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Titre :
L'itinéraire
Depuis 1992, L'Itinéraire fait découvrir aux Montréalais les intérêts, les préoccupations et les revendications des gens de la rue, des activistes sociaux et des collaborateurs qui participent à la publication. [...]
L'Itinéraire est un mensuel montréalais dont la publication a débuté au printemps 1992. Le magazine est une initiative du Groupe communautaire L'Itinéraire, organisme basé dans le quartier Centre-Sud à Montréal. Il est vendu dans les rues et dans le métro de Montréal par des camelots. La création de L'Itinéraire visait à offrir une publication aux personnes seules et itinérantes dans laquelle elles pourraient partager avec la population les problématiques de l'itinérance et proposer des pistes de solution. L'Itinéraire permet aux participants l'apprentissage d'un travail rémunéré. Une participation active brise l'isolement. Elle favorise la revalorisation et la réalisation de soi, une reprise personnelle et une culture de l'autonomie. L'Itinéraire transmet aux Montréalais les intérêts, les préoccupations et les revendications des gens de la rue, des activistes sociaux et des collaborateurs qui participent à la publication. Ainsi, l'accès au logement, la réinsertion sociale, le travail du sexe, l'alcoolisme et la toxicomanie, la formation aux adultes, les droits de la personne, les sujets politiques de l'heure, les arts et la culture populaire, sont des sujets traités dans le magazine. On trouve régulièrement une personnalité connue en page couverture de L'Itinéraire, à laquelle est jumelé un article prenant souvent la forme d'une entrevue. Des collaborations spéciales de journalistes pigistes professionnels trouvent leur place chaque mois dans L'Itinéraire. Le magazine offre aussi une tribune à ses camelots, dont quelques-uns sont maintenant des figures connues des Montréalais. THIVIERGE, François, « Intervention de groupe auprès de la population itinérante de Montréal », Service social, vol. 43, no 2, 1994, p. 147-157.
Éditeur :
  • [Montréal] :Groupe communautaire l'itinéraire,1992-
Contenu spécifique :
vendredi 1 décembre 2023
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
deux fois par mois
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L'itinéraire, 2023, Collections de BAnQ.

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[" Marie-Ève Morin PAYEZ VOTRE MAGAZINE PAR TEXTO AUPRÈS D\u2019UN.E CAMELOT AUTORISÉ.E Volume XXX, n?22 Montréal, 1er décembre 2023 PUBLICITÉ L\u2019arrondissement de Ville-Marie reconnaît l\u2019excellent travail de l\u2019équipe du magazine L\u2019Itinéraire.Quand Isabelle parle du début de sa vie, son regard bleu profond revisite la nature où elle a vécu sa petite enfance avec sa mère.« On habitait dans le bois, en Outaouais.On faisait du trappage, on fixait des filets.» Puis elles déménagent en ville pour l\u2019école.Elle vit ensuite avec son père sur l\u2019île d\u2019Anticosti, mais ira à Sept-Îles pour étudier au secondaire.Tous ces déménagements provoquent une difficulté à créer des liens d\u2019appartenance.Mais ça lui a aussi donné le goût de l\u2019aventure ! Elle voyagera en sac à dos à travers le Canada : Banff, Jasper, le Yukon, l\u2019Île de Vancouver.« C\u2019était de belles années.J\u2019vivais dans ma tente.Je travaillais, j\u2019ramassais mes sous, après je repartais pour un p\u2019tit bout.J\u2019avais le goût de rencontrer des personnes comme moi, curieuses, qui voulaient échanger.» À 25 ans, elle s\u2019établit à Montréal et travaille comme serveuse.À 31 ans, elle ressent des changements qui la questionnent.« J\u2019ai eu l\u2019 impression que quelque chose se passait.C\u2019est là qu\u2019a commencé mon trouble de santé mentale.Comme s\u2019il y avait une autre réalité qui n'était pas la mienne.» Elle reçoit le diagnostic de schizophrénie.« Après ça, j\u2019ai consommé beaucoup.» À 42 ans, elle arrête de consommer pour la première fois.« J\u2019ai commencé à prendre au sérieux ma maladie.Les symptômes étaient beaucoup plus présents.» Grâce à un travail dans un organisme communautaire, elle commence son rétablissement, mais la régularité est difficile pour elle.Et il y a un an, elle rencontre L\u2019Itinéraire.« L\u2019Itinéraire a été une porte de sortie.Si j\u2019vais pas bien, j\u2019suis pas obligée d\u2019aller travailler.C\u2019est moi qui décide, c\u2019est vraiment plus facile.J\u2019ai de la misère à échanger, je m\u2019isole beaucoup.L\u2019Itinéraire m\u2019aide à continuer à avoir une vie sociale.Ça me fait du bien de voir des gens.Ils sont super open, disent bonjour, bonne journée ! » Elle participe aussi à des groupes de parole, comme Percepteurs de sens (Le Rebond).« On discute de nos expériences : sentir, voir, entendre des choses.Ça me fait du bien de parler de ce que je vivais, de chercher à travers l\u2019autre, ça aide à mieux se comprendre.» Elle vit actuellement en appartement supervisé.« J\u2019suis chez moi.Si j\u2019ai besoin de discuter, y\u2019a quelqu\u2019un qui est là pour jaser.» « Pour l\u2019 instant j\u2019essaye de prendre le meilleur de ce que je suis et de ce que j\u2019ai.Je veux continuer à vivre malgré mes symptômes, me stabiliser pour retrouver un travail régulier.» Par Marie Brion ?Bénévole à la rédaction GABRIEL LAVOIE Camelot n° 2074 \u2022 Âge 44 ans Points de vente \u2022 Métro Rosemont et Provigo Beaubien / 9e avenue PARTENAIRES MAJEURS L\u2019Itinéraire EST MEMBRE DE Le groupe communautaire L\u2019Itinéraire offre une formation d\u2019ADS+ à tous ses employé.e.s et y adhére en tant qu\u2019organisme.La direction de L\u2019Itinéraire tient à rappeler qu\u2019elle n\u2019est pas responsable des gestes des vendeurs dans la rue.Si ces derniers vous proposent tout autre produit que le magazine ou sollicitent des dons, ils ne le font pas pour L\u2019Itinéraire.Si vous avez des commentaires sur les propos tenus par les vendeurs ou sur leur comportement, commu - niquez sans hésiter avec la direction de L\u2019Itinéraire à : direction@itineraire.ca | 514 597-0238 poste 228 RÉDACTION ET ADMINISTRATION 2103, rue Sainte-Catherine Est Montréal (Qc) H2K 2H9 LE CAFÉ L\u2019ITINÉRAIRE 2101, rue Sainte-Catherine Est Téléphone : 514 597-0238 Télécopieur : 514 597-1544 Site : www.itineraire.ca ISSN -1481-3572 Numéro de charité : 13648 4219 RR0001 Dépôt légal Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque de l\u2019Assemblée nationale du Québec ÉCRIVEZ-NOUS ! courrier@itineraire.ca Des lettres courtes et signées, svp ! Interaction du quartier Community Council Peter-McGill Le journal L\u2019Itinéraire a été créé en 1992 par Pierrette Desrosiers, Denise English, François Thivierge et Michèle Wilson.À cette époque, il était destiné aux gens en difÏculté et offert gratuitement dans les services d\u2019aide et les maisons de chambres.Depuis mai 1994, le journal de rue est vendu régulièrement par les camelots.Aujourd\u2019hui le magazine bimensuel est produit par l\u2019équipe de la rédaction et plus de 50 % du contenu est rédigé par les camelots.P R I X J U D I T H - J A S M I N 2 0 2 0 F P J Q Prix de vente 1,50 $ 1,50 $ l\u2019achètent camelots Les paie l\u2019impression + coûts de production Convention de la poste publication No40910015, No d\u2019enregistrement 10764.Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada, au Groupe communautaire L\u2019Itinéraire 2103, Sainte-Catherine Est Montréal (Québec) H2K 2H9 Nous reconnaissons l\u2019appui financier du gouvernement du Canada.Les opinions exprimées dans cette publication (ou sur ce site Web) ne reflètent pas forcément celles du ministère du Patrimoine canadien.IMPRIMEUR SOLISCO 120, 10E RUE SCOTT (QUÉBEC) Nous tenons à remercier le ministère de la Santé et des Services sociaux de même que le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l\u2019Île-de-Montréal pour leur contribution financière permettant ainsi la poursuite de notre mandat.PRINCIPAUX PARTENAIRES DE PROJETS NDLR Nous nous réservons le droit de corriger et de raccourcir les textes Mots de lecteurs On aime ça vous lire ! Vous nous dites souvent que vous aimez L\u2019Itinéraire, que vous avez apprécié tel article, que vous aimez notre magazine.Eh bien, écrivez-nous pour nous le dire ! Cette section vous est réservée tout spécialement.Le Groupe L\u2019Itinéraire a pour mission de ré - aliser des projets d\u2019économie sociale et des programmes d\u2019insertion socioprofessionnelle, destinés au mieux-être des personnes vulné - rables, soit des personnes, jeunes ou âgés, à faible revenu et sans emploi, vivant notam - ment en situation d\u2019itinérance, d\u2019isolement social, de maladie mentale ou de dépendance.L\u2019organisme propose des services de soutien communautaire et un milieu de vie à quelque 200 personnes afin de favoriser le développe - ment social et l\u2019autonomie fonctionnelle des personnes qui participent à ses programmes.Sans nos partenaires principaux qui contri - buent de façon importante à la mission ou nos partenaires de réalisation engagés dans nos programmes, nous ne pourrions aider au - tant de personnes.L\u2019Itinéraire, ce sont plus de 2000  donateurs individuels et corporatifs qui aident nos camelots à s\u2019en sortir.Merci à tous ! 1er décembre 2023 Volume XXX, no 22 Y a-t-il une vie après les ravages de l\u2019alcool, des drogues et toutes autres formes de dépendances ?Les substances de tous genres sont partout.Pas obligé de regarder bien loin, il y a toujours au moins une personne qui est aux prises avec une addiction ou une autre dans notre entourage.Prenons l\u2019alcoolisme par exemple \u2014 qui ne fait pas de discrimination d\u2019âge, de sexe, de statut social.De la personne itinérante au travailleur d\u2019usine en passant par la vedette bien connue ou aux gens d\u2019affaires bien nantis, l\u2019abus d\u2019alcool n\u2019en a rien à cirer.Pour une personne qui en souffre, la vie devient un enfer.Incapable de se passer de son premier verre, celui qui en entraîne d\u2019autres et d\u2019autres encore jusqu\u2019à l\u2019ivresse, l\u2019obsession de boire prend toute la place dans sa vie.Et c\u2019est la même chose pour la consommation abusive de drogue, prescrite ou non.Ce qui, au début, faisait du bien, permettait de mieux fonctionner dans la vie, de se désinhiber, de moins souffrir devient un ennemi qui se retourne contre soi.Il paraît qu\u2019une personne qui consomme dérange en moyenne 40 personnes autour d\u2019elle.Des chicanes de famille, des retards au boulot, des absences, l\u2019argent dépensé immodérément, la violence, les accidents.Les conséquences sont nombreuses et dévastatrices.Mais si la consommation abusive fait un nombre incalculable de victimes au Québec, des milliers réussissent à s\u2019en sortir.C\u2019est à ces gens que l\u2019on consacre le dossier principal de cette édition.Vous voyez en page couverture la Dre Marie-Ève Morin, qui traite les cas les plus lourds de gens aux prises avec de sérieux problèmes de drogues dures, des opioïdes, des benzos et autres substances, coupées plus souvent qu\u2019autrement avec du fentanyl ou d\u2019autres produits potentiellement mortels.Quel dynamo, cette femme ! Elle parle de ses patients avec passion, avec amour.Et elle répond oui, on peut s\u2019en sortir.Avec de l\u2019aide, c\u2019est certain.Parce que seul, c\u2019est extrêmement difficile.Il existe plusieurs moyens de se rétablir et de demeurer abstinent.Des groupes d\u2019entraide, des programmes en douze étapes, des thérapies.Mais avant tout, un désir d\u2019arrêter de consommer et d\u2019accepter la main tendue.Plusieurs de nos camelots ont cessé de consommer et quelques-uns en témoignent dans les pages qui suivent.Certains, malheureusement, ne sont pas prêts à lâcher prise.D\u2019autres encore en sont décédés.De la fenêtre de la rédaction au 2e étage, à L\u2019Itinéraire, on voit tous les jours les ravages que font les différentes drogues \u2014 aussi bien dire de la cochonnerie \u2014 sur les consommateurs, sous le pont Jacques-Cartier.C\u2019est franchement désolant.On leur tend la main, notamment par le biais de notre programme d\u2019intervention de proximité AIR.On leur souhaite qu\u2019ils et elles soient libérés de cet enfer.Josée Panet-Raymond Éditrice adjointe et rédactrice en chef LUC DESJARDINS Directeur général et éditeur ADMINISTRATION VANESSA TREMBLAY Directrice - Opérations et ressources humaines ESTELA SOLORZANO Cheffe comptable MARCELA CHAVES Commis comptable SANDRINE PAPINEAU Adjointe de direction RÉDACTION JOSÉE PANET-RAYMOND Éditrice adjointe et rédactrice en chef KARINE BÉNÉZET Journaliste, cheffe de pupitre SIMON BOLDUC Chargé de projet - journalisme JULES COUTURIER Journaliste CARLA BRAGA Responsable de la création visuelle GABRIEL LAVOIE Participant aide-journaliste Composition de la Une CARLA BRAGA Photo GABRIEL LAVOIE DÉVELOPPEMENT PHILANTHROPIQUE ET RÉSEAUX SOCIAUX JOSÉE LABRECQUE Directrice - Développement philanthropique PASCALE PLANET Gestionnaire de communauté et contenu numérique PATRICIA ARAGON Créatrice de contenu - graphiste ISABELLE SIMARD-LAPOINTE Agente de développement communautaire ACTION COMMUNAUTAIRE THOMAS WAYLAND Organisateur communautaire MAUDE M.-ROMPRÉ et VINCENT OZROUT Intervenant.e.s psychosocial.e.s BÉATRICE S-MONTESINOS Stagiaire en technique de travail social DANIEL PRINCE Responsable de la distribution SERVICE ALIMENTAIRE PIERRE TOUGAS Responsable du Café M.Paul JEAN-CHRISTOPHE RUEL Coordonnateur du service alimentaire MARIO ALBERTO REYES ZAMORA Aide-cuisinier PROGRAMME MAISON RONDE MARILOU MAISONNEUVE Chargée de projets ÉMILIE BEAUDET, TRICIA O'MEARA et VINCENT COLLETTE Responsables de la formation JULIE CHARBONNEAU Intervenante psychosociale CONSEIL D\u2019ADMINISTRATION Président NICK KAMINARIS - Nuvei Vice-président YVON MASSICOTTE - Camelot de L\u2019Itinéraire Trésorière KATERINE CÔTÉ - CAE Administrateurs CHLOÉ FRESLON - Presidente URelles DIANE CURADEAU - Représentante des camelots CÉLINE MARCHAND - Camelot de L\u2019Itinéraire JOCELYNE CARRIER - Camelot de L\u2019Itinéraire SAMIR HALAIMIA - Camelot de L\u2019Itinéraire BÉNÉVOLES CHRISTINE BARBEAU, MARIE BRION, ANITA BARSETTI et NICOLE BLAIS Bénévoles à la rédaction PAUL ARSENAULT, NICOLE BLAIS, LUCIE LAPORTE et SYLVIE POIRIER Bénévoles à la révision 22 26 Mots de camelots 3 Zoom sur Isabelle Blaney Léveillé 9 Jean-Guy Deslauriers 9 Lynn Champagne 9 Manon Fortier 16 camelots ont participé à cette éditio n S I M O N B O L D U C C O U R T O I S I E G A B R I E L L A V O I E 13 Depuis 2016, au Canada, en moyenne 15 personnes meurent chaque jour d\u2019une surdose d\u2019opioïdes ou de stimulants.L\u2019arrivée incessante et rapide de nouvelles drogues de synthèse rend la tâche des médecins, travailleurs de rue et psychothérapeutes encore plus difficile pour éviter les morts.Comment aider ces gens ?Peut-on sauver tout le monde ?Est-ce qu\u2019il y en a pour qui on ne peut rien ?Pour mieux comprendre la crise des surdoses, L\u2019Itinéraire s\u2019est entretenu avec la docteure Marie-Ève Morin, entre autres, médecin de famille œuvrant en santé mentale et en dépendances.12  BD - À la sauce piquante d\u2019El Diablo 22  Ceci n\u2019est pas une mise en scène Rencontre avec Luc Guérin Maxime Valcourt 24  Chronique Lignes - Mon nouveau recueil de poésie Agathe Melançon 25  Critique littéraire À la manière d'Agathe Josée Cardinal 26  Métiers Intervention en dépendance, un métier qui s\u2019apprend Jules Couturier 30  Dans la tête des camelots Les drogues et vous 32  Ma parole Seule\u2026 je ne suis rien Jo Redwitch 33  Roman-feuilleton Sirop de poteau - Chapitre 8 Francis Ouellette 38  Suggestions de films Médiafilm 40  Espace sciences Gabriel Lavoie 42  BD Siou 43  C\u2019t\u2019encore drôle Christian Vanasse 44  Détente Simon Bolduc 1er décembre 2023 Volume XXX, no 22 À la une G A B R I E L L A V O I E Nouvelles de la rue La poésie comme exutoire à la rue J\u2019ai devancé le temps suspendu Qui était mon temps de vie J\u2019ai bafoué mon propre vécu Afin de me retrouver dans un état de maladie Et de là, comme si le pays des ombres Venait se vautrer en moi Pour me faire visiter cet endroit sombre Qui se nomme la Mort, je crois Je continuerai jusqu\u2019au dernier jour Celui auquel je suis condamné À mourir, parce que j\u2019ai tout fait pour En buvant ces liquides possédés Et tant et aussi longtemps Qu\u2019on me laissera vivre Je serai toujours du moment présent Et non celui où j\u2019étais ivre Le jour où je quitterai ce monde Sans amertume, sans me demander pourquoi Ce sera mon être qui gronde Pour ne pas avoir écouté l\u2019enfant en moi.