La revue populaire : magazine littéraire illustré mensuel, 1 janvier 1930, Janvier
[" IS \u2014 - PS RT [STOIRE TENCES ETTRES Noirs suman = # pr ot ey A 1 du î S Ë a St 8 2 LE SORTILE - - 3] = rd 7 $ _ fe % = \u201c > < x Lo fx § ë © l i de Ne Pid 5 [ \u201cà ; 1 >, te Ry GE.+ 2 ed Z A ; ; 3 ay .LÉ oH = 2 & = % a 3 se = > a pit \u20ac ot + ; ; .a AN v5 * LE se i > 29 = ?IS RAPID} .PCN i RS \u201c a 3e = yl .4 ns = S 7 A ti J?B Nr - 1 + ; SN : ) - ig i > F ~ - a » 3 = - A Ge Je .Hi 2 Ue .- de SEN > 7 a) qe > ft 2% go ia , = ï { 7 & ê => L GY 2 7 LE TES DANS LE - Z i AN Ng 3 55 æ = > A a = © , WY > el = > æ \u20ac - A > / = = LE à 7 a ve =.i, A No 2 ve Ni , à N $ Se & > 3.cs 0 à ES SE se i # 2.Gio aN Ÿ Z, 7 $ EVGA EN S ROCHE fat A ni % \u201c - 2 A SY 2 a \u2018 \u201ci 7 N Politic aUIUE \u2018 a7 1 / 7 - ie 5 AS \u2018 Dy et SE = YY - ¥ x c 4; $ i & = 4 se 4 a * ES £ Ÿ ZA à ss i ya +; SN i: ZE = N A : a ol se = LR =.2 E 4 Pe Soll $ it 2 of = 3 A 4 = gs & \u20ac PX: @ Si 2: S Res & i A GE an x S x = ss nn Ss Zoo EE ir ES Er aN ie.= Py Pe hes: ne re 7 MES (rs i Pas TR x par = ARIE Sxl ARP ome ete OS SG TERRIER ra ASS Se EI hs re es ee ee a; oT eS CR RE SRA ESRI ES ESS SPORE EEE van ei ei RETA pe 23 a ARE RER LS ERE: A Ft \u2014 igi TELE ae res A Ea = KETENE re Se ee rs SRI RENTRES a ee merde Pan Et ces INR FRE 25 EE pe nr es a wr ow TA ATT Et er a: OAT A a at igh oe Er = Te = no ASRS oo a ha fees A Pare = ox prey PRE Æ x ET me PERS ES SAE pat o SRE TAREE 2 RATES Be es Lors men Pas di] = xh oT oy OE ER RX AEA RE ES = 7 CE PERS ay eT PSE = EN Sh = = re 1008 Te me - es 22 Tee Belles fourrures prix modérés OTRE d'achat, joint à la pro- immense pouvoir duction considérable de notre établissement, nous permet d'\u2019offrir, à des prix très raisonnables, des manteaux de fourrure d\u2019une \u2018ualité supérieure et d\u2019une beauté insurpassable.Elégants manteaux en caracul gris, à longs et larges cols de renard assortis manteaux caracul doré de l\u2019Amérique du Sud, qu\u2019un grand col châle de renard brun rend plus conforta- Lies; et des centaines d\u2019autres en Des facilités de paiement sont accordées aux acheteurs, sur simple demande.AS DESIARPINS & (fig Les plus grands détaillants de fourrures au monde.1170, RUE SAINT-DENIS ç a seyants, fashionables, sans pareils, à des prix qui ne dépasseront certainement pas le montant que vous avez décidé de mettre pour cet achat.L\u2019ancienneté de la maison Desjardins, l\u2019expérience et l\u2019habileté de ses tailleurs et de ses couturiers, la nouveauté, la beauté et la valeur de ses marchandises lui méritent à bon droit la toute première place qu\u2019elle occupe dans le commerce des fourrures.MONTREAL Janvier 1930 COMBIEN DE TEMPS VIVENT LES BETES?Le \u201crecord\u201d de la vie longue appartient, parait-il, aux crocodiles qui ne vivent pas moins de 250 ans, battant les éléphants qui ne dépassent pas 200 ans.Les tortues atteignent 150 ans, les carpes de 100 à 150, les aigles, les cygnes, les corbeaux 100 ans.Nous tombons ensuite à 60 ans avec les lions et les rhinocéros.Les perroquets vivent de 60 à 80 ans; les oies et les chameaux 50 ans, les brochets de 40 à 50 ans, les vautours 40, les taureaux et les cerfs 30 ans.Après cela, nous arrivons dans la catégorie des \u2018\u2018vies courtes\u201d.Les ânes, les chevaux, les paons, les chardonnerets, les pinsons, vivent de 20 à 25 ans: les écrevisses, les _daims, les porcs, les loups, 20 ans: les rossignols et les alouettes 16 ans, les chats et les chiens de 16 à 25 ans.Les ours et les vaches vivent de 15 à 20 ans, les renards et les linottes 15 ans, les brebis 12, les poules et les chèvres 10, les lapins, les lièvres, les écureuils de 8 à 7 ans; les abeilles 1 an.Enfin les mouches vivent à peine quelques semaines et certains insectes n\u2019ont que quelques heures, parfois même quelques minutes d'existence.oO La véritable éloquence se moque de l\u2019éloquence.Pascal.* % % La route la plus sûre pour aller au bonheur, c\u2019est celle de la vertu.Jean-Jacques Rousseau.* * + I1 y a des gens qui n\u2019ont de volonté que pour ne pas vouloir; mais, alors, ils en ont prodigieusement! La Rochefoucauld.= + Xx Les femmes, les oiseaux et les chats sont les créatures qui passent le plus de temps à leur toilettre.Charles Nodier.* 5% On est souvent trompé par la confiance.On se trompe soi-méme par la méfiance.Prince de Ligne.* ++ Les femmes qui sont ou très belles ou très laides aiment qu\u2019on les flatte pour leur esprit; celles qui ne sont ni laides ni belles aiment mieux qu'on parle de leurs grâces et de leur beauté.Chesterfield. ap oils 2159 li me Onley 5 de gn, ans Les 0s; ls yale erfs la Janvier 1930 LA REVUE POPULAIRE mac NNONCE DU NASH 40019 DIGNE SUCCESSEUR D'UN GRAND SUCCES HUIT À ALLUMAGE DOUBLE SIX À ALLUMAGE DOUBLE SIX À ALLUMAGE SIMPLE Introduisant un groupe complètement nouveau d\u2019automobiles possédant les plus riches dessins de carrosseries nouvelles qui aient jamais réjoui l\u2019oeil des automobilistes et une nouvelle mécanique impressionnante du genre le plus perfectionné.Lorsque vous verrez les modèles Nash \u201c400\u201d 1930 étalés, vous reconnaîtrez instantanément que le Nash d\u2019au- jourd\u2019hui est décidément en avant de toute l\u2019industrie: LEGARE AUTOMOBILE AND SUPPLY CO.LIMITED SIEGE SOCIAL : 535 rue Ontario Est, MONTREAL QUEBEC: 405, rue Saint-Paul OTTAWA: 245, rue Queen KINGSTON: 210, rue Wellington COMPAGNIES SUBSIDIAIRES \u2014 Québec\u2014Valley Junction\u2014Chicoutimi\u2014Cowansville\u2014Saint-Evariste Stn\u2014Granby\u2014Joliette\u2014Lachute\u2014Montmagny Mont-Joli \u2014 Sherbrooke \u2014 Sorel \u2014 St-Hyacinthe \u2014 St-Jean \u2014 Saint-Jérôme \u2014 Rivière-du-Loup \u2014 Thetford Mines \u2014 Trois-Rivières \u2014 Victoriaville Hal BUHAY R i Hb jt tht W REVUE POPULAIRE Janvier 1930 if Sy i \u2014 3 Zoe; i === ss 4 or en e fl J i [ iil \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 ; i i ta = AT Wu =\" Qu, = dl \u2014\u2014\u2014\u2014 AI} Is A7 | fi \u2014_ = I or ee es & = \u2014\u2014\u2014\u2014 FE ss _\u2014\u2014\u2014\u2014 _\u2014_ ss Es 1 it a pes Eee 3 = = fl 4 V4 pA x = \u2014\u2014 Is i ees =a Ee se 3 = 1e = E Tee at er] Ie FG 2 = i = Ai pr] IIS ÉÉÉIIiIï\u2014i==s 213 a cut 2 == z Ta H fn ui di Fi i wil » in y li L) Lee ull .> ANT: bh | | a - ih ti | il | Il Ne SN i gl | i or I | | | Il x il | i ss qui \\ | | I x i iH fil en Hid pu Ul | ÿ Jy Hin : Fe 2 5 | a P id ol I 6 à > pi ve Ll Ru.| ii ÿ ll i = ii wu i i A Hoge i Fe IL ] i I + q ji i = on agnor Fs FE i il H i ii CLONER SIT à 1 ll Ï di CU D EN uf iL 14 A i i \u2014_ See 4 a a il | io) Lol i 7 To i 3 ri UE 7 x G3 Ai CE J qu Ie 7 haz hd i SS ne i 7 7 aa i 14.7 =, ! LG 2 ps Jl ui > Eon re zoe.\u2014\u2014ani i; = = a = ZZ 7 Lo, Sat LA Za, aE Es, mue sd \u2014 i == Ra a ==\" ES = 1 y 2 ff il HE ec i A 12! Ii a > | Le village de Château-Richer.\u2014 Fo = | RE & Po RN | a par Fr moe id pre / cé pige.Es \\ sente Li | io a \\ La À mei ° UE Pot a 4 a RL he A we \u2014 d bo | P| Revue es } leurs sou ; h iv F103 bonheur y 3 .\\ (Dessin de Marc-Aurèle Fortin) = aù hv A alts ses lecteurs ef hh i 3 \\™ oF | Popul .| WH .\\ » Se 4 Tx de> aire v Ÿ J Ce .ES ax > > = y a PE 5 A ai ALTO iT A Nec a A PA £ Si A > ).> ectrices ses y - te a hale \u2014s \u2014 >\u2014 © 8 = = _.= = se = æ = 190 Ji Janvier 1930 E public, les critiques d\u2019art et les chroniqueurs de la morgue, convertis en critiques d'art par la volonté d\u2019un chef des nouvelles embarrassé, se réjouissent du présent Salon d'Automne.Leurs yeux n\u2019ont pas été offensés, ni par d'\u2018\u2018\u2019immondes nudités\u201d\u2019, ni par les créations cubistes et futuristes (ainsi qu\u2019ils les appellent, faute de savoir exactement de quoi ils parlent) des peintres dévoyés de T'o- ronto et de Montréal.Le public donc s\u2019est promené dans un grand salon bourgeois.Il en est sorti - plein pour peintres qui savent ne pas cho- d\u2019admiration les quer ses goûts (si délicats et si honnêtes!) et pour le jury de l\u2019Académie Royale des Beaux-Arts du Canada qui sait défendre l'entrée d\u2019un salon respectable aux malotrus qui s'amusent à peindre autrement que les vieux maîtres démodés d'avant la guerre de 1870.Fort heureusement, quelques peintres d\u2019après 1914 ont trouvé grâce aux yeux du prudhommesque jury de l\u2019Académie Royale.Et ce sont ces peintres modernes, de Montréal, de Toronto et d\u2019Ottawa, qui rendent respirable l'air de ce salon renfermé.CHRONIQVE D'ART LE SALON D'AUTOMNE Edmund Wyly GRIER, élève de Bouguereau, président de l\u2019Académie Royale des Beaux-Arts du Canada, membre du jury du Salon, se devait de donner une fière leçon de saine peinture aux quelque cent jeunes peintres qu\u2019il a expulsés de son salon.Il n\u2019y a pas manqué.Et sa composition intitulée Après- midi d\u2019été, une jeune femme maladroitement dessinée et pauvrement peinte sur un banc aussi mal bâti, est jetée comme un défi à la face des écoles modernes! LOVEROFF \u2014Paysage d\u2019hiver.Le portrait de M.Athanase David, par Alphonse JONGERS, est l\u2019un des plus sincères et des plus libres que nous connaissons de ce peintre.Homer WATSON pourrait, il nous semble, délayer à la térébenthine la moutarde de ses empâtements, Ses toiles lui reviendraient ainsi à bien meilleur marché.L'unique envoi de MAURICE CULLEN est un magnifique paysage de la région du Saguenay.Alec J.MUSGROVE, Road Makers, ne mérite peut-être avec ses pas une place d'honneur, à côté de Cullen.HORNE RUSSELL est vraiment au-dessous de sa réputation.Mais il a, une clientèle à satisfaire.tout comme Coburn, Co- BURN connaît son métier à fond, Russell mais voilà ce qu\u2019il de de la toile peinte à la verge! La petite chinoise de Charles W.SIMPSON conviendrait tout au plus au fronde même que certainement, vendre en coûte tispice d\u2019un magazine.Nous avons cette impression, devant les deux marines terre-neuviennes de Ro- BERT PILOT, que ce peintre si sympathique veut se vieillir.Pourquoi si tôt réprouver ses beaux élans de jeunesse?ALBERT ROBINSON expose deux paysages d'hiver qui sont une délectation pour les yeux.Même compliment à MABEL MAY A ra 1\u201c 8 i i Ha i 4 4 { ! i Heiss 4 api pi cet a LA REVUE POPULAIRE Janvier 19309 A.Y.JACKSON \u2014Les Laurentides qui nous donne, cette année, quatre peintures absolument remarquables.Le tableau de LOVEROFF, qui occupe le haut de l'escalier d\u2019honneur, n\u2019est qu\u2019un agrandissement destiné à en jeter plein la vue.Mabel LOCKERBY peint avec une naïveté charmante.MACDONALD (J.E.H.) du Groupe des Sept, a deux envois, l\u2019un moderne, \u2014traité tres habilement, à la manière d\u2019une affiche, \u2014 l\u2019autre tout à fait réactionnaire, The Hilly Farm.A-t-il voulu montrer par là qu\u2019il pouvait peindre comme tout le monde?Les barques de pêche de RITX MOUNT sont malheureusement inférieures à celles de l'an dernier.Elle est dépassée, cette fois, par ANNIE SAVAGE dont la marine de Percé, d\u2019une facture excessivement originale, est une parfaite réussite.PANTON est inégal, Hal Ross PER- RIGARD n\u2019est pas très heureux, cette année.Les chrysanthèmes de NARCISSE POIRIER sont honnéte- ment peints.Si maintenant l\u2019on nous demandait d'indiquer les deux meilleurs ALBERT ROBINSON \u2014Charny, Québec.envois du Salon d\u2019Automne, nous nommerions la Femme endormie de Randolph Hewton et le Trappeur d'Edwin H.Holgate \u2014un nu et un portrait de haute tenue.Le nu de RANDOLPH HEWTON, chaste femme endormie, toute baignée des reflets jaunes attendris du canapé où elle repose, est un morceau de peinture irréprochable.La: figure est exquise.les portraits de Wyly Grier, par exemple, sont des commandes remplies au goût du client; le portrait d\u2019un trappeur de la c6te nord d\u2019EDWIN H.HOLGATE est une oeuvre d'art.Aussi les vénérables accrocheurs du Salon ont- ils eu soin de le coincer entre une porte et un \u2018à la manière de Cullen\u2019\u2019, signé naturellement Wilkie KILGOUR.PRUDENCE HEWARD, à qui fut décerné cette année le prix de pein- \u2018ture Willingdon, est un peintre extraordinairement doué métier imagination, intelligence, A l\u2019Oiseau bleu, toile RAOUL BARRÉ, une bien mauvaise petite chose.solide, sensibilité.intimiste de est Nous connaissons heureusement de ce peintre des toiles mieux réussies.HAROLD BEAMENT modifie sa manière; ce peintre habile, virtuose même, pourrait-on dire, se rapproche maintenant du Groupe des Sept.OCTAVE BELANGER est en progrès; mais nous aimerions que \u2018ce peintre fût plus personnel et qu'il manifestât de façon plus discrete admiration qu\u2019il professe pour certains de ses confrères.Les aquarelles de MARC-AURÈLE FORTIN sont vraiment des choses étonnantes, d'une originalité inouïe.Son paysage d\u2019Hochelaga, haut en couleurs et plein de mouvement, décrit très bien la banlieue industrielle d\u2019une cité moderne.OWEN STAPLES, peintre de Toronto, s\u2019est inspiré, lui aussi, d\u2019un motif moderne.Bay Street, Toronto, constitue une aquarelle pa- G.A.REID est venu a deux doigts de composer un reillement réussie.très beau paysage de montagnes ; mais il manque de chaleur et de force.KATHLEEN MORRIS n'a jamais si bien fait.Ses deux envois, la rue Saint-Stanislas et Notre-Da- me-des-Victoires, de Québec, sont dans sa meilleure manière.De CHARLES COMFORT, Un portrait intellectuel tout à fait intéressant.EVE HENECKER expose une étude de nu qu\u2019on pourrait compter css at , f! ; gite, déc di Poirier tt eee rire arr ed EU A AH iS ah SrA the Ladi HAA 3] Janvier 1930 LA REVUE POPULAIRE 9 CHARLES KELSEY, avec son ta- Y bleau religieux, peut se vanter d\u2019a- ! voir réussi un tour de force : la plus mauvaise peinture de l'année.| HEN La section d\u2019architecture est quel- \u2018 conque.Peu de choses en sculptu- E | re, mais quelques très beaux mor- .| ceaux: Beethoven, par EMANUEL E | KAHN;\u2014 Portrait, par CKARLES A FAINMEL ;\u2014 Tête du général Wol- i fe, par TAIT R.MCKENZIE;\u2014 ; ! Potrait de Mlle Helen Halford, par i : BERYL FORWARD.Emanuel Hahn | est un très grand sculpteur et Char- i les Fainmel ne tardera pas a le re- 4 » joindre.| ; | Avant de sortir, un dernier re- | qu - 9 gard aux fines eaux-fortes de Her- il à bert Raine.il \u2026 À j \u2018 pu ü i EXPOSITION DE MARGUE- fil i 1 RITE LEMIEUX | \u2014 Les travaux d'art décoratif de ji ME EDWIN H.HOLGATE.\u2014Paul, trappeur.Marguerite Lemieux offrent plus | d'intérêt que sa peinture, aucune- i parmi les meilleures choses du Sa- E lon.C\u2019est un nom à retenir.Les tons chauds d\u2019ANDRÉ BIE- LER ; les tons clairs de FRANK HENNESSEY, qui découpe et colore ses paysages d'hiver comme des cartes de Noël (série des peintres canadiens).Les bois gravés en couleurs de W.J.PHILLIPS, exécutés à la manière japonaise, méritent 1 une mention toute spéciale.De Li- lias Torrance NEWTON, un pot- ; trait d'enfant où se retrouvent tou- ! tes les qualités exceptionnelles de ce beau peintre.3 , ! ROBIN WATT ferait très bien s\u2019il ; avait plus de vigueur.TOPHAM est ! intéressant.OSCAR FAIRMAN nous donne la millième imitation que nous connaissons des arbres de Lismer et de Varley.PRUDENCE HEWARD\u2014Au théâtre. bei lb crs et nti nitihniR i, i i ist CAE CR OO GG RD A ERR 10 LA REVUE POPULAIRE Janvier 1930 Ci-dessus, ANDRE BIELER.\u2014Labour du Printemps.A gauche, PAUL CARON.