L'union médicale du Canada, 1 août 1915, Août
[" L\u2019UNION MEDICALE DU CANADA Revue mensuelle de médecine et de chirurgie, fondée en 1872.PARAISSANT LE PREMIER DE CHAQUE MOIS \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014e{{{} {>< [meme PUBLIÉE PAR MM.R.BOULET, M.A.LeSAGE, MM.L.de L.HARWOOD, J.E.DUBE, A.MARIEN.Tout ce qui concerne la rédaction doit être adressé à M.le Dr A.LeSAGE, 46, Avenue Laval, Montréal.Rédacteur en chef Vol, XLIV ler AOUT 1915 No 8 BIOGRAPHIE PASTEUR sa vie, son ceuvre 1822-1893 Si nous voulons comprendre l'esprit d\u2019une grande nation dont le courage et l\u2019adresse étonnent le monde, analysons la vie et les oeuvres des grandes âmes qui l\u2019ont animée de leur souffle et qui l\u2019ont honorée de leurs découvertes.Pasteur l\u2019a dit quelque part: \u201cDe la vie des hommes qui ont marqué leur passage d\u2019un trait de lumière durable, recueillons pieusement, pour l\u2019enseignement de la postérité, jusqu\u2019aux moindres paroles, jusqu\u2019aux moindres actes propres à faire connaître les aiguillons de leur grande âme.\u201d A la \u201cKultur\u201d allemande, qui approuve sans restriction \u2014 par la bouche de ses savants \u2014 les actes de vandalisme accomplis par ses armées, opposons le génie bienfaisant de la culture française dans l\u2019oeuvre d\u2019un de ses plus grands enfants: Louis Pasteur.\u201cLa science, a-t-il écrit, doit être la plus haute personnification de la matrie, parce que.de tous les peuples, celui-là sera toujours le premier qui marchera le premier par les travaux de la pensée et de l'intelligence.\u201d I Louis Pasteur est né à Dôle, France, le 27 décembre 1822, fils de Jean-Joseph Pasteur et de Jeanne-Etienne Roqui.Aucune légende n\u2019enveloppe son herceau, aucun prodige ne le désigne à l\u2019attention de ceux qui l\u2019entourent durant son enfance.Son père, ancien soldat de l\u2019Empire, décoré de la Légion d\u2019hon- 260 LE SAGE neur pour acte d'héroiïsme sur les champs de bataille, exerçait le métier de tanneur à Arbois, où il avait installé son commerce sur les bords d\u2019une petite rivière.Patriote ardent, il conservait précieusement, comme des reliques, les souvenirs de ses campagnes à travers l\u2019Europe qu\u2019il avait parcourue en conquérant sous les drapeaux du Grand Capitaine, Napoléon ler.Un jour, il en racontera les péripéties à son fils, encore jeune, inoculant ainsi cette âme d\u2019enfant de ce pur patriotisme, noble et désintéressé qui, plus tard, inspirera ses actes dans les moments les plus décisifs et les plus beaux de sa vie.Aussi, lorsqu\u2019il quittera le foyer paternel, ce fils emportera dans son coeur un héritage qu\u2019il saura faire fructifier, c\u2019est-à-dire, le triple sentiment de l\u2019honneur, de la discipline et du devoir.Sa mère était une femme active, enthousiaste, préoccupée constamment des détails de cette vie morale nécessaire pour assurer l\u2019avenir et instruction de ses filles comme de son fils en qui elle mettait toutes les espérances.La sollicitude de cette mère, les conseils virils de ce père, grave, un peu triste, mais respecté, tel est le milieu où se passa l\u2019enfance de Pasteur.On parle souvent de l\u2019influence des milieux sur l\u2019orientation future de l\u2019esprit.J\u2019y crois: cest l\u2019imprégnation première, celle qui donne le cachet.Pasteur, comme plusieurs autres grands esprits, en a subi l\u2019heureuse impression.Notre élève avancait de classe en classe, témoignant d\u2019un bon vouloir robuste, d\u2019une volonté, d\u2019une tenacité indéfectibles.Il se plaisait également à l\u2019étude des lettres et à celle des sciences.Bientôt, ses professeurs, ayant pour lui des ambitions plus hautes, conseillèrent aux parents de le conduire à Paris s\u2019y préparer à la Grande Ecole Normale.Il y avait là, disaient-ils, une pension dirigée par M.Barbet, originaire du même pays, qui se plaisait à recevoir, avec un traitement de faveur, les enfants de ses compatriotes.On suivit ce conseil, et, au mois d\u2019octobre, \u201cpar un de ces temps froids enveloppés de brume qui donne à toutes choses un air d\u2019adieu,\u201d l\u2019enfant s\u2019en alla.Ce départ fut triste.\u201cArraché, dit un de ses biographes, au foyer où s\u2019était concentré sa vie, voyant s\u2019effacer dans le lointain tout ce qui, dans ce pays d\u2019Arbois, avait retenu ses premiers regards, attiré ses premiers pas, Louis Pasteur se sentit pris d\u2019un chagrin lourd d'émotions, presque d\u2019angoisses.\u201d \u2014Cette scène évoque des souvenirs.Qui ne se rappelle, en effet, dans le passé, avoir éprouvé les mêmes sentiments, alors qu\u2019enfant, PASTEUR 261 il quittait le foyer paternel pour aller habiter les pensionnats des grandes villes.Les joies intimes de la famille, la bonté affectueuse d\u2019une mère, la sollicitude et la générosité d\u2019un père, les longues courses dans les bois et sur les grèves, les petits compagnons de jeu : tous ces plaisirs, qui sont notre part de bonheur à cet âge, nous échappent en un instant.Nous avons le coeur serré, des larmes mouillent nos yeux, les mots ne passent plus, enfin nous partons, car nos parents ont pris, en notre nom, des engagements formels avec l\u2019avenir.On obéit de part et d\u2019autre.Et c\u2019est la tristesse dans l\u2019âÂme que nous voyons s\u2019estomper puis disparaître, les unes après les autres, les dernières scènes du pays où nous avions grandi et que nous aimions.Dès ce moment, nous com- mencons notre vie car nous prenons contact avec la douleur, qui essaiera bientôt de galvaniser nos petites âmes.Notre sensiblerie native s\u2019efface peu à peu sous les coups redoublés des lendemains imprévus et décevants; nous nous armons contre l\u2019incertain; nous sentons monter en nous de nouvelles aspirations au fur et à mesure que nous avançons vers de nouvelles destinées.Des ambitions étranges aiguisent et stimulent notre courage, notre esprit est sollicité de tous côtés, peu à peu il est subjugué; dès lors, nous nous acheminons rapidement, et comme par anticipation, vers cet avenir qui nous effraie et qui nous attire irrésistiblement : \u201cVision fugitive et toujours poursuivie.\u201d Fes.Mais le dépaysement de Louis Pasteur fut trop brusque.Il fut progressivement gagné, envahi, submergé par un mal qui emporte les plus courageuses résistances: le mal du pays.\u2014Si je respirais seulement l\u2019odeur de la tannerie, disait-il, Je sens que je serais guéri.Bref, son père le ramena à Arbois.Mais son esprit inquiet se troubla bientôt en pensant que sa volonté avait capitulé; et une sorte de lutte intérieure s\u2019engagea entre l\u2019être de sentiment et l\u2019être d\u2019action qui existaient en lui.Il se reprocha de n\u2019avoir pu surmonter la tristesse de son arrivée et de son séjour à Paris, d\u2019avoir failli aux espérances de ses maîtres, Il se promit de prendre sa revanche contre lui-même, et il tint sa promesse.Car, on dit que tout Franc-Comtois met la volonté au premier rang des qualités.Et c\u2019est juste.Si vous étudiez les vies qui ont été utiles, depuis la plus modeste jusqu\u2019à la 262 LE SAGE plus glorieuse, vous trouverez toujours qu\u2019elles sont le résultat d\u2019un long et rude effort.(Valery-Radot).Bachelier és-lettres a 18 ans, il entrait comme maître surveillant au Collège royal de Besançon à 24 francs par mois ($4.80) avec le privilège de se lever a quatre heures du matin.Tl en usa pour préparer son bachot ès-sciences qu\u2019il passa en 1842 avec la note médiocre en chimie.Mais attendons: la chimie aime les réactions.elle allait en opérer une avec cet élève médiocre.Classé 14ème sur 22 candidats (léclarés admissibles à Ecole Normale, il eut des serupules et donna sa démission afin de faire une nouvelle année préparatoire.Voici un symptôme \u2014 le scrupule scientifique \u2014 que nous allons observer durant tout le cours de sa carrière.Admis quatrième en 1843, il s\u2019empressa, dans un mouvement de gratitude, d\u2019aller chez M.Barbet, le brave maitre de la pension.et de lui offrir d\u2019étre, tous les jeudis, le répétiteur bénévole de quelques élèves qu\u2019il voudrait bien lui désigner: élèves laborieux ou ménagers de leurs efforts.Il était sûr, disait-il, de leur communiquer son feu sacré.Autre symptôme: la reconnaissance du coeur.Comme il avait écrit le fait à son père, il en reçut la lettre suivante : \u201cJe suis content, lui répondit-il, de te voir donner des leçons chez M.Barbet.Il a si bien agi avec nous que je tenais beaucoup à te voir à même de lui prouver ta reconnaissance.Sois done toujours très complaisant pour lui.Non seulement tu le dois pour toi, mais tu le dois aussi pour d\u2019autres.Cela l\u2019engagera à se conduire ainsi qu\u2019il l\u2019a fait pour toi, envers quelques jeunes gens studieux qui, peut-être, sans lui, auraient leur avenir compromis.\u201d \u2014 Quels magnifiques sentiments, de part et d\u2019autre.DISSYMETRIE MOLECULAIRE C\u2019est à partir de son entrée à l\u2019Ecole Normale qu\u2019il oriente peu à peu sa vie.Un jour, en fouillant dans la bibliothèque, son esprit fut attiré par une note, datée du 14 octobre 1844, publiée par un savant allemand, Mitscherlich, dans les comptes rendus de l\u2019Académie des Sciences.Il s\u2019agissait de deux sels de soude apparemment identiques par PASTEUR 283 leurs formes cristallines et leurs combinaisons chimiques: le tartrate et le paraltartrate de soude et d\u2019ammoniaque.Mais on y signalait l\u2019anomalie scientifique suivante: le tartrate dissous, tourne le plan de la lumière polarisée et le paratartrate est indifférent.Pasteur, plein de foi scientifique, à cet âge où fleurit l'esprit d\u2019invention, s\u2019attacha à la solution de ce probléme classé \u201cinsoluble\u201d et posé, comme un défi, par le savant allemand.Il était convaincu, disait-il, que les sciences, loin de former, chacune à part, un centre d\u2019études isolées, doivent se prêter un mutuel appui.Il résolut, pour élucider cette question, de faire concourir ses recherches chimiques, cristallographiques et optiques.Un point sur lequel j\u2019attire dès maintenant l\u2019attention, c\u2019est sa méthode personnelle de procéder.Lorsqu'il se prépare à étudier une question, il pose le problème, l\u2019examine sous tous ses aspects, fait les déductions et tire les conclusions probables.Avant de commencer ses opérations il en entrevoit déjà les résultats.Pasteur a le tempérament d\u2019un grand capitaine d\u2019armée: l\u2019atavisme.À force d\u2019examiner les cristaux d\u2019acide tartrique et de para- tartrate, il constata que certaines petites facettes qui existaient sur la moitié des arêtes ou des angles semblables \u2014 hémiedrie \u2014 avaient échappé à tout le monde.Et si l\u2019on placait un de ces cristaux devant une glace, l\u2019image qui apparaissait était une image non superposable : l\u2019image de la mai ndroite placée devant une glace, reproduisant une main gauche.Cristaux d\u2019acide tartrique droit et gauche.Il fit le raisonnement suivant: \u2014Cette dissymétrie de la forme correspond probablement à une dissymétrie moléculaire.Si le tartrate a des facettes, et si le paratartrate en est dépourvu, la déviation du plan de polarisation produite par le premier et la neutralité optique du second s\u2019expliqueraient par une loi de structure.Tout serait trouvé.Déception. 