- Daniel Auger Je sais quand tu boé Tu viens toute melangé T\u2019écris pour te consoler Que t\u2019es entrain d\u2019te saouler Et ta vie continue Prend d\u2019la place le vécu Sans jamais d\u2019retenue Demain tu vas avoir bu Quand soudain une larme Coule doucement, tu t\u2019la farme L\u2019émotion te désarme En toi monte le vacarme Tes osties de matin De remords, de chagrin Te rappellent soudain Tous tes sauts su\u2019l\u2019tremplin Une abeille, un bourdon Ça a une vraie liaison Ça pique même dans maison S\u2019pas vraiment une union Mais ça te manque à mourir D\u2019te blesser et d\u2019souffrir T\u2019aimes mieux encore te mentir Essaye donc d\u2019te ressaisir.- Daniel Auger Daniel Auger est né le 26 octobre 1968 dans une famille dysfonctionnelle où la violence était omniprésente.Il commence à consommer de la boisson à 11 ans puis des drogues à 13 ans.Pris dans un cercle de violence, Daniel fera de la prison dès l\u2019âge de 18 ans.Et ça se poursuivra jusqu\u2019à ses 38 ans.Durant son passage en prison, un autre détenu initie Daniel à la poésie en lui faisant lire un recueil de poème de Charles Baudelaire.Daniel découvre que l\u2019écriture est un exutoire pour lui et se met à écrire de nombreux poèmes.À sa sortie de prison, la consommation est toujours omniprésente et l\u2019entraîne dans la rue.Sa santé étant devenue précaire, Daniel va chercher de l\u2019aide et devient sobre.Aujourd\u2019hui, il est bénéficiaire des services de la Mission Bon Accueil et à l\u2019orée d'un retour aux études pour devenir travailleur de rue.Voici deux de ses poèmes.8 itineraire.ca 1er décembre 2023 Ho ! Ho ! Ho ! Santa oh ! En ces temps de réjouissances et de rassemblements, je souhaite avec beaucoup de reconnaissance, offrir mes meilleurs vœux du temps des Fêtes à l\u2019équipe du Groupe L\u2019Itinéraire ainsi qu'à tous les camelots qui affrontent jour après jour les défis auxquels leur travail les expose.J\u2019ai également un Ho ! Ho ! Ho ! tout particulièrement pour nos dirigeants.Quand vous serez attablés avec vos familles, demandez-vous et demandez-leur en les regardant droit dans les yeux, ce qu\u2019il serait possible de faire et les meilleurs moyens à mettre en place pour contrer la pauvreté, soutenir les plus démunis et assister les sans-abri.Cette montée en flèche de l\u2019itinérance se règle de l\u2019intérieur avec le peuple et non pas de l\u2019extérieur derrière des portes closes, ce qui suggère une indifférence, une arrogance et un grave manque d\u2019empathie envers le peuple.Sur une note plus joyeuse, j\u2019embrasse mes voisins de la 6e Avenue et je leur souhaite le plus merveilleux temps des Fêtes, ainsi qu\u2019à mes nombreux amis et clients de la Promenade Masson, qui m\u2019ont soutenu et encouragé avec beaucoup de générosité tout au long de l\u2019année.Même si l\u2019origine de cette fête chrétienne remonte à l\u2019époque de la naissance de Jésus à Bethléem, l\u2019Église romaine, en l\u2019an 336, organisait déjà les festivités des Saturnales (le solstice d\u2019hiver).Fait intéressant : le personnage du père Noël est inspiré de Saint-Nicolas, évêque du 3e siècle, dont la fête, le 6 décembre, est synonyme de distribution de cadeaux.Joyeux Oh ! Oh ! Oh ! Mon travail à la distribution Ç\u2019a été tout un défi pour moi de travailler à la distribution du magazine L\u2019Itinéraire.Le travail consiste à prendre l\u2019inventaire de tous les magazines, d\u2019entrer les données à l\u2019ordinateur et d\u2019en faire une copie sur papier.Ensuite, il faut vendre les copies aux camelots, au prix de 1,50 $ chacune, qu\u2019ils pourront revendre 3 $ la copie papier ou 5 $ par texto.On peut aussi vendre les recueils de textes Sentinelles I et II.J\u2019ai apprécié pouvoir utiliser mes connaissances du travail de bureau et j\u2019ai pu exercer mon entregent plus souvent.Je suis reconnaissante envers L\u2019Itinéraire de m\u2019avoir donné la chance d\u2019explorer mes compétences à raison de deux fois par semaine et j\u2019aurais souhaité continuer.Malheureusement, après quelques mois, j\u2019ai dû céder ma place pour des raisons de santé.J\u2019étais même incapable de faire moi-même la vente du magazine.Mais après un mois et demi de convalescence, me voici prête à reprendre mon travail de camelot.Au plaisir de vous accueillir avec un beau sourire, chères clientes et chers clients.JEAN-GUY DESLAURIERS CAMELOT PREMIÈRE MOISSON, PROMENADE MASSON LYNN CHAMPAGNE CAMELOT ONTARIO / CUVILLIER 9 itineraire.ca 1er décembre 2023 Tassée, encore tassée Aujourd\u2019hui je vous écris pour vous raconter comment je me suis fait « tasser » dans ma quête d\u2019un chez-moi.J\u2019ai communiqué avec mes clients pour m\u2019aider.Certains ont affiché des adresses de logements à louer pour moi (en mon absence), au dépanneur, à la pizzeria et autres commerces du Village Champlain.Un employé d\u2019un des commerces a décidé de prendre l\u2019appartement qui m\u2019intéressait : un 3 et demi à 635 $, chauffé, éclairé avec une grande cour.Et par un drôle de concours de circonstances, les logements (deux 4 et demi à 560 $ chauffés et éclairés avec une petite cour, beau, bon, à bas prix sur la rue Notre-Dame) ont été loués à d\u2019autres personnes.Deux employés du dépanneur, un vendredi à 21 h, ont donné l\u2019information à l\u2019une des personnes qui fait l\u2019entretien ménager pour qu\u2019il me la donne.Cette personne, à plusieurs reprises, a dit, en parlant de moi : « Elle n\u2019a pas d\u2019argent.» Maintenant je peux compter sur deux employés du Jean Coutu, des personnes de confiance, Maxime et Lynda, qui prennent les informations pour des logements à louer pour moi.Un employé du Subway qui se cherche aussi un toit, m\u2019a même demandé de lui transmettre des contacts \u2014 mes clients.Je lui ai dit que j\u2019allais penser à moi avant et qu\u2019ensuite je penserai à lui.Il m\u2019a laissé ses coordonnées.Je suis abasourdie : Je suis en train de fournir le Village-Champlain d\u2019informations de logement !!!!! Je suis encore rendue d\u2019un bord pis de l\u2019autre, à la quête d\u2019un toit ! À suivre\u2026 MANON FORTIER CAMELOT VILLAGE CHAMPLAIN ET MÉTRO HONORÉ-BEAUGRAND Par Karine Bénézet C\u2019est avec les membres du plus vieux groupe AA francophone du Québec que l\u2019expérience s\u2019est faite.Le Mont-Royal de son nom ; un groupe ouvert qui se réunit chaque lundi au sous-sol du presbytère de l\u2019église Saint-Laurent, et qui accepte toute personne qui souhaite découvrir le milieu, en observatrice.Au 803, avenue Sainte-Croix Au 803, avenue Sainte-Croix, des personnes discutent, rigolent, verre de thé, soda, café à la main, en attendant le début du meeting.L\u2019ambiance est conviviale et accueillante.Le service des boissons (sans alcool, bien sûr) est sous la responsabilité du nouveau.« Lui offrir de s\u2019occuper du café c\u2019est une manière pour lui de s\u2019acheter, une fois par semaine, une journée d\u2019abstinence », explique Geneviève B., responsable de l\u2019information publique de la région 87 des AA, qui a contribué à l\u2019accueil de L\u2019Itinéraire dans les lieux.Dans cette très grande salle, un quart de l\u2019espace est rempli de chaises disposées en rang d\u2019oignons.Devant elles, une table et un micro pour l\u2019animateur et la conférencière invitée.Et à droite, la bibliothèque mobile du groupe, qui arbore l\u2019écriteau suivant : « Il est très important de lire sa littérature pour ne pas subir les conseils de ceux qui ne lisent pas ».Le contenu, qui sera présenté un peu plus tard pendant le meeting, regroupe la littérature à lire et à relire pour se soutenir dans sa démarche d\u2019abstinence.Parmi elles, le Gros Livre.Il est 19 h 30.Les chaises vides 15 minutes plus tôt sont à présent toutes occupées.« Mon Dieu, donne-moi la Sérénité d\u2019accepter les choses que je ne puis changer, le Courage de changer les choses que je peux, et la Sagesse d\u2019en connaître la différence.» La Prière de la Sérénité ouvre la réunion.La première édition du Gros Livre, en 1939, présentait la manière dont les 100 premiers membres des AA avaient dépassé leur obsession pour la boisson.Aujourd\u2019hui il est le livre de référence et de la méthode à suivre de tous les groupes du mouvement, à travers le monde.Les AA comme bouée de sauvetage Fondé aux États-Unis en 1935, le mouvement des Alcooliques anonymes fait son entrée au Québec en 1944.AA fêtera donc ses 80 ans dans la Belle Province dans un mois.Bouée de sauvetage pour certains, vu comme un mouvement d\u2019endoctrinement religieux par d\u2019autres, L\u2019Itinéraire a voulu « prendre le pouls » de l\u2019intérieur.Et pour cela, quoi de mieux que de faire un meeting.10 itineraire.ca 1er décembre 2023 La puissance supérieure des AA Avant de faire sa toute première réunion, Geneviève avait été prévenue : « Ne focusse pas sur la puissance supérieure.» Aux gens qu\u2019elle invite à venir découvrir son groupe du lundi, elle l\u2019explique à son tour : « Ici, Dieu est ce que tu souhaites qu\u2019 il soit, pour certains il est le groupe, pour d\u2019autre ça peut être la nature, pour d\u2019autres encore, c\u2019est Dieu, comme on l\u2019entend religieusement ».Chez les AA, il y a un fonctionnement commun à chaque groupe : exprimé à travers les 12 traditions, il y a une mode de vie, relaté par les 12 étapes, et il y a une conscience de groupe dont les membres changent régulièrement.C\u2019est de ce petit noyau qu\u2019émerge le fonctionnement singulier de chaque groupe, selon son identité et sa culture propre.« Chaque groupe est responsable de la manière dont se déroulent les réunions.Et chacun d\u2019eux évolue », explique Geneviève avant d\u2019ajouter que le groupe Mont-Royal est l\u2019un des plus anciens au Québec.Soit 75 ans d\u2019existence avec des personnes qui ont parfois 30 ans d\u2019abstinence.Les membres sont pour beaucoup représentants de l\u2019âge d\u2019or et majoritairement croyants (autre époque oblige).Alors « tout le monde s\u2019accorde pour dire le Notre Père à la fin », explique Geneviève.Par ailleurs, si la prière de levée d\u2019assemblée est respectée de tous, elle n\u2019est pas pour autant prononcée par tous.En 2015, il y avait 80 ans que le mouvement des AA prenait naissance à Akron en Ohio, en les personnes de Bill Wilson et Bob Smith, respectivement courtier immobilier et chirurgien, tous deux alcooliques.L\u2019anniversaire alors très médiatisé en 2015 a marqué les esprits d\u2019un discours dénonciateur d\u2019une tendance trop religieuse du mouvement.Le mouvement avait alors vu naître des groupes AA agnostiques et athées, signe de l\u2019adaptation du mouvement à son temps pour certains membres.La force du groupe À la table d\u2019animation, Marc rappelle que « sans le groupe, pas de AA ».Et pour beaucoup, pas de AA, pas d\u2019abstinence possible.Le groupe devient alors un pilier central vers ce but ultime, la persévérance, et le mieux-être.Comme en témoigne Sylvie au micro.Aujourd\u2019hui, Sylvie, conférencière invitée, reconnaît être alcoolique depuis son premier verre pris à un party d\u2019adolescents.« J\u2019aimais le goût de l\u2019alcool, ce que ça me faisait », témoigne-t- elle.Mais ce n\u2019est que dans sa trentaine qu\u2019elle commencera à en prendre conscience, alors qu\u2019elle perd la maîtrise de sa consommation.« Je travaillais selon mes horaires, j\u2019étais souvent sur la route, dit-elle.Mais je rentrais de plus en plus tôt.» Puis elle tombe enceinte.En découvrant le test positif, sa première réflexion sera : « Si je le garde, je ne pourrais plus boire ».Et elle a réussi : pendant 16 mois elle n\u2019a touché à aucun alcool.Mais le premier resto entre amis que la jeune maman s\u2019accordera se soldera par un retour à domicile « à quatre pattes ».Elle décidera après moult péripéties de vie de trouver une solution.Elle passera d\u2019ailleurs par toutes sortes de formes d\u2019aide, décrit-elle : « Le CLSC, décortiquer mes émotions, l\u2019hypnose, l\u2019acupuncture\u2026 », rien n\u2019y fera.Jusqu\u2019à ce qu\u2019elle découvre une lecture des AA et prenne conscience de sa maladie.15 % \u2014 85 % Pour Geneviève, l\u2019entrée chez les AA n\u2019était pas juste liée à l\u2019envie de « ralentir l\u2019alcool ».« C\u2019était la dépression, j\u2019étais médicamentée, je faisais des psychoses, j\u2019étais rendue loin dans mon alcoolisme, malgré que je n\u2019ai jamais rien perdu [ enfants, conjoint, travail ].» De la même manière que Sylvie, elle trouvera dans le groupe la force de s\u2019abstenir de boire.« J\u2019ai essayé, je n\u2019ai jamais été capable de m\u2019en sortir seule.» « J\u2019étais artiste et je dansais », raconte Geneviève qui avait complètement oublié comment se faire du bien à l\u2019âme avant de toucher le fond.Jusqu\u2019au jour où son thérapeute lui suggère : « Mets de la musique et danse ».Une démarche qu\u2019elle a pris huit mois à faire.Aujourd\u2019hui, Geneviève se dit capable « d\u2019affronter les choses sans se cacher » et cumule quatre ans sans boire d\u2019alcool.De son périple vers un mieux-être sans boisson, mais aussi général, Geneviève retient et partage une chose, avec aplomb : arrêter de boire est essentiel, mais « ça ne représente que 15 % des difficultés.Le 85 % restant est lié au manque d\u2019outils personnels pour affronter la vie.» Pour rappel, l\u2019alcoolisme est reconnu officiellement par l\u2019Organisation mondiale de la santé comme une maladie depuis 1978, et l\u2019alcool est une substance cancérogène avérée.Site des Alcooliques anonymes du Québec : aa-quebec.org (Informations sur les AA, calendrier des réunions AA, autres ressources) Aide téléphonique : 514 376-9230 (Service téléphonique ouvert tous les jours de 9 h à 22 h) Pour plus d\u2019informations 11 itineraire.ca 1er décembre 2023 POC NY IIA ITAA) EERE JA congommb CEITIREE TOUS LES JOUE nes 3 fo) ¥ DES Z =f ouilJe 2 DAS BEN DURANT L'ADMETIRE Fe JAI CONNU LES TOURMENTS DE S IMA RLY À CHQUE DUNE FAR PŒUVE E ea IL MENF CUS ie De FER?/ \u2014 Tous LES Jours CA NS MAIS JE YE ME MEN SNS LES DOS Som, AUJOURDHY, Je MAIS QUAND MEME Peux LE DRE FIÉREMENT CPST PAS JEMEN Tous Jos! cols Sok / fu.E C Ci = 2-1) \u201cAug; he | HAS Que JA) CÀ FAIT DES putello FASTOUCHÉ =r UNE CNUERE | CYTE S De Wiel O,) oI Ty Depuis 2016, au Canada, en moyenne 15  personnes meurent chaque jour d\u2019une surdose d\u2019opioïdes ou de stimulants.Ce sont plus de 38 000 personnes, frères, sœurs, filles, fils d\u2019un tel ou d\u2019une telle, mortes depuis 2016.L\u2019arrivée incessante et rapide de nouvelles drogues de synthèse rend la tâche des médecins, travailleurs de rue et psychothérapeutes encore plus difficile pour éviter les morts.Comment aider ces gens ?Peut-on sauver tout le monde ?Est-ce qu\u2019il y en a pour qui on ne peut rien ?Pour mieux comprendre la crise des surdoses qui prend de l\u2019ampleur au pays depuis 15 ans, L\u2019Itinéraire s\u2019est entretenu avec la Dre Marie-Ève Morin, entre autres, médecin de famille œuvrant en santé mentale et en dépendances.En deuxième partie du dossier, nous donnons parole à Gabriel, Daniel et Anne-Marie, trois camelots qui s\u2019en sont « sortis » chacun à leur manière et qui nous partagent leur parcours vers le rétablissement.Simon Bolduc \u2022 journaliste peut s\u2019en sortir ?Est-ce que tout le monde P H O T O S C A R L A B R A G A Docteure dans la marge La médecine, c\u2019était le rêve de son père.Le sien ?