L'itinéraire, 1 janvier 2022, samedi 1 janvier 2022
[" PAYEZ VOTRE MAGAZINE PAR TEXTO AUPRÈS D\u2019UN CAMELOT AUTORISÉ Volume XXIX, n?01 Montréal, 1er janvier 2022 Tellement Tellement Montréal.hockey.Octobre 2021 à avril 2022 Centre Bell Bonaventure Lucien-L\u2019Allier P U B L I C I T É L\u2019arrondissement de Ville-Marie reconnaît l\u2019excellent travail de l\u2019équipe du magazine L\u2019Itinéraire.Camelot n° 1544 \u2022 Âge 59 ans Point de vente Métro McGill Mario St-Denis Par Christine Barbeau ?Bénévole à la rédaction PHOTO CARLA BRAGA Dans la rue, Mario a vécu deux périodes sombres séparées par 22 années passées auprès de la femme de sa vie.Mario est né à Mercier, en Montérégie.À l\u2019âge de 8 ans, il a été adopté par un couple qu\u2019il considère comme ses vrais parents.« Ils ont été vraiment bons pour moi.C\u2019est pas de leur faute si j\u2019ai mal viré.» Les cours de français, d\u2019anglais et d\u2019histoire, très peu pour lui.À part la menuiserie, la mécanique et les sports, aucun cours ne l\u2019intéressait.« À partir de 15 ans, je n\u2019ai plus vraiment fréquenté l\u2019école.J\u2019y allais, mais je rentrais par une porte et je sortais par l\u2019autre.» Mario a quitté la maison familiale à 18 ans et s\u2019est retrouvé sur la Main à Montréal.« Je voulais faire ma vie, mais je l\u2019ai regretté, c\u2019est sûr.J\u2019ai fait des conneries.Je ne faisais vraiment pas de bons choix et je me tenais avec du monde pas fréquentable.» Mario s\u2019est retrouvé en prison pour la première fois à 19 ans.Ses années de galère se sont poursuivies jusqu\u2019à l\u2019âge de 32 ans.Alors qu\u2019il était attablé dans un restaurant près du métro Papineau, une femme est venue lui demander du feu.« On a jasé puis on a commencé à sortir ensemble et finalement, on est restés ensemble pendant une vingtaine d\u2019années.Tout le temps que j\u2019ai été avec elle, je n\u2019ai pas pris un coup et je n\u2019ai pas fait de conneries.» Mais il y a quatre ans, son amoureuse s\u2019est effondrée à ses côtés, victime d\u2019un AVC.« J\u2019ai essayé de la ranimer, mais elle était déjà morte.» Celle qui l\u2019avait amené à changer de vie lui manquait beaucoup et le choc de sa perte à ramené Mario à ses vieux démons.Alors qu\u2019il s\u2019était retrouvé à vivre dans la rue après le décès de sa femme, sa bonne amie Diane, qu\u2019il appelle tous les jours, l\u2019a aidé à ne pas sombrer.Puis, son cousin est venu à sa rescousse.« Il m\u2019a dit que je ferais mieux de vendre L\u2019Itinéraire plutôt que de vendre de la dope.» Et finalement, grâce à Isabelle, intervenante à L\u2019Itinéraire, Mario habite maintenant un logement abordable qui lui convient bien.Depuis qu\u2019il a repris le contrôle de sa vie, Mario préfère ne pas ressasser ses années troubles.Il savoure les petits plaisirs de la vie, comme déguster un bon steak qu\u2019il apprête avec des champignons ou écouter des films d\u2019action à la télé.« Vendre L\u2019Itinéraire, ça me change les idées.Si j\u2019avais pas ça, ça irait pas bien.Je me lève quand je veux, je travaille quand je veux et il n\u2019y a pas de police qui vient me réveiller.Mon réveille-matin, c\u2019est le bruit que font les ouvriers qui travaillent dans la rue.» RÉDACTION ET ADMINISTRATION 2103, rue Sainte-Catherine Est Montréal (Qc) H2K 2H9 LE CAFÉ L\u2019ITINÉRAIRE 2101, rue Sainte-Catherine Est Téléphone : 514 597-0238 Télécopieur : 514 597-1544 Site : www.itineraire.ca ISSN -1481-3572 Numéro de charité : 13648 4219 RR0001 Dépôt légal Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque de l\u2019Assemblée nationale du Québec PARTENAIRES MAJEURS L\u2019Itinéraire EST MEMBRE DE PRINCIPAUX PARTENAIRES DE PROJETS Nous tenons à remercier le ministère de la Santé et des Services sociaux de même que le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l\u2019Île-de-Montréal pour leur contribution financière permettant ainsi la poursuite de notre mandat.ÉCRIVEZ-NOUS ! courrier@itineraire.ca Des lettres courtes et signées, svp ! La direction de L\u2019Itinéraire tient à rappeler qu\u2019elle n\u2019est pas responsable des gestes des vendeurs dans la rue.Si ces derniers vous proposent tout autre produit que le magazine ou sollicitent des dons, ils ne le font pas pour L\u2019Itinéraire.Si vous avez des commentaires sur les propos tenus par les vendeurs ou sur leur comportement, communiquez sans hésiter avec Charles-Éric Lavery, chef du développement et de l\u2019impact social à : c.e.lavery@itineraire.ca | 514 597-0238 poste 222 NDLR Nous nous réservons le droit de corriger et de raccourcir les textes Mots de lecteurs VENTES PUBLICITAIRES 514 597-0238 poste 234 publicite@itineraire.ca Interaction du quartier Community Council Peter-McGill IMPRIMEUR SOLISCO 120, 10E RUE SCOTT (QUÉBEC) Le journal L\u2019Itinéraire a été créé en 1992 par Pierrette Desrosiers, Denise English, François Thi- vierge et Michèle Wilson.À cette époque, il était destiné aux gens en difÏculté et offert gratuitement dans les services d\u2019aide et les maisons de chambres.Depuis mai 1994, le journal de rue est vendu régulièrement par les camelots.Aujourd\u2019hui le magazine bimensuel est produit par l\u2019équipe de la rédaction et plus de 50 % du contenu est rédigé par les camelots.P R I X J U D I T H - J A S M I N 2 0 2 0 F P J Q Le Groupe L\u2019Itinéraire a pour mission de réaliser des projets d\u2019économie sociale et des programmes d\u2019insertion socioprofessionnelle, destinés au mieux-être des personnes vulnérables, soit des hommes et des femmes, jeunes ou âgés, à faible revenu et sans emploi, vivant notamment en situation d\u2019itinérance, d\u2019isolement social, de maladie mentale ou de dépendance.L\u2019organisme propose des services de soutien communautaire et un milieu de vie à quelque 200 personnes afin de favoriser le développement social et l\u2019autonomie fonctionnelle des personnes qui participent à ses programmes.Sans nos partenaires principaux qui contribuent de façon importante à la mission ou nos partenaires de réalisation engagés dans nos programmes, nous ne pourrions aider autant de personnes.L\u2019Itinéraire, ce sont plus de 2000 donateurs individuels et corporatifs qui aident nos camelots à s\u2019en sortir.Merci à tous ! Convention de la poste publication No40910015, No d\u2019enregistrement 10764.Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada, au Groupe communautaire L\u2019Itinéraire 2103, Sainte-Catherine Est Montréal (Québec) H2K 2H9 Prix de vente 1,50 $ 1,50 $ l\u2019achètent camelots Les paie l\u2019impression + coûts de production Nous reconnaissons l\u2019appui financier du gouvernement du Canada.Les opinions exprimées dans cette publication (ou sur ce site Web) ne reflètent pas forcément celles du ministère du Patrimoine canadien.LUC DESJARDINS Directeur général et éditeur ADMINISTRATION ESTELA SOLORZANO Responsable de la comptabilité MARCELA CHAVES Adjointe comptable \u2013 Commis au dépot RÉDACTION JOSÉE PANET-RAYMOND Éditrice adjointe et rédactrice en chef ALEXANDRA GUELLIL Journaliste responsable société KARINE BÉNÉZET Journaliste responsable de la formation des participants CARLA BRAGA Création visuelle Photo de la une DAVID HIMBERT Photomontage CARLA BRAGA DÉVELOPPEMENT PHILANTHROPIQUE ET RÉSEAUX SOCIAUX JOSÉE LABRECQUE Conseillère principale développement philanthropique PASCALE PLANET Gestionnaire de communauté DÉVELOPPEMENT SOCIAL CHARLES-ÉRIC LAVERY Chef du développement et de l\u2019impact social VANESSA TREMBLAY Chargée de projets \u2013 Distribution ISABELLE LACHARITÉ, THOMAS WAYLAND et MAUDE ROMPRÉ Intervenants psychosociaux PIERRE TOUGAS Responsable du Café JEAN-CHRISTOPHE RUEL Coordonnateur service alimentaire PROGRAMME MAISON RONDE MARILOU MAISONNEUVE Chargée de projets DENIS DI TOMASSO Coordonnateur à la formation des participants JEANNE MARION Intervenante TAMARA LACASSE Barista sociale CONSEIL D\u2019ADMINISTRATION Présidente JESSICA MAJOR - Davies Ward Phillips & Vineberg S.E.N.C.R.L./ s.r.Vice-président YVON MASSICOTTE - Camelot de L\u2019Itinéraire Trésorier NICK KAMINARIS - Nuvei Secrétaire EMNA BRAHAM Administrateurs MIVILLE TREMBLAY SOPHIE RONDEAU - Avocate et doctorante en droit JEAN-CLAUDE NAULT - Camelot de L\u2019Itinéraire JEAN-PAUL LEBEL - Camelot de L\u2019Itinéraire ROGER PERREAULT - Camelot de L\u2019Itinéraire DANIEL PRINCE - Représentant des camelots BÉNÉVOLES CHRISTINE BARBEAU, MARIE BRION, ANITA BARSETTI et DANIELA ARANIBAR Bénévoles à la rédaction PAUL ARSENAULT, LUCIE LAPORTE et SYLVIE POIRIER Bénévoles à la révision De la part de toute l\u2019équipe de L\u2019Itinéraire, à vous qui nous lisez fidèlement : que cette nouvelle année se déroule sous le signe de la santé, de l\u2019amour, de l\u2019harmonie et de la bienveillance.Merci de croire en une société plus juste et inclusive.Merci de soutenir L\u2019Itinéraire et nos camelots ! On aime ça vous lire ! Vous nous dites souvent que vous aimez L\u2019Itinéraire, que vous avez apprécié tel article, que vous aimez notre magazine.Eh bien, écrivez-nous pour nous le dire ! Cette section vous est réservée tout spécialement.Bonne année 8 Rond-point international 10 En toute liberté La vie au sommet Mathieu Thériault 28 Chronique Je suis un gars chanceux et reconnaissant ! Bertrand Derome 30 Dans la tête des camelots La première neige 32 Culture L'art du pain Karine Bénézet 40 Espace sciences Yves Grégoire 42 BD Siou 43 C\u2019t\u2019encore drôle Marie-Ève Saucier 44 Détente C A R L A B R A G A M A T H I E U T H É R I A U L T K A R I N E B É N É Z E T Mots de camelots 32 10 3 3 Zoom sur Mario St-Denis 9 Christian Tarte 9 Lynn Champagne 9 Daniel Prince 29 Jean-Jeannette Devost 29 Gilles Bélanger 29 Gabriel Lavoie 12 Alexandra Guellil À la Une Depuis le 1er janvier 2021 jusqu\u2019à la mi-novembre, en raison de notre calendrier éditorial, la rédaction de L\u2019Itinéraire a tenu un journal de bord des actualités quotidiennes, nationales et internationales.Ce journal a été envoyé à David Goudreault pour qu\u2019il nous livre son regard sur ces événements qu\u2019on a tendance à oublier au fil du temps.1er janvier 2022 Volume XXIX, no 01 19 camelots ont participé à cette édition Don d\u2019un ange Le soir du 20 novembre dernier, je vendais L\u2019Itinéraire sur la rue Ontario, au coin de Aylwin.J\u2019y ai rencontré un être sympathique, généreux de son cœur et de son âme, qui a dépassé toutes mes attentes.Il s\u2019appelle Marc Primeau.Par une journée froide et venteuse, cet homme m\u2019a offert un café que j\u2019ai vite accepté.Après avoir fini de vendre mes magazines, on a marché ensemble pendant une demi-heure en parlant de nos vies.À la fin, je lui ai dit que je devais aller faire mon épicerie.Il m\u2019a alors offert un choix : soit il me donnait 20 $, soit il m\u2019accompagnait à l\u2019épicerie et il payait la facture.J\u2019ai tout de suite choisi l\u2019épicerie, sachant que je manquais de nourriture chez moi.Arrivés à la caisse, j\u2019ai été étonnée de voir M.Primeau payer la facture avec un grand sourire.Une autre surprise m\u2019attendait : il a payé le taxi pour que je puisse rentrer chez moi et en plus, il m\u2019a remis les 20 $ qu\u2019il m\u2019avait proposés au début.Je l\u2019ai remercié pour tout et je lui ai dit honnêtement et ouvertement à quel point son aide réglait mes problèmes.Il ne m\u2019a pas juste offert sa générosité, mais aussi une pause dans ma misère.Merci, Marc Primeau.Ce sont des gens comme vous qui rendez le monde meilleur.Vous avez illuminé mon chemin dans les ténèbres.Ce beau moment m\u2019a réconfortée l\u2019âme.Vous avez reconnu mes besoins, vous êtes mon ange gardien.Je souhaite que le bonheur que vous répandez autour de vous vous soit rendu au centuple.Retour de réveillons Nous voilà déjà à la nouvelle année.En 2021, nous avons pu recevoir familles et amis, ce qui nous était interdit l\u2019an passé.Chez moi, il n\u2019y a pas eu un grand changement, car nous ne sommes que trois personnes dans la famille, mais pour les gens qui en ont une plus nombreuse, ils ont dû recevoir, festoyer et distribuer des cadeaux quelques jours d\u2019affilée pour rattraper les Fêtes de l\u2019an passé.Même le père Noël n\u2019a pas pu faire sa tournée annuelle.Il a dû demander l\u2019aide de tous les parents pour être certain que tous les enfants aient leurs cadeaux à temps malgré la pandémie.Mais cette année, il était de retour en pleine santé grâce aux deux vaccins reçus (rires).Mon plus beau cadeau serait que les travailleurs de bureau soient aux rendez-vous à mon retour des Fêtes.Car ça fait maintenant plus de 21 mois que je ne vois plus mes clients réguliers.Je ne voudrais pas qu\u2019il y ait encore un autre report pour ce retour tant attendu par tous les camelots du centre-ville.Pour ce qui est de cette année qui se termine, je fais un bilan très positif de mon cheminement et de mon évolution dans mes tâches à L\u2019Itinéraire.J\u2019anticipe l\u2019année 2022 avec beaucoup de bonnes énergies.Je voudrais prendre le temps de vous souhaiter une Bonne Année, remplie d\u2019espoir et de joie de tous vous revoir en 2022.DANIEL PRINCE CAMELOT MÉTRO BONAVENTURE ET PROMENADE MASSON / 3E AVENUE LYNN CHAMPAGNE CAMELOT PJC PROMENADE ONTARIO ET MÉTRO PLACE DES ARTS CHRISTIAN TARTE CAMELOT PHARMACIE JEAN-COUTU 28E AVENUE / BEAUBIEN Ma petite arnaqueuse Un dimanche matin, mon fils, ma petite-fille et moi allons déjeuner au restaurant.Nous commandons un déjeuner complet pour nous deux et une assiette de fruits pour la bestiole.Tout se passe à merveille, on mange, on discute, la petite mange ses fruits avec appétit ; banane, raisins et deux quartiers d\u2019orange avec la pelure qu\u2019elle massacre, mâchouille et finalement ne terminera pas.Mon repas achevé, j\u2019allais attaquer les fruits dans mon assiette et j\u2019aperçois la p\u2019tite bête, l\u2019air coquin, reluquer les raisins avec envie.De son sourire craquant, elle me demande si elle peut les avoir.Je lui réponds que ce sont mes raisins.Alors elle me donne ses deux quartiers d\u2019orange peu appétissants et prends mes raisins.Et voilà mon fils qui regarde sa fille avec un brin de fierté dans les yeux ! Merde ! Je viens de me faire avoir, me dis-je.Je lui demande si je peux en avoir au moins un.avec ses petits doigts elle m\u2019en tend un, et ne craignez rien, elle bouffe tout le reste.Imaginez.Trois ans et demi et déjà une petite arnaqueuse.