264 LE SAGE En examinant la forme des cristaux du paratartrate, tous portaient les facettes de la dissymétrie.Mais Pasteur était tenace.En poursuivant l'étude de ces derniers, il s\u2019apereut \u2014 ô étrange surprise ! \u2014 que le paratartrate présentait deux sortes de cristaux: les uns dissymétriques à droite, les autres dissymétriques à gauche.Il eut la patience de trier avec ses mains, d\u2019une part, les cristaux hémièdres à droite et, de l\u2019autre, les cristaux hémièdres à gauche.Puis, il fit la raisonnement suivant: 1° En observant ces deux hémièdries différentes, j\u2019obtiendrai deux déviations inverses: l\u2019une à gauche, l\u2019autre à droite.2° En réunissant un poids égal de chacune des deux sortes de cristaux, leur solution mixte sera inactive sur la lumière polarisée, puisque les deux déviations se neutraliseront réciproquement.Tout se passa comme il l\u2019avait pressenti.TH avait résolu le problème de Mitscherlich.Pasteur en éprouva une joie si vive qu\u2019il embrassa spontanément le préparateur de physique.Il invita un illustre savant de ce temps-là, Biot, célèbre par ses études sur le pouvoir rotatoire moléculaire des corps, mais qui n\u2019avait pas soupçonné cette dissymétrie, à venir vérifier ces faits nouveaux au Collège de France.Après la séance, Biot prit Pasteur par le bras et lui dit: \u201cMon cher enfant, j'ai tant aimé les sciences dans ma vie que cela me fait battre le coeur.\u201d T1 devint son parrain scientifique.Nommé bientôt professeur suppléant à la Faculté de Strasbourg, il y rencontra celle qui devait devenir plus tard son épouse, la compagne associée de sa vie scientifique, sa collaboratrice de tous les instants, Mlle Laurent, fille du recteur de l\u2019Académie.Fn bon Pasteur, il paissait les âmes.Tei, plus de dissymétrie: ces deux esprits étaient superposables.En effet, Madame Pasteur a subordonné sa vie aux exigences du laboratoire.Pasteur était toujours préoccupé de son problème.Vous connaissez cette petite moisissure verte qui se dépose sur des citrons abandonnés dans les appartements humides et chauds ?C\u2019est le penicillium glaucum: plante faite de filaments et de boules.Pasteur eut l\u2019idée de déposer cette petite moisissure sur le fameux acide paratartrique.Au bout de pen de temps, il constata que l\u2019acide tartrique gauche avait disparu.Pourquoi le gauche plutôt que le droit, sinon que celui-ci avait pu disparaître.transformé en matières nutritives pour la moisissure ? PASTEUR 265 Pourquoi cette plante s\u2019attaquait-elle au droit, plutôt qu\u2019au gauche ?Pasteur fit fermenter le paratartrate d\u2019ammoniaque, et il constata qu\u2019il se produisait la même chose que pour le penicillium.Dans le cours de la fermentation, il vit le liquide, primitivement limpide, se troubler: il constata l\u2019apparition d'un petit être organisé.De cette expérience, si simple en apparence, devait partir toutes les études de Pasteur sur les fermentations.I] fut nommé professeur et doyen de la Faculté de Lille en 1854.Il avait 32 ans.Ce nouveau poste, dans un pays où la fermentation de l\u2019alcool provenant de la betterave et des grains tient une si grande place, stimula son activité.Les ferments étaient alors considérés comme des substances chimiques mortes en voie d\u2019altération.En 1857, Pasteur publia un premier mémoire sur la fermentation lactique, dans lequel il constatait la \u201cnature animée du ferment\u201d.La fermentation était un phénomène corrélatif de la vie.A chaque fermentation correspond un ferment particulier.Ces notions renversaient l\u2019enseignement officiel.\u201cCette formule, dit Dnclanx, impliquait une immense résolution scientifique.\u201d C\u2019était la naissance de la bactériologie.En 1857, il fut nommé à Paris, administrateur de l\u2019Ecole Normale, chargé de diriger les études scientifianes.Il ent une grande déception.Pas de laboratoire .Aucun crédit à cette fin.TI] eut la faveur d'aménager, à ses frais.un laboratoire dans deux pièces abandonnées d\u2019un des greniers de \"Ecole Normale.Claude Bernard avait déjà tracé la voie en faisant ses mer- merveilleuses expériences de physiologie dans une cave humide, Pasteur pouvait sans honte en ocenper les greniers pour des fins équivalentes.Le génie s\u2019accommode de tout ; la misère est inventive.* * * T] poursuit ses recherches.\u2014D'où viennent ces ferments.ces levures, ces être microscopiques ?Biot, son parrain, Dumas, le fondateur véritahle de la science de la chimie, son maître, Verdet, un physicien célèbre, son ancien compagnon à l\u2019Ecole Normale, lui conseillèrent de s\u2019abstenir. 266 LE SAGE \u2014 Vous n\u2019en sortirez pas, lui disait-on.Pasteur allait s\u2019attaquer au grand prohlème de la génération spontanée.Il engageait, contre toute la pléiade des savants et des matérialistes de ce temps-là, une lutte mémorable d\u2019où il devait sortir vainqueur.LA GENERATION SPONTANEE.Cette question, nous le savons, est une des plus anciennes.Aristote, dans son \u201cHis!oire des animaux\u201d dit nettement \u201cqu\u2019il y a des animaux qui naissent d\u2019eux-mêmes sans être produits par des animaux semblables.Ceux-ci viennent, ou de la terre putréfiée ou des plantes, comme la plupart des insectes.\u201d Plutarque affirme que le sol égyptien donne naissance à des rats.Virgile admet que les abeilles se produisent aux dépens du cadavre du boeuf.(Georgiques IV.) Harvey, qui décrivit la circulation, apres Michel Servet, avait formulé le célèbre axiome omne vwum ex ovo; mais il écrivait plus loin que \u2018les animaux et les végétaux naissent tous, soit spontanément, soit d\u2019autres être organiques\u201d.Lamarck dit: \u201cLa nature à l\u2019aide de la chaleur, de la lumière, de l\u2019électricité, de l\u2019humidité, forme des générations spontanées à l'extrémité de chaque région des corps vivants où se trouvent les plus simples de ces corps.\u201d Toutes ces opinions ne reposaient sur aucune expérience de nature probante.Un des arguments chers à ces hétérogénistes était le fait que de l\u2019eau pure où l\u2019on met infuser du foin se peuple rapidement d\u2019une quantité d\u2019infusoires ; et les partisans de la génération spontanée de se réjouir.Mais cette expérience n\u2019a de valeur que si l\u2019on est assuré de n\u2019avoir point mis d\u2019êtres vivants dans l\u2019infusion et si l\u2019on est assuré d\u2019interdire à ceux-ci tout accès tant que dure l\u2019expérience.Ce fut l\u2019objet des études d\u2019un savant illustre, l\u2019un des naturalistes les plus ingénieux et les plus curieux: Spallanzani.Nous sommes en 1777.Ce savant comprit qu\u2019il fallait une antisepsie complète.(1) TI fit bouillir d\u2019abord ses infusions dans le but de tuer par la chaleur les germes préexistants possibles, et en (1) Le mot antiseptique a ét: écrit pour la première fois en 1787, dans un livre publié à Paris par P.T.Duplan. PASTEUR 267 conservant celles-ci dans des vases clos, à l\u2019abri de l'air.Malgré ces précautions, il n\u2019arriva pas à démontrer, de facon absolue, que les \u201canimalcules\u201d \u2014 comme on les nommait \u2014 ne peuvent se développer que dans les cas où les précautions antiseptiques n\u2019ont pas été prises.Ebullition imparfaite: technique défectueuse; voilà les deux raisons de cet insuccès.Bref, l\u2019hétérogénie était encore florissante à l\u2019époque où Pasteur s\u2019engagea dans cette voie pour résoudre ce problème.La lutte dura de 1858 à 1863.Ceux qui y prirent part furent: Dumas, Claude Bernard, Milne-Edwards, de Quatrefages et enfin Pasteur et Pouchet.Pouchet, professeur de chimie, entama une campagne résolue en faveur de l\u2019hétérogénie.Je résume les faits: Voici mon expérience, dit Pouchet : Je prends un flacon de verre rempli d\u2019eau, hermétiquement bouché et renversé sur la cuve à mercure.Je fais passer dans ce flacon un mélange d\u2019oxygène et d\u2019azote (20 et 80% en chiffres ronds) qui constitue de l\u2019air, et enfin dans ce qui reste d\u2019eau, j'introduis du foin que, pour les besoins de la destruction des prétendus germes, j'ai chauffé à 100° pendant 20 minutes dans une étuve.Eh bien, dans ces conditions, j'obtiens des infusoires variés.Comment expliquer cela ?\u201cPour moi, disait-il, il y a génération spontanée.\u201d \u2014Ce fut Pasteur qui \u201cexpliqua cela\u201d, et sa réponse est une des plus belles pages de la science.La voici en quelques mots.À supposer, dit-il, que votre air artificiel soit pur, votre eau ne l\u2019est pas et peut renfermer des poussières; en outre, votre foin fut-il parfaitement privé de germes, il s\u2019en dépose sur lui pendant que vous le transportez de l\u2019étuve au flacon ; et enfin, qui a garanti la pureté de votre mercure ?En un mot les causes d\u2019erreur abondent.Il prouva, patiemment et longuement, chaque affirmation.La démonstration fut complète, et elle a servi de base à la technique de la bactériologie actuelle, comme à la technique de l\u2019antisepsie chirurgicale.T1 démontra la présence de germes organisés dans le mercure: il prouva que Pair non chauffé à 100°, on les poussières de cet air, sont aptes à donner naissance à une vie abondante; il montra que l'expérience de Pouchet, faite de facon à détruire véritablement tous 268 LE SAGE les germes et à empêcher absolument l\u2019arrivée de germes nouveaux, donnait un résultat exactement opposé; enfin, que l\u2019expérience de Pouchet, faite dans les conditions requises, tournait invariablement a la confusion des hétérogénistes.Pasteur sortit triomphant de la lutte.\u2014Aujourd\u2019hui, la question est jugée, c\u2019est-à-dire que la démonstration de la génération spontanée n\u2019a point été fournie, et que les seuls faits qu\u2019aient invoqués les hétérogénistes modernes doivent manifestement s'expliquer autrement qu\u2019ils ne le croient.Il y a encore, à l\u2019Institut Pasteur, des petits ballons préparés par Pasteur lui-même, en 1860, et remplis de liquides fermentescibles, inaltérés aujourd\u2019hui encore.Il suffirait de briser la pointe de ces tubes pour que les poussières atmosphériques troublent en quelques heures ce liquide resté pur depuis 55 ans.À ses adversaires qui l\u2019accusaient d\u2019avoir été poussé vers ces recherches par une idée préconçue, Pasteur répondait avec dédain : qu\u2019il proclamerait également l\u2019existence de la génération spontanée, si elle était démontrée par ses études expérimentales \u2014 car il avait en horreur l\u2019esprit de système en matières de science \u2014 \u201cc\u2019est avec la même fierté, disait-il, que je vous dis, en mettant mes adversaires au défi de me contredire : dans l'état actuel de la science, la doctrine des générations spontanées est une chimère.\u201cEt j'ajoute, avec la même indépendance : \u201cTant pis pour ceux dont les idées philosophiques ou politiques sont gênées par mes études.\u201d Les conclusions de Pasteur sont les suivantes : Tout être vivant, quelque simple qu\u2019il soit, provient d\u2019un être vivant qui a existé avant lui.* % % Tne digression, en passant, sur ce sujet, me paraît intéressante.Vous avez peut-être entendu parler des expériences du professeur Stephane Leduc, qui avait réussi, disait-on, à fabriquer des plantes artificielles vivantes entièrement créées à l\u2019aide de substances chimiques.On avait crié au miracle.On a reconnu, depuis, que ces expériences n\u2019étaient que la formation de précipités chimiques bien connus.Un autre fait mérite aussi de retenir notre attention.Fn 1907, M.Delage, professeur à la Sorbonne, aurait réussi à obtenir le développement d\u2019éléments simples provenant d\u2019oeufs d\u2019our- PASTEUR 269 sins soustraits à l\u2019action de la sexualité.Il s'agissait ici de cas de parthénogénèse non signalés jusqu\u2019à présent chez les animaux de cette sorte.M.Bonnier, membre de l\u2019Institut, a fait une mise au point heureuse de cette question.