Être « punk » sur la rue Sainte-Catherine, chanter dans un band de rock \u2014 ce qu\u2019elle a fait \u2014 et être DJ dans les festivals de musique techno \u2014 ce qu\u2019elle fait toujours.Ado, avec son band, c\u2019est pendant une ovation de toute l\u2019école après avoir chanté We\u2019re Not Gonna Take It des Twisted Sister qu\u2019elle aura son premier high.Cet amour du public lui donnera la fascination pour la scène, la musique, les arts, et aussi les « petits bums », les « rockeurs peu fréquentables », au grand dam de sa mère.Mais elle était aussi une première de classe et avait tout le potentiel de devenir « la première femme chirurgienne-orthopédique de la Beauce », comme le voulait son père.Elle est devenue un peu des deux : Doc Morin, la médecin des « poqués », des toxicos, des marginaux et des personnes aux prises avec des troubles de santé mentale.Dre Marie-Ève Morin : la fondatrice du Projet Caméléon (services d\u2019informations, de sensibilisation et de prévention des dépendances), pionnière en vérification des substances au Québec et conférencière pour sensibiliser et prévenir jeunes et moins jeunes sur la dépendance et la santé mentale.Parce que, selon elle, soigner le monde ordinaire, « c\u2019est plate ».Elle a commencé comme le voulait le plan familial : en orthopédie.Deux ans de pratique et beaucoup de prescriptions de Dilaudid auront eu raison d\u2019elle.Un passage professionnel dans le quartier Limoilou l\u2019aura connectée à son destin.C\u2019est là qu\u2019elle a commencé à « tripper » sur la médecine auprès des patients provenant des milieux de la prostitution, du carcéral et de la toxicomanie.La docteure Morin est aux premières loges pour témoigner de la crise des surdoses et de ses préoccupations qui en découlent.Discussion franche et sans détour avec celle que l\u2019on surnomme la « Docteure Rebelle ».itineraire.ca 1er décembre 2023 14 Au cours des 12 derniers mois, il y a eu 525 décès liés à une intoxication suspectée aux opioïdes ou aux autres drogues.Le nombre de décès le plus élevé est observé dans les six derniers mois.Quel impact a cette crise sur ton quotidien professionnel ?On parle de 38 000 décès au Canada depuis 2016 liés aux surdoses.Je viens de Saint-Georges en Beauce, c\u2019est plus que la population de la ville.En sept ans ! Je vois plus de souffrance qu\u2019avant.Il y a une grande détresse.Le bon temps pour consommer est révolu.Les drogues étaient beaucoup plus pures quand j\u2019ai commencé ma pratique à la mi-2000.Ce n\u2019était pas les mêmes prix.Un speed, la « peach », ça pouvait se vendre 40 $ le comprimé.Mais tu prenais un comprimé et tu pouvais danser pendant trois jours.Maintenant, la consommation, c\u2019est la roulette russe.Les gens ne savent plus ce qu\u2019ils achètent.La seule façon de faire de la prévention préconsom- mation, c\u2019est par la vérification de substance.Certains peuvent penser que d\u2019offrir aux consommateurs l\u2019analyse de ce qu\u2019ils vont prendre, c\u2019est d\u2019encourager la consommation.C\u2019est pas un service incitatif, au contraire, c\u2019est de l\u2019éducation.Dans les festivals, en 2017-2018, à l\u2019époque où on retrouvait plus de fentanyl dans les drogues, si on disait aux gens qu\u2019il en contenait, ils ne la consommaient pas et ne se mettaient pas en danger de surdose.Ça change vite, le type de substance qui arrive sur le marché, et surtout, sa qualité est très variable.Comment on se tient à jour sur les nouvelles drogues ?C\u2019est impossible de tout connaître.Il y a 10 ans, j\u2019ai participé à l\u2019émission Enquête sur les drogues de synthèse.En 2013, on disait qu\u2019à chaque jour, dans le monde entier, il y avait une nouvelle drogue de synthèse qui était inventée.Une décennie plus tard, où en sommes-nous ?Sky\u2019s the limit.Même quand on fait de la vérification de substance, on ne peut pas identifier toutes les drogues tellement il y en a.Qui sont ces gens qui franchissent la porte de ton bureau comme patients ?Ça va faire 20 ans en 2024 que je pratique.Pour que je te prenne comme patient, le prérequis c\u2019est d\u2019avoir eu ou d\u2019avoir des problèmes de dépendance.Je ne prends pas le monde qui se dit « normal ».Je les trouve endormants.Souvent, ils essaient de se trouver des maladies.Ils sont plus hypocondriaques.Si j\u2019ai un patient qui sort de la prison de Bordeaux, qui a besoin de méthadone, il a l\u2019hépatite C non traitée et il est bipolaire sans le savoir, je n\u2019ai pas besoin de faire beaucoup pour faire une différence dans sa vie.Les gens me demandent souvent comment je fais pour travailler avec des dépendants, des menteurs, des manipulateurs.Ce n\u2019est pas ça du tout.Ce sont des gens hypergratifiants et fidèles.Ils respectent, pour la plupart, mes deux seules conditions : être là et être honnête.Je ne vois pas 50-60 patients par jour.Mes rendezvous durent 30 minutes et la première rencontre dure une heure.La moyenne des consultations en médecine de famille au Canada, c\u2019est 5,7 minutes.Il y a des problèmes qui ne se règlent pas en cinq minutes.Et la meilleure chose à dire à un toxicomane, c\u2019est rien.C\u2019est l\u2019écoute.C\u2019est gratifiant pour toi d\u2019être témoin de cette parole « vraie » qui se libère ?Il y a des journées, je me trouve donc chanceuse.Je ne suis pas parfaite, j\u2019ai eu mes problèmes, j\u2019ai eu mes vices, j\u2019ai réglé mes choses, pas toutes, mais j\u2019suis pas pire.J\u2019ai un conjoint qui m\u2019aime \u2014 je me marie en septembre ! \u2014 une maison, un moyen de transport, je peux m\u2019acheter à peu près tout ce que je veux.Je peux voyager, je n\u2019ai pas de dossier criminel.Tu réalises tout ça au contact des personnes qui en arrachent plus que d\u2019autres.En 2022, les hommes décédés de surdoses représentent 75 %.Pourquoi les hommes sont plus touchés par les surdoses ?Ce n\u2019est pas volontaire, mais 75 % à 80 % de ma clientèle, ce sont des hommes.J\u2019ai travaillé dans les prisons fédérales, il y en a une pour femmes au Québec alors qu\u2019il y en a 10 pour hommes, ce n\u2019est pas pour rien.La toxicomanie touche plus les hommes que les femmes.Est-ce que c\u2019est l\u2019impulsivité, les moyens financiers, le pouvoir ?J\u2019en ai aucune idée.Les hommes se suicident plus que les femmes.Est-ce que c\u2019est parce que les hommes sont hypersensibles, dans le fond ?itineraire.ca 1er décembre 2023 15 Tu dis que l\u2019automédication, c\u2019est une hypothèse pour diagnostiquer les problèmes de santé mentale.Tu donnes en exemple une personne TDAH, non diagnostiquée et non traitée qui va se médicamenter avec des stimulants : beaucoup de café, de nicotine pour réguler la dopamine, le speed, la coke, le crack, le crystal.Y a-t-il beaucoup de patients qui te voient sans savoir qu\u2019ils ont un problème de santé mentale primaire et qui s\u2019automédicamentent depuis longtemps ?Énormément.Surtout des bipolaires qui s\u2019ignorent.Malheureusement, beaucoup vont se sucidier sans qu\u2019on le sache.L\u2019automédication, c\u2019est une des hypothèses pour diagnostiquer les problèmes de santé mentale.Mon mentor, le Dr Jean-Pierre Chiasson, le fondateur de la clinique Nouveau Départ, m\u2019a appris que la dépendance, c\u2019est le syndrôme déficitaire de la gratification.Tu en as jamais assez.C\u2019est bon ?Il faut que ce soit meilleur.C\u2019est hot ?Il faut que ce soit plus hot.Tu sais, 50 à 70 % des personnes dépendantes souffrent à la base d\u2019un problème de santé mentale primaire qui était là avant la consommation.Le jour où on traite le bon bobo avec la bonne molécule, c\u2019est drôle, la consommation est moins difficile à régler.Quand on parle de dépendance et de consommation, on réfère souvent aux drogues fortes, les stimulants et les opioïdes, mais une autre de tes grandes préoccupations est la consommation de cannabis chez les adolescents.Pourquoi ?La légalisation a vraiment mené à la banalisation.On n\u2019a jamais vu des taux de THC aussi forts.En légalisant, on nous promettait de verser les profits en éducation et prévention.C\u2019est de la bullshit.Je ne dis pas que fumer un joint te mène à la rue.Le cannabis a des vertus aussi.Ce qui est problématique, ce sont les psychoses toxiques chez les plus jeunes, avant 25 ans.Avant cet âge, le cerveau, c\u2019est une voiture qui est en train de se fabriquer pour sortir de l\u2019usine à 25 ans.En consommant jeune, certains vont manquer des étapes sur la chaîne de montage.Je ne dis pas que les jeunes ne devraient jamais fumer du pot.Mais là, c\u2019est rendu qu\u2019il y en a que c\u2019est du matin au soir, et même dans la classe.Un wax pen [ vaporisateur qui contient du cannabis ] ça sent les bonbons.La seule façon de différencier une vape de nicotine ou de cannabis, c\u2019est d\u2019y goûter.J\u2019insiste, aussi pour dire que ce n\u2019est pas le même pot qu\u2019il y a 25 ans.À Woodstock, le taux de THC était de 2 à 10 % maximum.La SQDC vend du cannabis à 30 %.C\u2019est rendu rock\u2019n\u2019roll.Les wax pens, qui sont illégales, mais qui s\u2019achètent en ligne, peuvent aller jusqu\u2019en haut de 90 %.Je ne trouve pas que le cannabis est une drogue douce, plus maintenant.Si j\u2019étais tombée sur une wax pen à 14 ans, je ne serais jamais devenue médecin.Pour les personnes qui sont loins du milieu de l\u2019intervention auprès des gens de la rue, c\u2019est difficile de concevoir qu\u2019on distribue des seringues, des pipes à crack, qu\u2019on ouvre des lieux où on peut consommer.Quelle est la limite d\u2019une philosophie qui préconise l\u2019approche de réduction des méfaits ?Où franchit-on la ligne entre aider et nuire ?Venir se piquer sous supervision, fair, mais est-ce qu\u2019on leur offre de l\u2019aide ?La réduction des méfaits, j\u2019y crois, c\u2019est un passage obligé.Mais je pense que ça ne doit être qu\u2019une étape pour peut-être s\u2019en sortir et passer à autre chose.Ce que je déplore, parfois, c\u2019est que j\u2019ai l\u2019impression que pour une catégorie de personnes, c\u2019est une condamnation à consommer pour le reste de leur vie.Sommes-nous tous égaux devant la dépendance ?Non ! Je pense qu\u2019il y a des gens vulnérables à la consommation.Si on était tous pareils devant la conso, on serait toutes et tous alcooliques, on s\u2019entend ?Tout le monde aime ça boire.Tout le monde trouve ça bon, boire.Je crois à la rémission, à la réinsertion et à la réhabilitation.Je le vois, j\u2019ai des patients qui ont fait 25 ans de prison pour meutre au premier degré qui sont libres aujourd\u2019hui.Ils travaillent et s\u2019occupent de leurs enfants, viennent à leur rendez-vous et ne consomment plus.J\u2019en ai vu s\u2019en sortir, comme j\u2019en ai vu en mourir, de la rue.Pourquoi seulement 20 % de la population souffre d\u2019une dépendance au cours de sa vie ?Il y a quand même 80 % des personnes qui sont capables de se contrôler.Criss que c\u2019est injuste, mais c\u2019est comme ça ! 16 itineraire.ca 1er décembre 2023 Tu as travaillé avec tellement de gens.Est-ce qu\u2019il a des personnes qui ne peuvent pas s\u2019en sortir et espérer un rétablissement ?Je ne connais pas de toxicomanes qui n\u2019ont pas de traumas majeurs comme des abus dans l\u2019enfance, sexuels ou physiques, l\u2019abandon, l\u2019intimidation\u2026 Est-ce qu\u2019il y a des gens qui ne sont pas réhabilitables ?Je pense qu\u2019on peut résorber les traumas, mais ça m\u2019est déjà arrivé de dire à quelqu\u2019un : « Si tu t\u2019enlèves la vie, je ne t\u2019en voudrai pas.» Souvent ça provoque l\u2019effet contraire.Le gouvernement fédéral, après avoir repoussé son projet de loi d\u2019un an, envisage dès mars 2024 l\u2019élargissement de l\u2019aide médicale à mourir aux personnes avec des enjeux de santé mentale sévères, considérés « non traitables ».Tu en penses quoi ?J\u2019ai peur des dérapages.Il ne faut pas condamner les gens même s\u2019ils sont dans la souffrance, le malheur.Je crois en la rémission, profondément.Mais il y a des gens qui me racontent des histoires qui me donnent la chair de poule, juste d\u2019y penser.Je les comprends de consommer, de ne pas être capables de travailler, de vouloir tout lâcher.As-tu vu la série Painkiller ?Est-ce qu\u2019il y a un type de médicament présentement qui est surprescrit et qui pourrait avoir des conséquences désastreuses ultérieurement ?On prescrit beaucoup de psychostimulants : le Ritalin, le Vivance, le Concerta\u2026 Les psychostimulants, certains psychiatres diront qu\u2019on devrait en prescrire plus, je suis de l\u2019avis contraire.Et on en prescrit pour plein d\u2019autres raisons, comme perdre du poids ! J\u2019ajouterais aussi que c\u2019est la première fois en psychiatrie que les patients s\u2019assoient devant moi et me demandent d\u2019avoir un diagnostic.Ils entrent dans le bureau et me disent : « Docteure je suis TDAH, j\u2019ai fait un test sur Google, et je veux un stimulant.» C\u2019est la première fois qu\u2019on constate ça.Pourquoi ?Je ne sais pas.La performance, notre déséquilibre de vie, l\u2019étourdissement des écrans.Les stimulants répondent à un besoin qui n\u2019était pas si marqué il y a 30 ans.On devrait s\u2019y pencher plus.À 45 ans, vas-tu faire ça encore longtemps ?La médecine, jusqu\u2019à maintenant, ça me plaît encore.Plus le temps passe, plus j\u2019ai du fun dans ma pratique.Je ris plus.C\u2019est tellement important de rire ! Je suis une conteuse de jokes, même si elles ne sont pas toujours bonnes.La musique préférée des sans-abri ?Le « house ».(Rires).Dans la rue, si une chose est importante, c\u2019est de ne pas ignorer les gens.Le sourire vaut plus que la piastre.Dans mon bureau, quand je suis témoin d\u2019une personne qui réapprend à sourire, c\u2019est vraiment beau. La réhabilitation quand on est monsieur et madame-Tout-le-Monde Beaucoup de personnalités publiques choisissent de s\u2019ouvrir et de parler de leur combat contre la dépendance et de leurs enjeux de santé mentale.L\u2019Itinéraire avait prévu d\u2019inviter certaines de ces personnalités pour notre dossier sur le rétablissement, mais en regardant plus près de nous, dans notre salle de rédaction, ou encore au café où nous mangeons tous ensemble - camelots, employés, visiteurs - nous avons changé d\u2019idée.Donnons plutôt la parole à ces personnes qui, loin des projecteurs, des caméras et du soutien d\u2019un large public, en situation de précarité et de marginalité, doivent entreprendre ce parcours de réhabilitation difficile et jonché d\u2019obstacles.Le dragon à trois têtes : la rue, la schizophrénie et le speed Gabriel Lavoie est camelot à L\u2019Itinéraire depuis 2016.Il a vécu dans la rue il y a 15 ans et a dû apprendre à vivre avec la schizophrénie, après deux épisodes psychotiques qui, finalement, l\u2019auront mené à une longue hospitalisation.Le moment qui suit sa deuxième psychose en 2013, c\u2019est le début de son cheminement vers le rétablissement.