La revue populaire : magazine littéraire illustré mensuel, 1 décembre 1924, Décembre
[" Le - te WRI v ZE _ om, [AGAZINE MENSUEL ILLUSTRE LO AGLOCH ASIII.XT BT EN RE CES WERE.IU MA RU MS ae: pes : CI DUN LANs Ge tee U de 8 NT 1e MT TIMES INT THES NTC | VEDP JW a: SRR.RE 0 EEL ST as oR Be Son MEET LE AT US STE HOT SM AR UE LA 002 AT i wry ry a Cm ye ee Vr om ys DE wo CRETE WRT YT PV TY WT we _ J ¥ - : a.; vr RE ENS SE SN CEE t of ON EN 1 ) 3 - \u2018 \u201c .vs ls 1134 1 li ge Inds BLL EERE 3 v Iu Les \u201cHE Cy Are - > 3 .su} è oka hn Sil sn i Bh nait ho nln Aah »\u201d > Wh Ÿ WERE: ATOLL LIRE 7 x sr - .- lise dd di.Arte ares Aa 2 25 a Ahh lad am A 7 * ZIRE SSRSTIE.A) ARTA 1 TE à LDITL Yn Migr.cari.A> GE * , Un roman complet : LL EXILEE La Crème Orientale de Gouraud sous une dû nouvelle y forme 4 ORIENTAL COMPRIMETTES Vous apportent Ja Créme Orientale de Gouraud sous une forme compacte, et gardant sous cette forme nouvelle toutes ses magnifiques propriétés embellissantes.Imaginez-vous bien que c\u2019est un comprimé capable de donner à votre teint, non pas seulement l'effet d\u2019un peu de poudre, mais une beauté ravissante.Vous serez toute fière des Comprimettes Orientales de Gouraud dans votre sacoche.Elles sont d'ailleurs présentées dans un fort joli Vanity, avec glace et houppette.Grâce ainsi aux Compri- mettes Orientales de Gouraud, vous pouvez profiter à votre guise, là et quand vous voulez, des propriétés embellis- santes de la Crème Orientale de Gouraud.Servez-vous de la Crème Oriental: de Gouraud a la maison et conservez toute la journée la belle apparence qu'elle donne, en l'entretenant avec les Compri- mettes Orientales de Gouraud.Prix, $1.25 (Grandeur 234 pcs) Six nuances : Poudres: Blanc, Chair, Rachel Rouges: Clair, médium, foncé I 1 a i A re 5 \u2018ol À A rn 8 30 ).! ream er 20 0 Ferd.T.Hopkins & Son >, 35, St-François-Xavier, Montréal, P.Q.C$f-14 E / ver Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 _ : I\u2019 mcm A \u2014\u2014\u2014 es CHANSONS DE PARIS j * Ru PUBLIE CHAQUE SEMAINE DEUX E PLEINES PAGES DE CHANSONS ET DE É MUSIQUE POPULAIRES PARISIENNES ; Grâce à une entente spéciale conclue avec une maison de | Paris, Fe Samedi a obtenu le privilège exclusif de publier, | i pour la première fois au Canada, les dernières nouveautés de E Paris, en fait de musique et chansons.C'est à grands frais que la direction du magazine Fe Samedi procure cette aubaine extraordinaire à ses lecteurs.Qu'on se le dise ! Surveillez nos prochains Numéros EN VENTE PARTOUT AU PRIX ORDINAIRE : 10 SOUS = 8 Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 de Vonhomme Roe! gait choisir NI des cadeaux et amis un abonnement d\u2019une année aux trois revues les plus répandues dans nos bonnes familles canadiennes: Fe Damedi RS laire IEF ILM Trois cadeaux qui durent toute une année et ne coûtent pas cher.Dans le SAMEDI de Noël commencera un nouveau feuilleton: \u201cLe Samedi\u201d: $3.50 par année pour le Canada ($5.00 pour les Etats-Unis).\u201cLa Revue Populaire \u2019: $1.50 par année.(Douze beaux romans d\u2019amour).\u201cLe Film\u2019: $4.00 par année.POIRIER, BESSETTE & CIE, 131, RUE CADIEUX, MONTREAL Consultez-le.Il vous conseillera de donner à vos parents ENTRE DEUX AMOURS ABONNEMENT Canada et Etats-Unis: Un An .$1.30 Six Mois.756 Montréal et ban- lleue exceptés PARAIT TOUS LES MOIS Vol.17, No 12 La REVUE PO- à 6 e PULAIRE ést ox« AR mois.ms POIRIER, c BESSETTE ; & CIE, pédiée par la pos- : te entre lo ler et © le 5 de chaque Edits.-Props., 181, rue Cadicux, Montréal.Montréal, décembre 1924 Tout renouvellement d'abonnement doit nous parvenir dans le mois même ol il se termine.Nous ne garane tissons pas l'envoi des numéros antérieurs.Entered March 23, 1908, at the Post Office of St.Albans, Vt, U.S., as second class matter under the Act of March 3rd 1879.LA DINDE DE NOEL - L\u2019antique tradition de la dinde aux dîners de Noël et du Jour de l'An serait bientôt interrompue, faute de dindes! Ce serait une chose bien triste que de manger un vulgaire poulet, en ces jours de joyeuses ripailles, au lieu de la dinde farcie d\u2019oignons, de marrons ou de truffes et c\u2019est pourtant ce qui arrivera à nos petits-neveux.Dans vingt ans, assurent certains statisticiens, la dinde sera aussi rare en Amérique que le bison.La survivance de la dinde dans le Nouveau-Monde est menacée pour plusieurs raisons dont les plus importantes sont ses conditions d\u2019élevage, la santé extrêmement délicate des dindonneaux, la manie funeste qu\u2019elle a de pondre n\u2019importe où et enfin, il faut bien le dire, le manque et l\u2019infériorité des dindons.Pour élever de cette volaille d\u2019humeur capricieuse et peu sédentaire, il faut de l\u2019espace et des voisins éloignés.La dinde, sans pour cela oublier la maison où elle trouve sa nourriture, ne souffre pas qu'on la tienne en basse-cour; on lui a donné du moins l'habitude de se promener à sa guise.Mais, aujourd'hui, les terres sont SNL 2 $ moins étendues, les voisins se rappro= chent et l\u2019élevage de la dinde, compris comme dans l\u2019ancien temps, est impossible.Les dindonneaux sont sujets à quel- \u2018ques maladies, d\u2019ailleurs contagieuses, et toujours mortelles.Quand une épizootie se déclare dans un troupeau de dindons, tous les jeunes y passent.La dinde, en outre, n\u2019exige pas pour sa ponte un nid confortable, chaud et propre.Elle pond au hasard de ses courses, sur le bord de la route, dans les champs, et c\u2019est au maître à trouver ses oeufs.Le seul moyen d'assurer à nos descendants la dinde indispensable à nos repas des fêtes, c\u2019est d'en organiser la domestication, de les élever en basse- cour et aussi soigneusement que la volaille.Les premiers colons qui virent une dinde sur le sol d'Amérique pensèé- rent découvrir une espèce inconnue de paons et s\u2019étonnaient du grand nombre qu\u2019ils y trouvaient partout.La civilisation serait-elle responsable de sa disparition prochaine?Jules JOLICOEUR.