\u2014Le vieux Montréal.ment méprisable d\u2019ailleurs, bien au EXPOSITION RETROSPECTIVE contraire.Cette artiste heureuse est SUZOR - COTE douée de multiples talents.Maintenant que nous savons tout ce Organisée par M.Charles Mail- la province de Québec, à l'Ecole dont elle est capable, nous aime- lard et tenue, sous les auspices de des Beaux-Arts de Montréal.Nous rions, la prochaine fois, voir une thanase David, secrétaire de en parlerons le mois prochain.exposition plus résumée de ses oeuvres.Ainsi Mlle Lemieux elit pu nous épargner la copie à l'huile de Velasquez, diverses résidences de grands hommes, ses petits portraits au crayon et certains exercices qui doivent rester, comme les brouillons d\u2019un écrivain, dans les cartons du peintre.Les meilleures réussites de Mile Lemieux, en peinture, en art décoratif et en reliure (ses deux interprétations de l\u2019Ile d'Orléans sont fort belles), eussent amplement suffi à composer une excellente exposition.Au Salon de l\u2019Académie Royale, Mlle Lemieux expose une aquarelle de premier ordre: Rue de la Montagne Sain- te-Geneviève. Janvier 1930 Ce 4 Rs i, Ue RQ Zi Lu | - Je suis toujours étonné de voir vous verrez que seuls les muscles que la femme qui s\u2019est affranchie de la tyrannie du corset, de I'encombrement des longues jupes et de la suggestion des longues chevelures n\u2019a pas voulu s'affranchir NICOLE GROULT Robe du soir en tafetas noir imprimé fleurs or, hanches ampleur basse.LES HAUTS TALONS du supplice chinois des hauts talons.Comment peuvent-elles marcher ?Je ne sais plus quel médecin a dit: \u2018\u2018une femme avec des hauts talons marche exactement comme une amputée des deux cuisses marcherait avec ses deux pilons\u2019\u2019.Cela est rigoureusement observé.Il paraît que cette complication antiphysiologique de la chaussure est apparue avec Catherine de Mé- dicis qui voulait se grandir pour avoir plus d'autorité.Les événe- ments ont passé, mais les hauts talons sont restés.Il est fort probable que la mode les imposera encore longtemps mais, tout de même, c\u2019est le rôle du médecin de vous en indiquer les méfaits.Tout d\u2019abord, le haut talon déplace l\u2019appui plantaire normal, en le rejetant sur l\u2019avant-pied.Or, celui-ci, avec ses nombreuses articulations n\u2019est pas construit pour cette besogne de soutien comme le talon, protégé par un matelas musculaire.Il s\u2019ensuit donc un déséquilibre du corps que la femme est obligée de rétablir sans cesse en.marchant.Pour cela elle plie le genou au minimum et penche le corps en avant.Cela ne serait encore que peu de chose si ce mécanisme anormal de la marche n'avait un retentissement du côté musculaire.En effet, regardez et du mollet se contractent; les mus- EE cles de la face antérieure de la jambe sont devenus inutiles et s'atrophient.De là une première déformation.La plante du pied ne portant plus à plat, toute la riche circulation veineuse qui s\u2019y trouve n\u2019est MADELEINE Robe du soir en gaze lamée argent.Corsage faisant écharpe, hanches moulées. PA fn pi + tH Hl iH H je VIONNET Marocain noir et crépe romain rouge, corps très cintré et mouvement forme irrégulier.plus sollicitée par le poids; le sang stagne au lieu de circuler.Ne vous étonnez plus alors, si vous rencontrez des jambes empâtées, de grosses jambes, des jambes \u2018\u2018en poteaux\u201d, sans compter la prédisposition créée aux varices, déjà si fréquentes.Bien entendu, cet état amène un manque de souplesse, dans les articulations.Le pied, mal posé, subit toutes les inégalités du sol.On PREMET Crêpe de Chine noir, petits volants légèrement en forme et biais.Taille assez haute.ne marche pas toujours sur de I'asphalte! Alors, la fatigue est plus vite arrivée.Sans compter les entorses qui sont monnaie courante.Je vous ai dit plus haut que fatalement la femme marchant avec des hauts talons devait déplacer l\u2019axe de son corps et le reporter en avant.Cette attitude penchée est tout à fait impropre à la respiration qui nécessite, au contrai- Janvier 1930 re, une attitude droite.Voilà qui n'est guère favorable à la santé générale, d'autant plus que les femmes sont déjà presque toutes des insuffisantes respiratoires.À notre époque d'activité et de sports, on n'a plus que faire du haut talon.Avec cet instrument de torture, il faut vraiment qu\u2019une femme soit douée pour conserver une belle jambe.Dr SANGRADO.LES CHAPEAUX ACTUELS L'évolution qui s\u2019est fait sentir dans les toilettes qui seront portées cet hiver a eu, également, une répercussion très sensible dans la coiffure féminine, et nous allons passer en revue certaines des meilleures créations de nos grandes modistes.Dans l\u2019ensemble, la ligne du chapeau est la suivante: calottes plutôt plates, très serrées autour de la tête, front complètement dégagé, sans passe-devant, ou très petite.La passe, dans plusieurs modèles, devient très large sur la nuque, qu'elle couvre entièrement avec des groupes de plis.Dans d'autres modèles, la passe prend sur le côté de la calotte, pour aller en s\u2019élargissant en arrondi sur une des joues.T'outefois, ce mouvement est moins nouveau que le précédent.Agnès, toujours up-to-date, a créé pour vous, Mesdames, de ravissants bonnets de jersey de soie ou de chenille de soie, d\u2019un mouvement bien personnel.Ces bonnets tiennent à la fois du turban et du béret basque.Il va sans dire que leur forme, très étudiée, n\u2019en fera jamais des chapeaux communs et qu\u2019ils devront toujours être coupés sur la tête de la cliente, ce qui leur conférera une exclusivité certaine.Leur coloris sera celui de l\u2019ensemble de la toilette, mais les plus jolis seront les noirs, les bleu marine, le bleu ciel, les rouge brique, les beige et les marron.Marie-Alphonsine a fait, elle, de véritables chefs-d'oeuvre de coupe, Janvier 1930 qui sont semblables à des robes, car ces chapeaux sont de drap, très fin bien entendu.Ces chapeaux sont travaillés d\u2019après un patron, comme en couture, et c'est sur la tête qu\u2019on les drape de la façon qui semble le mieux convenir au visage de la femme qui le porte.Cette innovation très intéressante a reçu le meilleur accueil auprès de nos élégantes.Jean Patou, reste fidèle au chapeau de feutre, très léger, de même que Reboux et Descat, mais on voit, dans les collections de ces grandes maisons, beaucoup de chapeaux de velours, qui semblent vouloir connaître cette saison un très grand succès.La tenue du velours de mode, son cachet à la fois sobre et très chic en font certainement le préféré pour l'hiver.Robe princesse en moire verte, col noué, pans inégaux, finement roncés du haut et découpés en pointe.LA REVUE POPULAIRE LES GENTILS CHAPEAUX DE SAISON Première rangée à droite \u2014Un tricorne d\u2019Alphonsine (Paris)\u2014 A gauche \u2014 Chapeau et manchon de Patou (Paris) En bas, à gauche \u2014Chapeau alpin de Rose Valois (Paris).A droite \u2014Chapeau, orné de boutons de cristal, signé Talbos (Paris).Enfin, les feutres de fantaisie, que Reboux sait toujours si bien employer, grâce à son talent créateur, connaîtront également la vogue cet hiver, comme accompagnement des tailleurs de sport, et des robes d\u2019après-midi, dans les teintes foncées.Pour le sport spécialement, de petits ornements de fourrure - viendront les compléter d\u2019une façon parfaite.Il ne faut pas oublier de dire un mot des chapeaux de fourrure, qu\u2019Agnèse travaille toujours très élégamment.Dans les fourrures plates ils forment de ravissants bonnichons, très seyants à la figure.La mode se transforme indéniablement.Le strict petit bonnet encastrant bien la tête et découvrant le front se métamorphose, Ô miracle! se féminise.Des bords irréguliers plus ou moins relevés, des drapés, des torsades le parent désormais.[1 s\u2019élargit, le bord parfois frôle l'épaule, \u2018descend jusqu'au cou.Et voici le triomphe du chapeau souple.Le feutre devient malléable comme une simple étoffe pour se défendre sans doute contre la dangereuse concurrence du drap \u2014oui, le drap même de nos manteaux qui permet aux chapeaux d\u2019avoir des passes que l\u2019on drape soi-même selon l\u2019heure.Re ot = Se RA a RE REI Oh pail 14 * Amusantes petites robes d\u2019enfants, faites avec les Quant au velours, il renaît en pleine vogue; il se drape, il se roule, il s'incruste.Nous le voyons ici tout seul, là combiné avec du drap et, plus loin, avec du satin.Un de ses dérivés nous semble un présent des dieux; je veux parler du ve- lours-breitchwantz de Porter que nous voyons utiliser pour les manteaux, les costumes-tailleur, les fichus que l\u2019on nous à l\u2019automne sur une petite robe de drap.À Dieu plaise, nous verrons peut-être cet hiver des souliers et des sacs en breitschwantz.Pour les gants, c\u2019est déjà fait, et tel suède blanc prolongé par une haute manchette de cet- LA REVUE POPULAIRE te simili-fourrute vous a une fière allure.Pour en revenir aux chapeaux ils sont volontiers d\u2019une note habillée.Il est certain que cet hiver est très élégant et que nous ne risquons plus de rencontrer à l\u2019heure du thé des femmes ayant l'air d'aller jouer au golf.Le chapeau strictement assorti à l\u2019ensemble demeure de rigueur.Aucune élégance n\u2019est possible sans cela.Outre le velours-breitschwantz ou le breitschwantz lui-même, la fourrure est assez employée cet hiver.Elle formera des passes ou des dessous de passe ; nous la Janvier 1930 morceaux de tissu restés dans vos sacs à chiffons.voyons en bandeau incrusté sur le devant d\u2019une forme de feutre: ailleurs une bande d'astrakan gris se drape sur un béret de feutre vert- noir auquel elle donne une allure bien nouvelle.Car les bérets continuent de nous plaire.Le Monnier en propose un fait de rubans de velours beige, tê- te de nègre et ivoire.Ces larges rubans s\u2019entrecroisent devant dans un mouvement très heureux, cependant que le mouvement de béret est seulement prononcé à droite, Pour le chapeau du matin et pour le sport la mode ne semble pas avoir changé.Chapeaux cloche et petits feutres sans prétention sont encote chic. a peg .Lge nadia) tht cit Janvier 1930 ae its Co 48 Hy Hi sais à as ttc fo a.RAO thu Ea LA REVUE POPULAIRE La maison natale de Sa Sainteté Pie XI, à Desio, province de Lombardie.Sa mère, Thérèse Galla, et son père, François Ratti.ati ih biscicziiti PIE XI INTIME C\u2019EST le 31 mai 1857 qu'est né Achille Ratti, appelé à devenir le chef de la chrétienté, dans une petite ville de la Lombardie, l\u2019une des provinces les plus belles et les plus fertiles de l'Italie.Il reçut à sa naissance les noms d'Ambroise, Damien, Achille.La famille Ratti, après avoir vécu de la terre pendant plusieurs générations, commença à s'occuper de l\u2019industrie de la soie vers la fin du siècle dernier.C\u2019est ainsi que le père du Souverain Pontife, François Ratti, devint propriétaire d\u2019une vaste soierie à Fertusella.Il épousa Thérèse Galli dont il eut quatre fils et une fille.Trois de leurs enfants vivent encore : le commandeur Fermo Ratti, le frère aîné de Sa Sainteté, riche industriel; le Pape lui-même et sa soeur cadette, Signorina Camilla Ratti, qui partage sa vie entre Milan et Rome.A Rome, elle passe la plus grande partie de son temps auprès de son illustre frère.Achille Ratti, enfant, était à la fois enijjoué et sérieux.Il reçut sa première éducation dans une modeste école de village.Ses meilleurs moments, il les passait avec son oncle, Don Damien, curé d\u2019Asso, qui, le sentant appelé à la prêtrise, le plaça au petit séminaire du diocèse de Milan.Une photographie très rare du Souverain Pontife, alors qu\u2019il était simple séminariste à Rome.Il avait alors dix ans.Tout jeune encore, il manifestait de sérieuses dispositions pour la littérature aussi bien que pour les sciences, les mathématiques et la physique.Il se distingua plus tard, d\u2019une manière tout à fait particulière, dans la philosophie et la théologie.En 1879, les études du jeune séminariste avaient été jusque-là si brillantes qu'il put entrer au Collège Lombard, à Rome, destiné aux étudiants en théologie du monde entier.Il fut ordonné prêtre, à Rome, le 20 décembre 1879 et célébra, le lendemain de ce jour, sa première messe, une messe solennelle, dans la magnifique église lombarde de Piazza-San Carlo, l\u2019un des plus beaux temples de la Ville Eter- nelle.Il poursuivit, jusqu\u2019en 1882, ses études de théologie, de droit canon et de philosophie, alors qu\u2019elles lui valurent le titre de docteur.Dans ses loisirs, il étudiait les mathéma- LA REVUE POPULAIRE Sa Sainteté Pie X1.tiques, les sciences et travaillait son dessin.Il rappelait encore, l'an dernier, à quelques-uns de ses familiers, qu\u2019il avait toujours eu un penchant tout particulier pour le dessin et que, jeune homme comme tout enfant, les cadeaux qu'il accueillait toujours avec le plus grand plaisir étaient des boîtes de couleurs, des crayons et fusains, ainsi que des albums à colorier.Une fois docteur, il fut chargé d'enseigner la théologie dogmatique et l'éloquence sacrée.Il s'absorbait en même temps dans l\u2019étude de l'histoire et de la littérature.Nommé bientôt évêque par Pie X, x il occupa divers postes de 1917 à 1822, année de son élévation au trône de Saint-Pierre.Avant d\u2019être choisi par le conclave pour remplacer Benoit XV, il était archevêque de Milan.Mais on peut dire que la charge qui lui convint le mieux et qu\u2019il remplit avec le plus de goût et de zèle fut celle de conservateur de la célèbre bibliothèque Ambrosienne de Milan.Cette bibliothèque contient aujourd\u2019hui près de 100,000 volumes imprimés et près de 20.- 600 manuscrits Une galerie de peintures, de statues, d\u2019antiques et de médailles, dont un grand nombre sont devenues très rares, est annexée à la bibliothèque.Plusieurs de ces trésors furent trans- dotés ets te it ae Janvier 1939 portés en France durant la première campagne d'Italie, et notamment une collection manuscrite des oeuvres de Léonard de Vinci.Un seul volume de cette collection retourna à Milan après la paix de 1814.Une rareté dont se glorifie la bibliothèque Ambrosienne est un manuscrit de Virgile, dont les marges portent des notes de l'écriture de Plutarque.C'est le 5 novembre 1888 qu\u2019Achille Ratti, alors jeune prétre, fut appelé à devenir bibliothécaire de cette riche collection, en remplacement du père Fortunato Villa et sur la recommandation de Monseigneur Antonio Ceriani, préfet de la bibliothèque.Mais la Providence l'appela bientôt à Rome où il devint conservateur de la bibliothèque du Vatican \u201cla Mère des Bibliothèques\u201d, comme il avait coutume de l\u2019appeler.Il fut ensuite nonce papal en Pologne et archevêque de Milan, ainsi que nous avons dit tout à l'heure.C\u2019est alors qu\u2019il fut appelé à prendre la direction suprême de l\u2019église catholique.Au lendemain de son ascension au trône apostolique, feu le cardinal Alexandre Luadli, archevêque de Palerme, rappelait des incidents de leur commune jeunesse et vantait en termes touchants la noblesse de caractère de Pie XI, la profondeur de son intelligence et de sa sensibilité, le soin qu\u2019il apporta toujours à l\u2019accomplissement de tous ses devoirs, quels qu\u2019ils fussent.Le cardinal, qui avait été le compagnon de jeunesse d\u2019Achille Ratti et qui fit avec lui ses études théologiques, rappelait en ces termes leur premiére rencontre: \u201cLe jour de mon entrée au séminaire de Milan, mon père m\u2019accompagnait tout fier de son fils.Il m\u2019accompagna au dortoir pour m'aider à passer ma première soutane.Elle s\u2019enfila rapidement, mais lorsque je voulus mettre le col romain, ni mon père ni moi ne savions comment nous y prendre. Janvier 1930 A l\u2019autre bout du dortoir, un jeune séminariste de mon âge était à disposer sa modeste garde-robe.Il vit notre embarras et vint à notre secours.Ce garçon qui m'aida ainsi à mettre mon premier col romain était Achille Ratti.Cela se passait en 1872.Nos relations depuis ont toujours été des plus cordiales, aù séminaire de Milan d\u2019abord, puis au Collège Lombard, à Rome.J\u2019eus ensuite la joie de servir sa première messe, à Rome, vers la Noël de 1879, dans l\u2019église de Saint-Charles.\u201d\u2019 Du caractère du Souverain Pontife, voici ce que dit le même cardinal Luadli: \u201cDeux mots le dépeignent\u2014or- dre et calme.Toute sa vie fut dominée par la règle: son bréviaire, sa méditation, son rosaire et son travail.Le devoir d\u2019abord, ensuite le repos.Personne n'est plus sensible que lui aux témoignages d\u2019amitié.Il reçoit une multitude de lettres et répond à toutes, mais dans ses heures de loisir seulement.Il classe ses lettres comme il classait les manuscrits de la bibliothèque ambrosienne et vaticane.Il s\u2019est fixé un certain nombre d\u2019'heures pour le repos et les loisirs.Les choses qu\u2019il ne peut physiquement faire pendant ses heures de travail attendent.Elles seront expédiées le lendemain, ou le surlendemain, aussitôt, de toute manière, qu'il pourra s\u2019en occuper.Leur tour viendra, d\u2019une façon certaine.A chaque jour suffit sa peine.L'important est de remplir chaque jour le travail de la journée.