L'itinéraire, 1 janvier 2022, dimanche 15 mai 2022
[" Volume XXIX, n?10 Montréal, 15 mai 2022 PAYEZ VOTRE MAGAZINE PAR TEXTO AUPRÈS D\u2019UN CAMELOT AUTORISÉ L\u2019arrondissement de Ville-Marie reconnaît l\u2019excellent travail de l\u2019équipe du magazine L\u2019Itinéraire.P ascal a une approche enjouée et spontanée dès le premier contact.Quand on lui demande de nous raconter son enfance, on voit des étoiles dans ses yeux lorsqu\u2019il parle du modeste chalet au bord du fleuve que sa mère et son beau-père ont rénové petit à petit.Pascal a quatre ans et demi quand ses parents divorcent.Les 10 années passées dans la petite maison à moitié chauffée sont un bout de sa vie extrêmement heureux mais, coup de malchance, la maison était trop proche du bord de l\u2019eau.Son beau-père a dû la vendre.Ils s\u2019en vont habiter à Lanoraie.À l\u2019âge de 15 ans, il se met à avoir des problèmes de santé mentale.Sa mère doit le placer dans un centre d\u2019accueil.« Jusqu\u2019à l\u2019âge de 18 ans j\u2019ai été très malade, j\u2019avais des épisodes psychotiques, j\u2019entendais des choses, je parlais tout seul », confie-t-il.Il avait des problèmes de comportement et menait une vie désordonnée : « J\u2019ai été hospitalisé souvent ».Vers l\u2019âge de 18 ans, sa mère et son beau-père déménagent en ville pour se rapprocher de leur lieu de travail.Pascal tente alors de vivre dans la maison à Lanoraie avec un de ses amis, mais ça tourne mal.Il replonge dans ses épisodes psychotiques.Son ami se voit obligé de le mettre à la porte.C\u2019est là qu\u2019il se retrouve seul à Montréal à faire l\u2019expérience d\u2019une nuit au Refuge des Jeunes.Le lendemain, il demande l\u2019aide de sa famille.C\u2019est sa sœur qui l\u2019accueille.« J\u2019étais pas bien du tout.C\u2019était durant la crise du verglas », se souvient-il.Les psychoses persistent, la charge est trop lourde pour sa sœur, il se retrouve donc encore à l\u2019hôpital et passe ensuite d\u2019un foyer d\u2019accueil à l\u2019autre, à Pointe-aux- Trembles, Rivière-des-Prairies, Henri-Bourassa, une quinzaine d\u2019endroits au bas mot.Il se retrouve à travailler sur une terre à Sainte-Julienne pendant près de deux ans.Il s\u2019y sent bien, mais l\u2019entreprise finit par fermer.Il réussit malgré tout à terminer son secondaire et habite maintenant dans un HLM à Pointe-aux- Trembles.« Ça va bien, j\u2019ai de bons voisins, je suis content ! », dit-il.Il a travaillé pendant quatre ans à l\u2019entretien ménager ici, à L\u2019Itinéraire, et cela fait trois ans qu\u2019il vend le magazine.Mis à part le fait qu\u2019il ait à composer avec les effets secondaires de sa médication, il semble garder un bon moral.Il est très courageux et déterminé.Rien ne laisse paraître son parcours rempli d\u2019obstacles.Même en parlant de ses déboires, il parvient à déployer un sourire espiègle.Allez vous en rendre compte par vous-mêmes à son point de vente et n\u2019hésitez pas à l\u2019encourager.Camelot n° 1713 \u2022 Âge 43 ans Point de vente Iberville / Rosemont Pascal St-Louis Par Anita Barsetti ?Bénévole à la rédaction CARLA BRAGA RÉDACTION ET ADMINISTRATION 2103, rue Sainte-Catherine Est Montréal (Qc) H2K 2H9 LE CAFÉ L\u2019ITINÉRAIRE 2101, rue Sainte-Catherine Est Téléphone : 514 597-0238 Télécopieur : 514 597-1544 Site : www.itineraire.ca ISSN -1481-3572 Numéro de charité : 13648 4219 RR0001 Dépôt légal Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque de l\u2019Assemblée nationale du Québec PARTENAIRES MAJEURS L\u2019Itinéraire EST MEMBRE DE PRINCIPAUX PARTENAIRES DE PROJETS Nous tenons à remercier le ministère de la Santé et des Services sociaux de même que le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l\u2019Île-de-Montréal pour leur contribution financière permettant ainsi la poursuite de notre mandat.ÉCRIVEZ-NOUS ! courrier@itineraire.ca Des lettres courtes et signées, svp ! La direction de L\u2019Itinéraire tient à rappeler qu\u2019elle n\u2019est pas responsable des gestes des vendeurs dans la rue.Si ces derniers vous proposent tout autre produit que le magazine ou sollicitent des dons, ils ne le font pas pour L\u2019Itinéraire.Si vous avez des commentaires sur les propos tenus par les vendeurs ou sur leur comportement, communiquez sans hésiter avec la direction de L\u2019Itinéraire à : direction@itineraire.ca | 514 597-0238 poste 228 Interaction du quartier Community Council Peter-McGill Le journal L\u2019Itinéraire a été créé en 1992 par Pierrette Desrosiers, Denise English, François Thi- vierge et Michèle Wilson.À cette époque, il était destiné aux gens en difÏculté et offert gratuitement dans les services d\u2019aide et les maisons de chambres.Depuis mai 1994, le journal de rue est vendu régulièrement par les camelots.Aujourd\u2019hui le magazine bimensuel est produit par l\u2019équipe de la rédaction et plus de 50 % du contenu est rédigé par les camelots.P R I X J U D I T H - J A S M I N 2 0 2 0 F P J Q Le Groupe L\u2019Itinéraire a pour mission de réaliser des projets d\u2019économie sociale et des programmes d\u2019insertion socioprofessionnelle, destinés au mieux-être des personnes vulnérables, soit des hommes et des femmes, jeunes ou âgés, à faible revenu et sans emploi, vivant notamment en situation d\u2019itinérance, d\u2019isolement social, de maladie mentale ou de dépendance.L\u2019organisme propose des services de soutien communautaire et un milieu de vie à quelque 200 personnes afin de favoriser le développement social et l\u2019autonomie fonctionnelle des personnes qui participent à ses programmes.Sans nos partenaires principaux qui contribuent de façon importante à la mission ou nos partenaires de réalisation engagés dans nos programmes, nous ne pourrions aider autant de personnes.L\u2019Itinéraire, ce sont plus de 2000 donateurs individuels et corporatifs qui aident nos camelots à s\u2019en sortir.Merci à tous ! Convention de la poste publication No40910015, No d\u2019enregistrement 10764.Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada, au Groupe communautaire L\u2019Itinéraire 2103, Sainte-Catherine Est Montréal (Québec) H2K 2H9 Prix de vente 1,50 $ 1,50 $ l\u2019achètent camelots Les paie l\u2019impression + coûts de production Nous reconnaissons l\u2019appui financier du gouvernement du Canada.Les opinions exprimées dans cette publication (ou sur ce site Web) ne reflètent pas forcément celles du ministère du Patrimoine canadien.LUC DESJARDINS Directeur général et éditeur ADMINISTRATION VANESSA TREMBLAY Directrice - Opérations et ressources humaines ESTELA SOLORZANO Chef comptable JAVIER BERNAL Commis au dépot RÉDACTION JOSÉE PANET-RAYMOND Éditrice adjointe et rédactrice en chef KARINE BÉNÉZET Journaliste responsable de la formation des participants SIMON BOLDUC Chargé de projet - Journalisme CARLA BRAGA Création visuelle Photo de La Une ALEXANDRA LAFONTAINE DÉVELOPPEMENT PHILANTHROPIQUE ET RÉSEAUX SOCIAUX JOSÉE LABRECQUE Conseillère principale développement philanthropique PASCALE PLANET Gestionnaire de communauté ACTION COMMUNAUTAIRE THOMAS WAYLAND Organisateur communautaire ISABELLE LACHARITÉ et MAUDE M.-ROMPRÉ Intervenantes psychosociaux DANIEL PRINCE Responsable de la distribution SERVICE ALIMENTAIRE PIERRE TOUGAS Responsable du Café JEAN-CHRISTOPHE RUEL Coordonnateur du Service alimentaire MAUD THIMON Cuisinière et adjointe à la formation PROGRAMME MAISON RONDE MARILOU MAISONNEUVE Chargée de projets ELIZABETH MURPHY Gérante du café ISABELLE SIMARD-LAPOINTE Intervenante à la formation et à l\u2019accompagnement CONSEIL D\u2019ADMINISTRATION Présidente JESSICA MAJOR - Davies Ward Phillips & Vineberg S.E.N.C.R.L./ s.r.Vice-président YVON MASSICOTTE - Camelot de L\u2019Itinéraire Trésorier NICK KAMINARIS - Nuvei Secrétaire EMNA BRAHAM Administrateurs SOPHIE RONDEAU - Avocate et doctorante en droit JEAN-PAUL LEBEL - Camelot de L\u2019Itinéraire ROGER PERREAULT - Camelot de L\u2019Itinéraire - Représentant des camelots BÉNÉVOLES CHRISTINE BARBEAU, MARIE BRION, ANITA BARSETTI et JEAN TALBOT Bénévoles à la rédaction PAUL ARSENAULT, LUCIE LAPORTE et SYLVIE POIRIER Bénévoles à la révision Bonjour, Je tenais absolument à dire un mot sur l\u2019article de Mathieu Thériault dans L\u2019Itinéraire du 1er avril.Je l\u2019ai trouvé d\u2019une grande justesse, d\u2019une grande sagesse malgré le jeune âge (la quarantaine) de l\u2019auteur.Il nous fait ressentir une douce tristesse où se mêlent les espoirs déçus et l\u2019incertitude face au futur, ce qui reflète entièrement ce que nous vivons présentement.Le texte se termine par une note d\u2019humour tout aussi efficace.Bref, cet article était très percutant, bravo ! - M.Paquin IMPRIMEUR SOLISCO 120, 10E RUE SCOTT (QUÉBEC) NDLR Nous nous réservons le droit de corriger et de raccourcir les textes Mots de lecteurs 15 mai 2022 Volume XXIX, no 10 Josée Panet-Raymond Éditrice adjointe et rédactrice en chef C\u2019est fou l\u2019impact que peut avoir un peu de gentillesse et de bienveillance dans la vie d\u2019une personne.Le simple fait de s\u2019intéresser à quelqu\u2019un, de lui accorder de l\u2019attention et de valider son importance peut changer une vie.Surtout quand ta vie, c\u2019est dans la marge que tu l\u2019as vécue depuis longtemps.À ce moment-là, il se peut que ton attitude n\u2019ait pas beaucoup d\u2019attrait pour les gens.Il se peut que tu ailles à rebrousse-poil dans tes relations avec les autres.Les blessures de la vie, ça fait ça.Mais si tu te mets à fréquenter un endroit accueillant, où les personnes qui s\u2019y trouvent te comprennent et t\u2019acceptent tel ou telle que tu es, c\u2019est garanti qu\u2019à un moment donné, elles arriveront à percer la carapace que tu as mis longtemps à te forger pour te protéger.Ça se peut aussi que, si tu surmontes l\u2019indifférence et parfois même le mépris de certains passants dans la rue quand tu essaies de vendre ton Itinéraire et que tu focusses sur ceux et celles qui te sourient, te disent bonjour et s\u2019arrêtent un moment pour jaser avec toi, ça change ta façon de voir les choses.Et ne t\u2019inquiètes pas, ça change aussi les gens qui interagissent avec toi.On a plein d\u2019exemples de camelots qui n\u2019étaient pas, a priori, des modèles de prévenance et de diplomatie.Certains ont mis des années à s\u2019adoucir et à se laisser approcher.Il y en a qui étaient tellement réfractaires à tout, qu\u2019on ne savait jamais comment ils allaient réagir.Un des camelots, que je ne nommerai pas par respect pour lui, était un véritable grognon, qu\u2019il fallait prendre avec des pincettes.Il était même agressif par bouts et a déjà eu à faire face à des mesures disciplinaires.Mais comme notre mission est de croire en l\u2019humain et qu\u2019on est partisan de la deuxième, voire de la troisième et quatrième chance envers ceux et celles qui font preuve d\u2019un peu de bonne volonté, eh bien il a fini par devenir un gars agréable.Aujourd\u2019hui, il est reconnaissable par son « Helllooo ! » caractéristique, qui vous arrache un sourire chaque fois.Tantôt, un employé de l\u2019épicerie devant laquelle il a son spot de vente a répondu avec autant d\u2019enthousiasme à son « Hellllooo mon ami ! », en lui donnant une chaleureuse accolade.Lui, ce même gars qui avait jadis autant de charme qu\u2019un serpent à sonnette qui s\u2019est fait marcher sur la queue.Et Suzanne dans tout ça ?Mais il y a aussi des gens qui ont une propension naturelle pour la gentillesse.C\u2019est le cas de Suzanne, qui fait la une de cette édition.La camelot de longue date est toujours contente de vous voir, elle a toujours un bon mot à votre égard.Elle vous complimente sur ce que vous portez, vous dit que vous êtes « donc ben belle ou donc ben fin ».Elle ne laisse personne indifférent.Comme c\u2019est arrivé avec l\u2019une de ses clientes qui possède justement de la gentillesse et de la bienveillance en abondance.Aller lire son histoire.Sourire garanti.Un peu de bienveillance 3 34 Mots de camelots 3 Zoom sur Pascal St-Louis 9 Sylvain Pépin 9 Lynn Champagne 9 Bill Economou 17 Maxime Valcourt 17 Benoît Chartier 17 Manon Fortier 14 S A E E D A L I A C H A K Z A I | R E U T E R S 8 Rond-point international 10 Dans l\u2019actualité Une journée pour donner l\u2019heure juste Simon Bolduc 12 Chronique Vie de Daniel Prince - volet 4 Daniel Prince 14 INSP _ Pakistan Les réfugiés afghans accueillis froidement 23 Chronique C\u2019était un p\u2019tit bonheur Linda Pelletier 24 Dans la tête des camelots Journée internationale contre l\u2019homophobie 26 Régions Apprendre autrement à lire et à écrire Simon Bolduc 34 Culture Après les coups.Agathe Melançon Karine Bénézet 40 Mieux vaut en lire ! Roger Perreault 42 BD Namronscopie 43 C\u2019t\u2019encore drôle Antoine Desrochers 44 Détente 18 Simon Bolduc et Karine Bénézet C\u2019était un mardi.Le 19 avril précisément.Suzanne montait dans la voiture de Vicky Michaud, l\u2019une de ses nouvelles clientes régulières, pour une journée de rêve qui allait la projeter dans la peau d\u2019un mannequin.A L E X A N D R A L A F O N T A I N E 15 mai 2022 Volume XXIX, no 10 24 camelots ont participé à cette édition I N F O R M A C T I O N F I L M S Un prof jovial Bonjour mes chers frères et sœurs camelots, et tous nos lecteurs ! Je vous partage une belle expérience aujourd\u2019hui.À L\u2019Itinéraire, nous avons des ateliers d\u2019insertion sociale et professionnelle où on fait toutes sortes d\u2019activités.Ils sont offerts par le Centre de ressources éducatives et professionnelles, ou le CREP pour les intimes.Il y a eu une époque où on faisait du bricolage, ça m\u2019intéressait moins.Ce n\u2019est vraiment plus comme avant.Maintenant on travaille sur nous- mêmes pour se voir briller de toutes sortes de façons.Notre prof s\u2019appelle Stéphane.Son premier but est de nous redonner un pouvoir sur nous-mêmes et de nous faire reconnaître les qualités et les savoirs qu\u2019on a déjà ou de travailler ceux qui nous manquent pour réussir nos rêves.C\u2019est du sérieux avec un peu d\u2019humour.Le prof est enthousiaste et a hâte de connaître les camelots.Il nous aide à avoir et à pratiquer un bon savoir- vivre en plus de nous éclairer vers le chemin du bonheur.Il répond aussi à nos besoins individuels.Par exemple, je fais un retour aux études et il m\u2019aide à faire les démarches pour trouver une bonne école.Cela nous permet aussi de nous connaître un peu plus entre camelots.Les ateliers du CREP à L\u2019Itinéraire sont le mardi après-midi et le jeudi matin.Chers frères et sœurs camelots, à vous de venir si la pantoufle vous fait ! Ne vous gênez pas et passez voir par vous-mêmes.Je trouve ça beau quand il pleut Quand il fait beau, parfois je me sens joyeux et mes sentiments sont plus positifs.J\u2019aime être en tee-shirt, même si je mets plus souvent des cotons ouatés parce que je n\u2019aime pas me dévoiler.