durant leur vie, ils échangeront plus de 700 lettres.Ce sont d\u2019ailleurs ces dernières qui « ont fait naître l\u2019idée de raconter l\u2019histoire de ce couple » (p.11) révèlent les auteures de cette biographie croisée, Marie Lavigne et Michèle Stanton-Jean, qui ont également écrit L\u2019histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles ainsi qu\u2019une biographie intitulée Idola Saint-Jean, l\u2019insoumise.Les biographes ont eu accès à des sources abondantes, Joséphine ayant laissé un journal intime, des articles, des chroniques, des discours, sans parler de nombreuses lettres.Raoul, en plus de ses écrits et de ses discours de circonstance, a publié ses mémoires.Le tout s\u2019appuie sur une imposante bibliographie.Des historiennes moins chevronnées auraient pu s\u2019enliser, entraînant avec elles le lecteur. 110 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 Les combats de Joséphine Marchand sont nombreux.Elle lutte aussi bien pour l\u2019avancement du droit des femmes que pour l\u2019accès à l\u2019éducation, aux livres, et plus généralement, aux arts et à la culture.Écrivaine, elle publie des pièces de théâtre et un recueil de contes de Noël préfacé par Louis Fréchette.En 1893, elle fonde une revue, Coin du feu, « mensuel destiné au lectorat féminin de langue française considéré comme le premier magazine de ce type au Canada » (p.106).Cette aventure durera quatre ans.C\u2019est un véritable tour de force.Étrangement, les auteures n\u2019accordent pas à ce sujet toute l\u2019attention qu\u2019il aurait à mon sens méritée.Raoul Dandurand, quant à lui, est à la fois avocat, organisateur politique, homme d\u2019affaires, sénateur et diplomate.Il présidera moult organisations, dont l\u2019Assemblée générale de la Société des Nations en 1925.Tous les deux patriotes, ils ont travaillé sans relâche à la défense de la langue française, d\u2019où leur volonté d\u2019accroître les échanges avec la France : « Joséphine et Raoul sont de bons représentants du vent francophile qui anime la vie intellectuelle au tournant du siècle » (p.52).J\u2019étais perplexe à l\u2019idée de lire une biographie retraçant non la vie d\u2019un individu, mais celle d\u2019un couple.Après avoir lu quelques pages, j\u2019ai compris l\u2019intérêt de l\u2019exercice.Plus encore, j\u2019étais étonné qu\u2019une telle biographie n\u2019ait pas été publiée avant ! C\u2019est dire comment les auteures ont atteint leur objectif.Elles démontrent qu\u2019il est possible de conjuguer amour et politique : Animés de la même vision du développement culturel, social et éducatif comme condition essentielle au progrès des Canadiens français en Amérique, Joséphine et Raoul ont marqué notre histoire, chacun de leur côté.C\u2019est ce chemin parcouru l\u2019un avec l\u2019autre, l\u2019un grâce à l\u2019autre, durant quarante ans, que retrace cette biographie du couple Marchand-Dandurand (p.16). 111 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 D\u2019un style simple et accessible, cette plongée dans l\u2019histoire de nos deux héros est un véritable plaisir de lecture.Outre le récit captivant de leur vie, les auteures peignent une fresque remarquable de la petite bourgeoisie cana- dienne-française de tendance patriote et libérale, moins attachée à l\u2019argent qu\u2019aux lettres.Ainsi, les valeurs qui ont animé Joséphine et Raoul sont, pour la plupart, un héritage de leurs familles respectives.En lui créant « un environnement favorable au développement de son talent et de sa carrière littéraire » (p.39), le père de Joséphine, Félix- Gabriel Marchand, lui-même écrivain et futur premier ministre du Québec, a eu une grande influence sur sa fille.La famille de Raoul, quant à elle, lui a inculqué « les valeurs d\u2019égalité et de justice qui l\u2019habiteront toute sa vie et qui seront la trame de fond de ses futurs combats politiques et diplomatiques » (p.44).Bref, c\u2019est toute l\u2019histoire politique, sociale, culturelle et religieuse de la fin du XIXe siècle et du début du XXe qui revit sous nos yeux.C\u2019est beau les idéaux, encore faut-il œuvrer à ce qu\u2019ils se réalisent, d\u2019où leur passion commune pour la politique.À ce sujet, notons ce fait en apparence paradoxal : même s\u2019il est à l\u2019avant-garde sur plusieurs sujets, le couple a sans cesse usé d\u2019une rhétorique modérée.Pour ne donner qu\u2019un exemple, on sait que Joséphine était féministe.Elle aspirait à ce que l\u2019éducation soit obligatoire, accessible à tous, et particulièrement aux jeunes filles.Elle pensait que le clergé jouissait d\u2019une trop grande influence en ce domaine : « Elle est probablement la première femme au Québec à prendre publiquement la parole en faveur de la séparation de l\u2019Église et de l\u2019État et contre les incursions du clergé dans le champ du politique et dans la vie civile » (p.104).Bien que professant des idées en avance sur son temps, jamais elle n\u2019adoptera le vocabulaire plus radical des militantes britanniques.Selon les auteures, ce 112 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 choix serait un reflet de la société dans laquelle elle vivait : « Lorsqu\u2019elle écrit que Le coin du feu ne sera pas un organe revendicateur, son choix de mots est sans doute stratégique à une époque où les idées féministes peinent à faire leur place » (p.112).Par ailleurs, au sujet du droit de vote des femmes, elles expliquent ainsi la prudence de Joséphine : « Se commettre sur cette question est à l\u2019époque une position marginale d\u2019avant-garde tenue principalement par les francs-maçons ou les socialistes » (p.134-135).Bien que remarquable, il reste que cette biographie croisée n\u2019est pas sans petits défauts dont le principal tient au refus d\u2019approfondir certaines questions d\u2019intérêts historiogra- phiques.Depuis plus de soixante ans, la plupart des historiens nous présentent les libéraux comme des victimes d\u2019un clergé sectaire.Or, Lavigne et Stanton-Jean soulignent que les libéraux radicaux, soit les fameux « rouges », ont refusé de se joindre à la coalition nationale proposée par Honoré Mercier.Alors que Dandurand travaille à la renforcer, il se bute à leur intransigeance : « Cette vision était loin de faire consensus, et des libéraux radicaux, tel Honoré Beaugrand, qui se réclamaient de la tradition de Papineau, Dorion, Doutre et Dessaulles, se méfiaient de l\u2019esprit de conciliation de Mercier, notamment sur les questions religieuses » (p.67).Cette anecdote en dit long sur la modération de Raoul, d\u2019une part, mais aussi, d\u2019autre part, sur le sectarisme de ces « rouges ».Mais les auteures n\u2019ont pas jugé opportun d\u2019éclaircir ce sujet.La question de l\u2019éducation est centrale dans la vie du couple, et les auteures, avec raison, y accordent une large place.Si elles présentent les idées du couple, et des libéraux en général, elles omettent cependant de présenter celles de leurs adversaires comme si ces dernières étaient illégitimes.La réforme de l\u2019éducation proposée par Félix-Gabriel Marchand 113 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 en 1897 a été battue au Sénat principalement à cause de l\u2019opposition des sénateurs conservateurs et du clergé.Cette défaite se mérite cette petite phrase assassine : « Cette saga offre la démonstration de l\u2019influence indue du clergé et de son pouvoir sur les autorités politiques » (p.152).En 1911, Raoul s\u2019implique dans la lutte pour l\u2019instruction obligatoire, mais « [i]l se bute sans cesse à l\u2019opposition du clergé à tous les projets susceptibles d\u2019affaiblir sa mainmise sur ce secteur si l\u2019État arrive à en prendre le contrôle » (p.261).Plus loin, elles ajoutent que la modernisation et l\u2019accessibilité à l\u2019éducation « se heurtent à l\u2019obstination et aux préjugés des ultramontains et de certains membres des autorités religieuses et du clergé.Les progrès sont lents et retardent l\u2019accession du Québec à la modernité » (p.282).Sur cette question, j\u2019aurais apprécié que les auteures présentent les deux côtés de la médaille.En cantonnant le clergé dans le rôle éternel du méchant, elles ont privé le lecteur d\u2019un portrait un peu plus équilibré des débats en éducation qui, à l\u2019époque, enflammaient les esprits.Un autre sujet a retenu mon attention.Il s\u2019agit de la vision que Raoul Dandurand avait à propos de la place des Canadiens français dans le Canada.À l\u2019image de ses compatriotes, la participation du Canada à la guerre des Boers en 1899 le révulse.Dans une lettre adressée à Wilfrid Laurier, il écrit : « Je ne vois pas d\u2019issue, car nous ne sommes pas maîtres de nos destinées.La majorité doit gouverner et cette majorité ira s\u2019augmentant toujours.Voudrions-nous nous retirer de la Confédération que nous ne le pourrions pas.Le vae victis pèse sur nous comme un manteau de plomb » (p.232).Les auteures interprètent ainsi cette colère : « Cet événement, qui exacerbe les tensions entre francophones et anglophones, témoigne de l\u2019incompatibilité des points de vue des deux communautés linguistiques dans leurs relations avec l\u2019Empire (p.233). 114 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 Dans le même chapitre, les auteures nous apprennent que Raoul s\u2019est investi dans un autre combat, soit celui de l\u2019indépendance du Canada.Pour ce faire, il profite de la présidence du Sénat, poste qu\u2019il occupe de 1905 à 1909.En 1908, il participe « à des négociations commerciales avec la France, sans tutelle de l\u2019Angleterre » (p.241).En résumé, « Raoul, qui s\u2019intéresse depuis quelques années à la politique internationale et aux questions de paix entre les nations, s\u2019appuie sur ses nouvelles fonctions pour accroître la présence canadienne sur la scène internationale » (p.242).Encore ici, il pourra compter sur l\u2019appui de Joséphine : « La connivence du couple sur les questions liées à l\u2019indépendance du Canada, au pacifisme et à la paix est manifeste » (p.243).Est-ce que Raoul et Joséphine font un lien entre la participation du Canada aux guerres de l\u2019Empire britannique et l\u2019indépendance du Canada ?On ne le sait pas car les auteures ne se posent pas la question alors qu\u2019à mon avis, il y en a un.En effet, l\u2019indépendance du Canada n\u2019a pas réglé le problème que dénonçait Dandurand dans sa lettre à Laurier.Bien au contraire, c\u2019est l\u2019inverse qui s\u2019est produit : de l\u2019Acte d\u2019Union de 1840 au rapatriement unilatéral de 1982, plus le Canada devenait indépendant, plus la majorité bafouait les droits de la minorité de langue française.Je ne peux que conclure que Raoul Dandurand s\u2019inscrit dans la longue liste de fédéralistes québécois ayant oublié que ce ne sont pas les bonnes intentions qui déterminent la politique, mais les rapports de force qui, eux, sont tributaires de la démographie.En terminant, j\u2019ajouterais que cette biographie ne se résume pas à la vie singulière de ce couple singulier.C\u2019est aussi un bréviaire sur les devoirs de l\u2019élite dont le rôle consiste moins à faire la morale qu\u2019à éduquer, ce verbe pris ici dans son sens le plus noble.Dans leur conclusion, les biographes écrivent : 115 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 Ensemble, ils ont fait ce qu\u2019ils souhaitaient accomplir : promouvoir une éducation moderne, donner accès à la culture, défendre la langue française.Ensemble, ils ont tracé une voie différente en offrant un modèle de couple égalitaire aux antipodes de la rigidité des deux sphères traditionnelles.En cela, ils sont tous deux des pionniers (p.351).Lisant cela, j\u2019ai noté que, malgré leur appétit pour les idées avant-gardistes, jamais Joséphine et Raoul n\u2019ont démontré ne serait-ce qu\u2019un soupçon de mépris envers leurs compatriotes, et ce, contrairement aux libéraux et à la gauche qui, influencés quelques décennies plus tard par les idées de Trudeau père, se sont évertués à répandre leur fiel sur leur propre peuple.Notre époque étant ce qu\u2019elle est, les auteures n\u2019ont pas plus sombré dans la mode victimaire si répandu dans les chapelles.Elles auraient pourtant pu s\u2019y adonner sachant qu\u2019à la fin du XIXe siècle, début XXe, les femmes n\u2019avaient ni le droit de vote ni de reconnaissance juridique.