\u2014 55 RT NTH PRN TE i THREE TRE ERGY CO Fr ii iad fh oi HULA Ere RSR aa ICR 5 ne pT Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 Bonne jusqu\u2019à la dernière bouchée Si vous voulez savoir combien exquise et savoureuse peut être une tarte au citron, à l\u2019orange ou à l'ananas, et combien leur préparation est facile et peu compliquée, vous n'avez qu'à commander aujourd\u2019hui une boîte de GARNITURE DE TARTES lMeadow- Sweet !! NAC a+ Mass eauMee ap oom @ 0000 dW Breda ?) = .VAR AE ra eee prides Bees -es VE], x Ghee ee RON Sroue pang IIE BI One Da 0 nite Ge IAN INT! > ., ua eu \"s ae > =, e- 0,\" SY CAL 2:23 3h 535200 ORVETSS lien SRI 3% = \u2019 vega GET tes iat Mer IRI ee SPAS Ta tie Le .Tes \u201c2 Rk SEE en EENE Lima eg PR \u2018 GARNITURE DE TARTES (PIE FILLING ) Citron \u2014 Orange \u2014 Ananas | Inestimable pour garnir taries, gâteaux, pâtisseries, etc.Une boîte de 15 cents donne assez de garniture pour 4 tarte BN VENTE CHE2 TOUS LES EPICIERS RIRE EE Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE OL Montréal, décembre 1924 N 3 ~ 3), 7 = \u2014\u2014 L\u2019 ARBRE.DE NOEL - \u2019 - ; \" § i es | 2 9) © L\u2019industrie de l\u2019arbre de Noël.\u2014C\u2019est d\u2019Allemagne que nous viennent encore tous les brimborions, objets en verroterie, lumignons, qui décorent nos petits sapins.\u2014 Comment se fabrique cette bimbeloterie qui fait la joie des grands et des petits.Chaque année, à la veille de Noël, il faut mettre à la disposition du monde entier des arbres verts, principalement des petits sapins, qui servent à constituer l\u2019arbre de Noël dans nombre de familles.A l'étranger, les arbres sortent des usines: ils ne viennent pas des bois, avec leur délicieuse odeur, comme cela se fait au Canada et aux Etats-Unis.Que l'arbre soit artificiel ou naturel, il faut le décorer, il faut y accrocher une foule de petits objets industriels qui voisinent avec les crosses de sucre, les cornets remplis de bonbons, les flûtes et les menus paquets de cadeaux, faits de papier de soie-et de faveurs rouges.Il est essentiel, dans les pays où l'arbre de Noël est le plus en faveur, comme en Allemagne, en Angleterre, au Canada et aux Etats-Unis, de le décorer de petits ornements, de verroterie, principalement, de noix dorées ou non, de petits fruits spéciaux.Et ei 2200 il y a tout un ensemble d'industriels, spéciaux eux-mêmes, qui, en Allemagne surtout, se livrent à la fabrication de ces ornements divers, un peu avant l\u2019époque de Noël.En Allemagne, encore à l\u2019heure actuelle, toutes les familles, voire les plus pauvres, tiennent à avoir un petit arbre, pour célébrer la fête.Les gens en voyage en emportent et c\u2019est pour eux qu\u2019on fabrique des arbres pliants, petits arbres artificiels dont les branches, faites de fil de laiton, permettent de loger le petit arbuste avec sa décoration toute prête dans une malle, au besoin dans une valise.Le centre de l'industrie de l\u2019arbre de Noël, considéré surtout au point de vue des petits ornements de verre et autres qu\u2019on pend aux branches de l'arbre, se trouve dans les montagnes de Thuringe, à quelque trentaine de milles de Cobourg; la population tout entière de cette région vit pour ainsi dire de cette industrie, pendant une période assez longue avant la Noël.Tout le monde, disons-nous, travaille à cette industrie particulière; non pas seulement les hommes et les femmes, mais encore les enfants, les tout petits enfants, apportent autant qu\u2019ils le peuvent.leur contribution à ce travail.Pour fabriquer la plupart de OT Tn se Ty 15%, al rd \\ at YL Ea Tog \u201ca Ca | Ÿ \u2014c.o\u20261nt du prince, ces derniers dési- gnaiént toujours leur frère de cette façon cérémo- fiieuse.et tous, même l'indépendant Renat, pre- naiént un ton où la déférence se mélait à une sorte dé crainte.Les voyageurs arrivèrent par une belle soirée de mai à la petite gare qui desservait le château de Voraczv.Deux voitures attendaient.La comtesse et ses filles montèrent dans la première, Myrtô, Fraulein Rosa ét Renat dans la seconde, où prirent place aussi les fémmes de chambre.Le crépuscule tombait, Myrtô ne vit que vaguement: l= beau paysage verdoyant qui s'étendait de chaque côté de la,large route.\u2014 Tout ça est au prince Milcza.tout ¢a, tout ça! disait Renat en étendânt la main de tous côtés, vers les forêts dont la ligne sombre barrait l\u2019horizôn.Je ne péux pas vous montrer jusqu'où, et il vous faudra longtemps pour connaître tout.Nous irons en voiture, cela m'amusera de vous montrer.Il y a un lac si joli! Et le Danube n\u2019est pas loin, vous verrez.Le prince Milcza a un pétit yacht, où il se promène quelquefois avec Karoly.\u2014Qui est Karoly?demanda Myrtô.\u2014Karoly, c\u2019est son fils.\u2014Ah! le prince est marié?dit-elle avec surprise, caf jamais elle n'avait entendu faire allusion à une princesse Milcza.\u2014\u2014\u2014\u2014atqut \u2014Non, il ne l\u2019est plus.et puis il l\u2019est tout de mêémé, répondit Renat.\u2014Voyons, que me racontez-vous là, Renat?dit- elle en souriant.Voulez-vous dire que votre frère est veuf?\u2014Mais non! fit l\u2019enfant avec impatience.Vous ne comprenez rién! Je veux dire que.Ah! nous voilà arrivés! Regardez, Myrtô! Les voitures, sortant d\u2019une magnifique allée, formée d'arbres énormes, venaient de franchir une grille immense, dont les globes électriques éclairaient la merveilleuse ferronnerie.Au delà de la cour d'honneur, digne d\u2019un palais royal, s'élevait une construction superbe, d'aspect majestueux et presque sévère.Une lumière intense et cependant très douce éclairait toute la façade, mais surtout le perron monumental, à double rampe, sur lequel attendaient plusieurs domestiques en livrée blanche à parements couleurs d\u2019émeraude.Dans le vestibule, haut comme une église, dallé de marbre, décoré de tapisseries magnifiques, un personnage imposant, vêtu de noir, s'inclina devant la comtesse en disant: \u2014Son Excellence le prince Milcza m'a chargé de \u2018 souhaiter la bienvenue à Votre Grâce et de l\u2019informer qu\u2019il viendra lui présenter ses hommages aussitôt le diner terminé.