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L'itinéraire
Depuis 1992, L'Itinéraire fait découvrir aux Montréalais les intérêts, les préoccupations et les revendications des gens de la rue, des activistes sociaux et des collaborateurs qui participent à la publication. [...]
L'Itinéraire est un mensuel montréalais dont la publication a débuté au printemps 1992. Le magazine est une initiative du Groupe communautaire L'Itinéraire, organisme basé dans le quartier Centre-Sud à Montréal. Il est vendu dans les rues et dans le métro de Montréal par des camelots. La création de L'Itinéraire visait à offrir une publication aux personnes seules et itinérantes dans laquelle elles pourraient partager avec la population les problématiques de l'itinérance et proposer des pistes de solution. L'Itinéraire permet aux participants l'apprentissage d'un travail rémunéré. Une participation active brise l'isolement. Elle favorise la revalorisation et la réalisation de soi, une reprise personnelle et une culture de l'autonomie. L'Itinéraire transmet aux Montréalais les intérêts, les préoccupations et les revendications des gens de la rue, des activistes sociaux et des collaborateurs qui participent à la publication. Ainsi, l'accès au logement, la réinsertion sociale, le travail du sexe, l'alcoolisme et la toxicomanie, la formation aux adultes, les droits de la personne, les sujets politiques de l'heure, les arts et la culture populaire, sont des sujets traités dans le magazine. On trouve régulièrement une personnalité connue en page couverture de L'Itinéraire, à laquelle est jumelé un article prenant souvent la forme d'une entrevue. Des collaborations spéciales de journalistes pigistes professionnels trouvent leur place chaque mois dans L'Itinéraire. Le magazine offre aussi une tribune à ses camelots, dont quelques-uns sont maintenant des figures connues des Montréalais. THIVIERGE, François, « Intervention de groupe auprès de la population itinérante de Montréal », Service social, vol. 43, no 2, 1994, p. 147-157.
Éditeur :
  • [Montréal] :Groupe communautaire l'itinéraire,1992-
Contenu spécifique :
mercredi 15 septembre 2021
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
deux fois par mois
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L'itinéraire, 2021, Collections de BAnQ.

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[" PAYEZ VOTRE MAGAZINE PAR TEXTO AUPRÈS D'UN CAMELOT AUTORISÉ Dossier La DPJ d'après Granby Culture Connexion cosmique : Renée Martel et Paul Daraîche En quête de solutions pour LES INUITS DE MILTON-PARC Volume XXVIII, n?14 Montréal, 15 septembre 2021 P U B L I C I T É L\u2019arrondissement de Ville-Marie reconnaît l\u2019excellent travail de l\u2019équipe du magazine L\u2019Itinéraire.Camelot n°  891 \u2022 Âge 59 ans Point de vente Marché Metro Sainte-Catherine / Morgan et métro L\u2019Assomption Cécile Crevier Par Marie Brion ?Bénévole à la rédaction CARLA BRAGA Dans l\u2019ombre de sa casquette, son regard bleu limpide s\u2019illumine quand elle raconte son enfance.« Mon père était col bleu, ma mère restait à la maison avec sa mère malade.J\u2019ai eu une très belle enfance.» La famille vivait à Montréal, dans le quartier Rosemont.Mais là où ça devenait vraiment festif, c\u2019était pendant les vacances.« On montait au chalet à Rawdon pour passer tout l\u2019été en campagne.On faisait des partys tous les samedis, on dansait.On allait dans la forêt pour les fraises, les framboises.On faisait du vélo, du quatre roues, de la chaloupe, du pédalo.On était bien.» Adolescente, elle vend avec sa sœur (Cécile est la deuxième de la famille, née entre sa sœur et son frère) des chips et de la liqueur dans une roulotte de la ville, pendant deux ans.Au début de sa vie d\u2019adulte, elle devient examinatrice dans une manufacture de fourrure durant trois ans, avant de devenir vendeuse.Elle aime travailler avec le public.Le soir elle prend des cours de français, d\u2019anglais et de mathématiques.En 1994, la naissance de son fils l\u2019amène à un tout autre genre de travail : mère à temps plein.Son mari tombe malade et meurt quand son fils a 5 ans.Elle se retrouve veuve et monoparentale.« Je l\u2019ai élevé toute seule, jusqu\u2019à ses 18 ans.J\u2019me suis prise en main.J\u2019ai trouvé un logement à 680 $ par mois.J\u2019ai attendu neuf ans avant d\u2019avoir un HLM.» Elle se démène pour que son fils ne manque de rien.« À l\u2019adolescence, il avait ses sorties, ses amis.Tout le monde venait manger chez nous.Ma maison était pleine, rien qu\u2019des jeunes ! » Il y a environ 10 ans, elle a commencé à travailler à L\u2019Itinéraire, référée par Emploi-Québec.Au début, elle était à la cuisine, puis elle est devenue camelot.Elle a dû apprendre à gérer sa consommation.« J\u2019consomme moins de bière.J\u2019en prends une à l\u2019occasion, mais pas des six packs comme avant.J\u2019ai fait ça toute seule.J\u2019ai changé mon groupe d\u2019amis.J\u2019ai plus personne alentour qui va prendre une bière devant moi.Ça fait trois ans.» L\u2019avenir lui sourit.Cécile décrit sa vie actuelle avec le même élan que celui lorsqu\u2019elle parle de son enfance.« J\u2019suis épanouie, j\u2019ai beaucoup travaillé là-dessus.C\u2019est beau la vie.» « Je vois l\u2019avenir tout beau.C\u2019est grâce à L\u2019Itinéraire.Ça a tout changé.J\u2019ai prouvé à ma famille que j\u2019étais capable de faire quelque chose jusqu\u2019au bout.Avant, ils me croyaient pas.J\u2019en ai surpris plusieurs ! J\u2019ai relevé le défi, pis j\u2019aime ça.J\u2019aime ce métier-là et l\u2019équipe, on se respecte.Ça m\u2019a ouvert bien des portes.Ça m\u2019a aidée à comprendre les autres pis à les apprécier.Avant je jugeais.» RÉDACTION ET ADMINISTRATION 2103, rue Sainte-Catherine Est Montréal (Qc) H2K 2H9 LE CAFÉ L\u2019ITINÉRAIRE 2101, rue Sainte-Catherine Est Téléphone : 514 597-0238 Télécopieur : 514 597-1544 Site : www.itineraire.ca ISSN -1481-3572 Numéro de charité : 13648 4219 RR0001 Dépôt légal Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque de l\u2019Assemblée nationale du Québec PARTENAIRES MAJEURS L\u2019Itinéraire EST MEMBRE DE Interaction du quartier Community Council Peter-McGill Le journal L\u2019Itinéraire a été créé en 1992 par Pierrette Desrosiers, Denise English, François Thivierge et Michèle Wilson.À cette époque, il était destiné aux gens en difÏculté et offert gratuitement dans les services d\u2019aide et les maisons de chambres.Depuis mai 1994, le journal de rue est vendu régulièrement par les camelots.Aujourd\u2019hui le magazine bimensuel est produit par l\u2019équipe de la rédaction et plus de 50 % du contenu est rédigé par les camelots.Le Groupe L\u2019Itinéraire a pour mission de réaliser des projets d\u2019économie sociale et des programmes d\u2019insertion socioprofessionnelle, destinés au mieux-être des personnes vulnérables, soit des hommes et des femmes, jeunes ou âgés, à faible revenu et sans emploi, vivant notamment en situation d\u2019itinérance, d\u2019isolement social, de maladie mentale ou de dépendance.L\u2019organisme propose des services de soutien communautaire et un milieu de vie à quelque 200 personnes afin de favoriser le développement social et l\u2019autonomie fonctionnelle des personnes qui participent à ses programmes.Sans nos partenaires principaux qui contribuent de façon importante à la mission ou nos partenaires de réalisation engagés dans nos programmes, nous ne pourrions aider autant de personnes.L\u2019Itinéraire, ce sont plus de 2000 donateurs individuels et corporatifs qui aident nos camelots à s\u2019en sortir.Merci à tous ! PRINCIPAUX PARTENAIRES DE PROJETS Nous tenons à remercier le ministère de la Santé et des Services sociaux de même que le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l\u2019Île-de-Montréal pour leur contribution financière permettant ainsi la poursuite de notre mandat.Nous reconnaissons l\u2019appui financier du gouvernement du Canada.Les opinions exprimées dans cette publication (ou sur ce site Web) ne reflètent pas forcément celles du ministère du Patrimoine canadien.Convention de la poste publication No40910015, No d\u2019enregistrement 10764.Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada, au Groupe communautaire L\u2019Itinéraire 2103, Sainte-Catherine Est Montréal (Québec) H2K 2H9 IMPRIMEUR SOLISCO 120, 10E RUE SCOTT (QUÉBEC) ÉCRIVEZ-NOUS ! courrier@itineraire.ca Des lettres courtes et signées, svp ! On aime ça vous lire ! Vous nous dites souvent que vous aimez L\u2019Itinéraire, que vous avez apprécié tel article, que vous aimez notre magazine.Eh bien, écrivez-nous pour nous le dire ! Cette section vous est réservée tout spécialement.La direction de L\u2019Itinéraire tient à rappeler qu\u2019elle n\u2019est pas responsable des gestes des vendeurs dans la rue.Si ces derniers vous proposent tout autre produit que le magazine ou sollicitent des dons, ils ne le font pas pour L\u2019Itinéraire.Si vous avez des commentaires sur les propos tenus par les vendeurs ou sur leur comportement, communiquez sans hésiter avec Charles-Éric Lavery, chef du développement et de l\u2019impact social à : c.e.lavery@itineraire.ca 514 597-0238 poste 222 NDLR Nous nous réservons le droit de corriger et de raccourcir les textes Prix de vente 1,50 $ 1,50 $ l\u2019achètent camelots Les paie l\u2019impression + coûts de production Mots de lecteurs P R I X J U D I T H - J A S M I N 2 0 2 0 F P J Q VENTES PUBLICITAIRES 514 597-0238 poste 234 publicite@itineraire.ca LUC DESJARDINS Directeur général et éditeur RÉDACTION JOSÉE PANET-RAYMOND Éditrice adjointe et rédactrice en chef ALEXANDRA GUELLIL Journaliste responsable société LAURENT SOUMIS Journaliste-accompagnateur KARINE BÉNÉZET Journaliste responsable de la formation des participants CARLA BRAGA Création visuelle ALEXANDRE DUGUAY Gestionnaire de communauté CHRISTINE BARBEAU, MARIE BRION, ANITA BARSETTI et DANIELA ARANIBAR Bénévoles à la rédaction PAUL ARSENAULT et LUCIE LAPORTE Bénévoles à la révision Photo de la une CHRISTOPHER CURTIS Photomontage CARLA BRAGA ADMINISTRATION ESTELA SOLORZANO Responsable de la comptabilité MARCELA CHAVES Adjointe comptable \u2013 Commis au dépot PASCALE PLANET Développement philanthropique \u2013 Médias sociaux DÉVELOPPEMENT SOCIAL CHARLES-ÉRIC LAVERY Chef du développement et de l\u2019impact social ISABELLE LACHARITÉ et THOMAS WAYLAND Intervenants psychosociaux PIERRE TOUGAS Responsable du Café JEAN-CHRISTOPHE RUEL Coordonnateur service alimentaire VANESSA TREMBLAY Chargée de projets \u2013 Distribution PROGRAMME MAISON RONDE MARILOU MAISONNEUVE Chargée de projets NATANAËL BÉGIN-PAUL DENIS DI TOMASSO Coordonnatrice/coordonnateur à la formation des participants JEANNE MARION Intervenante CONSEIL D\u2019ADMINISTRATION Présidente JESSICA MAJOR - Davies Ward Phillips & Vineberg S.E.N.C.R.L./ s.r.Trésorier NICK KAMINARIS - Nuvei Vice-président YVON MASSICOTTE - Camelot de L\u2019Itinéraire Administrateurs MIVILLE TREMBLAY EMNA BRAHAM SOPHIE RONDEAU - Avocate et doctorante en droit JEAN-CLAUDE NAULT - Camelot de L\u2019Itinéraire JEAN-PAUL LEBEL - Camelot de L\u2019Itinéraire DANIEL PRINCE - Représentant des camelots 15 septembre 2021 Volume XXVIII, no 14 On attribue à Einstein les paroles suivantes : « La folie, c\u2019est de faire toujours la même chose et de s\u2019attendre à un résultat différent ».On pourrait bien appliquer cette citation en ce qui concerne les deux dossiers que nous vous présentons dans ce numéro.En effet, on y aborde des réalités de personnes vulnérables et pour lesquelles les actions pour les aider sont trop souvent peu efficaces.Pour mieux comprendre et relever des pistes de solutions, nos journalistes sont allés sur le terrain.Les Inuits de Milton-Parc On ne peut demeurer indifférent à la situation de ces personnes itinérantes qui n\u2019ont que le trottoir et les ruelles pour passer leur journée et dormir.Évincés du square Cabot et de l\u2019église qui abritait le refuge La porte ouverte par un promoteur et des autorités insensibles à leur sort, des Inuits itinérants ont été contraints de déménager au coin Milton et l\u2019avenue du Parc.Ces derniers, déjà en situation de grande vulnérabilité, ont perdu tous leurs repères.Depuis, des tragédies se sont succédé, dont la mort de l\u2019Innu Raphael André l\u2019hiver dernier, celles de deux femmes inuites happées par des voitures, de même que la recrudescence d\u2019agressions sexuelles perpétrées par des prédateurs dans ce secteur.Nous avons fait appel au réputé journaliste indépendant Christopher Curtis pour aller à la rencontre des Inuits, lui qui connaît bien les communautés autochtones ainsi que les intervenants de première ligne et les politiciens.Nous avons voulu explorer les causes de cette situation et en dégager des solutions.Le dossier qu\u2019a rédigé Christopher est profondément humain et criant de vérité.On comprend rapidement qu\u2019il faut traiter le problème à la source et avoir assez de volonté politique et d\u2019écoute de tous les paliers de gouvernements pour en venir à bout.Actuellement, bien qu\u2019on reconnaisse la situation et qu\u2019on a injecté des fonds ici et là, on manque d\u2019imagination pour vraiment la gérer.On ne peut qu\u2019avoir de l\u2019espoir en voyant des organismes et des particuliers venir en aide à ces personnes souvent méprisées et laissées pour compte.Mais, on le sait, les organismes communautaires et les initiatives citoyennes ont sérieusement besoin d\u2019appui pour vraiment changer les choses.« Notre système se porte mal ! » C\u2019est le constat du vice-président de la Commission Laurent qui a accordé une entrevue à notre journaliste Alexandra Guellil.André Lebon relève la dysfonction de la DPJ et le peu de moyens qui sont accordés aux travailleurs et travailleuses sociales, qui croulent sous les cas d\u2019enfants en difficulté.Notre journaliste est également allée sur le terrain pour rencontrer les acteurs de la Protection de la jeunesse, tant les intervenants et dirigeants que les parents et les enfants eux-mêmes.On y découvre des gens dévoués qui ont un réel souci pour les enfants et leurs familles.Encore une fois, on ne peut qu\u2019espérer un changement de paradigmes pour apporter de réelles solutions à des problèmes qui durent depuis trop longtemps.Deux dossiers costauds et percutants qui, on l\u2019espère, pousseront la réflexion et la mise en œuvre de vraies transformations.Josée Panet-Raymond Éditrice adjointe et rédactrice en chef En quête de solutions Merci pour tout ! Milton Fernandes 8  Rond-point international 22  Dans la tête des camelots Adepte de country ?24  Grand reportage La DPJ d'après Granby Alexandra Guellil 34  Colombie-Britanique Souvenirs de Lytton, C.