Ça promet ! Bon OK, j\u2019avoue que je me suis fait un peu, pas mal et très certainement laissé escroquer.Que voulez-vous, en tant que papy de cette petite-fille, je souffre de mollesse chronique en sa présence, comme probablement beaucoup de grands-parents.Traduction Alexandra Guellil L\u2019Itinéraire est membre du International Network of Street Papers (Réseau international des journaux de rue).Le Réseau apporte son soutien à près de 100 journaux de rue dans 35 pays sur six continents.Plus de 250 000 sans-abri ont vu leur vie changer grâce à la vente de journaux de rue.Le contenu de ces pages nous a été relayé par nos collègues à travers le monde.Pour en savoir plus, visitez insp.ngo.FRANCE Le coût d\u2019un passeur L\u2019histoire se passe quelques jours après que les migrants ont commencé à installer des tentes le long d\u2019une ancienne voie ferrée à Dunkerque, dans le nord de la France.Dawan Anwar Mahmud, un des réfugiés du camp, originaire du Kurdistan irakien, a rapidement saisi l\u2019opportunité de construire le premier restaurant de fortune.Avec une charpente en bois provenant des arbres voisins et une bâche, le restaurant construit en une journée est légèrement plus solide qu\u2019une tente.Dawan Anwar Mahmud souhaitait commencer à gagner de l\u2019argent après avoir perdu plus de 2 000 $ au profit d\u2019un passeur à son arrivée en France à la fin de l\u2019été.« J\u2019ai ouvert ce restaurant pour aller en Angleterre », expliquait-il aux journalistes au moment de leur rencontre.Il y a quelques semaines, un bateau avec plus de 29 personnes à bord a chaviré dans la Manche.Seules deux personnes ont survécu, rappelant les grands risques que prennent les migrants pour atteindre la Grande-Bretagne par l\u2019une des voies navigables les plus fréquentées au monde.Même avant sa traversée, l\u2019homme était terrifié.Un mois avant, il avait refusé d\u2019embarquer dans un bateau avec 47 autres personnes par peur d\u2019y laisser sa peau.Le passeur lui avait alors cassé son téléphone pour s\u2019assurer qu\u2019il n\u2019appellerait pas la police.Avec son restaurant, Dawan Anwar Mahmud prévoyait récolter suffisamment d\u2019argent pour embarquer sur un bateau avec moins de monde ou, mieux encore, éviter la mer et prendre un camion.(Reuters / INSP) J U A N M E D I N A | R E U T E R S ALLEMAGNE Elles ont échappé aux nazis Franche et lucide quelque temps avant son décès en 2002, Hélène Podliasky a raconté à sa petite-nièce comment un groupe de neuf femmes, dont elle était à la tête, a réussi à s\u2019échapper du camp de concentration de Ravensbrück, en Allemagne.On approchait de la fin de la Seconde Guerre mondiale, en 1945.Les commandants du camp réservé aux femmes tentaient d\u2019effacer toute trace de leur barbarie en envoyant 5 000 femmes sur la route, dans une marche forcée, sans presque aucune ration de survie.Les gardes avaient pour ordre de les abattre au moindre signe de fatigue.Hélène Podliasky, une Française alors âgée de 24 ans, faisait partie, avec huit autres femmes, d\u2019un groupe de résistantes.Elle et ses amies ont réussi à prendre la fuite du convoi et c\u2019est cela qui lui a sauvé la vie.La dame a attendu plusieurs années avant de révéler son histoire à sa petite nièce Gwen Strauss.Si Mme Podliasky n\u2019en avait jamais parlé avant, c\u2019était surtout en raison de la honte rattachée au fait d\u2019avoir été dans un camp de concentration, où les gardiens forçaient les femmes à avoir des relations sexuelles.Gwen Strauss, une écrivaine de romans pour adultes et enfants, a décidé d\u2019écrire cette histoire qui méritait d\u2019être racontée.L\u2019auteure s\u2019est rendue dans l\u2019ancienne Allemagne nazie pour comprendre l\u2019histoire de ce groupe de femmes et, au bout de quatre ans de recherches quasi obsessionnelles, elle a pu retracer l\u2019histoire de sa grand-tante et de ses amies dans un livre qui détaille leur évasion, mais aussi la façon dont elles ont échappé aux bombes des alliés lorsqu\u2019elles tentaient de trouver les troupes américaines qui les ont finalement sauvées.(Big Issue North / INSP) G E T T Y I M A G E S | I N S P 9 itineraire.ca 1er janvier 2022 itineraire.ca 1er janvier 2022 L\u2019image qui vaut 1 000 mots Avoir été cinéaste, je n\u2019aurais probablement jamais eu le talent de créer une scène aussi parlante et frappante.Après le mémorial au square Cabot, les quelque dizaines de personnes venues se recueillir en la mémoire de Mme Pootoogook ont entamé une courte marche vers l\u2019endroit précis où le corps de l\u2019aînée a été retrouvée par une passante vers 8 h 30 le matin.Des gerbes de fleurs et des couronnes ont été déposées sous un immense panneau promotionnel d\u2019une de ces tours à condos présentement en construction (c\u2019est la photo qui coiffe cet article si vous ne l\u2019avez toujours pas remarquée).Sur la photo promotionnelle des condos à venir, au 1111 Atwater, on peut apercevoir une dame d\u2019un chic et d\u2019une richesse ostentatoires, dont la seule robe vaut probablement plus que ce que gagnait Mme Pootoogook en plusieurs années.Le slogan pour la vente de ces petits bijoux immobiliers : « L\u2019exclusivité de la vie au sommet ».Il me semble que c\u2019est oublié pas mal vite qu\u2019avant la construction des ghettos de riches, c\u2019est un hôpital pour enfants qu\u2019on retrouvait sur place.Que justement lorsqu\u2019on est tout en bas du sommet, il est possible de mourir de froid, seule, frêle, malade et isolée, avant même la mi-novembre.Pas en plein mois de janvier, quand il fait 30 sous zéro la nuit ! Gentrification et itinérance Le plus ironique dans cette affaire \u2014 j\u2019allais dire drôle, mais ce n\u2019est vraiment pas le bon mot \u2014 c\u2019est que l\u2019une des dernières personnes à avoir vu Mme Pootoogook vivante est justement un intervenant de l\u2019organisme Résilience, un organisme qui offre des repas, des vêtements et un accueil toujours chaleureux aux quelque centaines de personnes qui forment la communauté itinérante du secteur ouest du centre-ville de Montréal.Malheureusement, faute de financement, cet organisme doit fermer ses portes chaque jour à 15 h.Le centre \u2014 qui a reçu un important financement pour s\u2019offrir un nouveau local à proximité du square Cabot sera bientôt démoli pour faire place à, devinez quoi.eh oui, encore d\u2019autres condos.La valeur d'une vie Un jour, j\u2019aimerais bien qu\u2019on m\u2019explique comment il est possible qu\u2019on parvienne à ériger ces tours comptant des centaines d\u2019unités en quelques mois alors que pour une coop de logements sociaux, il faut souvent attendre des années avant de la voir sortir de terre.J\u2019aimerais bien aussi qu\u2019on m\u2019explique quelle sera la perception du vivre- ensemble et de la mixité sociale des milliers de résidents à venir de tous ces condos quand ils croiseront chaque jour toutes ces personnes itinérantes dans le square Cabot.Trop de personnes que la misère et la pauvreté ont marqué au fer rouge, hypothéquant et stigmatisant leur corps et leurs visages à jamais.Il est vrai, on a promis d\u2019importantes subventions à l\u2019organisme Résilience pour qu\u2019il puisse continuer son travail extraordinaire dans le secteur.Sauf qu\u2019il n\u2019est pas bien dur de figurer que de trouver un local accessible, assez grand et relativement abordable dans cette portion du centre-ville relève pratiquement de « mission impossible 2021 ».Si vous traversez le square Cabot, vous aurez d\u2019ailleurs l\u2019occasion de visiter le Café de la Maison Ronde, un projet initié depuis plus de cinq ans par L\u2019Itinéraire, l\u2019organisme qui publie le magazine que vous lisez présentement.Le Café, en plus de vendre des mets d\u2019inspiration autochtone, offre un programme de formation et de travail payé à la journée à des personnes autochtones vulnérables.Vous croiserez aussi une grande tente blanche qu\u2019on a inaugurée après la mort de Raphael Napa André, un homme innu mort de froid dans une toilette chimique de Milton- Parc, durant le couvre-feu, parce qu\u2019il était 21 h 30, qu\u2019il avait nulle part où aller et qu\u2019il avait peur de la police.Encore une fois, l\u2019accès au financement menace l\u2019existence même de cet abri de fortune.Depuis presque deux ans maintenant la société et le gouvernement nous ont prouvé qu\u2019il était possible de tout mettre en œuvre pour affronter une crise grave.L\u2019itinérance, la crise des opiacées et la pauvreté ne sont-elles pas aussi des crises de santé publique d\u2019urgence majeure ?Si non, est-ce que c\u2019est juste moi ou toutes les vies humaines n\u2019ont pas la même valeur aux yeux des dirigeants et des bien nantis ?La vie au sommet P H O T O S M A T H I E U T H É R I A U L T Camelot Bernard / de l\u2019Épée par Mathieu Thériault Le 22 novembre 2021, avait lieu au square Cabot une cérémonie funéraire en l\u2019honneur d\u2019une femme inuite, Elisapie Pootoogook, 61 ans, morte de froid huit jours avant.Si vous n\u2019êtes pas trop familiers avec le secteur, le square Cabot est situé juste à côté du métro Atwater, sur Sainte- Catherine, tout près de la Place Alexis-Nihon et de l\u2019ancien Forum.Le Square est aussi un lieu où se rassemble depuis des années une importante communauté autochtone \u2013 majoritairement inuite \u2013 itinérante, qui fréquente l\u2019organisme Résilience situé aussi à un jet de pierre.La place est aussi ceinturée par plus d\u2019une dizaine d\u2019immenses tours à condos de luxe \u2014 récemment construites ou en voie de l\u2019être \u2014 et fait donc figure par excellence du symbole de la transformation et de la gentrification du centre-ville de Montréal.L\u2019extrême richesse y côtoie l\u2019extrême détresse, et disons que le mariage de ces deux mondes n\u2019est pas toujours des plus heureux.itineraire.ca 1er janvier 2022 11 10 Depuis le 1er janvier 2021 jusqu\u2019à la mi-novembre, en raison de notre calendrier éditorial, la rédaction de L\u2019Itinéraire a tenu un journal de bord des actualités quotidiennes, nationales et internationales.Ce journal a été envoyé à David Goudreault pour qu\u2019il nous livre son regard sur ces événements qu\u2019on a tendance à oublier au fil du temps.Pour le romancier, poète, travailleur social et ami de L\u2019Itinéraire, ces 12 derniers mois ont été marqués par des « tragédies transversales », liées évidemment à la pandémie, mais aussi à la polarisation des idées, au confinement et reconfinement.Impossible donc, selon lui, de passer outre les tensions sociales qui ont été (et sont encore) au cœur de l\u2019actualité.Se souvenir de 2021 Par Alexandra Guellil Journaliste responsable des dossiers société À propos de l\u2019illustrateur ELDIABLO Ayant fait ses premières armes en France dans la revue Psikopat au début des années 90, ELDIABLO est un ex-jeune banlieusard touche-à-tout, aussi à l'aise dans la BD que le cinéma ou la série télé.Préférant le fond à la forme, il ne s'interdit aucun mode d'expression artistique.On lui doit, entre autres, les séries Lascars et Les Kassos dont il est coauteur.Issu de la culture hip-hop, le peintre et dessinateur prête aussi son inspiration à d'autres artistes en tant que scénariste.ELDIABLO vit à Montréal depuis 2015, où il attend le grand effondrement en buvant de l'IPA au sirop d'érable\u2026 LA PRISE D\u2019ASSAUT DU CAPITOLE Il y a eu ce 6 janvier.Les premières images sont spectaculaires dans les salles de presse et on y croit qu\u2019à moitié : le Capitole, symbole de la démocratie américaine, est pris d\u2019assaut par les partisans de Trump dans une dernière tentative de bloquer la certification des résultats du vote de l\u2019élection présidentielle américaine de 2020 qui nomme Joe Biden comme le 46e président des États-Unis.Réunis par milliers à Washington avec leurs pancartes arborant fièrement un « Save America », ils prétextent que l\u2019élection a été volée à Donald Trump.Ce dernier utilisait les réseaux sociaux pour les inciter à « se battre de toutes leurs forces ».Les réactions nationales et internationales s\u2019accumulent et les condamnations aussi.Trump doit finalement admettre sa défaite et promettre une transition harmonieuse avec Biden.Cinq morts sont à déplorer.« Ça a été extrêmement fort au niveau symbolique, de même que pour l\u2019 image envoyée, croit David Goudreault.