« Tu vas trouver ça drôle, mais la rue, ce n\u2019est pas la pire affaire qui me soit arrivée.J\u2019ai eu des bons moments dans la rue.C\u2019était moins pire qu\u2019aujourd\u2019hui, je pense.Les missions sont rendues pleines, c\u2019est chargé partout.Le pire moment de ma vie, c\u2019est la psychose.La deuxième surtout.J\u2019étais certain que j\u2019étais mort et que tout le monde qui se promenait autour de moi, c\u2019était une représentation de mon esprit.Je n\u2019ai jamais ressenti une aussi grande solitude », se souvient-il.Une psychiatre arrivera sur son chemin avec la bonne approche : délicatesse, transparence et collaboration.« La première fois qu\u2019elle m\u2019a dit que j\u2019étais schizophrène, je l\u2019ai accepté.Bien des gens, même après 20 ans, ne l\u2019acceptent pas.» Gabriel Lavoie Camelot métro Chambly à Longueuil et apprenti journaliste D A V I D H I M B E R T 18 itineraire.ca 1er décembre 2023 Le deuil et la solitude après les crackhouses Daniel a été camelot de 2007 à 2022.Aujourd\u2019hui, il y travaille à temps plein comme responsable de la distribution, un modèle pour ses anciens collègues, qui pour beaucoup, se confient encore à lui sur leurs problèmes quotidiens.Le « bas fond du bas fond », ç\u2019a été pour lui les crackhouses.Mais avant de s\u2019y rendre, il était au top.À 18 ans, il était sur le chemin de la Baie-James pour travailler sur les gros chantiers hydroélectriques.Il gagnait un « gros » salaire.Quinze ans plus tard, il s\u2019est ramassé à la Maison du Père, une « méchante débarque », comme il dit.« Le début de la descente, c\u2019est quand je me suis fait une blonde qui était barmaid.Je fermais les clubs, je ne dormais pas.L\u2019alcool m\u2019a mené à la consommation de drogue.La cocaïne s\u2019est invitée dans ma vie.J\u2019ai perdu ma job.Après ça, ç\u2019a été la débandade pendant plusieurs années.» Daniel Prince Ancien camelot et aujourd\u2019hui employé de L'Itinéraire comme responsable de la distribution S I M O N B O L D U C Après la rue et la schizophrénie, Gabriel a dû affronter la troisième tête de son dragon : la dépendance au speed et à l\u2019alcool.Deux fois par jour, à l\u2019époque, il commence à faire du meeting dans les groupes d\u2019entraide.Un réseau social indispensable dans cette période de sa vie.Un autre réseau qui s\u2019est développé plus tard et qui est essentiel dans son parcours, c\u2019est ReprésentACTION qui donne la parole aux personnes utilisatrices de services en santé mentale.À titre de délégué régional, il a appris à parler autour d\u2019une table et à défendre des intérêts plus grands que lui, soit ceux de gens comme lui, aux prises avec une santé mentale fragile.Sa recette du rétablissement : les meetings, l\u2019implication et se sentir à sa place.Quand il parle de cette place, c\u2019est la chaise qu\u2019il occupe depuis un an comme apprenti journaliste dans la salle de rédaction du magazine.Une étape de sa vie qui fait partie de son rétablissement à long terme, parce que même aujourd\u2019hui, il lui reste des bâtons dans les roues.« J\u2019ai passé à un doigt de me retrouver dans la rue au mois de juillet dernier.J\u2019avais déjà mon plan d\u2019aller à la Maison du Père.J\u2019ai trouvé un logement en trois jours, de justesse.» La réhabilitation, pour lui, c\u2019est au quotidien.Aujourd\u2019hui, il meuble bien ses semaines pour s\u2019habituer à des horaires à plein temps.Il veut retourner sur le marché du travail, malgré l\u2019étiquette de « contrainte sévère » qui colle à son diagnostic.« Tout ce que je fais aujourd\u2019hui dans une semaine, jamais je n\u2019aurais pu faire ça tout seul il y a 10 ans.Et, ce que je suis aujourd\u2019hui n\u2019a rien à voir avec ce que je vais être dans un an.Je commence l\u2019école aux adultes pour finir mon secondaire 5.Je suis capable de me projeter dans l\u2019avenir.» 19 itineraire.ca 1er décembre 2023 C\u2019est là qu\u2019il commence à « ouvrir » des crackhouses.Il consommait trop et il devait vendre, parce qu\u2019un salaire de petites jobs ici et là ne suffisait plus à payer sa drogue.C\u2019est une fusillade \u2014 18 coups de feu \u2014 à l\u2019extérieur de son appartement qui le mènera à la rue.Il s\u2019est fait jeter dehors et a commencé à se tenir dans la rue, à Laval.« Mais dans le temps, ils ne toléraient pas ça, un itinérant à Laval.» Les policiers lui ont remis un billet d\u2019autobus avec l\u2019adresse de la Old Brewery Mission, un refuge pour les sans-abri.C\u2019est comme ça qu\u2019il atterrit à Montréal et qu\u2019il change de gang complètement.Une période où « ça va un peu mieux.Mais mon frère, qui était un grand consommateur, est resté à Laval dans les crack -houses.Ma mère s\u2019 inquiétait et elle voulait toujours que j\u2019aille le sortir de là.Elle ne comprenait pas qu\u2019à chaque fois qu\u2019elle me demandait ça et que j\u2019y retournais, je m\u2019accrochais les pieds là-bas.» Il aura fallu que son frère soit en détention pour qu\u2019il vive un épisode plus lumineux.Mais à sa sortie, le party est reparti.Jusqu\u2019à la mort de son frère.« Je lui ai promis d\u2019arrêter de consommer à sa mort.Le 10 novembre, ç\u2019a fait quatre ans ».Et il y a eu la pandémie et un obstacle plus gros pour lui, encore aujourd\u2019hui : la solitude.« À mon spot de vente au métro Bonaventure, je pouvais parler à des centaines de personnes par jour.Du jour au lendemain, je me suis retrouvé pris entre quatre murs, moins d\u2019argent, et puis ma chatte Doudoune est morte deux mois après le début de la pandémie.» Tout est arrivé au même moment, comme les idées noires qui teintaient ses routines.« J\u2019ai lâché un SOS à L\u2019Itinéraire.Vanessa [ directrice des opérations de l\u2019organisme ] a été très présente pour moi dans ce moment rough.» La clé de son rétablissement : changer de milieu et savoir s\u2019entourer.« Mais là j\u2019suis toujours tout seul.Autant la solitude m\u2019a aidé, autant aujourd\u2019hui, la briser, c\u2019est mon défi.Je n\u2019ai pas de vie sociale.Je l\u2019ai ici, à la job, mais les vendredis et samedis soirs sont longs.» Malgré tout, tu aurais dit au gars qui a consommé du pot pendant 50 ans, qui a fait des drogues dures pendant 30 ans, qui est passé par la rue et les missions, qu\u2019un jour il aurait son bureau à lui et un poste à L\u2019Itinéraire, il t\u2019aurait traité de fou.« Je viens d\u2019avoir 63 ans.Je suis retourné sur le marché du travail à 61 ans ! » L\u2019importance de la gang Un bon matin je me suis choisie.Il y a un an, je revenais à la maison après un séjour à l\u2019hôpital où ma vie a changé.J\u2019écrivais, dans L\u2019Itinéraire du 15 décembre : « Au mois d\u2019octobre, j\u2019ai choisi d\u2019être hospitalisée pour une dépendance à l\u2019alcool, une dépression et une santé mentale et physique à zéro.Je me suis choisie.J\u2019ai été aux urgences du CHUM en raison de pulsations cardiaques trop basses et, à cause de mon problème d\u2019alcool, ils m\u2019ont transférée en toxico.La première journée où j\u2019ai vécu dans mon unité, j\u2019ai mangé seule.Ma chambre était face à la salle où les patients pouvaient se rencontrer pour discuter.Après une journée de repos j\u2019ai décidé d\u2019aller à leur rencontre, chose merveilleuse que j\u2019ai faite.Je prenais tous mes repas avec eux, ce qui m\u2019a permis de connaître des gens qui étaient toxicomanes, comme moi, mais de différentes manières.J\u2019ai pris le temps de parler avec chaque personne.J\u2019étais la plus vieille, ce qui m\u2019a permis de leur donner des conseils, comme une mère.Ils m\u2019appelaient « la bonne madame ».J\u2019en ai appris sur des drogues que je n\u2019ai jamais consommées.Je leur ai donné beaucoup d\u2019appui moral.J\u2019ai été généreuse et à l\u2019écoute ».Un an après ce texte, je célèbre ma première année de sobriété.J\u2019ai décidé d\u2019écrire une lettre que je vous partage ici.Anne-Marie Wiseman Camelot Valmont Mont-Royal / Fabre P H O T O S S I M O N B O L D U C 20 itineraire.ca 1er décembre 2023 Lettre de rupture avec l\u2019alcool Je t\u2019ai aimé et savouré, mais tu as été mon pire ennemi.Avec le travail que je faisais \u2013 je travaillais dans les bars \u2013 la vie m\u2019a menée à te goûter et à t\u2019aimer.Je me suis servie de toi pour cacher la peine que j\u2019avais.Les gens ne pouvaient pas savoir.J\u2019étais enfermée en moi, mais tu m\u2019as donné un costume pour pouvoir traverser ces années de brume et de mal caché.Avec ton costume, j\u2019ai su traverser ces années en me sentant confortable dans ton habit.J\u2019ai fait des conneries, j\u2019ai perdu beaucoup de choses et de gens qui étaient près de moi, mais qui ne me connaissaient qu\u2019à travers toi.Tu m\u2019as fait rencontrer ton amie, la maladie.À vous deux, vous avez réussi à m\u2019avoir, j\u2019ai succombé.Pendant des années, j\u2019ai essayé de me séparer de vous.Mais à chaque jour je te voyais de loin, caché un peu partout : dépanneurs, bars, restos\u2026 De là j\u2019ai commencé à t\u2019haïr.Je voulais me séparer de toi, mais je revenais toujours au goulot ! Et tu me reprenais toujours comme dans un vieux couple toxique.Puis un jour je me suis choisie : le 28 octobre 2022.C\u2019est là que j\u2019ai su qu\u2019il fallait qu\u2019on se sépare.Je suis allée en thérapie et je t\u2019ai dit adieu.Au début de notre séparation, je te voyais encore partout mais je t\u2019évitais.Aujourd\u2019hui, après seulement un an, je te rencontre, je te fais face et tu ne m\u2019atteins plus.Dans tous les milieux où je vais, comme dans les fêtes, les partys, tu es toujours là, je te vois, mais c\u2019est terminé.J\u2019ai décidé de me prendre en main, sans toi dans ma vie.C\u2019est ma renaissance.Je t\u2019ai aimé, je t\u2019ai quitté, mon alcool maudit.Si moi j\u2019y suis parvenue, vous pouvez y arriver aussi. Ceci n\u2019est pas une S i m o n B o l d u c \u2022 j o u r n a l i s t e S I M O N B O L D U C Maxime Valcourt vend L\u2019Itinéraire au Théâtre du Nouveau Monde et au Théâtre du Rideau Vert depuis 25 ans.Il en a vu du monde passer devant lui et il en a distribué des magazines ! Il fait partie du décor de ces incontournables institutions du 6e art, où il n\u2019est pas rare de croiser des célébrités et personnalités publiques.Après vous avoir présenté dans nos pages les entretiens entre Maxime et Louise Portal, et avec Lorraine Pintal, l\u2019acteur Luc Guérin a tenu à s\u2019arrêter à L\u2019Itinéraire pour prendre un café avec lui.Autre de ses fidèles clients, le comédien est venu à la rencontre de « son » camelot des 15 dernières années pour parler d\u2019itinérance, de boisson et d\u2019amour.Si la rencontre pouvait être résumée à sa plus simple expression, ce serait par la philosophie de vie de Luc Guérin : « Love is the answer.» Rencontre avec Luc Guérin Luc Comment tu vas ?M\u2019as-tu dit l\u2019autre fois que tu avais eu des problèmes de santé quand on s\u2019est croisé devant le théâtre ?Luc On est quatre gars et une fille chez nous.Ma sœur vient de mourir avec l\u2019aide médicale à mourir.Sur les quatre gars, deux ont le cancer de la prostate.( Silence.) La vie c\u2019est comme ça.Je suis content de te voir.Avec le temps, on a développé une amitié.Ça fait quoi, 15 ans qu\u2019on se croise ?Maxime J\u2019ai eu une opération pour la prostate.Tout à l\u2019air beau.Je suis un gars actif, je fais attention, mais paf ! Ça m\u2019arrive.Maxime Pourquoi tu m\u2019as acheté le journal la première fois ?Pourquoi tu viens prendre le temps de venir jaser autour d\u2019un café ?Luc L\u2019Itinéraire, c\u2019est une bien bonne idée.Le travail, c\u2019est une sorte de santé.Ça donne une dignité.Ça permet aux gens de la rue d\u2019avoir un travail qui leur convient par la vente du magazine.22 itineraire.ca 1er décembre 2023 Maxime Aurais-tu pris le temps de parler à une personne qui quête dans la rue, sans vendre le magazine ?Maxime Je suis un gars bien gêné.C\u2019est la chaleur des gens qui m\u2019aide à briser cette gêne.Ça m\u2019a beaucoup aidé.J\u2019avais pas trop confiance en moi.Dans le temps, je consommais, je buvais.Je me ramassais toujours à l\u2019hôpital.Une fois, un ambulancier m\u2019a regardé dans les yeux et m\u2019a demandé : « Es-tu écoeuré de faire ça ?» Ça m\u2019a shaké.Je suis allé en thérapie.J\u2019ai aimé ça.J\u2019étais avec des alcooliques, des toxicomanes, et surtout des thérapeutes.Maxime J\u2019ai eu de bons parents.Je suis parti de la maison, je suis allé faire mes folies, vivre ma délinquance.Mais je dois avouer que dans le temps, la rue, c\u2019était moins évident.Maxime Y\u2019a pas longtemps, j\u2019ai eu des menaces de mort, j\u2019ai manqué de me faire poignarder.Vous, les artistes, au théâtre, vous ne voyez pas ça, vous rentrez dans le théâtre et c\u2019est après que ça brasse.Quand vous nous demandez avant d\u2019entrer comment ça va, je suis obligé de dire que ça va bien, mais c\u2019est pas toujours le cas.Je te pose une question Luc : tu joues dans la nouvelle mouture de la pièce Broue.Trouves-tu qu\u2019on banalise la consommation d\u2019alcool dans Broue ?Maxime Aurais-tu pu mal tourner plus jeune ?Maxime Je pense à Jean Lapointe, qui est décédé l\u2019année passée.Il avait ses démons et il en a parlé au public.Maxime Ma job aussi, ça m\u2019apporte le bonheur d\u2019être en contact avec les gens, un peu comme ton public.Le sourire des gens m\u2019aide à être mieux dans ma peau.Et quand Mme Pintal, la directrice du Théâtre du Nouveau Monde, me dit que je fais partie de la famille, tu ne peux même pas t\u2019imaginer ce que ça me fait.J\u2019attends encore ma statue en face du théâtre.(Rires.) Luc Je ne sais pas.Il y a quelque chose qui est plus rassurant à donner à un camelot de L\u2019Itinéraire, c\u2019est une mission sociale.Mais juste te jaser Maxime, ça m\u2019apprend toutes sortes de choses sur la vie de la rue.À la base, on a des tracés et des vies différentes, mais on est tous des êtres humains.La vie va vite, on perd contact avec l\u2019essentiel.Luc Ça fait du bien de sentir que tu es pas tout seul à vivre avec ça.Luc Tu parles de la sécurité ?Du côté humain qui se perd ?Luc On ne rit pas des gars de taverne et du fait qu\u2019ils consomment.Au contraire, il y a tellement d\u2019amour dans cette pièce.C\u2019est sûr qu\u2019on parle d\u2019une pièce qui a été écrite en 1979.C\u2019était encore très « matriarcal », le Québec était un peuple de salariés et les gars, y étaient boss ni au travail ni à la maison.C\u2019est une époque du Québec où l\u2019homme ne parle pas beaucoup.À la taverne avec son verre, c\u2019est l\u2019endroit où il est boss, où il se dégêne et parle.C\u2019est une étude sociale sur l\u2019époque.C\u2019est bien plus grand qu\u2019une gang de gars chauds.Je vais m\u2019arranger pour que tu viennes voir la pièce en 2024.Luc J\u2019ai perdu mon père à 13 ans.C\u2019est jeune en maudit.Je suis le plus jeune des enfants, les plus grands partaient faire leur vie.J\u2019étais vulnérable et quand tu es vulnérable tu cherches n\u2019importe quoi qui va te donner une pseudo-confiance.J\u2019aurais pu chirer en tab***k.J\u2019en ai consommé de la dope.J\u2019y ai été en masse.La dépendance, c\u2019est une nature.Je suis intense dans mon jeu, dans mon travail.Les artistes, on aime l\u2019intensité, on est pas à l\u2019abri de déraper.Je m\u2019en suis rendu compte jeune, lors d\u2019une représentation de théâtre, où j\u2019avais bu un peu trop de vin avant la pièce ; Je me suis pas trouvé ben ben bon.Ça m\u2019a fait réaliser que jouer au théâtre, la drive que ça me demande, c\u2019est un buzz en soi.À partir de là, j\u2019ai tout de suite arrêté de mélanger les deux buzz.La spiritualité prend une grande place dans ma vie.J\u2019ai la foi sans dogme.