\u2014Ah! merci, Vildy!.Montons vite, enfants, il ne faut pas nous retarder\u2026 Katalia, montrez sa chambre à Mlle Elyanni.Ces mots s'adressaient à une grande femme très correctement vêtue de soie noire.Sur son invitation, Myrtô la suivit au second étage, jusqu\u2019à une vaste chambre fort bien meublée, et pourvue d\u2019un ¥ confortable ignoré par Myrtd dans sa chambrette de Neuilly.Et pourtant, comme elle eût souhaité se trouver encore là-bas! Que serait-elle dans cette opulente demeure, sinon une quasi-étrangère, la cousine pauvre que l\u2019on accepte et que l\u2019on dédaigne?Refoulant les larmes qui gonflaient ses paupières, elle se mit à genoux et réconforta son coeur par une fervente prière.Puis, s'étant hâtée de se recoiffer et de changer sa robe de voyage, elle descendit un peu au hasard.Un domestique lui indiqua la salle à manger, pièce fort élégante mais dont les dimensions relativement restreintes ne cadraient pas avec l\u2019apparence du château.Le dîner fut un peu expédié.La comtesse semblait nérveuse, et elle se leva sans avoir achevé son dessert lorsqu'un domestique vint la prévenir que \u201cSon Excellence attendait dans le salon des Princesses\u201d.\u2014Allons, venez vite, enfants.Renat, arrange un peu ton col.Laisse cette créme, mon enfant, il ne faut pas faire attendre le prince.Myrtd, remontez chez vous, reposez-vous bien.Je vous présenterai un de ces jours, mais ce soir, il n'est pas nécessaire.Elle s\u2019en allait tout en parlant, suivie de ses enfants.Et Myrtô remonta dans sa chambre, étonnée au plus haut point de tant de correction et d'étiquette dans ces relations de mère à fils, de soeurs à frère.Décidément, mieux valait s\u2019appeler Millon et s\u2019aimer 4 la bonne franquette!.Et ce prince Milcza devait être quelque grand seigneur plein de morgue, qui considérerait de bien haut Myrto Elyanni, sa trés humble parente, \u2014 48 = Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE IV Myrto se réveilla le lendemain à son heure ac- coutumée\u2014c'\u2019est-à-dire de fort bonne heure\u2014et se leva rapidement, toute reposée de la légère fatigue du voyage et charmée à la vue du gai soleil qui entrait par les deux fenêtres.Aussitôt habillée, elle s'en alla vers l\u2019une d'elles et l\u2019ouvrit.Les jardins du château s'étendaient devant elle, admirab'ement dessinés.Mais quels singuliers jardins c\u2019étaient donc?Aussi loin que sa vue sétendit, Myrtô n\u2019y voyait pas une fleur.Les corbeilles étaient formées de feuillages d\u2019une variété de tons inouie, de plantes vertes superbes et rares.Dans des bassins de marbre, l\u2019eau s'irisait et se moirait sous les rayons d'or qui la frappaient.\u2014Pas de fleurs! tesse.Comme sa mère, elle aimait ces délicats chef- d'oeuvres donnés par Dieu à l\u2019homme pour charmer son regard.Et la vue de ces jardins sans fleurs faisait descendre en elle une singulière impression de mélanco!ie.Une jeune femme de chambre en costume national vint lui apporter son déjeuner.Après avoir bu rapidement le chocolat mousseux, Myrtô descendit l'immense escalier, au bas duquel elle trouva un domestique à qui elle demanda le chemin dela chapelle.I! l\u2019accompagna, à travers de larges corridors dallés de marbre, jusqu\u2019à une porte de chêne sculpté qu'il ouvrit en s'inclinant respectueusement.La chapelle avait dû faire partie de bâtiments antérieurs au château actuel, car elle semblait fort ancienne.Comme elle était assombrie par des vitraux foncés, Myrtô ne vit tout d\u2019abord que l\u2019autel, où un vieux prêtre à là barbe neigeuse commençait l'/ntroit.Elle s\u2019agenouilla au hasard sur un antique banc sculpté.Quelques serviteurs, seuls, assista\u2018ent au saint Sacrifice.Devant le choeur, une rangé= de fauteuils et de prie-Dieu armoriés annonçait la lace habituelle de la comtesse et de ses enfants.out à fait en avant, se voyaient deux autres sièges d'une somptuosité sévère, surmontés de la couronne princière.La messe terminée, Myrtô fit le tour de la chapelle, elle admira les trésors artistiques dont les princes Milcza avaient orné le petit sanctuaire.Puis, après une dernière prière, elle sortit et se trouva dans une galerie immense qui précédait immédiatement la chapelle.La paroi de gauche était garnie d'une succession d\u2019admirables vitraux qui répandaient sur le dallage de marbre des traînées de pourpre, d'indigo et de jaune d\u2019or.Celle de gauche se couvrait de tableaux religieux, oeuvres de maîtres, alternant avec d'anciennes tapisseries d\u2019une valeur inestimable.En regardant ces merveilles qui charmaient murmura Myrtô avec tris- son âme d\u2019artiste, Mytrô atteignit ainsi l'extrémité de la galerie.Par une porte de chêne largement ouverte, elle vit un perron de marbre rouge, que balayait un domestique en tenue de travail.Au delà s\u2019étendait la perspective des jardins et du\u201cparc.He descendit dans l'intention de voir de près ces étranges jardins et de s'approcher des serres superbes dont le dôme étincelait là-bas entre les Montréal, décembre 1924 - arbres.Peut-être les fleurs s'étaient-elles réfugiées ar Mais Myrtô fut déçue.Derrière les vitres.elie n'aperçut que des plantes vertes, les plus rares, les p.us magniliques, et des feuillages de tous les tons, depuis le pourpre intense jusqu\u2019au vert pâlz argenté.Malgré sa désillusion, Myrtô se sentait si b'en mise en t-ain par ce gai so'eil et-cette brise matinale si fraiche, qu'el ¢ résolut de faire une toute petite exploration dans le parc.[lle se mit a marcher d'un pas vi et at eignit bentôt les giaras vieux arb\u2018es magni: ques qui formaient une voûte majestuçust aux al:ecs, grandes et petitas, s'aatre- croisant en tous sens.Ce parc état superbe, il devait être interminable et renfermer mil'2 coins charmants.S2ulement, chose singulièr , Myrtô n'y ava t pas \u201cncore aperçu une fleur.Faliait-il donc penser que cette terre se refusait à en produire?