-B 36  Culture Connexion cosmique : Renée Martel et Paul Daraîche Karine Bénézet 42  C\u2019t\u2019encore drôle Christian Vanasse 44  Détente C A R L A B R A G A D A V I D H I M B E R T P H O T O S C H R I S T O P H E R C U R T I S Mots de camelots 11 36 3 3 Zoom sur Cécile Crevier 9 Benoît Chartier 9 Agathe Melançon 9 Sylvie Houle 41 Jean-Jeanette Devost 41 Bill Economou 41 Maxime Valcourt 11 Christopher Curtis, traduction par Josée Panet-Raymond À la Une Forcés de se déplacer du square Cabot où ils avaient leurs quartiers, de nombreux Inuits en situation d\u2019itiné- rance ont élu domicile à Milton-Parc où les conditions de vie sont aussi difficiles que la cohabitation avec les gens de la place.Le journaliste Christopher Curtis, primé pour ses reportages percutants, nous y donne un accès privilégié, lui qui connaît bien les Inuits et les intervenants qui les côtoient au quotidien.Voici leurs histoires et celles de ceux qui veulent leur venir en aide.En quête de solutions pour LES INUITS DE MILTON-PARC 15 septembre 2021 Volume XXVIII, no 14 15 camelots ont participé à cette édition La rentrée Au moment où vous lirez ces lignes, la rentrée scolaire sera déjà passée.L\u2019école est un lieu très important pour le développement des jeunes.Il y a donc plusieurs enjeux qui y sont reliés.Bien que l\u2019école soit accessible à tous chez nous, la qualité de l\u2019éducation ne l\u2019est pas.On peut penser, par exemple, au classement des écoles, où celles qui occupent le premier rang sont souvent privées.On peut aussi penser au fait que les écoles demandent de plus en plus d\u2019équipement, surtout en temps de COVID, où même les plus petits devaient être munis d\u2019un ordinateur et le présentiel a été retardé.Cela rend une bonne éducation inaccessible à une grande partie des personnes qui ne peuvent pas se permettre de payer l\u2019équipement nécessaire, en plus de devoir faire preuve d\u2019une grande capacité d\u2019adaptation.Heureusement, à Montréal, il y a des subventions et des organismes qui aident les gens à faible revenu à se procurer du matériel scolaire.Par exemple, on peut penser à Jeunesse au soleil, la Fondation Maman Dion et le Regroupement Partage.L\u2019école est aussi un lieu idéal pour l\u2019apprentissage de divers enjeux sociaux, comme la vie dans la rue.Par exemple, L\u2019Itinéraire donnait des conférences dans des écoles auparavant.Je sais que les étudiants ont été marqués par ces conférences, car l\u2019année dernière, plusieurs de ces écoles ont demandé à leurs élèves d\u2019écrire et de faire des dessins aux camelots pour le temps des Fêtes.J\u2019ai reçu une carte d\u2019une école d\u2019Hochelaga et ça m\u2019a sincèrement touché.J\u2019encourage les écoles à continuer d\u2019inviter les camelots afin de permettre aux jeunes de démystifier l\u2019itinérance et la réinsertion sociale.Malgré les enjeux qui touchent nos écoles, espérons qu\u2019elles continueront de former de nouvelles générations de citoyens à part entière.BENOÎT CHARTIER CAMELOT MÉTRO HENRI-BOURASSA / MARCHÉ IGA PROMENADE ONTARIO Pas de sac ?Il y a une nouvelle mode en ce moment dans les épiceries.Quelques personnes vont acheter des aliments et s\u2019en retournent pas de sac.Ils sortent avec leurs achats dans leurs mains ! Je ne sais pas si c\u2019est parce qu\u2019ils ne veulent pas acheter de sac ou bien pour des raisons écologiques.Je n\u2019ai pas fait d\u2019enquête là-dessus, mais, personnellement, quand il y a plusieurs items, je ne trouve pas ça pratique.Quand j\u2019oublie mes sacs à la maison, ou que je me suis décidée tout d\u2019un coup d\u2019aller à l\u2019épicerie, j\u2019en achète.Une fois, j\u2019ai essayé de transporter mes articles jusqu\u2019à la caisse sans prendre un petit panier.Tout allait bien jusqu\u2019à ce qu\u2019un employé me salue gentiment.Soudainement, j\u2019ai échappé mon pot de salsa.J\u2019étais presque rendue à mon objectif ! Le pot de vitre s\u2019est cassé.Je me suis sentie gênée.Je me suis excusée auprès du commis de l\u2019épicerie.J\u2019ai pris un panier et je suis allée chercher un autre pot.Mission accomplie, j\u2019avais fait mes achats ! Pour moi, ce qui est encore mieux qu\u2019un sac en plastique, c\u2019est le sac à dos.J\u2019ai les mains libres pour sortir ma passe d\u2019autobus quand c\u2019est le temps de le prendre.On peut s\u2019en servir plus d\u2019une fois\u2026 Bien sûr, le sac en plastique, acheté pour dépanner, peut être réutilisé lorsqu\u2019on a une petite collection de choses à donner à un organisme ou à un magasin seconde main.Il peut aussi servir de sac de poubelle.Il est donc possible de l\u2019utiliser plus d\u2019une fois.L\u2019essentiel, sac ou pas de sac, c\u2019est de prendre soin de la planète et de ne rien échapper.Chacun son style ; chacun sa façon de faire.AGATHE MELANÇON CAMELOT MÉTRO LIONEL-GROULX L\u2019automne dans tes yeux d\u2019enfant L\u2019automne assis sur un banc À sentir le vent Regarder les belles couleurs Sous tes yeux d\u2019enfant Rappelle-toi comme c\u2019était amusant Il n\u2019y avait pas de temps Dans un cœur d\u2019enfant On a perdu ce plaisir En quelques moments Avec le temps d\u2019adulte Pourtant c\u2019est si plaisant Rappelle-toi Comment l\u2019automne Était émerveillant Il est à toi de te relancer Dans l\u2019innocence De redevenir enfant Face à la vie Arrête-toi par moments Pour voir le temps La merveille de la vie Elle nous entoure Par sa belle nature Ses feuilles de couleurs Ses senteurs Sa pluie C\u2019est tellement relaxant Apprécie-la Apprécie-la dans ses couleurs Et ses beaux changements de saison.SYLVIE HOULE CAMELOT MARCHÉ METRO CHAMBLY Traduction Alexandra Guellil AFGHANISTAN Où vont les Afghans ?Les images de milliers d\u2019Afghans tentant désespérément de fuir leur pays à la suite du retrait précipité des troupes américaines ont provoqué un tollé international.Les Américains ont travaillé pour évacuer les militaires, citoyens de leur rang, mais aussi les Afghans qui pouvaient bénéficier d\u2019un programme de protection pour les avoir aidés lorsqu\u2019ils étaient sur place.L\u2019Allemagne, la France, l\u2019Italie et le Royaume-Uni font des efforts d\u2019évacuation plus modestes pour leurs ressortissants.Le rythme de ces évacuations mal planifiées se déroule au milieu du chaos à Kaboul, où les foules sont confrontées à la violence des forces talibanes.Pour Shaharzad Akbar, à la tête de la Commission afghane indépendante des droits de l\u2019homme, cette situation est le résultat d\u2019une suite d\u2019échecs, notamment avec la mise en sourdine du rôle joué par les Américains dans le processus de sélection des réfugiés.Au cours des trois premiers mois de cette année (2021), environ 7 000 Afghans ont obtenu un statut juridique permanent ou temporaire dans l\u2019Union européenne.Force est de constater que la majorité des réfugiés afghans ne s\u2019installent pas en Occident, mais plutôt au Pakistan, en Iran ou en Turquie qui reste, par ailleurs, le plus grand pays d\u2019accueil de réfugiés au monde.Quel que soit l\u2019endroit où ils se retrouvent, la grande majorité des Afghans resteront au pays.Leurs besoins humanitaires considérables, leurs défis économiques et politiques, leurs problèmes de sécurité et leur résistance aux talibans façonneront le prochain chapitre de l\u2019histoire du pays.(The Conversation / INSP) ÉTATS-UNIS Délinquants sexuels en mal de logement La carte ci-dessous, émise par le Tennessee Department of Corrections de la ville de Nashville, révèle les zones où les personnes inscrites au registre des délinquants sexuels peuvent se loger.Celles en rose clair leur sont interdites.Autant dire qu\u2019ils n\u2019ont pas l\u2019embarras du choix.Au cours des deux prochaines années, tous les hommes, femmes et enfants qui se rendent au refuge Rescue Mission de Nashville devront rester dans le bâtiment de la rue Lafayette.Selon le décompte de l\u2019organisation, une vingtaine de personnes devront partir.Ce sont celles qui sont inscrites au registre des délinquants sexuels.Selon les recherches dans ce même registre, l\u2019état de Nashville compterait 1 468 personnes qui y sont inscrites et qui n\u2019auront nulle part où aller.Ceci en raison des lois qui empêchent des personnes inscrites à un tel registre de vivre ou travailler à moins de 300 mètres des écoles, garderies, parcs, terrains de jeux, piscines publiques, arcades et parcs d\u2019attractions.S\u2019il existe une courte liste d\u2019hôtels et une poignée de maisons de transition qui respectent ces conditions, il faut aussi rappeler que ces personnes n\u2019ont pas le droit de vivre dans un logement social ou subventionné et de bénéficier d\u2019aide au logement.Avec la crise du logement qui sévit un peu partout dans les grandes agglomérations, certaines législations ne facilitent pas une réintégration dans la société.(The Contributor / INSP) P H O T O C O U R T O I S I E 9 itineraire.ca 15 septembre 2021 M I C H A E L A .M C C O Y L\u2019Itinéraire est membre du International Network of Street Papers (Réseau international des journaux de rue).Le Réseau apporte son soutien à près de 100 journaux de rue dans 35 pays sur six continents.Plus de 250 000 sans-abri ont vu leur vie changer grâce à la vente de journaux de rue.Le contenu de ces pages nous a été relayé par nos collègues à travers le monde.Pour en savoir plus, visitez insp.ngo. Forcés de se déplacer du square Cabot où ils avaient leurs quartiers, de nombreux Inuits en situation d\u2019itinérance ont élu domicile à Milton-Parc où les conditions de vie sont aussi difficiles que la cohabitation avec les gens de la place.Le journaliste Christopher Curtis, primé pour ses reportages percutants, nous y donne un accès privilégié, lui qui connaît bien les Inuits et les intervenants qui les côtoient au quotidien.Voici leurs histoires et celles de ceux qui veulent leur venir en aide.En quête de solutions pour LES INUITS DE MILTON-PARC Traduit de l\u2019anglais par Josée Panet-Raymond Photos Christopher Curtis Par Christopher Curtis - Collaboration spéciale 11 itineraire.ca 15 septembre 2021 La vie dans le Nord Kitty, Lucassie et leur sœur Charlotte sont toutes trois venues à Montréal de Quaqtaq, un village de pêcheurs situé dans les fjords de la baie d\u2019Ungava.De tous les facteurs qui poussent les gens vers le Sud, le manque d\u2019accès à un logement abordable est probablement le plus décourageant.Plus de 12 000 personnes vivent dans les 14 villages inuits qui parsèment la côte du Grand Nord québécois, où une population en croissance rapide a épuisé le peu de logements existant dans la région.Deux sources de la société Makivik, propriété des Inuits, estiment qu\u2019il faudrait construire entre 500 et 800 nouvelles maisons pour atténuer la crise.« Dans l\u2019état actuel des choses, vous avez trois générations d\u2019une famille sous le même toit, pas de vie privée, pas d\u2019 intimité et un sentiment constant de tension parce que vous êtes toujours dans la bulle de quelqu\u2019un d\u2019autre », a déclaré une source, qui n\u2019est pas autorisée à parler aux médias.« Les gens viennent en ville juste pour s\u2019éloigner de ça, pour faire une pause de tout ce stress.Mais ce n\u2019est pas toujours si accueillant que ça une fois que vous êtes ici.» Quand Kitty est morte La seule mention du nom de Kitty Kakkinerk a fait couler de grosses larmes sur les joues d\u2019Ella.« C\u2019était ma cousine, dit Ella.Elle me manque tous les jours.Ça fait un an, presque exactement qu\u2019elle nous a quittés.» Kakkirnerk fuyait un conjoint violent, un soir de l\u2019été dernier lorsque, dans un élan de panique, elle a couru sur l\u2019avenue du Parc sans regarder où elle allait.Des sources proches d\u2019elle décrivent la scène avec des détails qui donnent froid dans le dos : le crissement des pneus sur le pavé, les cris des témoins et la façon dont leur état de choc semblait resté figé dans cette nuit suffocante d\u2019août.J\u2019ai été complètement sidéré quand j\u2019ai appris la nouvelle.On s\u2019était rencontrés environ 18 mois avant qu\u2019elle meure.Lucassie, le frère de Kitty, avait disparu dans la brume et elle avait besoin d\u2019aide pour le retrouver.Quand tu couvres la question de l\u2019itinérance et des sans-abri, tu deviens quasiment insensible aux horreurs quotidiennes de la vie en marge de la société.Mais il y avait quelque chose dans la sincérité de Kitty qui m\u2019a poussé à agir.« C\u2019est lui, dit-elle en pointant une photo de Lucassie avec deux de ses amis.S\u2019il-te-plaît, s\u2019 il-te-plaît, s\u2019 il-te-plaît.Aide-moi à le trouver.Je ne peux pas vivre sans lui ! » La dernière fois qu\u2019il a été vu, Lucassie s\u2019était enroulé dans des couvertures et s\u2019était endormi dans une ruelle de l\u2019avenue du Parc.Dans la rue, les gens dorment souvent à deux pour éviter d\u2019être volés ou attaqués.Quand le compagnon de Lucassie s\u2019est réveillé par cette froide nuit de février, il ne l\u2019a pas trouvé.Ses couvertures étaient toujours là, son sac d\u2019école aussi, mais pas de Lucassie.Ça ne lui ressemblait pas de ne pas donner de nouvelles, ou du moins de faire signe que tout allait bien.Mais le silence a duré des jours et Kitty a eu extrêmement peur.Elle a donc parcouru le quartier avec une photo de son frère à la main, suppliant les étrangers de regarder à nouveau, implorant quiconque de partager la photo sur les médias sociaux et de faire passer le mot.Lorsque nous nous sommes rencontrés, grâce à un contact dans un refuge avoisinant, Kitty était debout depuis plus de 24 heures.Elle avait les yeux bouffis et rouges à force de pleurer.Je me suis empressé de publier un reportage, j\u2019ai appelé un contact à la police locale et j\u2019ai partagé la photo aussi largement que possible.En l\u2019espace d\u2019une journée, Lucassie est tout bonnement revenu à Milton-Parc, inconscient de la panique qu\u2019il avait provoquée.Kitty a pleuré des larmes de joie ce jour de février.C\u2019est ça Kitty ; une femme au grand cœur et aux câlins si accueillants qu\u2019on se sent chez soi dans ses bras.De temps en temps, je la croisais et elle avait toujours une blague à raconter ou un sourire à partager.J\u2019aimerais dire que l\u2019histoire s\u2019arrête ici\u2026 « C\u2019est une bonne place pour des deuxièmes chances » Pierre Parent prononce ces paroles comme un mantra.Alors qu\u2019on se trouvait en plein cœur de Milton-Parc, ce n\u2019était pas clair s\u2019il me parlait de sa propre rédemption ou de sa volonté qu\u2019elle se manifeste ici.D\u2019une façon ou d\u2019une autre, ça prend un optimisme hors du commun pour avoir ne serait-ce qu\u2019un semblant d\u2019espoir dans ce quartier du centre-ville.On pourrait dire que Milton-Parc est un microcosme de tout ce qui est brisé dans ce pays.Des Inuits qui se relaient pour dormir sur le trottoir, accotés sur une grande clôture installée autour d\u2019un terrain vague pour les empêcher de s\u2019y établir.À un demi-coin de rue au nord, c\u2019est là qu\u2019on a retrouvé Raphaël André, mort de froid dans une toilette chimique, l\u2019hiver dernier.André a été contraint de passer la nuit dehors parce qu\u2019une éclosion de COVID-19 a forcé la fermeture du refuge d\u2019urgence qui l\u2019avait jusque-là accueilli.Quant à eux, les travailleurs de rue sont épuisés par le nombre impressionnant de nouveaux visages qu\u2019ils voient chaque semaine, les dernières victimes de l\u2019épidémie de pauvreté qui s\u2019est emparée de Montréal depuis l\u2019arrivée du coronavirus l\u2019an dernier.Puis les commerçants et les groupes de citoyens font de plus en plus pression sur la police pour qu\u2019elle « fasse quelque chose » au sujet des sans-abri de Milton-Parc.Pour un pessimiste, la situation pourrait sembler désespérée.Mais Parent en sait long sur les secondes chances.Il est en train de réaliser la sienne.