Ça a donné une certaine vision de la décadence dans laquelle le monde peut plonger quand des institutions comme celles-là sont prises d\u2019assaut.» L\u2019auteur souligne alors que toute cette histoire autour de la procédure de destitution de Trump, qui n\u2019a finalement pas abouti, aurait permis de questionner notre rapport à la justice.« Une redéfinition du système judiciaire s\u2019est faite, pour le meilleur et pour le pire, notamment avec notre rapport aux réseaux sociaux.Tout cela faisait suite aux décisions qui nous ont laissés, en tant que société, perplexes, comme dans le cas des affaires Rozon et Salvail.» C\u2019est la raison pour laquelle il plaide pour une réappropriation du système judiciaire qui devrait être faite par la population afin d\u2019éviter que « justice se fasse par le tribunal médiéval des réseaux sociaux ».Aux États-Unis, Joe Biden est, admettons-le, un peu moins spectaculaire que son prédécesseur.De cette année, on retiendra néanmoins le retrait des troupes américaines en Afghanistan et la menace du retour des talibans, les chicanes autour du prix du pétrole, la discrétion dont fait preuve Kamala Harris, les réformes sociales qui sont discutées au Congrès et, enfin, la gestion de la pandémie du gouvernement avec notamment la réouverture de la frontière pour les voyageurs internationaux.Dès les premiers jours de janvier 2021, la pandémie continue de faire les manchettes.Mesures restrictives au Québec, voyages internationaux autorisés sous certaines conditions, fraudes et failles du système fédéral, le Québec se remet d\u2019un temps des Fêtes un peu particulier, loin de nos proches ou tout du moins, en petit comité, dans une bulle familiale.Le tout se fait sous fond de quelques scandales politiques et sociaux allant de la perte de responsabilité de Pierre Arcand au Parti libéral du Québec (PLQ), qui revenait d\u2019un voyage dans le Sud, à la découverte macabre d\u2019une fillette de 7 ans à Laval, qui avait déjà fait l\u2019objet d\u2019un signalement à la DPJ.On tente de reprendre notre souffle entre deux bulletins de nouvelles, interpellés par l\u2019espoir du début de la campagne de vaccination contre la COVID-19.Et puis\u2026 Le Capitole, symbole de la démocratie américaine, pris d\u2019assaut par les partisans de Trump.François Legault et Justin Trudeau lors d\u2019une conférence de presse sur l\u2019industrie aérospatiale à Montréal, en juillet 2021.Joe Biden lors de son discours du temps des Fêtes devant des PDG d\u2019entreprises de différents secteurs, en novembre 2021.C H R I S T I N N E M U S C H I | R E U T E R S P H O T O S B E N J A M I N B U R G E S S | S T R E E T S E N S E M E D I A K E V I N L A M A R Q U E | R E U T E R S 14 itineraire.ca 1er janvier 2022 ERREUR SUR LA PERSONNE Arrive l\u2019affaire très médiatisée de Mamadi Camara.C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un patrouilleur du SPVM qui est blessé par balle avec son arme de service dans l\u2019arrondissement de Parc-Extension, à Montréal.Mamadi III Fara Camara, un étudiant guinéen avec un permis d\u2019études comme preuve d\u2019immigration au pays, est accusé de tentative de meurtre sur la base, dit-on, de son témoignage et de sang trouvé sur son auto.Ceci alors même que des témoins ont identifié une autre personne sur le lieu du crime et que la vidéo de surveillance appuyait ces dires.Il comparaît devant le tribunal et est emprisonné pendant six jours avant que le DPCP ne retire les accusations après avoir visionné la vidéo de surveillance qui l\u2019innocentait.« J\u2019ai été déchiré entre tous les protagonistes de cette histoire, confie notre interlocuteur.M.Camara a été manifestement victime d\u2019une très grande injustice, je ne peux pas présumer de profilage ou de racisme.Il y a eu une injustice oui et elle doit être dénoncée.Il peut aussi y avoir une injustice envers les services de police qu\u2019on est prompt à condamner, même si on n\u2019est pas à la mode quand on soulève cela.Ils restent des humains et la justice est un idéal.Assurer la sécurité, c\u2019est accepter que les humains qui le font soient absolument imparfaits, responsables de leurs actes aussi.» C\u2019est la virulence de certains propos qui interpelle David Goudreault.« J\u2019ai l\u2019 impression qu\u2019 il y a eu précipitation de tout le monde, tant de la part des policiers que du public.Il y a, je crois, un pas de recul qu\u2019on devrait faire et que l\u2019on fait trop peu par rapport à l\u2019actualité, d\u2019où la pertinence de faire un bilan de l\u2019année.Ça nous permet de voir les moments marquants.C\u2019est très court 12 mois à l\u2019échelle d\u2019une vie et surtout de la société.Des événements dont on parle en ce moment auront d\u2019autres échos dans 10, 20 ou 30 ans.» Lors de l\u2019émission du 14 février 2021 de Tout le monde en parle, Dany Turcotte, qui jouait le rôle de fou du roi depuis plusieurs années, rend son tablier.Des propos maladroits dits en direct à Mamadi Camara sur le ton d\u2019une blague sont en cause.Dany Turcotte a reçu des commentaires haineux sur les réseaux sociaux levant le voile sur les effets de la violence en ligne à l\u2019encontre de personnalités publiques.MORTS DANS LA RUE 17 janvier.À L\u2019Itinéraire, notamment en raison du programme de la Maison-Ronde \u2014 qui entretient des liens avec les communautés autochtones du square Cabot \u2014 le nom de Raphaël Napa André circule.L\u2019équipe comme les camelots sont interpellés par la triste nouvelle.Cet homme innu, mort seul, en plein hiver montréalais dans une toilette chimique à l\u2019angle de la rue Milton et de l\u2019avenue du Parc, à deux pas d\u2019un refuge fermé qu\u2019il avait l\u2019habitude de fréquenter, est devenu malgré lui le symbole de l\u2019itinérance autochtone.Ce drame arrive un peu moins de quatre mois après la mort de Joyce Echaquan, cette femme atikamekw décédée tragiquement au centre hospitalier de Lanau- dière à Joliette.« Ce sont deux visages d\u2019une même réalité, pense David Goudreault.Toute la question du racisme systémique s\u2019applique particulièrement aux Premières Nations au Québec.Non seulement celui que l\u2019on voit, mais aussi le racisme silencieux, dont sont victimes les personnes autochtones qui sont surreprésentées en itiné- rance.On connaît les ressources et leurs problèmes donc une responsabilité sociale n\u2019est pas prise.» En novembre, un nom s\u2019est ajouté à la liste des défunts, c\u2019est celui d\u2019Elisapie Pootoogook, une femme sans-abri de 61 ans, originaire de Salluit, dans le nord du Québec.Elle a été retrouvée morte dans un chantier de construction, situé sur le site de l\u2019ancien hôpital de Montréal pour enfants, au centre-ville, près du square Cabot.« C\u2019est intéressant, au début de l\u2019année, il y a eu cet homme et quasiment à la fin de l\u2019année, il y a cette femme.Qu\u2019avons-nous fait pour éviter que cette situation-là ne se reproduise ?C\u2019est malheureusement une réflexion qu\u2019on n\u2019a pas encore eue, mais qu\u2019on devrait avoir », estime David Goudreault.Mamadi Camara lors de l'émission du 14 février 2021 de Tout le monde en parle.«?J\u2019ai?l\u2019impression?qu\u2019il?y?a?eu?précipitation?de?tout?le?monde,?tant?de?la?part?des?policiers?que?du?public.?Il?y?a,?je?crois,?un?pas?de?recul?qu\u2019on?devrait?faire?et?que?l\u2019on?fait?trop?peu?par?rapport?à?l\u2019actualité?d\u2019où?la?pertinence?de?faire?un?bilan?de?l\u2019année.?Ça?nous?permet?de?voir?les?moments?marquants.?C\u2019est?très?court?12?mois?à?l\u2019échelle?d\u2019une?vie?et?surtout?de?la?société.?Des?événements?dont?on?parle?en?ce?moment?auront?d\u2019autres?échos?dans?10,?20?ou?30?ans.?» _ David Goudreault Scène de vie à Milton-Parc.C H R I S T O P H E R C U R T I S K A R I N E D U F O U R A L E X A N D R A G U E L L I L 17 itineraire.ca 16 itineraire.ca 1er janvier 2022 1er janvier 2022 VICTIMES INNOCENTES En janvier, à Montréal, la police retient un manifestant alors qu\u2019elle applique un couvre-feu imposé par le gouvernement du Québec pour aider à ralentir la propagation du coronavirus.VIOLENCES POLICIÈRES L\u2019affaire Camara fait écho aux interventions policières qui ont fini en drame cette année.En août, un Repentignois de 37 ans, Jean René Junior Olivier, père de deux enfants, est tué par la police alors qu\u2019il était désorganisé, confus et armé d\u2019un couteau de table.C\u2019est sa mère qui a composé le 911, pensant l\u2019aider dans ce moment de détresse.Cette histoire fait écho à d\u2019autres décès survenus les deux dernières décennies et impliquant des personnes issues des minorités visibles en situation de crise et connues pour des problèmes de santé mentale.On se souviendra des morts tristement célèbres d\u2019Alain Magloire, de René Gallant, de Pierre Coriolan, de Nicholas Gibbs ou de Sheffield Matthews.La mort de Jean René Junior Olivier a remis au cœur de l\u2019actualité la formation de la police dans les interventions liées aux troubles de santé mentale.Donnée effrayante révélée à la fin de l\u2019année par Le Devoir : la proportion des personnes issues des minorités visibles tuées par des policiers du Grand Montréal est presque aussi élevée que celles des personnes blanches alors même qu\u2019ils ne constituent que 14 % de la population.Ces chiffres sont basés sur les dossiers du coroner de 2001 à 2021.Entretemps, plusieurs manifestations sont organisées par des personnes qui refusent de se plier aux règles sanitaires.Elles protestent contre les mesures gouvernementales, notamment sur le couvre-feu qui finira par être aboli au mois de mai.Quelques personnes sont néanmoins arrêtées par la police.Cette mesure était aussi en vigueur pour les personnes itinérantes.Il aura fallu des contestations juridiques et un jugement de la Cour supérieure pour la suspendre jusqu\u2019au 8 février.Pour David Goudreault, c\u2019est un « non-sens » tout comme le sont « les tickets qui sont donnés aux personnes marginalisées qui contribuent à les marginaliser davantage.C\u2019est tout autant pernicieux.» Les fusillades à Montréal ont animé les campagnes électorales de 2021.Le 7 février, une adolescente de 15 ans, Meriem Bendaoui, victime innocente de coups de feu, perd la vie dans l\u2019arrondissement de Saint-Léonard.Le 18 octobre, Janai Dopwell-Bailey, 16 ans, est poignardé à mort à proximité de l\u2019avenue Van Horne, dans le quartier Côte-des-Neiges.Un mois à peine plus tard, le 14 novembre, Thomas Trudel, 16 ans, est abattu par balle sans motif apparent dans le quartier Saint- Michel.« C\u2019est une des choses les plus inquiétantes pour moi, cette violence de 2021, qu\u2019 il s\u2019agisse de ces ados tués ou des fémi- nicides d\u2019ailleurs, ajoute le slameur.Chaque mort est une tragédie en soi avec son lot de victimes collatérales.Si on banalise le port des armes, il y a aussi une certaine hypocrisie sociale : on accepte des meurtres entre gangs de rue, mais on réagit quand il y a des victimes innocentes autour.» David Goudreault trouve dangereuse la valorisation des armes à feu et propose de miser un peu plus sur la prévention en amont.« Il ne suffit pas d\u2019enlever un gun des mains d\u2019un jeune, il faut lui mettre un ballon, une manette ou un crayon à la place.Pour chaque dollar investi pour la coercition, on devrait investir en prévention ou en financement des organismes communautaires sur le terrain », estime-t-il.Les violences et les armes à feu continuaient encore de faire la une des journaux en décembre avec d\u2019autres meurtres et des saisies importantes.À ce sujet, on ne peut oublier de mentionner le cas hautement médiatisé de William Rainville, 24 ans, diplômé de l\u2019Université de Sherbrooke qui a été arrêté pour avoir importé illégalement 249 armes de poing des États-Unis.Sur les réseaux sociaux, des rubans blancs sur fond noir ont fait leur apparition.Ils symbolisent l\u2019envie de rendre hommage aux femmes tuées par un conjoint ou ex-conjoint.Anna Uitangak, Andréanne Ouellet, Zoleikha Bakhtiar ou Rebekah Harry sont de celles qui sont mortes en 2021.Au moment de mettre sous presse, on estimait à plus de 21 le nombre de femmes et de filles tuées soit en raison de leur genre soit à la suite de violences d\u2019un ex-conjoint.Ce qu\u2019on appelle aussi un féminicide.Ces drames ont mené à la création d\u2019un tribunal spécialisé, au pallier provincial, dans les agressions sexuelles et violences conjugales.C\u2019est aussi le début d\u2019une prise de conscience sur ce phénomène, exacerbé par la pandémie et le confinement.David Goudreault est doublement touché par la question, d\u2019abord parce qu\u2019il a connu une des femmes qui a été tuée dans un petit village du Nunavik où il faisait des ateliers de création.Et, ensuite parce qu\u2019il accompagne depuis plus de deux ans Geneviève Rioux, une survivante d\u2019une tentative de viol et de meurtre qui a reçu 18 coups de couteaux et qui a publié cette année sa première suite poétique.