Çà n\u2019est pas de la génération spontanée.Car ce germe provient d\u2019un être vivant: l\u2019oursin qui l\u2019a produit.Pour bien comprendre cette question, 1l faut savoir que les animaux et les végéaux peuvent se multiplier de deux façons.Ou bien les êtres vivants donnent naissance à des éléments simples qui se détachent de l\u2019être et reproduisent un être semblable pourvu qu\u2019ils se développent dans des conditions convenables.Ou bien les êtres vivants donnent naissance à des éléments doubles dont la réunion produit le germe appelé oeuf qui, en se développant, reproduit un être semblable aux parents.Or, il arrive parfois que ces éléments doubles ne se combinent pas, et que l\u2019un se développe seul, sans l\u2019action de l\u2019autre.C\u2019est ce phénomène qui est connu sous le nom de \u2018\u201cparthénogénèse\u201d.Les oursins sont des animaux qui se reproduisent par éléments doubles et l\u2019on croyait que la combinaison de ces deux éléments était absolument nécessaire au développement du nouvel oursin.Or, M.Delage a pu obtenir le développement de quatre de ces éléments simples en oursins microscopiques d\u2019environ un millimètre.Il a pu aussi déterminer les conditions du milieu chimique nécessaires à la production de ce phénomène.Ce sont là des cas de parthénogénèse non signalés jusqu\u2019à présent chez les animaux de cette sorte, dit M.Bonnier.Nos conclusions de tout-à-lheure subsistent entières.LE VINAIGRE \u2014 LES VINS Pasteur reprit bientôt ses études sur le vinaigre et sur le vin.11 démontrait que la fabrication du vinaigre dépend d\u2019une petite plante ouvrière, le micoderma aceti.Dans les maladies du vin \u2014 si ruineuses pour ce pays \u2014 il démontra que les altérations des vins dépendent de la multiplicité des végétations microscopiques, et qu\u2019il suffit de chauffer le vin à 50 ou 60 degrés pour les empêcher de pousser.\u2014\u201cJ\u2019ai reconnu, écrivait-il, que le vin n\u2019est jamais altéré par cette opération préalable.\u201d Les dégustateurs les plus fins avaient peine à distinguer les 270 LE SAGE différences entre les vins chauffés et les vins non chauffés.Ce fut un grand bienfait pour les régions vinicoles.Que de millions aux popriétaires des vignobles et à la France ! C\u2019est à propos de ces résultats heureux que fut créé le mot pasteurisation.MALADIE DES VERS A SOIE Pasteur interrompit brusquement ces travaux pour aller dans le midi de la France, étudier sur place une maladie des vers à soie qui y sévissait depuis plusieurs années.Nous sommes en 1865.A Dumas, son maître qui le pressait d\u2019accepter, il répondait en invoquant son incompétence.\u2014\u201c\u201cJe n\u2019ai jamais vu ni touché un ver à soie.\u201d \u2014\u201cTant mieux, répondit Dumas, vous n\u2019aurez d\u2019autres idées que celles qui vous viendront de vos propres observations.\u201d C\u2019était une question nationale, il céda par amour pour son pays.T1 s\u2019installa 4 Allais, au centre du pays éprouva, en compagnie de ses assistants au nombre desquels était Duclaux.Immédiatement, grice au microscope, il trouva ce qui lui parut être la cause du mal: la présence des parasites corpusculeux.T] mit cinq ans à vérifier ce qu\u2019il avait trouvé si vite.A côté de la pébrine, nom donné à cette maladie, il étudia une seconde maladie: la f'âcherie, souillure d\u2019un aliment corpusculeux.Il imagina un procédé pour diviser la graine pure de l\u2019autre.Voici en quoi il consiste: \u2014\u201cAu moment, dit-il, où la femelle du papillon a déposé ses quelques centaines d\u2019oeufs sur un petit carré de linge déposé à cet effet, on l\u2019épingle dans un coin de ce petit linge.Puis, on broie à loisir ce cadavre de papillon dans un petit mortier, on le délaie avec un peu d\u2019eau et on examine le tout au microscope.il est facile de distinguer le moindre corpuscule suspect.On prend alors le morceau de toile où sont les oeufs de cette femelle atteinte du mal et on brûle cette graine d\u2019une génération qui, non-seulement eut été condamnée, mais qui eut encore, à son éclosion, condamné les chambrées voisines de vers à soie.\u201cCette pébrine est contagieuse par les poussières atmosphériques chargées de corpuscules, puis par inoculation de la peau, si les crochets des pattes des vers malades blessaient un ver sain.\u201d PASTEUR 271 Les germes de la flâcherie, prêts à germer, d\u2019une année à l\u2019autre dans une chambrée de vers à soie, éveillaient, en outre, l\u2019idée de la résistance de certains germes pour certaines maladies humaines.It les infiniment petits lui apparaissaient comme les désorganisateurs redoutables des tissus vivants.D\u2019immenses perspectives s\u2019ouvraient devant lui.Faisant un parallèle entre les maladies des ferments, différents pour chaque fermentation, et les maladies infectieuses, \u2018il se demandait si un germe spécifique n\u2019était pas en cause pour chacune d\u2019elles.Paroles prophétiques.Le génie monte sans cesse.Frappé d\u2019hémiplégie, à ce moment, il conserva intacte la lucidité de son intelligence.On a écrit dernièrement qu\u2019il avait pris les germes de cette maladie en étudiant la pébrine.La chose est possible.Je ne saurais l\u2019affirmer.Remis de cette attaque, il fit des applications tout-à-fait concluantes de sa méthode de grainage, appelée depuis la méthode de grainage Pasteur, et qui a valu des fortunes colossales à ceux qui l\u2019ont appliquée, tant en France qu\u2019en Italie.Nous sommes en 1870, l\u2019année terrible en France.Il s\u2019enferma dans sa maison d\u2019Arbois, pleurant sur les défaites de son pays.Son fils, volontaire à 18 ans, était engagé dans l\u2019armée.LES BIERES Poursuivant ses études sur les fermentations, après la signature de la paix, il étudia les bières dans le but d\u2019apporter des indications qui rendraient l\u2019industrie française moins inférieure à celle de l\u2019Allemagne.Ses études durèrent de 1871 à 1876.Comme pour la maladie des vins, il trouva que les maladies de la bière sont dues À l\u2019éclosion de parasites et il préconisa, comme préservatif, le procédé de fabrication à fermentation basse, qui offre à cet égard, dit-on, une grande supériorité sur le procédé à fermentation haute.Tl indigua aussi le chauffage du moût à 100°, qui rend celui-ci inaltérable, et le chauffage de la bière en bouteille à 55° ce.qui détruit les germes nuisibles, sans chasser une trop grande proportion de gaz carbonique dissous.Comme conclusion de toutes ces expériences, il fut amené à émettre, pour expliquer certaines variations du rôle des organismes, 272 LE SAGE une théorie physiologique de la fermentation qui fut vivement combattue par Claude Bernard, Berthelot et quelques autres.Toutes ces recherches le conduisaient peu à peu vers l'étude de l\u2019étiologie des maladies contagieuses qu\u2019il allait éclairer d'une lumière inattendue.T1 fut élu à l\u2019Académie de Médecine en 1873 par une voix de majorité seulement, car on pardonnait difficilement à ce chimiste ses incursions dans la médecine.Les mêmes adversaires qui avaient combattu Villemin lorsqu\u2019il proclama le dogme de la spécificité et de la contagiosité de la tuberculose pulmonaire, se dressèrent contre Pasteur et ses théories nouvelles.Les admirateurs étaient nombreux et fidèles.I un d\u2019eux, surtout, \u201cau visage pâle, au regard vif, à la parole brève, attentif, anxieux dès que parlait Pasteur, ne manquait aucune des séances souvent agitées Son désir secret était d\u2019être attaché au laboratoire de Pasteur.Ce jeune homme, c\u2019était M.Roux, le directeur actuel de l\u2019Institut Pasteur.T1 dut lutter pendant longtemps pour faire accepter ses idées par les médecins de ce temps-là.Les chirurgiens furent au nombre de ses premiers adeptes.Lister, le grand chirurgien anglais, écrivait a Pasteur, en 1874, les lignes suivantes : \u201cPermettez-moi, ajoutait-il, de vous adresser mes plus cordiaux remerciements pour m\u2019avoir, par vos brillantes recherches, démontré la vérité de la théorie des germes de putréfaction et m'avoir ainsi donné le seul principe qui put mener à bonne fin le système antiseptique.\u201d Un autre chirurgien, francais, Sédillot, qui avait été témoin de la mortalité effrayante des blessés pendant la guerre de 1870, disait en 1878 dans une communication à l\u2019Académie des Sciences: \u201cNous aurons assisté, concluait-il, à la conception et à la naissance d\u2019une chirurgie nouvelle, fille de la science et de l\u2019art, qui ne gera pas une des moindres merveilles de notre siècle et à laquelle les noms de Pasteur et de Lister resteront glorieusement attachés.\u201d C\u2019est dans cette communication que Sédillot, pour désigner sous un terme générique tout cet ensemble d\u2019organismes et d\u2019infiniment petits, vibrions, bactéries, bactéridies, proposa de les appeler mrcrobes.II Nous abordons maintenant la seconde et dernière phase de la vie de Pasteur, celle où il donna son maximum d'efforts.Il pénètre PASTEUR 273 sur le terrain des maladies dont il a pressenti la nature microbienne depuis plusieurs années.Si nous résumons les conquétes de Pasteur, à ce moment, une simple énumération va suffire : Les ferments sont des êtres vivants; Les germes microscopiques sont partout dans l\u2019atmosphère, les eaux, à la surface des objets; L'hypothèse de la génération spontanée est ruinée; Les vins, la bière, le vinaigre, le sang, les liquides fermentescibles n\u2019éprouvent aucune altération s\u2019ils sont au contact de l\u2019air pur.Pasteur va essayer de résoudre la deuxième et dernière équation du problème déjà posé.Les maladies transmissibles, contagieuses, comme on les nomme, sont-elles causées par des germes microscopiques ?Si la preuve en était faite, la théorie des germes deviendrait une doctrine, pensait-il.LA MALADIE CHARBONNEUSE.Pasteur aborda, en premier lieu, l\u2019étude de cette maladie, qui exerçait des ravages considérables dans certain canton de France, en Beauce.On remarquait, au sein d\u2019un troupeau de moutons, quelques - bêtes qui se tenaient à l\u2019écart, prises de frissons, la respiration haletante, la bouche et les naseaux rejetaient un liquide sanguinolent.La mort était rapide.Du cadavre s\u2019échappait un sang noirâtre, épais, visqueux.De là le nom de charbon.En 1850, un vétérinaire français, Davaine, avait cru remarquer dans le sang de ces animaux morts de charbon, de petits bâtonnets auxquels il n\u2019attacha aucune importance.Pasteur commenca par isoler cette bactéridie en déposant une goutte de sang charbonneux dans un ballon de verre rempli d'un liquide approprié que nous appelons bouillon de culture.La bactéridie s\u2019y reproduisit par milliers.Il ensemença ainsi, les uns après les autres, 50 et même 100 ballons.Les bactéridies étaient toujours aussi virulentes.Inoculées à un animal, elles le rendaient charbonneux.Pasteur avait donc isolé la cause du charbon, il tenait entre ses mains, pour ainsi dire, l\u2019agent de la maladie.L\u2019étiologie des maladies se présentait sous un nouveau jour. 274 LE SAGE La cause de la maladie était trouvée.Il fallait en chercher le remède.Cette idée hantait le cerveau de Pasteur.