« Ma première nuit en prison, je m\u2019apprêtais à me suicider », dit Parent, qui vient du territoire cri de la Baie-James.Quand tu entres dans ta cellule et que la porte se referme derrière toi, ça fait beaucoup à assimiler.Tout ce que tu entends c\u2019est le bourdonnement des néons et tu te mets à te demander si tu mérites encore d\u2019être en vie.» « Mais c\u2019est là que j\u2019ai eu ce moment de grâce, cette chance de m\u2019abandonner à une puissance supérieure et de devenir sobre.La plus importante chance de ma vie m\u2019est venue derrière les barreaux.Des aînés autochtones m\u2019ont pris sous leurs ailes et m\u2019ont remis sur le droit chemin.» « Je marche avec un but maintenant.» C\u2019est ce que voient les gens sur le beat de Parent lorsqu\u2019ils le croisent tous les jours.Ils ne voient pas un tueur, un ex-détenu.Ils ne voient pas un homme qui a tout perdu à cause d\u2019une dépendance à la coke pendant des décennies.Ils voient Pierre, quelqu\u2019un qui se bat pour les aider à se remettre sur pied.Ella pleure encore sa cousine, tuée l'été dernier sur l'avenue du Parc.Quaqtaq au Nunavik.Pierre Parent, travailleur de rue, qui vient du territoire cri de la Baie-James.13 itineraire.ca 12 itineraire.ca 15 septembre 2021 15 septembre 2021 Au coeur de la communauté La Ville a demandé à plusieurs reprises au propriétaire du terrain vacant d\u2019enlever la clôture.Plutôt, il en a érigé une deuxième pour renforcer la première.Dans un excès de colère, des sans-abri du coin ont lancé des bouteilles et autres débris sur le lot, éparpillant du verre brisé sur le trottoir.D\u2019autres ont adopté une approche moins conflictuelle en accrochant des fleurs séchées et des objets d\u2019art à la grille métallique.Le nom de Kittie est fixé sur la clôture près d\u2019un panneau fabriqué en l\u2019honneur de Dinah Matte, une Inuite qui a été tuée dans un délit de fuite deux semaines avant la mort de Kitty.Un fanion en tissu avec le mot « Alright » griffonné dessus ballotte dans le vent, comme pour offrir un moment de répit dans cet endroit difficile.« Ce que les gens doivent réaliser, c\u2019est que nous voyons des familles entières ensemble dans la rue, dit Nathalie Goulet, conseillère de la Ville de Montréal, responsable de la diversité et de l\u2019inclusion.Il s\u2019agit d\u2019une communauté.Alors quand il y a une tragédie, ça frappe le cœur de la communauté.Mais il ne faudrait pas voir ça comme une tragédie ou quelque chose d\u2019 inévitable, c\u2019est plutôt une crise de santé publique et on peut la résoudre avec suffisamment de ressources.« On doit trouver une solution, un moyen d\u2019équilibrer les besoins des commerçants et résidents avec ceux des gens de la rue.Mais lorsque vous contactez le propriétaire du terrain vacant pour lui demander de démanteler sa clôture et qu\u2019 il ne vous répond même pas, alors là, il n\u2019y a pas d\u2019équilibre.» Échouer à Milton-Parc Mais il y a ceux et celles qui ont du mal à faire la transition vers le Sud.Pour les Inuits en situation de vulnérabilité, Milton-Parc est devenu une destination privilégiée.Pendant des années, la Mission St Michael, située à quelques pâtés de maisons au sud-ouest de la rue Milton a longtemps été une source fiable de repas chauds et de conversations conviviales.Mais lorsque l'église Notre-Dame de la Salette a accueilli le centre de jour La porte ouverte dans son sous-sol en 2018, ça a marqué l'arrivée d'un nouveau refuge sensible à la culture autochtone, qui travaillerait en étroite collaboration avec Makivik, le Foyer pour femmes autochtones de Montréal et Projet Autochtones du Québec.Tout cela a également suscité une réaction négative de la part des résidents et des commerçants qui craignaient une augmentation du nombre de sans-abri vivant parmi eux.« La tension a été immédiate et troublante, a déclaré un riverain, qui n\u2019a pas voulu être nommé par crainte d\u2019être ostracisé par ses voisins.Les gens qui se targuaient d\u2019aider les pauvres commençaient à dire des choses assez scandaleuses sur les Inuits.Ç\u2019a fait ressortir le meilleur chez certains d\u2019entre nous, mais a aussi réveillé quelque chose de sombre parmi nos voisins.» Des gens ont contesté l\u2019arrivée d\u2019un nouveau refuge lors des réunions du conseil municipal, ils ont constamment appelé la police et certains ont même pris des mesures encore plus audacieuses.Le propriétaire d\u2019un terrain vacant à l\u2019angle de la rue Milton et de l\u2019avenue du Parc a érigé une clôture en acier pour empêcher les gens d\u2019y camper.C\u2019est à peu près à ce mo- ment-là, lorsque la douzaine de personnes qui dormaient dans le lot ont été repoussées sur le trottoir, que Kitty est morte.« C\u2019est déshumanisant.C\u2019est quelqu\u2019un qui envoie le plus cruel des messages sans avoir à prononcer un seul mot », a déclaré le travailleur de rue Pierre Parent.Et ça rend le quartier franchement plus dangereux pour les gens qui dorment dans la rue et même pour ceux qui ne veulent pas d\u2019eux ici.» Pas que dans la rue Il y a environ 2 000 Inuits du Nunavik qui vivent à Montréal.La plupart viennent ici pour aller à l\u2019école, pour travailler, commencer une nouvelle vie ou pour recevoir des traitements médicaux complexes qui ne sont pas disponibles dans l\u2019un des deux villages du Nunavik qui ont des hôpitaux.Il y a des pilotes qui vivent dans le Sud, des infirmières en formation et des centaines d\u2019étudiants au cégep ou à l\u2019université.Il y a actuellement plus d\u2019étudiants inscrits à l\u2019enseignement postsecondaire qu\u2019à n\u2019importe quel moment de l\u2019histoire du Nunavik.Certaines, comme Elisapie Isaac, de Salluit, ou Beatrice Deer, de Quaqtaq, sont devenues des incontournables de la scène culturelle.La musique d\u2019Elisapie Isaac lui a valu une présence sur l\u2019un des talk-show les plus regardés au Québec, Tout le monde en parle.Beatrice Deer a fait de l\u2019effet, il y a quelques années lorsqu\u2019elle a combiné le chant de gorge inuit avec de la musique indie.Elle affirme avec humour qu\u2019elle a inventé un nouveau genre musical appelé l\u2019« Inuindie ».Elisapie Isaac.RENAUD PHILIPPE | FLICKR 15 itineraire.ca 15 septembre 2021 Un problème profondément enraciné La gravité de la situation a surgi l\u2019hiver dernier lorsque Raphaël André a été retrouvé mort gelé dans une toilette portable près de l\u2019avenue du Parc.André, un Innu, était un habitué de La porte ouverte et y aurait normalement passé la nuit, mais une éclosion de COVID-19 a forcé la fermeture du refuge.Face aux débordements des refuges de nuit à Montréal, des membres de la nation mohawk de Kahnawake ont travaillé avec des chefs innus et le Foyer pour femmes autochtones pour construire une halte chaleur de nuit afin que d\u2019autres ne subissent pas le même sort que Raphaël André.Le succès a été tel qu\u2019aujourd\u2019hui encore \u2014 cinq mois après la dernière chute de neige \u2014 l\u2019abri de réchauffement est toujours là.Il a été converti en un centre de ressources qui offre de la nourriture et un endroit sécuritaire à plus de 100 personnes, à la limite ouest du centre-ville.Ce centre et le refuge La porte ouverte s\u2019adressent principalement à la population autochtone sans-abri de la ville.Ce que nous voyons dans les rues est le produit de crises qui remontent à plusieurs générations.C\u2019est le résultat de traités non respectés, le vol de terres et de l\u2019enlèvement forcé de centaines de milliers d\u2019enfants autochtones de leur famille \u2014 un processus qui a commencé avec les pensionnats, a évolué vers la rafle des années 60 et se poursuit aujourd\u2019hui avec un système de protection de la jeunesse qui sépare des milliers de familles chaque année.« Je regarde Milton-Parc et je pense : ceci est un reflet de notre société, a déclaré Marc Miller, ministre fédéral des Services aux Autochtones.Les gens doivent réaliser que ce que nous voyons dans les rues est le résultat des abus dans les pensionnats autochtones et la façon dont ces gens ont été traités misérablement par nos gouvernements.Et ils doivent aussi réaliser que la solution n\u2019est pas de diaboliser ou de pointer du doigt.Nous devons agir.« Nous essayons, mais nous n\u2019en avons pas fait assez.Que ce soit de l\u2019argent pour le logement, de l\u2019argent pour des travailleurs sociaux ou pour des mécanismes de réduction des méfaits, qui sont en nombre insuffisant partout au pays.Nous finançons ces initiatives de même que des refuges comme La porte ouverte et Résilience Montréal, mais c\u2019est un problème profondément enraciné.» Travail de rue À quelques coins de rues au sud, sur la rue Milton, Pierre Parent a passé l\u2019après-midi à nettoyer les trottoirs devant les commerces avec l\u2019aide des Inuits de la place.Il les paie en argent comptant à la fin de chaque journée de travail et parfois ils mangent de la nourriture du pays ensemble.« Ça nous donne un sentiment d\u2019appartenance à cet endroit, un sentiment que nous pouvons faire partie de la solution, que nous pouvons être responsables de notre communauté aussi, indique Parent.Ce n\u2019est pas de la charité, c\u2019est un travail honnête pour un salaire honnête.» Bien sûr, le travail ne se limite pas au nettoyage, il permet à Parent de tisser des relations avec des personnes qui avaient auparavant tout abandonné.« Peut-être qu\u2019une journée t\u2019es en train de soigner une gueule de bois en gagnant quelques piasses à nettoyer la rue et peut-être que le lendemain, t\u2019es prêt à entrer en désintox, évoque Parent.Pour bon nombre de ces gens, la minute que le gouvernement s\u2019est mis à intervenir dans leur vie, ça c\u2019est mal passé.Vous avez de la police qui les réprime, une protection de la jeunesse qui les punit, un système de justice pénale qui les entrepose, et très vite, vous avez l\u2019 impression que le monde entier est contre vous.» Parent fait partie du Projet de travailleurs de rue autochtones, une initiative du Réseau de la communauté autochtone de Montréal, qui contribue à assurer la sécurité des personnes dans les rues.D\u2019autres services ont commencé à voir le jour en réponse à la pandémie qui a poussé des centaines de personnes supplémentaires vers l\u2019itinérance.La Ville de Montréal a doublé son financement à La porte ouverte pour permettre à l\u2019organisme de rester ouvert 24 sur 24.Des travailleurs ont également installé un abreuvoir et une toilette portable sur la rue Milton.Mais la situation demeure désespérée.Parce que, dans une certaine mesure, la Ville est prise à composer avec les symptômes d\u2019un problème beaucoup plus grand : la crise du logement dans le Nord, la violence du colonialisme transmise de génération en génération et le racisme systémique qui conduit à une surreprésentation massive des Autochtones en situation d\u2019itinérance.Bien que les Autochtones représentent moins de 1 % de la population de Montréal, 10 % des sans-abri de la ville sont autochtones.Il n\u2019est pas difficile de comprendre combien une telle douleur peut conduire quelqu\u2019un sur un chemin sombre.Peu après son arrivée dans le Sud, Noah a fini par dormir dans la rue.Il dit que ça l\u2019a endurci d\u2019une manière qu\u2019il n\u2019aurait jamais pensé.Mais les choses vont mieux maintenant, il est allé chercher de l\u2019aide et s\u2019est appuyé sur son art pour trouver du réconfort .Créer des ponts Par un samedi après-midi chaud et humide, le mois dernier, Noah a donné un atelier de sculpture dans un groupe communautaire qui crée des ponts entre les résidents de Milton-Parc \u2014 ceux qui vivent dans des maisons de ville \u2014 et ceux qui vivent dans la rue.Il était trempé de sueur et ses mains étaient recouvertes de poussière de pierre, mais il était tout sourire en voyant ses élèves non autochtones se plonger dans le travail.Il a brandi un ours polaire qu\u2019une des élèves, Cara, avait sculpté et ciselé.« Pas mal du tout, dit-il.J\u2019aime faire ça, transmettre mes connaissances et travailler avec des gens qui veulent apprendre.Ce n\u2019est pas facile de percer sur la scène artistique, mais il y a tant de choses qui se passent ici.Le monde explore différents médiums et idées, je suis chanceux d\u2019en faire partie.» Coincé entre deux mondes Saila Noah est venu à Montréal il y a 15 ans pour faire sa place en tant qu\u2019artiste.Noah est un sculpteur sur pierre aux yeux perçants et aux avant-bras musclés, fruit d\u2019une vie passée à ciseler, scier et polir la pierre à savon.Ses sculptures sont de petits témoins de la vie inuite, figés dans le temps : un chasseur qui s\u2019approche d\u2019un morse, un ours polaire, un hibou, ou à peu près tout ce que son esprit peut imaginer.« Avant, j\u2019envoyais mes œuvres d\u2019art ici, par l\u2019 intermédiaire de Baffin Inuit Art.Ils me les achetaient, les revendaient et faisaient pas mal plus d\u2019argent que moi sur chaque vente, affirme Noah.Alors je m\u2019en suis venu ici dans l\u2019espoir d\u2019améliorer ma situation.» Même avec son talent et sa capacité d\u2019adaptation considérables, son arrivée à Montréal marque le début d\u2019une expérience profondément déstabilisante pour Noah.« Le choc culturel est écrasant, dit-il.Tout est différent ici, dans le Sud.Ça vous fesse dedans.La cohue, le bruit, ça me donne le mal du pays comme vous ne pouvez pas imaginer.Les gens, la terre, les animaux me manquent, la sensation de fraîcheur de chaque inspiration d\u2019air, tout de là-haut me manque.On vit de ce qu\u2019on capture sur la terre et dans la mer ; baleines, phoques et caribous, omble de l\u2019arctique et huîtres.On appelle ça la nourriture du pays et j\u2019en ai toujours envie.Je ne suis pas un chasseur professionnel, mais je m\u2019ennuie de ces choses dans ma vie.Par contre, retourner là-bas me coûterait un bras, alors je suis en quelque sorte coincé entre deux mondes.» Saila Noah, sculpteur inuit.17 itineraire.ca 16 itineraire.ca 15 septembre 2021 15 septembre 2021 Ce qui a débuté dans la cuisine de l\u2019appartement d\u2019une étudiante de McGill s\u2019est transformé en mouvement.Au cours de l\u2019année suivant son lancement, Meals for Milton- Park a livré 3 000 repas à la population vulnérable, a redistribué 15 000 $ aux Autochtones de Montréal et a aidé à tisser des relations au-delà des clivages culturels.« Les sans-abri de ma rue me donnent souvent de leurs nouvelles, du genre, \u201c Oh, ma mère vient de sortir de l\u2019hôpital \u201d ou \u201c Ma soeur va avoir un bébé \u201d.Tu vois, ce n\u2019est pas qu\u2019une litanie sans fin de misère, indique-t-elle.Ce n\u2019est pas seulement des histoires tristes de comment ils ont abouti dans la rue.On peut se rapprocher en parlant des joies qu\u2019 ils éprouvent.Et ils me taquinent aussi, ce que je vois comme un signe que nous sommes proches.