« En voyant toute cette violence, j\u2019ai eu une grande tristesse et inquiétude, d\u2019où Lettre aux petits gars, ce texte déclamé à Bonsoir Bonsoir, qui a été vu des millions de fois.C\u2019est une décimation du regard qui s\u2019est fait dans la douleur, mais qui était nécessaire puisque plusieurs ont pris conscience de cette réalité, cette année uniquement », nous confie-t-il.Cette année, notre cellulaire a sonné plusieurs fois pour des alertes Amber, qui sont déclenchées pour signaler des enlèvements d\u2019enfants.Mais à chaque alerte on se rappelait les décès de Romy et Norah Carpentier, survenus en juillet 2020.D\u2019ailleurs, en octobre 2021, la coroner Me Sophie Régnière lève le voile sur ce drame et indique que Martin Carpentier, leur père, était en psychose lorsqu\u2019il a provoqué un accident sur l\u2019autoroute 20 à Saint-Apollinaire et a tué ses deux filles par la suite.C H R I S T I N N E M U S C H I | R E U T E R S 19 itineraire.ca 18 itineraire.ca 1er janvier 2022 1er janvier 2022 VACCINATION ET CAFOUILLAGES C\u2019est en février, soit quasiment un an après le premier confinement et le début des mesures sanitaires, que la campagne de vaccination débute au Québec.Le gouvernement met en place un système de priorité par groupe d\u2019âge et situation médicale d\u2019abord pour une première dose, puis, pour une seconde et bientôt une troisième.Quelque temps après, le passeport vaccinal entre en vigueur.Il est encore à ce jour obligatoire pour participer à des activités jugées non essentielles comme manger au restaurant ou pratiquer une activité sportive à l\u2019intérieur.En fin d\u2019année, les enfants de 5 à 11 ans sont appelés à se faire vacciner.« La pandémie nous a appris la relativité du temps, estime David Goudreault.C\u2019est impressionnant de se dire qu\u2019on est là-dedans depuis presque deux ans.Cela semble une éternité incroyable, mais en même temps, des réalités se sont organisées en très peu de temps, chamboulant tout sur le passage.En seulement deux ans, nos habitudes relationnelles, de sorties, de travail ou de magasinage ont été bouleversées.De nouvelles façons de faire se sont mises en place, en reproduisant quand même un modèle d\u2019 inégalités et d\u2019 injustice à l\u2019échelle planétaire.» L\u2019automne est marqué par l\u2019obligation vaccinale des professionnels de la santé réclamée par le gouvernement.La demande aura été repoussée deux fois avant d\u2019être finalement avortée, en raison de la crainte de démissions massives dans le réseau de la santé.« Dans ma famille, j\u2019ai des infirmières qui refusent encore de se faire vacciner, donc j\u2019ai eu ce débat, raconte David Goudreault.Je crois que ce qui a beaucoup nui à l\u2019adhésion aux vaccins, ce n\u2019est pas tant le travail des conspirationnistes, mais l\u2019absence de communication des gouvernements.Il y a eu de l\u2019 insécurité à la suite des hésitations et doubles messages qui peuvent être compréhensibles dans la mesure où c\u2019est la première fois que l\u2019on vivait cela.C\u2019est un débat éthique.Ce qui est intéressant avec la crise sanitaire c\u2019est que nous y survivrons.Il y a eu des pandémies plus graves dans l\u2019histoire.Par contre, c\u2019est une occasion de réfléchir à nos libertés individuelles versus nos responsabilités collectives et cela ne se fait qu\u2019avec du recul.Pour moi, c\u2019est la première grande pandémie d\u2019une série à venir, ne serait-ce qu\u2019en raison de notre consommation de viande, on aura le droit à d\u2019autres variants et pandémies, on doit donc réfléchir aux leçons que l\u2019on doit tirer de tout cela.» Fin novembre 2021.Le variant Omicron fait son apparition alors qu\u2019on discutait encore du rapport de la Protectrice du citoyen et du coroner sur les décès survenus en CHSLD lors de la première vague de la pandémie.Une femme reçoit son vaccin contre la COVID-19 au Palais des Congrès à Montréal en mars 2021.Bernardo Frugal tient sa petite Lycah, 4 ans, dans une clinique de vaccination après que le Canada ait approuvé le vaccin contre la COVID-19 de Pfizer pour les enfants âgés de 5 à 11 ans au Québec.De gauche à droite : le chef du Bloc québécois Yves-François Blanchet, l'ex-cheffe du Parti vert Annamie Paul, le chef libéral Justin Trudeau, le chef du NPD Jagmeet Singh et le chef du Parti conservateur Erin O\u2019Toole participent au débat des chefs en anglais, en septembre.AUX URNES ! Les Canadiens ont été appelés aux urnes en septembre pour des élections fédérales très critiquées, notamment en raison de leur coût faramineux pour les contribuables.Si Justin Trudeau est parvenu à se faire réélire comme premier ministre, au début, le taux de participation semblait très faible jusqu\u2019à finalement atteindre les 62 %, après les vérifications.Reste que ce taux est inférieur à celui enregistré en 2019 (67 %) et en 2015 (68,3 %).On retiendra quelques moments forts du débat des chefs, notamment celui en anglais, dont le plaidoyer pour son identité québécoise de Justin Trudeau qui répondait à Yves-François Blanchet.Certains retiennent aussi les attaques de Jagmeet Singh concernant « les belles paroles du parti libéral » qui ne se traduiraient pas en actes et le plaidoyer d\u2019Annamie Paul, alors cheffe du parti vert, sur les garderies.Au niveau médiatique, une question bancale de l\u2019animatrice Shachi Kurl, présidente de la maison de sondage Angus Reid, concernant la Loi 21 sur la laïcité a provoqué un tollé.Bref, 2021, c\u2019est une année de polarisation des idées, selon David Goudreault qui croit d\u2019ailleurs que Justin Trudeau a su particulièrement « souffler sur les braises, notamment lorsqu\u2019il est question de réfléchir à la répartition des pouvoirs entre le provincial et le fédéral ».Autre scrutin, cette fois-ci municipal.Là aussi, on ne s\u2019ennuie pas.Il y a le retour puis le second départ de la vie politique de Denis Coderre, (re) défait par Valérie Plante.De ce scrutin, David Goudreault garde en mémoire ces nouveaux visages qui entrent en politique par la grande porte, mais retient tout de même Balarama Holness et sa position sur le statut de la langue française dans la métropole qui a fait grand bruit.« De nouveaux visages ont bouleversé la politique municipale à l\u2019échelle nationale, je crois pour le mieux », explique-t-il.Des jeunes, des femmes, des personnes issues de la diversité se sont, en effet, prononcés sur ces enjeux pour ce qui semble être la première fois.Mais les chiffres sont un peu moins éloquents puisque le taux de participation à l\u2019échelle de la province n\u2019était que de 38,7 %.Le premier ministre libéral du Canada, Justin Trudeau, accompagné de son épouse Sophie Grégoire et de leurs enfants Ella-Grace et Xavier, s\u2019adresse à des partisans lors de la soirée électorale libérale à Montréal, au Québec.Valérie Plante, Balarama Holness et Denis Coderre.A N D R E J I V A N O V | R E U T E R S C H R I S T I N N E M U S C H I | R E U T E R S A D R I A N W Y L D | P O O L | R E U T E R S CHRISTINNE MUSCHI | REUTERS 20 itineraire.ca 1er janvier 2022 PRÉCARITÉ DU COMMUNAUTAIRE Ce n\u2019est que depuis le mois de mai que L\u2019Itinéraire est de retour en bimensuel.Le magazine était publié en mensuel, pendant le plus gros de la crise sanitaire.L\u2019enjeu pour l\u2019organisme était de survivre à la pandémie, de continuer à offrir nos services à nos camelots.Ces derniers ne pouvaient plus vendre le magazine dans le métro de Montréal en raison des consignes sanitaires.Leur clientèle s\u2019est aussi dispersée avec la désertion des travailleurs du centre-ville.Lorsqu\u2019on lui en parle, David Goudreault fait le lien avec la réalité des autres organismes communautaires où il a été travailleur social.« Je sais à quel point, dans le communautaire, il faut faire de la magie avec chaque dollar.Souvent, on doit payer une personne pour qu\u2019elle puisse trouver les fonds pour payer le reste de l\u2019équipe.La précarité est partagée entre les membres des organismes et les organismes eux-mêmes.Certains en ont beaucoup souffert.» Qu\u2019importent les difficultés, le but reste le même : lutter contre l\u2019isolement social qu\u2019elles génèrent.Malheureusement, certains organismes communautaires ont dû réduire leurs services ou fermer leurs portes.« C\u2019est extrêmement difficile d\u2019évaluer l\u2019 impact de cela.Est-ce que ça a un lien avec les surdoses d\u2019opioïdes ?Probablement.Est-ce que cela joue sur l\u2019augmentation des tentatives de suicide chez les jeunes ?Sûrement.Ce qui est clair, c\u2019est qu\u2019elle [la pandémie] a ajouté de la pression sur des personnes qui étaient déjà marginalisées.» La fin d\u2019année devient un casse-tête pour les parents de jeunes enfants.Une grève illimitée des CPE est déclenchée le 1er décembre.En cause, le salaire des éducatrices qualifiées, celui de l\u2019ensemble du personnel des CPE et les conditions générales de travail.Entre les syndicats et le gouvernement, la conciliation travail-fa- mille des parents a, encore une fois, été éprouvée.La grève prendra fin le 13 décembre.David Goudreault se sentait chanceux d\u2019avoir pu bénéficier des services d\u2019un CPE pour ses deux enfants.« Encore une fois, avec cette situation, on est dans l\u2019 injustice sociale concrète et économique de personnes qui font un travail professionnel très peu reconnu et rémunéré dans des conditions difficiles et avec assez peu de moyens », explique-t-il en affirmant son appui au mouvement.Myriam Da Silva est certainement l\u2019une des boxeuses de l\u2019année qui a fait preuve d\u2019une grande persévérance et de résilience.Elle rêvait des jeux de Tokyo et s\u2019est entraînée fort pour réaliser son rêve.Elle a trouvé une adversaire plus forte qu\u2019elle au tour préliminaire des moins de 69 kg.Son meilleur round a été le premier des trois, même s\u2019il a été remporté par sa rivale.DU SPORT ET DES MÉDAILLES En 2021, le Québec rayonne au tennis grâce aux victoires de Félix Auger Aliassime, qui atteint les demi-finales masculines en simple et Leyla Annie Fernandez qui accède à la finale féminine à Flushing Meadows.À 19 ans, Leyla Annie Fernandez fait un bond de 45 positions pour se hisser à la 28e place du classement alors que Félix Auger Aliassime devient le Canadien le mieux classé au 11e rang, tout juste devant son coéquipier Denis Shapovalov.« Tout modèle de réussite et de persévérance, même quand elle n\u2019est pas complétée par une victoire, demeure des modèles intéressants de personnes qui se surpassent pour une passion, ajoute David Goudreault qui a plus la fibre artistique ou scientifique.Je les applaudis comme je peux applaudir Farah Alibay, qui est aussi devenue notre vedette québécoise.» À l\u2019international, on ne saurait passer sous silence le fait que le Canada a décroché 24 médailles à Tokyo lors des Jeux olympiques d\u2019été.Les athlètes féminines, comme à Rio en 2016, en sont les grandes responsables.Et, à quelques jours des Jeux olympiques d\u2019hiver prévus à Pékin en février, Gracenote, une entreprise d\u2019analyse de données, prédisait que le Canada finirait au 5e rang avec un total de 23 médailles, notamment en hockey masculin et féminin, en patinage de vitesse ou au curling.Il y a néanmoins eu ce décès troublant de la bo- xeuse Jeannette Zacarias Zapata, dans le ring alors qu\u2019elle affrontait Marie-Pier Houle.Touché par l\u2019aspect des inégalités sociales derrière la nouvelle, David Goudreault réagit : « On a une boxeuse, tuée à coups de poing, alors qu\u2019elle n\u2019aurait pas dû se retrouver dans un ring pour nourrir une machine à faire de l\u2019argent.Soit dit en passant, la boxe est un sport que j\u2019apprécie, quand il est bien fait.Mais quand on exploite la pauvreté d\u2019une jeune sportive pour la pousser à faire un combat à 1 500 $, pour moi, on est dans ce que la société a de plus laid ».CHOISIR SES COMBATS Tout ceci arrive entre quelques soubresauts médiatiques comme la question du genre de Monsieur et Madame Patate.Amusé par la nouvelle, David Goudreault en profite pour rappeler que tout est une question de perspective.« On peut prendre cela comme une bonne nouvelle, car en tant que société, on a une plus grande sensibilité aux réalités LGBTQ+, mais d\u2019un autre côté, il y a d\u2019autres luttes tout aussi importantes à mener.Parfois j\u2019ai l\u2019 impression de devoir choisir mes batailles et cela ne signifie pas que je suis insensible à une réalité plutôt qu\u2019une autre, mais est-ce que le genre de Monsieur Patate vient vraiment se placer aux côtés de la fonte des glaciers ou de la reprise de l\u2019Afghanistan par les talibans ?» Notre interlocuteur est perturbé par l\u2019impression d\u2019être noyé par les nouvelles, les revendications, bouleversements sociaux et multiples luttes qui parfois se combattent et s\u2019annulent.