À cet égard, la disparité entre les carrières de Joséphine et de Raoul est éloquente.Alors que le second est nommé à plusieurs postes officiels, il n\u2019en va pas de même pour la première qui a des choix plus limités, pour dire le moins.Loin de s\u2019en plaindre, elle en fera plutôt, avec l\u2019éducation, le français, l\u2019accès aux livres gratuit, aux arts et à la culture, les combats de sa vie.En un mot, les auteures racontent l\u2019histoire de ce couple sur la base d\u2019idées et de valeurs qui étaient les siens et non les nôtres.Cette hauteur de vue les honore et je me devais de le souligner.Martin Lemay  Essayiste 116 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 riel MichauD-beauDry La retraite en commun.Fondements, enjeux et propositions Québec, Presses de l\u2019université Laval, 2022, 268 pages Généralement perçues comme des enjeux complexes qui n\u2019intéressent que les experts et les aînés, il est plutôt rare que les questions de retraite fassent la manchette.L\u2019esprit du temps nous amène souvent à les reléguer au registre de la responsabilité individuelle et reposant en grande partie sur l\u2019épargne personnelle.Or, la retraite concerne pourtant tout le monde, ne serait-ce qu\u2019en raison de l\u2019ampleur du filet social qui l\u2019entoure.En dépit de son importance, la littérature visant à vulgariser la retraite dans sa globalité se faisait toujours attendre.Cet ouvrage vient combler ce vide.Car mieux saisir les fondements de cette étape de la vie et cerner davantage les enjeux sociaux qu\u2019elle soulève est l\u2019ambition de La retraite en commun.Fondements, enjeux et propositions.Œuvrant dans le domaine de la recherche depuis plusieurs années, notamment comme chercheur à l\u2019Observatoire de la retraite (OR), son auteur, Riel Michaud-Beaudry, offre un assemblage de ses travaux produits dans le cadre de ce groupe de recherche, assemblage qu\u2019il a complété par une large part de contenu inédit.Divisé en trois parties, le livre s\u2019attelle, dans un premier temps, à tracer les grandes lignes du système de retraite au Québec.Le lecteur pourra y découvrir l\u2019histoire de cette institution et les paramètres qui l\u2019encadrent.Qu\u2019est-ce que la retraite au Québec aujourd\u2019hui ?La retraite c\u2019est « la sortie définitive du marché du travail après un certain nombre d\u2019années » (p.11).Durant cette période, les personnes retraitées recevront une rente qui est une forme de salaire différé.Un peu à la manière de l\u2019immeuble qu\u2019on peut voir en page couverture, l\u2019architecture de notre système 117 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 de retraite compte trois étages.Le premier comprend les mesures universelles du gouvernement fédéral \u2013 Sécurité de la vieillesse (SV) et Supplément de revenu garanti (SRG) \u2013, le deuxième est le régime de base obligatoire apportant une rente offrant environ 25 % du salaire moyen des cotisants tels que le Régime de retraite du Québec (RRQ) et son équivalent pour les Canadiens, le Régime de pension du Canada (RPC).Le troisième étage de l\u2019édifice concerne particulièrement la classe moyenne et quiconque souhaite maintenir un train de vie confortable jusqu\u2019à son décès : ce sont les régimes de retraite individuels (REER et épargnes personnelles) et collectifs qui viennent compléter l\u2019édifice.La portée pédagogique de cette section est renforcée par la présence d\u2019un glossaire à la fin de l\u2019ouvrage.Une fois les fondements posés, le lecteur pourra mieux naviguer à son gré dans la deuxième partie qui aborde les nombreux enjeux de la retraite.La lecture de cette section remettra sans doute en question un certain nombre d\u2019idées reçues.Par exemple, faut-il augmenter l\u2019âge de la retraite à 67 ans comme les conservateurs de Stephen Harper le proposaient il y a plusieurs années ?L\u2019auteur démontre de façon assez convaincante que les économies ainsi générées seraient plutôt modestes et ne feraient que renforcer la précarité des plus âgés.Bref, il s\u2019agit bien : « [d\u2019]une solution simpliste à des enjeux complexes » (p.67).Autre exemple, le lecteur qui penserait qu\u2019en 2022 la question des inégalités économiques entre les hommes et les femmes est réglée sera renversé de constater l\u2019écart significatif entre les sexes au chapitre du revenu des personnes âgées de 65 ans et plus (p.87).Comment les immigrants s\u2019insèrent-ils dans notre système de retraite ?À quel point les régimes collectifs des entreprises sont-ils protégés en cas de faillite ou de res- 118 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 tructuration ?Quels sont les effets des crises économiques sur le système de retraite ?Le lecteur trouvera la réponse à toutes ces questions et bien d\u2019autres dans cette deuxième partie qui offre un bon tour d\u2019horizon.La troisième section est consacrée à l\u2019élaboration de solutions pour améliorer les institutions de la retraite.Pour renforcer la protection des régimes collectifs des travailleurs en cas de faillite d\u2019une entreprise, on y propose notamment de réformer les lois fédérales en matière de restructuration des entreprises et de faillite de même que la création d\u2019une assurance protégeant les régimes collectifs.L\u2019auteur suggère aussi d\u2019établir des cibles quant au taux de remplacement du revenu pour les régimes de retraite tels que la SV et le RRQ de même que de reconnaître le travail socialement utile, mais non rémunéré comme l\u2019aide à un proche malade ou la prise de responsabilités parentales.Enfin, il suggère la création d\u2019un conseil des partenaires de la retraite dont le fonctionnement s\u2019inspirerait de celui du Conseil du statut de la femme.Dans un monde où l\u2019individualisme est roi, l\u2019idée maîtresse de ce livre est que la retraite est l\u2019affaire de tous.Véritable vade-mecum de la retraite, La retraite en commun est un incontournable pour quiconque s\u2019y intéresse et contribuera certainement à l\u2019enrichissement du débat public grâce à sa portée à la fois civique et pédagogique.Il s\u2019agit d\u2019un ouvrage qui aura sans doute une longue vie et qui gagnerait à être réédité de façon périodique.Louis-Philippe Sauvé  Coordonateur adminsitratif à l\u2019IREC  119 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 christian rioux Chroniques du monde qui vient Montréal, Les éditions du Boréal, Collection Papiers collés, 2021, 280 pages Au Québec, depuis quelques années déjà, de nombreux observateurs constatent que la possibilité du débat est pratiquement suspendue.Tandis que la Société Radio-Canada n\u2019a jamais déployé aussi peu d\u2019efforts afin de dissimuler l\u2019idéologie multiculturaliste derrière son mandat et que La Presse continue d\u2019affectionner la frileuse plongée de son petit orteil dans l\u2019océan des grands enjeux de notre siècle, Le Devoir effectue toujours sa transition lente, mais ô combien douloureuse, vers un journalisme consensuel, quand ce dernier ne verse tout simplement pas dans les séances de vaudou, gracieuseté des chroniqueuses Émilie Nicolas et Francine Pelletier.Heureusement, au milieu de ce que Jacques Julliard appelle la « troisième glaciation », certaines fleurs parviennent encore à pousser.Christian Rioux, correspondant à Paris depuis 1995, est l\u2019une d\u2019entre elles.