« Il y a tellement d\u2019humour dans ces rues, des choses qui ne sont jamais publiées dans les journaux.Ça c\u2019est parce qu\u2019 il y a cette vision paternaliste de gens qui ne sont pas capables de prendre soin d\u2019eux-mêmes.Mais en réalité, ils sont des survivants d\u2019une vie que nous ne pourrons jamais imaginer.» C\u2019est Sophie Hart qui m\u2019a présenté Pierre Parent, et quand j\u2019ai parlé d\u2019elle au travailleur de rue cri, il a affiché un grand sourire.« Elle est pas mal unique, celle-là, a affirmé Parent.Talk about someone who gives a shit.Quelqu\u2019un qui se soucie des autres.C\u2019est ça Sophie Hart.Je n\u2019ai jamais rencontré quelqu\u2019un comme elle.» Prévalence d'agressions alarmantes Ç\u2019a pris tout ce qu\u2019elle avait de détermination pour que Mary* identifie son agresseur.Elle était partie de son village du Nunavik pour un rendez-vous chez le médecin dans le Sud et s\u2019est retrouvée dans les rues de Milton-Parc pendant quelques nuits, au lieu de dépenser de l\u2019argent pour un hôtel.Bien qu\u2019elle n\u2019avait que 25 ans à l\u2019époque, Mary savait comment prendre soin d\u2019elle.Elle était intelligente, débrouillarde et faisait preuve de qualités de leadership qui ont amené ses camarades de classe à l\u2019élire comme représentante d\u2019un forum politique dans une université de la région de Montréal.Mais cette nuit-là, elle n\u2019a pas pu faire grand-chose pour se protéger d\u2019un homme connu pour s\u2019en prendre aux femmes vulnérables.Alors qu\u2019elle dormait dans une ruelle près de l\u2019avenue du Parc, le prédateur a essayé de l\u2019agresser.Mary s\u2019est défendue en lui donnant des coups de poing et de pied jusqu\u2019à ce qu\u2019elle se libère.Il l\u2019a frappée tellement fort qu\u2019elle a craché du sang pendant des jours.Elle a tout de même échappé à l\u2019agression et l\u2019a racontée à un travailleur de rue le lendemain.Le travailleur de rue a appelé le 911, et quand les policiers sont arrivés, ils étaient empathiques, ils l\u2019ont écoutée et ils ont même réussi à trouver l\u2019agresseur.Ils lui ont passé les menottes et l\u2019ont placé à l\u2019arrière de leur auto-patrouille.Il s\u2019avère que l\u2019assaillant a été libéré de la voiture à quelques coins de rue plus loin.Quand il a retrouvé Mary le lendemain matin, il a menacé de la poignarder.C\u2019est là que je m\u2019en suis mêlé.Un travailleur de rue s\u2019est senti trahi par la police et a fait appel à moi.Il m\u2019a mis en contact avec Mary et je me souviens que sa voix tremblait lorsqu\u2019elle a tenté de me raconter ce qu\u2019il lui était arrivé.Et pour aggraver les choses, elle était enceinte.Elle craignait que si elle allait à l\u2019hôpital, quelqu\u2019un la dénoncerait à la protection de la jeunesse.Nous avons publié un article sur l\u2019agression dans The Montreal Gazette, et quelques jours plus tard, des détectives ont commencé à rédiger les documents nécessaires pour obtenir un mandat d\u2019arrêt contre l\u2019agresseur.Après la publication du reportage, Marc Miller m\u2019a appelé et m\u2019a demandé de lui raconter ce qui s\u2019était passé, étape par étape.« Selon ce dont je me souviens, c\u2019était l\u2019un des nombreux incidents violents contre des femmes autochtones à Montréal, relate Miller, dont la circonscription de Ville-Marie\u2014Le Sud-Ouest\u2014Île-des-Sœurs chevauche Milton-Parc.Il y avait également une augmentation de prédation dans le commerce du sexe.Et ça m\u2019a tracassé pendant un bon moment.Il fallait une meilleure approche de la part de la police et des autres citoyens.» « Il y a eu des réunions, la Ville et la police y étaient et on a reconnu que les choses devaient s\u2019améliorer drastiquement.Mais tout ça n\u2019est qu\u2019une partie d\u2019un problème beaucoup plus grand.» La prévalence d\u2019agressions sexuelles contre les femmes autochtones dans les rues de Montréal est alarmante.Elle a tellement empiré, qu\u2019en 2017, La porte ouverte s\u2019est mis à recenser les agressions.Sur les 19 que leur équipe a signalées à la police cette année-là, seule une a mené à une arrestation.David Chapman, qui dirigeait le refuge à cette époque, a raconté le peu de confiance que les survivantes de ces agressions avaient envers la police.« Je me souviens qu\u2019une femme s\u2019est approchée d\u2019un gars et lui a foutu son poing au visage.Elle l\u2019a frappé comme ça, sans crier gare, m\u2019a relaté Chapman.Il lui a crié, \u201cmais pourquoi tu m\u2019as fait ça ?\u201d Elle lui a répondu que c\u2019était parce qu\u2019 il l\u2019avait violée la nuit précédente.Et ce coup de poing au visage pourrait bien être la seule justice qu\u2019elle obtiendra jamais.» Sophie Hart n\u2019avait jamais vu l\u2019itinérance d\u2019une telle ampleur avant de déménager de sa banlieue torontoise à Montréal.Elle voulait un endroit proche de l\u2019Université McGill, mais pas directement sur le campus, un endroit où elle pourrait concilier ses études avec la vie trépidante dans la capitale canadienne du plaisir pendant quelques années.Elle s\u2019est donc installée dans Milton-Parc, un ensemble pittoresque de boutiques, d\u2019immeubles d\u2019habitation et de maisons de ville à quelques coins de rue du campus.Tandis que beaucoup de ses camarades de classe plongeaient dans leur travaux ou dans les réputés partys universitaires, Sophie Hart a ressenti un malaise grandissant lorsqu\u2019elle voyait ce qui se passait au quotidien dans les rues.Alors elle a décidé de faire quelque chose.« Je me souciais des questions autochtones.Je me suis inscrite à une mineure en études autochtones, mais j\u2019avais l\u2019 impression d\u2019 ignorer la communauté qui vivait juste sous mon nez, explique Hart, étudiante en histoire de l\u2019art à McGill.Je me considérais comme une alliée, comme quelqu\u2019un qui travaillait à la réconciliation, mais tous les jours, je croisais sur mon chemin une communauté en grande difficulté.» Avant le début de la pandémie, La porte ouverte était fermé la fin de semaine et après 17 h, ce qui privait les plus vulnérables du quartier d\u2019une source fiable de nourriture.« J\u2019ai vu qu\u2019 il y avait une lacune dans les services, et comme j\u2019adore cuisiner, la solution était simple à mes yeux, dit Hart.C\u2019est comme ça qu\u2019est né Meals for Milton-Park.L\u2019 idée était de rassembler les gens autour d\u2019un repas.Je ne rencontrais pas les gens de la rue comme des clients ou des usagers d\u2019un service, mais plutôt comme des voisins.» F A C E B O O K / S O P H I E H A R T * Nom d\u2019emprunt Sophie Hart, fondatrice de Meals for Milton-Park avec une amie.19 itineraire.ca 15 septembre 2021 Pour Parent, c\u2019est sa seconde chance.Dans une autre vie, il était un toxicomane, un vendeur de drogue et un paria de la société, condamné pour le meurtre de sa marraine de 87 ans dans Narcotique Anonyme.Lorsque j\u2019ai consulté les articles de presse sur le meurtre, il était difficile de concilier cet homme doux avec la brutalité de son crime.On n\u2019en a pas parlé, lui et moi.Mais dans un document Word qu\u2019il m\u2019a envoyé, Parent écrit longuement de sa décennie derrière les barreaux et du crime qui l\u2019y a conduit.Il avait essayé d\u2019escroquer de l\u2019argent à sa victime.Elle s\u2019est mise à hurler, il lui a recouvert la bouche et elle est tombée raide morte.Depuis, il vit chaque jour avec sa mort sur la conscience.Mais ce n\u2019est pas là que se termine son histoire.Après notre rencontre, Parent a sauté dans un bus pour aller rencontrer son agent de libération conditionnelle afin d\u2019obtenir la permission de rendre visite à sa mère en Ontario.Le père de Parent est décédé quand il était en dedans et ce serait pour lui une chance de réparer de vieilles blessures.« J\u2019ai eu ma seconde chance par la grâce d\u2019une puissance supérieure, laisse-t-il entendre.Certaines personnes appellent ça Dieu ou une intervention divine.Moi, je suis juste reconnaissant d\u2019avoir cette occasion d\u2019arranger les choses.Je ne pourrai jamais défaire ce que j\u2019ai fait.Mais ma vie peut avoir un sens.« Je peux marcher avec un but.» C\u2019était encore un autre après-midi de chaleur accablante lorsque Pierre Parent est descendu de l\u2019autobus 80 sur l\u2019avenue du Parc.« Le travail est vraiment sur le pavé, dit-il.Notre job consiste essentiellement à apporter des premiers soins physiques et émotionnels dans la rue.On commence toujours par regarder ce qu\u2019on peut faire, comme arrêter une bagarre ou empêcher quelqu\u2019un de se blesser, par exemple.« Une grande partie de notre boulot est de créer des ponts avec les commerçants qui veulent bien nous parler.Essayer de calmer le jeu, apaiser les tensions et s\u2019assurer que les gens n\u2019appellent pas les flics à moins que ce soi vraiment en tout dernier recours.» La veille de notre rencontre, Parent et des sans-abri vivant sur l\u2019avenue du Parc se sont retrouvés au même concert en soirée.« C\u2019était un show gratuit donné par le groupe autochtone Twin Flames, à la Place des Festivals, et pendant un moment, il n\u2019y a pas eu de clivage entre clients et travailleur de rue, entre ceux qui sont en rétablissement et ceux qui sont encore aux prises avec la dépendance.« On dansait tous ensemble et on ne faisait qu\u2019un, indique Parent.Parfois tu vis de ces moments que tu voudrais juste figer dans le temps.Et c\u2019en était un.C\u2019était vraiment beau.» Parent s\u2019est dirigé vers un groupe de clients qui étaient accotés sur la clôture d\u2019acier.Les gens pressés de se rendre au travail passaient devant eux en évitant le contact visuel, en prenant soin de les contourner comme s\u2019ils voulaient les faire disparaître.Une des collègues de Parent a distribué des Mr.Freeze pour aider tout le monde à s\u2019hydrater.Pascha en prend et les enroule autour de son cou pour se rafraîchir.« Ce gars-là est ben correct, je suppose, dit-elle pour taquiner Parent.Je blague Pierre, on t\u2019aime bien.Je suppose.» Christopher Curtis est un journaliste indépendant, récipiendaire de prix prestigieux et cofondateur de The Rover, un bulletin d'information consacré à la couverture des communautés marginalisées, notamment autochtones.Son travail a été publié dans The Gazette de Montréal, à Radio-Canada et dans The Independent et sur Ricochet.21 itineraire.ca 15 septembre 2021 Brise-cœur ! Le country, je n\u2019aime pas ça ! Je trouve que c\u2019est juste des tounes et des histoires brise-cœur.Ce n\u2019est pas mon beat non plus.Je suis plus dans le rock avec des rythmes qui bougent vite.Moi, j\u2019ai grandi avec de la pop qui jouait à la radio et avec le rock qu\u2019écoutait mon père.Ça vient chercher mon âme ! C\u2019est sûr qu\u2019un jour, j\u2019aimerais aller voir le Festival Western de Saint-Tite, mais en même temps j\u2019ai peur des chevaux, alors\u2026.LYNN CHAMPAGNE CAMELOT ONTARIO EST / CUVILLIER Ça dépend lequel.Pour moi, Y\u2019a trois sortes de country : le classique, le rock, et celui qui est en anglais.J\u2019écoute surtout du country québécois : Patrick Norman\u2026 J\u2019ai jamais eu la chance d\u2019aller à un festival country, mais j\u2019écoute cette musique depuis ma venue au monde.Ma mère adorait le country.Il y a Paul Daraîche aussi que j\u2019adore.Deux tounes particulièrement : Perce les nuages et Stewball.MARIO ST-DENIS CAMELOT MÉTRO McGILL J\u2019aime tout du western J\u2019aime la musique country.J\u2019en écoute par des émissions musicales à la télé.J\u2019aime tout de cette musique, sans préférence.Déjà jeune, j\u2019en écoutais.J\u2019ai même été dans des bars western quand je restais sur la Rive-Sud.Il y avait de la danse en ligne.Je ne suis pas bonne là-dedans, mais j\u2019aimais bien regarder.FRANCE LAPOINTE CAMELOT MONT-ROYAL / MENTANA Boxcar Willie Un ami, aujourd\u2019hui décédé, m\u2019a fait découvrir, il y a plus de 20 ans Boxcar Willie.Il avait une cassette de lui.Je n\u2019ai jamais été un fan de country, mais lui, je l\u2019ai bien aimé parce que toutes ses chansons ont un rapport avec les trains.Il parlait de l\u2019époque où les gens sautaient dans les trains en marche\u2026 Pour moi, il doit être né dans un wagon.JAMES RICE CAMELOT VIGER / DE LORIMIER Opéra ou country ?Je déteste le country.C\u2019est pas ma tasse de thé, comme on dit.Je suis plutôt rock des années 60, Led Zeppelin, Rolling Stones\u2026 Je sais que c\u2019est entraînant, et que le monde aime ça.Mais j\u2019aime ben des affaires avant le country ; comme le classique.Par contre, si tu me demandes de choisir entre opéra et country, je choisis le country.CHRISTIAN TARTE CAMELOT PJC BEAUBIEN / 28E AVENUE Mauvais souvenir Le country, c\u2019est vraiment du plaisir.Le premier festival du genre que j\u2019ai fait, j\u2019avais 16 ans et je vivais en Abitibi.Là-bas, quel que soit le festival, tout le monde y va parce que c\u2019est vraiment tranquille en temps normal.J\u2019avais adoré ! Mais je n\u2019en écoute pas beaucoup, à part Shania Twain.Le western par contre, je ne suis pas capable ! Parce que quand mon père prenait une brosse avec ses amis à la maison, alors que j\u2019avais l\u2019école le lendemain, ils chantaient du western tellement fort que je ne pouvais pas dormir.JEAN-PAUL LEBEL CAMELOT ÉMERY / SAINT-DENIS Née avec J\u2019adore le country, je suis née avec.Mon père vient des Îles-de-la-Madeleine et le monde là-bas en écoute beaucoup.Je suis déjà allée dans des festivals country.C\u2019est merveilleux ! La danse en ligne, les chanteurs, les jeux\u2026 l\u2019ambiance est très bonne ! Celui que j\u2019aimerais faire, si j\u2019avais de l\u2019argent, c\u2019est Saint-Tite.Ça doit être super ! MÉLANIE NOËL CAMELOT MÉTRO ANGRIGNON Adepte de country ?Le country ne fait pas l\u2019unanimité parmi nos camelots.Aucun juste milieu pour ce genre musical, popularisé dans les années 50, boudé avec l\u2019essor du rock\u2019n\u2019roll, mais aujourd\u2019hui bien établi dans le folklore québécois.Reste que si cette musique dont les ballades aiguës et nasillardes de nos voisins du Sud sont encore la référence des moins initiés, elle résiste au temps qui passe et en fait danser plus d\u2019un aujourd'hui encore.itineraire.ca itineraire.ca 15 septembre 2021 15 septembre 2021 23 22 J I B O O M | F R E E P I K Chaque fois qu\u2019il est question de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), c\u2019est pour souligner ses lacunes.Après la mort d\u2019une fillette de 7 ans à Granby au printemps dernier, le rapport de la commission Laurent a esquissé le portrait d\u2019un système qui « a failli à protéger adéquatement tous les enfants du Québec ».D\u2019ailleurs, le nombre important de signalements efféctués à la DPJ est pour beaucoup la preuve d'« un échec collectif » dans l\u2019accompagnement et le soutien des familles en détresse.Toutes les personnes rencontrées sur le terrain, intervenants ou avocats, sont pourtant dévouées au bien-être de l\u2019enfant.Elles entassent des vêtements ou jouets dans leur bureau en attendant de revoir les familles, ne comptent plus leurs heures pour les aider, se disent interpelées par l\u2019envie d\u2019aider les enfants.Ceci alors que certains parents se sentent désarmés lorsqu\u2019ils entrent dans « la machine institutionnelle » jugée complexe et hermétique.Plusieurs mois après le dépôt du rapport Laurent, résultat d\u2019une commission éponyme qui aura duré deux ans, éviterons-nous réellement un autre drame ?La veille de notre passage, l\u2019équipe de Fanny St-Martin s\u2019est fait interpeller par la police pour une fillette égarée pendant plusieurs heures dans un boisé.Heureusement, elle a été retrouvée saine et sauve.Mais bien que sa famille n'ait pas averti les autorités de sa disparition, la DPJ n'a pas retenu le signalement.Fanny St-Martin, la cheffe de service s\u2019explique : « Cette fillette et sa famille ont marché pendant plusieurs mois pour traverser le chemin Roxham.Se perdre dans un boisé à Montréal leur fait revivre ce trauma.Ils doivent s\u2019ajuster et on est là pour les aider.» Plus de peur que de mal, heureusement.Même si les autorités n\u2019ont pas été appelées, les parents étaient partis à la recherche de leur fille.