« Comme si on s\u2019arrachait le temps d\u2019attention possible d\u2019un citoyen\u2026 Il me semble parfois qu\u2019on échappe de très gros dossiers à travers tout cela », regrette David Goudreault.Toujours sur l\u2019inclusion : c\u2019est aussi en 2021 que Marvel introduit de nouveaux super-héros dans son univers et que le débat sur l\u2019écriture inclusive reprend de plus belle lorsque le dictionnaire Le Robert introduit le pronom iel dans sa version en ligne.Ce pronom personnel contracte le « il » et le « elle » et permet d\u2019évoquer une personne, quel que soit son genre.Manifestation organisée devant le Parlement de Québec en mai 2021.Plusieurs parents étaient au rendez-vous pour réclamer au ministre de la Famille d\u2019agir.M U R I E L L E C L E R C D A V I D H I M B E R T Leyla Annie Fernandez et Félix Auger Aliassime.C H R I S T I N N E M U S C H I | R E U T E R S 23 itineraire.ca 22 itineraire.ca 1er janvier 2022 1er janvier 2022 À L\u2019INTERNATIONAL VERS LA COUPE STANLEY ISLAMOPHOBIE DÉNONCÉE Le 6 juin 2021, quatre membres d\u2019une même famille sont tués après avoir été percutés par un camion lors d\u2019une promenade à London, en Ontario.L\u2019homme accusé dans cette affaire aurait ciblé cette famille en raison de leur foi islamique, selon la police.Le pays tout entier est choqué par l\u2019acte et des manifestations s\u2019organisent un peu partout pour dénoncer l\u2019islamophobie, y compris à Montréal.Fin juin début juillet, les Canadiens de Montréal entament la ronde finale des séries éliminatoires de la Coupe Stanley.La police se prépare alors à gérer les grandes foules qui prévoient se rassembler au centre-ville.Plusieurs arrestations ont lieu après une célébration de la victoire des Canadiens contre les Golden Knights de Las Vegas.C\u2019est cette victoire qui a envoyé l\u2019équipe à la finale de la Coupe Stanley pour la première fois depuis 1993.EVERY CHILD MATTERS C\u2019est au mois de mai que la macabre découverte est faite : les dépouilles de 215 d\u2019enfants autochtones sont découverts sur les sites d\u2019anciens pensionnats.Deux mois plus tard, c\u2019est plus de 1 300 sépultures non marquées qui sont retrouvées sur les terrains de quatre anciennes écoles résidentielles à travers le pays.La suite, on la connaît, bien qu\u2019on ne sache pas encore exactement combien d\u2019enfants et de familles sont touchés par ce drame.Entre 1831 et 1996, plus de 150 000 enfants autochtones âgés de 7 à 16 ans ont été arrachés à leur famille pour être envoyés dans des pensionnats canadiens qui avaient pour but de « tuer l\u2019Indien » en eux.« Cette tragédie est innommable et absolument condamnable, déplore David Goudreault qui invite à répartir équitablement les responsabilités de ces tragédies.C\u2019est dommage qu\u2019aucune action judiciaire n\u2019ait pu être entamée plus tôt, alors que certains savaient et se sont tus.Je pense qu\u2019on a une responsabilité comme société, mais je crois qu\u2019 il faut aussi faire la part des choses entre la responsabilité du gouvernement fédéral et provincial pour comprendre d\u2019où vient cette volonté d\u2019acculturation et de génocide culturel, comme le dit Samian.Pour moi, le racisme systémique est là.Et oui, c\u2019est un terme qui peut être employé sans sourciller avec les Autochtones.» La question de la réconciliation entre Autochtones et allochtones entre en jeu.Si elle est, comme le pense notre interlocuteur, « désirée par les Québécois et les Autochtones, elle reste instrumentalisée par les politiciens.La réconciliation doit obligatoirement passer par la vérité et pour ce faire, elle doit absolument être publique.On doit savoir ce qui s\u2019est fait, qui l\u2019a fait et dans quelles circonstances.On doit se donner les moyens de savoir tout cela et le plus rapidement possible parce que les derniers acteurs sont en train de mourir.Il y a une honte nationale en ce moment quand on pense à l\u2019état de certaines communautés avec le manque d\u2019eau potable.Il y a une urgence d\u2019agir, car tant qu\u2019on ne connaîtra pas les tenants et aboutissants de notre histoire commune, on va un peu errer dans les ténèbres.» À la mi-mai, au Québec, on débute les audiences publiques et l\u2019enquête sur le décès de Joyce Echaquan.Réparer et rendre justice, cela signifie aussi, selon David Goudreault, avoir une plus grande représentation des communautés autochtones et des diversités ethnoculturelles dans des postes de pouvoir d\u2019où l\u2019importance de souligner la nomination de Guy Niquay, un Atikamekw de Manawan, en tant que nouvel adjoint à l\u2019hôpital de Lanaudière.Présence policière pendant le quatrième match de la finale de la Coupe Stanley de la LNH entre les Canadiens de Montréal et le Lightning de Tampa Bay, à Montréal.Une image du président haïtien assassiné Jovenel Moïse trône au-dessus d\u2019une barricade érigée par des habitants pour protester contre la pénurie de carburant à Port-au-Prince.Des enfants courent en tenant un drapeau lors d\u2019une veillée à la bougie organisée à l\u2019occasion de la première Journée nationale de vérité et de réconciliation du Canada, en hommage aux enfants disparus et aux survivants des pensionnats autochtones, à leurs familles et à leurs communautés, au parc Chiefswood à Ohsweken, en Ontario.Jovenel Moïse, président d\u2019Haïti, se fait assassiner en juillet à la suite d\u2019une attaque armée dans sa résidence.Au Québec, en raison de l\u2019importance de la diaspora haïtienne, on est très sensible à cette nouvelle, car, bien qu\u2019Haïti soit le premier pays à avoir aboli l\u2019esclavage en arrachant son indépendance, la perle des Antilles accumule les tragédies.« Cela ajoute aux difficultés que traversent le pays et nous dit que notre façon d\u2019aider n\u2019est peut-être pas la bonne, surtout quand on prend conscience de l\u2019 importance de la corruption et du détournement des fonds envoyés.C\u2019est aussi l\u2019occasion de réfléchir à notre façon d\u2019aider sans faire comme les États-Unis en Irak, c\u2019est-à-dire en respectant leur autodétermination.Il y a un dicton que j\u2019aime beaucoup : si tu veux faire quelque chose pour moi, mais que tu le fais sans moi, tu risques de le faire contre moi\u2026 » Quelque temps après, les troupes armées américaines se retirent d\u2019Afghanistan.Plusieurs milliers d\u2019hommes, de femmes et d\u2019enfants réclament de l\u2019aide.Certains vont jusqu\u2019à s\u2019accrocher aux freins des avions américains.Ce qu\u2019ils fuient ?Le retour des talibans.Le Canada et quelques autres pays décident d\u2019accueillir des réfugiés qui sont prêts à tout pour fuir l\u2019obscurantisme.Mais certains interprètes qui ont aidé l\u2019armée canadienne sont tout de même encore à ce jour laissés pour compte.Maiden, 7 ans, et sa sœur Stephanie Dubé, 5 ans, assistent à une vigie à la bougie à l\u2019occasion du premier anniversaire de la mort de leur tante Joyce Echaquan, une femme attikamekw décédée alors qu\u2019elle était victime d\u2019insultes racistes dans un hôpital du Québec.S\u2019il a été vivement critiqué pour son absence lors de la Journée nationale de vérité et de réconciliation du 30 septembre 2021, Justin Trudeau a participé à un hommage la veille.Sur la photo, il escorte une survivante inuite, l'aînée Levinia Brown.C A R L O S O S O R I O | R E U T E R S C H R I S T I N N E M U S C H I | R E U T E R S B L A I R G A B L E | R E U T E R S A N D R E J I V A N O V | R E U T E R S A D R E E S L A T I F | R E U T E R S 25 itineraire.ca 1er janvier 2022 2022, L\u2019ANNÉE DES POSSIBLES ?À QUI LA UNE ?Au moment de notre rencontre avec David Goudreault, il n\u2019y avait pas encore de nouveau variant au SARS-CoV-2.Les frontières américaines rouvraient tranquillement offrant ainsi une certaine bouffée d\u2019espoir.Puis, Omicron a fait son apparition mais sa virulence et sa propagation n\u2019étaient pas encore connues.Néanmoins, on annonçait des mesures moins restrictives pour les rassemblements du temps des Fêtes.Mais aucune précision n\u2019a été faite pour les voyageurs.Pour autant, David Goudreault espérait que 2022 l\u2019emporte sur 2021.« Je crois que c\u2019est l\u2019année des dernières chances à bien des niveaux, notamment quand on parle du rendez-vous raté de la COP 26.Nous sommes dans les années de la dernière chance pour le climat, pour la souveraineté du Québec, pour une justice pandémique.» La nouvelle qui faisait les manchettes au moment d\u2019achever cette revue de presse : Marc Bergevin est congédié de son poste de vice-président et directeur général du Canadien de Montréal.Son adjoint Trevor Timmins et le vice-président principal aux communications Paul Wilson sont eux aussi remerciés.En parallèle, les arrestations musclées et violentes de jeunes adolescents noirs par des policiers de Québec retiennent l\u2019attention.Dans les vidéos qui ont circulé sur les réseaux sociaux, on voit un policier frapper à plusieurs reprises Pacifique Niyokwizera, un jeune Noir de 18 ans, alors qu\u2019il est au sol.Un autre agent lui jette de la neige au visage avec son pied pendant qu\u2019il est menotté.Dans une autre vidéo, on voit un autre policier attraper la jeune femme qui accompagnait M.Niyokwizera par ses cheveux, lui plaquer le visage sur le sol enneigé et lui passer les menottes.Aux alentours, des personnes crient, pleurent et filment la scène.Ces arrestations sont vivement dénoncées par des artistes et autres personnalités publiques.Les cinq agents impliqués sont finalement suspendus avec solde, comme le prévoit leur convention collective.Trois de ces cinq agents sont par ailleurs impliqués dans une autre intervention violente qui s\u2019est déroulée un peu plus tôt la même soirée et impliquant cette fois-ci un homme blanc.Ce dernier a été plaqué au sol et frappé à plusieurs reprises.Des débris jonchent le sol alors que l\u2019homme maîtrisé a le visage face au plancher visiblement ensanglanté.Une enquête était en cours au début du mois de décembre à ce sujet.EN FRANÇAIS S.V.P ! LE VIVRE-ENSEMBLE MIS À L\u2019ÉPREUVE En fin d\u2019année, des publicités du gouvernement du Québec visant à lutter contre le racisme et les stéréotypes sont vivement critiquées.Conçues pour répondre aux recommandations du rapport Le racisme au Québec : tolérance zéro, publié en 2020, ces publicités mettaient en scène des personnes d\u2019origines diverses dans des moments susceptibles de faire ressortir les préjugés des téléspectateurs.En cause: les versions anglaise et française qui étaient identiques à un mot près : alors que la version française conclut que les individus représentés sont des amis, de la famille ou des voisins québécois, en anglais, ils ne sont que des amis, de la famille ou des voisins, sans plus.Mary Simon devient la nouvelle gouverneure générale du Canada.C\u2019est la première personne d\u2019origine inuite à occuper ce poste.Mais bien qu\u2019elle soit bilingue (inuktitut et anglais), elle ne parle pas français.Certaines personnes traduisent cela par une nouvelle preuve de dénigrement du Québec sur la scène fédérale.Il en est de même en ce qui concerne la sortie unilingue anglophone du PDG d\u2019Air Canada, Michael Rousseau, qui sous-estime publiquement l\u2019importance d\u2019apprendre la langue française.Pour le poète, ces événements additionnés nient le statut de peuple fondateur du Québec, car « le Québec bashing semble avoir cours en ce moment du côté du Canada anglais.C\u2019est un bon coup de nommer une femme inuite, mais un très mauvais coup de ne pas s\u2019assurer qu\u2019elle représente aussi la réalité francophone ».Très préoccupé par l\u2019état de santé de la langue française, David Goudreault est de ceux qui pensent qu\u2019elle n\u2019est pas suffisamment promue et est très mal protégée.Celui qui aurait aimé que l\u2019on applique la Loi 101 aux cégeps aimerait que l\u2019on investisse davantage dans le rayonnement des artistes québécois, tout en restant profondément dérangé par la mauvaise presse du Québec à l\u2019échelle nationale.« Il y a en ce moment une recrudescence de la francophobie, dit-il.Dans la reconnaissance absolument saine de diverses minorités à travers le monde, il y a une proportion qui nie le statut minoritaire des Québécois au Canada.Il y a souvent de la mauvaise foi envers les Québécois qui ont seulement envie d\u2019exister dans leur culture et dans leur langue et l\u2019on oublie qu\u2019elles sont donc menacées.» Concernant les cours d\u2019éthique et culture religieuse, sujet qui passionnait bien avant 2021, David Goudreault se réjouissait de la mesure qui permettait de ne plus nier l\u2019existence de la religion dans la société.« Elle doit être réfléchie par le prisme de la citoyenneté.Ce cours-là sera probablement très imparfait et restera à parfaire, mais aura le mérite d\u2019exister.