Ça peut attirer le regard des gens qui se disent : comment ça se fait qu\u2019il est tout habillé en noir, même en été ?D\u2019autres personnes, lorsqu\u2019elles me regardent, je ne sens pas leur jugement.Elles me regardent comme du monde, et non de haut en bas.Certains pensent que c\u2019est mon style gothique.J\u2019ai adopté ce style depuis mon enfance.Mais quelques fois quand je suis seul, l\u2019énergie ou l\u2019espoir sont moins là.Depuis que je suis petit, j\u2019ai toujours aimé les jours de grosse pluie parce que ces jours-là, si j\u2019ai envie de pleurer, les gens ne voient pas la différence entre la pluie et les pleurs de l\u2019âme.Je pleure parce que j\u2019écoute une chanson triste ou juste parce que je pense aux gens qui sont décédés.Oui, je pense que je vais pouvoir les revoir, mais ça va prendre très, très longtemps.C\u2019est cette attente qui brise mon espoir de les revoir plus vite.C\u2019est ça qui cause les larmes qui coulent longtemps et qui font très mal.Je trouve ça beau quand il pleut.J\u2019aime marcher dans les flaques d\u2019eau.Ça me rappelle quand j\u2019étais petit.J\u2019aime l\u2019effet de la pluie qui tombe sur mes mains et sur mes bras, c\u2019est comme si c\u2019était les pleurs de mes anges décédés.Quand il mouille je suis heureux à 100 %.La pluie connecte mieux avec les émotions d\u2019une personne triste.LYNN CHAMPAGNE CAMELOT ONTARIO / CUVILLIER SYLVAIN PÉPIN PARTICIPANT À LA CUISINE Spring will be different this year I love spring when I can go outside more often.It makes a difference when we dress lighter and feel more comfortable.My parents have lived in Canada for about 60 years and have always looked forward to this season.Even though they came here from a warmer country, they never went away to a more southern place during the colder months.Instead they worked hard to raise my brother and I and always helped us with chores and lent a helping hand to a neighbour.When the nice weather set in, my parents would go outside on the balcony and talk with other neighbours to pass the time.Usually in late May when there\u2019s no frost at night, they\u2019d buy flowers and vegetables to plant.I\u2019m not much of a gardener and get less involved with it.But they need me to help them bring the flowers, vegetables, earth, fertilizer and manure to get the garden ready.My parents always made a big garden with lots of tomatoes, some celery, dill, parsley and Swiss chard.But, sadly, my dad passed away March 29.He went suddenly.We didn\u2019t expect him to die so soon.We will miss him so much, my brother Peter, my mother and I.Things won\u2019t be the same.My dad was a hard worker.When he got to Canada, in 1960, he worked in mines in Manitoba and Alberta.He married my mom in 1963.He then worked in the States for two years when I was very young, in the 1970 s.Most of his life, he worked in greek restaurants in Montréal to make sure that the family would lack for nothing.He loved his garden and taking care of the house.The first garden, 40 years ago, I remember, he planted only corn.He also played the flute when he was a shepherd in the village Kallithea in the province of Laconia in Greece where he came from.He still played when he came to Montréal.He bought a clarinet and also made his own wooden flute.He\u2019d play at restaurants, at parties.He was pretty good.People appreciated him.I will miss him.Rest in peace Athanasios (Tom) Economou.BILL ECONOMOU VENDOR ATWATER MARKET Traduction Josée Panet-Raymond L\u2019Itinéraire est membre du International Network of Street Papers (Réseau international des journaux de rue).Le Réseau apporte son soutien à près de 100 journaux de rue dans 35 pays sur six continents.Plus de 250 000 sans-abri ont vu leur vie changer grâce à la vente de journaux de rue.Le contenu de ces pages nous a été relayé par nos collègues à travers le monde.Pour en savoir plus, visitez insp.ngo.CONGO Le courant passe avec cette religieuse Les coupures de courant sont une perturbation quotidienne au Congo.Sœur Alphonsine Ciza passe la majeure partie de sa journée à s\u2019occuper de la mi- crocentrale hydroélectrique qu\u2019elle a construite pour surmonter ces pannes trop fréquentes dans sa ville de Miti, dans l\u2019est du pays.Sans la centrale, les habitants n\u2019auraient de l\u2019électricité que deux ou trois jours par semaine, pendant quelques heures.« Nous, les sœurs ne pouvons pas fonctionner de cette façon parce que nous devons fournir beaucoup de services », a déclaré Ciza, 55 ans, un voltmètre portable en bandoulière, dans cette ville d'environ 300 000 habitants qui jouxte le Rwanda.Dans ce pays de 90 millions d\u2019habitants qui tire la majeure partie de son courant d\u2019un système hydroélectrique délabré et mal géré, seuls 20 % de la population ont accès à l\u2019électricité.Lassée de dépendre de l\u2019éclairage à la bougie et de coûteux générateurs fonctionnant au carburant, Ciza a amassé pendant trois ans 297 000 $ pour construire la centrale hydroélectrique, qui produit entre 0,05 et 0,1 mégawatt.Grâce à ses efforts, les élèves de l\u2019école secondaire Maendeleo de Miti peuvent désormais apprendre l\u2019informatique sur des écrans plutôt que dans des livres, entre autres bienfaits.(Djaffar Al Katanty Reuters / INSP) D J A F F A R S A B I T I | R E U T E R S CHINE Colère à Shanghai Les habitants de Shanghai utilisent des mots codés et des vidéos pour protester contre le confinement décrété le 1er avril.Les habitants de la plus grande ville de Chine ont utilisé les médias sociaux pour exprimer leur colère et leur frustration, même si certains messages ont été retirés.Jeune professionnel de la technologie à Shanghai, Daniel n\u2019était pas préparé à être confiné à domicile, et à être forcé de compter sur les maigres rations du gouvernement ainsi que sur un groupe de discussion via une application mobile pour s\u2019approvisionner en produits essentiels.Le groupe WeChat, qui réunit environ 200 résidents de son immeuble, lui permet de faire des achats groupés de viande, de légumes et de riz, et lui donne un aperçu de la frustration croissante que suscite la gestion de la pandémie par la ville, avec des expressions de dissidence de plus en plus nombreuses en ligne.« Les gens sont en colère et reprochent aux autorités de limiter leur liberté d\u2019expression.C\u2019est nouveau en Chine », a déclaré Daniel, 31 ans, qui a requis l\u2019anonymat.« Les gens utilisent toutes sortes de mots codés pour faire référence au gouvernement et aux dirigeants politiques, ou à quelque chose qui a été censuré, notamment les vidéos bloquées », ajoute- t-il.Si de nombreux messages critiques ont été rapidement supprimés, d'autres ont survécu, notamment une feuille de calcul créée par la communauté, qui recense les décès dus aux mesures de prévention strictes de la Covid, qui ont empêché les gens d'obtenir des soins médicaux pour d\u2019autres maladies.La feuille de calcul a été supprimée des médias sociaux chinois, mais elle serait toujours accessible via des réseaux privés virtuels (VPN) qui rendent anonyme l\u2019adresse de protocole internet d\u2019un utilisateur et permettent de contourner les pare-feu.(Rina Chandran-Reuters / INSP) A L Y S O N G | R E U T E R S 9 itineraire.ca 15 mai 2022 Si l'on utilise le terme LGBT+ couramment, la diversité de genre et sexuelle inclut plusieurs autres catégories.Évolutif, l\u2019acronyme s\u2019est allongé dans les dernières années, au diapason des recherches dans le domaine.2SL - Bispirituel (2 Spirit) L - Lesbienne G - Gai B - Bisexuel T - Trans Q - Queer et en questionnement I - Intersexe A - Asexuel A - Androgyne 2SLGBTQIA+ A D R I A N S W A N C A R | U N S P L A S H Le 17 mai marque la Journée internationale contre l\u2019homophobie, la transpho- bie et la biphobie.En cette date il y a 30 ans, l\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS) retirait l\u2019homosexualité de sa liste des maladies mentales.Beaucoup de chemin parcouru depuis, certes, mais plusieurs personnes lesbiennes, gais, bis et trans (LGBT+) peinent encore à trouver leur place et à assumer pleinement leur identité, encore aujourd\u2019hui, et cela même dans une société qui se dit non seulement tolérante, mais inclusive.De la tolérance à l\u2019inclusion « Adolescent, je me cachais dans la bibliothèque et j\u2019évitais certaines zones de l\u2019école.Ça m\u2019a peut-être sauvé parce que je me suis protégé à ma manière », dit d\u2019entrée de jeu Patrick Desmarais, président de la Fondation Émergence, qui mène depuis plusieurs années une campagne de sensibilisation sur l\u2019intimidation et les violences faites aux gens de la communauté LGBT+.Les cas d\u2019intimidation liés à l\u2019homophobie et la transphobie sont encore bien présents un peu partout dans notre société, selon lui.« Par exemple, quand l\u2019ancien président américain [Trump] envoie des messages qui laissent entendre que c\u2019est correct d\u2019être intolérant, ça amène des têtes folles à poser des gestes et à utiliser des mots de manière décomplexée, laisse entendre M.Desmarais.On recule c\u2019est fou ! C\u2019est inadmissible après toutes ces années de luttes et de revendications.On est à l\u2019étape de la lutte pour l\u2019 inclusion, mais malheureusement on se bat encore pour la simple tolérance.Tenir ces discours peut avoir ce genre de conséquences horribles pour notre communauté.» Rappelons qu\u2019en 2016, quelques mois avant l\u2019élection du président américain, une tuerie dans un bar fréquenté par la communauté gaie à Orlando, en Floride, avait fait 50 morts et 53 blessés.Une journée pour donner l\u2019heure juste Un décalage persiste entre les gains des dernières décennies, dont la légalisation du mariage entre personnes du même sexe (2005), la protection de l\u2019expression de l\u2019identité de genre (2017) et l\u2019intolérance à l\u2019endroit des personnes LGBT+.La hausse des crimes haineux, rapportée par Statistique Canada en 2019, reste un enjeu préoccupant.Cependant, le président de la Fondation Émergence se dit inquiet, tout en apportant une nuance : « Il y a plus de crimes haineux, dit M.Desmarais, mais il faut considérer que les victimes portent plainte, ce qui n\u2019était pas le cas avant parce qu\u2019on se cachait par peur du jugement ».Est-ce un aspect positif ?« Ça dépend comment on le voit ».Ailleurs dans le monde Lors du lancement de sa campagne, au titre éloquent : Chaque seconde l\u2019 intolérance écourte des vies, la Fondation chiffrait qu\u2019un Canadien sur deux est en accord avec le fait que l\u2019ONU reconnaisse la journée du 17 mai comme Journée internationale contre l\u2019homophobie, la transphobie et la biphobie.Cette journée est actuellement reconnue par une soixantaine de pays dans le monde.À ce jour, l\u2019homosexualité est interdite dans 69 de 193 pays.Parmi ceux-ci, l\u2019Algérie, le Maroc, l\u2019Indonésie, la Jamaïque.La Russie a adopté en 2013 la Loi d\u2019 interdiction de la propagande homosexuelle auprès des mineurs.Au pays de Vladimir Poutine, il est défendu d\u2019afficher le drapeau gai arc-en-ciel sur son balcon ou que des partenaires du même sexe se promènent main dans la main en public, par exemple.Il s\u2019agit d\u2019une loi qui favorise les persécutions et qui met chaque jour la vie de milliers de personnes en danger.D\u2019où le titre de la campagne, rappelle Patrick Desmarais.Simon Bolduc Plus de jeunes LGBT+ dans la rue Le Dr Alex Abramovich, scientifique indépendant au Centre for Addiction and Mental Health de Toronto (Centre de toxicomanie et de santé mentale), révélait dans son enquête Impact de la COVID-19 parmi les jeunes LGBTQ2S, publiée en 2021, des chiffres troublants.Notamment que 40 % des jeunes sans- abri s\u2019identifient comme LGBT+.La moitié d\u2019entre eux ont fait une tentative de suicide depuis le début de la pandémie et 82 % se sont automutilés.« L\u2019intolérance qui existe encore, malheureusement, dans certaines familles et certains lieux, a un lien direct sur l\u2019 itiné- rance des personnes LGBT+.On la met à la porte et on va même jusqu\u2019à cacher d\u2019avoir un enfant LGBT+ dans la famille proche ou élargie », déplore Patrick Desmarais.Être âgé de 15 à 24 ans lorsque l\u2019on fait partie de la communauté LGBT+ double le risque de se retrouver à la rue.Un jeune sur trois vivra un certain type d\u2019itinérance ou de précarité de logement au cours de sa vie, selon Statistique Canada en 2021.Thérapies de conversion Il y a à peine cinq mois, le projet de loi C-4 interdisant les thérapies de conversion au Canada a reçu la sanction royale.Si elles sont maintenant interdites d\u2019un océan à l\u2019autre, cela n\u2019empêchera pas certains parents de forcer leur enfant à subir ce type de thérapie pour les « guérir de l\u2019homosexualité », croit Patrick Desmarais.D\u2019ailleurs, environ 55 000 Canadiens ont subi une telle thérapie, selon la revue scientifique PLOS ONE, publiée en 2021.« Il existe plusieurs thérapies de conversion, beaucoup sont des espèces de camp où l\u2019on prive les gens de dormir, on les force à travailler durement et à prendre des douches froides », explique M.Desmarais.Il précise par ailleurs que dans certains pays, il existe encore des pratiques médicales sur le cerveau, dont les électrochocs qui ont pour but de provoquer une réaction négative à tout ce qui est LGBT+.« C\u2019est du conditionnement.La personne va toujours avoir la pulsion, mais elle va avoir un dégoût encore plus fort de qui elle est.» Aux thérapies de conversion qui risquent de se faire clandestinement, ajoutons qu\u2019il existe encore des crimes d\u2019honneur dans certains pays, rappelle le président de la Fondation Émergence.Patrick Desmarais Président de la Fondation Émergence 11 itineraire.ca 10 itineraire.ca 15 mai 2022 15 mai 2022 13 itineraire.ca 15 mai 2022 Je me demandais pourquoi tout le monde était fou de cette substance.Avec mon petit côté innocent, je me suis dit que ce ne devait pas être si dangereux.J\u2019en fais donc juste une ligne pour savoir quels sont les effets tant recherchés.Dès les premiers instants, j\u2019ai senti un regain d\u2019énergie m\u2019envahir.Dans les heures qui ont suivi, j'ai passé le sac au complet.Il était évident que cette drogue-là n\u2019était pas pour moi.Mais non, le lendemain matin j'ai contacté de nouveau le fournisseur et je lui en ai demandé le double.C'était le début de ma descente aux enfers.Accro En très peu de temps, ma consommation double et je commence à devoir de l\u2019argent à mon fournisseur.Plus les mois passent, plus ma dette augmente.Un soir, il vient me remettre la dope pour la semaine en me mettant en garde que si je ne baisse pas ma dette, il sera obligé de donner mon nom à ses hommes de main.Je n\u2019ai pas pris la menace au sérieux.Dans la nuit je me fais réveiller par deux hommes qui me frappent à tour de rôle en me demandant où est l\u2019argent.Je me dis que ma vie vaut plus que cela.La fête est finie pour moi et je décide de prendre un rendez-vous pour une cure de désintoxication.Quelques semaines plus tard, je me trouve un emploi dans une manufacture électronique.Je n\u2019avais pas un gros salaire, mais au moins plus de souci pour payer mes dettes.Je reprends graduellement confiance en moi.Après quatre ans de travail à cet endroit j\u2019avais réussi à meubler en neuf mon logement et à m\u2019acheter une voiture de l\u2019année.Puis, mon patron me demande si je veux travailler de soir et de nuit.Après en avoir discuté avec ma conjointe, j\u2019accepte son offre.Un an passe et le travail de nuit a commencé à faire souffrir mon couple.Ma conjointe était de plus en plus distante avec moi.Un soir, je reviens chez moi plus tôt que prévu et je retrouve l\u2019appartement vide.Je me couche et je l\u2019entends arriver au petit matin.En la regardant, j\u2019ai tout de suite compris qu\u2019elle me trompait.On s\u2019est donc séparé.Désintox, prise 2 En me retrouvant seul, je ne contrôle plus rien.Je passe ma frustration dans la consommation et en quelque temps je perds mon emploi.Je me trouve alors un partenaire de trip.En un rien de temps, je me retrouve dans un réseau de trafiquants en train de fumer du crack.Je tombe accro et je dépense plus de 150 $ par jour pour satisfaire mes besoins.Pour gagner de l\u2019argent, je commence à faire du vol à l\u2019étalage.