Ça donne un sens à ma vie.Ça m\u2019aide beaucoup.C\u2019est peut-être quétaine à dire de nos jours, mais je me dis chaque jour : « Love is the answer.» Luc Faut pas penser que notre métier de comédien nous rend heureux.Il faut s\u2019aimer soi-même, faut pas attendre après le public.C\u2019est le danger dans notre métier, trouver notre valeur dans l\u2019amour de notre public, et pas en dedans de nous.Ça fait 40 ans l\u2019année prochaine que je suis sorti de l\u2019école de théâtre.Je suis très heureux, très bien avec mon métier.Luc J\u2019y reviens Maxime, love is the answer.23 itineraire.ca 1er décembre 2023 Les 10 premiers textes du recueil de poésie Lignes, je les ai soumis à l\u2019Union des écrivaines et écrivains du Québec (UNEQ).Je désirais être parrainée pour avoir plus d\u2019outils dans mon coffre d\u2019auteure.À la suite de leur refus, j\u2019ai envoyé mes textes à une personne à L\u2019Itinéraire.Son commentaire a été positif.Du mois d\u2019août 2022 au mois d\u2019avril 2023, j\u2019ai continué à rédiger mon manuscrit.Je griffonnais et raturais sur du papier avant de taper à l\u2019ordinateur.J\u2019ai ensuite fait un brouillon de mise en page.J\u2019ai eu l\u2019idée de chercher les commentaires de plusieurs personnes.La majorité l\u2019ont trouvé intéressant.L\u2019une d\u2019elles, Nicole, super emballée et expérimentée, m\u2019a proposé de réaliser la mise en page.Une bénévole de L\u2019Itinéraire qui corrige mes mots de camelot, Christine, a accepté de faire la correction des textes.J\u2019ai découvert qu\u2019elle avait de l\u2019expérience dans le monde de l\u2019édition.Karine Bénézet, journaliste au magazine, m\u2019avait déjà mentionné l\u2019importance de conserver une « ligne » directrice.Cela m\u2019a inspiré pour écrire en tricotant autour de ce mot.J\u2019ai fait une recherche sur internet pour les synonymes, les antonymes, les expressions et même ce mot dans diverses langues.On est quand même dans une ville multiculturelle ! De fil en aiguille, j\u2019ai pensé y introduire des images de mes œuvres.Après tout, beaucoup commencent par des traits, des « lignes ».De 2021 à 2023, j\u2019ai participé à plusieurs ateliers d\u2019écriture par visioconférence (Bibliothèque Marie-Uguay) et en présentiel (par l\u2019organisme Exeko qui est venu à L\u2019Itinéraire, à la Bibliothèque Saint-Henri, à BAnQ et à la Livrerie).J\u2019y ai expérimenté du dessin à l\u2019écriture automatique, de la liste de mots associée à une image, dans différents styles, tout en adaptant le même contenu.L\u2019impression du recueil a eu lieu le 28 août, deux ans jour pour jour après la mort de ma mère.Pour moi, c\u2019était comme un clin d\u2019œil de la vie parce qu\u2019elle était la plus grande collectionneuse de mes textes.Grâce à elle, j\u2019ai des textes dans mes archives que je n\u2019aurais pas sinon.J\u2019ai reçu l\u2019aide de Nathalie, bibliothécaire à la Bibliothèque Saint-Henri.Le lancement a eu lieu le 23 septembre.Avant d\u2019accueillir les gens le jour venu, j\u2019ai coordonné la couleur des nappes avec le recueil.J\u2019ai versé un moût de pommes dans des verres et dressé les plats de nourriture.Je suis contente d\u2019avoir réalisé mon lancement dans une bibliothèque.C\u2019est un endroit pour tous les âges.Le seul bémol, c\u2019est que ma mère m\u2019a manqué.Elle a toujours été là lors de mes lancements.D\u2019un autre côté, elle doit me voir de là-haut et être fière de moi.Je peux en vendre à l\u2019extérieur de mon point de vente de L\u2019Itinéraire.Vous pouvez aussi demander à votre libraire de le commander ou à votre bibliothèque locale de l\u2019acquérir.Merci de tout cœur à toutes les personnes qui m\u2019ont aidée à concrétiser ce beau projet ! AGATHE MELANÇON CAMELOT MÉTRO LIONEL-GROULX *Cheminement, p.23 Si vous êtes un lecteur fidèle de L\u2019Itinéraire, vous connaissez déjà Agathe Melançon, camelot au métro Lionel-Groulx.Vous savez que ses textes dans le magazine sont fouillés et pertinents.J\u2019ai la chance de côtoyer Agathe régulièrement, je peux donc vous dire qu\u2019en plus d\u2019avoir une plume efficace, elle a une personnalité bien trempée.Lorsqu\u2019elle participe à un atelier offert par L\u2019Itinéraire ou par un organisme affilié, elle intervient, telle une médiatrice, avec assurance et sensibilité.Elle sait parler, elle sait écouter, aussi.Il nous est déjà arrivé de boire un café ou d\u2019assister à un spectacle ensemble.Ces sorties ont eu l\u2019heur de me distraire, mais également de faire de moi une personne plus sereine et plus ouverte.Observer Agathe m\u2019inspire beaucoup.En plus d\u2019être une rédactrice au magazine, Agathe est une poétesse patentée.En effet, sa bibliographie comporte cinq recueils et six collaborations à des collectifs poétiques.Le titre de cette liste qui retient mon attention, aujourd\u2019hui, est Lignes, son plus récent opus, dont le lancement a eu lieu cet automne.J\u2019avais hâte d\u2019y aller, certes pour mettre la main sur un de ses exemplaires, mais avant tout pour exprimer à son autrice toute mon affectueuse admiration.La présentation de Lignes rappelle celle de certaines publications des années 1940.En ce 75ème anniversaire du Refus global, cette ressemblance est de circonstance.Cela étant dit, la couverture de Lignes abrite une œuvre intemporelle, où hasard, croisements et divergences engendrent une abondance de possibles.J\u2019avais déjà parcouru Lignes, Agathe m\u2019ayant demandé d\u2019en commenter le manuscrit.Je l\u2019ai relu avec joie.Il est assez substantiel pour résister à une deuxième lecture.Dans son recueil, Agathe convie son lectorat à explorer un microcosme dont l\u2019ordonnance permet une liberté de parole jubilatoire.Dans son préambule, elle présente sa démarche.Dans un premier temps, elle a exploité un thème, la ligne, en développant son champ sémantique, pour ensuite en décliner chacun des éléments.Dans un deuxième temps, elle a eu recours à des œuvres visuelles de son cru, ses muses, comme elle les appelle, pour composer ses textes.Une large part des peintures de cette galerie ont d\u2019ailleurs des allures automatistes.Ce dialogue entre les images et les mots résonnait fort en moi.Le monde littéraire foisonnant ainsi forgé m\u2019a plus d\u2019une fois chavirée.Nourrie, aussi.En effet, après en avoir digéré les termes, j\u2019ai comparé leur sens à celui que j\u2019accorde aux miens.En cela, ce bouquin est à la fois universel et individuel.Il parle du temps nécessaire pour entrer et se déplacer en soi afin que « Pointe / Le silence / Du ménage en profondeur »*, loin du matériel, près de son essence.Cette méthode d\u2019appréhension peut aussi être utilisée au quotidien, pour décrypter sa vérité, dans l\u2019adversité comme dans le contentement.Chez Agathe, écrire et vivre procèdent du même principe.Lignes regorge donc de réflexions sur la société, l\u2019éducation, la diversité, l\u2019engagement, la littérature.Lucides ou naïves, toutes sont bienvenues, en cette ère désabusée.Bien qu\u2019ancrés dans le réel, les textes d\u2019Agathe font des incursions dans l\u2019imaginaire.L\u2019instabilité provoquée par ces allers-retours estompe les limites de la pensée, décuple sa force.Les poèmes de Lignes puisent à plusieurs codes.Ils déploient des degrés variés d\u2019intelligibilité, de rigidité, de souplesse, de concentration.Ce sont des éclats de vie, des coups de poing.La densité et la puissance de textes aussi évocateurs n\u2019indiquent-elles pas un accès à la nature même de la poésie ?Coulante ou syncopée, incarnée ou courtoise, mais toujours personnelle, la manière d\u2019Agathe réserve bien des surprises.Elle s\u2019appuie sur des inversions, des jeux de reflets et d\u2019échos, des contrastes, des séquences percutantes qui donnent du relief à l\u2019ensemble.De surcroît, cette forme est toujours en adéquation avec la matière dont elle se fait le vecteur.Peu importent les caractéristiques des différents poèmes d\u2019Agathe, tous secouent, émeuvent, donnent envie de brasser les concepts, de plonger dans la création.Lorsque vous aurez lu cette œuvre, vous ne regretterez pas d\u2019avoir accepté l\u2019invitation de son autrice à voyager dans ses lettres, son iconographie, ses questionnements et, ultimement, dans les réalités et les rêves de tous.Et qui sait, peut-être ensuite aurez- vous, à l\u2019instar d\u2019Agathe, une confiance féconde en l\u2019humanité ! JOSÉE CARDINAL BÉNÉVOLE À LA DISTRIBUTION Pour acheter Lignes, contactez son autrice à l\u2019adresse : lapoetessereveuse@gmail.com ou commandez-le à votre libraire. 26 itineraire.ca 1er décembre 2023 Série métiers Intervention en dépendance, un métier qui s\u2019apprend Jules Couturier journaliste Les intervenants en dépendance viennent en aide aux personnes aux prises avec des dépendances à l\u2019alcool, la drogue, le jeu ou autres.Ils les accompagnent vers l\u2019abstinence ou la réduction des méfaits dépendamment du modèle d\u2019intervention choisi.F R E E P I K | T O U T O U S Il y a maintenant plusieurs années, Jessica vivait avec un problème de consommation.Convaincue qu\u2019elle ne réussirait pas à l\u2019école, elle travaillait en gestion dans le milieu de la vente au détail.Un jour, elle a compris qu\u2019elle avait besoin d\u2019aide.Après avoir fait quelques démarches dans le réseau public qui ne fonctionnaient jamais sans qu\u2019elle ne comprenne vraiment pourquoi, elle s\u2019est tournée vers le centre de traitement et de prévention des dépendances, la Maison Jean-Lapointe, où enfin tout est devenu plus clair.L\u2019intervenant qui s\u2019est occupé de Jessica l\u2019a aidée à connaître un sentiment de bien-être et lui a fait réaliser qu\u2019il était possible d\u2019être bien sans consommer, confie-t-elle à L\u2019Itinéraire.En plus de lui ouvrir l\u2019accès à ce sentiment, l\u2019intervenant a évalué sa consommation, ses besoins, l\u2019a aidée à reconnaître son problème, à cheminer et à trouver des outils pour s\u2019adapter à la vie sans la consommation, ajoute celle qui est abstinente depuis maintenant huit ans et demi.De résidente à intervenante À la suite de son passage à la Maison Jean-Lapointe, Jessica a repris confiance en elle-même et en ses capacités.Elle a aussi eu envie de soutenir les autres comme elle l\u2019a été.C\u2019est donc son propre cheminement pour se libérer de la dépendance qui a mené Jessica Lachapelle à devenir intervenante à la Maison Jean-Lapointe.« Ultimement ce qui m\u2019a le plus motivée à travailler en intervention c\u2019est la possibilité de parler de mon expérience : aider les gens en ne cachant pas cette partie-là de moi.Je ne suis pas fière de tout mon passé, mais je suis fière de mon rétablissement.» Une histoire familiale C\u2019est un métier qui demande « d\u2019avoir les reins solides », avertit Anne Elizabeth Lapointe, directrice générale de la Maison Jean-Lapointe.Si cette directrice également intervenante et enseignante n\u2019a pas souffert de problème de dépendance, ces deux parents, eux, oui.C\u2019est son célèbre père, Jean Lapointe, qui, une fois devenu sobre, a fondé l\u2019organisme qu\u2019elle dirige maintenant.Mme Lapointe estime que le métier d\u2019intervenant en dépendance est souvent une deuxième, voire une troisième carrière, pour ceux et celles qui le pratiquent, qui décident de se réorienter à la suite d\u2019une histoire qui leur est propre.C\u2019est son cas.Elle qui a débuté son parcours professionnel dans le milieu du spectacle, comme son père, a par la suite décidé de suivre plutôt ses traces dans la relation d\u2019aide, là où son cœur se trouvait davantage.« J\u2019ai pu voir tout ce qu\u2019on pouvait faire de positif même si on a eu un problème de dépendance », raconte-t-elle.« Mon intervenant m\u2019a donné exactement ce dont j\u2019avais besoin, alors que moi je ne savais même pas ce dont j\u2019avais besoin.Il a su me guider, m\u2019accueillir.Il me donnait des exercices à faire.Je me souviens qu\u2019il m\u2019a rendue fière de moi, un sentiment que je n\u2019avais pas connu depuis longtemps, du moins pas en étant à jeun.» - Jessica Jessica, intervenante à la Maison Jean-Lapointe.27 itineraire.ca 1er décembre 2023 C O U R T O I S I E L\u2019importance de former des professionnels Mais attention.Comme l\u2019indique Anne Elizabeth Lapointe, il ne suffit pas d\u2019un passé lié à la consommation pour travailler comme intervenant en dépendance.Il faut aussi des études.La base pour travailler comme intervenant, indique la directrice générale de la Maison Jean-Lapointe, c\u2019est le certificat en dépendance.C\u2019est ce qu\u2019exigent son organisme et les autres centres du même type au Québec.Ces études n\u2019ont cependant pas toujours été requises.« Quand le traitement a commencé au Québec, la seule approche était la philosophie du modèle Minnesota, c\u2019est-à-dire les groupes d\u2019entraide.Ça prenait un alcoolique rétabli pour en aider un autre.C\u2019était la seule avenue possible.On ne demandait pas d\u2019étude, il fallait juste avoir eu un problème d\u2019alcool, puis l\u2019envie et le temps pour aider d\u2019autres gens avec le même problème.» « Ça donnait ce que ça donnait\u2026 », résume l\u2019experte.« On a réalisé qu\u2019au-delà de l\u2019expérience personnelle, certaines études, compétences et connaissances étaient nécessaires.Ainsi, on a développé des programmes universitaires dans ce domaine.Le Québec et le Canada ont mis sur pied une certification pour les centres de traitement.Quand une personne y vient, elle est assurée d\u2019obtenir un service de qualité avec des gens formés et professionnels », explique l\u2019enseignante.Anne Elizabeth Lapointe indique qu\u2019avant même de commencer à travailler comme intervenants, les candidats reçoivent une formation solide très complète.Lors de la formation académique, on reçoit notamment des cours de pharmacologie, d\u2019histoire des substances, des cours de prévention, des cours pratiques ; on est au fait de l\u2019impact des substances sur le cerveau, des effets, des statistiques, des mécanismes en jeu dans le sevrage.On découvre tous les modèles d\u2019intervention, on apprend sur la santé mentale, on dispose d\u2019outils.On peut aussi se spécialiser avec des cours portant uniquement sur le jeu ou sur les adolescents par exemple.Il y a aussi possibilité de faire des stages ou une maîtrise en toxicologie.Bref, les études englobent beaucoup et permettent de choisir de nombreuses avenues sur lesquelles poursuivre son chemin.Elle, par exemple, s\u2019est intéressée aux questions éthiques liées à son métier et est retournée aux études pour développer une expertise en cette matière.Une journée dans la vie d\u2019une intervenante Au cours d\u2019une journée type en tant qu\u2019intervenantes en dépendance à la Maison Jean-Lapointe, Anne Élizabeth Lapointe et Jessica Lachapelle font de l\u2019accompagnement de groupe ainsi que de l\u2019accompagnement individuel.Souvent, le matin, les intervenantes vont présenter un exposé sur un concept lié à la dépendance.Ensuite, elles vont animer des ateliers en petits groupes pour discuter du concept présenté plus tôt.« On laisse les résidents discuter de la thématique présentée, réfléchir à voix haute et on les guide dans leurs réflexions », explique Mme Lapointe.Il y a évidemment aussi des rencontres individuelles entre résidents et intervenant au cours desquelles les sujets abordés plus tôt peuvent être approfondis.