Ça a beaucoup plus de sens de vouloir informer les citoyens sur leurs devoirs que de vouloir les exposer à certaines croyances religieuses qui semblent faire plus de dommages que de bien à l\u2019humanité.» La gouverneure générale Mary Simon prononce le discours du Trône au Sénat à Ottawa.Marc Bergevin lorsqu\u2019il a été nommé directeur général des Canadiens de Montréal, en 2012.S E A N K I L P A T R I C K | P O O L | R E U T E R S C H R I S T I N N E M U S C H I | R E U T E R S 27 itineraire.ca 26 itineraire.ca 1er janvier 2022 1er janvier 2022 Le temps des Fêtes d\u2019autrefois Dans le temps de ma jeunesse, entre mes 4 ans et mes 14 ans, j\u2019ai été placé dans une famille d\u2019accueil.J\u2019y étais bien traité.On avait du plaisir et la joie était présente.Après mes 14 ans, je suis retourné chez mon père et ma mère.On était 11 enfants.Je me souviens de la période des Fêtes, de Noël et du jour de l\u2019An, dans ma famille d\u2019accueil.Il y avait une fête, des réveillons.Toujours un beau sapin, des décorations très lumineuses, des boîtes de cadeaux pour tout le monde, identifiées pour chaque personne.Une personne faisait le père Noël et distribuait des cadeaux à tout le monde dans la demeure.Je me revois lui répondre : « Merci père Noël, ça me fait un grand plaisir ! » Ce jour-là, j\u2019avais reçu un chandail et une paire de pantalons.On mangeait de la dinde et des patates pilées mélangées avec des carottes.On avait aussi une bûche de Noël.On était tous réunis.On se sentait comme une famille-équipe.On regardait la messe à la télévision le lendemain.Je vous souhaite à tous d\u2019avoir passé un beau Noël et une Bonne Année à venir ! Ouvrir les yeux La pandémie a mis en évidence des problèmes de société qu\u2019on ne peut plus ignorer.Et ce n\u2019est pas un hasard si tout nous saute au visage en même temps.Des personnes sont mortes par milliers dans les CHSLD et dans les hôpitaux.Pourtant, ça fait des années qu\u2019on sait qu\u2019on doit faire quelque chose pour améliorer les services en soins de santé, surtout pour les personnes âgées.Les continents pauvres sont en partie délaissés par les pays riches du fait d\u2019une distribution inégale des vaccins contre la COVID.Si on laisse les pays pauvres non vaccinés, la pandémie continuera de faire mourir plein de gens et les problèmes du monde entier vont s\u2019éterniser.Les changements climatiques menacent la survie de l\u2019humanité.On ne pourra pas prospérer si on ne prend pas soin des plus pauvres et si on détruit la nature.L\u2019humain contemporain ne pourra pas survivre s\u2019il ne peut plus respirer d\u2019air pur et s\u2019il n\u2019a plus accès à de l\u2019eau potable.La seule voie possible c\u2019est de prendre nos responsabilités en tant que société et humains sur la planète Terre.Pour aspirer à une vie meilleure, l\u2019humain doit prendre en considération l\u2019environnement, les inégalités entre les riches et les pauvres, les soins en CHSLD et dans les hôpitaux.Sinon, la situation va s\u2019aggraver et on ne pourra pas éviter le pire pour les générations futures.Les inégalités sociales, les changements climatiques, les grèves, l\u2019inflation, tout est relié.On ne peut plus faire l\u2019autruche devant ces problèmes.Nous devons ouvrir les yeux et agir maintenant.Chacun de nous peut et doit faire sa part.GABRIEL LAVOIE CAMELOT MÉTRO CHEMIN CHAMBLY, LONGUEUIL GILLES BÉLANGER CAMELOT JEANNE-MANCE ET RENÉ-LÉVESQUE JEAN-JEANNETTE CAMELOT MÉTRO MONT-ROYAL Où fêter quand on est seul Mon premier jour de l\u2019An à Montréal n\u2019était pas joyeux joyeux.Quand je suis arrivée en 1993, j\u2019étais seule.Je ne connaissais personne ni aucune place où fêter.Les premières années, j\u2019allais au Toit Rouge, un centre d\u2019aide aux itinérants.J\u2019aimais ça parce que c\u2019était familial, pas comme à l\u2019Accueil Bonneau, où des personnes connues étaient invitées et où il y avait toute une foule.Ça m\u2019a pris deux ou trois ans avant que j\u2019aille là-bas pour un party du jour de l\u2019An.Mais je préférais le Toit Rouge.Si je devais envoyer quelqu\u2019un qui cherche à fêter dans une ambiance sympathique, je l\u2019enverrais là-bas.La majorité des gens ne demande pas que les partys soient trop festifs.Ils veulent se rapprocher, pouvoir parler à tout le monde.Je fréquentais aussi l\u2019église Sacré-Cœur sur Ontario Est, et La maison des amis.C\u2019est une place où j\u2019allais souvent.C\u2019est juste du dépannage alimentaire et une friperie, dans un sous-sol d\u2019église sur Saint- Joseph, mais pour les Fêtes, ils organisaient eux aussi des repas.Une année, j\u2019ai passé un jour de l\u2019An vraiment génial.Un gars que j\u2019avais rencontré au Club Sandwich sur Sainte-Catherine m\u2019avait invité chez lui.Il vivait à Saint-Jean- sur-Richelieu, juste au bord de l\u2019eau.Ce soir-là, on a bien fêté, avec son frère et des amis à eux.J\u2019ai eu beaucoup de plaisir.Je ne me souviens plus de son prénom, mais j\u2019en garde un beau souvenir.Cette année pour passer la nouvelle année, je vais vendre mes Itinéraire.Parce que 2021 ou 2022, c\u2019est pareil.Et j\u2019aime mieux les festivités de Noël parce qu\u2019on a des petits cadeaux, même si en ce moment, ça ne me tente pas vraiment.29 P H O T O S M I C H E L F R A D E T T E Je suis installé à Sutton depuis 2008 et je suis camelot depuis 2010.Mais avant ça, c\u2019était une toute autre vie que je menais.J\u2019ai connu la drogue dure et l\u2019itinérance.Quand j\u2019étais dans la rue à Montréal, je voyais ce que L\u2019Itinéraire faisait et je rêvais de devenir camelot.J\u2019ai déménagé à Sutton pour changer de vie.Un jour, mon père m\u2019a amené à Montréal pour rencontrer un intervenant de L\u2019Itinéraire et la suite, c\u2019est de l\u2019histoire, comme on dit.Au début, je partais tôt de Sutton toutes les deux semaines pour venir chercher mes magazines à L\u2019Itinéraire.Maintenant on me les livre par autobus jusqu\u2019à Bromont.C\u2019est un client, Serge, qui est devenu un ami, qui va me les chercher.On m\u2019appelle M.Sutton depuis les débuts et je suis devenu une célébrité en quelque sorte, ayant eu plusieurs articles dans les journaux de Granby et la région, la Voix de l\u2019Est, par exemple.Bien installé à Granby aussi Je m\u2019implique aussi auprès des organismes locaux, dont le GASP (Groupe d\u2019action solutions pauvreté).On a introduit la carte-repas solidaire à Granby grâce à Nicolas Luppens, du GASP et Julie Rivest du Partage Notre-Dame où les gens dans le besoin peuvent venir manger un bon repas.J\u2019ai rencontré le maire de Granby, qui a facilité mon installation à mon spot de vente d\u2019abord au bureau de poste puis à la SAQ et finalement au marché Metro Plouffe où je suis aujourd\u2019hui.C\u2019est le conseiller municipal, Robert Riel, qui m\u2019a donné un permis pour vendre dans les rues de Granby.En plus, à ma fête, il m\u2019invite toujours au restaurant.Pour me rendre à Granby de Sutton, c\u2019est mon ami Normand, un magicien qui fait des spectacles dans les écoles, qui me donne des lifts.Je vous dis que les gens sont bons avec moi ! Du bon monde à Sutton À Sutton, c\u2019est toujours le même spot, sur la rue Principale.Les gens sont très généreux et très gentils ! J\u2019ai rencontré beaucoup de monde qui m\u2019ont fait vivre plein d\u2019événements.C\u2019est là que j\u2019ai rencontré mon ami Jean-Marie Lapointe, qui dit qu\u2019il est épaté par moi.Imagine ! J\u2019ai aussi rencontré quelqu\u2019un de Radio-Canada, qui m\u2019a interviewé à la télé.D\u2019ailleurs, j\u2019ai passé plusieurs fois à la télé, notamment dans Face à la rue que Jean-Marie a réalisé.Je suis un gars choyé par la vie ! À Sutton, j\u2019ai longtemps habité un taudis.Ça me coûtait 138 $ de chauffage par mois, tellement les craques dans la bâtisse étaient grandes.C\u2019étaient des murs de carton.Alors, je me suis inscrit sur la liste d\u2019Habitat-Logement pour obtenir un appartement à prix modique.Finalement, on m\u2019a trouvé un beau 4 1/2, il y a deux ans.Je suis super bien ici.C\u2019est propre et c\u2019est beau.À part ça, la vie est pas mal belle.Je me promène en vélo, été comme hiver.Je vais à la pêche aussi.J\u2019adore ça.J\u2019ai tellement reçu depuis que je suis sobre.Ça fait 14 ans que je ne consomme plus ! C\u2019est l\u2019abondance.Je suis très reconnaissant dans la vie.Maintenant je veux redonner aux autres.Camelot à Sutton et à Granby par Bertrand Derome Je suis un gars chanceux et reconnaissant ! 28 itineraire.ca 1er janvier 2022 itineraire.ca 1er janvier 2022 La première neige\u2026 Redoutée ou aimée, elle enivre nos pensées de souvenirs du passé.Nulle part ailleurs J\u2019aime quand il tombe de la neige.Ça me donne de la joie.Je me souviens des descentes en traîneau dans les montagnes, dans mon comté de Portneuf quand j\u2019étais enfant.Il y avait beaucoup de neige en campagne quand j\u2019étais jeune.J\u2019allais à l\u2019école, neige ou pas.Ça nous prenait une demi-heure à pied.Enfant, on faisait des bonshommes, on jouait, on glissait\u2026 Je n\u2019irais pas vivre ailleurs.RONALD CINQ-MARS CAMELOT PHARMAPRIX ONTARIO / CHAMPLAIN Souvenir de tempête Quand t\u2019es jeune, la première neige est le fun.Je me rappelle de la tempête du siècle en 1971.J\u2019avais une dizaine d\u2019années.Les rues étaient bloquées, mon voisin avait un skidoo.On était allé se promener dans notre bout, où il y avait des champs.Aujourd\u2019hui, j\u2019aime la neige pour la beauté du décor.MAXIME VALCOURT CAMELOT FLEURY / CHAMBORD Chatouiller le bout du nez Je me souviens très bien, petite, adorer faire l\u2019ange dans la neige.Je vivais à Saint-Jean-sur-Richelieu.Avec d\u2019autres enfants, on construisait chacun un fort et on se pitchait des balles de neige.Aujourd\u2019hui ce que j\u2019aime, c\u2019est quand il neige et qu\u2019il ne fait pas frette.Par contre, je déteste que la neige me chatouille le bout du nez.LYNN CHAMPAGNE CAMELOT PJC PROMENADE ONTARIO ET MÉTRO PLACE-DES-ARTS Mont-Orford Je préfère la chaleur au froid.Je trouve la première neige mélancolique et ça me donne tout de suite hâte à l\u2019été.Mais je pense quand même aux choses positives.Notamment au cours de ski alpin que je prenais plus jeune dans le coin du Mont-Orford.Et les acrobaties que je faisais.J\u2019étais bonne là-dedans.MANON FORTIER CAMELOT MÉTRO HONORÉ-BEAUGRAND ET VILLAGE CHAMPLAIN La première neige Pas de neige après l\u2019école J\u2019aime me promener sous la neige quand les gens décorent leurs maisons, je trouve ça vraiment beau.D\u2019ailleurs, je me balade plus l\u2019hiver que l\u2019été.Même les tempêtes ne me dérangent pas.Petite, mes parents ne voulaient pas qu\u2019on sorte après l\u2019école.Alors je n\u2019ai pas de souvenirs.Même pas d\u2019avoir fait de la luge.DIANE CURADEAU CAMELOT MÉTRO DE L\u2019ÉGLISE ET IGA PLACE DUPUIS Le prix du froid Cette année la première neige est arrivée à peu près à la même date que l\u2019an passé.Elle nous rappelle qu\u2019on est au Québec et que ça nous coûte deux fois plus cher que d\u2019autres pays de vivre cette saison : plus cher en vêtements, en électricité, et en coût d\u2019isolation.BENOIT CHARTIER CAMELOT IGA PLACE FRONTENAC Les pas fines C\u2019est féerique la première neige.Puis c\u2019est reposant et très beau à voir.Des fois, ça me tanne, surtout au printemps, mais la toute première neige je l\u2019aime.Je me rappelle qu\u2019enfant, j\u2019adorais lancer des balles de neige aux filles qui n\u2019étaient pas fines avec moi.DENIS BOURGEOIS CAMELOT CHRISTOPHE-COLOMB / JEAN-TALON ETIENNE DELORIEUX | UNSPLASH 31 30 itineraire.ca 1er janvier 2022 itineraire.ca 1er janvier 2022 En entrevue pour L\u2019Itinéraire, Éric Giroux, directeur de L\u2019Écomusée du fier monde et commissaire de l\u2019exposition Tranches d\u2019histoire : Pain et boulangeries à Montréal, regrette qu\u2019avec la pandémie, trois années de recherches n\u2019aient pas suffi à creuser toutes « les pistes à explorer » sur l\u2019histoire du pain.Si l\u2019historien proposerait volontiers un volet deux à l\u2019exposition, on en retient pour le moment l\u2019importance du pain au quotidien, et le chemin ayant conduit ce produit vital de la boulangerie de quartier à l\u2019industrie.En quoi l\u2019industrie du pain marque-t-elle le Centre-Sud de Montréal ?Dans le Centre-Sud, plusieurs entreprises de transformation alimentaire ont laissé des traces dans le paysage.Il y a eu plusieurs petites boulangeries artisanales dont on ne soupçonne plus aujourd\u2019hui parce que leurs anciens fours ont été détruits.Il y a eu également une grande industrie : Pain Moderne Canadien.C\u2019était vers 1930.Elle était située sur la rue Papineau juste un peu avant Sherbrooke.Après un incendie dans les années 1980, l\u2019usine est restée vide deux ou trois ans puis la compagnie a vendu le bâtiment, aujourd'hui converti en condos.Il y a également eu une grande minoterie, Ogilvie (identifiable dans le décor montréalais par le panneau lumineux Farine Fives Roses).Autour du bassin central de l\u2019ancien bain public, rues Atateken et Ontario, aujourd'hui Écomusée du fier monde, on se promène d\u2019époque en époque, de publicités en vieux livres de recettes.Le musée de la mémoire du Centre-Sud, témoigne, jusqu\u2019au 6 mars prochain, de l\u2019histoire du pain et de son évolution à travers Tranches d\u2019histoire : Pain et boulangeries à Montréal.Ravivant par là-même les souvenirs du pain livré à domicile, du pain de ménage ainsi que du basculement de cet art ancestral vers l\u2019industrialisation.L\u2019exposition retrace également les enjeux d\u2019un métier artisanal qui peine à se revitaliser.Journaliste responsable de la formation Par Karine Bénézet Le long du canal de Lachine en 1948, les installations de la minoterie Ogilvie.Conrad Poirier, Fonds Conrad Poirier, BAnQ Vieux-Montréal, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, P48, S1, P16577 Comment s\u2019organisait la vie de quartier autour du four à pain avant l\u2019industrialisation ?Autour des années 1 800, on a des maîtres boulangers et des petites boulangeries.Ils s\u2019approvisionnent dans des moulins, aux alentours de Montréal.Il y a alors une bonne production de blé, suffisante pour nourrir la population locale.Dans les zones rurales, on devine que les voisins, souvent la famille proche, devaient se partager le four à pain.Mais dans les petits villages, je pense que les gens n\u2019en possédaient pas toujours un.On avait un petit noyau villageois avec un boulanger qui livrait chez les habitants.À Montréal, les gens ne fabriquaient pas leur pain, par manque d\u2019espace.J\u2019ai lu dans un journal que toutefois, une grande propriété pouvait avoir son propre fournil, alors utilisé par des domestiques.Mais ce sont principalement les boulangers qui assuraient la distribution à domicile de cet aliment très important, un aliment pour survivre.À la fin du 19e, siècle, la ville se densifie.La population locale augmente et beaucoup de gens de la campagne s\u2019installent à Montréal.On se met à construire des duplex et des triplex.On peut faire le pain dans la cuisinière à la maison, mais l\u2019effort que ça demande est important.