La revue populaire : magazine littéraire illustré mensuel, 1 mars 1926, Mars
[" su fit dba etl] PER i i i 2-23 0 3 h ly; BAnQ i fil He il | i 1126 a i oui (hii ie ile hy Histoire - Laittéra:ure - Science.| Le ils it Mm it | n fill Vou.19.No i.fi it MARS 1926 fli LA | Ÿ le i » 0) 100 iit tt ih 7 { 77 Ii ' gh NN hi i 7 ] 5 ~ \u20ac 3 v.i A a | i y} i hi ne q fi sh Xi hy 4 I \" 0! li K \u2014 = : Ha i ji i ih \u2014_\u2014 Un roman complet IF GRAND AN OUD i Bi-R ANGERE par MARI Maret {hy Yi % + Fr.A» ia fax a di ina RELATE pipi à pie cine di EE ee nc pa ee Je Hamedi Numéro de Pâques TIRAGE : 50,000 COPIES Le 16 mars paraîtra le numéro de Pâques du \u201cSamedi\u201d, un véritable numéro de luxe, volumineux et varié, et illustré en couleurs.Il comprendra : 62 PAGES; Une gravure spéciale en quatre couleurs, de 13 x 10 pouces, pour être encadrée, représentant \u2018Le Christ au Jardin des Oliviers\u201d ; 3 pages de musique: LE PRINTEMPS, musique de Rachmaninof ; Nombreuses nouvelles sentimentales: Histoires amusantes; Articles divers: Monologues; Courrier du Petit Jardinier ; DEUX nouveaux romans : LA DAME DE COEUR, par PAUL ROUGET LA SECONDE FEMME, par MARLITT EN VENTE PARTOUT : 10 sous LE NUMERO \u2014\u2014\u2014 æ_\u2014\u2014 fey LU Co Vi ; in) tig Mars 1926 LA REVUE POPULAIRE Quand il vous arrive des Visiteurs Inattendus.et que vous désirez servir un dessert convenable, alors que le temps vous fait défaut pour faire de la cuisine, les Garnitures de Tartes \u2018\u2018Meadow-Sweet\u2019 résoudront votre problème en faisant en peu de temps un dessert incomparable, succulent et appétissant.om Sea = ow RALLY Al eS PA SEITEN RY 2 CARNITURES DE TARTES ( PIE FILLERS ) \u201cMeadow-Sweet\u201d aux CITRONS ORANGES ANANAS FRAMBOISES FRAISES CERISES sont des plus économiques et très faciles à préparer.Chaque boîte de 15c contient une quantité suffisante de garniture pour remplir 4 tartes.Vous devriez toujours eh avoir à la maison.\u2014 Votre épicier en vend.Le mode d'emploi est indiqué sur chaque boîte.MEFIEZ-VOUS DES IMITATIONS.\u201cMeadow-Sweet\u201d Cheese Mfg.Co.Ltd., Er 7 MONTREAL, P.Q.Le Produ.oi.ginal ef authentique 4 .LA REVUE POPULAIRE Mars 1926 [ \u2018 j LA VOGUE ET LA CIRCULATION DU YX J PLUS GRAND MAGAZINE DE LANGUE 3 FRANCAISE EN AMERIQUE AUG- A MENTENT TOUS LES JOURS 1 Chaque semaine vous trouvez dans [ } Deux beaux romans; x Quatre nouvelles sentimentales par les meilleurs auteurs de France et du pays; Trois pages de belle musique pour piano; \u2018 Monologue, curiosités, inventions, modes et = cuisine: | Courrier du Pett Jardinier.= Chaque mots : - Une gravure moderne en couleur pour encadrer.iA aS EN VENTE PARTQUT ' VOIR COUPON D'ABONNEMENT 5 10 SOUS PAGE 129 \u201cig.=c \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 ABONNEMENT Canada et Etats-Unis Un an .$1.50 Six mois .75c Montréal et banlieue exceptés MENSUEL ILLUSTRE Directeur : JEAN CHAUVIN Vol.19, No 3 Le SCIENCES LA REVUE LITTERATURE POPULAIRE HISTOIRE est expédiée par la poste entre le ler et le 5 de chaque mois.BESSETTE & CIE POIRIER, : Edits.-Props.131, rue Cadieux, Montréal, Qué.dlaire Montréal, mars 1926 Entered March 23, 1908, at the Post Office of St.Albans, Vt, U.S., as second class matter under the Act of March 3rd 1879, SUPERSTITIONS Le nombre est des femmes que torturent les Leur vie, n\u2019élait ce travers, se- grand superstitions.rait calme et heureuse.$ Elles ont un fiancé qui les aime, des fréres et soeurs très aimables, un mari plein de prévenances délicates et assidu au foyer, des enfants qui les entourent d'une sollicitude constante; elles jouissent d\u2019une santé excellente et.sans être riches, se trouvent à l'abri du besoin et peuvent se payer le strict superflu.Mais toutes ces choses qui les devraient rendre optimistes, les faire sourire à la vie, elles ne les goûtent pas, parce qu'un démon initime les leur gâte, le démon de la superstition.Renversent-elles une boîte d'épingles ou une salière; aperçoivent-elles le matin une araignée: passent-elles par mégarde sous une échelle; cas- sent-elles un verre de couleur; bri- sent-elles un miroir ; croisent-elles dans la rue un corbillard ou un chat noir, ça y est, leur journée, leur vie miême tout entière en sont gâchées! Car vous n\u2019ignorez pas, chère lectrice, que renverser une boîte d\u2019épingles ou une salière est signe de dispute, qu\u2019une araignée annonce le malheur, que la vue d\u2019un chat noir, d\u2019un moineau égaré dans une pièce où il est entré comme dans une trappe par la fenêtre ouverte, que le croasse= ment du corbeau et de la corneille sont présages de catastrophes inévitables! Et pourtant, comment pouvez-vous croire qu\u2019on hâte ou conjure le destin d\u2019une manière aussi simpliste?Non, les superstitions mentent; il ne faut leur prêter au plus qu\u2019une attention amugée.Elles n\u2019ont été dictées par la nations inspirer la prudence.sagesse des que pour nous Ainsi n\u2019est-il dangereux de passer sous une échelle que pour éviter qu'elle ne tombe- sur soi avec l\u2019homme qui la monte et les seules fois qu\u2019il est contrariant de se trouver treize à table, c\u2019est (cetle blague est assez vieille), \u2014 lorsqu'il n\u2019y a à manger que pour douze.Jules JOLICOEUR. LA REVUE POPULAIRE .Mars 1926 | LES BEAUX SONNETS DEVANT LE FEU Par les hivers anciens, quand nous portions la tobe, Tout petits, frais, rosés, tapageurs et joufflus, Avec nos grands albums, hélas! que l\u2019on ra plus, Comme on croyait déjà posséder tout le globe! Assis en cond, le soir, au coin du feu, par groupes, Image sur image, ainsi combien joyeux Nous feuilletions, voyant, la gloire dans les yeux, Passer de beaux dragons qui chevauchaient en troupes! - Je fus de ces heureux d\u2019alors, mais aujourd\u2019hii, Les pieds sur les chenets, le front terne d\u2019ennui, Moi qui me sens toujours l\u2019amertume dans l\u2019Ême, x J\u2019aperçois défiler, dans un album de flamme, Ma jeunesse qui va, comme un soldat passant, Au champ noir de la vie, arme au poing, toute en sang! EMILE NELLIGAN NOTE.\u2014 Ce sonnet est tiré du recueil des poésies d'Emile Nelligan, réédité voici quelques mois par les soins de la soeur du poète, sous le titre.\u2018Emile Nelligan et son Oeuvre\u201d.REFESE SE AT AE LATHE NS THLE SL SILLA eg wd Mars 1926 LA REVUE POPULAIRE Oo LT TE ey I Be \u2019 | i ET # er = Tn TAT TE U0 LF ET JE Ey LL FT Te CTT Pe TEE ETT CTA FT a ET ET an TE Eo EEE ET ETT PEI pe a = .Le papier.\u2014L\u2019encre et les plumes.\u2014' Les livres.\u2014lLes bibliothèques.\u2014 Les tablettes.Le papier dont les anciens se servaient le plus habituellement pour \u201c éertre, lit-on dans l\u2019ouvrage de René Ménard ct Claude Sauvageot sur la \u201cVie Privée des Anciens\u201d, était fait avec du papyrus, espéce de roseau à tige triangulaire qui est assez commun sur le Nil, et qui a été employé pour cet usage dès lu plus haute antiquité.L'Euphrate fournissait également du papyrus, mais \u2018il élait de moins bonne qualité.Les préparations que l\u2019on faisait subir au papyrus, pour en faire du papier, étaient assez compliquées.Pline nous luisse une description très détaillée de ses multiples opérations.Le papyrus était de beaucoup la matière dont on se servait le plus souvent pour écrire, mais on employait aussi du parchemin.D\u2019après les auteurs anciens, le parchemin aurait été découvert à Pergame dans des circonstances particulières.À l\u2019époque où les Ptolémées élablissaient la fameuse bibliothèque d'Alexandrie, les rois de Pergame, voulant fonder dans leur capitale un établissement analogue, faisaient rechercher partout les manuscrits des auteurs célèbres, et faisaient recopier à grands frais ceux dont ils ne pouvaient pas se procurer les originaux.Jaloux de cette concurrence, el voulant réserver pour Alex- LES PAPIERS ET LES LIVRES CHEZ .LES ANCIENS andrie les avantages qui résultent d'une aussi grande collection de livres, les Ptolémées interdirent l\u2019exportation du papyrus d\u2019Egypte, et ce fut alors que les habitants de Pergame imaginèrent de faire avec la peau des brebis une nouvelle espèce de papier qui prit le nom de Pergamin, ou parchemin, de la ville où il avail été découvert.Le parchemin avait d\u2019abord le mérite de la solidité et, de plus, il avait cet avantage qu'on pouvait aisément enlever avec une éponge l'encre qui le couvrait.On donne le nom de \u2018\u2018palimpseste à un parchemin qui a été gratté ou lavé pour faire disparaître l\u2019écriture dont il était couvert et pouvoir ainsi l\u2019employer une seconde fois.Les li braires, qui répondaient à ceux que nous nommons aujourd'hui des bouquinistes, achetaient à vil prix des vieux parchemins qu\u2019ils nettoyaient le mieux possible pour pouvoir les uti- , liser ensuite, en y transcrivant des manuscrits nouveaux.Cet usage s\u2019est perpétué jusque dans le moyen âge et les moines recouvraient ainsi avec des dissertations théologiques des parchemins qui avaient primitivement servi à des ouvrages elassiques extrêmement précieux.Comme la première écriture n\u2019avait pas toujours été enlevée avec suffisamment de soins, on est quelquefois parvenu à la déchiffrer, malgré celle qui la recouvrait, et à reconstituer de la sorte des fragments perdus d'auteurs anciens.C'est ainsi 8 LA REVUE POPULAIRE que \u201cla République\u201d de Cicéron a été découverte et déchiffrée par Angelo Mai, sous un commentaire de saint Augustin sur les Psaumes.Il y avait naturellement une très grande économie à écrire sur ces vieux parchemins plus ou moins bien nettoyés, et les jeunes auteurs peu favo- PTE EE 5 is PRES 5 Fig.1\u2014Papier et instruments de lécriture.risés de la fortune s\u2019en servaient assez volontiers, mais les enrichis qui s'amusaient à faire des vers n'auraient pas voulu en faire usage.L\u2019encre et les plumes.L'encre dont se servaient les anciens était une liqueur composee d'eau gommée qu'on teintait soit avec de la suie de résine ou de la poix brûlée, soit avec de la lie de vin desséchée ; il paraît que l\u2019alun entrait aussi dans sa composition.L\u2019encre s\u2019effaçait avec une éponge.a Elle se mettait, comme aujourd\u2019hui.dans des récipients dont on peut voir * la forme habituelle dans l\u2019un de nos croquis.Ces encriers, qui sont pour- Fig.2\u2014Encrier, plume et tablettes.vus d\u2019un couvercle, sont formés par un double récipient, ce qui semblerait indiquer qu\u2019on employait p'us'eurs espèces d\u2019encres, soit qu'elles fussent IRE RETRY Mars 1926 différemment teintées, soit qu\u2019il y en eût simplement de plus ou moins épaisses.Au reste, quand on voulat les éclaircir, on y ajoutait simplement an peu d\u2019eau.Il y avait aussi des plumes de plusieurs sortes.On connaît les plumes en roseau.laillées en pointe et fendues par le bout.On faisait aussi des plumes - en bois dont on se servait quand on voulait écrire sur des matières plus dures que le papyrus.Les plumes de roseau elaient de grosseurs naturellement très inégales, et il y en avait d\u2019une extrême ténuité.Il fallait aussi que l\u2019on sût faire du papier bien mince.s\u2019il est vrai, comme Pline le raconte.que l\u2019Illiade et l\u2019Odyssée aient pu trouver place dans une coquille de noix.Les plumes se taillaient avec un canif.mais on les affinait en les frottant légèrement contre une pierre poreuse.° Fig.3\u2014Volumen et titre d'un volumen Les livres\u2014 Les livres n'avaient pas dans l'antiquité la forme que nous leur donnons aujourd\u2019hui.Un volume consistait en une feuille écrite d\u2019un côté seulement, el que l\u2019on pouvait allonger indéfiniment, suivant l\u2019étendue du texte qu'\u2019ii pouvait contenir.C\u2019était le plus souvent une très longue feuille terminée à ses deux extrémités par un cylindre autour duquel elle est destinée a s\u2019enroiler.Les deux eylin- dres se présentent à l'oeil comme, deux verticales, tandis que les lignes écrites apprraissent comme horizontales.On remarquera encore ce détail $ \u2014\u2014 = co Mars 1926 sur notre croquis représentant un volume rouleau et un autre déroulé avec l'étiquette du titre.Ges lignes horizontales sont disposées par colonnes et quand le lecteur fait tourner ses deux cylindres de manière que la feuille qui se déroule d'un côté s enroule de l\u2019autre, il voit apparaître tour à tour les colonnes ou pages qui constituent le volume.Les livres ayant la forme d'un rouleau, il n\u2019aurait pas été possible de mettre le titre sur le dos du volume comme nous le faisons aujourd'hui.Le sujet traité dans l\u2019ouvrage était écrit sur une petite étiquette placée au centre du rouleau; cette étiquette, généralement rouge, s\u2019appelait l\u2019index.T 0 Li pire Fig.4\u2014Capsa pour contenir les volumen Les bibliothéques.\u2014Les livres, qui avaient, comme nous venons de le voir, la forme de rouleaux, se pla- caient généralement dans des boites circulaires comme celle qui est représentée sur notre vignette ci-contre.Ces boîtes étaient munies d\u2019un couvercle et pouvaient se fermer à l\u2019aide d\u2019une petite clef.Des courroies qu\u2019on y fixait servaient à les transporter d'un endroit à un a et quand les Romains allaient à\u2019leurs villas, ils emportaient avec eux leurs auteurs favoris.Toutefois cette manière de serrer les livres ne pouvait être commode que pour ceux qui en avaient très peu, ou qui en emportaient dans un voyage.gy - LA REVUE POPULAIRE 9 Mais quand on en possédait un grand nombre, on les disposait sur des tablettes.qui répondaient aux casiers de nos bibliothèques.On a découvert, en 1753, dans une maison d\u2019Herculanum, une chambre disposée comme une bibliothèque.Les livres qu\u2019elle conienait étaient placés sur des rayons tout autour de la chambre, et au centre une colonne rectangulaire, dont chaque face regardait un des côtés de la chambre, était couverte de rayons également couverts de manuserits.Les livres, étant toujours manus- crils, devaient nécessairement se vendre plus cher qu\u2019aujourd\u2019hui.Ceux qui n'avaient pas eu de succès avaient à peu près le même sort dans l\u2019antiquité que de nos jours.Les tablettes.\u2014Outre les livres roulés dont nous avons parlé, on écrivait quelquefois avec un poinçon ou style sur des tablettes enduites de cire.Ces tablettes étaient formées de planchettes extrêmement minces pourvues d'un pelit rebord pour garantir du frottement ce qu\u2019elles contenaient.Il y en avait de différentes grandeurs: la plupart du temps, il y avait seulement deux tablettes ou feuillets que l\u2019on plaçait l\u2019une contre l\u2019autre.D\u2019autres fois, il y avait plusieurs tablettes réunies ensemble, de manière à composer un véritable livre, mais un livre qui n\u2019aurait en que cinq ou six feuillets au plus, car si minces que fussent les planchettes.l'épaisseur du rebord em- péchait qu'on en mit davantage.Le style dont on se servait pour écrire sur les tablettes de cire n\u2019offrait dans la forme rien de particulier.Il était très souvent en bronze.Quant à la cire, il y en avait de différentes couleurs.comme nous le voyons par une épigramme de l\u2019Anthologie grec- ui i i IN IN 1 10 \u2018LA REVUE que, où on la fait parler elle-même pour exprimer ses qualités: \u2018Je suis noire, blanche, jaune, sèche et humide; lorsque tu m\u2019as étendue sur un fond de bois, par le fer et la main, je parle sans parler.\u201d On faisait également des tableltes avec du parchemin.\u2018\u2018Suppose qu\u2019elles sont de cire, ces tablettes, dit Martial, bien qu\u2019on les appelle parchemin: tu les effaceras, quand tu voudras substituer une nouvelle empreinte à la première.\u201d 0 LA GEOLOGIE, SCIENCE AMUSANTE M.Pierre Termier, directeur des services de la carte géologique de France, professeur à l\u2019Institut Océanographique, met en France la géologie à la mode, comme fit Flamma- rion.toute sa vie, pour 'astronomie.Grace a lui, la géologie est devenue une science distrayante.car ses conférences sont assidûment suivies par un auditoire élégant.composé non seulement d\u2019étudiants mais de gens appartenant au grand public.Qu\u2019est-ce que la géologie?\u2014lui demande Albert Rang.dans une cntre- vue pour \u201cLes Nouvelles Littéraires\u201d : \u2014\u2014La géologic.c\u2019est l\u2019histoire de la Terre, et.comme il n\u2019y a pas d'histoire sans ou\u2019il y ait eu changement.c'est l'histoire des changements de la T'erre, racontée, cette histoire.en remontant aussi loin que possible dans le passé.'\u2018en remontant, si l\u2019on peut, jusqu'à l\u2019origine de Ja Vic.Les documents au moyen desquels nous pouvons reconstituer celte histoire, ce sont les pierres.et c'est l\u2019agencement des pierres.L'ensemble des pierres qui, dans une région dun- POPULAIRE Mars 1926 née, ont la même histoire.est ce que nous appelons un Lerrain.Toute la géologie est appuyée sur le trépied.peut-on dire, de la mine- ralogie, de la pétrographie.de la paléontologie, ou.si vous voulez.de la science des minéraux, de celle des ruches, de celle enfin des fossiles.C\u2019est en appliquant les méthodes de ces trois sciences à l\u2019observation des terrains que Fon \u2018arrive à distinguer ceux-ci les uns des autres et à connaître leur histoire.\u201d Voilà la géologie.Cette science.\u2018science d'observation, non d\u2019expérimentation\u2019.est très à la mode en France.Etudions-la mieux, chez nous.0 LES DIFFERENTS PEUPLES QUI ONT FORME LA NATION GRECQUE Les Grees sont les Grees.on ne sait pas davantage.La civilisation hellénique, telle que nous lu connaissons par les plus beaux monuments de I'humanité, était pourtan! la résultante de multiples influences.reenes des peuples qui envahirent la Grèce à diverses époques et qui.en se fondant, ont fondé la nation grecque et la civilisation hellénique.Ces peuples furent les suivants: 10.Les Pélasges (8,000 ans av.J.- GO).de la race méditerranéenne; 20.Les Crétois (3,000 a 1.400 av.J.-G), peuple de marins qui foul lc commerce avec l\u2019Egypte; do.Les Achéens.Vers l\u2019an 2,000 av.J.-C, les Achéens font la conquête de la Grèce sur les Crétois.Ce sont À les premiers Mellènes; to.Les Mycéniens; 50.Les Doriens. ea Dis à pt del 37e l'es Ces fer guer cou- ye tres 15-40 ul ng 18 nt Mars 1026 LA REVUE POPULAIRE 11 Ba! J NL TET IT Es ! Les indigènes da la Nou- velle-Zélande, ceux de l\u2019Aus- tratre, de Bornéo.de Madagascar, destri- bus indiennes d'Amérique, ont chacun leur manière de faire la cour à leurs femmes el cos manières diffèrent beaucoup des nôtres, il va de soi.Nos ancèfres, au moyen Âge, à F'épaque do la Renaissance, ne s\u2019y prenaicnl pas comme nous.et il est certain qu\u2019en Amérique les [réquentalions de jeunes filtes et garcons sont infiniment plus libres qu'en France.L'important est de toneher le but qui est la conquête de l'être aimé et le mariage.En Australie.l\u2019australienne amou- reusé, au jeune homme qui lui demande de partager sa hutte, pose cette simple question: \u201cPeux-tu me nourrir?\u201d La chose est dite d\u2019une façon trop directe à notre goût, mais n\u2019est- ce pas, en matière de mariage, la préoccupation essentielle de tous ceux \u2018et celles qui s\u2019y aventurent?En Nouvelle-Zélande, ies Maoris, qui sont un peuple fort intéressant et délicat, ont encore des us amoureux qui nous surprennent et qu\u2019on s\u2019attend peu à trouver chez ces indigènes dont on nous dit tant de bien.Les jeunes personnes qui veulent se marier fréquentent une grande ca- IL TIT DOOR EAGER SI SE ee TU ET LES MILLE MANIERES DE FAIRE LA COUR A UNE FEMME 1 ; i STAR 7116.ET JP TRING: BU TR po bate (il sen trouve une dans {ous les centres nn peu ianportants), où sont réunis garçons ot files.C\u2019est à la femme à s\u2019offrir.Elle entre là et dil: \u201cJaime Frovézhi-Woozli.Je désirerais eu faire mon époux.\u201d Puis elle attend toute pâle sa réponse.S'il dit \u201coui\u201d ou simplement acquiesce de la tête, F.W.devient son époux.Mais s\u2019il refuse, eHe se retire de la cabane, très humiliée de sa a Eee ER Er 12 ae, o e © v, 2 .+ @æ, 2, 5 e © A.D q 5 Ta re EEE a, aus = A R) dr CR: = pe \u2018GE ok THE As Ls Ke FLN YAN >» + oh NZ 0 à pas a = == nT = CZ Re: viel 1 7 3 IT ESS Sos = == {Kt > fl 7 N SC WW OR = = Er ce da 0 A 2) = Faron = fe = ses z ns piping Fos ve 4 Les Sol © ETS \u2018 PE \"2: Ll) dT SSE cs AS) Es & DE LZ 7 Re = GDP PSN prie PS0 ; SIN sx PP =F A \u2014 \\ >>> ROMEO ET JULIETTE 4 Ca 2 SSISSNES TOTES LA REVUE POPULAIRE 2 _ a.TX cs ANE 27 57 CRI 2 3 (ES pA LIEU SES \u2014 a N A SA Se a 7 5 & > ; À ; \u2014 © | | ee Cr rea Mars 1926 ee atti +, Ji came amie) Mars 1926 défaite.car tout le monde désormais saura que son amour, avoué publiquement.n\u2019est pas partagé.Toutefois, il peut arriver que d\u2019autres jeunes gens désirent pour femme la jeune indigène qui vient de s\u2019offrir à celui qu\u2019elle aime.Tous doivent alors se la disputer.Chacun la prend par une partie de son habillement (qui se résume à peu de chose) et tire de son côté.Et il arrive que la lutte soit si forte que la malheureuse jeune fille en sort blessée et quelquefois y perd la vie.C'est bien pire encore dans\u201d l'île de Bornéo où toutes les créatures doivent se préparer au mariage par une claustration de sept années.De 10 à 17 ans, la jeune fille est enfermée dans une hutte où personne ne la visite, ne voyant que la vieille femme qui lui apporte sa nourriture.Quand elle quitte cette retraite, son teint, de brun foncé qu\u2019il était est devenu jaune clair, ayant été si longtemps à l'abri des rayons du soleil.De plus, c\u2019est à peine si elle peut se servir de ses pieds qui sont restés tout petits et sans.force.Ce teint et ces pieds inutiles sont considérés comme charmes irrésistibles et tous les jeunes gens des alentours se la disputent.Dans une autre partie de la même Île vivent les Dayaks, tribus plus ou moins sauvages qui portent à leur flancée des crânes humains en guise de bouquets.\u201cSay it with human scalps!\u201d Ces indigènes ne perdent pas la tête en amour, ils perdent celles de leurs ennemis.En effet, aucun d\u2019eux n'oserait se présenter devant une femme, dans le dessein de lui avouer son amour, sans avoir deux crânes humains à la ceinture.Ces charmants cadeaux ont le don d'\u2019adoucir les coeurs les plus durs.Et un homme qui LA REVUE POPULAIRE 13 peut décapiter ses ennemis fera sûrement un bon mari.Chez les Esquimaux du Groenland, on n\u2019est pas si tendre! Faire la cour à une femme est temps perdu et les Esquimaux sont gens expéditifs.Dési- rent-ils une épouse, ils se rendent à la hutte de la jeune personne qui leur est tombé dans l\u2019oeil, la prennent par les cheveux ou par le collet et la trai- nent ainsi jusqu\u2019à leur demeure.Chez les Apaches, peuple de l\u2019Amérique du Nord dont les tribus sont établies sur la frontière qui sépare le Mexique des Etats-Unis, la femme ayant à faire tous les travaux du ménage et des camps est laissée libre de choisir son maître.C\u2019est bien le moins! Le jeune Apache, pour savoir si son amour est partagé, s\u2019y prend de deux manières, én laissant son cheval à la porte de sa bien-aimée ou en la priant de passer entre deux rangées de cailloux.Expliquons ces drôles de moeurs.Le prétendant attache donc son cheval de guerre devant la tente de la jeune fille qu\u2019il aime, puis s'en va.Il reviendra dans quatre jours.En son absence, la squaw réfléchit au sort qui l\u2019attend avec le gaillard qui lui demande sa main.S\u2019il lui convient, elle attache le cheval à sa tente même d\u2019une certaine façon et le nourrit.Si elle le laisse là où son maître l\u2019a abandonné et ne lui donne ni à boire ni à manger, c\u2019est qu\u2019elle refuse la proposition en mariage.Celui qui n\u2019a pas de cheval dispose deux rangées de cailloux sur la route devant la cabane ou la tente de son amie et l'invite à passer au milieu.Si elle marche à côté, elle lui signifie ainsi son refus.Si elle passe entre les cailloux, il la prend par la main et 4 l'a- mene chez lui.Ce 14 LA REVUE POPULAIRE Mars 1926 31H TERE AT ALL es AT RARE ERAT ETL Une Ecole de composition à Montréal Ce n'est pas pour nous une mince besogne que de parler intelligemment d'un compositeur de musique, d\u2019un créateur en cet art qui, pour les profanes, est bien la chose la plus compliquée du monde! Enthousiaste de - ses Oeuvres, admirateur fervent de son talent, mais incapable de disserter comme il le faudrait de sa science profonde de l\u2019harmonie, du charme et de la nouveauté \u2018de son inspiration, nous saurons nous, restreindre à une biographie.Et la vie de M.Mathieu, si peu avancée soit-elle, esl déjà toute pleine d'enseignements; eHle renferme de fortes leçons de travail et d\u2019énergie.Après une absence de cinq années, M.Rodolphe Mathieu est revenu de Paris, voici trois mois à peine, avec le dessein de reprendre à Montréal ses classes d\u2019enseignement et d\u2019y fonder une école de composition, dont nous parlerons plus amplement tout à l\u2019heure.Né aux Grondines, près Québec, en 1890, Rodolphe Mathieu étudia l\u2019harmonie et le contrepoint avec Alexis Contant.À 15 ans, il est organiste à Saint-Jean Berchmans et débute dans l\u2019enseignement du piano.Il compte déjà cinquante élèves! D'un côté il donne des leçons, de l\u2019autre en reçoit.I] se spécialise de bomne heure dans la composition et écrit plusieurs oeuvres qui furent exécutées dans de nombreux concerts et récitals à Montréal.En 1920, il s'embarque pour la LE COMPOSITEUR RODOLPHE MATHIEU | France où, trois ans plus tard, l\u2019hon.Athanase David lui accordait une bourse du gouvernement.A Paris, Mathieu étudie et compose; ses oeuvres sonl édilées et données en audition.Il étudie la composition et l\u2019orchestration avec Louis Aubert, auteur de \u2018\u2018La Forêt Bleue\u2019, au répertoire de l\u2019Opéra-Comique, et il écrit les pièces suivantes: a) Un trio pour piano, violon.violoncelle, que nous entendrons au printemps; b) Douze études, intitulées \u2018\u201cCarac+ tères\u2019\u201d.pour violoncelle; c) Six études pour violon et violoncelle; d) Une Symphonie burls® nv \u20ac choeur sur un poème en frcis mouvements du compositeur: le Péve:l des Fleurs, la Danse des Fleurs, ?es Vent: et'les Fleurs; ' c) Concerto pour violon et orehos- tre; f) Trois Préludes et un Lied punr violon et piano, oeuvres editées à Paris, chez Hérelle.Il trouve à Paris, pour l\u2019andit'on de ses compositions.les exéculants et artistes lyriques les plus propres à révéler son souple et ingénieux talent.C\u2019est M.Léo-Pol Morin, le célèlre pianiste canadien, qui interprèle quel- qu'une de ses oeuvres dans presque tous les récitals qu\u2019il a donnés en France; c'est Margnerite Bériza, de l'Opéra-Comique.et de l'Opéra de Boston, avec l'orchestre des Concerts Lamoureux; c'est Charles llulbard, raft: ¥ in BE & 2d Zo Mars 1926 ténor américain, Sarah Fischer, de l'Opéra-Gomique, c\u2019est encore le quatuor à cordes Krettly.Nous trouvons dans Le Ménestrel, au compte rendu d\u2019un de ces concerts Krettly, signé A.Schaffner, cette très LA REVUE POPULAIRE 15 vacité de mouvement fut des pièces exécutées à eette séance celle qui nous parut dénoter le tempérament le plus prodigue.\u201d Diverses oeuvres de Mathieu furent chantées encore à Paris par Victor M.RODOLPHE MATHIEU \u201c (Croquis du sculpteur Henri Hébert) élogieuse appréciation du grand talent de Rodolphe Mathieu: \u201cLa pièce pour quatuor à cordes d\u2019un jeune compositeur canadien, M.Rodolphe Mathieu, par une jeune vi- Brault et par Mme Campredon, de l\u2019Opéra, qui donna son \u2018Harmonie du Soir\u201d, sur un poème de Baudelaire, avec chant, violon et orchestre.Cette \u2018pièce sera interprétée à Montréal, en 16 LA REVUE POPULAIRE avril prochain, par Rodolphe Plamon- don.M.Mathieu, avons-nous dit, se dévoue, à la fondation d\u2019une école de composition.Vingt élèves au plus y seront admis, vingt jeunes élèves de 12 à 15 ans.\u201cNous commençons trop tard, nous déclare M.Mathieu, nus études de composition.On va répétant que nous manquons de compositeurs; ils sont peu, évidemment.mais il y a énormément à faire.Les talents abondent; ils sont remarquables.Mais encore faudrait-il les cultiver.Les pru- fesseurs canadiens qui ont séjourné en \u2018rance veulent au retour s'entourer d'élèves avancés, uniquement.C\u2019est un tort.Les élèves, il les faut prendre de bonne heure.jeunes, à douze ans.à treize ans, et les former soi-même.les garder longtemps sous sa coupe, et puis en faire quelque chose.Le compositeur, l\u2019harmoniste, peut ainsi former des disciples comme le peintre.comme le sculpteur.De cette manière, dans quelques années.nous aurions toute une pléiade de compositeurs.\u201d A cette école de composition, en même temps que l'harmonie, le contrepoint et l\u2019exécution, l'on commencera l'étude de la composition.Déjà, avant son départ pour l\u2019Europe, en 1920, M.Mathieu avait inauguré des classes du genre qui étaient très fréquentées.Il sera cette fois assisté de professeurs, professeurs de solfège, de théorie, d'harmonie et de contrepoint.M.Mathieu se réserve les cours de composition.Et tous les cours de l\u2019Ecole seront donnés au Studio Archambault où M.Rodolphe Mathieu reçoit actuellement ses élèves pour leçons particulières.Mars 1926 L\u2019INSTRUCTION PUBLIQUE EN RUSSIE SOVIETIQUE M.Lounalcharsky, Commissaire du Peuple & I'Instruction Publique dans l'Union des Républiques Soviéliques, à donné récemment aux journalistes barisiens quelques précisions sur le système d'enseignement en Russie, son fonctionnement et ses résultats.Nous n'avions de longtemps été officiellement informés de cette question: \u201cNous avons actuellement, dit-il, des écoles avec un cours d\u2019élude de quatre années qui englobent 60%: de la population enfantine, contre 50% dans la Russie des {sars.Nous avons élaboré avec suin et financièrement garanti un plan d'expansion scolaire qui aboutira en 1933 à l\u2019instruction générale obligatoire.Nous avons un accroissement notable des écoles en- faniines de 7 et 9 années.Un nouveau programme est déjà appliqué dans Loutes les écoles urbaines et dans plusieurs écoles rurales.Un formidable mouvement entraîne nus maîtres d'école à refaire leur instruction, c'est-à-dire à élever leur valeur professionnelle et leur conscience politique.Nous poursuivons en outre une campagne contre les illettrés, parmi les générations ayant de 18 à 35 ans.En 1924-25, fonctionnaient à cette fin +0,000 \u201ccentres\u201d ayant {ouché 1,200,000 illettrés.Nous aurons fini ce travail en 1930-31.Nos \u201cisbas de lecture, (salles de lecture) ont le même but.L\u2019organisation de ces clubs paysans ayant des buts politiques, agronomiques, hygiéniques et d'instruction générale, à commence en 1923.4,500 salles de lecture ont été ouvertes alors.Nous en avons maintenant 19,000.\" I a em ee = 15 te hé ni Mars 1926 BY THIET TIT IIIT Hi , LA REVUE POPULAIRE 17 oi Bibliographie à SITIES de THEE Gens tienne | PAR JULES JOLICOEUR Ts SHITE \u20ac ARTISTES-PEINTRES CANADIENS- FRANÇAIS (LES ANCIENS) par Georges Bellerive (Librairie Gar- neau, Québec, 1925.) Fort jolie brochure inspirée par une heureuse pensée d'art; digne hommage rendu à quatre artistes canadiens du XIXe siècle.Depuis \u2018Une Maîtrise d\u2019Art\u201d\u2019, par M.Vaillancourt, rien, il nous semble.n\u2019a été écrit sur l\u2019histoire de l\u2019art au Canada français.I] faudra bien qu\u2019un jour prochain l\u2019on récapitule la somme de nos efforts artistiques et qu\u2019on en fasse un ouvrage complet.Car nous n\u2019avons jusqu'ici que des monographies et M.Bellerive ne s\u2019est soucié que de quatre artistes de la région de Québec, qui sont: Joseph Légaré (1789-1855) Antoine Plamondon (1802-1888) Théophile Hamel (1817-1870) Antoine Sébastien Falardeau (1823- 1889).Si l'intention de ce petit ouvrage est excellente, la documentation minutieuse, le style simple et très satisfaisant, le titre, en revanche, n\u2019en est pas heureux, ainsi que certaines con- oy =e x EME EN TENTE sidérations de l\u2019auteur sur l\u2019art et le travail de l'artiste.Artistes-Peintres! Légaré, Plamon- don, Hamel, Falardeau surtout appar- tiennent-ils à une corporation si peu reconnue qu'on la pourrait confondre avec celle des peintres en bâtiment ou des peintres d\u2019enseignes?Depuis environ le milieu du 17e siècle, l\u2019art est nettement séparé de toute industrie mercantile, de toute \u2018\u2018 maîtrise \u201d ou syndicat, et un peintre est un peintre.Nous ne prisons pas fort ces passages relevés au cours de notre lecture: \u201cEn effet, il (Joseph Légaré) est le seul artiste peintre (sic) de Québec qui a conqulis par ses oeuvres l\u2019admiration de ses contemporains sans avoir eu l'avantage d\u2019aller étudier en Europe sous la direction de maîtres reconnus, et sans même avoir eu de professeurs attitrés pour le conseiller.\u201d \u201cOn ne connaît guère d\u2019artistes devenus sénateurs.M.Joseph Légaré a eu cela de commun avec le peintre (pourquoi pas l'artiste-peintre?) David.\u201d \u201cSon maitre (le maître de Antoine Plamondon) en avait fait un peintre trop parfait pour le Canada.Trop ami de la perfection, il dmnait & a A 8 a i} = A i, HS i HY He 4 i iN Hu Hi TC STON en 18 LA REVUE POPULAIRF à ses oeuvres un fini qui n\u2019était pns apprécié et qui demandait tiop de temps pour le prix qu\u2019on lui oltrail.\u201d Aussi, nous trouvons qu« la vie de ces peintres n\u2019était guère remplie pour qu\u2019on y doive noter des pelits faits aussi insignifiants que ceux-ci: \u201cA Paris cependant deux incidents lui (Antoine Plamondon) causèrent des ennuis et des transes.Un filou tenta de lui voler sa montre pendant qu\u2019il était à admirer les beautés de la façade de Notre-Dame de \u2018Paris, mais surpris sur le çhamp par un gardien de la paix, le voleur la lui restitua.\u201d Quant à Falardeau, il en vit bien d\u2019autres! \u201cArrivé a Marseille, il est si épuisé du mal de mer et du manque de nourriture qu\u2019il est deux jours sans pouvoir se remettre.\u201cUn autre mal aussi terrible que la faim devait bientôt l\u2019assaillir à Florence: la nostalgie.\u201d Un peintre qui s'ennuie à Florence! Conçoit-on cela?Mais.ce sont là péché véniels: il ne faudrait pas tenir rancune à l'auteur de ces propos légers et de goût douteux, l\u2019ouvrage.en somme, étant agréable et instructif.LES SOTREES DE L\u2019'ECOLE LITTE- RAIRE DE MONTREAL (L'Eclaireur, Beauceville.) On trouvera dans les dernières pages de \u2018La Revue\u201d notre étude sur le substantiel recueil de proses et vers édité en janvier dernier par l'Ecole Littéraire de Montréal.LE TRESOR DE L'ILE-AUX-NOIN par Eugène Achard (Librairie Beauchemin, Montréal.) Mars 1926 Nous recevons trop fard pour en faire leclure et critique le roman canadien de M.Eugène Achard, \u201c Le Trésor de I'Ile-aux-Noix\u201d, préfacé par Mme Blanche Lamontagne-Beau- regard.Ce sera pour le mois pru- chain.LIE GRAND SILENCE BLANG par L.-F.Rouquette Au cours de l\u2019année, MORNAY, dans sa collection \u201cLes Beaux Livres\u2019\u2019, fera paraître à Paris.Le Grand Silence blanc, (roman sur le Canada), de L.-F.Rouquette, illusiré par Clarence Gagnon, nolre grand artiste canadien.On pourra se procurer cet ouvrage à Montréal, dans les librairies.LA QUESTION SOCIALE ET LE CANADA Industrie et Turmnanité.par W.-L.Mackenzie King.premier ministre du Canada.(Bibliothèque France- Amérique.1925.) Dans la préface de l'important ouvrage du très honorable Mockenzie King.premier ministre du Canada, qui vient d\u2019être traduit en français par Altiar et édité par le comité Fran- ce-Amérique.M.Gabriel Hanotaux, de l'Académie Française, écrit : \u201cPour M.Mackenzie King, l\u2019économique n\u2019a de valeur civilisatrice que si ses lois rigides sont assouplies et adoucies par une vigilante générosité, par une sage sympathie.par ce \u2018\u2018quelque chose d\u2019humain\u2019\u2019 dont parlait dé- ja Térence : pareille à la médecine dont les moyens matériels réussissent mal si le médecin ne les accompagne pus d'une pénétrante action morale. 319 - car | ils | ila Mars 1926 Cette idée si simple.mais si originale dans ses applications, M.Mackenzie King la précise en ces termes : substituer dans les rapports du travail et du capital, a la Crainte la Confiance.M.Mackenzie King fait observer en débutant, que, pour arriver à dégager cette nouvelle loi économique d\u2019une portée si haute, il a fallu la guerre qui vient de mettre la civilisation à deux doigts de sa perte.L\u2019empereur Guillaume avait conçu le dessein de dominer le monde par la Crainte.Or, la catastrophe inouie qu\u2019il a déchaînée eût pu être empêchée, sans doute, s\u2019il eût existé alors une autorité de conciliation assez autorisée pour substituer chez les peuples, menés à la boucherie.à la Crainte, la Confiance.\u201cLa question posée et résolue dans l'oeuvre de - M.Mackenzie King est celle-ci: l'Industrie qui fait collaborer le Travail et le Capital est, désormais, obligée de choisir: subira-t-elle la loi du sang et de mort et consenti- ra-t-elle à s\u2019appliquer au triomphe de ce qu\u2019il y a de plus détestable dans les ambitions de quelques-uns ?ou bien se prononcera-t-elle pour la loi de paix, de travail et de salut (ce dernier mot pris dans l\u2019acception de santé physique et morale)?L\u2019Industrie s\u2019attardera-t-elle dans la iutte et dans l\u2019antagonisme de ses collaborateurs nécessaires; ou bien cherchera-t-elle entre eux, la conciliation indispensable à leur succès commun ?Est-elle pour la CGrainte, est-elle pour la Con- flance?Que la communauté, par l\u2019organe du gouvernement, dicte des lois; que l'éducation prépare les moeurs ; que l'opinion prépare et sanctionne les lois et les moeurs, ainsi la confiance se substituera à la crainte et le TIRE RELI UE LA REVUE POPULAIRE 19 grand pacte de collaboration sociale dans la paix et dans le travail, sera conclu pour le salut de l\u2019humanité.\"\u201cTel est l\u2019enseignement qui nous vient du Canada.\u201d ANDRE THERIVE ET \u201cZIGZAGS AUTOUR DE NOS PARLERS\u201d Dans une, des consultations grammaticales qu\u2019André Thérive donne, chaque semaine, dans \u2018\u2018Les Nouvelles Littéraires\u2019, il parle ainsi de l\u2019ouvrage de M.Louis-Philippe Geoffrion, \u201clivre aussi utile que plaisant\u201d : \u201cLe dessein de M.Geoffrion est de justifier la plupart des idiotismes canadiens du reproche téméraire qu'on leur lance.Ce ne sont pas des anglicismes, sauf exceptions; ce sont des tours populaires qui tirent leur noblesse de l\u2019usage éprouvé de nos provinces françaises (Anger, Poitou, Normandie, particulièrement).Tous les Français qui s\u2019inféressent à la vie de leur langue auront donc plaisir à consulter le livre de M.Geoffrion qui cache une érudition et un serupule très scientifiques sôus un aspect familier et nonchalant.\u201cOn y pêche des expresstons délicieuses.\u2019\u2019 Et ici M.André Thérive en cite quelques-unes, et continue : \u201cN\u2019est-ce pas assez pour rendre fiers de leur parler nos amis canadiens- français?Et n\u2019est-ce pas propre surtout à leur faire cultiver soigneusement, jalousement, leurs provineia- lismes?Qu'ils se gardent comme nous du langage pédant,.du mauvais journalisme, du jargon administratif.C\u2019est\u2019 par cette voie que s\u2019introduit chez eux Jl\u2019anglicisme, et le faux- français moderne.Des hommes comme M.Adjutor Rivard, M.Edouard Montpetit, M.Geoffrion servent là- q 3 À i ] 2 LA RFAUF POPUL LINE bas une cause qui nous est chore.et tous les Francais doivent les en remercier fraternellement.\u201d .LITTERATURE BELGE ET LITTE- RATURE CANADIENNE Nous avons noté, dans une entrevue donnée récemment par l'écrivain belge Pierre Goemaere à une revue de France, plusieurs points de connexité entre les littératures belge et canadienne, toutes deux d'expression française.Il serait mieux de dire, pourtant, que c'est entre les littérateurs de ces pays que nous voyons des rapprochements à faire.Et ils sont très faciles., Pourquoi les écrivains belges produisent-ils si peu?deman- de-t-on à Goemaere.Et il répond Parce qu\u2019ils n\u2019ont pas de loisirs; parce que la plupart d\u2019entre eux sont, ou bien fonctionnaires de l'Etat, ou bien Mars 1926 attachés à d'autres oceupations sans la rémuunération desquelles ils ne pourraient subsister.L'écrivain belge est rare qui vit du fruit de sa plume.Et l'écrivain belge ne peut profiter de sa plume parce qu\u2019il ne cultive pas le genre qui lui permettrait d\u2019en vivre: le roman! \u2018Le Belge, ajoute-t-il, ne sait pas faire le roman.Il ne sait pas le faire et n\u2019a jamais su le faire.\u201d Et les motifs qui interdisent le roman aux écrivains belges sont les mêmes qui les empêchent de réussir au théâtre.Très peu de Belges cultivent en effet avec succès le théâtre.Pour réussir, pensent encore la plupart des écrivains belges d'expression française, il faut habiter Paris.profiter du Milieu.Qu'on réfléchisse bien à tout cela et l\u2019an retrouvera en ces quelques lignes toutes nos excuses el tous nos préjugés ordinaires! \u201c LES SERPENTS, ANIMAUX FAVORIS D'UN - GRAND CHIRURGIEN Tous les gots sont dans la nature.Les uns élisent les chiens pour animaux favoris, les autres préférent les chats.d\u2019autres les perroquets et d\u2019autres encore les singes.On évite d'ordinaire de choisir pour animaux domestiques des bêtes dangereuses.fauves ou reptiles.ce qui n'empêche de grands hommes.comme Mussolini.ou piusieurs artistes du cinéma d'adopter des lionceaux et un très grand chirurgien américain.le docteur Howard Atwood Kelly de trouver le bonheur dans la société des serpents.Sa maison en est pleine et ils y vivent en toute liberté.Ils rampent sur ses tapis d'Orient.ils s\u2019enronlent autour de ses meubles d\u2019acajou, ils se proménent lentement du boudoir à la salle à manger, de la salle à manger au garde-manger.Tous leürs caprices sont écoutés et c\u2019est très rare que cet extraordinaire médecin les punisse de tous les dégâts que forcément ils causent dans sa maison.Et il ne faudrait pas croire que le docteur Kelly élève ainsi des serpents dans le dessein de les faire servir à des fins scientifiques.Nullement.il aime le serpent pour lui-même.EL c'est pourquoi ses amis et ses nombreux admirateurs, depuis si long- mure ae SES \u201cis lig \u201clon ilep fag iit Mars 1926 temps pourtant que le docteur.Kelly est possédé par cette manie, ne comprennent pas le plaisir qu'il peut trouver en pareille compagnie, lui, un maitre de la chirurgie chargé de titres universitaires de tous les pays du Le docteur Kelly, dans monde, membrè de nombreuses sociétés savantes, président de Ila \u201cSouthern Surgery and Gynecological Association, fondateur et président de deux hôpitaux, de nombreuses sociétés religieuses et sociales, père et\u2019 LA REVUE POPULAIRE son cabinet de travail.- 21 grand-père d\u2019une nombreuse famille.C\u2019est à Baltimore que demeure ce chirurgien fameux et c\u2019est dans un magnifique hôtel particulier qu\u2019il recueille et élève des serpents de toute sorte, venimeux ou non, boas cons- BH a tricteurs, serpents des blés, vipère de Caroline, serpents à sonnettes, serpents rayés ou serpents jarretières, connus dans nos Laurentides, et plusieurs: autres.Bien qu\u2019il ait donné au Jardin Zoo- ) 3 i 3 i H + logique de Baltimore une riche collection de serpents; il en possède encore une {très complète.car chaque année, au printemps.il parcourt quelque endroit du Canada, ou les marais de la Floride, ou les montagnes de l'Ouest, et en rapporte de quoi remplir sa maison.\\ Le docteur Kelly a quelquefois été attaqué et mordu par ses élèves mais tout le mal qu'ils pourraient lui faire ne sauraient diminuer l\u2019attachement qu\u2019il porte à toutes les races de reptiles.0 LE PRINCE DE GALLES DANS L\u2019INTIMITE C\u2019est au Yôrk Monse, le plus modeste pavillon de cette agglomération qui porte le nom de St.James\u2019 Palace, que vit le Prince de Galles.York House est une des plus vieilles maisons de Londres; elle date en tout cas du commencement du seizième siècle.On dit que le prince v vit très simplement.Tous les matins, il se retire dans son cabinet de travail, dont les fené- tres s\u2019ouvrent sur Cleveland Row.et qui.est garni de meubles d\u2019acajou du style Chippendale.Les tapis, rideaux.tentures et portiéres sont verts.La il dépouille son courrier.répondant lui- même aux Jettres infimes.confiant les autres à son secrétaire particulier, Sir Godfrey Thomas.Le courrier du prince Edouard étant chaque jour considérable, le secrétaire en titre doit s\u2019adjoindre pour y répondre plusieurs sous-secrétaires.C\u2019est sur une table massive que travaille le prince, table chargée d\u2019une photographie de la princesse Marie, sa soeur, et de quelques livres.LA RFVUF POPUT AIRF Mars 1926 La bibliothèque de York House est d'ailleurs considérable.On y trouve surtout des ouvrages d'histoire et livres de voyage.Rudrard Nipling est l\u2019auteur préféré du prince de Galles.Ml a son oeuvre complète en plusieurs éditions de luxe.C\u2019est là la pièce où se tient le plus souvent le prince.La maison d'ailleurs ne comporte que quelques appartements une antichambre à la droite de la porte d'entrée, deux salons.son cabinet de travail.sa chambre à coucher et celles des domestiques.une salle à manger.Nombre de jeunes célibataires millionnaires ou fils de millionnaires trouveraient cet hôtel insuffisant.C\u2019est là qu\u2019il aime de se réfugier, au retour de ses longs voyages à travers le monde.York House.situé dans un quartier tranquille.est en effet un véritable ermitage.Buckingham Palace est la résidence officielle de la famille royale, mais le Prince de Galles.son frère.le due d'York.et sa soeur Mary ont chacun leur hôtel particulier.messes ss fe 2 15,0G0,000 DE CITOYENS AMERI- CAINS DETIENNENT DES ACTIONS INDUSTRIELLES Ces chiffres marquent l\u2019avènement d'une révolution économique excessivement sérieuse.Tout travailleur est en passe de deven:r capitaliste.En 1908, environ 4.000,000 de citoyens possédaient des stocks aux Etats-Unis.En 1913, le nombre en était de 7.500, - 000 et en 1925.il est de 15,000,000.C\u2019est ainsi que se réalise la collaboration la mieux entendue entre le patron et le salarié, entre le capitaliste et l'ouvrier. Mars 1926 Nous prétendons .avoir fait, grâce au progrès, la conquête du monde sur cette carte des deux hémisphères figurent en taches rayées et noires les contrées du monde où n\u2019ont jamais pénétré les blancs el celles qui sont encore incomplètement explorées.Les sommets les plus élevés des plus hautes montagnes n'ont pas encore été gravis.Une mine fabuleuse de radium se trouve peut-être quelque PACIFIQUE part, attendant un prospecteur chanceux.Des vallées luxuriantes se dissimulent entre de belles rivières inconnues.Quand l\u2019amiral Peary revint de sa dernière expédition dans les régions arctiques, il révéla l\u2019existence, dans l\u2019extrême-nord, de plusieurs milliers de milles carrés où, l\u2019été, verdoie une herbe grasse, où vivent nombreux des boeufs musqués, des ours polaires, des renards, des phoques, des vaches marines, des oies, des canards et des aigles.Ces animaux sont libres, ils attendent un maître.Un navigateur découvrit dernièrement encore, au Groenland, au retour d'une-envolée vers le pôle nord, des vestiges d'anciennes habitations de Scandinaves.D'ailleurs, la carte des régions polaires n\u2019est pas définitivement tracée, loin de là.Entre l\u2019Antarclique et l\u2019Australie s'étend une terre appelée l\u2019île Ker- guélen, ou ile de la Désolation, découverte en 1772 par un capitaine de vaisseau francais qui lui donna son nom et explorée plus tard par Cook.Cette île, qui appartient à la France, pourrait recevoir trois ou quatre millions d'habitants, lesquels s\u2019y livre- ralent très avantageusement à l\u2019agriculture et à l\u2019industrie.On n\u2019y trouve i  \"ER EE 24 LA REVUE POPUT AIRT aujourd\u2019hui qu\u2019une cinquantaine de matelots.Hors des régions polaires.c\u2019est l\u2019Afrique qui reste le pays le moins exploré.Seuls ces nomades voilés de noir, écumeurs -du désert.et qui le parcourent par bandes pour piller les caravanes, connaissent tous les secrets du Sahara qui, certainement, un jour, sera transformé en une plaine fertile.Des explorateurs hollandais et anglais nous ont révélé l'existence de montagnes, à l\u2019intérieur de la république de Libéria et de l\u2019Afrique Oceci- dentale Française, qui sont à peu près inconnues.Leur altitude n\u2019a pas encore été déterminée scientifiquement et on ignore la nature des animaux qui vivent sur leurs hauteurs.Dans l\u2019Amérique du Sud, aussi bien, des explorateurs remontant à l\u2019aventure le cours de fleuves et rivières inconnus, peuvent rencontrer de nos jours des animaux étranges et des hommes même dont on soupçonne à peine l\u2019existence.L\u2019aviation, avec la photographie s aérienne, est appelée à nous faire con- maître les contrées les plus lointaines et les plus difficiles d\u2019accès.Jusque-là, le monde réserve encore des aventures aux aventuriers.0 L\u2019EXPOSITION DE WEMBLEY Une autre exposition qui se termine par un déficit énorme, celle de Wembley, Angleterre, tenue au cours de l\u2019été 1925, en même temps que l\u2019Exposition des Arts Décoratifs.L'exposition se solde en définitive par 1,581,905 livres sterling.Ce dé; ficit incombe pour les 44 à l\u2019Etat et 5 aux industriels et commergants.Mars 1926 LE PLUS GRAND OBSERVATOIRE DU MONDE S'F.EVERA DANS LES ALPES Un à commencé sur le eulmen du mont Salève,-en Haute-Savoie, sur la frontière suisse, non loin de Genève, la construction d'un observatoire qui serait le plus grand du monde.I faudra quatre années pour terminer son armature de $2.000,000.Cet observatoire contiendrait en plus le télescope le plus puissant du monde, plus puissant que le célébre télescope de l'Ohservatoire du Mont Wilsen, lequel pèse 100 lonnes et a observé 3.000,C06G,000 d'étuiles jusque-là invisibles.On y adjoindra un observatoire météorologique ct sismographique, ainsi qu\u2019un lahoratoire de recherches et un poste de téiégraphie sans fil assez puissant pour communiquer avec presque toutes les parties du monde.0 MOZART, AMATEUR DE CHAM- PAGRE Nous lisons dans \u2018\u2018La Vie Médicale\u201d que le grand Mozart.d\u2019après M.Wi- dor, était un amateur de champagne et en buvait souvenl au cours de son travail de composition musicale.La preuve de ce goût nous est restée sous forme d\u2019une large tache jaune pâle, qui marque les piges où est notée l'ouverture de Don Juan, sur le manuscrit que Mme Viardot donna jadis à la bibliothèque du Conservatoire de Paris.Mozart a répandu son verre sur le papier, la nuit où il avait écrit ces mesures admirables.M est agréable de penser que, dans cette ouverture célèbre, revit un peu de aime du vin qu'aima tant ce grand génie. Mars 1926 modérer mari ot EAN DANONE D OT d'A mi pion PE TT LA REVUE POPULAIRE 25 I TE OE FT TTT LA FORCE PRODIGIEUSE DE L\u2019ARAIGNÉE | | TR OT FETT rar RA Le romancier anglais H.G.Wells avait-il raison de dire que si 'homme perdait la domination du monde, l\u2019araignée s\u2019en emparerait?iit ce ne serait pas sans droit, car les savants nous représentent l\u2019araignée comme l\u2019animal Te plus rusé, le plus intelligent.le plus courageux et le plus féroce de la création.Est-ce parce que noûs craignons que l\u2019araignée ne s\u2019empare du monde et ne nous supplante que nous la redoutons tant, autant, plus peut-être que le serpent.Expliquons ainsi notre répulsion, car autrement elle est sans raison.En effet, jamais l\u2019araignée ne s'attaque à l\u2019homme, sinon pour se défendre et très peu sont venimeuses.Quant à leur intelligence, elle est surprenante, et leurs moeurs sont infiniment plus \u201ccivilisées\u2019 que nous ne le crovons communément.Dans le monde de l\u2019araignée, la femelle est vraiment reine; elle commande au mâle, elle combat pour Jui et l\u2019alimente.Le mâle est de taille plus petite; il est faible et sans grand courage.La femelle le dévore quand la fantaisie lui en prend.L\u2019araignée compte de nombreux ennemis et il ne faudrait pas croire qu'elle ne s\u2019attaque qu\u2019aux mouches.Elle peut fort bien capturer une souris en tissant sa toile autour de la queue du petit rongeur, la soulever de terre et la dévorer lentement.On a découvert de mêméë qu\u2019il arrive fréquemment aux araignées de chasser par troupes et aussi qu\u2019elles _- sont cannibales et se dévorent entre elles.à l\u2019occasion.; Et le professeur E.W.Gudger, du Muséum d\u2019histoire naturelle des Etats.Unis, lequel.depuis de nombreuses années, étudie les moeurs des araignées, soutient qu\u2019elles chassent en commun les tétards, les serpents, les lézards et jusqu\u2019aux chauves-souris.Plusieurs expériences l\u2019en ont con- vaineu.Il mit dans un grand vase une douzaine de létards.trois jeunes grenouilles et une grosse araignée.Le fond du vase était rempli d\u2019eau afin que les tétards y pussent nager à leur aise et sur cette eau flotte une branche d'arbre suffisante pour y loger les jeunes grenouilles et Jl\u2019araignée.Qu'est-ce qui arriva?L\u2019araignée mangea neuf tétards et l\u2019une des petites grenouilles.Les grosses araignées vont même à la pêche.D\u2019autres expériences, aussi concluantes que la première, ont été faites dans un aquarium.Les vé- rons (minnows) se sauvent à l\u2019approche d\u2019une araignée de bonne taille.Dans l\u2019Amérique du Sud se rencontrent des araignées énormes, que nous connaissons sous le nom de tarentules, et qui s\u2019attaquent à des poissons beaucoup plus gros qu\u2019elles, aux oiseaux-mouches et, dans le Sud- Africain, aux lézards.I1 faut dire que les tarentules pourraient.de toute la longueur de leurs pattes, couvrir une grande assiette.Leur aspect est formidable, il a de quoi terrifier.Mais la tarentule n\u2019est pas si mauvaise qu\u2019on nous le donne à He H ; i i : A i 26 LA REVUF POPULAIRF Mars 1026 Ve A croire.Il nous en arrive souvent des pays tropicaux; elles voyagent dans des régimes de bananes ou autres produits exotiques.Leur morsure est dou- loureuse, souvent venimeuse, certaines glandes sécrétant un poison.On a remarqué, détail assez curieux.que l\u2019araignée semble affligée d'une hydrophobie chronique.Touche-t- elle à une goutte d\u2019eau qu'elle tombe en convulsion.En revanche.elle semble aimer l\u2019eau ef en consomme bejuu- coup.Le mâle, a'nsi que nous l'avons dil.est beaucoup plus petit que la femelle.I] n\u2019a qu\u2019un vingtième de sa laille et il lui arrive assez souvent d'être mangée par elle.C\u2019est encore la femelle qui tisse la toile.FL voici comment.Les araignées possèdent dans l\u2019abdomen de grosses glandes sécrétant un liquide gommeux qui s\u2019éfire et se durcit à l'air en dévenanl la soie.C\u2019est à l\u2019aide de cette soie que l'araignée tisse la toile.qu\u2019elle fabrique les cocons qui entourent ses oeufs, qu\u2019elle se soutient dans l'air quand elle se laisse tomber.On a cherché à tirer partie de la soie des araignées.On en fit autrefois des bas.des gants, pour des personnages royaux.Nous parlions tout à heure du ve- - Nin des araignées.On pent dire en définitive que ce venin.dont l'effet est foudroyant pour les insectes, n\u2019est pas appréciable pour l\u2019homme, du moins sous notre climat. Mars 1926 LA REVUE POPULAIRE 27 is UE Em i 157 (i marina ol ; QUELQUES EXEMPLES CELEBRES DE j MAISONS HANTEES eme eee sm Nous trouvons dans \u2018\u2018Le Petit Journal lllustré\u201d une chronique sur les plus récents cas de maisons mystérieuses ou hantées parvenus à la connaissance du monde savant.Le dernier cus rapporté est celui d'une maison qui se trouve au hameau de Ronquerolles, de-l\u2019Oise, France.Là habitent une jeune femme, en instance de divorce, et ses quatre enfants.et chaque nuit des coups violents sont frappés au plafond ou le long des murs.Une brigade de gendarmerie a visité les lieux qui n\u2019y a rien entendu d\u2019anormal.On a raison, la plupart du temps, de sourire de ces manifestations insolites.Les événements ne Llardent pas, d'habitude, à montrer qu\u2019on avait affaire à un mauvais plaisant assouvissant ainsi un étrange besoin de vengeance ou.plus simplement, à un mystificateur.Pourtant, Certains faits sont si extraordinaires qu\u2019on n\u2019a jamais pu en donner une explication plausible.Camille Flammarion qui, en même temps qu\u2019astronome, fut un spirite convaincu, s\u2019était occupé de ces quies- tions et avait réuni 5.600 cas qu\u2019il déclarait scientifiquement contrôlés.En voici quelques- uns, tels qu\u2019il les rapporte! En 1849, rue des Noyers, à Paris, une maison inhabitée était assaillie chaque soir par une grêle de projectiles.pavés, fragments arrachés des murs voisins, moellons entiers qui, pres de Clermont- dans un dossier { ' par leur poids et par la distance qu\u2019ils parcouraient, ne pouvaient être lancés par une main humaine.La police fut mobilisée; on exerça ld plus stricte surveillance; on ne {trouva rien.Méme.comme on avait eu soin de fermer les volets, les projectiles prirent la forme plate et allongée d'un tuile et passérent avec précision entre les fentes.Dans un château de Calvados, où habitait, en 1873, un abbé, des faits pius surprenants encore se produisirent.Des coups violents ébranlèrent la maison, les meubles étaient déplacés, des cris lugubres retentissaient et parfois on entendait comme le bruit d\u2019une grosse boule descendant l\u2019escalier en sautant de marche en marche.Pour découvrir l\u2019auteur de cette sarabande, on tendit des rouleaux de- fil dans toutes les pièces; nul ne fut brisé.On fit coucher dans le château des chiens de garde extrêmement féroces: ils se tapirent dans un coin, tremblant de peur et gémissant.En 1895, ce fut la propriété de la Constantinie, dans la Corrèze, qui fut le théâtre de phénomènes aussi mystérieux que troublants.Des tonneaux roulèrent, tout seuls, dans la cave.Un bol de café passa vivement d\u2019une table à une autre, sans qu\u2019une goutte de liquide fût renversée.Des gouttes de sang frais tombèrent, une à une, sur un journal ouvert.En présence de témoins irréecusables, un balai, un couvercle de soupière, une bouteille se 23 LA REVUE POPULAIRE déplacérent.Le feu prit, sans raison apparente, dans une chambre; on y courut, et, contrairement au dicton.on y vit une fumée sans feu, une fumée qui \u2018\u201c\u2018rentrait dans le lit où elle se dissipait\u201d.Mais le cas le plus curieux, parmi les plus récents et les mieux observée, est celui des maisons \u201c\u2018éleetri- ques\u2019 de la Courneuve.Cette localité de la banlieue parisienne.que rendit célèbre, pendant la guerre, la formidable explosion dont on se souvient, vivait, en 1907, dans le colme le plus complet.Or, le 11 septembre de cette année-là, à la suite d\u2019un violent orage qui s\u2019abattit sur la région, une maison prit feu sans que la foudre en fût cause.Le lendemain, un hangar de la rue Edgar-Quinet fut incendié de même.Dans l\u2019après-midi du même jour, une maison voisine prit feu à son tour.Les pompiers, accourus, luttaient partout et veillaient.Cependant, un quatrième incendie se déclare et, les jours suivants, les phénomènes les plus inattendus se produisent: dans un coffre.des manches de couteaux s\u2019enflamment spontanément, puis, le matelas d\u2019un lit, un pain sur une table, la table elle-même.A mesure qu\u2019on éteint ici, la flamme surgit là.Un inspecteur d\u2019une compagnie d'assurances manie des rideaux: ceux-ci prennent feu entre ses mains.Un lieutenant de pompiers déplace un chapeau mou ; le chapeau s\u2019enflamme entre ses doigts.Un autre pompier, dont les bottes sont tellement mouillées que le brave homme .est obligé de changer de chaussures, voit les bottes qu'il vient de retirer jeter tout à coup des gerbes de flammes.Cette fantasmagorie insensée se prolongea pendant six jours.Elle prit Mars 1926 fin seulement lorsque les habitants des immeubles incendiés se décidèrent à chercher ailleurs un asile.Ajoutons d'ailleurs que chacun de ces faits à été constaté par des dizaines de témoins et consignés dans les rapports officiels de l\u2019inspecteur d\u2019assurance.du commissaire de police et du lieutenant de pompiers.Que faut-il en conclure?interroge l'auteur de cette chronique, Roger Régis.Non pas, certes, ainsi que le croyaient nos aïeux, que les revenants se plaisent à jouer de méchants tours aux pauvres humains.Ces pauvres humains ont bien d\u2019autres soucis! Mais, en dépit du scepticisme de la plupart des savants, on peut ajouter foi à des causes qu'on découvrira un jour.Shakespeare avait raison d'affirmer qu\u2019il y a, entre le ciel et la terre, bien des choses que nous ignorons.0 L\u2019ORIENTATION DU LIT ET SON INFLUENCE SUR LA SANTE La position du lit dans la chambre à coucher exercerait une influence assez grande sur la santé d\u2019une personne.N'est-ce pas se dorloter un peu?Des médecins et des revues médicales en parlent pourtant très sérieusement.Dans l\u2019une de ces revues, on rappelle que Reichenbach avait noté, dès 1845, que certaines personnes éprouvent des malaises quand elles sont placées face à l\u2019est, et que beaucoup d\u2019autres dorment mieux, lorsque leur lit est orienté nord-sua, de façon que la tête soit vers le nord.Il est en outre recommandé dans le code religieux des Juifs, basé sur le Talmud.de mettre le lit dans la direction nord-sud.la direction est-ouest étant plutôt défendue.ETT ae RRC AAR Oa Mars 1926 LA REVUE POPULAIRE 00,02 50,99 £230 ®, ra PT 29 e, «Wh Sen CHRONIQUE FEMININE Par FRANCINE \u2014\u2014crenemrenue SAVEZ-VOUS DE QUOI SONT FAITES LES PERLES QUE VOUS PORTEZ?Tout le monde au- jourd\u2019hui porte des perles.Les grandes vedettes du théâtre et du cinéma, les épouses de millionnaires ne sont pas seules à les porter.Toutes les jeunes filles, qu\u2019elles travaillent ou non, ont au moins un collier de perles, quelquefois deux ou trois, dans leur écrin à bijoux.Ge ne sont pas des perles véritables.