À la fin de l\u2019année 2021, il a fait publier « Chroniques du monde qui vient.La nouvelle guerre culturelle » chez Boréal.En rassemblant près de quatre-vingts des plus illustres chroniques offertes aux lecteurs du Devoir depuis 2006, Christian Rioux a voulu retracer « l\u2019évolution d\u2019abord anodine puis fulgurante de ce qui pouvait passer il y a quelques années encore pour de simples dérives passagères » (Quatrième de couverture).Si une recension de cet ouvrage s\u2019impose, révélons d\u2019abord quelques-uns des défis qui se présentent sur notre chemin.D\u2019abord, comme tout recueil de chroniques, le livre de Rioux ne repose pas sur une thèse.Personne ne s\u2019étonnera que la pensée du chroniqueur soit difficile à 120 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 analyser, puisqu\u2019elle est brossée par le temps et sujette aux artifices de l\u2019actualité s\u2019étant opérés sur une période tout sauf modeste de quinze ans.Face au grand nombre de thématiques abordées par le chroniqueur, la recherche du fil conducteur découle d\u2019un jeu ambivalent d\u2019interprétations.C\u2019est pourquoi devant cette tâche vertigineuse, nous avons préféré délimiter le territoire de la recension à quelques enjeux, trois en l\u2019occurrence.Le mouton noir face à la nouvelle histoire La pénible expérience de Christian Rioux à l\u2019émission Plus on est de fous, plus on lit en novembre dernier n\u2019a laissé aucun doute : le métier de chroniqueur ne favorise pas toujours la rencontre d\u2019interlocuteurs de qualité.Malgré les intempéries auxquelles se bute au quotidien le chroniqueur, dans son plus récent ouvrage, Christian Rioux est loin d\u2019envier les historiens.Comme il le rapportait déjà en 2006 dans un texte intitulé « L\u2019histoire prise en otage », les historiens évoluent aujourd\u2019hui en Occident dans des sociétés qui sacralisent les sensibilités.Ces sensibilités, toujours de plus en plus singulières, menacent depuis au moins dix ans la recherche de la vérité, le combat le plus important des historiens.Les exemples offerts par Rioux sont nombreux et violents.Dans une chronique de 2012, Rioux nous apprenait que Paul de Chomedey Maisonneuve, dont on célébrait le 400e anniversaire de naissance, se trouvait en France au cœur de célébrations normales alors que de l\u2019autre côté de l\u2019océan, à Montréal, la ville profitait plutôt de l\u2019occasion pour essayer de célébrer une femme, histoire de faire dialoguer le passé et certains enjeux contemporains.C\u2019est pourquoi cette année-là, on vit la thèse très farfelue vou- 121 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 lant que Jeanne Mance ait fondé Montréal obstruer les célébrations entourant le 400e anniversaire de naissance de Maisonneuve.Tandis que certains esprits bien-pensants applaudissaient cette acrobatique interprétation de notre passé, Rioux répondait par une rigueur intellectuelle : [la thèse] constitue non seulement une relecture tout à fait anachronique de l\u2019histoire, mais un véritable détournement à des fins idéologiques.Comme l\u2019explique fort bien Éric Bouchard, membre de la Société historique de Montréal, si Jeanne Mance a joué un rôle primordial dans la fondation de Montréal, Maisonneuve était le seul à être investi des pouvoirs souverains [\u2026] de la part de la Société de Notre-Dame et de la part du Roi [\u2026] C\u2019est lui qui gouvernait, lui qui jugeait, lui qui réglementait, lui qui planifiait, lui qui concédait, lui qui assurait une âpre défense et, en insistant pour être celui qui coupe le premier arbre sur l\u2019île au printemps 1642, consciemment et personnellement, lui qui fonde en acte l\u2019aventure montréalaise (p.45-46).À la fin de sa chronique « L\u2019histoire détournée », Rioux se demande s\u2019il faudra « demain inventer de nouveaux cofondateurs de Montréal pour faire une place aux homosexuels, aux autochtones ou même aux immigrants » (p.46).Il regrette ensuite déjà la question, de peur que certains esprits engourdis n\u2019en saisissent pas l\u2019ironie.Dix ans plus tard, nombreux sont les lecteurs du recueil de Rioux qui se demandent si Valérie Plante n\u2019incarnerait pas au fond la violente prophétie qui planait au-dessus des questionnements de l\u2019auteur.Rappelons que la mairesse a publié en 2020 sur sa page Facebook un curieux montage d\u2019une capsule de l\u2019historien Laurent Turcot suggérant que l\u2019histoire de Montréal a débuté au XIXe siècle avec l\u2019arrivée des Irlandais.Le récit de Turcot, trafiqué par la ville de Montréal, nous introduisait chronologiquement aux 122 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 grandes étapes de peuplement de Montréal, ceux-ci s\u2019enchaînant à peu près ainsi : l\u2019arrivée des saisonniers Italiens, des ouvriers juifs puis l\u2019arrivée des réfugiés haïtiens dans les années 60 et suite au séisme de 2010.La chorégraphie était bien exécutée.Aucune trace de ces maudits Français.Un dix sur dix.Christian Rioux aurait pu à l\u2019époque se contenter de prendre position en marge de cette bataille mémorielle.Cependant, il parvenait déjà à approfondir la réflexion, identifiant ici une conjoncture tout sauf bénigne : « Cette élévation de Jeanne Mance au rang de cofondatrice est d\u2019autant plus paradoxale que le 400e anniversaire de Jeanne Mance, célébré en 2006, était pratiquement passé inaperçu.Au fond, ce n\u2019est peut-être pas un hasard.Les partisans de la rectitude historique ne cherchent pas tant à faire vivre l\u2019histoire qu\u2019à se débarrasser d\u2019un passé encombrant » (p.46).Le lecteur du recueil de Rioux ne pourra s\u2019empêcher ici de soumettre une autre explication.S\u2019il est tout à fait vrai que les partisans de la rectitude historique élèvent la déconstruc- tion au rang des vertus cardinales, le monde a changé entre 2006 et 2012.C\u2019est d\u2019ailleurs l\u2019auteur qui le rappelle dans son avant-propos : « Il y a quelques années à peine, une décennie tout au plus, tout cela n\u2019était encore que de la science-fiction.Nous avons changé de monde » (p.12).Le mouton noir défrise la nouvelle gauche Oui, manifestement, le monde a changé.C\u2019est à se demander si c\u2019est la vitesse de ce changement ou sa violence qui est la plus préoccupante.Au cours des quinze dernières années, le combat de Rioux face à 123 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 cette nouvelle gauche l\u2019a amené à entreprendre plusieurs réflexions, à commencer par celle consistant à essayer de situer le lieu dans le temps d\u2019où ont justement émergé l\u2019antiracisme et plus largement cette grande expédition vers le Bien.Dans sa chronique « De la vertu » publiée en 2017, Rioux donne la parole à Pierre Nora, historien persuadé que seul le temps long puisse être appelé à témoigner : « [Il] a bien compris que l\u2019on se trouve devant un phénomène plus religieux que politique, plus instinctif que rationnel, plus inconscient que raisonné.Pour lui, ce déferlement de rectitude morale, politique et sexuelle vient de notre incapacité à dire le Bien après l\u2019âge totalitaire que fut le XXe siècle.