\u2018\u2019Ordre et calme: telle est sa devise.Cela peut sembler, à première vue, ne pas correspondre à son nom de famille \u201cRatti\u201d, qui signifie \u2018rapidité\u2019, et pourtant! En effet, on peut abattre plus de besogne avec ordre et calme qu'on ne ferait d\u2019une manière précipitée.\u201d 0 LOUIS XVI SERA-T-IL CANONISE ?L\u2019infortuné monarque, mort en martyr.connaitra-t-il les hon- L.A REVUE POPULAIRE Pie XI en promenade dans les jardins du Vatican.Derriére lui un camérier puis un officier de la gendarmerie pontificale.neurs de la béatification et de la canonisation?La chose n'apparaît pas comme impossible, au dire de M.le chanoine Coubé, qui vient de consacrer à ce sujet un long article, dont nous résumons les points essentiels.Il s\u2019agit de savoir pour quel motif le roi a été décapité et dans quels sentiments :1 a accepté sa condamnation.S'il a été victime d\u2019une haine politique, il ne saurait être question pour lui des honneurs de l'Eglise.Mais s\u2019il est démontré qu\u2019il a été mis à mort en haine de la religion, parce qu\u2019il ne voulait pas trahir les devoirs que fui dictait sa conscience, il peut, en principe, être béatifié.M.le chanoine Coubé rapporte l\u2019opinion personnelle du pape Pie VI, qui, le 27 juin 1793, quelques mois après le régicide, déclarait qu\u2019un de ses successeurs aurait à décider si Louis XVI devait être proposé à la vénération des fidèles.Pour lui, souverain pontife, rien ne s\u2019opposait à ce que le roi très chrétien fût, un jour, canonisé.Louis XVI aurait pu sauver sa tête et sa couronne en faisant le signe maçonnique.Il s\u2019y est refusé.Son martyre est prouvé.Or, le martyre prouvé est une cause suffisante de béatification.Ver- rons-nous le fils de saint Louis sur (Les Annales) les autels?. vi 5 » i) VE Wii ng S = SA (OS, 2 Qu 3 fs t Ho od LA REVUE POPULAIRE k 222 A \u2014 ul, T= LEUR AME, roman, par Jean- Chauveau Hurtubise.(Louis Carrier & Cie.Les Editions du Mercure, Montréal, 1929).ILS sont assez rares les auteurs canadiens qui nous donnent à lire de petits romans d'amour agréablement agencés.Celui de Jean- Chauveau Hurtubise\u2014son premier livre,\u2014 posséde quelques excellentes qualités.En tout cas, il se lit sans ennui.Pour un roman, c\u2019est un compliment.Le style et le métier sont honnêtes.Mais Jean-Chauveau Hurtubise, l'auteur même et les personnages de son roman, nous paraissent bien jeunes pour jongler avec l\u2019âme de la femme! Avant d\u2019écrire sur un sujet aussi difficile, le romancier doit d\u2019abord vivre.Aussi, M.Hur- tubise a-t-il beau faire, il ne nous apprend rien que nous ne connaissions.Ses deux héroïnes sont une jeune fille et une femme de trente ans.Elles aiment toutes deux le même jeune homme.Qui l\u2019emportera, de la jeunesse ou de l\u2019expérience?C\u2019est à peu près tout le problème.L'action se passe dans la \u2018bonne société\u201d montréalaise.L'auteur nous y fait pénétrer, mais pas très avant.L'idée qu\u2019il nous en donne est très superficielle.Ses personnages masculins, quelques jeunes gens d\u2019excellente famille, peintres, poètes et romanciers, manquent de simplicité.Ils s\u2019intitulent.\u2018intellectuels\u2019 et se font donner du \u2018\u2018cher maître\u201d.Qu'ils attendent un peu! Le roman est préfacé par Olivier Carignan, auteur des Sacrifiés.Jean-Chauveau Hurtubise est un jeune auteur qui mérite d'être suivi et encouragé.CHEZ NOS EDITEURS Aus Editions du Mercure : VIEILLES CHOSES VIEILLES GENS, par Georges Bouchard.Première édition de luxe de l\u2019ouvrage de Georges Bouchard.Vingt-cing bois gravés d Edwin H.Holgate.DE LIVRES EN LIVRES, études critiques, par Maurice Hébert.A paraître prochainement: PAPIERS DE MUSIQUE, par Léo-Pol Morin ; NICOLETTE AUCLAIR, par Marie- Rose Turcot.M.Jean-Chauveau Hurtubise, auteur de \u201cLeur Ame\u201d A l\u2019Action Canadienne-Française : LES HORIZONS, De Henri d\u2019Arles, récit d\u2019un voyage en Californie.LES HEURES LITTERAIRES, recueil de conférences.AUX EDITIONS J.FERENCZI & FILS (9, rue Antoine-Chantin, Paris).LES DAMES PIROUETTE roman, par Marc Elder.+++ RAPPELS.A la Librairie d\u2019Action Canadienne - française (Montréal.) Un pèlerinage à l'Ecole du Rang par Auguste LaPalme, prêtre.+++ Marges d'Histoire Maurault, p.s.spar Olivier EER LES ANNALES Cette revue bi-mensuelle parisienne est déjà très répandue au Canada français.Depuis quelques années surtout.grâce aux transformations que lui fit subir M.Pierre Brisson, le directeur actuel, fils du fondateur des Annales, elle mérite d\u2019intéresser beaucoup plus encore tous les amis de la culture française au Canada.Les Annales ont reproduit dernièrement, en inédit, une oeuvre remarquable de M.Constantin-Weyer: La Clairière.Cette oeuvre, comme toutes celles du Prix Goncourt 1929, est consacrée au Canada.Les Annales publient les oeuvres les plus importantes des jeunes maîtres de la littérature française.Elles ont notamment offert à leurs lecteurs: La Seconde, de Colette: La Gerbe d'Or et Le 14 juillet, d'Henri Béraud; Le Voyage aux Etats-Unis, d'André Maurois : Paris-Tombouctou et Voyage aux Caraïbes, de Paul Morand: La Caravane sans Chameaux, de Roland Dorgelès, etc.Les Annales sont en vente dans toutes les bonnes librairies canadiennes. IO OROUOSOO Janvier 1930 il 4 fi H 19 Ù ) NM a 0 LE SORTILEGE LE NOUVEAU VENU On prenait le café, sur la terrasse, devant le lac immobile, pareil sous le soleil, dans sa ceinture de pins som- .bres, à un grand miroir d\u2019étain.Nulle barque ne ridait la surface de l\u2019eau.L\u2019air vif était d\u2019une transparence limpide, la fraîcheur lIacustre délicieuse.Février, presque toujours tissé de pluie fine dans les Landes, avait parfois de ces répits pleins de douceur.Dans le jardin, Iles boules d\u2019or pelucheuses des mimosas, de véritables arbres au feuillage vert-de-gris, exhalaient leur petite âme suave, une odeur de miel grisante.Les chênes-lièges montraient leurs troncs rocailleux et des pelouses retournées venait une bonne odeur de terre.La villa de M.Navaros : Aguaréna (ce qui signifie en basque: eau et sable) était la plus belle et la mieux tenue d\u2019Hossegor.Les rares passants pouvaient admirer la percée de ses bow- windows aux vitres étincelantes, et ses volets vert sombre.La fille des Navaros: Maitena, une jolie brune de dix-huit ans, aux yeux sombres, versa le café dans les tasses blanches, quadrillées, comme la nappe, de bleu et de rouge, à la mode du pays.Fille servit d\u2019abord l'invité, Me d\u2019Es- tribat, ancien notaire de Saint-Vincent- de-Tvyrosse, retiré des affaires, puis son cousin Vincent Itsaxou, jeune ingénieur et directeur de la scierie dont M.Na- varos était propriétaire et dont on entendait le bourdonnement d'abeille industrieuse.Vincent, petit de taille, noir de teint et de visage ingrat, avait un type basque très prononcé.Mme Navaros, grande forte femme aux traits rudes et cheveux grisonnants, et M.Navaros qui avait dû être fort beau et que l\u2019on sentait dominé par son épouse, semblaient aimer Vincent comme un fils.\u2014Savez-vous, déclara Me d\u2019Estribat que notre trou perdu compte un habitant de plus?En dehors de la scierie, de l\u2019auberge Cazère où l\u2019on dégustait des huîtres, de la villa d\u2019Aguaréna, bâtie dans le style basque, avec son toit incliné d\u2019un côté, ses balcons et ses terrasses, de la jolie maison landaise carrée de Me d\u2019Estri- bat, aux colombages de bois bleu indigo sur briques roses, de la maisonnette que Vincent Itsaxou habitait avec sa mère infirme, Hossegor ne comptait guère que quelques petites demeures basses PAR Eve Paul Margueritte dissimulées sous a pinéde et des métairies pauvres de résiniers, dans la campagne.Les propriétés n\u2019étaient pas murées, mais entourées de brande.Aussi toute nouvelle arrivée produi- sait-elle une sensation.La grande ville la plus proche, Bayonne, se trouvait à une vingtaine de kilométres, mais on éprouvait à Hossegor une curieuse impression d\u2019être au \u201cbout du monde\u201d.La grande forêt avec l\u2019enchevêtrement dajoncs, de ronces et de fougères, les tapis de bruyère, les dunes arrondies avec leur végétation luxuriante concouraient à donner une impression de nature vierge.L'immense plage de sable au bord de l\u2019Océan, partie de celle qui s\u2019étend d\u2019Arcachon à la côte d\u2019Espagne, étonnait par sa monotonie grandiose.\u2014De qui s'agit-il ?demanda Mme Navaros, avec curiosité.\u2014Un homme ou une femme?interrogea Jean Navaros.\u2014Sans doute, quelque neurasthénique en quête de solitude, suggéra Vincent.ou une désenchantée qui vient soigner ici un chagrin d\u2019amour.À moins que.ce soit un commerçant de Bayonne ou de Dax retiré des affaires?\u2014Vous n\u2019y êtes pas, déclara le vieux notaire d\u2019un aif finaud.Il ne s\u2019agit ni d\u2019une neurasthénique, ni d\u2019une dame abandonnée, ni d\u2019un vieux commerçant de province; notre nouvel hôte est un jeune homme charmant, un Parisien.Maïtena qui n\u2019avait jusqu\u2019alors prêté aucune attention à la discussion, dressa l'oreille.Ses yeux se fixérent, interrogateurs, sur le visage du vieux notaire.Ce mot de Parisien faisait éprouver à la jeune fille qui n\u2019avait jamais quitté son coin d\u2019Hossegor, (les Navaros étaient venus s\u2019y établir alors qu\u2019elle avait trois ans), une sensation bizarre.Paris représentait pour elle toutes les séductions de plaisir et du luxe, avec quelque chose de plus.Elle imaginait les boulevards avec leurs affiches lumineuses, les théâtres, les restaurants étincelants de clartés, les magasins avec leurs tentations, toute la féerie moderne.Maïtena cependant aimait son pays d\u2019un amour passionné, exclusif.Elle en goûtait profondément la solitude farouche et le charme un FRS PSE ERA peu triste.Mais l\u2019attrait de l'inconnu la fascinait et l\u2019effrayait tout ensemble.Elle eut voulu connaître la terre entière, persuadée d\u2019ailleurs qu\u2019elle pré- rérerait à tout autre le.décor d\u2019Hos- segof.\u2014Oui, Mesdames, reprit Me d\u2019Estri- bat, ravi de la sensation qu\u2019avaient produite ses paroles.Notre nouvel hôte est un Prince Charmant, il vous inspirera le coup de foudre à première vue.C\u2019est un jeune Apollon, une beauté grecque, des traits réguliers, un visage glabre, un grand front lisse comme une dalle, un nez droit, un teint mat, d\u2019épais cheveux noirs, légèrement bouclés et de larges yeux d\u2019un bleu d\u2019infini, sous de longs cils sombres recourbés, d'admirables yeux ardents, presque sauvages.Bref une figure originale, impérieuse qui commande attention et que l\u2019on n\u2019oublie pas.\u2014C\u2019est trop! fit Vincent ironique et un peu envieux.Votre Apollon me dégoûte ! \u2014Je n\u2019aime pas non plus qu\u2019un homme soit trop beau, déclara Mme Nava- TOS.\u2014Je suis de votre avis, dit Me d\u2019Es- tribat, s\u2019il s\u2019agit d\u2019une beauté uniquement physique.Mais toute la personne de mon jeune inconnu dégage une beauté morale; il porte la noblesse inscrite sur son visage et aussi l\u2019intelligence.Il appartient à la race élue, supérieure aux faiblesses et aux vanités du monde.\u2014 Si] est aussi séduisant que vous le dites, fit Maïtena, il ne restera pas longtemps ici.\u2014Pourquoi cela?dit Vincent, agacé de voir l'intérêt que Maïtena prenait au nouveau venu.Vous vivez bien à Hosségor, moi aussi.Il est vrai qu\u2019un Parisien frivole s\u2019ennuiera dans notre retraite.La jeune fille, une fois de plus, ressentit le ton agressif du Basque.Vif et emporté, Vincent ne ménageait pas celle qu\u2019il traitait en soeur.Ayant toujours connu Maïtena, il la considérait comme une fillette, mais celle-ci se faisait femme.Basque, elle appartenait elle aussi à cette race particulière, à la fois ardente et contenue, fière et orgueilleuse, capable en bien et en mal de sentiments extrêmes.\u2014Que vient faire ici ce bel étranger ?demanda Mme Navaros, pratique.\u2014 Voila ce qu'on ignore encore, et ce qui intrigue, avoua Me d\u2019Estribat. iH a boAU SOUTHER GAL RH MH RH \u2014I1 ne viendrait pas pour l\u2019adjudication du domaine de Peyhorade ?s\u2019enquit Jean Navaros, inquiet.Il avait des vues sur une partie de cette immense forêt, plantée de pins et de chênes-lièges, située entre la mer et le lac, qui s\u2019étendait sur plus de deux cents hectares, et dont il souhaitait acheter un morceau; le placement serait avantageux, car la résine se vendait bien et les pins y étaient fort beaux.\u2014Cela m\u2019étonnerait, car j'ai rencontré ce matin, au marché de Saint-Vin- cent-de-Tyrosse mon successeur et ami Me Labuque, qui est chargé par les héritiers du marquis de Peyhorade de la vente du domaine.Il m\u2019a énuméré les noms des compétiteurs qui veulent se partager cette dépouille et celui de Claude Sainville ne figure point parmi eux.\u2014 Votre jeune étranger s'appelle Claude Sainville ?demanda Maïtena de sa voix grave et chaude, en dégustant chaque syllabe de ce nom comme un sorbet exquis.Pourquoi certains noms résonnent- ils d\u2019un attrait indéfinissable?\u2014Oui, Mademoiselle, un joli nom n\u2019est-ce pas?Digne de celui qui le porte.Claude Sainville! Cela vous a un petit air de héros de roman, ne trou- vez-vous pas?\u2014dJe n'aime pas ce nom, moi, dit Vincent, d\u2019un air sombre.Il est trop efféminé.\u2014Ca n\u2019a pas l\u2019air très sérieux, renchérit madame Navaros, qui en femme simple se défiait de tout ce qui avait une allure romanesque.\u2014Comment est-il donc arrivé ?demanda M.Navaros.Pas le chemin de fer.J\u2019étais à la gare de Marennes ce matin pour l\u2019arrivée du train de Paris.(J\u2019attends une pièce pour une de mes scies à rubans, un arbre-montant cassé par la faute d\u2019Onesse, mon contremaître) et je n\u2019ai pas vu descendre le moindre voyageur.De même au retour, le long de la route, je n'ai vu passer aucune auto, ce qui est rare! \u2014 Depuis la guerre, dit Vincent, les autos se sont multipliées.Elles ont envahi nos routes de sable où ne passaient autrefois que les lents attelages de boeufs accouplés par deux, ou les charrois d'arbres entiers tirés par les mules harnachées.\u2014La jument alezanne Nora qu\u201don attèle, et que Maïtena monte quelquefois, commence à s'habituer aux autos.Mais mon vieux cob: Tambour, saute encore au moindre son de trompe.Avant-hier sur la route de Bayonne, il a manqué me jeter dans je fossé.\u2014Ah! les temps sont bien changés, soupira M.d\u2019Estribat, vous verrez un jour prochain ce pays sauvage envahi par les étrangers Un gras bijoutier de Biarritz va, dit-on, faire construire une villa au bord du lac.Et Onesse a vendu pour dix mille francs, son terrain d\u2019un hectare à une famille de Bordeaux, qui veut faire bâtir pour passer été à Hossegor.Enfin Me Labuque ne m\u2019affirmait-il pas qu\u2019une société allait se fonder pour lexploitation de tout ce coin perdu des Landes.\u2014Mais déjà, avant la guerre, dit Jean Navaros, la chose avait été tentée.\u2014Sans succès, compléta Mme Na- varos.\u2014Je sais.cette société avait fait LA REVUE POPULAIRE faillite, dit Me d\u2019Estribat.Il y a eu la guerre.Mais l'affaire peut être reprise avec succès.La commune est toute disposée à céder ses terrains moyennant un bon prix.\u2014Comme si elle ne s\u2019était pas déjà enrichie, intervint Vincent.Au prix où se vend la résine!\u2026 Près de deux mille francs la barrique! \u2014C\u2019est moi qui serais contente si le pays se civilisait un peu, dit Madame Nawaros.Si vous croyez que c\u2019est drôle pour une maîtresse de maison de ne jamais savoir quoi ordonner pour le déjeuner.Le boulanger et le boucher viennent d\u2019Ygos.S\u2019ils oublient de passer, on n\u2019a qu\u2019à boucler sa ceinture.\u2014Il faut élever des poules et des lapins, comme moi, dit Me d\u2019Estribat qui était fier de sa basse-cour et de son clapier.\u2014Nous avons un beau potager, ce qui n\u2019est déjà pas un mince résultat dans ce terrain de sable.Les haricots et les tomates nous reviennent d\u2019ailleurs assez cher.De plus, nous tuons un cochon chaque année à Noël et mangeons des saucisses et des jambons jusqu\u2019à Pâques et souvent même jusqu\u2019à la Pentecôte.Pendant cet intermède prosaïque, Maitena était palpitante.Jamais le terre à terre maternel ne l\u2019avait autant agacée.