évidemment, car celles-là vous en connaissez le prix, qui est énorme.Non, un simple produit de Eastport, Maine, le plus souvent.Les grains ou globules de verre se trouvent partout et la matière qui les recouvre pour en faire des perles est fournie par les écailles du hareng.Ces écailles, autrefois inutilisées, coûtent aujour- d\u2019hui de dix à quatorze cents la livre.Mais il se peut que quelque jour l\u2019on puisse se procurer des perles véritables pour le prix de perles fausses.Aubaine pour les femmes qui aiment les perles pour les perles.Quant à celles qui les portent uniquement parce qu\u2019elles coûtent très cher, elles les abandonneront pour trouver autre chose hors de la portée du vulgaire.Le départément des pêcheries des Etats-Unis posséderait un moyen de produire des peries magnifiques.Les perles fournies par les moules d\u2019eau douce de l\u2019Ohio et du Mississipi sont fort belles.C\u2019est dans les eaux de ces fleuves que les chefs de tribu de l\u2019époque précolombienne puisaient ces collections de perles, grosses comme des ncix, qui eussent fait pâlir d\u2019envie les monarques de l\u2019ancien monde. 30 LA REVUE POPULAIRE Or, le gouvernement actuel, entreprenant la culture intensive des moules de ces mêmes fleuves, dans quelques années pourrait mettre dans le commerce des perles d'une valeur incomparable et assez nombreuses pour.en orner le cou de toutes les femmes.Réêvons là-dessus.LA CHAMBRE D\u2019AMIS Ne meublons pas n\u2019importe comment la chambre d\u2019amis ou, pour nous servir de Jl\u2019expression locale, \u2018la chambre des étrangers\u201d.'Tout étran- ger qui pénètre pour la première fois dans une maison juge ses hôtes aussi bien à la façon dont sont tenues la salle de bain et la chambre d'amis qu\u2019à l\u2019ameublement des pièces importantes, salon, boudoir et salle à manger.On a grand tort de garnir cette chambre des étrangers de meubles démodés, de meubles de rebut, de la confondre avec la \u2018chambre de débarras\u2019\u2019.Mettons-y évidemment des meubles moins coûteux qu'ailleurs ,mais jolis quand même, harmonieux et modernes.C\u2019est simple politesse, c\u2019est ARERR RRS \"Od Mars 1926 ° bien comprendre les lois de l\u2019hospitalité, que de loger ses invités dans des chambres agréables.Les anciens donnaient à leurs hôtes les plus belles pièces de la maison.Que cette coquette chambre à coucher, illustrée ci- haut, vous suggère quelques bonnes idées! VOULEZ-VOUS QUE VOTRE ENFANT S'ENDORME RAPIDEMENT ?Un père de famille, M O.M.Salis- burÿ, imagina de réunir en une couchette d'enfant leg avantages du berceau et de la petite voiture à ressorts.Au cours des promenades que sa mère lui faisait faire, l\u2019enfant s\u2019endormait profondément dans sa vôitu- rette.Aussi, pour faciliter le sommeil du bébé, gardait-on le petit véhicule dans la chambre à coucher.Mais cela ne faisait pas joli.Aussi le père fabri- À \\ .; : Li 4 gs 3 > qua-t-il lui-même un châssis pourvu de ressorts à l\u2019une des extrémités, sur lequel il posa un berceau.Le soir, la maman n\u2019a qu\u2019à faire danser légèrement le berceau sur ses ressorts et l'enfant s'endort tout de suite, ef i igh fs vu tit EN tit ci i Gil dia Hee in 1% Mars 1926 LA REVUE POPULAIRE 31 SSD] ie Is .deg L\u2019ART D\u2019HABILLER LES ENFANTS ! 3 { a $ Di fuel AE ET vy Ü i Juliligy Ne fix A 3] x So Aid He, Er tr, I I En 153 Li UM i ad I a A imam iN Me I rriggl 4 ; ~~ -aidT % SET eee 5 J Cols 7 A wile g $ es A Bt my vat - pr DA a ii var 4 fi fl: la if Ç 1 i ar ; ih ca NAS : : 26 Je of te W 2 et i ir } { ©! ih br pe oi 3 = oa it * À Ca f 5 i hh 5 5 A i hex i x i fi 3, & di | iis al Be Jb! iit te i Hh i LE Le ih ih gil 4 > i 2 18 ns ; 2g if, ; il ] hy gi 7 Lu fi A ie i, ~ \u2019 Hy at = i ps i | i A Lt da i He |} [iit Hilt: ih ah hid S PC I I th tu ty ; ; | | on : ; J i Hh 4 il til | i ; i | 3 5% 3 i | Na it di i bi il Ht 5 Lens N Re EN 4 0 i \\ 32 LA REVUE POPULAIRE LES DROITS NOUVEAUX DES FEMMES EN ITALIE Le Sénat italien vient de sanctionner la loi accordant à quelques catégories de femmes le droit de vote administratif.Ce n\u2019est pas encore l'établissement du suffrage féminin universel ou mitigé.du droit de vote politique.En effet, cette loi confère aux femmes le droit de nommer uniquement les maires et conseillers de certaines municipalités.Ce vote municipal, nos femmes y participent depuis longtemps.Toutefois, les féministes italiennes se réjouissent d\u2019une victoire, à nos yeux bien petite.aux leurs très importante et pleine de promesses.Cette victoire, elles l\u2019attendaient vainement depuis plusieurs années, car jusqu'ici, Mussolini et son gouvernement s\u2019étaient toujours montrés hostiles à tout suffrage.Le sort des femmes en ltalie insulte à nos idées modernes.Là, toutes les carrières libérales leur sont fermées et dans l\u2019aristocratie comme dans la hourgeoisie c'est pour une femme un déshonneur que de travailler.On n\u2019y voit ni avocats, ni banquiers, ni architectes, ni ingénieurs.Dans l'exercice de la médecine, elles sont limitées à la puériculture, aux maladies des enfants.aux besognes des maternités.Etant donné que les épouses italiennes sont en rigoureuse tutelle de mari.qu\u2019elles ne lisent pas de journaux et ignorent à peu près tout de la chose publique, il est très probable qu\u2019elles n\u2019usent pas tout de suite de leurs droits nouveaux.Le droit de vote municipal, difficile- Mars 1926 ment acquis.est d'ailleurs fort restreint.Le roi d\u2019italie nomme par décret tous les maires et conseillers des villes de moins de 5.000 habitants et les préfets jouissent en outre de certains privilèges qui diminuent beaucoup les droits des contribuables.Les veuves de guerre el les mères des soldats qui ont pris part à la dernière campagne et qui adhèrent à l\u2019organisation fasciste pourront voter, mais, en principe.ce droit n'est ae- cordé qu\u2019aux femmes pourvues de diplômes scolaires.Mais on ne s'est pas entendu sur le degré d\u2019éducation à exiger des futures électrices.De toute manière, grâce à ces restrictions, le nombre des électrices ne pourra être bien grand, étant donné que la majorité des Italiennes est composée de paysannes dont 80% sont illettrées.Sur une population de 41 millions.c\u2019est à peine*si 1.500.000 femmes seront ainsi appelées à voter.0 CONTRE LA TRANSPIRATION DES PIEDS Les bains de pieds dans de l\u2019eau renfermant une cuillerée à café de formol pur, affermissent la plante des pieds, suppriment la transpiration, cause des plaies.| Les badigeonnages des pieds avec une solution de 25 à 35 pour cent de formol donnent un résultat immédiat sans répercussions fâcheuses sur l'\u2019organisme.La vaseline formolée peut être employé\u201d avec le même succès, Om Une des règles que Ion doit le plus avoir en vue, c'est de faire de bonne grace tout ce que l'on est obligé de faite.x % # Lorsqu'on parle beaucoup, on dit presque toujours quelque chose qu'il ne faudrait pas dire.* Ok * Le succes n'apnart.ent pas toujours aux justes, et il ne justifie jamais les coupables.Mr oy m 7 Em CC EC CE A ERLE L'hôtel particulier de style Francois Ier que le sénateur Clark, décédé il y a quelques mois, fit construire environ l'an 1900 sur Fifth avenue, à New-York, lui coûta la somme de sept millions de dollars.C\u2019était une folie de rajah.Cette maison princière, véritable château renaissance, en vaut .x bien aujourd\u2019hui de douze à quinze millions.Le sénateur Clark est assez bien connu au Canada pour avoir épousé une canadienne-française qui lui survit.C'est au retour de l\u2019Ouest où il avait fait sa fortune dans les mines, une fortune de $50,000,000 environ, qu\u2019il fit construire ce palais dans le but d\u2019épater la haute société américaine et de pénétrer dans le cercle fermé des Vanderbilts el des Astors.Bien que nouveau riche, Clark avait du goût et une certaine culture.C\u2019est Deglane, l'archilecte da Grand-Pa- lais de Paris.qui en fit les plans et c'est Philippe Martiny, le seulpteur, qui fut chargé de l'ornementation extérieure.Ses marbres, il les fit venir des carrières du Maine, du Maryland et de la Caroline du Nord.Il fit venir d'Europe une équipe entière d'artisans remarquables pour lesquels il fonda un véritable village sur Long Tsland et qui furent chargés de sculpter ses plafonds et ses murs de bois satiné.de noyer et d\u2019acajou.Les murs du grand saloir furent enlevés d\u2019un château français du premier Empire.Sur le parquet s'étendait un immense fapis sur lequel Napoléon UNE MAISON DE $12,000,000 avait marché et qui portait à son centre un médaillon marqué du \u201cN\u2019\u201d impérial.Dans un coin, il plaça une épinette peinte ayant appartenu à la reine Marie-Antoinette.Les murs de plusieurs pièces, il les orna de tapisseries Gobelins.L\u2019une des cinq salles à Un coin de l'hôtel particulier de feu le sénateur Clark, manger ful garnie de meubles en chêne de la forét de Sherwood, cetle forêt d'Angleterre qui fut autrefois le refuge de Robin Hood.Des jungles de l'Amérique centrale on fit venir ds l\u2019acajou impeccable, sans flache.Et des Îles de I'Extréme-Orient fut im- 34 LA REVUE POPULAIRE porté du boïs de santal, doux au toucher comme la soie.Son rêve réalisé, après onze années de travail, le sénateur Clark se trouvait possesseur d\u2019une maison de 121 pièces et de 31 salles de bains.Mais il fallait qu\u2019on en parlât non pas seulement comme d\u2019un hôtel particulier merveilleux, mais aussi comme d\u2019une des plus riches galeries de peinture d\u2019Amérique.H se procura donc, à des prix fabuleux, des tableaux de peintres primitifs et des grands maîtres italiens, flamands, allemands et français de la Renaissance.Il eut en outre une col- Jection de peintres contemporains et demanda six panneaux de la vie de Jeanne d\u2019Arc à Boutet de Monvel.Depuis la mort du sénateur Clark, les domestiques ont été congédiés, 1: maison est inhabitée et ses exécuteurs testamentaires n\u2019y gardent que quelques agents bien armés, préposés à la garde de ces trésors.0 LA PEUR DES MOTS On en a chaque jour de nouveaux exemples: - À présent, les bonisseurs ou bonimenteurs \u2014 gui, jusqu'ici avaient reçu la dénomination de \u2018came- lots\u2014ne veulent plus être traités que de \u201cdémonstrateurs\u201d.Vous désobligeriez fort les coiffeurs si vous ne leur donniez de l\u2019\u2018\u2018artiste capillaire\u201d.Ete., etc.En U.R.S.S., nous apprend M.Henri Béraud.qui rapporte de son voyage au pays des Soviets de fantastiques révélations.le mot \u2018\u2018prison\u2019\u2019 a disparu pour faire place à cette périphrase: \u2018\u2018Asile de privation de liberté.\u201d De même la peine de morg est de- Mars 1926 venue \u201cla plus haute peine.celle qui consiste dans la séparation de l'âme et du corps\u2019.Au fond.rien n'est changé, mais les susceptibilités sont sauves.Et il faut bien, n\u2019est-ce pas?en cette époque de chambardements, chambarder les mots, si l'on ne peut chambarder les institutions.a] LE BOXEUR CARPENTIER HYPNOTISE PAR SON GERANT DESCAMPS Nous ignorions jusqu\u2019îici qu'on soupçonnät le bexeur Carpentier d\u2019ê- \u2018tre pour son gérant un sujet d\u2019hypnotisme, C\u2019est le prétexte qu\u2019invoquèrent, paraît-il, certains champions de boxe américains.pour refuser de se mesurer avec Carpentier.Ils dé- clarérent & ce moment que la supériorité de Carpentier tenait non seulement à ses performances.mais aussi au fait que, lorsqu'il se présente sur le ring, il est en état d'hypnotisme.Son entraîneur Descamps, après l'avoir hypnotisé.lui fait la suggestion d'être insensible à la douleur, de n\u2019être trou - blé par aucune émotion, ni par aucune distraction.Dans cet état Carpentier serait toul à la fois maître Je ses moyens et sa valeur combative r serait décuplée.Si le fait est exact, fait remar quer \u201cLa Psychologie appliquée\u201d, 11 n'aurait rien de contraire avec les lonnées de l'hypnotisme c! de la suggestion.Il est possible.par ces interventions, d'obtenir.en effet, une exaltation de l'énergie nerveuse et une transfiguration capables de porter à son maximum le rendement d\u2019un combattant ou d'un athlète.\"gs Mars 1926 LA REVUE POPULAIRE ; - UN ROMAN COMPLET Le grand amour \u2014 de Bérangere ou l\u2019Hôtel Worenzoff \u2014 Par MARIE MARECHAL PREMICRE PARTIE : FRANCE I \u201cTibère, je n\u2019y sus pour personne.entendez- vous bien?\u2014Oui, monsieur le docteur.\u2014Voilà cinquante-cing minutes que l\u2019heure de ma consuitation cst passée \u2014Oui, monsieur le docteur.\u2014Et trois fois que je vous répète la même consigne.- \u2014Oui, monsieur le docteur.\u2014Or, comme vous cont'nuez à m'introduire les visiteurs, jo suppose que vous ne m'avez pas entendu, et je me vois ohligé de vous dire, pour la quatrième ei dernière fois, que je n\u2019y suis pour personne.\u201d Ces trois mots, accentués énergiquement, et accompagnés dun froncement de sourcils quasi olympien, auraient déconcerté tout autre que Ti- bère; mais Tibère avait ses raisons pour rester à peu près impassible.I! connaissai* son raaître, et il savait, par conséquent, qu: c: maître était le meilleur des hommes.le plus incapable de fermer sa porte à ceux qui vena.ent v frapper pour chercher un remède à leurs souffrances.\u201cDame, monsieur,\u201d murmura Tibère en se grattant l'oreille et en feignant une timidité qu\u2019il n\u2019avait pas.\u201cce n'est pas pour dire, mais on est joliment embarrassé avec mons.eur.Si je me permettais de renvover une personne pressée, méme quand monsieur men a donné l\u2019ordre, je pourrais compter sur un bon savon.\u201d Le docteur haussa les épaules en souriant à demi.ce qui signifiait que sa velléité de sévère humeur était déjà passée.I! laissa retomber la portiére de tapisserie qui séparait son cabinet de travail de la pièce où se tenait le digne Tibère.puis la releva aussitôt: \u201cDites à Verdier d'atteler au p:us vite.n'est-ce pas?\u201d Tibère quitta la table où.déjà penché avec application sur un grand registre relié en maroquin vert, il mettait au net les notes embrouillées qu\u2019il avait prises tout le long du jour, au fur et à me sure qu'on venait réciamer la présence du docteur, \u201cBon\u201d, murmura-t-il, \u201cj'en reste à Mme la vicomtesse d'Ormans, rue Neuve-des-Mathurins, 54.En voiià une qui se fait soigner, et qui ne regarde pas à payer des visites inutiles!\u201d \u201cMonsieur\u201d, continua-t-il à haute voix en revenant sur ses pas, après avoir exécuté une fausse sortie, \u201cje crois que monsieur fera bien de ne pas se disposer encore.Il y a une personne qui attend.Quand je dis une, c\u2019est deux.\u201d Le docteur fit un geste de désespoir.\u201cMais, à la vérité, les deux n'en font qu\u2019une.parce que la plus grande.qui accompagne la plus petite.c'est-à-dire la plus petite qui ne peut pas marcher.Enfin, je crois que pour sût il n'y en a qu\u2019une de malade.\u2014Quel diable de galimatias me fais-tu là ?\u201d s\u2019écria le docteur à bout de patience, et dans ce cas-la il se laissait aller généralement à tutoyer son vieux serviteur.\u201cVa me chercher la grande, la petite, et la moyenne \u2014s'il y a une moyenne\u2014 mais, pour l\u2019amour de Dieu, arrange-toi de façon que cela finisse.\u201d .Une demi-heure après le docteur était encore ans son eabinet.en face de la grande et de la etite, et certes, quconque aurait vu en ce mo- ent son visage: attentif.sa physionomie bienveillante.l'expression profondément intéressée de son regard observateur.n'aurait pu se douter que c'était là cet homme si pressé.si impatient d'en finir, comme ii l'avait assuré à Tibère.\u201cJe vous répète, mon enfant,\u201d disaitil d'une Voix paternelle, que nous la tirerons de là, avec J\u2019aide de Dæéu et vos soins intelligents.Le grand air au dehors.et dans un appartement à plafonds élevés, le soleil.la lumière, la distraction, les promenades en voiture, voilà toute mon ordonnance, sans oublier le bon vin, les sucs de viande et les gelées, puis les fruits rafraîch.ssants dès que la saison le permettra.\u201d Ces paroles n'avaient rien de terrible, et cependant le sourire do bonheur qui s'était fait jour un instant sur les lèvres tremblantes de la jeune fille, lorsque l'oracle avait commencé à parler.ce sourire vena:t de disparaître comme un fugitif ravon qu'un nuage inattendu couvre de son ombre.Son regard humide restait profondément recon- B ; pe i 36 LA REVUE naissant.maïs ses mains.jointes tout à l'heure dans une sorte d'extasc.étaient retombées avec découragement sur les épaules de la petite file qui se serrait contre son coeur.C'était là la malade.blen malade, en vérité ! Et il fallait que le docteur eût une foi bien grande en la puissance de son art pour parler de guérison en face de ce corps amaigri, de ce visage ou la\u2019 souffrance avait profondément gravé son em- prente, où la vie, absenie du reste de ce pauvre petit être, semblait s'être réfugiée dans deux grands yeux ardents, lumineux, interrogateurs, pleins d\u2019un étonnement douloureux et naïf.\u201cPourquoi souffrir ainsi?\u201d semblaient-ils demander en s'attachant sur le visage du célèbre méde- - cin.\u201cVous qui connaissez tous les secrets des misères humaines, dites moi donc comment il se fait que je ne puisse courir.sauter, chanter.ainsi que le font les enfants de mon âge?\u201d \u201cOui, chère petite,\u201d murmura le docteur en caressant du bout des doigts le front intelligent et leg cheveux bruns de la malade, \u201cdans quêlques mois je l'espère, vous monterez seule mon escalier.D'ici là, c'est moi qui irai vous trouver.Votre chère soeur va me donner votre adresse ; je vous promets de ne pas l'cublier.Et d'abord, votre nom?\u2014Stanie,\u201d répondit la petite fille.\u201cet voici Be- rangère, ma Bérangère aimée.\u201d En disant ces mots, elle entoura de ses bras fluets le cou de sa grande soeur, et l'embrassa avec une tendresse touchante.\u201cLes deux noms sont fort jolis,\u201d dit le docteur en souriant, \u201cet je comprends \u2018déjà l\u2019épithète que vous ajoutez à celui de Bérangère, ma.s tout cela ne constitue pas une adresse.Paris est bien grand, et j'aurais beau demander à tous les échos Mile Stanie ou Mlle Bérangère, je ne parviendrais pas à vous retrouver.\u2014Oh! oui, Paris est bien grand!\u201d répéta l'enfant avec un air de lassitude.\u201cIl me semblait que nous n\u2019arriverions jamais auprès de vous: je pensais combien Bérangère devait être fatiguee de me porter ainsi.\u2014Vous porter?\u201d s\u2019écria le docteur.\u201cOui, depuis l\u2019omnibus, et cela fait encore bien des rues à traverser.° \u2014 Mais c\u2019est une grande imprudence qu'eile commet là, votre raisonnable soeur.et je vais user de mon autorité de médecin pour lui défendre de la renouveler.\u201d Le docteur essayait de plaisanter, mais sa physionomie portait les traces d'une émotion si visible que Bérangère rougit jusqu'à la racine des cheveux.Eile se sentait comme enveioppée par ce regard profond, habitué de longue date sans doute à deviner les souffrances de l\u2019âme aussi bien que celle du corps.Allait-il pénétrer le inystère où cherchait à uv cacher son affreux dénûment?Se demandait-il pourquoi, par cette rude journée de décembre, quand ia neige tombair paisse et glacée, Mlle Bérangère de Pontmore n'avait à opposer au froid rigoureux qu'un petit châle ce cachemire nrir, sous lequel elle grelottait.en de- pit de son couragur POPLLAIRE Mars 1926 Lorsquii avait parlé de grand air ot de lunne- re, avait- vu, aidé par cette puissance de divination qu'elle lui aitr:™uai déja, le nuserable réduit où les deux filiex du vicomte de Pontmore végétaient depuis leur :rrivée a Paris?Certes, ce n\u2019était pas Vergueil qui souffrait chez l'orpheline.Depuis longtemps déjà.elle était habituée aux luttes quotidiennes avec la pauvreté, mais cette pauvreté noble et fière du pays natal n'avait rien de commun avec la misère parisiènne.L.a-bas, l'argent avait beau se faire rare de plus en plus, il y avait toujours des fleurs, du sofeil, des rideaux blancs aux fenêtres; ici, dans l'hôtel où il avait fallu descendre.en attendant la poss.bilité d'une installation définitive, à la fois plus confortable et moins coûteuse, tout était ménagé.l'air et la lumière.Un escalier étroit cet obscur.aux marches inégales, conduisait, après cina étages fort pénibles à franchir, dans une chambre fro.de et nue, où l\u2019oeil était choqué par un mélange de choses vulgaires, prétentieuses ct soidides.Sur la cheminée.deux bouquets de fleurs aru- ficielles, flétries par la fumiée et la poussière, ser- vajent d'accompagnement à une pendule de zinc doré, qui ne marqua\u2018t psus l'heure depuis long- t-mps.Devant l'âtre sans fou, un tapis en loques étalait sans vergogne ses fleurs sour:lées par les hôtes d'un jour.qui s° succédaient au numéro 41.Des rideaux déchirés pendaient à l\u2019étroite fenêtre.tandis que sur je fauteuil et l'unique chaise de damas, jadis rouge, ainsi que sur le couvre- pied de la mince couchette.de nombreuses taches d'hule cu de graisse.incrustées chaque jour davantage par la poussière, témoignaient de la négligence et de la maipropreté des maîtres de la maison.Le cour de Bérangère s'était soulevé en entrant dans cette chambre.où l\u2019on respirait une our nauséabonde.: Pourquoi n'avait-elle pu apporter avec elle.afin de réjouir et d'égayer sa petite malade.l'air vivifiant d° sa belle valice, les parfums aromatiques de ia montagne, les anémenes qui entr'ouvraient leur calice d pourpre jusque dans le voisinage de Ja neige, et les rameaux Tu houx.dont le vert feuillage et les baies de corail parlaient de printemps au coeur même de l'hiver! Ah! ma pauvre Stanic \u201d\u201d dit-elle en embrassant l'enfant.pour laqueile elle s'apprêtait à disposer le petit nif.tandis qu'elle allait se contenter d'un mate:ds par terre pour eliv-même, \u2018comme tu vas regretter ic; notre petit jurdin et la vue riante de noire balcon de bois! \u2014Ma sœur.\u201d répondir l'enfant dont les grands veux étaient devenus hatuiides, \u201cpartout où vous êtes, je ne puis rien regretter.Et puis\u201d conti- nua-telle a voix basse, \u201cici comme là-bas.n\u2019avons- nous pas le même Pere tost-pussant et infiniment bon que vous m'avez appris à prier et à aimer\u201d\u201d Fin finissant ces mots, son regard se promena sur la muraille, comme pour chercher l\u2019image du protecteur céleste dont elle venait d'évoquer le souvenir.Mais ce regard ne rencontra, sur le papier jauni de la vuigaire tenture.que tro.s ou quatre mauvaises lithographies encadrées de bois peint, et éme ide du val are à.ef rar se TR \\ Wg Se à DOI Mars 1926 ine nature morte, où l'artiste avait déployé une igueur de coloris réellement prodigièuse.\u201cDans quelques jours nous aurons un chez nous,\u201d lit Bérangère, pour répondre à l'interrogation muette de l'enfant, \u2018et aiors, ma chérie, tu re- rouveras au chevet de ton-lit ton petit bénitier ivec ton rameau de buis.ton chaperet de Bétha- fam et ta belle image de l\u2019Ange gardien.\u201d Il ! \u201cJe ne m\u2019explique pas,\u201d disait 1e docteur, \u201ccomment vous avez pu vous décider à quitter cette tiante vallée de Campan, cœ paradis terrestre du midi de la France, où chaque bouffée d\u2019air respiré Hoit ajouter quelques minutes à l'existence, pour amener votre ptite malade au mileu de l\u2019atmos- bhére brumeuse et malsaine d'une grande ville pomme Paris._ \u2014On m'avait dit que vous seul pouviez la sauver\u201d répondit Mlle de Pontmore, \u201calors, j'ai vendu notre petite maisonnette avec son jardin, hos meubles, et je suis venue.\u201d .Ce qu\u2019elle ne disait pas, la pauvre Bérangère, c'est que la modique somme produite par cette vente plus que modeste, après avoir pourvu aux frais de déplacement, avait été presque tout en- fière serrée soigneusement dans un petit portefeuille, pour suffire aux dépenses du traitement et des visites du médecin.\u2018 Pour le reste, elle comptait sur le travail, qu\u2019avec ses talents divers, elle ne pouvait manquer de trouver à Paris.: Bérangère n\u2019avait pas d\u2019ambition.Elle ne souhaitait pas autre chose que de végéter à Paris quelques mois, quelques années, le temps nécessaire, enfin, à la guérison de sa soeur, pourvu, toutefois que cette enfant de son adoption ne man- quit de rien.Et à les voir toutes deux à cette heure, on pou Vait constater qu'elle commençait à réaliser son programme.aux limites de la pauvreté, celle de Stanie ne laissait rien à désirer quant au confortable.L'enfant était enveloppée dans une chaude douillette de drap bien fourré; ses petites mains, toujours froides, se réchauffaient dans un manchon proportionné A sa taille, et ses pieds, qui pendaient inertes sur les genoux de sa soeur, étaient préservés de la rigueur de l\u2019air par de mignonnes bottines de velours noir garnies de fourrures.On devinait en la voyant une enfant choyée, gâtée, dans la bonne acception du mot, si ces deux termes ne jurent pas ensemble, entourée, enfin, de œæs mille soins prévoyants dont les mères seules ont le secret.Le docteur était donc bien excusable de n\u2019avoir pas compris de prime abord à quel point son ordonnance coûteuse, condition sine qua non dela guérison demandée avec tant d'ardeur, avait dû épouvanter sa nouvelle cliente.Il s'en rendait compte maintenant.On pouvait s\u2019en apercevoir à chacun de ses regards, à chacune -de ses questions, et jusque dans le son adouci de sa voix.LA REVUE POPULAIRE Pendant que sa mise, à elle, touchait presque - PAS CE Car c'était un homme rare que le docteur Roland.Son coeur s\u2019était fortifié, mais non endurci, dans la longue étude des misères humaines ; il souffrait avec ses patients, les aimait comme des frères ou des enfants, quand ils lui paraissaient mériter son estime en outre de sa compassion, et s'était fait un tel renom de bonté et le bienfaisance que sa porte était littéralement assiégée par les pauvres aussi bien que par les riches.\u201cCeux-là sont encore mes meilleures pratiques,\u201d répondait-il par un mot de l\u2019illustre Boërhave, à ses amis qui s'étonnaient de sa trop grande facilité, \u201ccag pour eux c\u2019est la bon Dieu qui paye.\u201d Bérangère avait donc été réellement inspirée par la Providence, le jour où elle s'était décidée à venir consulter le célèbre médecin.Non-seulement il répondait d\u2019une guérison assurée impossible par ses confrères des Pyrénées, mais encore il avait promis de trouver à la jeune fille un emploi de ses talehts.\u201cQue pouvez-vous faire?\u201d lui avait-il! demandé.\u201cUn peu de tout,\u201d avait répondu Bérangère.\u201cMais enfin?\u2014Je puis donner des leçons de français ou d\u2019anglais, de piano ou de chart; je sais bien compter, j'écris vite et lisiblement.Une éducation par ticulière à entreprendre, à condition que je reviendrais chaque soir auprès de ma soeur, ne m'effrayerait pas plus qu\u2019une caisse à tenir dans un magasin.\u2014Oh! pas de cela, mon enfant.Vous êtes taillée pour autre chose,\u201d dt le docteur, qui avait été frappé dès le premier instant du grand air de la jeune fille, à laquelle cet aspect de dignité n\u2019ôtait pourtant rien de sa modestie.Le petit châle de cachemire noir, impuissant à la protéger contre le froid, était drapé sur ses épaules vec une grâce naturelle qu\u2019aurait pu envier plus d\u2019une élégante, faisant à cette heure le tour du lac, chaudement enveloppée dans de précieuses fourrures.; \u201cEt vous dites que vous avez une belle écriture?C\u2019est bon à savoir.Certes, je vous crois sur parole, mais je veux pouvoir donner mon témoignage de visu.Tenez, mon enfant, écrivez là quelques lignes que j'emporterai avec moi dans une maison où votre travail de copiste pourrait être largement rémunéré\u201d ; [1 présenta à Bérangcie une feuille de papier blanc, une plume trempée d'encre, et prit dans sa bibliothèque un livre où elle pût copier les lignes demandées, sans avoir besoin de faire appel à sa mémoire ou à son imagination.Il pensait à tout, ce savant docteur.Bérangère ouvrit le livre au hasard, mais sa main se trouva guidée avec le plus heureux à- propos, car voici ce qu'elle copia dans les Caracté- res, de la Bruyère: .\u201cUn honnéte homme se paye par ses mains de l'application qu\u2019il a à son devoir, par le plaisir qu'il sent à le faire, et se désintéresse sur les éloges, l'estime et la reconnaissance qui lui manquent quelquefois, \u201cVoilà qui est superbe,\u201d s\u2019écria le docteur, après avoir considéré attentivement la page d'écriture de sa nouvelle protégée.\u201cJ'ai bien envie de vous demander des leçons pour mon compte.Mes malades et leurs pharmaciens se plaignent vivement 38 LA REVUE POPULAIRE de la peine quë feür donnent mes hiéroglyphes.Ici, la forme est digne du fond.et chacun devrait savoir par coeur cette pensée de la Bruyère, pour apprendre à faire le bien sans se soucier des ingratitudes possibles.\u201d Bérangère resta muette, mais ses yeux expressifs disaient clairement; \u201cEst-il possible que la reconnaissance ait pu vous manquer quelquefois?\u201d \u201cEn tout cas,\u201d reprit le docteur en souriant, \u201cà défdut de leçons d'écriture, que vous vous refuseriez \u2018peut-être à me donner dès que vous découvririez quel mauvais élève je dois faire, je trouvera; dans cet exemple d'autres leçons plus précieuses encore.La tranchée, pour le médecin, cest la salle d'hôpital ou le lit du malade; l\u2019ouvrage à emporter, le retranchement à forcer, c\u2019est la maladie à mettre en fuite.Merci donc, mademoiselle, d'avoir si bien, choisi.\u201d Stanie qui penchait languissamment la tête depuis quelques instants, la releva tout à coup et murmura: \u201cJe savais bien, moi, que ma Bérangère écrivait mieux que personne à Paris.Grand'mère, qui avait de très mauvais*yeux, prétendait\u2019 qu\u2019elle lisait plus facilement l'écriture de ma soeur -que n'importe quel livre imprimé.Alors Bérangère lui a copié tout le Paroissien et l\u2019Imitation de fésus- Christ, avec de belles images à chaque page- En ce moment six heures sonnaient, et, comme si le même ressort avait agi à la fois sur la pendule et sur la porte, ladite porte souvrit, et Ti- bère présenta son honnête visage dans le plus petit espace possible.\u201cJe n'ai pas appelé,\u201d dit le docteur en se retournant brusquement.Tibère fit une profonde inclination de tête.\u201cQu\u2019y a-t-il, alors?\u2014Rien de nouveau, monsieur.-\u2014Pourquoi venir quand je n'ai pas besoin de _ vous?\u2014Tout simplement pour rappeler à' monsieur qu\u2019il neige de plus belle, et que Spdradrap est attelé depuis une heure.\u2014Verdier est sur son siège, je suppose ?\u2014Sans doute, monsieur.\u2014Eh bien, quand Verdier attend, Sparadrap peut attendre.\u201d Enfin, à six heures et quart, le docteur descn- dit dans la cour, mais il n\u2019était pas seul.La grande jeune fille vêtue de noir le suivait d'un pas rapide, tandis que dans les bras, dans les propres bras du docteur, l'enfant malade, la tête appuyée sur sa robustr poitrine, semblait s\u2019ê- tre endormie .de fatigue.\u201cEst-ce bien possible!\u201d se dit Tibère, qui avait laissé retomber le rideau.et qui restait invis:ble témoin de cette petite scène.\u201cMais il n'en fait jamais d\u2019autres.Tout à l'heure, il semblait un vrai hérisson quand j'ai voulu les faire entrer de force dans son cabinet, et maintenant le voilà qui fait la bonne d'enfant!\u201d .Mais lui-même, le brave Tibère, ne pouvait-il pas aussi s\u2019accuser d\u2019ilogisme?N\u2019avait-il pas maudit \u2018es vistieuses de !a durée de leur audience, après avoir pour airisi dire forcé la main à son maître en leur faveur?Pour l\u2019un comme pour l'autre, un intérêt supé- Mars 192 rieur avait relégué à l'arrière-plan les préoccupations premières, Le docteur avait tout oublié en présence d\u2019une malade intéressante.Chez lui l\u2019amour de lart joint à l'humanité, avait vaincu ! égoïsme.Chez Tibère, au contraire, l'égoïsme, sous bd forme de la passion dominante, avait étouffé pour un instant l\u2019humanité.Au moment où la voiture roulait avec fracas sous la voûte de l'hôtel, une fenêtre s'ouvrit x, premier étage, et une tête de femme se penche brusquement en dehors, | Elle se recula non mo.ns vivement.en recevan g une petite avalanche qui sécoulait alors de |: gouttiére trop pleine, mais la fenétre ne se re § ferma pas, et l\u2019on put eniendre le tintement d'un [| sonnette agitée violemment à l\u2019intérieur.Cette sonnette fit accourir Tibère.I! connais fi sait de longue date ses vibrations énergiques ; i | savait qu'il n'était pas bon de faire la sourd | oreille à son appel, et que cette sonnette-là n'a Vait pas la patience du timbre du docteur.\u201cTibère,\u201d dit une voix impérieuse, dès que I domestique eut pénétré dans un petit salon o se trouvait debout, son chapeau encore sur la tête une femme d\u2019une quarantaine d'années, \u201cest-o que c\u2019est la voiture du docteur qui vient de sortir À \u2014Oui, madame.\u2014AÂvec qui était-il donc?\u2014Âvec Sparadrap, madame.\u201d Madame haussa les épaules.\u201cAvec Verdier, alors,\u201d reprit Tibère d'un a bonasse.\u201cJe ne vous parle pas de ceux qui étaient su le s.ège ou dans les brancards, mais de deux per sonnes que j'ai vues monter dans le coupé.\u2014Pour sûr, il y avait deux personnes, madame mais je ne sais pas leur nom.i \u2014Ont-elles laissé leur adresse?\u2014Oui, madame.\u201d répondit Tibère en se mor dant la langue, désolé de l'étourderie de sa ré ponse.\u201cSi vous avez l'adresse, vous avez le nom,\u201d lt fut-il dit d\u2019un ton sec.\u201cCessez de faire le jocrisse je vous prie, et allez me chercher l\u2019adresse e question.\u201d Force fut bien d\u2019obéir, et d'apporter le registr | à la maîtresse de céans.Elle alia droit aux dern'ères lignes, et posa so À index sur les mots suivants: | Mlle Bérangère de Pontmore, hotel du Lio | d'argent, rue Saint-Paul.| \u201cOù est la rue Saint-Paul?\u201d demanda-t-elle.i \u201cDans le quartier Saint-Antoine, madame.È \u2014Le docteur est fou! A quelle heure va-t- encore nous faire dîner?\u2014Ah! pardon! J'oubl ais de dire à madame qui monsieur m'a bien recommandé de l'avertir qu\u2019 ne dînerait pas à la maison.Il ne croyait paif madame rentrée, et es: passé par le petit escaliell pour aller plus vite.! \u2014Vous a-t-il d.t où il comptait dîner?I \u2014Monsieur m\u2019a dit de remettre cette carte madame.\u201d 5 Madame saisit avec empressement le petit carr de carton que lui présentait le valet de chambn ] Au-dessous de ces mots: 8. Mars 1926 Comte Serge Woronzoff, imprimés en caractères assez menus, on Îisait au crason les | gnes suivantes, que Mme Roland eut grand pe ne à déchiffrer.\u2018SI vous navez à sauver la vie à personne ce soir.cher docteur.venez donc dîner avec moi.Un de mes parents, à Paris peur quelques jours seu- lem nt, fe proce Wladimir Dalgorousky, désire vivem at fa.re votre connaissance.\u201d Mm: Roland fit un geste d'impatience, et se Vohgea de cote confranéré.sur l\u2019innocente carte d: visite.que.e déchira en pet.ts morceaux, T bère \u2018a rgarda t faire dun air respectucux.\u201cGest ben, d'Lelle en fronçant le sourcil, et en congédiant dun geste hautain ce témo.n importun \u2018vous pouvez vous retirer.\u201d Une fois de retour dans la solitude de anti- churbre F bère donna bre carrière à sa bile.\u201cVo là ce que c'est que de lui avo.r iâché si longtemps la bridz sur le cou,\u201d murmurait il.\u201cAvec ume mauvaise monture comme celle-là, si on ne serre pus le mars dès le prem'er jour, on est perdu ID aura beau fa re maintenant, mon pauvre maître, © pi: est pris.Va-t'en vo.r sils vannent!\u201d Le fait est que le dévoué Tibère montrait en gécéral très peu d'indulg-nce pour la femme de son tnaître.L'obéissance qu'il était obl\u2018gé de gar- dr envers elk n'avait ren de joyeux.I aimait d'nstinct ce qu\u2019elle ne pouvait pas souffrir, brû- Jait ce quelle adorat, adorait ce quelle brû- Ia Yu ivniresse pour Sparadrap venait.en partie, d ce y'en le voyant pour la première fo.s Mme Roland, mue par ce sentiment de contradiction Gui .u\u2019 faisa t condamner tout ce qu'approuvaint les autres, avat qualfié amsi la nouvelle acqui- siion de son man: \u201cDieu! la vaine bête!\u201d La jeune file en no:r d\u2019après ce principe, de- va't gagner doublement les bonnes g-âces du fidèle serviteur.0° Elie état déjà très sympath'que au maître, et plus antipathique encore peut-être à la maîtresse.Ill It y a.dans une rue retirée du vieux Paris, un vieux logs devant lequel ne manquent jamais de s'ar.êter ceux qui passent là pour la prem.ère fois.Par la gril'e, qua la rou\u2019lle dévore, on entre- vŸt une cour, ou plutôt un jardin.assez semblable à ce'ui dont les contes des fées entourent \u2018Ia demeure de la BrTe au bois dormant.C'est là qu'un» quinzaine de jours après le commencement de ce récit on vit s'arrêter.par une mat née neigeuss, lhonnête Sparadrap, et, comme conséquence naturelle, le coupé vert du docteur Ro and.La portière s\u2019ouvr\u2018t rap\u2018dement, le docteur mit pied à terre, s'arrêta devant la grille, puis, se ravisant, a'la frapper contre uns porte massive, basse et cintrée, qui n'offrait aux regards n.bouton de sonnette, ni tmbr\u20ac, ni marteau de cuivre, rien enfin de ce qui met en communication l'in- té- ur de la maison avec ceux qui veulent y pénétrer.Lo LA REVUE POPULAIRE 39 Il frappa deux fois, trois fois, & tie fut qu\u2019à la quatrième qu\u2019un des solides battants de chêne sentr'ouvrit à demi, et qu\u2019une tête de femme, coiffée d'un bonnet blanc comme la neige, se présenta par l\u2019ouverture, \u201cAh! moneisur le docteur, faites excuse,\u201d dit- elle en jetant un regard défiant dans la rue.\u201cSi j'avais pu me douter que c'était vous, je ne vous aurais pas fait attendre ainsi, mais il y a tant dé mauvais garnements dans les environs! \u2014Ne vous tourmentez pas, mêre Sapin.Votre mari est-il chez lui?Co \u2014Non, malheureusement.I! est allé frotter au n° 26, chez des bourgeois nouvellement installés où il a mis en couleur avant-hier.S'il avait été ici, le cher homme, \u2018il ne vous aurait pas laissé frapper quatre fois.\u201cJe viens vous demander, dit le docteur.que vous me rendriez service si vous parveniez à loger ici, avec l\u2019assentiment du propriétaire, bien entendu, et aux conditions les plus favorables, deux personnes auxquelles je m'intéresse vives ment.\u201d La mère Sapin eut grand'peine À laisser aller le docteur jusqu'au bout.\u201cMonsieur,\u201d dit-elle, \u201cvous pouvez demander à Sapin et à moi tout le sang de nos ve.nes, nous vous le donnerons avec bonheur jusqu'à la dernière goutte.Il y a dix-huit ans, vous, un grand médecin que les plus riches se disputent, vous êtes venu tous les jours, durant trois mois, chez de pauvres gens qui, en vendant tout ce qu\u2019ils posséda.ent, n'auraient pas eu de quoi payer seulement une heure de votre temps.Vous avez soigné notre petit fils comme un fils de prince, vous l'avez guéri là où tous les autres auraient renoncé, et vous n'avez voulu de nous que nos prières et notre reconnaissance.Ce fut en vain que lz docteur chercha à arrêter la mère Sapin dans son élan.\u201cNon, non,\u201d reprit-cile de plus en plus émue, \u201cvous ne parviendrez pas à me fermer la bouche.Voyez-vous, monsieur ie docteur, vous empêcherez piutdt la rivière de couler.Quand tous les dimanches Arsène vient passer la journée avec nous, et que je le vois si fort, si robuste, si beau garçon, si bon ouvrier, eme dis: Voilà pourtant l'ouvrage de M.le docteur.Sans lui, ce cher garcon serait chez le bon Dæu depuis dix-huit ans, et nous n\u2019auriens personne pour consoler notre vieillesse.Eh biën.morsieur le docteur, faut-il nous couper en quatre?nous le ferons, et avec bien du plaisir, encore, \u2014Je ne vous en demande pas tant.Deux chambres bien aérées, «en plein midi, me rendront votre ob'igé; mais d'abord il faut savoir quelles conditions nous ferait votre propr:étaire.On le dit fort or.ginal.\u201cAu premier, dans l\u2019aile droite,\u201d dit Mme Sapin.j'ai deux belles chambres parquetées, avec deux petits cabinets qui sont en fort bon état.Quand Sapin aura passé par là avec sa brosse, qu'il aura lavé les boiseries et \u2018es carreaux \u2014 je veux dire quand il aura fait remettre les car- feaux\u2014car, sanf vore respect, toutes les fenêtres sont borgnes ici, quand il! aura débouché les cheminées, où Un tas d'oiseaüx ont fait leur nid, les 40 LA REVUE POPULAIRE personnes dont vous m- parl-z pourront dre que le ro: n\u2019est pas eur cous n.\u2014À merveille! Et ces chambres son\u2019 au midi?\u2014En plein midi.De \"ar et du sole] 3 revin dre, ce qui n'est pas a dédaign.r.Mons«ur le docteur sait m'eux que p lle p antée d\u2019ar- bu t s verts qu: faisa* le m'ieu du a cour.et escaladait ma ntenant de son pas gymnastique le perron à double escaher qui s'abritait, avec sa sy : de ilo hems \u20ac doc og Mars 1926 rampe de pierre découpée à jour, sous une élé- {gante marquise.A voir l'empressement des va'ets qui le reçurent dans l'antichambre, on devinait que le doc- |teur n'était pas :à un v.siteur ordinaire.Une portière de tap'sserie des Gobe.ins, comme il ne s'en voit d'habitude que dans les maisons princières, fut soulevée pa: une main respectueuse, et le domestique à qu.appartenait cette main resta, pendant le rap de passage du docteur, dans une attitude de déférence plus orientale qu'européenne.Mais, au fait, n'était-ce pas un petit coin de la Russie, que I'hdte]l Woronzoff, appartenant au dernier descendant d\u2019une des races les pus iilus- tres, les plus fières et les plus riches de la sante Russie?Or, quand on a pour maître un homme qui commande à deux m.lle serfs en souverain absolu, qui possède, outre les mines les p'us consi- dérabes de l'Oural, des demainrs où l\u2019on taillerait un royaume, quand, par-dessus tout, cet homme jouit de l\u2019amité du Père de tous; le czar de toutes les Russies, il est b'en perm's à un valet né sur les bords du Volga détre un peu plus valet que ses congénères de la Picardie ou de la Champagne.Une demi-heure après, la portière se sou'evait de nouveau, et le docteur apparaissait l\u2019a.r à la fois souriant et préoccupé.I avait franchi le Rubicon, mais cel'e pour la quelle i! avait combattu accepterait-ele ie prix de la victo.re?Quelques jours auparavant, comme 1l exprimait à Bérangère son regret de voir les leçons atten- \u2018dues fuir devant sa poursu'te: \u201cJe pourrais me faire copiste en attendant les leçons,» proposa-t-eile t'midement.\u201cI y a sur notre paler une vieille demoiselle qui copie tout le long du jour pour un avocat cé'èbre.Ce n\u2019est très payé, ma\u2019s faute de mieux.Vous savez que j'ai une bele écriture) ajouta-telle en souriant, comme pour corriger l'amertume de sa dernière phrase.Le lendemain.le docteur emportait une trentaine de feuillets qu'il transporta avec lu: à l'hôtel Woronzoff.Il savait que le comte chercha\u2019t un copiste.et il voulait faire agréer le travail de sa protégée.Le comte fut charmé de cette écriture.\u201cVoilà qui me plait tout à fait, dit-il» C'est mieux que beau.R'en n\u2019est bête comme ce qu\u2019on appelle une belle main.Ceci est charmant, net, élégant, un peu féminin peut être, mas on devine l\u2019intelligence qui a condu.t la main.Vous ne pouvez vous imaginer, docteur, combien j'ai été impat'enté, parfos, par ces copistes de profess on, dont les caractères sont irrép: \u2018ochables, d'une façon monotone, qui me devient odieuse à la longue.On sent qu'i's écrivent comme de vrais automates, et l\u2019on trouve tout à coup, au moment où l'on se sent le plus \u2018ntéressé un énorme pataquès qui vous casse bras et jambs .\u201cOu conf'nua-t-i mr voilà déc dé amrnez- moi votre jeune homme demain Je pr ndra\u2019 avec lui des arrangements dont il naura pas lieu de se Tepentir.fsa eA Ctra tes LA REVUE POPULAIRE 4} \u2014C'est que,\u201d dit fe docteur, qui paraissait un peu troublé, \u201cil demeure fort !o'n,-et\u2026 \u2014Qu'il prenne une voiture, cela me regarde.\u2014J'avais pensé que j'aurais pu servir d'.nter- médiaire.\u2014Oh! pardon, je vois que je ne m'étais pas expliqué.Vous me connaissez déjà assez pour savoir que les choses ne me plaisent pas a demi.Ce nest pas un cop.ste que je ferai de cé jeune homme, c'est un secrétaire J'offre quatre mille francs par an pour écrire sous ma dictée, non pas tout le long du jour certes, mais à des heures assez irrégulières pour que j'absorbe le temps de façon à me croire obligé de le payer largement.\u201d Quatre mille francs! Ces chiffres flamboyërent devant les yeux du docteur au point de lui faire perdre un peu le sens du juste.Quatre mile francs! L'\u2019aisance, la richesse pour ses protégées! La tranquillté d'esprit pour Bé- rangère! Le confortable pour Stanie! Au fat, pourquoi pas?C\u2019est ce \u201cpourquoi pas\u201d qui avait mis sur les lèvres du docteur le sourire à la fois triomphant et préoccupé que nous v avons remarqué à sa sortie de l'hôtel Woronzoff.\u201cCe que je fais là est hardi®, murmurait-il.\u201cLa sagesse mondaine le condamnerait sans doute.Ma femme pousserait des cris de terreur et se voilerat la face en criant au scandale.Oui, je jette Daniel dans la fosse aux l\u2018ons\u2026 et cependant j'a; confiance.Je connais l\u2019austérité des moeurs du comte, la dignité de son caractère.La plaie qu'il porte au coëur, et qui le ronge sans cesse, comme le vautour de Prométhée m'est un garant, d'ailleurs.Et pu\u2019s, qui sait le bien _ que peut lui faire cette adm.rable créature?A celui qui a renié Dieu.qui prétend maudire l\u2019espèce humaine et ne p.us croire à la vertu, je veux montrer ce qu\u2019il y a de plus beau ici-bas: le coeur pur, l'âme dévouée, l'intelligence haute dune vierge chrétienne.» Et ce fut d\u2019une voix assurée, comme s\u2019il avait pris une résolution inébranlab'e, que le docteur, en remontant en voiture, donna l\u2019ordre à son cocher de le conduire au Lion d'argent.Ce jour-là, b'en des malades l'attendirent en va.n, même ceux qui se trouvaient sur le parcours de Sparadrap.Mais personne l\u2019attendait-il jamais avec le désr véhément.la foi confiante, l'espérance enfantine de la pauvre petite Stan*e?Etendue sur sa petite couchette, dont Bérangè- re lui faisa t pour la journée un lit de repos, elle soulevait à toute minute sa tête fatiguée pour regarder par la fenêtre dans la cour de l'hôtel.Certes, si Bérangère avait pu voir l'aspect de cet ignoble hôtel, qui ne valait pas la plus modes te auberge des vriles de prov.nce, elle n'aurait pas donné au fiacre qui les avait transportées, elles et leurs bagagrs, depuis la gare d'Orléans, l'adresse du Lion d'argent.Mais c'était le soir, elle était pressée de coucher l'enfant apres les fatigues d'un si long voyage, et elle avait accepté de confiance les indications d\u2019une vovageuse, une brave marchande de toile des Pyrénées qui lu avait vanté le L'on darg nt.tenu par une de ses parentes.Le I ndFman en voyant à la lumière du so'eil l'apparence sordide de leur nouvel'e demeure, son premier mouvement {ul de prendre congé.Mais fi 42 LA REVUE POPULAIRE la réflexion l\u2019arréta.Tout était fatigue pour Sta- nie.I! valait mieux pativnter et attendre une ins- taliation définitive, que Bérangère déciderait en raison des occupations Qui ne pouvaient manquer de lui arriver un jour ou l'autre.Mais le temps passait et n\u2019amenait aucun changement.Ce fut alors que le docteur eut l'heureuse idée du vieux logis visité à toute heure par le soleil.La, l'enfant ma:ade trouvera:t à bon marché ce qui se paye si cher à Paris, l'air, l\u2019espace et la lumière, sans parler de la protection affectueuse dont le ménage Sapin entourerait les deux orphelines, I arrivait donc, ce mat:n-là.les poches pleines de nouvelles, le bon docteur.Pour la question du logement, il était sans inquiétude: Bérangère se rendrait les veux fermés.là oi i lui dirait que Stanæ trouverait les meilieures conditions d'existence, Mais, pour le poste de secrétaire, c'était bien différent.Il avait pu apprécier déjà la dignité fière de cette âme vaillante, la gravité précoce de son esprit, et il se demandait si le dévouement fra- ternèl serait capable de l\u2019emporter sur les susceptibilités de la jeune fille.Quelle ne fut donc pas sa joie, son étonnement même, lorsque Bérangère.après avoir écouté attentivement sa communication et les objections qu'il opposa lui-même, par conscience, à son projet, releva lentement les yeux qu\u2019elle tenait bais sés, et lui dit d'une voix résolue, bien qu\u2019un peu tremblante: \u201cSi j'avais le choix, mon excellent ami.ce ne serait pas là l\u2019objet de mes préférences.Mon désir aurait été de trouver un travail qui me laissât auprès de ma soeur, sans la,quitter d'un instant.La courte séparation dont vous me parlez sera mon plus grand sacrifice.Pour le reste, j'ai l'âme en repos.Je suis vieïlle.malgré mes vingt-trois ans,\u2019 ajouta-t-elle en souriant, \u201cj'ai beaucoup vécu \u2018pendant ces dern.ères années de sollicitudes de toutes sortes.Enfin, je suis mère, et je veux guérir mon enfant malade.\u2014Allons dit le docteur.\u201cil ne s\u2019agit plus maintenant que de vous faire agréer au comte Woronzoff.\u2014Comment?mais je croyais.\u2014Oui, votre écriture lui plait.H y devine, m'a- t-il dit, toutes les qualités d'intelligence, de zèle, d\u2019exactitude, qu\u2019il souhaite rencontrer dans un secrétaire.Le sien, dont il était du reste médiocrement satisfait, s'est marié en pays étranger, et depuis il n'a fait que des essais maïheureux, mais il ignore que ce secrétaire.\u2014Est une mère ce famille > dit Bérangère avec un candide sourire.\u201cC'est cela, mon vrfant, vous avez trouvé le mot.Voilà ce que je dois lui faire envisager.Soyez tranquille.» \u201cAh! ma Stanie\u2019 s'écria Bérangère en tombant à genoux auprès du lit de l'enfant.dès que le docteur eut refermé la porte.\u201cremercions Dieu ensemble.Je pourrai donc.au printemps, te donner du lait d\u2019Ânesse.dont tu as grand besoin.Les gelées.les jus, le hoii vin.tout cela.je le trouverai à cet hôtel Woronzoff, \u2014Et surtout.ma socur* dit la petite fille.dont le regard sérieux se fixait sur Bérangère avec une Mars 1926 tendresse passionnée.vous ne me pârterez plus comme vous l\u2019avez jait jusqu'ici.Hélas! j'aurais voulu être plus maigre encore pour diminuer le fardeau que vous emportiez dans vos bras.\u2014Tais-toi, chère enfant.Que parles-tu de fardeau?Trouve-t-on jamais son trésor difficile à soulever?» Tout le reste du jour, en copiant sans relâche dans la Bible, Bérangére sentait monter de son coeur à ses lèvres un cantique d'actions de grâces.Quel secours inattendu! Quelle manne m.racu- leuse tombée du ciel pour les deux orphelines ! Comme tout allait lui sembler facile désormais! Mais avait-elie jamais désespéré?Non, en dépit de ses chagrins, de ses luttes, de ses angoisses, Bérangère ne connaissait pas le poids de ces heures redoutables, où la vie semble un fardeau impossible à porter.où l'on essaye de rebrousser chemin dans l\u2019âpre route du Calvaire, où l\u2019on détourne les yeux avec horreur du - caiice d\u2019afflictions.Elle savait depuis l'enfance que la même main qui donne la pâture aux petits des oiseaux, qui revêt le lis des champs de sa tunique immaculée, qui mesure le vent à la brebis dépouillée de sa toison, se montre pleine de miséricorde pour les abandonnés, lesquels sont plus particulièrement les enfants de la Providence.Flie savait tout ceia.Elie attendait donc avec foi, avec confiance; I'heure, le moment, les circonstances où le secours viendrait, c'était affaire à Dieu, CI ne donne pas un grain de souffrance sans donner en même temps un grain et demi de courage) répétait elle avec un vieil auteur.V A quelques jours de là Bérangere installait avec sa pctite malade dans le nouveau nid que {'amitié prévoyante du docteur Roland leur avait préparé.Rien n'était plus confortabie, plus gracieux, plus pittoresque surtout que ces vastes chambres où M.et Mme Sapin avaient réuni toutes les ressources disséminées cans les autres pièces du vieux logis.Vi Le lendemain de ce jour mémorable.quiconque aurait rencontré Bérangère, pas soupie et !éger les Tuileries, la place de la Concorde et le corhmencement des Champs-Ely- sées, aurait juré qu'il n'y avait pas au monde de jeune fille plus satisfaite de son sort.Et cependant l\u2019air était froid.La neige se cristallisait sur les arbres dépouilllés, et commençait à pendre en stalactites brillantes ke long des toits, et Bérangère n'avait peur se défendre contre les morsures de la bise que le mince cachemire noir que nous connaissons déjà, Mais elle songeait que Stanie avait bien chaud dans la grande bergère au coin de la chem.née.que l'enfant avait pris avec plaisir la tasse de chocolat quelie lui préparait eli-même chaque traversant de sonf matin, enfin, elle avait laissé auprès d\u2019elle Mmef} .Sapin.dont f'intarissable bavardage occupera.t laÿl | petite fille pendant sabsence de sa sœur.il + fin yf Mars 1926 5 Hil ng à a dy Tdi 3 05 Taha TE ge a SE gh, mag.1 Bit Br ' ea Dh Plus tard on verrait à avoir une petite bonne bien élevée, bien complaisante, qui serait toujours à la disposition de la maiade, et qui remplacerait Bérangère, retenue par son service nouveau.Plus tard aussi, quand l'enfant se serait fortifiée, on lui ferait faire des promenades en voiture dans ces mêmes Champs-Elysées, si mornes pendant l'hiver, à cette heure matinale, mais si gais quand les oiseaux chantent au printemps dans les marronniers er fleurs, et que les enfants dansent leurs rondes joeuses à l\u2019ombre des arbres centenaires.Plus tard, enfin, oh! ten loin à l'horizon sans doute, mais quelle riante perspective! on senvo- lerait vers le pays natal, vers Ja plage ensaleillée de Biarritz, et Pair vivifiant de l\u2019Océan achèverait la cure si bien commencée.Vodà pourquoi Bérangère marchait d'un pas allègre vers l'hôtel Woron#cff.Ce grand se\u2018gneur hor me mi Eg rac, hambrei iles 4 cs dl) 4 jon de a0 étranger, qui payait si généreusement les modestes services de son secrétaire, allait se trouver de moitié dans l\u2019oeuvre entreprise par le docteur Roland.Aussi comme elle ie bénissait! Comme elle reprochait à son coeur ses battements précipités ! Un noble et bon vieillard sans doute, tout consacré à la science, malheureux de sa solitude, et se consolant de la perte des siens par la culture des lettres! Pourquoi donc avoir peur, maintenant qu\u2019elle approchait du but de sa course?Certes, il aurait été plus agréable de se sentir protégé par la présence du docteur Roland.Il l'avait promis; mais le matin, de grand matin, Tibère éta.t accouru annoncer que son maître serait contenu par une consultation bien au delà de l'heure prescrite.Or, le comte Woronzotf tenait par-dessus tout à l'exactitude, avait-il été dit.Il ne fallait pas l\u2019ind.sposer dès le début contre son jeune secrétaire.\u201cLa race slave est capricieuse, mon enfant)?écrivait le docteur dans son court billet du matin.\u201cElle a les enthous\u2018asmes prompts et les dé- golits subits.Ne donnez donc pas prise sur vous.Ad'eu, et que le Se gneur vous conduise, à défaut de votre vieil ami.J'ai cohfiance qu\u2019il enverra ses anges pour écarter de vous les pierres blessantes de la route.Cela ne vaudra-t-il pas mieux que le docteur Ro'and?» Au moment où Tibère revétait dans l\u2019antichambre sa longue red.ngote de livrée Mme Roland vint à passer.Sans mot dire, elle s\u2019empara du.billet posé en évidence sur la table.regarda l\u2019adresse, fronça les sourcils, rentra dans le petit salon, dont elle ferma violemment la porte, et murmura une fois seule: \u201cEncore cette fille aux yeux d\u2019or ! Devient-il fou?Il n'a plus qu'ele en tête.» Voilà comment Mme Roland avait trouvé l\u2019épithète juste.Bérangère était bien réellement la jeune fille aux yeux d'or.VII - Elle avance pourtant.Elle tourne sur la droite, et regarde d'un air anxieux la plaque \u2018bleue qui, LA REVUE POPULAIRE 43 au coin de la rue, porte Écrit ces mots: Avenue Gabrielle.Une, deux, trois, quatre maisons, et la voilà arrivée.\u2018Le suisse est sur la porte.ll interroge le ciel avec majesté, secoue la tête d'un air désapprobateur, car il commence à tomber un petit givre assez piquant, et, avec majesté aussi, abaisse les regards sur Bérangüre, seule passante du trottoir à ce moment.Elle est signalée, sans doute, car il s'écarte pour lui livrer passage, et sonne un timbre qui, par des fils invisibles, communique au corps de logis principal.Aussitôt un valet de pied paraît sur le perron.I! faut gravir le perron sous les regards impassibles du splendide introducteur, traverser un vest/bule sur les murs duquel s'étalent des pano- plics d'armes de tous \u2018es pays et de tous les temps.puis enfin, quand ia portière de tapisserie des Gobelins que nous connaissons déjà est soulevée par le majestueux valet de pied, pénétrer dans le sanctuaire, où elle tremble maintenant, non plus seulement d'émotion, mais de crainte de n'être pas agréée.Le moment est venu.Un pas de maître résonne dans la pièce voisine.Mais est-ce un pas de vieillard, ce pas ferme, rap.de, déterminé?La porte s'ouvre sous une main vigoureuse qui se sent chez eile, qui a le droit de pousser cette porte sans se faire annoncer.* Bérangère, hésitante, troublée, se lève, se ras- siedl, puis se lève encore.Le comte Woronzoff est devant elle.Elle n\u2019ose pas !e regarder, et cependant elle sait déjà que son nouveau maître n'est pas un vieillard, et qu\u2019! a répondu à son salut par un salut courtois, mais froid et hautain.Que lui importe, après tout?Déjà elle trempe sa plume dans le grand encrier de malachite, et la plume court, vole, glisse rapide sur le papier glacé.C\u2019est une lettre qu\u2019il dicte, un billet mondain, puis un.troisième: après cela una lettre d'affaires, compliquée, pleine de chiffres.Elle s'étonne de la netteté de cet esprit, de la promptitude de la pensée.Il ne s'arrête pas un instant pour chercher l'express\u2018on, et la plume a peine à suivre cette dictée rapide.Bérangère, après une heure et dernie d\u2019écriture sans interruption, commence à sentir sa main fatiguée.Llle donnerait beaucoup pour pouvoir se délasser un instant, mais comment faire?