Ça monopolise le four qu\u2019il fallait fortement préchauffer.Ça demande probablement pas mal d\u2019énergie, coûteuse à l\u2019époque.Il devient alors plus économique de faire livrer son pain.Avec l\u2019industrialisation, les boulangeries se développent dans les quartiers et leurs tailles se diversifient.Il y a les boulangeries qui ont quelques centaines de clients et des entrepreneurs en particulier qui se démarquent.Eux disposent de trois ou quatre fours à pain dans le même bâtiment.Les grandes et les petites boulangeries cohabitent.Puis tranquillement vont apparaître les minoteries.Peut-on dire que la croissance des minoteries a précipité le déclin des boulangeries de quartier ?Certaines petites boulangeries resteront indépendantes.Mais après la Seconde Guerre mondiale, le phénomène des chaînes de distribution comme Steinberg émergent de plus en plus.Ces supermarchés vont avoir un impact majeur sur toutes les usines de transformation alimentaire et l\u2019économie de l\u2019alimentation.Seulement, ils ne font affaire qu\u2019avec de gros joueurs et le petit boulanger n\u2019a pas la capacité de les approvisionner.Alors Steinberg, par exemple, ouvrira sa propre boulangerie sur la rue Viau qui alimentera ses propres magasins à moindre coût.Les gens se mettent alors à faire toutes leurs courses aux mêmes endroits.Dans les supermarchés, ils trouvaient leurs fruits, leurs légumes, leur lait\u2026 Les laitiers ont commencé à décliner et certaines petites boulangeries ont décidé de se regrouper.Ce qui donne naissance à des formations comme Durivage-Robin.\u2026 et les boulangeries ont décliné.Quand le tout a-t-il basculé pour ces artisans-boulangers ?Avec les guerres mondiales, la production de céréales en Europe va décliner.L\u2019Europe aura alors des besoins en céréales très importants.Et elle va s\u2019adresser au Canada.Là, les grandes minoteries canadiennes vont moderniser leurs installations pour produire de plus en plus de farine et l\u2019exporter.À la fin de la Première Guerre, la production va reprendre tranquillement, et dans les années 1920 la demande va baisser.Seulement les minoteries sont dorénavant capables de produire beaucoup de farine.Elles développent alors différentes stratégies pour augmenter leurs ventes comme l\u2019édition de livres de recettes de pain, de tartes, etc., à l\u2019effigie de leurs marques.Certaines vont se dire que pour écouler leur production il serait stratégique d\u2019acheter les boulangeries locales, et d\u2019en créer de nouvelles.À Montréal, ils ont d\u2019abord acheté celles du côté anglophone, qui étaient très stables, avec une clientèle plus riche.Puis, ils ont acheté à l\u2019Est, en milieu francophone.Qu\u2019observe-t-on du renouveau de la boulangerie artisanale à Montréal ?Depuis les années 1980 reviennent de petites boulangeries plus locales.Surtout qu\u2019au Québec, on produit de plus en plus de farines biologiques.Avec les enjeux environnementaux, s\u2019approvisionner localement est devenu une valeur importante pour ces petits artisans-là.Mais ça ne représente qu\u2019une minorité du pain qui est vendu.Un groupe d\u2019enfants visite la boulangerie industrielle Le Pain moderne canadien, vers 1957.Studio O.Allard enregistrée, Fonds Studio O.Allard photographes incorporée, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, BAnQ Vieux-Montréal, P 244, S 1, D 4232, P 1.M.Gilbert, de la compagnie James Strachan Limited, distributeur des pains et gâteaux Idéal.Photo prise au square Sir-George-Etienne-Car- tier à Saint-Henri en 1939.Société historique de Saint-Henri, 23.1-43.Une publicité de la boulangerie Le Pain moderne canadien qui met l\u2019accent sur la santé des enfants.Bulletin paroissial Sainte-Brigide, octobre 1930, collection Écomusée du fier monde.Le boulanger G.-H.Rolland, de la rue Saint-Ferdinand à Saint-Henri, pose fièrement dans son uniforme, chez le photographe C.David, vers 1915.Société historique de Saint-Henri, 260 ph 5.35 itineraire.ca 34 itineraire.ca 1er janvier 2022 1er janvier 2022 PHOTOS KARINE BÉNÉZET Le fondateur de Pain à Tartine, PAT pour les habitués, est clair : « L\u2019 industrie agroalimentaire, moins j\u2019en parle, mieux je me porte ».Difficile cependant de ne pas l\u2019interpeller sur ce sujet alors que sa boulangerie, située dans le Centre-Sud, sur Ontario à l\u2019ouest de la Visitation, s\u2019inscrit à contre-courant de la tendance actuelle : celle du pain industriel.Un modèle largement majoritaire dans le paysage québécois.À contre-courant Pourquoi cette volonté de ramer en sens inverse ?« Mets ton nez dans un paquet de pain tranché industriel.Tu verras\u2026 Ça sent les agents de conservation et les additifs, décrit-il.Et il faut manger trois de leurs baguettes pour avoir l\u2019apport nutritionnel d\u2019une des miennes ».Pour ce non-conformiste, l\u2019industrie « ne respecte rien ».Seuls l\u2019esthétique du pain et le profit comptent, au détriment de la qualité et du goût.Des objectifs qui s\u2019invitent chez PAT : « Ce qu\u2019on fait ici n\u2019est peut-être pas parfait, mais en équipe, avec de l\u2019eau, du sel de mer, des farines complètes et du levain, on travaille à sortir des pains au meilleur goût possible ».Chez Pain à Tartine, tout est produit sur place, des pâtons aux pâtisseries en passant par le levain.« Nous sommes une unité de production ».Il suffit de jeter un œil entre les baguettes et les pains spéciaux présentés derrière le comptoir de vente pour s\u2019en apercevoir.Dans le fournil, une équipe de trois personnes s\u2019active autour du four à sole, d\u2019un pétrin, de chambres froides.La force de travail de Sophie, Alexandre et Julien est la pièce maîtresse de cette boulangerie.« Sans eux, je ne pourrais pas tout faire », sait Bertrand qui, depuis qu\u2019il a ouvert son premier commerce de pain au cœur du Marché Saint-Jacques il y a huit ans, a pris conscience de ce qu\u2019est vraiment la notion de travail.« Là, on nous a livré un sel de merde.Je vais le retourner ou sinon l\u2019utiliser pour saler le trottoir.» L\u2019artisan- boulanger Bertrand Gaumer ne tourne ni autour du pot ni ne mâche ses mots.Et ce, autant lorsqu\u2019il exprime son opinion sur un produit, sur l\u2019industrie de la boulangerie, que lorsqu\u2019il conte les péripéties de sa vie passée et de ses débuts ici, au Québec.Le four à sole reproduit ce que faisait le four à pain romain.Il s\u2019agit d\u2019un dôme construit en briques réfractaires avec une sole, le sol du four, dans lequel se trouve une ouverture pour faire du feu.Une fois que la brique est blanche, donc chauffée autour de 300 degrés centigrades, on retire le bois brûlé, les cendres et on enfourne les pâtons.Le four à sole électrique ou à gaz reproduit la même chose.Il va chauffer les pâtons par rayonnement et par conduction.La plupart des fours sont maintenant à convection.Mais ce n\u2019est pas adapté pour le pain qui devient alors mou et nécessite des additifs et des améliorants pour qu\u2019il prenne du brillant et du volume.Four à l\u2019intérieur de la Boulangerie Jobin.Collection Jobin.37 itineraire.ca 36 itineraire.ca 1er janvier 2022 1er janvier 2022 La vie de boulanger « Là, je n\u2019ai pas de salaire, mais je récolte les fruits de mon travail.Je suis plus libre, on a plus de soucis on dort moins bien, mais c\u2019est quand même mieux », avance Bertand, avec le sourire.À cette réalité s\u2019ajoutent des interdits quotidiens : les absences, les retards, les maladies, les laisser-aller\u2026 Autant de risques qui feraient un peu trop gîter le bateau.Ce n\u2019est pas pour rien que lui et sa femme ont dû fermer pour un temps leur premier commerce quand Bertrand a fait un burn-out, dans ses débuts.L\u2019image collective du boulanger les mains dans le pétrin au point du jour est assez réaliste.« Je me lève vers 3 h.Vers 4 h, on commence la division de la pâte à pain ; 100 kg répartis la veille dans des bacs de 7 kg, couverts et réfrigérés.Après la division et la détente de la pâte, on fait les pâtons selon trois formes de bases : la boule, le Belge, la droite.Une fois façonnés, on remplit les parisiens (meubles dans lesquels sont entreposés les pâtons le temps de leur pousse, à l\u2019abri des mouvements d\u2019air).Après une heure, une heure et demie, on étend les pâtons, on grigne et on cuit.La journée s\u2019achève finalement vers 19 h, à la fermeture de la boulangerie.Et rebelote\u2026 Un métier qui ne peut pas mourir ?On dit du pain qu\u2019il est la première biotechnologie à avoir été maîtrisée par l\u2019homme.« Après le feu », ajoute Bertrand Gaumer.Mais pour lui, le pain est bien plus : « Il a permis de faire une transition entre un mode social de chasse, de pêche et de cueillette vers un autre mode social, sédentarisé où les villes se sont créées, grâce aux artisans, qui pour beaucoup n\u2019existent plus.» Bertrand sait qu\u2019un métier peut mourir.Comme celui de son grand-père qui était charron, constructeur de charrettes.Où comme le sien.Une prise de conscience hâtive, provoquée par le souvenir d\u2019un ancien four à pain , découvert chez son grand-père lorsqu\u2019il était enfant : « Tout était encore là, et avait été abandonné ».Si comme consommateurs il semble évident que les boulangers feront indéfiniment partie du paysage, Bertrand sait que lui et ses pairs ne sont pas indispensables.« Ce métier n\u2019est pas condamné à mourir, on peut le réinventer.Mais cette certitude, c\u2019est nous qui la portons, les artisans.Et c\u2019est un vrai travail de tous les jours.» Devient boulanger qui veut Du pain, on peut en acheter au supermarché.En sac, tranché, ou au rayon boulangerie.Aussi, dans des boulangeries de quartier « qui portent ce titre, mais qui achètent des cartons de baguettes congelées que tu n\u2019as plus qu\u2019à faire cuire et à poser sur tes tablettes\u2026 C\u2019est comme une vraie boulangerie.Et ils ont des clients.Ici, un boulanger n\u2019est pas obligé de fabriquer et de pétrir sur place.» Si cette réalité fâche Bertrand, il n\u2019oublie pas que lui aussi en est passé par là au début.« On a acheté du congelé pour la viennoiserie.Parce qu\u2019on n\u2019avait ni le temps ni les ressources d\u2019en faire.Et comment tu fais quand on te demande tout le temps un produit que tu ne peux pas fournir ?Que tu as l\u2019 impression de perdre des clients à cause de ça ?Bah ! Tu optes pour la facilité.» Aujourd\u2019hui, Pain à tartine roule.Tout comme sa jumelle d\u2019Oka, du nom de PATOka, qui depuis que la boulangerie locale a fermé, propose des pains et des viennoiseries produites sur place.Et bien qu\u2019« en campagne, les gens ont des habitudes alimentaires encore plus influencées par la publicité », constate Bertrand, la tendance semble vouloir changer à en croire le succès de ses deux entreprises.« La levure, ce sont des champignons à l\u2019état pur cultivés sur de la mélasse.Le levain est un mélange d\u2019eau, de farine et de sucre qui s\u2019entretient.Il doit être utilisé régulièrement, mais il lève moins que la levure.» - Bertrand Gaumer La notion de travail Avant de virer de bord vers l\u2019artisanat, Bertrand et sa famille vivaient en France.Là-bas, il était ingénieur en télécommunication.Un titre aux allures pompeuses, mais vide de sens pour celui qui ne se voyait plus « vivre dans un monde en deux dimensions derrière un ordinateur ».Arrivé au Québec, « un pays francophone pour les enfants », c\u2019est chez Desjardins à un « poste inintéressant » que l\u2019ancien ingénieur plongera dans sa nouvelle vie outre-Atlantique.Mais comme il le dit : « Quand tu changes de pays, c\u2019est pour changer de vie.Alors, pourquoi faire la même chose ?Pour une question de confort alimentaire ou de salaire ?» Amarrer sa vie professionnelle à la panification était un désir déjà bien structuré en France.« J\u2019aurais pu être moniteur de plongée ou webmaster, mais j\u2019avais cette passion pour le pain.» Alors en attendant leur papier de résidence permanente, Bertrand passe un CAP boulangerie en candidat libre (l\u2019équivalent d\u2019un diplôme d\u2019études professionnelles boulangerie) et « bachot[e] les quatre pains obligatoires à l\u2019examen, une journée par semaine » dans un fournil.On pourrait se demander pourquoi ce futur détenteur d\u2019un savoir-faire artisanal si louangé en France n\u2019a pas désiré y exercer ses futurs talents ?« On aurait été mal considéré par la profession, amorce-t-il, parce qu\u2019on vient d\u2019un milieu intellectuel, on aurait peut-être été mal considéré par notre entourage parce qu\u2019on nous aurait dit : \u201ccomment tu peux faire du bon pain sans avoir trois générations de boulangers derrière toi ?!\u201d » Vu sous cet angle, le déracinement devenait évident : « En Amérique du Nord, ce qui est fascinant, c\u2019est que tu peux repartir à zéro et personne ne viendra t\u2019emmerder.» GRIGNER LE PAIN Grigner le pain, c\u2019est faire des entailles longitudinales dans la pâte une fois façonnée, afin d\u2019en faire sortir le gaz carbonique.Elles jouent le rôle de cheminées par lesquelles la vapeur pourra s\u2019évacuer.La croûte du pain gardera ainsi sa fermeté, et la mie sera moins compacte.