- \u2019 Ah! si, voilà qu'elle en découvrait une, blottie sous des feuiles, une petite jacinthe qui -emblait toute honteuse de sz trouver la.Sa vu épanouit le coeur de Myrtd, et la jeune fille, se penchant, la cueillit et \u2018a gl ssa à son corsagz.Il fallait maint nant songer à :evenir, malgré l'attrait qui eût poussé Myrtô toujours plus avant.La jeune fille prit un: petit: aliés pr-squz .envahie par les arbustes croissant folicemont en toute liberté.Une herbe fine et rare couvrait le sol.piqué de points dor par le solril lorsque ce'ui-ci réussissait à percer l'amoncellzment de feuiliage qui formait une voûte idéalement fraîche.Tout à coup, Myrtô s: vit au bout de l\u2019allée, devant une prairie immense cntourée de futaies.Des aboiements retentirent, deux \u2018évriers nors bondirent vers la jeunz fille, Myrtô, surprise et effrayée.ne put «tenir un lég>r cri.\u2014Î[ci Hadj.Luis! d't une voix brève.Les chiens s'arrétèrent.et Myrtô, tournant un peu la tête, vit à quelques pas d'elle un jeune homme de taille haute et svelte, en costumz de cheval, qui se tenait appuyé à l\u2019encolure d'un magnifique alezan doré.tout frémissant sur ses jambes nerveuses.Myrtô rencontra deux grands yeux sombres et irrités, et, devant ce regard, elle souhaita soudain rentrer sous terre.L'inconnu souleva son chapeau, d\u2019un geste plein de hauteur, et détourna la tête.Myrtô rentra précipitamment sous le couvert de l\u2019aliée, elle revint sur ses pas et prit, un peu au hasard, une direction qui se trouva heureusement être la bonne, car elle atteignit bientôt les jardins et vit devant elle la masse imposante du château, doré par le soleil qui faisait étinceler les vitres des innombrables fenêtres.Au moment où Myrtô s\u2019en approchait, le bruit d\u2019un galop de cheval lui fit tourner la tête.L'inconnu de tout à l\u2019heure arrivait.en droite.ligne, faisant franchir à l\u2019alezan les obstacles représentés par les corbeilles de feuillages et les bassins de marbre.li était un incomparable cavalier, d'une extrême élégance absolument maître de la bête superbe et fougueuse qu\u2019il montait.A quelques mètres du grand perron, l\u2019animal s'arrêta net.Le jeune homme sauta légèrement à terre, jeta les rênes à un des domestiques qui se précipitaient vers lui et gravit rapidement les.degrés du perron.\u2014 Gh \u2014 Montréal, décembre 1924 Vol.17, No 12 Terka sortait à ce moment, une ombrelie à la main.L'inconnu s'arrêta près delle, fui tendit la main et lui dit quelques mots.Myrtd, qui n\u2019osait plus avancer, voyait fort bien l'expression irritée de son visage\u2014ce visage qui avait les traits de celui du jeune magnat de l'hôtel Milcza, \u2018mais qui différait d'expression, n'en ayant conservé, sem- blait-il, que la fierté altière.Terka baissait les yeux, elle semblait fort mal -à l'aise en répondant à son interlocuteur.Celui-ci pénétra dans le vestibule, et la jeune fille descendit lentement les degrés.Elle aperçut alors Myrto qui s\u2019avançait enfin.\u2014Vous venez du parc, petite malheureuse?dit- elle d\u2019un air légèrement agité.\u2014Mais oui.Ai-je commis \u2018en ce:a quelque chose de répréhensible?fit Myrtô, inquiète.\u2014Au fait, personne ne vous avait prévenue, vous ne pouviez pas savoir.C'est l'heure de la promenade du prince, et il veut la faire absolument solitaire.La moindre rencontre lui déplaît.Les gens de par ici le savent et s\u2019écartent de sa route dès qu'ils entendent le galop de son cheval.\u2014Je regrette de n'avoir pas été prévenus.J'ai commis sans le vouloir une indiscrétion qui a sans doute vivement contrarié le prince Milcza, si j'en juge par l'expression de sa physionomie lorsque je me suis trouvée tout à l'heure devant lui, dans le parc.J'ai eu un peu peur, je l'avoue, et jai fui comme une petite fille.\u2014Oh! vous n\u2019êtes pas la seule! Quand le prince est contrarié, il sait le montrer de telle façon que l\u2019on souhaiterait trouver un trou de souris pour s\u2019y nicher\u2026 Enfin, cette fois, j'espère qu'il ne vous en voudra pas trop.Je lui ai expliqué que vous aviez péché par ignorance, et il a paru accepter l'excuse.Pour plus de sûreté, vous pourrez lui exprimer vous-même vos regrets, la première fois que vous le verrez.Comment trouvez-vous ces jardins, Myrtô?\u2014Jis seraient superbes s\u2019il y avait des fleurs, répondit franchement Myrtô.Terka jeta un coup d'oeil effaré vers le vestibule où avait disparu tout à l'heure le prince Milcza., \u2014Ne parlez jamais de fleurs devant lui! II les hait, on n\u2019en voit pas une ici.Ses gardes, pour lui faire leur cour, poussent le zèle jusqu'à pourchasser les pauvres petites malheureuses qui oseraient s'épanouir dans le parc\u2026 Mais je suis de votre avis, Myrto, ajouta-t-elle à voix basse.Elle ouvrit son ombre'le et s\u2019éloigna vers les jardins, d\u2019une allure nonchalante et un peu lasse.Myrtô rentra dans le château et réussit, non sans peine, à retrouver sa chambre.Il lui faudrait quelque temps avant de s'orienter dans cette immense demeure.et peut-être plus longtemps encore pour se faire à des habitudes si étranges pour elle, et connaître toutes les singularités du seigneur de Voraczy.Quel misanthrope était-il donc, si jeune encore?Une grande douleur, peut-être, avait fondu sur lui, et il n\u2019avait pas su réagir chrétiennement, il s\u2019enfonçaiît dans une orgueilleuse mélancolie.Myrtô, tout en songeant ainsi, commençait à défaire sa malle.Une petite jacinthe tomba tout à coup sur les piles de linge.:\u2014Oh! ma pauvre petite fleur! Heureusement, le prince Milcza ne t'a pas vue, sans doute.Je vais te conserver bien précieusement.puisque je ne pourrai pas avoir d\u2019autres fleurs ici.LA REVUE POPULAIRE Elle ouvrit son petit portefeuille et y posa la jacinthe, tout près du portrait de la chère disparue.Longuement, elle considéra le fin visage aux yeux très beaux, mais sans profondeur.