À peine si elle parvient à suivre, à peine si clic ne se sent pas un peu en retard, chaque fois que sa plume est obligée d'aller se retremper dans l\u2019encrier.Alors la plume prend des ailes.I faut aller doublement vite pour réparer le temps perdu.Lit-il doric un \u2018\u201cSrouillon préparé à foisir?Elle serait tentée de le croire.Jamais une rature à l'expression une fois lancée, jamais une hésitation.Mais comment s'assurer de la vér.té de ce soupçon?Le comte Woronzoff est assis loin en arrière, sur.le canane de cuir oriental.Béran- gère ne le voit pas.Tant mieux! Ce qu'elle a-en- trevu de ce visage glacia\u2019, de cette physionomie altière, ne lui donne pas le désir de la voir en face.Pour lui, il se sert de l'instrument qu'il paye à tant l'heure, et il na pas l\u2019air de se douter que l'instrument puisse avoir besoin de repos,\u201d iH H 3 i tH iH a I 1 44 LA REVUE POPULAIRE Ah! si Bérangène n\u2019avaît pas devant elle l'image de Stan.e fraîche, souriante.an mé:, de Stanie heureuse et guérie, avec la grâce de Dieu, par les sons du docteur Rolard et l\u2019argent du comte Woronzoff, comme les heures lui paraîtraient .on- gues! ) Enfin, la séance est term née.Le comte se lève, salue, dit: \u201cA demain, à la même heure\u201d et se retire le premier, avant que Bérangère a\u2018t eu seulement le temps d\u2019assujettir les feu lles vo antes, a l\u2019aide d'un presse-papier d'argent bruni, chef- d oeuvre de ciselure.Quand Bérangère sortit de l\u2019hôtel Woronzoft, elle souffra.t de la faim depuis longtemps déjà.La tête lui tournait, ie vertige s\u2019emparait d'elle.Elle entra chez un bou'anger, acheta un petit croissant, but un verre d'eau et se sentit ranimée.Sa tasse de lait du matin était bien lon.Trois heures sonnaient! \u201cJe déjeunerai plus solidement un autre jour, pensa t-elle, et je me munirai d\u2019un morceau de pain au fond de ma poche.L'heure de mon arrivée est déterm:née, ma.s je crois que celle du départ n'aura d'autre règle que le caprice du comte.Je trouverai peut-être un entr\u2019acte pour y placer mon goûter.» Bérangère se sentit g'acée en rentrant dans son nouveau logis.Le\u2019 vent s'engouffrait à travers le grand corridor et les salies désertes; tout était froid, morne, silencieux.Viii Bérangère était ma.ntenant tout à fait habituée à ses nouvelles fonctions.Quand elle avait hâté le pas, quand elle se trouvait en avance de quelques minutes, ele entrait dans l\u2019église la plus voisine du but de sa course, et elle priait avec une ardeur, une soumiss.on, une confiance, qui ne pouvait manquer de faire descendre la rosée céleste sur son travail de la journée.Là, elle se sentait heureuse, comme le voyageur qui rencontre au milicu du désert l\u2019oasis ombragée de palm.ers et la source rafraîchissante.Ce temps était bien à elle.File savait qu\u2019elle ne devait pas arriver une minute trop tôt, car l'exactitude consiste à être a l'heure précise, ni avant, ni après, et le comte Woronzoff tenait à l\u2019exactitude.\u201cJe suis exact) avait-il dit un jour devant elle, parce que je n'aime pas à attendre.Je me crois donc obligé d\u2019être pour les autres ce que j\u2019exige qu'ils soient pour moi.» Oui, c\u2019éta.t un homme juste, elle le croyait, du moins, mais cette justice ne laissait aucune place à la miséricorde.Les chagr/ns, sans doute, avaient endurci un coeur peut-être naturellement bon.Sa voix brève, un peu rude en général, ava.t parfois des intonations harmonieuses, qui charmaient et surprenaient l'oreille.Mais c'était un éclair.C\u2019était un éclair aussi que la douceur subite de ses yeux d\u2019un gris foncé, que le sourire furtif de ses lèvres, habituellement plissées par ie sarcasme et l'ironie.- Il y avait dans toute cette physionomie d\u2019'homme, dans son attitude, dans ses man ères, dans son langage, un incroyable mé'ange, ou plutôt une succession inexplicable de lumière et d'ombre.Mars 1926 \u201cCela ne me regarde pas\u201d pensait Bérangère, qui subissait parfois, sous le masque d'une politesse presque glac a.e, le contre-coup de ces cap:ices et de ces emportements.\u201cLes Slaves sont capr.cieux,\u201d :e docteur me la dit.\u201cQue m'importe, au reste, pourvu que jaccompl.sse ma bsso- gne à son gré, et que Stanie en profite!» Et ele montait dorénavant sans le mo ndre émoi l'escalier d'onyx qui condu.sait au premier étage, et qui avait couté, d.sait on, plus de cinq cent mille francs.Tout n'éta:t que merveille dans cette splendide demeure.Les ferrures dis portes, les mo.ndres clefs étaient des chefs-d'oeuvre de serrurerie.Quant au confortabie, dont le maître avait pourtant l'air de se soucier fort peu, il régnait partout avec une admirable entente.Les domestiques servaient sans bruit, sans presque se fa.re vo.r, comme ces génies invisibles des contes de fées.L'hiver ne pénétrait pas à l'hôtel Woronzoff, et Bérengère s'était étonnée longtemps, en arrivant de l'air fro.d du dehors, de t:ouver une température égale, depuis la loge du concierge, salon qu aurait envié plus d'un petit bourgeois, jusqu'aux étages les p.us élevés.Mais en était-il plus heureux, ce grand seigneur qui v.vait seul, sans famille, presque sans ami?Les visiteurs affluazent, certes, mais il les traitait tous avec une égale indifférence, avec une politesse hauta.ne plus offensante peut-être que tout autre procédé.Seul, le doceur Roland semblait trouver grâce à ses yeux.Le comte Woronzoff aimait la facilité charmante de son commerce, cette simplicité d'esprit et de coeur, qui renda.t le grand médec.n confiant sans crédulité, complaisant sans faiblesse.Aussi, parfois la glace septentrionale semblait- elle prête à fondre dans ces causer:es où le docteur laissa.t échapper la verve un peu malicieuse qui s\u2019alliait chez jui à une si rare bonté: \u201cJe voudrais être czar de toutes les Russies,> lui dit un jour le comte Woronzoftf.\u201cEt pourquoi donc: Vous m\u2019étonnez.le vous croyais dépourvu de toute amb.tion.\u2014Il ne faut jurer de rier, comme l\u2019assure votre proverbe français.Si j'étais le czar, je vous nommerais mon médecin ordinaire, avec défense de me quitter, sous peine au knout ou de la Sibérie.\u2014À la bonne heure! Voilà une façon charmante de s\u2019attacher les gens! \u2014Jusqu'à vous je méprisais les hommes,\u201d continua le comte sans paraître se soucier de l'interruption.vw À Pendant ces longues causeries, que devenait Bé- rangère?Souvent elle v ass.stait, muette, indifférente en apparence, mais sentant son cœur battre de sympathiz pour le docieur.et de pieuse compas- son pour | âme ctesséchée.flétrie.qui se laissait ains: mettre au jour D'autres fois les deux interlocuteurs passaient dans un petit salon voisin, qui servait de fumoir, et le bruit seul de leurs voix arrivait jusquà la jeune fille, ET \u2014 0 ne 2 Premier i] spiendige mo ade Tete, A pour ! partout QUES re 2, ce # Li a Bi Ivant de | Détatum Ji aunt à etags id se ue ans | ls vec Une wg grin à face plc edet 5 fii | blir 2 dec ceux ss?vous votre à ê [3 i all | en | QI.Mars 1926 Mass, dans l\u2019un ou l'autré cas, Bérangère né restait pas oisive.!! y avait toujours quelque chose à fare: des passages annotés d'avance à copier dans certains tivres, des pag:s éc:ites par le comte, et qu'il faila/t déchiffrer et remettre au net, des ana'yses à fare d'après des vues, des journaux, des brochures de toutes sortes.C'était là la partie |: plus difficile de sa tâche.Elle y excella't pou:tant Son sprit net ct judicieux savait reconnaître dinstnct ce qu\u2019il fal- la t prendre et cs an\" faigit laïscer Ma's Sep shea 5 Le comte lisait le travail quand ii était achevé, ne faisait aucune obs rvat.on, et classait lu -même les matériaux nouveaux p.éparés par son secrétaire.\u201cC'est bien, sans doute) pensait-e'e, en voyant disparaître les feu llets dans un carton, \u201cMais comme il lui serait face de m\u2019encourager par un mot!» \u201cIl est facheux que vous ne sachiez pas lire et écrire les caractè:es russes,\u201d d.t un jour le comte à la jeune fille.| Le \u2018endemain, Bérangère.qui avait veillé uns partie de la nuit sur l'a phab t'fusse.trouva l\u2019oc- cas on de montrer sa science nouvelle.- \u201cDéjà!> dit-il en sour.ant.C'était la première fois qu'un sourile passait sur cette physionomie hautaine en sadressant à la jeune fille.Puis | ajouta que'\u2018yues mots de russe.Er Bé- rangére, qui ava't roug en em:-ndant ce dijg\u2014 un compliment de grande va eur dans la bouche du comte\u2014~releva la têt: d'un air étonné \u201cComm nt trouvez-vous no're langu:?demanda -t-il mais sans sour re, cette fois.\u201cTrès-douce, très-agréable à entendre\u201d balbutia Bérangère.\u201cAuriez-vous comprs par Fasard?J= nn serais pas étonné Vous ms s mb ez d.force à ac comp r des prod g's.» Ce fut au tour de bé \u201cngère de sourire.E'le avait dit vrai.Cette langue russe.toutr nouve' le pour ses orelles, avait pris ~n passant dans la bovche du comt, qu état à un de ses moments si rares de svimpathiz commun cat ve, une étrange douceûr, \u201cEst-ce bien !- même homm:?® se demandait la jeune fil'e.Le si'ence se ré ablit aussitôt.De nouveau \u201cla p ume courut sur le papier, et, sauf les nstants ol il dictat, 'e comte parut s\u2019abso ber dans une réver'e douloureuse.Mais, dès que la plume de Bérangère s'arrêtait 1i tressaillait comme s'il venait de s'éve\u2018ler et repr-nait la phrase précédente avec uns \u2018uc'dité dont ï y avait l'eu d\u2019être su\u2019 pris.Ce jour-là, lorsque la séance fut k vée, le comte dit à Bérangère: \u201cDonnzz-moi votre adresse, J'ai presque envie d'envoyer chez vous une grammaire russe avec un d'ctionnaire.- .\u2014Je préfère les emporter moi même,\u201d répon- dt la jeune fille.\u201cComme vous voudrez.|.ma sera commode, je ne vous le cache pas, que vous soycz en é.at ie van by LA REVUE POPULAIRE 45 plus tôt poss'ble de pouvoir traduire les lettres que Je reçois de la Russia.» Bérangère s\u2019inclina en signe d'assentiment.Le comte posa le doigt sur un des nombreux boutons de t'mbre placés dans un angle de la pièce.\\ Auss'tôt, un homme qui ne portait pas la livrée, mais le costume national russe, parut comme si une baguette magique l'avait évoqué.Le maître lui dit que:ques mots dans leur langue.L'homme disparut avec la même rap.dité, pu:s reparut au bout de quelques secondes, chargé d\u2019un petit paquet.\u201cCe n\u2019est pas gros pour commencer\u2019 dit le comte en soupesant le paquet.\u201cJe suis bien certain qu'avant peu nous arriverons au grand format: lu ny a ià que les premiers éléments.» x Un jour, il se.fit defr ère la portière de tapisserie qui séparait le cabinet de travail du salon voisin, Un tapage si inusté dans cette demeure silencieuse, que la plume de Bérangère s'arrêta court entre ses dogts.Par-dessus un froufrou d\u2019étoffes soyeuses et de mousssline bruyamment empesée, on entendait sélever, impérieuse «t mtnaçante, une voi£ de femme à laquee répondait humblement en russe une voix dhomme, qu.cherchait vainement à se faire entendre, tout en restant basse et soumise.\u201cQu'est-ce donc?P murmura le comte, dont les sourc\u2019\u2019s sc contractèrent.et qui parut en proie à une horr'ble émotion.Il se leva néznmoins mas il n\u2019eut pas le temps dal'er jusqu'à \u2018a porte.Les r.deaux s\u2019écartèrent, et une j:une femme.éb'ouissante de beauté et de to.l-tte, fit une soudame irruption jusqu\u2019au milieu de la pièce.Cétait \u2018a ve, l\u2019éégance, le printemps, la jeun°sse, pénétrant de v ve force dans la retraite austère o\" s'enseve\u2018ssait depuis quelques années le comte Woronzoff.l ne parut cependant.ni ébloui, ni charmé.Mais cette appa-tion n'était pas celle qu'il redoutait, sans doute, car ss noirs sourcils perdi- ren \u2018ur farouch> cont:action, l\u2019éc'air fulgurant s'ét- gnit dans ses yeux, et les cou-eurs de la vie remontèrent à ses joues devenues sub:tement livid s.I.n- lu\u2019 resta plus qu\u2019un air de surprise maussade, lequei répondait bien mal au séduisant sourire qu \u2018ui état adressé.\u201cInfin!» murmura [apparition en se laissant tomber comme épu séc sur le gremier siège venu, quon ne songrait guere à \u2018ui \u201coffrir.Elk éta t ravissante dans cette pose d\u2019un coquet abrndon Drs flots de so'e bleu céleste, entremê- \u2018és à ructés, de plis-és, de volants de crêpe de Chine d\u2019un bl-u p'us foncé, couvraient le fauteuil,«t sétagea'ent sur le tapis avec une grâce savant.Une c°pote Pompadour, de même nuance, of- frat un dé icieux fou Ilis de plumes bleues et de plym s roses, de tule et de valencicnnes frisot- \u2018êrs, où s'enfouissait un bouquet de roses.Le tout encadrat un visage frais mutn, coquet, qui, dans \u2018© demi jour de la vaste salle para.ssait dum extreme jeunesse.Mais au grand 46 LA REVUE POPULAIRE soleil, sans le voile moucheté de blanc, cette jolie créature.devait bien avoir une trentaine d'années, Le comte Woronzofl se tenait debout devant elle, muet, immobile.Toute son attitude semblait ire: \u201cVous me dérangez fort.Que souhaitez-vous?» \u201cJ'ai tant cherché! reprit-elle d\u2019une voix douce.Ce n\u2019étaient plus là les accents impéræux de la minute précédente.\u201cEh bien» répondit-il brutalement, \u2018\u201cl\u2019animal est au gîte, la chasse a été bonne.\u2014Oh! pouvez-vous me recevoir ainsi! Avoir fait trois cents lieues d'une traite et se voir ac cueillie de cette sorte! Ingrat!» Elle essaya de lui décocher un tendre regard, mais les yeux fauves, où brillaient parfois de bril- Jantes étincelles, restèrent mornes et comme vois.: .\u2014Quelle est cette personner\u2019 demanda l'apparition à voix basse, et en désignant du doigt Bérangère.Elle avait parlé en russe, mais Bérangère en savait assez maintenant pour avoir compris la demande et la réponse qui allait suivre.Elle ne bougea pas, et continua à écrire sans lever les yeux.N'avait-il pas dit d\u2019un ton qu\u2019elle jugea délai- gneux: \u201cMon secrétaire.Mais prenez garde, eile sait toutes les langues, mème la nôtre» Mon secrétaire, C'est-à-dire une personne sans conséquence, que je paye pour exécuter mes ordres, qui doit regarder sans voir, écouter sans entendre, et devant laquelle vous pouvez parler comme devant ces tableaux et ces statues.Tout cela était exprimé implicitement dans la façon avec laquelle le comte Woronzoff avait dit \u201cmon secrétaire».: Pour la première fois, Bérangère se sentit blessée.Le rouge monta jusquà son front, et elle baissa la tête afin de cacher sa confusion.\u201cEnfin, disait l'apparition,\u201d que nous appellerons désormais par son nom: Olga Paulowna, veuve depuis deux ans du prince Ivan Schersky, \u201cje me suis tant pressée, que j'ai pris le train-poste avant d'avoir reçu de Paris mon costume de voyage.C'est un meurtre, avouez-le, de se mettre en route en avril avec une toilette de l'automne précédent.» Le comte sourit ironiquement.La conversation continua pendant quelques instants encore, animée, provoguante de la part de la princesse, saccadée, monosyllabique du côté de son interlocuteur.: EHe feignit d\u2019abord de ne pas s'en apercevoir, mais, à une réponse un peu trop brève qu'elle re- cut en plein visage, elle essaya de parer par une riposte du même ordre.Co, \u201cVous êtes toujours resté un peu cosaque, mon cher cousin,» dit-elle, \u201cet la femme qui chercherait à vous apprivoiser perdrait son temps, je le crains bien.\u2014Pourquoi donc?Personne plus que moi n\u2019est admirateur sincère \u2014miais désintéressé \u2014des grâces féminines, du charme naturel, ou de la distinction acquise de votre sexe.Seulement, \u2014je l'a- voue-\u2014je cherche encore autre chose, Mars 1926 \u2014Ah! vous cherchez?\u201d dit-e'le avec un accent de coquetterie sur lequel on ne pouvat se méprendre.\u201cVous trouverez a'ors.sans aucun doute.Vous n'êtes pas de ceux pour .esquels loracle do.ve mentir.\u2014 Tout mécréant que je suis\u2019 dit le comte en tournant pour la prem.cre fois les regards du côté de son jeune secrétaire \u201cje n'aime pas à voir travestir sous un déguisement profane le langage le plus divin qu'il ait jamais été donné à l'homme d'entendre.Je ne vous suivra, donc pas sur ce terrain.\u2014Oh! mon cher comte,» dit la princesse en riant aux éclats, ce qui !ui permettait de montrer ses petites dents blanches et fines, enchâssées dans un vrai éma.! rose, \u201cvous r'avez pas été toujours l\u2019austère Caton d'aujourd'hui.enez, il ny a qu'un instant, je passais devant le Café anglais et je me souvenais de œrtaines aventures de votre premier voyage à Paris Je n'étais qu'une enfant alors, et pourtant.\u2026 \u2018 \u2014J'avais vingt ans, par.conséquent vous en aviez quinze, puisque je suis votre aîné d'un lustre.À quinze ans on peut déjà se souvenir \u2014Oh ! le détestable calcu'ateur ! Savez-vous, mon cher, que toute autre femme qu'une cousine dévouée comme moi vous prendrait en grippe?\u201d Le comte sourit dédaigneus ment Pour un observateur impart al, ce sour:re voulait dire: Que m'importe! Mais elle était décidée à ne rien voir de ce qui aurait pu la décourager.\u201cOui,® reprit-eile d\u2019un ton de bonne humeur, \u201cj'étais, comme vous le dites fort bien en état de me souvenir, puisque je nai pas encore oubl.é l'effet produit par la lecture de je ne sais quelle feuille française qu'une amie de ma mêre.alors à Paris, lui envoya.et que je dévorai en cachette, parce qu\u2019on m'avait défendu d'y jeter les veux» Le pli ironique qui se montrait parfois autour des lèvres du comte sy uessina nettement.\u201cEt aussi, trois fois \u2018ngrat® murmura-t-elle, \u201cparce que je savais qu'il était quesiion de vous.Oui.monsieur le philosophe.au temps dont je vous par'e, vous ne Vviviez pas r tiré au \u2018ond d\u2019une b bliothèque, parmi des livres poudreux \u2014Je repousse la poussière» dit brièvem-nt le comte.\u201cElle me fait horreur Même sur les livres, j'aime tout ce qui est net.\u2014Enlevons la poussière si vnans y tenez absalu- ment, il n'en reste pas mons un sanctuaire :nac- cessib'e dont un dragon rugissant déf nd l'entrée, Je veux dire le fidèle Dm.tr., qui a fauli me laisser à la porte.\u2014C\u2019éta.t sa consigne.\u2014Vous êtes aimabie, en vérité Mais pour en revenir au Café anglais, et à ma feuille française, i] paraît qu\u2019un beau mat n vers cing heures, avant que l'aurore par.sienne cût ouvert de ses doigts de rose les yeux de la grande ville quand \u2018! n'y avait encore dans les rues :t «ur les boulevards que \u2018es chiffanniers faisant leur ronde.au les ouvr'ers allant A leur travail le com'e Serge Woronzoff mis en gaieté par un soupe.fin.jeta du haut d'un balcon du Café ang'as une pluie d nr sur les rares passants.Cette plu'e-là tout à \u2018encontre -f- l\u2019autre, fait sortir \u2018es humains de leur cachette Il y eut donc bientôt un \"troupement tel sous cette bienbeureuse fenére que la police dui s'en mêler, Mars 1926 - Ii était temps! Le grand seigneur russe avait, dit- on, jeté ainsi dix mille francs par ia fenêtre, son gain de la nuit.C\u2019était d'un beau joueur, n\u2019est-ce pasr» Le comte haussa les épaules, La plume n'ava,t pas cessé pourtant de courir sur le papier.Jamais le jeune secrétaire n'avait écrit si vite, et cependant elle ne perdait pas un mot de la causerie qui se fa.sait devant elle à bâtons rompus.Elle admirait l\u2019aisance souveraine avec laquelle l\u2019inconnue se joudit des difficultés, la vivacté de ses reparties, et le pouvoir qu'elle avait d'amener de temps à autre la gaieté sur ces lèvres sans sourire.Car pouvait-on donner le nom de sourire au pli amer et dédaigneux qui venait parfois les effleurer?\u201cJe pars,» dit la princesse, mais non sans vous avoir dit que je suis à ! hôtel Meurice, jusqu'à ce que j'aie trouvé quelque chose de convenable.Ce n'est donc pas adieu, mais au revo.r.Souvenez- vous que je suis femme à venir vous relancer.\u201d Elle tendit la main au comte par un geste d\u2019un affectueux abandon, salua légèrement le jeune se- crétare du haut de sa capote Pompadour: puis le froufrou de l\u2019arrivée se fit entendre, et la brillante vis:on disparut.\u201cVoilà, monsieur le comte, tout un paquet de lettres que j'ai mis de côté pour vous les faire voir,\u2019 dit Bérangère, lorsque le maître eut repris sa place dans l\u2019ang'e le plus éloigné de la pièce.\u201cElles demandent réponsz, il me semble.\u2014Voyons cela,» répondit-il.Sa gaieté factice l\u2019avait abandonné: il paraissait plus sombre que jamais.\u201cEh bien, quand vous voudrez commencer cette lecture?» murmura-t il d'un ton d\u2019impatience.\u201cVoici d\u2019abord une circulaire de la Société des Colons explordteurs, qui doit s'établir dans l\u2019île de Sumatra, au sud de l'ancien empire d\u2019Atchim, à proximité du pays des Battahs.Elle compte partir le mois prochain, et ne doute pas de l\u2019intérêt de Votre Excellence pour une oeuvre.\u2014Assez, assez, de gidce.L'et cætera suffit.Bien que je me soucæ fort peu du pays des Battahs et de 'empire d\u2019Atchim, la mode est si fort à la géographie, qu\u2019il faut avoir l'air de partager l\u2019en- : gouement général sous peine d'être appeié sauvage.Répondez donc poliment qu\u2019on peut tirer sur mon banquier ia somme de quinze cents francs.Ensuite?| \u2014Voici maintenant une lettre de la Société des Sauveteurs havrais qui veut célébrer la soixantaine de son doyen d'âge, fondateur et conseiller honoraire, etc, etc, M.Michel Pinard.\u2014Je ne m\u2019y oppose pas.Que me demande-t- on?\u2014Votre présence au banquet, et la souscription de cinquante francs.\u2014Envoyez-en deux cents, et qu\u2019il n\u2019en soit plus question.\u2014Mais® dit Bérangère hésitant, \u201cdois-je dire que vous ferez le voyager -\u2014\u2014Non certes, qu\u2019irais-je faire là?\u2014Nous connaissons,\u201d reprit Bérangère, lisant la lettré à haute vo.x, \u201cl'amour du noble comite pour ses semblables, le zèle ardent dont il a fait preuve en gant de circonstances pour le bien de l'huma- nit .; LA REVUE POPULAIRE 47 \u2014Je veux bien être pendu s'il y a un mot de Vrai dans tout cela.\u2014La Russie a beau être loin, reprit Bérangère, tous ceux qu\u2019un même sentiment rapproche finissent par s'entendre.Nous n'avons pas oublié, comte Serge Woronzoff, pour l\u2019avoir lu dans des annales étrangères, que vous avez exposé votre vie dix fois pour sauver quelque pauvre serf de vos domaines.» En finissant ces derniers mots, Bérangère releva timidement la tête, et ses yeux bruns à reflets d'or semblèrent dire: | \u201cNe niez pas, ne démentez pas ces braves gens.Laissez-moi croire que votre coeur vaut mieux que vos paroles.» Le comte interpréta cette muette interrogation.\u201cA mes moments perdus\u201d répondit-il, \u201cpeut- être bien.je n\u2019en a: pas pris note.Cela vous étonne, n'est-ce pas, que je me sois donné cet innocent passe-temps?» Le ton était amer.Bérangère se sentit blessée, et elle s\u2019étonna de cette insensidilité.Que lui 1m- portait, après tout, à elle, irresponsable des actions de cet homme?S'il voulait être mauvais, s\u2019il voulait fermer son coeur à tout sentiment humain, cela ne regardait que lui.\u201cAllez donc.\u201d reprit-il comme s\u2019il devinait ce qui se passait au fond de son âme, et qu\u2019il voulût arrêter le cours de ses \u2018réflexions.\u201cExcellence,\u201d commença Bérangère en prenant une autre lettre à la suite.\u201cnous savons que votre main généreuse ne se ferme jamais, qu\u2019on la trouve ouverte partout où il y a quelque souffrance à soulager.\u2014Et cætera, et cætura, au panier.Je déteste la flatterie et les flatteurs.Est-ce fini?\u2014Autre circulaire du président de la Société générale de tempérance, qui sollicite l'honneur de voir figurer votre nom.\u2014Qu\u2019on laisse mon nom tranquille.J'enverrai de l'argent, c\u2019est tout ce qu'il leur faut.Après?\u2014Voici un livre de poésies offert par l\u2019auteur.\u2014Je déteste les vers en général.Renvoyez le livre à son adresse.\u2014C'est un père de famille\u201d murmura Bérangè- re, \u201cIl est dans le plus pressant besoin.\u2014Comment s\u2019appelle-t-il, lui et son livre?uarte Amours des Anges, par Evariste Moutar- fer.\u2014Oh! voilà qui est trop fort! Se faire poête quand on est père de famille et qu'on s'appelle Evariste Moutardier! Et celui-ci commence aussl, j'en suis sûr, par cette universelle formule: \u201cConnaissant la générosité incomparable de Votre Excellence, etc.\u2014Non,\u201d répondit Bérangère d\u2019une voix plus ferme, \u201cla lettre est pressante, mais elle est digne, cependant.» Le comte se leva de son fauteuil, fit quelques pas en long et en large, puis vint se placer debout devant\u2019 son jeune secrétaire, \u201cVous vous étonnez.n'est-cœ pas?\u201d dit-il d'une voix contrainte, \u201cque le fou qui jeta:t une fortune par la fenêtre, comme on vient de le raconter tout à l'heure d\u2019une façon très piquante, refuse aujourd\u2019hui l\u2019aumône de quelques pièces d\u2019or à l'un de ses semblables dans le besoin? 3 i 43 LA REVUE POPULAIRE \u2014OuiP® répondit tranquillement Bérangère, qui osa le regarder en face.\u201cEh bien, mademoiselle, ouvrez ce coffre-fort.puisez-y à pleines mains et répandez-en le contenu par la fenêtre ouverte.Même dans cet aristocratique quartier la foule grouillante et mendiante se formera vite sous votre balcon.\u201d Bérangère resta silencieuse.- \u201cQu\u2019attendez-vous pour satisfaire vos instincts de bienfaisance!> renriti! avec amertume.\u201cCe n'est pas une raillerie, Voici la clef.\u2019 Bérangère rougit d\u2019indignation.\u201cCe n'est pas là ca que j'appelle l'aumône) murmura-t-elle, \u201cAh! je comprends.Porter sous son manteau une bouteille de vin généreux ou un petit fagot destiné à la mansarde voisine! Charmantes utopies révées dans la jeunesse! Mais j'en ai fini avec les rêves, et ne mé sens nullement la vocation du Petit Manteau bleu.» Xi Décidément, depuis la visite de la princesse Olga, le comte Woronzoft était devenu moins sombre.Il parlait davantage à Bérangère, mais aussi il faisait de plus fréquentes absences.Allait-il voir, à l'hôtel Meurice, cette brillante cousine dont l\u2019apparition avait amené la gaieté, le sourire, ou tout au moins l\u2019écho d\u2019une autre vie dans cette demeure vouée à la tristesse?Bérangère savait qu\u2019elle était veuve depuis deux Ars.Pourquoi ne l\u2019épouserait-il pas?Et s\u2019il l\u2019épousait, s\u2019il abandonnait ses habitudes sédentaires pour la suivre dans les plaisirs de sa vie mondaine, que deviendrait le poste de secrétairer Parfois elle considérait l'événement redouté comme un fait accompli.D'autres fois, au contraire, elle se disait que ces deux natures si différentes feraient un contraste par trop frappant.Il n'était pas homme.lui semblait-il, à changer jamais ses allures pour | amour de qui que ce fût, mais, en revanche, elle n'était pas femme à condamner à une retraite austère les dernières années d'une jeunesse dont elle tirait un si brillant parti.Alors elle se la représentait le jour de l\u2019apparition dans sa grâce aristocratique, dans son élégance patricienne, dans sa mièvrerie coquette, et elle plaçait auprès de l\u2019éblouissante créature le grand seigneur vieilli avant l\u2019âge, par des chagrins restés inconnus à tous.Etait-il beau?Flle n'avait jamais osé le considérer attentivement pour répondre à cette question selon la vérité, mais elle le voyait à toute heure en face d'elle, sur ce grand portrait à l'huile qui la regardait avec une fixité génante.Elle n\u2019avait qu'à lever les yeux pour voir ces lèvres fines et serrées qui ne s'ouvraient qu\u2019à regret, ce front carré, cc regard puissant, cette attitude hautaine et dominatrice de l'homme habitué à tout faire plier sou: son bon plaisir.Non, ce n\u2019était pas là le compagnon qu\u2019il fallait à la brillante jeune femme.Elle était née Parisienne, plutôt faite pour régner par sa beauté sur les bords de la Seine que sur ceux de la Néva.Elle ne semblait pas de la même race que ces \u2014 Mars 1920 Woronzoff.dont les purtiaits se détachaient avec un relief extraordinaire sur les sombres boiseries.Cétaient tous de terrbles hommes, dsait ung petit livre qu'elle avait trouvé dans la bibliothe- § que du comte.et quelle avait lu avec le plus grand intérêt pendant une des absences du maître.La légendu commenç:!! avec un cavaler polo- als du sciztème siècle Lacêtre meternel des Wo- ronZoif, reproduit d'après une gravure de l\u2019époque, attribuée au vies Abraham Van Bruyn.La vue seule de ce tern longue moustache.sen crâ rière du harnachement de sa monture, et surtout la pesante hache d'armes qui paraissaït un jouet d'enfant dans sa main pu.ssante, devait inspirer aux ennemis une terreur salutaire.be guerrer, avec saf merase, sa toque sur-R montée d\u2019une aigrette rigide, la magnificence guer- § Tout près de lui se voydt.dans ta tenue de} combat, un certain génér.! Woronzoff qui, après avoir assisté à vingt batilles sans jamais recevoir une blessure, avait fini par périr dans un duel à outrance.Il avait été convenu entre les deux adversaires, pour échapper à l\u2019éclit de Pierre le Grand portant que tout homme qu: «tn provoquerait un autre serait pendu, que lui.générai Woronzoff.et le prince Dolgoroucki, avec tecuel i] s'était pris de querelle.emploieraient un moyen qui deva.t présenter bien pius d'égalité dans les chances qu\u2019un duel ordinaire.Tous deux devaient se tenir dans une embra- | sure où les Suédois dirigeaient un feu terrible, et | y rester jusqu'à ce que l'un ou l'autre elt été frappé.La convention fut exécutée loyalement.Les deux fous héroïques se tinrent droits en face l\u2019un de l\u2019autre, la main sui la hanche, et se regardant fièrement, jusqu'à ce que le général eût été coupé en deux par un boulet.\u201cCelui-ci aurait été capable d'en faire autant.je pense,\u201d murmura Bérangère en regardant le portrait du comte Serge, qui lui faisa:t vis-à-vis, H y avait aussi, dans ces récits légendaires, et rapporté tout au long, l\u2019acte héroïque d'une noble longroise, grand'tante du comte actuel.Elle accompagnait son mari aux états de Hongrie, et il devait y prendre la parole sur une question qui intéressait au p'us haut point l\u2019avenir politique du pays, lorsqu'en descendant de voiture, et en disant adieu à sa femme un rapide adieu, le noble magrat ferma brusquement la portière du carrosse, OÙ se trouvait prise la main de sa femme.La malheureuse eut \u2018rois doigts brovés, pour lesquels l\u2019amputation fut jugée nécessaire une heure après, mais sur le moinent eile ne poussa pas un cri, elle eut même le courage de sourire à son mari lorsqu\u2019il se retourna, au bout de quelques pas, pour lui dire au revoir une fois de plus.Quand il rentra vers le soir, la terrible opération était faite, et teile était la force de volonté de la comtesse de Devm, qu\u2019elle put cacher à son mari une partie de lo vérité pendant bien des jours encore.I! poursuivit donc sans aucune pré- occupat'on sa tâche patriotique, et parvint à la mener à bonne fin.Le portrait de cette femme héroïque se trouvait ae dans un petit salon proche de la bibliothèque, et i joi i rile TEEN \u201cn ou | dre Lar 5 el Ie pri + eu még \u201cun de enh: imidle à eût LL il ot Mars 1926 qu'on appelait le salon J: la musique.Rien dans son apparence ne pouv:u! fa.re préjuger unu hè- roine de cet ordre.Eile était jeune, fraîche et blonde.et portait avec grâce le costume national.Son mari avait, lui, ls honneurs de la bibliothèque.11 ressortait avec sa chevelure noire, son tent un peu basané, au milieu des Woronznid, presque tous blonds ou roux.Or, Bérangère les connaissait tous par leurs noms.Elle savait leur vie; ils étaient devenus les compagnons de ses heures de solitude.qui se faisaient de plus en plus fréquentes.Le comte avait cessé de se séquestrer dans sa retraite.Il était devenu plus accessib'e à tous, et sortait beaucoup.Sans doute, il accompagnait sa belle cousine dans ses premenades au Bois.car Bérangère entendait presque chaque jour les piaffements de son cheval favori, Mazeppa.résonner sur les pavés de la cour d'honneur, à ja sortie et au retour.Jusque-là c'était le matin.à l'heure où le Bois est solitaire, que le comte, excellent écuyer, aimait à faire de longues chevauchées.Mais la princesse Olga avait des goûts tout opposés.Elle n'était pas femme à garder pour les rares promeneurs de la matinée ses grâces dl\u2019amazone, qui trouvaient tant d'admirateurs dans l\u2019après-midi.XI Un jour, comme Béiangére arrivait à l'hôtel Woronzoff, avec son exactitude ordinaire.elle trouva sur son chemin Dimitri, l'homme de con- flance du comte, qui semblait s'être posté dans le vestibule pour l\u2019attendre.Il lui présenta un pitit plateau d'argent sur lequel était posé en évidence un billet cacheté et armorié.Bérangère reconnut vite ia grande écriture fort illisible du comte, cette écriture qui n'avait plus de secrets pour elle, tant elle l\u2019avait étud'ée pour en pénétrer les caractères mystérieux.Le coeur lui battit bien fort.N'était-ce pas son congé qui allait lui être signifié sous ce pli?Depuis quelques jours lc comte se montrait de plus en plus sombre, de moins en moins communicatif.Sans doute.1l avait assez des services de son secrétaire, il ne lus appréciait plus comme il semblait le faire à l\u2019origine.Alors.qu'allait devenir Stanie?D'une main tremblante la jeune fille décacheta l'enveloppe qui conterait peut-être sa destinée et celle de sa soeur.A mesure qu'elle l'sa t, la sérénité reparaissait sur son front.Enfin, elle poussa un soupir de soulagement, et fit au serviteur.immobile devant elle, un petit signe qui voulait dire: \u201cMerci?La lettre ne contenait que ces quelques lignes: \u201cPrière à mademoiselle de Pontmore de vouloir bien m\u2019attendre quelques instants, et de m'excuser si mon absence se prolonge plus que je ne le voudrais.\u201cComte SERGE WoORONZOFF \u201cS] mademoiselle véut attendre dans le salon de musique.\u201d dit D'mitri au moment où la june fille indécise se demandait si elle devait pénétrer LA RT VUE POPULAIRE ~ 49 seule dans le cabinet de travail, \u201ccela la désen- nuicra peut être.» Bérangère accepta et suivit son guide.Ce qu\u2019on appelait le salon de musique était une pièce retirée, d\u2019un aspect original et pittoresque, Où se voyaient un piano.un orgue harmonium, et quelques pupitres destinés à recevoir ia musique de violon ou de violoncelle.Les murailles étaient revêtues d\u2019une tenture de satin noir, sur laquelle se détachaient des bouquets de rose d'un coloris éblouissant.Des rideaux de même étoff: retombaient sur des stores de riches dentelles, et ne laissaient pénétrer que ce demi-jour si en honneur à l\u2019hôtel Woronzoff.Dans les enco\u2018gnures, des bustes de marbre blanc, entourés de fleurs, portarent les noms de Mozart, Beethoven, Weber, Haydn.Enfin, pour fond et dernière ornementation de ce petit temple des arts, un panneau.entièrement vitré, laissait apercevoir les magnificences de la serre, où les feuillages grandioses de la flore\u2019 tropicale se mélajent aux plus belles fleurs européennes.Bérangère, restée seule, promena ses regards tout autour d'elle; pu:s.se sentant attirée par la vue du piano, dont la robe d\u2019un noir d'ébène étalait sa queue le long de la muraille, elle quitta le fauteuil que Dimitri lui avait avancé auprès de- la fenêtre.Elle ouvrit le bel instrument, le referma, le rouvrit encore sans oser y toucher; puis la tentation devint plus forte.Ces touches d\u2019ébène et d'ivoire attiraient, fascinaient ses doigts, comme peut le faire une table bien servie à l\u2019égard d\u2019un affamé, un livre précieux pour un amateur qui vise à la collection.Debout devant le clavier, elle y promena timidement ses doigts, tressaillit aux premiers sons, puis, s\u2019enchantant elle-même et la tentation devenant irrésist'ble, elie s\u2019installa franchement sur le tabouret.et bientôt la pièce fut inondée de flots d'harmonie.Tout à coup, derriere eile, une voix fit entendre cette interrogation: \u201cQui vous a appris cet air?» Tremblante, éperdue.Bérangère se leva plus morte que vive en murmurant quelques mots de pardon.Lui qui détestait ie bruit, lui chez lequel les domestiques passaient silencieux comme des ombres, et qui ava:t condamné sans doute ces beaux instruments à rester muets à jamais! Quels échos douloureux avait-elle donc éveillés sans le savoir, pour qu\u2019il se tint là pâle et ému?\u201cMais jouez donc\u201d murmura-t-il.Bérangère obéit conime malgré elle, et commença l'Invitat'on à la valse.\u201cNon.non, pas cela, ce que vous jouiez tout à l'heure quand je vous ai interrompue.» Les doigts de la mus\u2018cenne se promenèrent incertains sur le c'avrer sonore, puis enfin ils attaquèrent une mélode d'un rythme sauvage, qu'ils varièrent avec une graude habileté et un profond sentiment.Ma = l'écouiait il encore, celui pour lequel elle jouait docilement?Asss sur ! divan \u2018a têts cachée dans ses mains, il restait plongé dans une mélancolie profonde, M i { i ti + + i fi Hi 1! A H q 50 LA REVUE POPULAIRE Comme cette naïve harmonie résonne mélodieusement à ses oreilles! Que de souvenirs évoqués! Que de joies ressuscitées qu'il croyait à jamais perdues ! O prisme éblouissant \u2018de la jeunesse ! Premières et fraîches années de ce printemps de la vie, avez-vous donc tout emporté en vous enfuyant?Faut-il donc continuer à croire que tout sera détruit, renversé, brisé, immolé sans retour?Non, quelque chose murmure encore au fond de cette âme dévastée.C'est un appel à l'espoir qu\u2019il entend, pendant que pour la seconde fois les doigts dociles de Bé- rangère se promènent sur le clavier magique.Ce sont d'habiles génies, de riants lutins, cs petits doigts agiles.lis font refleurir pour un instant ce qui semblait à jamais flétri.Ah! serait-il donc possible de secouer cette cruelle torpeur, de ressusciter un coeur mort à jamais, il le croyait, du moins?Possède-t-elle le talisman vainqueur, cette fée de l\u2019Espérance, qui se tient maintenant debout devant lui d'un air timide, embarrassé, toute confuse de l'effet qu'elle a produit?\u201cQue dois-je faire inaintenant > semble-t-elle dire.: Mais lui ne la regarde pas.Sa pensée est loin de ce salon somptueux, loin du bruyant Paris où il est venu ensevelir ses amères déceptions, ses inoubliables mécomptes.\u201cQui vous a appris cela, mademoiselle?» dit-il enfin pour la seconde fois.La question est directe.\u201cJe, croyais être seul peut-être à Paris à connaître ce vieux chant de l\u2019Ukraine.A mesure qu\u2019il parle, les lignes rigides de son visage se détendent, une émotion puissante se répand sur ses traits éntrgiquement accusés.\u201cVous ne sauriez croire le bien que vous m\u2019avez fait,\u201d reprend-il avec un sourire qui éclaire toute sa physionomie d\u2019une lumière inattendue.\u201cMais tenez, ne me dites ren.Je ne veux pas d\u2019explications banales qui enièveraient peut-être tout son charme à l'effet produit.La.ssez-moi croire à la harpe de David.» Bérangère se sentait de plus en plus embarrassée, lorsqu'il lui arriva un secours sur lequel elle ne comptait guère., Un magnifique chien des Pyrénées, ardent, impétueux, fit irruption dars le salon, et en trois ou quatre bonds superbes vint se précipiter aux pieds du comte.\u201cArrière, Minos! dit le maître brusquement, \u201carrière [P Le bel animal leva sur son maitre un regard intelligent, et poussa un petit gémissement plaintif.Le comte détourra la tête.; \u201cVa retrouver Dimitri\u201d dit-il.\u201cCest la musique qui t'a attiré jusqu'ici, n\u2019est-ce pas car il n'y a plus rien de commun entre nous.Et cependant ce n'est pas œtte musicue que tu étais accoutumé à entendre.Allons, arrière, te dis-je! J'avais signifié que je ne voulais plus te rencontrer sur ma route, j'avais défendu que ce piano s'ouvrit jamais.\u201d La voix avait repris ses intonations hautaines.En même temps le comte fit le geste\u2019de donner un Mars 1926 coup de pied à son chicn, mais il eut soin de ne pas l\u2019atteindre.Le pauvre animal géëmit douloureusement et vint se réfugrer auprès de Bérangère, appuyant sa téte expressive dans les pus de sa robe.\u201cIl va à vous d'instinct,» dit le comte.\u201cComment a-t-il pu deviner du premier coup d'oeil que vous deviez avoir l'âme bonne et compatissante?\u2014C'est mon compatr.ote,\u201d murmura timidement la jeune fille.\u201cJe d-mande grâce pour lui» Et elle passait doucemunt la main sur la fourrure soyeuse de Mincs, qui, réconforté par les caresses, faisait entenire de petits grognements de satisfaction.\u201cIl est a vous si vous le souhaitez,\u201d dit le comte de sa voix la plus basse.«C'est un brave chien, mais sa vue m'est odieuse.Dimitri le conduira chez vous.Entends, Minos,?et il frappa du bout de sa cravache l'échine de l\u2019animal; \u201cdésormais, tu nas plus de maître ici, tu es libre, tu seras heureux?» XII Il était dit que cette journée ne serait pas propice au travail.: Encore une fois la retraite du comte fut envahie par la brillante apparition des premiers jours.Mais il n\u2019y eut pas de démêlés derrière la portière, pas de vicioire a remporter.La place prise d'assaut une fois avait fini, paraît-il, par se soumettre de bon vouloir, car la princesse Olga entra comme en pays conqu's, mais avec toute le grâce d'une souveraine qui se croit désirée.\u201cC\u2019est moi,\u201d dit-elle, \u201cmon farouche cousin.Je vous avais promis de venir vous relancer, et je tiens parole.\u201d .En disant cela, elle se laissa tomber languissamment dans un fauceuil qu'on lui avait avancé, cette fois, et des flots mélangés le plus heureusement du monde, m:-partie en cachemire de l'Inde feuille de rose, mi-partie en soie de même nuance, s'étendirent sur le tapis aux sombres couleurs .Là- dessus couraient en cascades, en coquiiles, en plissés, d\u2019autres flots de dentelles de Bruges, et, pour couronner l'édifice, ure capote en gaze blanche diamantée et ne geuse offrait le plus coquet mé- - lange de plumes blanches et de roses mousseuses, enfouies dans une barbe de dentelle qui rappelait celles de la robe.\u201cJe suis à demi-morte de fatigue\u201d continua-t- elle.\u201cC'est une vie impossible.Danser jusqu'à trois heures du matin: puis après déjeuner des courses indispensables qui m'ont achevée; enfin, une rapide halte auprès de vous pour repartir encore.\u2014Où cela?» demanda tranquillement le comte Serge.\u201cRetourneriez-vous par hasard en Russie?» \u2014Dieu du ciel, I'entendez-vous?Mais je suis libre, vous l\u2019avez donc oublié ?Triste liberté |?murmura-t-elle comme pour sacrifier quelque chose aux convenances, en Jetant un regard mélancolique sur son costume rose, lequel, devons-nous le dire, éloignait toute idée d\u2019un veuvage par trop douloureux., \u201cEh bien, alors, si vous n\u2019allez pas à Saint-Pé- tersbourg, où allez-vous?\u2014-Mais c'est le grand prix aujourd\u2019hui, moûñ très i, tus yg \u2026 CE Tg Waly | dur up a à jours Bar ma | 2 me thi | conduira au bout Oma, UK sme À Eng jours, 1 ne 0 entra grâce LR ous | ne, ls Ind nts plis ur the 5% a jt ut ft, 4 4 i Mars 1926 cher comte, et vous pas songer.\u2014C'est bien possibie.\u2014C\u2019est-à-dire que c'est incroyable, inouï, inexplicable: vous, un sportsman de premier ordre, un cavalier aussi élégant que sûr et correct, me disait hier encore le président du Jockey-Club.Mais il y a en vous tant d'autres choses incompréhensibles! Tenez, Serge,\u201d dit-elle de ce ton sentimental qu\u2019elle essayait parfois avec lui, \u201cje me demande parfois si vous vous souvenez encore de cette petite cousine qui vous admirait de loin, qui vous aimait en dépit de vos froideurs?.\u2026> I! se la rappelait bien, au contraire.bliait pas qu'il l\u2019avait surnommée Dominante, à cause de ses instincts despotiques.Mais eile n\u2019était jamiais parvenue à dominer son farouche petit cousin, qui, dès cette époque, se montrait fort incliné à rester son maître.\u201cC'est que vous étiez réeilement sauvage en\u2019 ce temps- 13, mon cher comte, et que vous l\u2019êtes bien resté un peu,\u2019 ajouta-t-elie avec un sourire qui corrigeait la rigueur des paroles, \u201cEn ce temps déjà vous saviez vous venger, êtes seul dans Paris à n\u2019y princesse, répliqua-t-il, et vous m'aviez présenté - à votre cercle d'amies sous le nom du Cosaque.\u2014 Vraiment, vous vous souvenez de ces enfantillages?® dit-elle d\u2019un air charmé.\u201cMais, avant d'aller plus loin, faites-moi donc savoir à quelle dignité nouvelle vous avez promu Fodor, votre chef de cuisine.Jadis, dans l\u2019heureux temps où vous étiez Russe par :e coeur et par la résidence, cet homme, comme la plupart de ses pareils, se serait pour un peu prosterné devant moi.Un jour, il m\u2019en souvient, il traversait la cour des cuisines en portant une de ces gelées tremblantes et merveilleusement architecturées dont nous avons emprunté le secret à votre nouvelle patrie française.Je vins à passer au même moment, quel caprice m'avait conduit 13, je l\u2019'ignore, mais peu importe! Grand embarras de Fodor, dont les deux mains occupées ne pouvaient soulever sa barrette.La gelée française faillit tomber dans le ruisseau.Qu'aurait dit Alexandra?Au milieu de mille qualités charmantes, elle ne se montrait pas précisément tendre pour ses gens.Enfin, pour en revenir à Fodor, je pense que l\u2019air libre de la France nouvelle l\u2019a par trop émancipé.\u2014Fodor est dans notre maison depuis plus d\u2019un quart de siècle,» répondit le comte, qui avait froncé les sourcils, et était devenu subitement pâle au nom d\u2019Alexandra.\u201cAu bout de vingt-cinq ans, dans ma famille, la domesticité ennoblit les domestiques.\u2014Oh! oh! vous avez précédé l'émancipation ?Qui aurait pu croire cela d'un Woronzoff ?\u2014C\u2019est une coutume du côté maternel.Ma mère était Hongroise, et cela se passait ainsi chez eux.\u2014Les magnats étaient de vrais suzerains.Quant à votre Dimitrï, votre majordome, vous en avez faït une sorte de maire du palais, et, qui pis est, un gardien incorruptible de votre inaccessible retraite.» Le comte sourit ironiquement et jeta un coup d\u2019oeil sur Bérangère, qui travaillait seule, absorbée en apparence, et sans se laisser distraire parla conversation.Non certes, la retraite n\u2019était pas Il n'ou- 3 LA REVUE POPULAIRE 51 inviolable.Que de temps perdu! pensait-il.Mais, après tout, autant \u2018cela qu'autre chose.\u201cEncore une tradition de l\u2019Austro-Hongrie > dit- il.\u201cToutes les fonctions réputées serviles en Russie deviennent des plus honorables chez nous quand elles sont rehaussées par la fidélité et le dévouement.Avez-vous lu les Niebelungen.par hasard?\u2014Non, mais je cross bien que je connais ce nom-là.\u2014Je vous dirai alors que.dans les Nzebelungen, le maître de cuisine, Rumoit, est un des principaux chefs militaites, et qu\u2019aux festins du couronnement impérial, les électeurs tenaient a honneur d'apporter le boisseau d\u2019avoine\u2026 \u2014Pour ie souverain\u201c Singulier régal! \u2014Non, pour la monture auguste du nouveau couronné, Si je vous dis cela, c'est afin de rehausser maître Fodor à vos yeux, et aussi pour montrer à Mlle de Ponirnore que je ne perds rien du travail quelle veut bien faire\u201d Bérangére tressaillit.Quels yeux de lynx il avait donc, cet étrange grand seigneur! Tout en causant, il pouvait suivre ce qu\u2019elle copiait au mouvement de sa plume.C'était bien là, aux Niebe- lungen, à Rumolt, qu'elle en était en effet.Mais alors, il avait peut-être pu suivre aussi quelque lignes sorties de sa plume malgré elle, soulagement à sa pensée pendant ces longues heures de pénihle contrainte.Elle rougit, et s\u2019en voulut de sa rougeur.Mais quelqu\u2019un lui en voulut peut-être bien plus encore.Cette femme, qui brillait là dans tout l'éclat de la toilette et du luxe, avait été obligée de convenir, en face d\u2019elle-méme, que la silencieuse jeune fille, vétue de noir, coiffée simplement de sa belle chevelure d\u2019un brun doré, et à laquelle personne n'aurait dû faire attention, -n'avait qu'à se montrer pour éclipser la princesse Olga.Pardonne-t-on ces aveux humiliants à celle qui en est la causer Nous nc savons, mais la séduisante princesse pinça les lèvres, et dit en fermant dédaigneusement les yeux pour ne plus les sentir offusqués part la beauté de sa rivale: \u201cTrès intéressant, en vérité J'ignorais cela, comte Serge.Avec un savant comme vous il y a toujours à apprendre.Mais ce n\u2019ést pourtant pas le désir de m'instruire qui m\u2019amène aujourd'hui.Vous pensez bien qu'il a fallu une cause grave pour m\u2019amener à descendre de voiture, en plein Paris, dans cette toilette de carnaval qui ne sied qu\u2019à la tribune de Longchamps.Du rose et de la dentelle blanche dans une visite du matin!\u2026 Voilà de quoi me perdre à tout jamais de réputation.Je voulais parler à Dimitri.Vous ne sauriez croire, en dépit de notre contestation du premier jour, avec quel plaisir j'ai revu ce fidèle serviteur.\u2014Mais si, je vous crois capable de tout, même de l'oubli des injures, \u2014Oh! c\u2019est vrai.Vous me rappelez que je n'ai jamais eu les bonnes grâces \u2018de ce page de la chambre.Mais que voulez-vous?tout au contraire du personnage de la chanson, qui répète en sol majeur : \u201cJ'aimerai qui m'aime,\u201d moi, je m\u2019attache à ceux qui ne m\u2019aiment pas.\u201d Ici, nouveau regard, nouvelle fleche décochée, 1 H i A IB H 4 3: HH 52 LA REVUF Mais perdus.en dépit de Thabileté de celle qui la lançait.M était vra.ment de fer, de bronze ou de granit, ce Woronzoff, dont rien ne parvenait à entamer la triple cuirasse.\u201cOui, dit-il froidement parce que vous espérez.sirène que vous êtes, en arr,ver à vous faire aimer d\u2019un rebelle.Alors le triomphe après la lutte.la victoire glorieuse, l'instinct dominateur satis- .fait.Oh! vous êtes bien toujours Dom'nante.\u2014Vouloir n'est pas pouvoir, murmura-t-elle en baissant les yeux.\u201cMais pour en revenir à Dimitri, car je m'\u2019écarte sans cesse de la question \u2014 J'aime cette nature farouche, exclusive, passionnée dans son dévouement pour vous.j'aime surtout ses chinchillas.H les a toujours, n'est-ce pas?\u2014Je le crois bien.Cest la seule joie de sa vie.\u2014Les jolies petites bites! J'en raffoia.Pensez- vous qu'il voudrait mc les céder?\u2014Je suis parfaitement sûr du contraire, et d\u2019ailleurs, qu\u2019en feriez-vous?Dans votre enfance, vous laissiez mourir d\u2019inanition toutes vos bêtes favorites.J'imagine que vous n'avez pas changé.\u2014Oh! vous vous rappelez Nadèje.ma pauvre petite perdrix.\u2014Celle-là et tant d'autres: un griffon écossais, une tortue, un paon, des tourterelles, etc, etc.\u2014L\u2019arche de Noé) dit-elle en éclatant de rire.«Mais rassurez vous, \u2018es chinchillas n\u2019auraient pas le temps de mourir de faim.Dès ce soir :ls seraient portés au Manieau royal, rue du Faubourg Saint-Honoré.\u2014Et qu\u2019en ferait-on là?: \u2014Un manchon,\u201d dit-elle avec le plus grand sang-froid.\u201cOn m'assure que.vu les diminutions exiguës de la mode actuelle, il y aurait de quoi.\u2014Quelle horreur! Perdez-vous l'esprit?\u2014Pas encore, je le perdrai, bien sûr, si je n\u2019en arrive pas à mes fins.\u2014Je vous-engage à ne pas vous ouvrir à Dimitri de ce projet insense It appellerait sur vous toutes les vengeances du Ciel et le courroux de ses saintes images.Et puis, pour votre honneur.ne parlez à personne de cette féroce extravagance.\u2014Je ne vois pas ce qu\u2019il y a de plus cruel à porter du chinchilla que de la martre zibeline.Toutes ces bêtes ont été créées, j'imagine.pour finir en manchons ou en boas.\u2014Je ne discuterai pas cette question avec vous.Je vous engage seulement à, calmer vos désirs au sujet de Newsky et du Newska, Un de mes amis, qui est un peu aussi lc vêtre, le prince Vagarine, voulant avant de quitter Paris laisser un souvenir de son passage au Jardin d'acclimatation, avait offert à Dimitri une somme considérable de son couple de chinchillas.Danitri a répondu qu\u2019il ne les donnerait pas pour tous les trésors du monde.\u2014Ainsi/ ce phén'x des serviteurs vous a refusé quelque chose! Voilà ce que je n'admettrais pas si vous ne me l'assuriez de votre propre bouche.\u2014Ce n\u2019est pas à moi qu'il a dit non.mais au prince Vagarine.\u2014Et si vous étiez intervenu?\u2014Jl aurait cédé, Je n'en doute nas.\u2014Ah! prenez garde, comte S.> * murmura-t- elle avec un air de coquetierie muiine qui aurait ébranlé une tête moins solide que celle de son cousin.\u201cVoilà une parole imprudente.C\u2019est à POPUI AIRE - , Mars 1926 vous que je vais livrer assaut.Ma's.dites-moi.dans le cas où j'échousrais auprès de Votre Excellence, vers quels parages pourrais-je me procurer des chinch.llas vivants?: \u2014C'est done une idee fixe?\u2014Tout ce quil y a de plus fixe.| \u2014Je vous avertis quils perchent très haut.à trois ou quatre milie mètres sur le versant oc:- dental des Andes.\u2014Où prenez-vous cela, les Andes?J'ai quelque idée vague qu'il sagt ae l'Amérique.raus si vague que je ne saurais me mettre en route sur de pareilles données.\u2014Connaissez-vous le Férou.le Chili?\u2014Parfaitement \u2014du moins très imparfaitement \u2014mais je puis me les :eprésenter sur la carte.\u2014Eh bien.c\u2019est là.\u2014 Merci, mon cousin, si vous ne me revoyez pas d'ici a quinze jours, c'est que je serai partie pour le versant orientai des Andes.\u2014Occidental, occidental! \u2014Ah! mon Dieu! qu'allais-je faire?Prendre à rebours ces diables de montagnes! Vous devriez m'écrire cela sur un morceau de pap'er.Mais, dites-moi, êtes-vous auss) bien renseigné sur toutes les bêtes de la création?\u2014A peu prés.Qu'y a-t-i! encore pour votre service?\u2014Oh! rien en ce genre.Seulement.je me rappelle que vous aviez une mémoire terrible.Vous appreniez comme en vous jouant, tandis que moi, je n'ai jamais pu rien introduire là.\u201d Et elle frappa du bout du doigt sur son front lisse, en prenant bien garde de ne pas déranger les ondes savamment capricieuses qui le couvraient à demi.\u201cJ'étais déjà un grand garçon au latin et au grec, quand vous n\u2019étiez encore qu\u2019une petite fille jouant à la poupée.\u2014C'\u2019est vrai, à cet âge.huit ou dix ans\u2014je ne sais plus trop au juste \u2014cela fait une différence sensib'e qui se rapproche plus tard.\u2014Cinq ans, ma chère cousine, je vous l'ai déjà rappelé, il me semble.\u2014Quel homm- terrible!» s'écria la princesse en riant \u201cHeureusement que je me trouve encore assez jeune pour ne pas fenir d\u2019une façon absolue à lui cacher mon âge.Règle générale: fiez-vous à vos parents et à vos amis pour vous remettre dans la bonne voie, s: vous tentiez de vous égarer sur la question de certains chiffres.Allons, adieu.ou,plutôt au revoir, à mon retour des Andes, Sans rancune jusque-là) \u201cTête folle!» pensa le comte, qui avait été la reconduire jusqu'à la voiture.\u201cVoilà pourtant ce que le monde appelie une femme charmante ! Mo:-même,.autrefois.autrefois! N'y a-t-il pas cent ans de cela?» XIV Le comte tint parole.Minos arriva un beau matin, conduit par Dim: auprès de sa nouvelle maîtresse.Mais il ne vint pas sans bagages.Une sorte de voiture de chasse, qui sarrêta à la grille rouillée du vieux logis.contenait.cutre le chien et le conducteur, une grande niche de chêne en forme de ont 2 Il = Mars 1926 s chalet, dont la vue fit battre des mains à la petite Stanie.\u201cOh! la jolie maison!> s\u2019écriait-elle.\u201cRegardez donc, ma soeur! Voudrez-vous la faire porter dans ma chambrer» Bérangère eut grand\u2019peine à faire comprendre à l'enfant que Minos, tout est/:mable qu\u2019il était.sans doute, serait d'un vo.sinage immédiat fort incommode.Le chalet rustique avait sa place toute marquée dans la cour, sous l'abri du vieux sureau, dont les ombelles, d\u2019un blanc mousseux.étoilaient maintenant le sombre feuillage.Stanie se rés.gna, mais ce ne fut pas sans peine.Elle avait attendu avec tant d\u2019impatience ce brave camarade annoncé! Pendant bien des jours, les rares passants de cette rue déserte avaient pu voir son petit capulet 1cuge briller comme un coquelicot entre les lianes verdoyantes des volubilis, des capucines ct des pois de senteur, qui encadraient gracieusement la haute fenêtre.\u201cVous verrez qu\u2019il ne viendra pas, ma soeur» disait elle chaque soir avec découragement.\u201cC'est une plaisanterie qu\u2019a fai® ce grand monsieur> Mais Bérangère savait bien que le grand monsieur n'était pas homme à piaisanter.Aussi quelle figure joyeuse montrait maintenant la petite Stanie! Mais quoi! Encore autre chose après Minos ! Quelque chose de bien p'us grand, de bien plus lourd, entouré de toiles cirées retenues par des cordes, quelque chose que Dimitri, aidé du père Sapin, descend avec de grandes précautions.Serait-ce par hasard une seconde habitation pour maître- M.nos?Ce chien aristocratique, si fier sous son collier d'argent ciselé, aurait-il, comme un grand seigneur, maison de ville et de campagne?C\u2019est une maison roulante, en tout cas.Voilà de jolies roues bleu foncé que Stanie découvre, et, à mesure que tombent le paper d'emballage et la toile cirée, une petite calèche d'enfant, précisément ce .qu'il faut pour la taille de Stanie, apparaît aux regards charmés de l'heureuse petite malade.\u201cLe chien est hab tué à traîner cette voiture.mademoiselle\u201d dit Dimitri à Bérangère stupéfaite.\u201cElle fait partie de son mobilier.Vous ouvez sans cra.nte y mettre une enfant de dix douze ans.Il tirera aussi bien qu\u2019un attelage de poneys.» Le harnachement est une merveille d'exécution.Toutes les parties métal!iques sont en argent.La calèche porte le nom du plus grand carrossier de Paris.Dimitri insiste pour qu\u2019une répétition ait lieu en sa présence.Il veut montrer au père Sapin comment il doit s\u2019y prendre pour atteler, et le père Sap'n rit dans ses grandes moustaches, car un ex-maréchal des logis du 6e dragons ne peut être embarrassé avec rien de ce qui porte le harnais.Une fois le brave Minos installé entre ces Ilé- gers brancards, on descend la fillette, on l\u2019étend sur les coussins de soie bleue, et Dimitri, armé d\u2019une petite cravache, dont il ne se sert que par contenance, dirige l'attelage tout le long de la cour.- \u201cAllons mon pigeon,\u201d dit-il, \u201cmon joli ramier, un petit temps de galop:\u201d LA REVUE POPULAIRE 53 » Minos a l'allure la plus douce, la plus aimable, un vrai cheval de malace.Jamais une secousse.Mais aussi la caléche est si b.en suspendue! Ce qui étonne Mllz de Pontmore, c'est qu'une pareille voiture, précisénent ce qu'il faut a Sta- nie, se trouve comme par miracle dans le mobilier de Minos.\u201cSurtout,\u201d a dit le fidèle Dimitri, \u201cne parlez pas de cela à Son Excellence.I! voulait être débarrassé de tout ce qui avait appartenu à Minos, alors j'ai préféré réunir ses bagages ici.Un pur hasard s\u2019il se trouve dans le nombre une voiture qui puisse faire votre affaire» ( Mais faut-il compter aussi dans le mobilier de Minos cette grande caisse de bois blanc qui porte sur son couvercle le nom d\u2019un des grands éditeurs de Paris?: Minos, alors, serait un chien savant, car la caisse contient une soixantaine de volumes splendidement illustrés, de la collection Hetzel, et elle porte pour adresse: A Mademoiselle Sianie.de Pontmore.Stanie est ivre de joie.Les couleurs de la santé montent pour un instant a ss joues pales.Béran- gère est rêveuse.Elle ne comprend rien à ce qui se passe.Depuis l'ouverture de la caisse de livres, elle ne croit plus au hasard de la jolie calèche bleue et du mobilier de Minos.D'ailleurs, cette voiture n\u2019a jamais servi.Personne encore ne s\u2019est assis sur ces moelleux coussins où la petite malade se sent si à l'aise.Tout est mystère.Qui donc avait donné au comte Woronzoff l\u2019adresse de Mlle de Pontmore?Qui donc lui avait appris qu\u2019elle av it auprès d'elle une soeur infirme une enfant de dix ans, dont les livres, la voiture et l\u2019attelage devaient faire le bonheur?Ce n'est pas le docteur, à coûp sûr.Il avait exprimé à plusieurs reprises devant Bé- rangère l\u2019étonnement que lui causait l'originalité du comte.¢ \u201cMon noble client ne veut rien savoir de vous,\u201d lui avait-il dit.\u201cIl lui suffit que son secrétaire réalise son idéal la plume à la main.Tout le reste lui importe peu> Ceci avait été dit, en effet, avec cette hautaine insouciance qu\u2019apportait le comte dans la plupart de ses jugements et de ses appréciations.Et cependant, si le decteur avait eu la clef d\u2019un tiroir secret du bureau Louis XVI, où le comte enfermait quelques papiers précieux, il aurait pu lire sur une sorte d\u2019agenda les lignes suivantes: \u201cJe m'étonne chaque matin quand je vois entrer chez moi cet être 1nystérieux et charmant.Je ne sais rien d'elle, et je n\u2019en veux rien savoir.Je ne veux pas qu\u2019elle soit touchée à mes yeux par aucune des vulgarités de la vie.Je ne lui parle pas.Rien d'elle à moi, si ce n\u2019est ce qui concerne son travail.Je la regarde aller et venir, tailler une plume, prendre un livre, un dictionnaire, relever un rideau de la fenêtre, approcher la lampe.Chacun de ses mouvements est une harmonie.Le contraire de l'autre, bruyante en paroles, en actions, allures brusques, démarche déterminée, tours de tête arrogants.Et j'ai pu appeler cela la grâce!» 