-\u2014\u201cT] faut immuniser contre les maladies infectieuses dont nous cultivons les virus, disait-il souvent à ses deux préparateurs, Roux et Chamberland.C\u2019est par un hasard qui n\u2019existe que pour les esprits de cet envergure qu\u2019il trouve ce secret merveilleux.Fn inoculant des poules avec une culture du choléra des poules qui datait de quelques semaines, il s\u2019aperçut qu\u2019elles étaient malades mais ne succombaient pas.Elles avaient de la fièvre pendant quelques semaines, puis se rétablissaient.En second lieu, après guérison, si on les réinoculait avec un virus virulent, cette fois, capable de les tuer normalement en 24 heures, elles n\u2019éprouvaient aucun malaise.D\u2019un virus atténué d'une maladie, il faisait un vaccin contre cette même maladie.Ce phénomène était dû à l\u2019action de l\u2019oxygène de l\u2019air sur les ¢ultures.Pasteur chercha aussitôt à appliquer au charbon le résultat de ces expériences mémorables.Mais aussitôt une objection se dressa : la bactéridie du charbon se reproduit au bout de quelque temps par spores et non par filaments.Or, l\u2018oxygène est sans action sur les spores; leur virulence reste intacte.Comment empêcher ces spores de prendre naissance ?Après des essais multiples, il imagina qu\u2019on pourrait peut-être, en chauffant ces cultures, empêcher l\u2019apparition de ces spores.Ce qu\u2019il fit avec succès: en chauffant à 42 ou 43 degrés c.on empêche la bactéridie de produire des spores.T?oxygène exercait alors son pouvoir d\u2019atténuation sur la virulence.La culture, non seulement, ne tue plus les moutons, mais elle les préserve de la maladie mortelle.Le vaccin du charbon était trouvé.Pasteur, en 1881, fit à l\u2019Académie des Sciences, sa célèbre communication sur le vaccin du charbon et toute la gamme des virulences.Ce fut une explosion d\u2019enthousiasme.Mais bientôt les incrédules se groupèrent, et un certain nombre de vétérinaires mirent en doute les avancés de Pasteur.Jusque là tous les remèdes contre le charbon avaient été impuissants.On raillait.Pasteur s\u2019offrit de les convaincre en faisant sous leurs yeux les expériences dont il avait annoncé les résultats favorables.La Société d\u2019Agriculture de Melun mit à la disposition de Pasteur 60 moutons; 25 moutons devaient subir deux inoculations vacci- PASTEUR 275 nales, à 12 ou 15 jours d\u2019intervalles, par le virus charbonneux, Au bout de quelques jours ces 25 moutons seraient inoculés par le charbon très virulent en même temps que les 25 témoins.Les dix autres seraient comme des spectateurs de ce drame de la science nouvelle.Pasteur avait, jusque là, expérimenté son vaccin sur 14 moutons seulement.\u2014\u201cCe qui a réussi sur 14, réussira sur 50,\u201d disait-il avec assurance à un de ses assistants.1° L\u2019inoculation vaccinale préventive se fit sans incident.2° Le 31 mai on inocula aux deux séries de moutons, les uns vaccinés, les autres pas, le charbon virulent.Le ler juin ses assistants Chamberland et Roux constatèrent une légère élévation de température chez quelques vaccinés.Pasteur fut pris de doute.\u2014\u201cSa foi chancela, écrit Roux, comme si sa méthode expérimentale pouvait le trahir.\u201d Le 2 juin, on constata que des 25 moutons non vaccinés, 18 avaient succombé, les autres étaient mourants.Les vaccinés étaient tous debout.Ce fut un délire.Plusieurs vétérinaires sceptiques qui, la veille, avaient bu à son fiasco, devinrent ses plus fervents adeptes.Le retentissement se répercuta dans le monde entier.Pasteur devenait le point de mire de l'Humanité entière.J'ajoute que, chemin faisant, il rencontra une maladie microbienne dûe à un parasite anaérobie, le vibrion septique qui, très répandu dans le canal intestinal des animaux, pénètre dans le sang et cause une maladie grave qu\u2019il désigna du nom de septicémie.Dans une note publiée en 1878, il donna aux chirurgiens, en vue de préserver les opérés de son atteinte, une série de conseils pratiques, dont les conséquences ont été incalculables.LA RAGE \u201cL'histoire de la rage, écrit un de ses biographes, est celle d\u2019une lutte poignante entre le génie de Pasteur et un microbe invisible qui se dérobait toujours sous l\u2019objectif du microscope.\u201d Pasteur résolut de le cultiver sans le connaître.Suivons bien son raisonnement.S'il est vrai, dit-il, que la rage se communique par la bave du 276 LE SAGE chien enragé, il faut le chercher ailleurs que là puisqu\u2019elle renferme d\u2019autres microbes.Or, la rage étant une maladie du système nerveux, c\u2019est là que le virus doit être isolé de tout autre microbe.Pour en faire la démonstration, il préleva une certaine quantité de substance cérébrale sur un chien enragé, qu'il inocula sous la peau d\u2019un chien indemne.Celui-ci prit la rage.En poursuivant ces expériences, il remarqua que la rage ne se déclarait pas toujours, et qu\u2019il y avait même des cas où il fallait attendre des semaines et même des mois avant d\u2019en voir apparaître les premiers symptômes.Après des essais nombreux et avec une logique surprenante, Pasteur se décida d\u2019inoculer le virus directement dans les centres nerveux en le déposant sous la dure-mère, c\u2019est-à-dire sur le cerveau même.Ce chien trépané prit la rage en \u201c14 jours\u201d.Ce premier succès \u2018fut vérifié plusieurs fois dans des expériences successives, et toujours avec le même résultat consolant.Je cerveau et la moëlle étaient donc un véritable milieu de culture pour le virus de la rage.Milieu bien différent des bouillons où il avait cultivé jusqu\u2019ici tous les autres microbes.Done, le microbe, bien qu\u2019invisible, existait dans le cerveau et dans la moëlle.Mais pour l\u2019employer comme curatif, comment en atténuer la virulence, comme dans les autres variétés ?Là était le point difficile.Pasteur, éclairé par son génie transcendant, se servit également de l\u2019action de l\u2019oxygène de l\u2019air.Voici comment il procéda.T] se servit du lapin, animal de choix pour les expériences de laboratoire.Comme le chien, il contracte la rage.Il prit les meëlles de ces lapins qu\u2019il exposa à l\u2019action de l\u2019air dans une atmosphère sans humidité: un bocal renfermant des cristaux de cuivre.Elles perdirent peu à peu leur virulence, si bien qu\u2019au bout de 14 jours le virus était entièrement affaibli.En triturant et en injectant sous la peau d\u2019une chienne une partie de cette moëlle âgée de 14 jours, puis, le lendemain, une autre âgée de 13 jours, et ainsi de suite jusqu\u2019à celle d\u2019un jour, Pasteur constata que le chien était devenu réfractaire à la rage.Le virus le plus violent ne lui causait aucun tort.Ce résultat était obtenu après cinq années d'efforts continus avec ses collaborateurs.La première inoculation\u2019 antirabique faite sur un être humain eut lieu dans le laboratoire de l\u2019Ecole Normale, rue d\u2019Ulm, le 6 PASTEUR 277 juillet 1885.Il s\u2019agissait d\u2019un petit garçon de neuf ans qui, en se rendant à l\u2019école dans un village d\u2019Alsace, avait été surpris, deux jours auparavant, par un chien enragé.\u2018Celui-ci l\u2019avait terrassé et mordu à la figure à 14 endroits différents.Secouru par un ouvrier du voisinage qui avait frappé l\u2019animal avec une barre de fer, il avait consulté un médecin qui avait fait quelques cautérisations à l\u2019acide phénique, puis avait conseillé de conduire l\u2019enfant à Paris, \u201cchez quelqu'un qui pouvait, mieux qu\u2019un médecin, donner un bon conseil\u201d.Pasteur, après avoir pris toutes ses précautions et consulté deux médecins éminents de ce temps-là en qui il avait pleine confiance, Vulpian et Grancher, sur l\u2019opportunité de l\u2019inoculation chez cet enfant \u2014 dont le nom appartient à T\u2019histoire: Joseph Meister \u2014 donna rendez-vous à ses hôtes dans l\u2019après-midi.On commença par inoculer la moëlle de la 14ème journée en remontant ainsi jusqu\u2019aux moëlles fraîches.\u201cAu cours des dernières inoculations, raconte son gendre, Pasteur passa par une série de sentiments dont il faut avoir été le témoin pour pouvoir se rendre compte de ce qu\u2019il éprouva à la fois d\u2019espérances infinies, de craintes poignantes.Vainement était-il assuré, par tant d\u2019expériences si décisives, que le virus de la rage serait vaincu, que l\u2019humanité serait délivrée d\u2019un effroi dont elle était obsédée depuis des siècles, sa sensibilité si vive, si frémissante, se concentrait sur cet enfant.C'est parce qu\u2019il y avait, dans Pasteur, cette association de génie et de bonté, qu\u2019il a eu les coeurs.\u201d ( Valéry- Radot.) On attendit en vain l\u2019explosion de la rage.Le petit Meister était sauvé.La seconde épreuve du vaccin fut faite sur un jeune berger du nom de Jupille.Pour sauver des enfants menacés d\u2019étre mordus par un chien enragé, il s\u2019était élancé sur l\u2019animal et l\u2019avait tenu jusqu\u2019à ce qu\u2019on lui porte secours, sauvant ainsi tous ces enfants de la rage et probablement de la mort.C'était un acte d\u2019héroisme, car il avait été mordu à plusieurs endroits.L\u2019opération réussit pleinement.Cet acte de courage a été coulé dans le bronze, et, lorsque nous allions à l\u2019Institut Pasteur, le premier homme qui vous saluait de son képi, souriant et fort, c\u2019était le berger Jupille, mordu jadis par ce chien enragé.I] est le vivant exemple d\u2019un être condamné, voué à la mort et que le vaccin a rendu à la vie.Le seul berger qui ait sa statue, dit-on. 278 LE SAGE Jes centaines de cas suivirent, c\u2019était un triomphe.Mais en 1835, il se passa un événement qui mérite de retenir notre attention.Au mois de novembre se présenta une petite fille âgée de dix ans mordue à la tête trente-sept jours auparavant par un chien de montagne.En apercevant ces blessures \u2014 à la tête \u2014 où elles sont plus graves parce qu\u2019elles sont plus rapprochées du système nerveux ; en entendant raconter les détails de l\u2019accident \u2014 trente-sept jours \u2014 il s\u2019écria avec effroi: \u201ctrop tard\u201d.Néanmoins, il essaya sa méthode.\u2014\u201cN\u2019aurais-je qu\u2019une chance sur 10,000 de sauver cette enfant, dit-il, je dois tout tenter.\u201d Malheureusement, elle fut bientôt prise d\u2019accidents graves: hoquets, hallucinations et mourut, au grand désespoir de Pasteur qui avait passé la nuit à son chevet.Cet insuccès apparent déchaîna les colères des ennemis d\u2019avant- garde.On insinua même que l\u2019inoculation avait causé la mort: Pasteur était un meurtrier, il ne guérissait pas la rage, il la donnait.Il eut des défenseurs intrépides.Bref, une commission de savants, après une enquête minutieuse, tant en France qu\u2019en Angleterre, déposa son rapport sur le bureau de l\u2019Académie de Médecine, en juillet 1886: \u201cOn peut donc considérer comme certain, disait-on, que Pasteur a découvert une méthode préventive de la rage, comparable a celle de la vaccination contre la variole.\u201d L\u2019orage était passé, le calme se fit et Pasteur continua de mener les bons combats vers les victoires inoubliables.Telle est cette vie de savant que tous connaissent, du moins dans les grandes lignes.INAUGURATION DE L'INSTITUT PASTEUR Tant de bienfaits méritalent un couronnement.En 1888, ou ouvrit une souscription publique pour fonder un Institut où seraient centralisées les études pasteuriennes.Tous, riches comme pauvres, contribuérent de leurs deniers.Tl y eut même des internationaux, v.g.le tsar, l'empereur du Brésil, à ce moment-là, et le sultan.Pasteur souscrivit au fond de dotation, ainsi que ses disciples, en abandonnant à l\u2019Institut Pasteur les produits de la vente, en France, des vaccins découverts dans le laboratoire ! \u2014Trouvez-moi un Allemand qui en a fait autant pour son pays ! PASTEUR 279 Cette maison-mére \u2014 la maison du Salut \u2014 a des succursales nombreuses.\u201cOn peut voir, sur les murs, a écrit Jules Claretie \u2014 mort depuis \u2014 les grandes cartes géographiques où sont marqués \u2014 tels des noms de victoires \u2014 les Instifuts fondés sur ce noble modèle en France et à l\u2019étranger.Autant de villes prises.Avant de mourir, Pasteur a pu voir ces cartes où, conquérant de vie, il a marqué de son nom ces annexions qui ne coûtent ni sang ni larmes, au contraire.Occupations de territoires qui amènent des sourires de joie aux lèvres des mères et des fils.\u201d C\u2019est cette pensée qu\u2019il développait le jour de l\u2019inauguration, il y a 25 ans, en présence de Carnot, alors président de la République française, représentant des pouvoirs civil et militaire : \u201cPar votre présence dans cette salle de travail, disait-il, on peut dire que deux lois contraires semblent, aujourd\u2019hui, en lutte; une loi de sang et de mort qui, en imaginant chaque jour de nouveaux moyens de combat, oblige les peuples à être toujours prêts pour le champ de bataille: et une loi de paix, de travail, de salut qui ne songe qu\u2019à délivrer l\u2019homme des fléaux qui l\u2019assiègent.L\u2019une ne cherche que les conquêtes violentes; l\u2019autre, que le soulagement de l\u2019humanité.Celle-ci met une vie au-dessus de toutes les victoires ; celle-là sacrifierait des centaines de mille existences à l\u2019ambition d\u2019un seul.