\u2014Tout cela n\u2019explique pas, dit-elle, comment votre inconnu à débarqué chez nous.Il n\u2019est pas tombé de la lune en avion, je suppose?On aurait entendu le bruit du moteur.\u2014En effet, dit Me d\u2019Estribat, il a choisi un moyen de locomotion beaucoup moins moderne et a débarqué (c\u2019est le cas de le dire) en bateau.\u2014Où donc?Pas sur les rives du lac?demanda Vincent surpris.\u2014Non, notre lac a beau être relié à la mer par un canal, il ne contiendrait pas, même à marée haute, assez d\u2019eau pour le tonnage du petit yacht blanc qui a amené M.Sainville.L\u2019Argo\u2014tel est le nom de ce joli navire\u2014a jeté l\u2019ancre dans le port d\u2019Ygos.\u2014Voilà une arrivée peu banale, remarqua Jean Navaros.Quelle toison d\u2019Or vient ici conquérir ce nouveau Jason ?\u2014Mystère! Mystère! cher ami.Nous en sommes encore réduits aux conjectures.Mais patience, tout se saura bientôt.\u2014Si M.Sainville est descendu à Ygos, fit Maïtena d\u2019un air boudeur, ii n\u2019est pas tout à fait notre voisin, comme vous le disiez.\u2014Attendez, chère enfant, vous ne me laissez pas parler! M.Sainville a débarqué à Ygos, mais il s\u2019installe à Hos- segor.\u2014Où donc?demanda avec curiosité Mme Navaros.L'auberge tenue par Orazie Cazères me semble un séjour bien sommaire pour le fortuné possesseur d\u2019un yacht.\u2014Aussi n\u2019est-ce pas chez Orazie qu\u2019il est descendu, fit avec lenteur Me d\u2019Es- tribat qui ménageait ses effets.\u2014Alors je ne vois pas où, fit Maï- tena.\u2014Cela vous intrigue, Mesdames.Hé bien il a loué, vis-à-vis, vers le milieu du lac, sur l\u2019autre rive à l\u2019endroit où le morceau de forêt qui sépare le lac de l'océan est le plus étroit la petite maison appartenant à Cazère, que celui- ci loue quand il peut, et utilise le reste Janvier 1930 du temps pour serrer ses engins de chasse et de pêche.Il y habite même à l'automne quand il va affâter la palombe.\u2014Que disais-je ! s\u2019exclama Vincent qui décidément n\u2019éprouvait aucune sympathie pour le nouveau-venu.C\u2019est un neurasthénique ou un fou.Maïtena jlui lança un regard singulier que Me d\u2019Estrbiat intercepta au passage.\u201cHé! Hé, songea-t-il, il ne faut pas se fier à l\u2019eau qui dort.A la place des parents je surveillerais cette petite\u201d.Et à voix haute.\u2014Vous n\u2019y êtes pas, monsieur It- saxou, fit le notaire avec chaleur.M.Sainville me donne l'impression d\u2019un homme équilibré et parfaitement mai- tre de lui.C\u2019est sûrement une nature énergique, je dirais presque indomptable.A travers ses paroles simples et précises, qui vont droit au but, on sent en lui une force.Et, en le voyant, on évoque invinciblement l\u2019idée d\u2019un conquérant: sur son front, on lie les vastes projets, les grandes pensées, un idéal dans ses larges yeux bleus qui semblent regarder à l\u2019horizon au-dessus des hommes.Jason, avez-vous dit tout à Pheure monsieur Navaros en entendant le nom de son bateau?Oui, ce surnom lui convient certainement.Il doit avoir un but et toutes les ténacités pour y atteindre.Ou je me trompe fort ou cet homme est un ambitieux prêt à conquérir le monde.Ce n\u2019est pas un individu ordinaire.Il fera sûrement de grandes choses.\u2014Vous lui avez donc parlé ?s\u2019écria Maïtena.C\u2019est-à-dire, qu\u2019après avoir assisté ce matin au débarquement de M.Sainville dans le port d\u2019Ygos je prenais un porto au café de l\u2019Espérance avec le docteur Garigad, j'ai retrouvé celui-ci un peu plus tard chez Cazère, où j'ai pu l\u2019étudier à loisir, juste avant de venir savourer chez vous, mes chers amis, un de ces délicieux repas, servi sur le joli linge du Béarn, comme seule Mme Na- varos sait en offrir à ses invités.Je ne connais aucune maison où l\u2019on déguste d'aussi succulents confits d\u2019oie et des foies de canard aussi délectables.Je crois, entre nous, que Cazère vous Té-, serve les plus belles huîtres de son parc.Quant à votre vin des sables, je ne sais où vous le prenez, mais je n\u2019ai pu encore m\u2019en procurer du pareil.Mme Navaros, d\u2019un sourire reconnaissant admit la justesse du compliment.Elle se donnait assez de mal pour que tout fût parfait à sa table.\u2014Encore un peu d\u2019Izarra?proposa-t- elle au gourmand notaire qui accepta.\u2014Cette liqueur d'herbes des Pyrénées passe pour digestive, dit-il.Maïtena empiit le verre de Me d\u2019Es- tribat qui huma l\u2019arome parfumé, avant de déguster à petites gorgées, les yeux mi-clos, le liquide jaune d\u2019or.Maïtena n\u2019osait plus ramener le bonhomme au sujet qui la passionnait par crainte de faire remarquer son insistance; mais ses rougeurs subites, alternant avec une pâleur mate, la fébrilité de ses mains.l'éclair de son regard auraient décelé son émotion intérieure à des yeux moins distraits que ceux de ses parents.Seul Vincent {la remarqua et se renfrogna davantage, ce qui accentuait le caractère déjà austère de sa physionomie. +\" Janvier 1930 Ce fut Jean Navaros qui reprit la conversation au point interrompu.\u2014Votre Sainville s\u2019est installé dites- vous dans la petite maison de Cozère qu\u2019on appelle \u201cl\u2019Esquirro\u201d, pour peu de temps sans doute?\u2014Mais non, il a loué pour un an.Cazère n\u2019en revenait pas.Notre aubergiste est ravi de l\u2019aubaine, et il en a profité pour demander un prix disproportionné avec la simplicité de la maisonnette, mais notre Jason, qui possède peut-être déjà la Toison d\u2019Or n\u2019a pas marchandé; l'affaire a été conclue séance tenante.M.Sainville a payé le premier semestre en signant l\u2019engagement de bail (c\u2019est ainsi que j'ai appris son nom) et a réquisitionné la grande charrette à boeufs des Cazère nour qu\u2019on aille chercher cet après-midi, à bord de l\u2019Argo ses malles et bagages.Il emménage sans doute en ce moment.Lies Cazère se chargeront de lui porter chaque jour en barque Iles.provisions nécessaires et comme il cherchait un domestique, Orazie.lui a indiqué [le jeune Jean Mugron qui sait faire la cuisine.\u2014Je le connais dit Mme Navaros, un gentil garçon, c\u2019est le neveu d\u2019Agathe, notre femme de chambre et le cousin de Zélie, la petite bonne des Itsaxou.Je crois qu\u2019il cuisine assez bien, mais j\u2019espère que M.Sainville aime l'ail et l\u2019huile, car les gens du pays en mettent dans tous les plats.\u2014T\u2019Esquirro est gentiment meublé, dit le vieux notaire, Cazère l\u2019avait louée, une année, à une Américaine excentrique échouée ici sous Dieu sait quel prétexte, et cette étrangère avait fait beaucoup de frais pour rendre la maison confortable.Le chauffage central, l\u2019électricité y sont installés.Il y à une salle de bains.Mrs.Watson avait même le téléphone!\u2026 C\u2019est elle qui a renouvelé le mobilier: des sièges et des bahuts du pays, de vieux meubles simples mais agréables de lignes, Cazère avait eu de la chance.\u2014Votre Sainville sera là comme un roi! railla Vincent.\u2014Que peut bien venir faire ici ce jeune homme?répéta M.Navaros rêveur, résumant par sa question la curiosité générale.Tt MAITENA Personne, sauf Vincent, n\u2019avait re marqué le trouble de Maïtena, dorsqu\u2019il avait été question du nouveau-venu.Met Mme Navaros considéraient toujours, malgré ses dix-huit ans, leur fille comme une enfant.A la voir journellement ils ne s\u2019étaient pas aperçus de la transformation et que Maïtena était devenue une femme.Elevée depuis l'enfance dans ce désert, sauf son séjour à Dax à la pension des demoiselles Dorveux, sans amie de son âge, sans confidente, Maïtena, s'était peu à peu repliée sur elle-même.Le père, qui après avoir été ramasser un petit pécule en Argentine, était venu s\u2019établir quinze ans auparavant à Hossegor, s\u2019était peu à peu englué dans la somnolence provinciale; quand il n\u2019était pas à la scierie, il passait tout son temps au Café de l\u2019Espérance, à Ygos-Plage.bien assez de mal à faire régner une Souprosse: le médecin: M.Garigad et un certain M.d\u2019Arjuzan, propriétaire LA REVUE POPULAIRE d\u2019un ridicule petit castel.Ces messieurs se livraient à d\u2019interminables manilles, coupées de discussions politiques diffuses.Quant à Mme Navaros, entièrement occupée de soucis ménagers, elle avait bien assez de mal à faire régner une autorité incontestée sur Bathilde, la cuisinière, sur le jardinier-cocher, son époux, Simon et sur la femme de chambre Agathe, mère de la jeune Zé- lie, qui servait chez les Itsaxou, pour s'occuper activement de Maitena.Elle croyait s\u2019être acquittée envers sa fille, pour l\u2019avoir fait instruire d\u2019abord par la vieille Mlle Minizan, et l'avoir mise ensuite en pension à Dax, chez les demoiselles Dorvenx.A dix-huit ans, Maïtena \u2018avait acquis des connaissances moyennes en français, en histoire et en géographie, mais ses lectures personnelles l\u2019avaient autrement développée.Elle parlait un peu l\u2019anglais et l'espagnol, était bonne pianiste et chantait agréablement.Elle avait une voix riche, profonde qui, mieux cultivée, aurait pu être très belle: Maïtena était née musicienne, elle possédait le don.De combien d\u2019ennuis elle s\u2019était consolée en faisant de la musique pour elle seule.Lia musique et les fleurs étaient ses seules distractions.Maitena avait se roseraie qu\u2019elle entretenait elle-même et dont elle était fière.Lies occupations de Maïtena étaient soumises à une régularité monastique.La jeune fille devait se lever le matin à sept heures.A huit heures, petit déjeuner en commun.Ensuite, la jeune fille partait à bicyclette au \u201cbourg\u201d faire les commissions dont sa mère pouvait avoir besoin.De dix heures à midi, elle étudiait son piano.Après le déjeuner qui réunissait à nouveau la famille, Maïtena était libre: elle voguait dans sa yole sur le lac, ou plus souvent se promenait avec sa mère, à moins que son père ne consentit à monter à cheval avec elle, ce que Maï- tena préférait, car elle adorait l\u2019équitation.Toute petite, elle avait appris à se tenir en selle.Par la suite, M.Na- varos avait acheté une jument Nora qui pouvait s\u2019atteler et se monter.Lui avait un vieux cheval de régiment : Tambour qui dressait les oreilles si par hasard il entendait une trompette.A vivre sans amies et sans camarades de son âge, Maïtena avait pris l'habitude de peu parler et de vivre en elle-même.Ses parents, très différents d\u2019elle, ne la comprenaient guère.Maïtena s\u2019était peu à peu réfugiée dans le rêve.Elle vivait une existence tout intérieure, à demi-hallucinée.À l'insu de ses parents, elle avait dévoré la bibliothèque provenant de son grand- père paternel: le docteur Navaros, savant obscur, érudit et dilettante.Elle avait lu les tragiques grecs, les vieux fabliaux francais, Montaigne, les classiques Hugo et Shakespeare l'avajent enthousiasmée.Ces lectures variées avaient peuplé son cerveau d'images confuses.Elle avait \u2018déjà vécu en pensée plusieurs existences imaginaires.Car elle se représentait ses rêves avec tant d\u2019intensité qu\u2019ils devenaient pour elle la réalité.Cependant que d\u2019un air paisible, elle écoutait les gronderies maternelles, ou semblait absorbée par une bro- detie, elle se livrait aux dangereuses méditations de la solitude.Que de bel- 21 les heures elle avait passées seule, la journée finie, enfermée dans sa chambre, à lire tard avant la nuit, alors que tout le monde dormait à Aguaréna.Ces lectures lui avaient donné la confuse révélation d\u2019une vie passionnée.Elle avait modelé son idéal à la ressemblance des héros de l\u2019Histoire et du roman et en avait conçu le mépris des hommes médiocres.L'idée qu\u2019il ne lui arriverait jamais rien l\u2019épouvantait.Dans un terrain ainsi préparé la venue d'un étranger jeune, beau, supérieur devait déchaîner dans le coeur de Maïtena les passions latentes qui y sommeillaient.Toutes ses puissances de rêve, toutes ses aspirations confuses se cristallisèrent sur le jeune homme qui incarna pour elle l'idéal.Ce soir-là, Maïtena repassait dans son esprit la conversation du déjeuner.Qu'il devait être noble et séduisant, ce Claude Sainville ! Une nature d\u2019élite, - sûrement! Oh! connaître un être supérieur, quelqu\u2019un qui s\u2019intéressât à des sujets plus poétiques que le nombre de planches débitées par la scierie, comme Vincent, ou les potins d\u2019Ygos qui passionnaient M.Navaros, ou la paresse des domestiques et le coût du beef- steack qui obsédaient Mme Navaros.\u201cUn jeune Apollon, avait dit Me d\u2019Estribat, grand.élancé, des yeux bleus d\u2019infini sous d\u2019épais cheveux bou- tlés noirs.Une beauté physique, sûre garante d\u2019une beauté morale.\u201d Comme il devait être différent de Vincent, le seul homme jeune que connût Maïtena! Son cousin était petit de taille, malingre, avec un visage ingrat.Et elle, Maïtena, était-elle jolie?Jamais elle ne s\u2019était posé cette question.Elle contempla d\u2019un oeil critique son image dans le miroir au-dessus de la cheminée.Son petit visage bronzé, énigmatique, ne lui déplut pas.Elle avait une jolie peau dorée comme un beau fruit.Les sourcils noirs traçaient deux arcs, nets et minces qu\u2019on eût dit dessinés par un pinceau chinois.Ses cheveux très noirs, aux reflets fauves, étaient lissés en arrière et noués sur la nuque en un gros chignon tordu.Ils découvraient un joli front d\u2019ivoire poli.Parfois elle les laissait flotter dénoués sur les épaules, la tête enserrée à a mode basque, d\u2019un foulard bleu.Les yeux sombres fendus en amandes, paraissaient immenses sous les longs cils recourbés.Ils disaient l'innocence et la malice.Mais parfois ils laissaient entrevoir des profondeurs troubles.\u201cLes traits sont assez bien, remar- qua-t-elle, mais la bouche est un peu grande, jles sourcils trop marqués.Mes cheveux sont abondants, mais sans finesse.J\u2019ai l\u2019air d\u2019une gitane avec mes bras bronzés par le soleil, mon visage halé.Inutile de me le dissimuler, je suis noire comme un pruneau.Bah! l\u2019ensemble est passable.II me semble que je puis être aimée.Pourquoi Claude Sainville ne m\u2019épouserait-il pas?Et elle s\u2019abandonna avec ivresse à cette première méditation amoureuse, où se mélaient espérances et craintes.Maïtena s\u2019approcha de la fenêtre qui était ouverte, et par laquelle entraient toutes les senteurs du jardin, intensi- - fiées par la nuit.La lune éclairait le paysage baigné de clarté bleuâtre, les pins noirs qui faisaient masse d\u2019ombre et les chènes-liège au feuillage pâle.Le croissant de lune se reflétait en fau- Tree 8 Mie in A ER OT Rata cille argentée dans l'eau du lac qui scintillait comme un miroir.Au loin, sur l\u2019autre rive, une lumière brillait au milieu des arbres.