« On voit comment tu as commencé à consommer, comment tu te vois en sortant d\u2019 ici, comment on peut travailler pour que tu n\u2019aies pas toujours le réflexe de consommer.Il y a un gros travail en profondeur fait en individuel avec le client afin de lui donner les outils pour demeurer abstinent », explique Anne Elizabeth Lapointe.À noter qu\u2019il y a plusieurs approches dépendamment du centre de traitement ou des besoins des personnes.À la Maison Jean-Lapointe, c\u2019est l\u2019abstinence qui est visée alors qu\u2019ailleurs c\u2019est plutôt la réduction des méfaits.Il existe aussi davantage d\u2019options pour répondre à de plus en plus de demandes, notamment avec l\u2019arrivée de nouvelles dépendances comme par exemple celle aux jeux vidéo ou la cyberdépendance, souligne la directrice de la Maison Jean-Lapointe.Anne Elizabeth Lapointe, directrice générale de la Maison Jean-Lapointe.itineraire.ca 1er décembre 2023 28 Qu\u2019est-ce qu\u2019un bon intervenant ?Comme n\u2019importe quel métier de relation d\u2019aide, celui d\u2019intervenant en dépendance n\u2019en est pas un facile, informe Anne Elizabeth Lapointe.« Il faut que la personne s\u2019assure que c\u2019est bien avec cette clientèle qu\u2019elle a envie de travailler.» Ensuite, pour être bon, ça prend de l\u2019écoute.Cette qualité, Jessica Lachapelle l\u2019a développée en étant intervenante.« Je suis présente pour les autres, ce qui n\u2019était pas le cas avant », confie-t-elle.Et la qualité que l\u2019intervenante a appréciée de son intervenant à elle lors de son passage au centre de traitement : son authenticité.« Je l\u2019ai senti sûr de lui et lui m\u2019a fait sentir la bienvenue, en confiance.Il a pris le temps de parler à mes parents, de leur montrer les lieux.Être accueillant avait l\u2019air de vraiment faire partie de lui, c\u2019est ce qui me fait dire qu\u2019 il était authentique.» L\u2019essentielle distance thérapeutique Mais une des choses les plus importantes pour pratiquer le métier d\u2019intervenant, assurent les personnes interrogées, est de ne pas absorber tout ce que leurs clients vivent.C\u2019est pourquoi les intervenants doivent appliquer ce qu\u2019ils appellent la distance thérapeutique.« Je sème une graine, mais c\u2019est à eux de donner l\u2019eau », nous dit Jessica Lachapelle qui indique également qu\u2019elle ne peut être qu\u2019une guide dans le rétablissement d\u2019une personne.« On a un rôle à jouer, mais le plus gros rôle est assumé par la personne qui veut arrêter de consommer.Si la personne rechute en cours de route, il faut que l\u2019 intervenant soit capable de faire la part des choses et de se dire que ce n\u2019est pas sa faute à lui si la personne a rechuté », ajoute Anne Elizabeth Lapointe.Pour ce faire, l\u2019experte indique qu\u2019il ne faut pas qu\u2019un intervenant trouve sa valorisation dans le fait que son client atteigne ou pas son objectif.Le succès n\u2019est pas attribuable à l\u2019intervenant.« Si on s\u2019attribue trop de mérite quand quelqu\u2019un réussit, on va aussi s\u2019attribuer des torts quand il échoue », croit Jessica Lachapelle.« L\u2019erreur que l\u2019on fait souvent est de vouloir plus que la personne qui a le problème, ajoute Anne Elizabeth Lapointe.Apprendre à gérer l\u2019annonce d\u2019une rechute ou d\u2019une surdose est un grand défi.La réalité est que ce n\u2019est pas tout le monde qui va s\u2019en sortir.» Il faut ainsi faire plutôt dans l\u2019empathie que dans la sympathie, suggèrent les intervenantes, en établissant une ligne entre soi et le client.En se protégeant émotionnellement, l\u2019intervenant est davantage en mesure d\u2019aider la personne qui en a besoin, estime Anne Elizabeth Lapointe.« J\u2019ai établi une distance thérapeutique dans mon travail.Quand je rentre chez moi, je m\u2019occupe de moi.Ça fait en sorte que mon expérience d\u2019 intervenante reste positive.» Cela permet, à son avis, de faire et d\u2019aimer ce métier longtemps.Ceci dit, autant pour Mme Lapointe que pour Mme Lachapelle, la plus grande joie de leur métier est de voir les gens aller mieux.Elles ne peuvent pas toujours compter là-dessus, mais c\u2019est évidemment un grand plaisir.« Tous les matins, je vais au travail avec joie et bonheur parce que je me rappelle d\u2019où je viens.Ça me donne espoir que je suis sur la bonne voie et ça me rappelle l\u2019 importance de prendre soin de moi », conclut Jessica Lachapelle.« Écouter est ce qu\u2019on fait le plus.Écouter dans le respect, le non-jugement, la bienveillance.» - Anne Elizabeth Lapointe 29 itineraire.ca 1er décembre 2023 C O U R T O I S I E L\u2019obsession du premier buzz J\u2019ai fumé du pot dès 15 ans.Je n\u2019étais pas fan de ça.Et un jour j\u2019ai essayé la drogue dure.C\u2019était il y a 30 ans.Et je suis tombé dedans.Cette drogue, cette dépendance, elle était psychologique.C\u2019était l\u2019obsession du premier buzz qui dure de moins en moins longtemps au fur et à mesure que t\u2019en prends.Mais pour moi, la drogue, c\u2019est une question de maturité.Je me suis laissé influencer.Mais si je n\u2019avais pas consommé, je serais entré dans l\u2019armée pour devenir pilote.Ça aurait sauvé ma vie.JAMES RICE CAMELOT NOTRE-DAME / DE LORIMIER Le déménagement J\u2019ai consommé du cannabis pendant un an environ, surtout parce que j\u2019avais des problèmes avec un locataire en bas de chez moi.Et même si ce n\u2019était pas en grosse quantité, je n\u2019arrivais pas à m\u2019arrêter.J\u2019ai fait des psychoses et j\u2019ai été plusieurs fois hospitalisée à l\u2019Institut Douglas.Puis un jour j\u2019ai arrêté de consommer ; peu de temps après avoir déménagé.MÉLANIE NOËL CAMELOT MÉTRO JOLICOEUR ET IGA WILLIBRORD / WELLINGTON J\u2019ai brisé mes rêves J\u2019ai brisé ma vie à cause de ça, la consommation.J\u2019ai commencé à consommer après l\u2019armée.Ç\u2019a été un traumatisme.Je travaillais pour consommer, je vivais pour consommer.J\u2019étais parfois à la limite de la prostitution pour ça.J\u2019ai brisé ma vie de couple, ma famille ne me parle plus\u2026 J\u2019ai brisé mes rêves.JOSEPH CLERMONT MATHURIN CAMELOT MARCHÉ METRO DORION / SAINTE-CATHERINE Les camelots se confient sur leur consommation passée, sur leurs rêves brisés, et les moyens trouvés pour lutter contre la dépendance.Les drogues et vous 30 itineraire.ca 1er décembre 2023 Connexion brisée Quand je consommais, c\u2019était pour m\u2019échapper.Ma première ligne, on me l\u2019a proposée.J\u2019avais 18 ans et j\u2019ai tout de suite vécu un sentiment de détachement entre mon corps et mon âme.C\u2019était un peu trop bien.Toutes mes misères disparaissaient dans ces moments.La consommation a brisé ma connexion avec moi-même.Et cette connexion est longue et pénible à rétablir.Mais ça se fait.Et pour m\u2019aider je fréquente des groupes d\u2019entraide, et je fais du crochet, beaucoup de crochet.LYNN CHAMPAGNE CAMELOT CUVILLIER / ONTARIO J\u2019aurais tout perdu J\u2019ai consommé deux ans de suite.Deux ans, pendant lesquelles je me disais qu\u2019il ne fallait pas que je reste là-dessus.Deux ans de high, où je me suis sentie bien.Je consommais la nuit, j\u2019allais en rave et le jour, je travaillais.Puis un jour, j\u2019ai fait un bad trip et une crise de panique, je me suis ramassée à l\u2019hôpital.J\u2019avais maigri, ma santé y passait.Je pense que si j\u2019avais continué, j\u2019aurais sûrement perdu ma job, ma santé, ma famille.Aujourd\u2019hui, c\u2019est plus pour moi.SYLVIE HOULE CAMELOT MARCHÉ METRO ST JOSEPH Automédication Je vois la consommation comme le symptôme d\u2019un autre problème.Moi je suis dépressif, anxieux, je fais des crises de panique\u2026 C\u2019est dur d\u2019être toujours sur le bord de craquer.Alors la conso a été une forme d\u2019automédication qui m\u2019aidait à me détendre.J\u2019ai essayé la voie formelle des médicaments prescrits, mais les effets secondaires sont aussi difficiles à supporter.Puis, quelqu\u2019un peut-il affirmer n\u2019être dépendant à rien en 2023 ?Drogues, sexe, médias sociaux, téléphone, séries\u2026 SIMON JACQUES CAMELOT MÉTRO BERRI SORTIE PLACE DUPUIS 31 itineraire.ca 1er décembre 2023 PUBLICITÉ Noël est une période propice aux rechutes.Toute personne qui a cessé de consommer le sait.En 2010, j\u2019ai touché le fond.Je ne marchais plus.Je voulais mourir.Ça m\u2019a pris au moins un an et demi avant que cette obsession du suicide disparaisse.Avec ma condition de vie, psychologique et physique, j\u2019ai dû me battre mentalement avec la faucheuse.Malgré le fait que j\u2019étais alitée et très souffrante, je consommais jusqu\u2019à deux bouteilles de vin par jour.Un beau matin, alors que je n\u2019avais pas fermé l\u2019œil, Il y a eu un déclencheur, un genre d\u2019éveil.Bien qu\u2019athée, j\u2019ai fait la promesse à un Dieu, dont je ne connaissais pas le nom : « Si t\u2019existes, fais quelque chose tabar\u2026 ! » J\u2019étais complètement abattue, au carrefour du désespoir.J\u2019ai ajouté : « Si tu t\u2019organises pour que je puisse marcher, je ferai tout ce qui est possible pour m\u2019en sortir.» Deux semaines plus tard, l\u2019hôpital m\u2019appelle.On me demande si je suis prête à ce qu\u2019on me retire deux disques de ma colonne vertébrale.J\u2019y ai vu un signe de la vie.Peut-être qu\u2019une puissance divine m\u2019avait entendue ?Trois semaines après mon opération, j\u2019ai commencé à me rétablir de mes dépendances ; j\u2019ai décidé d\u2019aller chercher de l\u2019aide, j\u2019ai eu une psychologue par le programme d\u2019indemnisation des victimes d\u2019actes criminels, l\u2019IVAC.Quand on débute une démarche sérieuse, la meilleure méthode c\u2019est l\u2019arrêt complet, sans aucune réserve.Il m\u2019a fallu plusieurs essais et erreurs avant d\u2019atteindre mon premier temps d\u2019abstinence de trois mois.La persévérance a été un atout.J\u2019ai décidé de voir mon rétablissement un 24 heures à la fois, mais en vérité ce sont les personnes qui m\u2019entourent qui me gardent dans la sobriété.La garde rapprochée Parrain - marraine Dès mes débuts, j\u2019ai compris que je devais changer complètement ma façon de penser.J\u2019ai aussi pris conscience que je devais avoir un guide de croissance personnel et spirituel.J\u2019ai donc pris un parrain solide avec 38 ans de sobriété.Et j\u2019ai aussi pris une marraine qui me ressemble, j\u2019ai senti que j\u2019avais besoin des deux.Ils sont les piliers de ma sobriété.Les filles Mlle V.(40 ans) « Avec Jo, j\u2019ai pu travailler mes déficiences à mon rythme pour essayer de réapprendre à vivre.Je suis encore démunie face à la vie sans l\u2019héroïne.Je tente de devenir une femme épanouie, travail que j\u2019ai débuté à 40 ans, dans un climat de confiance, d\u2019échange et de partage mutuel.» Mlle K.(28 ans) Une alcoolique qui a eu un an d\u2019abstinence en juillet dernier.En plus, K.a donné naissance à une petite fille qui a deux mois maintenant.Nos échanges sont toujours très enrichissants.Mlle E.(25 ans) C\u2019est une créative, une artiste magnifique qui apprend tranquillement à vivre avec ses émotions qui sont comme elle, c\u2019est-à-dire très colorées.Elle souffre de distorsion de son image corporelle, de boulimie, d\u2019alcoolisme et de toxicomanie.Toutes ces personnes sont indispensables à ma survie et à ma sobriété.Il est impératif de bien s\u2019entourer, on ne sait jamais quand la soif peut retentir.La maladie c\u2019est du sérieux.Autant que la folie, la prison ou la mort.J\u2019ai compris qu\u2019on n\u2019est jamais à l\u2019abri et qu\u2019il faut rester vigilant pour ne pas retomber.À Noël, si la vie le veut, je prendrai un 9 ans sans alcool.Pour la cocaïne, j\u2019ai eu 13 ans d\u2019abstinence le 24 septembre dernier.Depuis que j\u2019ai commencé à me rétablir, j\u2019ai eu des cadeaux extraordinaires, j\u2019ai commencé a me regarder telle que je suis, j\u2019ai travaillé fort sur la connaissance de soi, j\u2019ai eu la chance d\u2019avoir un logement convenable avec l\u2019aide de L\u2019Itinéraire, et j\u2019ai pu accéder à un siège à son conseil d\u2019administration.Merci à tous ceux qui rendent ce monde meilleur et à ceux qui seront généreux avec les camelots qui travaillent dur en ce temps des Fêtes.Merci à L\u2019Itinéraire de continuer à me publier.C\u2019est comme une forme de thérapie pour moi.Bon temps des Fêtes à tous.Camelot métro Radisson Par Jo Redwitch Seule\u2026 je ne suis rien 32 itineraire.ca 1er décembre 2023 OIROP DE POTEAU LA ST A 1% Un roman-feuilleton de Francis Ouellette Par la fenêtre de sa chambre à \u2018pital, Frigo regarde la lune.Elle est pareille que celle qui se frottait le cul dans les draps du ciel, le fameux soir où sa mère l\u2019a emmené se paqueter au Vieux Munich après avoir gagné au bingo.C\u2019est le genre de lune qui te fait sortir le cœur de loup-garou.Tu finis ça en beuglant dans les ruelles de tes nuits, un peu plus fort que tu devrais, à t\u2019astiner avec les étoiles pour qu\u2019elles te redonnent le p\u2019tit change qu\u2019elles t\u2019ont jamais passé.À chanter saoul raide dans des langues que tu connais pas.C\u2019est ben mozusse comment c\u2019est ça que ça prend, des fois, pour pogner la chanson qui te croupit dans le corps.Des airs oubliés qui te roulent en bouche, une couple de minutes, après des années sans donner de nouvelles.Frigo serait pas capable de te donner l\u2019heure, encore moins sa date de naissance.Pourtant, les feuilles de musique de son arbre de vie, il en connait la moindre des nervures.Il connait la trame sonore de tous les moments de son histoire.Y compris ceux qui s\u2019en viennent.Drette comme il est là, en fixant le trente sous qui roule dans le ciel, il entend les stridulations diffuses d\u2019une trompette.Les portes de ses souvenirs s\u2019ouvrent.Sa mère l\u2019invite à rentrer dans le Vieux Munich.Pis là, il reçoit en pleine face les postillons sonores d\u2019un très bavard orchestre bavarois.Les odeurs de la bière, des schnitzels et de la sudation, parfaitement emmêlées.Dans sa tête, c\u2019est comme si y\u2019était là, encore plus que quand il y était.Au centre, sur une scène circulaire auréolée d\u2019une couronne sertie d\u2019ampoules, une douzaine de musiciens zignent une polka, en chapeaux rouges avec une petite plume blanche sur le côté et tout en sueur.La moitié d\u2019entre eux sont miroités par les cuivres.La place est noire de monde, de grosses tables brunes, de rires gras et de conversations empilées.Il y a des bonhommes qui boivent leur bière direct dans le pichet, entre deux pelletées de choucroute.Frigo n\u2019en revient pas.Même dans ses souvenirs, son ébahissement reste intact.La sauce du moment est douce comme la joie et poivrée comme la peur.Heille, fallait y être pour voir à quel point les teutons se faisaient aller là-bas, autant les vrais que les faux ! Il y avait toutes sortes de personnes dans ce bout d\u2019Allemagne de coin de rue.C\u2019était une zone neutre d\u2019emmêlement des classes sociales et des cultures.Ici, on parlait la même langue, celle du son, du bruit, des rires, des rotes et du renvoi dans les toilettes après le schnaps qui fait déborder la vase.Le gros crisse de party sale sans distinction des genres.Des serpents humains qui se dandinent entre les tables, qui longent les murs tartinés de murales de madames en \u2018tites robes blanches et rouges qui lèvent des poignées de buck ou qui dansent, de bonhommes en carriole qui trainent des tonneaux.