\u201d Ce parallèle est d'une douloureuse actualité.Pasteur, nous le savons maintenant, fut un génie bienfaisant et humanitaire.Tous ses actes sont marqués au coin de la sincérité et de l\u2019intégrité la plus absolue.S\u2019adressant à ses collaborateurs, le jour de l\u2019inauguration de l\u2019Institut, il leur dit: \u201cN\u2019avancez rien qui ne puisse être prouvé d\u2019une façon simple et décisive.Ayez le culte de l\u2019esprit critique.Sans lui tout est caduc.«+++.Croire que l\u2019on a trouvé un fait scientifique important, avoir la fièvre de l\u2019annoncer et se contraindre à se combattre soi-même pendant des semaines, des années avant de proclamer sa découverte, c\u2019est une tâche ardue.\u2026.Mais quand, après tant d\u2019efforts, on est enfin arrivé à la certitude, on éprouve une des plus grandes joies que puisse ressentir l'âme humaine\u201d.SON PATRIOTISME.Pasteur fut aussi un patriote ardent.Patriote il le fut lorsque, après ses premières expériences concluantes sur le charbon, il s\u2019écriait : 280 LE SAGE \u201cJe ne me consolerais pas si une découverte comme celle que nous venons de faire, mes préparateurs et moi, n\u2019était pas une découverte française.\u201d Patriote il le fut lorsque, par ses travaux sur les maladies des vins et des vers à soie, il releva deux industries françaises qui périclitaient.Rappelez-vous les paroles qu\u2019il prononce en 1868, lorsque, frappé le paralysie à la suite de ses travaux sur la pébrine et la flicherie, il craint de mourir: \u2014\u201cJe regrette de mourir, s\u2019écrie-t-il, j'aurais voulu rendre plus de services à mon pays.\u201d Et après la guerre, en 1871, il écrit à Duclaux: \u2014\u201cLa guerre a mis mon cerveau en jachères.Je suis prêt pour de nouvelles productions.Pauvre France, chère patrie, que ne puis-je contribuer à te relever de tes désastres !\u201d N\u2019est-ce pas vers cette date, après la guerre, qu\u2019il renvoya à l\u2019Université allemande de Bonn, la décoration qu\u2019elle lui avait décernée à cause de ses travaux.I] voulait, en agissant ainsi, protester, comme Français, contre les inutiles cruautés exercées par l\u2019armée envahissante et contre la prise de deux provinces: l\u2019Alsace et la Lorraine \u2014 qui sont sur le point de réintégrer le domicile paternel.Il en donnera la raison, plus tard : \u201cSi la science n\u2019a pas de patrie, dit-il, l\u2019homme de science doit en avoir une, et c\u2019est à elle qu\u2019il doit reporter l\u2019influence que ses travaux peuvent avoir dans le monde.\u201d Vous connaissez la réponse du Doyen de l\u2019Université de Bonn: \u201cVoulant garantir ses actes contre la souillure, écrit-il à Pasteur, la Faculté vous renvoie votre libelle.\u201d\u201d Un autographe de Pasteur aurait souillé une université allemande ! La mentalité de ces Barbares n\u2019a pas changé.Pasteur fut donc un vrai patriote.SON AMOUR FILIAL Pasteur fut aussi un fils reconnaissant et fidèle à la mémoire de ses parents.| Enfant, il est obéissant, respectueux, studieux.Adolescent, il entend les espirations de son père qui veut en faire un professeur au collège d\u2019Arbois.Universitaire, 11 poursuit sa route, comme son père, jadis, mais 281 PASTEUR sur un champ encore plus vaste et moins accessible : il brûle les étapes et gagne des batailles mémorables.On en parlera longtemps.À chaque victoire, il se tourne vers le village natal, et l\u2019écho qui vient de là lui est plus sensible que les louanges et les +vations de ses collègues des sociétés savantes.Voici un fait qui le prouve surabondamment.Quelques années avant sa mort, il fut convié par le conseil municipal de Dôle, à inaugurer la plaque commémorative placée sur sa maison natale.Quand il arriva en face de l\u2019antique logis, aux fenêtres closes, tout son passé, soudain, lui apparut dans une de ces claires visions de l\u2019esprit : il voyait là, près de lui, tous ceux qu\u2019il avait aimés ; ses yeux s\u2019emplirent de larmes, et il prononça les touchantes paroles si souvent citées que je ne puis m\u2019empêcher de transerire : \u201cVotre sympathie, dit-il à ses compatriotes, a réuni sur ce morceau de marbre les deux grandes choses qui ont fait à la fois le charme et la passion de ma vie: l\u2019amour de la science et le culte du foyer.O mon père, et ma mère! ô mes chers disparus, qui avez si modestement vécu dans cette petite maison, c\u2019est à vous que je dois tout ! Tes enthousiasmes, ma vaillante mère, tu les a fait passer en moi.Si j'ai toujours associé la grandeur de la science à la grandeur de la patrie, c\u2019est que j'étais imprégné des sentiments que tu m\u2019avais inspirés.Et toi, mon cher père, dont la vie fut aussi rude que ton rude métier, tu m\u2019as montré ce que peut faire la patience dans les longs efforts.C\u2019est à toi que je dois la tenacité dans le travail quotidien.Regarder en haut, apprendre au-delà, chercher à s\u2019élever toujours, voilà ce que tu m\u2019as enseigné.Je te vois encore, après ta journée de labeur, lisant le soir, quelque récit de bataille qui te rappelait l\u2019époque glorieuse dont tu avais été le témoin.En m\u2019apprenant à lire, tu avais le souci de m\u2019apprendre la grandeur de la France.Soyez bénis l\u2019un et l\u2019autre, mes chers parents, et laissez-moi vous reporter l\u2019hommage fait à cette maison.\u201d \u2014 Pensées admirables.Ce passage est émouvant de sincérité et de filial amour.\u2014C\u2019est une leçon pour nous tous, qui avons aussi des disparus à qui nous rendons chaque jour l\u2019hommage silencieux de notre reconnaissance. SA FOI Pasteur fut aussi un catholique fervent.Il eut le courage de ses convictions et il ne recula paint devant ses contradicteurs.Sa fo: ne fut jamais ébranlée par leurs arguments et leurs sophismes, et i! trouva dans ses études des raisons nouvelles de fortifier son âme dans les croyances traditionnelles de sa famille et de son pays.Sa science profonde a continué d\u2019évoluer avec aisance sous le manteau de la religion catholique, son génie n\u2019a pas été arrêté dans son vol vers les cimes.Allons l\u2019entendre à l'Académie française, le jour de sa réception.Il vient s'asseoir dans le fauteuil de Littré.Devant cet aréopage de savants, de philosophes, de voltairiens et de libre-penseurs, il ne craint pas de poser comme un défi le problème de l\u2019infini.A l\u2019infimment petit, qu\u2019il a résolu par les seules ressources de son génie et pour lequel 1] reçoit, ce jour-là, sa juste récompense, il oppose l\u2019infiniment grand, à la solution duquel plusieurs d\u2019entr\u2019eux se sont essayés déjà, les uns en raillant, les autres en niant, tous en philosophant.Ils ont échoué, car ils en cherchent toujours une solution qui ne satisfait personne.Pourquoi ?.Il essaie de leur faire comprendre qu\u2019il ne s\u2019agit plus ici d'une question où la raison domine, mais où la foi opère ; écoutez-le : \u201cAu-delà de cette voûte étoilée, qu\u2019y a-t-il ?De nouveaux cieux étoilés.Soit.Et au-delà?L\u2019esprit humain, poussé par une force invincible, ne cessera jamais de se demander: Qu\u2019y a-t-il au-delà ?Il ne sert à rien de répondre: au-delà sont des espaces, des temps ou des grandeurs sans limites.Nul ne comprend ces paroles.Celui qui proclame l\u2019existence de l\u2019infini, et personne ne peut y échapper, accumule dans cette affirmation plus de surnaturel qu\u2019il n\u2019y en a dans tous les miracles de toutes les religions.La notion de l\u2019in- \u2018fini, dans le monde, j'en vois partout l\u2019inévitable expression.Par elle, le surnaturel est au fond de tous les coeurs.L\u2019idée de Dieu est une forme de l\u2019idée de l\u2019infini.Tant que le mystère de l\u2019infini pèsera sur la pensée humaine, des temples seront élevés au culte de l\u2019infini.Et sur la dalle de ces temples, vous verrez des hommes agenouillés, prosternés, abîmés dans la pensée de l\u2019infini.Où sont les vraies sources de la dignité humaine, de la liberté et de la démocratie moderne, sinon dans la notion de l\u2019infini devant laquelle tous les hommes sont égaux ?\u201d PASTEUR 283 \u2014Jamais, dit un auditeur de ce temps-là, plus nobles et plus profondes pensées n\u2019avaient été exprimées en pareil lieu.Elles eurent un immense retentissement.Elles résument l\u2019être moral qui, chez Pasteur, fut aussi grand que l\u2019être intellectuel.\u201d Plus tard, enfin, dans la cérémonie de son jubilé, célébré à la Sorbonne où se réunissaient les délégués du monde entier, qui venaient apporter à Pasteur l\u2019admiration et la reconnaissance des peuples, écoutez les conseils qui tombent de ses lèvres, à 70 ans: \u201cNe vous laissez pas atteindre par le scepticisme dénigrant et stérile.Dites-vous d\u2019abord : \u201c\u2014Qu\u2019ai-je fait pour mon instruction?\u201cPuis, & mesure que vous avancerez: \u201cQu\u2019ai-je fait pour mon pays?\u201d jusqu'au moment où vous aurez peut-être cet immense bonheur de penser que vous avez contribué en quelque chose au progrès et au bien de l\u2019humanité.Mais, que les efforts soient plus ou moins favorisés par la vie, il faut, quand on approck&du grand but, être en droit de se dire: \u201c\u2014J\u2019ai fait ce que j'ai pu: car, ajoutait-il, c\u2019est l\u2019honneur de l\u2019homme de préparer des choses qu\u2019il ne verra pas.\u201d \u2014Telle est, en raccourci, la vie d\u2019un des plus grands esprits dont s\u2019honore l'humanité.C\u2019est un Français.Il fait bon, en ces temps douloureux où les misères physiques côtoient les misères morales les plus inquiétantes, de raffermir son courage et ses convictions en étudiant la vie et les oeuvres des hommes qui ont été utiles à leur pays et à l'humanité tout entière et dont la vertu égale le génie.Dans une enquête faite il y a 2 ans auprès des professeurs de la Faculté de Paris, à l\u2019occasion du 25e anniversaire de l\u2019Institut Pasteur, chacun proclamait son admiration pour ce génie en parlant de ses découvertes.Je cite les quelques lignes suivantes, qui sont du professeur Chauffard, de la Faculté de médecine de Paris: \u201cPar son admirable désintéressement, par la grandeur morale de toute sa\u2019 vie, Pasteur réalise le type idéal, l\u2019exemplaire accomnli du grand savant français, de l\u2019homme qui restera toujours une des plus grandes gloires de son pays, un des bienfaiteurs souverains de l\u2019humanité.\u201d -\u2014Je n\u2019ajoute rien à ces lignes.Je terminerai en rapportant les paroles de Bossuet sur le tombeau d\u2019un grand capitaine du siècle de Louis XTV, si heureusement appropriées par le professeur Debove dans son éloge de Pasteur prononcé à l\u2019Académie de Médecine le 15 284 LE SAGE décembre 1914, et que nous pouvons appliquer au récit que je viens de faire : \u201cOn les raconte partout: le Français qui les vante n\u2019apprend rien à l\u2019Etranger, et quoi que je puisse aujourd\u2019hui vous en rapporter, toujours prévenu par vos pensées, j'aurai encore à répondre au secret reproche que vous me ferez d\u2019être demeuré beaucoup au-dessous.Nous ne pouvons rien, faibles orateurs, pour la gloire des âmes extraordinaires.Le sage a raison de dire que \u201cleurs seules actions les peuvent louer\u201d; tout autre langage languit auprès des grands noms et la seule simplicité d\u2019un récit fidèle pourrait soutenir leur gloire.\u201d \u2014Une nation qui a produit de tels esprits mérite-t-elle de succomber sous le talon d\u2019un barbarisme outrecuidant?