À défaut de croire au Bien, on chassera donc le Mal jusque dans ses derniers retranchements.Les seuls héros qui restent ne sont plus que des victimes.D\u2019où cette concurrence éhontée des discours victimaires.Noirs, Autochtones, homosexuels, handicapés, jeunes, femmes, migrants et j\u2019en oublie, c\u2019est à qui aurait le plus souffert » (p.129-130).Si le raisonnement de Nora se défend bien, dans son avant- propos, Rioux se mouille en insistant plutôt sur la thèse du wokisme comme figure post-marxiste : « Cette montée des extrêmes évoque le souvenir d\u2019un autre temps, celui de la lutte des classes.Elle est aujourd\u2019hui bel et bien de retour, mais sous une autre forme.Cette radicalisation est caractérisée à droite par la colère des classes populaires abandonnées à la désindustrialisation, expulsées des villes et de leurs banlieues immédiates, ridiculisées et rejetées par la société du savoir, l\u2019université \u201cwoke\u201d et l\u2019univers médiatique » (p.14).À cette radicalisation, qui nous rappelle la formule de Sartre (« Tout anticommuniste est un chien »), Rioux y oppose, nostalgique, la précieuse formule de Nora, associant l\u2019après-guerre à « l\u2019espace privilégié des controverses apaisées de l\u2019âge démocratique » (p.264). 124 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 Quelques lecteurs inattentifs pourraient conclure que Christian Rioux n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019un grincheux s\u2019ennuyant éperdument d\u2019une époque passée et qui ne manque jamais l\u2019occasion de remettre en question les mutations de la société.Ces lecteurs seraient alors tentés d\u2019associer l\u2019auteur à la figure pathétique du réactionnaire.Il semblerait pourtant que Rioux soit beaucoup plus nuancé, qu\u2019il s\u2019ennuie en réalité davantage d\u2019un monde qui ne soit pas hystérisé que d\u2019une représentation romantique du passé.La preuve, c\u2019est que tout au long de « Chroniques du monde qui vient.La nouvelle guerre culturelle », Rioux préfère décrire les dérives de cette gauche devenue folle que de vanter les mérites d\u2019un programme politique alternatif ou qui aurait fait ses preuves par le passé.L\u2019annulation du spectacle de SLÀV figure au tableau de chasse de l\u2019auteur.Dans sa chronique « SLÀV » publiée en 2019, l\u2019auteur prend le temps de décrire les méthodes de cette gauche juvénile, cette gauche I dare you ! qui ne se satisfait de rien, surtout pas d\u2019elle-même, cette gauche qui se nourrit de son ventre et qui crache du sang comme certains bâtissent des arguments.Cette gauche est à prendre très au sérieux, bien qu\u2019elle se déploie avec tant d\u2019enthousiasme qu\u2019on serait tenté de croire qu\u2019elle finira bien par s\u2019essouffler.C\u2019est qu\u2019elle fait carrément mentir René Descartes et son « Je pense donc je suis » : « dans un monde d\u2019images et d\u2019émotions, le \u201cressenti\u201d est devenu la mesure de toute chose.Je rencontre de plus en plus de lecteurs qui disent avoir été choqués par un mot ou une phrase.Ils ne tentent pas de vous démontrer que ce mot ou cette phrase décrivaient mal la réalité.Là n\u2019est pas la question.Ils ont simplement été choqués » (p.207).Heureusement, il existe selon Rioux deux avenues.Il faut d\u2019abord saisir que la contre-culture d\u2019hier se fond 125 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 dans l\u2019ambiance contemporaine, que les progressistes d\u2019hier sont véritablement devenus les conformistes d\u2019au- jourd\u2019hui.Cela signifie que les conservateurs sont les rebelles de demain et qu\u2019ils ont une responsabilité.L\u2019autre piste de solution se trouve peut-être de l\u2019autre côté de l\u2019océan.Le mouton noir et l\u2019espoir d\u2019une idylle Quand on lit Christian Rioux, on a parfois l\u2019impression qu\u2019il est le plus sévère des chroniqueurs québécois.Celui qui tient à rappeler que « [L]es journalistes ne choisissent pas leur époque » (p.17) observe la société québécoise avec intransigeance et ses verdicts sont parfois sans appel, toujours tranchants.Cette fermeté lui vient probablement de la France, ce pays où il est encore possible d\u2019associer la GPA à une initiative visant à « satisfaire l\u2019hubris d\u2019individus en santé qui refusent toute limite rationnelle, et d\u2019abord celle, fondatrice, de leur réalité biologique et de leur sexe » (p.58).La France, Christian Rioux y habite depuis plus de vingt ans et nous rappelle avec ce recueil qu\u2019elle nous appartient encore un peu.C\u2019est avec la France qu\u2019il faudrait peut-être entreprendre un processus de vérité et de réconciliation.Et alors quelle forme emprunterait-il ?Il faudrait d\u2019abord diriger un regard attendri vers le Vieux Pays, cette France qui a encore à ce jour le courage de l\u2019ordre auquel nous répondons trop souvent par la lâcheté de plaire.Le milieu de l\u2019éducation est un exemple parmi tant d\u2019autres : « Au Québec, il n\u2019est généralement question que du \u201cplaisir\u201d, du \u201cdésir\u201d, de ce qui va \u201cplaire\u201d, \u201cintéresser\u201d, \u201csera apprécié\u201d, va \u201ctoucher\u201d ou \u201cémouvoir\u201d les élèves.Jamais de ce qui importe » (p.42). 