34 LA REVUE POPULAIRE XV I fallait remercier, pourtant, maïs comment s\u2019y prendre.D'ordimaire \u2018a reconnaissance semblait à Bérangère le plus doux.le plus facile des devoirs.Le merci qui se trouvait au fond de son coeur montait tout naturellement à ses lèvres.Ah! que ne s\u2019agissait-il du docteur Ro'and! Mais lui, ce maître impérieux, qui obligeait en se cachant, sans avoir l\u2019air de se soucier de vous, tout était difficile.La route, ce matin-ià, ne parut pas assez longue à Bérangère.Elie composa et recomposa une vingtaine de petits discours, imagina les brèves réponses qui leur seraient faites; mais, quand elle franchit le perron entre deux haies de fleurs parfumées, elle avait déjà tout oublié, et ce fut en se fiant à l\u2019inspiratiôn du moment qu'elle entra dans le cabinet de travail.Le comte écrivait, li salua presque sans se déranger, et leva les yeux vers la pendule de Boule placée sur un support de porphyre.Pour la première fois, le secrétaire était en retard de dix minutes.C'était un fâcheux prélude.Néanmoins la jeune fille, par un grand effort de courage, balbutia quelques mots qui finissaient ainsi: \u201cComment vous expiimer ma reconnaissance, monsieur le comte?\u2014En ne m'en parlant pas, mademoiselle.Parmi toutes les choses qui ire sont odieuses, les remer- ciments viennent en première ligne.Vous êtes jeune, vous* cette façon de penser vous paraît cynique, mais quand vous aurez vécu quelques années de plus, en apprenant à connaître le monde, vous apprendrez aussi à connaître l\u2019ingratitude.> Les larmes jaillirent des yeux de Bérangère.\u201cOh! je ne parle pas pour vous,\u201d reprit-il d'un ton moitié sérieux, moitie ironique.\u201cVous êtes l'exception, ne le savez-vous .pas?» Bérangere sentit son coeur se \u2018serrer douloureusement.Ce n\u2019était pas l\u2019amour-propre qui souffrait en elle, mais la compassion qui séveillait poignante, Que de cruelles déceptions cet homme avait dû éprouver pour ne plus croire à rien! Quel vide dans ce coeur resté bon pourtant! Le silence se fit.Bérangère garda les yeux attachés sur son papier blanc.attendant les instructions du comte.Mais il ne songeait guère au travail, et la jeune fille se sentait de plus en plus embarrassée de sa présence, qu\u2019elle croyait importune, lorsque la princesse Olga entra fraîche et souriante comme une fleur de printemps.Il se dérida aussitôt.Ses manières, son langage prirent le ton aisé, v.f et animé de sa beile interlocutrice.Décidément, elle savait le charmer.\u201cRassurez-vous,\u201d dit-elle, \u201cj'ai renoncé aux chinchillas.Dimitri peut dormir tranquille.Je n\u2019en aurais eu réellement besoin que pour l'hiver prochain, et d'ici là, il me viendra bien une nouvelle fantaisie.\u2014Je n'en doute pas.Ei qu\u2019avez-vous fait ces derniers joursr \u2014Oh! tant de choses plus fatigantes les unes que les autres! I] faut une santé de fer pour résister à cette vie parisienne.\u2018 Mars 1926 \u2014Le \u2018Ciel vous a bien douée sous ce rapport comme sous tous les autres\u201d dit-il presque galamment.\u201cVous êtes d'une fraîcheur éblousssante.\u2014Ne m'en parlez pas.J'ai une santé de campagnarde.C\u2019est honteux! Vous douterièz-vous que j'ai dansé toute la nuit comme une pensionnaire?\u2014Non certes.\u2014C'est ce que m'a dit la comtesse Batowska que j'ai rencontrée tout à l'heure chez le pâtissier anglais.Vous savez qu'elle n'est pas complimenteuse.Eh bien, en me voyant\u2014mon voie relevé, pourtant,\u2014car je mangeais un ,petit pâté aux huîtres, elle na pu gempêcher de s\u2019écrier \u201cVraiment, chère belle, vous êtes blanche.et rose comme si vous sortiez-d\u2019'un bain de lait!\u201d Avouez qu'il y a quelque mérit: à cet aveu quand on a soi-même le teint couleur citron.\u2014La force de la vérité.Mais où donc avez-vous dansé ainsi?.\u2014Chez ia baronne de Tussac.Je gage que vous n'avez seulement pas regardé votre invitation.Elle.m\u2019a exprimé les regrets les plus aimables de n\u2019avoir pas \u201cmon cherecousin® a cette fête digne des Mille et une Nats.Vous savez que l'hôtel est splendide: un vrai musée.avec ses tableaux, ses.statuettes, ses émaux cloisonnés.ses bronzes et ses glaces, dont les cadres sont des merveiiles de sculpture.\u2014Que d'occasions pour vous admirer! Gageons que vous n\u2019en avez pas perdu une.» La princesse rougit légèrement.Cette remarque venait à point.fout en parlant.elle regardait de temps à autre dans la grande glace de Venise faisant face à la purte vitrée qui s\u2019ouvrait sur le jardin, et le comte avait surpris un ou plusieurs de ces regards.\u201cVous êtes insupportable\u201d dit-elle.\u201cEst-ce ma faute si \u2018mes yeux ont rencontré cet éternel tentateur?\u2014Et si vous avez été à lui comme l\u2019alouettc au miroir?.\u2014Non, mais j'ai voulss me rendre compte de l'effet que pouvait produire une guirlande des champs dans cette glace habituée à ne refléter.\u2014Que ma figure réharbative, n\u2019est-ce pas?\u2014Vous mériteriez bien que je dise Amen.Mais la force de la vérité comme vous disiez tout 2 l'heure.Enfin, s'il n'était pas ridicule à une femme d'assurer à un homme qu\u2019il est beau.très beau même.je vous dirais, comte Serge.\u201d [ci elle s'arrêta.\u201cNon, même à un cousin il ne \"aut pas laisser voir tout ce que l\u2019on pense Revcnons-en donc à la fête d'hier.|! y avait des costumes ravissants, \u2014car vous n'ignorez pas qu'il s'agit d'un bal costumé \u201d Le comte s\u2019inclina gravement.\u201cNotre ambassadr.ce était splendide en Egyp- tienne; la baronne de Waliensbach portait on ne peut mieux le peplum des dames romaines : sa fille, qu: a d'x-sept ans à peine, faisait une ravissante abeille.Elle :st svelte, aér:enne.une taille de guépe, le physique de l'emploi, enfin sa cousine Bettina de Gastein, était délicieuse en Arle- quine bianche.\u2014Mais vous?\u2014Oh! moi,» dit-elle d\u2019un air modeste, \u201ccela ne , Mars 1926 vaut pas la peine d\u2019en parler, bien qu\u2019on m'\u2019ait trouvée en général assez réussie, \u2014Mais enfin?\u2014Eh bien, si vous tenez absolument à le savoir, j'étais en pap.llon rose.Ce qui m'avait décidée, c\u2019éta.ent les sp.endides rubis balai que le pauvre prince Schersky m'avait offerts l\u2019année même de sa mort, et dont mon costume a tiré, pour les ailes, un part, merveilleux.\u201d Le comte réprima un sourire.Cet hommage au défunt lui semblait queique peu singulier.La princesse ne s\u2019en aperçut pas, et continua avec la verve qu\u2019elle mettait à ces sortes de choses.\u2018 A partir de ce moment il ne répondit plus que par monosyllabes ou pa\u201d interjections impatientes aux railleries et aux aménités de sa charmante cousine.Elle finit par s'en apercevoir, et, se levant lan- gu.ssamment, mais le sourire aux lèvres: \u201cIl est évident que ma gaieté vous fatigue, cher comte.\u2014Moi?pas le moins du monde.Vous vous en allez parcæ que vous le voulez bien.\u2018 \u2014Je le veux! Est-ce qu\u2019on peut vouloir ici quelque chose de sen plein gré?Je comptais me reposer au mo.ns jusqu\u2019à demain, et puis j'ai eu la faiblesse de prendre rendez-vous à quatre heures au Skating-Palace avec Mme de Montmayeux.C\u2019est très-amusant, ce patinage.Cela me rappelle en petit nos fêtes sur la Néva.De quelle force vous étiez! Vous souvenez-vous d\u2019avoir écrit mon nom avec le tranchant du patin, tout en décrivant vos courbes de haute école ?C'était plus lisible que votre écriture ordinaire.Mais vous me laissez debout, comte.Je suis horriblement fatiguée, pourtant.-\u2014Vous aviez annoncé votre départ.J'attendais votre bon plaisir.\u2014Avec résignation, ou plutôt avec impatience.Mon cher comte, vous avez l\u2019air d\u2019un crin, comme disent nos amis les Français dans leur langage de tous les jours.Ou plutôt, vous me faites [effet d'avoir ies nerfs, \u2014 mais les hommes ont-ils des nerfsP-tendus comme des cordes à violon.\u201cPeut-être bien?dit-if \"En tout cas, je vais vous mettre à votre voiture.\u201d Il alla\u2019 jusque vers la perte, puis, revenant sur ss pas: \u201cVeui\"'ez, en mon absence, mademoiselle» dit- il à Bérangère.\u201crelever tous les noms russes du dix sept'éme siècle qui se trouvent dans le dic tionnaire dont je vous ai parlé.» Bérangère était seule.Elle pouvait attendre des heures et des heures encore.L'absence du comte, se prolongeant, il était évident qu\u2019il s'était laissé tenter par ies perspectives séduisantes du patinage à la roulette.Elle avait faim.et pressentait surtout qu'elle rentrerait fort tard chez elie; elle tira donc de sa poche un petit pain dun sou, et commenca le plus discrètement du monde son repas d\u2019anachorète.Mais, quelque précaution qu\u2019elle prît, il tomba sur lé tapis de couleur sombre quelques miettes, très visibles, par conséquent # LA REVUE POPULAIRE 55 Elle se baissait pour les ramasser, lorsque la portière se souleva et le comte Sergé entra sans bruit Avait-il vu quelque chose?Qu'\u2019avait-il pensé pendant qu'elle se relevait toute confuse, laissant à terre les traces innocentes du délit?Bérangère ne pouvait rien conjecturer.D'abord, parce qu\u2019elle n\u2019osa pas le regarder, occupée qu\u2019elle était à faire disparaître le reste de son petit pain dans sa poche, ensuite, parce que la physionomie du maître n\u2019avait jamais été plus impénétrable, plus impassible qu'à cette heure.a Ce qu'il y a de certain, c'est que le lendemain, vers trois heures, la porte s\u2019ouvrit à deux battants,\u2014une porte à gauche, que Bérangère n\u2019avait jamais vue s\u2019ouviir\u2014et Dimitri, en tenue de maître d'hôtel, la serviette sur le bras, prononça à haute voix la formule sacramentelle: \u201cSon Excellence est servie.» \u201cPardon pour ce sauvage, mademoiselle\u201d dit le comte, qui se leva et s'avança vers la jeune fille interdite.\u201cCela signifie en bon français que vous êtes attendue dans la salle à manger, où j'aurai l'honneur de vous accompagner.\u201d Bérangère éait fort troublée.Que devait-elle faire?Obéir, sans doute.Elle s\u2019y résigna par l\u2019impossibilité de trouver ure réponse convenable qui aurait signifié non.' D'ailleurs le comte ne paraissait pas douter de son consentement.Sans lui offrir le bras, il marchait devant elle avec le respect d\u2019un chambellan qui trouve le moyen d\u2019être humble tout en passant le premier.; Humble! lui! le comte Woronzoff! Ces mots faisaient un singulier effet sur l'esprit de Béran- gère par leur assemblage.Et cependant tout cela était vrai.C\u2019est humblement qu\u2019il: sarrêta au milieu de la salle pour lui désigner sa place, humblement encore qu\u2019il atiendit qu\u2019elle fût assise sur la chaise à dossier sculpté, élevée comme un trône.Puis, changeant subitement \u2018d'attitude, il dit d'un air souriant: \u201cUne histoire racontée par la princesse Olga, m\u2019a remis eu mémoire les habitudes parsiennes, avec lesquelles j'ai rompu depuis quelque temps.Pardonnez-moi, mademoiselle, de les avoir oubliées jusqu\u2019à c jour.be ne suis pas Parisienne,» répondit Béran- gère.\u201cOn le devient vite.Regardez ma cousine OLga.Se douterait-on jamais qu\u2019elle est née à quatre cents lieues d\u2019ici, sujette du czar de toutes les Russies?» , Puis il salua respectueusement, et disparut par une porte opposée à celle qui leur avait livré passage.Bérangère resta seule avec Dimitri, mais il se multipliait de telle sorte pour la servir, qu\u2019elle aurait pu croire qu\u2019il y avait autour de la table une douzaine de serviteurs invisibles, versant à boire, avançant un plat, eu présentant un autre, faisant apparaître tous les fruits de la saison, avec des gelées rares, des compotes recherchées, \u201cdont la jeune fille ne savait pas même le nom.\u201cDu caviar) avait-il murmuré au commencement du repas., Bérangère ne fut guère tentée par ce noir mélange qui lui rappelait les descriptions du brouet i 1 Hi i 3 i 4 4 H i i: 8 i a spartiate; mais il y avait tant denthousiasme dans le ton concentré avec lequel Dimitri 4vait prononcé « mot unique.\u201cDu caviar,\u201d une expression de désir si véhéiment dans ses petits yeux verts \u2014un vrai visage de Kalmouck, ce brave Di- mitri\u2014qu\u2019eile s\u2019en laissa mettre une cuilierée sur son assiette.L'assiette était en porcœlaine de Sèvres la plus fine; un semis de boutons de roses en décorait la pâte d\u2019un bianc de ncige.La cuiller était d'or.Tout cela n'empêcha pas que le mets favori des Russes ne fût trouvé détestab'e par le palais délicat de Bérangère.Elle ne se permit cependant pas une gr.mace en avalant la composition exotique, mais ele répondit résoliment: \u201cNon, merci,\u201d à l\u2019encore encourageant que murmurait le majordome.Du reste, tout en margeant à peine, elle était assez occupée de défendre son assiette contre les envahissemeits projetés par Dimitri.Elle aurait préféré pouvoir regarder en paix l'aimirab'e decoration de cette belle salle en rotonde, avançant en saillie sur le perrox du jardin, comme une sorte de pavillon, et éclairée par une coupox vitrée qui formait le plafond.C'était un jour doux et voilé qui tonbait d'en haut à travers des vitraux de riches cou'eurs.|! suffisait cependant à éclairer comme il le fallait deux grands panneaux couverts de peiuntures, qui formaient les deux pans principaux de la moitié de la rotonde.Ces deux panneaux décoratifs, signés d'un nom illustre parmi les pe.ntres de paysage contemporains, avaient été payés cinquante mille francs, assura Dimitri.Le second panneau était plus frappant, plus vivant encore peut-être et Bérangère le r ga-da avec une telle attent.on, que Dim:tri, flatté comme s\u2019il s'agissait d'une oeuvre de ses mans.s\u2019avança pour lui servir de cicerone.\u201cRussie,\u201d murmura-t-if d'une voix émue.Ce n\u2019était pas la froide Russie, toute frisson, nante sous les glaces de son rude hiver.mais un paysage suave et doux.imprégné d\u2019un parfum de poésie mélancolique.L'automne était venu, jaunissant le feuillage des bouleaux aux reflets d'argent, et peuplant le ciel pâle de nuages ardoisés; mais les sapins du Nord accentuaient de leur sombre verdur» ta silhouette des petites collnes d'alentour, !a rosée brillait au soleil levant sur les bruyères pournres, et, dans le.lointain vaporeux- une brume légère semblait prête à se fondre sous les rayons vainqueurs.\u201cOh! la Russie!®.répéta Bérangère Elle ne connaissait pas la clémence des étés septentrionaux, et ne croyaii, comme tant d'autres.qu\u2019à une Russie emprisonnée dans ses glac2s, ensevelie sous la neige.et gre'ottant de froid sous son pâle soleil.\u201c(est beau,\u201d continua Dimitri de sa voix qui ressemblait à un murmure.\u201cencore plus que cela.Il n'avait que douze ans.voyez-vous, quand ici\u201d et il posait l\u2019index sur un arbre isolé au bord d'un petit sentier tournant, \u201cson fusil lui partt entre les mains et Jui enleva presque la moitié d'un doigt.\u2014Qui donc?» demanda la jeune file.\u201cDe qui me parlez-vous?56 LA REVUE POPULAIRE Mars 1926 \u2014Eh! du petit père.sans doute.de Son Excellence, je veux dire.J sir Vus la chasse, et Je ne le quittais pus p.us qu\u2019 \u2018on ombre, car cétait la première fos qu'il avat un fusl dhomme un vrai fusi! Une mprudiuce.quoi! Et je tremblais,\u2014d autant plus que c'était un 13, mauvais jour pour «es chasssu.s!\u2014Ly fus | se prit en passant dans les branches du ce maudit sap n, qui vit encore.Il partt tout seu!! Pif! pat! Et le doist de mon jeune maître fut presque séparé en deux.\u201cVuis-toi,\u201d me di:-1 fro dem.nt comme je me précip.tais en avant pour aller à son secours.\u201cCe n\u2019est rien.Je te déf-nds den parler à personne.\u201d Je me scras fait hache: p'utôt que de lui désobé.r.Je l\u2019adai à envrloprer sa pauvre main dans son mouchoir.doit je fis des bandes et des compresses, et cla aia \u2018ns\u2019 pendant deux heures que dura la chasse.Mais en arrivant à la ma son pour dîner.il tomba ésunou tout raide.On fut chercher k pope qui cis un peu médec n, pendant qu\u2019un exprès purtait pour la vile.\u2014\u2014Et pourquoi donc avor gardé \u2018e silence ?» demanda Bérangère.\u201cCot acte d héroisme était bien \u2018nutile.\u2014Parce que le comte M chel, son père, avait dit en \u2018u: rem: ttant le fir:ii qu: mon jeune mai- tre sellicitait depui lanes précédente: \u201cSi tu te comportes mr:° avec lui, je te le retire à tout jamas.\u201cEt puis.il y avait là la princesse O'gn, qui riait avec de grands joun:: g ns, et sembla t le considérer comm: un enf:in*.Quai vous dire.enfin?Je n'ai jamais connu un pet t lion comme celui 1a.À quinze ans.sen père étant mort, .! allait, bre de ses actions chasser l'ours bien au loin.Quant aux loups.qui ne manquent pas dans notre d'strict.j nen faa quunm omusstte.À présent\u201d soupra Dimiir.\u201ccn est fait de \u2018a chasse aux loups ou aux ours du cheval et de tout ce qui l'amusait l' set mis dans \u2018es | vres.Mais je crois bn\u201d ajeu\u2018a D'im'tri en Fochant la tête, \u201cque ce n'est p:s à es livres qu] pense.\u2014A quo doncr\u201d s mb'a lui d'm-nder \u2018e regard de Bérangère, b'en an a quest'on ne se formulât pas sur les lèvres de \u2018a jeun fi'le.\u201c}e savais b'en.\u201d reprit-l \u201cque tout ce qui se fait lc 13 décemb \u20ac ne porvat au- mal tourner.Et un vendredi.encore! c+s-à-dire \u2018e jour le plus dang-reux de \u2018a semane la nus dngoreuse du mois \u2019e p'us dangoreux d l'annéz.C'éta t vraiment tenter D'en! ]- l'avais dt au pope à Son Excellence lui même lis nont fat que se moquer de moi.\u2014Ah! l'accident de chass- est arrivé le 13 décembre?\u2014Non.non.je parie de l'auire qui a été bien pis, et dont il ne se \u201clivera i>*ma's sans doute.Son doigt blessé \u2018e 15 coptembr ect gnér de.pu's longtemps Son cour b'escé le 13 déc mbre ne guérira lui, que qund il n° battra plus» Dimitr dans sa sup ret tion.redouta\u2019't te 'em-nt \u201cce jour néfast .qu\u2019un: fus por an le 13 décembre.il garda\u2019t le \u2018it vingt-quatre heu-es de suite, sans autre raison que ss craintes ch'mér ques.Rien n'aurait pu le fare leur si ce n\u201cst un ordre exprès de son maître.Ft le comte S-rge aimait t-on son dévoré svrv't ur vour lui .mposer une torture de v'ngt quatre heures, \u2019 Mars 1926 \u201cQue crains-tu donc?jui demanda-t-il un jour.\u201cJe crains tout\u201d révondit Dimitr\u2026 Et cependant il était brave jusqu\u2019à l\u2019audace.\u201cOui, le 13 décembre, l'olseau qui p'ane au-dessus de notre tête doit nécessairement laisser tomber dans vos yeux la fiente qui aveugla Tobie; le toit de la maison seigneuriale s'écroulera sous la neige ou seffondrera sous l'action d'un feu subit; ie couteau de cu.sine se retournera de lui-même dans la main du cuisinier pour lui faire une cruelle blessure; le chien deviendra enragé, et la jument favorite prendra le mors aux dents.i \u2014Mais rien de tout cels ne t'est jamais arrivé\u201d abjectait le comte Serge.\u201cCela peut venir\u201d répondait Dimitri en hochant la tête.XVI Bérangère était loin de se douter que son nom était venu sur les lèvres de la belle princesse Olga, le jour où le comte Woronzoff avait reconduit sa cous ne jusqu'à sa voiture, \u201cPeut-être! avait il dit lorsqu'elle lui avait demandé de l'accompagner jusqu'au skating-rnk.Mais, au dernier moment, il n\u2019avait pu se décider, et son hésitation avait été si vis.ble, qu'O.- ga.plus fro\u2018ssée qu\u2019elle ne voulait le laisser voi\u201d.lui d.t sur le ton de la plaisanterie?\u201cVous êtes pressé de retourner aux Niebelun- gen.Ne vous gênez pas, comte.\u2014Je vous demande, en effet de reprendre mon travail.\u2014ll est donc bien intéressant?\u2014Plus intéressant que vous ne sauriez l\u2019imaginer.\u2014Oh! vous êtes un dilettante en toutes choses.Chez vous la science perd de son austér té par la présence continuelle de çe jeune secrétaire.Vous avez toujours aimé la beauté.mon cousin, au point de vue esthétique.s'entend.( \u2014J'ai regardé aujourd\u2019hui pour la première fois la personne dont vous parlez\u201d dit-il d\u2019un ton d\u2019indifférence hautaine.\u201cEt comment l'avez-vous trouvée?\u2014Charmante, ne voussen déplaise.Quand je dis charmante je n\u2019ai vu que son front.Un beau front! C\u2019est là ma beauté de prédilection.Mieux que les yeux et leur regard, mieux que la bouche et son sour.re, le front me renseigne sur la personne que je veux soumettre à un examen attentif.C'est là que vient la lumière, qu'éclate la pensée, que siége la vériré.Sur le front dont je vous parle, doré, comime les marbres de Paros, par les chauds rayons du so'eil méridional, jai vu l\u2019âÂme belle, pure, transparente, cherchant à se voiler sans pouvoir y parvenir.\u2014Oh! mon Dieu! que de choses sous un front!\u201d dit la princesse O'ga.tout en passant complaisamment le bout du do gt sur le sien.1l était lisse et blanc; elle le savait, la coquette.Deux sourcils déliés, dont l\u2019arc semb'ait tracé \u2018par le plus fin pinceau, en faisaient ressortir la b'an- cheur, Quand à l\u2019étroitesse des tempes, elle était ilement d'ssimu'ée par de petites boucles foi- les qui ava\u2019ent l'air de voltiger çà et là au gré de leur fantaisie.LA REVUE POPULAIRE 57 \u201cLe front,» reprit-il comme s\u2019il se parlait à lui- même, \u201cc\u2019est là que l'âme met sa meilleure, sa plus sûre empreinte.J'ai connu des fronts de vieillards qui resp.raient la jeunesse et la sérénité sous leur courorine de cheveux blancs.J'ai connu des fronts de dix-huit ans qui cachaient sous leurs bandeaux noirs ou blon«s la vieillesse anticipée, le tésenchantement, les mécomptes précoces.Printemps flétri dès sa première heure, fleurs sans épanouissement! \u2014Avez-vous toujours été dans ces principes ?» demanda un peu ironiquement la belle princesse.\u201cNon,\u201d répondit-il brièvement.Pu:s il murmura avec un sourire amer: Nell\u2019 onda suïca, nell\u2019 arena semina, Quel che pone aperanza in cor di femmina, I] sème dans le sable, il laboure dans l\u2019onde, Celui qui de l'espoir sur la femme se fonde.SANNAZAR.\u201cAh! mon Dieu! s'écria-t-elle avec un geste de découragement, \u201callez-vous me parler latin, et est- ce avec votre secrétaire \u201cau front de marbre de Paros?que vous avez pris cette odieuse coutume?\u2014Ce n'est pas du latin, mais de I'italien, princesse.Je m\u2019étonne que votre oreille musicale n\u2019ait pas reconnu le langage de Rome._ \u2014Je m\u2019en, gerderais bien.Sauf le français, que j'adore, parce que cst la langue qui se parle à Paris, je déteste tous 'es idiomes étrangers.Enfin voulez-vous venir en aide 4 mon ignorance et me traduire votre italien?\u2014Non,» dit-il en secouant la tête.\u201cToutes vé- r.tés ne sont pas bonnes à dire.\u2014Comme vous voudrez.En tout cas, sans rancune, et au revoir, mon sévère cousin.) Non, le comte Serge nc s\u2019était pas toujours montré fidère à ces principes.Lui aussi autrefois, avait été pris 4 deux beaux yeux, \u201cdeux éclairs de saph.r\u201d, comme on disait à la cour.Lui, le sceptique, l'homme fort, qui se croyait à l\u2019abri de toute surprise, il avait cru au sourire de commande stéréotypé par la plus habile coquetterie - sur des lèvres de corail, dans le seul but de laisser mieux voir deux rangées de petites dents, \u201cdes perles fines\u201d, disait-on encore à la cour.Mais il n'avait pas regardé le front, ce front étroit et bas, toujours couvert par les ondulations artificielles d'une coiffure compliquée.Non.la lumière n'était pas derr'ère ce front.Pour éclairer le pur albâtie, le rayon restait absent.Pendant ce temps, (a princesse montait en voiture, tout en fredonnant du bout des lèvres Un air du Val d Andorre: Carlos aimait une Basquaise, Une Basquaise aux noirs cheveux.\u201cSont ils noirs?Sont-ils blonds?Non, ni noirs ni b'onds, mais d\u2019un admirable brun cuivré ou doré qui tenterait le p.nceau d\u2019un artiste.Son tendre coeur «e mourait d'aise, En contemplant ses jolis yeux. i 4.iH Hi i i * A 0 A i! R:: IN H 58 LA REVUE POPULAIRE \u201cMieux que jolis® continua-t-elle in petto, \u201csplendides dans leur nuance indéc:se, qui va du brun à l'orange, des veux noirs à reflets d'or, comme je ne sais plus quelle héroïne de roman.\u201cII faut savoir être juste, même envers ses rivales, car c\u2019est ma rivale, je n\u2019en doute pas, cette énigmatique créature qu'il feint de n\u2019avo.r pas regardée jusqu\u2019à ce jour.- \u201cHeureusement, je le connais; le passé l\u2019aura rendu prudent, et il ne cédera plus aussi vite à la passion.\u2019 XVII L'été venait de finir.Ce n\u2019était pas en vain que la belle saison avait passé encore une fois sur la petite malade.Le bienfaisant soleil, le grand air de la vieille demeure, avaient été de puissants auxiliaires pour le docteur Roland dans son oeuvre de guérison.Sans que le mouvement fÜt encore revenu de façon à permettre à l'enfant de se tenir sur ses jambes, il y avait des symptômes précurseurs de Vie qui ne pouvaient échapper à l'oeil vigilant du savant docteur, à la tendresse inquiète de Béran- gère., Tous deux se réjouissaient.Quant à Stanie, une gaieté qu'elle n\u2019avait jamais connue se mélait à sa résignation accoutumée.\u201cJe puis attendre patiemment les ailes que vous m'avez promises,\u201d disait-elle au médecin.\u201cAvec Minos, Je fais en deux minutes le tour du jar- in.» Elle était assez forte maintenant pour diriger elle-même son docile attelage; pas n\u2019était besoin de fouet ou de cravache, il va sans dire: avec un animal comme Minos, la parôle suffisait.Quand la petite maîtresse gardait trop longtemps le silence, il tournait vers elle sa tête expressive et semblait lui demander compte de son mutisme.En peu de temps Minos était devenu le favori de la maison.Il ne se mangeait pas un poulet ou un lapin dans le ménage Sapin \u2014lequel était fort gourmand, personne n'est parfait, hélas!\u2014sans que fes os les plus délicats fussent mis de côté pour ui.Mme Sapin l'emmenait tous les jours au marché, ce qui avait procuré à Minos bon nombre de connaissances utiles.Le rôtisseur du coin, les petits restaurants du quartier, loin de le redouter.lui faisaient bon accueil et lui mettaient de côté quelque délicate probende : \u201cPour votre chien, madame Sapin\u201d disaient-ils en lui offrant de mystérieux petits paquets enveloppés dans de vieux journaux.Le bout de l\u2019oreille se montrait par quelque tache de graisse apparaissant çà et là, mais Minos était si honnête, si bien élevé, qu\u2019il n'avait garde de flairer seulement cette manne quotidienne avant l'heure où sa protecuicz jugeait à propos de la faire pleuvoir.Quant à Polydore Sapin, il raffolait du bel animal; ii lui avait appris a faire l'exercice avec un manche à balai, et comptait aller jusqu\u2019à la partie de dominos, comme il avait vu faire, assurait- il, à des chiens beaucoup moins intelligents et moins amateurs de la science.Tout allait donc pour le mieux.L'argent ne manquait plus dans la bourse de Bérangère.Cha- Mars 1926 que mfois, Dimitri remettait à la jeune fille dans un petit porte-monnaie tout parfumé de cette enivrante odeur de cuir de Russie qu'on respirait à \u2018pleins poumons à l'hôtel Woronzoff le montant de ses honoraires.Le porte-monnaie était sous enveloppe cachetée de façon que les susceptibilités les plus exigeantes du jeune \u2018secrétaire n\u2019eussent pas à souffrir de l'intermédiaire par lequel passait l'argent de son gain.Les premiers mois elle l'avait reçu avec une joie sans mélange; maintenant elle rougissait, le cachait au fond de sa poche, et s\u2019en allait à pas pressés sans oser détoi.rner la tête.La dernière fois même, elle avait été on ne peut plus corfuse, Dimitri lui ayant remis l'enveloppe cachetée à son arrivée au lieu d'attendre son départ, il ava.t fallu garder cet argent sur elle pendant tout le temps de la séance.Si le comte le savait, quelle honte pour elle ! Cet argent lui brûlait les mains.Peut-être trou- vait-il qu\u2019elle le gagnait fort mal?Peut être ne la gardait-il que par compass:on pure?Il avait su la misère qui l'attendait sans lui, et ce coeur généreux, qui cherchait en vain à s'endurcir, avait trouvé ce moyen de lu; faire l\u2019aumône.L\u2019aumône! Oh! que n\u2019était-elle riche pour pouvoir lui dire: \u201cJe continuerai à travailier pour vous de grand coeur, mais qu'il ne soit plus quest.on d'autre rémunération qu'un faible éloge quand vous le jugerez mérité.» Mais l\u2019éloge n\u2019était jamais venu.En vain avait-eile passé bien des heures de la nuit sur ses livres russes.Cette langue hérissée de consonnes, si étrange d'aspect pour des yeux français, n'avait plus de mystères pour elle.Elle causait couramment avec Dimitri, qui se montrait, lui, un précepteur plein d'admiration.\u201cSi vite appris!9 répétait-il.Mais celui pour lequel elle travaillait avait sans doute trouvé ses progrès tout naturels, ou plutôt il n'avait pas paru les remarquer.Un matin, comme Bérangère s'apprêtait à partir, elle reçut par la poste une lettre ainsi conçue: \u201cMademoiselle, \u201cUne affaire imprévue me force à m\u2019éloigner.Je ne veux pas partir sans vous remercier de l\u2019aide que vous m'avez prêtée jusqu'ici avec tant de zèle et de talent.\u201cDans quelques mois, dans quelques semaines peut-être, je compte être débarrassé des préoccupations qui vont prendre mon temps jusque-là.J'aurai l'honneur alors de vous faire savoir mon retour.\u201cVeuillez agréer, mademoiselle, l'hommage de mes respectueux sentiments.\u201cComte SERGE WorONzOFF > Le papier tomba des mains de Bérangère.Un profond soupir s\u2019'échappa de sa poitrine.Ainsi donc, son instinci craintif ne l'avait pas trompée! C\u2019éta:t le congé redouté qu'elle recevait sous c pli satiné, fermé aux armes des Woron- zoff.* Mars 1926 - Adieu à cette position inespérée qui lui avait permis jusqu\u2019ici de douner à sa malade le nécessaire et le superflu! Adieu aussi à ces heures d'un travail auquel elle avait fim: par prendre golit.Cétait un grand intérét dans sa vie qui s'en allait.Elle ne pouvait se le dissimuier, à l'amertume de ses regrets.Pourquoi donc n'avait-il pas même pris la peine de lui faire ses adæeux la veille?Elle était partie sereine et souriante comme à l'ordinaire, sans un mot de remerciment pour le bien-être quelle lui devait depuis un an.Mais des remerciments, il n'en voulait pas ! C'était un coeur sec, concentré dans ses inutiles regrets, dans sa stérile douleur, Il n\u2019avait besoin des sympathies de personne, encore moins de celles d'une mercenaire.car elle n\u2019était que cela pour lui.ll l'avait généreusement payée, c'est vrai, mais pouvait-elle oublier le ton d\u2019indifférence hautaine avec lequel il l'avait présentée à la princesse Olga sous le titre de \u201cson secrétaire\u201d?Et Bérangère reprenait ia lettre ligne par ligne, mot par mot, pour y découvrir un sens.\u201cDans quelques mois, dans quelques semaines, peut-être.) disait-il.C\u2019est cela! À ctte époque la princesse Olga serait comtesse Woronzoff.la vie ressusciterait dans la morne demeure, il nv aurait plus de loisirs pour le travail.Malheureusement le docteur Roland est parti pour les eaux avec toute sa famille, et Bérangere se sent privée a la fois de tous ses appuis.On peut atfendre, il est vrai.Seule, dans sa chambre, elle compte son petit trésor renfermé dans les porte-monnaie de cuir de Russie.Ils exhalent, en sortant de leur enveloppe, une odeur capiteuse qui lui fait mai.Voila le dernier regu, le dernier qu'elle recevra jamais! Comme tous les autres, il est d\u2019un rouge brun, monté en argent, avec le chiffre de S.W.incrusté sur une petite plaque de métal qui fait le milieu du sac.Celui-là est encore intact: une vraie fortune! Mais Bérangère n'attendra pas que la nécessité vienne de nouveau frapper à sa porte.Dès au- jourd\u2019hui elle se mettra en route.Elle ne veut pas de lacune.I! faut, par un travail sans retard, suppléer au gain qui va manquer; il faut chasser les idées noires, ne pas permettre à la tristesse et au découragement de se loger pour un instant dans son âme.Oh! si elle pouvait se débarrasser de ce tumulte d'idées cpntradictoires qui l\u2019obsède! \u201cEst-il bon?Est7l mauvais?\u201d se demande-t-elle cent fois par jour.Que lui importe, après tout?Eh bien, non, elle ne peut pas voir d'un oeil indifférent ce puissant espr.t achever de sombrer dans le naufrage de ses croyances.Elle ne s'occupera p.us de lui que pour le recommander à Dieu: mais.chaque jour de sa vie.elle et Sian\u2019e prieront avec ferveur pour qu'il retrouve en Dieu la pa.x qui le fuit.Eile se mit donc vaitamment à l\u2019œuvre.À défaut de protections efficaces, elle avait, comme tout le monde.la ressource des agences.Mais que de promesses sur le papier peur de minces ré sultats! Que de perspectives déccvantes! que de courses inutiles! que de fins de non-recevoir! LA REVUE POPULAIRE 59 La saison était devenue pluvieuse.Elle arpen- fat courageusement Paris du matin au soir, allant d'une adresse à une autre, d'une espérance à un mécompte, sans Jamais se lasser, sans permettre même à son visage fatigué de trahir en présence de Stanie le secret de ses preoccupations.L'intelligence précoce de l'enfant, son jugement déjà mûr, ui auraient permis de partager les angoisses de sa soeur.C'était précisément ce que Bérangère ne voulait pas.Une peine qu\u2019on porie à soi seul et dont on peut épargner le spectacle à,ceux qu'on aime, n'est Jamais trop lourde, pensait- -elle.D'ailleurs, il était indis :pensable à la guérison de la petite malade de !a maintenir dans un état de sérénité habituelle.Bérangère partait donc le sourire aux lèvres, et c'était encore avec le mêine paisible sourire qu\u2019elle v£nait retrouver Stanie.\u201cAh! ma chêre soeur) disait la petite fille d'un air désolé, en tâtant le châle humide de la chercheuse, \u201cje savais bien qu'il pleuvrait, je vous l\u2019avais annoncé ce matin en vous priant de ne pas sortir.Mes hirondelles volaient bien bas, si bas qu'elles rasaient la terre.Et l'enfant s'efforçait d\u2019atteindre les épaules de sa grande soeur pour lui enlever son vêtement mouillé.C'était toujours le même cachemire noir, devenu plus mince et moins lustré.Bérangère avait espéré un instant qu\u2019il avait fourni sa dernière campagne.Elle projetait l'emplette d\u2019un manteau à la mode pour la fin de l'automne ; mais, maintenant que l'argent allait se faire rare, il ne fallait plus y penser.D'ailleurs, c'était peur l'hôtel Woronzoff que ce luxe aurait été nécessaire.À quoi bon maintenant?XVII Un matin, au moment où Bérangère s'apprêtait à sortir, Mme Sapin, dui était montée pour ia remplacer auprès de s2 soeur, son panier à ouvrage au bras.lui fit des signes mystérieux pour lui indiquer qu\u2019elle avait besoin de lui parler en particulier.Bérangère montra qu'elle avait compris en se d rige ant vers.la porte.Mme Sapin la sujvit aussitôt.\u201cfe sais bien, mademoiselle Bérangère> dit-elle pour préambule, \u201cque je n'ai pas de conseils à donner à une personne comme vous j ce serait Gros-Jean qui voudrait en remontrer à son curé: mais d\u2019un autre côté, quand on ne saisit pas l\u2019occasion aux cheveux, on court grand risque de ne plus mettre la main dessus.) Bérangère écouta paiemment.Elle n'en était p'us à s'étoriner du longage image et proverbial de la mère Sapin.\u201cUne de mes payses qui est concierge d'un grand hôte: de la rue Saunt-Florentin, est venue me voir ce matin.Elle m'a d't.tout en cousant, que la dame du premier aurait besoin d\u2019une jeune demoiselle savante, bier élevée, convenable \u2014 tout votre portrait, enfi.\u2014-pour promener ses deux filles.qui n'ont pas d'inst.tutriæ depuis quelques Jours et qu\u2019elle ne veut pas confier à une femme de chambre.Ces demoiseiles sont de grandes mar- À 4 H H i i i i 60 cheuses, il faut donc de bonnes jambes pour les suivre, et, jusqu'a préseni, les personnes qui se sont préseniées ont recuié devant la longueur des courses quil faut entreprendre.La dame, qui est une baronne fort exigeante, paraît-il, tient à la scence, pour qu\u2019on s'instruise tout en marchant.\u201cPendant que ma payse me racontait son histoire, J'ai pensé que c'était là justement votre lot.On gagne 3 francs l'heure, c'est bien joli pour une promenade.Il a don: été convenu, entre ma payse et moi, qu'elle ne laisserait monter personne aujourd'hui jusqu\u2019à votre arr.vée, pour qu\u2019on ne donne pas la place à tne autre.\u2014Mas cest fort mal, cela, madame Sapin s'écria Bérangère.\u201cJe veux dire que je suis mille fois reconnaissante, mais que nous n\u2019avons pas le droit, ni vous, ni moi, ni votre payse, d'enlever les chances possibles à celles qui ont, comme moi, plus que mo:, peut être.b-soin de-gagner leur vie.\u2014Vous avez raison, mademoiselle Bérangère.Polydore a dit tout comme vous, mais rien n'est perdu à l'heure qu\u2019il est.En partant tout de\u2019 suite, vous serez la première au poste et vous n'aurez fait de tort à personne» Une heure après, Bérangère arrivait place de la Concorde.Comme elle venait de descendre du trottoir pour franchir dans sa largeur la rue Saint-Florent.n, deux chevaux pleins de feu, montés par une jeune fenune et par un cavalier de haute stature, débouchaient de la place, et venaient droit sur elle dans un galop furibond.Un cri sortit de ses lèvres.L'amazone qui por- fait avec tant de grâce le chapeau à haute forme, où s'enrouiat une écharpe de gaze blanche, et l\u2019habit de cheval en fin drap gros bleu, c'était la belle princesse Olga.Quant à son compagnon, Bérangère l'avait deviné avant de le reconnaître.C\u2019était b'en !a haute taille du comte Woronzofi, sa tournure altièfe, sa chevelure presque noire, sa barbe d\u2019un brun faux tirant sur le roux.Bérangère, comprenant enfin le danger, voulut remonter sur le trottoir.Elle fit un pas en arrière, son pied glissa, et, perdant l'équilibre, elle vint tomber la tête la première à que:ques lignes des sabots «lu cheval que montait le comte Wo- ronzoff.Lorsqu'elle reprit connaissance, elle se trouva au milieu d'étrangers, dans une pharmacie voisine du théâtre de l'acc\u2018dent.Qui l'avait amenée la\u201d Elle n\u2019en savait rien: sa tête, affa.blie par le sang qui avait coulé abondamment d'une blessure au front, ne lui fournissait rien de clair.Des formes vagues, semblables à des fantômes, passa\u2019ent et repassaient devant ses yeux encore obscurcis, : Avait-elie vu réeilement la princesse Olga et son cousin?N\u2019était-ce pas une hallucination, un cauchemar?Oui, un cauchemar! Odieux comme le mensonge! Pourquoi lui avoir écrit qu\u2019il quittait Paris?À quoi bon ce faux-fuvant ?Il se débarrassait d'elle comme d\u2019une mendrante importune à qui on est las de faire l'aumône.\u201cAh dit le médecin qu\u2019on avait été chercher sans doute dès le prem\u2018er instant, et qui écoutait attentivement les battements rréguliers de son pouls, \u201cDieu soit loué! les couleurs revien- LA REVUE POPULAIRE Mars 1926 nent.Nous allons pouvcir transporter mademoiselle dans une pièce retrée, où elle sera à l'abri de tous ces regards curieux.Le pharmacien avait bien pu faire évacuer sa boutique.mais il navait pas été le maître d'empêcher la foule qui s\u2019était vite formée, suivant les habitudes pañ siennes, Je stationner, nombreuse et impatjente, devant la porte.\u201cJe puis marcher\u2019 murmura Bérangère en essayant de se lever.\u201cJe çrois que je pourrais retourner chez moi.\u2014Quand vous serez en état d'être transportée, mademo:selle» dit le médecin, \u201cj'aurai l'honneur de vous accompagner en voiture jusque chez vous, \u2014Je suis vraiment confuse\u201d dit la jeune fille, désolée de donner tan: d\u2019embarras.\u201cDu came, du calme.Ne vous inquiétez de rien.Toui a été prévu» Tout a été prévu! Ces étrangers étaent vrai- ent d\u2019une bonté bien grande pour une inconnue.Mais Bérangère était loin de se sentir came comme on le lui demancait.Les heures s'écoulaient.- Sera:t-elle en état de se présenter rue St- Florent:n?Ses jambes se dérobaient sous elle quand elle fit un nouvel effort pour se lever, et sa faib'esse générale était te!le qu'elle se laissa retomber dans le fauteuil où on l'avait placée.Le médecin lut sur sa phys.onomie les préoccupations anxieuses qui la troublaient.\u201cNe vous inquié:ez pas, mademoiselle\u201d s'em- pressa-t-il de lui dire; \u201cce ne sera.r.en, je vous le jure.Dans que'ques jeurs il n'y paraitra plus.sera trop tard,\u201d dit la jeune fille d\u2019une voix altérée.\u201cJ'avais une affaire importante à régler aujourd\u2019hui même \u2014Ne pourra.t on vous suppléer, mademoiselle?» dit le pharmacien.\u201cOn nous a recommandé de ne rien négl'ger pour votra service.\u2014C\u2019est .mpossib\u2019e, monsieur ; mille remerct- ments.L'affaire qui m'occupe est toute personnelle.Mais vous parliez de recommandations qu\u2019on vous aurait faites,\u201d ajouta-t-elle après une courte hésitation; \u201cic ne sas pas qu: a pu s'occuper de moi dans cette aventure.\u2014L'auteur de l'acc\u2018dent mademoiselle.Il est resté auprès de vous jusqu\u2019à ce que M.le docteur lui ait assuré qu'il n\u2019y avait ren à cra/ndre.Il a même laissé ici son portefu:ille, contenant, outre son nom et son adresse une somme consi- dérab'e dans le cas où votre état nécess\u2018tera t des frais, qui heureusement ne sont pas à craindre,» ajouta le pharmacien en souriant.Toujours l\u2019or de ce Woronzoff! Croyait-il donc, avec ses bourses p'eines, réparer tous les maux, panser toutes les blessures, sécher toutes les larmes ?Bérangère rougit en présence de cette nouvelle aumône.Le pharmoc'en se mépr't sur sa rougeur.Il pensa que cette jeune file, dont le langage était si nob'e, les aliures si distinguées, n'avait besoin d'aucun secours pecun\u2019aire, et que sa fierté s'offensait d'une pare'lle proposition.Aussi æ hâta-t-il de \u2018a rassurer.\u201cSoyez tranquille, mademo'sel'e» dit \u2018I \u201cJe ne laisserai subsister aucun malentendu de nature à vous gêner vis-à-vis de cet étranger.J'ai promis Mars 1926 d aller (ui porter de vos rouvelles dahs deux heures dic.Je .ul romotua, en même lemps ce portefeuille, dont je n'ai que faire\u201d Bérangère y jeta les yeux pour la première fo.s.Hi état semblable à sa coilect.on de petits po.te-monnaie.C'éia.t ke même cuir de Russe, la même doublur: de so.e grenat.Seulement les initiales S.W., au lieu d'être appl.quées en argent, éta ent gravées à fro.d.\u201cC'est moi que ce soir, regarde, monsieur,\u201d dit la jeuge filie en mettan: la main à sa poche.\u201cMoi seule, je dois vous ndemn.ser de tous les dérangements dont jai été cause.» Mas ede :ougt de nouveau et ne présenta pas sa bourse.Pour ricn au monde ele naurait voulu laisser remarquer la ressemblance qui existait entre le portefeuille et sun propre porte-monnaie.Cett: fois encore .e phi.macien se mépr.t.\u201cDe grace, mademo.selle,\u201d dit-il, \u201cne parlez pas d'indtmnité pour un verre d\u2019eau de fleur d oranger.\u201d : Puis, appelant un jeune homme qui se trouvait dans l'arrière magas n: \u201cConstant\u201d dit-i, \u201cfaites avancer la voiture.M.le docteur assure que mademoiselle peut Ten- trer à son domicile\u201d - La vo ture était un giand coupé vert bronze rechampi de noir, aux portières armor:ées d'un S et d'un W timbrés dune couronne comtale.Bérangè:e ne reconnut pas le cocher.Ils étaient nombreux a !hôtel Weronzoff, mais elle ne se mépr t pas sur cet 5 et ce W qu\u2019elle retrouvait partout.\u201cHeureusement > pensa-t-elle, \u201cc\u2019est bien fini, cette fo's.Ii ne m'arr:vera pas tous les jours de semb'ables aventures.Que Dieu le garde, mais qui! fasse uss que je ne le retrouve plus sur ma route.» La Providence ne jugea pas à propos d\u2019exaucer ce voeu, tout sincère qu'il fût.Le sor même, Dimitri se renda\u2019t dans le quart'er Sa/nt Louis et demandait à parler à Mle de Pontmore.Il avait l'ordre, dit-il, de prendre de ses nouvelles verbales.En outre, il était porteur d\u2019un billet contenant ces mots: - \u201cLe comte Woronzoff a été désolé de l'accident dont il s'est trouvé la ciuse involontaire.I! espère que mademoiselle de Pontmore ne s'en ressent.ra pas .ongtemips, et pourra venir bientôt lui prêter de nouveau son aide.Le vovage du comte Woron- zoff a été beaucoup pius court qu\u2019il ne l'avait présumé.\u201d Après la lecture, de cetie courte lettre, Béran- gère se sentit soulagée d'un grand poids.La manne provident'elle éta : revenue.P'us d'inquiétude sur le sort de la petie malade.Plus de courses infructueuses à la recherche d'un travail qui semblait la fuit.C'était bien là que D'eu la voulait.File allait reprendre avec Joie, av2c confiance, ses intéressants labeurs.Avec fierté auss', car ce n\u2019était pas un esprit o:dina\u2018re que le comte Woronzoff.et être assoc'e°, mêmé pour une part nfime, à ses travaux.semb'ait maintenant à Bérangère la réa- lisstion d- ses p'us ambi*ieuses espérances.Hu't jours de repos suffira\u2018ent bien pour fermer la coupure du front.Quant aux névra\\gies qui LA REVUE POPULAIRE 61 avaient suivi la chute, et qui paraissaient avoir élu domicile dans sa pauvre tête, elle ne s\u2019en inquiétait guère \u2014 Cela ne se voyait pas!\u2014Il était donc facile de dissimuler des souffrances invisibles.XIX Bérangere était encore un peu pâle lorsqu'elit reprit pour la première fois depuis son accdent la route bien connue de l'hôtel Woronzoff.- L'accueil quelle y reçut ce jour-là et les jours suivants fut invariablement le même: politesse fro.de, mesurée dans sa courtoisie.Et dans \u2018¢ fait, que pouvait-il y avoir de changé, pour ie maître, du moins?Pour elle, il lui semblait avoir franchi un abime.Elle s'était vue un instant sur le bord du précipice.Tout avait paru iui manquer a la fois.L\u2019orage grondait autour delle.Et puis, tout a coup, ii s'était fait Un grand calme, une main amie lui avait cté tendue par-dessus le gouffre béant, elle l\u2019avait traversé, confiante, en détournant les yeux.Quand elle lés avait rouverts, la route se présentait de nouveau devant elle, large et facile, lui sembla.t-il.Mais la main qui avait aplani les difficuités du chemin, cette main restait inconsciente du bien qu'elle avait pu faire.Qu'y avait-il sous le masque de bienveillance hautaine dont se couvrait le visage de cet homme impénétrable?z 3 - x \u2019 & : Bérangère avait renoncé à s'adresser de pareilles questions.Elle ne voulait plus songer ni à la princesse Olga, ni au mariage redouté.Le ciel lui paraissait bleu au-dessus de sa tête, c\u2019était assez pour le moment.L'aveuir restait entre les mains de Dieu.Mais, pour lui, la sérén:té revenait-elle enfin?Sans \u2018e vouloir, un jour, par le mot le plus insignifiant, Bérangère contribua à la troubler de \u2018nouveau.On était au milieu de décembre.Il fallait avoir l\u2019almanach sous les yeux pour se croire en hiver dans cette atmosphère attiédie de l'hôtel Woron- zoff.Bérangére avait été frappée en entrant du luxe de fleurs et d\u2019arbustes qui décoraient le vestibule et l'escalier.- Des, caméiias aux nusnces les plus variées, des mimosas en ple:ne\u201d floraison, placés dans d\u2019énormes potiches de la Chine et du Japon encadraient les doubles portes en glace, tandis que les statues, dans leur riche, se détachazent sur un fond de feuil'ages exotiques qui reposaient doucement la vue.\u201cVa-t-il fonc y avoir une fête ici?® se deman- da-telle.Et, en effet, le front du maître paraissait singulièrement éclairci.IT salua la jeune fille avec un sourire de bienvenue qui mit Bérangère en confiance.Elle s\u2019assit gaiement & sa table de travail, et la façon empressée avec laquelle sa main adroite disposait autour d'elle semblait dire: \u201cJamais secrétaire ne fui plus content que moi.» \u201cCommençons par ces lettres à répondre, n\u2019est- ce pasr?Elle fit signe qu'elie était préte, et pendant qu'il parcourait des yeux la première feuille qui lui tombait sous la main, elle écrivit sur la page ye Hy | , blanche, fout en prononçant lentement, et en séparant-Jes- syflabes: \u201cTreize décembre.» Une étinceile tombant sur un tas de poudre n'est pas pius prompte à allumer l'incendie.\u201cTreize décembre!» répéta-t-il d\u2019une voix terrible.\u201cN\u2019écrivez jamais cette date sous mes yeux, jeune fille, ne la prononcez jamais devant moi.\u201cEffacez, effacez,\u201d continua-t-il impérieusement, pendant qu'elle restait interdite et tremblante.[1 lui arracha alors !a piume des mains par un mouvement brusque, la trempa jusqu'au fond de l\u2019encrier, ct fit sur la date malencontreuse une si énergique rature que le papier se déchira en deux.\u201cAh! murmura-t-il, honteux de son emportement, \u201cque ne peut-on ainsi effacer du souvenir ce qui ronge le coeur et dévaste l'âme! Il y a des mots, voyez-vous, capabies de réveiller les morts dans leur cercueil, des anniversaires aussi cruels que le poignard, venant chercher sous la cicatrice à peine fermée la place d\u2019une douloureuse blessure.Ne vous étonnez donc pas du cri d'angoisse que pousse le patient lo:sque de nouveau tout le sang de son coeur s\u2019éch«ppe goutte à goutte\u201d Bérangère, saisie d'effrci, restait debout, immobile et silencieuse.Il se taisait, lui aussi, maintenant, gt l'on n\u2019entendait plus dans la vaste pièce que le battement régulier de l'horloge.\u201cPardon,\u201d murmura-t-il en passant la main sur son front, \u201ccette explosion est sans excuse devant un témoin tel que vous\u201d Il essaya de sourire, mais ce sourire était si amer, si douloureux, que Bérangère regretta presque l\u2019éclat de tout à l'heure.Ce n\u2019est pas quand on crie le plus haut qu'on souffre le plus.\u201cDieu m'est témoin que je fais tout ce que je peux pour oublier,» continua-t-il.\u201cpour me rattacher à ce que la vie peut encore me laisser de fugitives douceurs.Oui, !e sceptique, l'homme sans croyances, las de souffrir.appelle parfois à son secours la miséricorde de Dieu.Mais le fantôme divin décroit, pilit et gefface lorsque j'espère enfin le saisir.Ce rêve affreux de Jean-Paul, ce réve qu'il n\u2019a fait qu\u2019une fois, je le refais chaque jour, innocente enfant.Comme à lui, dans mes nuits sans sommeil, quand j'évoque la grande ombre suspendue entre le ciel et la terre.le Christ vient me dire: \u201cLa rédemption est un mensonge, une illusion acceptée par les siècles.Dieu n\u2019existe pas.\u201cLe néant se rit des hommes dans la sombre éter- Ynité.! \u2014Comme vous devez souffrir!) murmura Bé- rangère avec une pieuse compassion.Elle avait joint les mains dans l\u2019attitude de la prière, ses grands yeux se levaient vers le ciel.on y lisait l'expression d\u2019une ardente sympathie.Il parut reconnaissant et touché.Il savait bien, pourtant, qu'elle n\u2019avait jamais souffert comme lui.L\u2019âme chrétienne ne\u2019 peut sombrer dans ces naufrages terribles où s'engloutissent ceux qui ont renié le Dieu de leur enfance.Quand elle a tout perdu ici-bas, il lui reste encore l'espoir d\u2019une autre vie, la vision d\u2019une félicité rémunératrice.Il la regarda longuement, puis il sourit, avec douceur, cette fois.Sa voix avait pris des inflexions paternelles, presque caressantes: LA REVUE POPULAIRE Mars 1926 \u201cJ'ai été bien mal inspiré de faire fleurir la maison aujourd\u2019hui comme pour une fête\u201d mais j'avais oublié cete date.pour la première fois! .\u2014En effet» babutia Bérangère.heureuse de quitter le terran volcanique qui remb.ait encore sous ses pas, \u201cje m'étais étonnée en arrivant\u2026 J'avais cru à des apprêts de bal.de grande réception.\u2019 \u2014Tout cela est à jamais fini à l'hôtel Woron- zoff,» dit \u2018e comte sans se départ.r dv son came.\u201cIl ne peut plus être question pouf mo: que de fêtes de l'âme, et clles-:à, je puis peut-êzre en espérer encore.Mais, en attendant» ajouta-t-il avec une bonhomie qu'elc ne lui connaissait pas, \u201cje néglige ma convalescente.Vous êtes pâle, un peu changée, depuis ce fâcheux accident.et vous auriez grand besoin.je cros, des sons de notre ami Roland.Avez-vous de ses nouvelles récentes?Les dernières que j'ai reçues remontent à plus de huit jours» Bérangère allait d'étonnement en étonnement.Cette conversaion familère était la premère qu\u2019elle eût jamais tenue avec le comte.Mais elle n'était pas au bout.\u201cRacontez-moi donc,\u201d iui dit-il, tout en jouant avec son coupe-pap'er d'ivo.re comme uns personne qui cherche à se donner une contenance, \u201cce que vous alliez faire, ii y a quelques jours, dans ce quartier de la Madeleine, si élogné du vôtre.» Bérangère rougit sans répondre.\u201cAllons, je sus ind\u2018scret, n'en parlons p'us.Mais comme j'avais failli vous écraser, il me semblait avoir au moins le droit de m'informer en quelle circonstance.» N'était-i! pas extraordinaire qu'il pensât pour la première fois depuis buit jours à user de ce droit?\u201cIl n'y a pas de mivstète.et par conséquent pas d'indiscrétion,» balbut a-t-elle.Le regard interrogateur du comte sembla dire: \u201cVoyons, alors.» \u201cJ'étais allée, d\u2019après les indicat'ons qui venaient de n'être fourn'es, chez la baronne de Ci- mieux, où j'espérais trouver un emploi utile de mon temps.\u2014Votre temps!\u2019 s'écria le comte.\u201cOub'\u2019ez-vous qu'il m'appaitient?Voulez-vous me congéd.er?» La question sembla pla'sante à Bérangère.Le congédier, lui! N'était-il pas le maître?N\u2019était ce pas elle qui tremb'ait à chaque heure de recevoir son congé ?N'entendait-elle pas sans cesse retentir à ss oreilles cet avertissement du docteur Roland: \u201cLa race s'ave est capric'euse.» \u201cA l'époque dont je parle\u201d répond't-elle en baissant les yeux, \u201cie croyais être dégagée.\u2014Dégaëee de quoi?dégagée envers qui?Expli- quez-vous.\u201d Le ton redevenait troubla.\u201cJ'avais pensé, au reçu de votre lettre» d't-elle, \u201cque vous avez quitté la France pour longtemps peut-être.\u2014Et que vous étiez libre, enfin?Mais non, je ne relâche pas ainsi mes pr'sonniers\u201d 1] sour.t affectueusement.\u201cSavez-vous que pour qu= rien de semblable ne me menace dans l\u2019avenir l'ai bien envie de vous faire signer un bal?Ah ! je impérieux.Bérangère se Mars 1926 m'explique alors votre étonnement en me rencontrant rue Saint-Florentin, lorsque vous me croyiez au Caucase ou dans l\u2019Oural ?Bérangère n'avait plus rien à répondre.La plume s\u2019agitait dans sa main.Elle souhaitait reprendre son travail.Rien ne lui avait jamais paru plus difficie au monde que de soutenir cette courte conversation.Il s\u2019en aperçut sans doute, car il ajouta d'un ton sérieux: .\u201cAllons, reprenons les Niebelungen.\u2014Nous en étions bien plus loin que cela,\u2019 dit- elle, surprise de son manque de mémoire.\u201cQui, je le sais, mais je voulais régler tous mes comptes d'\u2019indiscrétion, Ce jour-là\u2014le jour des Niebelungen\u2014j'ai lu maigré moi, et de très- loin,\u201d était-ce bien malgré lui?\u201cce que vous écriviez pour échapper à l\u2019assommant bavardage de la princesse Olga.» Bérangère tressaillit.C'était donc vrai?Il l\u2019avait avertie que son oeil de lynz pouvait suivre le travail de la copiste à distance, mais elle avait espéré que sa clairvoyance s'était arrêtée là.Un nuage pourpre couvrit pour un instant son front blanc et ses joues pâlies.Elle chercha à se rappeler œ qu\u2019elle avait écrit pendant cette longue matinée.Tout ce dont elle put se souvenir, c'est que, l'ouvrage lui manquant, elle avait laissé sa plume s'envoler vers une tout autre direction que celle des régions nuageuses où la poésie germanique a pris naissance.Habituee par un isolement de longue date à concentrer toutes ses pensées en elle-même, œ n'était que la plume a la main qu\u2019elle trouvait le moyen de s'épancher.Aussi, en dépit de ses labeurs quotidiens, avait-elle toujours eu le loisir d'écrire sur son journal quelques lignes qui lui servaient à la fois de délassement et d'encouragement.Ce journal ne ressemblait guère à ce qu'on aurait pu atlendre d\u2019une jeune fille de son âge.Il n'offrait pas le récit d\u2019une vie, fort accidentée pourtant déjà, maigré sa brièveté, bien moins encore le recueil de ces rêves flottants, de ces imaginations puériles, de ces aspirations sans but, de cette légion de chimères enfin qui assiège les cerveaux faibles.Bérangère s'était fait un coeur intrépide.Elle n'avait ni le goût ni le Icisir de se regarder vivre.Elle vivait sous l'oeil de Dieu; elle mettait son âme, son coeur, sa vie dans sa croyance.C\u2019était là pour elle le poirt fixe, unique, au milieu des agitations de l'existence.Quand elie sentait son âme pleine d\u2019 amour pour Dieu, de reconnaissance pour ses bienfaits, de compassion pour ceux qu \u2018elle voyait souffrir, elle épanchait en flots limpides sur son journal ces sentiments divers et sacres.Personne, par méme Stanie, trop jeune, du reste, pour faire avec intérêt cette lecture, n\u2019y avait jamais jeté les yeux.C'était le sanctuaire intime, le fond même de l\u2019âme de la jeune fille.Rien certes n\u2019y était à dissimuler, et pourtant, à la seule pensée que d'autres regards que les siens pouvaient avoir lu ces effusions d\u2019une âme candide et profondément pieuse, Bérangère se sen- \" tait troublée comme l'aurait été une autre, con- LA REVUE POPULAIRE a trainte à faire l\u2019aveu d'une faute, jusque-là sans témoin et sans juge.Le comte avait ouvert un tiroir secret de son bureau, il en avait retiré lentement quelques feuilles volantes et ies avait présentées à son tremblant secrétaire: \u201cLes voilà\u201d dit-il d\u2019'ure voix presque basse.Bérangère n'osait lever les yeux.Elle reconnaissait bien maintenant les feuilles perdues.C\u2019était ce qu'elle avait écrit pendant la visite de la princesse Olga.Ce jour-!à.en sortant de l\u2019hôtel, elle avait fait, dans les grands quartiers, un certain nombre d\u2019emplettes pour la petite malade : vingt fois il lui avait fallu recourir à son porte- monnaie; lorsque en rentrant chez elle, elle avait - constaté que les fragments nouveaux de son journal n'étaient pas au fond de sa poche, elle n'en avait pris aucun souci.Sans doute, ils étaient tombés dans la rue ou dans l\u2019un des nombreux magasins qu'elle avait visités.\u201cTant mieux pour la hotte du chiffonnier,\u201d s'était-elle dit.Mais non, ces épanchements intimes avaient été lus par les yeux qu\u2019elle redoutait le plus au monde.\u201cEn vertu de quel droit me suis-je pefmis de garder ces souvenirs, ce les lire et de les relire encore?\u201d demanda-t-1l.Il se tut, regarda ionguement devant lui et respira avec effort.\u201cLorsqu'un homme qui a été plongé longtemps dans les plus épaisses ténèbres croit apercevoir au loin quelque furtif ravon.il se laisse diriger, presque encore à tâtons, par cette lueur incertaine, et s'il lui faut pousser une porte entr\u2019ouverte pour découvrir le foyer de \u2018a lumière, croyez-vous qu\u2019il frappera à cette porte, qu'il attendra patiemment qu'on lui dise d'entrerr° Non, il ouvrira la porte toute grande devant lui; il ira sans seru- pule à la lumière, comme va à la source d\u2019eau fraîche celui qui meurt de soif.» XX Oh! qu\u2019elie fut bien accueillie à cette heure, la belle princesse Olga! Jamais, dans aucune des réunions mondaines où elle brillait d\u2019un éclat sans rival, personne né désira,.ne bénit sa présence comme le fit alors la pauvre Bérangère.\u201cMon cher comte, dit :a coquette visiteuse, \u201cje suis enfin uécidée, et je viens vous le dire.\u2014Quoir\u2019 demanda-t-il comme s\u2019il sortait d\u2019un rêve.\u201cEn- vérité, vous avèz des distractions inconcevables.Ne vous souvient-il plus qu\u2019hier soir encore, quand vous m\u2019avez fait l'honneur inespéré de venir partager ma solitude.?\u2014Une solitude qui ressemblait terriblement à la foule\u201d dit-il ironiavement.\u201cNe chicanons pas sur les mots.On peut être seul dans ia foule, ne le savez-vous pasr\u201d Ses yeux noirs prirent une expression de suave tendresse.Mais ce jeu de scène était perdu, le comte avait les yeux obstinément attachés sur une rosace du tapis.La sirène parlait en vain, les oreilles d'Ulysse ne s\u2019ouvraient pas pour l\u2019entendre.\u201cJe me suis décidée pour Chaplain dit-elle.