\u2014Mère chérie, je voudrais tant être encore près de vous, dans notre humble petit logis! murmu- ra-t-elle avec un sanglot.sacccnsus Gasscnstuasna0eda0onhenca0eun00u 0000 ® eraconronnencesuenanenonutan sroncamauessanne aces Ce fut Terka qui assuma la tâche de faire visiter le château à Myrtô.Sa froideur n\u2019avait pas l'apparence de fierté presque dédaigneuse.que revêtait celle d\u2019Irène; elle semblait faire partie inhé- ente de son caractère, alors que la cadette savait fort bien, selon les cas, se montrer aimable et empressée.Myrtô vit donc en détail la magnifique demeure, ele admira en artiste, sans l'ombre d\u2019envie les merveilles qu\u2019elle contenait.Elle contempla les reliures anciennes et sans prix des volumes contenus dans la bibliothèque, les peintures admirables ornant les plafonds des saions meublés avec un luxe inoul, les pièces d\u2019orfèvrerie sans pareilies renfermées dans la salle des Banquets, où avaient lieu autrefois de somptueuses agapes, ainsi qu Terka l\u2019apprit à Myrtô.: \u2014 Maintenant, elle ne sert plus, car le prince prend ses repas dans son appartement, avec son ils.: \u2014C\u2019est un très jeune enfant, n'est-ce pas?\u2014Oui, il a cinq ans, et il en paraît à peine trois.C\u2019est un pauvre petit être chétif.dont l\u2019intelligence est par contre très développée.Il est l'idole de son père, sa consolation.\u2014Je n\u2019ai pas compris ce que m'a dit Renat, le jour de notre arrivée.que son frère n\u2019était plus marié, et qu\u2019il l\u2019était tout de même?J'ai supposé qu'il voulait expliquer par là que le prince était veuf.; Terka, qui franchissait en ce moment la porte de la salle.tourna vers Myrtô un visage assombri.\u2014Non, il n\u2019est pas veuf, et l'enfant avait raison.Le prince Milcza est divorcé.\u2014Ah?murmura tristement Myrtô.\u2014Il a obtenu le divorce en France, où il résidait fréquemment, après je ne sais que:les formalités et des difficultés sans nombre.Elle, aussi bien que lui, était acharnée à le vouloir pour recouvrer sa liberté.Donc, aux yeux de certaines gens, il n\u2019est plus marié, et pour nous, il l\u2019est toujours.Mais nous ne parlons jamais de ces tristes choses, que nous n\u2019avons pu empêcher.Oh! malheureusement non! dit Terka avec un soupir.\u2014Et il a gardé l\u2019enfant?\u2014Oui! grâce à Dieu.S'il ne l\u2019avait pas obtenu, je ne sais à quelles extrémités il se serait porté!\u2026 Pauvre Arpad, la foi est morte en lui! murmura mélancoliquement Terka.Myrtô secoua la tête.\u2014La foi meurt-elle jamais complètement, Ter- ka?Il me semble qu'il en reste dans toute âme une étincelle cachée capable de jaillir un inur, \u2014Je ne sais.En tout cas, personne ici ne se risquerait à tenter chez lui une résurrection morale.\u2014Oh! pourquoi donc?dit Myrtô avec surprise.Terka la regarda d'un air stupéfié.\u2014Pourquoi?.Il ne vous a donc pas suffi de le voir, l\u2019autre jour, pour comprendre que jamais il ne supporterait un mot a ce sujet\u2019.non, pas même de la part du Père Joaldy qui lui a pourtant fait faire sa première communion!.Oh! vous \u2014 4D \u2014 ATE CI Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 ne savez pas encore ce qu\u2019il est, Myrtô, sans cela vous ne m'auriez pas adressé une pareille question ! \u2014C\u2019est que, dit doucement Myrtô, je ne comprends pas que l\u2019on puisse \u2018vivre près d\u2019une âme souffrante et séparée de Dieu sans essayer de la guérir et de la ramener à lui.\u2014Une autre, peut-être.mais celle du prince Milcza, non! Vous vous en rendrez compte en le connaissant, Myrtô.La fin de la visite du château ne causa plus à Myrtô le même plaisir.Elle regarda distraitement la salle des Magnats, où se voyait le fauteuil princier surélevé de plusieurs marches, la salle des Fêtes, le jardin d'hiver, toutes merveilles qui la laissaient maintenant singulièrement froide.Elle pensait au maître de ces magnificences, à cet être qui souffrait peut-être douloureusement, et d'autant plus que l'espérance divine avait quitté son coeur.Une pitié immense envahissait le coeur de Myrtô pour ce grand seigneur qui se trouvait ainsi pius pauvre, plus dénué qu'elle, l'humble orpheline obligée de gagner son pain.À quoi !ui servaient ses immenses richesses, cette demeure plus que royale, cette armée de serviteurs supé-ieurement dirigée par Vildy, le majordome, et Katalia, la femme de charger Un peu de foi.un peu d\u2019amour divin eussent été un baume infiniment pius doux sur les blessures qu'il avait pu recevoir.Jusqu'ici Myrtô ne l'avait plus revu.Il vivait avec son fils complètement en dehors des Zolanyi.La comtesse Gisèle n\u2019exerçait ici aucune autorité en dehors de son service privé, Vildy et Katalia continuaient à tout diriger.et Myrtô remarquait parfois combien ln comtesse et ses enfants semblaient gênés et peu chez eux dans cettz: demeure.Renat avait commencé ses leçons de violon.Après avoir entendu Myrtô jouer admirabdlement une sonate de Beethoven accompagnée de Terka, il avait bien voulu déclarer qu\u2019il acceptait sa cousine comme professeur.Comme il aimait la musique, Myrtô n'avait pas trop à souffrir des écarts de caractère qu\u2019il réservait pour Fraulein Rosa dont les leçons l'horripilaient, prétendait-il.Mvrt faisait aussi de la musique avec ses cousines, et la comtesse appréciait le charme exquis de sa voix et d'une diction très pure, en avait fait sa lectrice.Myrtô ne manquait donc pas d\u2019occupations d'autant plus qu'elle accompagnait souvent ses cousines dans leurs promenades à pied ou en voiture.Irène la chargeait sans façon de tout ce qui la gênait: ombrelle, manteau.sac à ouvrage, Myrtô remplaçait évidemment pour elle une femme de chambre.Renat.peu à peu, imitait sa soeur.si bien que Myrtô revenait parfois du parc très lasse et les bras brisés de fatigue.La comtesse et ses filles avaient repris leurs relations avec les autres châtelains de la contrée, clles avaient reçu de nombreuses visites, mais Myr- tô demeurait complètement à l'écart, el'e restait invisible pour les étrangers reçus à Voraczy.Les petites épines de sa situation se trouvaient compensées par la possibilité d'assister chaque jour à la messe et par l'appui spirituel qu'elle trouvait dans le Pèr- Joaldy, l'aumônier de Voraczy.prêtre instruit et p\u2019eux.