« On ne connaît pas leurs relations avec les autorités dans leur pays d\u2019origine.Voir les histoires à travers les lunettes des immigrants, ça ne change rien à nos lois, notamment en abus physique.» Exemple plus trash donné par l\u2019intervenante à plusieurs reprises : « ici, on n\u2019a pas le droit de frapper des enfants avec des chargeurs de téléphone, mais on peut comprendre pourquoi certains le font ».Dans la salle d\u2019équipe du bureau de l\u2019arrondissement Saint-Laurent, il y a un tableau pour souligner les bons coups avec des cœurs, des étoiles et des couleurs.« Ça fait du bien ça parce que ce n\u2019est pas tous les jours facile », dit Diego, récemment embauché comme intervenant après avoir travaillé en parentalité dans un organisme communautaire.Avec son équipe, Diego couvre un huitième du territoire montréalais.Ça fait environ 200 enfants par section.Les « motifs de compromission » sont liés à de la négligence parentale comme de la violence physique ou des abus sexuels.Les enfants dont ils ont la charge viennent en majorité de familles éduquées qui travaillent ou qui sont issues de l\u2019immigration récente.Pour la plupart, elles sont en processus d\u2019adaptation à la société québécoise et ont des traumas en raison de parcours migratoires difficiles.GRAND REPORTAGE Dans les bottines de la DPJ Journaliste-responsable des dossiers société Bruno Kelzer | Unsplash Par Alexandra Guellil LA DPJ D\u2019APRÈS GRANBY 24 itineraire.ca 15 septembre 2021 A L E X A N D R A G U E L L I L Aux deux semaines, on discute des dossiers ensemble pour dissiper des doutes ou alléger le poids d\u2019une situation qui est trop lourde à porter.Geneviève Carrière, aussi intervenante, rappelle régulièrement « ses » familles pour prendre des nouvelles.« On essaye le plus possible d\u2019éviter le tribunal.Les délais judiciaires peuvent être très longs.Notre objectif, c\u2019est que l\u2019enfant, papa et maman aillent bien.Au tribunal, tout se joue entre les avocats et le juge, on déballe tout.Ça peut être très pénible et ça devient plus difficile pour les intervenants d\u2019établir un lien thérapeutique par la suite.Mais dans certains cas, le tribunal sert de levier », explique-t-on.La plupart des intervenants se disent incompris par leurs proches voire la société en général.« On ne se lève pas le matin pour aller placer un enfant parce que ça nous tente de le faire.On est toute une équipe à tenter de trouver des solutions d\u2019abord pour l\u2019enfant », ajoute Geneviève Carrière.« C\u2019est notre hantise de ne pas voir quelque chose qui pourrait se passer », confie Geneviève Carrière.L\u2019intervenante ne cache pas questionner « son monde » lorsqu\u2019un drame survient et qu\u2019elle en est informée par les médias.Et, au bureau, tous les drames hautement médiatisés résonnent dans les couloirs.Tout comme on parle des suicides ou burn-out dans la profession d\u2019ailleurs.« Chaque fois qu\u2019 il y a un drame à Montréal, je regarde le nom de la rue, j\u2019écoute les faits pour savoir si c\u2019est une de mes familles.Nos 0-5 ans, ils ne parlent pas donc oui, quelque chose de grave peut arriver, on touche du bois, mais c\u2019est une inquiétude permanente que de ne pas réussir à déceler ou prévenir un drame.Mais sans faits, on ne peut qu\u2019attendre qu\u2019 il se passe quelque chose pour intervenir.Tu peux avoir cette inquiétude qui te ronge pendant des années sans jamais pouvoir rien faire », confie l\u2019intervenante.À chaque signalement, les intervenants au bout du fil doivent suivre des procédures précises pour prendre une décision.On dit retenir un appel sur deux et prendre toujours au sérieux les abus physiques et sexuels, mais il faut des faits crédibles.« Quand on ne retient pas un signalement, ça ne veut pas dire qu\u2019 il ne se passe rien, on conserve ces informations.Mais si on ne trouve aucune preuve sur le terrain, on ne peut pas continuer », dit Fanny St-Martin.Certaines familles peuvent traverser une situation de crise et se sentir apaisées après une seule intervention.Chose certaine, les faits non fondés, c\u2019est-à-dire sans preuves, mènent à une fermeture du dossier.Ces faits, ce sont des actes ou des témoignages qui confirment les dires du lanceur d\u2019alerte.« Dans un conflit de séparation et d\u2019aliénation parentale venant de papa ou maman, si l\u2019enfant est rendu à faire de fausses allégations d\u2019abus sexuels, on s\u2019entend qu\u2019 il y a quelque chose qui ne va pas », illustre l\u2019intervenante.Les faits d\u2019abord Ça prend un village Craindre d\u2019en échapper P A M P L E M O U S S E M É D I A E T P R O D U C T I O N S M É L O M A N I E « On ne peut pas intervenir dans une famille sans un fait mentionné dans l\u2019article 38 de la Loi de la protection de la jeunesse.» - Fanny St-Martin, cheffe de service du bureau DPJ de l'arrondissement Saint-Laurent.Photo tirée du documentaire Au cœur de la DPJ qui révèle le quotidien des intervenants.Geneviève Carrière, intervenante.27 itineraire.ca 26 itineraire.ca 15 septembre 2021 15 septembre 2021 A L E X A N D R A G U E L L I L P A M P L E M O U S S E M É D I A E T P R O D U C T I O N S M É L O M A N I E Les intervenants se disent témoins de misère humaine au quotidien et de traumatismes qui se développent en trouble d\u2019opposition ou problème de santé mentale.« Ils font ce qu\u2019 ils peuvent, mais ils restent humains », reconnait Karl.Pour Catherine Lebel, psychologue à Rivière-du-Loup au Centre jeunesse du Bas-Saint-Laurent, il faut améliorer les conditions de travail des intervenants.Quand elle a été recrutée, elle devait rejoindre une équipe de cinq psychologues pour desservir la région.Mais elles ne sont finalement que deux à prendre en charge une clientèle difficile.Son travail comprend plusieurs déplacements pour des évaluations psychologiques ordonnées par le tribunal.Et ça doit se faire en plusieurs rencontres.Mme Lebel doit aussi soutenir les intervenants et établir divers protocoles.« On éteint des feux sans avoir d\u2019espace pour débriefer ou se parler entre nous.On est toujours dans l\u2019action sans avoir la réflexion, car le nombre de dossiers est important.On croit que retirer un enfant qui vit de la maltraitance suffit à éteindre le feu, mais il peut continuer à flamber avec les traumatismes qui découlent de tout ça.» On prend la route avec Diego pour rencontrer Jean* qui est placé chez ses grands-parents depuis quelque temps.Ses parents sont dans l\u2019incapacité de s\u2019occuper de lui, pour des raisons de santé mentale et de consommation.C\u2019est Jean qui ouvre la porte, il a l\u2019air content de voir son intervenant.Ils discutent du nouvel ordinateur acheté juste à temps pour la rentrée scolaire, de la visite de sa mère avec qui il a pu manger des sushis ou du temps passé à jouer aux jeux vidéos.« Mon rôle est simplement de voir comment évolue Jean dans cet environnement et de m\u2019assurer qu\u2019 il a tout pour réussir à l\u2019école et s\u2019épanouir », dit l\u2019intervenant.La visite a duré juste le temps nécessaire pour s\u2019assurer que Jean et sa grand-mère ont tout ce qu\u2019il leur faut.Diego finit par regarder Jean jouer à ses jeux en le questionnant sur son quotidien.En sortant du domicile, il concède que « qu\u2019en visite dans les familles, ça peut se passer bien comme ici et d\u2019autres fois, moins bien ».Tout se joue sur la collaboration.L\u2019autre jour, Geneviève Carrière a travaillé plus tard que prévu parce qu\u2019elle venait de recevoir un dossier d\u2019une région éloignée.Des jeunes parents, deux enfants, dont un bébé naissant.Après une dispute violente à l\u2019hôpital entre les parents, un signalement a été fait.Il y a eu des visites à l\u2019improviste pendant lesquelles on a constaté de « gros partys », en pleine pandémie, avec drogue et alcool.Le bébé naissant était dans un tiroir.Problème de santé mentale pour la mère et de violence pour le père.L\u2019enfant a été placé chez des proches.Les parents ont fait des thérapies.Plusieurs mois après, plus rien ne pouvait empêcher le retour de l\u2019enfant avec ses parents.Et c\u2019est ce qu\u2019il s\u2019est passé.Geneviève Carrière doit continuer de suivre la situation pour s\u2019assurer du bien-être des enfants et de leurs parents.L\u2019intervenante a eu des dossiers plus éprouvants que d\u2019autres.Comme ce bébé dont la mère avait obtenu la garde.Le père a essayé pendant plusieurs années de le récupérer allant jusqu\u2019à faire des allégations de violences.C\u2019était un conflit de séparation : un parent discrédite l\u2019autre pour obtenir la garde de la progéniture.Finalement, une entente pour une garde partagée a été possible, en grande partie grâce aux avocats.« Cette histoire m\u2019a marquée, j\u2019écrivais des courriels tard le soir.Dans les conflits de séparation, t\u2019es pris entre les deux parents qui sont parfois prêts à tout pour obtenir la garde de l\u2019enfant.» Le dévouement transpire dans cette équipe.En pleine pandémie, il y a eu cette famille de six, déclarée positive à la COVID et en isolement, qui n\u2019avait plus rien à manger.« On est allé faire leur épicerie, sans attendre d\u2019en faire la demande formelle.Ils étaient contents et ils ont pu manger, c\u2019est ce qui compte », dit-elle en s\u2019excusant de l\u2019état de son bureau où sont entreposés des jeux et vêtements d\u2019enfants qu\u2019elle compte bien offrir bientôt à « son monde ».Dévouement Diego (à gauche) s\u2019assure du bien-être de Jean placé chez ses grands-parents lors d\u2019une visite.Famille d\u2019accueil Au Centre de réadaptation pour les jeunes en difficulté d\u2019adaptation du Mont Saint-Antoine, le confinement a été difficile.Les jeunes n\u2019avaient plus le droit de sortir ou de recevoir de la visite.Et s\u2019ils allaient voir leurs familles, ils devaient respecter un contrat pour s\u2019assurer de ne pas ramener le virus avec eux.Alors ils ont joué à des jeux de société et faits d\u2019autres activités d\u2019intérieur en prenant leur mal en patience.À l\u2019unité Neptune, on travaille avec les jeunes en difficulté.Lors de notre visite, il n\u2019y avait que Karl*, 17 ans, et 8 intervenants.Ces derniers s\u2019attendent à un revirement de situation avec la rentrée scolaire.Ici, les jeunes apprennent à devenir des adultes.Karl est arrivé il y a trois mois.À son arrivée, il a pris du temps à comprendre que Sébastien, son intervenant, n\u2019irait pas le réveiller le matin s\u2019il ne le faisait pas de lui-même.« Il n\u2019y a pas d\u2019obligation clinique, c\u2019est à eux de faire leur programmation.» Personne n\u2019a réveillé Karl le matin.Il a finalement compris les conséquences de ses grasses matinées, notamment sur sa vie professionnelle.« J\u2019étais un peu déstabilisé, mais ça m\u2019a aidé.Aujourd\u2019hui j\u2019ai trouvé une job et je suis capable de me lever le matin ! », dit-il avec fierté.Karl n\u2019aimait pas l\u2019école où il avait des difficultés d\u2019apprentissage.« En tant qu\u2019adulte, on croit souvent savoir ce qui est mieux pour le jeune.On aurait pu lui prescrire de se lever le matin ou de continuer l\u2019école, mais c\u2019est plus gagnant de le laisser découvrir par lui-même ses propres capacités, pour qu\u2019 il reste l\u2019auteur de ses réussites », ajoute Sébastien.Et après ?Faire au mieux Photo tirée du documentaire Au cœur de la DPJ qui révèle le quotidien des intervenants.* Noms d\u2019emprunt 29 itineraire.ca 15 septembre 2021 Pour Me Assouline, il y a encore trop de décisions qui sont prises trop rapidement.« On ne juge pas une personne qui est désorganisée lors d\u2019un événement ponctuel, on lui offre un répit psychologique.Il y a de bons intervenants, mais il y en a aussi qui ne sont pas suffisamment formés et qui jugent une situation en fonction de leurs valeurs », explique l\u2019avocate.Pandémie oblige, elle rencontre ses clients en visiocon- férence pour connaître leur version des faits.On entend cette maman qui essaye de comprendre pourquoi la garde de ses filles a été attribuée à leur père, alors même qu\u2019il aurait des antécédents en toxicomanie.Fait troublant : la mère a constaté des rougeurs et marques sur les filles et suspecte des abus sexuels.Il y aurait même des dessins explicites amenés à l\u2019école.Le second appel, c\u2019est un couple qui tente de récupérer leur enfant placé en famille d\u2019accueil, à la suite de problèmes psychologiques survenus chez la mère après l\u2019accouchement.« Ils ont beau avoir suivi tous les ateliers et préparé la chambre du petit, ils ne le récupèreront pas.L\u2019enfant n\u2019a pas de lien d\u2019attachement avec eux et même si on demande à la Cour une réintégration, entre nous on va perdre », nous confie l\u2019avocate en regardant les éléments du dossier.La dernière histoire que Me Assouline partage concerne une maman de confession musulmane, qu\u2019elle dit cataloguée comme « victime de violence conjugale, faible et soumise », notamment parce qu\u2019elle affiche ses croyances.Elle voit son bébé en visite supervisée.« La DPJ dépeint un portrait tellement négatif de cette maman.Elle a pris son bébé naissant maladroitement à l\u2019hôpital, comme peut le faire une nouvelle maman, et on l\u2019accuse de l\u2019avoir secoué.» L\u2019avocate réclame plus d\u2019imputabilité.« À qui la faute si on laisse un enfant pendant des années dans un milieu où il est abusé et maltraité jusqu\u2019à en mourir ?», questionne-t-elle.« Des fois, quand il y a un drame, j\u2019ai peur et j\u2019appelle mes clients.Au prochain drame, parce qu\u2019 il y en aura un autre, ce ne sera pas à cause du manque d\u2019argent, mais bien la preuve de notre incapacité de changer la culture de ce système.» « Nous n\u2019avons pas 100 000 mauvais parents chaque année au Québec », martèle Me Valérie Assouline qui défend les parents face à la DPJ.L\u2019avocate spécialisée en droit de la jeunesse et de la famille partage des exemples de ce qu\u2019elle voit au quotidien sur les réseaux sociaux.Elle représente actuellement la maman biologique de la fillette de Granby.