Évidemment, je finis par me faire prendre.En route pour le poste de police, je leur demande de monter un dossier pour que je retourne au centre de désintoxication Le Portage.La cour accepte la demande.Le soir même, j\u2019arrive au Lac Écho dans les Laurentides et je commence une deuxième thérapie.Trois mois passent et un matin je fais une menace verbale à un autre résident de la place.Je dois quitter le centre.Je retourne immédiatement dans mon environnement d\u2019avant et replonge de plus belle dans la drogue et sa vente pour finalement me faire encore intercepter par les policiers.On me dit que je suis en liberté illégale, car je devais me présenter au tribunal à ma sortie du centre Le Portage.Le juge m\u2019inflige une peine de deux mois de prison.À ma sortie, je vais habiter chez un ami qui vit avec sa femme et ses beaux-parents.Je croyais bien reprendre une vie un peu plus tranquille avec lui.Mais non.Le jour, nous dormons et allons faire des vols à l\u2019étalage pour payer notre drogue de la soirée.Après quelques mois, je commence vraiment à en avoir assez de vivre de cette façon.Je décide de me chercher un emploi.LA DESCENTE AUX ENFERS VIE DE VOLET 4 Responsable de la distribution Dans la chronique précédente du 15 avril.À ma sortie de prison pour une affaire de chèques frauduleux, je commence à vendre du cannabis pour me faire un peu d\u2019argent.Puis un de mes clients me demande de la cocaïne.Un jour, je vois dans le journal local qu\u2019une entreprise de plastique recherche activement des employés.Durant l\u2019entrevue, le contremaître me regarde et me dit que je ne pourrai pas faire plus d\u2019un mois étant donné mon âge.Il m\u2019explique que les quarts de travail sont de 12 heures et que je dois travailler un week-end sur deux avec rotation jour et nuit toutes les deux semaines.Je lui explique que ce ne sera pas un problème pour moi.Papy À mon retour à la maison, je dis à mon chum que c\u2019est fini les soirées de débauche et que je commence à travailler le lendemain matin.À mon premier jour de travail, je comprends ce que le contremaître voulait dire.La majorité des employés avait entre 18 et 25 ans.Moi, j\u2019en ai 35, et me suis fait surnommer « Papy ».Avec mon nouvel emploi, j\u2019en profite pour donner des nouvelles à ma mère à qui je n\u2019avais pas parlé depuis plusieurs années.Je récupère un peu du temps perdu avec elle et son mari, et de ce fait avec mon frère le plus vieux qui demeure avec eux.Après quelques mois au travail, je constate que plusieurs jeunes fument du cannabis.Je me suis dit que je pourrais leur en vendre pour faire un petit revenu supplémentaire en plus de mon salaire.En quelque mois, je me faisais autant que mon salaire avec ce petit hobby.Mais plus tu fais d\u2019argent et plus les chances de rechute sont présentes.Et au rythme où je travaillais, je devais trouver une manière de rester alerte et faire mon job.Après plus de deux ans de sobriété me voilà encore avec ce démon-là.Au début, je ne me contentais que de quelques lignes, mais très vite il en a fallu beaucoup plus au point où je ne dormais que trois heures par nuit.Bye, Saint-Eustache Après quelques années à ne pratiquement pas dormir, ma santé physique et mentale en a pris un coup, et je décide de retourner en désintoxication pour un sevrage de deux semaines.Mon employeur accepte de me libérer.Je me rends à l\u2019hôpital Saint-Luc et je suis une thérapie.À ma sortie de cette cure, je retourne au travail, mais l\u2019atmosphère n\u2019est plus la même entre moi et les autres employés.Après plus de cinq ans à cette compagnie, j\u2019ai dû remettre ma démission.J\u2019ai eu droit à l\u2019assurance chômage ; ce qui m\u2019a permis de prendre quelques semaines pour me remettre en forme.Je retourne sur le marché du travail.Cette fois, c\u2019est dans une autre usine de plastique qui fabrique des moulures pour les portes et fenêtres.Toujours avec le même genre d\u2019horaire, j\u2019y travaille plus de cinq ans, atteignant le plafond salarial de la compagnie et devenant même chef d\u2019équipe.Le travail et les horaires sont durs et je retombe de plus belle dans mes anciennes habitudes.Finalement, je décide de quitter mon travail pour ouvrir un crack house.Après quelques évènements malheureux, le propriétaire me jette à la rue et je me retrouve chez des amis et dans d\u2019autres maisons où la consommation est tolérée.Jusqu\u2019à ce que la police décide de nettoyer le secteur.Pour moi, il était temps de quitter Saint-Eustache.Je pars alors pour Montréal, là où ma vie va encore changer du tout au tout.À suivre : Volet 5 dans l\u2019édition du 15 juin.F R A N C E S C O U N G A R O | U N S P L A S H Comme beaucoup d\u2019autres nouveaux arrivants, Wali avait peu d\u2019économies et n\u2019a trouvé aucun soutien de la part des agences gouvernementales depuis son arrivée avec sa famille en septembre.Avant la prise du pouvoir par les talibans en août dernier, il gagnait environ 16 000 afghanis (184 $US) par mois en tant que soldat stagiaire.Aujourd\u2019hui, il a du mal à nourrir sa famille, bien qu\u2019il ait trouvé un emploi dans une vitrerie avec l\u2019aide d\u2019un parent.« La vie est dure ici.En Afghanistan, j\u2019avais ma propre maison, ma terre et un emploi.Ici, je n\u2019ai rien », dit-il en montrant les coupures ensanglantées sur ses mains non gantées alors qu\u2019il coupe un morceau de verre.Un fardeau économique ?Le Pakistan abrite plus de 3 millions de réfugiés afghans, selon les estimations officielles, bien que le HCR affirme que près de la moitié d\u2019entre eux sont des Afghans de deuxième ou troisième génération nés au Pakistan, mais toujours considérés comme des réfugiés.L\u2019année dernière, le gouvernement s\u2019est associé au HCR pour vérifier et mettre à jour le dossier de 1,4 million d\u2019Afghans qui avaient enregistré leur présence au Pakistan en 2006-2007 et leur a accordé le statut de réfugié.Un autre groupe de 880 000 personnes qui s\u2019étaient enregistrées en 2017 ont également reçu une autorisation de séjour, mais sans le statut de réfugié.Les deux groupes ont reçu des cartes d\u2019identité qui leur permettent d\u2019accéder plus facilement à des services tels que les soins de santé et les services bancaires, a indiqué le HCR.Pourtant, environ un demi-million d\u2019Afghans sont sans papiers, sans compter les 100 000 personnes recensées qui sont arrivées au Pakistan depuis le début de l\u2019année 2021, a déclaré Qaiser Khan Afridi, porte-parole du HCR.« Le nombre réel pourrait être beaucoup plus élevé car de nombreuses personnes ont traversé la frontière poreuse entre les deux pays sans se faire enregistrer », a ajouté M.Afridi.Le Pakistan n\u2019a pas accordé de visa de réfugié à la dernière vague d\u2019Afghans, mais plutôt des visas de transit à court terme, selon plusieurs nouveaux réfugiés se rendant dans un pays tiers.Après avoir offert pendant des décennies un refuge aux Afghans déplacés par le conflit, les Pakistanais ordinaires les considèrent de plus en plus comme un poids sur les ressources publiques limitées, dans un contexte de malaise économique qui a vu la roupie atteindre son plus bas niveau historique par rapport au dollar.L\u2019ancien premier ministre Imran Khan a déclaré en juillet dernier que le pays n\u2019avait « ni la capacité ni la force économique de supporter un autre afflux de réfugiés », et le gouvernement a promis à plusieurs reprises de ne pas laisser d\u2019autres Afghans franchir la frontière.Dans les rues de Peshawar, certains ont dit qu\u2019elles voyaient les nouveaux arrivants comme une concurrence indésirable pour les emplois.« Ce sont les pauvres comme nous qui seront touchés par ces muhajirs », a déclaré un conducteur de tuk-tuk pakistanais en faisant un geste vers une file de ces véhicules, dont « les conducteurs, a-t-il dit, étaient tous Afghans ».Mais les migrants ont tendance à accepter des emplois que les Pakistanais « dédaignent », selon Ashfaq Yusufzai, un journaliste du journal pakistanais Dawn qui fait des reportages sur les réfugiés afghans depuis plus de 20 ans.Or M.Afridi, le porte-parole du HCR estime qu\u2019il était erroné de considérer les Afghans comme un fardeau économique, affirmant qu\u2019ils contribuaient à l\u2019économie locale.Les Pakistanais ont également bénéficié, a-t-il dit, de plus de 4 000 projets du HCR dans des domaines tels que la santé et l\u2019éducation, visant à « atténuer l\u2019 impact de la présence prolongée de réfugiés et à promouvoir la cohésion sociale ».Réseau de migrants Parmi les réfugiés arrivés au Pakistan depuis la prise du pouvoir par les talibans, nombreux sont ceux qui se sont tournés vers un réseau établi de longue date de migrants afghans, ainsi que vers des amis et des parents, pour trouver du travail et un endroit où vivre.Le beau-père de Wali, qui a fui au Pakistan dans les années 1980 pendant l\u2019occupation soviétique qui a duré près de 10 ans, l\u2019a aidé à trouver son emploi.Mais il a déclaré que son salaire mensuel de 9 000 roupies pakistanaises (49 dollars) suffisait à peine à s\u2019en sortir et ne lui laissait rien à envoyer à sa mère et à ses frères et sœurs restés au pays.Se retrouvant fauchés et avec peu de perspectives d\u2019emploi décentes, certains Afghans ont pris la décision de rentrer chez eux, malgré leurs craintes.Mohammad Raheem, un reporter de la ville de Mazar-i- Sharif, dans le nord de l\u2019Afghanistan, est entré au Pakistan avec un visa valide en décembre, après que des militants talibans l\u2019ont attaqué sur son lieu de travail.« Les talibans pensent que les reporters sont leurs ennemis », a-t-il lancé.Mais n\u2019ayant pas réussi à trouver du travail à Peshawar et son visa ayant expiré, Raheem, 45 ans, a déclaré qu\u2019il prévoyait retourner auprès de sa femme et de ses trois enfants.D\u2019autres sont déterminés à s\u2019installer au Pakistan, saisissant l\u2019occasion de compenser une partie de leurs revenus perdus en Afghanistan et d\u2019envoyer de l\u2019argent à leurs proches restés au pays.LES RÉFUGIÉS AFGHANS ACCUEILLIS FROIDEMENT Par Zofeen T.Ebrahim (Reuters / Thomson Reuters Foundation / INSP) Gracieuseté de l\u2019INSP Adapté en français par Josée Panet-Raymond Lorsque Khair Wali a appris que les talibans avaient commencé à tuer d\u2019anciens soldats afghans, il a craint d\u2019être le prochain à y passer.Il a donc pris la décision de se rendre au Pakistan voisin avec sa femme enceinte et leurs deux enfants.Pour de nombreux Afghans comme Wali, 23 ans, le Pakistan représentait leur seul espoir réel de trouver un refuge.Mais les milliers de personnes arrivées en bus, en taxi, à pied ou même à dos d\u2019âne depuis que les talibans ont pris le pouvoir l\u2019année dernière font face à des difficultés et de l\u2019hostilité dans un pays qui se montre de moins en moins accueillant envers les réfugiés afghans.« La police est très irrespectueuse et nous appelle muhajir (migrant) et la façon dont ils crachent des blasphèmes, ça fait vraiment mal », a laissé entendre Wali, de Peshawar, la grande ville la plus proche de la frontière afghane.De son côté, Abdur Rehman Khan, directeur adjoint de la police de la ville, a affirmé que les agents suivaient les ordres stricts du gouvernement de ne pas harceler les Afghans, ajoutant qu\u2019ils effectuent régulièrement des fouilles et expulsent ceux qui n\u2019ont pas de visa valide.Lorsqu\u2019il est contrôlé par la police, Wali montre un visa expiré d\u2019une précédente visite au Pakistan et un numéro griffonné sur un bout de papier qu\u2019il a obtenu d\u2019un organisme qui aide le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) à enregistrer les Afghans qui entrent dans le pays depuis le retour des talibans.PAKISTAN P H O T O S S A E E D A L I A C H A K Z A I | R E U T E R S Qu'il s'agisse d'anciens soldats ou de journalistes, des milliers d'Afghans ont fui vers le Pakistan depuis que les talibans ont pris le pouvoir, mais beaucoup d'entre eux sont en difficulté dans un pays qui s'est lassé d'accueillir ces réfugiés.Des personnes attendent l'ouverture de la frontière après des affrontements entre les forces de sécurité afghanes et pakistanaises, dans la ville frontalière pakistano-afghane de Chaman, au Pakistan, le 25 février 2022.15 itineraire.ca 14 itineraire.ca 15 mai 2022 15 mai 2022 Mon père et la construction J\u2019aimerais vous parler de mon père et de l\u2019admiration que j\u2019ai pour lui.J\u2019ai de beaux souvenirs qui me reviennent quand je pense à lui.Quand j\u2019étais jeune, il me rapportait des clous croches à la maison et, au moyen d\u2019un marteau, je les redressais pour qu\u2019ils puissent servir à nouveau.J\u2019avais cinq ans.J\u2019aimais ça.On faisait de la récupération.Mon père a été charpentier-menui- sier et ébéniste-expert.Il a travaillé presque toute sa vie dans la fabrication de formes en ciment.Il a aussi été menuisier d\u2019entretien à la Place Dupuis, à la Place Bonaventure, à l\u2019Hôtel Bonaventure et au Sheraton.Il a aussi travaillé pour un propriétaire qui achetait des bâtiments délabrés dans le Vieux-Montréal et les transformait en condos ou en bureaux.Il lui est arrivé de défaire un mur en acajou dans un vieil immeuble pour le remonter dans un bureau d\u2019avocats.Pour le compte d\u2019un ingénieur, il a déjà démoli un mur complet en briques d\u2019une maison pour y faire entrer un lit en forme de cœur.J\u2019ai commencé jeune à aider mon grand-père dans la construction de maisons et plus tard, j\u2019ai construit deux maisons avec mon père.C\u2019est un travail que j\u2019aimais beaucoup, mais mon père a préféré que j\u2019aille aux études.Je ne lui reproche rien.Lui n\u2019avait qu\u2019une troisième année.Il était très fort en calcul et en équerrage de charpente.Sa grande expérience faisait qu\u2019il était le plus rapide et le plus en demande dans son domaine.Candidature spontanée Ce matin, un écureuil m\u2019a convaincue de répondre à votre annonce.Néanmoins, il trouve que le salaire n\u2019est pas assez élevé.Il me suggère de négocier.Il est prêt à accepter une partie de la rémunération en biscuits et en peanuts, qu\u2019on partagera ensemble.Ça lui donne des maux de foie et d\u2019estomac, mais pourtant il en raffole.Il est impossible de le raisonner à ce sujet.Sans emploi, je viens de me rendre compte que je n\u2019ai plus d\u2019argent.