À peine entrés, Frigo et sa mère sont poussés par une valse vers une table en train de se libérer, encore pleine de victuailles pas entamées et d\u2019une copieuse quantité de verres vides.La table est collante, luisante.Le dépaysement est total.Aussitôt qu\u2019ils sont assis, les corps morts et les restes disparaissent, les verres et la boustifaille commandés sont déjà devant eux, servis par des femmes capables d\u2019en prendre pour deux.Frigo ne reconnait pas sa mère.Elle dévore ses saucisses comme une valkyrie en rut.Elle lève son verre avec des inconnus, en offre à d\u2019autres.Elle se joint à des danses.Elle rajeunit à vue d\u2019œil.Il comprend quelque chose d\u2019important, en la regardant fêter.Il est sa mère.Ils sont pareils.Ils sont issus du même gras.Dans son lit d\u2019hôpital, situé drette en face des lieux où trônait jadis le Vieux Munich, Frigo se souvient de cette révélation.Et d\u2019une autre, beaucoup plus importante.34 itineraire.ca 1er décembre 2023 Les gens sont des tounes.Du macramé fait d\u2019os et de musique.Laisse-moi t\u2019expliquer.Tu vas voir, tu vas comprendre.Entre sa naissance et le pétage de yeule qui l\u2019a mené ici, à vivre la plupart de son temps dans la rue, Frigo a vu ben des mesquineries.Il en a vécu quelques-unes, mais fouille-moi pourquoi, il a toujours moins souffert de sa misère que d\u2019être témoin de celle des autres.C\u2019est ben maudit hein ?Notre gaillard est comme une éponge à sentiments.Toute lui rentre dedans, tout le temps.Si tu lui demandais et qu\u2019il était en mesure de te répondre, Frigo te raconterait qu\u2019il a vu plus souvent le pire que le meilleur, chez les autres.Il te dirait aussi que pour lui, l\u2019espoir est une patente à gosse qui dort au gaz.C\u2019est ben certain qu\u2019il y a toujours des personnes qui font la bonne affaire et qui aident les autres.Lui-même, il aurait pas survécu sans leur gentillesse et leur générosité.C\u2019est juste qu\u2019en dessous des continents de la grande cruauté et de la plus banale des méchancetés, il y a des plaques tectoniques d\u2019indifférence.Il trouve que les beaux gestes sont aussi rares que les îles encore vierges.Et d\u2019autant plus précieuses.Mais ce ne sont pas les gestes de douceur et de charité qui l\u2019ont fait tougher la run jusqu\u2019ici.C\u2019est même pas l\u2019amour.Peux-tu croire ?C\u2019est ben plus simple que ça.C\u2019est les chansons.Même en ce moment, alors qu\u2019il en a son truck et qu\u2019il se demande à quoi ça rime, c\u2019est ça qui lui permet de continuer.Je suis d\u2019accord avec lui, d\u2019ailleurs.On jase là, mais pense à ça deux minutes, le caractère étrange de l\u2019existence même de la musique.Mettons que Dieu existe pas, les muses non plus.Il a fallu, loin en arrière dans l\u2019histoire, que nos descendants se mettent à fesser sur des affaires pour constater que ça produisait des sons différents.Que ces sons pouvaient être agencés pour créer une forme de langage.Un langage entièrement construit autour de l\u2019émotion.Ils ont tellement aimé ça qu\u2019ils se sont mis à tendre des peaux d\u2019animaux pour patenter les premiers tambours.Non mais il fallait tu vouloir ?T\u2019sais veux dire, les inventeurs de la musique crevaient tellement tous de faim qu\u2019ils devaient se fourrer pas mal toute dans yeule, voir si ça se mangeait, pis là, à un moment donné, ils sont tombés sur une câlisse de bonne patch de champignons.Le genre de manger qui te fait voir les notes et entendre les couleurs.Pas mal sûr que la musique est un accident de parcours inventé de toutes pièces par un primate de l\u2019âge de pierre ben stone.Tu vas me dire « hey wo attend\u2026 l\u2019écriture, la peinture la sculpture, la poterie, la couture, c\u2019est ben plus important ! Pis la médecine, les mathématiques, la chimie ?Ça, c\u2019est de fabuleux accomplissements attribuables à l\u2019inventivité humaine ! ».Ah c\u2019est ben certain.C\u2019est toute du bon, ces affaires-là.Je dis pas le contraire.C\u2019est juste que toute ça, ça sert à quelque chose de plus ou moins concret, même à son plus abstrait.Ça sert à maintenir une civilisation en place un temps, à en inventer d\u2019autres.Ça permet de nous raconter nos histoires à travers les siècles, des affaires de même.Ça nous donne souvent le goût de nous penser bons.Heille, faut vraiment pas se prendre pour un seven up flatte pour demander à quelqu\u2019un de tailler notre face dans du granite pour les générations futures.Faut tu pas vouloir mourir.Ou vouloir régner.Tu pourrais me dire que la poésie, c\u2019est ça aussi.Pas vraiment.La poésie est une autre forme de musique, ou alors elle l\u2019accompagne en chanson.La musique, ça sert à rien de précis.C\u2019était pas nécessaire à notre survie, ni à notre évolution.Pas en apparence, du moins.Ben moi, j\u2019ai pour mon dire que c\u2019est ben possible que ce soit une sorte de miracle.Comme notre conscience, mais peut-être encore plus improbable.La conscience humaine, c\u2019est une ben belle affaire, mais ça fait aussi de nous des singes déformés avec des crises d\u2019anxiétés, des mensonges, des secrets et des déviances.Tu verras jamais un chimpanzé descendre à l\u2019urgence avec une mangue entière logée dans le colon dire au médecin : « Oui docteur, je vous jure, c\u2019est ça qui est arrivé ; je marchais tout nu chez moi en revenant de l\u2019épicerie, parce qu\u2019il faisait chaud, pis là, pendant que je rangeais mes groceries, j\u2019ai échappé un sac à terre, la pinte de lait a coulé partout, j\u2019ai glissé dessus et au même moment, à une nano-seconde près, une mangue juste assez mure et provocante roulait par là sans crier gare et au cœur de ma 35 itineraire.ca 1er décembre 2023 chute, le hasard a voulu que je suis tombé dessus selon un angle tout à fait imprévu mais précis, ce qui fait que la mangue a été happée toute entière, avec une certaine force, à travers mon rectum.C\u2019est un accident comme tant d\u2019autres.Je suis ici pour vous demander de me la retirer parce qu\u2019elle est là depuis une semaine, je suis incapable de l\u2019expulser et je ne me sens pas dans la plus grande forme.» Neu-non.Un chimpanzé aura jamais besoin se rentrer des affaires dans le cul pour combattre son ennui ou remplir son vide intérieur.En tout cas, pas assez creux pour que ça reste pogné en dedans.Pis pas au point d\u2019inventer une histoire parce qu\u2019il assume pas le fait qu\u2019il s\u2019est rentré une mangue dans le cul juste pour voir qu\u2019est-ce que ça fait.Ça, c\u2019est nous autres.Par contre, si la musique est le fruit de la conscience, c\u2019est difÏcile pour moi de condamner cette dernière.C\u2019est juste pas croyable.Trouver comment faire du feu, c\u2019était déjà pas pire.Il a fallu qu\u2019on invente en plus une façon de le garder allumé, en dedans.Des fois, si c\u2019était rien que de moi, je crisserais toute à terre.Le feu, je le mettrais partout.T\u2019sais, entre toi pis moi, notre activité favorite, celle qu\u2019on fait le mieux et depuis longtemps, c\u2019est de se tuer les uns et les autres.Des fois, me semble qu\u2019on est dû pour un grand nettoyage, qu\u2019on est une erreur, un accident de parcours de l\u2019évolution.Oserais-je le dire : un cancer.C\u2019est peut-être pour ça que cette maladie nous fait tomber comme des mouches.Elle fait juste relancer la marde de nos propres chienneries dans notre cours, sans distinction.Bref, je trouve que la beauté et l\u2019amour, ça pèse pas toujours ben lourd dans la balance, face à la souffrance et à la cruauté.Mais c\u2019est déjà ça de pris.Du reste, c\u2019est tout ce qu\u2019on a pour faire face à l\u2019horreur.Quand je suis prêt à tout abandonner et qu\u2019à l\u2019instar de mon chum Frigo qui rumine dans son lit d\u2019hôpital, je me dis que c\u2019est peut-être une solution de tirer sur la plug d\u2019un coup sec, il se passe toujours la même chose; un vers me rentre dans l\u2019oreille.Ça peut être n\u2019importe quoi.Chopin, Nina Simone ou Joe Dassin, Belgazou ou la toune du Barbie\u2019s resto-bar grill.Et je me dis que c\u2019est si étrange qu\u2019on ait trouvé ce langage.Que c\u2019est avec ça qu\u2019on s\u2019est compris qu\u2019on a construit une ville dans les décombres de la tour de Babel.Que c\u2019est notre plus importante contribution à l\u2019histoire universelle.On a marché sur la lune ?Ok.Bien avant, on avait chatouillé le soleil.Avec elle, on a taquiné l\u2019abysse.On est des singes avec des ailes faites des bouts de chansons.Si la musique a jamais arrêté un génocide, elle a sans doute permis à plusieurs de passer à travers.J\u2019ai paraphrasé pour Frigo, mais on pense sensiblement la même chose.Il est juste pas capable de l\u2019expliquer.Par contre, il le sent pas mal plus intensément que moi.Il a toujours eu une toune dans tête.Toujours.Il marmonne, chantonne et fredonne en permanence.C\u2019est nécessaire à sa survie et tous les moments importants de son existence sont marqués par un air bien précis.Il a compris depuis longtemps quelque chose de fondamental.Les chansons ne peuvent pas être volées aux pauvres.Oui, des gens peuvent se mettre riche avec de la musique inventée par des pauvres.Mais ils peuvent pas leur ôter de la conscience et de leur souvenir, une fois qu\u2019elle a été entendue.C\u2019est peut-être pour ça qu\u2019il y a eu tant d\u2019espace où les tounes se butinaient dans l\u2019Est, dans les cabarets et les salles de spectacles.C\u2019est peut-être pour ça que la rue Ontario est un cortège de mosaïques de gens de la chanson.Frigo connait tous les airs du Faubourg, ceux qui s\u2019entendent, ceux qui se murmurent dans les églises et ceux qu\u2019on respirent de peine et de misère, comme les émanations vomies par les cheminées de l\u2019usine de la MacDonald Tobacco, toujours plus fortes les mercredis, qui faisaient piquer les yeux des enfants jouant dans les ruelles.Aux abords du Lion d\u2019Or, il se souvient avoir chanté Cet anneau d\u2019or de Georges Guétary, un soir de novembre, en costume trois pièces.Il se rappelle plus ce qu\u2019il faisait là.Au bar country Chez Gaétan, on l\u2019a entendu susurrer saoul « J\u2019ai ta photo dans ma chambre » de Johnny Farago, tant et si bien qu\u2019une décennie plus tard, des piliers de la taverne l\u2019appelaient encore Johnny Frigo.Frigo était pas juste un enfant de la rue.C\u2019était aussi une bibitte à cabaret.Dans la plupart d\u2019entres eux, il était le bienvenu.On lui offrait une bonne tite frette en échange d\u2019un tour de chant.Les tounes et 36 itineraire.ca 1er décembre 2023 les blagues salaces qui s\u2019entendaient dans ces endroits, ils les connaissaient toutes.Il a déjà maitrisé l\u2019art perdu du pot-pourri et du continental en souliers qui claquent.Il y a un univers en quelque part où vit un Frigo devenu chanteur, une place où les affaires se sont passées d\u2019une autre manière, où le changement d\u2019un infime détail a parfois permis au robineux de boire du champagne.C\u2019est peut-être dans notre histoire qu\u2019il a droit au pire destin.C\u2019est pas à moi de le dire.Qui suis-je moi, pour juger de l\u2019infinité des existences et de la variation des individus à travers elles ?Si les affaires existent, c\u2019est de même pis c\u2019est toute.Par contre, je suis certain d\u2019une chose : peu importe le monde où tu vas trouver un Frigo, il aura toujours de la musique dans le corps.Comme les lieux, les gens trainent une chanson en eux.Ça veut pas dire pour autant qu\u2019ils l\u2019entendent ou l\u2019écoutent.Ça, Frigo l\u2019a compris au Bingo, et encore plus au Vieux Munich.Il connait la chanson, celle qui se cache dans chacun de nous.Il y en a qui disent qu\u2019au début était le Verbe.C\u2019est même écrit.En ce monde, dans tous les mondes, il y a parfois des mystiques capables de recevoir des sons que personnes d\u2019autres ne peuvent entendre.Des sons qui viennent de loin, une sorte de bourdonnement.Ces gens-là savent qu\u2019au début, bien avant le Verbe, il y a eu la Note.C\u2019est bien après la Note qu\u2019est venu le Verbe et pas ben longtemps après, la Toune.Il y avait quelque chose qui chantait la Toune depuis longtemps, au centre de l\u2019existence.Quelque chose d\u2019incommensurablement seul.Un blues, une lamentation, une berceuse.Toute ça en même temps.Tu as déjà entendu cet air.Cette supplication, les chanteurs de flamenco la produisent.La musique des cajuns aussi, avec la voix et les violons.Les griots.Robert Johnson.Edith Piaf.Chez nous, Richard Desjardins.Les singes ont entendu la Toune.Et c\u2019est en chanson qu\u2019ils lui ont répondus.Peux-tu croire ?L\u2019univers est un cabaret.Un cabaret qui attendait son public.C\u2019est un secret que je tiens de Frigo.Ça me fait plaisir de te l\u2019offrir.Les journées où tu files un mauvais coton, rappelle-toi de ça.Tu as ta toune à toi.Une toune qui attend que tu la chantes.Pas grave si tu la chantes tout croche.Des fois, je trouve qu\u2019on vaut pas de la schnoutte.Je nous trouve laids, petits et insignifiants.Je nous trouve mauvais.Irrécupérables.Bon pour la scrap, fait pour la dompe.Les symphonies, les fresques et les manifestations, c\u2019est ben beau, mais ça arrête pas la barbarie.C\u2019est tout au plus un break entre deux violences.Pis là, je me rappelle que t\u2019sais, c\u2019est pas donné à tous d\u2019entendre sa toune.C\u2019est vraiment pas facile.La vie est bruyante, même dans ses silences.Nos têtes sont fourrées comme des dindes.Vois ça de même : t\u2019es sur l\u2019autoroute dans ton char pis là, tu cherches à pogner quelque chose à la radio, comme dans le temps, pis ça griche, tu trouves pas de poste où ils jousent quelque chose de bon, c\u2019est comme une suite cacophonique de paroles, de musique, avec les bruits de la conduite et du vent.Pis là, tu tombes dessus.Tu dis : « C\u2019est ma toune ».C\u2019est pas TA toune, mais elle ressemble peut-être à celle que tu as en dedans.Tu montes le volume.Pis là, t\u2019entend rien d\u2019autre que ça.Le temps de la toune, toute va ben.Toute fait du sens.Toute tourne rond.Ça roule.Tu sais où tu t\u2019en vas.C\u2019est ça que Frigo a compris, le soir où sa mère l\u2019a emmené se paqueter la fraise sur de la bière allemande brassée chez nous, dans les oum papas insistants et réjouissant d\u2019un orchestre bavarois, parmi l\u2019interminable odeur de saucisse et de transpiration.Lui, il l\u2019a compris.Moi, je peux le raconter.Ça prend du fine tuning en tabarnac avant de trouver sa toune.Mais elle est là.Pis quand tu la trouves, que tu l\u2019écoutes, que tu la chantes, tu comprends d\u2019où tu viens et où il faut que tu ailles.C\u2019est bête de même, en somme.Mais c\u2019est ça.C\u2019est un pense-bête.Penses-y.Trouve ta toune.[\\ 37 itineraire.ca 1er décembre 2023 Cote Mediafilm Cote Mediafilm Cote Mediafilm Cote Mediafilm Les cotes Mediafilm : Chef-d'oeuvre Remarquable Très bon Bon Moyen Pauvre Minable Adieu Las Vegas (Leaving Las Vegas) Drame psychologique de Mike Figgis, 113 minutes, États-Unis, 1995 Retour à Brooklyn (Requiem For a Dream) Drame de mœurs de Darren Aronofsky, 102 minutes, États-Unis, 2000 Oslo, 31 août Drame de Joachim Trier, 95 minutes, Norvège, 2011 Nos vies formidables Drame psychologique de Fabienne Godet, 117 minutes, France, 2019 À Las Vegas, une jeune prostituée s\u2019attache à un scénariste paumé que l\u2019alcool est en train de tuer à petit feu.Oeuvre lyrique et envoûtante.Détresse des personnages rendue de façon déchirante.