(1) \u2014La réponse est sur toutes les lèvres.le ferme espoir dans tous les coeurs.ALBERT LE SAGE, Professeur de pathologie interne, Médecin de l'hôpital Notre-Dame.LES ALLEMANDS PFEINTS PAR EUX-MFEMES 1° \u201cSans notre militarisme, notre civilisation serait anéantie depuis longtemps.C\u2019est pour la protéger que ce militarisme est né dans notre pays.L\u2019armée allemande et le peuple allemand ne font qu\u2019un.C\u2019est dans ce sentiment d'union que fraternisent, aujourd\u2019hui, soixante-dix millions d\u2019habitants, sans distinction de culture, de classe, ni de parti.\u201d Les Intellectuels allemands.2° \u201cEn confidence: Je suis d\u2019avis que la Prusse moderne est une puissance hautement dangereuse pour la culture.\u201d NTETZSCHE, (grand philosophe allemand).(1) Tous les principaux renseignements de ce travail sont tirés d\u2019un livre publié par son gendre Valéry-Radot et intitulé \u201cHistoire d\u2019un savant par un ignorant\u201d, et d'une autre \u201cHistoire d\u2019un esprit\u201d publié par Duclaux, son élève, puis plus tard son successeur à l\u2019Institut, décédé depuis plusieurs années.\u2014 A, L. CHRONIQUE L\u2019HYGIENE COMPAREE - LE CHAT Une leçon de bon sens à table Je suis, comme aurait dit Alphonse Alais, un type dans le genre de M.Raymond Poincaré: j'ai une prédilection passionnée pour les chats siamois.Je vis en leur familiarité.On sait bien que les écrivains et les artistes ont toujours une sympathie pour le chat.Cependant c\u2019est à mon chat que je dois mes meilleures leçons d'e thié- rapeutique.Il ne l\u2019enseigne pas ex cathedra, mais expérimentalement ; que de doctes conseils je lui dois! Ainsi, commencons par l\u2019hygiène.T\u2019ami mange lentement, sans se préoceuper de son entourage ct uniquement occupé de cette importante besogne.Agissant à l\u2019encontre de maints humains qui avalent gloutonnement, en lisant leur journal, sans prendre la peine de mâcher.Il est prudent et flaire chaque mo?- ceau avant de le déguster, à l\u2019envers d'une foule de prétendus gourmets qui mangent sans jouir au préalable du fumet des ragoûts et du reient des rôtis, oubliant que le nez est l\u2019auxiliaire nécessaire du paiais.Quand il juge son appétit rassasié, il s'arrête.remarquez ceci.Tant de gens gagnent des dilatation gastriques et des indigestions pénibles en méconnaissant les limites de leur appétence \u2014 car sous prétexte que l\u2019appétit vient en mangeant, que de dyspeptiques ont recours à nos soins parce qu\u2019ils restent à table alors qu'il n\u2019y ont plus que faire! Mon chat, plus raisonnable que nombre de bimanes, dédaigne les hors-d\u2019oeuvre, les desserts, les excite-goule comme dit Monconnet, et tous les condiments qui ne sont que des révulsifs dangereux de la muqueuse stomacale, un seul plat, pourvu qu\u2019il soit cuit à point et sapide! Ft combien il a raison! Puis quand à a fini (remarquez ceci je vous prie) il boit.Il ne boit qu\u2019après son repas.Jamais d\u2019apéritifs, jamais de coup de milieu, jamais de gorgées pour faire glisser le hol alimentaire.Tl est en ceci profond physiologiste \u2014 car toute quantité de liquide, autre que la salive et les sues digestifs retarde la digestion.Buvez après manger et vous guérirez pas mal de gastralgies!.O mon chat que de reconnaissance je te dois pour ces lecons d'hygiène pratique! On sait que Newton avait un chien, Diamant.Il renversa sa lampe sur un tas de manuerits ce qui occasionna la perte de travaux 286 de longue haleine que la postérité a toujours regrettés.N\u2019il avait eu un chat, jamais semblable malheur ne lui serait arrivé et nous posséderions ce fameux traité dont la science déplore l\u2019irréparable perte! Regardez aussi combien de poètes soucieux de leur tranquillité vivent en camaraderie du chat.Il se lève tranquillement, il courbe en arc byzantin son dos élastique et commence une promenade inoffensive à travers les dictionnaires et les encriers, sans jamais rien renverser.Il passe dans les défilés les plus étroits.le mien dort en philosophe sur le Traité de thérapeutique de M.Albert Robin et ce choix honore son dilettantisme.Or il s\u2019étire, fait le gros dos, allonge les pattes, cest là une gymnastique de chambre qu\u2019il affectionne après le repas.Quelle sagesse là encore! Il n\u2019a pas eu besoin des préceptes de l\u2019Ecole de Salerne, il sait qu\u2019il faut un léger exercice après les repas.Il opère donc une contraction musculaire et fait fonctionner la sangle abdominale pour brasser le contenu stomacal.Il comprend que cet exercice favorise ses digestions!.Et après: il digère.C\u2019est ici que sa sagesse d\u2019hygiéniste s\u2019affirme encore contre nos inconséquences.Alors que l\u2019estomac plein nous nous hâtons vers nos affaires, que nous courons à la Bourse ou à des rendez-vous pressés, il dédaigne ces troublantes digressions et digère en repos, mlollement étendu.Il médite sa digestion et se garde de toute autre préoccupation.Bien avant les spécialistes d\u2019Arcachon et de Cannes il a découvert, tout seul, l'hélothérapie.Dès qu\u2019un rayon de soleil tombe en son voisinage, mon chat va s\u2019étendre à la chaleur bienfaisante de l\u2019astre anti-rhumaitismal.Avez-vous jamais vu un chat rhumatisant et goutteux?Et n\u2019est-ce pas à sa fourrure que les aegrotants font appel pour mettre en fuite les douleurs! Et remarquez bien que jamais il n\u2019a l\u2019imiprudence de laisser la tête au soleil, il expose son corps à l\u2019hélioradiation mais il se garde de l\u2019insolation céphalique ! Le chat n\u2019est jamais tuberculeux.Aussi avec quel soin il évite les refroidissements! Si vous voulez connaître l\u2019endroit le plus chaud, le plus discret de votre appartement, le coussin le plus moelleux, le fauteuil le plus doux.regardez votre chat! Mon chat a encore une qualité que je ne saurais trop vanter.Quand il voit que ma plume reste indécise, indice que mon cerveau éprouve quelque difficulté à relier une nouvelle pensée à celle déjà fixée, il vient s\u2019étendre paresseusement sur le manuscrit.Il m'\u2019aventit ainsi qu\u2019il vaut mieux aller se coucher que de se hattre les flancs pour écrire des phrases à dormir debout!. 287 Et je suis son conseil ! Mais, n\u2019avais-je pas raison d\u2019affirmer que le chat est un excellent professeur d'hygiène et un thérapeute hors pair?REFLEXIONS Il n\u2019y a dans tout cela rien qui me surprenne.Ma propre chatte m\u2019a déjà émerveillé pas sa science intuitive.Contrairement à ces nourrices mal avisées qui donnent le sein à -leur bébé à toutes les demi-heures ou heures, \u201cparce qu\u2019il pleure\u201d (sic), ma chatte, elle, quand son petit devient trop entreprenant, monte sur la boîte à bois de la cuisine où le nourrisson ne peut se hisser, et là, cahue, avec tout le stoïcisme du devoir bien compris, elle reste sourde à toutes les récriminations du gourmand et ne descend, pour faire oeuvre de mère sensée, que lorsque les seins gonflés ont eu le temps de faire du bon lait.Et nunc erudimini !!! Un médecin de la campagne.(1) (1) Ce confrére a refusé absolument de signer. 288 REVUE L\u2019HISTOIRE DE LA SCIENCE ET LES PRÉTENTIONS ALLEMANDES (1) Ce fut une erreur longtemps répandue, que la science et la moralité, telles au moins que l\u2019entendent les peuples de civilisation latine et anglo-saxone, doivent progresser de pair.Il n\u2019en est rien malheuresement, et les progrès de la conaissance scientifique ne rendent pas les hommes plus moraux.La science est une arme à double tranchant, dont les applications peuvent contribuer au bonheur de l\u2019humanité ou au soulagement de ses misères, mais peuvent aussi servir aux fins les plus meurtrières et les plus criminelles.Ces constatations sont banales, et les événements actuels nous permettent de les faire une fois de plus, dans des conditions singulièrement générales.Il pourrait donc être vrai que les nations germaniques eussent apporté à la science des contributions supérieures à celles des autres peuples, sans que leur civilisation, au sens français et humain du mot, présentât la même supériorité.Mais nous devons nous demander si cette supériorité scientifique, qu\u2019exaltent sans se lasser les docteurs d\u2019outre-Rhin, est bien réelle.L\u2019Académie des sciences de Paris rappelait récemment que les civilisations latine et anglo-saxone sont celles qui ont produit, depuis trois siècles, la plupart des grandes créations dans les sciences mathématiques, physiques et naturelles, ainsi que les auteurs des principales inventions du XIXe siècle.Il faudrait reprendre l\u2019histoire des sciences depuis la Renaissance, pour apporter les preuves complètes de ces affirmations; mais un rapide coup d\u2019oeil jeté sur les principales têtes de chapîtres de la science contemporaine suffit à montrer que la plupart des contributions essentielles, tant théoriques que pratiqués, n\u2019appartiennent pas à des savants ou inventeurs allemands.Dans le domaine abstrait des mathématiques pures et de la physique mathématique, les géomètres français de la première moitié du siècle dernier ont ouvert presque toutes les voies, où sont orientées les recherches modernes : il suffit de citer les noms de Cauchy, Fourier et Galois.La mécanique céleste, après Newton, a été surtout une (1) Cet article a été écrit par M.Picard, de l\u2019Acédémie des Sciences de Paris.11 fournit des arguments pour ceux qui pensent que la Science Allemande est \u201cKolossale\u201d.Lisons ensemble ce magnifique exposé de titres pour la France et ses Alliés\u201d.\u2014 N.D.LR. 289 science française par ses plus éminents représentants, depuis d\u2019Alembert, Lagrange et Laplace jusqu\u2019à Henri Poincaré.C\u2019est principalement à des savants de pays latins ou anglo-saxons que l\u2019on doit, dans l\u2019astronomie d\u2019observation, les découvertes fondamentales qui font de l'étude du ciel la plus captivante des sciences; le grand astronome anglais W.Hershell restera dans ce domaine un modèle difficile à surpasser.En physique générale deux principes dominent l\u2019énergétique.Sous leur forme thermodynamique primitive, le premier principe ou principe de l\u2019équivalence de la chaleur et du travail est attribué généralement au médecin allemand Robert Mayer; le second concernant la dégradation de l\u2019énergie, est le principe de Carnot.Toutefois, l\u2019histoire du premier principe serait à reviser : il fut nettement indiqué dès 1839, c\u2019est-à-dire quatre ans avant Mayer, par Marc Seguin, l\u2019inventeur des chaudières tubulaires, et même près de dix ans auparavant, Carnot y avait fait allusion, dans une note qui ne parut d\u2019ailleurs qu\u2019après sa mort.En fait, comme l\u2019a dit un bon juge, lord Kelvin, dans toute l\u2019étendue du domaine des sciences, il n\u2019y a rien de plus grand que l\u2019oeuvre de Carnot.En optique, Young et Fresnel développent avec éclat l\u2019optique ondulatoire.En électricité, quels noms surpasseront jamais ceux de Volta, d\u2019Ampère et de Faraday?Plus récemment, le génie de Maxwell fonde l\u2019électro-optique.Dans l\u2019étude des nouveaux rayonnements, la part des physiciens français et anglais est prépondérante; il suffit de rappeler les noms de Becquerel et de Curie, et la découverte du radium.Seul, le chapitre des rayons X ou rayons de Roentgen fut ouvert en Allemagne.Dans la fondation de la chimie moderne, Lavoisier occupe une place à part: après lui, Dalton, Davy, Gay-Lussac, Dumas, Gerhardt ont été des grands créateurs.La mécanique chimique et la chimie physique relèvent de la statistique chimique de Berthollet, ainsi que les travaux de Berthelot sur l\u2019éthérification, et de Sainte-Claire De- ville sur la dissociation ; elles ont trouvé leur plus grand théoricien dans l\u2019Américain Gibbs.Dans les sciences naturelles, l\u2019orientation des recherches a été changée depuis Lamarck et Darwin.La biologie tout entière est dominée aujourd\u2019hui par l\u2019idée d\u2019évolution, idée qui fut, d\u2019ailleurs, un ferment puissant dans d\u2019autres domaines, comme la philosophie et l\u2019histoire.Est-il nécessaire de rappeler les noms de Claude Bernard et de Pasteur?On a pu dire du premier qu\u2019il fut la physiologie elle-même; quant à Pasteur, toute louange languit auprès de son 290 grand nom.Si nous passons à des chapitres plus spéciaux de la science et aux inventions proprement dites, nous ferons encore les mêmes constatations: les idées originales et fécondes n\u2019ont pas été fournies par l\u2019Allemagne.Citons, dans la physique du globe, les lois générales de la circulation des courants marins et atmosphériques, et les études de météorologie dynamique dans la haute atmosphère.Parmi les applications, il en est de même pour la navigation à \"vapeur, les chemins de fer, la télégraphie transatlantique, la télégraphie sans fil, la poudre sans fumée, la navigation sous-marine, les ballons, les aéroplanes.Jusque dans les inventions relatives à la guerre, on pourait rappeler que l\u2019ingénieur anglais Robins, vers 1760, entrevit le projectile oblong et proposa d\u2019employer des canons rayés, se rendant bien compte que, grâce à la résistance de l\u2019air, la rotation obtenue grâce à la rayure ramènerait constamment l\u2019axe sur la tangente à la trajectoire.C\u2019est aussi un officier anglais Shrapnell, qui, il y a un siècle, réalisa avec les boulets alors en usage le genre de projectiles auxquels son nom est resté attaché.On voit assez, par ce qui précède, combien la science allemande :st peu fondée à prétendre à l\u2019hégémonie universelle.C\u2019est par une simple aberration que la race germanique se proclame seule dans le monde capable de travailler au développement de la civilisation.La vérité est tout autre.