Évidemment je préférerais ne pas rester là à me tourner les pouces de temps en temps, parce que rien faire, je suis pas capable ! C\u2019est pourquoi je réponds à votre annonce.Je sors d\u2019une expérience au fond d\u2019une grotte sans lumière, faisant suite à une expédition de spéléologie amateur ayant mal tourné.Pendant ce temps presque personne n\u2019a daigné me venir en aide, surtout pas ceux qui font semblant de lancer une ligne à pêche pour essayer de m\u2019aider.Personne ne s\u2019est soucié que je tombe dans ce trou.Dernièrement j\u2019ai crevé de faim, j\u2019aurais pu mourir, ça n\u2019aurait fait aucune différence.C\u2019est pourquoi ma recherche d\u2019emploi devient urgente ! Mes expériences en tant que descendante d\u2019un singe psychotique avec un bonnet font que je suis de nature affable avec des qualités de mérou sans tête qui envoie une fusée au plus haut point.Et je suis tout à fait capable d\u2019élaborer une stratégie de communication.Je parle aux perroquets, aux plantes, à la télévision : pendant un film je leur dis quoi faire comme si j\u2019étais dans le film.Je reste à votre disposition pour tout renseignement ou entretien, même si je ne suis pas souvent disponible.Voilà ! Donnez-moi des nouvelles, ça me fera plaisir.L\u2019écureuil (conseiller en emploi) et Manon qui vous envoient des peanuts.MANON FORTIER CAMELOT JEAN COUTU SHERBROOKE / LEPAILLEUR ET MÉTRO ANGRIGNON BENOÎT CHARTIER CAMELOT CARRÉ FRONTENAC \u2013 MÉTRO FRONTENAC MAXIME VALCOURT CAMELOT THÉÂTRES DU NOUVEAU MONDE ET DU RIDEAU-VERT Santé mentale et itinérance Je remarque que beaucoup de gens en situation d\u2019itinérance ont un problème de santé mentale.Il y en a plus qu\u2019avant.Peut-être parce que ces personnes sont délaissées par les services sociaux.Peut- être que ce sont des gens seuls, qui n\u2019ont pas de famille.En tombant dans la rue, certains peuvent consommer de l\u2019alcool ou d\u2019autres choses.Ils n\u2019ont plus de suivi avec le système de la santé et certains ne prennent plus leurs médicaments, d\u2019autres les vendent.Ce sont souvent des personnes orphelines, qui ont été mal aimées, parfois maltraitées, ça joue sur leur santé mentale.Vivre dans la rue à Montréal, c\u2019est comme une montagne qu\u2019on a descendue et qu\u2019on n\u2019arrive plus à remonter.Il y a beaucoup de souffrance.Du côté des solutions, aujourd\u2019hui il y a des policiers formés (ça s\u2019appelle le programme EMRII) pour intervenir auprès des personnes en crise, mais elles sont souvent envoyées à l\u2019hôpital et elles ressortent trop vite.Dans le temps, vers 1990, quand je revenais de mon point de vente, je passais devant le Carré Viger, je me souviens qu\u2019il y avait des gens qui couchaient là et des personnes qui allaient les soigner.Il y a aussi les travailleurs de rue qui essayent de leur venir en aide et peuvent les orienter vers les ressources communautaires et les services en santé.Dans les centres d\u2019aide ou d\u2019hébergement comme Old Brewery Mission, l\u2019Accueil Bonneau, le Toit Rouge, la Mission Bon Accueil, les personnes qui ont un problème de santé mentale peuvent être reçues et écoutées.Il pourrait aussi y avoir plus d\u2019endroits adaptés où ils peuvent travailler, se réinsérer dans la société.Malgré les efforts qui sont déjà là, ça serait le fun d\u2019avoir une ville où ces personnes seraient mieux prises en charge.Norman Rickert entouré de, à gauche, Carla Braga, graphiste de L'Itinéraire et Josée Cardinal, préposée à la distribution du magazine.Samedi, le 23 avril dernier avait lieu le lancement du livre Portraits et histoires extra de gens ordinaires de Norman Rickert.L\u2019événement, fort couru, s\u2019est déroulé chez Ernest, rue St-Hubert où l\u2019on a pu admirer les œuvres du poète, peintre, dessinateur et rédacteur de ce camelot de longue date de L'Itinéraire.« Son livre est une merveille avec ses diverses peintures, ses textes racontant le vécu de personnes qu\u2019 il a rencontrées, sa façon d\u2019annoncer à la fin de chacun, la ou le prochain invité sur la page suivante.Superbe transition ! », signale Agathe Melançon, une collègue camelot, qui a assisté au lancement.Étaient également présentes des participantes de L\u2019Itinéraire, Jo Redwitch et Josée Cardinal, qui, toutes deux, figurent dans ce livre d\u2019art original.Outre ces deux camelots et plusieurs autres, quelques personnalités se trouvent dessinées et racontées dans les pages de son bouquin, parmi lesquelles le comédien Sébastien Ricard, la romancière Monique Proulx et la poète et enseignante Claudine Bertrand.On y retrouve aussi des artistes, enseignants, poètes, propriétaire de boutique, conseillère municipale, entre autres gens dits ordinaires, qu\u2019il fait bon de découvrir.En plus des portraits, on trouve une section contenant des poèmes de Norman Rickert.Un labeur d\u2019amour « Nous découvrons l\u2019 impact de la pandémie dans les témoignages des personnes que nous apprenons à connaître lors de la lecture du livre de Norman.La publication de son livre a d\u2019ailleurs été retardée pour cette raison.Il devait sortir en 2020 et finalement ce fut en 2022, par une belle journée de printemps », précise Agathe, qui n\u2019a que d\u2019éloges pour son collègue.Quant au principal intéressé, il explique à quel point ce labeur d\u2019amour lui a plu, malgré les contraintes de la pandémie.« Ça faisait trois ans que je travaillais sur ce livre, qui conjugue mes talents d\u2019 illustration et d\u2019écriture, dit Norman Rickert.J\u2019ai beaucoup aimé faire les entrevues avec les gens et les portraits artistiques.Mais j\u2019avoue que c\u2019est le processus d\u2019écriture qui est le plus exigent.Au final, je suis très fier du résultat, et les gens m\u2019ont dit qu\u2019 ils le trouvent bien fait.» L\u2019auteur tenait aussi à dire toute sa reconnaissance à Guillaume Lemée, enseignant du CREP (Centre de ressources éducatives et pédagogiques) qui a non seulement encouragé le camelot dans sa démarche, mais a assuré la mise en page complète du livre, tout à fait bénévolement.« On a travaillé fort ensemble ! Ce livre, c\u2019est un peu son bébé à lui aussi », souligne Norman.L\u2019artiste-auteur avoue avoir voulu laisser sa marque en créant cette œuvre.« J\u2019ai voulu publier quelque chose en dehors de sentiers battus ».Pari réussi ! Norman Rickert, un camelot aux talents multiples Pour s\u2019informer sur Portraits et histoires extra de gens ordinaires visitez la page Facebook de Norman Rickert ou envoyez-lui un mot à : normartmusic@yahoo.ca 17 16 itineraire.ca 15 mai 2022 itineraire.ca 15 mai 2022 Lancement livre En collaboration avec Agathe Melançon Camelot métro Lionel-Groulx Par Josée Panet-Raymond Rédactrice en chef Des gestes de générosité qui marquent la vie des camelots, L\u2019Itinéraire en a quelques-uns en mémoire.Des dons d\u2019ordinateurs pour passer le confinement, le paiement de factures de dentisterie, une enveloppe pour des soins vétérinaires\u2026 Tous plus extraordinaires les uns que les autres, celui qui suit l\u2019est tout autant.Il y a neuf mois, l\u2019équipe de la rédaction de L\u2019Itinéraire s\u2019attelait à rendre vivant un projet proposé par notre photographe et ami David Himbert.Une séance photo qui rendrait les rêves les plus fous de quelques camelots possibles : Président de la république du Québec, gentilhomme du 19e siècle, ingénieur des ponts et chaussées.L\u2019orchestration était parfaite et tous étaient au rendez-vous.Sauf Suzanne\u2026 La déception de ne pas avoir pu proposer sa participation à ce projet était palpable.Le ton de sa voix et son regard expressif en témoignent encore aujourd\u2019hui.C\u2019est donc à travers quelques lignes de la rubrique « Dans la tête des camelots » de cette même édition qu\u2019elle avait partagé son rêve de jeunesse : devenir mannequin.Et l\u2019information n\u2019est pas passée inaperçue.tout au moins pour Vicky Michaud, l\u2019une de ses clientes.19 itineraire.ca 18 itineraire.ca 15 mai 2022 15 mai 2022 Tiré de Dans la tête des camelots, édition du 15 août 2021.Belle et fière ! C\u2019était l\u2019heure : « On a mangé et la séance a commencé ».Si les conditions en auraient intimidé plus d\u2019un, Suzanne, elle, se sent très à l\u2019aise devant un appareil photo et répond naturellement à la direction artistique.« La photographe Alexandra me proposait des poses à prendre, des manières de me tenir.Elle est vraiment facile d\u2019accès et a eu une superbe approche avec moi.Je me sentais bien », rapporte la camelot.Finalement, la journée s\u2019achèvera vers 19 h 30.« À la fin, je me sentais comme une super woman.J\u2019étais belle, j\u2019étais fière, j\u2019étais aux anges.» Suzanne ne lésine pas non plus sur les compliments qu\u2019elle formule à l\u2019égard de l\u2019équipe qui a rendu le tout possible.Elle se sent d\u2019ailleurs « choyée et chanceuse d\u2019avoir pu vivre ça ».Une expérience qu\u2019elle est prête à réitérer, sans hésitation, même si elle sait qu\u2019elle ne sera qu\u2019éphémère.Car dans sa tête, le mannequinat reste un rêve : « J\u2019aurai aimé ça être mannequin, et la séance l\u2019a confirmé.J\u2019ai essayé, plus jeune, de me former à ce métier, mais je n\u2019ai peut-être pas rencontré les bonnes personnes.Aujourd\u2019hui j\u2019ai 40 ans et c\u2019est bien correct.» La transformation Ce mardi 19 avril, la camelot aux cheveux bouclés se dirige vers un salon de coiffure, celui de Sabrina, à l\u2019île-Bizard.« J\u2019étais tellement enjouée », se souvient-elle.Je me suis fait masser le cuir chevelu, couper, teindre et lisser mes cheveux.» Une séance de près de trois heures qui « lui a fait du bien », pour opérer le début d\u2019une incroyable transformation.« Je me suis trouvée belle, je ne me reconnaissais pas ».Pourtant, c\u2019était bien elle, Suzanne, dans le reflet du miroir.Retour dans la voiture de Vicky, direction cette fois-ci le « magnifique » studio photo.Le projet se concrétise.Suzanne goûte à son rêve.Elle rencontre alors Alexandra, chargée du shooting photo et Thomas, maquilleur expérimenté.« J\u2019ai tellement aimé mon maquillage, la couleur bronze me va bien ».Les jours précédents la séance, la cliente de Suzanne avait noté sa taille de vêtement pour préparer sa garde-robe : « Manteau orange flash, longue veste de laine, leggings, tuque et chandail noir », énumère Suzanne.Tout le nécessaire, qui lui a par ailleurs été donné .« Elle est venue me voir devant la SAQ, à mon point de vente, pour me parler de ce projet fou.Elle souhaitait faire une bonne action et avait les contacts pour ça », explique Suzanne, encore sur un petit nuage.C\u2019est à la lecture d\u2019un témoignage sur son rêve de jeunesse, publié dans les pages de L\u2019Itinéraire du 15 août dernier que Vicky Michaud a décidé de sublimer la vie de Suzanne.C\u2019était un mardi.Le 19 avril précisément.Suzanne montait dans la voiture de Vicky Michaud, l\u2019une de ses nouvelles clientes régulières, pour une journée de rêve qui allait la projeter dans la peau d\u2019un mannequin.21 itineraire.ca 20 itineraire.ca 15 mai 2022 15 mai 2022 Toute une organisation ! Vicky Yockell-Michaud (à gauche dans la photo ci-haut) ne se doutait pas que les mots de Suzanne dans l\u2019édition du mois d\u2019août 2021 allaient l\u2019atteindre à ce point quand elle a ouvert le magazine.La cliente, agente clinique au sein d\u2019un Centre Jeunesse de Montréal, a passé quelques coups de fil spontanés et l\u2019idée de réaliser le rêve de Suzanne est devenu réalité.« Une belle grosse bulle au cerveau, rigole-t-elle.J\u2019ai rencontré Suzanne parce qu\u2019elle est camelot à la SAQ à côté de chez moi.C\u2019est là que je lui ai acheté L\u2019Itinéraire.Elle m\u2019avait dit que dans ce numéro, elle parlait de son rêve de vie.Elle terminait son mot en disant qu\u2019elle avait eu affaire à des gens mal intentionnés et que de toute manière elle ne serait pas bonne.C\u2019est vraiment venu me chercher.J\u2019ai appelé mon amie photographe et je lui ai lu le mot.Je lui ai demandé d\u2019embarquer avec moi pour faire vivre une expérience inoubliable à Suzanne.Elle a dit oui.Elle a suggéré de ramasser des sous et de lui faire vivre pleinement son rêve.» « On a pris quelques mois pour trouver un maquilleur, un studio photo, une styliste et une coiffeuse.J\u2019ai aussi organisé une campagne de sociofinancement pour défrayer les coûts de location du studio de photographie et des vêtements.» Au bout de huit mois, Vicky a réussi à amasser les fonds nécessaires pour mettre son projet en branle.« C\u2019était une journée parfaite.Tout était aligné et tout s\u2019est bien passé.Je ne connaissais pas personnellement tous les gens qui ont pris part à la journée.Le maquilleur, par exemple, m\u2019a dit qu\u2019 il travaillait avec la gang de Star Académie.Il y a eu plein de belles surprises comme ça.Tout le monde était content de faire vivre ça à Suzanne.Les étoiles qu\u2019elle avait dans les yeux et son sourire valaient 1 000 piastres ! Je suis fière d\u2019avoir mené à terme ce projet-là très spontané.De la voir aussi heureuse, au fur et à mesure, devant l\u2019appareil photo, de trouver ses aises et d\u2019y prendre plaisir, ça m\u2019a vraiment fait chaud au cœur.L\u2019objectif a été atteint, c\u2019était magnifique à voir.» « C\u2019était le premier magazine que j\u2019achetais à Suzanne.Je l\u2019achetais à d\u2019autres camelots avant, un peu partout à Montréal.Depuis, je lui achète toujours le dernier numéro.Je n\u2019arrêterai pas de boire du vin demain, alors c\u2019est certain que je continuerai de la voir à la SAQ et d\u2019être cliente.» L\u2019équipe intervention psychosociale de L\u2019Itinéraire ne s\u2019affaire pas qu\u2019aux questions de logement et d\u2019aide alimentaire.Les projets personnels des camelots peuvent entrer dans la ronde des suivis pour s\u2019assurer d\u2019un cadre sécuritaire et bénéfique.« Ce ne sont pas tous les camelots qui se font offrir des projets de shooting photo, explique Maude Rompré, intervenante psychosociale de L\u2019Itinéraire qui a accompagné Suzanne dans son aventure.Lorsque Suzanne est venue me parler de la proposition de sa cliente, juste avant les Fêtes, ma première réaction a bien sûr été de m\u2019inquiéter.Nous avons alors pris le temps de parler des abus possibles, des personnes mal intentionnées, avant qu\u2019elle n\u2019accepte quoi que ce soit.À la mi-mars, Vicky Michaud m\u2019a contactée.J\u2019ai pris le soin de vérifier les motivations derrière sa démarche.C\u2019était important de m\u2019en assurer pour ne pas que Suzanne se trouve en position de vulnérabilité.» - Maude Rompré, intervenante psychosociale de L\u2019Itinéraire 23 itineraire.ca 22 itineraire.ca 15 mai 2022 15 mai 2022 La semaine dernière, un client m\u2019a demandé si je publierais bientôt un texte dans le magazine.Je lui ai dit que non, mais que j\u2019avais envie d\u2019écrire sur le fait que maintenant, je suis heureuse.Le monsieur m\u2019a dit qu\u2019il me croyait car mes yeux pétillaient.Il est vrai que je me contente de peu et je crois que ça aide à se sentir heureuse.À cause de mes problèmes de santé mentale, j\u2019ai dû vivre de l\u2019aide sociale pendant longtemps.Et depuis deux ans, je reçois la pension de vieillesse, ce qui a beaucoup augmenté mon revenu.Avec mes ventes de L\u2019Itinéraire, je me sens presque riche ! Depuis l\u2019âge de 25 ans, j\u2019ai fait beaucoup de travail sur moi.