\u201cPersonne n'a comme lui le sentiment de la 64 LA REVUE POPULAIRE femme.Quel pinceau délicat! Quelle vague poésie! Mais Je veux un porirait historique.\u2014Un portrait historique!» répéta le comte avec une gravité affectée.\u201cJ'ignore que vous eussiez des droits à vous faire peindre ainsi.\u2014Pardon: En vérité.à force de taquineries, vous finissez par me faire perdre le peu de bon sens dont la nature m'a douée.Je veux dire un portrait qui ne soit pas une affaire de mode, où la toilette devienne un simple accessoire.\u2014Oh! oh! ma charmante cousine, quelle con- verson! \u2019 \u2014Décidément, nous ne nous entendons pas.Fiez-vous à moi pour être le mieux possible sur la toile.Mais je veux passer à la postérité, pouvoir figurer dans la galerie des ancêtres, sans qu\u2019on ait à se moquer dans vingt ans d'ici d'un costume qui paraîra alors suranné Or, mon cher cousin, vous êtes un grand seigneur doublé d\u2019un artiste, je m'adresse à votre goût autant qu\u2019à votre amitié pour que vous ayez la complaisance de me dessiner un costume à la fois convenable et favorable.Personne, si ce n\u2019est vous, ne peut me rendre ce service.» La physionomie du comte exprimait clairement: \u201cQue le diable l'emporte!» \u201cAdressez-vous à Worths> dit-il, \u201cc'est son affaire plus que la mienne.\u2014Vous n'y pensez pas.Le costume dont je vous parle appartiendra au domaine de l\u2019art,\u201d de la fantaisie artistique, tout au moins.\u2014Mademoiselle de Pontmore» dit le comte, sans répondre à la folle jeune femme, \u201cnous arrêterons là la séance, si vous le voulez bien.A demain.J'ai l'honneur de vous saluer.» Aucune trace sur ce visage impénétrable de l\u2019émotion fugitive qui l\u2019avait animé un instant auparavant.Quant à la princesse, à peine si elle daigna répondre par une inclination de tête à peine visible au salut de Bérangère, si gracieux dans sa timide réserve.Elle la suivit de l'oeil cependant, et, sans nul doute, au fond de son coeur, là où la vérité reprend son empire, elle fut obligée de s'avouer que cette jeune fille, qui ne s'habi'lait pas chez Worths, qui taillait et cousait elle-même ses modestes vêtements, n'avait rien à envier, pour la grâce de la tournure et l'aisance des manières, à la noble princesse Olga.Là s\u2019arrêtait l\u2019aveu.On ne peut exiger plus de la nature humaine.Mais si les deux femmes s\u2019étaient trouvées en présence d\u2019un observateur impartial, aux yeux duquel elles fussent également inconnues et indifférentes, il n'aurait pas manqué de dire en désignant Bérangère: \u201cVoilà la princesse Schersky.» XXI La porte était à peine refermée qu'Olga se retourna vers le comte dun air gracieux: \u201cJe veux vous aider dans votre oeuvre de charité autant qu\u2019il est en moi,\u2019 dit-elle.Son cousin feignit de ne pas la comprendre, mais le froncement imperceptible de ses sourcils indiquait qu\u2019il avait senti l'attaque.\u201cNe le niez pas, comte Serge.C\u2019est bien à vous de déguiser ainsi l'aumône sous une apparence de Mars 1926 travail.Rien ne m'intéresse au monde comme les pauvres honteux.\u2014En vérité, Olga, vous jouez aux énigmes., \u2014Eh bien, alors, allons droit au but.J'ai demain une petite sauterie chez moi.Un piano et un violon, voilà tout ce qu'il me faut.violon est trouvé: un intéressant élève du Conservatoire, qui meurt de farm, comme la plupart de ses pareils, et qui n\u2019est pas fâché de gagner cinquante francs en quelques heures, J'en offre autant à votre.secrétaire.Cela lui permettra de s'acheter un vêtement dont la vue ne me fera plus grelotter de froid.Elle tiendrait le piano, bien entendu.\u2014Vous êtes mille fois bonne,\u201d répondit le comte avec ironie.\u201cCette sensib.lité\u2026 d'imagination.doit réellement vous occasionner bien des souffrances.\u2014N\u2019est-ce pas?Mais que voulez-vous?on ne peut se refaire.Enfin, cette jeune fille me fait compassion, et, puisque vous vous intéressez à elle, autant et même mieux elle qu'une autre pour gagner cette modique semme.\u2014Fort inodeste, en effet! .\u2014Clest le prix, mon cher! Je connais même beaucoup de personnes qui ne donnent que quarante francs.Tout.le monde n\u2019est pas vingt fois millionnaire comme vous.Dites-moi donc propos, comb.en vous coûte cette oeuvre de charité?\u2014Vous tenez à l'épithète?Eh bien, oui, vous ne vous trompez pas, c\u2019est une oeuvre de charité qui s\u2019accomplit ici, entre ces quatre murailles, sous le prétexte d'un travail littéraire.\u2014Ah! j'en étais sûre.Quel original vous êtes! Mais la chose ne pourrait-elle se passer autrement?Pourquoi ne lui donneriez-vous pas des copies à faire chez elle; ou bien entendu des bonnets grecs à soutache: ?\u2014Je reste toujours tête nue.\u2014C'est vrai! Enfin, ne nous écartons pas de la question.Proposez deinain à votre protégée les conditions que je vous ai dites, et surtout ne me manquez pas le soir.Jai annoncé une surprise.Pour vous je n'ai pas de secret: je régale mes invités de la Fée aux oiseaux, une vraie merveille, qui a ébaubi la cour d'Angleterre.L'avez-vous vue?\u2014La fée?Non, pas encore.\u2014Eh bien, que ce soit une attraction pour vous.Il ya là des serns qui savent la géographie beaucoup niecux que moi, des perruches qui ne commettent.pas un anachronisme, des bengalis qui se tirent des opérations arithmétiques les plus compliquées.\u2014En vérité?\u2014C\u2019est comme je vous le dis.Ah! une recommandation Si, par hasard, votre protégée ne pouvait venir, faites-le-moi savoir demain matin à la première heure.\u2014Je puis vous renseigner dès maintenant.Elle n\u2019'acceptera pas.\u2014Et pourquoi?\u2014Parce que je ne lc veux pas.\u2014C'est trop fort! Vous ne cesserez donc jamais de me contrecarrer en toutes choses?\u2014Il ne s'agit pas de vous, princesse, qui trouverez facilement dix doigts mercenaires pour la besogne en question, mais de Mlle de Pontmore. Mars 1926 Ah! cest son nom! Quelque noble aventurière! Dans quel grenier pouvez-vous bien l'avoir dénichée?\u2014Noble, cui\u201d dit-il froidement.\u201cPour aventurière, je vous engage à ne pas répéter ce mot une seconde fois.\u201d Mass la princesse n\u2019écoutait pas.Ses yeux restaient fixés sur la porte vitrée donnant sur la cour.Tout à coup elle se leva brusquement, et sans se donner \u2018te temps d'arranger les plis de sa robe dans leur coquette ordonnance, elle s'éjança vers la porte, qu'elle ouvrit.\u201cMademoiselle de Pontmore! cria-t-elle.\u201cUn mot, s'il vous plait!\u201d C'était bien Bérangère, en effet, qui traversait la cour et s: dirigeait vers la petite porte de sortie.Le comte crut rêver, Depuis un grand quart-d\u2019heure Bérangère avait dû quitter Thôtel.Qui la ramenait à cette heure?\u201cMademoiselle,\u201d demanda la princesse d'un ton hautain, \u201cvous plairait-!! de venir gagner demain soir cinquante francs chez moi?Il s'ag't de tenir le p.ano deptis onze heures du soir jusqu\u2019à trois ou quatre heurss du matin.\u201d Ce ne fut pas Bérangère qui rougit devant cette proposition inattendue.aont elle n\u2019avait aucune raison de supçconner l'iInsolence, mais le comte Woronzoff.Ses veux inncèrent de farouches éclairs, et si la princesse ti'avait pas été occupée, avant toutes choses, de l\u2019aventurière qu\u2019elle cherchait à bies- ser, elle aurait compris que sa cause était à jamais perdue auprès de son cousin.\u201cJe vous ai déjà dit.princesse,» dit le comte, d\u2019une voix dont il s\u2019effoiçait de modérer l'émotion, \"que votre proposition est inacceptable.\u2014Je suppose pourtant que Mile de Pontmore.puisque Pontraore il v a.n'a pas abd.qué sa volonté en prenant les fonctions de secrétaire à l\u2019hôtel Woronzoff.Je suppose aussi qu'elle est assez grande pour me répondre elle-même.\u201d Ja princesse sentait bici qu'elle allait trop loin \u201cen engageant ains: la lutte - un homme de la trempe du comte Serge n'était pas homme à laisser le gant x terre.Mais ia jalouse.l\u2019'amour-propre blessé, le plaisir d\u2019humilier celle quelle considéra.t comme une rivaie, parlaient plus haut que la raison chez l'altière coquette.Quant à Dérangère.ele commençait à comprendre que c\u2019était à ulle, à sa chétive personnalité \u2014elle jugeait ains.\u2014qu'en voulait cette grande dame.Certes, an aucune occasion, la dignité ne lui faisait défaut.mais en présence du maître, elle se senta.t la langue Héc et elle tourna vers lui un regard de détresse.Oh! ce regard, comme ii fut saisi au passage.interprété, commenté de !a plus injurieuse façon! Mais la réponse du cemte vint au secours de celle qui la réclamait.rapide, brève.sans réplique: \u201cEn void déja trop long?dit-il.\u201cet vous retenez là Mile de Pontmore debout, plus que la politesse ne le permet.Vous me demandez si elle a abdiqué sa volonté: oui.en ce qui concerne l'emploi de son temps; 1 m\u2019appartient.LA REVUE POPULAIRE 65 \u201cNe sont-ce pas là nos conventions?ajouta- t-il en se tournant raspectueusement vers Béran- gère.Elle fit de la tête un léger signe affirmatif.\u201cL'inc.dent est donc cios, ma cousine, et j'aurai l'honneur de vous reconduire à votre voiture.\u201d C'était un congé presaue insultant qu\u2019elle recevait là.I ne lui sembia.t pas avoir annoncé l'intention de sc retirer.encore.Elle se jeta.souriante en apparence, sur les coussins gris argentés de son élégant landau.Mais l'orage grondait au fond de son coeur, et, quand sa vo.ture dépassa Berangère, qui cheminait sous la pluie, le long de ia ruc boueuse, elle vit avec une joie triomphante qu'elle avait éclaboussé sa rivale.\u201cDimitri,\u201d dit le comte en rentrant chez lui, \u201ctu t'arrangeras de façon à ce que la princesse Schersky ne me trouve jamais chez moi.» Dimitri ft une proforde inclination de tête.Ses petits yeux verts pétillairnt de satisfaction et le malice.\u201cE:t-de deux.\u2019 dit-11 avec un rire muet, lorsqu'il rentra dans !a petite pièce qui lui servait de retraite, a iui et à ses ch.nchillas.\u201cJ'espère en la troisième.\u201d Le comte aurait été bien surpris s\u2019il avait su que c'était dans ce sanctuaire intime que Béran- gère avait passé plus d\u2019un quart d'heure un instant auparavant.Un sanctuaire, en effet.Partout des images pieuses, des flambeaux, des candélabres, des lampes brûlant nuit et jour devant les saints patrons de la Russie.L'iconostase était voi é d\u2019un rideau de pourpre brodé d\u2019or.C'était là qu\u2019à côté de l'image de ia Panagia se voyait celle de saint Serge, le patron de prédilection de la maison Woronzoff.Tous les Woronzoff sappelaent Serge de père en fils.sinon comme appe'lation usuelle, du moins comme second ou troisième nom.Toutes les filles recevaient au baptême lk nom de Sergia.Mais, encore une foils, comment Bérangére avait-zlle pu pénétrer dans le domaine inviolable de Dimitn?Düt-il sabsenter pour une minute seulement, il en retirait lu clef, qu'il portait suspendue à une chaîne d acier attachée à sa ceinture.} \u2019 Quand \u2018a jeune fille, en sortant du cabinet de travail.avait traverse je vestibule.les valets de ped qui sy tenaient d'erdinaire en étaient absents.Dimitri s\u2019y trouvait seul.I s'avança vers elle d\u2019un air mystérieux et lui dit : \u201cConnaissez vous Newskhy et Newska?» \u2014De réputation seulement.Je ne les ai jamais vus.\u2014Cela vous ferait-1l plaisir de les voir?\u2014Certainement.Beaucoup.» Il lui fit signe de le suivre.souleva une portière, traversa un petit corridor de dégagement qui donnait sur le jardin et.arrivé devant une porte étroite, il s'arrêta: \u201cC'est ici\u201d dit-il avec une grande solennité.Puis il mit la main à sa ceinture, en retira une longue cief et se disposa à l\u2019introduire dans la serrure, 66 LA REVUE POPULAIRE \u201cCroyez-vous,\u201d demanda-t-il, tout en faisant: ces préparatifs zvec une extrême lenteur, \u201cque le petit père serait fâché si je donnais mes chinchillas?\u201d : Bérangère eut sur les lèvres le nom de :a princesse Schersky.Elle se souvenait du désir véhément quelle ava:t exprimé un jour, et supposait qu'elle avait fini par s'en ouvrir au propriétaire des animaux convoités.Elle se tut cependant.Dimitri répéta sa question avec insistance.\u201cJe crois\u201d dit-elle enfin, \u201cque, personnellle- ment, le comte n\u2019a rien à y voir.Ces animaux sont à vous.Vous êtes.par conséquent, bien libre d\u2019en disposer.Sil a paru une fois tenir à ce - que ces jolies bêtes restassent ici, c'était à cause de vous.» La physionomie de Dimitri s'éclaircit singulièrement.\u201cAllons, tant mieux> dit-il.\u201cL'idée m'en était venue hier, et toute idée surgissant le treize dé- cœmbre tourne à mal pour celui qui en est l'objet, si on ne la met pas à exécution\u201d Encore le treize décembre! \u201cJ'ai gardé le lit tout le jour» murmura Dimitri.\u201cSon Excellence a tous les ans la bonté de fermer les yeux là-dessus.Du reste pour lui aussi, c\u2019est une date à ne pas oublier, et j'imagine bien qu'il a d'autres pensées que la mienne pendant ces vingt-quatre heures.» IIs étaient alors entrés dans la chambre.Bérangèré parut surprise et éblouie de l\u2019éclat des lumières, en méme temps que suffoquée par I'odeur qui sexhalait des huiles parfumées et brûülantes.Mais son guide ne faisait pas attention à elle.! était arrêté devant uu rideau de serge noire, faisant face a I'iconostase et semblait apostropher, en la menaçant du poing, une personne in- Visible, cachée derrière ce rideau.\u201cVoulez-vous le voir?dit-il.\u201cJe vous le montrerai à condition qua vous n\u2019en parlerez à personne.\u201d Bérangère sourit.Tous ces mystères pour un chinchilla! \u201cNe riez pas,\u201d dit-i!, \u201celle porte malheur à tous ceux qui- la regardent.C\u2019est un serpent.Son Oeil est aussi dangereux que le venin de sa langue.Pour le bien que je vous souhaite, je n\u2019écarterais pas ce voile si nous n'étions en même temps protégés contie son mauvais œil par la Panagia trois fois sainte, et par l\u2019immortzl sain! Serge.» HI tira alors brusquement le voile noir, et découvrit aux veux de Bérangère interdite une grande toile superbement encadrée.C'était un portrait de femme, un admirable visage, en vérité, pour ceux qui n\u2019ont pas appris à reconnaître une âme à travers les traits.Lignes d\u2019une pureté irréprochable, blancheur mate et veloutée, chevelure splendide se répandant en ondes dorées sur les épaules découvertes.rien - ne manqua:t pour faire de cette belle créature une reine des assemblées mondaines.Elle allait partir sans doute pour quelque fête brillante.Sa robe, d\u2019une riche étoffe de brocart d'argent rehaussée de dentelles, se détachait vic- Mars 1926 torieusement sur un rideau de velours vert sombre qui formait le fond du tableau.Sa chevelure, son corsäge, ses bras, ses épaules, ruisseldient de diamants.; Sa main gauche.du dessin le pius pur, et dégantée, pour laisser voir sans doute la perfection de la forme.plongeait, à demi dans un coffre de bois précieux d\u2019où séchappaient les perles d'un collier.Elle est bien belle!\u201d pensa Bérangère.Mais ces yeux, lumineux et transparents, comme des saphirs.étincelaient d'une joie orgueilleuse qui ne pouvait charmer.\u201cJ'ai vaincu\u201d semb'ait dire cette splendide créature, \u201cj'ai vaincu et je règne.» Et la pose altière de son cou, l'attitude royale de sa tête, le geste impérreux de sa main, tout semblait confirmer l'expression tr.omphanite de son regard.\u201d En ce moment Dimitri triomphait, lui aussi.\u201cQui aurait jamais cru cela ?® murmura-t-il, \u201cElle me traitait comme un chièn.Que de fois sa fine cravache m'a cing'é le visage! Un jour même, elle l\u2019a cassée sur mon dos.Il se mit à rire de son rire muet.\u201cC'était vraiment malheureux! Un si bel objet, monté en ivoire vert incrusté de rubis! Un cadeau de Son Excellence, la tämeuse année pendant la- quelie, à chacun des trois cent soixante-cinq jours, il arrivait avec un présent nouveau! Il était épris, aveuglé.Mai, je ne disais rien, je supportais tout, je ne voulais pas le quitter.Quitter mon maître, autant mourir! Et d\u2019ailleurs, les serfs en ont vu bien d'autres.Et puis, je me consolais, j'espérais que le banleau tomb:rait un jour de ses yeux, et qu\u2019il verrait.» Bérangère ne savait p'us que penser pendant ce long monoiogue.\u201cQuelle cst cette femme?\u201d demanda-t-elle enfin.\u201cNe le savez-vous pes?La comtesse Alexandra, la belle des belles, l'idole de la cour de Russie.Vous vous étonnez.nest-ce pas?Vous vous demandez comment un humble serf \u2014je I'étais encore il y a quelques annees\u2014a le dro:t de garder dans sa chambre un portrait qui se couvrirait d'or à Saint-Pétersbourg.Le droit! je ne l\u2019ai pas.mais je le prends.Le petit père m\u2019avait dit, après les terribles histoires: \u201cTu brûleras cela!\u2019 Mais j'ai trouvé dommage d\u2019anéantr un si beau cadre, un si beau portrait, une si belle femme! \u201cElle méritait le bûcher, certes, et le knout.et la Sibérie, où elle aurait bien voulu en envoyer un autre.) ajouta-t-il après un \u2018nstant de s\u2018lence, \u201cmais Dieu est juste, et, même en ce monde, les méchants finissent par être punis» Bérangêre, en présence de cette exaltation.se repentait d'avoir suivi Dimitri.Il avait paré de chinchilias, et l'aventure tournait tout autrement.\u201c11 faut que je men aîlle> dit-elle.\u201cNe me montrerez-vous pas vus jolies bêtes?\u201d Elles n'étaient pas lon.Dans une petite niche très-soignés, blotties l\u2019une contre l\u2019autre.mais dressant leurs grandes oreilles largement ouvertes à l'approche de la visite \u2018nattendue.Leurs yeux noirs.saillants et v.fs.ava\u2018ent l'air de fuir la lumière; leurs longues moustaches bru- oe ae ar Te = TI TR CR 194 mère ii tion ed on oi, US, der ar Mars 1926 nes et raides s\u2019en allaient presque rejoindre les oreilles.: \u201cPrenez-ies,\u201d dit leur maitre.\u201cVous verrez qu'ils a.ment les caresses, et que pas une bête n'a de plus jolies pet'tes manières.\u201d Mais, en dépit des avances de Bérangère, ils se montrèrent fort intimidés, firent le gros dos, puis se pelotonnèrent de plus belle au fond de leur cachette.\u201cIi faut pourtant qu'îis s'habituent à vous reprit Dimitri d'un ton singui:er, \u201cmon rêve l'a dit.» Il les saisit alors l\u2019un après l'autre et les mit entre les bras de la jeune fille.\u201cEmportez-les,» dit-il, \u201cils sont à vous, sinon pour vous, du moins pour la petite demoiselle, qui s'en amusera.\u2014Mais ils m'échapperont en route\u201d répondit Bérangère, tout en caressant leur jolie fourrure veloutée.dont la fine nuance gris perle était mouchetée çà et là de taches bleuitres.\u201cC\u2019est vrai.Je les porterai chez vous ce soir.Ce sera pour moi une occasion de revoir» Minos, la petite demoiselle au parler si doux, et le bon vieux dragon qui a commencé à me raconter ses campagnes.> XXII Le lendemain, quand Bérangère revint à l'heure accoutumée à l'hôtel Wceronzoff, elle ne trouva personne dans le cabinet de travail.où Dimitri l'avait pourtant introduite sans lu; faire aucune observation, mais après lui avoir demandé, bien entendu, des nouvelles des chinchillas.IIs avaent passé une excellente nuit.Leur petite maîtresse était dans un ravissement inexpri- nAble, et le docteur Koiand avait assuré qu\u2019il trouverait dans ces deux jolies petites bêtes deux auxiliaires puissants pour avancer la guérison de sa malade.®Allons, cela va bien,\u201d murmura Dimitri en se frottant les mains.\u201cC\u2019est le commencement, peut-être?» Bérangère trouva à sa place un billet du comte Serge.Il lui disait qu\u2019il était absent pour tout le reste de la journée, et qu\u2019il la priait de lui rendre un service pressé.Il s'agissait d'aller choisir, chez un éditeur dont son cocher avait l\u2019adresse, une certaine quantité de musique française, qu\u2019il voulait envoyer à Saint-Pétersbourg.Le choix était laissé au goût de Mlle de Pontmore.En sortant du vestibule, Bérangère vit devant la marquise un petit coupé de couleur sombre, sans chiffres.ni armoiries.Le cocher, qu\u2019elle reconnut bien pour aprartenir à la maison, ne portait pas de livrée.\u2019 Elle hésitait, ne sachant ce qu'elle devait faire, quand Dimitri, descendant le perron en toute hâte, vint lui ouvrir la portière.Dès lors ses hésitations prirent fin, et elle se laissa conduire.Le cocher enfila les Champs-Elysées dans toute leur longueur.pr.t l\u2019avenue de l\u2019Impératrice et s'engagra dans le Bo:s de Boulogne.\u201cQuel chemin prend-il donc?) se demanda la jeune fille.\u201cC\u2019est une erreur, bien cer\u2018ainement.Il ne peut y avoir d'éditeur de musique dans ces parages.» > CA REVUE POPULAIRE ow Et pourtant T'erreuf parafssalt impossible chez les gens.du comte Woronzoff, en ce qui concernait leur service, du moins.Cette maison, où l\u2019oeil du maître semblait ne rien voir, marchait d\u2019une façon exceptionnelle.Bérangère, après réflexion, se décida à mettre la tête à la portière.\u201cNe vous trompez-vous pas?demanda-t-elle après avoir hélé le cocher.\u201cNon, mademoiselle» lui fut-il répondu res pectueuseme nt.\u201cMais quel chemin prenez-vous done?' \u2014Celui que m'a ordonné Son Excellence.\u201d I] n\u2019y avait pas de réplique à faire, mais c'était le chemin des écoliers, en tout cas.Bérangère n\u2019eut garde de s'en plaindre.Par cette belle matinéc d\u2019hiver, dans sa solitude presque\u2019 compléte, le bois était charmant.Les arbres dépouillés s\u2019estompaient dans une brume iégère, les rayons du soleil caressaient la surface geiée du lac, et, sur les pelguses de gazon, chaque brin d'herbe pertait à son sommet une petite goutte d'eau glacée, qui brillait comme un diamant.- C'était une nouveauté dans/la vie laborieuse de Bérangère que cette promenade sans but, où rien ne la pressait, où personne ne réclamait ses services.Elle pouvait jouir en paix de œ repos inattendu.Pas de patineurs sur le lac, pas de traîneaux oll s'étalaient les belles dames dans leurs orgueilleuses fourrures.A peine de temps à autre un promeneur isolé, marchant de son pas-le plus rapide, les mains profondément enfoncées dans ses poches, pour les garantir de l'âpreté du froid.Dans quelques heures seulement la vie apparal- trait autour du lac, avec la foule des équipages, stationnant pour mieux voir les prouesses des patineurs.À quoi donc\u2019 pensait Bérangère, assise sur les coussins capitonnés de satin marron, les pieds sur une boule d\u2019eau bouiliante, les genoux recouverts d\u2019une épaisse et précieuse fourrure,\u2014car tout avait été prévu pour que l'air froid du dehors ne pût atteindre la promeneuse?Se disait-elle que le luxe est une chose bien douce, bien agréable, et qu\u2019il était fâcheux de n\u2019en jouir qu\u2019en passant?Songeait-eile à cette \u2018beauté fière et aristocratis que, disparue de nouveau derrière le rideau noir, dans la chambre du serf Dimitri?- Non, Bérangère n\u2019était pas une rêveuse, nous l'avons déjà dit, et s\u2019i lui arrivait parfois de laisser sa pensée s\u2019égarer dans les régions incertaines de l'avenir, ce n\u2019était pas d\u2019elle qu\u2019il était question.- - En ce moment, ella songeait que, l\u2019année prochaine, elle pourrait amener sa malade, affermie sur ses petits pieds, au bord de ce lac que les canards, chassés par la geiée, remplissaient alors de leurs appels plaintifs.On était arrivé à la grande cascade.Pour quiconque avait rassasié ses yeux pendant de longues années des aspects enchanteurs des montagnes pyrénéennes, la grande cascade.comme l\u2019appellent les Parissens dans leur naïf orgueil, devait être d'un médiocre effet, os LA REVUE POPULAIRE Et cependant Bérangère, heureuse de sa liberté nouvelle, jouit pleinement du spectacle qu'elle avait sous ies yeux.Elle oublia les petites Garonnes neigeuses, les sources limpides tombant en écharpes argentées du haut des roches suspendues.Elle oublia le gave torrentueux ombragé par les vieux hétres, les champs de bruyére et de rhododendron, pour admirer l\u2019industrie de l'homme, parvenant à copier, sinon à égaler la nature.\u201cC\u2019est beau> dit-elle, \u201cde trouver cela dans ce grand Paris.\u201d : Il était quatre heures lorsqu'on arriva chez l'éditeur de ia rue Vivienne.Bérangère fit longuement son choix, et le commis qui la servait s\u2019étonna de voir une jeune fille si modestement vêtue acheter tant de musique, et descendre d'une voiture si confortable dans sa simplicté.i Cette musique, \u2014avons-rious besoin de le dire?\u2014 narriva jamais A Saint-Pétersbourg, pas plus qu'un ballot énorme de livres français, achetés de la même façon le lendemain, après une promenade au Bois de Vincennes.XXII On avait atteint le dimanche, et Bérangere rentrait de.la messe, lorsqu'elle fut accueillie par les cris joyeux de sa petite soeur.\u201cJ'ai été bien longtemps, n\u2019est-ce pas?\u201d de- manda-t-elle après avoir fermé la porte.\u201cLe sermon a duré plus d\u2019une heure.Je ne m'en plains que par rapport à toi, car le dimanche t'appartient de moitié avec Dieu, ma pauvre délaissée.» Bérangère, le dos tourné à la fenêtre, où était placé le petit lit de repos, quittait son chapeau et son châle mouillés, sans s\u2019apercevoir de ce qui se passait sur le lit de l'enfant.\u201cAh! ma sveur.\u201d dit celle-ci d\u2019une voix vibrante, \u201cc\u2019est la première fois qu'en votre absence je ne pense pas à suivre les aiguilles du vieux cadran.Regardez donc.N'est-ce pas comme un reposoir de la Fête-Dieu?Et je n\u2019ai pas encore fini! I! y a beaucoup Je choses au fond de la caisse.» Bérangère se retourna, fit quelques pas en avant, et s'arrêta stupefaite.; Ainsi que venait de le dire Stanie, ce côté de la chambre ressemblait à un reposoir.Le lit de repos était couvert de violettes de Parme, de lilas blanc, de roses parfumées de toutes les nuances, depuis la pâle aurore de l\u2019églantine jusqu'au rouge carminé de la rose du roi.i Il y avait loin de cela au petit bouquet de violettes modestes qu\u2019apportait le docteur à chacune de ses visites.Mais Stanie ne se demandait pas _ *d'où lui venait cette pluie odorante.Elle était ivre de joie: elle parlait aux roses, aux lilas, à sa soeur, «it, tout en parlant, elle fa- sait des bouquets, elle assortissait des gerbes, elle tressait des guirlandes, qu'elle défaisait ausr tôt pour avoir le plaisir de les refaire encore.Bérangère était devehue subitement sérieuse.\u201cQui cela peut-il &trer» murmurait-elle.\u201cNous ne connaissons personne, et le docteur n'est pas assez riche pour faire des folies pareilles.Le printemps et l'été en plein décembre!» Mars 1926 Comme elle finissait ces mots, deux petits coups furent frappés a la porte.\u201cC'est le docteur!\u201d s'écria joyeusement la fillette.; Elle avait appris à reconnaître de très-loin le pas de son bon ami, et jusqu'à sa façon de frapper pour s\u2019annoncr.\u201cOh! oh!» dit-il, \u201cqu'est-ce que cela signifie ?Où donc ma petite malade a-t-elle fait une moisson pareille?Dans les champs de roses du paradis, bien sûr.\u2014Si ce n'est vous) répondit l'enfant avec exaltation, tandis que ses joues pâles se teintaient de rose, \u201cc'est un vrai muracle un bon ange du ciel.» Le docteur secoua la tête.\u201cHélas! mon enfant\u2019 dit-il.\u201cj'avoue que je ne suis pas millionnaire, et cette profusion insensée de fleurs.\u2014Oh! des fraises!9® s\u2019écria Stanie, qui continuait à fouiller avec ardeur au fond de l'immense boîte.\u2018 Elle venait de découvrir dans un petit panier fermé une provision de fraises coquettement enfouies dans la mousse.\u201cLes fraises seront pous vous docteur.Vous les aimez, je le sais Mais regardez donc Béran- gère.Elle n\u2019est pas gaie du tout.\u2014En effet,\u2019 demanda le docteur à la jeune fille, qui restait pensive et sérieuse, les yeux attachés sur le parquet, \u201cqu'avez-vous, mon enfant?Pourquoi ne pas partager la joe de Stanie?\u2014Je n\u2019ai pas sa confiance enfantine,\u201c répondit- elle, \u201cet je ne sais pourquoi.mais je regrette que cette caisse ait été ouverte.On aurait dû la rendre au messager.» Stanie serra sur son coeur un grand rameau chargé de boutons et de fleurs d'oranger, qui exhalaient une odeur pénétrante.\u201cOh! Bérangère» inurmura-t-elle, \u201cque c'est joli! Comme cela sent bon! Pouvez-vous regretter quelque chose! \u2014Je regrette de recevoir un présent quand je ne puis dire merci, faute de connaître le donateur.Comprends-tu, ma petite Stanie?Avec ce mystère, il faut se résigner à paraître ingfate, et y a-t-il rien de plus laid que l'ingratitude?\u2014Oh!! mais, je ne suis pas en peine, mot,\u201d répondit l'innocente eniant \u201cJe sais bien que ce doit être un ange.\u201d Le docteur se mit À tire joveusement.Stanie lui lança un regard incigné.\u201cEst-ce que par hasard vous ne croiriez pas aux miracles?\u201d demanda-t-clle d'une voix émue.\u201cSi, mon enfant, autant que vous, plus que vous, peut-être, car J'ai vécu cinq fois votre âge, et j'ai eu l\u2019occasion de voir la puissance miséricord.euse de Dieu s'exercer plus souvent.\u2014Aiors, pourquoi serait-il plus difficile au bon Dieu d'envoyer des fleure à une pauvre petite malade, dont elles feront la joie, que de faire tomber la manne dans le désert, comme le raconte mon Histoire sainte?\u2014Non, bien sûr, mon enfant, rien n'est difficile pour la main qui a tout créé.Je vous accorde d'ailleurs que les fleurs sont une production plus naturelle que la manne; mais la manne tombait directement du ciel, et n\u2019arrivait pas aux Israé- 1 if n nde if ?mas Mri i N de > dl he Ke on leo ne il os Tale fil (is var at Ji ii seal qu ani Mn os It st bon fm mé fi rit is ai [Mars 1926 lites dans des caisses ficeléss et cachetées comme celles-ci.» \u2019 | Stanie laissa tomber un regard de décourage- | ment sur les bouts de corde qui erraient sur son lit, portant encore à leur extrémité de petits fragments de cire rouge.\u201cII faudrait s'informer®* murmura-t-elle, tant la foi au présent miraculeux était robuste dans son coeur.C'est ce que venait précisément de faire Bé- rangére.Elle était descendue sans en rien dire, avait interrogé minutieusement Mme Sapin, mais pont n\u2019était besoin de si amples recherches.Le messager céleste, comme Stanie persistait à vouloir le nommer, avait pris la vulgaire apparence d\u2019un honnête employé du chemin de Paris- Lyon-Méd.terranée.P.L.M.,, disait sa casquette, en lettres d'or, et le collet de sa blouse, en lettres rouges.Il n\u2019y avait rien à payer, rien à savoir de lui.\u201cCes gens-là sont muets comme des poissons,> jaffirma Mme Sapin.Quant à la casse, «lle portait pour suscription : \u201cA mademoiselle Stanie de Pontmore, rue Pavée.n° 15 \u2014Paris» Et dans un angle se voyait sur un papier blanc, en lettres imprimées: \u201cEnvoi de Mme Duluc, successeur d\u2019Alphonse Karr\u2014Nice (Alpes-Maritmes).» Venir de si lo.n pour la petite Stanie, ces belles et aimables fleurs, douil'ettement couchées sur leur lit de mousse et de feuillage! Car c'est bien pour elie, qu\u2019en plein hiver, le soleil d'or de Nice a fait épanouir sous un ciel d'azur, ces admirables 10se-thé.ces roses carminées, ces boutons de Bengale! Stanie se consola avec ces pensées de la déception quelle venait d'éprouver au sujet du messager céleste.Certes, le costume \u2018raditionnel manquait au brave employé du chem'n de fer.\u201cOh! murmura Stanie.\u201cles belles ailes bleues, les robes blanches flottantes, les couronnes de lumière! Savez-vous, ma soeur?\u2019 dit-elle tout haut, \u201cpuisque mes fleurs ne viennent pas du ciel, je vais les partager.Nous prierons le docteur d\u2019offrir en mon nom les plus jolies à ses nièces, je ne gardera: pour moi qu'un bouquet de violettes, et, après que vous aurez choisi, Mme Sapin, portera le reste à la pauvre femme dont vous m'avez parlé, et qui grelotte tout ie jour à la porte de l'église.offrant aux âmes charitables ses pauvres petits bouquets de deux sous.» L'idée de Stanie, jugée excellente, fut approuvée à l\u2019unan/mité.Ce jour-là, à l'issue des vêpres, les fidèles qui sortaient de l'église Saint-Paul furent bien surpris de voir sur l\u2019éventaire de leur veille marchande des fleurs à faire envie au printemps lui-même.En quelques minutes tout fut enlevé, moyennant force pièces blanches, et la pauvre marchande, relevée de faction bien avant l'heure accoutumée, grâce à son gain inattendu, entra dans l\u2019église remercier Dieu, et le pria pour une petite malade, ainsi que le lui avait recommandé Mme Sapin.Chez le docteur, les choses se passèrent moins agréablement.Mme Rolznd déclara de son ton le plus serré que ses nièces étaient assez grandes pour LA REVUE POPULAIRE @ savoir se conduire elles-mêmes, mais qu\u2019il était fort heureux que ces fleurs d'aventure ne lui eussent pas été offertes, à elle.car elle se serait empressée de les faire jeter au coin de la borne.- \u201cJe n'ai jamais aimé les aventures ni les aven- turieres,\u201d ajouta-t-elle en guise de péroraison.Le dimanche suivant, même envoi de Nice pour Mlle Stanie de Pontmore.La caisse était de dimension semblable.Les fleurs seules variaient, toutes fleurs de montagnes, comme dans les Pyrénées, fit observer Stanie,- qui était déjà très forte sur la flore du pays natal: bruyéres, rhododendrons, narcisses, géraniums, valérianes, et surtout ces jolis lis sauvages, aucæ lice mêlé de violet et de brun.\u201cVraiment, ma soeur\u201d disait Stanie en déposant ses nouveaux trésors, \u201cc\u2019est bien extraordi- - naire.Que de choses me sont arrivées depuis peu de temps! Mon brave Minos, sa voiture et les livres, mes jolis chinchillas, et maintenant ces fleurs plus belles que tout ce qu\u2019on voit à Paris chez les grandes bouquetières.> Le rapprochement de ces trois innocentes aventures.fait sans mégarde par la naïve enfant, couvrit d\u2019un nuage pourpre le visage de Bérangère, que ce second envoi avait rendue encore plus sé rieuse que le dimanche précédent, XXIV A cette même heure, le comte Woronzoff travaillait seul dans sa grande bibliothèque.Il leva la tête en entendant sonner midi.\u201cLa caisse doit être arrivée, certainement,» murmura-t-il.\u201cJe voudrais bien savoir ce qu'elle imagine.» Puis il passa la main sur son front, et reprit la plume.! Chose étrange.Voiià ce qui se lisait au milieu d'une page hérissée de citations, de dates, de textes obscurs: \u201cDe quelle couleur sont ses yeux?Je me le suis déjà demandé cent fois sans trouver la réponse.\u201cParfois il me sembie qu'un flot d\u2019or les traverse; parfois ils paraissent sombres comme la nuit; puis, le jour se !ève.et je salue le pur azur\u201d S'agissait-il de l'Egyptienne Cléopâtre, de la grande Sémiramis, de la brillante Aspasie?Quel poëte grec ou latin avait ainsi chanté les yeux d\u2019une beauté antique?Le comte le savait sans doute.Il sourit en se relisant, déchira le feuillet énigmatique, et ouvrit le tiroir secret de son bureau, où nous avons commis déjà quelques indiscrétions, pour tâcher de nous éclairer sur ie compte de cet homme impénétrable.Voici ce que nous pourrons lire süF-un agenda de cuir de Russie.dont les fermoirs d'acier ne s'ouvrent qu'à l'aide d'une clef, une vraie clef, sérieuse, ouvrant bien, et fermant mieux encore, comme celle d\u2019un coffre-fort: «.Si l'on pouvait se fier aux théories de Dar- kin, concernant l\u2019origine des êtres, je serais assez porté à croire que cette jeune fille compts \u2018une sirène au sommet de son arbre généa'og'que.\u201cQuelle musique que cette voix chaude, flexible, vibrante! Un timbre d\u2019or, grave, ému parfois. nN LA REVUE POPULAIRE \u201cPuis tout à coup une mélodie cristalline et perlée dont les accenis sympathiques et char- Mants vont à l\u2019âme et !a captivent! Quel enchan- eement pour moi que cette rare parole ! Lorsqu'après l'avoir entendue, admirée, quand je voudrais en garder à jamais l\u2019écho, il me faut sub.r les insipides monologues d'Olga, débités par sa\u2019 voix de tête, naturellement fausse, je su:s tenté de lui dire: \u201cSilence, sotte perruche ! Osez-vous \u201cparier quand le rossignol chante?» \u201cBérangère! nom étrange et charmant! Je sais par le docteur qu\u2019elle n'est pas née au pays basque, mais à Athènes, où son père, amateur de l'antiquité, s'était fixé pendant quelques années.Ainsi, c'est sous ce cie} poétique et privilégié que cette fleur charmante s\u2019est épanoure.C\u2019est sur cette terre classique de la beauté que son visage a pris ces lignes si nobles, si enchanteresses dans leur harmonie, visage de jeune déesse, ava.s-je pensé la première fois que je l\u2019ai vue.Praxitèle l\u2019au- tair enviée pour son ciscau.Mais non.ce ne sont pas les souvenirs du paganisme que Bérangère évoque.Avant tout Bérangè-e est une Vierge chrétienne, Ainsi devait apparaître aux yeux ravis Cymodocée, lorsqu'e!le renonça au culte mythologique pour adorer le vrai Dieu.\u201cC'est une excellente rège d\u2019hygène morale, d'écrire ainsi ses pensées à mesure qu'les débordent du coeur trop plein.En me re:isant, je puis voir le bien-être relatif que j'éprouve déjà.Suis- je encore le même homme que l\u2019année précéden- ter A-cette époque, j'avais perdu jusqu'à la curiosité de vivre, ce detnier lien qui attache ici- bas ceux auxquels il ne reste plus d'espérance.Mantenant J'essaye de recueillir ma consc'ence errante au mi.ieu de I'agitation et de la vie.L'ombre s'étenda\u2019t.s'épaississait de plus en plus, mas la nuit s\u2019est retirée peu à peu devant cette lumière nouvele.Osera.-je la nommer ?Même ici, derrière ce voile protecteur, je recule à livrer mon secret.On l\u2019a dit il y a longtemps : les sentiments les plus purs sont en même temps les plus craintifs, et c'est blesser leur pudeur que de les tirer de Fobscur'té pour les mettre au g-and jour.Mais ce charme mystéiieux et tout puissant.n'ai- je pas essayé de m'y soustraire\u201d N\u2019a\u2019-je pas dt cent fois, mil'e fois, peut-être: Arrière, séduisants tantômes, légion de chinières fasc/natrices ! Et, malgré moi, cette figure sereine et charmante venait hanter mes pensées du jour, mes rêves de la nuit.J'entendais sans cesse retentir à mes oreilles cette voix d'yne suavité çénétrante, qui me par:e dans le secret du coeur un langage que- je n'avais jamais entendu jusqu\u2019à ce jour.\u201cQu'a-t-elle fait pour s'emparer ainsi de tout mon être?L'innocente créature, qui a encore dans les yeux et sur ies lèvres la candeur de l\u2019enfance, serait bien étonnée si elle lisait ces lignes toutes pleines d'elle.Elle me redoute, je le vo.s bien.Loin de deviner une sympathie que tous mes efforts tendent à lui cacher, ele a peur de moi! \u201cPeur! Eh bæn, tant mieux! Voilà ce qu: me rassure.Je pourrai la conserver a\u2019\u2018nsi des années, peut-être! Si elle devenait plus cla,rvovante, ce serait ma condamnation, je la perdra.s sans retour.ou au.Mars 1926 \u201cJe ne suis pas ma\u2018heureux' Quand bien même sa présence ne devrait jumas être pour moi qu'une .ueur fugit.ve pénetrant dans l'obscurité, un rayon passager qui glisse dans le sombre cachot, et vient éclairer un instant le malheureux prisonnier, cet instant scra.t pour moi celui de la grâce et du salut.\u201cJ aurais appris auprés d'elle \\e sens divin de la vie; j'y aura.s vu que :es souffrances de ia pauvreté.les privations, les oppressions subies, les injustices souffertes ne compient pas pour une âme qui sait s\u2019élever vers Dieu.\u201cElle m'aura enseigné que le but le plus élevé, le p:us enviable dans notre course d\u2019ici-bas.ce n\u2019est ni le plaisir, n.la richesse, ni la scence, n la gloire, ni les honneurs, et que le sort le plus désrable n'est pas .e p.us heureux suivant les idées- humaines.» XXV Un soir Bérangère était restée à son travail plus longtemps que dé coutume.Absorbé dans ses réflexions, le comte Serge avait laissé passer les heures, et, quand il donna congé à la jeune fille, ia nuit était venue depuis iong- temps.\u201cVous ne pouvez vous en aller seule.\u201d dit I; je vais sonner Dimitri.qui vous accompagnera.Vous le préférez à tout autre, n'est-ce pas?\u2014IL est inutile de déranger Dmitri ou qui que ce soit,® répondit-elle.\u201c] ai l'habitude de Paris à toute heure.\u2014Comme vous voudrez\u201d ajouta-t-il d\u2019un ton qu\u2019elle trouva mo.ns qu'aimable, brusque, s\u2019il faut tout dire.Elle n'avait pas fait cent pas dans les Champs- Elysées, qu'e::e se repentic d'avoir refusé un protecteur.Deux hommes, qui la suivaient Cepuis sa sortie de l'avenue Gabrielle, s\u2019approchèrent d'elle et lui demandèrent l'aumône dun ton menaçant.Bérangère pressa le pas, mais ils n\u2019eurent pas de peine à se ma.niçnir a sa hauteur.L'un se placa à droite, j\u2019autre à gauche.et la menace allait tourner à l\u2019insulte, lorsqu'un homme de haute taille, enveloppé dans un long manteau, fondit sur a dangereuse escorte qu\u2019il mit en fuite en présentant le bout d'une canne à érée.L\u2019acier avait lui sous la clarté d\u2019un réverbère.Il n\u2019en avait pas fallu dävantage pour effaroucher les deux lâches.Pâle, tremblante, se soutenant à pe.ne, les yeux à demi c'os par l'émotion, Béran- gère voulut remercier son sauveur, mais il avait disparu.\u201cEtrange ressemb'ance!® murmura-t-elle \u201cCette haute stature, cette voix mpérieuse!.Mais non,\" cene peut être lui!\u2026 Je l'ai laissé au coin du feu, et ne songeant guère à scrtir.» Si Bérangère\u2019 s'était retournée un instant après, elle aura.t vu l'homme au grand manteau la suivant pas a pas, dun peu loin, A la vérité, mais assez près encore pour pouvoir lui porter secours en cas de danger.Les jours suivants, le mystéreux protecteur se retrouva à son poste sans que la jeune fille protégée en elit conscience.1! la suiva.t patiemm.nt, sarrêtant quand elle s'arrêtait, ralentissant ou [a 5 19 Même me CU, it rey ta [Ucès wil et os pa: qu alk ard jd an: à je avait elle nn : fe, oi pe | sur ji 201$ Mars 1926 pressant sa marche, et choisissant les zones d\u2019ombre tandis qu\u2019elle recherchait les parages éclairés.Un soir, il la vit s'arrêter tout à coup, à l\u2019entrée de la rue Saint- Antoine, devant une pauvre femme assise, ou plutôt à demi couchée au seuil d\u2019une porte, comme épuisée de faim et de fatigue.C'était une italienne, jeune encore, et belle sous ses pittoresques haillon s.Elle portait un enfant à son sein: un autre était couché en travers sur ses genoux, à demi endormi, et un troisième, l'aîné de la famille, pleurait tout bas, et tendait timidement la main aux passants.Bérangère mit la main à sa poche, en tira quelque menue monnaie, qu'elle donna au pauvre petit solliciteur, fit deux ou trois pas en avant, puis, s'arrétant comme indécise retourna en arrière.\u201cVous avez faim, sans doute, mes pauvres pe- ttsi\u201d dit-elle d\u2019une voix si douce, que l\u2019Italienne saisit le bas de sa robe et l'embrassa dévotement dans sa reconnaissance.\u201cSuivez-moi a quelques pas d'ici, nous y trouverons de quoi vous réconforter.» La pauvre femme se leva avec effort, mais ranimée déjà par l'espoir qui lui était offert.Quant aux enfants, avec l\u2019heureux instinct de leur âge, ils devinèrent à qui ils avaient affaire, et s'accrochèrent à la jupe de Bérangère, comme s'ils redoutaient de la voir les abandonner.Ils arrivèrent ainsi dans un honnête petit res- täurant que Bérangère savait être tenu par un i du ménage Sapin.Elle se nomma, fut accueillie avec le plus grand respect, et commanda une bonne soupe bien chaude pour ses protégés.Les enfants se jetèrent avidement sur cette manne inespérée.Quant a la mère, avant de porter la première cuillerée à sa bouche, elle jeta un regard de reconnaissance sur sa Providence visible, sur cette belle jeune fille dont le visage rayonnait d'une joie divine.\u201cPardonnez-leur,\u201d muriura-t-elle avec émotion.\u201cIls avaient si faim!» Après la soupe, on apporta un plat de viande, un ragoût substantiel, dont les pauvres petits affamés se léchèrent littéralement les doigts.\u201cComme c\u2019est bon, hein!® se disaient-ils l'un à l\u2019autre.\u201cOh! mère, que la bonne dame est bonne!» Et, rassasiés maintenant, réchauffés, désaltérés, ils avaient repris la gaieté de leur âge, et remplissaient de leurs éclats de rire la petite salle déserte où Bérangère les avait fait installer.Quand jl fut parti, Bérangère ne voulut pas les laisser aller les mains vides.On enveloppa la moitié d\u2019un pain et un morceau de viande froide dans un grand journal, et le digne propriétaire ajouta, à titre de don gratuit, une bouteille de vin pour la pauvre mère nourrice.\u201cVous me la rapporterez dans deux jours) dit- il, \u201cet il y aura encore de la soupe pour vous et pour les enfants.» \u201cMon Dieu!> pensait Bérangère en continuant sa route, \u201cque les riches sont heureux! Nourrir ces pauvres abandonnés, leur donner l'abri d\u2019un toit.quelle source de bonheurs ineffables !> Elle ne savait pas, en formant ce voeu compatissant, qu\u2019à partir de cette heure où Dieu les , \u2018che que vous avez reçue tout à l'heure.Elle me LA REVUE POPULAIRE 71 avait mis sur son chemin, l'Italienne et ses enfants ne connaîtraient plus Jamais la misère.Pendant que, semblable à l\u2019ange de la Charité, elle n'avait d'yeux que pour les pauvres petits que sa\u2019 générosité nourrissait, d\u2019autres regards, pieusement avides, contemplaient avec émotion cette scène touchante.Vingt fois le protecteur mystérieux de Béran- gère avait essuyé la buée qui couvrait les vitres avec son mouchoir de fine batiste, Puis, -quand la petite troupe s'était séparée de la jeune fille, après mille bénédictions d'une part, et promesse de se revoir de l\u2019autre, le monsieur au grand manteau avait suivi l'italienne et l\u2019avait abordée délibérément.\u201cNe craignez rien\u2019 lui dit-il en voyant son mouvement d'effroi; \u201cà partir de ce soir, votre sort et celui de vos enfants sont assurés.Bénissez Dieu, qui vous a fait voir un de ses anges!» Et comme la pauvre femme le regardait sans comprendre, d\u2019un air ébahi, il lui mit dans la main tout l'or que contenait son porte-monnaie.\u201cEn retour\u201d dit-il, \u201cdonnez-moi la pièce blan- portera peut-être bonheur, à moi aussi.I! y a des mendiants de toutes sortes,\u201d ajouta-t-il à voix basse.Trois jours après, l\u2019Italienne allait raconter à Bérangère l'étrange aventure qui avait suivi ces humbles agapes de la -charité.Mais tout n\u2019était pas fini là.Un monsieur qui ne s'était pas nommé avait placé l\u2019aîné de ss enfants en apprentissage, le second à l\u2019école, et elle-même, avec son dernier né, dans une bonne chambre où rien ne manquait, et où lui serait fourni l'ouvrage qu\u2019elle était capable de faire./ XXVI { Un matin, en décachetant le courrier nouvelle ment arrivé, comme elle le faisait chaque jour, Bérangère trouva la lettre d\u2019un solliciteur qui demandait au comte, dans les termes les plus humbles, la permission de lui dédier un ouvrage sur la Russie.\u201cI! ne fallait pas me lire la lettre, si vous vouliez gagner mon intérêt pour votre protégé,\u201d répondit le comte aux sollicitations de Bérangère.\u201cVous savez que j'ai peu d'estime pour les flatteurs de profession.\".\u2014Je ne le connais pas,\u201d répondit la jeune fille timidernent, \u201cmais il meurt de faim! \u2014Fh bien, envoyez ce que vous voudrez.\u2014Cinquante francs?\u2019 murmura-t-elle d'un ton interrogateur.\u201cCela n\u2019en vaudrait pas la peine.Mettez un billet de cinq cents francs.i! les doit à votre intercession,» ajouta t-il presque durement.\u201cQuant au livre, renvoyez-le, il peut trouver à le mreux placer.\u201d Bérangére releva la téte.\u201cOh! non, dit-elle courageusement, mal, ce serait effacer le bienfait.\u201d 1! la regarda en silence, puis, à demi-souriant: \u201cAu fait, agissez comnre bon vous semblera.\u201cNe vous étonnez pas,\u201d reprit-# au bout dun instant, \u201csi je ne suis pas précisément pourvu de toutes les vertus chrétiennes; mon père était un \u201cce strait i i 4 ; i A iH a I IB 72 - sceptique en matière religieuse.11 y a encore quelques Russes dans la haute société qui sont restés \u201c des adeptes de votre Voltaire.) Bérangère fit un geste pour protester.\u201cOh! pardon,\u201d ajouta-t-il.\u201c Je reprends ce votre injurieux.I! ne peut y avoir rien de commun entre cet homme 3 !esprit infernal, au masque diabolique, et.» I! s'arrêta subitement et la fixa avec une attention dont elle fut troublée.\u201cMa mere était une fervente catholique, en sa qualité de Hongroise.Elle ava.t fait promettre au comte Michel Woronzoif, en lui accordant sa main, que les enfants à naître de leur union s- raient catholiques, apostol ques et romans.Mon père promit avec une parfaite indifférence.Je fus donc baptisé; mais ma mère mourut quelques années après ma naissance, et je vous laisse à penser ce que fut mon éducation religieuse entre les mains d'un père voltairen.\u201cVous ne pouvez vous imaginer) reprit-il après un instant de silence, \u201c\u2014je ne parle pas seulement de moi, mais de tous ines confréres en incréduité, \u2014ce qu'il y a de stérile, de désolé dans le coeur d'où la foi est bannie, désert sans limites, et pourtant sans horizon.Et quel ver rongeur que cette foi persistante qui le poursu.t! quel involontaire et douloureux hommage envers ces superstitions qu'il voudrait bannir! \u201cJe n'ai jamais eu la haine des choses saintes.J'en ai eu quelquefois l'émotion, et toujours le respect; mais cette moelle généreuse dont se nourrissent les croyants, cette moelle qui les soutient dans le combat de la vie\u2014the struggle for Life, comme disent les Anglais\u2014il faut la sucer avec le lait, plus tard il n\u2019est plus temps.\u2014Oh! que non! s\u2019écria Bérangère avec une exaltation qu'elle ne chercha pas à dom'ner.et en levant vers le ciel un regard empreint d'une foi profonde.\u201cPour vous, jeune fille, reprit-ii comme s\u2019il ne l'avait pas entendue, \u201cvous avez reçu d'en haut le plus précæux des dont: une foi naïve et confiante que rien n'ébranle, que rien n\u2019altére.Vous descendrez le cours de la vie telle que les Ind'ens qui, au passage de ces dangereux rap des, si fréquents dans leurs fleuves d\u2019Amérique, s'étendent immobiles au fond de la barque, et, sans se permettre un mouvement, attendent insoucieux ce que décidera le grand Manitou.\u2014La résignation n\u2019est pas le fatalisme,\u201d répondit doucement Bérangère.\u2014 Quoi! n\u2019avez-vous jama's envié le sort de ces heureux du jour qui vivent dans les délices ?Quand, en retournant chez vous, vous rencontrez, vous éclaboussant de son luxe, de sa richesse, de son insolent bonheur, une jeune femme au front triomphant, à demi couchée sur les moelleux coussins de sa vo.ture, dont eile semb'e faire un char de triomphe, ne vous dites pas: \u201cMa place \u201cserait 1a, MO: qui suis belle, p'us bzlle qu elle, \u201cpeut-être, qui vaut mivux, à coup sûr\u201d> Bérangère rougt jusqu\u2019a la racne de ses cheveux dorés, mais son oei resta calme, et son f.ont devint p.us grave.\u201cMa place est où Dicu l'a marquée\u201d d't-e!le d'une voix émue; \u201cje n\u2019en souhaite pas d\u2019autre.> LA REVUE POPULAIRE Mars 1926 XXVIT Qu'\u2019allait-11 donc chercher le soir dans l\u2019église déserte?Peut-être l\u2019écho des prières d'un coeur pur, car lui ne priait pas encore! Peut-être la trace de l\u2019ange qui lui était apparu sous un visagz de femme.Nous ne savons.Ma.3 b.en souvent le bedeau, en faisant sa tournée avant la fermeture des portes, avait été obl.gé de l\u2019avertir du geste et de la voix.\u201cOn ferme» répétuit-ii sur un ton monotone.\u201cOn va fermer.» Et il agitait bruyamment son trousseau de grosses clefs dans le vois nage de ce personnage mystér:eux.qui ne regardait ni les tableaux.ni l'autel, mais qui se diss nu'ait derr.ère un p'lier, comme un malfaiteur.attendant patiemment sa proie.Non, ce n'était pus nun voleur.Cet homme sortait de l\u2019église comme il y était entré, sans prendre de l'eau bénite, il est vrai, sans faire de génuflexion devant l\u2019autel, mais il donna.t une pièce d\u2019o: au pauvre bo.teux qui lui tendait le goup'llon;\u201d il en distribuait quelques autres à l'aveuge et au paralyt que, qui se dis- putaent les la:gesses des fidèles à la sortie de chaque office.Parmi ces fide'es, aucun n\u2019avait l\u2019air plus absorbé, plus recuellli, pius saintement épris de la vieille églse que l'homme au manteau de fourrure, comme ava\u2018ent fini par le désigner la loueuse ce chaises, le bedeau er son frère le sacristain.Il restat là pensf.le, yeux à terre, pendant que la foule s'écoulait.Oui, la foi descendait.Le fiat lux se fa'sait peu à peu dans ces ténèbivs.L'âme commençait à pap.ter sous atte cerpveloppe que Bérangère croya.t de bronze ou cœ gran t.\u201cJe suis entré dans ror ég'ise,\u201d d'sait l\u2019agenda aux fermoirs d\u2019acer.\u201cH faisat nut déjà.La lampe du sanctuaire éclairait faiblement le haut de la nef, et laissait dans l'ombe les plers é.an- cés ansi que les chapel'es profondes.Une seule, rempl e d'ex voto, était encore illuminée par des c.erg.s nombreux qui acheva'ent de se consumer.gages touchants de foi et d'espérance apportés !à par d'humbles femmes, par des mères déso!ces, par des énouses anxieuses, attendant et réclamant le < gare divin *Je n:approchai Un groupe en marb.e aitna mo._.\u201cUn ange rad'eux, ur p.ed attaché à la terre.mas les aies déployées.comme s'il était prêt à prondre son vol, montrait le ciel d'une main et tendat l'autre à un malheureux mortel qui sembla't écrasé sous le poids d\u2019un fardeau sans nom.\u201cL'ange lui ressemb'ait.Le m.sérable.c'était moi.E.le me montre le ciel, elle aussi.Peut-être pourra/-je me redresser, briser les chaînes qui m\u2019é- tregnent, s.ele en vient à me tendre sa main secourable.\u201cHé'as! que'le amère dér\u2018sion! Quand bien mé- me elle le voudrait, un abîme nous sépare.Je ne dois jama s l'oub!ler.En van sa douce ¢ arté rayonne comme celle «le ! etoile que le prisonnier contemple ému à travers les fenêtres de son casa.Qui.| | jr a | Mars 1926 chot.Si cette pure lumière demeure visible à ses yeux, l\u2019éto.le reste au cel et ne descend pas se mêler à la fange d'ici-bas.> RAFUTSHNODOVHASS(GATNUSGQA00ONA0AEN4 GREAT AN 010100000000 000000 \u201cCe n'était pas une illus'on, l'autre soir, Elle ressemb'e en réalité à ce bel ange sccourable.Lorsque je l\u2019ai revue le lendemain en ple.ne fu- mière, il m'a semblé tout à coup lui voir pousser des ailes d'azur.7 \u201cMais sa beauté seule n\u2019aurait pas.touché mon coeur.\u201cJe l'ame, non pas parce qu'elle est à mes yeux la plus bel'e créature qui soit jamais sortie des mains de Dieu; je Faime parce qu\u2019elle est la meilleure et la plus pure.\u201cJaime mieux me la représenter\u2019 telle qu'elle m'est apparue un so\u2018r, comme une image vivante de la Charité, abritant dans sa robe, préservant de la faim et de la bise ces deux pauvres petits qui gre'ottaient de froid, au seuil d\u2019une porte de ce riche Paris.Et ma\u2019gré moi je la revois paisible et sereine dans le cadre modeste cù sa vie se renferme, ennoblissant les objets les plus humbles, vivifiant les plus inertes, ressucitant les coeurs qui se sosomessns croyaient morts à jamas\u201d DEUXIEME PARTIE Russie i Cinq ans auparavant, il n\u2019était bruit, à la cour de Russie.que d\u2019une nouwlle étoile qui venait de se lever à l'horizon, et qui menacait d\u2019éclipser toutes les autres par son éclat vainqueur.Elle se nommat Alexandra de Bergstein, et jouissait de la faveur de la grande-duchesse héritière, une princesse allemande qui l'avait amenée avec elle de son pays natal, lorsque, pour mettre sa main dans la main qui devait tenir un jour le sceptre de toutes les Russies, elle avait pris à jamais la route de l'exil.Cette faveur, jointe à une beauté incomparable, devait tenir lieu de dot à Alexandra de Berg- stein.Sa mère, veuve d\u2019un comte de l\u2019Empire, à peu près ruiné, l\u2019avait confiée en mourant, l\u2019année précédente, à la jeune princesse, dont elle avait fait I'éducation.Celle-ci ava.t accepté le legs, et, lors de son mariage, on l'avait vue arriver à Saint-Pétersbourg avec Alexandra de Bergstein, devenue la première demoiselle d'honneur.Personne ne portait avec une grâce plus fière, sur une plus blanche épaule, le noeud de diamants au chiffre de l\u2019AJtesse impériale.Personne ne savait vomme Alexandra fasciner les regards, attirer les hommages et charmer les coeurs.Personne ne s'entendait comme elle à rouler avec une touchante candeur sa prunelle de saph'r, qui rayonna.t rariois de tous les feux du diamant, Il va sans dire que mille papillons de la plus haute volée vinrent, dès le premier jour, brûler LA REVUE POPULAIRE 73 leurs ailes au miroïr de flamme de ces beaux yeux.Mais Alexandra ne se souciait guère d'un pareil encens.C'était une femme pratique, aux visées hautes, qui, depu.s quelle était en âge de réfléchir et de comprendre, avait avancé dans la vie avec uné idée fixe: faire un briilant mariage.Et par là, la jeune ambitreuse entendait non- seulement l'alliance d'un beau nom, d\u2019une haute pos.tion à la cour, mais encore, et, plus encore peut être, une grande fortune, de l'or à remuer à la pele, des millions à aligner les uns au-dessous des autres, des d.amants à faire pâlir de jalousie ses rivales en beauté.Tous ceux qui possédaient une fortune médiocre, fussent-ils princes et favoris du souverain, furent repoussés avec perte, lorsqu'ils se.hasardèrent à mettre aux p.eds de la belle dédaigneuse leur coeur et leur main.\u201cQue veut-elle donc?A quoi aspire-t-elle?se demandaiton dans le cercle familier de la grande- duchesse, Enfin, un soir de novembre, quand le palais d'hiver étncelait de inille feux, et qu\u2019Alexandra n\u2019avait jamais paru si belle dans le nuage de tulle blanc dont elle aimait d\u2019ordinaire à entourer sa beauté, le comte Serge Woronzoff, qui arrivait de Vienne, où il avait rempli une mission diplomatique de la plus haute importance, fut présenté à la belle fille d'honneur.Elle lui fit un accueil piein de réserve, mais en même temps si flatteur dans sa grâæ modeste, que personne ne douta que ce ne fût Ià l\u2019élu désigné par le sort, s\u2019il voulait prendre la peine de se faire agréer.Alexandra.avait été ben renseignée.Elle savait que ce grand seigneur sceptique, qui ne se souciait guère pour lui des choses rel g'euses, par un étrange illogisre, plus commun qu\u2019on ne pense peut-être, y tenait sincèrement pour le compte de celle qui deva.t être sa femme.I considérait la piété dans une jeune fille comme une grâce de plus: il estimait que l\u2019émotion des choses saintes mettait une auréole poétique autour d\u2019un front pur.Elle était restée pieuse, douce et bonne, six mois, un an, précisément le temps nécessaire pour asservir l'homme confiant qui avait eu le tort de plier une fois les genoux devant elle, Un jour il se réveilla.Le bandeau tomba de ses yeux, et, dès lors, il reprit l'autorité d\u2019une main ferme.Elle essaya de la lutte: elle pria, elle supplia, elle pleura.Mais c'en était fait désormais de l\u2019a- narche, du gouverneinent du plus faible.Le souverain lég'time, qui avait abdiqué un [ns- tant ses droits, les revendiqua hautement, et parut décidé à les exercer sans conteste.Elle se soum.:t en apparence, car elle vit bien que ses artifices seraient désormais en pure perte, qu'il était résolu à ne pas retomber sous le joug, et qu'il resterait le maître\u2014un maître sévère, en vérité.Il y avait un pont cependant où toute consolation était laissée à Alexandra: l'argent.Ainsi que dans ses réves de jeune fille, elle le maniait à pleines po.gnées, il glissait entre ses 74 doigts menus Pour se transformer en perles, en rubis, en diamants, les sculs êtres qu'elle aimât d'une tendresse sincère.: Aussi, en la voyant, partout, toujours, la plus belle et la plus parée, le monde la jugeait heureuse.Il ne sétonnait pas de ne plus voir sans cesse le comte Serge à ses côtés.Qu'importe l\u2019unian des coeurs?La belle comtesse n\u2019habitait-elle pas un palais qui pouvait rivaliser de luxe avec les palais jmpériaux?Ne citait-on pas ses atteiages, ses traineaux, ses dentelles, ses fourrures spiendides, l\u2019élégance de ses livrées, et surtout ces fameux diamants, que le schah de Perse lui aurait enviés, prétendaient les flatteurs?N'avait-elle pas un cuisinier français, formé à la savante et délicate école du baron Brisse?Ses fêtes n\u2019étaient-elies pas les plus brillantes, les plus recherchées du grand monde, les mieux organisées, pour tout dire?Oh! oui, elle s'entendait à merveille à semer autour d\u2019elle, non pas pour la charité, mais pour la satisfaction de son luxe égoïste, les roubles que ne lui refusait jamais [shiieff, l\u2019intendant du comte, la perle et le phénix des intendants, car il était aussi intègre qu'habile.oo A l\u2019heure où nous sommes de cette histoire, tout Saint-Pétersbourg avait les yeux fixés sur le palais Woronzoff.On savait qu'il se préparait dans l\u2019opulente demeure une de ces fêtes feeriques dont les chroniques mondaines sont si friands dans tous les pays.Une grande galerie, revêtue de glaces, avait été construite pour faire suite aux quatre salons, jugés cependant insuffisants à contenir la foule brillante des invités.Dans l'embrasure de chaque porte-fenêtre devaient être placés, au milieu de massifs de fleurs et de feuillage, et das des vasques immenses de porphyre, d'albâtre, de marbres de différentes sortes, des blocs énormes de glace limpide comme du cristal de roche, qui, par un ingénieux appareil, pouvaient être renouvelés à mesure que la chaleur les ferait fondre.Des trophées d'armes, des armures complètes, des tapisseries gothiques, des plantes tropicales, bananiers et palmiers, à faire rêver du Brésil, achevaient la décoration de cette salle de bal sans pareille, Quant aux invités, tous costumés,\u2014 c'était de rigueur \u2014ils porteraient ies plus beaux noms de la Russie.On disait même tout bas que, A fa faveur d\u2019un domino inviolable, la grande-duchesse devait venir honorer pendant quelques instants de son auguste présence la demeure de sa favorite.La veille de la fêts, après un déjeuner silencieux, la comtesse Worouzoff suivit son mari dans la pièce qui portait je nom de fumoir, et où 1 se retirait d\u2019ordinaire, à la suite du repas du matin, pour prendre cennaissance des journaux tout en fumant.