Élans oniriques subtils.Jeu remarquable des deux vedettes.Une veuve, qui veut perdre du poids pour bien paraître à un jeu télévisé, et trois jeunes, impliqués dans un trafic de cocaïne, sombrent dans l\u2019enfer de la toxicomanie.Adaptation dérangeante et percutante du roman de Hubert Selby Jr.Traitement visuel et sonore possédant un grand pouvoir d'évocation.Interprétation intense.Un journaliste en cure de désintoxication profite d\u2019une permission d\u2019un jour pour retrouver une raison de vivre.Adaptation libre du roman Le Feu Follet de Drieu La Rochelle.Dialogues finement ciselés.Mise en scène précise et inventive.Interprétation brillante d\u2019Anders Danielsen Lie.Une trentenaire alcoolique et toxicomane se fait admettre dans une clinique à la campagne, dirigée par un psychologue qui privilégie les thérapies de groupe.Récit vibrant construit à partir d\u2019histoires vécues.Traitement quasi documentaire.Une ou deux longueurs.J.Moulier admirable de subtilité et d\u2019intériorité.L\u2019Itinéraire et Médiafilm vous proposent huit films à voir et à revoir sur les thèmes de la dépendance et du rétablissement.SUGGESTIONS 38 1er décembre 2023 itineraire.ca Les recommandations, résumés et avis sont fournis gracieusement par Mediafilm.Envie de voir ou revoir ces films ?Allez droit aux vues en consultant le site ouvoir.ca.Cote Mediafilm Cote Mediafilm Cote Mediafilm Cote Mediafilm Le Poison (The Lost Weekend) Drame psychologique de Billy Wilder, 101 minutes, États-Unis, 1945 Retour à la vie (Clean and Sober) Drame social de Glenn Gordon, 124 minutes, États-Unis, 1988 Drugstore Cowboy Drame de moeurs avec Matt Dillon, 100 minutes, États-Unis, 1989 Ferrovipathes (Trainspotting) Comédie de mœurs de Danny Boyle, 94 minutes, Grande-Bretagne, 1995 Quelques journées critiques dans la vie d\u2019un alcoolique.Étude psychologique assez poussée.Style vigoureux.Composition remarquable de R.Milland.Un jeune toxicomane éprouve beaucoup de mal à se plier aux règles strictes du centre de désintoxication où il s\u2019est réfugié.Description réaliste peu convaincante.Nombreux effets faciles.Réalisation technique assez conventionnelle mais soignée.Interprétation quelque peu forcée de M.Keaton.Transporté en ambulance, un jeune homme se remémore les vols dans les pharmacies et dans les réserves d\u2019hôpitaux qu\u2019il faisait avec trois amis.Vision réaliste et insolite du milieu de la drogue.Évocations poétiques assez surprenantes.Rythme irrégulier.Interprétation appropriée.Les tribulations drolatiques et dramatiques d\u2019un petit groupe de toxicomanes de la banlieue d\u2019Edimbourg à la fin des années 1980.Approche à la fois provocatrice et énergisante.Humour parfois déroutant.Fantaisie flirtant avec le surréalisme.Interprétation en accord avec l\u2019esprit de l\u2019œuvre. Tout est science.Des confins de l\u2019univers à la nature qui nous entoure, dans la technologie de tous les jours en passant par la vie sur Terre, la science est partout.par Gabriel Lavoie Participant assistant-journaliste Camelot marché Metro Chemin Chambly, Longueuil ESPACE SCIENCE La drogue du zombie, c\u2019est quoi ?La drogue du zombie, ou xylazine, est un sédatif analgésiant pour chevaux et bovins consommé volontairement ou involontairement par les utilisateurs de drogues.Au Canada, c\u2019est en 2012 qu\u2019a été détectée la présence de xylazine autrement que sur le marché vétérinaire.Interdit à la consommation humaine, et à haut risque sanitaire, la xy- lazine sert à couper certaines drogues, notamment le fentanyl.L\u2019état végétatif que sa consommation provoque est de plus en plus observé dans certaines villes canadiennes : personnes qui semblent dormir debout, tête penchée, perte de conscience, vision floue, confusion, respiration très lente, diminution de la pression artérielle.Des symptômes qui peuvent mener jusqu\u2019au décès.Tout ça, sans parler de la forte dépendance que cette drogue cause à ces personnes.Une situation sanitaire qui inquiète fortement la santé publique.Plus encore, cette substance rend les surdoses encore plus à risque, car la naloxone, utilisée en cas de surdose d\u2019opioïdes, ne fonctionne pas pour contrer ceux de la xylazine.La xylazine entraîne également de graves conséquences sur la santé physique, notamment cutanée : nécroses de la peau, plaies profondes.Elle « mange » les tissus et entrave l\u2019irrigation sanguine de ces derniers.« Selon les résultats préliminaires du Projet suprarégional d\u2019analyse de drogues dans l\u2019urine des personnes qui consomment au Québec, la xylazine a été détectée dans 5 % des 300 échantillons d\u2019urine récoltés à Montréal à l\u2019automne 2022.» Ces personnes n\u2019avaient aucune idée de ce qu\u2019elles consommaient.Source : La lente marche de la drogue zombie jusqu\u2019à nos portes, le Soleil, sept.2023.Risques de surdoses associées à la présence de mélanges de dépresseurs contenant de la xylazine sur le marché des drogues illicites à Montréal, Direction régionale de santé publique de Montréal, mars 2023.40 itineraire.ca 1er décembre 2023 De l\u2019injection à la surdose La consommation d\u2019opioïdes, tels que l\u2019héroïne, le fentanyl ou la morphine, a un impact sur le bon fonctionnement du cerveau et du corps.De l\u2019euphorie à la surdose, tout se joue au niveau des cellules.« Les opioïdes atténuent les impulsions électriques qui circulent entre les cellules nerveuses, ou neurones », peut-on lire en ligne dans le chapitre 5 du reportage Surdoses : l\u2019épidémie invisible (La Presse, octobre 2022).Cette diminution de l\u2019activité électrique ralentit le métabolisme, notamment la respiration, la digestion, le rythme cardiaque.Pour en savoir plus, L\u2019itinéraire s\u2019est entretenu avec la docteure Marie-Ève Morin, généraliste très impliquée auprès de personnes aux prises avec des dépendances de toutes sortes.Dre Morin, c\u2019est quoi les effets d\u2019une surdose d\u2019opioïdes sur le corps ?« Avant de parler des effets sur le corps, il faut s\u2019intéresser aux endorphines et ce que ça fait aux personnes qui en sont dépendantes.Dans notre cerveau, on a comme \u201c une petite usine de morphine.\u201d On sécrète des endorphines à chaque fois qu\u2019on ressent de la douleur.En consommant des opioïdes, le cerveau cesse d\u2019en produire.Quand tu en manques, tout fait mal.En cas de surdose, la première chose qui arrive, c\u2019est l\u2019arrêt respiratoire, mais le cœur va continuer de battre, c\u2019est là qu\u2019on devrait administrer une dose de naloxone.Donc c\u2019est au niveau du centre de la respiration dans le cerveau que ça va être bloqué.La personne devient toute bleue, parce que le sang n\u2019est plus oxygéné.Le corps devient blanc et froid parce que le sang arrête de circuler.Après cinq ou six minutes que la personne ne respire pas, il peut y avoir des dommages permanents au cerveau.Au bout de 10 ou 12 minutes, selon l\u2019état de santé de la personne, c\u2019est l\u2019arrêt cardiaque.Il faut administrer de la naloxone le plus vite possible ! » « La naloxone est donnée en cas de surdose.Comme l\u2019héroïne ou le fentanyl, ce médicament se lie aux récepteurs opioïdes, mais sans provoquer d\u2019effets.Il agit donc en prenant la place des drogues.» Extrait de Surdoses : l\u2019épidémie invisible (La Presse, octobre 2022) Consommation et dépendance A N S H U A | U N S P L A S H La dépendance physique est caractérisée par une réaction naturelle du corps à l\u2019accoutumance aux drogues prises pendant une période prolongée.Le corps développe alors une tolérance, une sorte d\u2019habitude, qui fait que pour obtenir les mêmes effets, la quantité de substance doit être plus grande.Généralement, une personne dépendante d\u2019une substance, quelle qu\u2019elle soit, se trouve dans l\u2019incapacité d\u2019arrêter de consommer ladite substance juste par la volonté.Par ailleurs, la dépendance est une « condition médicale traitable qui affecte le cerveau et implique un usage compulsif et continu malgré les effets néfastes sur une personne, sa famille, ses amis et les autres », peut-on lire à propos de la consommation de substances sur le site du gouvernement du Canada.Il est aussi bon de garder en tête, qu\u2019« une personne peut être physiquement dépendante d\u2019une substance (comme un médicament sur ordonnance) sans pour autant l\u2019utiliser d\u2019une manière qui ait un impact négatif sur sa santé ou celle des autres », nuance le gouvernement.41 itineraire.ca 1er décembre 2023 Voilà encore le Microbe de Noël C A M E L O T M O N T - R O Y A L / B O R D E A U X Humoriste 43 itineraire.ca 1er décembre 2023 Christian Vanasse Quelle année ! Je regarde tout ce qui est arrivé dans l\u2019monde c\u2019t\u2019année pis d\u2019après moé, y a rien qui a pu dépasser, en « drama degrés » c\u2019qui est arrivé ici même, drette en janvier.J\u2019ai l\u2019air de slamer avec mes rimes en É, mais je niaise juste à moitié.Oubliez feux de forêt, guerres, crise du logement et drag queens dans les bibliothèques, tout cela n\u2019est que fun et soleil à côté de la calamité qui nous est tombée dessus en début d\u2019année.Le 2 janvier, Céline Dion n\u2019apparaît pas sur la liste des 200 meilleurs chanteur.euse.s de tous les temps du magazine Rolling Stone ! Scandale ! Révolte ! Colère et stupéfaction parmi les fans de la diva, plusieurs allant jusqu\u2019à manifester devant les bureaux new-yorkais du magazine.En passant, je signale que je suis ironique et pas à microdose.Pis les personnes fâchées au premier degré qui ont comparé ça à un crime contre l\u2019humanité, je vous juge.Je vous retourne pis, je vous juge encore jusqu\u2019en Cour suprême.Par une curieuse coïncidence c\u2019est aussi à New York, 70 ans avant cet événement traumatique pour le peuple québécois, que le psychologue Abraham Maslow élaborait sa fameuse « pyramide des besoins humains », mieux connue sous le nom de pyramide de Maslow.À la base de cette découverte : le besoin de nommer une pyramide à son nom.Pour vrai, la base de cette pyramide c\u2019est les besoins physiologiques comme manger, dormir, se vêtir.Ensuite vient la sécurité : se loger, avoir de l\u2019argent et une stabilité émotive.Puis l\u2019appartenance : avoir des amis, fonder une famille.C\u2019est suivi de l\u2019estime : avoir la confiance et le respect des autres et enfin au top de la pyramide, l\u2019accomplissement : créer, se réaliser comme individu.Chaque besoin devant être satisfait avant de passer au suivant.Autrement dit, tu ne peux pas te réaliser comme individu si t\u2019as faim tout nu dans\u2019rue.Tsé les gens qu\u2019y se font pogner à voler de la nourriture à l\u2019épicerie\u2026 sont loins du cinquième étage de la pyramide de Maslow.Peut-être ben encore bloqués au deuxième sous-sol du stationnement.D\u2019où ils sont, ils ne voient même pas la pyramide au-dessus d\u2019eux autres.Alors quand en plein mois de janvier, tu prends ton temps, ton argent et ton énergie pour descendre sur la 6e avenue à New York te scandaliser que quelqu\u2019un d\u2019autre que toi, en l\u2019occurrence une chanteuse multimillionnaire au succès planétaire dont les trophées tapissent les murs d\u2019une de ses somptueuses villas, n\u2019apparaît pas sur la liste d\u2019un magazine de variété quelconque\u2026 Je pense que toi non plus tu ne vois plus la pyramide en dessous de toi.En fait, t\u2019en es tellement loin que quand tu te prends en selfie, c\u2019est une photo satellite.Le scandale de Céline-qui-est-pas-dans-le-Rolling Stone, c\u2019était le 2 janvier.Mais sais-tu ce qui est arrivé le 3 au matin ?Les plus grands pdg canadiens avaient déjà gagné l\u2019équivalent du salaire annuel moyen des travailleuses et travailleurs du pays.Et personne n\u2019a organisé de manifestation.Bon, c\u2019est vrai, y a pas de joke.Mais c\u2019est parce que la joke était la veille à New York QUAND DES GENS MANIFESTAIENT POUR QUE CÉLINE\u2026 (soupir)\u2026 S\u2019cusez moi ! ça vient encore me chercher.Mais le bon côté de cette histoire-là, c\u2019est que des lumières se sont allumées, les gens se sont conscientisés, des actions ont été prises et attention, ce scandale allait enfin cesser ! Ah non, je ne parle pas ici de l\u2019accaparement de la richesse, des inégalités sociales ou du capitalisme qui nous pousse chaque jour un peu plus près de l\u2019apocalypse.Non ça, ça continue big time.Je parle de l\u2019absence de Céline sur un palmarès.Car quelques mois après le tollé, le 3 juillet, le magazine Rolling Stone publie une nouvelle liste de 50 artistes et déclare Céline Dion\u2026 10e\u2026 meilleure chanteuse\u2026 canadienne ! 10e meilleure chanteuse.Canadienne.Sur 50.Devant Gordon Lightfoot, mais derrière Alanis Morissette ! « It\u2019s a black fly in your Chardonnay », comme le chantait justement Alanis Morissette dans son succès de 1996, Ironic.Le Rolling Stone en profite également pour offrir ses « sincères et respectueuses condoléances » aux fans de différents artistes écartés du palmarès, citant au passage la formation québécoise Voivod.Les fans de Voivod n\u2019ont ni protesté ni organisé de manifestation à New York\u2026 ils s\u2019en sont juste câlissés. Solutions disponibles à itineraire.ca et dans le prochain numéro.Vérificateurs Burlesque Paria Diarrhée Ménure Machine à composer Transformation en humus Jour de privation Cabanes Note Touas Actionné Infinit Césium Mouvements rapides Or Merendrai Dieu Proclamation Éperonnée Prix Ber Assortis les couleurs Perroquet Baudets Doublera Puis Confondu Singe Viande séchée H M L P N A E S S A I O U A E T R A I P Q U E E R T I N U N I F A I M U I M C A E R M E C O U T C S M A S R U E S U L M I Y T P E I T R A S I R A B N R A A - 15 novembre 2023 Pièce d?une l?Inde Id est Instruite Attenant Rengaine Fonçait Aveuglé Retirée Gêner Qui font varier Amochées Maladie Jeu Pièce d?une voûte Radon Fabriquées Saisons Décora Oui Attrapa Transportes Coulée de lave Langue de l?Inde Or Neptunium Id est Ville de France Ville du Nigéria Instruite Éclaircit Élime Que tu déroules horizontalement 1.Ennuis.2.Piètre avocat.3.Mammite.- Hausse.4.Continent.- Passage.- Dialecte.5.Dormais.- Cinquante-deux.6.Au secours ! - Aplatira.7.Uni.- Baudet.- Ancienne monnaie.8.Dépression.9.Serras.- Brames.10.Transpire.- Chic.verticalement 1.Moirures.2.Fuite.- Dénudé.3.Répliques.- Clef.4.Gestes.- Perroquet.5.Jovial.- Opiniâtre.6.Rigole.- Corps obtenu par l'action d'un aldéhyde sur un alcool.7.Réduire les dimensions d'une pièce de bois.- Aire de vent.8.Mille cinquante.- Pays américain.9.Dieu des vents.- Mesura.10.Sur la boussole.- Prénom de la militante Mme Roback.- Dans.11.Et même.- Puis.12.Donne un emploi restreint. détente Pouvez-vous trouver les sept différences dans cette illustration ?Bonne chance ! Grille numéro : 72570 4 1 3 6 9 7 4 1 2 4 6 4 2 4 1 2 5 8 9 2 5 6 3 5 7 6 9 6 8 5 Placez un chiffre de 1 à 9 dans chaque case vide.Chaque ligne, chaque colonne et chaque boîte 3x3 délimitée par un trait plus épais doivent contenir tous les chiffres de 1 à 9.Chaque chiffre apparaît donc une seule fois dans une ligne, dans une colonne et dans une boîte 3x3.DIFFICILE LOUDA | PIXABAY autre montant?: $ M.Mme Autre Chèque (au nom du Groupe communautaire L\u2019Itinéraire) Visa Numéro de la carte Signature de la personne titulaire de la carte Expiration (Mois, année) Mastercard Code de vérification de la carte (CVC) 75 $ 50 $ Je fais un don de Mode de paiement Identification Nom?: Prénom?: Adresse?: Ville?: Code postal?: Courriel?: Téléphone?: ( ) Postez votre coupon-réponse au Groupe communautaire L\u2019Itinéraire 2103 rue Sainte-Catherine Est, 3e étage Montréal (Québec) H2K 2H9 * Pour respecter la planète et réduire ses frais postaux, L\u2019Itinéraire envoie le reçu d\u2019impôt une seule fois par année, au début de janvier suivant le don.Vous pouvez faire un don directement en ligne sur itineraire.ca Numéro de charité de l\u2019organisme?: 13648 4219 RR0001 100 $ 211qc.ca 2-1-1 Clavardage en ligne Gratuit et Con?dentiel Aide alimentaire et matérielle Aide juridique et défense des droits Santé mentale et dépendances Services aux communautés LGBTQ+ Soutien aux nouveaux arrivants Et bien plus ! 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