À commencer par une thérapie avec un psychologue que j\u2019ai longtemps vu, à raison de deux fois par semaine, en plus de voir mon psychiatre régulièrement.Aussi, j\u2019ai fréquenté des centres pour personnes ayant des problèmes de santé mentale, où je parlais avec des travailleurs sociaux.Puis, j\u2019ai rencontré des intervenants que je voyais une fois par semaine.À présent, je navigue seule depuis\u2026 quatre mois seulement ! Je me rends compte que je récolte ce que j\u2019ai semé.Pour moi le bonheur est un peu l\u2019absence de malheur.Autrefois, je souffrais énormément.Je voulais jeter cette vie qui me collait à la peau.J\u2019ai fait plusieurs grosses tentatives de suicide et aujourd\u2019hui je suis chanceuse d\u2019être vivante.Je crois qu\u2019il existe une puissance supérieure et je la remercie très souvent pour tout ce que je possède.Ma santé physique est excellente et ma santé mentale va tellement mieux ! J\u2019habite dans un HLM que j\u2019aime énormément.Il est bien situé, ce qui me permet de faire toutes mes courses sans avoir à prendre le métro ou le bus.Il est bien insonorisé car jamais je n\u2019entends mes voisins.Mon appartement est décoré à mon goût, meublé grâce à mon travail de camelot, ce dont je suis fière.J\u2019ai peu d\u2019amis, mais ce sont de bonnes personnes et ma relation avec eux est plus que satisfaisante.De plus, avec ma famille ça s\u2019est incroyablement amélioré depuis que je n\u2019ai plus d\u2019idées noires.Le bonheur, c\u2019est aussi accepter qui je suis, avec tous mes travers.J\u2019ai de petites phobies, du genre à regarder l\u2019heure constamment.Maintenant je me dis que de cette façon, la vie passe moins vite.Ce n\u2019est qu\u2019un exemple, j\u2019ai plein d\u2019autres petits défauts.Qui n\u2019en a pas ?Je me dis que pour moi, c\u2019est ça et que pour d\u2019autres c\u2019est peut- être pire.Comme on dit : quand on se compare on se console.J\u2019ai mis un temps fou pour accepter que j\u2019ai deux maladies mentales.Pendant presque toute ma vie, j\u2019ai vécu avec une honte incommensurable.Comme je vivais de l\u2019aide sociale, évidemment j\u2019étais pauvre car on vit sous le seuil de la pauvreté.Je faisais tout ce que je pouvais pour que ça ne paraisse pas, quitte à me priver de nourriture pour pouvoir porter des vêtements neufs à la mode.Quand j\u2019y pense, j\u2019ai de la peine pour la personne souffrante que j\u2019étais.Peut-être que ça va vous paraître étrange, mais je trouve difficile d\u2019écrire sur le bonheur.J\u2019étais plutôt habituée à vomir mes tripes sur le papier.Je ne dis pas que j\u2019écrivais mal, mais plutôt que c\u2019était une catharsis.Je dois manquer de pratique, j\u2019imagine ! par Linda Pelletier Camelot au Marché Maisonneuve Le bonheur, cet état auquel nous tentons tous d\u2019accéder.J\u2019ai maintenant 67 ans et depuis peu de temps, je peux enfin dire je suis heureuse ! Ark ! Quelqu\u2019un qui me dit qu\u2019il est gai, c\u2019est comme s\u2019il me disait : je viens d\u2019adopter un chat.Les thérapies de conversion, je trouve ça terrible.C\u2019est comme les orphelins de Duplessis.C\u2019est de la maltraitance.C\u2019est pareil avec les Autochtones, les Noirs\u2026 C\u2019est de la haine, c\u2019est dégueulasse.Qui sommes-nous pour juger ?Ça n\u2019a pas sa place dans mon livre à moi.ANNE-MARIE WISEMAN CAMELOT MÉTRO MONT-ROYAL / FABRE Une autre affaire qui ne devrait pas exister C\u2019est d\u2019la marde ça ! On est si en retard que ça, pour n\u2019interdire que maintenant les thérapies ?Tu viens au monde homosexuel, c\u2019est pas un choix de vie.Y\u2019a pas de conversion à avoir là-dessus.J\u2019ai entendu des histoires d\u2019horreur sur ces thérapies.Ça ne devrait même pas exister les conversations sur l\u2019orientation sexuelle, comme sur l\u2019égalité homme-femme ou les avortements.CHRISTIAN TARTE CAMELOT JEAN-COUTU BEAUBIEN / 28E AVENUE Vivre et laisser vivre C\u2019est complètement aberrant et ridicule.Tu ne peux pas changer la nature d\u2019une personne à coup de thérapie.Mais je n\u2019avais jamais entendu parler de ça, les thérapies de conversion.Ça sonne presque camp de concentration.Mon principe, c\u2019est vivre et laisser vivre.La liberté et le respect des autres, c\u2019est ça.Vis ta vie et laisse les autres vivre la leur tant que tu ne leur nuis pas.CLAUDE LYRETTE CAMELOT ONTARIO / ATATEKEN Laisser faire la nature Ce n\u2019est pas aux gens ou aux parents de jeunes de décider de leur orientation sexuelle.Les jeunes explorent leur sexualité.Un jour, naturellement, ils sauront.Je connais une personne de 60 ans du Village qui a des enfants, une famille et qui a réalisé tard qu\u2019il était homosexuel.Il a divorcé de sa femme.Et je suis à 100 % d\u2019accord avec sa décision.SAMIR HALAIMIA CAMELOT JEAN-COUTU MONT-ROYAL / LANAUDIÈRE Destruction émotionnelle Dans une société où la normalité serait d\u2019aimer les hommes, moi, j\u2019aimerais pas ça qu\u2019on essaye de me convertir.Mais je ne suis pas étonné que ça existe.Par contre, je ne savais pas comment ça se passait.Je n\u2019en avais en fait jamais entendu parler.Je pense que ça a été caché.Mais ça devrait être interdit depuis plus longtemps.C\u2019est pas normal de détruire une personne émotivement.YVON MASSICOTTE CAMELOT MÉTRO UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL ET CH.CÔTE-DES-NEIGES ENTRE J.-BRILLANT ET QUEEN MARY Déséquilibrer C\u2019est barbare.Chaque personne est différente.Ça prend un monde pour faire un monde.Et on ne va pas changer une personne.Les thérapies de conversion doivent sûrement déséquilibrer, déboussoler ceux qui les subissent.Ça me fait penser aux asiles, ce que ça a fait ! Ma mère était déséquilibrée.Je sais à quel point c\u2019est pas facile.FRANCE LAPOINTE CAMELOT SAQ MONT-ROYAL / PAPINEAU Journée internationale contre l\u2019homophobie Des thérapies de conversion q ui visent à modifier l\u2019orientatio n sexuelle, l\u2019identité de genre ou son expression des personn es 2SLGBTQIA+ sont fermeme nt interdites depuis seulemen t quelques mois sur l\u2019ensemble du territoire canadien et britan nique.Pour autant, des peines de prison courent encore dans certains pays et surtout, la tolé rance dont se réclament nos sociétés du 21e siècle est loin d \u2019être acquise.C\u2019est ce que nous rappelle, entre autres, la Journ ée internationale contre l'homop hobie, la transphobie et la bip hobie qui se tiendra le 17 mai.S A R A R A M P A Z Z O | U N S P L A S H 25 itineraire.ca 24 itineraire.ca 15 mai 2022 15 mai 2022 Seul organisme québécois d\u2019alphabétisation populaire destiné uniquement aux jeunes de 16 à 25 ans, la Boîte à lettres de Longueuil, tente chaque année de raccrocher une trentaine de jeunes qui ont décroché de tout.Ils ne veulent pas faire partie des statistiques qui révèlent qu\u2019au Québec, plus d\u2019un million de personnes seraient des analphabètes dits fonctionnels.Tannés de stagner et voulant améliorer leur sort, ils se sont tournés vers la Boîte à lettres.Dans cette ville de la Rive-Sud, le Centre de services scolaire Marie-Victorin indiquait dans son dernier rapport annuel que le taux de diplomation au secondaire était de 74 %.Dans les écoles de milieux défavorisés, il faut en soustraire 15 %.C\u2019est presque un jeune sur deux qui ne terminera pas son parcours scolaire.En avril dernier, L\u2019Itinéraire s\u2019y est rendu pour rencontrer trois jeunes adultes qui ont bien voulu raconter leur histoire.Réunis dans la grande salle d\u2019atelier, ils ont indiqué d\u2019entrée de jeu que, si l\u2019école est un lieu d\u2019épanouissement pour plusieurs, elle est synonyme de tous les maux pour d\u2019autres.Ni Audrey, Pier-Luc ou Marie (noms fictifs) n\u2019a terminé son secondaire.Ils fréquentent l\u2019organisme d\u2019alphabétisation populaire pour apprendre à lire, à écrire, à calculer et à se raconter.Prévention Apprentissage, oui, mais autrement : « On ne leur apprend pas à conjuguer le verbe aimer à l\u2019 imparfait, dit Simon Gingras, animateur social à la BàL.On leur dit : viens prendre le temps, fais des projets à ton rythme, vis des réussites, tu vas apprendre à te connaître, à savoir ce qui t\u2019allume.» On y fait aussi de la prévention, encore une fois par le pouvoir de l\u2019écriture et des mots, afin d\u2019éviter au jeune d\u2019atteindre le point de bascule de la désaffiliation sociale.« Ils ont été décrochés par l\u2019école et le système.Il y a un lien entre le modèle scolaire, qui peut favoriser une forme d\u2019exclusion, et les personnes qui se retrouvent à la rue.Si l\u2019éducation rime avec le fait qu\u2019on t\u2019a fait refléter que tu n\u2019es pas très bon, c\u2019est un pas de plus vers des conditions de vie difficiles », dit-il.Bénéficiaires de l\u2019aide sociale pour la plupart, la majorité des personnes qui fréquentent l\u2019immense et chaleureux établissement de la rue Sainte-Foy ont passé par les classes spéciales où « elles ont fait des modules redondants et peu stimulants », peut-on lire dans le rapport d\u2019activité de l\u2019organisme.Apprentissages sur mesure « Il y a plus qu\u2019une porte d\u2019entrée à la BàL .Bien sûr, il y a tout ce qui tourne autour de l\u2019écriture standard.C\u2019est-à-dire des jeunes qui arrivent ici et qui veulent lire et écrire.Il y en a d\u2019autres qui ne veulent rien savoir.Alors on va passer par les arts, la musique, l\u2019écriture de chansons, des ateliers de BD ; des voies de contournement pour les reconnecter à l\u2019écriture et à la lecture.On appelle ça le moteur.C\u2019est quelque chose qui va venir les chercher par en dedans », explique Simon Gingras.Seulement pour l\u2019année dernière, les apprentissages ont inclus des camps d\u2019écriture hip-hop, des formations pour utiliser leur studio d\u2019enregistrement à la fine pointe, des collaborations avec des artistes comme les rappeurs Sans Pression, Webster, Ruffneck et Monk.e.On a aussi offert des ateliers d\u2019écriture de type récits de vie, la réalisation d\u2019un court métrage, et plus encore.Des projets à profusion, sur mesure selon l\u2019intérêt, pour la petite équipe de trois employés, qui s\u2019acharne à trouver et à démarrer ce moteur.L\u2019animateur en alphabétisation populaire à la Boîte à lettres Simon Gingras.Apprendre autrement à lire et à écrire Quel est le premier mot qui vous vient en tête quand on vous dit « école » ?Pour certains : « L\u2019enfer », « une prison », « de la m%$*rde ».Des jeunes qui fréquentent un organisme d\u2019alphabétisation sont en voie de changer cette perception.Par Simon Bolduc, chargé de projet - journalisme Longueuil P H O T O F O U R N I E P A R S I M O N G I N G R A S 27 itineraire.ca 26 itineraire.ca 15 mai 2022 15 mai 2022 Récits de vie Trouble de la personnalité limite, schizophrénie, anxiété généralisée, itinérance, TDAH, abus et négligence parentale, pauvreté, la liste est longue quand on demande à Audrey, Pier-Luc et Marie de parler des bâtons qu\u2019ils ont dans les roues.« J\u2019ai vécu l\u2019 itinérance avec ma mère et mes deux frères.Mon père, je l\u2019ai à peine connu, il m\u2019a abusé quand j\u2019étais petite », raconte Marie.De villes en villes, le mode de vie nomade de la famille a écorché la jeune femme.« Ça n\u2019a vraiment pas été facile pour ma \u201ccarrière\u201d, celle d\u2019être moi-même.Un jour j\u2019ai rencontré mon premier chum et après qu\u2019on se soit laissé, il s\u2019est suicidé.Je me disais : \u201cc\u2019est pas possible, si je me refais un chum, ça va peut-être arriver encore\u201d.Quand j\u2019ai laissé mon autre chum après, il a recommencé à consommer du crystal meth.» Marie vient à la BàL parce que c\u2019est le seul endroit où elle peut se poser, l\u2019unique place où elle a demandé de l\u2019aide et où elle chemine actuellement : « J\u2019étais au bout du rouleau et là, je suis rendue sur le carton.» Résiliente, elle s\u2019approprie peu à peu son récit de vie, le temps de prendre du recul et de regarder le chemin parcouru et celui qui s\u2019en vient.C\u2019est le rôle de Simon Gingras de les accompagner dans cette introspection : « Chaque personne qui vient ici se questionne sur la manière dont elle s\u2019est appropriée son histoire et qu\u2019est-ce qui fait en sorte qu\u2019elle se perçoit comme ça aujourd\u2019hui.Cet exercice nous fait prendre conscience que les jeunes qui viennent ici ont un passé familial trouble.Ils se sont faits dire qu\u2019 ils étaient dérangeants, se sont faits mettre dehors de l\u2019école, de bien des places en fait ».Audrey, elle, a des difficultés avec les autres depuis le primaire.« J\u2019ai toujours voulu lâcher l\u2019école et j\u2019attendais d'avoir 16 ans pour le faire.J\u2019ai pris deux ans après pour avoir la paix toute seule dans mon coin.J\u2019étais le stéréotype des nerds qui ne font rien.Là, j\u2019ai envie de changer, de m\u2019améliorer », dit celle dont les œuvres peintes sont accrochées un peu partout sur les deux étages de la Boîte à lettres.La jeune femme de 22 ans, qui parle tête baissée en griffonnant sans intermittence, a fait une première incursion sur le marché du travail et occupe un emploi de manutentionnaire pour une compagnie de smoothies depuis un mois.« C\u2019est quoi ton histoire Pier-Luc ?», lance Simon Gingras à ce dernier, à qui il arrive à peine à arracher quelques mots.« Elle est pas belle mon histoire, j\u2019ai pas envie de la conter ce soir.C\u2019est triste pas mal.Là, j\u2019essaie juste de bien aller, that\u2019s it !, dit-il dans un rare moment de partage.Je vivais de l\u2019anxiété et je m\u2019ennuyais.Quand je viens ici, je dis des blagues.Je ne sais pas pourquoi je fais ça.Je suis peut-être un gars nerveux.» Pier-Luc fréquente la BàL depuis une dizaine d\u2019années.De type nonchalant à la confiance fragile, il considère son personnage McCagoule, créé lors d\u2019un atelier de BD, comme sa grande réalisation.Évoquer le nom de McCagoule a provoqué rires et a uni les trois jeunes présents.Le personnage a fait du chemin.Il a été le protagoniste d\u2019un court-mé- trage lors d\u2019un récent projet vidéo.Une belle réussite pour le jeune homme.« Partir d\u2019une feuille blanche, créer un personnage, développer la situation, ça peut paraître simple, mais ça peut être tellement révélateur pour quelqu\u2019un qui n\u2019a jamais cru en lui.On leur fait réaliser qu\u2019 ils sont capables de quelque chose, que ça a de la valeur.C\u2019est pas rien ça », dit le coordonnateur de l\u2019organisme montéré- gien Charles Bussières-Hamel.Le coordonnateur de la Boîte à lettres Charles Bussières-Hamel.La grande salle d'atelier de l'organisme.« Chaque personne qui vient ici se questionne sur la manière dont elle s\u2019est appropriée son histoire et qu'est-ce qui fait en sorte qu\u2019elle se perçoit comme ça aujourd\u2019hui.Cet exercice nous fait prendre conscience que les jeunes qui viennent ici ont un passé familial trouble.Ils se sont faits dire qu\u2019ils étaient dérangeants, se sont faits mettre dehors de l\u2019école, de bien des places en fait.» - Simon Gingras P H O T O S S I M O N B O L D U C 29 itineraire.ca 28 itineraire.ca 15 mai 2022 15 mai 2022 Créer des analphabètes Caroline Meunier est responsable au développement des analyses et des stratégies au Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec (RGPAQ).Elle plaide pour une école plus inclusive.