\u201cEn vérité, comte\u201d dit-elle d\u2019un ton mutin, \u201cvous êtes le seul à Saint-Pétersbourg qui ne vous occupiez pas, à l'heure qu\u2019il est, de mon costume.\u2014Je vous ai laissée souveraine maîtresse d\u2019arranger tout cela à votre fantaisie, et, pourvu que ~ LA REVUE POPULAIRE Mars 1026 vous n'ayez pas pris un rôle mythologique, ma chère, tous les autres me semblent bons.\u2014Vous le savez, j'ai renoncé à Diane chasseresse après votre sévère déclaration.Que diriez- vous.d'une Aurore ?L'\u2019aurore est de tous les temps, il me semble.\u201d Le comte ne put s'empêcher de sourire.La comtesse posa le doigt sur un timbre à sa portée, et Macha, la première de ses caméristes, passa son visage coquet dans l\u2019entrebâillement de la porte.\u201cDites à Nadia de vous aider à apporter ici mon costume.M.le comte désire le voir» Le comte fit un geste de dénégation.Mais l'ordre était donné, et s\u2019exécuta en moins de rien.Bientôt le divan, les fumeuses, la table du milieu, furent couverts de flots de tulle, de gaze diamantée, et de satin fleur de pêcher.\u201cC'est une nuance difficile à soutenir, n\u2019est-æ pas, Serge?» demanda-t-clie.\u201cMais c\u2019est bien !à le rose de l'aurore.Qu'en pensez-vous.\u2014\u2014Vous êtes, ma chère, plus compétente que moi en ces sortes de closes, et considérée partout comme l\u2019oracle du goût.» Le ton était légèrement ironique.La coquette jeune femme n\u2019entendit ou ne voulut entendre que le compliment.\u201cAh!> reprit-elle avec un soupir, \u201csi vous n'aviez pas proscrit la mythologie, quel effet j'aurais pu faire en tableau vivant : l\u2019Aurore, du Guide! : \u2014Je ne vous savais pas tant de connaissances artistiques,\u201d dit la voix railleuse du comte.\u201cQui donc vous a renseignée de cette sorte?» Alexandra rougit.Sans doute qu\u2019elle voulut détourner la réponse à faire œtte question, car elle ajouta d'un ton bas et doux: \u201cAprès tout, que m'importe?L'essentiel pour moi, ne serait-ce pas de vous plaire, si j'avais l'espoir d\u2019y parvenir encore?» II On était au matin de la féte.Le comte avait fui son hôtel, inhabitab'e pour tout le jour.Ii avait horreur du tapage, dv remuement, du branle-bas motivé par les derniers apprêts, toutes choses fort agréables à la frivolité d\u2019Alexandra, nécessaires même à son esprit oisif.La comtesse, enfermée avec son coiffeur, pour décider irrévocablement la question de sa coiffure, fit un geste d'impatience lorsqu'elle vit entrer Macha, qu'elle n\u2019avait pas sonnée.\u201cQu'est-ce encore?» demanda-teHe, \u201cNe peut- on me laisser un instant tranquille?J'avais dit pourtant qu\u2019on s\u2019adressât à Isbileff.Il a reçu mes dernières instructions.\u201d Macha fit un geste désespéré qui signifiait: \u201cJe ne puis parler devant témoin La comtesse la comprit aussitôt, et passa dans une pièce voisine, où elle lui ordonna de la suivre.\u201cAh! madame! murmura Macha toute haletante, \u201cquel malheur! Cette belle fête.\u2014Eh bien, parle, tu me fais mourir.\u2014Un télégramme de Warinhoff ! L'enveloppe était ouverte.J'ai regardé par je ne sais quel ins tinct, et j'y ai vu, hélas! l'affreuse nouvelle. ; ih ten.Mars 1926 \u2014Mais t'expliqueras-tu, sotte créature» sé- cria la comtesse, au comble de l\u2019anxiété.\u201cMadame le saura bien assez vite.La princesse *Lipowsk, la tante du maître, se meurt dans son domaine de Moldaïa.Elle demande M.le comte; elle veut le revoir encore une fois.Il faut qu'il parte tout de suite.\u2014Ah!> s\u2019écria Alexancra, en devenant horriblement pâle, et en portant la main à son coeur, \u201cc\u2019est par trop affreux!» Macha connaissait sa maîtresse.Elle savait bien que cette exclamation de regret s\u2019adressait, non pas à la mourante, mais au plaisir qui allait fui échapper.Elle Ja regarda en réprimant un sourire.Mais la comtesse ne voyait rien, n\u2019entendait rien, ou plutôt, à demi couchée sur le canapé où elle venait de se laisser tomber, elle voyait passer devant ses yeux, comme un mira@ moqueûr, le fantôme de son triomphe du soir.\u201cRien ne serait encore perdu si madame le voulait, si elle savait oser,\u201d murmura l\u2019astucieuse Ma- cha.\u201cQuoi?que veux-tu dite?\u201d s'\u2019écria la comtesse, qui se dressa fiévreusement sur les coussins de velours.\u201cPersonne n\u2019a vu cette dépêche, sauf moi et madame.\u2014Eh bien?\u2014Eh bien, il faut la supprimer, ne rien dire au maitre.Plus tard, s\u2019il survient une seconde dépêche, on -verra à expliquer la perte de celle-ci.» La comtesse semblait en proie à une lutte terrible.Non pas, hélas! que le sens moral s\u2019éveillât en elle, Ce n'étaient pas fes reproches de sa conscience qu'elle redoutait si elle se décidait à suivre le conseil de Macha, mais elle se représentait fe comte irrté, furieux.menaçant, lorsqu'il découvrirait qu\u2019on l'avait trompé.\u201cMais il ne le saura jamais, donc tranquille de ce côté.\u2014Jl aime tendrement sa tante.Il ne me pardonnera pas de lui avoir dérobé sa dernière bénédiction.\u2014Ah! pouvez-vous hésiter, madame?renoncer à un pareil tromphe?Mais vous êtes divine dans ce costume d\u2019Aurore.\u201d i Ce mot décida la comtesse, qui ne demandait qu'à céder.\u201cPlus une parole,» dit-elle d'un ton brusque.Et, ouvrant un coffret d'argent ciselé posé sur la table, elle en tira une bague de prix.C'était une opale entourée de diamants.\u201cVoilà pour ton conseil.et pour ton silence,» ajouta-t-elle en tendant !e précieux bijou à l\u2019avide camériste.Celle-ci baisa la main de sa maîtresse en murmurant qu\u2019elle n'avait pas besoin de récompense.Mais le regard de tendre admiration qu'elle jeta à l\u2019anneau put édifier Alexandra sur la sincérité de cette assurance.\u201cMonsieur Gayac,\u201d dit la comtesse au coiffeur francais, lorsqu\u2019elle rentra, \u201cje me suis décidée pour les émeraudes seules, sans mélange.Des papillons dans les cheveux, sur les épaules, à la ceinture.\u2014Madame la comtesse pense en avoir assez madame.Soyez LA REVUE POPULAIRE : 75 pour la garniture.complete?demanda respectueusement le coiffeur.\u201cMacha, allez chercher !a garniture én question» La camériste revint avec un écrin doublé de velours blanc, que la comtesse ouvrit aussitôt.C'était éblouissant, eh vérité.M.Gayac déclara qu\u2019il n\u2019avait jamais rien vu d'aussi beau à la cour de France, où il avait longtemps professé son art, jusqu\u2019à ce que sa majesté la Czarine lui eût fait l\u2019honneur inappréciable de l\u2019appeler à Saint-Pétersbourg.\\ \u201cCes émeraudes sont sans pareilles, je puis l\u2019affirmer\u201d répéta-t-] à plusieurs reprises.\u201cCependant les diamants de madame la comtesse auraient peut-être mieux convenu au personnage de l\u2019Aurore.\u2014Je crois que vous êtes dans le vrai\u201d dit-elle négligemment, \u201cmais je n\u2019avais pas encore eu l\u2019occasion de porter mes émeraudes, du moins en garniture complète.Enfin, nous verrons ce soir: Macha, sérrez tout cela.À neuf heures, n\u2019est-ce pas, monsieur Gayac?> Elle fit un signe de tête gracieux au grand artiste.Pouvait-elle se montrer trop prévenante pour celui qui allait tenir son sort entre ses mains?À dix heures, les portes de l\u2019hôted étaient grandes ouvertes, et l\u2019orchestre nombreux sous les armes.La cour d'honneur, illurminée à giorno, voyait arriver la file pressée des équipages de gala.Bientôt le vestibule et les premiers salons furent remplis des costumes les plus pittoresques, les plus riches et les plus variés; gentilshommes en manteau court, en long pourpoint, Ia toque i plumes sur l\u2019oreille, présentant le poing à de nobles dames étincelantes de pierreries; imposants Magyars, splendides hildagos, marquises Louis XV, soubrettes Watteau, personnages historiques dont -les costumes avaient été copiés avec la fidélité la plus scrupuleuse.Le maitre de la maison portait sur lui une fortune.Le fermoir de son escarcelle, ayant appartenu à Henri II de France, était incrusté de rubis, au milieu de ciselures d\u2019un travail merveilleux.Les boutons de son pourpoint de velours vert, brodé d'or, étaient des perles fines d\u2019une grosseur rare, et, autour du sa toque ombragée de plumes, on voyait üne chaîne composée de pierres précieuses qui avaient été montées dans l'Inde.Mais son visage ne réflétait aucune émotion joyeuse.Pas une fois son regard ne s'arrêta sur la ravissante Aurore, ruisselante d'une rosée de diamants, qui quêtait son admiration par les sourires les plüs expressifs.Elle était bien belle, pourtant! La grande dame altière passionnée, coquétte, vindicative, glace et flamme à la fois\u2014 le type achevé de la grande dame russe \u2014s\u2019était transformée ce jour-là.par une de ces habiles métempsycoses où elle excellait.I semblait qu\u2019elle eût pris à tâche de reconquérir lé coeur de son mari.en composant à nouveau le personnage sous lequel elle avait su le charmer jadis.Ce regard singulier et charmant qui faisait penser, disait-on, au regard plein de mystères de la belle Joconde, ce sourire presque inguiétant dans sa mobilité énigmatique, tout ce que la ca \\ RAMI LMM AAC at dE a NE basant) quettetie ajoutalf de ressources et d\u2019imprévu aux lignes si pures de son visage irréprochable, tout cela s\u2019était évanoui.La coquette avait fait place à une ingénue ra- Vissante de candeur et de grâce.Ses yeux, purs comrae des cristaux, bleus comme des turquoises, \u201cjoyaux tombés du doigt de l'ange Ithuriel,» n\u2019arrétaient que sur le comte oronzoff leur regard caime et doux.C\u2019est pour lui quelle souriait, qu'elle causait.qu'elle s'an,mait, qu'elle dansait avec une grâce exquise; c'est à lui qu\u2019ele rapportait, par l\u2019expression tendre et soumise de sa physionomie, l'hommage des admirations qui s\u2019élevaient de toutes parts sur son passage.\u201cL'Aurore plus belle que le jour\u201d avait murmuré non loin d\u2019elle un domino noir qu\u2019on disait tout bas être Son Altesse Impériale le grand-duc.Et quend elle lui avait tendu, à ce mystérieux domino, son carnet de nacre de perle, pour y ins- \u2018crire le danseur auquel elie venait d\u2019accorder une valse, il avait écrit sans signature, en caractères presque liMiputiens, un sonnet improvisé qui commençait ainsi: Blanche comme un beau lis, et svelte comme lui Elle a sous sa péleur des souvenirs de roses.Ravie d\u2019orgueil, enthousiaste d\u2019elle-méme, car le prince était peu complimenteur de sa nature, elle chercha son mari pour lui offrir ce tribut de chevaleresque admiration; mais le comte Woronzoff n'était plus là, perdu dans la foule, sans doute, dédaigneux des suffrages que recueillait à tout instant la reine de la fête.Décidément, cette merveilleuse beauté avait perdu le \u2018pouvoir de le charmer.Elle le rencontra enfin.Mais quel changement! Que s\u2019était-il donc passé?Son visage était d\u2019une pâleur livide, ses yeux brillaient de lueurs fauves impossibles à regarder en face.Elle frissonna au contact de la main glacée qui se posa sur son bras nu.\u201cVous me faites mal, Serge» murmura-t-elle, Cinq doigts de fer semblaient s'être incrustés autour de son poignet blanc.[1 'emmena dans une embrasure de fenêtre, et là, d\u2019une vo.x concentrée et terrible, avec une expression de physionomie pleine de mépris et de menace: \u201cVous êtes une misérabie!> lui dit-il.\u201cJe pars, mais, si je ne la retrouve pas vivante, c\u2019est en vain que vous chercherez le pardon.\u201d A ce moment, l'orchestre attaquait les premières mesures d\u2019une vaise réservée pour le cotillon.On appelait l\u2019Aurore de toutes parts.Il était quatre heures du matin.La fête était dans son plus joyeux éclat.Alexandra devait donner le si- \u201cA demain les affaires sérieuses! pensa-t-elle.Et elle tendit la main au grand maitre de la police, un homme tout jeune encore, qui avait conqu.s sa haute position à force d\u2019intrigues, et qui reparaissa.t pour la premiére fois depuis qu'elle l\u2019avait éconduit commie tant d\u2019autres, audacieux mais obscur prétendant de sa ma.n.| \u201cVous me plairiez si vous étiez riche ou puis- 76 LA REVUE POPULAIRE Mars 1926 sant,» lui avait-elle dit, \u201cmais je n'ai pas le temps d'attendre.» ; ; Elle avait compris instinctivement qu'en présence de cet homme d'une pénétration s.ngulière, d'un sens moral p.us que douteux, d\u2019une cons- cence peu hab:tuée a prendre lalarme, il était inutile de garder le masque.I1 était devenu puissant.C'était ma'ntenant Son Excellence le grand maitre de la police, situat.on redoutable, mas enviée d'un grand nombre, à cette époque de conspirat.cns; de plus, il était aussi sur la route de la richesse.\u201cAh! pourquoi n\u2019avoir pas attendu?\u201d osa-t-il murmurer a l'oredle de la comtesse, au premier tour de valse, Elle ne répondit pas, mais, au fond de son ame, elle pensa que celui-là aurait été un ami plus indulgent que le maitre sévère qu\u2019elle s'était donné.Avec ceiui-ci, il fallait affecter la sagesse, la grandeur d'âme, la sens\u2018bilité pour les souffrants, toutes choses hors du caractère et du tempérament d\u2019Alexandra.Chez l\u2019autre, elle aurait rencontré un complice de ses goûts, de ses travers, de ses passions et de ses vices.Oh! qu\u2019un masque éierne! est une chose lourde à porter! Aussi, en dépit des menaces du lendemain, quelle joie triomphante sur le front de la comtesse Woronzoff, depuis qu\u2019ell* ne sentait plus peser sur elle le regard inquisiteur de son mari! Le sourire de Joconde entr'ouvrait de nouveau ses lèvres roses, les éc'airs provoquants brälaient dans ses yeux de saphir.Hie respirait à pleins poumons l'odeur des cassolettes d'encens que les fervents brûlaient à ses p.eds: elle senivrait du nectar de louanges hyperboliques, qu'on osait lui adresser depuis qu\u2019elle daignait les recevoir.Et la Folie agitait ses grelots.Le cotillon allait son train, ce cotillon pour lequel la prodigue mondaine avait fait venir de chez Giroux pour dix mille francs d\u2019accessoires.La encore, elle avait dit: \u201cA demain les affaires sérieuses!\u201d car pour la première fois Isbileff s'était montré rétif.\u201cJe n'ose pas faire droit à une traite de cette importance sans demander l'autorisation de Son Excellence\u201d avait-il dit.En vain la comtesse s\u2019était-elle abaissée jusqu'aux suppl.cations, elle n'avait rien obtenu.Isbileff s'était renfermé dans un refus respectueux, mais inexorab'ement obstiné.\u201cJe hais cet homme!» s\u2019écria-t-elle avec passion lorsqu'il eut quitté son boudoir, où elle l'avait fait appeler.Combien plus encore devait-elle maintenant hair Dimitri, qu\u2019elle soupçonnait d\u2019avo.r espionné Macha, et d\u2019avoir livré au comte le secret de la dépêche! - C'état vrai.Au milieu du bal, Dimitri, qui avait pour habitude de rôder partout, avait mis la main, par un hasard çrovidentiel, sur la dépêche, que l\u2019nsoucieuse Macha avait négl'gé d'anéantir.Il s'était empressé d\u2019avertir son maitre, et celui- ci lavait envoyé imméd'atement au chemin de fer de Moscou, pendant qu'il changea t de costume.commander un train spécial pour l'heure suivante.LE cap | Dre Wie Ni | cidit ml tgp Te, al et Ee Ei plus 0, eh mh, re ple td ourde Mars 1926 En dépit de toute la'd'ligence possible, le comte Serge arriva trop tard.La morte ben-amée était étendue dans son cercueil lorsque le neveu qu'elle avait amé comme un fils accourut pour recevoir sa dern.ère bénédiction.\u201cMorte en vous appelant!> répéta au milieu de ses sanglots la væille Anna Moeskine, qui rem- piissait auprès de la princesse Lipowski la double charge d'intendante et de dame de compa- gn'e.\u201cMorte, en demandant à Dieu de la laisser V.Vre assez pour Vous reVOo.r encore une fois sur cette terre!» ill Huit jours après ces événements, le comte Wo- ronzofi rentrait à Sani Pétersbourg.La comtesse Alexandra état a.lée au-devant de fui jusquà la gare.Elle redouta.t une explosion terrible, et elle préférait que la première entrevue eût lieu en public p.utôt que dans un tête-à-tête recloutable pour elle.Ii la salua fro\u2018dement, comme il aurait fait à l'égard d'une étrangère.et ne lu; parla que pour s\u2019étonner que ies voitures ne fussent pas encore drapées de deuil.\u201cJe parlerai à Isbileff aujourd'hui même, dit- elle timidement.\u201cC'est inutile, je suis là D'ail'eurs, vous allez avoir assez à faire.Nous partons aprés-demain pour Moldaïa.\u201d La comtesse chercha à dissimuler son désappointement sous une apparence empressée.\u201cCombien de temps resterons-nous, mon cher seigneur?» demanda-t-elle.C\u2019éta.t ainsi qu\u2019elle l\u2019appelait dans les fremiers jours de leur mariage, quand elle voulait obtenir de lui une grace qui ne se faisait jamais prier pour accorder, \u201cFaites vos apprêts comme si nous ne devions pas revenir à Saint-Pétersbourg.\u201d Elle n'osa pas questionner davantage; mais le toeur lui battait de joie.Sans doute qu'il comptait aller passer avec elle à Paris le temps de ce triste deuil.Un pè'erinage à la tombe de la princesse, quelques larmes hypocr'tes sur cette tombe, quelques jours de condoléances assommantes à entendre, de la part des voisins et des serfs, et puis elle en serait quitte.Paris, cette ville de plaisirs, dont elle évoquait la brillante vision depuis de longues années déjà, Paris était au bout de cette courte épreuve.Au moment de leur mariage, le comte avait fat acheter dans le voisinage des Champs-Elysées un grand hôtel.dont il l\u2019avait laissée souveraine maîtresse d\u2019ordonner à son gré la décoration intérieure.On lui avait adressé de Paris les plans, les échantillons des étoffes, les dessins des meubles, et elle avait fait de cet hôtel une merveille d\u2019élégance, Seulement, à son grand désespoir, jusqu\u2019à présent.le comte avait toujours reculé l'installation projetée.Le moment serait-il donc venu?LA REVUE POPULAIRE 7 Quelle ivresse s\u2019emparait d'elle À cette seule pensée! Enfin, elle allait & trouver sur un théâtre digne d\u2019eile, de sa beauté, de ses talents! Au lieu de ce maussade hiver d\u2019un deuil rigoureux à Saint-Pétersbourg, elle arriverait à Paris pour lépoque la plus brillante de l\u2019année mon- laine.Elie n\u2019irait pas au bal-pas avant six mois au mons,\u2014mauis le comte ne l'empêcherait certes pas d'avoir chaque soir chez elle un petit cœrcle d\u2019a- Mis, priés sous la formule modeste d\u2019une tasse de thé, Or, on sait sur quelle pente glissante se pose cette tasse de thé: causeries d\u2019abord, puis jeu, mus.que, sauterie, répétitions de comédie, pour arriver à la comédie elle-même.Ces jolis rêves tinreut la comtesse en belle humeur pendant les quarante-huit heures accordées à ses préparatifs.Durant cs deux jours, le comte ne parut guère chez lui qu\u2019au moment des repas.Il s'y montrait froid, mais rigoureusement poli, et d'une tristesse qu\u2019Alexandra mit sur le compte -de ses regrets.Un soir- cependant, comme elle s'approchait de lui avec ses grâces félines, et qu\u2019elle lui présentait son front à baiser, il la regarda avec une expression de physionomie si méprisante, que, en dépit de son audace, elle se sentit troublée jusqu\u2019au fond de l\u2019Âme.Quoi! le charme était-il rompu sans retour?Ne pourrait-elle réveiller dans ce coeur qui lui avait appartenu si complètement quelqee étincelle de ses beaux feux d\u2019autretois?Bah!» pensa-t-clle, \u201ctout s'oublie, les morts comme le reste.La vie parisienne m\u2019aidera dans \"oeuvre que je veux entieprendre.J'ai été imprudente, j'ai trop compté sur sa tendresse, j'ai comm.s mille écarts dans ces derniers temps, mais- il rest trop tard pour réparer» Elle fut toute grâce pendant la route, ne se - plaignit de rien, ni du froid, qui était glacial, ni de la lenteur du voyage, la neige couvrant les rails, et empêchant le convoi d'avancer avec sa vitesse ordinaire, ni de la mauvaise organisation des buffets auxquels on était obligé d\u2019avoir re cours, Elle alla même jusqu\u2019à demander 3 Macha de lui chercher dans son sac de voyage un volume de poésies po'onaises: l\u2019Aube, de Krasinski.Non pas qu'elle se souciât le moins du monde de la poésie, et surtout de la poésie polonaise, ce n'était pas une ame à sympathiser avec les vaincus, que celle de la comtesse Alexandra, mais elle connaissait la compassion tendre, l\u2019enthousiasme cheva'eresque de son mari pour l\u2019héroïque et malheureuse nation, et elle s'était promis de l'assiéger par tes côtés les plus vulnérables de sa nature.Peine perdue! Le comte avait déplié un journal, puis un autre, et paraissait s\u2019absorber dans sa lecture avec une affectation qui ne permettait pas à la jeune femme de tenter un essai de causerie.Les yeux sur son livre.mais bien loin du poéte par la pensée.elle songeait au jour prochain où, installée de nouveau dans le chemin de fer, chaque heure le rapprocherait de Paris, l'heureux terme du voyage.emmener ae Se © t+ + -~ 78 LA REVUE POPULAIRE Mars 1926 ee 5 i 4 4 i 4 8 A 1 H iB A H fi 5 1 i Elle composait de ravissantes toilettes.Le noir sied bien aux biondes.Allons, il y avait encore moyen de tirer parti de la situation! Elle sourit à cette cdern ère pensée, mais le sourire s'arrêta sur ses lèvics.Ele venait de rencontrer le regard glacé du comte, qui la lixæit avec une expession intradu/sible.\u201cMacha» d.t-l d'une voix brève, tout, nous voilà arrivée.\u201d On trouva à la station deux traîneaux de la défunte, l'un pour les maitres, l\u2019autre pour Macha et pour le valet de chambre du comte.Dimitri devait arriver plus tard avec les autres domestiques.Quant à l'intendant, 1 restera.L encore plusieurs semaines à Saint- Pétersbourg.Ceité dernière convention avait \u2018été pour Beaucoup dans l'espoir que la comtesse s'était créé du voyage parisien.| Elle ne put sempêcier de froncer légèrement le sourcil, la belle Alexandra.en regardant le lourd équipage qui ressemblait à un chargement de pelieteries.L'intendant n'avait ren imag.né de mieux pour faire honneur à ses nouveaux maîtres que d\u2019encombrer le véhicule de tout ce qu\u2019il y'avait de peaux d'ours dans la maison.Quant au traîneau lui-même, c'était pourtant le traîneau de cérémonie, ce qu\u2019il y avait de Mieux sous la remise, Mais il datait de cinquante ans au moins, la princesse Luposki ne s'étant jamais souc'ée de la mode et du luxe.Quelle différence avec l'élégante troïka dont le caisse de palissandre Ctait doub'é: d'une riche étoffe des Indes chamaiier de fleurs fantastiques! Lä, ja belle comtesse, enveloppée de su pelisse de martre zibzlne, les muins so gneusement cachées dans un manchan de même sorte, ensevelie à demi sous de b'anches fourrures, montrait son visage rosi par le froid aux adm.rateurs dont son attelage bien connu aithait les regards.Pendant que le limonier trottait, les deux autres galopaient, suivant la coutume: l'un.le /urieux, grâce à l'habileté du cocher, se donnait lair fa- Fouche, emporté.indomptuble: l'autre, le coguet secouait sa crinière au vent.dansa.t sur place, exéculait mille courbettes, se jetait' à droite et à gauche.au gré de sa capricieuse gaieté.Mais tel était le talent hors ligne de l\u2019isvoch- ichik qui réglait ces ailures si d'iférentes, qu\u2019on h\u2019avait jamais à craindre avec lui le vlus léger accident, et qu\u2019une harmonie parfaite ne cessait, en dépit de l\u2019apparence, de régner entre le furieux, le coquet et le sage limonier.Lorsqu'Alexandra fut nstalée sur les coussins de cuir capitonné du riudesie traîneau de famille.lorsque le tablier de cuir se replia sur elle, et que ses pieds glacés cherchèrent le secours de la vénérable chancelière à demi :ongée par les mites, elle ne put s'empêcher de pousser un profond soupir.Elle se rappe'ait ses courses follies\u2019 aux environs de Saint-Pétersbourg.lorsque la troïka passait, \u201cpréparez agitait ses grelots,.radieuse, emportée par son attelage en éventail.Et son traîneau, im.té des Samoyèdes, traîné par quatre rennes dociles! Une fantaisie du premier hiver da son martage, fantaisie qui ava.t fait grand bruit, mais qui avat été de courte durée, les charmants animaux étant morts les uns après les autres au boui de cing ou six semaines d'exercice.Eils regarda autour delle.Partout la neige.n- erposant son tapis de ouate entre le pavé ct le véhicule dont le patin decier faisait à peine le bruit du diamant qu, raycrat un carreau, Sur le siège.l\u2019isvochtchik, coiffé d'un bonnet de velours à quatre pans bordé de fourrure, revêtu de son cafetan doublé ce peau de mouton, les genoux couverts d'une v\u2018elle peau d'ours noir garnie de drap écarlate :n peu passé, les mains dans de gros gants qu n'avaient qu'un doigt au pouce.A côté d'elle, le enmte Serge, distrait et rêveur, les \u2018yeux fixés sur l\u2019interm'nable horizon de neige, d'où l\u2019on voyair 10s corbiaux accourir en bandes tournoyantés.Le long de ia route, les arbres dépouillés, étalant leur ramure osseuse Où s\u2019accrochaent les stalactites étincelantes du givre.Çà et là.quelque pauvre ;sbah, à demi ensevelie sous son toit de chaiime recouvert de neige, et plus rarement encore, au seuil de la porte entr'ouverte, un marmot cherchant a se glisser pour vo.r de plus près les chevaux et les traîneaux.Quelle tristesse! Le fouet de l\u2019isvochtchik ne claquait pas ces clic clac joyeux des postilons bruyants; le maître s taisait, enveloppé dans ses\u2019 fourrures et Macha elle-méme, la ricuse Macha, avait déjà perdu son gui babillage de Saint-Pé- tersboyrg et ses provocants éclairs de rire.\u201cS'i} me fallait toujours vivre ainsi\u201d pensa la comtesse Alexandra en frissonnant, \u201cj'aimerais mieux mourir sans attendre une heure.C\u2019est être enterrée vive que de demeurer dans un pareil pays!» IV La maison seigneuriaie était fort éloignée de la station du chemin de fer, une quarantane de verstes pour le moins.Ce ne fut donc qua vers le soir que les voyageurs pénétrèrent dans l'avenue, fermée simplement par une palissadr de bois, en assez mauvais état, dont les deux battants, tout grands ouverts, attestaient que les nouveaux maitres étaient attendus.A mesure qu'on se rapprochait de i\u2019habitition, on disting-iait, massés ca petits groupes, les mou- giks avec irurs femmes, revétus de leurs habits du dimanche, s:prêtant à saluer de leurs acclamations Joyeuses l\u2019arrivée des seigneurs.Avec la mobilité qui fai le fond du caractère slave.ils étaient passés cans transition des larmes très sincères que leur avait arrachées la mort du leur excelitnte maîtresse, à l\u2019enthousiasme pour frétillante et rapide.avec son tintement de gre- ses héritiers, enthous\u2018:asme bruyant qui se tradui- : lots argenins, éclaboussant les p.étons d'une p.uie sait par mille exclamations cenfuses, par un bour- ta: de fine ne:ge.donnement semblable à celui qui.doit sc produire ps \u201cUne jeune déesse sur un char antique.) ava\u2018ent dans une ruche d'abeilies quand la reme y fait i\" dit les flatteurs en ia voyant amumée, souriante, son eniré& OUT ee ig : slt Lis a Mars 1926 On distinguait maintenant les moindres détaiis d'architecture de la maison seigneuriaie.Ce mot d'architecture aurait fait sourire dédaigneusement la com'\u2018isss Woronzoff.Habituée aux nobles cemeures féodales de la vieille Allemagne, aux conjons menaçanis, aux forteresses du moyen âge, murailles flanq: uéss de tours, protégées encore par des douves et des fossés, elle jeta un regard de pitié sur cette maison a un seul étage, AR par la grandeur de ses proportions, il est vrai, mails sans style, sans caractere, sans que rien rit faire préjuger l'époque à laquelle elle avait été bâtie.Composée de bâtiments de forme irrégulière ajoutés les uns au bout des autres, l'habitation ne manqua.t pas d'un certain côté pittoresque, eile pouvait méme s'égayer à la belle saison, lorsque les bois dont elle était entourée se paraient de la verdure nouvelle; mais à cette heure.sous la neige qui masquait les p'ates-bandes des parterres, et accusait d'une facon presque s.nistre les rond ns de bois noirci aont se composait la construction, la première impression était des plus défavorables.\u201cQuel tombeau!P pensa-t-elle lorsque le comte lui offrit la main pour descendre devant le perron, au bas duquel se tenait, dans ses lugubres vêtements de deuil, et clans l'attitude la plus lamentable, la désolée femme de charge.Le comte eut un sourre et un mot aimable pour les vieux domestiques de sa tante: il eut un y salut affable pour les mouj ks, vêtus de leur lon- ÿ gue robe atiachée à la taille par une étroite cein- | ture, pour les femmes, dontSa d'adème oriental, pailieté d'or ou d'argent, couronña.t les tresses brunes.blondes ou rousses.| Leurs chemises de toile à larges manches, d'une | blancheur éclatante, et tehaussées de broderies écarlates, leurs jupes de laine couleur bluet, co- ÿ qu:licot.vert émeraude, égayaient le sombre paysage en jetant quelques touches vives sur le mo- notons tapis de ne'ge étendu sous leurs pas.| Le comte d.t quelques mots à l'oreille d\u2019Anna Moeskine: \u201cOh! certes, Excellence, j\u2019y ai pensé\u201d répondit- elle \u201cMa bonne maîtresse avait établi cette coutume pour chacun de sos jours d\u2019arrivée.» tour delle sa longue rob: de serge noire, et, avec une promptitude qu\u2019on r\u2019aurait guère attendue d'une personne de cet âge et de cet embonpoint, elle disparut dans les profondeurs du vest.bule à peine éclairé.»Qu\u2019attendons-nous?\u201c demanda avec une impatience mal conténue \u2018a comtesse à son mari.\u201cCes braves gens vont boire à notre santé ré- pondit-il.\u201cI! est nécessaire que nous soyons pré- J sents.\u201d Au bout de que'ques m nutes l'intendante reparut.Elle était suivie de plusieurs domestiques qui portaient de grandes mannes rempl\u2018es de ga'ettes, de sandwichs à la viande.de gâteaux secs de différentes sortes, de petits pots de caviar.Derrière eux, deux zuties roulaient une barrique de kwass, dont I'apparition fut saluée par de nombreux hurrahs.Le plus ancien du wilizge eut l\u2019honneur de dé- LA REVUE POPULAIRE Elle essuya ses yeux en cachette, releva tout au- foncer le précieux tonneau, puis il offrit au pope, en tête de la députation.le premier gobelet de boisson.Celui-ci le passa au comte, qu: y trempa ses lèvres et le lui rendit, pendant qu\u2019Alexandra, à qui une jeune fille toute rouge d'émotion présentait un second gobelet, le repoussait d'un air méprisant.\u201cBuvez donc®, murmura le comte en français, à l'oreille de sa femme.Vv Cinq minutes après, l'élégante comtesse, étendue dans sa chamb:e, sur un petit divan de cuir, écoutait les doléances de Macha, laquelle déclarait qu\u2019elle ne pourrait pas vivre plus de huit jours dans cet abominable pays de loups.\u201cSongerais-tu donc à me quitter?» demanda la comtesse avec un ceriain émoi.Macha était précisénrent pourvue de toutes les qualités et de tous les défauts qui pouvaient plaire à une femme telle que la comtesse Woronzoff.\u201cMadame sait bien que je ne l'abandonnerai que pour prendre la route du c'métière,) répondit l\u2019adroite camériste./ \u201cTu feras bien de ne ras t'abandonner devant moi A ces idécs lugubres.Jai besoin d'être égayée.Ainsi, parle-moi plutôt de notre départ pour Paris.» Macha *secoua mélanco!:quement la tête.\u201cNous n'en sommes pas là, hélas?madame, et si j'en crois mes pressentiments, si je me rappelle surtout les trois corbeaux placés çomme en sent.nel\u2018e sur le toit, quand nous sommes arrivés.» Un coup sec, frappé a la porte, arrêta subitement la discoureuse.\u201cMonsieur le comte!\u201d murmura telle d'un air craintif.Et elle s'éclipsa rapidement dans le cabinet vois.n.Le comte regarda sa femme d'un air d\u2019étonnement.\u201cIl va être huit heures.et vous n\u2019êtes pas encore habillée?» dit-il.\u201cJ'ai retenu le pope à sou- er.P \u2014Je suis fatiguée, Serge.et je désirerais m'abstenir de paraître dans la salle à manger.\u2014Je viens vous demander précisément le contraire.Voyez si le sacrifre serait trop grand.En Ce cas, je renoncerais à l\u2019exiger.» L'accent du comte était irpnique ; Alexandra sonna.Il était dans son plan nouveau de paraître se résigner à tout.Au moment où le comte ouvrait la porte pour s\u2019en aller, elle le rappela - \u201cNe trouvez-vous pas qu\u2019il fume un peu ici?\u2014I1 fume un peu partout\u201d répondit-il.\u201cJ'ai déjà prévenu Anna Moeskine d'avoir à faire appeler dès demain les meilleurs ouvri®rs de la ville voisine.\u2014A quo.bon nous mettre dans ces embarras pour si peu de temps?\u2014L\u2019hiver est loin d'être passé ; - et d\u2019ail'eurs, l\u2019année prochaine, au retour de la mauvaise saison, vous ne serez pas fâchée de retrouver toute chose en état.\u2014Nous reviendrons ici l\u2019année prochainer» s\u2019é- cria-t-elle avec un effroi sincère.79 i: ie i: i.A La B f 80 PAPA OT ot path et bd 503 04 \u201cNous n\u2019aurons pas à y revenir, puisque nous y serons.» Le comte appuya sur ces derniers mots d\u2019une façon que sa femme jugea cruelle et sans réplique.I sortit d\u2019ailleurs au même instant, en l'avertissant de se hâter.\u201cAh! Macha,\u201d murmuta la comtesse, lorsque, deux heures aprés cet incident, elie remonta chez elle, laissant le comte à ia table d\u2019échecs, en face du pope, \u201ctes pressentiments ne t'avaient pas trompée.Nous devons tester dans cet abominable pays! \u2014Je n'ai jamais auguré rien de bon de ce voyage\u201d répondit la caméviste, \u201cCette maison a l\u2019air d'un coupe-gorge, avec ses petites fenêtres, ses escaliers étroits, ses corridors obscurs et si M.le comte veut nous faire ac:assiner, cela ne lui sera pas difficile» La comtesse haussa les épaules, «Si je n'avais que cela à redouter?\u201d dit-elle d\u2019un air de lassitude.Et, avant de s\u2019endornur, elle pensa aux étranges vicissitudes de sa vic; elle repassa les diverses phases de cette existence, si féconde déjà en évé- nements.- Non, même lorsqu'elle resta orpheline, sans ressources et sans avenir, après la mort de sa mère, elle ne s'était pas sentie faible, impuissante, découragée comme à cette heure! La dot lui manquait, il est vrai, mais elle comptait sur le pouvoir de sa beauté, sur sa jeunesse, sur la protection de l\u2019ancienne élève de sa mère.À quoi lui avait servi tout cela?À se donner un maître inflexible et sévère.Un jour, les écailles lui étaient tombées des yeux, à œ mari si follement épris, Je veux,» avaitil dit ce jour-là pour la première fois.Et, ce jour-là aussi, elle avait appris à connai- tre dans sa bouche la signification de ces- deux mots Où donc était le langage de la première année?Quoi! ce mari passicnné, ce maitre indulgent, dont elle avait cru faire un esclave à jamais, il était devenu le juge impitoyable?Elle savait qu'il ne pardonnerait pas ia tromperie dont elle avait usé à son égard.Il ne lui avait pas caché son indignation en apprenant que, pendant qu\u2019il partait seul, dans la nuit, anxieux et désolé, la crainte de lui déplaire, à défaut de la Voix du coeur, n'avait pas arrêté dans son cours cette fête criminelle.Elle avait souri, elle avait dansé, elle avait prêté l'oreille aux accents de la plus joyeuse folie, pendant qu\u2019il s\u2019en allait le coeur déchiré, l'imagination remplie des plus désolantes images.Oh! ce jour-là, elle fut bien réellement et pour jamais bonnie de son coeur.\u201cCe deuil que vous repoussiez de toutes vos forces, que vous reculiez autant qu\u2019il était en vous, avait-il dit, \u201cvous le porterez deux ans de gré ou de force.\u2014Deux ans dans cette contrée sauvage!» s\u2019é- cria-t-elle.\u2018 \u201cJ'ai parlé de deuil, et non pas de résidence,» répondit-il avec un amer sourire.\u201cNous ne quitterons plus la Moldaïa\u201d LA REVUF POPULAIRE Mars 1926 I n'avait aimé Saint-Pétersbourg que pour y faire admirer son idole Quirait-il y chercher ma.ntenant?\u201cLa chasse me suffira,» ajouta-t-il.\u201cLes loups ne manquent pas dans nos environs, et, quand je voudrai de plus gros gibier, je n'ai pas encore oublié le chemin de la regen des ours.\u2014Mais moi, moi!) sécria-telle d'un ton désespéré qui aurait excité la compassion du comte Woronzoff dans une tout autre bouche, \u201cVous, vous réfléchirez a ce que vous avez perdu par votre faute: la teudresse du mari le plus naïvement épris qui fût Jamais.» En vérité, il s'agissait bien de tendresse.Ce n\u2019était pas le coeur qu\u2019elic regrettait, mais les fé- tes brillantes, mais la cour, mais le sceptre de la beauté et de la mode, quelle tenait sans conteste, mais surtout ce paradis parisien, entrevu un instant et perdu à jamais.Ce soir-là, en présence de Macha qui déballait les précieux écrins de la comtesse, pour les serrer dans un coffre de bois de cèdre ayant appartenu à la défunte, Alexandra se la:ssa aller à un accès de désespoir qui touchait à la folie, La vue de ces pierreries, témoins de son bonheur éphémère, de ses succès, de sa royauté d'un jour, réveilla dans-cette âme passionnée toutes ses \u2018aspirations vers la vie inondaine, qui était sa vraie vie.\u201cA quoi bon?9 disait-elle.en voyant étinceler les diamants, les rubis, tes émeraudes.\u201cQu'en ferai-je dans ce désert?» Ah! quelle chute! Ce diadème de saphirs, il le lui avait apporté le matin de sa fête, en lui d'sant que tout leur éclat n'atteignait pas à celui de ses yeux.: Une autre fois, c'était un collier de perles à triple rang, fermé par une opale d\u2019un prix inestimable, Cadeau d'anniversaire du jour où il lui avait été présenté.Au fond de l'écrin était une pièce de vers qui chantait ses beaux yeux: \u2019 Ils semblent avoir pris ses feux au diamant; Hs sont de plus belle eau qu'une perle parfaite, Et vos grands cils émus, de leur aile inquiète, Ne voilent qu'à demu leur vif rayonnement.Alexandra avait perdu les vers depuis longtemps mais il ne manquait pas une perle au splendide collier, commandé six mois avant l\u2019anni saire aux plus riches joailliers de la France et la Hollande.Et ces aigues-marines, que la grande-duchesse avait enviées! Elles étaient renfermées dans un bouquet de roses et de lilas blanc, qu\u2019il lui avait apporté pour son premier bal à la cour après leur mariage.Non, cette âme prosaïque ne comprit même pas alors tout ce qu'il y avait eu d'amour vrai et pre fond, d'amour qu'elle aurait pu rendre éternel, al elle en avait été digne, dans ces présents d'une magnificence royale, Elle pleura \u201cdes larmes de crocodile», comme disait Dimit1\\ qui suivait d\u2019un regard attentif les progrès de la déringo aae-\u2014c'était son expression, \u2014quil avait prévue dès le premier jour. Pour + ity Lym Qa NE 0 bi dis © {Ue set pr + pus % Si (3 conteste un is Jehu 3 Se fi à Aus dE i bo te dur Lies ses IE it 5 Hr ect | Ort k {eld alle ite vl rq Mars 1926 Mais elle ne pleura plus devant lui.Elle savait que le temps des larmes, des attaques de nerfs, des menaces de se détruire, était passé à jamais.\u201cPrenez garde,» avait-elle dit un jour, \u201cvous me pousserez à bout, au désespoir; alors, je ne serai plus responsable de mes actes.\u2014Me feriez-vous l'honneur de m'empoisonner, par hasard?» demanda-t-il avec un sourire sarcastique, presque cruel, le seul qui se vit encore sur ses lèvres.\u201cCe n\u2019est pas votre vie oui serait menacée, mais la mienne\u201d murmura-t-elle d'un air dramatique.Vous êtes trop lâche pour cela,\u2019 dit-il à voix si basse qu\u2019elle ne l'entendit pas.Oui, lâche, elle l'était! Obl\u2018gée de renoncer àla lutte ouverte, elle songea à la vengeance, et son imagination surexcitée évoqua pour vengeur celui qui avait murmuré ces mots à son oreille au milieu du tumulte de la dernière fête: \u201cAh! pourquoi n'avoir pas \u2018attendu°> Vi À partir de ce jour, la colombe que le comte Serge avait aimée pour son apparente douceur, se trahsforma en vautour.D'instinct, elle aimait la lutte, le combat.Lutter par là coquetterie, par la ruse, par les mille petits artifices de la diplomatie féminine.Elle ne demandait pas en face, même à son mari, lorsqu'elle était le plus sûre de son coeur confiant; mais elle aimait-à insinuer, à faire naî- tré des résistances pour le seul plaisir d'en triom- her.?Dans la solitude, il lui poussa des griffes.Contre qui s\u2019en servir?.Impossible de s\u2019attaguer au seigneur \u2018et maître.Sa volonté, bien signifiée, avait force de loi.Mais il restait l'offensive, la dévoude, I'humble Anna Moeskine; Isbileff, l\u2019intendant; le pope, un savant homme, pourtant, mais timide, craintif, respectueux à l'excès; Dimitri surtout, \u201cl'espion, le délateur et enfin, la population nombreuse des domestiques qui avaient vieilli au service de la défunte, et auxquels venaient eicore s'ajouter ceux \u2018des gens qu\u2019on avait fait venir de Saint- Pétersbourg.Cette femme, obligée de se soumettre, en dépit de ses rancunes et de sa haine nouvelle, avait be soin de s'attaquer à quelque chose, d\u2019opprimer quelqu\u2019un, Les domestiques devinrent donc esclaves, du jour où elle n'éut pas mieux À se mettre sous la dent, c'est encore Dimitri qui parle.Les fréquentes absences du comte, sa passion pour la chasse, qui le retenait quelquefois loin de chez lui pendant plusieurs jours de suite, laissèrent le champ libre à cet esprit étroit, mais inventif et fertile en malices.Tout le long du jour les sonnettes et les timbres résonnaient violemment, les ordres les plus contradictoires s'entassaient les uns sur les autres, et, suivant le proverbe russe qui dit qu\u2019un homme battu vaut mieux que deux qui ne l'ont pas été, elle maltraitait les plus faibles, s'oubliant jusqu'à frapper de sa propre main, comme les grandes dà- mes de Rome, les femmes qui la servaient.ECO PR EEE NN ER TO LA REVUE POPULAIRE 81 Macha seule n\u2019avaît rien À redouter de ces emportements et de ces fureurs.Elle était passée favorite en titre, et ne se servait de sa nouvelle situation que pour accabler ses anciens camarades.Le comte finit par s\u2019apercevoir de cet état de choses, Bien qu\u2019il n\u2019aimât pas à se mêler de ce qu'il appelait les détails du ménage, et que le sentiment de sa dignité ne lui permît pas de réprimander devant les inférieurs la femme qui portait son nom, il avait trop l'esprit de justice pour laisser peser un joug odieux sur de braves gens qui faisaient leur devoir.Il parla à sa femme, et n\u2019eut pas besoin de longs discours, en vérité.Quelques mots, prononcés de cette voix basse et contrainte qu\u2019elle avait appris à considérer comme plus terrible que les éclats de la plus violente colère, suffirent, et au-delà, pour l'arrêter.La domesticité vécut désormais tranquille.Anna Moeskine poursuivit sa tâche sans encombre; le pope n'eut plus à redouter des railleries incessantes, et Dimitri marcha la tête haute.Mais l'orage continua à gronder sourdement dans le coeur de la femme vindicative.Ce n\u2019était qu\u2019un point noir à l\u2019horizon, mais pour un oeil clairvoyant, ce point noir devait amener la tempête.vil Pendant les jours qui suivirent, le comte se tint fidèlement parole.ll resta chez lui davantage, proposa à Alexandra quelques promenades en traîneau, de la musique, des lectures; il essava de la conversation au coin du feu, à côté du samovar qui bouillait doucement.Mais cette vie d'intérieur ne pouvait aller à une pareille femme, En dépit de ses efforts hypocrites, le câdre lui seyait mal.Elle ne pouvait s\u2019intéresser à uñe oeuvre littéraire, À un point d\u2019histoire, à \u2018une critique d'art.Bien pis encore, jamais il ne surprit en elle ces élans d\u2019indignation généreuse contre le mal, d\u2019enthousiasme passionné pour le bien, qui mouillent la paupière et attendrissent la voix, Ah! si elle l'avait su! si elle avait compris que la sensibilité vraie, l\u2019émotion involontaire l\u2019em- - belliraient plus à ses yeux que tous les artifices de la toilette, si elle avait pu deviner qu\u2019il payerait chaque larme perlant à ses longs cils comme un diamant sans prix, comme elle aurait pleuré, cette femme qui savait jouer tous les rôles?Mais, hors du tourbillon mondain où elle s\u2019agitait avec un charme vainqueur, Alexandra n\u2019était plus bonne à rien, et le comte Serge, en dépit de son bon vouloir renaissant, de ses efforts quotidiens, fut obligé de s'avouer la frivolité, la nullité, le peu de valeur de la brillante créature à laquelle if avait rendu un culte si fervent.Il n\u2019avait pas pu l'élever jusqu\u2019à lui, il se refusa à descendre jusqu\u2019à elle, Il recommença donc à s'éloigner, à repartir pour ses longues chasses, la laissant aux chiffons et aux vulgarités élégantes qui remplissaient sa vie.ee Cerises rene ee Sr ae si Hi (i i iH 1H I Ai: H 82 LA REVUE POPULAIRE Que faire pendant fes longues soirées, les journées plus interminables encore?La neige couvrait toujours la terre, et ce linceul attristait les yeux d\u2019Alexandra, comme limage d'un deuil qui ne devait jamais finir.Un mois qu'elle avait iaissé derrière eile le plaisir, le mouvement, la vie! Un mois qu'elle n'avait pour spectacle que ce paysage sinistre, ces arbres noirs semblabjes à des fantômes, ces misérables isbahs, ensevelies à demi sous la neige, avec leurs sauvages habitants.Oh! comme il avait bien cho.si sa vengeance, ce maître impitoyable! Avoir condamné sa jeunesse à un semblable isolement pour une faute si légère.Au mot de vengeance, un flot de pourpre était monté à ses joues piles.Elle aussi, peut-être, un jour, goûterait i ce plaisir des dieux.VIH Enfin, l'hiver était en fuite; les feuilles vertes sortaient des bourgeons: lés oiseaux, encouragés par le vent tiède du printemps, se mettaient à chanter.Sur le seuil de sa porte, ouverte désormais, la femme du moujik filait sa quenouille, pendant que le mari cultivait le champ de bié ou d'orge, et le petit potager, qui les aidaient à vivre.Au toit moussu de l'isbah, l'iris bleu dressait sa tête, la giroflée des mura:lles envoyait son parfum, et, le long des ta\u2018us verdoyants, les petits enfants à demi nus cueilaient ies violettes de mai, tout en gardant l\u2019agneau nouvellement né et le jeune poulain.Un jour, la comtesse Woronzoff quitta pour la première fois, à pied, l'enœæinte des jardins.Elle était accompagnée de Macha, dont elle écoutait d\u2019une oreille distraite les récits animés.Sa main droite retenait les plis flottants de sa longue jupe de cachemire roir, tandis que la gau- ce balançait au-dessus- de sa tête une ombrelle à frange soyeuse, bien inutile sous ce pile soleil.\u201cOh! madame, disait Macha, \u201cje vous assure que c\u2019est très divertissant de les voir au milieu de leur campement.Un grand chariot.gardé par deux chiens de Crimée, qui n'ont pas l\u2019air commode, contient leur mobilier et leurs provisions.Il faut croire qu'ils ne font pas de mauvaises affaires par ici, car je les ai trouvés hier soir soupant d'un canard farci de hachis aigre, de lait caillé et de kwass à discrétion.\u2014Ces gens-là doivent être couverts de vermine.\u2014C\u2019est bien possible: mais, sous leur peau brune, on ne vo:t pas la saleté.et il y en a parmi eux qui ont vraiment de belles figures.Des yeux à faire le tour de la tête\u2019 Je n\u2019imaginais rien de pareil à un camp de bohémiens.Une vieille femme, qui doit bien avoir cent ans, surveillait la marmite autour de !'aquelie se démenaient.comme des petits diablotins, des enfants.filles ou gargons, vêtus d'oripeaux dont madame n\u2019a pas l\u2019idée.Sur l'herbe, les hommes et les femmes étaient couchés dans toutes sortes d\u2019attitudes, mais ils ne dorma ent pas, car deux ou rois d'entre eux raclaient des a'rs a norter 'e diable en terre sur leur bandoura.C était, parait il, pour amuser leur reine.Mars 1926 \u2014La reine des bohémiens?L\u2019as-tu vue?\u2014Pas ce soir-là, ma s re lendemain.Oh! quelie belle créature! Et disant si bien à chacun ce qui doit lui arriver! Je donntrais beaucoup pour que madame la comtesse conrentit à lui demander sa bonne aveniure.» Alexandra haussa les épaules.\u201cEs-tu foile?Penses-tu que j'irais mettre les pieds dans ce bouge infect?\u2014 Mais, madame; ii nest pas besoin d'entrer dans le chariot.On ne vous le permettrait pas, d'abord, car ces gens là ne reconnaissent pas d'autre autorité que celle de leur reine.Mais, dans la clairière, en plein soleil, en se tenant un peu à distance, il ny a ren de malpropre.\u2014Pourquoi à distancar \u2014Parce que, irop près.d'eux, madame aurait la fumée du tabac, l'odeur de leur vin et de leurs viandes \u2014le repas dure tout le long du jour \u2014et puis, les débris d\u2019os, les bouteilies cassées à leurs pieds, la vaisselle ébréchée.\u2026 \u2014Un joli tableau,\u201d dit la comtesse en riant.\u201cJe m'étonne, Macha, que toi, qui refuses de diner avec les gens par irop rustiques de ce pays, tu ailes été te commettre au milieu d'une pareilie engeance.\u2014Je voulais ma bonne aventure, et pour cela, rien n'était capable de m'effaroucher.\u2014Eh bien, que t\u2019at-eile prédit, raconte-moi?Que tu épouserais un prince, pour le mo.ns?\u2014Madame la comtesse se moque,\u201d dit Macha d'un air piqué, \u201cma.s pourtant, cest elle qui serait étonnée touie la première, si je lui disais ce que la bohémienne sait sur son compte.» Un sourire d'ncrédulité vint provoquer Macha à pousser plus loin sa déclaration.\u201cVous servez,» m\u2019a-t-eue dit, \u201cla plus belle mai- tresse de l'univers.Cest un soleil qui serait digne d'éclairer le monde.\u2014Ah ! vraiment?» murmura la comtesse.Sa physionomie s\u2019anima jusqu\u2019à | expression du plus vif intérêt, mais en même temps son sourire orgueilleux sembiait dire: \u201cIl n'est pas besoin d'être une sorcière bien habile pour faire cette découverte.Ne suffit-il pas de m'avoir entrevue une fois?» \u201cEt où donc ctte créature aa-elle pu me voir?» demanda-t-elle.\u201cLa reine Colombe, comme on l'appelle, n'a jamais eu le bonheur d\u2019approcher madame la comtesse.Gest la première fois qu'elle vient en ce pays, et elle y a amené ses sujets\u2014 c\u2019est ainsi qu'elle appelle sa troupe déguenillée, \u2014 uniquement pour avoir | occasion d'entretenir madame: \u2014En vérité?» dit la comtesse, qui sourit avec dédain, \u201cque souhaite-t-«lle de moi?\u2014AÂh! madame, et Macha baissa la voix, \u201celle m'a révélé des choses si étranges, si surprenantes! je n'aurais pas voulu que personne autre que moi l\u2019entendît.Quoi donc?\u2014Elle m'a dit que l\u2019éclipse de ce brillant soleil, \u2014c\u2019est madame la comtesse \u2014ne serait pas de longue durée; qu\u2019elle, la reine des bohémiens, tenait entre ses mains la clef qui ouvre toutes les prisons.Elle a paré d'un vautour À larges ailes qui plane au-dessus de :a colombe captive\u2026 ; Mars 1926 \u2014Quel galimatias! Ma pauvre fille, ce sont là des phrases apprises par coeur.Ces tziganes les disent à la première venue.Toute femme est une co'lombe, et le vautour, qui représente le malheur, est toujours prèt à planer sur chacun de nous.\u2014Enfin,) reprit Macha, qui regarda du coin de l\u2019oe:l l\u2019effet qu\u2019elle aliait produire sur sa mraî- tresse, \u201celle m'a dit: \u201cRépète-lui ces mots sans en changer un seul: \u201cAh! pourquoi n\u2019avez-vous pas attendu!» L'effet était produit, il fut saisissant.La comtesse devint rouge, puis élle pâlit et jeta un regard effrayé autour d'elle.\u201cParle plus bas, Macha, ou plutôt, tais-toi.J'en sais assez.ll faut me conduire auprès de cette femme.\u2014Elle viendra, madame la comtesse.\u2014Je ne veux pas attendre une heure, une minute,) dit brusquement la jeune femme.\u201cPartons.Tu sais le chemin?\u2014C'\u2019est loin d'ici, trop loin, pour madame, à trois Ou quatre verstes, au moins.\u2014Eh! bien, fais denmianaer ma voiture.» Macha secoua la tête.\u201cLa route n'est pas bonne aux voitures.Ce ne sont qu\u2019ornières, montées et descentes tout le long du chem.n.Quant à aller a pied, madame la comtesse laisserait des lambeaux de sa toilette à tous les buissons et ses fines chaussures ne résisteraient pas aux cailloux qui rou.ent sous les pas dans ces mauvais sentiers.\u2014Que faire, alors?\u2014Attendre à demain, 1nadame.Il faut songer aussi que ce Dimitri a cent yeux tout autoür de la tête quand il s\u2019agit d'espionner.\u2014 Encore un qui me ie payera cher! murmura la comtesse.\u201cEh bien, Macha, arrange tout.Je me fie a ton intelligence et à ton dévouement.» Comme elle revenait sur ses pas, suivie de sa camériste, la comtesse craignit sans doute de s'être trop livrée, mème à cette fidèle entre les fidèles, et elle dit d\u2019une voix qu\u2019elle sefforgait de rendre indifférent: \u201cEn vérité, il faut que la solitude, l\u2019absence de tout plaisir, m\u2019ait rendus bien avide de distrac- .tions, pour que j'accueille aussi facilement les sottises de cette tireuse de cartes.\u2014Elle ne se sert pas de cartes,\u201d dit Macha, qu se sentait piquée pour sa protégée.\u201cElle lit dans les astres et dans les lignes de la main.Madame la comtesse la jugera, du reste.Voici mon plan: pour échapper à la surveillance de ce damné Dimitri, qui ne cesse de nous espionner.» Alexandra fronça le sourcil en entendant cette association par trop familière de nous; mais l\u2019audacieuse camériste feignt de ne pas s\u2019apercevoir du mécontentement de sa maîtresse, et elle eon- tinua: \u201cLa reine Colombe enverra devant elle quelques femmes, comme pour vendre à l\u2019office des marchandises à bas prix, dont elle s\u2019est pourvue à la foire de Nijni-Novogorod.11 y a, paraît-il, de très belles étoffes d'Or:ent, dont on peut faire des coiffures et des fichus de cou.À la faveur du tumulte, de l\u2019empressement où seront tous les gens de la maison, madame la comtesse causera avec Colombe sans éveiller les soupçons.Je prévien- / LA REVUE POPULAIRE 83 drai aussi la tzigane de se munir de saintes images pour Dimitri.\u2014J'avais entendu dire que ces bohémiens ne croyaient ni à Dieu ni à diable,\u201d dit Alexandra.\u2014Oh! madame, pour leur commerce, ils vendraient le grand saint Basile en personne.\u201d La jeune femme s\u2019éta:t arrêtée tout à coup: du bout de son ombrelle elle tracait sur le sable de l'allée des dessins fantastiques, des mots effacés aussitôt.\u201cComment peux-tu être assurés du bon vouloir de cette femme, de sa sincérité\u201d Pourquoi, enfin, chercherait-ellé à m'être agréable, à moi \u2018plus qu\u2019à tout autre?demanda-t-elle tout à coup.L\u2019astucieuse Macha rougit.Elle ne voulait pas être devinée aussitôt.I! fallait piquer de plus en plus la curiosité de sa maîtresse, présenter le secret d\u2019une façon irritente pour avoir meilleur prix de la complicité.\u201cJe n'en sais pas pius long, pour l'instant, que ce que Jai dit à madame la comtesse.Mais ces gens-là font tout pour gagner de l'argent, et l\u2019espoir de pénétrer dans une maison comme celle-ci ne peut manquer de !es attirer comme le miel fait pour les mouches.\u2014C'\u2019est bien, en voilà assez! Je serais seulement curieuse de voir si cette reine Colombe est aussi belle que tu la dépeins.> - Les choses en restèrent là.Mais le lendemain matin, tout en coiffant sa maîtresse, Macha jugea l'occasion favorable pour reprendre la conversation.Placée debout derrière la comtesse, assise à sa toilette, la dominant de toute la hauteur de son buste, elle pouvait suivre dans la glace, sur la physionomie qui s'y reflétait, l\u2019effet produit par ses communications.Lentement, une à une, elle laissait tomber ses paroles en feignant d'apporter à sa tâche une attention absorbante.\u201cQuelques-uns de ces tziganes sont venus rôder par ici hier au soir,» dit-elle.Elle s'interrompit pour refaire une boucle manquée.\u201cJ'ai profité d'eux pour leur donner ma commission.\u201d Nouvel arrêt motivé par un noeud introuvable, \u201cNon pas que quelqu'un de ces gens sache lire ou écrire, bien entendu» Cette fois, Macha laissa tomber une demi-douzaine de grandes éping'es, et elle n\u2019en finissait pas de les ramasser.Mais ils ont l'habitude de tout comprendre à demi-mot.\u201cJe demande pardon à madame d'être si maladroite ce matin.Je ne sais vraiment ce que jai, mais les objets ne tiennent pas dans mes mains.\u201d L\u2019astucieuse créature \u2014 Elle se pencha alors a l'oreille d'Alexandra, et lui dit quelques mots qui firent tressailir la comtesse, \u201cC\u2019est une entrepr:s difficile, dangereuse, peut- être» murmura-t-elle, \u201cPour lui, oui, mais pas pour toi.Demain, à cette même heure, je viendrai chercher ce que tu dois nous fournir.I! te sera facile de te le procurer, puisqu\u2019Ÿl est absent pour huit jours encore, \u2014Comment sais-tu?., \u2014Co:embe sait tout,\u2019 répondit fièrement la tzigane; \u201cses sujets, quaud il s\u2019agit de la servir, ont cent yeux et sent oreilles.» IX Moins d'une semaine après cette conversation, la police faisait une descente, à Saint-Pétersbourg, à l'hôtel Woronzoff.On y trouva, parait-fl, des papiers si compromettants pour le comte Serge, des preuves si palpables de la-part qu'il avait prise à la dernière insurrection de Pologne, dont la répression venait d\u2019avoir lieu, quordre fut donné de l'arréter aussitôt, C\u2019était un grand seigneur, mais la Sibérie est un -gouffre qui engioutit indistinctement les boyards et les serfs Quand on est accusé d'avoir donné la main à ce peuple combattant pour sa liberté, quand cette accusation est prouvée, la condamnation n\u2019est pas loin.Le comte Woronzoft saisi subitement au milieu de la nuit, comme il revenait dans sa terre de la Moldaïa, fut mis au secret de la façon la plus rigoureuse et dans l'impossibilité de communiquer avec qui que ce soit.\u201cJ'ai un ennemi,\u2019 se dit-il, \u201cun ennemi puissant, terrible, acharné à ma perte; mais comment le reconnaître r> Le tsar était gravement malade à cette époque.Le procès s\u2019instruisit donc sans qu'il en entendit parler, et ce ne fut qu'à sa convalescence que la liste du premier convoi partant pour la Sibérie tomba sous ses yeux, L'affaire avait été menée, -du reste, avec la plus grande discrétion.Les amis du comte Serge le croyaient ensevéli dans son domaine de la province, et n\u2019avaient pas à s'inquiéter, par conséquent, de sa disparition Quant à la- comtesse, elle venait d\u2019être atteinte au même moment d\u2019une fièvre nerveuse, qui avait dérangé, paraît-il, l'équilibre de ses facultés.C\u2019est du moins ce quassurait aux domestiques Macha, qui ne quittait pas sa maîtresse, et Un médecin venu de Moscou.Elle ne recevait donc personne, ne lisait pas les journaux, et était trop malade elle-même pour gapercevoir de l'absence prolongéa de son mari, 86 Dimitri seul ne s'était pas payé des bavardages de Macha; son aplomb infernal ne lu, en ava.t pas imposé.Un beau matin, sans en rien dire à personne, sans avertir ni le régsseur, ni lintendant Isbi- leff, ni la femme de charge Anna Mocskine, il avait mis dans sa ceinlure tout ce qu'il possédait de roubles, avait pris un petit paquet au bout de son baton de voyage, et était parti dans la direction dela station de chemin de fer ia plus voisine, \u201cJe retrouverai mon maître,\u201d s était-il dit, \u201cDieu et les saints me conduirent.» Quant à s'inquiéter de ce que l'on pourrait dire là-bas, en s'apercevant de son absence, il ne s\u2019en tourmentait guère.