\u2014C\u2019est I'Esquirro ! murmura Maïte- na.Il ne dort pas encore.Oh! l\u2019entrevoir seulement! Ce souhait à peine formulé, un désir irrésistible la saisit.Pourquoi n\u2019irait- elle pas faire un tour jusqu\u2019aux abords de la maison de Cazère?Bien souvent.elle sortait ainsi le soir à l\u2019insu de ses parénts qui se couchaient de bonne heure.Souvent, aprés les journées étouffantes de l\u2019été, elle allait jusqu\u2019au bord de la mer, respirer l\u2019air du large.Une fois le pont de bois rustique franchi, qui enjambait le canal, elle tra- varsait en dix minutes la forêt qui -sé- pare le lac de l\u2019Océan, et après avoir escaladé les dunes, descendait sur l\u2019immense plage qui, d\u2019Arcachon à Saint- Sébastien décrit sa courbe harmonieuse, le long des flots.Là, étendue sur le sable tiède, face aux étoiles, Maïtena écoutait le sourd grondement de l\u2019Océan qui berçait en elle des songes confus.La nuit favorisait sa rêverie, le silence ajoutait à son recueillement » c\u2019est alors que sa vie intérieure.s\u2019exprimait avec le plus de force.Ou bien, elle chantait de sa voix riche et grave ses chansons préférées, de vieux airs basques ardents et nostalgiques.Elle sentait à ses lèvres le goût de sel de l'embrun.Les heures coulaient rapides et douces.Elle rentrait sans avoir rencontré âme qui vive dans la maison dont toutes les fenêtres et portes restaient ouvertes, tant la confiance régnait, absolue, en ce désert.Ses sorties l\u2019hiver étaient plus rares.Le froid et la pluie la retenaient au logis.Mais ce soir-là, Maïtena ne put résister à la tentation: la nuit était tiède comme une nuit de printemps.Elle jeta un manteau de laine sur sa robe et se glissa dehors sans bruit, en ayant soin d\u2019ouvrir tout doucement la grille du jardin pour l'empêcher de grincer.Elle s\u2019avanca lentement d'abord sur la digue qui bordait le canal; une fois le pont de bois franchi, elle se mit à courir dans le sentier feutré d\u2019aiguilles de pin, qui longeait le lac sur l\u2019autre rive.Le silence nocturne se peuplait pour elle de bruits familiers: la rumeur monotone de l\u2019océan sur la grève Jlà- bas par delà les arbres et les dunes ; la fuite d\u2019un écureuil dans les branches, la chute d\u2019une pomme de pin parmi les fougères.Une saine odeur de résine flottait.La marée était étale et l\u2019eau du lac salin clapotait doucement sur le sable pâle.La clarté lunaire teintait de blanc le ruban du sentier et tâchait çà et là d\u2019argent le sommet des pins, les bruyères et les ajoncs.Maïtena ressentait une allégresse légère jamais éprouvée jusqu\u2019alors.Elle aspirait l\u2019air vif à pleins poumons.Il lui semblait que dans sa vie close entrait le vent du large.Etait-il possible qu\u2019un nom seul, la simple évocation d\u2019un fantôme, eût opéré ce miracle?Jason! Maitena essayait de se rappeler la légende, apprise autrefois.du héros Thessalien.Petit fils de Créthéus, le fondateur d\u2019Iol- chos, Jason avait été élevé nar le centaure Chiron sur le Pélion.Arrivé à l\u2019âge d'homme, il réclamait à son oncle.qui le lui avait usurpé, son royaume.Pelias promettait de le lui rendre, LA REVUE POPULAIRE en échange de la fabuleuse Toison d\u2019Or.Jason organisait alors, pour la Colchide, avec cinquante héros, sur le vaisseau Argo, la fameuse expédition des Argonautes.Il accomplissait mille exploits surprenants «et sortait vainqueur de redoutables épreuves, grâce à l'amour de la magicienne Médée.Il réussissait enfin à conquérir sur le dragon qui la gardait, la Toison d\u2019Or, et régnait d\u2019abord avec Pélias sur Iolchos, puis avec Médée qu\u2019il épousait, sur Corcyre.Le petit volume expurgé dans lequel Maïtena avait étudié la mythologie taisait la suite de l\u2019histoire: comment Jason infidèle abandonnait Médée pour Glauké, fille du roi Créon et les fureurs de Médée égorgeant sa rivale et les enfants qu\u2019elle avait eus de Jason.Ou si par la suite, elle à lu Euripide et Hésiode, Maïtena a oublié la fin de la légende.Aussi se prit-elle à murmurer: \u201cS'il est Jason, puissé-je être Médée ?Que ne donnerais-je pour être la magicienne qui l'aiderait à surmonter toutes les épreuves, à s'emparer de la Toison d\u2019Or et à conquérir un royaume.\u201d Elle avait couru si vite qu\u2019elle s\u2019arrêta, le souffle coupé, pour reprendre hajeine.Puis, elle se remit en chemin à pas lents, mais aimantée invinciblement par la fenêtre éclairée qui se rapprochait peu à peu.Bientôt, elle distingua la façade blafarde de la maisonnette.Le jardin, planté d\u2019un noyer, d\u2019un cèdre, de pins et de chênes-liège, n\u2019était pas clos, sauf sur le derrière par unè haie de troènes intermittente.Sur le devant, aucune clôture.On descendait quelques marches taillées dans le remblai et l\u2019on accédait à la petite plage de sable fin qui glissait en pente douce jusaw\u2019au lac.A marée haute, l\u2019eau venait battre contre la petite digue de pierre qui surélevait le terre-plain ; dans les chambres.lambrissées de sapin comme des cabines, on devait, par les fenêtres étroites, éprouver l\u2019impression d\u2019être en paquebot.Une seule fenêtre était éclairée au rez-de-chaussée.Maïtena supposa que ce devait être celle du salon.Les volets n\u2019étaient pas fermés.Maïtena contourna la baie de troènes et s\u2019approcha de la fenêtre.Son coeur battait tumultueux, ses oreilles bourdonnaient et elle avait comme un nuage devant les yeux.On l\u2019eût bien étonnée si on avait dit à Maïtena la veille seulement, qu\u2019elle oublierait la naturelle pudeur féminine au point de venir épier dans sa demeure un étranger dont elle ne savait rien.Une passion plus forte qu\u2019elle la dominait, où entraient de la curiosité, l\u2019émoi du mystère, et, si ridicule que soit ce mot s'appliquant à un inconnu, de l'amour.Romanesque, prête à s\u2019éprendre du premier venu qui incarnerait son \u201cidéal\u201d de jeune fille ignorante et passionnée, Maitena devait fatalement dédier à Claude Sainville la tendresse inassouvie de son coeur et \u201ccristalliser\u201d sur la personne du jeune homme les puissances de réves de sa dévorante imagination.Maïtena s\u2019approcha à pas de velours et colla son visage à la vitre.Son émotion était si forte que tout d\u2019abord, comme une chauve-souris éblouie par la lumière et se cognant aux murs, elle ne distingua rien.Mais, ses yeux s\u2019habituant, elle le vit soudain.Janvier 1930 Claude Sainville était assis dans un fauteuil paysan devant une table de bois rustique qu\u2019éclairait un flambeau de cuivre électrique voilé d\u2019un abat- jour jaune.Il tenait un crayon à la main et jetait des notes rapides sur des feuilles de papier étalées devant lui.Maïtena put le contempler à loisir.Son visage se présentait de trois quarts, le côté gauche sortant de l\u2019ombre.Il était aussi beau que l\u2019avait dit le vieux notaire; mais sa distinction était trop grande pour que cette beauté fut choquante.Il avait en plus une noblesse d'expression incomparable et une attitude pleine d\u2019élégance et de fierté.Son grand front lisse portait le sceau du génie, et ses immenses yeux bleus avaient les reflets de l\u2019acier.Rien qu\u2019à le voir on admirait sa grâce; on lui supposait tous les talents.Claude réalisait toutes les qualités extérieures de son idéal.Maïtena fut subjuguée.Ce visage d\u2019audace et de fierté devait la poursuivre de son obsession.\u201cC\u2019est un surhomme, jugea-t-elle.Quoi qu\u2019il entreprenne il doit réussir.Je l'aime, je serai sa femme!\u201d Elle lisait clairement sur son front la certitude d\u2019une grande destinée.Le jeune homme semblait triste et préoccupé.Par moments, il appuyait sa belle tête dans sa main longue et blanche et se perdait alors dans une méditation qui n\u2019avait rien de joyeux.\u201cIl souffre, pensa-t-elle.Quel peut bien être son tourment ?Comme je voudrais le consoler!\u201d Elle était aimantée, comme par une force qui l\u2019attirait hors d\u2019elle-même.Elle était sur le point de frapper à la porte.Mais tout d\u2019un coup elle crut percevoir, venant du lac, un bruit de soie déchirée.Pas de doute, une barque s\u2019approchait de la petite plage.Maïtena se rejeta dans l\u2019ombre du cèdre.Quel visiteur nocturne venait trouver Claude Sain- ville à cette heure tardive?La barque glissait doucement sur l\u2019eau moirée.laissant derr\u2018ère elle un sillage d\u2019argent.Une forme noire assise au milieu.ramait d\u2019un mouvement égal et sûr.Etait-ce un homme, une femme?Les cheveux coupés courts que le reflet lunaire faisait paraître presque blancs.permettaient le doute.La barque accosta et la silhouette sauta à terre.Ie manteau sombre s'écarta.Maïtena vit alors une femme jeune, vêtue d\u2019une robe de crêpe blanc, très élégante.drapant un corps svelte et élancé.Son coeur se serra.Que venait faire cette personne chez Claude Sain- ville?Car l\u2019inconnue venait bien pour lui seul.Elle amarra la barque et s\u2019a- vanca sans hésitation jusqu\u2019à la porte où elle frappa quelques coups légers.Celle-ci s\u2019ouvrit presque aussitôt et la haute taille de Claude Sainville se dressa dans l'encadrement.Maïtena ne l\u2019avait pas cru si grand et si fort.Les yeux du jeune homme clignérent surpris dans l\u2019obscurité du jardin, mais il dût reconnaître aussitôt la nouvelle venue, car il poussa une exclamation de joie éverdue: \u2014Vous! Vous ici! cria-t-il d'une voix chaude et vibrante, en saisissant la main de la jeune femme vêtue de blanc, qu'il oressa contre son coeur.Cette voix.au timbre mordant, révélait par sa seule prononciation une personnalité.\u2014Je n\u2019ai pas voulu partir sans vous Janvier 1930 dire un dernier au revoir, répondit-elle d\u2019une voix que Maïtena injustement, jugea perçante et artificielle.\u2014Entrez, dit Claude en s\u2019effaçant pour la laisser passer.La jeune femme tourna la tête vers la barque comme pour s'assurer que celle-ci ne serait pas emportée par le flot et Maïtena vit distinctement son visage.De jolis traits fins, un nez droit, une bouche petite et charnue comme une cerise, des yeux gris et des cheveux blands mousseux.Elle ne devait pas avoir plus de vingt-quatre ou vingt- cinq ans.Déjà elle détournait Ia tête et pénétrait dans la maison, suivie de Claude.La porte se referma sur eux dans un claquement sourd, qui retentit douloureusement dans le coeur de Maïtena.Elle restait clouée à sa place, stupide et égarée.La pensée de Claude Sainville l\u2019avait si intensément obsédée -tout le jour, qu\u2019elle en était presque arrivée à prendre sa chimère pour une réalité.Il lui semblait qu\u2019elle avait des droits sur Claude et pour un peu elle eut estimé, qu\u2019en recevant, ce soir, une rivale chez lui Claude trahissait Maïtena.Une invisible main l\u2019étreignait à la gorge, elle avait un brouillard humide devant les yeux Maintenant, un regret poignait Maï- tena de son espionnage.Son rêve avait été si beau! Fallait-il déjà s\u2019en éveiller?Elle n\u2019osait plus s\u2019approcher de la vitre et cependant, possédée comme toutes les natures extrêmes, du besoin d\u2019aller jusqu\u2019au bout de sa souffrance.elle éprouvait la tentation de se repai- tre d\u2019un spectacle qui lui déchirerait certainement le coeur.N\u2019y pouvant tenir, comme poussée par une force surnaturelle, elle gagna la fenêtre.L\u2019inconnue était maintenant assise dans le fauteuil qu\u2019occupait Claude précédemment.La lumière du flambeau tombait sur ses cheveux couleur de blé mur.L\u2019inconnue était vraiment très belle avec son teint de lait et de nacre, ses traits réguliers, son épiderme satiné.Elle avait des yeux gris-bleu.Toute sa physionomie, avait quelque chose d\u2019immatériel que démentaient cependant le nez fort, aux narines ouvertes et les lèvres sensuelles.\u2014Elle est plus belle que moi, pensa Maïtena, oh! bien plus belle.Mais elle est sûrement plus âgée.Claude était agenouillé aux pieds de la jeune dame en blanc, et tenait ses mains.Il la contemplait avec un air d\u2019adoration.Ses lèvres remuaient: sans doute murmurait-il des paroles d\u2019a- mout.Maïtena ne put supporter cette vue.Elle s\u2019enfuit comme une bête blessée, les mains pressées contre son coeur, avec le sauvage désir de l'emporter sur sa rivale.Un psychologue profond a dit: \u201cPerdre un bonheur rêvé, renoncer à tout un avenir, est une souffrance plus aiguë que celle causée par la ruine d\u2019une félicité ressentie, quelque complète qu\u2019elle ait été: Tespérance n\u2019est-elle pas meilleure que le souvenir?\u201d Maïtena avait l'impression d'un écroulement.On objectera qu\u2019elle ignorait la veille l\u2019existence de Claude, et que son désespoir ne pouvait être bien profond.Erreur.La force d\u2019un sentiment réside dans son intensité et non dans sa durée.L\u2019imagination de Mai- tena, l\u2019avait, en ces quelques heures, LA REVUE POPULAIRE emportée si loin, qu\u2019elle ne pouvait plus maintenant revenir en arrière.La jeune fille était bouleversée d'avoir découvert que Claude aimait une autre femme.Les sanglots l\u2019étouffaient.Au bout d\u2019une centaine de mètres, Maïtena dut s'arrêter pour pleurer à son aise.Les larmes coulaient de ses yeux, intarissables.Elle se répétait: \u201cIl en aime une autre.Et moi, je n\u2019aimerai jamais que lui! Mon âme lui appartint, dès la première minute, dès que jentendis prononcer son nom.Mais pourquoi renon- cerais-je à lui?Je suis aussi jolie que cette inconnue.Hé bien, je lutterai, il me préférera, je serai sa femme.\u201d Les nuages s\u2019étaient éloignés et la lune brillait d\u2019un éclat extraordinaire.On y voyait presque comme en plein jour.Sur le lac, une barque descendait vers Ygos, portée par le jusant.Maïtena reconnut dans le bateau, à Varrière, la silhouette de l\u2019inconnue vêtue de blanc.Au milieu, maniant les rames, se tenait Claude Sainville.Il restait indifférent à la féerie nocturne, toute la beauté du monde se concentrait pour lui sur le visage nacré de la jeune femme.\u201cComme il aime!\u201d gémit Maitena.La barque la dépassa, et, & coups de rames rapides, gagna le port d\u2019Ygos.La jeune fille la perdit de vue.Elle ne vit pas la barque accoster aux flancs du petit yacht blanc: l\u2019Argo ni l\u2019inconnue remonter à bord.Elle n\u2019entendit pas Claude Sainville, penché sur une petite main blanche, murmurer d\u2019une voix tremblante: \u2014Adieu, mon seul amour! Couchée dans son lit, Maïtena cherchait en vain le sommeil, poursuivie par les images tumultueuses de cette journée si remplie.Elle avait éprouvé plus d\u2019impressions violentes en ces quelques heures que pendant tout le reste de son existence.Il lui semblait que maintenant seulement elle commen- cait à vivre.N\u2019avait-elle pas eu la révélation de l\u2019amour et de son cortège: la curiosité, la dissimulation, la jalousie, la souffrance?Elle sendormit presqu\u2019à l\u2019aube, d'un sommeil lourd et angoissé, et fit ce réve étrange.Un décor grec classique, tel qu\u2019on en voit sur les toiles du Poussin: colonnades de temples, statues de Phidias, oliviers d\u2019argent, ciel d\u2019indigo, la Méditerranée, un palais de marbre, des salles fraîches, parquets de mosaïque, atrium, cours intérieures, jets d\u2019eau.Maïtena n\u2019est plus Maïtena, elle est Médée, épouse de Jason, reine de Cor- cyTe.Claude-Jason, de retour de l\u2019expédition des Argonautes, a rapporté de Col- chide la Toison d\u2019Or.Il à surmonté toutes les difficultés, il a vaineu le Dragon, il a conquis un royaume et l\u2019amour de la magicienne Médée.Ils connaissent le parfait bonheur et cependant Médée n\u2019est pas heureuse ; une angoisse lui étreint le coeur.Elle pressent un malheur.Elle a raison de trembler: Jason ne l'aime plus, Jason en aime une autre.Penchée à la fenêtre du palais, elle regarde le lac, non la mer qui scintille, calme et dun bleu de bleuet.I1 fait grand jour, et cependant, la lune haut dans le ciel épand une clarté bléme.Médée voit Jason s\u2019avancer vers le rivage.Une nef vient d\u2019accoster.On peut y lire en grosses lettres le nom 23 d\u2019Argo.Pourquoi ces caractéres français?Nous sommes en Grèce.Des esclaves s\u2019agitent, des étendards se déploient, un chemin de planches recouvert de tapis précieux, relie bientôt le navire à la terre.Un cortège s\u2019avance.En tête, une grande femme blonde, merveilleusement belle, enveloppée de voiles blancs, le front ceint d\u2019un diadème.Des suivantes l\u2019accompagnent.\u2014C\u2019est Glauké, fille du roi Créon, murmure-t-on, la future épouse de Jason.Cette Glauké a les traits de l\u2019inconnue qui rendit, ce soir, visite à Claude Sainville.Claude, non Jason, se précipite au- devant de la jeune princesse.I lui baise les mains avec ferveur, puis il la conduit vers le palais.Médée, la magicienne, contemple longuement le beau visage de sa rivale.Son coeur se soulève de haine: \u201cJe la tuerai! dit-elle.Je la tuerai!\u201d Et Maïtena s\u2019éveille le coeur battant à coups précipités.