« Quand on voit des jeunes qui éprouvent des difficultés d\u2019adaptation, on n\u2019est pas très ambitieux pour eux et donc on leur offre des parcours qui ne le sont pas.Restons ambitieux pour l\u2019ensemble de nos jeunes et trouvons des moyens de les accompagner qui leur permettront d\u2019aller jusqu\u2019au bout de leur parcours, pour qu\u2019 ils en sortent construits et non pas déconstruits, dit-elle.En ce moment, l\u2019autre option qui s\u2019offre au jeune est une voie de garage ».Plusieurs conséquences découlent de l\u2019analphabétisme, dont un taux de chômage de deux à quatre fois plus élevé chez les personnes peu scolarisées comparativement à celles qui détiennent un baccalauréat.La Chaire-réseau de recherche sur la jeunesse du Québec dénombre 130 000 jeunes de 17 à 34 ans qui ne sont ni en emploi ni aux études ou en formation (NEEF) et qui sont inactifs à l\u2019égard du marché du travail.Parmi eux, des analphabètes au statut précaire.Classes spéciales Militant et dévoué pour la cause de l\u2019alphabétisation populaire jeunesse, l\u2019animateur Simon Gingras ne mâche pas ses mots à l\u2019endroit du système scolaire québécois.Particulièrement à l\u2019endroit des classes spéciales, que la majorité des jeunes venant à la BàL ont fréquentées.Ce sont au sein de ces classes que les élèves n\u2019arrivant pas à s\u2019adapter au milieu scolaire achèvent leur parcours au secondaire, sans diplomation.« Je veux juste rappeler que ce sont trois élèves sur quatre qui entrent dans le réseau des classes spéciales et qui ne terminent pas leur secondaire.C\u2019est énorme ! Les personnes qui terminent obtiennent un diplôme, mais il n\u2019est pas reconnu comme un diplôme de cinquième secondaire.C\u2019est une certification bidon.Il faut aller aux adultes pour terminer son secondaire.C\u2019est une perte de confiance envers le système.Méchante claque en pleine face », dit l\u2019animateur social de la Boîte à lettres.Ce modèle de classes spéciales fait actuellement l\u2019objet de virulents débats dans la sphère publique alors que plusieurs intervenants du milieu scolaire et autres personnalités publiques, dont Grégory Charles, appellent à repenser complètement le système d\u2019éducation.Mixité sociale, inclusion, immersion, des concepts qui sont assurément dans l\u2019air du temps.L\u2019appropriation de l\u2019écrit À la demande de l\u2019organisme pour innover dans son approche auprès des jeunes analphabètes, la chercheuse et profes- seure associée à l\u2019École de travail social de l\u2019UQAM, Danielle Desmarais, a mené une étude longitudinale de cinq ans pour comprendre quel était leur rapport à l\u2019écriture et à la lecture.Paru en 2003, elle a fait naître l\u2019approche de l\u2019Appropriation de l\u2019écrit (ALÉ), utilisée aujourd\u2019hui par plusieurs organismes d\u2019alphabétisation populaire, tant au Québec qu\u2019en Europe.L\u2019ALÉ, c\u2019est comprendre, en se racontant, quelle place occupait l\u2019écriture dans sa famille et son entourage à l\u2019enfance.C\u2019est de miser avant tout sur le pouvoir de l\u2019écriture autobiographique.Un exercice « porteur d\u2019un potentiel de réflexion et de transformation personnelle très fort », relatait Mme Desmarais dans un article du Devoir de 2004.Selon cette recherche, si les pratiques de l\u2019écrit sont perçues positivement dès le jeune âge chez les intervenants de la BàL, qui ont également participé à l\u2019étude, c\u2019est une tout autre histoire pour ces jeunes qui ont un vocabulaire restreint et de la difficulté à formuler une idée abstraite.« Leur appropriation de l\u2019écriture a toujours été vue comme une tâche obligatoire à l\u2019école sur laquelle ils devaient être évalués.Pour la lecture, on leur a toujours dit que pour être un vrai lecteur, il fallait être capable de lire un livre.Je n\u2019en suis pas un si je lis sur Facebook, par exemple.Et pourtant ! », explique Simon Gingras.Redynamiser le rapport à l\u2019écrit, voilà toute la mission derrière l\u2019approche de l\u2019ALÉ.Après l\u2019école, l\u2019école de la vie.À la Boîte aux lettres, on vient à l\u2019école de sa vie.La participante Marie lors d'un atelier.30 itineraire.ca 15 mai 2022 Des nouvelles de l\u2019organisme Par l\u2019équipe de la rédaction Une nouvelle représentante des camelots ! À L\u2019Itinéraire, « ce qui est bon pour pitou est bon pour minou », comme le dit souvent le directeur général, Luc Desjardins.Un code de conduite qui s\u2019applique à tous.Si les employé.e.s ont leur représentante, les camelots, eux ont élu la leur le 14 avril dernier : Diane Curadeau.Diane a fait son entrée en 2014, comme camelot et occasionnellement rédactrice.Elle a rapidement diversifié ses activités au sein du Groupe en s\u2019impliquant en cuisine puis au bureau de la distribution du magazine en tant que participante au programme d\u2019aide et d\u2019accompagnement social (PAAS Action).Aujourd\u2019hui, Diane se dit prête à endosser plus de responsabilités.Et celle de représenter les camelots lui a été soufflée par quelques-uns d\u2019entre eux.En plus d\u2019être une courroie de communication, elle a récemment été nommée « adjointe administrative de tous les départements et femme extraordinaire », un titre pour qualifier le soutien qu\u2019elle offre à l\u2019ensemble de l\u2019équipe en effectuant toutes sortes de menues tâches administratives.L\u2019Itinéraire recrute ! Plusieurs postes sont à pourvoir au sein de la très dynamique et tricotée serrée équipe de L\u2019Itinéraire.Intéressé.e ?Consultez les divers emplois disponibles sur le site de L\u2019Itinéraire au : itineraire.ca, sous l\u2019onglet S\u2019impliquer ou scannez ce code QR.Un balado à ne pas manquer ! L\u2019humoriste Jo Cormier s\u2019est assis avec les camelots et participants Mario St-Denis, Lynn Champagne, Yves Grégoire et Daniel Prince autour d\u2019un bon souper, à quelques reprises, pour jaser d\u2019itinérance.En résulte Histoires à coucher dehors, un balado en six épisodes qui raconte de façon franche et décomplexée ce que c\u2019est que d\u2019avoir connu la rue.En toute lucidité, bienveillance et humour, Jo Cormier fait parler les gens de L\u2019Itinéraire ainsi que des intervenants du milieu de l\u2019itinérance sur une foule de sujets.On y aborde, entre autres, les causes de l\u2019itinérance, on patrouille avec l\u2019ÉMMIS, une unité mobile de médiation et d\u2019intervention, on parle de liens affectifs, de la violence dans la rue, de prostitution, de préjugés.Et pour finir, on parle de comment on sort de la rue et de l\u2019espoir de ce que réserve l\u2019avenir.Réalisé par Télé-Québec, disponible en ligne : https://baladodiffusion.telequebec.tv/35/histoires-a-coucher-dehors P H O T O T I R É E D U S I T E D E T É L É - Q U É B E C DIVERSITÉ SEXUELLE, PLURALITÉ DES GENRES ET ITINÉRANCE encore beaucoup de chemin à faire en matière d'accès aux ressources et de respect des droits de la personne 15 mai 2022 Chronique payée Les propos exprimés dans cette chronique n\u2019engagent que les auteurs.communautés.En parallèle, par manque de ressources financières et humaines, le réseau communautaire est parfois mal outillé pour répondre adéquatement aux besoins des personnes LGBTQ+.La plupart des ressources en hébergement sont genrées pour hommes ou femmes, laissant les personnes non-bi- naires dans un trou de service.Les ressources mixtes sont souvent décrites comme peu sécuritaires et accueillantes pour les personnes LGBTQ+ puisque ces réalités propres sont méconnues et invisibilisées.Afin de mieux répondre aux besoins particuliers de ces populations, le financement de programmes pour assurer l\u2019inclusivité et l\u2019adaptabilité des ressources déjà existantes est essentiel.Les lieux d\u2019hébergement doivent être adaptés, et les équipes doivent bénéficier de formations pour accueillir convenablement les usager-es de la diversité sexuelle et de la pluralité des genres.De nouvelles ressources spécialisées, en hébergement et en santé, devraient aussi être mises sur pied et cibler spécifiquement les personnes LGBTQ+ en situation d\u2019itinérance.À Montréal, l'organisme Jeunesse Lambda travaille depuis 2021 à la création d\u2019une ressource en hébergement d\u2019urgence par et pour les personnes LGBTQ+, justement pour répondre aux barrières et discriminations énoncées plus haut.Les discriminations systémiques vécues par les personnes LGBTQ+ ont des répercussions sur le plein exercice de leurs droits, que ce soit en matière de logement, d\u2019emploi, de leur droit de vivre en sécurité ou encore simplement de vivre avec un revenu décent.Au-delà des questions de représentation dont on entend souvent parler, c\u2019est aussi au niveau des droits fondamentaux et besoins de base que nous devons agir pour en finir avec les inégalités liées à l\u2019identité de genre et à l\u2019orientation sexuelle.Les personnes LGBTQ+ (lesbienne, gaie, bisexuel-le, trans, queer) vivent des discriminations et des défis particuliers du fait de leur orientation sexuelle et de leur identité de genre.Ce vécu quotidien les rend plus à risque de précarité et ultimement, plus susceptibles de basculer en situation d\u2019itinérance.Une fois dans la rue, les personnes LGBTQ+ sont confrontées à de nombreux obstacles particuliers et ce, jusque dans les démarches pour s\u2019en sortir.Dans le cadre du 17 mai, Journée internationale contre l'homophobie et la transphobie, nous souhaitons mettre en lumière les obstacles que rencontrent quotidiennement des personnes LGBTQ+ en situation d'itiné- rance ou à risque de l\u2019être.Des barrières supplémentaires Statistiquement, les personnes LGBTQ+ sont plus à risque de subir différentes formes de violences et de discriminations dans différents aspects de leurs vies, notamment en matière de logement, d\u2019emploi, de sécurité physique et de santé.Selon les données de l\u2019Enquête Savoirs sur l'inclusion et l'exclusion des personnes LGBTQ+ du Québec (SAVIE-LGBTQ+, 2019-2020), 18 % des personnes trans ont rapporté avoir vécu de la discrimination lors d\u2019une recherche de logement au cours de leur vie.Les personnes LGBTQ+ doivent aussi composer avec des barrières et discriminations à l\u2019emploi menant à une précarité financière accrue et sont plus susceptibles de vivre dans la pauvreté.Selon la même enquête, 13 % des hommes GBQ+ cisgenres vivant seuls, 28 % des femmes LGBTQ+ et 42 % des personnes trans et non binaires rapportent avoir un revenu annuel inférieur ou égal à 20 000 $.Les personnes LGBTQ+ sont plus à risque de subir des actes discriminatoires, de vivre des violences physiques, conjugales et sexuelles.Elles sont de 1,4 à 3 fois plus à risque de vivre une agression sexuelle au cours de leurs vies.Selon l\u2019organisme Interligne, c\u2019est jusqu\u2019à 66 % des personnes trans qui auraient vécu au moins un épisode de violence sexuelle au courant de leur vie.La difficulté à obtenir du soutien Une fois en situation précaire, voire à la rue, les personnes LGBTQ+ ne sont pas égales face à l\u2019offre de soutien.Le réseau de la santé et des services sociaux ne répond pas à ses responsabilités et est mal adapté pour recevoir les personnes de ces Lexique Identité de genre : correspond au genre auquel une personne s\u2019identifie.Une personne peut s\u2019identifier comme femme, homme ou non binaire (bigenre, agenre, neutrois, fluide dans le genre, etc.).Cis / Trans : On dit d\u2019une personne qu\u2019elle est cis lorsqu\u2019elle s\u2019identifie au genre qu\u2019on lui a assigné à la naissance.On dit d\u2019une personne qu\u2019elle est trans lorsqu\u2019elle ne s\u2019identifie pas au genre qu\u2019on lui a assigné à la naissance.Source : « Bretzel du genre », Coalition des groupes jeunesse LGBTQ+ Fuir révèle une réalité méconnue ou incomprise du grand public, le cheminement de femmes violentées qui travaillent à retrouver une vie saine.Quel était votre but en filmant cette réalité ?Il n\u2019y a pas de but comme tel dans ma démarche.L\u2019idée était de faire un film-témoignage.Un film où on irait dans le rapport intime que ces femmes-là ont avec leur vie : comment elles se perçoivent, perçoivent le monde, comment elles perçoivent la violence dont elles sont victimes.Au-delà de cela, si ça peut être utile, tant mieux.Mais je ne pense pas qu\u2019on fasse des documentaires pour être utiles, a priori.On fait un documentaire parce qu\u2019un sujet nous touche, parce qu\u2019on se sent concerné, parce qu\u2019on a envie de fouiller un sujet.Justement.Vous avez-vous même connu une femme de votre entourage victime de violence conjugale lorsque vous étiez au cégep.Que s\u2019est il passé ?C\u2019était une connaissance.Elle avait une trentaine d\u2019années, moi j\u2019avais 17 ou 18 ans.Je me sentais impuissante.Elle n\u2019était pas une amie proche, mais son expérience m\u2019a beaucoup marquée.Je pense qu\u2019à l\u2019époque, je ne savais pas que cette violence pouvait exister.Et c\u2019était une femme très brillante.Ce n\u2019était pas le profil de femme victime de violence conjugale qu\u2019on s\u2019imagine parfois, et pourtant\u2026 Ça peut toucher toutes les femmes.La preuve, j\u2019en ai un exemple dans mon film.Plus de 40 ans se sont écoulés entre cette expérience et la réalisation de Fuir.Pourquoi avoir attendu si longtemps ?Parce que la vie nous amène ailleurs, la vie nous amène vers d\u2019autres sujets, d\u2019autres thèmes.C\u2019était un projet que j\u2019avais depuis longtemps.À un moment donné, j\u2019ai simplement senti la nécessité de plonger dans ce sujet.On voit de plus en plus de femmes qui se font tuer par leur conjoint, de féminicides.Je pense que ça a été un déclencheur.Je me suis dit qu\u2019il était peut-être temps de regarder de plus près ce qui se passe.Maude, c\u2019est l\u2019histoire d\u2019une jeune femme dont l\u2019ex- conjoint se sert de ses enfants pour garder une emprise sur elle.Ysabel n\u2019a que trop connu les coups, la séquestration, les insultes dont elle a tenté au mieux de protéger ses enfants.Il y a aussi Sophie, Kate, S., K., et Jeannette, une intervenante au grand cœur qui apporte un soutien indéfectible à celles qui tentent de se reconstruire dans la bienveillance.Puis, il y a les enfants\u2026 Fuir est une immersion dans le vif de la violence conjugale et de ses conséquences.Filmée à l\u2019automne 2019, le documentaire rend compte d\u2019une réalité méconnue et souvent mal jugée, à travers les histoires de six femmes d\u2019une maison d\u2019hébergement dédiée aux victimes de violence conjugale et à leurs enfants.Là-bas, la solidarité cohabite avec de dures réalités.Mais entre ses murs, un long cheminement peut commencer.Celui de la reconstruction, de la guérison et des démarches parfois sans fin pour retrouver la sécurité et le droit de vivre en dehors du cercle de la violence.Entrevue avec l\u2019auteure, Carole Laganière.Après les coups\u2026 Entrevue En collaboration avec Karine Bénézet Journaliste, responsable de la formation PHOTOS INFORM ACTION FILMS Par Agathe Melançon Camelot métro Lionel-Groulx 35 15 mai 2022 itineraire.ca Est-ce que l\u2019expérience de ces femmes et les fréquenter vous a aidée à mieux comprendre ce qu\u2019a vécu votre connaissance, au cégep ?Non.Et je ne pense pas qu\u2019on puisse le comprendre.Je peux comprendre son origine, le pouvoir des hommes sur les femmes.Je peux comprendre le besoin de contrôle de certains hommes.Mais j\u2019ai du mal à percevoir comment on peut trouver du plaisir là-dedans, comment on peut être violent envers quelqu\u2019un.Ce film ne m\u2019a pas aidée à comprendre la violence faite aux femmes.Il m\u2019a aidée à comprendre comment les femmes peuvent éventuellement s\u2019en sortir, se solidariser et trouver la force d\u2019aller au-delà.Comment vous êtes-vous sentie en tournage ?Le jour j\u2019assistais à ce qui se passait, j\u2019assistais aux rencontres, j\u2019échangeais.Et le soir, je pleurais.J\u2019étais toujours assez touchée et troublée.Mais quand on filme, on a une caméra entre nous.Donc, j\u2019arrivais à rester en contrôle.C\u2019était surtout le soir, dans mon airbnb, que tout me revenait, en regardant les images filmées durant la journée.C\u2019était bouleversant comme tournage.En même temps, il y avait plein de moments heureux.J\u2019ai vécu la solidarité de femmes proches les unes des autres, qui rigolent ensemble, des moments difficiles et émouvants, d\u2019autres plus légers.