\u201cSi je retrouve mon maître, tout ira assez bien,» se disait-il; \u201csi je ne aois plus le revoir, que m\u2019importe le rester» Le tsar avait été stupéfait en voyant le nom du comte Woronzoff sur la liste des condamnés soumise à sa signature.I avait fait chercher en hâte le grand maître de la police, et n\u2019avait pas voulu s'en tenir aux affirmations de ce puissant personnage.\u201cJe veux voir Woronzoff, l'interroger même.\u2014Je redoute pour Sa Majesté la fatigue de cet interrogatoire\u201d avait dit le haut fonctionnaire, qui était devenu d\u2019une pâleur livide.Mais le regard qui acc&mpagna la nouvelle injonction de Sa Majesté Impériale ne laissait pas de possibilité à la résistance ouverte.Le grand maître s\u2019inclira .Seulement, au lieu d'obéir, il donna des instructions secrètes pour que le comte fût transportée moi- - jusqu'aux frontières par les voies rapides; là seulement devait commencer pour lui ce pénible voyage à pied' auquel \u2018sont soumis parfois les condamnés à la déportation en Sibérie, Le grand maître de la police ne manquait pas de créatures empressées à accompLr ses volontés, + instruments aveugles et serviles qu\u2019il brisait.lorsqu\u2019il n\u2019en avait plus besoin.Tout\u2019 s\u2019accomplit donc suivant son plan infernal, et, comme si la Providence voulait laisser à Viniquité le temps de triompher, le tsar fut pris subitement d\u2019un violent accès qui amena une rechute et retarda d'autant la convalescence.Plusieurs jours se passèrent ainsi : le comte Woronzoff était bien loin déjà.cheminant péniblement au milieu de ss compagnons de misere} - Torsque, à la porte d\u2019une misérable isbah, où on les avait fait arrêter pour-avoir un peu d\u2019eau et de lait caillé, si c'était possible, ils furent croisés par une féléga qui s\u2019en allait à la maison de poste au petit pas de ses chevaux éreintés.Un voyageur de distinction occupait avec ses bagages la téléga tout crtière, Ce voyageur se pencha vivement, poussa un cri, ordonna à l'iemtschiek d\u2019arrêter, et en un clin d'oeil se trouva sur 'a route.\u2018 \u201cSerge!\u201d s\u2019écria-t-il, \u201cSerge! Woronzoff! est-il bien possible que ce soit vous?» Il se nomma au conducteur du convoi: \u201cPrince Ivan Kalistine, aide de camp de Son Altesse Impériale le grand-duc, revenant d'une mission a Tobolsk.LA REVUE POPULAIRE Mars 1926 \u201cII faut surscoir au- départ» dit-il avec autorité.\u201cje \u20ac pr.nds sur mo: l\u2019 y a à-dessous quelque fatale méprise.Je retourne à Saint Péters- bourg.je parlerai à Son Aitesse, je>verra: le tsar sil «st nécessaire.Lassez votre prisonnier à la maison de poste, avec quatre hommes de votre escorte, qui répondront de lui, et ne le quitteront ni jour ni nuit.\u201d Pendant ce temps.le grand maître de !a police avait cru endormir l\u2019affaire.Dès que le tsar avait été en état de recevoi-, il s'était présenté.devant Sa Majesté, et avait échafaudé les uns par-dessus les autres des mensonges si habiles, si vraisemblables, que la vérité ne devait probablement jamais se faire jour.\u2018 La Sibérie est ben loin.et ceux qui y sont ensevelis n'ont guère la ressource de communiquer avec les vivants, surtout .orsque, comme le comte Woronzoff, ils ont été recommandés d\u2019une façon spéciale au gouverneur général, et par lui à tous ses agents.\u201cHomme dangereux, à surveiller de près, et À isoler autant qde possib.e.> Telle était la note donnée sur le nouveau prisonnier.: Son persécuteur se croyait donc, de ce côté.à l\u2019abri de toute inquiétude.Quant à la version présentée au tsar, elle était fort ingénieuse.Le comte Woronzoif, grâce à son immens for- une, aux promesses qu'il avait faites, était parvenu à s\u2019échapper.Les recherches les plus minutieuses n'ava\u2018ent pu encore faire découvrir le lieu de sa retraite.Quels furent donc l'éonnement.la stupéfaction, la terreur du grand maître, lorsque, un jour, le prince Ivan Kaliits.ne\u2014à pe/nc de retour a Saint Pétersbourg \u2014vint Iui demander, de Ia part du maitre tout puissant le dossier complet du procès Woronzoff, avec les piéces a i\u2018appui! Il fallut obéir, la rage dans le coeur, mais avec un reste d'espoir, œpencant.Le coupable était loin.Qui donc, si ce n\u2019est lui, le seul intéressé, parvicndrait à démêler cette trame si bien ourdie, en montrant la fausseté de quelques-unes de ces pieces?Non, le coupable n'était pas loin.A cette heure même, Lne voiture soigneusement fermée, le dérobant à tous les regards, venait de l'amener au Palais, où le prince Kalitsine, qui avait plaidé sa cause avec la plus chaleureuse affection, l\u2019attendait, pour l'introduire auprès du tsar.\u201cComte Woronzoff» lui dit Sa Majesté Impériale, avec un air de sévérité que tempérait une sorte de brenveillance dans le ton adouci de la voix, \u201cje vous crois très capable d\u2019avoir fait des voëux pour mes sujets rebelles de la Pologne, mais je vous ai en trop grande estime pour vous juger capable d\u2019une trahison ou d'un mensonge.Je ne veux savoir la vérité que de vous, dites-la moi tout entière.» Le comte Serge était entré pâle, exténué de fatigue, dans le cabinet du souverain.Les émotions de toutes sortes qu'il avait éprouvées, jontes aux nuits sans sommeil, à la marche forcée, à l'inquiétude de l'avenir, à la sourde colère qui le dévorait, avaient changé ses traits, sa Mars 1926 physionomie, toute sa personne.au point de le vieillir de dix ans.Pour quiconque aurait jugé sur les apparences, c\u2019était bien là l attitude d'un coupable.Le prince Kalitsin: ne s\u2019y trompa pas, cependant.Il attendait avec impatience les premières paroles qui sortiraient de la bouche de l'accusé, certain que ses paroles renfermerzient sa justification.Aux derniers mots du tsar, le comte Woron- .zoff sétait redressé, ses jours pâles étaient devenues subitement colorées er :a flamme qu\u2019on remarquait d'habitude dans ses regards y reparu de nouveau.\u201cJe remercie Sa Majesie de la confiance qu\u2019elle veut bien mettre en moi> dit-il.\u201cJ'espère n'en - avoir jamais été indigne.Mais si c'est être coupable que d'assister le coeur déch.ré aux luttes suprêmes, aux derniers efforts d\u2019un malheureux pays agonisant, s\u2019il doit m'être imputé à crime la sympathie que j'ai toujcurs ressentie pour l\u2019infortunée Po ogne, a'ors, sire-je n'ai qu'à rspren- dre la route de l'exil, car je suis ce coupable» Le tsar avait froncé les sources.Il resta silencieux un instant.' Pendant ces courtes nunutes, on aurait pu entendre les palpitatons de coeur du prince Kalit- sine; celui de son ami me battait pas plus fort qu'à l'ordinaire.\u201cComte Woronzoff> dit le maître, \u201cnous las sons à Dieu le soin de sonder-les reins et les coeurs; nous n\u2019avons-denc pas le droit de demander à nos sujets compte de leurs sentiments int.- mes.Répondez sur vos actes seulement.Est-ce bien à vous que cette lettre a été adressée, et quelle réponse y avez vous faite?» La lettre venait du fond de la Russie.I:crite avec des larmes par un vénérable prétre catholique romain, que !e comte Woronzoff avait connu jad:s, comme un vie/l aimni de sa mère, elle racontait le dénûment affreux où il se trouvait, à l\u2019âge de soixante-dix ans, lu: e: beaucoup de ses compagnons d'infortune: \u201cAprès les événements de 185*> disait-eile, \u201cnous avons été envoyés aux travaux forcés en Sibérie, pour douze , S'isoler à Trouville, choisir comme lieu de retraite cette plage bruyante od la foule se presse, où le plaisir règne en maître, l\u2019idée parut si originale au comte Woronzoff qu\u2019il ne put s'empêcher de sourire, \u201cVous vous méprenez, Serge,» murmura la comtesse en tournant languissamment vers lui ses beaux yeux où les [armes savaient toujours arri ver à propos.\u201cVous croyez que je regrette ma saison de bains, et que, partagée entre l'attrait qui \u2018m'appelle et le sentiment qui me retient ici, je Veux vous entraîner pour en arriver à tout concilier.Non, non\u201d ajouta-t-elle de plus en plus bas, \u201cje vois bien que vous ne me connaissez pas encore.Je ne suis pas au fond du coeur cette femme frivole que vous croyez.Je me suis donnée au monde, hélas! parce que je n\u2019avais rien de mieux auprès de moi.» Il paraît que cette longue tirade laissa le comte assez froid, car il releva la tête.et, comme si n\u2019avait pas entendu ce que la jolie bouche d\u2019Olga venait de débiter si gracieusement, il lui demanda à brûle-pourpoint: \u201cConnaissez-vous un joaillier bien sûr à qui je pourrais confier des diamants à remonter?» Les larmes se séchèrent subitement dans \u2018es beaux yeux.humides: le rose des joues devint pourpre.Non, non.cette question n\u2019était pas aussi étrange, aussi déconcertante, qu\u2019elle pouvait le paraître tout d\u2019abord.Si le comte Serge pensait à faire remonter ses diamants, c\u2019est qu\u2019il ne voulait pas les offrir dans leur forme actuelle, et tels qu\u2019ils avaient servi à Mars 1926 la défunte, à l\u2019heureuse femme qui prendrait la place de la comtesse Alexandra.; .\u201cLes diamants de cet'e pauvre cousne! dit- elle d'un ton de compassion.\u201cVous allez les faire revenir de Russie ?\u2014Hs sont là répondit le comte en frappant sur un coffre-fort à demi d:ssimulé dans la boiserie de chêne.\u2018 \u201cTous! s\u2019écria-t-elle en joignant les mains avec Un mouvement passionné.\u201cOh! montrez-les-mot, Serge.montrez-les moi! ; \u2014Vous les verrez quand ils seront remontés, dit-il avec un malicieux sourire.O'ga haissa les veux modestement.\u201cEt les topazes brû'ées?» demanda-telle, \u201cvous les avez aussi ?C'\u2019état à mon avis ce que vous aviez donné de plus sp'endide à la pauvre Alexandra.11 me semble encore la voir à la présentat'on du premier janvier.Qu'elle était belle avec sa robe de lampas argenté sa tunique de vlours capucine, tout cela constellé de ces topazes magiques à faire envie au schah de Perse lui même!» Le comte Serge restait s:lencieux.les veux atta chés dans le vide, semblait-il.Mais Olga suivit anxieusement la direction de son regard, et elle vit qu\u2019il se perdait dans la contemplation du jeune secrétaire.> : Là aussi, dans ces yeux veloutés, d\u2019une douceur infinie, brillaient des topazes cent fois plus belles, cent fois plus transparentes, cent fois plus lumineuses que les pierreries du coffre-fort.O'ga sentit une douleur aiguë lui traverser le cœur.L'aiguillon de la jalousie se faisait sentir pour la première fois, douloureux, poignant, à cette âme frivole.Elle se rappela qu'elle avait haï d\u2019instinct dès le premier jour cette silencieuse jeune fi'le, à fa- quelle elle découvrait en ce moment des grâces plus belles encore que la beauté qu'il avait bien faHu lui accorder dès l\u2019origine.Grâces de la démarche et du langage.harmonies mystérieuses de la voix et des moindres mouvements, charme délicieux et inimitable.fierté timide qui savait imposer le respect.discrétion exquise sans bassesse ni servilité: tous les signes de la plus pure, de la p'us haute noblesse d'âme et d'esprit se trouvaient réunis pour lui composer une rivale redoutable.\u201cQu'importe au comte Serge, à cet être bizarre.qui ne pense et ne vit comme personne que je sois deux fois princesse et presque aussi riche que lui?S'il la veut une fois, mon rêve est à jamais perdu.Mais comment faire pour l'empêcher de vouloir?Ainsi donc\u201d dit-elle à haute voix, en cachant sous la physionomie la plus aimable le troub'e de ses pensées, \u201cvous retournez à Saint-Pétersbourg?\u2014Le tsar me fait l'honneur de m'y rappeler.» répondit le comte Woronzoff.\u201cAh! c'est l\u2019ambassadeur qui de cet auguste désir?\u2014Mieux que cela-une lettre autographe de Sa Majesté Impériale.» Les yeux d\u2019O'ga étincelèrent.sa nature ambitieuse! \u201cJe suis charmée d'apprendre que vous allez enfin rentrer dans la vie du monde, renoncer à ces travaux austères\u2026 vous a prévenu Quel appât pour Mars 1926 \u2014Je n\u2019ai pas dit cela.Tout dépend de circonstances que je ne sus pas le maitre de diriger seul.\u2014En tout cas,\u201d répondit O.ga avec un méchant sourire qu\u2019ele ne parvint pas à dissimuler, \u201csi le grand seigneur redevenu Russe reste le savant que Jai connu à Paris, il y aura changement de se- créta rer \u2014Vous vous trompez, répondit le comte avec une fro'deur affectée, \u201cje compte emmener made- moise'le.J'ai horreur de ren déranger à.mes ha- b'tudes, et ce que je trouve bien et bon, je mar range pour le garder.» Oh! comme le cocur de Bérangère se mit à battre! comme la plume, cette fois encore, trembla dans sa main! Mais, arrière, espoirs insensés! Y aurait-d place pour le jeune secrétaire dans la Mason OÙ trônerait la nouvelle comtesse Woron- zoff, cette femme qui venait de lui lancer un regard si haineux, si chargé de mépris?Après le départ de la pr/ncesse, que le comte Serge avait reconduite, comme de coutume, jusqu'à sa voiture, Bérangère sais.t son courage \u2018à deux mains, et, relevant la tête, émue, hésitante, el'e s'adressa à ce maîtie, qui disposait d'elle sans même lui demander soir consentement.\u201cMonsieur le comte,\u201d dit-elle\u2014on aurait pu compter dans les v'brations de sa voix chaque palpitat on de son cocur\u2014\u201cje dois vous prévenir qu'il m'est impossible de quitter la France, et que.par conséquent.je dois renoncer aux fonctions que l\u2019occupais auprès de vous.\u2014Ah! vraiment!> réponditil d\u2019un ton à demi joyeux.\u201cJe n'ava\u2018s pas prévu que vous redoutiez l'exil en Russe.Peut-être la santé de votre jeune socur ne s'a-rangerait-e:le pas du climat de Saint- Pétersbourg.Mais alors\u201d ct il semb:a réfléchir, \u201cnous pourrions | établir en Crimée.J'ai là, sous un ciel aussi doux que celui du midi de la France, dans une position enchanteresse, au bord d\u2019une baie tranquille, où les flots bleus murmurent pres que aussi doucement que ceux de la Méditerranée, une riante demeure.La petite Stanie serait insta :ée dans les fleurs et dans la verdure s\u2019épa- nou ssant comme eles sous les rayons caressants d'un chaud solcil.Je ne désespérerais même pas de lui faire avoir une fois chaque année une longue visite de son cher docteur.elle guérirait aussi vite, plus vite peut être qu\u2019en France» Le coeur de Bérangère se gonfla d\u2019attendrissement et de reconnaissance.Il parlait de Stanie, il savait son nom'\u2014Qui donc le lui avait appris?\u2014 Il assoc'a\u2018t à la petite ma'ade dont elle crovait qu'il soupçonnait à peine l\u2019ex'stence, le souvenir du bon de lhable guérisseur qui devait lui rendre la vie! Quel\u2019es riantes visions! Stan\u2018e dans une opulente demeure.au m'lieu d'un beau parc.retrouvant la santé chezle comte Woronzoff! Elle-même assurée d\u2019un travail qui lui plaisait davantage chaque jour, n'ayant plus à redouter ce triste moment des ad\u2018eux, cette heure d\u2019une séparation qu\u2019elle pressenta t éternelle! Et pourtant il lui fallait dire non ! Dût son coeur se déchirer.se br'ser à jamais.el'e ne devait pas accpter ces offres sédu'santes.Bé-angère avait coutume, pour juger les choses à leur véritable point de vue.de s'élever sur des hauteurs où LA REVUE POPULAIRE 93 l'horizon s'étend, où les nuages se dissipent.Là, la lum.ére sé fait victorieuse, sereine, mais implacable: tout est sondé, épuré, approfondi à cette clarté divine: l'erreur se voit vaincue, les chimé- res sont mises en fuite, et les fantômes les plus séduisants s\u2019évanouissent pour faire place à la vérité.\u201cMonsieur le comte) dit-eile d\u2019une voix qui - s'affermissait par l\u2019effort de la volonté, \u201cje ne puis me séparer de ma soeur.\u2014Je l'entends bien ainsi, mademoiseile.Je n'ai nuke intention de placer la soeur aînée à Saint- Pétersbourg et la soeur cadette au midi de la Russie.Au bout du compte, que m importe à moi une résidenæ ou urre autre?Choisissez.Où vous mettrez votre doigt sur la carte, c'est là que je planterai ma tente.) Révait-elle?Se raillait-il de sa candeur, cet homme impénétrable?Elle n\u2019'osa pas le regarder, et cependant il fallait répondre.\u201cDe cette façon même, c'est encore impossible,\u201d murmura-t-elle en joignant les mains comme pour demander à Dieu de la délivrer de cette angoisse.\u201cBérangère > Il ne dit d\u2019abord que ce seul mot, mais elle avait compris._ Elle leva les yeux vers lui, et cette fois il put y lire, comme dans un pur miroir, la tendresse soumise, le dévouement passionné.l'affection si longtemps contenue de ce coeur qu\u2019il souhaitait tout à lui.\u201cO ma douce étoile» murmura-t-il en la contemplant dans l'ombre transparente que projetait la iégère mousseline des rideaux, \u201cenfin, vous êtes venue! Vous êtes montée du fond du sombre horizon, chassant-devant vous la nuit peuplée de fantômes où se plongeait mon âme en deuil.La tempête grondait à toute heure, les nuages, sans cesse renaissants.menaçaient d'\u2019éteindre votre douce clarté, mais la main de Dieu vous guidait; Comme autrefois l\u2019astre radieux venu d'Orient, vous vous êtes arrêtée sous mon toit; Dieu vous avait dit: \u201cC\u2019est là! l'homme à sauver est dans \u201ccette demeure.» #% + * Deux mois après, le docteur Roland, parfaitement remis de son accident, habillé de noir de la tête aux pieds, à l'exception de la cravate blanche et du ruban multicolore qui brillait à sa boutonnière, présentait à sa femme un billet de faire part ainsi conçu: \u201cMonsieur le comte Serge Woronzoff a l\u2019honneur de vous faire part de son mariage avec mademoiselle Bérangère de Pontmore, et vous prie d'assister à la bénédiction nuptiale qui leur sera donnée dans l\u2019ég'ise Saint-Paul, le mardi 25 septembre.à midi très précis.» Mme Roland rougit jusqu'aux oreilles après avoir lu et relu cette lettre.\u201cMais ce n\u2019est pas pour aujourd hui\u201d dit-elle, \u201cnous ne sommes encore qu\u2019au 23?\u2014Oui, ma chère; mais le mariage civil, à la mairie et à l'ambassade\u2019 Je suis témoin de la belle fiancée devant M.le maire et devant Son Excellence l'ambassadeur.Après-demain.c\u2019est moi qui lui servirai de père, et qui la conduirai à o4 l'autel.Viendrez-vous.quand ce ne serait que par curiosité?» Mme Roland, au lieu de répondre, quitta le fauteuil où elle était assise et vint embrasser timidement son mari.\u201cAh! al» di le bon docteur en retenant sa femme captive par la main, \u201cvoilà un baiser qui me fait tout à fait l\u2019effet d\u2019un acte de contrition.\u2014Contrition parfaite, mon ami.\u2014En ce cas, j'accorde le pardon sans exiger un aveu complet.\u2014Et la petite soeur, votre malade?» demanda Mme Roland avec un reste d'embarras.\u201cJ'achéve de lui fabriquer' ses ailes, et j'ai besoin pour cela, avec votre permission, bien entendu, de la garder quelque temps auprès de moi.Avant l'hiver, je la conduirai à Saint-Pétersbourg, où le comte et la comtesse Woronzoff s\u2019installe ront à leur retour d\u2019Italie.Ils vont voyager quelques semaines, ce qui serait trop fatigant pour l'enfant.\u2014Je m'en charge bien volontiers jusque-là,» s'écra Mme Roland avec un élan enthousiaste qui surprit et charma son mari.\u201cJ'accepte sans façon, ma chère, mais à la condition que, à votre tour, vous accepterez l\u2019invitation de la comtesse Woronzoff, qui vous prie.vous supplie même, de, m \u2018accompagner à Saint-Péters- bourg.Allons, à tout à l\u2019heure.» Mme Roland se mit à la fenêtre pour voir l'embarquement du docteur.À côté du cocher se tenait Tibère, rayonnant\u2018 de joie, au point qu\u2019il en avait oublié son ami Sparadrap.Derrière la voiture, dans la tenue la plus correcte, Polydore Sapin, revêtu de la livrée de rechange de Tibère, achevait d\u2019attacher a sa boutonnière un énorme bouquet blanc.\u201cAh! mon Dieu! docteur,\u2019 s\u2019écria Mme Roland, \u201cqu'est-ce que cela signifie?Je ne vous connaissais pas ce valet de pred.\u2014Soyez tranquille, ma chère, ce n'est que pour aujourd\u2019hui.Je vous expliquerai cela à mon retour.Mais le brave garçon a été à la peine, il était bien juste qu'il fût à Fhonneur» FIN Dans le numéré du mois d\u2019avril .de ss B RS opataice Nous publierons un roman complet qui aura pour titre: \u201c MALGRÉ EUX \u201d Roman Inédit Par B.NEULLIES Retenez d'avance votre prochain numéra.LA REVUE POPULAIRE Mars 1926 L\u2019ANGLICISME EN FRANCE H n\u2019y a pas qu\u2019au Canada que l\u2019anglicisme constitue un danger et qu\u2019il faille lutter contre.Chez nous, nous commettons des anglicismes par la force des choses, si on peut dire, et aussi par négligence et ignorance.En France, ce qui pourrait être plus grave, on le fait par snobisme.Ainsi, et ce soni \u201cLes Annales\u2019 qui rapportent la chose, il paraît qu\u2019à Versailles, ancienne ville des rois, des expériences de signalisation lumineuse ont été faites dernièrement.Deux appareils, placés au carrefour le plus fréquenté de la cité, ont donné toute satisfaction.Mais que lisait-on aux quatre faces de ces bornes?Ceci.en immenses caractères noirs se détachant à merveille sur le fond blanc: Stop! One way Street Est-ce une Compagnie française ou étrangère qui a procédé à ces essais?Nous croyons qu\u2019en France, on pousse trop loin la complaisance vis-à-vis des étrangers.Dans la province de Québec, ces mêmes sémaphores sent bilingues.0 LA SURFACE INEGALE D'UNE BALLE DE GOLF LUI PERMET DE FILER PLUS VITE Autrefois, les balles de golf étaient de surface unie.On se rendit compte bientôt que plus une balle avait été bossuée par les coups, plus elle filait vite, et c\u2019est pourquoi, un peu après, les manufacturiers ne les fabriquérent plus que marquées de petits creux.Ainsi Ia balle voyage dans l\u2019air à la façon de la cartouche sortant du filet de vis du barilTet d\u2019une carabine. Mars 1926 LA REVUE POPULAIRE 95 CTT TATA AC CHAD, AAT ASAT AT KS Sr Sr A Ar CI A A A ROO Le Dessin et la Peinture ¢ 0 peur tous ¢ 0 LA FIGURE HUMAINE Académie d\u2019après l\u2019antique.Académie d\u2019après nature Il était d\u2019usage, autrefois, d\u2019appeler académie l\u2019étude d\u2019un homme nu, dessiné ou peint dans son ensemble.Aujourd\u2019hui, on dit Lout bonnement une figure.Si le modèle est un homme vivant, la figure est dite d\u2019après nature; si le modèle est une statue antique, la figure est dite d\u2019après l\u2019antique.\u2018 Si l\u2019élève a suivi attentivement les leçons qui précèdent, et s\u2019il en a profité quelque peu, elles l\u2019ont amené au degré de force nécessaire pour étudier enfin des fragments du corps humain.Il commencera par copier, d\u2019après des moulages, tantôt la tête d\u2019une statue antique: celle de la Vénus de Milo, ou tout autre, à son choix, tantôt la tête d\u2019une statue moderne, celle du Gloria Victis, je suppose.\u2018 Se baser, pour la construction, sur l'exemple ci-contre, qui représente une tête de Vitellius (époque de la Renaissance italienne), (fig.1.) Il prendra ensuite une main antique, puis une main moulée sur nature.Il passera au bras entier el aux mains d\u2019homrne et de femme, puis aux pieds et aux jambes (fig.2, 3, 4.) \u201c Il eonsacrera à chacune de ces études deux séances de trois à quatre heures.Après avoir travaillé assidûment ces morceaux isolés et s'être familiarisé avec leurs divers aspects, l'élève les recommandera sur nature.Et il abordera alors la figure dans son ensemble.Le dessin d\u2019après la bosse ou plâtre doit être d\u2019une exécution très soupis, et aussi très blond, très clair.La matière elle-même étant blanche, les ombres les plus foncées sont encore très pâles, comparées aux ombres des si LA REVUE POPULAIRE objets copiés directement sur la nature.Donc, tout en observant avec soin les valeurs entre elles, faites clair en copiant le plâtre.Tl vous en restera.lorsque vous aborderez la nature vivante, de la légèreté dans le coup de crayon, et vous éviterez de tomber dans le noir, ce qui est lé grand écueil quand on dessine pour la première fois un morceau d\u2019après nature.On croit donner de la vigueur en poussant au noir.el l\u2019on perd de vue que la vie s'obtient par la justesse du dessin, du modelé.et non autrement.Ou étudie le corps humain d\u2019après les plus belles statues que nous ont laissées l'Antiquité grecque el romaine ainsi que la Renaissance.Enfin, et surtout.d'après nature.La statue, ou son moulage, offre l'inestimable avantage de bien poser Mars 1926 et d'offrir des lignes de démarecation entre l\u2019ombre et la lumière loujours nettes et précises.relativement faciles à lire.Elle présente.en oulre.les caractères les plus généralement admis de la beauté physique chez l'homme.Les Anciens.et particulièrement les Grecs.comprenaient l'art à un {out autre point de vue que les artistes les époques modernes.Ils recherchaient avant tout un (ype de beauté et de perfection.où la pureté idéale des formes étail inséparabie de la no- blesse des proportions et des attitudes.Mais il faudrait redouler, en s\u2019absorbant exclusivement dans l'étude de l\u2019antique, de contracter certaines habitudes de voir et.de perdre peu à peu, inconsciemment, l\u2019amour et la recherche de la réalité.Note.\u2014Ce cours est tiré de l\u2019ouvrage de Camille Bellanger: \u201cTrailé de Peinture à l'usage de tout le monde\u201d.\u2018 erm J rere en LA PIPE DE BRUYERE La pipe dc bruyére, doul l'Amérique, parait-il, est inondée de contrefa- cons, constilue toui de même l\u2019une industries les p!lvs florissantes de France.Cependant, la bruyère commence à manquer; il faudra faire venir les matières premières de l\u2019Afrique du Nord. Mars 1926 LA REVUE POPULAIRE LE THEATRE D'OMBRES CHINOISES \u2014\u201420 sms Les ombres chinoises consistent dans des découpages de carton, placées sur un écran transparent.La lumière est en arrière, et doit être très intense de façon que là silhouette soit bien noire et bien accusée.On obtient des effets très curieux, et pour peu que la musique et le dialogue se joignent à ce spectacle, il devient très intéressant.Depuis Séraphin, qui introduisit ce jeu en 1784, jusqu\u2019à l\u2019E- popée du Chat noir et jusqu\u2019au concert Vivienne, à Paris, les ombres chinoises ont fait de nombreux progrès.Il est aisé de construire, sans frais, un théâlre d\u2019ombres chinoises.Choisissez l'embrasure.d\u2019une porte séparant deux chambres: l\u2019une sera plongée dans l\u2019obscurité et réservée au public; l\u2019autre vous servira de magasin d'accessoires, de foyer et de salle de préparation.Dans l'ouverture de la porte, disposez un cadre de bois d\u2019une certaine grandeur, assez élevé, comme un Gui- @nol.Vous pouvez être assis commodément sans que votre tête arrive au niveau de l\u2019ouverlure.Disposez, en outre, deux pans coupés à droite et à gauche de la porte, à diverses distances, pour faire glisser des châssis qui permettent de donner de l\u2019éloignement à vos personnages, et de placer vos décors.Les décors soni nécessairement fort restreints; des découpures pour les premirs plans, des silhouettes de maisons placées derrière les châssis du deuxième ou troisième plan ; la toile de fond est au contraire le cadre du premier plan.Elle peut être coloriée; mais, dans ce cas, teintez fort légèrement, et ne tracez que de grandes lignes fort légères.Ayez un rideau de coulisse, de façon à ménager l\u2019effet, pour quand le spectacle devra commencer.Le cadre du premier plan consiste dans une toile fine, mousseline tendue, ou toile de batiste huilée.Si vous peignez ce premier cadre, faites-le très légèrement et de façon que les couleurs restent transparentes ; la peinture à l\u2019eau légèrement gommée est préférable ; de l\u2019aquarelle, pas de gouache.Derrière ce cadre, ayez des cadres de même dimension avec des décors différents.Les personnages sont des figures de carton mince, noirs ou en couleur, qui sont découpés de façon à être vus de profil; on trouve facilement dans le commerce des feuilles d\u2019ombres chinoises.Les personnages sont découpés et on enlève soigneusement les blanes de l\u2019intérieur des bras, des jambes, on Pique avec des aiguilles les traits blanes qui indiquent les yeux, les cheveux, les plis du vêtement.Ensuite, pour rendre mobiles i.articulations, découpez les parties qui doivent se mouvoir.les bras, les jam- opte rie ce ii etait 83 LA REVUE POPULAIRE bes ou la tête en call uit derrière clles des languettes de carton, ef rappor- tez-les au corps en piquant les deux parties avec une aiguille enfilée.Le fil est arrêté de chaque côté de ma- niére 4 fixer la partie mobile.tout en permettant le mouvement.Attachez aux parties mobiles de petits fils de fer que vous réunirez dans votre main droite, tandis que la main gauche permettra de maintenir le personnage.On fera apparaître à volonté les figurines, et en les rapprochant ou en les éloignant de la toile, par un mouvement de châssis, on obtient des images très nettes et des lointaines.OO A PROPOS DES HONORAIRES DES MEDECINS Nous lisons dans le \u2018Mercure de France\u2019 qu\u2019un jugement rendu en 1920 par un tribunal bolcheviste a Leningrad reconnait aux malades qui n\u2019ont pas été guéris le droit de ne pas payer leur médecin.À ce propos, on peut rappeler l\u2019histoire de Sir Walter Strikland, qui était affligé d\u2019un asthme dont il souffrait beaucoup.Pour s'assurer les secours dont il avait besoin, il fit avec son médecin le traité suivant: \u201cLe 26 avril de la dix-huitiéme année du régne de Henri VIII, nous soussignés, Sir Walter Strickland, chevalier, d\u2019une part, et Alexandre Kennet, docteur en médecine, d'autre part, sommes convenus de ce qui suit: moi, Alexandre, m\u2019engage, avec le secours et la permission de Dieu, à rétablir la santé de Sir Walter Strickland, à le guérir de toutes les infirmités qui attaquent sa personne en général et son estomac en particulier, qui est la partie actuellement la plus souffrante de HERNIA! Mars 1926 son corps.à lui administrer tous les remèdes que la médecine et l'\u2019expérience peuvent fournir et à apporter lous mes soins à rendre sa cure la plus prompte que possible.\u201cJe promets en outre de ne point le quitter sans sa permission, qu'il ne soit parfaitement rétabli; et moi, Sir Walter Strikland.je promets en reconnaissance des bons soins d\u2019Alexandre, de lui payer ou faire payer vingt livres sterling en monnaie courante et bonne du pays.\u201d Les soins du médecin n\u2019eurent pas le succès qu\u2019il en attendait: Sir Walter ter Strikland mourut le 9 janvier de l'année suivante; le médecin n\u2019avait reçu que sept livres sterling et les héritiers de Sir Walter lui refusèrent le reste de la somme, parce que, selon l\u2019acte, il ne lui était payable que lorsqu\u2019il aurait guéri son malade.\u2014 \u20140 LA DEMOLITION DE L\u2019EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS L\u2019Exposition des Arts Décoratifs qui, pendant six mois, attira en France des centaines de milliers d\u2019étrangers et fut la pius importante manifestation d\u2019art nouveau depuis 1900, est fermée et en voie de démolition.Il faudra bien encore plusieurs mois pour remettre-en état l\u2019esplanade des Invalides et les emplacements oceu- pés par les \u201cnombreux pavillons de l\u2019Exposition.2,600 a 3.000 ouvriers s'emploient à cette besogne tous les jours.Les constructions faites en matériaux légers el périssables: plâtre, paille, carton, ne peuvent être réemployées.Les bois et fers seront vendus.On ne gardera aucun des pavillons sinon peut-être celui de l\u2019Indo- Chine.me ten + \u2014 @; Mars 1926 LA REVUE POPULAIRE 9 CHENIL Par ALBERT PLEAU EXPOSITION AVICOLE ET CANINE L'Association, Avicole de Longueuil a organisé une exposition avicole et canine ies 21, 22 et 23 janvier dernier à Montréal.Cette exposition a remporté un succès complet, grâce à l'initiative des organisateurs et à l'encouragement donné par le gouvernement fédéral, par l'entremise de son CH.SONORA BILLY, le meilleur Bob tail, propriété de Mme A.Trudeau.représentant officiel, Monsieur Raymond, et le gouvernement de Québec pour une large part.Comme toujours, dans ces réunions, la noble figure du frère Wilfrid, de la Trappe, apparaît räyonnan- GOLDEN FINE, fameux collie, propriété de M.Paul Lachapelle te de sagesse et d'autorité, et chacun s'adresse à lui pour être renseigné.Si j'avais À faire la part de mérite de chacun, il me faudrait plus de pages que je puis en disposer dans La Revue.GAMINE, Malinoise, à M.R.Gareau, ler prix de sa classe.Les quotidiens nous ont assez fourni de matière à lire sur le sujet sans que j'aie à y revenir ici.L'exposition avicôle, canine et féline, était sous la surintendance générale de M.Amédée Trudeau qui 100 a su s'acquitter de sa tâche à la satisfaction de tous.La section canine, sous la surintendance de M.Gérald Dandurand a été un succès sous le rapport de la quantité et de la qualité.Le Belgium Kennels, comme toujours, avec ses sujets de choix, a remporté beaucoup de prix; les Irish Setters, de M.A.Trudeau sont imbattables; SABLE SOUVENIR, C.K.C.S.B.des lauréates de l'exposition.une les Bostons terriers, représentés par les chenils de M.Constantineau et de M.L.B.Seguin n\u2019ont pas besoin de commentaire.Les collies, tous de bons sujets, étaient pour la grande majorité, du chenil de M, L.Martin.Une classe qui était très intéressante est celle des Groenendael.Comme quantité et qualité \u201cFlash\u201d, BRONCO, Malinois, ler de sa classe, propriété de E.Pilon.LA REVUE POPULAIRE Mars 1926 une superbe bête.propricté de M.Beauchamp, a remporté ies honneurs de sa race et (sans ligno- rance d\u2019un juge) elle aurait remporté le prix olfert pour le meilleur chien de bergers de toutes les APPRECIATION GAD.Lévrier Russe, de M.Paul U.Lachapelle, ler prix et Winners races, et sa plus forte concurrente dans la classe ouverte fut Manon Il, de M.R.Daoust, et soeur de Flash qui ne céda sa place que gar 4 points.M.Wilfrid Vincent avec son Alsacien César a remporté une jolie coupe en argent.TURENNE DE FATMA, Malinoise, à Mme J.Poirier, qui a remporté tous les bonneurs de sa classe.Le chenil de Sales, propriété de M.Jos Bourque, a décroché plusieurs beaux prix.| M.Paul Lachapelle, de St-Paul l'Ermite, nous a montré qu\u2019il possédait un élevage de toute pre- alg lie = Mars 1926 LA REVUE POPULAIRE 101 Squelette du chien berger Allemand.mière qualité, en collies.lévriers Russes et Irish Setters.Les Pomeraniens nains, de l'élevage de Mesdames Riou et Rhodes, sont de vrais petits bijoux, et font l\u2019envie des spectateurs qui les ont applaudis.Branco, Malinois, à M.J.E.Pilon, a remporté le ler prix de sa classe dans les jeunes.Turenne de Fatma, à Mme J.Poirier.a tout balayé, en ga- Fritz V.GEGERBERGE IMP.Petit-fils d\u2019Erick V.Grafenwerth, grand champion d'Allemagne 1921-22; Neveu de Klodo V.Boxberg, grand | champion 1925, - est offert aux amateurs qui ont des chiennes de bonne lignée.Nous avons toujours des jeunes chiens | | policiers allemands à vendre.f | S'adresser à A.PLEAU, St-Vincent de Paul, P.Q.| gnant le ler prix le Winners et une magnifique coupe.Cette bête promet beaucoup pour l'avenir.Nous devons des remerciements à M.et Mme À.Trudeau, particulièrement à celle-ci, qui n\u2019a pas ménagé son temps pour la réussite de la section canine, à M.Dandurand, surintendant de- la section canine, qui a su s'acquitter de sa tâche à la satisfaction de tous.AVIS AUX INTERESSES < Le Chenil répondra à toutes demandes d'informations sur les races canines, ainsi que sur les maladies du chien.Prière d\u2019envoyer un timbre si on désire une réponse personnelle.Adrgsscz: LA REVUE POPULAIRE, Dépt.du Chenil, 131 Cadieux, Montréal.Vient de paraître \u201cLE CHIEN\u201d.Son élevage.dressage du chien de garde, d\u2019attaque, de défense et de Police, entraînement pour Exposition et traitement de ses maladies.Beau volume de 200 pages.Nombreuses illustrations.Prix: $1.25.En vente dans toutes les librairies, ou chez l'auteur, Albert Pleau, St-Vincent de Paul, Qué.ai is tue te dati ete LA REVUE POPULAIRE Mars 1926 Histoire Géographie UN CANADIEN-FRANÇAIS A PARIS SOUS LA REVOLUTION DE 1789 \u2014 Nous trouvons dans une collection du \u201cFigaro\u201d de Paris, en date du 21 mai 1910, le compte rendu d'un on- vrage du docteur Rigby, intitulé \u201cVoyage d\u2019un Anglais à Paris en 1789\u201d, duquel nous détachons le curieux passage suivant: \u201cUn Canadien-francais que nous 'rencontrâmes dans la foule fut le premier 4 nous \u2018donner a #ntendre qu\u2019on avait résolu d'attaquer la Bastille.Nous sourîmes du propos de ce mon- - sieur et nous lui objectâmes l\u2019improbabilité qu\u2019il y avait à ce que des ci- tôyens indisciplinés prissent une citadelle qui avait résisté aux troupes les plus expérimeniées d'Europe.Nous \u2018étions alors loin de penser qu\u2019elle serait réellement dans les mains du peuple avant la nuit.\u201d Le docteur Rigby, médecin réputé, agronome et économiste de valeur, traversa la France en 1789, en compagnie de deux autres anglais, ses amis.Les lettres qu\u2019il écrivit à ses deux filles, durant ce voyage, ont été traduites en français par M.Caillet.\"Ces vivant et original document est considéré par les historiens comme à 2 peu près aussi intéressant que le fameux voyage d'Arthur Young.Quel était ce Canadien-français si bien renseigné?0 L\u2019AMITIE FRANCO-CANADIENNE De \u2018l\u2019INlustration\u201d\u2019, nous détachons, l\u2019article suivant : \u201cNos lecteurs n\u2019ont certainement pas oublié le magnifique effort qui fut réalisé, ces dernières années, sur les deux rives de l'Atlantique, pour développer les relations franco-canadien- nes.En 1922; le gouvernement fédéral mettait gracieusement à la dispo sition de nos industriels et commerçants un train-exposition qui circulag pendant trois mois à travers l\u2019immense Dominion.L'année suivante, en 1923, un train automobile promenait les produits canadiens à travers | France.Le résultat commercial de ce dou-R ble périple et de la convention qui intervint peu après entre les deux pays s\u2019exprime par les chiffres suivants, e millions de francs: Exportations du CanadaExportations de France en France en Canada En 1922.161 millions En 1922.En 1923.373 millions En 1923.En 1924.482 millions En 1924. \u201c3 io io Hon Mars 1926 Par suite des fluctuations du change, on ne saurait considérer ces écarts en valeur absolue.La progression est néanmoins trés marquée.Ces résultats sont dus, pour une large part, aux excellentes méthodes de M.Dal Piaz, président de la Compagnie Générale Transatlantique, secondé par des collaborateurs d'élite, au premier rang desquels il convient de citer M.Yvan, secrétaire général de l\u2019exposition française dans le train canadien.Plus grand encore, peut-être, fut le résultat moral.La légende des \u2018\u2018frères canadiens\u201d était à peu près aussi vague chez nous que la géographie de leur pays; d'autre part, les fermiers et les bûcherons de l'Ontario pouvaient se croire oubliés dans la patrie de leurs ancêtres.Le sang canadien versé sur les champs de bataille nous à fait comprendre que les Canadiens s'entendent à concilier leur amour pour la France avec leur loyalisme pour la Grande-Bretagne, et comme l\u2019a dit le sénateur Beaubien, son pays ne saurait oublier les mères françaises \u2018\u2018qui ont toujours des prières et des fleurs à apporter aux héros canadiens tombés pendant la guerre\u2019.Le gouvernement canadien ayant voulu offrir un souvenir à tous les Français qui, de près ou de loin, ont secondé son initiative, le conseil municipal de Paris a tenu à honneur de prêter à M.Beaubien les salons de l\u2019Hôtel de Ville pour réunir les nombreux amis auxquels fut remise une jolie plaquette de P.Lenoir symbolisant l'union et l\u2019amitié des deux pays.F.Honoré.LA REVUE POPULAIRE 103 LE QINQUIEME RAPPORT DE L'ARCHIVISTE DE LA PROVINCE, M.PIERRE-GEORGES ROY Nous avons reçu au moment de sa parution le cinquième rapport de l\u2019archiviste en chef de la province de Québec, M.Pierre-Georges Roy, en même temps directeur du \u201cBulletin des Recherches Historiques,\u201d organe du bureau des archives.Les pièces nouvelles comprises dans le présent rapport sont les suivantes: 1\u2014Mémoire touchant la mort et les vertus des pères Isaac Jogues, Anne de Nou, Antoine Daniel, Jean de Bre- beuf, Gabriel Lallemant, Charles Gar- nier, Noël Cabanel et un séculier, René Goupil.Ces mémoires sont précisément les \u2018pièces sur lesquelles Sa Sainteté Pie XI s'est appuyée pour proclamer bienheureux, le 21 juin, 1925, nos martyrs jésuites canadiens.2\u2014 Mémoire du Canada.Voilà une pièce intéressante pour ceux qui aiment le trait malin en histoire.Les données de l\u2019auteur inconnu n\u2019en sont pas moins vraies, parce que confirmées par d\u2019autres témoignages dignes de foi.3\u2014Les chambres de commerce de France et là cession du Canada.Les lettres et les délibérations des Chambres de Commetce de France, en 1761, ne \u2018prouvent-elles pas que la France a abandonné sa colonie du Canada en 1763 parce qu\u2019elle ne pouvait faire autrement?.4\u2014Les ordonnances et lettres de Change du gouvernement de Montréal en 1759., ;\u2018 | Ceci est de la petite histoire, mais combien intéressante.A l\u2019aide de cette pièce, des centainés de Canadiens- français de là région de Montréal pour- rt aus 104 ront se dire: la perte du Canada pour la France a amené la ruine de tel ou tel de mes ancêtres.5\u2014La vie de Mme d\u2019Youville, fondatrice des Soeurs de la Charité, à Montréal.Nous avions déjà quatre ou cinq Vies de Madame d\u2019Youville, mais celle-ci, pourtant très courte, est peut- être la plus touchante et la plus vraie parce qu\u2019elle fut écrite par son propre fils, l\u2019abbé Dufrost.6-\u2014Les ordonnances du gouverneur de Lauzon.Nous connaissions une seule ordonnance du gouverneur de Lauzon.Voici que notre Rapport en met vingt autres au jour.7\u2014-Un curieux document sur sir William Johnson et son fils sir John Johnson.Ce doctifftent, découvert par M.E.- Z.Massicotte dans les archives judiciaires de Montréal, nous donne de précieuses indications sur le célèbre sir William Johnson et son fils, sir John Johnson.atts == ne LES LEGENDES DU SAINT-LAURENT La vogue du Saint-Laurent, comme point de départ d'un voyage en Europe, s'est accrue considérablement depuis quelques saisons, et c\u2019est par milliers qu\u2019il faut aujourd\u2019hui compter les voya- feurs canadiens et américains qui défilent chaque année entre les deux rives, tour à tour pittoresques et grandioses, de notre incomparable vbie flu- Viale.Aussi, comme les compagnies de navigation s\u2019efforcent de répondre de toutes façons à l\u2019attente de leur clientèle, l\u2019on assiste à une amélioration constante des services êt des navires eux- mêmes.La Compagnie du Pacifique Canadien, qui \u201cea- cercle le globe\u201d, ne laisse passer aucune occasion de faire connaitre, par une intelligente publicité, les beautés de la grande voie laurentienne.Clest ainsi qu\u2019elle vient de publier, sous le titre de \u201cLégendes du Saint-Laurent\u201d, une magnifique bro- churette, richement illustrée et soigneusement rédigée, qui fait vraiment honneur à son service de publicité, LA REVUE POPULAIRE Mars 1926 Cet ouvrage est surtout destiné à renseigner les passage:s des grands transatlantiques du Pacifique Canadien sur les endroits qui-défilent de chaque côté des eaux majestueuses du Saint-Laurent.Et c'est là répondre à un besoin qui se faisait depuis longtemps sentir.Pendant les deux jours que dure le voyage de Montréal ou Québec et les-derniers caps de la Gaspésie, le voyageur voit se succéder sous ses yeux.toute une série de villes, villages et campagnes fleu:ies dont il ne lui est pas toujours fac.le d'apprendre les noms ou l\u2019histoire, maigré l'ividité qu\u2019il manifeste généralement pour ce genre de renseignements.C'était 1a une lacune regreitable que la Compagnie du Pacifique Canadien vient de coiabler de la plus heureuse façon.La brochuretie en question ne se contente pas, par exemple, d'indiquer ies noms de Verchères, Yamachiche, Deschambault, Monimagny, Rivière-du-Loup, Matane, Pointe- au-Père, ou Ste-Anne des Monts; on y trouve en plus de très intéressantes notions géographiques et historiques touchant ces endroits et nombre d\u2019autres, ainsi que les régions qui les environnent.Des dessins appropriés donnent une idée enco:e plus concrète du charme qui se dégage de ces jolis vil lages si coquettement situés sur ies bords du grand fleuve.Et cette promenade au fil de l\u2019eau devient ainsi comme un cours incomparable -d\u2019histoire du Canada ancien et moderne.Pour ajouter encore à l\u2019information du lecteur et faire grandir son intérêt, on a voulu joindre à ces descriptions toute une série de nos vieilles légendes du terroir, comme celles de la Corriveau, des Sorciers de l'Ile d'Orléans, du Sauvage Mouillé, de la Chasse-Galerie, des Lutins, du Rocher- Fantôme, etc, etc, le tout présenté sous une forme attrayante, l'on pourrait même dire souriante, car le voyageur n'est pas induit en erreur et mis sous l'impression que ces contes du bon vieux temps forment le fond de la vie actuelle des gens de nos campagnes.I! existe du folklore dans tous les pays, et c'est comme tel que le nôtre est présenté, à titre de curiosité et en souvenir d'un passé pittoresque et plein de saveur.L'ouvrage comporte plusieurs illustrations en couleurs, oeuvres de l'artiste montréalais bien connu, Charles Simpson, qui a su rendre d\u2019une façon remarquable, les types et les scènes d'autrefois.Cette nouvelle publication du Pacifique Canadien contribuera pour une.large part à faire mieux connaître et apprécier le progrès continu, en même temps que le charme incomparable du \u201cpays de Québec\u201d.Elle ajoutera de plus au plaisir de ja traversée dans les palais flottants de notre grande compagnie de transport, dont les excellents services, tant sur mer que sur terre, sont un sujet de juste orgueil pour le pays tout entier.Les \u201cLégendes du Saint-Laurent\u201d ont aussi été publiées en anglais, afin de permettre à ceux de nos compatriotes-qui parlent cette langue, ainsi qu\u2019aux Américains qui nous visitent chaque année, d'en goûter toute la saveur.0 Une vie'lle expéricnce a prouvé que l'exemple part, den haut descend dans toutes les classes, et y porte le bien ou le mal. Mars 1926 LA REVUE POPULAIRE COMMENT ET POURQUOI L\u2019ON CHASSE LES GRANDS FAUVES \u2014\u2014e Chasses a Paffiit pour tuer, chasses aux trappes pour capturer des fau= ves vivants en vue des cirques et ménageries, chasses aussi pour les besoins nouveaux du cinéma.\u2014 Quelques victimes de la chasse.\u2014 Le sort des bisons du Canada.Le gibier diminue, écrit Pierre Ma- riel, dans \u201cLe Petit Journal Illustrée\u2019, mais il ne faut pas s\u2019en émouvoir, parce que c\u2019est une loi générale qui s\u2019applique non seulement aux pays civilisés, mais à toutes les contrées du monde.Devant les progrès constants du blanc, défricheur de savanes.la chasse aux fauves elle-même est réglementée, afin que soit évitée l\u2019extermination de certaines espèces animales.Ainsi, quand les Français se sont installés en Algérie, le lion y abou- dait-il, surtout dans l\u2019Atlas.Les Arabes éprouvaient pour lui une terreur superstitieuse, ne prononçaient jamais son nom, mais l\u2019appelaient d\u2019un titre, celui de Seigneur.Ils considéraient ses ravages comme un mal nécessaire et fatal.C\u2019est alors qu\u2019apparut Jules Gérard, le célèbre tueur de lions.T1 s\u2019attaqua résolument au roi des animaux, fit des tableaux retentissants, et l'imagination orientale aidant, les Arabes le considèrèrent bientôt comme un surhomme.Ils reprirent aussi confiance en eux-mêmes et commencèrent à leur tour à chasser le lion.Mais si.en Afrique, le lion ne s\u2019attaque plus guère aux hommes, il fait toujours dans les troupeaux du centre et du sud-africain, de terribles ravages, surtout dans la région des Grands Lacs.Les Anglais le chassent avec méthode, et l\u2019affût reste toujours le même depuis Jules Gérard, bien que la portée des fusils, la pénétration des balles, rendent les expéditions bien - moins dangereuses.La nuit on construit un abri dans un arbre où s\u2019installent le chasseur et un ou deux indigènes qui rechargent les LA REVUE 104 armes.À quelque distance.on place un agneau entravé.La pauvre petite bête pleure désespérément el ses bêlements attirent le lion.Quand celui-ci arrive à bonne portée.le nhasseur essaye de le tirer en plein front.Gare à lui s'il ne fait que blesser son adversaire! Furieux, le hon se précipite sur l'abri et il faut que le chasseur ne perde pas son sang-froid s\u2019il veut revenir vivant de son expédition.Mais il est une autre sorte de chasse qui est encore bien plus dangereuse.C\u2019est quand il s\u2019agit de capturer les fauves vivants pour les expédier en Furôpe.à destination des muséuims et des ménageries.Pour cela, en les attirant avec de la viande fraîche, on les fait tomber dans les trappes où, li- goles, ils sont ensuite conduits dans des petites \u2018cages jusqu\u2019au plus prochain paquebot.Beaucoup préfèrent se laisser mourir de faim plutôt que d'être captifs; aussi essaie-t-on de se procurer de jeunes lionceaux.dont la mère'a été préalablement tuée dans un affit.Jusqu'à présent.on n\u2019a jamais pu élever en cage la fameuse panthère noire.un des plus beaux animaux qui soit.Il ne faut pas croire que les félins soient loujours les plus dangereux gibiers.Les buffies.qui doivent être tirés en terrain découvert, el à petite distance.sont de terribles ennemis pour l'homme.On se souvient sans doute du malheureux Latham.cet aviateur qui partit chasser aux grands fauves dans l\u2019'Est-Africain.C'était un tireur remarquable.Un jour il aper- coit un buffle isolé.I l'ajuste.le tire et le blesse seulement.Furieuse.la bêle s'élance sur jui.Lalham tire une seconde cartouche qui atteint le buffle en plein front.Mais.bien que mort, POPULAIRE Mars 192 l\u2019animal est entraîné par son élan formidable et balaye l\u2019homme qu\u2019il écrase sous lui.Les deux,adversaires, dans ce duel gigantesque.moururent en même temps! Maintenant.il existe une autre chasse, passionnante., mais qui n\u2019en présente pas moins de grands dangers.C\u2019est la chasse cinématographique, si nous pouvons dire.Filmer les fauves dans leur existence de chaque jour, dans le privé, n\u2019est pas un sport de tout repos.Malgré les téléobjectifs, les opérateurs doivent approcher à une centaine de pieds de leurs sujets et les animaux sauvages.instruits par le commerce des hommes.ne voient pas d\u2019un bon oeii cette étrange machine.À côté de l'opérateur se tiennent done toujours plusieurs chasseurs éprouvés.Récemment, un film à suivi les pérégrinations d'un troupeau d\u2019éléphants sauvages, en Afrique.Une des bandes représente un éléphant mâle - Ÿ qui charge l'appareil de prise de vues et son aspect n\u2019a rien de bien rassurant.1 fut aballu à vingt pieds de l'opérateur! .Il y a deux ans, dans la région de Khartoum, un rhinocéros chargea aussi un opérateur de cinéma.Celui- ci.par un brusque saut de côté, parvient à échapper aux deux redoutables cornes.mais l'appareil fut moins heureux.T1 fut piétiné par le pachyderme déchaîné.Heureusement qu'un peu plus loin un autre appareil tournait la scène.Il en est résulté un film sensationnel.Mais tous les gros animaux ne sont pas aussi féroces.Aux premiers temps de la marche vers l\u2019ouest, en Amérique.quand Jes pionniers s\u2019a- vancaient dans la direction des Mon- lagnes Rocheuses.ils rencontrèrent nd % Mars 1926 LA REVUE des troupeaux de bisons.Et quels troupeaux! Certains comptaient 300,- 000 têtes et couvraient des milles.Or, le bison, malgré sa taille énorme et sa force, a peur de l'homme.Ils se laissèrent donc massacrer.D'abord les chasseurs les attaquèrent poug les manger, puis pour .les cuire, enfin pour le plaisir.Ils firent, en une journée, des hécatombes de plusieurs milliers de bisons qui pourrissaient ensuite au soleil.Tant et si bien que maintenant le bison est presque entierement disparu du Canada et des Etats-Unis et qu\u2019il a fallu des lois très sévères pour en protéger les survivants.La principale a été l'établissement de parcs nationaux où les animaux sont chez eux, dans un territoire immense où toute chasse est impitoyablement punie.Co Dans l'Inde, le tigre tue une dizaine de milliers d\u2019indigènes par an.Pourtant, on ne peut pas en détruire complètement l\u2019espèce.Dans les régions ou il a disparu, les antilopes font de terribles dégâts aux cultures et les Indiens regrettent alors le temps du tigre.Qu'on ajoute à cela le respect brahmanique de toute vie animale et l'on comprendra que les fauves soient nombreux dans l\u2019Inde.Heureusement qu\u2019ils se font entré eux une chasse acharnée et, surtout, que les serpents en tuent un grand nombre.0 DES CONSTRUCTIONS ULTRAMODERNES AU JAPON On est à construire à Toyko, capitale du Japon, des maisons de rapport de quatre étages, en béton armé, à l\u2019épreuve du feu et des tremblements de terre et comportant chacune 42 ap- POPULAIRE 107 partements de une À six pièces.Le gouvernement japonais ayant avancé, pour les- frais de construction, une forte partie des 500,000 yen qu'elles coûteront chacune, se réserve le droit de restreindre au tiers le nombre des locataires de race étrangère.Ges mai- \u2018sons seront pourvues, il va sans dire, de l'électricité, du gaz, du téléphone et de toutes autres commodités modernes.On y pourra louer des,domes= tiques, à l'heure ou à la journée, suis vant un tarif régulier.Dans chaque \u2018maison de rapport se trouvera un rez- de-chaussée, un vaste restaurant où l'on mangera, à son gré, de la cuisine japonaise, française et anglaise, ee Qe SIRLOIN ET SURLONGE ~ L\u2019aloyau du boeuf, cette partie de I'échine du boeuf, qu'en français nous appelons surlonge, se dit en anglais: sirloin.On trouve dans maints dictionnaires que le mot anglais provient du terme français, qu\u2019il à été anglicisé.Dans d\u2019autres, au contraire, que le terme surlonge est tiré de sirloin, le terme équivalent en anglais et qui aurait une étymologie assez curieuse.Au temps du roi d'Angleterre Charles IL (1630-1685), époque où le rosbif fut mis à la mode, celui-ci,\u2014le roi, non le rosbif, \u2014rcvenait chasser de la forêt d'Epping.Il était très affamé.En entrant dans son château on lui servit une si belle tranche de boeuf qu'il s\u2019écria : \u201cQuel morceau magnifique, un vrai morceau de roi ! Par Saint- Georges, il me faut lui décerner un- titre!\u201d Tirant alors son épée, il l\u2019étendit sur le plat et prononça en riant : \u201cLoin, je te fais chdvalier\u2014 dorénavant tu seras Sir Loin} LA REVUF POPULAIRE LES PLUS BEAUX VERS DES GRANDS POETES FRANÇAIS \\ d'ou-Y'song Le long du fleuve Jaune, on feraif bien des lieues Avant de rencontrer un mandarin pareil.IL fume l\u2019'opium, au coucher du soleil, Sur sa porte en treillis, dans sa pipe à fleurs bleues.D'un tissu bigarré son corps est revêtu; Son soulier brodé d'or semble un croissant de lune; * Dans sa barbe effilée il passa sa main brune, Et sourit doucement sous son bonnet pointu.Les pêchers sont en fleurs; une brise légère Des pavillons à jour fait trembler les grelots; La nue, à l'horizon, s'éta\u2018e sur les flots, Large et couleur de feu, comme un manteau de guerre C\u2019est Tou-T song le lettré! Tou-Tsong le mandarin\u2019 Le peuple, à son aspect, se recueille en silence Quand, sous le parasol qu\u2019une esclave balance, Il marche gravement au son du tambourin.Dans ses buffets sculptés la porcelaina éclate; Il a de beaux lambris faits de bois odorants; Ses cloisons sont de toile aux dessins transparents, Et la nappe, à sa table, est en drap d'écarlate.Il laisse le riz fade à ceux du dernier rang; Le millet fermenté pour le peuple ruisselle; Ii mange, a ses repas, le nid de l\u2019hirondelle Et boit le vin sucré des rives de Kiang.Puis, sillonnant le lac, au pied lles térébinthes, Sur la jonque bizarre il se berce en rêvant, Ou, dans le pavillon qui regarde au levant, Cause avec ses amis, sous les lanternes peintes, LOUIS BOUILHET.(Festons et Astragales, 1859.) Mars \u2014 COO TH THO OO AO OO TO OS OOS Ty 0 Mars 1926 > SP | OCTAVE CREMAZIE A PARIS L\u2019exil que s\u2019imnosa.en expiation de ses fautes.notre poète des temps héroïques est raconté par lui-même dans sa correspondance et le Journal du Siège.Dans un article de \u201cLa Revue Populaire\u201d, paru voici près de deux ans.nous donnions quelques extraits de l\u2019oeuvre dernière de Crémazie prosateur, qui vaut plus par la curiosité des observations que par la tenue littéraire, par le fond que par la forme.T] est même permis de blaguer un peu notre barde national sur son Journal du Siège.Mais cette fois, el.ce sera plus intéressant, laissons un étranger, Charles ab der Halden, auteur de belles \u2018\u2018Etudes de Littérature Canadien- ne-Française\u2019\u201d\u201d, éditées en l\u2019an 1904.à Paris, nous parler du poète exilé.Charles ab der Halden semble avoir trouvé dans V'expleoration de notre littérature naissante un plaisir extréme.De tous les critiques francais qui ont eu le souci de noire avancement en matière litféraire.peut-être est-il le seul qui n\u2019ait pas corrigé les oeuvres canadiennes avec la bienveillance d\u2019un professeur qui s'intéresse tout particulièrement aux devoirs de son élève préféré.La plupart, en effet, louent l'effort donné plutôt que le travail accompli.Quand les critiques étrangers, français ou autres, jugeront,\u2014 mieux encore seront forcés de juger,\u2014 nos travaux littéraires sur leur valeur intrinsèque, comme ils font, généralement, des livres édités chez eux, alors seulement nous entrerons dans la grande république des lettres françaises.LA REVUE POPULAIRE X TAPER SOON TTR a Da ET PE A ES Le chapitre que nous reproduisons en partie du livre de Halden est intitulé: Un Canadien à Paris pendant le Siège.En voici les fragments les plus intéressants: \u2014\"T nous semble presque voir (en Crémazie & Paris) un Francais d\u2019avant 89, non pas un grand seigneur, mais un simple bourgeois, endormi pendant plus d'un siècle, se réveiller tout à coup, el comparer nos institutions et nos moeurs à un idéal qui n\u2019est plus le nôtre.Lorsque Crémazie vint séjourner parmi nous (le peuple français), à la suite du drame que tous connaissent, il se présentait à Paris avec des idées, des haines et des sympathies qui devaient quelquefois le rendre injuste pour cette France qu\u2019il aimait tant.Pendant le long et terrible siège, il ne ménagea ni ses sarcasmes aux hommes nouveaux qui prétendaient lutter quand même.ni sa pitié à la pauvre \u2018patrie, mutilée et sanglante.vu Pendant les deux années qui suivirent son départ de Québec, le poète, d\u2019après sa propre expression, exisia sans vivre.Il devait traîner seize ans le fardeau de l'exil.En quittant la maison de la côte «le Léry, Octave Crémazie s'était dirige vers New-York, puis il avait gagné Paris.Il s\u2019était logé dans le quartier Notre-Dame.Pour tout horizon, il apercevait de sa fenêtre des toits et des chéminées, et là, seul, délirant, en proie à la fièvre cérébrale, il fut pendant des semaines 110 LA REVUE POPULAIRE Mars 1926 entre la vie et la mort.M.Hector Bos- sange, l'oncle par alliance de M.Hector Fabre, eut pitié de Crémazie, vint le voir, et lui proposa de passer sa convalescence à la campagne.Il lui offrit l\u2019hospitalité dans son château de Citry, près de Meaux.Mais il fallut bientôt quitter Citry, son parc, sa bibliothèque et ses hôtes compatissants.Il vivait à Paris sous un faux nom; il habitait tantôt la Cité, tantôt Belleville, tantôt la rue Vivienne, hommes politiques, les salons si largement ouverts, il ne les fréquentera point.Il sera le passant anonyme qui ne pénètre pas les secrets des dieux, ne voit pas jouer les ressorts.Il vivra comme un petit bourgeois\u2019 français, mais conservera son âme canadienne.Ce ne sera jamais un citoyen de notre Cosmopolis.En politique, il saura ce que chacun sait il verra les effets sans deviner les causes ; il gardera pour les hommes en vue les senti- _ ments d'admiration respectueuse ou de la haine injustifiée que partage la foule.Et c\u2019est par cela même que son journal'ou ses lettres peuvent nous intéresser.4 Disons toutefois que la marque indélébile de son éducation première ne lui permet pas toujours d\u2019être impartial; il ne comprend pas que nous ne puissions, en France, ne point aimer ce qu\u2019il aime, ne point admirer ce qu\u2019il admire.Aussi faut-il à un Français un certain effort d'esprit pour lire le \u2018Journal du Siège\u2019, dont quelques parties sont pour nous presque offensantes.Notons tout d'abord dans la correspondance de Crémazie une certaine stupéfaction de provincial.Et le Canada n'est-il pas comme une très vieille province française, transportée au delà des mers, et dont les traditions se seraient conservées in- taetes ?