« Des parents sont supervisés depuis des années et traités comme des criminels et après ce drame, je me questionne encore, car sur le terrain, rien ne change.» Me Assouline reconnait qu\u2019il y a des interventions de la DPJ qui « ont changé la vie de plusieurs enfants.» Mais elle regrette le manque d\u2019aide en amont qui éviterait selon elle les erreurs de jugement.L\u2019avocate dit avoir des clients qui se retrouvent dans les rouages du système parce qu\u2019ils n\u2019ont pas pu consulter un psychologue ou autre professionnel.« La DPJ doit être le dernier endroit où l\u2019on se retrouve.Tous les conflits de séparation, par exemple, n\u2019ont pas leur place devant un juge en Chambre de la jeunesse.» Du côté des parents À qui la faute ?Si l\u2019intervenante croit que l\u2019enfant est en danger, elle peut le retirer de la famille.Un signalement mène à une évaluation et c\u2019est à cette étape que l\u2019on détermine un plan de match.On discute avec les parents, les enfants, l\u2019entourage, l\u2019école et la famille proche de l\u2019enfant.Si l\u2019intervenante en charge du dossier, détermine qu\u2019il y a « un motif de compromission », par exemple si l\u2019enfant est victime de violence physique ou sexuelle, elle offre aux parents de s\u2019engager à suivre des mesures sur une base volontaire pour corriger ce qui ne va pas.L\u2019intervenante peut adapter son plan de match avec le parent, à condition de reconnaître les problèmes, d\u2019avoir la capacité de les corriger et d\u2019être motivé à le faire.À cette étape, un appel sur deux est retenu pourvu qu\u2019il soit basé sur des faits.Lorsque les mesures volontaires sont refusées, que les conditions ne sont pas respectées ou qu\u2019il y a discorde, c\u2019est au tribunal de trancher.Si le temps presse, qu\u2019il y a urgence pour la sécurité d\u2019un enfant, des mesures provisoires peuvent être proposées pour 60 jours au maximum.Lorsque le juge va dans le sens des recommandations de la DPJ, une ordonnance est émise.Quand il n\u2019y a pas de mesures volontaires, la DPJ fait des recommandations au tribunal pour des mesures dites « sur le fond » qui ont une durée déterminée avant une possible révision.Ensuite une intervenante veille à l\u2019application des mesures demandées par le tribunal.À la révision du dossier, on détermine s\u2019il est nécessaire de maintenir les mesures, si l\u2019enfant peut retrouver ses parents, s\u2019il doit être placé.On parle de « placement à majorité » quand l\u2019enfant ne peut plus revenir dans sa famille.La DPJ peut fermer un dossier pour trois raisons : le signalement n\u2019a pas été retenu ou il n\u2019y a pas lieu d\u2019intervenir, la situation s\u2019est améliorée, l\u2019enfant a 18 ans.Précision importante : ces étapes du signalement et de son traitement s\u2019étalent sur plusieurs jours, semaines ou années.Tout commence par un appel à la DPJ de sa région passé par une personne qui a des doutes sur la sécurité ou le bien-être d\u2019un enfant.Cela peut être un professeur, un voisin ou un parent, tout le monde peut sonner l\u2019alerte.Au bout du fil, un(e) intervenant(e) écoute les craintes.C\u2019est elle qui détermine s\u2019il faut retenir ce signalement, s\u2019il est basé sur des faits et s\u2019il faut envoyer quelqu\u2019un sur place tout de suite, en 24 heures ou dans quatre jours.« Quand un enfant pleure et réclame de mourir pour être avec papa et maman parce qu\u2019on l\u2019a séparé abruptement et que personne ne bouge malgré l\u2019avis des psychologues, on avance tout droit vers un drame.» - Me Valérie Assouline.LES ROUAGES DE LA DPJ La pandémie et les mesures sanitaires ont eu pour effet d\u2019augmenter le nombre de signalements de façon jugée « inquiétante » au cours des derniers mois.Au début du mois de juillet, 540 enfants étaient sur une liste d\u2019attente pour être évalués à Montréal, selon les données du CIUSSS du Centre-Sud-de-l\u2019Île-de- Montréal et La Presse.En 2020, la DPJ a franchi un triste cap historique dépassant les 100 000 signalements reçus en une seule année.M A R T Y N A | F R E E P I K 30 itineraire.ca 15 septembre 2021 Psychoéducateur de formation, André Lebon est engagé depuis 50 ans auprès de la jeunesse en difficulté au Québec.Vice-président de la Commission Laurent, il est aussi conseiller, responsable de la réorganisation des services jeunesse et de l\u2019adaptation culturelle des services pour les jeunes en difficulté au Nunavik.Perturbé par le drame de Granby, il est animé par l\u2019envie de changer la culture du réseau de la DPJ pour le bien-être des jeunes.Ce rapport évitera-t-il un autre drame ?Notre rapport est l\u2019illustration de tous les possibles dysfonctionnements du système actuel.Dans le drame de Granby, on a vu qu\u2019ils ont tous échoué.Il y a eu une absence de coordination et de prise au sérieux des éléments.Il arrive qu\u2019on n\u2019entende pas les signaux parce qu\u2019on reste sur des principes.Et c\u2019est ce qu\u2019il s\u2019est passé ici.Ce qui doit primer c\u2019est l\u2019intérêt et l\u2019écoute de l\u2019enfant.Même quand il ne parle pas, un enfant s\u2019exprime par le non verbal.Tout doit se faire dès l\u2019étape de la réception du signalement.Dès qu\u2019un citoyen ou un professionnel lève la main et se dit préoccupé.Les lanceurs d\u2019alerte connaissent l\u2019enfant et doivent absolument être dans la boucle décisionnelle.La vérification terrain, c\u2019est-à- dire l\u2019écoute de l\u2019entourage de l\u2019enfant, ne doit pas être un geste administratif.Pour tous les signalements ?Il faut donner les moyens aux intervenants d\u2019assumer ce rôle.Le travail en protection de la jeunesse est à la fois un travail d\u2019enquête et relationnel.Il faut créer un lien de confiance avec la famille et le jeune.Ceci demande du temps, une continuité, de la stabilité et de l\u2019intensité.Actuellement, le contexte de travail ne permet plus cela.Sans soutien et condition de travail adéquates, on risque de commettre des erreurs.Notre système se porte mal.On a voulu faire toutes sortes d\u2019économies sur le dos des conditions de pratique.On a mis l\u2019accent sur une stratégie de performance et non sur l\u2019accompagnement clinique.Il y a une sorte d\u2019amnésie systémique qui fait que l\u2019on est dans un éternel recommencement.Lors de la Commission, qu\u2019est-ce qui vous a le plus heurté ?D\u2019entendre des personnes vulnérables comme celles que vous retrouvez à L\u2019Itinéraire nous dire qu\u2019elles étaient incapables de nommer une personne significative quand ils étaient dans le réseau.J\u2019ai mal à ma profession quand j\u2019entends cela.C\u2019est inconcevable et je ne pense pas que ce soit une question d\u2019individus.Je suis inquiet, la Commission est inquiète.Ça prendra un virage important qui n\u2019est pas que monétaire ou une question de blitz d\u2019embauches.Il faut changer notre façon de faire.Comment expliquer qu\u2019une maman bien intégrée dans son milieu se fasse contacter par le CLSC de son quartier au début de la pandémie pour prendre des nouvelles alors que sa voisine, qui a plus de besoins, ne sait même pas que ce type de service existe ?Cet exemple prouve que le système fonctionne relativement bien pour ceux qui le fréquentent.Mais les personnes qui en ont le plus besoin sont des inconnus et nous craignent souvent pour toutes sortes de raison.Plusieurs organismes communautaires arrivent à rejoindre cette clientèle parce qu\u2019ils ne posent pas de questions et leur offrent des services concrets qui répondent à leurs besoins immédiats.Si on arrive à travailler en réseau, on pourra bénéficier de ce lien de confiance déjà établi.La maman qui n\u2019en peut plus, mais qui est inscrite au CLSC n\u2019est pas la cible.Il faut essayer de comprendre réellement comment on les échappe, parce que c\u2019est réellement le mot.Le réseau est habile à morceler ses réponses en fonction des demandes administratives.Le travail d\u2019équipe mène plus loin.L\u2019article 38 de la Loi de la protection de la jeunesse, qui est le cadre pour toute intervention, est-il trop limitant dans la prise de décision ?Quand on pose le problème ainsi, oui c\u2019est certain que l\u2019on est limité par la Loi.Le rapport propose plusieurs corrections légales pour faciliter les choses.Mais ultimement le grand drame est d\u2019appliquer la Loi en toute rigidité.Exemple : madame ne vient pas à son rendez-vous au bout de trois fois et on ferme le dossier dans l\u2019application bête et méchante de la mesure volontaire\u2026 Les gens en grande difficulté sont des personnes brisées avec des vies morcelées.On ne peut pas leur imposer une façon d\u2019entrer dans un service.La loi permet de forcer la porte, mais elle n\u2019évacue pas la nécessité de tisser un lien.La DPJ est-elle suffisamment sensibilisée aux réalités et traumas ethnoculturels ?Pas du tout.Et nous commettons des erreurs fondamentales en ne dépassant pas la première lecture.L\u2019expérience traumatique de personnes immigrantes ou autochtones le prouve.Le système actuel ne me donne pas l\u2019occasion d\u2019avoir plus de temps avec l\u2019individu pour lui reparler.On doit prendre une décision rapidement sur un comportement visible.On doit réussir à travailler sur la cause plutôt que de s\u2019arrêter au comportement.On ne soigne pas des carences émotionnelles comme un mal de tête.Pourquoi parler si ouvertement du système et quelles suites peut-on espérer de ce rapport ?Après 53 ans de travail terrain conseil, clinique et organisationnel, je n\u2019ai plus de patience.L\u2019idée de se sentir menacé ne fait que maintenir le travail en silo.« C\u2019est la faute à personne », je ne suis pas capable de vivre avec ça.Il y a des gens qui avaient un travail à faire, un système qui avait des moyens à donner et on a une occasion de faire un recadrage sérieux.Mais maintenant, ça appartient au gouvernement.J\u2019ai donné ma vie pour ces jeunes et même si je ne peux plus être sur le terrain, je ferai tout pour qu\u2019on donne les conditions de bien faire ce travail.Un comité de suivi s\u2019est créé de façon informelle sur les réseaux sociaux, mais j\u2019aurai été en faveur qu\u2019on exige un suivi.Le rapport n\u2019invente rien.Les mêmes choses sont dites depuis 40 ans.On les répète et on ne fait que répéter.Que diriez-vous à la fillette de Granby si elle était encore là.Et à sa famille ?On a pris votre situation au sérieux.On a écouté le plus de personnes possible pour provoquer un changement.On a fait des propositions et on garde espoir qu\u2019on pourra faire mieux et autrement, par respect pour vous et ce qu\u2019il s\u2019est passé.Mais, je suis obligé d\u2019ajouter que je n\u2019en aie pas la certitude.Même si ce rapport a été fait sérieusement, je reste avec un doute, une grande crainte que ce soit un coup d\u2019épée dans l\u2019eau.* Note de la rédaction : Toutes nos demandes d\u2019entrevues faites auprès de Régine Laurent, présidente de la Commission, nous ont été refusées.« NOTRE SYSTÈME SE PORTE MAL ! » Entrevue avec André Lebon Vice-président de la Commission Laurent A L E X A N D R A G U E L L I L André Lebon, vice-président de la Commission Laurent.M A R I D R A I S E R | F R E E P I K itineraire.ca 15 septembre 2021 32 Cueillette de fruits Je me souviens d\u2019être souvent allé rendre visite à ma tante Jenny, la soeur de mon père.Elle avait une belle maison, un grand champ à perte de vue et un verger d\u2019arbres fruitiers.Les abricots étaient dodus et mûrs pour la cueillette.Maman et papa sont allés dans la maison pour aller discuter tandis que nous les cousins sommes restés dehors pour jouer.Puis ma tante est sortie.« Hey les enfants !, dit-elle, j\u2019ai des seaux et quelques boîtes si vous voulez cueillir des abricots ».On a pris nos seaux et on a été chercher des escabeaux.On a ramassé nos abricots en se racontant des blagues et en riant.Une autre fois, on a passé une semaine chez mon oncle à Snake Flat.C\u2019était vraiment bien quand on y allait parce qu\u2019il y avait les enfants de mon oncle et d\u2019autres cousins qui vivaient à côté, les enfants de Speedy.Lui, il avait des cerisiers.Nous y avons cueilli toutes les cerises, jusqu\u2019à la dernière, en prévision de l\u2019hiver.Il faisait chaud la nuit, alors mon cousin a dit qu\u2019on pouvait sortir les lits à l\u2019extérieur pour dormir, « mais assure-toi de mettre du sel tout autour du lit pour éloigner les limaces, parce que les serpents à sonnette aiment manger les limaces ».Lorsqu\u2019on dormait dehors, je ne laissais jamais pendre mon pied au bord du lit.Les journées étaient chaudes alors on a décidé qu\u2019on allait marcher jusqu\u2019au village à la piscine pour se rafraîchir.On s\u2019est mis en route, et après environ un kilomètre, l\u2019une des filles a lâché un cri de peur et s\u2019est mise à hurler.Je l\u2019ai rejointe et lui ai demandé : « Qu\u2019est-ce qu\u2019 il y a ?» Puis j\u2019ai baissé les yeux et j\u2019ai vu qu\u2019il y avait un serpent à sonnette allongé en travers de la route.« Est-ce qu\u2019 il est vivant ?», m\u2019a-t-elle demandé.« Non, je ne pense pas.Il se serait contracté et nous aurait averti avec sa sonnette.Une auto a dû l\u2019écraser.» Je l\u2019ai poussé avec un bâton et il n\u2019a pas bougé, alors je me suis penché pour le ramasser par la tête et j\u2019ai crié « Owww ! » et tout le monde a hurlé.J\u2019ai ri et leur ai tous dit qu\u2019il était mort.Il m\u2019ont lancé : « Peter ne fais plus jamais ça ! » Alors je l\u2019ai lancé en bas de la côte et on a poursuivi notre route vers la piscine.Lorsqu\u2019on est arrivé, c\u2019était tellement rafraîchissant.La piscine était l\u2019endroit idéal où se trouver par cette chaude journée.Le Lytton que j\u2019ai connu était un village dynamique, rayonnant de fierté, d\u2019amour et de bonheur.Les habitants y étaient toujours accueillants et prêts à aider les autres dès qu\u2019ils le pouvaient.Quand les gens se rassemblaient, comme pendant nos fêtes, on y tenait des défilés, des marchés agricoles et on installait même une piscine lors des journées chaudes.La communauté autochtone est pleine de gens qui aident tout le monde.Ils ne refusent jamais personne.L\u2019été il y avait des camps pour les jeunes autochtones, où ils apprennaient à pêcher et à fabriquer et réparer des filets de pêche.Lorsqu\u2019ils attrapaient des poissons, ils apprenaient à les conserver, en les mettant en conserve, en les faisant sécher au vent, en les fumant ou en les salant, puis ils les donnaient aux aînés ou aux personnes handicapées qui ne pouvaient plus le faire.L\u2019automne, les jeunes participaient au camp de chasse pour apprendre à chasser le chevreuil ou l\u2019orignal, qui étaient ensuite divisés et préservés par la mise en conserve, le fumage ou en faisant de la viande séchée et de la saucisse.La viande était aussi distribuée aux aînés et aux personnes handicapées.À la fin des années 1950, par une journée froide, ma mère était à l\u2019hôpital et mon oncle Peter est allé lui rendre visite.À son arrivée, il l\u2019a saluée en disant : « Comment vas-tu ?As-tu eu ton bébé ?» Elle lui a fait un grand sourire, très contente de voir son frère.