« La fermentation, c\u2019est la méthode qui a permis de rendre mangeable la farine.» - Bertrand Gaumer « Le pain à la maison peut être très bon.Une coupelle d\u2019eau en céramique doit être placée dans le four dès le préchauffage.Utiliser également la technique du pointage retardé, qui consiste à pétrir sa pâte environ 15 minutes et à l\u2019entreposer au réfrigérateur.Elle sera alors reprise le lendemain, détendue, puis cuite.» Cette technique permet de gagner du temps et améliore la saveur et la conservation du produit.39 itineraire.ca 38 itineraire.ca 1er janvier 2022 1er janvier 2022 Préposé à la distribution par Yves Grégoire Tout est science.Des confins de l\u2019univers à la nature qui nous entoure, dans la technologie de tous les jours en passant par la vie sur Terre, la science est partout.Deux ans après l\u2019annonce de la création d\u2019un robot mi-machine, mi-vivant, les créateurs disent qu\u2019il peut se reproduire biologiquement.Quelques mois avant la pandémie, le monde apprenait avec stupeur la création par des scientifiques américains d\u2019un organisme quadrupède un peu plus petit qu\u2019une tête d\u2019épingle.Son nom est xénobot.En lien avec la grenouille africaine Xenopus Laevis, dont sont issues les cellules souches embryonnaires qui la composent.Il faut savoir que cet organisme a été conçu à l\u2019aide d\u2019un superordinateur de l\u2019Université du Vermont Joshua Bongard et ses collègues chercheurs expliquent que leur bébé peut, en nageant dans une boîte de Petri, trouver des cellules seules, les assembler avec leurs « bouches » en forme de Pac- Man pour faire des bébés xénobots.En quelques jours, les bébés deviennent adultes, bougent comme leurs parents et peuvent se répliquer à leur tour.On imagine déjà de nombreuses retombées à la suite de cette découverte, sur le plan médical pour soigner des malformations congénitales des cancers ; sur le plan environnemental pour, par exemple, nettoyer les océans, les zones radioactives\u2026 Cependant, des questions éthiques se posent.Si pour le moment, elles ne sont pas ciblées, jouer avec des systèmes complexes peut laisser place à des dérives imprévisibles.Bébé machine Faire respirer 8 milliards de personnes sur la Lune L\u2019atmosphère de la Lune ne permet pas à l\u2019être humain de respirer.Mais les scientifiques pensent qu\u2019il y en aurait assez dans le régolithe, la roche qui recouvre la Lune, pour permettre la colonisation de notre satellite.Les agences spatiales européenne et australienne ainsi que la NASA envisagent d\u2019extraire de l\u2019oxygène de ce régolithe lunaire.L\u2019atmosphère de la Lune est particulièrement fine.Elle se compose d\u2019hydrogène, de néon et d\u2019argon.Mais le régolithe serait composé à environ 45 % d\u2019oxygène.Chaque mètre cube de régolithe contiendrait 1,4 tonne de minéraux, soit 630 kg d\u2019oxygène.Assez pour une personne pendant deux ans.Et sous toute réserve, une profondeur de 10 mètres de cette roche permettrait à huit milliards de colons humains de respirer pendant 100 000 ans.Mais l\u2019oxygène doit d\u2019abord être extrait du régolithe.Cela se ferait par électrolyse, soit la décomposition d\u2019une matière par décharges électriques.Ce qui demanderait beaucoup d\u2019énergie.Les chercheurs pensent alors utiliser l\u2019énergie solaire.Mais transporter les équipements nécessaires sur la Lune et les faire fonctionner représentent un grand défi.On trouve également sur notre satellite beaucoup de minéraux qui contiennent de l\u2019oxygène : de la silice, des oxydes de fer, etc.Et ils sont intacts.Non comme sur la Terre où ils sont transformés par des organismes, en sol.Selon une équipe de scientifiques associées avec Stratégie Saint-Laurent et l\u2019INRS (Institut national de la recherche scientifique), des nanoplastiques, d\u2019invisibles particules de plastique, se trouvent dans le fleuve Saint-Laurent.Encore au stade exploratoire, cette matière aurait été détectée, sans que l\u2019on puisse fournir de données chiffrées sur sa quantité.Selon Julien Gigault, chargé de projet au Centre national de recherche, la présence de ce polluant n\u2019est pas trop inquiétante.En effet, l\u2019humain respire en moyenne 6 milliards de particules par jour.Ce qui l\u2019est en revanche pour ce professeur adjoint de l\u2019Université Laval est leur capacité à transporter des quantités de métaux et de polluants.Julien Gigault et son équipe voudraient alors élargir leurs lieux de recherche à l\u2019ensemble du fleuve et dans le Grand Nord, pour comparer leurs résultats trouvés.Nanoplastiques dans le fleuve Saint-Laurent DAVID DIBERT | U N S P L A S H FREEPIK 41 itineraire.ca 40 itineraire.ca 1er janvier 2022 1er janvier 2022 Marie-Ève Saucier Humoriste Revue 2021 Je vous avoue qu\u2019une partie de moi aurait aimé pouvoir vivre les partys des Fêtes comme l\u2019an dernier : tout\u2019croche su'le divan, avec ma famille immédiate et mes menteries de projets que « je peux pas réaliser à cause de la pandémie ».J\u2019aime célébrer les Fêtes avec ma grande famille.Mais mon ego me met un stress inutile sur les épaules.Je veux arriver dans le sous-sol de ma belle-sœur avec une tonne de réalisations impressionnantes à raconter.Je ne veux pas être la fuckall des festivités.Celle qui, au travers les anecdotes de hautes études et de sauvetage de bébés épaulards en haute mer des cousins / cousines, scande fièrement : « Moiii, cette année, j\u2019ai presque jamais oublié de mettre un pantalon pour aller au Provigo ».T\u2019sais, la convive à qui on met une veste de flottaison en lui servant un verre d\u2019eau.Je sais que j\u2019exagère.Mes proches ne s\u2019attendent pas à ce que je rejoigne l\u2019équipe olympique de BMX Freestyle.Ils veulent juste passer du temps avec moi, peu importe la longueur de mes repousses.Mais c\u2019est plus fort que moi.Quand j\u2019entre dans un contexte de rassemblement familial, je panique et j\u2019oublie tout ce que j\u2019ai fait dans ma vie.Cette année, ce sera différent.J\u2019ai eu un temps des Fêtes de lousse pour me préparer.J\u2019ai préparé une revue de mon année 2021 qui me fera récolter un ou deux « Aaah, tu vas moins mal qu\u2019on pensait ! » JANVIER \u2014 J\u2019ai appris à prendre des résolutions réalistes : oublier plus de brassées dans la laveuse, me parler toute seule en faisant le ménage et faire semblant de laver mes mains avant souper.FÉVRIER \u2014 Pour la première fois en 13 ans de vie commune, je n\u2019ai pas pleuré parce que mon chum ne m\u2019a pas demandée en mariage à la Saint-Valentin.J\u2019ai juste crié très fort dans un oreiller.Dans la chambre des enfants.Avec un linge à vaisselle en guise de voile sur la tête.À trois heures du matin.Mais j\u2019ai même pas pleuré ! MARS \u2014 Ma fille a célébré son 9e anniversaire.À mi-chemin de ses 18 ans, je peux affirmer que mon plan de me faire arrêter pour l\u2019avoir suivie dans les bars vêtue d\u2019un trench coat, une moustache et un gun est de plus en plus cohérent.AVRIL \u2014 Après un autre poisson d\u2019avril que j\u2019ai gâché parce que mes enfants trouvent que mes idées de pranks sur leur père sont trop cruels, j\u2019ai contacté les parents de leurs amis un an en avance pour qu\u2019ils les gardent à coucher.Ce sera donc en 2022 que je pourrai mettre du dentifrice dans les condoms sans me faire juger par des mineurs.MAI \u2014 J\u2019ai reçu beaucoup plus de bricolages de Fête des mères créés en panique à la dernière minute sur le coin d\u2019une table sale que l\u2019an dernier.J\u2019ai dû faire quelque chose de bien cette année.JUIN \u2014 J\u2019ai découvert des nouvelles cachettes dans la maison pour affronter le congé scolaire des enfants.JUILLET \u2014 Nous avons loué un luxueux chalet.J\u2019ai ouvert un compte Instagram pour partager des clichés de notre famille zen en abusant du hashtag #blessed.AOÛT \u2014 Retour à la maison et à une vie normale.J\u2019ai supprimé mon compte Instagram, mais j\u2019ai continué à follow ceux des filles plus belles que moi juste pour leur envoyer des messages haineux tels que « Mets des chandails adéquats pis, retourne aux études ! », « Tes parents savent-tu qu\u2019t\u2019es en chandail bédaine su\u2019l web ?! ?» et « T\u2019es cute, mais j\u2019suis sûre que ton four micro-ondes est sale.» SEPTEMBRE \u2014 La rentrée scolaire m\u2019a fait découvrir des nouvelles danses de joie.OCTOBRE \u2014 J\u2019ai célébré mon 42e anniversaire.Apparement, plus on vieillit, plus nos enfants aiment inclure notre âge dans la chanson de fête.En riant.Fort.Bref, pas mon meilleur anniversaire.NOVEMBRE \u2014 La première neige m\u2019a rappelé qu\u2019il faudra bientôt ajouter « Mets ton pantalon de neige » à la liste des choses que je dois répéter 120 734 128 964 fois chaque matin.Novembre m\u2019a ramenée à cet état de vide parental nommé « À quoi bon vivre ?».DÉCEMBRE \u2014 Gros mois : j\u2019ai eu hâte aux vacances pour ne plus faire les lunchs, passer des journées complètes en famille pour finalement m\u2019ennuyer de faire les lunchs.Si personne ne m\u2019applaudit après cette fine revue, je passerai au Plan B : calmer mes nerfs.Profiter des Fêtes avec ceux qui se foutent de mes repousses et du BMX Freestyle olympique.Parce que ma vraie revue de cette année, de celles d\u2019avant et de celles d\u2019après, c\u2019est ma famille pis de l\u2019amour, tout le temps.SIOU CAMELOT MONT-ROYAL / FULLUM ET MONT-ROYAL / BOR DEAUX BD itineraire.ca 1er janvier 2022 43 publicité 5 3 9 7 7 6 5 8 1 4 2 9 5 1 3 7 8 5 8 7 9 8 1 3 2 2 7 8 6 1 9 6 2 5 4 3 Placez un chiffre de 1 à 9 dans chaque case vide.Chaque ligne, chaque colonne et chaque boîte 3x3 délimitée par un trait plus épais doivent contenir tous les chiffres de 1 à 9.Chaque chiffre apparaît donc une seule fois dans une ligne, dans une colonne et dans une boîte 3x3.Solutions dans le prochain numéro Citation secrète : J'ai horreur des gens qui parlent pendant que je les interromps.Amputations : 1.indomptable, 2.globalité, 3.occitane, 4.noctambule, 5.lambrequin, 6.réduction, 7.diphtongue, 8.adhésion, 9.nocuité, 10.glossaire.Vérificatrice de poids Naines Tinté Tombera Peintre néerlandais Désintéressée Alternance de générations Deuxième occurence Populations asiatiques Soûl Chausseurs Décrètes Âges Fromage Route rurale Cubes Gémir Après-midi Soldat Remâche Strontium Métaux Insectes Arpenteur Raire Balle H R M P E R S S S A S E S R E R E R E G O M T E R E N P C U E S R O N D U E R B E O L T E G E I D N R E T A T R A E S E B N E O V L E O B T T E I R S E D S I G 9 1 7 5 3 7 3 2 6 8 5 1 9 4 8 5 1 4 2 9 3 6 7 4 6 9 1 7 3 8 5 2 2 4 8 3 5 1 6 7 9 1 7 6 2 9 8 4 3 5 3 9 5 7 4 6 2 8 1 5 8 3 9 1 2 7 4 6 6 2 7 5 3 4 9 1 8 9 1 4 8 6 7 5 2 3 - 15 décembre 2022 Vérificateurs Burlesque Paria Diarrhée Ménure Machine à composer Transformation en humus Jour de privation Cabanes Note Touas Actionné Infinit Césium Mouvements rapides Or Merendrai Dieu Proclamation Éperonnée Prix Ber Assortis les couleurs Perroquet Baudets Doublera Puis Confondu Singe Viande séchée horizontalement 1.Qui concerne des valseuses.2.Mettrions en rapport.3.Souverain.- Dialecte.- Dans.4.À rembourser.- Charges d'âne.- Préfixe privatif.5.Répètes.- Tentative.6.Administras.- Implorât.7.Route rurale.- Gâche.- Année.8.Aar.- Sécheresse.9.Élèveras d'un demi-ton.10.Saison.- Miens.- Pièce de harnais.verticalement 1.Acarien qui vit dans les mousses ou dans l'eau.2.Raccourcirait.3.Pronom.- Erbium.- Rait.4.Caché.- Mets de niveau.5.Images.- Éminence.6.Défèques.- Stationne.7.Ouellé.- Évitas.8.Lawrencium.- Enchâssés.9.Cri de douleur.- Convient.10.Transforma des atomes.- Unité de sensibilité.11.Symbole.- Lorgnât.12.Orient.- Arrivées.Pouvez-vous trouver les sept différences dans cette œuvre ?Bonne chance ! RAWPIXEL | DOMAINE PUBLIQUE détente DONS + CARTES-REPAS TOTAL DE MA CONTRIBUTION : $1 MODE DE PAIEMENT Chèque au nom du Groupe communautaire L\u2019Itinéraire Visa MasterCard Code de vérification de la carte (CVC) : l___l___l___l No de la carte : l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l Expiration / (Mois) (Année) Signature du titulaire de la carte Postez votre coupon-réponse au Groupe communautaire L\u2019Itinéraire 2103, rue Sainte-Catherine Est, 3e étage, Montréal (Québec) H2K 2H9 No de charité de l\u2019organisme : 13648 4219 RR0001 JE VEUX M\u2019ABONNER AU MAGAZINE : Je m\u2019abonne pour une période de : 12 mois, 24 numéros (125 $ avec taxes) 6 mois, 12 numéros (65 $ avec taxes) Nom ou No de camelot (s\u2019il y a lieu) : JE FAIS UN DON DE : 40 $ 50 $ 75 $ 100 $ ou $1 JE VEUX ACHETER DES CARTES-REPAS : J\u2019offre cartes-repas à 6 $ chacune = $1 Vous voulez les distribuer vous-même ?Cochez ici : 1 Pour respecter l\u2019écologie et réduire ses frais postaux, L\u2019Itinéraire envoie le reçu d\u2019impôt une seule fois par année, au début de janvier suivant le don.Vous pouvez faire un don directement en ligne sur notre site itineraire.ca IDENTIFICATION Mme M.Nom : Prénom : Adresse : Ville : Code postal : _ _l_ _l_ _ - _ _l_ _l_ _ Courriel : Téléphone : ( ) 514 597-0238, poste 228 \u2022 luc.desjardins@itineraire.ca Pour rejoindre notre service aux donateurs : TORRÉFIÉ À MONTRÉAL 514 321-4121 \u2022 1 800 361-4121 CAFEBROSSARD.COM Bien emmitouflé dehors ou confortablement assis chez soi , quand le mercure descend, rien de mieux qu\u2019un bon café pour se réchauffer.M ARCHAND DE B O NHEUR , M ARCHAND DE CHALEUR ?! Aidez-nous i t i n e r a i r e .c a m a r i o a l b e r t o r e y e s z a m o r a "]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.