âme sereine qui se sanctifiait dans le recueillement et dans la charité apostolique exercée envers les pauvres, très nombreux sur - les domaines du prince Milcza dont les ispans étaient souvent durs et rapaces.Une après-midi, les jeunes filles s'attardèrent à travailler dans le parc.Elles se hâtèrent afin d'arriver pour l'heure du thé.Au passage, Myrtô dit, en désignant une allée du parc: \u2014Je me demande pourquoi nous ne passons jamais par ici.Ce chemin doit être beaucoup plus direct.\u2014Oui, mais il nous conduirait au temple grec, près duquel le petit Karoly passe ses journées.\u2014FEh bien?dit Myrtô en regardant Irène avec surprise.\u2014Eh bien! je ne me soucie pas du tout qu'un caprice de l'enfant ou de son père fous immobilise la! Nous n\u2019alions prés de Karoly que par ordre.et c'est bien assez, Je vous assure! \u2014Oh! votre neveu, Irène! fit malgré elle Myrtô, presque scandalisée.\u2014Irène! murmurait en même temps Terka en jetant autour d'elle un regard plein d'effroi.Irène baissa sa voix en répliquant: \u2014Ne crains rien, il n\u2019y a personne.Mais vous\u201d avez l\u2019air de penser.candide Myrtô.que nous pouvons agir près de Karoly comme le font généralement les tantes près de leur neveu?Elle regardait sa cousine d'un air mi-moqueur mi-sérieux.\u2014Mais je me demande pourquoi?.dit Myrto.\u2014Pourquoi?Pourquoi 2.Eh bien! parce qu'il est le fils du prince Miicza! Elle eut un petit éclat de rire ironique en rencontrant le regard surpris de Myrtô.\u2014Vous ne comprenez pas?\u2026 Je vous expliquerai cela plus tard, maintenant nous n\u2019avons pas le temps.Marchons plus vite.En peu de temps.elles arrivèrent près de la grande terrasse de marbre sur laquel'e donnait le salon où se tenait habituellement la comtesse Zolanyi.Irène, tout en gravissant les degrés, s'écria: \u2014Mes cheveux sont un peu défaits.mais tant pis, je ne remonte pas! J'ai trop soif et je vais vite me servir une tasse de.Elle s\u2019'interrompit brusquement et s'arrêta net.Deux lévriers noirs apparaissaient au seuil du salon et s'élançaient vers elle\u2026 \u2019 \u2014Ciel! le prince est là ! murmura-t-elle d'une voix étouffée.Et justement nous sommes sien retard!.Et mes cheveux.\u2014Redescends et cours vite a ta chambre.con- seiila tout bas Terka.\u2014Pour le faire attendre davantager.Dail- leurs.il m'a vue certainement.Fh bien! ou al- lez-vous, Myrtô?Venez, au contraire, vous détournerez peut-être un peu l'orage.Myrtô entra à la suite de ses cousines.En face de la comtesse, le prince Milcza.vêtu de flanelle blanche et à demi-enfoncé dans un fauteuil, feuilletait distraitement une revue.ll tourna vers les arrivantes ce regard sombre qui avait si bien effrayé Myrtô.\u2014Vos montres retardent par trop, comtesses, dit-il d'un ton glacé.I! aperçut à ce moment Myrtô qui se dissimulait un peu derrière ses cousines et, se levant, s'inclina pour la saluer.La comtesse s'empressa de faire la présentation.dans l'intention, sans doute.de détourner l'orage, comme disait Irène.Le prince adressa quelques \u2014 46 \u2014 tin dc cette Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 mots polis et froids à Myrtô, qui réussit à répondre sans \u2018trop se troubler, malgré l\u2019étrange timidité dont elle était tout à coup saisie.Le prince Milcza tendit la main à ses soeurs et s\u2019assit de nouveau en face de sa mère.Irène s'avança vers la table à thé pour remplir son office accoutumé.Mais la voix brève du prince s\u2019éleva\u2026 \u2014Laissez Terka nous servir le thé et allez vous recoiffer, Irène.Vous avez l'air d'une folle avec, vos cheveux en désordre.La jeune fille devint pourpre et sortit sans protester.Myrtô s\u2019était assise près de la table à thé.et, voyant que la comtesse travaillait à l'aiguille, elle prit elle-même un ouvrage commencé.Le prince Milcza feuilletait de nouveau sa revue, d\u2019un air de détachement hautain.Il parut à peine s'apercevoir que Renat, entré tout doucement, contre son habitude, s\u2019approchait de lui et lui baisait la main.Myrtô sentait autour d\u2019elle une atmosphère inaccoutumée.Sur la comtesse comme sur ses enfants, une gêne étrange semblait lourdement peser.Renat, le turbulent Renat, demeurait assis près de sa mère, aussi tranquille que la calme Mitzi.Le soin méticuleux que Terka apportait toujours à la confection du thé paraissait se doubler aujourd\u2019hui, comme s\u2019il lui eût fallu absolument atteindre à la perfection.Et en rentrant dans le salon Irène.si frondeuse en paroles, se glissa silencieusement à sa place, voulant sans doute éviter d'attirer sur elle l'attention de son frère.C\u2019était la présence du prince Mileza qui produisait sur eux tous cet effet singulier.Myrtô I'éprouvait pour sa part.Mais à cela rien d\u2019étonnant, car elle ne \u201c connaissait pas, elle n\u2019était pour lui qu'une étrangère.tout a fait une étrangère, comme il l'avait nettement marqué en l'appelant tout à l'heure mademoiselle\u2019 alors que les autres enfants de la comtesse ne lui avaient pas refusé le titre de cousine.En le voyant en pleine lumière, Myrtô avait constaté l'extrême ressemblance du prince avec le portrait de l\u2019hôtel Milcza.Seulement, il y avait entre eux la différence qui sépare un homme dans tout l\u2019éclat de la jeunesse et du bonheur de celui qui a vécu et souffert.Le beau visage du prince avait une expression dure et altiére, encore accentuée par le pli dédaigneux des lèvres, et il fallait convenir que l'attitude hautaine, le silence zlacial ou les paroles brèves de ce fils.et de ce frère n'étaient pas faites pour encourager les épanchements des siens.Les deux lévriers qui s'étaient couchés aux pieds de leur maître, se dressèrent tout à coup et s'élancèrent vers une des portes-fenêtres.La comtesse, levant les yeux, dit vivement: \u2014Ah! C\u2019est Karoly! Une forte femme brune, Jeune encore, portant un riche costume national.apparaissait au seuil du salon.Elle tenait dans ses bras un enfant -\u2014 un frêle petit être vêtu de blanc et qui ne semblait pas avoir dépassé trois ans.La comtesse se |l>va avec empressement et, s'avançant.prit l'enfant