À travers les âges, les peuples germaniques ont rarement fait preuve d\u2019une grande originalité.Dans l\u2019antiquité, le Germain barbare fut tributaire du Celte au XIIe et XIIIe siècles, ainsi qu\u2019aux XVIIIe siècles, la civilisation germanique n\u2019est qu\u2019un prolongement de la civilisation française.Aujourd\u2019hui, ce qui caractérise particulièrement la science allemande, c\u2019est son habileté à mettre en oeuvre les idées qua luv sont fourmes d'ailleurs.Ele est organisée comme l\u2019industrie et trop souvent, dans l\u2019une ou l\u2019autre, la quantité est préférée à la qualité; on recherche les gros rendements.Loin de nous la pensée de méconnaître les services rendus par cette organisation systématique ; il est très utile que, les idées générales une fois mises en lumière, des travailleurs patients tirent d\u2019une méthode tout ce qu\u2019elle peut donner, et nous ne craignons pas d\u2019avouer que les Français n\u2019ont pas toujours exploité suffisamment leurs découvertes.\u2018 Mais il ne faut pas confondre l\u2019augmentation du rendement scientifique avec le progrès réel de la science.Ne nous laissons pas non plus hypnotiser par les immenses laboratoires d\u2019où ne sont pas sorties toujours des découvertes d\u2019importance pro- 291 portionnée aux dimensions.Il n\u2019est pas contestable que, dans certains domaines, la science coûte très cher à notre époque, mais nous ne devons pas cependant oublier que de belles découvertes ont été faites avec un matériel peu compliqué.Sans remonter à l\u2019âge héroïque des recherches de Pasteur dans son modeste laboratoire de l\u2019Ecole Normale, reportons-nous seulement aux expériences, simples et fondamentales pour la physique moderne, faites avec les tubes de Crooks, aux travaux de M.Branly sur les radioconducteurs qui ont été l\u2019origine de la télégraphie sans fil, et aux études récentes de M.Perrin sur le dénombrement des molécules.Nous n\u2019oublions pas que l\u2019Allemagne a compté des hommes de génie, mais l\u2019insertion de leurs noms dans l\u2019histoire de la science ne changerait rien aux remarques que nous venons de formuler.Dans des temps très lointains, le plus illustre d\u2019entre eux, Lieb- nitz, s\u2019est efforcé de trouver des terrains d\u2019union entre les nations.L\u2019harmonie entre les peuples, révée par le grand philosophe, exige que chaque nation apporte, dans l\u2019oeuvre commune de l\u2019humanité, ses qualités propres, sans qu\u2019aucune prétende à une domination qui ne pourrait que retarder la marche de l\u2019esprit humain.Il est triste de constater que ces vérités évidentes sont niées au- jourd\u2019hui par un peuple qui, se regardant comme supérieur à tous les autres et s'appuyant sur des vues scientifiques et philosophiques plus que contestables, prétend s'imposer au monde par la violence. L\u2019ESPRIT SCIENTIFIQUE EN TEMPS DE GUERRE (1) En rentrant dans cet amphithéâtre, pour reprendre mon cours à la date normale, comme si nous étions en pleine paix, je ne puis m\u2019empêcher de reporter ma pensée vers ceux de vos camarades qui sont en ce moment à la frontière pour la défense du*pays.Ils vous permettent, au péril de leur vie, de continuer tranquillement vos études.Laissez-moi leur envoyer de votre part un salut fraternel.N\u2019oubliez pas la dette de reconnaissance que vous contractez aujour- d\u2019hui vis-à-vis de ceux qui vont mourir, pour vous permettre de vivre et d\u2019espérer.Vous devez, avec toute l\u2019énergie dont vous êtes capables, leur apporter votre aide et votre appui, vous efforcer de leur rendre la victoire moins difficile.Mais, me direz-vous, que pouvons-nous faire pour contribuer d\u2019ici à la défense de la Patrie?Nous sommes les uns trop jeunes, les autres trop âgés, pour supporter utilement les fatigues de la guerre.Ce n\u2019est pas non plus, dans notre Société moderne, le rôle des femmes, ni des jeunes filles de prendre les armes, de chercher à rivaliser avec les amazones de l\u2019antique Scythie.Non, vous avez autre chose à faire.Nos ennemis, vous l\u2019avez entendu dire de toute part, ont organise la guerre en mettant à profit les ressources innombrables d\u2019une science très perfectionnée ; luttons contre eux en leur opposant une science plus parfaite encore.Ceci est votre rôle.La Science, vous le savez, est l\u2019étude des relations mutuelles de tous les phénomènes naturels, de leur interdépendance, comme disent les économistes.C\u2019est l\u2019étude des relations de la force de la poudre avec sa chaleur de combustion ; de la portée des projectiles avec leur vitesse initiale ; de la résistance des aciers à canon avec leur température de trempe, ete.Mais c\u2019est aussi l\u2019étude des relations des phénomènes moraux, sociaux et économiques: études des relations du courage avec le sentiment du devoir et de l\u2019honneur, avec l\u2019état d\u2019esprit du milieu ambiant; de l\u2019endurance, avec l\u2019état de santé physique, d\u2019une part, et, d\u2019autre part, avec la santé morale, avec la volonté; de (1) Nous sommes heureux de reproduire cette remarquable leçon d\u2019ouverture du Cours de Chimie générale de la Faculté des Sciences de Paris, professé à la Sorbonne, le 10 novembre 1914, par l'éminent professeur H.Le Chatelier, de l\u2019Académie des Sciences.Cette anaryse psychologique est un pur chef-d\u2019oeuvre qu\u2019il ne faut pas manquer de lire.\u2014 N.D.L.R. 293 l\u2019organisation militaire avec les besoins de la population civile et avec ses préoccupations politiques etc.Tous ces problèmes appartiennent au même titre au domaine de la science.Dans la guerre moderne, les canons, les fusils, les fortifications, etc, jouent un rôle qui frappe tout d\u2019abord l\u2019imagination ; mais ce serait une grave erreur d\u2019y chercher les seuls facteurs de la victoire.\u201cA côté de cette force matérielle qu\u2019on voit, il y a, disait récem- \u201cment M.Bergson dans le Bulletin des Armées, la force morale, celle \u201cqu\u2019on ne voit pas, mais qui importe le plus, parce qu\u2019elle peut sup- \u201cpléer aux autres dans une certaine mesure et que, sans elle, le reste \u201cne vaut rien.\u201d C\u2019est-à-dire, scientifiquement parlant, cette force morale est le facteur dominant de la victoire.Or, cette force morale ne peut exister chez les combattants, quand elle ne se rencontre pas en même temps dans la population civile.Si les hommes partant au feu, si les blessés rentrant dans leur famille ne voient que gens énervés et démoralisés, leur moral aussi, soyez-en certains, sera déprimé.Pour tous ceux qui n\u2019ont pas l\u2019honneur de sacrifier leur vie à la défense du pays, c\u2019est un devoir absolu de donner au moins, en l\u2019absence de tout danger réel, l\u2019exemple du bon sens, du sang-froid, du courage civique.À ce prix seul nous pouvons espérer le succès final.Permettez-moi de préciser ma pensée par quelques exemples très nets.I.Parlons d\u2019abord du courage civique.T1 y a quelque temps les taubes ont jeté des bombes sur Paris.Les députés de la capitale se sont précipités au téléphone et ont mis en demeure le gouvernement de prendre les mesures nécessaires pour assurer la protection de leurs électeurs.Cela partait certainement d\u2019un bon naturel et tout le monde les a félicités de leur initiative.Examinons la question au point de vue scientifique.| Le grand naturaliste Buffon, dans un petit ouvrage plein de finesse, intitulé :L\u2019Arithmétique morale, rappelait, il y a déjà plusieurs siècles, à ses lecteurs en bonne santé, que chacun d\u2019eux avait une chance sur trente mille d\u2019être mort avant la fin de la journée.Aucun d\u2019eux ne s\u2019en préoccupait le plus souvent, il serait tout à fait inconséquent de leur part de se préoccuper de la chance, beaucoup plus faible, de gagner une fortune à la loterie.Les taubes ont tué à Paris environ un Français sur trois cent mille, non pas en un seul jour bien entendu, mais depuis le commencement de la guerre, c\u2019est-à-dire en cent jours.\u2018Ils ont accru ainsi 294 la probalité de mort pour chaque Parisien de un millième seulement de ce qu\u2019elle était auparavant.Etait-il bien utile de s\u2019agiter ?Passons maintenant au crible scientifique les moyens employés pcur combattre ce danger.Frusils et mitrailleuses ont été mis en action.Or, toute balle de fusil tirée en l\u2019air retombe, les lois de la pesanteur nous l\u2019apprennent d\u2019une façon certaine, avec une vitesse voisine de deux cents mètres par seconde, c\u2019est-à-dire avec la vitesse d\u2019une balle de revolver, suffisante par suite pour tuer un homme.Aussi le nombre des morts par les balles françaises a-t-il dû dépasser celui des morts par les bombes allemandes.Un raisonnement scientifique élémentaire eût évité cet accident.Le second remède a été la poursuite des taubes par les avions français.Voici les résultats.J\u2019ai eu entre les mains des lettres de soldats, indignés de voir les avions, si nécessaires sur les champs de bataille pour le règlage du tir de notre artillerie, immobilisés autour de Paris pour parer à un danger imaginaire.Voyez quelles peuvent être les répercussions lointaines d\u2019un incident bien minime à première vue.Un peu plus de méthode scientifique eût créé un peu plus de courage civique, et évité par contre-coup de semer un germe de démoralisation parmi nos défenseurs.11.Parlons maintenant du sang-froid, cousin germain du courage.Parmi toutes les émotions qui nous assaillent depuis le début de la guerre n\u2019aurions-nous pas pu en épargner quiques-unes à nos nerfs fatigués?Prenons, par exemple, la question des espions.Que d\u2019inquiétudes n\u2019a-t-elle pas provoquées, que d\u2019agitations pour apporter à l\u2019autorité militaire un concours dont elle se serait bien passé ! Quand un cas d\u2019espionnage est signalé, la méthode scientifique veut que l\u2019on exige la preuve des faits, que l\u2019on discute la compétence et la sincérité des témoins.Il y a des espions, cela est certain, mais il est non moins certain que le principe le plus élémentaire de l\u2019espionnage est de se cacher.Quand un espion opère au grand jour, de façon à se faire surprendre par le premier venu, il est à peu près certain que ce n\u2019est pas un espion.La moindre critique scientifique nous enseigne dans ce cas la méfiance et nous permet de garder notre sang-froid.Voici un cas d\u2019espionnage au milieu duquel j'ai vécu; j'en parle de visu.Dans une région montagneuse de la France, d\u2019honorables citoyens constatent que des taubes viennent la nuit avec des phares lumineux et font sans doute des signaux à des espions cachés.On prévient la gen- darmerie et celle avise l\u2019autorité militaire.Les maires sont invités à veiller ; les directeurs des postes doivent passer la nuit pour envoyer les nouvelles.Mais ce ne sont plus seulement des taubes, on voit des Zeppelins ; les témoignages sont absolument concordants.L\u2019autorité militaire est obligée d\u2019envoyer sur place des officiers constater les faits.Les Zeppelins disparaissent; on n\u2019en retrouve pas traces.Quant aux taubes, il est facile de les identifier avec la planète Jupiter, s\u2019élevant tous les soirs du même point de l\u2019horizon.Quel mal cela fait-il, direz-vous?Les histoires d\u2019espion sont passionnantes ; elles remplacent avec avantage dans les journaux le feuilleton habituel ; puis, cela contribue à développer dans la population la haine de l\u2019Allemand.Mettons-nous un instant sur le terrain scientifique et récapitulons les conséquences de cette histoire d\u2019espions: les gendarmes mis en mouvement et abandonnant leur service, les directeurs des postes incapables, après des nuits blanches, de s\u2019occuper de la distribution des correspondances, l\u2019autorité militaire perdant son temps à dépouiller un courrier d\u2019hallucinés, et des officiers occupés à regarder la lune et les .