126 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 Convaincu que nous pouvons faire mieux, Rioux y oppose une scène du quotidien à Paris : « il m\u2019arrive de tomber sur des élèves qui lisent La Princesse de Clèves ou L\u2019Étranger.Bien sûr, ils sont moins nombreux que ceux qui écoutent du rap dans leur baladeur.Mais ils existent quand même.Comme existent ces professeurs que j\u2019observe du coin de l\u2019œil, assis sur la banquette avec un gros cartable sur les genoux.Ils corrigent les dissertations de leurs élèves sur ces mêmes romans de Madame de Lafayette et de Camus.Il faut les voir tracer minutieusement à l\u2019encre rouge leurs commentaires dans la marge » (p.41).Le lecteur de Christian Rioux saisira-t-il un jour cette invitation qu\u2019il nous lance depuis quinze ans ?On se le rappelle si peu, mais le Québec et la France se sont déjà croisés, il y a de cela quelques centaines d\u2019années.L\u2019avenir est incertain.Et si pour l\u2019embellir, ne serait-ce qu\u2019un peu, les amants acceptaient enfin de se revoir ?Rémi Villemure 127 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 Mathieu lévesque La couleur CAQ Gatineau, CAQ, 2022, 225 pages Depuis la création de la Coalition avenir Québec, et plus encore depuis sa prise du pouvoir en octobre 2018, les commentateurs sont nombreux à tenter de cerner son positionnement idéologique précis, et sa place dans l\u2019histoire longue de nos débats politiques.La tâche est plus difficile qu\u2019elle n\u2019en a l\u2019air, car on a affaire à une formation politique plus pragmatique que dogmatique, qui se tient généralement loin des grands manifestes et des traités philosophiques.C\u2019est là tout l\u2019intérêt de La Couleur CAQ du député caquiste Mathieu Lévesque, qui a tenté de définir davantage l\u2019identité de sa formation politique par écrit, quelques mois seulement avant l\u2019élection du 3 octobre 2022.Le livre se présente d\u2019abord comme une autobiographie de Mathieu Lévesque, avocat originaire de l\u2019Outaouais ayant débuté son implication politique au Parti libéral du Québec auprès de Benoît Pelletier, longtemps une figure phare de l\u2019aile nationaliste du parti.Il a cependant « guéri de [son] rougisme » (p.35) dès 2012, en devenant l\u2019un des premiers membres de la CAQ naissante.Comme bien des électeurs fédéralistes qui demeurent Québécois avant tout, Mathieu Lévesque fut en quelque sorte expulsé de son propre parti par la radicalisation multiculturaliste entamée sous Jean Charest et officialisée sous Philippe Couillard.Membre de l\u2019équipe de tournée du chef lors de la campagne électorale de 2012, puis président de l\u2019aile jeunesse de la CAQ de 2013 à 2014, Mathieu Lévesque est ensuite nommé candidat dans Chapleau en 2018.En remportant la circonscription, qui était celle de son mentor Benoît Pelletier, il inflige au PLQ sa première défaite dans cet ancien château fort, rouge depuis sa création en 1981. 128 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 Si bon nombre d\u2019éléments de la majeure partie du livre, qui résume le premier mandat caquiste, seront familiers aux lecteurs qui suivent l\u2019actualité, le chapitre de loin le plus intéressant de La Couleur CAQ s\u2019intitule « Le réaligne- ment des astres politiques ».Dans ce passage, Lévesque prend de la hauteur et remonte jusqu\u2019au début de la Confédération canadienne pour inscrire la Coalition dans l\u2019histoire, dans le but avoué de prouver que cette nouvelle force politique est loin d\u2019être une anomalie, mais qu\u2019elle se situe plutôt dans une longue tradition nationaliste qui a de profondes racines dans le passé québécois.En faisant appel à la notion de « parti générationnel » du politologue Vincent Lemieux, le député de Chapleau place la CAQ dans la continuité de trois grandes formations politiques : le Parti national d\u2019Honoré Mercier, l\u2019Union nationale de Maurice Duplessis et le Parti québécois de René Lévesque.Au-delà de l\u2019analyse sociologique qui est celle de Lemieux, le grand point de convergence entre ces partis est évidemment leur capacité à incarner le nationalisme québécois à une époque donnée.On comprend donc que la « couleur CAQ » que décrit Mathieu Lévesque est en quelque sorte une nouvelle teinte de bleu, qui inclut d\u2019anciens rouges comme lui-même.Cette nouvelle synthèse du nationalisme apparaît comme le produit d\u2019un contexte politique où la question identitaire a pris le dessus sur la question constitutionnelle.Lorsqu\u2019il explique le programme de la CAQ avec « un esprit franchement partisan » (p.17) revendiqué, l\u2019auteur donne effectivement l\u2019impression d\u2019appartenir à une formation politique qui cherche à se définir idéologiquement autour du nationalisme.Face aux libéraux « obnubilés par leurs bases montréalaises » (p.64) et à la « gauche radicale » (p.67) de Québec solidaire, Mathieu Lévesque décrit 129 L\u2019Action nationale \u2013 Juin 2022 un parti déterminé à « assumer la primauté, sur notre territoire, de la spécificité culturelle québécoise face à l\u2019idéal pancanadien du multiculturalisme » (p.115).On apprend également dans l\u2019essai que la « culture de convergence », défendue par Fernand Dumont et plus récemment par Guillaume Rousseau, est le modèle d\u2019intégration préconisé par la CAQ, selon lequel « la langue française et la culture québécoise constituent le foyer de convergence de tous les Québécois, qu\u2019ils soient de souche ancienne ou récente » (p.116).Voilà un ajustement nécessaire, après que tous les partis nationalistes aient erré du côté de l\u2019intercultura- lisme de Gérard Bouchard, identique dans son application concrète au multiculturalisme.Au final, La Couleur CAQ de Mathieu Lévesque apparaît comme une tentative bienvenue de définir plus précisément l\u2019identité idéologique d\u2019un parti qui semble insaisissable pour bon nombre d\u2019intellectuels et d\u2019observateurs.Surtout, pour une jeune formation politique, il est fondamental de s\u2019inscrire dans la durée, comme le résume d\u2019ailleurs François Legault lui-même en préface : « En incarnant cette volonté de défendre nos valeurs, notre langue, notre culture et notre histoire, la CAQ succède à une longue lignée politique.Et même si notre formation est encore jeune, son enracinement historique ne fait aucun doute » (p.13).Néanmoins, ne marche pas dans les pas de Mercier, Duplessis et Lévesque qui veut ! Maintenant qu\u2019elletro les a identifiés comme ses inspirations, la CAQ devra être à la hauteur de ces grands personnages dans sa défense du Québec, de son identité, de ses valeurs et de ses aspirations.