des mains de la servante.Terka.ses soeurs et Renat s'approchèrent.als effleurèrent d\u2019une caresse les cheveux noirs qui couvraient la tête du petit garcon.en avant l'air d'accomplir ainsi queique rite d'indisp nsab\"e étiquette\u2026 Et la comtesse elle-même ne montrait pas plus d\u2019expansion envers son petit-fils.Karoly tourna vers son père ses yeux noirs trop grands, sa pâle petite figure souffrante et un peu maussade s\u2019éclaïra soudain, et il tendit les bras vers le prince.Celui-ci se leva, il vint vers l\u2019enfant et le prit entre ses bras.Son visage dur et sombre s'était soudain 1n- croyablement adouci, ses yeux superbes s\u2019imprégnaient d\u2019une caressante tendresse en se posant sur le petit être blotti contre sa poitrine.Il ne semblait plus le même hemme, il était vraiment bien en cet instant le jeune magnat du portrait vu par Myrtô.Karoly, la tête penchée contre son épaule, contemplait son père avec une sorte d\u2019adoration.Ses petits doigts maigres caressaient doucement la chevelure sombre, extraordinairement épaisse et bouclée, qui donnait à la physionomie du prince Milcza un caractère un peu étrange., Le regard de l\u2019enfant tomba tout à coup sur Myrtô qui était demeurée assise et le regardait avec un intérêt compatissant.Il la considéra un instant, puis étendit le doigt vers elle.\u2014Qui est-ce, papa?Il avait une toute petite voix douce et chantante, qui s\u2019alliait bien à sa frêle apparence.\u2014Va le lui demander, mon petit chéri, répondit le prince Milcza.Il le mit à terre, et l'enfant fit quelques pas vers Myrtô.Comme il était petit et délicat! Le coeur de Myrtô se serra de pitié.Elle se leva et, se penchant vers Karoly, le prit entre ses bras.\u2014Je m'\u2019appelle Myrtô Elyanni, et je viens de France, dit-elle en enveloppant l'enfant du doux rayonnement de ses prunelles veloutées.\u2014Myrtô\u2026.Myrtô.répéta Karoly en passant sa petite main sur celle de la jeune fille.C'est joli.Et vous allez rester ici?\u2014 Mais je le pense.\u2014Je suis content.Je veux rester avec vous aujourd'hui.Et, d'un geste confiant, l'enfant passait son bras autour du cou de Myrtô.\u2014Voilà une sympathie spontanée dont Karoly n\u2019est pas coutumier, dit le prince qui suivait cette scène d\u2019un regard énigmatique.Vous devez aimer beaucoup les enfants, mademoiselle, et celui-ci en aura eu l'intuitionr \u2014En effet, prince, je suis très attachée à ces chers petits êtres, et j'en ai l'habitude, car je m\u2019occupais beaucoup à Neuilly d\u2019un patronage voisin de notre logis.\u2014Vous pouvez vous retirer, Marsa.dit le prince cn s'adressant à la servante demeurée près de la port».Servez-nous promptement le thé, Terka.Vous êtes d'une lenteur déæspérante, aujourd\u2019hui.Il s\u2019assit de nouveau, tandis que Myrtô reprenait sa place en gardant Karoly sur ses genoux.L'enfant se blottissait contre elle et demeurait silencieux, mais son regard ne quittait pas son père dont les veux, chaque fois qu'ils rencontraient ceux de Karolv.prenaient cette expression ce caressante douceur qui contrastait tellement avec leur habituelle dureté, dont la voix si brève, si {roids ment impérieuse, avait des intonations incroyablement tendres en s'adressant à l'enfant.Le prince parlait fort peu, d'ailleurs.et \u2018e salon de la comtesse Zolanyi avait perdu ce soir sa phy- \u2014 47 \u2014 Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 sionomie accoutumée, alors qu\u2019Iréne et Renat la- nimaient deleur vivacité et de leur bavardage.La comtesse elle-même, qui aimait fort à causer d'ordinaire, semblait avoir peine à trouver quelques sujets de conversation, bien vite épuisés par le laconisme de son fils.Le maître d'hôtel apporta pour Karoly du lait dans un petit pot ciselé qui était une pure merveille.L'enfant voulut que Myrtô elle-même le lui versât dans une tasse, et qu\u2019elle soutint celle- ci tandis qu\u2019il buvait lentement.\u2014Vous venez d'obtenir uft excellent résultat, mademoiselle, dit le prince d\u2019un ton satisfait.Depuis quelques jours, Karoly ne voulait plus prendre son lait, et je n\u2019osais le forcer, craignant qu'il n\u2019en résultit plus de mal que de bien.Mais ce jeune capricieux se décide aujourd\u2019hui.en votre onneur, probablement.| \u2014Je l\u2019aime bien, papa, dit la petite voix de Karoly.| \u2014Vous pouvez être fière, Myrtô, les sympathies de Karoly ne sont jamais si promptes, d'ordinaire, dit en souriant la comtesse Gisèle.\u2014Cela n\u2019a pas d\u2019inconvénient maintenant.Je saurai lui apprendre plus tard la défiance, répliqua le prince d\u2019un ton dur qui impressionna singulièrement Myrte.; Il se leva et soitit sur la terrasse.Ayant allumé un cigare, il se mit à fumer en marchant de long en large.Irène et Renat osèrent remuer Un peu et com- mancèrent à parler d'une voix assourdie.Mais leur mère mit bientôc un doigt sur sa bouche en indiquant Karoly du regard.L'enfant s'endormait dans les bras de My-tô.Le prince Milcza rentra doucement, il s'assit et se mit à lire jusqu'au moment où Karoly se re- veilla.Il se retira alors, emportant l'enfant un peu ensommeillé encore, et qui répétait en adressant à Myrtô de petits signes de main: \u2014Je vous aime, Myrtô.Vous viendrez vous amuser avec moi, vous me direz des histoires.J'aime beaucoup les histoires.; Ç Lorsque la porte se fut refermée sur le prince, le silence régna encore un moment dans le salon.Puis Ren\u201ct se leva, s\u2019étira brusquement et s'élança au dehors en murmurant: \u2014Je n\u2019en peux plus! | ,Ç Irène sortit un mouchoir de batiste et l'appuya contre son front en disant d\u2019une voix dolente: \u2014J'ai une atroce migraine! C\u2019est une chose horriblement fatigante d\u2019avoir à se surveiller ainsi, quand on sait qu'un mot, un simple mouvement peut être l'objet de critiques sévères.et injustes.\u2014 Irène! dit la comtesse avec un coup d'oeil plein d\u2019effroi vers la porte.\u2014 Voyons, maman, vous n'allez pas supposer que le prince Milcza écoute au trou de la serrure! répliqua la jeune fille avec un petit rire ironique.