Ç\u2019a été un tournage d\u2019émotions : bonnes et moins bonnes.Un tournage intense, très intense.Les maisons d\u2019hébergement pour femmes victimes de violence conjugale sont des espaces où l\u2019anonymat est essentiel à la sécurité des femmes qui s\u2019y reconstruisent.Ils ne laissent clairement pas pénétrer n\u2019importe qui entre leurs murs.Alors, comment avez- vous réussi à filmer de l\u2019intérieur ?J\u2019ai contacté la Fédération des Maisons d\u2019hébergement pour femmes et le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale.Je leur ai proposé mon idée de tournage et elles ont contacté l\u2019ensemble de leurs membres.Huit maisons m\u2019ont répondu.J\u2019ai passé plusieurs mois dans l\u2019une d\u2019entre elles, sans filmer.Je faisais partie des meubles.Ç\u2019a beaucoup aidé à établir un lien de confiance entre les femmes et moi.Je pense qu\u2019elles ont réalisé que je ne voulais pas faire un film sur elles tant que ça, mais avec elles.Il est rare de voir des femmes en processus de guérison de cette violence témoigner à visage découvert.S\u2019exposer à la caméra aurait pu être un enjeu important pour elle.Je pense que les femmes qui ont accepté de se livrer à visage découvert étaient très sûres d\u2019elles.Elles avaient vraiment l\u2019envie de communiquer un message.Voilà qu\u2019il fallait se tenir debout, qu\u2019il ne fallait pas avoir honte, qu\u2019il ne fallait pas se cacher devant un agresseur.Je ne crois pas non plus qu\u2019elles avaient peur que leurs conjoints reviennent dans leur vie.En fouillant le sujet des violences conjugales, nous avons relevé plusieurs critiques à l\u2019égard de la Loi 15, notamment sur l\u2019absence de considération de la violence conjugale dans la prise en charge des enfants par la justice.Vous qui avez passé trois mois auprès de femmes qui cherchaient aussi à protéger leurs enfants, que pensez-vous de cette critique ?Je n\u2019ai pas lu la loi.Mais je pense qu\u2019on considère qu\u2019un homme violent envers une femme ne va pas necessairement être un mauvais père.À mon sens, tu ne peux pas faire fi de cette violence quand il s\u2019agit de la question, par exemple, de la garde des enfants, parce qu\u2019en général, il reste cette guerre menée par le parent qui a été écarté, le père dans ce cas-là, contre l\u2019autre parent.Et il se sert souvent des enfants contre l\u2019autre.On n\u2019a pas pu tout mettre dans le documentaire, mais effectivement, ce problème-là existe.Il est réel.En général, je pensé que la justice ne tient pas compte de la violence conjugale quand il s\u2019agit par exemple des visites, des gardes.Moi, ça m\u2019a fait hurler.La grosse mode, c\u2019est de donner une garde partagée plus systématiquement qu\u2019avant.Il ne se casse pas la tête.C\u2019est soi-disant pour le bien des enfants.Fuck you, ostie ! Les enfants ont besoin de stabilité, de quelqu\u2019un qui les aime.Ils n\u2019ont pas nécessairement besoin de deux parents.En parlant des enfants, ils apparaissent dans votre film, mais ne s\u2019expriment pas beaucoup.Comment vivaient-ils votre présence ?Ils s\u2019exprimaient, mais avec les intervenantes.Parfois, ils me racontaient des trucs quand la caméra ne tournait pas.Mais devant la caméra, ils étaient un peu plus en représentation.Dans mes précédents films avec des enfants, ils n\u2019avaient pas autant conscience de leur image, parce qu\u2019à cette époque, tout le monde n\u2019avait pas de téléphone avec une caméra et les enfants ne réalisaient pas qu\u2019ils pouvaient être vus par des dizaines de milliers de personnes.Maintenant, ils sont très conscients que ça peut être diffusé at large.Ils font plus attention à ce qu\u2019ils disent, ils se protègent et ça devient beaucoup plus difficile de les filmer.D\u2019ailleurs, vous avez beaucoup filmé les enfants.Je pense à La fiancée de la vie, un documentaire sur les enfants endeuillés ou encore à Vues de l\u2019Est et L\u2019Est pour toujours, sur la jeunesse d\u2019Hochelaga.J\u2019ai toujours été très proche des enfants, même si je n\u2019en ai pas eu moi-même.Ils sont vrais.Il n\u2019y a pas de bullshit avec eux.En plus, quand ils mentent, ça parait tout de suite.C\u2019est ça qui est extraordinaire.En tant que cinéaste, filmer des enfants, c\u2019est un pur bonheur, parce qu\u2019on parle à de petits êtres qui appellent un chat un chat, qui ne passent pas par quatre chemins.C\u2019est ce qu\u2019on retrouve dans La fiancée de la vie : des moments réellement terribles et des moments tellement drôles sur des sujets durs comme la perception de la mort, du corps mort.Pour tout ça, la préadolescence est aussi un âge que j\u2019aime beaucoup.Les jeunes ne sont pas encore trop formatés.Ils n\u2019essayent pas encore de fiter dans le groupe.Ils sont capables de petites autonomies, d\u2019indépendance d\u2019esprit, et en même temps, ce ne sont plus tout à fait des enfants.Carole Laganière et Agathe Melançon, en entrevue.Ysabel, extrait du documentaire.Trouver une maison d'aide et d'hébergement dans votre région ?Les maisons d\u2019hébergement offrent gratuitement du soutien téléphonique 24 / 7, de la consultation externe et un hébergement sécuritaire.Rendez-vous sur les sites web : maisons-femmes.qc.ca (Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale) et fmhf.ca (Fédération des maisons d\u2019hébergement pour femmes).Pour plus de ressources et d\u2019informations, consultez la page Violence conjugale sur le site du gouvernement : quebec.ca.37 itineraire.ca 36 itineraire.ca 15 mai 2022 15 mai 2022 Fuir, c\u2019est le genre de documentaire à regarder deux fois plutôt qu\u2019une pour comprendre toute l\u2019ampleur du processus que vit une femme qui quitte son foyer de violence et qui est accueilie par une communauté d\u2019autres femmes qui comprennent et accompagnent sa souffrance.La réalité sans retenue « Personne ne peut les reconnaître, sauf celles qui leur ressemblent », entend-t-on dès le départ.Cette phrase en dit long.D\u2019expérience, il est plus facile de reconnaître la douleur des autres quand on l\u2019a vécue.Carole Laganière ne perd pas de temps.Celle qui donne dans la fiction et le documentaire depuis 1989 expose la réalité d\u2019une maison d\u2019hébergement de femmes victimes de violence conjugale, sans retenue : témoignages de femmes, d\u2019enfants, interventions, réunions d'équipe.Tout y est pour comprendre le cheminement que vivent ces femmes, dans leurs mots, par leur expérience de vie, dans leur collectivité.La culpabilité, l\u2019isolement, le cercle de la violence, la lourdeur des démarches qui n'en finissent plus.Le chemin à parcourir est montagneux.Mais le documentaire n\u2019est pas que sombre.L\u2019auteure donne aussi à vivre, avec celles qui ont accepté de témoigner à visage découvert, un fragile équilibre entre introspection, éclatement d\u2019émotions, relaxation et plaisir ensemble.Les images et les transitions bien choisies accompagnent parfaitement ce que disent et vivent les femmes.Un outil de prévention Si Fuir est un documentaire grand public, il peut tout de même brasser de l'intérieur, en autant qu\u2019on ait vécu une relation toxique, menaçante ou violente directement ou non.Il reste malgré tout un documentaire à voir et à discuter et s\u2019adresse aussi bien aux femmes, aux hommes, aux intervenantes qu\u2019aux adolescent.e.s notamment pour faire de la prévention.En ce sens, les éléments avant-coureurs de la violence conjugale ne sont pas un point explicitement abordés, mais on les décèle, tout au long des témoignages, en plus de la structure propice à la réflexion.Par ailleurs, Fuir retrace une réalité commune à bon nombre de victimes de violence conjugale, mais il témoigne avant tout de celle de femmes blanches, Québécoises, nées ici.Toutes les femmes ne vivent cependant pas les mêmes enjeux face à cette même souffrance.C\u2019est ce qui m\u2019est revenu à la mémoire en visionnant le film.Mon expérience d\u2019animatrice dans une maison d\u2019hébergement pour femmes immigrantes victimes de violences conjugales.Dans leur cas, il était question de parrainage, alors que le mari, déjà résident du Québec, parraine sa femme, immigrante.Elles sont donc plus fragiles et plus dépendantes de leur conjoint.Un volet qui pourrait faire l\u2019objet d\u2019un autre documentaire.À la suite de l\u2019entrevue, nous attendions un appel de Carole Laganière qui présentait son film à ses protagonistes, deux jours après notre rencontre.Nous lui avons demandé de nous raconter ses impressions et de nous donner des nouvelles de celles qui ont dévoilé un bout de leur parcours.Et si l\u2019auteure signait en entrevue que sa démarche documentaire n\u2019avait, a priori, pas d\u2019autre but que celui de révéler une réalité humaine, la projection semble avoir changé la donne.« Ç\u2019a été une soirée magnifique.Dans la salle, tout le monde était ému.Et les conjoints qui accompagnaient les intervenantes ont tellement été touchés qu\u2019 ils en ont pleuré.Quant aux femmes, elles sont toutes sorties du cercle de la violence.Deux ans et demi après, on peut dire qu\u2019elles vont bien.Elles ont trouvé le bonheur et la paix.C\u2019est beau, et prouve que le message d\u2019espoir qu\u2019on trouve dans le film est totalement réaliste.Elles étaient heureuses de se revoir, et fières.Pour certaines, qui n\u2019ont pas forcément eu grand chose dans leur vie, qui ont dû se battre pour tout, être valorisées comme ça, qu\u2019on leur donne une place, et la parole, c\u2019est extraordinaire.J\u2019ai eu des témoignages très émouvants de femmes qui se disent qu\u2019elles ont une valeur, une parole qui mérite d\u2019être écoutée, malgré ce qu\u2019elles ont vécu.Je fais partie des gens qui considèrent qu\u2019on est bien peu de chose comme cinéaste.Je dis toujours que mes films n\u2019ont pas la prétention de changer les choses.Mais j\u2019ai vraiment eu le sentiment que celui-ci pouvait être une brique pour construire un monde meilleur.Les commentaires des femmes, des intervenantes, et d\u2019autres qui occupent des positions importantes dans la société allaient dans ce sens.Alors on va sortir le film en salle comme prévu, mais aussi faire un grand travail de démarchage pour le présenter dans certaines facultés de droit, de travail social, auprès des avocats et des procureurs pour qu\u2019 ils comprennent ce que représente le fait d\u2019être victime de violence conjugale, pour la victime et les enfants.On va essayer de sortir des sentiers battus parce que ces portraits de femmes pourraient vraiment sensibiliser et prévenir des situations.» Quels sont les autres thèmes qui vous tiennent à cœur ?Mes sujets sont souvent liés à des rencontres qui m\u2019inspirent.Je ne me dis jamais : Ah, je voudrais faire un film sur tel ou tel sujet.C\u2019est très concret, ça se présente à moi et je lui rends hommage.J\u2019avais proposé l\u2019année dernière un sujet sur l\u2019iti- nérance des femmes parce que j\u2019avais déjà fait une recherche là-dessus, chez Doris.J\u2019avais rencontré La rue des femmes et Chez Doris.J\u2019avais réalisé à quel point l\u2019itinérance des femmes est très différente de celle des hommes : elles sont sans abri fixe, mais évitent de dormir dehors pour être en sécurité.Finalement, je n\u2019ai jamais trouvé de financement pour le projet.Qu\u2019est ce qui, au cours de votre vie ou de votre carrière, vous a amenée à glisser du genre fiction vers le documentaire ?Quelle satisfaction en tirez-vous ?J\u2019ai réalisé à un moment donné qu\u2019il y avait tellement de belles histoires dans le réel et j\u2019ai eu envie d\u2019en témoigner, de les raconter.Ça s\u2019est fait progressivement.Il faut aussi dire que l\u2019école de cinéma m\u2019a permis de toucher aux deux genres.Donc, j\u2019avais déjà ce désir-là, ce bonheur de faire des choses qui racontent le réel.Et je suis curieuse, j\u2019aime m\u2019approcher de l\u2019âme humaine.Je ne pense pas qu\u2019on arrive à la capter entièrement, mais j\u2019aime voir les soubresauts, les rires et les pleurs.J\u2019aime la fragilité de l\u2019être humain, ses forces, ses faiblesses.Mon cinéma en est un de personnages, d\u2019êtres humains et de balbutiements de l\u2019âme.un documentaire qui brasse en dedans Ysabel et Maude à son départ de la maison d\u2019hébergement, extrait du documentaire.SOS violence conjugale : 1 800 363?9010 Sortie prévue en mai 39 itineraire.ca 38 itineraire.ca 15 mai 2022 15 mai 2022 Merci à la coopérative des Librairies indépendantes du Québec pour sa participation à la réalisation de cette chronique.40 itineraire.ca 15 mai 2022 par Roger Perreault Camelot SAQ Promenade Masson René Lévesque : quelque chose comme un grand homme Frédéric Gagnon Moelle Graphique, 2021, 268 pages Cette biographie, sous forme de bande dessinée, raconte la vie de ce premier ministre québécois en 13 chapitres illustrés par 13 artistes aux styles distincts.Le vécu de Lévesque prend vie à travers ce récit biographique qui met en scène, entre autres, ses débuts journalistiques sur les champs de bataille étrangers, ses efforts de nationalisation de l\u2019électricité, la Nuit des longs couteaux et plus encore.L\u2019ensemble brosse magnifiquement un portrait complet de la vie de Lévesque.Enlève la nuit Monique Proulx Les Éditions du Boréal, 2022, 343 pages Rien de grave n\u2019est encore arrivé Martha Wainwright, traduction de Fanny Britt Québec Amérique, Montréal, 2022, 288 pages Dans cette autobiographie, l\u2019auteure-compositeure- interprète, Martha Wainwright, issue d\u2019une célèbre famille musicale offre un regard sur sa vie et sa carrière artistique internationale qui s\u2019étend sur plus de deux décennies.Encensée par la critique, tant pour son écriture que pour ses performances musicales, l\u2019artiste montréalaise raconte avoir peiné pour enfin trouver sa place au sein de sa légendaire parenté.Fille de Loudon Wainwright III et de Kate McGarrigle, et sœur de Rufus, elle a vécu dans un monde où le non-conformisme, la bohème et la musique sont omniprésents.Si les pages foisonnent de nombreux personnages qui ont joué des rôles prépondérants de la contre-culture québécoise et internationale, ce sont surtout ses rapports avec sa mère, son frère et autres personnes importantes dans sa vie personnelle qui dominent.Ce recueil de nouvelles raconte les échanges épistolaires entre un petit-fils d\u2019esclave, Baldwin, et le petit-fils d\u2019un esclavagiste et raconte l\u2019amitié qui s\u2019est développée entre les deux.Appropriation culturelle, liberté artistique et identités tressées y sont abordées en profondeur à travers le prisme de la confrontation.Ce livre pose entre autres cette question : est-il possible d\u2019écrire l\u2019histoire d\u2019un homme noir quand on est on homme blanc ?Baldwin, Styron et moi Mélikah Abdelmoumen Mémoire d\u2019encrier, 2022, 150 pages Ce ne sont pas des histoires Dès les premiers mots, on se questionne : « C\u2019est à vous que je parle.C\u2019est à vous que j\u2019écris, comme à l\u2019être le plus précieux de mon univers.» Qui, vous ?Voici la toute première interrogation qui en précédera bien d\u2019autres à la lecture de ce roman.Markus Koken, juif hassidique, en est ici le héros.Après avoir quitté la communauté qui l\u2019étouffait littéralement, il part à la conquête de l\u2019âme sœur.Il perd tout, mais sa vie commence.