« Oui, j\u2019ai eu mon bébé \u2014 c\u2019est un garçon », lui a-t-elle répondu.Mon oncle était très excité.« Ah ben ça c\u2019est une bonne nouvelle, soeurette, félicitations ! » Il a serré ma mère dans ses bras, puis s\u2019est reculé.« Comment l\u2019as-tu appelé ?As-tu déjà pensé à un nom pour lui ?» Elle lui a rendu son sourire et lui a dit : « Oui, je l\u2019ai appelé Peter ».Ma mère m\u2019a raconté cette histoire de nombreuses fois.Peter Thompson, camelot pour le magazine de rue Megaphone à Vancouver, est né dans le village de Lytton en Colombie-Britannique, où l\u2019on a enregistré la plus forte température dans toute l\u2019histoire du pays, et qui a été complètement rasé par le feu cet été.Il offre ses prières à l\u2019intention des habitants de cet endroit jadis plein de vie et de joie.Par Peter Thompson Un camelot de Megaphone parle de son village détruit par le feu Un endroit qui grouillait de monde Dans le village, c\u2019était la meilleure place pour rencontrer les gens.C\u2019était ici qu\u2019ils faisaient leurs courses à l\u2019épicerie du coin, allaient prendre leur courrier au bureau de poste, ou allaient à l\u2019hôtel prendre une \u201cp\u2019tite frette\u201d ou manger une bouchée.L\u2019hôtel avait aussi un restaurant.À l\u2019extérieur du restaurant, sur la véranda avec une balustrade, mes cousins et moi on s\u2019y assoyait pour manger un cornet de crème glacée.Je me souviens de mon dernier voyage là-bas, à l\u2019âge adulte.Je me rendais à Merritt, qui est tout proche, avec mon cousin et juste avant d\u2019arriver à Lytton, j\u2019ai suggéré qu\u2019on s\u2019y arrête.Nous avons roulé jusqu\u2019au village et on s\u2019est garé sur la rue principale.Je suis entré à l\u2019épicerie où j\u2019ai acheté une liqueur et un billet de loto.Puis nous nous sommes promenés sur Main Street.Il y avait un marché local et la rue grouillait de monde.On pouvait y entendre de la musique, qui me rappelait Richie and the Fendermen, un groupe qui donnait des concerts bénéfices à Lytton et Merritt tous les soirs depuis des décennies.Au marché, on trouvait beaucoup de conserves, de fruits, des cigarettes, des t-shirts et plein de bonnes choses.J\u2019ai acheté quelques pots de confiture maison, et parlé à des gens puis je me suis dirigé vers mon auto pour y déposer mes achats.J\u2019entends alors quelqu\u2019un m\u2019appeler \u2014 « Peter, Peter ! » \u2014 je me suis retourné pour voir qui c\u2019était.Je vois Vince et Gumby assis sur un banc.Je suis allé les voir et on s\u2019est fait plein d\u2019accolades.Ils m\u2019ont dit : « Qu\u2019est-ce que tu fais de bon ?» « Je m\u2019en vais à Merritt, que je leur ai dit.Je me suis juste arrêté pour voir qui il y avait dans les parages.» On a jasé pendant un bon moment, puis je leur ai dit : « Bon, il faut que j\u2019y aille.» Après s\u2019être serrés dans les bras, Vince me dit : « Arrête à la maison à ton retour.Je te donnerai des mets traditionnels que tu pourras rapporter chez toi ».« C\u2019est sûr ! », lui dis-je, ignorant que ça serait la dernière fois que je verrais le village intact.Mes prières vont vers Lytton et les communautés environnantes qui ont été touchées par les feux.Les personnes et les aînés qui ont perdu leurs maisons et beaucoup de souvenirs le prennent très mal.Leur chez-soi et les repas en famille leur manquent et ils sont fatigués d\u2019être déplacés d\u2019un endroit à l\u2019autre.Je prie aussi pour que cette année, le gouvernement et les grandes entreprises se réveillent au sujet des changements climatiques.Alors que notre planète devient de plus en plus chaude, nos réserves d\u2019eau vont diminuer, et sans eau, rien ne vit.Ils dépensent des milliards pour chercher de la vie sur d\u2019autres planètes, ce qui pourraient être utilisé pour sauver celle-ci.Bientôt notre planète ressemblera à Mars à cause du manque d\u2019eau.Souvenirs de Lytton, C.-B Peter Thompson (Nlaka\u2019pamux) a 61 ans et est trois fois grand-père.Résident de Vancouver-Est, il est né à Lytton, C.-B.et vit un deuil pour sa communauté.Peter vend le magazine Megaphone devant le marché Whole Foods sur l\u2019avenue West Fourth Avenue au coin de la rue Vine à Vancouver.Le village de Lytton, C.-B, avant le feu du 30 juin 2021.Traduit de l\u2019anglais par Josée Panet-Raymond Photos Courtoisie de Megaphone / INSP.ngo 35 itineraire.ca 34 itineraire.ca 15 septembre 2021 15 septembre 2021 Il était cependant loin de s\u2019imaginer que sa carrière s\u2019étalerait 45 années de suite sur les scènes de bars montréalais malfamés où sa vie aurait sévèrement basculé si l\u2019amour n\u2019avait pas « cassé le party ».« Quand ma femme est arrivée, j\u2019étais en enfer.J\u2019étais sur la poudre et le crack tous les jours.Je ne pouvais plus m\u2019en sortir, c\u2019est sûr.Si elle n\u2019avait pas été là, je serais mort, j\u2019étais fait\u2026 C\u2019était ça que je voulais.Quand t\u2019es rendu tellement loin que tu ne peux plus revenir, que t\u2019es écœuré pis que tu t\u2019aimes plus\u2026 tsé.» Des mots durs que son visage exprime avec le soulagement et la gratitude de s\u2019en être sorti.Enfant d\u2019après-guerre, Paul Daraîche vient de la Gaspésie.C\u2019est de là qu\u2019il tire son expérience de la pauvreté.« Là-bas, on n\u2019avait rien », à part la musique et le bonheur familial.De son côté, Renée Martel a vécu une enfance trimbalée entre le succès de son père Marcel Martel, pionnier du country, les tournées, mais aussi une famille de substitution et un bref passage à l\u2019orphelinat.Des étapes de vie qui ne l\u2019ont pas laissée indemne.Avant les légendes Puis, le milieu musical les entraînera sur des chemins de carrières aux antipodes l\u2019un de l\u2019autre.Inspiré depuis toujours par la grande chanson française et particulièrement adorateur d\u2019Aznavour, Paul Daraîche forgera son amour des mots et apprendra seul à gratter sa future Fender Stratocaster en s\u2019exerçant sur une bien plus modeste guitare à 75 piasses offerte par son père en 1957.Paul avait alors 10 ans et son ambition le menait déjà vers la vie de musicien.Il est 14 h.Le soleil plombe sur les Écuries Kanp, lieu de l\u2019entrevue entre L\u2019Itinéraire, Paul Daraîche et Renée Martel.Les vastes paddocks, l\u2019odeur caractéristique des chevaux et le claquement lourd des sabots ferrés sur le sol bétonné de l\u2019écurie suspendent le temps\u2026 L\u2019ambiance idéale pour une « entrevue country ».Dans le stationnement, un imposant VUS s\u2019approche.En sort un grand bonhomme, aux cheveux longs et grisonnants qui lance un : « C\u2019tu icitte pour L\u2019Itinéraire ?».Lui, c\u2019est Bobby, le chauffeur de Renée Martel.Il se gare, suivi de près par Paul Daraîche et de sa femme.L\u2019annonce de la sortie de l\u2019album en duo Contre vents et marées, le 10 septembre, a dicté l\u2019envie de rencontrer Paul Daraîche et Renée Martel, ces figures légendaires de la musique country.On parle de leur amitié de toujours, alors que rien ne semblait les rapprocher mis à part leurs date et heure de naissance identiques en tout point.PAUL & RENÉE Daraîche Martel CONNEXION COSMIQUE Journaliste responsable de la formation Photos David Himbert Par Karine Bénézet 37 itineraire.ca 36 itineraire.ca 15 septembre 2021 15 septembre 2021 Raviver le passé Même s\u2019ils ont fait de nombreux duos ensemble, Contre vents et marées a été une expérience unique : « On n\u2019avait jamais chanté de cette manière, amorce Renée Martel.C\u2019était magique.À chaque fois qu\u2019on chante ensemble, on se regarde, on ne voit plus les gens.Paul a des yeux qui sourient, et je pense que ça se voit qu\u2019on a du plaisir ».C\u2019est vrai qu\u2019ils ont du plaisir.Assis l\u2019un à côté de l\u2019autre, la complicité se dévoile : Paul Daraîche qui taquine Renée Martel, Renée Martel qui répond au quart de tour, les accolades, la luminosité de leurs expressions lorsqu\u2019ils invoquent des souvenirs passés.Sans aucun doute, ces deux-là s\u2019aiment ! Ils semblent également vivre dans une bulle bien à eux, un tantinet déconnectée et bercée par la simplicité de la musique country et la nostalgie d\u2019« un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître ».« Tout s\u2019est écrit à notre époque.» avance Paul Daraîche.« La musique s\u2019est arrêtée dans les années 70-80.» Une opinion partagée par Renée qui trouve bien difficile la musique actuelle : « Comme disait ma mère : \u201c Y\u2019a pas d\u2019air.J\u2019peux pas chanter ! \u201d » Au-delà des apparences La musique country est nichée, bien qu\u2019elle ait « évolué en titi », dixit Paul Daraîche.Pour preuve, il n\u2019y a que dans les festivals du genre que les gens débarquent avec toute leur famille, les tentes et les chevaux.Ça fait partie du western, « la musique du peuple », surnommée par Renée Martel.Quant aux bottes et aux chapeaux de cowboys, c\u2019est une histoire d\u2019apparat pour le chanteur : « En 2012, j\u2019ai fait un grand succès, Mes amours, mes amis.Mon producteur et toute l\u2019équipe m\u2019ont donné une sorte de personnage avec la redingote noire, un peu à la Johnny Cash, pis l\u2019chapeau.Mais avant ça, je détestais les chapeaux.Maintenant, il cache ma calvitie, alors je l\u2019aime mieux.(rires) Mais je l\u2019porte juste pour chanter ou pour les entrevues.En plus, je n\u2019étais pas country au début.Alors le chapeau\u2026 » Contrairement à ce que suggèrent leurs 125 ans de carrières combinées, aucune des deux légendes n\u2019a commencé par le country.À vrai dire, Paul Daraîche était même plutôt du genre rock\u2019n\u2019roll.« Je détestais le country d\u2019 ici.C\u2019était pauvre, ça sonnait mal, y\u2019avait des erreurs qui n\u2019étaient jamais corrigées faute de budget.J\u2019voulais pas m\u2019associer à ça ».En fait, c\u2019est sa sœur, Julie Daraîche, qu\u2019il faudrait remercier pour sa carrière : « À l\u2019époque, le conjoint de Julie était l\u2019un des Frères Duguay.Mais quand ils se sont séparés, leur groupe s\u2019est dissous.Alors elle m\u2019a demandé de l\u2019accompagner avec mon band, Les loups blancs.Au début, je me suis fait embarquer là-dedans parce qu\u2019elle était mal prise, puis j\u2019ai vite accroché.» Un jour à la fois Renée Martel, elle, a côtoyé le métier d\u2019artiste par l\u2019intermédiaire de ses parents, dès l\u2019âge de 5 ans.La scène, la business, les claquettes, le chant\u2026 Tout lui sera enseigné pour gravir les marches, sous le regard admiratif et l\u2019expertise de son paternel.Puis, en 1967, le succès lui tombe dessus.Elle devient Renée Martel, chanteuse à part entière et adulée.Sa carrière prendra son envol dans le milieu pop dès son premier hit : Liverpool, avant de revenir vers le country, près de 10 ans plus tard.Comme Paul, que les drogues ont gelé des années durant, Renée Martel a également eu une forte dépendance qui lui a nécessité de la force de caractère et de l\u2019aide.Son acolyte s\u2019en souvient bien : « C\u2019était juste l\u2019alcool, mais c\u2019était solide ! » La force de s\u2019en sortir, c\u2019est à travers le regard de son petit- fils qu\u2019elle la trouvera.Et l\u2019effet sera immédiat : « J\u2019ai décidé d\u2019arrêter un soir, à 19 h 40.À ce moment-là, j\u2019avais juste un petit-fils et je ne voulais pas qu\u2019 il voie sa grand-mère comme ça.Moi-même je me disais : \u201cEst-ce que c\u2019est la vie que je veux jusqu\u2019à ce que je meurs ?\u201d Sans hésitation, la réponse fut : non ! La lutte n\u2019a pas été facile.Aujourd\u2019hui encore, elle maintient une philosophie de vie « un jour à la fois », comme préconisée par les AA : « Maintenant, quand je me couche, je me dis : \u201cmerci, mon Dieu, j\u2019suis encore vivante, j\u2019ai pas consommé aujourd\u2019hui !\u201d » L\u2019un pour l\u2019autre L\u2019authenticité qui se dégage de leurs malheurs, comme de leurs grands bonheurs d\u2019ailleurs, expliquerait en bonne partie la longévité de leur carrière, dont le style musical a pourtant longtemps été dénigré.Comme le souligne la chanteuse, « c\u2019est aussi le genre de personnes que nous sommes qui fait l\u2019authenticité.Et l\u2019essentiel, c\u2019est de toujours créer un lien avec les gens, avec ce qu\u2019 ils vivent de bon, de difficile\u2026 » Partager ces émotions sur scène, c\u2019est également ce qu\u2019a fait l\u2019interprète d\u2019Un amour qui ne veut pas mourir lorsqu\u2019elle se battait contre le cancer.« Maintenant, je pense tout de suite que dans la salle, beaucoup de femmes en ont eu un [de cancer].» Outre l\u2019empathie développée par la chanteuse depuis, c\u2019est le projet d\u2019album Contre vents et marées qui est né de sa maladie.Une forme de soutien moral, matérialisé à travers les reprises des plus grands succès de chacun des deux amis, dont les uns sont interprétés par l\u2019autre.« Une histoire bizarre », comme la qualifie Paul Daraîche.Parce qu\u2019à travers cet album, c\u2019est tout l\u2019aspect cosmique de leur relation qui ressort : « Renée avait appelé son producteur, Martin, raconte le chanteur, parce qu\u2019elle avait eu le flash de faire un album duo avec moi.Quelques jours après, j\u2019ai offert la même idée sans que l\u2019on se soit consultés avec Renée avant ».On pourrait presque invoquer les théories d\u2019autrefois où astrologie et sciences se confondaient pour expliquer l\u2019univers.Mais en creusant un peu, c\u2019est peut-être plus une question d\u2019amour profond qui a induit cette situation.« J\u2019avais besoin d\u2019un but », déclare Renée Martel.C\u2019est probablement ce que son âme sœur a voulu lui offrir, en proposant la même chose qu\u2019elle.Après tout « j\u2019ai toujours été là pour elle, c\u2019est ma job ! », exprime-t-il, le regard bienveillant pointé vers Renée.38 itineraire.ca 15 septembre 2021 De timidité et de gêne Celui qui n\u2019était que le guitariste du groupe est vite monté dans le milieu underground de l\u2019époque.De fil en aiguille, il a entamé une carrière solo et est devenu celui qu\u2019on connaît aujourd\u2019hui : le grand de l\u2019industrie country.Un fait cocasse quand on sait qu\u2019il n\u2019a jamais voulu être à l\u2019avant-scène : « J\u2019voulais pas chanter.J\u2019voulais être musicien, en arrière.J\u2019voulais surtout pas parler et faire des entrevues comme ça.