(Dessin de Edmond J.Massicotte.) OCTAVE CREMAZIE Né à Québec en 1822.Mort au Havre en 1879.après la guerre, et nul ne soupçonnait dans M.Jules Fontaine, ce bourgeois pacifique, malgré sa moustache et son impériale, qui lui donnaient un faux air de capitaine en civil, un poète mort jeune à qui survivait l\u2019homme.Sa vie passée lui semblait enfuie comme un rêve.La résignation était Durant le siège.Crémazie ne sait peut-être pas très bien quelles sont les intentions de Jules Favre et de Bismarck.Mais il est admirablement renseigné sur les cancans du menu venue, suivie d\u2019un calme douloureux.Octave Crémazie ne connaîtra pas le Parts brillant que les étrangers voient seuls.Il ne sera pas reçu dans la société.Les hommes de lettres et les peuple.Un matin qu'il fait remettre une pièce à sa chaussure, dans une échoppe de savetier, arrive un concierge du voisinage, très affairé.Il apprend à ses audileurs comment la Mars 1926 LA REVUE POPULAIRE ut guerre fut décidée en 1867, quand le roi de Prusse vint à l\u2019Exposition: \u201cUn jour, Napoléon III et Guillaume prenaient ieur café après avoir bien déjeuné.Le: roi de Prusse dit à l'Empereur: \u2018Ecoute, Napoléon, tu as, toi, à Paris, un tas de républicains qui t'embétent, el qui finiraient par m\u2019embêter aussi à Berlin: Il faut se débarrasser de cette canaille-là.Dans trois ans, je serai prêt et armé jusqu'aux dents.Tu me déclareras done la guerre en 1870 et tu te laisseras battre.Je prendrai Paris et je te promets que je dompterai si bien tes républicains qu\u2019ils ne remueront pied ni patte pendant trente ans.Je te ramènerai aux Tuileries et tu me donneras l'Alsace et la Lorraine pour ma peine.\u201d Et voilà! \u201cComme la vérité, remarque Crémazie, la stupidité est, hélas, immortelle!\u201d Crémazie ne veut pas croire à l\u2019indignité de Bazaine ; il ne ne rend compte que tardivement de l\u2019incapacité du général Trochu.Jules Ferry, Gambetta, Jules Favre sont fort maltraités par lui.On croirait entendre un partisan de Louis XVI parler de Robespierre ou de Danton.Cependant, comme les hommes de 1870 ne peuvent se comparer a ceux de 1793, il y a moins de haine et plus d\u2019ironie.Si ce journal ne vaut pas, comme document historique, ii est précieux pour qui veut savoir\u2019ce que pense la foule, quels sont les derniers canards qui s\u2019abattent sur Paris, plus nombreux que les pigeons voyageurs (porteurs de dépêches), ou se rendre compte des impressions d\u2019un badaud.\u201d .x % % Et l\u2019auteur, à qui nous avons emprunté ces lignes, continue de relever les passages les plus piquants du journal.Quelques remarqués pour terminer.Comme la plupart des Canadiens, Crémazie, qui avait.pour la France une admiration toute livresque avant d\u2019y habiter, se plait beaucoup à la critiquer et à l\u2019amoindrir, une fois là- bas.Cette manie est commune de nos jours à tous les voyageurs franco-ca= nadiens.Autre chose.Crémazie qui chanta la résistance canadienne et toutes les guerres de France et de Navarre, dé l'Italie et du Pape, ne se montre pas à Paris plus \u2018\u201c\u2018vaillant\u201d qu\u2019il ne faut.Les éclatements d\u2019obus lui gâtent son sommeil et sa digestion ! Et lui qui chantait du fond de sa boutique les combats de Crimée ou d\u2019Italie, et l\u2019épopée napoléonnienne, éprouve pour les combats, vus de près, une répulsion étonnante : \u201c Quand on ne fait que lire l\u2019histoire des conquérants, écrit-il, on se laisse facilement prendre au miroitement de la gloire militaire.Mais quand on a vu de près les ravages et les dégâts causés par la guerre.on se demande avec effroi quel nombre incaleulable de misères sans nom, de morts épouvantables, il faut à un conquérant pour tresser ce qu\u2019on est convenu d'appeler la couronne du vainqueur.\u201d Mais ces petites critiques sont inoffensives.Tous les poètes épiques ne peuvent avoir le courage de Tyrtéel Jules JOLICOEUR, Omani J'appelle une mauvaise humeur celle d\u2019une personne aisée à blesser, qui est soupçonneuse, qui philosophe sur un air, sur une parole, enfin avec qui l\u2019on n\u2019est point à son aise, à qui l\u2019on craint d\u2019avoir affaire.*** Nous ne demandons qu\u2019une chose, et qui est de dro\u2019t:\u2018le respect des convictions contraires.Od ne c-o*t pas ce qu'on veut, on croit ce qu\u2019on peut, et nul n\u2019est responsab:c que du soin qu\u2019il a pris de chercher la vérité, % { i i # i A LA REVUE POPULAIRE Mars 1926 CHRONIQUE SPORTIVE rt ee ee À rer One te TETE DETENTE D EE EE TEL CT CO TE AE EC RAD EE TETE TETE LA FORTUNE FAITE PAR DEMPSEY A LA BOXE ET LES DIVERSES BOURSES QU'IL REÇUT POUR SES RENCONTRES Si Jack Dempsey, champion du monde des poids lourds, est très impopulaire aux Etats-Unis, c\u2019est.raconte-t-on, qu\u2019il se fait payer trop cher et, racontait- on dans le temps, qu\u2019il n'a pas fait de service actif pendant la guerre.Mais Jack Dempsey paraît tout étonné de cette impopularité et ne comprend pas que la majo- .rité de la foule.chaque fois qu\u2019il est monté sur le ring.ait souhaité sa défaite.Et il avoue que le jour où il fut opposé au Français Georges Carpen- tier, quatre-vingt-dix pour cent des spectateurs désiraient assister à la victoire de l'étranger, et qu\u2019en plus, \u2014 ce qui est aulrement grave, \u2014 quand il rencontra le négre Harry Wills, ses compatriotes, malgré leur horreur des noirs.espéraient acclamer son rival.Et Jack Dempsey, dans une entrevue aux journaux, parle ainsi du sentiment d\u2019hostilité manifestée par le public américain à son égard: \u2018Je n\u2019ai pas à approfondir des sentiments que je ne comprends, ni ne partage.Je ne crois point avoir jamais, par ma conduite dans le métier de boxeur, donné :ieu à des critiques.Je me suis toujours battu vaillamment et loyalement.Bill Brennan m\u2019a mis en danger.Tout autre homme aurait été knock-out par le coup a la .mâchoire que je reçus de Georges Carpentier dans la seconde reprise de notre combat.Le Mexicain Firpo me faisant tomber hors du ring, dans notre match, n\u2019a jamais été plus près du succès.Mais, chaque fois, même inconscient, j'ai trouvé en moi la force de me défendre et de transtormer en victoire ce qui avait semblé être une irrémédiable défaite.C\u2019est, avant tout, que je possède une mâchoire de fer, ce qui est une grande qualité physique, et \u2018l\u2019esprit du combat\u201d ne s\u2019acquiert pas: on nait avee lui.Pourquoi n'en tirerais-je pas profit?.On aime à me représenter comme un rajak ayant des bagues à chaque doigt et des anneaux aux pieds, pas- Sant son existence en noces et festins.C\u2019est mal me connaître: il n'y a pas d\u2019être au monde plus simple, plus tranquille et moins désireux de faste et de luxe que mor./ ° Je ne me fais aucune illusion sur l\u2019avenir.Le jour où je serai battu, aucun organisateur ne voudra plus faire appel à mes talents.Et là, que je sois riche ou pauvre, peu importera.Si je ne me suis pas préparé une vieillesse beureuse, personne ne viendra me secourir.Donc, je travaille pour plus tard et me fais payer en conséquence.Je demande des bourses élevées.Voilà un reproche que je me suis vu ' Mars 1926 adresser maintes fois dans les journaux.Mais pourquoi agirais-je autrement?J'ai toujours exigé que chaque match fourni me rapportât davantage que le précédent.Avais-je tort, puisque les recettes aux entrées suivaient la même progression?Soyez bien convaineu qu\u2019il n\u2019existe pas un seul boxeur pouvant dicter la dimension et le poids de la bourse.Le seul qui ait le droit de poser ses conditions, c\u2019est le public.L\u2019organisateur sait si celui-ci viendra ou non, si le match attirera ou laissera indif- férent.Ni l'organisateur ni le combattant ne décident en l\u2019oceurrence, je vous le répète: l\u2019unique juge est le spectateur.Tant qu\u2019il sera intéressé par le boxeur, il tiendra à le voir combattre.Le jour où le champion aura trouvé son maître, personne ne se dérangera.C\u2019est pourquoi il convient de repousser le plus longtemps possible la date de l\u2019échéance qui attend chaque pugiliste au coin du bois.Lorsque Tommy Burns demanda à MacIntosh six mille livres sterling pour rencontrer Jack Johnson à Sydney, ce fut une tolle général.Ce garçon était fou.A l'époque, ce prix battait tous les records.MacTIntosh ne fut pas de l'avis unanime: il fit un rapide caleul et accepta les conditions léonines.Tl n\u2019était pas un mécène, croyez-moi.mais il élait un brasseur d\u2019affaires.Et s'il avait pu supposer que le match de deux chats sauvages aurait attiré autant de monde que la rencontre Burns-Johnson, je vous garantis qu\u2019il aurait payé le même prix et délaissé les pugilistes.A l\u2019époque de mes débuts.je boxais pour le prix d'un modeste repas, parce qu\u2019étant inconnu, le public ne payait pas pour me voir.J'ai été aug- LA REVUE POPULAIRE 113 menté à mesure que je me faisais connaître.Aussi n\u2019y a-t-il aucune raison pour que, fidèle aux principes des organisateurs eux-mêmes, je n\u2019aie pas pris la décision de demander toujours plus que je n\u2019avais reçu à mes précédentes exhibitions.L'organisateur accepte parce qu\u2019il sait ne pas être déçu.Tous ont fait de gros bénéfices avec moi.Pourquoi n\u2019en profiterais-je pas ?\u2014Avant que vous soyez champion, me dit-on souvent, cent mille dollars étaient un maximum; mais, depuis le début de votre règne, vous êtes passé à 300,000 pour un combat et quelque chose comme 450,000 pour un autre.Je l\u2019admets, c\u2019est la pure vérité.Mais examinons de plus près les faits: j'obtins 55,000 dollars pour rencontrer Billy Miske, qui en reçut 25,000; Floyd Johnson, l'organisateur; fit un gros bénéfice.Tex Rickard me donna 300,000 dollars contre Carpentier, dont la bourse était de 200.000.Or, 74,958 spectateurs payants firent monter les recettes à 1.626.580 dollars.L'organisateur était-il à plaindre?Pour matcher Tom (ribbons.310.000 dollars me furent promis.Ce fut une mauvaise affaire, par suite d\u2019une pitoyable organisation.Ni Gibbons ni moi n\u2019en étions responsables.Contre Firpo, je reçus la plus forte bourse de ma carrière et Firpo toucha 125,000 dollars.Après avoir payé tous les frais, l'organisateur Tex Rickard s\u2019apercut qu\u2019il lui restait 250,000 dollars.Etait-il à plaindre ?Et je vons assure qu\u2019aucun des 80,000 spectateurs ne regretta son argent.Si j'ai touché plus que n'importe quel autre boxeur, nul n\u2019a eu à se lamenter.Pourquoi n\u2019en aurais-je pas profité?Je travaille pour vivre et, pour mon travail, j'exige le maximum.\u201d 114 LA REVUE POPULAIRE ON NE CONNAIT RIEN DES RECORDS ETABLIS PAR LES ; ATHLETES GRECS 1 De nos jours on établit des records.Il n\u2019en allait pas de même dans l\u2019antiquité, alors que tous les athlètes qui participaient aux olympiques se souciaient fort peu de \u2018\u2018briser un record\u201d et sacriflaient la vitesse et la distance à la forme.La palme n\u2019allait pas, si l\u2019on peut dire, à qui courait le plus vite mais à qui courait le mieux.On avait en tout, voire dans les sports, le sens de l'esthétique, de la beauté.On a exposé récemment au Metropolitan Museum de New-York une collection de dessins, de peintures de vases et de sculptures représentant diverses attitudes et divers jeux des athlètes grecs les plus fameux.C\u2019est à les bien étudier qu\u2019on comprend le souci qu\u2019ils avaient tous pour la\u2019 forme et ce que nous appelons le \u2018style\u2019, c'est-à-dire pour certains procédés conventionnels.Aujourd\u2019hui, les athlètes courent, sautent, lancent, luttent et boxent à leur guise.L'important est de vaincre son adversaire ou ses adversaires et d'établir un record, en observant toutefois quelques règles, mais si peu restrictives.Dans l'antiquité, tout athlète, dans tous les jeux, quels qu'ils fussent, était astreint à des règles, à des poses et attitudes strictes.Ainsi le coureur de vitesse (sprinter) est représenté sur une médaille antique, prêt à s'élancer.Aucun coureur moderne ne part comme lui.Il a, pour attendre le signal du départ, les pieds si rapprochés qu\u2019on comprend mal qu\u2019il put démarrer en grande vitesse dans cette position.C\u2019était cependant l\u2019unique manière et on l\u2019observait si correctement que la ligne de départ Mars 1926 sur la piste était marquée de deux empreintes parallèles, éloignées seulement de quelques pouces.Le coureur devait poser ses deux pieds sur ces empreintes.Les quatre jeux capitaux des Grecs étaient la course à pied, le saut, le lancement du disque et le lancement du javelot.Dans chacun de ces jeux, les concurrents devaient observer toutes les formalités d\u2019usage, imposées par une tradition inflexible.Cet attachement à la forme, ce fanatisme de la forme, pourrions-nous dire, se révélait surtout dans le saut en longueur.De nos jours, le sauteur peut retomber comme il l\u2019entend, un pied devant l\u2019autre, ou les deux pieds réunis, ou encore les deux pieds sur un plan parallèle mais légèrement écartés, sans pour cela risquer d'être renvoyé du concours.Mais les athlètes grecs devaient retomber sur les deux pieds, bien collés ensemble, sans quoi, quelle que fût la longueur de leur saut, ils étaient mis de côté.La différence entre nos méthodes et celles des anciens en matière de sport est encore plus marquée dans le lancement du disque.On connaît le \u201c\u201cDiscobole lançant le disque\u201d de Myron.L'athlète y est représenté au moment où il s'apprête à lancer son poids.Nous nous attendons, naturellement, à ce qu'il fasse ensuite un tour complet sur lui-même, comme procèdent les lanceurs modernes.Mais, au lieu de cela, le discobole ne va prendre qu\u2019un pas ou deux en avant ; il lancera aussitôt après son disque.Il était défendu de tourner.Peut-être ainsi les discoboles lançaient moins loin que nos athlètes, mais ils ne tenaient pas à battre, répétons-le, des records ni de vitesse ni de distance.L'athlète lançait son disque suivant toutes les Mars 1926 règles de l'art et était récompensé pour l\u2019harmonie, la beauté de tous ses mouvements.Le javelot que nous lançons aujour- d\u2019hui sans but, au loin, les Gregs le dirigeaient sur une cible, et c\u2019était bien plus difficile.Et ces Grecs étaient des artistes ! L\u2019athlète ne demandait pour toute récompense qu\u2019une couronne de lauriers, une statue, une médaille,.un poème par un grand poète et la gloire! Et ils accomplissaient leurs jeux aux sons de la musique.On voit souvent les athlètes accompagnés d\u2019un joueur de flûte qui rythme ses mouvements et lui fait accomplir en cadence ses performances.\u20140 LA REVUE POPULAIRE 113 On faisait de la lutte et du pugilat dans l\u2019antiquité, mais on exigeait encore que cela fut fait en beauté.Ainsi - il ne suffisait pas qu\u2019un lutteur renversât son adversaire sur le dos, qu\u2019il lui collat bellement les épaules au matelas.Il devait le coucher avec grâce, correctement et suivant les formes.Les pugilistes ne se frappaient qu\u2019à la tête, jamais plus bas que le menton.Les athlètes complets n\u2019étalent pas des monstres dans l\u2019antiquité; ils tendent à le devenir aujour- d\u2019hui en essayant de lutter, on dirait, contre la force motrice.Et l\u2019esthétique des sports, est-ce que cela ne tend pas à disparaître?LA COLLECTION GUILLAUME BUDÉ \u2014\u2014\u2014\u2014 C'est au cours de l'année 1917, qui marqua l\u2019une des phases les plus critiques de la guerre, que fut fondée à Paris l'Association Guillaume Budé.Cette Association était composée, \u2014 elle l\u2019est encore, \u2014 des plus grands hellénistes et latinistes de France, réunis dans le but de ressusciter le goût des lettres antiques.L\u2019Association, devenue depuis d\u2019utilité publique, s\u2019engageait à éditer des traductions de toutes les oeuvres gréco-la- tines et à confier ce soin aux humanistes les plus autorisés.Soixante-dix volumes ont jusqu\u2019ici été publiés par l\u2019Association et l\u2019on peut d'ores et déjà se procurer, dans cette collection unique au monde et\u2019 qui s\u2019épuise rapidement, Homère (traduction de Victor Bérard), Eschyle, Euripide, Sophocle, Platon, Aristo- phane, Plaute, Cicéron, Pétrone, Ju- vénal, Sénèque, Tacite et maints autres.Cette association a été placée sous le vocable de Guillaume Budé, et ce n\u2019est pas sans raison.Guilaume Budé fut le plus grand humaniste français de la Renaissance.Il véeut sous les règnes de Charles VIII, Louis XII et François Ier, de 1467 à 1540.Il remplit, sous ces trois rois, plusieurs charges très importantes, \u2018politiques et diplomatiques.Il eut pour amis et correspondants Erasme, Rabelais, Pierre Bembo et Thomas More ou Morus.Il publia plusieurs écrits remarquables, dont : \u201cAnnotations sur les Pandectes\u201d, \u201cCommentaires sur la Sooo _.mrs eel es en ETE PERTE rg sr Dre re SEE = rs peste rer dre ae Lo opt EE CECE serres EEE apa fray 5 a mR ara ic rc t cer) EEC sos eC: ris = os ECS IE - - 116 EE \u2014 \u2014 = == al = = == = = \u2014 \\ ¥ i WN = =z = i 2 = N A RN a gg = = SE = = \u201cun SS = NN ing, i Sm # S = ~ ès NS > ~~ SI \u201ciy er = WN des Romains.= a SS 5 WW = WN \\ langue greeque NN R32 SS on A NS ~The Eom = ss AGLI GAIAM presi AFS 223 = SSS aa We x 0) J as 5 = x = > SS Ap SN su HAN == ss ps ESS SRE = appa ayes iT EN A & = RS = Bik irs \\ sv OR = ASS $ WN Xo == TE AIRE LS, Ww an ON YR % LE pres rel ii Se t un trai 2 6 = e y TE vy monnaies et les mesures des == = iy 7% Par 2 5 cé NT $ RN - pra = Ce = \u2014 a Ps A Le __ = RAEN = == 23 = A a NN Sh IH = + Se + Ys = ol 7% Wt ss ue = 7 5 ty Grecs et MN % ur les Guillaume Budé = = (\u20ac Th = == a, À .; y Eh J % (146 | < pres / - \u2014 i es = } ae oT on i.15 as EX 9 0 40) Zr en CA 1h TA REVUE POPULAIRE On l\u2019a tou) 2 EAS A oki a, be a Va = WY a es ns d À Sn Xs ce RA IN N .ri NH TA = ANA oO ss A WN SN NN NOH NR NY \\ x AAA ol N N Ce philologue el cet érudit fut en grecques en France.3 3s $y { Ni 7 a vis a +5 Tl On 1 ST i CO RY le lil JU FA Rg i] I 3 0) 2H i oN UE 7 7 ) li A PA PS Le LA ; % RE ce ai 3 4 £7 Ls 3 Ne XN © cou 7 à Mars 1926 plus grand réformateur des études ours considéré comme le outre fondateur du Collège de France. Mars 1926 LA REVUE POPULAIRE Douces et Extra Fines 5° OGDEN\u2019S LIVERPOOL Magazine de vues animées | il est le seul Magazine de Vues ; SA Animées, en français, en | i\" .relations directes avec les | P ' grands studios.| ; VOULEZ-VOUS ALLER AU THEATRE ET AUX VUES À BON MARCHE ?Achetez \u201c LE FILM \u201d de mars et servez-vous des COUPONS que vous y trouverez et qui vous donnent, droit à une réduction de 25 pour cent, 35 pour cent et 50 pour cent sur les prix d'entrée réguliers dans plusieurs théâtres de comédie, vaudeville et vues animées de Montréal et Québec LE FILM est un magazine de vues animées qui peut rivaliser avec les grandes revues américaines.pour Achetez-le pour ses renseignements nouveaux et ses nombreuses photos sur beau papier de vos artistes préférés.EN VENTE PARTOUT - - - - 10 CENTS Voir coupon d\u2019abonnement page 129 LA REVUE POPULAIRE JA >< Ed 5,000 BREVETS D\u2019INVENTION PRIS SUR LES BOUTONS Un petit renseignement de nature \u2018 à intéresser nos inventeurs.On nous dit qu\u2019au Canada seulement, 5,000 brevets ont été pris concernant inventions sur les boutons, boutons de toutes les sortes et pour tous les usages.Nous sommes déjà loin du bouton à trois trous] PLANCHETTES METALLIQUES D'UNE SEULE PIECE % On peut faire soi-même, en cas de besoin, de petités planchettes métalliques d\u2019une seule pièce à l\u2019aide de fer galvanisé ou de toute autre feuille de métal.On découpe dans ia feuille le patron illustré au haut de nc:re croquis.On replie les bords suivant les ; lignes pointillées et l\u2019on applique au mur au moyen de vis à tète ronde.Si vous vous servez de feuilles de fer, il serait bon, au préalable de les enduire d\u2019une couche proteetrice.; > Curiesités et NA _ o 76% Inventions Mars 1926 (SA POUR DEBOUCHER LES TUBES DE PATE DENTIFRICE Les tubes métalliques dans lesquels sont vendues tant de crèmes et pâtes de toilette, médicaments et fards, sont quelquefois (assez rarement, avouons-le!) difficiles à dévisser.Enfin, si par quelque hasard, il vous arrive d\u2019avoir des ennuis avec un tube quelconque.frottez une allumette et soumettez à sa flamme la vis récalei- trante.Il serait bien étonnant que.après quelques secondes de ce traitement.le tube ne s\u2019ouvrit pas facilement.POUR EVITER L'ENROULEMENT DES PAPIERS SENSIBLES.M.Caron, de Sens, a découvert un moyen d'éviter l\u2019enroulement des pa- - ¢ .- - - piers sensibles.Comme il dit.il arrive souvent que les papiers qui servent à la photographie s\u2019enroulent au séchage.et il devient dès lors laborieux de les rendre bien plats. Mars 1926 , LA REVUE Certains fabricants conseillent de tremper les papiers dans très peu de liquide pour éviter l\u2019enroulement.C\u2019est en effet très bon, mais si ces prescriptions ne sont pas observées, pour une cause ou pour une autre, H suffit de passer les papiers en question sous un crayon ou objet similaire - cylindrique en appuyant sur le crayon et en tirant sur la photo.Une ou deux opérations suffisent.Le côté impressionné devra être soigneusement posé sur du buvard propre.Naturellement, M faut que les photos soient sèches.COMMENT ON PEUT IMPROVISER UNE LAVETTE AVEC DE LA FICELLE Il peut arriver, quand on habite la campagne, ou en d'autres circonstances, d\u2019être privé de la lavette, instrument plus qu\u2019ulile, nécessaire, pour laver la vaisselle.manohe à bs/ar cd 3 .rECLOUrCs 8LPIIDUPS les ficelles attochec Pour en faire une, il vous suffira d\u2019avoir un morceau de manche à balai et de la grosse ficelle.Prenez un morceau de manche du côté portant une gorge, s\u2019il y en a une.Sinon faites-en une et deux avec POPULAIRE 119 UN BIENFAIT POUR LES FEMMES SOUFFRANTES Mon traitement simple à domicile pour les différents malaises dont souffrent tant de femmes à procuré des bienfaits sans nom à des centaines de Canadiennes.Si vous souffrez de maux de tête, de maux de reins, de douleurs dans le côté, de faiblesse de la vessie, de constipation, d\u2019affettions catarrhales internes; si vous éprouvez une sensation \u2018de gonflement avec accès de chaleur, de la nervosité, l\u2019envie de pleurer, des palpitations, de l'apathie, de= mandéz-moi par lettre mon traitement d\u2019essai gratuit de dix jours, pour votre cas .particulier, Rappelez-vous qu\u2019il ne vous en coûtera rien.! Ne souffrez pas plus longs temps.Ecrivez aujourd\u2019hui même._ MME, M.SUMMERS #¥ BOITE 37 WINDSOR, ONT.\"GRATIS Cette montre sera donnée pour la vente de $12.00 de.sur réception de $4.95, prix de la manufacture.Profitez de cette offre, c'est une valeur de $10.00.Demandez le Catalogue de 500 Bargains Gratis.Adressez: ALLEN NOU- .VEAUTES, StZacharie, Qué.FUMEZ Le Cigare 1924 EN VENTE PARTOUT.5 CENTS Piateau 5524 a Tel.: EFTLM Est le seul Magazine, rédigé en français, qui soit relié directement aux grands studios.En vente partout: 10 SOUS graine, ou vous sera envoyée un canif.Prenez ensuite de la grosse ficelle que vous couperez en morceaux d\u2019une longueur suffisante et en nombre suffisant.Pliez ces morceaux en deux, appliquez-les sur le bout en les faisant dépasser et ficelez solidement.Après avoir ainsi ficelé à l'intérieur, une première fois.ficelez à l\u2019extérieur.COMMENT AGRANDIR UN DESSIN Il existe différents procédés pour reproduire un dessin, une gravure, une carte géographique, à une dimension plus grande que celle de l'original.On peut quadriller l\u2019original et.dessiner sur la feuille de papier md 4 a des carrés de dimensions plus grandes; on reproduit dans chaque carré correspondant à celui du dessin qu'on veut copier.On peut utiliser aussi un compas de réduction, prendre des dimensions et les multiplier par le coefficient déterminé.POUR PRENDRE UN PLAT FN TERRE OU EN METAL SORTANT DU FOUR On fait un manche qui peut s'adapter à toutes sortes de plats.Il se compose d\u2019une fourchette en fer ou en fonte.composée de deux dents de choque côté et d\u2019une toute petite au 120 LA REVUF POPULAIRE Mars 1926 milieu.On recourbe ces branches comme l'indique la figure.Les deux grandes branches viennent prendre le plat par en dessous, tandis que la plus petite vient le saisir sur le bord.Pour saisir le plat.on pose la petite branche sur le bord et-par un mouvement dé hant en bas.les deux grandes branches viennent soulever\u2018le plat par en dessous.Pour enlever la poignée, on fait le mouvement contraire de bas en hant.on dégage le plat par en dessous.Cette poignée peut servir pour les plats grands et petits.Il est impossible de se brûler, et on supprime le torchon que bien des ménagères prennent pour éviter de se brûler, POUR FAIRE TENIR LA PEINTURE A UNE GRILLE EN FER Voici la manière de precéder pour refaire les peintures détériorées d\u2019une grille.On revise la grille entièrement : les traces de boue adhérente, ainsi que les parties mangées par la rouille et dont la peinture se soulève, seront grattées au couteau.Si besoin est.on pourra en même temps poncer au papier de verre.Les parties rouillées seront ensuite enduites de minium.Lorsque le minium sera sec, on passera la première couche de peinture, en commençant par le hau! du côté intérieur de la grille.Une tois ce côté fait.et tant que la couleur sera frai- Mars 1926 \u2014\u2014 Cette offre généreuse est fäite par l'inventeur d\u2019une merveilleuse méthode opérant nuit et jour qui rétablit et fortifie les muscles relâchés et ensuite supprime tout à fait les bandages douloureux et la nécessité de dangereuses opérations.RIEN A PAYER Pour 10,000 malades qui écrivent\u2014 M.Stuart enverra une quantité suffisante de Plapao, sans frais, pour vous N 0 permettre d'en faire l'essai.Vous ne nayez rien pour cet essai de Plapao.lr nif mn JETEZ VOTRE BANDAGE Vous savez par votre propre expérience, que c'est seulement un faux soutien contre un mur tombant et que cela affaiblit votre santé, parce que « céla retarde la circulation du sang.Pourquoi donc continuer à le porter?Voici un meilleur procédé dont vous pouvez vous assurer sans frais.EMPIOYE DANS UN DOUBLE BUT le remède appelé Plapao qui est de nature coniractive, et dont le but à l\u2019aide des ingrédients de la masse médicamenteuse, est d'augmenter la circulation du sang afin de revivifier les muscles, Deuxièmement: Adhérant de lui-même dans le but d\u2019empé- cher le tampon de glisser, c'est une aide importante pour maintenir la hernie qui ne peut être contenue par un bandage.Des centaines de gens, vieux et jeunes, ont affirmé sous serment devant un officier qualifié, que le PLAPAO-PAD a guéri leur hernie \u2014 certains cas étant des plus graves et des plus anciens.ACTION CONTINUELLE NUIT ET JOUR Une condition frappante du traitement PLAPAO-PAD est le temps relativement court pour en obtenir des résultats.\u2018est parce que son action est continuelle \u2014 nuit et jour pendant les 24 heures entières.1 n'y a pas d\u2019inconvénient, pas de gêne, pas de douleur.Cependant minute par minute \u2014 pendant votre travail quotidien \u2014 même pendant votre sommeil \u2014 ce merveilleux remède \u2018infuse invisiblement une nouvelle vie et une nouvelle force dans vos muscles et les met en état de maintenir les intestins en place sans le support artificiel d\u2019un bandage ou de tout autre procédé.LE PLAPAO-PAD EXPLIQUE Le principe d\u2019après lequel le Plapao Pad fonctionne peut être facilement démontré par la gravure ci-jointe et la lecture de l'explication suivante: ; Le PLAPAO-PAD est fait d'une partie forte et flexible \u201cE\u201d qui s\u2019adapte aux mouvements du corps et est parfaitement confortable à porter Sa surface intérieure est adhésive (comme un emplâtre adhésif, bien que complètement différente) pour empêcher le tampon \u2018B\u2019\u2019 de glisser et de se déplacer.\u201cA\u201d est une extrémité élargie du PLAPAO-PAD que couvre les muscles atrophiés et affaiblis et les empêche de se déplacer dlus loin., \u201cB\u2019\u2019 est un tampon convenablement fait pour fermer l'ou- Verture berniaire et empêcher la saillie des intestins.En , LA SURFACE INTÉRIEURE EST FAITE - ADHÉSIVE POUR MAINTENIR LE PLAPROPAD FERMEMENT AU CORPS CE OÙ TIENT LE PLAPAO CONSTAMMENT RPBLI- QUÉET ENTÈCHE LE COUSS:./ D GLISSE#?, Premièrement: Le plus important ob- d jet du PLAPAO-PAD est de conserver g toujours appliqué aux muscles relâchés = ° LA RFVUE POPULAIRE 121 UNE GRANDE OFFRE AU HERNIEUX 10,000 PFRSONNES QUI SOUFFRENT DE LA HERNIE RECEVRONT PLAPAO A L'ESSAI ET LE LIVRE DE M.STUART, SUR LA HERNIE, ABSOLUMENT GRATIS même temps, ce tampon forme réservoir.Dans ce réservoir est placé le merveilleux remède absorbant-astringent Plapao.Dès que le remède est échauffé par la chaleur du corps, \u201c1 devient soluble et s'échappe à travers la petite ouverture .marquée \u2018\u201c\u2018 et est absorbé par les pores de la peau pour fortifier les A muscles affaiblis et effectuer la ferme- ture de la bernie.\u201c \u201cF\"\u201d est l\u2019extrémité du PLAPAO- PAD qui s'applique sur les os des hanches-\u2014partie du squelette qui domine la solidité et le support nécessaire au PLAPAO-PAD.FAITES LA PREUVE A MES FRAIS N\u2019envoyez pas d'argent.Je veux vous prouver à mes frais que vous, pouvez guérir votre hernie et quand les muscles affaiblis auront recouvré leur élasticité et leur force, et quand l'horrible sensation de \u2018pesanteur\u2019 sera bannie sans retour, alors vous connaîtrez que votre hernie est guérie \u2014 et vous me remercierez sincèrement pour vous avoir conseillé si fortement d'accepter MAINTENANT le merveilleux remède gratuit.Et GRATUIT signifie GRATUIT \u2014 ce n\u2019est pas un envoi C.O.D.ou un essai douteux.44 Lo, ihe he ECRIVEZ AUJOURD'HUI FOUR L'ESSAI GRATUIT Acceptez cet Essai gratuit aujourd\u2019hui et vous serez beus reux pendant votre vie d\u2019avoir profité de cette opportunité.Ecrivez une carte postale ou remplissez le coupon anjours d'hui et par le retour de la malle, vous recevrez l'essai gratuit du Plapao avec un livre de M.Stuart sur la hernie contenant toute information au sujet de la méthode qui a eu un diplôme avec médaille d'or à Rome et un diplôme avec Grand rix à Paris.Ce livre devrait être dans les mains de tous es hernieux.Si vous avez des amis dans ce cas, parlez-leur de cette offre importante.10,000 lecteurs peuvent obtenir le traitement gratuit, Les réponses serant certainement considérables.Pour éviter un désappointement, écrivez MAINTENANT.COUPON PLAPAO IABORATORIES Inc.2667 Stuart\u2019 Building, St-Louis, Missouri, US.A.Monsieur.\u2014 Veuillez m'envoyer PLAPAO à l'essai et le livre de M.STUART absolument GRATIS.Nom .Cee cherie sacosvu0n 000 unu 00 AGTESSE LL 2 se sa se see seu ee ae aa ee ananas eue rer SOA US S 00010400 S OU 0024000000 ua 000000 M 000 G00u 0.retest tse scares asset Bane.Le retour de la malle apportera I'essai gratuit de Piapao. 122 che, on peindra l\u2019extérieur de la même façon.S\u2019il y a impossibilité de finir la grille dans une même journée, on devra finir complètement une partie.Les peintres se mettent ordinairement ur de chaque côté pour aller plus vite, et éviter les reprises.adi > = + = > Fa 7 papier protecteur, > On devra déployer un peu d\u2019habileté dans le maniement de la brosse.On aura soin de bien raccorder les .coups de brosse en adoucissant de \"haut en bas.Le noir est la couleur qui convient le mieux à ce genre, de travail; on y mélange parfois du blanc, du vert ou du bleu.On détrempera la première couche moitié huile, moitié essence.elle sera sèche, on passera la secônde composée de deux tiers d'huile et un tiers d'essence.Afin de préserver les pierres du soubassement des taches de peinture, on les couvre de papier qu\u2019on enlève quand le travail est achevé.CONSTRUISEZ CETTE TROTTEUSE POUR VOTRE ENFANT Un connaît ces dispositifs dénommés \u2018\u2018trotteuses \u201d ou \u2018\u2018parachutes \u201d, montés sur roulettes.où l\u2019on place les petits enfants pour leur apprendre à marcher.Ils sont soutenus sous les bras, donc obligés de se tenir debout, sans pouvoir tomber.LA REVUE POPULAIRE Quand _ Mars 1926 En général, l\u2019appareil comporte un cercle supérieur, qui entoure le thorax du petit, et un cercle inférieur, sensiblement plus grand sur lequel sont fixées les roulettes.Des montants maintiennent l\u2019écartement des cercles.Et voici tout de suite la difficulté où se heurte l'amateur qui veut construire la trotteuse: on n'obtient les bois courbés que par des procédés mécaniques qui exigent une technique habile.Dans le modèle que nous donnons ci-dessous, rous avons supprimé la plupart des courbes, en prenant toutefois les précautions nécessaires pour éviter que l'enfant puisse se blesser.Les deux cercles sont remplacés pat deux carrés.\u2018 Celui du bas est construit en tiges de bois de section carrée.Les \u2018assemblages d\u2019angles seront indifféremment à mi-bois ou à enfourchement.La partie du haut est constituée par quatre triangles rectangles de bois.Le grand côté, ou hypoténuse, étant vidé en are de cercle, et les petits angles abattus.La réunion de ces quatre triangles, par les assemblages à mi-bois, fixés au moyen de chevilles, donnera une forme carrée extérieurement et circulaire à l\u2019intérieur.Ayez soin d'en faire disparaître toutes les arêtes et de les remplacer par des arrondis, = ey cee ety pre re \u2018en poudre et on verse Mars 1926 Voyons à réunir les deux parties de la trotteuse: quatre tiges rondes (par exemple des manches à balai) iront des angles de la base aux angles du carré supérieur.Forez dans les triangles des trous obliques où s'engageront les extrémités des tiges, convenablement affilées.En bas, c'est par l\u2019intermédiaire de la tige de la roulette que se fera la fixation.On peut, si l\u2019on veut, ajouter quatre autres montants intermédiaires: mais ce serait pour un enfant bien lourd (et bien lourd pour un enfant).\u2018 Enfin, pour rendre le dispositif confortable, on peut border les planchettes d\u2019une bande de feutre épais.IL Y A UN VERNIS POUR GARANTIR LE CULVRE OU TOUT AUTRE METAL DE LA ROUILLE ET DE LHUMIDITE Le eopal fait la base de ce vernis qui est toujours transparent et sans couleur lorsque le copal est de bonne qualité.On commence par réduire le copal quantité suffisante, de l\u2019essence de térébenthine sans couleur.i On laisse le tout se mélanger dans un vase de grès que l\u2019on chauffera prudemment au bain-marie en remuant avec une baguette de verre.Quand la consistance sirupeuses com- 4 LA REVUE POPULAIRE rials al btn files! 5 \u201d JR RTARN AE) itt TR dd a i Rina Ee tae + BEAUTE DES YEUX PRODUITS IMPORTES DE LA GRANDE MAISON BICHARA DE PARIS.Vous pouvez maintenant vous procurer le secret du charme des yeux en: employant la MOKOHEUL BICHARA qui donne aux yeux un éclat diamanté.Employé par les plus grandes artistes du monde et les beautés européennes.PRIX : 52.00 CILLANA BICHARA Produit pour.rendre les cils et les sourcils abondants et les maintenir droits, aussi pour leur donner une couleur attrayante.\u2019 CHATAIN \u2014 pour les blondes NOIR \u2014 pour les brunes PRIX : $2.00 PARFUMS Les parfums Bichara sont incontestablement les meilleurs parfums de nos jours et jouissent d\u2019une réputation européenne sans rival, .ROSE-ROSE \u2014 YAVOHNA \u2014 CABRIA NIRVANA \u2014 SYRIANA \u2014 AMBRE Petit flacon: $1.00 Fournisseur -de la Cour Royale d'Espagne.EN VENTE CHEZ TOUS LES PHARMACIENS ET PARFUMEURS.Expédié franco par la malle sur réception du prix.PRODUITS BICHARA 502, RUE SAINTE - CATHERINE Est Suite 111-113-415 Tél: Est 3200 MONTREAL, Can.on 123.Geo.Latourelle, agent pour le Canada.dessus, en: FUMEZ LE CIGARE \"CARENITA\" ar EN VENTE PARTOUT : 10 cts Tel, : Plateau 5524 (iti dipdstbtibet states eatétari id sr re br ed EE dd de des LEMMON 124 .LA REVUE POPULAIRE 3 mence à venir, c\u2019est que la dissolution totale du copal s'achève.Quand elle est terminée, on ajoute à la solution un quart d\u2019alcool.Les vases de cuivre peuvent recevoir une, deux ou trois couches de ce vernis, mais ils doivent étre entre chaque courte séchés chaque fois au four; ils supportent trés bien le lavage a l\u2019eau bouillante; ils peuvent méme résister à une chaleur plus élevée sans que le vernis se détache.Par contre, il faut éviter le frottement de ces vases avec du sable ou autres corps durs.PESE-LETTRES TRES SENSIBLES FAIT AVEC DES BOUCHONS Pour obtenir un pèse-lettres très sensible et très bon marché, il suffit simplement de se procurer: wie bouteille vide, deux aiguilles à tricoter et trois bouchons.Dans le premier bouchon on passe une aiguille horizontalement, et une autre verticalement ; l\u2019aiguille horizontale est munie à chaque extrémité d\u2019un bouchon qui supporte les plateaux; ils peuvent être équilibrés facilement en déplaçant lee bouchons le long de l'aiguille.On obtient de cette manière non seulement un pèse-lettres très sensible.mais encore une balance qui peut rendre des services pour peser par exemple des médicaments ou des objets extrêmement légers.En employant des poids réglementaires, on peut facilement évaluer en poids le déplacement de l'aiguille verticale, et faire des graduations sur une petite bande de papier disposée autour de la bouteille de verre.Les balances ainsi constituées sont aisément posées sur le bouchon méme de la bouteille, préalablement percé d\u2019un trou.\u2018 IT II RS IS TER STR DEEE RAR Mars 1926 LA PIECE DE MONNAIE QUI RESTE DANS LA MAIN Essayez de faire partir, en la brossant, une pièce de monnaie placée au centre de votre main grande ouverte, vous ne réussirez pas.Voici pourquoi : C'est une propriété spéciale de la brosse qui vous empêche d\u2019agir ainsi.En même temps que les premiers poils de la brosse glissent sur la pièce de monnaie, ils la pressent contre la main, de manière que les autres poils, passant sur la pièce, ne peuvent produire sur elle un déplacement important: elle reste donc dans la main ouverte.POUR LES ANIMAUX COMME POUR LES PERSONNES, L'ALCOOL A 900 EST LE MEILLEUR ANTISEPTIQUE DES PLAIES Quel que soit l'animal\u2019 qui s'est fait une plaie: chien, chat ou cheval.lavez la plaie à grande eau pour enlever le plus possible des impuretés, séchez en tamponnant avec un linge très propre et aussitôt après touchez toute la surface avec un tampon d'ouate imbibé d\u2019alcoo! à 900.Pour réduire l\u2019évaporation de cet alcool, mettez de l\u2019ouate sèche par-dessus la plaie pansée, comme il vient d\u2019être dit.Renouvelez chaque jour jusqu\u2019à complète cicatrisation.0 L'invention n'est-elle pas la poésie de la science?Toutes les grandes découvertes portent avec elles la trace ineffaçable c\u2019une pensée poétique.11 faut être poète pour créer \u201c x Xx La raison nous commande bien plus impérieusement qu\u2019un maître; car en désobé\u2018ssant à l'un on est malheureux, er en désobéissant à l\u2019autre on est un sot.- Mars 1926 LA REVUE POPULAIRE 125 EMBELLISSEZ VOTRE POITRINE EN 25 JOURS téformateur Myrriam Dubreuil ETES -VOUS DELAISSEE ?Plus d'une femme, de nos jours, souffre en silence de se voir abandonnée et de ne pas savoir pourquoi.Le secret du charme féminin est la perfection physique naturelle qui la fait admirer partout où elle va; c\u2019est-à-dire cette chose qui en fait une vraie femme.Ce charme, disons-nous, est sa beauté plastique.Les bourrures ne remplacent pas un buste.Une beauté physique artificielle n'a pas d'attrait.Vous êtes une vraie femme, et pour cela vous tenez à être physiquement développée à la perfection, comme le veut la nature.Le Réformateur Myrriam Dubreuil mérite la plus entière confiance car il est le résultat de longues années | : d'études consciencieuses; approuvé par les sommités |f médicales.Le Réformateur Myrriam Dubreuil est | un produit naturel possédant la propriété de raffermir et de développer la poitrine en même temps que, sous son action, se comblent les creux des épaules.Seul produit véritablement sérieux, garanti absolument inoffensif, bienfaisant pour la santé générale comme tonique.VOUS AVEZ UNE AMIE ! Mme MyRRiAM DUBREUIL vous offre un tonique merveilleux qui donne aux personnes nerveuses et maigres le buste parfait qui doit leur rendre la beauté convoitée.Ce tonique développe harmonieusement le buste de toute femme et fille en très peu de temps.Pas n\u2019est besoin pour cela de crèmes, de stimulateurs électriques, de massage ou d\u2019un faux traitement gratuit, bon pour tromper les gens.Notre traitement à nous est simple, \u2018efficace, sans danger d'aucune sorte.Et c\u2019est en 25 jours que le traitement de Mme Myrriam Dubreuil augmentera votre poids et votre buste.Envoyez 5 cents en timbres et nous vous enverrons GRATIS une brochure illustrée de 32 pages, avec échantillons du Réformateur Myrriam Dubreuil.Notre Réformateur est également efficace aux hommes maigres, déprimés et souffrant d\u2019épuisement nerveux, etc., quel que soit leur âge.15\u201d TOUTE CORRESPONDANCE STRICTEMENT CONFIDENTIELLE Les jours de consultation sont: Jeudi et Samedi de chaque semaine, de 2 heures à 5 heures p.m.Mme MYRRIAM DUBREUIL, 3902 Parc Lafontaine, Montréal DEPARTEMENT | \u2014 Boire PosTALE 2353 12a LA REVUE FOPULAIRE Mars 1926 DE L\u2019ECOLE LITTERAIRE DE MONTREAL LES SOIREES Au seuil du livre, un fort bouquin de quatre cents pages, notre émotion est grande.Nous allons lire les travaux accomplis par les membres de l\u2019Ecole littéraire de Montréal \u201cpendant les derniers douze mois\u2019, travaux signés de certains noms fort connus et que de bonne heure nous apprimes a respecter:- Englebert Gal- lèze, Albert Ferland, Albert Laberge, Germain Beaulieu, Albert Dreux.Da- mase Potvin, Louis-Joseph Doucet, Alphonse Beauregard, Jules Trem- bley, W.A.Baker, Valdombre, Ubald Paquin, J.A.Lapointe, G.A.Dumont.Albert Boisjoly.Et ce qui est mieux, nous allons lire des morceaux choisis.c\u2019est-à-dire le dessus du panier de quinze vaillants ouvriers de la plume.On ne vide pas, en effet.dans semblable recueil: ses raclures de tiroir.Amère déception! - Quelques très belles pièces.évidemment, mais un ensemble sans grandeur, sans beauté et surtout sans nouveauté.Une sagamité faite de mets excellents el de mauvais morceaux, mais où le mauvais est si mauvais qu'il gâte tout le ragoût.Comment expliquer cela ?Est-ce que le choix de ces proses et de ces vers a élé fait sans discrimination.que nos exigences sont démesnrées.que nous n\u2019enlendons rien à la lillérature ?Va pour cette hypothèse, car nous nous soucions fort peu d\u2019avoir raison! Hors l\u2019'émouvante et forte étude de\u2019 Valdombre sur Léon Bloy, son maître, certaines poésies du poète disparu, Alphonse Beauregard, d'Albert Dreux, le travail d\u2019entomologie de Germain Beaulieu, remarquable naturaliste, poète délicat.une pièce de vers d\u2019U- bald Paquin (intéressante, certes, mais vieille de plusieurs années), quelques morceaux de Ferland (écrits en diverses années, 1911, 1914, 1917, 1919.1920), d'Englebert Gallèze.étudié par nous le mois dernier et sur lequel nous n'avons pas à revenir, tout le reste ne nous arrête pas un instant.Tellés poésies ont été reproduites déjà en maints recueils et pour n\u2019en citer que deux: l'Oasis, par Jules Tremblay, écrite en 1916, et Anar= chie, par J.A.Lapointe, que nous trouvons dans l\u2019Anthologie de Jules Fournier, éditée voici plus de cinq ans.Les contes du terroir y abondent ; ils sont.pour la plupart, aussi peu littéraires que possible.Tous ces contes.de même que les romans régionalistes.sont autant d\u2019épreuves d\u2019un même cliché.On vit du fonds d\u2019un homme de génie.Louis Hémon.Un quelconque M.Sicard n\u2019a-t-il pas eu l'impudence de pousser à la carica- Mars 1926 LA REVUE POPULAIRE 127 \\ NE SOUFFREZ PLUS! Pourquoi rester une malade languissante quand il ne tient qua vous détre bien portante P La guérison est assurée avec \u2014 Le Traitement Medical Guy C\u2019est le meilleur remède connu contre les maladies féminines; des milliers de femmes ont, grâce à lui, victorieusement combattu le beau mal, les déplacements, inflammations, tumeurs, ulcères, périodes douloureuses, douleurs dans la tête, les rcins ou les aines.Avec ce merveilleux traitement.plus de constipation, palpitation, alourdissements, bouffées de chaleur, faiblesse nerveuse, besoin irraisonné de pleurer, brûlements d\u2019estomacs, maux de coeur, retards, pertes, etc, etc.Veillez à votre santé surtout si vous vous préparez à devenir mère ou si le retour d'âge est proche.Envoyez cinq cents en timbres et nous vous enverrons GRATIS une brochure illustrée de 32 pages avec échantillon du Traitement F.Guy.Consultation: Jeudi et Samedi, de 2 hrs à 5 hrs p.m.Mme MYRIAM DUBREUIL, 3902 Parc LAFONTAINE, MONTREAL, Qué.} Boîte Postale 2353 \u2014 Dépt.25.BEAUTE ET FERMETE DE LA POITRINE | DISPARITION DES CREUX DES EPAULES ET DE LA GORGE«:PAR L'EMPLOI DU TRAITEMENT DENISE ROY EN TRENTE JOURS re Le Traitement Denise Roy, réalisant les plus récents pro- _\u2014 grès, garant, absolument sans danger, approuvé par les sommités médicales, développe et raffermut très rapidement la poitrine.' * D'une efficacité remarquable, il exerce une action reconstituante, certaine et durable sur le buste, sans faire grossir les autres parties du corps.Très bon pour les personnes maigres et merveuses.Bienfgisant pour la santé comme tonique pour renforcir; \u201cfacile a prendre, il convient aussi bien à la jeune fille qu\u2019à la femme faite, PRIX DU TRAITEMENT DENISE ROY (de 30 jours) AU COMPLET : $1.00 (Renseignements gratuits donnés sur réception de trois sous en timbres) Mme DENISE ROY, Dépt.5, B.P.2740, 313 Amherst.MONTREAL.| He 0e - - a.a cs 128 LA REVUE POPULAIRE ture, en s\u2019en servant, les personnages de \u2018Maria Chapdelaine\u201d, ce qui d\u2019ailleurs, comme bien l\u2019on pense, n\u2019a révolté personne?Si l'on ne diversifie la manière régionaliste.notre littérature bientôt baignera dans les vapeurs d\u2019ennui dont elle est déjà fortement saturée, et il faudra, pour l\u2019en extraire, que tous nos littérateurs recourent à l\u2019exotisme (ce péché sans rémission!), qu\u2019ils aillent renouveler leur inspiration à Haïti, en Chine ou dans l\u2019Honduras.C\u2019est d\u2019un Recueil-de-morceaux- choisis qu\u2019il s\u2019agit.Les morceaux sont choisis, mais pourquoi leurs auteurs ne le sont-ils pas?Le meilleur morceau choisi d\u2019un Henri Verdon quelconque ne sera jamais, malgré qu\u2019on en ait, un beau morceau.Evidem- ment on ne peut, si l'on n\u2019écrit, faire partie d\u2019une école littéraire.Et pourtant! Nous connaissons d\u2019autres associations dont plusieurs membres ja- \u2018mais n\u2019écrivent \u2014et ne s\u2019en trouvent pas plus mal, et ne sont pas moins, en notre bienheureux pays, reconnus pour gens de lettres.Or done, pourquoi certains membres de cette Ecole ne se montre- raient-ils aussi sages et prudents, vivant, en toute quiétude, d\u2019une réputation surfaite ou de cette rente viagère de gloire que sert à son auteur la plus incolore et prétentieuse plaquette de chroniquettes, nouvellettes.bluettes, articulets.versiculets, billets du matin, du midi et du soir?Mais recueillons-nous sur les belles pages de Valdombre! On organise autour de lui la conspiration du silence; on lui refuse tous les dons, ceux du style et ceux de la pensée; on soutient qu\u2019il ignore la syntaxe (ce grief des primaires), que sa langue est mauvaise (elle n\u2019est pas Mars 1926 pauvre eu lout cas.ni fade.ni emberlificotée), bref.qu'il écrit abominablement.Nous avons.il va sans dire, chacun notre manière d'entendre ces sortes de choses.À nous.Valdombre se révèle, en cette élude digne des Cahiers Léon Bloy.écrivain mâle.puissant.verveux et très français.C\u2019est un critique malcommode, sectaire, mais courageux et bien avisé ; c\u2019est un polémiste mal embouché.ne décolérant jamais, inspiré par une Muse bien en chair et qui ne lui mâche pas les mots, d\u2019une intransigeance quelquefois justifiée, détestable plus souvent, mais qui bâtit de maîtres articles et qui s\u2019entend très bien aux salutaires travaux de démolitions; c\u2019est encore un poète vibrant et qui a de beaux moments de lyrisme et de tendresse.Cet homme sait aimer et haïr avec violence ; il est heureux, puisqu\u2019enthousiaste: \u2018Ah! l\u2019enthousiasme, écrit- il, fruit si doux aux lèvres sincères.nourriture des Prophètes, fruit sacré qui ne connaît point de saison, et dont la fleur mystérieuse consolera éternellement les désespérés au fond des gouffres poétiques, creusés par le Dante.\u201d - Il faudra qu\u2019un jour, coûte que coûte, on tienne Valdombre pour ce qu\u2019il est, l\u2019un de nos plus intéressants écrivains.Qu'on nous permette, en terminant, d\u2019enfller quelques-unes des perles qu'enchésse ce \u2018recueil.sans donner les noms des joyeux joailliers: Le concert, ce soir-là, se termina trop tôt, A cause autant de vous qu'à cause de Cortot Qui devait nous quitter pour onze heures\u2026 J'ai souvent désiré, qu\u2019ainsi qu\u2019un piano, Mon âme, sous les doigts de mon coeur pessimiste -Charmât des coeurs émus de sa grande voix triste, La chose me surprend et ce coup imprévu Ebranle énormément mon âme sur sa base, Mars 1926 LA REVUE POPULAIRE 129 Fe 5 ; di COUPON D'ABONNEMENT A MS ÿ ; Ci-inclus veuillez trouver la somme de $3.50 pour Mu ee bebdomadaire illustré I an ou $2.00 pour 6 mois (Etats-Unis: $5.00 pour HUMORIST] Mr I an ou $2.50 pour 6 mois) d\u2019abonnement au Q .magazine LE SAMEDI.: Nom A RE LE RP I RA EEL LR IEP TPT ¢sv Genser npgpett +\u2026\u2026.t0.4+504 AUIESSE overcoats esate serene tessa eee erate atte esr aaaresaseanes srnanene Ville \u2026.\u2026uusserscrasrrsrrcancararrenressaperarensen sara eraenm carre Province uns scansrsacrarranannsnan nee POIRIER, BESSETTE & CIE, 131, RUE CaniEux, MONTREAL jaRevite , COUPON D'ABONNEMENT Dopulaire _ La sente revue mensuelle iBlustrée qui instruit et Ci-inclus veuillez trouver la somme de $1.50 pour | an ou amuse en même temps.75c pour 6 mois d'abonnement à LA REVUE POPULAIRE.NOM cere seen neus darsseusserens aréneresneneatrecrse re sens arsrenentdenrae 0 nas ra nca sa neue \u2026.Adresse \u2026.\u2026.\u2026.\u2026.uinneuueseneeerercatenncesencenteenanen enese sea sem nas ec en rent tent cet ae dE San cer een a en ceseene Ville ue rerrscarrrrarerenrerarrrrrerrenaan rene cs ss nr ane nee cms Province .ccercrrsnrccrccrarvrenseus sonne POIRIER, BESSETTE & CIE, 131, RUE CADIEUX, MONTREAL re JE L i | 1 4 COUPON D'ABONNEMENT % EN OT est Le seul Magazime de Vues Animées, en français.en relations directes avec les Ci-inclus veuillez trouver la somme de $1.00 pour grands studios.1 an ou 50 cents pour 6 mois d'abonnement au FILM.Nom cocoon, aoe een ee reas bent nate trae teauat eset trate ata Etre nn ne pa res qane canne Adresse occ.bt eeteeertretesurremesaeaesttateettanretttraeaer er asaeen ats raerrarnerarenrsanes Ville rec ceraancesventensr nrererraren enr Poornnsennenn sers Province \u2026.\u2026.ucssssenser ransennnnnes POIRIER, BESSETTE & CIE, 131, RUE CADIEUX, MONTREAL BREMEN EE AU APUME A M A dde Dans une pièce intitulée \u201c Ami, souvent le vers\u201d.on se demande avec iB \u2018inquiétude de quoi il s\u2019agit, d\u2019un vers a poétique ou d\u2019un ver solitaire! Au début d\u2019une biographie du capitaine J.D.Chartrand: \u2018\u2019Tout Canadien semble apporter en naissant deux goûts bien prononcés, celui des voyages et celui d'être soldat.L'un, il le doit à ses ancêtres qui étaient pour la plupart plus ou moins soldats.L'autre est dû à sa naissance dans un pays nouveau aux trois quarts inhabité.\u201d Mais sans jamais mentir au nom du Crucifix.Nallons pas endosser le billet des mystères, N\u2019engageons pas sans voir nos fonds 3 la légère! Nous pourrions citer d\u2019autres poésies entières de semblable farine.comme: Ivrognerie, le Ver de terre, les Ennemis, la Pipe.; - Terminons cette énumération par ji ce distique d\u2019un poète de l\u2019Ecole, qui i servira de Moralité: he Vous demandez si J'écris encore des vers.i Hélas ! oui; c'est méme un de mes plus grands i [travers.ii: Jean CHAUVIN.0 3 POTINS LITTERAIRES Il est de plus en plus question du prochain voyage que M.Pierre Benoit, auteur de I'Atlantide, du Puits de Jacob, du Lac Salé, de la Chaussée-des- Géants, et de plusieurs autres romans tous connus au Canada, se propose de faire à Montréal et à Québec, au cours de cette année, dans l'intention + d'en tirer la matière d\u2019un roman.* * Xx 4 On nous annonce aussi que \u201cLes Annales Poli- à tiques et Littéraires\u201d, de Paris.doivent prochainement consacrer un numéro spécial au Canada, comme fit \u201cLe Monde Nouveau\u201d, il y a deux ans.130 LA REVUE POPULAIRE Mars 1926 UN HARDI FUNICULAIRE Le funiculaire de Trento-Sardagna est un des plus hardis du Trentin italien.Il a environ 3,600 pieds de parcours et a été inauguré à la fin de l\u2019année dernière par les autorités ita- liennes.Il fut d\u2019abord bénit par les autorités ecclésiastiques, puis les invités prirent place dans le wagon transporteur.effectuant ainsi le premier parcours officiel.(Le Pèlerin.) 0 LES HAUT-PARLEURS DANS LES EGLISES DE FRANCE Comme dans nombre d\u2019églises américaines et canadiennes, quatre haut- parleurs viennent d\u2019être installés dans l\u2019église Saint-Sulpice à Paris.Deux sont placés près du maître-autel.Les deux autres à côté de la chaire.Ainsi seront amplifiées et répandues dans la vaste église les voix des prêtres, qu\u2019ils officient ou qu\u2019ils prêchent.Les mêmes appareils fonctionnent à Notre- Dame pour le Carême.(0 efi Pour votre Sauvegarde Apportez au choix de vos médecines le même soin qu\u2019au choix d\u2019un médecin.Quand la nature réclame de l\u2019aide, que le sang est appauvri, que les nerfs sont épuisés, que les fonctions vitales sont ralenties, la femme a tout à gagner à recourir immédiatement aux PILULES ROUGES pour régénérer son sang, augmenter ses forces et équilibrer son moral.C\u2019est le remède dont l\u2019éloge + - .yo.> .PE 0-3, .n'est plus à faire, spécialement approprié aux besoins de l'organisme féminin lorsqu'il est en proie aux malaises suivants : Pauvreté du sang Dépression Irrégularités Retour d\u2019age Anémie Chlorose Troubles nerveux Mélancolie Tiraillements Maux de reins ; Sensations de chaleur Palpitations de coeur Dérangements Migraine Douleurs périodiques Pertes de mémoire Troubles d\u2019estomac Si vous êtes dans le doute quant à la nature de vos troubles, vous ne sauriez mieux faire que de consulter notre médecin spécialiste: ses conseils sont gratuits et sa longue expérience est précieuse.\u201cDes maternités fréquentes m'\u2019avaient considérablement affaiblie et je me sentais absolument sans force après un peu de travail.Si je montais un escalier le coeur battait très vite et je ne pouvais respirer.Des maux de tête, des maux de reins me faisaient souffrir.Je n\u2019avais pas d\u2019appétit et ce que je mangeais ne me profitait guère parce que ma digestion ne se faisait pas.Mon médecin était d'opinion qu\u2019un repos pouvait seul me remettre et il me conseilla de laisser ma famille, de m\u2019éloigner.Une amie qui avait pris les Pilules Rouges me recommanda de les essayer, ce que je fis.Ma santé, après un an de leur emploi, était bien rétablie.Depuis, ce sont les Pilules Rouges que j'emploie quand mes forces s\u2019épuisent® Mme Hector Latour, 540b, rue St-Patrice, Montréal.\u201cJe dois aux Pilules Rouges ïe retour de mes forces et le rétablissement de ma santé après avoir été pendant trois ans très faible, déprimée par des maux de tête, des douleurs d\u2019estomac, un appétit irrégulier.Je puis maintenant faire tous mes travaux domestiques facilement, sans fatigue, faire un repas raisonnable même le soir, sans crain- Cie les suffocations, les crampes d\u2019estomac et les insomnies.Je suis heureuse de me si Mme HECTOR LATOUR bien porter\u2019 Mme H.Larocque, 15b, rue Châteauguay, Montréal.CONSULTATIONS gratuites aux femmes par lettres ou à nos bureaux, 1570, rue Saint-Denis, (N.B.Le No 274 n\u2019existant plus cause du changement fait par la ville.) Notre médecin est à votre disposition tous les jours, de 9 heures du matin à 8 heures du soir (excepté les dimanches et fêtes religieuses).Vous serez satisfaite des conseils qu\u2019il vous donnera pour rien.AVIS: Soyez énergiques pour votre santé.Refusez les substitutions au cent, soit en bouteilles ou en boîtes de carton.Les Pilules Rouges pour les Femmes Pâles et Faibles sont dans des boîtes de bois, l'étiquette porte un No de contrôle et le nom de notre Compagnie.Les indications de notre médecin dans la circulaire sont précieuses, suivez-les bien.Chez tous les marchands ou par la poste sur réception du prix, 50 sous la boîte.CIE CHIMIQUE FRANCO-AMERICAINE LTEE, 1570, rue Saint-Denis, Montréal Le Charme Naturel Est toujours la récompense des sages traitements de la peau, \u2014 pour conserver le teint de votre enfant et le vôtre, prenez simplement ces quelques soins quotidiens.unique: entretenir le teint.le savon \u201cimporté\u201d.garantie.le Palmolive est un savon de beauté fabriqué dans un but En France même, le pays des cosmétiques par excellence, le Palmolive a suppianté tous les savons français, moins un.le Palmolive est adopté par les Parisiennes avert:es comme Rappelez-vous cela quand vous serez tentée d'acheter pour votre teint un savon sans Le Savon Palmolive ne subit le contact d'aucune main, jusqu\u2019au moment où vous brise: son enveloppe \u2014 sans .À beauté naturelle.s'mple et attrayante, est de nos jours la beauté reconnue, la beauté à la mode.La maman moderne commence de bonne heure à proté- ge: avec des soins constants le teint de ses enfants.et se garde elle-méme, de la méme manière, jeune et fraiche.Pour cela, elle évite les méthodes artificielles, souvent néfastes au teint.On ne peut avoir un beau teint s'il n'est pas propre; les pores de la peau doivent être propres et sains grâce à la mousse onctueuse des huiles de palme et d'olive, telles que mé- jangées dans le Palmolive.Tous les spéciaiistes du teint s'entey- dent sur ce point.De simpies soins naturels peur conserver ce tent d'écoliére Lavez-vous soigneusement la figure avec l\u2019adoucissant Palmoli- laquelle il ne doit jamais être vendu.ve.Puis massez-le délicatement dans la peau.Rincez bien.Puis recommencez lavage et rinçage.Rincez-vous avec de l'eau froide.Si vous avez la peau quelque peu sèche, appliquez-y un peu de cold-cream \u2014 et c'est tout.Faites cela régulièrement, de préférence le soir.Servez-vous «de poudre et de rouge à votre guise.Mais ne les gardez jamais la nuit.Hs obstruent les pores quand is ne les dilatent pas.Des points noirs et de l\u2019enlaidissement s'ensuivent le plus souvent.Il faut les enlever en vous lavant.\u201cvite; ceile erreur N'emplovez pas de savons ordinaires dans le traitement donne ci-dessus.N'allez pas croire que n'importe quel savon vert ou savon prétendu fait avec des huiles de palme et d'olive soit la même chose que le Palmolive.Et il ne coûte que 10c le merceau \u2014 si peu cher que des miiliers de gens s'en servent pour le corps aussi bien que pour la figure.Procurez-vous-en un morceau aujourd'hui.Puis notez les changements surprenants qu\u2019'apportera une semaine de ce traitement.FABRIQUE: AU CANALA "]
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