« Ce soir-là, d\u2019 il y a maintenant plus de deux ans, je m\u2019en allais mourir\u2026 Faim et froid, les deux frères jumeaux me tenaient par le bras depuis des semaines et avaient éteint toute ma flamme », dira-t-il.Il se retrouve dans la grande ville (Montréal, qui ne sera jamais nommée, mais qu\u2019on reconnaît), sans balise et découvre les gens dans la misère qu\u2019il veut aider.Un mystérieux personnage, monsieur K, veille sur lui\u2026 Markus devient alors itinérant.Il vit dans la ville, sans en comprendre ni la langue ni les codes.Il se met à remplir des carnets de mots sensibles, pleins de bonté.Il erre, tout comme son esprit qui l\u2019amène partout.Malgré sa sombre réalité, il rêve sans cauchemars, cherche la Mignonne ultime qui lui fait défaut et aide les plus démunis de la ville en se faisant, entre autres, livreur à vélo de repas chauds.Ce Markus est étrange, différent plutôt, et difficilement qualifiable.Il s\u2019émerveille de tout, mais est doté d\u2019un esprit critique de gauche.Il est écrivant et apprenant, bon et naïf, jeune et rêveur.À la 172e page, on ne comprend toujours pas forcément ou file cette histoire, mais on se laisse bercer par un récit imagé, inventif\u2026 Toujours magnifiquement écrit, à l\u2019exemple de cette phrase : « Moi non plus je ne partageais pas du tout le goût du Frais Monde pour les transports à pleine vitesse sous des tonnes de sol qui sont plus le territoire des vers de terre que celui des hommes libres.» « Ce livre, ce sont les mots et les yeux candides de Markus qui nous dévoilent les désastres ambulants partout, et l\u2019aveuglement du monde libre qui court, qui court pour se fuir lui-même », peut-on lire sur la quatrième de couverture.Enlève la nuit, « est un livre de lumière », c\u2019est l\u2019éveil.À la beauté, à l\u2019intelligence, à la fraternité, à la liberté et à l\u2019introspection.Monique Proulx, connue comme romancière, a reçu de nombreux prix et hommages.Son roman Le sexe des étoiles, adapté au cinéma, a été mis en lice aux Oscars et aux Golden Globe Awards.Marraine de longue date de L\u2019Itinéraire, l\u2019empathie de l\u2019auteure envers les personnes marginalisées n\u2019est pas la lubie d\u2019un roman.D\u2019ailleurs, Markus non plus ; lui qui est né de Ce qu\u2019il reste de moi, publié en 2017.L\u2019écrivaine entretient une relation profonde avec son personnage, admirative pourrait-on dire, au point de nous faire partager sa vie.Vous avez été quelques années sans publier.Qu\u2019est-ce qui vous a retournée à votre écritoire ?Une fois mon dernier livre terminé, j\u2019avais l\u2019impression que j\u2019avais tout dit.Mais Markus m\u2019habitait, j\u2019avais envie de faire connaître sa vie.Parlez-moi de Markus.Qui est-il fondamentalement ?C\u2019est un jeune homme de 20 ans, juif hassidique, qui, en voulant quitter le milieu où il a grandi, découvre un univers qui lui est inconnu, une langue, des rites de passage.Il est un bébé qui vient au monde.Il doit d\u2019abord apprendre la langue de son nouveau monde, du Frais Monde, ses rites, ses balises même s\u2019il n\u2019a aucun repère.C\u2019est un être bon, mais c\u2019est aussi un inquisiteur qui consigne ses pensées dans ses cahiers et qui correspond avec Monsieur K.Tout au long du livre, il y a des indices sur qui est Monsieur K, mais on ne le découvre vraiment qu\u2019à la toute fin.Quels sont les messages de cet ouvrage ?En fait, ce ne sont pas tellement des histoires que je raconte.Je veux que les lecteurs puissent faire une introspection, les tourner vers eux-mêmes.Dans un documentaire intitulé Humain, quelqu\u2019un disait : la trajectoire de la vie c\u2019est comme un enfant qui va porter au vieillard qu\u2019il sera, un flambeau en lui demandant : est-ce que j\u2019ai bien fait cela ?Ou est-ce que tu es content de moi ?C\u2019est comme si on voulait dialoguer avec nous, plus tard.Le but du livre, c\u2019est de nous rencontrer pour s\u2019assurer plus tard qu\u2019on a fait ce qu\u2019il fallait.Je veux que les gens ressassent leurs émotions, leurs pensées, leurs désirs.3 questions à Monique Proulx itineraire.ca 15 mai 2022 43 Humoriste Oui, je suis le meilleur ami de James William Awad Je suis son meilleur ami.Le James William que je connais, c\u2019est un garçon humble, discret, mais surtout, honnête.Un peu rêveur, j\u2019en conviens, mais ses démarches réalistes, utiles et nécessaires sont dignes et défendables.Mon meilleur ami est un gars simple.Ce n\u2019est pas un de ces jeunes nombrilistes à l\u2019âme pervertie par le pouvoir et l\u2019argent.Le 30 décembre 2021, mon incorruptible ami a organisé un séjour à Cancún avec les plus importants cerveaux de notre époque.Ce n\u2019était pas des vacances.Il s\u2019agissait, pour ces jeunes érudits entassés dans l\u2019Airbus de la sagesse, d\u2019un pèlerinage dans le mystérieux berceau maya.Ce retour aux sources avait pour but d\u2019étudier les comportements sociaux des civilisations méso-amé- ricaines.Peut-on reprocher à un homme d\u2019affaires d\u2019avoir un penchant pour l\u2019anthropologie ?J\u2019ai passé la dernière année à vivre dans son domaine à Bois- des-Filion et j\u2019ai vu de mes yeux des jeunes pertinents, brillants et bien élevés.Un environnement sain où s\u2019allient classe et bon goût.Bien sûr, ils aiment la musique, c\u2019est de leur génération ! Au-delà des décibels, les réunions organisées par mon ami (presque frère) James William Awad étaient en réalité des colloques intellectuels où se discutaient allégrement les enjeux primordiaux du développement humain.Un vent d\u2019espoir pour l\u2019espèce.C\u2019est dans cette communauté que j\u2019ai pu croître et me découvrir.James habite la plus jolie maison de la rue.Perchée au sommet du domaine, la demeure truffée de caméras inspire calme et chaleur.Le friand de jeux vidéo a seulement le flair pour les affaires.Il a littéralement aidé tout le monde que je connais et il n\u2019a aucun ennemi.Ce sont quelques placements en bourse qui lui ont permis de faire l\u2019acquisition, sans financement, de plus de 17 millions de dollars d\u2019actifs en immobilier.Il s\u2019est aussi modestement procuré, par le biais de bitcoins, le site james.com pour la modique somme de 533 000 $.Vous pourrez donc déduire que tout le monde l\u2019aime, c\u2019est dans sa nature de faire l\u2019unanimité.Certes, sa popularité et l\u2019admiration qu\u2019il commande attirent quelques détracteurs, mais les vraies bonnes personnes se rangent derrière lui.La force de James William, c\u2019est sa capacité à faire parler de lui uniquement pour les bonnes raisons.Impossible de lui trouver un seul défaut.Trop altruiste peut-être ?Le respect qu\u2019il impose est dû à son humilité.Un orateur raisonnable qui mérite l\u2019encensement d\u2019un peuple entier dans un monde à la dérive qui manque cruellement de braves gens comme lui.Aux langues sales qui osent douter de la légitimité de sa fortune, vous ne pouvez simplement pas assimiler le concept de décentralisation.Un concept pourtant clair et justifié.Je l\u2019ai moi-même saisi, comme d\u2019autres d\u2019ailleurs\u2026 Maintenant, est-ce que les médias de masse et les organismes gouvernementaux peuvent arrêter de s\u2019acharner sur lui ?L\u2019AMF, les banques, la police, l\u2019Agence du Revenu\u2026 pouvez-vous le laisser tranquille ?Mon ami est un homme occupé et tous les renseignements que vous lui demandez sont confidentiels.Fin de l\u2019histoire.Ce n\u2019est pas parce qu\u2019on veut se déplacer en limousine qu\u2019on est narcissique.Ce n\u2019est pas parce qu\u2019on paye un muffin en bitcoin qu\u2019on a quelque chose à cacher.Ce n\u2019est pas parce qu\u2019on veut exproprier nos voisins qu\u2019on est égoïste.Ce n\u2019est pas parce qu\u2019on possède plusieurs voitures de luxe qu\u2019on est matérialiste.Ce n\u2019est pas parce qu\u2019on est décentralisé qu\u2019on est déconnecté.Et oh, à ceux et celles qui le jugent d\u2019avoir fait changer son nom en l\u2019honneur du personnage de James Bond, cet agent secret alcoolique, agressif et phallocrate, et bien je ne remarque aucune toxicité dans la démarche.En attendant l\u2019entrée en bourse de Triple One, ne cherchez plus à comprendre, vous lirez la suite de l\u2019histoire dans son livre.Depuis trop longtemps, je rumine mes pensées dans l\u2019ombre, mais je prendrai mon courage à deux mains afin de vous dresser le VRAI portrait de James William Awad, l\u2019homme derrière le héros.Antoine Desrochers P a r N a m r o n C a m e l o t P J C b o u l .M o n k / P h a r m a p r i x O u t r e m o n t n o r m a r t m u s i c @ y a h o o .c a Solutions dans le prochain numéro Meure Émulsifier Montagne de Crète Aplaties Arquâtes Soubassement Se dit d\u2019un signe qui précède une infection Touché Amaigrir Enchanté Aurochs Lentille De l\u2019O.N.U.Ameublit Mille- pattes Lac d\u2019Écosse Invasions Crochet Rideau Deux En direction de Véritables Sélénium Mesurer Dresse Années Sels P I P P E V R S E R S R E E L L E S I B N E U R E O N U I S E N O L E T A E S M E U A R V I I I S E S E E M A I C E R R P E D L E L E N A S E S S T S O R E T 8 9 5 3 5 8 7 9 2 4 1 6 4 2 7 6 3 1 9 5 8 6 9 1 5 8 4 7 3 2 7 8 9 4 2 3 5 6 1 5 3 6 1 7 9 2 8 4 2 1 4 8 5 6 3 7 9 1 4 3 9 6 5 8 2 7 9 7 5 2 1 8 6 4 3 8 6 2 3 4 7 1 9 5 - 1er mai 2022 Pouvez-vous trouver les sept différences dans cette illustration ?Bonne chance ! 7 9 3 1 5 4 1 8 7 3 2 3 8 7 6 5 6 4 3 1 7 6 2 4 8 5 8 9 2 6 4 3 4 7 Placez un chiffre de 1 à 9 dans chaque case vide.Chaque ligne, chaque colonne et chaque boîte 3x3 délimitée par un trait plus épais doivent contenir tous les chiffres de 1 à 9.Chaque chiffre apparaît donc une seule fois dans une ligne, dans une colonne et dans une boîte 3x3.détente Filtrée Procédure en cas d\u2019urgence Individu qui encaustique Que l\u2019on doit rendre Farine Équipais Étable à cochons Ville de France Poissons au vin Qui a l\u2019apparence de la farine Canal Intermédiaire entre deux isomères Adoucissant Mesure itinéraire chinoise Devine Attacher Pronom Mollusque Tour Onde Récolta Île d\u2019Autriche À toi Expert À elle Iridium Fer Mélusine horizontalement 1.Obscurcirent.2.Pompe.- Instruit.3.Branche.- Entraînant.4.Colère.- Perroquet.- Compagnie ferroviaire.5.Hiérarchie fondée sur le niveau d\u2019instruction.6.Pronom.- Actionnes.- Accompagne Jésus-Christ.7.Attachée.- Enzyme.- Rad.8.Atome.- Astate.- Émotions.9.Étain.- Ainsi soit-il.- Opinion.10.Épiçant.verticalement 1.Exploita au mieux.2.Vase.- Groupes d\u2019atomes.3.Africain.4.Utilise.- Terre entourée d\u2019eau.- Coulée de lave.5.Béryllium.- Symbole.- Copain.6.Condiments.7.Mollusques terrestres.- Théâtre.8.Aire de vent.- Mouvement impétueux.9.Passas à l\u2019eau.- Dialecte chinois.10.Existant.- Erra.11.Auteur de Vénus erotica.- Asiatique.12.Repas.- Manche.ILLUSTRATION BY LEON JEAN JOSEPH DUBOIS (1780-1846) ORIGINAL FROM THE NEW YORK PUBLIC LIBRARY DONS + CARTES-REPAS TOTAL DE MA CONTRIBUTION : $1 MODE DE PAIEMENT Chèque au nom du Groupe communautaire L\u2019Itinéraire Visa MasterCard Code de vérification de la carte (CVC) : l___l___l___l No de la carte : l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l Expiration / (Mois) (Année) Signature du titulaire de la carte Postez votre coupon-réponse au Groupe communautaire L\u2019Itinéraire 2103, rue Sainte-Catherine Est, 3e étage, Montréal (Québec) H2K 2H9 No de charité de l\u2019organisme : 13648 4219 RR0001 JE VEUX M\u2019ABONNER AU MAGAZINE : Je m\u2019abonne pour une période de : 12 mois, 24 numéros (125 $ avec taxes) 6 mois, 12 numéros (65 $ avec taxes) Nom ou No de camelot (s\u2019il y a lieu) : JE FAIS UN DON DE : 40 $ 50 $ 75 $ 100 $ ou $1 JE VEUX ACHETER DES CARTES-REPAS : J\u2019offre cartes-repas à 6 $ chacune = $1 Vous voulez les distribuer vous-même ?Cochez ici : 1 Pour respecter l\u2019écologie et réduire ses frais postaux, L\u2019Itinéraire envoie le reçu d\u2019impôt une seule fois par année, au début de janvier suivant le don.Vous pouvez faire un don directement en ligne sur notre site itineraire.ca IDENTIFICATION Mme M.Nom : Prénom : Adresse : Ville : Code postal : _ _l_ _l_ _ - _ _l_ _l_ _ Courriel : Téléphone : ( ) 514 597-0238, poste 228 \u2022 luc.desjardins@itineraire.ca Pour rejoindre notre service aux donateurs : Un retour en salle pour nos camelots en stage à La Presse L\u2019Itinéraire est un média, oui, mais c\u2019est aussi une plateforme de formation, de développement social et d'expériences journalistiques pour les camelots qui s\u2019y investissent.Parmi eux, Gabriel Lavoie, Agathe Melançon et Mathieu Thériault participeront du 16 au 20 mai à la 6e édition des stages La Presse.Cette année, la cohorte sera répartie entre les actualités générales, les arts et la section éditoriale du quotidien.La Presse, partenaire de longue date du Groupe communautaire, réserve à nos trois rédacteurs un accueil chaleureux dans leur locaux et une semaine riche en apprentissages auprès de journalistes d'expérience qui vibrent à l\u2019idée de transmettre leur savoir.Jumelés à ces artisans, nos camelots plongeront au cœur de la construction de l\u2019information pour y découvrir le fonctionnement d\u2019une salle de presse, goûter à sa dynamique, affûter leur œil de journaliste et parfaire leur qualité de rédacteur.trice.Une expérience attendue chaque année, dont les acquis seront valorisés dans les pages des prochaines éditions.Restez à l\u2019affût ! S T AGIAIR E S 2022 P U B L I C I T É deliceboreal.com Fiers fournisseurs de tisanes Inuit au Café de la Maison ronde ON REMPLIT VOTRE TASSH ou Qui * \u2019, ?[AA { \u201c BROSSARD BROSSARD\" "]
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