Étienne Beauregard  Étudiant, Université Laval, et auteur. Des petits livres bleus qui clarifient les choses ! Mémoires d\u2019un enfant de la Révolution tranquille Autobiographie intellectuelle par Denis Monière L\u2019Action nationale Éditeur actionnationale.quebec ISBN 978-2-89070-024-6 (224 pages) Pierre de Bellefeuille Parcours d\u2019un libre penseur Biographie intellectuelle par Denis Monière L\u2019Action nationale Éditeur actionnationale.quebec ISBN 978-2-89070-047-5 (224 pages) Des biographies qui en disent sur nous L\u2019Action É D I T E U R 4 ag Square La librairie du i Carré Saint-Louis ju] 11 453 FG Ay hy Inf@libraiedusquaire.com Ourremant 1061 avenue Bernard Gs #10 ARR RP outremonr@tibrairiedusquaze.Com Indépendante d\u2019esprit Poésie | Théâtre PR Rae ET Les combats de L\u2019Action nationale sont utiles\u2026 Pour les suivre actionnationale.quebec La Caisse d\u2019économie solidaire est la coopérative ?nancière des entreprises collectives et des citoyens engagés pour une économie sociale et durable.1 877 647-1527 caissesolidaire.coop Mesdames, Messieurs, En ces temps tourmentés, le travail de la pensée est plus nécessaire que jamais.Les débats sont l\u2019énergie vitale de la démocratie.Ils aident à la clari?cation des repères sociétaux, à la formulation des espérances et à la mobilisation des forces rassembleuses.C\u2019est la poursuite de L\u2019Action nationale depuis plus de 100 ans.C\u2019est un lieu où s\u2019élaborent, se discutent et se partagent les aspirations nationales.Sa mission est essentielle à la vitalité de notre culture, au partage et à la valorisation de ses manifestations dans tous les domaines de la vie.La défense et la promotion de la langue française, la reconnaissance et la valorisation de la culture québécoise comme fondement de notre existence nationale et le combat pour que le Québec contrôle tous les instruments de son développement sont les dimensions fondamentales de son travail.À chacune de ses livraisons, la revue explore et discute des enjeux qui font le devenir de notre société, fait connaitre et discute des œuvres de ses créateurs, exerce une pensée critique indispensable à la construction du bien commun.C\u2019est un travail qu\u2019elle réalise grâce à la ?délité de ses lecteurs, grâce à l\u2019engagement des auteurs qu\u2019elle publie et grâce à la générosité de ses donateurs.Vos dons gardent L\u2019Action nationale en vie.Ils lui apportent les moyens nécessaires à l\u2019édition, mais c\u2019est d\u2019abord parce qu\u2019ils sont des gestes de solidarité et d\u2019engagement qui peuvent changer les choses.En soutenant L\u2019Action nationale, vous redites votre attachement à la vie intellectuelle et à la place qu\u2019elle doit occuper dans la culture.L\u2019avenir du Québec dépendra toujours de la force de sa culture.L\u2019Action nationale y contribue à sa manière.Je vous invite à participer avec moi à l\u2019essor de cet indispensable con?uent de nos délibérations.Je vous remercie d\u2019avance pour votre don et je salue votre engagement à « faire lever l\u2019horizon » (Gaston Miron).L\u2019Action nationale remet des reçus ?scaux à titre d\u2019organisme d\u2019éducation politique reconnu par le gouvernement du Québec (no OEP/002).à partir du site internet de L\u2019Action nationale actionnationale.quebec/campagne au téléphone avec votre carte de crédit VISA ou MasterCard 514 845-8533 ou sans frais 1 866 845-8533 L\u2019Action nationale 82 rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Campagne de financement de L\u2019Action nationale 2022 sous la présidence d\u2019honneur de Lorraine Pintal Comédienne, metteuse en scène, réalisatrice, directrice artistique et autrice Première lauréate du prix du Québec Denise-Filiatrault des arts de la scène en 2021 Votre date d\u2019échéance Votre numéro d\u2019abonné Prévenez le coût ! Vous pouvez payer votre abonnement \u2022 par la poste (chèque et cartes de crédit*) ; L\u2019Action nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 \u2022 par téléphone (cartes de crédit*) ; 514 845-8533 ou 1 866 845-8533 \u2022 par la boutique internet** action-nationale.qc.ca Paiement direct avec votre avis de renouvellement Vous pouvez maintenant inscrire la Ligue d\u2019action nationale parmi vos fournisseurs dans votre compte chez Desjardins et les autres institutions participantes.Votre avis de renouvellement indique votre numéro d\u2019abonné vous permettant de vous identifier et de payer directement votre abonnement au guichet ou par internet.Chaque abonné est important pour nous.* VISA et MASTERCARD acceptées ** VISA, MASTERCARD ou de votre compte PAYPAL Paiement numérique Saisissez votre adresse de courriel ou votre numéro de téléphone mobile pour commencer Payer avec Paypal Adresse de courriel ou numéro de téléphone mobile Suivant 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; tous les dons qu\u2019elle reçoit sont d\u2019une grande importance puisqu\u2019ils permettent d\u2019offrir à nos abonnés une revue de qualité, et ce, sans s\u2019éloigner, même avec plus d\u2019un siècle d\u2019existence, de sa mission.Qu\u2019est-ce qu\u2019un don planifié ?Les dons immédiats, ceux qui sont mis à la disposition de la Ligue d\u2019Action nationale dès qu\u2019ils sont faits et les dons différés, dons destinés à être remis à la Ligue d\u2019Action nationale à une date ultérieure (ex.: dons testamentaires, d\u2019assurance-vie, fiducie testamentaire, etc.) Vous avez peut-être une police d\u2019assurance-vie de quelques milliers de dollars à laquelle vous avez souscrit il y a plusieurs décennies et qui pourrait être cédée à L\u2019Action nationale sous forme de don planifié et contribuer ainsi à la pérennité de la revue.Les dons planifiés font partie intégrante de la planification financière et successorale.Ils peuvent prendre diverses formes, et l\u2019avis d\u2019un planificateur financier professionnel pourra vous aider à choisir l\u2019option la plus avantageuse pour vous.Si dans votre testament vous nommez la Ligue d\u2019Action nationale comme bénéficiaire, faites-le-nous savoir afin que nous puissions vous manifester notre reconnaissance.Si vous désirez effectuer un don planifié à la Ligue, nous pourrons vous remettre un reçu pour dons.Contactez-nous si vous avez besoin des conseils du planificateur financier professionnel de la Ligue d\u2019Action nationale.Ligue d\u2019Action nationale \u2013 Programme de dons planifiés  a/s de Jacques Martin  82, rue Sherbrooke Ouest  Montréal (Québec) H2X 1X3 L\u2019Action en héritage Tableau d\u2019honneur des donaTeurs eT légaTaires de la ligue