\u2014Quel rêve absurde, frottant les yeux.dit-elle en se oI VINCENT Maïtena n\u2019était pas seule à avoir veillé ce soir-là.Si, de sa chambre, la jeune fille avait guetté la lumière solitaire qui brillait à l\u2019Esquirro, Vincent de chez lui avait gardé longtemps les yeux fixés sur la fenêtre iluminée de la chambre de Maïtena.Si cette journée avait été pour Maï- tena une journée d\u2019ivresse qui lui avait apporté la révélation de l'amour, cette journée pour Vincent, qui avait éprouvé la méme révélation, avait été une journée d\u2019angoisse affreuse.Le jeune homme, qui connaissait Maïtena depuis toujours, s\u2019était juré que sa cousine serait un jour sa femme.Les intérêts de Vincent n\u2019étaient- ils pas liés à ceux de son oncle Nava- ros?N\u2019était-il pas naturel qu\u2019il épousât sa cousine, la fille du patron?Mais jusqu'alors, Maïtena n\u2019était pour lui qu\u2019une fillette sans conséquence, il croyait de bonne foi, avoir pour elle une affection quasi-frater- nelle.I] avait fallu que se dressât devant lui, le spectre d\u2019un rival, pour que Vincent comprit qu\u2019il aimait Maïtena d\u2019un amour possessif et véhément.Les paroles de Me d\u2019Estribat, concernant Claude Sainville, l\u2019intérêt visible que sa cousine avait pris à l\u2019étranger, lui avaient été un supplice.Vincent s\u2019était rendu compte qu\u2019il tenait passionnément à Maïtena, que la vie sans elle serait dépourvue d\u2019intérêt et qu\u2019il était prêt à tout pour la garder, fût-ce au prix d\u2019un crime.\u201cRien n\u2019est perdu, heureusement, pensa-t-il.Elle ne connaît pas cet inconnu.A mol de m'\u2019arranger pour qu\u2019elle ne le voit pas et pour qu\u2019elle ne s\u2019éprenne pas de lui.\u201d C\u2019est alors qu\u2019il avait vu la silhouette noire de Maïtena s\u2019encadrer à sa fenêtre, le visage tourné vers l\u2019Esquirro.\u201cElle pense encore à lui, murmura-t- il.Il faut absolument que je parle à mon oncle et fasse ma demande en mariage dès demain; il n\u2019y a plus de temps à perdre.Tiens, Maïtena éteint la lumière, elle va sans doute se coucher.\u201d 24 Mais non, quelle était cette ombre furtive qui se glissait dans le jardin ?Sa cousine?Impossible! Où irait Maï- tena à cette heure tardive.Tout le monde dormait à Aguaréna.Une supposition horrible traversa l\u2019esprit de Vincent: était-il possible que Maîïtena se rendit à l\u2019Esquirro?Mais non, c\u2019était fou.Le jeune homme descendit furtivement l'escalier pour ne pas éveiller sa mère qui reposait dans sa chambre et Zélie, la petite bonne, qui devait ronfler depuis longtemps au rez-de-chaussée.Il ouvrit la porte et s\u2019étonna ; à quoi pensait Zélie ?Le verrou n\u2019était pas tiré.Heureusement qu\u2019il n\u2019y avait pas de voleurs en ce pays perdu.Que volerait-on d\u2019ailleurs chez eux?Dehors, il hésita un moment, mais ses yeux s\u2019'habituant à Jl\u2019obscurité, it aperçut, franchissant déjà le pont de bois, la silhouette de sa cousine.Pas de doute, Maïtena se dirigeait vers l\u2019autre rive.Il la vit bientôt s\u2019engager dans le petit sentier feutré d'aiguilles de pins qui longeait le lac et aboutissait à l\u2019Esquirro.Une colère le souleva.Quel était donc le but de cette effrontée?Il la suivit de loin en étouffant le bruit de ses pas.Il la vit, le coeur étreint d'angoisse, s\u2019approcher de la maison de Claude, il la vit se reculer dans l\u2019ombre lors de l\u2019arrivée de la barque; puis, avec soulagement, reprendre le chemin du retour.Que faisait-elle?Comment, cette sotte pleurait pour avoir découvert que son inconnu avait esprit occupé d\u2019une autre?Vincent faillit se montrer pour consoler sa cousine, et lui déclarer son amour.Mais une crainte le retint : Maïtena était orgueilleuse et fière.Elle ne pardonnerait pas à son cousin d\u2019avoir deviné son secret.Mieux valait pour Vincent garder pour lui ce qu\u2019il avait surpris et en déduire une ligne de conduite.Il laissa s\u2019éloigner Maïtena et ne se remit en route qu\u2019au bout d\u2019un long moment.La barque qui emmenait Claude et son amoureuse vers Ygos l\u2019avait dépassé.Un bruit de feuilles froissées fit tressaillir le jeune homme.Qui pouvait bien venir par 14?Un résinier attardé?Tout le monde devait dormir à cette heure-ci.Un animal?Non plus.Vincent percut un bruit de voix.Un nuage passa devant la lune et l\u2019obscurité régna presque complète.Le jeune homme fit quelques pas avec précaution.Il ignorait la peur, mais les émotions précédentes l\u2019avaient énervé.Si c\u2019étaient là des maraudeurs ou de mauvaises gens?Il retint son souffle et écouta.\u2014Je t'aime, disait une voix de femme, qu\u2019il crut reconnaître.\u2014Ma chérie, répondait d'homme étouffée.A ce moment la lune sortit de derrière son nuage et éclaira le visage des amoureux.Vincent avec surprise reconnut Zélie, la jeune bonne de sa mère, et le cousin de celle-ci, Louis Mu- gron qui venait d\u2019être engagé comme domestique par Claude Sainville.En entendant un bruit de pas, le couple se sépara vivement.\u2014Tiens, c\u2019est toi Zélie, dit Vincent, étonné.La jeune landaise parut atterrée d\u2019ê- tre ainsi surprise par son jeune maître.Elle rougit, pâlit et balbutia: \u2014Je\u2026 Je venais faire une commis- une voix LA REVUE POPULAIRE sion a.mon.cousin de la part de maman.\u2014Je serais étonné que ta mére te laissât sortir seule à cette heure-ci, fit Vincent sévère.Peu importe; je rentre à la maison.Viens avec moi! \u2014Oui, Monsieur, tout de suite.Bonsoir, Louis.\u2014 Bonsoir Zélie, à bientôt.Dis à ta mère que sa commission sera faite.Vincent, suivi de la jeune bonne, se d'rigea vers le pont de bois, tandis que Louis Mugron s\u2019éloignait en sens inverse, dans la direction de l\u2019Esquirro.\u2014Tu n\u2019as pas honte! fit vivement Itsaxou dès que le jeune domestique fut hors de portée de leurs voix.Te promener la nuit, à l\u2019insu de ta mère, seule avec un amoureux.Tu ne sais donc pas que tu risques de te perdre de réputation, malheureuse! \u2014Je ne fais rien de mal, Monsieur, gémit la petite.J\u2019aime Louis et il m\u2019aime: nous devons nous marier.\u2014 Alors, pourquoi vous cachiez-vous comme des coupables?Ta mère est-elle au courant de vos projets?\u2014Non, Monsieur, je ne lui ai encore rien dit, parce que le père Mugron ne veut pas entendre parler de ce mariage.\u2014Quelles sont ses objections?\u2014Il a quelque bien et maman et moi ne possédons rien.Il souhaite une autre union pour son fils et veut lui faire épouser la fille d\u2019Onesse, qui aura en dot une métairie à Magesqa.\u2014 Alors, pourquoi continues-tu à voir ton cousin, imprudente! s\u2019écria Vincent en forcant la voix.\u2014Parce que nous nous aimons, Monsieur, et qu\u2019il n\u2019épousera jamais Augustine Onesse, qui a le visage grêlé, qui est brêchedent et acariâtre.Nous ne pouvons pas nous marier maintenant parce que Louis n\u2019a que vingt ans et n\u2019a pas encore fait son service militaire, mais sitôt atteinte sa majorité, si son père ne veut pas consentir, il lui enverra les sommations respectueuses et nous serons heureux.\u2014Si ton fiancé change d\u2019avis d\u2019ici- 1à ?\u2014Oh non, Monsieur, fit Zélie avec une tranquillité sereine, je suis sûre de lui.+ \u2014Et ta mère ne sait rien?\u2014Non, monsieur, fit la petite landaise reprise de terreur.Et je vous supplie de ne rien lui dire, car elle m\u2019empêcherait de voir Louis et j'en mour- raig ! Vincent, malgré lui, écoutait avec sympathie s'exprimer un tourment frère du sien.Cet accent passionné trouvait un écho dans son âme.\u2014Ecoute, dit-il au bout d\u2019un moment, je ne dirai rien, à la condition qu\u2019à l\u2019avenir tu m\u2019obéiras aveuglément.\u2014 Monsieur sait que je lui suis toute dévouée, ainsi qu\u2019à Mme Itsaxou, et qu\u2019il peut entièrement compter sur moi.\u2014Même si je te demande des choses qui pourraient te paraître bizarres, il faudra les faire sans chercher à comprendre.Pour prix de ton obéissance, ie vous aiderai à vous établir, toi et ton fiancé quand vous vous marierez.\u2014Oh! monsieur est trop bon, s\u2019exclama Zélie troublée.En fait, Vincent ne savait pas très bien encore de quelle façon Zélie pourrait le servir, mais il pressentait obscurément qu\u2019une alliance avec la flan- Janvier 1930 cée du domestique de Claude Sainville pourrait lui être utile.IV LE NAVIRE FANTOME \u2014I! est sept heures cing, Maitena ! cria madame Navaros en ouvrant la porte, lève-toi, paresseuse! Maitena, qui venait de s\u2019éveiller du trouble cauchemar, ne répondit pas.Elle éprouvait une immense lassitude et une courbature des membres comme si on l\u2019avait rouée de coups.Elle se jeta à bas du lit et procéda, sans aläcrité, à sa toilette.Puis elle descendit pour le .petit déjeuner.Des troncs entiers, préalablement allumés avec des \u201cgemelles\u201d et des pommes de pins, brûlaient avec des crépitements joyeux dans la monumentale cheminét, aux revêtements de chêne.Les matinées et les soirées sont frai- ches en hiver dans les Landes.Les parents de Maïtena étaient déjà attablés.Mme Navaros exposait à son mari ses griefs contre Simon le cocher-jar- dinier qui n\u2019arrosait pas suffisamment les haricots: ceux-ci se desséchaient et la prochaine cueillette serait coriace.De plus, il avait négligé de laver la charrette anglaise qui était, affirmait Jeanne Navaros, d\u2019une \u201csaleté repoussante.\u201d Pierre Navaros écoutait d\u2019une oreille distraite, blasé sur les récriminations ménagères de sa femme.Il n\u2019avait même pas la ressource de s\u2019absorber dans la lecture de son journal, le courrier, apporté par le facteur d\u2019Ygos, n\u2019étant distribué à Hossegor qu\u2019une fois par jour, entre trois et cinq heures, selon que le père Orx sattardait plus ou moins longtemps chez Orazie Cazère, à boire du petit vin de pays.Aussi Pierre Navaros accueillit-il avec plaisir l'entrée de sa fille qui allait faire diversion: \u2014Bonjour, petite, fit-il d\u2019un ton joyeux.On a bien dormi?Que fait-on ce matin?Je vais encore jusqu\u2019à la gare de Marennes voir si ma pièce de scie à ruban est arrivée.Veux-tu que je temmène, la promenade est jolie.\u2014VWolontiers, papa, fit Maïtena en beurrant un toast.\u2014Et ton piano?fit la mère.\u2014Bah! pour une fois.Maïtena travaillera cette après-midi, dit Pierre Navaros.Sa femme ne répondit pas et prit l\u2019air d\u2019une martyre habituée à se plier sans murmurer à la tyrannie maritale.\u2014Ft je rapporterai d\u2019Ygos au retour les commissions dont tu auras besoin, maman.\u2014Justement aujourd'hui il ne me faut rien.Si cependant tu trouvais du poisson au port, rapporte-le moi; on en mange si rarement dans ce pays! \u2014 Entendu, maman, fit Maïtena joyeuse.\u2014Va te préparer, fillette, dit M.Navaros.Simon attelle.Je l\u2019entends qui fait sortir Nora de l'écurie.Maïtena ne se fit pas prier et courut jusqu\u2019à sa chambre coiffer un chapeau et enfiler un sweater.En repassant devant la cuisine, elle vit madame Navaros en grande conférence avec Bathilde, donner ses Ordres pour.le déjeuner.Maïtena rejoignit son père devant la grille.Simon, type du landais petit, brun, visage ratating, s'avancait en tenant BAMA Janvier 1930 Nora par la bride.Il souleva son béret en apercevant la demoiselle.La charrette anglaise\u2014étaient-ce les reproches de Mme Navaros\u2014luisait d'un vernis impeccable.M.Navaros qui aimait conduire prit les rênes, sa fille s\u2019assit à côté de lui.\u2014Simon, n\u2019oublie pas d\u2019arroser les haricots ce matin, commanda M.Na- varos, qui se souvenait à propos des recommandations de sa femme.\u2014Bien, Monsieur, fit Simone avec déférence.Nora prit le trot le long de la route plate bordée de pins, qui conduit à Ygos.La voiture franchit le petit pont qui enjambe la jolie rivière du Bouret.Bientôt des landes de bruyères et d\u2019a- jones annoncèrent l\u2019approche de l\u2019océan.On dépassa Ygos-bourg oll se trouvent les boutiques et les habitations, avant d'arriver à Ygos-port égayé par les toits rouges de quelques villas louées à des familles de Bordeaux ou de Toulouse, et le va-et-vient de ses barques de pêche.\u2014Tiens, remarqua Jean Navaros, le yacht Argo de ce M.Sainville, dont nous parlait hier Me d\u2019Estribat, a disparu.\u2014Ce yacht était peut-être un \u2018\u201cbateau\u201d, répondit Maïtena en essayant de plaisanter, quoique le seul nom de celui qui depuis vingt-quatre heures absorbait toutes ses pensées l\u2019eut fait pâlir.\u2014Non, je l\u2019ai aperçu hier après-midi.Ce n\u2019était pas un mythe; mais un ravissant petit navire capable d\u2019affronter de longues traversées.Il y avait d\u2019ailleurs à bord un véritable équipage.Les matelots faisaient le nettoyage quand je suis passé hier.Tout était d\u2019une propreté extrême : les cuivres luisaient comme de l'or et le pont était actiqué comme une salle de bal.Tout Ygos était sur les quais à admirer.Le chef-douanier Escource, n\u2019en revenait pas: \u201cAh! bien, disait-il tout fier, on n\u2019a jamais rien vu de pareil dans le port d\u2019Ygos.Il faut être milliardaire pour posséder un bijou pareil.\u201d .\u2014Mais, fit Maïtena, d\u2019une voix qui tremblait, si ce yacht appartient à M.Sainville, comment se fait-il que ce na- vire-fantôme, ne soit plus là ?La charrette tourrait à angle droit sur la route de Marennes qu\u2019accidentent les dunes hérissées de pins et de chôênes-liège, aux troncs écorcés couleur d\u2019iode, les creux de vallées tapissées de fougères, les fourrés de bruyères, de ronces et d\u2019ajoncs, ceux-là étoilés de fleurs jaunes.La charrette conduite par Nora dépassait des attelages de mules ou de Rents chariots, chargés d'arbres énormes et traînés par des boeufs accouplés.\u2014Je l\u2019ignore, fillette.M.Sainville est peut-être reparti aussitôt arrivé.Le coeur de Maïtena s'arrêta de battre.Elle n\u2019avait pas envisagé cette hypothèse.Son espionnage nocturne lui avait bien montré Claude Sainville en compagnie d\u2019une belle inconnue, descendant en barque vers Ygos.Mais elle avait alors supposé que le jeune homme raccompagnait la dame en blanc jusqu'au bourg ou à bord de TI'Argo.Elle n\u2019avait pas pensé que Claude pourrait être déjà reparti.A la réflexion elle se rassura.Puisque Claude s\u2019était installé à Hossegor, c\u2019était pour y rester.D'ailleurs lorsqu\u2019elle l\u2019avait vu, la veille au soir, solitaire dans LA REVUE POPULAIRE sa petite maison de l\u2019Esquirro \u2014 avant la venue, il est vrai, de sa Dulcinée\u2014 Claude ne songeait pas au départ.Maïtena s\u2019alarmait à tort.\u2014Non, il n\u2019a pu quitter le pays, dit- elle, puisqu\u2019il a loué pour un an la maison de Cazère et s\u2019y est installé hier après-midi.\u2014C\u2019est donc qu\u2019il a envoyé son yacht remiser dans un port mieux aménagé.A moins que l\u2019Argo n\u2019appartienne à des amis à lui qui l\u2019auraient déposé en passant à Ygos.\u2014Sans doute, fit vivement la jeune fille qui revoyait dans son souvenir la jolie dame blonde.Une puissante limousine, passant en trombe, fit faire un écart à la jument.\u2014Maudite civilisation ! grommela Pierre Navaros! On n\u2019aurait jamais vu d'auto ici avant la guerre ! \u2014Dire que les gens possédant un yacht, voyagent à leur guise autour du monde, murmura la jeune fille rêveuse.\u2014Il n\u2019y en a pas beaucoup, chérie, ce luxe nécessite une colossale fortune.Comme dit le brave Escource: \u201cIl faut être milliardaire pour s\u2019offrir des fantaisies pareilles.\u201d \u2014Mais, si les yachts sont peu nombreux, il doit être facile de connaître le nom de leurs heureux possesseurs.J'aimerais savoir à qui appartient LArgo, fit Maïtena d\u2019un ton incertain.\u2014Je ne te savais pas si curieuse, petite.Il est vrai que tu n\u2019as guère de distractions à Hossegor et ta mère te tient bien serrée.Mais oui, il doit être facile de savoir à qui appartient l\u2019Argo.Notre brave Escource est certainement renseigné.Il a dû vérifier les passeports des passagers à bord du bateau.Si ça t\u2019amuse, nous l\u2019interrogerons au retour.