étoiles au lieu de songer à la guerre.Ce ne sont encore là que de petits inconvénients.Pensez au danger, bien plus grave, résultant de la dépression morale que produit toujours chez les combattants la crainte de l\u2019espionnage, de la trahison et de tous les dangers insaisissables.Mais il a encore une répercussion plus lointaine et plus sérieuse de cet affolement ; c\u2019est, en concentrant notre attention sur des périls imaginaires, de nous cacher les dangers réels.Le siège de 1870 en a donné un exemple frappant.Comme aujourd\u2019hui, les journaux étaient remplis d\u2019histoires d\u2019espionnage.Plus tard, quand l\u2019histoire réelle de la guerre put être faite, nous avons appris que le rôle des espions allemands s\u2019était borné à venir à nos avant-postes acheter les journaux parisiens qui donnaient en abondance, et se les faire payer, tous les renseignements utiles à nos ennemis.C\u2019est là l\u2019origine de la censure actuelle de la presse, si pénible aux lecteurs avides d\u2019émotions variées, et pourtant bien insuffisante encore au point de vue des intérêts de la défense nationale.Avec ces histoires d\u2019espions, comme avec les histoires de taubes, les agités font inconsciemment le jeu de l\u2019ennemi.ITI.Le bons sens est certainement une qualité exquise ; mais quelle Tépercussion peut-il avoir sur l\u2019issue de la guerre?Nous avons, vous le savez, un intérêt majeur à nous concilier la bienveillance des Etats 296 neutres ; vous connaissez les efforts des Allemands pour créer en leur faveur un courant de sympathie.Toutes les péripéties de la guerre sont dans le monde entier suivies avec passion.'Tâchez de vous mettre dans la peau d\u2019un citoyen américain et de vous représenter quel doit être son état d\u2019esprit, quand, ouvrant fièvreusement le journal arrivant de Paris, il trouve en première page un article lui expliquant que les Parisiens ne peuvent pas digérer la mie de pain fendu, ou ne peuvent dormir sans avoir passé leur soirée au café-concert.Nos frères, nos amis meurent à la frontière, c\u2019est un détail; il nous faut une corne pour notre déjeuner du matin.Et alors, se rappelant que, pendant l\u2019envahissement de l\u2019emipire latin par les Barbares, les citoyens romains se pasionnaient pour les couleurs des clochers du cirque, le neutre se demande s\u2019il est utile de lever la main en faveur d\u2019un peuple décadent.On peut indéfiniment multiplier ces exemples de la répercussion néfaste de notre agitation sur les intérêts vitaux du pays.Je citerai encore, mais d\u2019une façon très brève, quelques cas, particulièrement saisissants, de l\u2019interdépendance inévitable de tous nos actes.IV.Le moratorium est un obstacle à la reprise de la vie du pays et, par suite, à la défense nationale.Si personne n\u2019en avait parlé, ne s\u2019était agité à son endroit, il aurait été supprimé au bout de quinze jours, parce que la confiance serait revenue.Les articles de journaux ont entretenu la défiance, poussé chacun à retirer son argent sans en avoir besoin.Le maintien du moratorium a été ainsi rendu indispensable.| V.L\u2019irrégularité du service postal est très regrettable, surtout quand elle atteint des soldats éloignés des leurs.L\u2019agitation créée à ce sujet était certainement légitime en soi; mais elle a eu pour conséquence de pousser chacun à écrire dix lettres, dans l\u2019espoir d\u2019en voir arriver une seule, et cela eût suffi pour paralyser le service des postes ,même s\u2019il n\u2019eût pas été antérieurement désorganisé par la politique.VT.Le pillage des matsons boches semble à bien des non-combattants une oeuvre méritoire.Ils trouvent là un moyen facile et souvent fructueux d\u2019occuper leur activité.Mais, pour un Allemand atteint, dix Français sont dépouillés.Il n\u2019y a pas aujourd\u2019hui un industriel ni nn commerçant qui n\u2019ait des relations d\u2019affaires avec l\u2019étranger, et ne soit ainsi exposé à être dénoncé par la malignité de concurrents peu scrupuleux.De plus, tous les ouvriers français occupés par les maisons séquestrées sont mis sur le pavé et tombent à la charge de la communauté, sans aucun profit pour eux, ni pour les contribuables.Enfin, le gouvernement se trouve placé en présence de difficultés 297 inextricables.Au lieu de consacrer toute son énergie a la défense de la Patrie, il doit en dépenser la majeure partie a lutter contre des compatriotes, peut-être bien intentionnés, mais certainement peu judicieux, et il doit de plus se livrer à des prodiges de dialectique, pour justifier aux yeux des neutres la légalité des mesures qui lui sont imposées.Que conclure?Si vous croyez à la science, examinez attentivement toutes ces relations lointaines du moindre de vos actes et condui- sez-vous en conséquence.Nous vous agitez pas pour des questions hors de votre compétence et surtout n\u2019agitez pas votre prochain.Si vous êtes compétent, donnez discrètement vos conseils à qui de droit, mais évitez d\u2019en saisir l\u2019opinion publique.L\u2019administration de la guerre n\u2019est pas infaillible, le gouvernement n\u2019est pas parfait, je le sais, mais ils sont infiniment supérieurs à ce que nous avons le droit d\u2019espérer.Faites-leur donc confiance.La force de l\u2019Allemagne, dans la guerre actuelle, ne tient pas à la possession de quelques gros canons, mais à la préparation méthodique, poursuivie depuis cinquante ans, sans un instant de défaillance, d\u2019une guerre jugée inévitable, et à la coordination actuelle des efforts de tous pour réaliser ce qu\u2019elle avait organisé\u2026 Tâchons au moins, de notre côté, d\u2019obtenir aujourd\u2019hui la même coordination des efforts et ne venons pas, par affolement, paralyser l\u2019action des chefs chargés de cette coordination.Ne poursuivons pas le gouvernement de demandes incessantes, dont le seul résultat possible est de créer l\u2019anarchie et d\u2019annihiler les forces du pays, qui devraient, toute autre préoccupation cessante, être dirigées contre les seuls ennemis de la France.Croyez bien que chaque agitation inutile, chaque proposition irréfléchie de votre part se traduit finalement par quelques soldats fran- ças de plus tués à la frontière.\u2014-Ce discours n\u2019est-il pas un modèle de logique et de bon sens ?Ce n\u2019est pas de la médecine, me dira-t-on.C\u2019est du bon sens, cela suffit.\u2018 SONNETS Fleur d\u2019ailleurs (Inédit) Je suis jeune et l\u2019on me dit jolie, Je suis riche et n\u2019ai jamais aimé ; Mon cerveau jongle avec la folie, Mon âme avec la mélancolie ; Dans les bois mon corps s\u2019est parfumé Aux effluves les plus violentes ; Et la mort n\u2019en semble pas moins lente ! Chez les êtres savamment rythmés Quelle douleur de fleur qu\u2019on transplante! Dr LAHAISE ve .\u2014 | \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 POESIE La douloureuse prière qu\u2019il ne faut pas exaucer Non, non, plus de baisers, si j'allais t'aimer ; Et je ne veux pas; je sais trop la souffrance Pour m\u2019attarder au jeu que l\u2019indifférence Peut, seule, risquer sans qu\u2019on l\u2019ose blamer.Je suis venu chez toi, le coeur opprimé De multiples essais vers la délivrance, Et l\u2019esprit tourmenté par l\u2019incohérence De tout ce dont les POURQUOI restent fermés.Ta bouche sur mon front en chassa la fièvre, Sur mes yeux lourds elle versa des rayons Et dans mon oreille les solutions ; Mais j'ai la hantise du goût de tes lèvres Depuis que ta main sur mon coeur vint tomber Non, non, plus de baisers, je pourrais t'aimer! Dr LAHAISE de Montréal. 299 BIBLIOGRAPHIE ELECTROTHERAPIE DE GUERRE.\u2014 On connaît le succès des numéros spéciaux de Paris Médical.Malgré les difficultés créées par la guerre, le grand magazine médical français a tenu à ne pas en priver ses fidèles lecteurs, \u2014 et s\u2019adaptant aux préoccupations du moment, il publie un numéro spécial sur l\u2019Electrothérapie de guerre dont voici le sommaire: Ce que l\u2019on doit pas ignorer en électrotsérapie de guerre, par le Dr Albert-Weil.\u2014 Lrélectrisation directe des troncs nerveux, au cours des interventions pour blessures des nerfs par projectiles.Données pratiques, par le Dr André-Léri.\u2014 Les blessures des nerfs, électrodiagnostic et traitement électrique, par les Drs J.Larat et Pierre Leh- mann.\u2014 Les névrites chez les blessés de guerre et les agents physiques, par les Drs Delherm et Dausset.\u2014 Installation économique d\u2019électrothérapie avec les moyens de fortune, par les Drs Bonvoisin et Palfray.\u2014 La localisation et l\u2019extraction des projectiles de guerre par les appareils électriques, par le Dr Albert-Weil.Envoi franco de ce numéro de 48 pages in-4 avec figures contre 1 franc en timbres-poste de tous pays, adressés à la librairie J.-B.Baillière et fils, 19, rue Hautefeuille, à Paris. SUPPLEMENT POUR COMPLETER LA CURE DES ENFANTS FATBLES Avec l\u2019ouverture des classes, apparaissent, comme parmi toute.les agglomérations d'enfants, les maladies contagieuses.L\u2019enfant robuste revient très vite à la santé, mais enfant faible reste anémié pendant longtemps.Il faut le tonifier par un médicament qui agit sur\u2019 les hématés, ou globules rouges.Le \u201cPepto-Mangan (Gude)\u201d est très recommandé pour ces états particuliers.Il n\u2019est pas irritable, ne constipe pas, stimule l\u2019appétit et favorise l\u2019assimilation.UN LAXATIF AUTOMATIQUE La maison Parke-Davis et Cie fournit aux médecins et pharmaciens, sous le nom de \u201cLiquid Petrolatum Heavy\u201d un produit d\u2019une pureté absolue et d\u2019une grande efficacité.C\u2019est un liquide insipide, incolore, inodore et débarrassé de toute impureté v.g.souffre, acides, alcalis et autres produits nocifs.Ce n\u2019est pas un purgatif ni un laxatif qui stimule l'intestin en l\u2019irritant, mais en le lubréfiant.TI favorise le glissement du bol alimentaire.On avale ce liquide avec une pincée de sel ou un peu de jus de citron; on peut aussi le déposer à la surface d\u2019un verre d\u2019eau, de vin ou de tout autre breuvage.La dose est d\u2019une à deux cuillerées À soupe soir et matin avant ou après les repas pendant les 2 ou 3 premiers jours.On diminue la dose ensuite.Mentionnez la marque P.D.& Co."]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.