d\u2019acTion naTionale Plusieurs personnes nous ont laissé des legs ou des dons qui permettent d\u2019assurer la pérennité de la revue L\u2019Action nationale depuis maintenant 100 ans.C\u2019est la Fondation Esdras-Minville qui gère le patrimoine dédié à la revue, mais pour l\u2019obtention d\u2019un reçu pour fins fiscales, il faut libeller les dons et les legs à la Ligue d\u2019action nationale.Nous exprimons notre gratitude à nos généreux mécènes par une mention à perpétuité à ce tableau d\u2019honneur qui fait état du cumul des dons et des legs.Hector Roy \u2020 grands bâTisseurs de 25 000 $ à 49 999 $ Gabriel Arsenault Dominique Bédard \u2020 Bernard Lamarre \u2020 Bernard Landry \u2020 Isabelle Laporte Bryan L\u2019Archevêque Jacques C.Martin Paul Mainville \u2020 Michel Moisan Ghislaine Raymond \u2020 Ivan Roy Cécile Vanier \u2020 bâTisseurs de 5000 $ à 24 999 $ bâTisseurs émériTes plus de 50 000 $ François Beaudoin Gaston Beaudry \u2020 Pierre Karl Péladeau André Véronneau membres bienfaiTeurs Robert Ascah Robert Auclair André Baillargeon Jacques Baillargeon Jean-François Barbe Luc Bertrand Antoinette Brassard Jacques Cardinal Paul Carrier Jean-Paul Champagne Roch Cloutier Bernard Courteau Guy Cormier Normand Cossette Richard Côté Benoit Dubreuil André Dubuc Richard Dufresne Harold Dumoulin Lucia Ferretti Christian Gagnon Jean-Pierre Gagnon Marcel Gaudreault André Gaulin Yvon Groulx \u2020 Marcel Henry Benoît Houde Gérard N Houle Marcel et Hélène Jacob Henri Joli-Cœur Marc Labelle Georges Lacroix Isabelle Lamarche Gérald Larose Isabelle Le Breton Maurice Leboeuf Richard Leclerc Pascal Leduc Laurent Mailhot \u2020 Pauline Marois Cécile Martin Marcel Masse \u2020 Yves Michaud Estelle Monette \u2020 Lucie Monette Denis Monière Réjean Néron Reginald O\u2019Donnell \u2020 Gilbert Paquette Hubert Payne Gilles Pelletier \u2020 Réal Pilon Alain Prévost Richard Rainville Antoine Raspa René Ricard Paul-Émile Roy \u2020 Hélène Savard-Jacob Ginette Simard Denise Simoneau Rita Tardif Frédéric Thériault Robert G.Tessier \u2020 Marcelle Viger Florent Villeneuve André Watier 1500 $ à 4999 $ Fernand Allard Patrick Allen \u2020 François-Albert Angers \u2020 Gaston-A.Archambault \u2020 Jean-Paul Auclair \u2020 Paul Banville Claude Belec Yvan Bédard \u2020 Jacqueline Claire Binette Henri Blanc René Blanchard Réjane Blary Charles Eugène Blier Gilles Blondeau Charles Eugène Blier David Boardman Yvon Boudreau Gaétan Breault Marcelle Brisson Henri Brun Édouard Cadotte Jean-Charles Claveau Robert Comeau George Coulombe Louis-J.Coulombe Fernand Couturier Paul De Bellefeuille Gérard Deguire Jean-Jacques Delisle Richard Dufresne Bob Dufour Yves Duhaime Marcel Fafard Nicole Forest Lynn-Ernest Fournier Jean-Claude Gagnier Raymond Gagnier Léopold Gagnon Paul A Garneau Romain Gaudreault Henri-F.Gautrin \u2020 Claude Ghanimé Yves Gilbert Pierre Gosselin Paul Grenier \u2020 Michel Grimard Yvan Hardy Guy Houle Pierre André Julien Germain Jutras Pierre Lacombe Raymond Laflamme Lucie Lafortune \u2020 Anna Lagacé-Normand \u2020 Gisèle Lapointe Roger Lapointe Alain Lavallée Germain Lavallée Denis Lazure \u2020 André Leduc Maurice Leduc Gérard Lefebvre Émile Lemaire Jacques Libersan Pierre Lincourt Clément Martel Clément Mercier Yvon Martineau \u2020 Roger Masson Serge Ménard Monique Michaud Daniel Miroux Lise Monette Louis Morache Rosaire Morin \u2020 Gilles Ouimet Jacques Parizeau \u2020 Hélène Pelletier- Baillargeon Claude Pilote Fernand Potvin Arthur Prévost \u2020 René Richard \u2020 Dominique Richard \u2020 Jacques Rivest Jean-Denis Robillard Louis Roquet Pierre-Paul Sénéchal Michel Taillefer Réjean Talbot Claudette Thériault Serge Therrien François C Thivierge Marcel Trottier \u2020 Réal Trudel Denis Vaugeois Claude-P.Vigeant Madeleine Voora club des 100 associés 1000 $ à 1499 $ Liberté d\u2019expression L\u2019Action nationale ouvre ses pages à tous ceux et à toutes celles que la question nationale intéresse.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.La rédaction assume la responsabilité de tous les titres d\u2019articles, mais les auteurs restent responsables du contenu de leurs textes.Rédaction Un article soumis sans 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Denis Monière Isabelle Le Breton Gilbert Paquette Ex Officio Robert Laplante Membres Djemila Benhabib Mathieu Bock-Côté Nicolas Bourdon Claude Coulombe Myriam D\u2019Arcy Jules Gagné Mathieu Gauthier-Pilote Léolane Kemner Philippe Lorange Jacques C.Martin Martine Ouellet Danic Parenteau Guillaume Rousseau Mathieu Roy Simon-Pierre Savard-Tremblay Gilles Toupin Membres honoraires Christiane Bérubé, Nicole Boudreau, Guy Bouthillier, Jacques Brousseau, Hélène Chénier, Lucia Ferretti, Léo Jacques, Delmas Lévesque, Yves Michaud, Pierre Noreau, Roméo Paquette, Hélène Pelletier-Baillargeon Membres émérites René Blanchard, Jean-Charles Claveau, Henri Laberge, Jacques-Yvan Morin Mission La Ligue d\u2019action nationale est l\u2019éditrice de la revue L\u2019Action nationale.Sa mission est d\u2019être un carrefour souverainiste où se débattent les aspirations de la nation québécoise comme collectivité de langue française suivant une tradition de réflexion critique, d\u2019indépendance et d\u2019engagement, à partir des situations d\u2019actualité qui renvoient aux enjeux fondamentaux de notre avenir collectif. Tarifs 2022 (taxes et expédition comprises) L\u2019Action nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514 845-8533 sans frais, 1 866 845-8533 Pour nous joindre par courriel revue@actionnationale.quebec www.actionnationale.quebec ISSN-0001-7469 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Périodicité : 10 numéros par an L\u2019Action nationale est membre de la SODEP www.sodep.qc.ca Paiement par chèque ou carte de crédit VISA ou MASTERCARD \u2022 paiement internet sécurisé dans notre site \u2022 par la poste \u2022 par téléphone Paiement de votre compte bancaire (renouvellement d\u2019abonnement) \u2022 chez Desjardins et dans les institutions financières participantes   1 an  2 ans    10 numéros  20 numéros Abonnement   90 $ 160 $    (78,28 $ + taxes)  (139,15 $ + taxes)  Abonnement de soutien  190 $ 300 $ Étudiant  60 $ 100 $    (47,84 $ + taxes)  (78,28 $ + taxes) Institution  160 $ 250 $    (130,46 $ + taxes)  (208,74 $ + taxes) Autres pays  160 $ 275 $ Abonnement PDF  60 $ 100 $   (52,18 $ + taxes)  (86,97 $ + taxes)   TVQ 1012563392 TQ0002  TPS 11901 9545 "]
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