\u2014Oh! Oui! fit Maitena dun ton faussement enjoué.Cela m\u2019amusera beaucoup! Le reste du trajet, à peine sept Kilomètres, lui parut interminable.La route descendait en pente légère, puis remontait pour redescendre en montagne russe.De chaque côté, se dressaient les pins gemmés, avec leurs longues blessures par où s\u2019écoulait la résine dans un petit pot, fixé au bord de la \u201ccarpe\u201d.Les chênes-liège, écorcés à mi- hauteur, faisaient songer, avec leurs troncs dénudés et rouges, à des écor- chés-vifs.Une dernière montée les amena à la gare de Marennes, située en dehors du village.Il fallut interroger les employés, attendre l\u2019arrivée du train de Paris, assister au débarquement des bagages, décharger les colis au nom de Jean Navaros.Maïtena s\u2019énervait.Enfin, les caisses chargées, les pourboires réglés, on se remit en route, Maïtena gardait le silence, l\u2019esprit tendu vers le mystère qui allait peut-être s\u2019éclaircir pour elle.Escource allait-il lui révéler le nom de celle qu\u2019aimait Claude Sainville?Elle eut voulu activer le trot paisible de Nora, pousser la charrette dont les roues s\u2019enfonçaient parfois dans les bas-cOtés sablonneux, lorsqu\u2019on se rangeait à droite pour laisser passer un bicycliste ou une voiture plus rapide.On croisait parfois un résinier, le hapchot sur l'épaule, ou ure vieille chargée d\u2019un fagot.Les maisons étaient rares, espacées, tapies sous les arbres comme des tortues dans leur carapace.Le départe- ment des Landes est un des moins peuplés de France.Les villages sont souvent séparés par de grandes distances les uns des autres.Enfin du sommet de la dernière dune on aperçut la mer.Maïtena aspira le souffle salé.Puis ce furent les toits rouges des villas de la plage, et enfin le petit port d\u2019Ygos, enfermé dans sa digue de pierre.M.Navaros s\u2019arrêta devant le café de l\u2019Espérance et aussitôt le domestique accoôurût tenir la bride de Nora.Il salua familièrement M.Navaros en qui il reconnaissait un habitué.\u2014Ces Messieurs ne sont pas encore là, dit-il, faisant allusion aux partenaires habituels de M.Navaros à la manille, M.Souprosse célèbre un mariage et le docteur Garigad a été appelé à Hossegor pour le fils d\u2019Orazie Cazère qui s\u2019est cassé le bras.Quant à M.d\u2019Arjuzan on ne la pas encore apercu ce matin.\u2014 Merci, Julien, je ne viens pas pour ces Messieurs, dit M.Navaros un peu gêné.Avez-vous vu M.Escource.\u2014 Tenez, le voici là-bas, sur la digue, près de la pinasse qui revient chargée de maquereaux, dit Julien.\u2014Je le vois, merci.Viens, Maïtena, tu pourras acheter le poisson que ta demandé ta mère.La jeune fille suivit son père avec une nonchalance affectée.Son coeur dansait dans sa poitrine.Qu'\u2019allait-elle apprendre?\u2014Hé! Adieu, Escource! s\u2019exclama M.Navaros qui parlait volontiers aux gens du pays leur propre langage, comment va ?\u2014Té, bonjour M.Navaros! Quel bon vent vous amêne ?Venez-vous acheter du maquereau.Il est bien beau, mais vous vous y brûlerez; le patron en demande chaud.\u2014Ma fille en prendra trois livres.Eb alors, Escource votre beau yacht est déjà parti?\u2014T\u2019Argo à levé l\u2019ancre cette nuit même, M.Navaros.Un joli bateau, hé?On n\u2019en voit pas souvent de pareil.\u2014A qui appartient-il donc?demanda M.Navaros en lancant un clin d\u2019oeil malicieux à sa fille qui feignait de s\u2019intéresser uniquement à l\u2019achat du poisson et ne paraissait pas écouter la conversation.Est-ce la propriété de ce Parisien qui a débarqué hier et qu\u2019on appelle M.Sainville?\u2014Oh! que non, le pauvre! Lui c\u2019était un simple passager.Le bateau, un yaute ils appellent ça, appartient au baron de Surger.\u2014Henri de Surger?interrogea M.Navaros, soudain intéressé et d\u2019un ton déférent.Oh! Oh! je ne m'étonne plus alors.Les Surger sont aussi connus et aussi riches que les Rotschild.Et en son esprit s\u2019évoqua cette puissante famille qui rivalise avec tous les potentats de la finance des deux mondes.D\u2019origine sémitique et allemande, l'ancêtre Joseph Meyer Surger, simple changeur, puis banquier, avait fait débuter la fortune de la famille par de fructueuses spéculations.Des souverains avaient été ses obligés.C\u2019est ainsi que l'Empereur d\u2019Autriche en 1815 avait, par reconnaissance anobli sa famille en donnant à son chef le titre de baron.Joseph Meyer Surger était mort en laissant une colossale fortune à cing enfants qui firent souches À Vienne, à Londres, à Paris, à Gênes, Ni oi 3 H i 4 \u2018 I À i i in pti: tn i \\ 3 i i à +) tH is h 1 H:: a q 34 à Berlin où chacun fonda une maison de banque.Henri de Surger était le fils de James, celui qui s\u2019était établi à Paris.Régent de la Banque de France, président du Conseil d\u2019Aministration des Chemins de fer du Nord-Etat et du Sud-Etat sans parler de ses autres titres, Henri de Surger étaït une force.Protecteur des Arts et des Sciences, il avait été un des premiers à favoriser l\u2019aérostation en faisant construire un dirigeable: le Surger, qui avait été s\u2019échouer en Afrique.Dans ses vastes salons de l'hôtel du faubourg Saint- Honoré, il donnait des fêtes royales où se rencontrait tout ce que l\u2019élite compte de noms connus et de célébrités dans le monde des lettres, des arts, de l'industrie et de la finance.\u2014Henri de Surger, répétait-il admiratif.Je ne m'étonne plus.A ce nom, Maitena avait tressailli.Son cas était plus désespéré qu'elle h\u2019avait cru.Si sa rivale était une Sur- ger, elle devait perdre tout espoir.Avec quelles armes une simple fille comme elle pourrait-elle lutter?Une seule chance lui restait.Que la blonde inconnue fût, comme Claude Sainville, une passagère sur l\u2019Argo et non l\u2019héritière d\u2019une des plus grosses fortunes d\u2019Europe et du monde entier.Flle attendit, palpitante, son verdict.\u2014Et encore vous n\u2019avez pas vu l\u2019intérieur du bateau, reprit le bavard Es- cource.Un vrai palais! Quand je suis monté à bord pour voir les passeports, on m\u2019a introduit dans un vrai salon, avec des tapis où l\u2019on enfonçait jusqu'aux mollets, des divans avec des coussins de toutes les couleurs, des sièges dorés, des espèces de tentures brodées représentant des machins chinois ou japonais, de grosses idoles en or ou en bronze qui en faisaient des grimaces effrayantes Il faut aimer ça, c\u2019est un genre, mais ça fait riche! \u2014M.Surger était à bord?demanda Pierre Navaros avec curiosité.\u2014Oui, c\u2019est lui qui m\u2019a reçu, un monsieur bien poli pour un personnage si considérable.Imposant de taille, grand et une forte carrure.Des cheveux grisonnants, et un visage énergique.Quelqu\u2019un de puissant, fit Escource avec conviction.\u2014IIl était seul à bord?demanda encore M.Navaros.\u2014 Non, il y avait sa fille, une bien belle personne blonde et habillée de blanc avec le chic de Paris et des perles grosses comme des noisettes autour du cou.Puis des passagers : M.Saïnville, qui est resté ici, un ménage dont j'ai oublié le nom, deux autres messieurs dont un était le marquis de Monthalant et une dame seule.Tout ca monde est descendu à terre hier après- midi.Ils ont fait le tour du bourg d\u2019un air dégoûté en disant : \u201cQuel trou i Comment peut-on vivre ici?\u201d Ils ont regardé le lac qui justement était à sec et à marée basse ils ont dit: \u201cUn lac ça?Non une plage sans eau.C\u2019est là que ce pauvre Claude veut habiter?I] my restera pas huit jours, lui qui déteste la campagne\u201d.J\u2019ai supposé qu\u2019ils parlaient de M.Sainville.Des poseurs quoi?Puis ils ont tous remonté sur l\u2019Argo.On les à vus diner aux lumières.Il y avait de la musique.Après le dîner, ils se sont mis à danser.Puis le bateau a levé l\u2019ancre vers onze heures du soir.LA REVUE POPULAIRE \u2014Père, dit Maïtena, j'ai terminé mes achats.Partons, veux-tu ?Vv UNE LETTRE D\u2019'AMOUR Les deux jours qui suivirent, l\u2019attitude de Maïtena fut si étrange que Mme Navaros cependant peu perspicace, finit par s\u2019inquiéter: \u2014Voyons, quas-tu?demanda-t-elle en essayant de lire sur le visage fermé de sa fille.\u2014Mais rien maman, fit Maïtena d\u2019un ton réservé.\u2014Tu es malade, tu as des soucis?Je me demanderais lesquels par exemple?Tu as tout pour être heureuse : une existence confortable, des parents dont tu es le seul enfant et l\u2019unique intérêt, enfin un amoureux qui ne demande qu\u2019à devenir un fiancé.Est-ce que notre petit coeur aurait battu?Trouve- rais-tu qu\u2019il ne se décide pas assez vite?Songe en ce cas, ma fille, que tu as seulement dix-huit ans et que ton père et moi ne sommes pas pressés de te perdre.Je te dirai pour te rassurer qu\u2019il a déjà pressenti ton père et que nous l'avons prié d'attendre.\u2014De qui parlez-vous donc, maman, demanda Maïtena qui parue sortir d\u2019un rêve.\u2014De Vincent, naturellement.Tu n\u2019as pas été sans remarquer que tu n\u2019es pas indifférente à ton jeune cousin.Ii éprouve maintenant à ton égard des sentiments autres que ceux d\u2019un frère.Cette union nous plairait à ton père et à moi.\u2014 Moi.épouser Vincent?s\u2019exclama la jeune fille d\u2019un ton si véhément que Mme Navaros en fut décontenancée.\u2014Pourquoi pas ?hasarda la mère avec moins d'assurance.Ton cousin est un directeur consciencieux.Sous ses ordres la scierie fonctionne à merveille.Ton père compte bien le prendre un jour prochain comme associé.Plus tard, c\u2019est lui qui héritera de l\u2019entreprise.\u2014Que papa dispose de sa scierie comme il l\u2019entend.mais de moi, non! \u2014Tu dis?insista Mme Navaros, qui habituée à voir sa fille lui obéir, n\u2019en croyait pas ses oreilles.\u2014Je dis que j'ai pour lui une amitié de soeur mais que je ne l\u2019épouserai jamais.\u2014Ah bien! put seulement proférer la mère prise au dépourvu.Tu es une drôle de fille.Avec qui comptes-tu donc te marier.Les prétendants sont rares par ici, ma petite.\u2014Je me marierai avec un homme qui me plaira, que j'aimerai et qui m'\u2019aimera.Et si je ne le rencontre pas, je resterai vieille fille.Mme Navaros leva les bras au ciel : \u2014Cette enfant est tout à fait folle ! Mais tu as donc perdu l\u2019esprit, ma pauvre Maïtena.\u2014Je ne crois pas, maman.J\u2019ai seulement un peu de migraine.Je te demande de me dispenser de mon piano aujourd'hui.Je voudrais me reposer.\u2014Va te reposer, ma fille.Tu en as en effet grand besoin, car tu raisonnes comme une enfant.J\u2019espère que tu iras mieux demain et que tu envisageras plus sainement les choses.La journée parut interminable à Maïtena.Elle refusa de diner et passa une nuit affreuse.Son imagination lui Janvier 1930 représentait sans cesse devant les yeux l\u2019image de Claude aux genoux d\u2019Agnès de Surger, et cette image lui déchirait le coeur.Les paroles imprudentes de Me d'Bstribat sur Claude Sainville, la brève vision du jeune homme à travers une vitre, n\u2019eussent pas suffi à déchaîner chez la jeune fille un pareil incendie si le terrain n\u2019avait été préparé par les rêver:es, les lectures, la solitude dans laquelle Maïtena vivait.Une étincelle avait suffi à mettre le feu aux poudres.Celui-ci une fois déclaré, tout lui avait servi d\u2019aliment : rien ne pouvait l\u2019éteindre, pas même la découverte par la jeune fille que celui qu\u2019elle avait distingué en aimait une autre.\u201cIl n\u2019y a rien de définitif entre Claude et Agnès, essayait-elle de se convaincre.Sinon il ne viendrait pas s\u2019installer seul ici, dans ce désert pendant que sa Dulcinée court le monde.Il ne peut s\u2019agir entre eux que d\u2019une amourette sans conséquence.Si M.Sain- ville vient habiter ce trou perdu, c\u2019est sans doute qu\u2019il ne possède aucune fortune.Peut-être vient-il ici pour sa santé?Il semblait bien pâle hier soir.Que ne donnerais-je pour être son infirmiére, pour le soigner, le guérir, pour lui assurer un confort qu'il ne peut sans doute pas s'offrir.Or, un homme pauvre ne peut prétendre à la main d\u2019Agnès de Surger, ce serait de la folie.Donc l\u2019espoir m\u2019est encore permis.II pourrait m\u2019aimer.Je I'épouserais\u2026 Ainsi raisonnait Maïtena dans le noir de sa chambre, bercée par le lointain murmure de l\u2019océan sur la grève.Soudain le vent s\u2019éleva et gémit dans les pins, des éclairs d\u2019abord lointains puis plus rapprochés sillonnèrent le ciel, illuminèrent tout le paysage comme des feux de bengale verts, le grondement du tonnerre ébranla toute la maison, Maitena ouvrit grande la fe- nétre et aspira le souffle salé.\u201cL\u2019orage!»\u201d murmura-t-elle.Son être était en harmonie avec les éléments déchainés.Quand la pluie se mit à tomber en gouttes pressées, Maïtena éprouva un bien-être comme si toutes ces cataractes rafraîchissaient son âme.Au réveil, elle vit un ciel gris et triste qui contrastait avec le temps ensoleillé de la veille.La verdure humide paraissait neuve.Le sable avait déjà absorbé l\u2019humidité- de la nuit.Comme elle descendait au jardin, Maïtena apercut Agathe devant la grille qui ouvrait, comme tous les matins, le portail pour les fournisseurs.Il lui sembla voir fuir une ombre.\u2014Avec qui parlais-tu?demanda-t- elle.\u2014C\u2019était Louis qui me disait bonjour en passant.Il va chercher le lait du matin chez Orazie.C\u2019est une promenade à pied! Louis me racontait que M.Sainville était déjà installé et travaillait chez lui avec acharnement.Tout le monde se demande ce que cet étranger vient faire dans le pays.Il écrit tous les jours des tas de lettres à des tas de gens, continua Agathe bavarde.Justement ce matin Louis ne peut aller à Ygos, parce que sa bicyclette est démolie.Il était ennuyé à cause du courrier de son patron à mettre à la poste.Je lui ai dit que Zélie pourrait s\u2019en charger.La petite va au bourg chercher des médicaments chez Janvier 1930 le pharmacien, pour la pauvre Mme Itsaxou qui a souffert cette nuit de violentes douleurs dans les jambes.Maïtena écoutait avec intérêt ces renseignements concernant Claude.Sa pensée était si pleime de lui que les moindres détails concernant le jeune homme lui fournissaient matière à rêver.Elle avait eu un peu honte de son indiscrétion du premier soir et cependant elle était si heureuse d\u2019avoir entrevu le jeune homme quelle faisait taire ses remords.Elle souhaitait maintenant qu\u2019un prétexte lui permit de parler à Claude Sainville et de faire connaître au jeune homme l'existence de Maïtena.Elle rechercha\u2019t la solitude afin de mieux penser à son héros.Aussi fut-elle contrariée lorsque se trouvant, ce jour-là, après le déjeuner dans sa chambre, tandis que son père faisait la sieste, Mme Navaros lui cria: \u2014Maïtena ton cousin est là, je n\u2019ai pas le temps de le recevoir.Agathe m'attend pour la lessive.Vois-le un moment, La jeune fille descendit à contrecoeur.Depu'\u2018s la demande en mariage que lui avait transmise sa mère, Maï- tena ne témoignait plus à l\u2019égard de Vincent la même familiarité.Bien que son cousin ne lui eût parlé de rien, une contrainte s\u2019était installée entre eux.\u2014 Bonjour, Vincent, dit Maitena.Comment va ta mère.\u2014Mieux, merci, dit Le jeune homme.Et toi, Maïtena, tu semblais soucieuse ces jours-ci.As-tu des ennuis?-\u2014\u2014Mais non; quelle idée absurde! Elle ajouta un peu impatñentée: \u2014Qu'\u2019est-ce qui me vaut le plaisir de ta visite ?\u2014Jie voulais te demander conseil.\u2014A quel sujet?dit Maïtena, déjà sur la défensive.Vincent allait-il revenir sur sa propo- sito:n?Cependant Mme Navaros avait dû lui dire que leur fille ne voulait pas se marier pour instant.Mais elle s\u2019alarmait à tort.\u2014 Voici, dit le jeune Basque.Le hasard m'a mis en possession de cette lettre.Veux-tu la lire et me donner ton avis ?: Sans méfiance la jeune fille prit le feuillet et déchiffra la fine écriture serrée, une écriture élégante et mâle : A Mademoiselle Agnès de Surger, à bord du yacht Argo, dans le port de Lisbonne (Portugal).\u201cMa bien-Aimée, \u201cQuand vous recevrez ces lignes, des mers nous sépareront.Cependant, vous ne serez pas moins proche de mon coeur qu\u2019hier où vous m'\u2019abandonniez votre main que je couvrais de baisers passonnés.\u201cVotre image, Agnès, est mêlée à toutes mes pensées: je vous vois partout.Cette forme blanche dans le jardin, entre le mélèze et le pin parasol, c\u2018est votre robe flottante.Les ajones sous le soleil, ont le reflet doré de vos cheveux.L\u2019eau du lac n\u2019est pas plus bleue que l\u2019iris de vos yeux.Comme vous avez été bonne d\u2019embejlir quelques instants de votre chère présence, mon humble demeure.Je crois y respirer encore votre parfum, ce mélange d\u2019oeillet et d'ambre que j'aime tant.Maintenant je vous imagine assise dans le fauteuil paysan devant ma ta- LA REVUE POPULAIRE ble de travail; je suis à vos genoux.Nous faisons des projets d\u2019avenir.quand nous serons mariés.Agnes, Agnès, qu\u2019avez-vous donc pour m'\u2019avoir ensorcelé à ce point?