(rires) À l\u2019âge de 13 ans, dans mon quartier Villeray, on m\u2019appelait le chanteur inconnu.Parce qu\u2019on faisait des petits partys dans la ruelle avec un petit stage et j\u2019acceptais de chanter seulement derrière un rideau qui ne s\u2019ouvrirait jamais.J\u2019étais timide au boutte ! » Du côté de sa partenaire, on pourrait croire tout le contraire.Et pourtant\u2026 « Quand je suis arrivée à Montréal, je débarquais de Drummondville avec mon père chanteur-cowboy.Je me souviens d\u2019un soir au restaurant avec mon producteur et d\u2019autres artistes.J\u2019étais tellement gênée de commander que j\u2019ai pas mangé.Je n\u2019étais pas tellement habituée au public.C\u2019était mon père qui s\u2019arrangeait avec ça.Je n\u2019étais pas jaseuse sur scène non plus.Au-jour-d\u2019hui-je-le-suis ! (rires) Mai 2022 devrait signer le début de leur tournée Contre vents et marées.D\u2019ici là, Renée Martel « prépare ses énergies » après avoir été malade plusieurs années et Paul tourne avec ses enfants, la hâte au ventre de présenter « ce show qui devrait bien fonctionner ».Remerciements aux écuries Kanp, de Mascouche, pour l\u2019accès privilégié aux lieux et pour l\u2019accueil chaleureux.La vie sexuelle de Jean-Jeannette Dès que j\u2019ai fait l\u2019expérience des hommes, j\u2019ai tout de suite aimé ça, comme un coup de foudre.Pourtant je sortais avec des femmes avant.Mais, il y avait la religion qui s\u2019interposait.J\u2019allais tout le temps à la messe avec mon père.Ma mère faisait à manger.Mes sœurs restaient à la maison, elles ont compris plus vite que moi ! C\u2019est comme Shakespeare : « Être ou ne pas être » ! Aimer c\u2019est donné à tout le monde, moi c\u2019est comme une vocation tardive.Je m\u2019en suis aperçu parce que je regardais plus les hommes que les femmes à l\u2019adolescence.Je ne vois pas où est le péché quand on aime quelqu\u2019un.J\u2019ai mes goûts et les autres aussi ont leurs goûts.Je ne vois pas où est le mal.Dès les premières relations que j\u2019ai eues, je voulais le dire à tout le monde tellement j\u2019ai aimé ça.C\u2019était avec quelqu\u2019un qui avait connu la vie à Montréal.Il était coiffeur et il est revenu chez nous, dans l\u2019Ouest du Nouveau-Brunswick, pour pratiquer.Quand je suis arrivé à Montréal, j\u2019étais très sexuel.Je connaissais tous les endroits où ça se passait.Grâce au réseau, j\u2019ai pu connaître mon âme sœur.J\u2019ai vécu de très, très beaux moments.Mon père et ma mère se demandaient pourquoi j\u2019étais devenu aux hommes.Maintenant, peut- être que ma mère l\u2019a un peu accepté.En tout cas, elle en rit, maintenant.Dans ma région du Nouveau-Brunswick c\u2019est reconnu qu\u2019on a beaucoup de personnes LGBTQ+, dont des artistes comme Édith Butler.J\u2019ai beaucoup de convictions et ça m\u2019aide à continuer grâce à un bon public qui m\u2019entoure, le cœur sur la main.JEAN-JEANNETTE DEVOST CAMELOT MÉTRO MONT-ROYAL The Heat is for Real From all the summers that I\u2019ve lived in Montreal, this has been the hottest.The heat and humidity first started to be felt during the third week of May 2021.That's when sales started dropping and fewer days were as profitable as in April.Montreal is a different city during the summer and it\u2019s good to take advantage of the nice weather.I like to enjoy the summer season, by having a frappuccino, banana split and a chicken souvlaki.When it\u2019s very hot and it reaches 40°C with the humidity, then it can be dangerous.I drink plenty of water and put on sunscreen often to stay healthy.I shouldn\u2019t complain that it\u2019s hot, but enjoy it as much as possible.Unfortunately there were fires in different parts of the world starting from June.I watched the news often and saw Western Canada, the United States, parts of Europe and Northern Africa in flames.Thousands of acres of land and many homes were destroyed by the raging fires.It was complete devastation and heartbreaking to watch.This is mainly happening because of global warming.The summers will be hotter than before and we need to get used to it.In Greece on the northern part of the island of Evia, there was vast destruction.Many beehives were destroyed, which is about 40 % of the pine honey produced in the country.A number of local people were evacuated along with the tourists.In Canada the fires first started outside the village of Lytton in the province of British Columbia, with most homes there being destroyed.I believe there were some arsonists involved in these fires, but rescue teams have worked hard to put them out.I see it more like an act of God, to awaken people who don\u2019t take Him seriously.BILL ECONOMOU VENDOR MARCHÉ ATWATER Quel été ! Quel été on a eu avec les grosses chaleurs ! J\u2019ai fait du vélo tous les jours depuis la fin juillet.J\u2019aime le canal de Lachine, les paysages, les canards, les fleurs, les arbres.Il fallait tolérer aussi les mouches noires et les guêpes.Au printemps, les petits oiseaux font leur nid.Il faut s\u2019en méfier car ils peuvent attaquer.Ils se sentent en danger et veulent garder leurs petits.Ils viennent nous piquer avec leur bec.Avec notre été de chaleur impossible j\u2019ai roulé tout le temps à vélo.À force de pédaler 30 km par jour, ton cerveau se porte beaucoup mieux mais tu as quand même de la fatigue quand il fait 30° C.J\u2019aime mieux m\u2019entraîner à vélo que d\u2019être sur un coin de rue.Ça détend le corps, c\u2019est mieux que de se chicaner avec un quêteux.Quand tu es connecté avec la nature, tu es moins stressé.Quand on regarde le fleuve Saint-Laurent il y a toujours du mouvement, l\u2019eau coule et ça fait réfléchir le cerveau.À force de voir de belles affaires, ça me donne de l\u2019espoir.L\u2019été ne dure pas longtemps, alors j\u2019en profite.L\u2019automne et l\u2019hiver c\u2019est un autre style.Ça devient vite déprimant.On est chanceux d\u2019avoir le fleuve Saint-Laurent, avec sa belle nature.Les canards sont couchés sur la piste cyclable, ils n\u2019ont pas peur des bicycles.Il faut faire attention à ne pas les écraser.Quand il fait chaud, on maigrit.Je me replace un peu et je suis plus en forme.Je fais ça depuis une vingtaine d\u2019années.Je roule sur de vieilles bicyclettes que je récupère.Toutes les bicyclettes que j\u2019ai récupérées ont fait le tour du canal de Lachine.L\u2019été 2021 avec la chaleur et sans pluie, c\u2019est le plus bel été que j\u2019ai jamais vu.MAXIME VALCOURT CAMELOT THÉÂTRES DU NOUVEAU MONDE ET DU RIDEAU VERT 41 itineraire.ca 15 septembre 2021 42 itineraire.ca 15 septembre 2021 Humoriste Christian Vanasse En écrivant sur la crise du logement, deux mois après le festival du déménagement et un excellent numéro de l\u2019Itinéraire sur le sujet (édition du 1er juillet), j\u2019avais peur que cette chronique n\u2019ait un petit goût de passé date\u2026 comme regarder un épisode de Bouscotte avec des annonces de la Roue Chanceuse sur un lecteur VHS qui porte encore la mention RadioShack\u2026 mais non.Je me suis rendu compte que le sujet est aussi frais qu\u2019une crotte au fromage qui fait skouik.Et en plus, je suis en avance pour la prochaine crise.Vous êtes donc en train de lire le futur ! On sait qu\u2019à Montréal et dans les grands centres, la flambée des prix de l\u2019immobilier a mis la pression sur les maisons et fait vendre des Kinder Surprise au prix d\u2019un œuf de Fabergé.Mais saviez-vous qu\u2019en région, c\u2019est pas mal la même chanson ?Actuellement, début septembre, à Sherbrooke, Rimouski ou Saint-Hyacinthe des familles cherchent encore à se loger.Et le gouvernement continue de nier qu\u2019il y ait une « pénurie de logements ».Neunon, disent-ils, des logements, il y en a encore pleins, pleins ! Ah qu\u2019on aime donc ça jouer sur les mots à la CAQ, que voulez-vous, c\u2019est systémique chez eux.Mais on aura beau les éviter, ne pas les voir ou essayer de les tasser avec nos pieds, les faits continuent de s\u2019empiler comme les boîtes d\u2019un locataire évincé sur le bord du trottoir\u2026 il y a bel et bien une pénurie de logements ABORDABLES.Tiens par exemple : en moyenne, un quatre et demi à Saint-Hyacinthe peut coûter plus de 900 $.O.K., ton caquiste intérieur peut toujours me dire que 900 piasses à Saint-Hyacinthe vaut bien plus qu\u2019à Montréal, mais\u2026 t\u2019es toujours ben à Saint-Hyacinthe ! Quand je pense que François Legault estimait qu\u2019un appartement (à Montréal en plus !) c\u2019était à peu près 500 $\u2026 c\u2019est ça qui arrive à force de fréquenter des gens qui pensent que tu peux faire une épicerie pour quatre personnes avec 75 $ par semaine.Le même genre de personne pour qui la dernière fois qu\u2019ils ont payé quelque chose de leur poche, la bière était 3,25 $ au Forum, ça leur coûtait 75 cennes pour prendre le métro à Berri-de-Montigny pis Victor Lévy-Beaulieu écrivait des épisodes de Race de monde.Pas besoin de te dire que le p\u2019tit gars de Bouscotte était pas encore né ! Non, mais c\u2019est fou comment les loyers ont explosé ! Une hausse de 16 % depuis l\u2019an passé.Huit fois plus que l\u2019indice annuel du coût de la vie ! Venez pas me faire croire que tous les proprios se sont mis à rénover leurs appartements en même temps avec de l\u2019ébène pis de l\u2019acajou.Pis faut s\u2019entendre sur la signification de « rénovations »\u2026 Des fois, juste mettre une tablette fait monter le prix de 200 $.Des fois, rien faire fait monter le prix pareil.Y a des logements, on dirait que le prix est fixé en fonction du taux d\u2019humidité ambiant\u2026 y descend jamais ! Les hausses de loyers devraient au moins être réglementées comme le prix du pain, du lait ou de la bière dans les dépanneurs.Parce qu\u2019actuellement, c\u2019est trop facile de faire n\u2019importe quoi ; certains propriétaires allant même jusqu\u2019à exiger vos relevés bancaires et dentaires des 30 dernières années et une mèche de cheveux de votre mère quand elle avait 8 ans ! Demandez-moi pas pourquoi ! Et ils ne te loueront qu\u2019à la condition que tu n\u2019aies pas d\u2019enfants, pas de chiens, pas de fun pis la bonne couleur de peau et la grosseur de portefeuille.Il faut le rappeler\u2026 le logement est un droit fondamental.Avec la hausse du coût des loyers, il faut ajouter celle de l\u2019épicerie et des vêtements et réaliser que ceux et celles qui arrivent encore à combler des besoins aussi primaires que se loger, se nourrir et se vêtir en auront de moins en moins les moyens.Je sais que ce n\u2019est pas très réjouissant, mais il y a tout de même une bonne nouvelle dans tout ça : c\u2019est que la prochaine crise est prévisible.Sans toit ni loi Il n\u2019y a pas si longtemps, on croyait qu\u2019après la pandémie, « rien ne serait plus pareil ».On pensait qu\u2019elle serait l\u2019élément déclencheur à quelques transformations sociales.On a dû consommer localement et recréer une bulle familiale, amicale ou professionnelle plus restreinte.Il a fallu aussi viser l\u2019inclusion réelle après des drames hautement médiatisés et trouver des moyens de contrer la fracture numérique.On a aussi retroussé nos manches dans les organismes communautaires pour continuer d'aider les plus vulnérables.Et si toutes ces transformations sociales étaient là pour rester ?Un dossier à ne pas manquer dans le numéro du 1er octobre ! CE QUE NOUS DEVONS À LA PANDÉMIE Dans le prochain numéro de L\u2019Itinéraire.Côté culture : Les déguisements.Incursion dans l\u2019univers du costume et tournée chez le costumier Ponton, en affaires depuis 150 ans.Et bien sûr, vos camelots s\u2019expriment dans leurs mots de camelots ou chroniques.ILLUSTRÉ PAR JOYSTICK INTERACTIVE ET CRISTINA ESTANISLÃO BY UNITED NATIONS COVID-19 RESPONSE ON UNSPLASH publicité Grille numéro : 56879 7 3 1 4 1 3 8 5 7 5 8 2 1 3 1 4 6 7 3 4 6 2 7 3 8 9 5 9 4 6 Placez un chiffre de 1 à 9 dans chaque case vide.Chaque ligne, chaque colonne et chaque boîte 3x3 délimitée par un trait plus épais doivent contenir tous les chiffres de 1 à 9.Chaque chiffre apparaît donc une seule fois dans une ligne, dans une colonne et dans une boîte 3x3.Solutions dans le prochain numéro Maintenant Os Organe foliacé Brumes Plaça Toucher Dépopulation Réparais Bûche Ouellé Sélénium Opus Cacher Posséda Giclée Dans Lymphe Arbuste Dose de radiation Brome Crie Saule Répétée Note Maison Discute Contester Étoile Déesse égyptienne D P P P T S A R J E T N I E R E N E D L I E B R E M A S R E M U E L E S E E R T A A P I S L A A R I T P O T S A S E E R C E O V I R P O E T U N E S R O I S T E 8 5 9 2 7 3 1 4 6 7 1 3 6 9 4 8 2 5 6 2 4 5 1 8 9 7 3 9 3 6 8 4 5 7 1 2 5 7 8 9 2 1 6 3 4 1 4 2 3 6 7 5 9 8 3 9 1 4 8 6 2 5 7 4 6 7 1 5 2 3 8 9 2 8 5 7 3 9 4 6 1 - 1er septembre 2021 Merci pour tout ! Milton Fernandes Préjudices Sensibles Chant Précieux Action d\u2019encaustiquer Projections simultanées Cruauté Primate Continuèrent Couvrir une chienne Fabuliste grec Plante Garderie Type Étreindre Enzyme Crochet Tibia Pronom Presque Vision Félin Repousse Fleur Écossais Trou Face Réprimés horizontalement 1.Qui change un texte.2.Africain.- Titre anglais.3.Interjection enfantine.- Prêtresse bovine.- Algue.4.Saison.- Larvé.5.Séismales.- Rivière suisse.6.Animal considéré comme ancêtre mythique.- Tentât.7.Radon.- Langue népalaise.8.Vibrations.- Mêlées d\u2019un halogène.9.Petit.- Métaux.10.Saint.- Blessés.verticalement 1.Soupe.2.Acclama.3.Ut.- Orient.- Déclamés.4.Trois.- Conduisent.5.Effleurâmes.6.Deux.- Aluminium.- Article espagnol.7.Séculaire.8.Charges d\u2019un âne.- Chandelles.9.Manganèse.- Bouture de champignon.10.Renard.- Possédés.11.Ignoble.- Interjection.- Éminence.12.Épuisasse.Pouvez-vous trouver les sept différences dans cette photo de notre photographe bénévole Mario Alberto Reyes Zamora ?Bonne chance ! détente DONS + CARTES-REPAS TOTAL DE MA CONTRIBUTION : $1 MODE DE PAIEMENT Chèque au nom du Groupe communautaire L\u2019Itinéraire Visa MasterCard Code de vérification de la carte (CVC) : l___l___l___l No de la carte : l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l Expiration / (Mois) (Année) Signature du titulaire de la carte Postez votre coupon-réponse au Groupe communautaire L\u2019Itinéraire 2103, rue Sainte-Catherine Est, 3e étage, Montréal (Québec) H2K 2H9 No de charité de l\u2019organisme : 13648 4219 RR0001 JE VEUX M\u2019ABONNER AU MAGAZINE : Je m\u2019abonne pour une période de : 12 mois, 24 numéros (125 $ avec taxes) 6 mois, 12 numéros (65 $ avec taxes) Nom ou No de camelot (s\u2019il y a lieu) : JE FAIS UN DON DE : 40 $ 50 $ 75 $ 100 $ ou $1 JE VEUX ACHETER DES CARTES-REPAS : J\u2019offre cartes-repas à 6 $ chacune = $1 Vous voulez les distribuer vous-même ?Cochez ici : 1 Pour respecter l\u2019écologie et réduire ses frais postaux, L\u2019Itinéraire envoie le reçu d\u2019impôt une seule fois par année, au début de janvier suivant le don.Vous pouvez faire un don directement en ligne sur notre site itineraire.ca IDENTIFICATION Mme M.Nom : Prénom : Adresse : Ville : Code postal : _ _l_ _l_ _ - _ _l_ _l_ _ Courriel : Téléphone : ( ) 514 597-0238, poste 228 \u2022 luc.desjardins@itineraire.ca Pour rejoindre notre service aux donateurs : 2 1 - S L - 8 8 Vivez l\u2019expérience À découvrir?! Du 8 septembre au 4 octobre 8 h à 23 h Parc des Vétérans pumptrack Une boucle de 49 mètres composée de bosses et de virages relevés accessibles à toutes et à tous en BMX, planche à roulettes, trottinette, etc.En savoir + bit.ly/pumptrackVM Pour votre sécurité Le port du casque est OBLIGATOIRE et le port d\u2019équipements de protection est RECOMMANDÉ (genoux, poignets, mains et coudes).Rendez-vous festif Samedi 18 septembre* 11 h à 16 h Au programme ?Démonstrations de BMX, trottinettes professionnelles et ateliers d\u2019initiation (13 h à 15 h) ?Animations ?Go-kart à pédales ?Musique ?Et.beaucoup de plaisir?! * Événement reporté au lendemain en cas de pluie.P U B L I C I T É VERSER UN VERRE, MAIS JUSQU\u2019OÙ ?TESTEZ-VOUS SUR LE VERRE STANDARD SUR NOTRE SITE "]
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