\u201cSouvenit je pense à notre première rencontre.Vous souvenez-vous ?Déjà un an d\u2019écoulé depuis ce jour inoubliable; la scène est toujours présente à ma mémoire.C\u2019étaët sur l\u2019Acropole d\u2019Athènes.Le ciel était d\u2019un indigo inouï et la lumière si pure que l\u2019on distinguait au loin la campagne, les oliviers d'argent et les ruines du temple de Thésée.\u201cQuel lieu de rendez-vous prédestiné! Je me rendais par mer & Constantinople ou jallais étudier pour tne société un projet de ligne de chemin de fer turque.\u201cL\u2019Aréthuse, le bateau des Messageries sur lequel je faisais la traversée, fit escale au Pirée.Je descendis comme tout le monde pour monter jusqu\u2019à , Athènes et visiter l'Acropole.\u201cJerrais émerve'llé dans ces ruines illustres, lorsque soudain, entre les colonnes tronquées des Propylées, vous m'\u2019êtes apparue.Je n\u2019oublierai jamais cette vision.Vous aviez retiré votre chapeau et le teniez à la main.Vos magnifiques cheveux, non encore coupés en ce temps-là, rutilaient au so- lel.Je fu's ébloui.Une véritable toison d\u2019or! Mes amis m\u2019ayant surnommé Jason, je ne sais trop pourquoi, car je ne suis, ou plutôt je n\u2019étais avant de vous connaître guère plus ambitieux que la plupart des jeunes hommes de mon époque, je me murmurais à moi-même: \u201cPour conquérir cette toison d\u2019or-là, j'affronterais volontiers les plus redoutables épreuves.Pour elle je serais capable, moi aussi, de tuer le roi Cus*kos, de dompter les taureaux aux pieds d\u2019airain, de leur faire labourer le champ consacré à Arès, de massacrer les géants et de vaincre le dragon.\u201d \u201cC\u2019est alors, qu\u2019un des hauts talons de vos élégantes chaussures se prit dans une dalle brisée; vous auriez perdu votre équilibre et seriez tombée sans la main secourable que je vous tendis.Oh! le sourire de vos lèvres rouges quand vous avez relevé la tête, l\u2019expression humide de votre regard! Dus- sé-je vivre cent ans, je ne les oublierai jamais.Agnès, je vous aime.Compre- nez-vous ce que cela signifie?\u201cTout mon être vous appartient: mes pensées, mon coeur, mon âme, mon travail.Vous êtes devenue mon but, ma seule raison de vivre.Vous m'\u2019êtes plus chère que moi-même.Si je devais vous perdre, je me tuerais, car alors l\u2019existence pour moi n\u2019aurait plus aucun sens.Etes-vous un peu fière d\u2019être aimée aussi passionnément, aussi totalement?Oui, sans doute, puisque vous m\u2019avez permis d\u2019espérer, puisque vous me considérez comme votre fiancé, malgré la secrète opposition de votre père.Je sañs les conditions que vous mettez à notre union, ou plutôt celles qu\u2019impose voire père.Agnès, je serai riche bientôt ou vous ne me reverrez plus.Je surmonterai tous les obstacles.Je vaincrai le dragon! Votre fiancé sera digne de vous! Je comprends que Mlle de Surger ne puisse épouser Claude Sainville, jeune dilettante ingénieur à l'occasion, brillant élève de Polytechnique, possédant pour toute fortune un pauvre petit million.Je comprends seulement maintenant que c\u2019est honteux 21 d\u2019étre arrivé & mon age, trente ans le mois prochain, sans avoir accompli de grandes choses.\u201cPour vous mériter, je deviendrai célèbre, je serai riche.Déjà j\u2019'aura/s dû résoudre le petit problème de centupler mon capital, mais les circonstances m'ont trahi.Cette fois-ci, je suis sûr de réussir.Dans moins d\u2019un an, Agnès, je vous rappellerai votre promesse et mettrai votre père en demeure de m'accorder votre main.I1 ne pourra plus refuser.Ma chér'e, je crois que ce jour- là je perdrai la tête de bonheur.\u201cNous referons rest-ce pas, ensemble cette croisière, dont le souvenir reste pour moi si vivace.Comment, par quel miraculeux enchaînement de circonstances nous sommes-nous retrouvés à Constantinople chez des amis communs?Pourquoi m\u2019avez-vous témoigné de la sympathie, pourquoi eus-je l\u2019'heur de plaire à votre père?Tout au moins jusqu\u2019au jour où, devinant mes sentiments pour vous, il changea à mon égard.Pourquoi m'\u2019invita-t-il à faire le voyage de retour à bord de votre charmant yacht l\u2019Argo?Tout cet enchaînement de circonstances tient du miracle.Oh! ces soirs sur le pont, où tous deux accoudés au: bastingage, nous regardions le soleil descendre dans Ia mer; nos silences plus éloquents que des paroles et la nuit complice qui peu à psu nous enveloppait de son voile noir scintillant d\u2019étoiles.De pareils moments lient à tout jamais deux êtres faits comme nous, Agnès, pour se comprendre et s\u2019aimer.Il me semble encore sentr la caresse de votre main s\u2019appuyant sur mon bras, ou bien je crois entendre votre voix si chère où passent parfois des inflexions métalliques qui pourraient faire croire aux ignorants qu\u2019il y a en vous un fonds de sécheresse.J\u2019aime tout en vous, Agnès, jusqu\u2019à vos défauts si vous pouviez en avoir, et votre beauté m\u2019éblouit.Jal .découvert à qui vous ressembliez.Con- naissez-vous à la Pinacothèque de Munich ce potrait de Rubens qui représente \u201cune jeune fille blonde?\u201d C\u2019est vous.Un peintre vous avait pressentie.Ce sont vos cheveux d\u2019or pâle, vote teint de nacre et de lys, vos yeux clairs.\u201cJe devrais être heureux d\u2019avoir éveillé la tendresse d\u2019une femme comme vous, d\u2019être le préféré.Et cependant.la jalousie me torture.Votre beauté attire invinciblement les adorations et les hommages; je sais que vous êtes loin d\u2019être indifférente au marquis de Mionthalant, et vous le traitez avec une bienveillance qui ne me rassure guère.De plus, 1 vous accompagne aux Ba- léares.Je sais trop ce que signifie l\u2019existence dans votre intimité pour ne pas être inguiet.Agnès, je vous en supplie, ne soyez pas coquette, ne me faites pas souffrir.Mais non, pardon, je suis fou.Après toutes les preuves de tendresse que vous m\u2019avez données, après la visite que vous m\u2019avez faite le soir de notre séparation, je n\u2019ai pas le droit de douter de vous, ma fiancée chérie ! C\u2019est que moi je vous appartiens bout entier.Vous pouvez, vous le savez, disposer de moi comme de votre chose.Ne me broyez pas le coeur.\u201cCete lettre vous trouvera au Portugal où vous serez, j'espère, bien arrivée après une agréable traversée.\u201cRemerciez encore votre père d\u2019avoir consenti à m\u2019amener à Ygos.Je regrette, pour de multiples raisons, que Mi: th: i à ati lili À As.} spats i v ial 1 SAO 4 ry tod FM ude) Bditads suits RS dita dhuiinsbiatiii Hie uti iii es a piece isin wtih haisiabiiniid LA REVUE POPULAIRE Janvier 1930 le pays ne lui ait pas plu.'Tant pis Maïtena réfléchissait: me un Parisien.Beaucoup de gens A pour moi et peut-être pour lui.\u2014Je crois qu\u2019il vaudrait mieux re- éprouvent en passant la même sensa- 4 \u201cRappelez-moi au souvenir de vos faire l'enveloppe et adresser directe- tion que vous.Pour goûter le charme de a compagnons de voyage: le subtil écri- ment la lettre à Mlle de Surger.nos Landes, il faut y demeurer.Au 5 i vain et auteur dramatique Daniel Mi- Vincent parut soulagé.printemps, quand les genéts sont en rende et Madeleine, sa charmante fem- \u2014Tu as raison, fit-il vivement, c\u2019est fleurs, la féerie commence.L'été est un me, l\u2019impeccable Gaëtan de Monthalant ce que je vais faire.M.Sainville pour- éÉblouissement, la lumièré prend alors et notre peintre national Alexandre rait être ennuyé de savoir que nous une intensité à nulle autre pareille.Borat! Enfin mettez-moi aux pieds de sommes dans la connaissance de sa L'automne estla saison des prodigieux la toute belle Diane Sonel, la plus folle passion.Au revoir, Maitena! fit- couchers de soleil.Et quand on vit ici grande actrice des temps présents et il en essayant de lire sur son petit vi- toute l\u2019année on finit par aimer aussi À futurs.sage énigmatique.l'hiver avec les joyeuses flambées dans 1 \u201cAgnès, pensez un peu à moi, écri- Maïtena rougit et se mordit les lè- les hautes cheminées et la brume bleu- à vez-moi.Vos Iettres sont mon seul ré- vres.âtre qui flotte au-dessus du lac.4 confort, mon seul viatique dans la lut- \u2014Au revoir, Vincent, dit-elle froide- \u2014 C\u2019est possible, fit Claude avec in- if te formidable que jentreprends et dont ment.différence.On voit, Monsieur, que vous À je dois sortir vainqueur, puisque vous Aussitôt seule, elle courut s\u2019enfermer aimez votre région.en êtes l\u2019enjeu.chez elle.\u2014J'ai entendu chez Mme Cazère ici \u201cMa chérie, ma fiancée, je couvre \u2014TI] l'aime! Oh! De quel amour.Le présente, que vous comptiez passer plu- ei vos maïns, vos jolies mains fines et même que je ressens pour lui! Mais il sieurs mois auprès de nous.Aussi vou- blanches aux ongles de chatte, de bai- est impossible qu\u2019Agnès lui rende sa drais-je vous réconforter, vous redon- sers passionnés.\u201d tendresse.Elle n'aurait pas mis decon- ner espoir.Il ne fait pas toujours aussi ; Votre CLAUDE.ditions a leur mariage.triste quaujourd\u2019hui.a A la réflexion, elle ajouta: \u2014J'ignore combien de temps je res- à Dès les premières lignes, Maïtena \u2014Par exemple, je me demande pour- terai ici, dit le jeune homme.Et il im- '} avait compris que cette lettre était de quoi, sil veut faire fortune, Claude porte peu que je m\u2019y plaise ou non, je Claude.En la lisant, elle était devenue Sainville est venu s\u2019enterrer en ce pays \u2018ne suis pas à Hossegor pour mon agré- tour à tour pâle et rouge.Elle avait perdu?ment.l'impression de commettre une vilaine \u2014Pour raison de santé, peut-être ?action, maïs une curiosité plus forte VI interrogea jJ\u2019incorrigible.qu\u2019elle l\u2019emportait.Les paroles d'amour \u2014Nullement.je me porte à merveille, # lui faisaient l\u2019effet d\u2019un feu dévorant \u201cII, VAINCRA LE DRAGON \u201d fit Claude d\u2019un ton qui mettait fin au i: qui l\u2019embrasait.Elle oubliaïit, par ins- _ dialogue.i i: tants, que ces paroles s\u2019adressaient à Si Maïtena avait suivi ce matin-là Me d\u2019Estribat n\u2019osa insister et se re- une autre, et prenant sa chimère pour Claude Sainville, elle aurait démélé une tourna vers Orazie.la réalité, croyait que ces protestations partie de I'énigme, qui lintriguait.-\u2014Votre petit garcon va mieux, ma- 3 passionnées s\u2019adressaient à elle.Vin- Le ciel était gris et bas, un vrai temps dame Cazére?a cent, avec angoisse, suivait sur le vi- des Landes, une pluie fine tombait.\u2014Oh! oui Me d\u2019Estribat.Le docteur # sage de la jeune rille ses émotions.Si Claude s\u2019était levé de bonne heure \u2026Garigad lui a remis son bras qui était 4 cette épreuve pouvait la guérir! avec l'intention de prendre le courrier simplement démis.Nous en avons été Cependant la lecture terminée, Maï- pour Marennes.Mais il avait aupara- quittes pour la peur.Avec la mante du tena se ressaisit, et iroidement deman- vant fait une courte promenade au petit de grimper aux arbres, on n\u2019est da à Vincent d\u2019un ton de juge d'ins- bord de la mer.La diligence s'ébran- jamais tranquille.truction: lait quand il arriva devant l\u2019auberge de La diligence avait dépassé Ygos- \u2014Comment cette lettre est-elle en ta Cazère.Le conducteur, ayant remarqué bourg et Ygos-plage et roulait sur la possession?ce monsieur en chapeau et souliers\u2014à route de sable, au milieu des dunes boi- Incapable de soutenir le regard soup- Hossegor on sortait nu-tête et en espa- sées, vers Marennes.conneux de sa cousine, Vincent \u2018baissa drilles\u2014il avait immédiatement conclu La pluie avait cessé et le soleil s\u2019a- la tête : que c\u2019était là un voyageur pour Dax venturait à laisser percer à travers les \u2014Une erreur absurde, dit-il.Mugron ou Bayonne, et avait arrété les chevaux.nuages de timides rayons de soleil.m'avait prié de mettre à la poste d\u2019Y- Claude monta dans le lourd véhicule \u2014-Le beau temps va peut-être se le- gos, le courrier de M.Sainville avec le qui s\u2019ébranla aussitôt.T1 prit l'unique ver, déclara Me d\u2019Estribat.mien.J'ai voulu rajouter un post-scrip- place vacante et se trouva coincé entra Mais personne ne lui répondit.tum à la lettre que j'adressais à ma Orazie Cazère qui se rendait au marché Orazie dodelinait de la tête comme tante, Mme Subesse de Dax.Je mesuis de Saint-Vincent et Me d\u2019Estribat.II quelqu'un qui va s\u2019endormir, les autres trompé d'enveloppe et j'ai ouvert celle- y avait deux résiniers et quelques bon- voyageurs somnolaient ou regardaient ci.Mon papier à lettres est le même nes femmes.Claude souleva son cha- vaguement le paysage.Quant à Claude, que celui de M.Sainville.peau et l\u2019ex-notaire lui rendit un grand absorbé dans ses pensées, le front plis- _\u2014Et pourquoi es-tu venu me la mon- salut.sé, les yeux au loin il n\u2019avait même pas trer?demanda encore Maïtena prise \u2014Vilain temps, Monsieur, fit Me entendu la remarque du notaire.d\u2019un affreux soupçon.d\u2019Estribat, désireux d\u2019entamer la con- Ie reste du trajet se fit en silence.Etait-il possible que Vincent, pres- versation.Il faisait trop chaud pour la A Marennes tout le monde descendit.sentant l'amour de sa cousine pour saison hier, l\u2019orage était à prévoir.Vous Claude prit un billet pour Saint-Vin- Claude, eût voulu prouver à celle-cique ne devez pas être habitué à voir tom- cent et attendit que Me d\u2019Estribat fut Claude Sainville avait le coeur pris ber de pareilles trombes d\u2019eau.monté dans le train pour ne pas se ailleurs?Mais non, cette supposition \u2014En effet, dit Claude, peu désireux trouver dans le même compartiment était absurde et Vincent n\u2019aurait pas de parler, les orages à Paris sont d\u2019ha- que lul.Des bonnes femmes qui se ren- commis l\u2019abominable indiscrétion de \u2014bitude moins violents.daient au marché de Saint-Vincent-de- fracturer volontairement une envelop- \u2014Est-ce la première fois que vous Tyrosse emplissaient les couloirs de pe pour cambrioler le secret de son venez dans notre pays?demanda le no- Jeurs paniers et de leur caquet.Une A voisin.taire.demi-heure plus tard, Claude Sainville, i: Comment d\u2019ailleurs Vincent aurait-il \u2014Oui, Monsieur, fit Claude avec ré- débarquait dans le gros bourg, aux al- pu imaginer que Maïtena s\u2019était éprise serve lures de petite ville.Il traversa la rue sans l'avoir vu d\u2019un inconnu?\u2014Quelle impression vous fait-il?principale où se tenait le marché, avec Non, Vincent disait la vérité.Mais \u2014Mon Dieu, Monsieur, je suis arrivé ses étalages de fruits, volaille, légumes, Maïtena souffrit pour Claude à l'idée depuis peu et n\u2019ai guère encore eu le mercerie, pâtisserie, etc passa devant de ce qu\u2019il éprouverait s\u2019il savait son temps d\u2019explorer la région.l'emplacement où étaient rangés les secret connu de tous, et elle éprouva un \u2014Cependant.à première vue, on peut veaux et le bétail à vendre et gagna remords tardif d\u2019avoir pris connaissan- avoir une opinion, insista le bavard.une petite rue paisible derrière la poste.ce de cette lettre d\u2019amour.\u2014Je trouve le pays un peu triste : Il s'arrêta devant une maison d\u2019as- \u2014Tu es de bon conseil, dit Vincent, sont-ce ces pins blessés, ou bien ces pect cossu en briques roses, précédée c\u2019est pourquoi j'ai tenu à te consulter.chénes-liége écorchés, ou encore ver- d'un étroit jardinet.Une plaque de Que ferais-tu à ma place?Dois-je re- dure monotone\u2026 Je ne sais\u2026 \u2018Mais i! cuivre sur la grille annonçait le nom du porter la lettre à M.Sainville en m\u2019ex- me semble qu\u2019on doit s\u2019ennuyer ici.propriétaire: Me Labuque, notaire.En cusant?\u2014Ah! Monsieur, vous raisonnez com- réponse au coup de sonnette de Clau- Janvier 1930 de Sainville, une accorte soubrette vint ouvrir la porte et introduisit le jeune homme dans un cabinet où du bois, brûlant dans un poêle de faïence, répandait une douce tiédeur.Au delà s\u2019apercevait par une porte ouverte une pièce tendue de cartonniers verts.Deux clercs travaillaient devant une grande table.Claude donna sa carte à la femme de chambre.Me Labuque parut presque aussitô*.C'était un robuste bonhomme
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