\u2014 Mais un domestique peut entendre, mon enfant!\u2026 Et si jamais un mot pareil arrivait a ses oreilles!\u2026 Tu ne veilles pas assez sur tes paroles, Irène.\u2014C'\u2019est quelquefois plus fort que moi, maman.J'ai des moments de révolte, voyez-vous.Allons, je vais imiter Renat en faisant un petit tour dans le parc pour me calmer les nerfs.Vous aussi, Myrtô?dit-elle en voyant la jeune fille se lever.\u2014 Non, je vais faire une prière à la chapelle, Irène ee re = Une petite lueur ironique et quelque peu méchante passa dans le regard d\u2019Irène.Éile sortit en même temps que Myrtô et, dans le corridor.posa une seconde sa main sur le bras de sa cousine.\u2014C\u2019est cela, allez prendre des forces, Myrtô, car, ou je me trompe fort, ou vous aurez sous peu à déployer toute votre patience et votre.comment dirais-je?.votre humilité.Karoly vous a en grande faveur.Or, vous saurez ce qu'il en coûte de posséder la faveur de Karoly.\u2014Que voulez-vous dire, Irène?fit Myrtô en la regardant avec surprise.,\u2014Vous le saurez bientôt.et je souhaite charitablement que votre esclavage ne dure pas plus longtemps que le mien, Myrtô.Eile se mit a rire d'un rire moqueur et s'éloigna, laissant Myrtô stupéfiée et perplexe.V Le lendemain matin, en sortant de la chapelle, Myrtô trouva à la porte Constance, la femme de chambre parisienne de la comtesse Zolanyi, qui l'informa que sa maîtresse désirait lui parler.Myrtô, un peu surprise, la suivit jusqu\u2019à l'appartement de la comtesse.Celle-ci était encore couchée.Elle tendit la main à la jeune fille en s\u2019écriant: \u2014Arrivez vite, enfant! Mon fils vient de m'\u2019envoyer un mot\u2026 Du reste, je m'y attendais.après ce qui s'est passé hier.Il paraît que l\u2019enfant n\u2019a fait que parler de vous toute la soirée, et ce matin encore, à peine éveillé, Le prince demande donc que vous passiez la matinée et l'après-midi près de son fils.\u2014Si cela peut faire plaisir au pauvre petit, certainement\u2026 Mais j'ai ce matin la leçon de Renat.La comtesse leva les mains au ciel.\u2014Î s\u2019agit bien de Renat! Karoly vous veut près de lui, le prince Milcza ordonne que nous nous rendions au désir de l\u2019enfant\u2014car le mot \u201cdemander\u201d ne signifie pas autre chose sous sa p\u2018ume ou dans sa bouche, il faut vous mettre cela dans l\u2019idée.Myrtô.Ni vous, ni moi ne sommes la/s- sées libres de refuser.Allez donc vite rejoindre l'enfant.Vous le trouverez dans le parc, près du petit temple grec.Par ordonnance médicale, il passe là toutes ses journées dès que le temps le permet.Emportez un livre, un ouvrag: pour ne pas trop vous ennuyer\u2026 Ciel! j'ailais oublier! Mon fils demande que vous ne mettiez pas une robe noire, il n'aime pas à voir de couleurs sombres près de l'enfant.oo \u2014Mais je ne peux pas.je suis en grand deuil! murmura Myrto.La comtesse eut un geste d'impatience.\u2014Mettez une robe blanche quand vous irez près de Karoly, vous la quitterez ensuite.Je vous le répète, il n\u2019y a pas à discuter une demande ou un désir du prince Milcza.Dépêchez- vous, l'enfant vous attend avec impatience.Myrtô regagna sa chambre, elle sortit une des robes blanches qu\u2019elle portait à Neuilly.Des larmes jui montèrent aux yeux tandis qu'elle s\u2019en revétait, au souvenir de celle qui avait toujours voulu la voir habillée ainsi.Myrtô s'était pliée, par aflection filiale.à cette exigence puérile et souvent gênante.Aujourd'hui, une autorité étrangère lui imposait la même obligation et elle ve- pOnasnnfit iiss inusnnmg Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE nait d'éprouver soudain la très vive sensation de sa position dépendante, en entendant la comtesse lui faire nettement comprendre qu'elle ne pouvait songer seulement à discuter l'ordre tacite dont elle était l\u2019objet.Cependant, l'âme fière et énergique de Myrtô ne se sérait pas soumise si facilement s\u2019il ne s\u2019était agi d'éviter peut-être une impression désagréable à un enfant malade.Pour un motif de ce genre seulément, elle pouvait faire trêve extérieurement au grand deuil dont son coeur ressentait encore le douloureux brisement.Une demi-heure plus tard, elle pénétrait dans le parc.Elle ne connaissait pas encore le templé grec, dont les jeunes comtesses évitaient soigneusement l'approche.Aussi s\u2019arrêta-t-el'e, charmée, devant la petite merveille qui se dressait tout à coup au fond d'une vaste clairière.Sur le feuil- lag environnant, le temple de marbre s\u2019enlevait, tout blanc, d'une pureté de lignes idéale.À droite, éntre les arbres, étincelait l'eau bleue d\u2019un petit lac sur lequel voguaient quelques cygnes.Au bas des degrés du péristyle, le petit Karoly était étendu sur une chaise longue.À quelques pas de là, Marsa, la servante qui était son ancienne nourrice, travaillait à une broderie.Plus loin, sur un des degrés, était assis un garçonnet d\u2019une dizaine d'années, petit blond à l'air craintif et rêveur, vêtu d\u2019un riche costume hongrois.Karoly tourna la tête, il aperçut Myrtô et jeta un cri de joie en tendant les bras vers elle.\u2014Oh!_ venez vit, Myrtô!.\u2026.Je suis si content! Emu de cette joie enfantine, Myrtô s'assit près de lui, et, tendrement, caressa la petite tête qui s\u2019appuyait contre son épaule, Le petit garçon, ravi, répétait: \u2014Je suis content!.je suis content!.Et vous avez une robe blanche.Je n\u2019aime pas le noir, c'est vilain.c'est triste! M fallut que Myrtô lui racontât une histoire.Puis.fatigué, il s'endormit, appuyé contre la jeune fille.Celle-ci, n\u2019osant faire un mouvement dans la crainte de l\u2019éveiller, demeura inactive-\u2014en apparence du moins, car intérieurement, elie priait pour les âmes- qui l\u2019entouraient, pour ce pauvre petit être si frêle dont la faiblesse et l'affection spontané: faisaient vibrer les instincts de tendresse maternelle très développés dans son coeur.Les petits enfants du patronage de Neuilly savaient ce qu\u2019il y avait pour eux de douceur, de dévouement, d\u2019aimable gaîté chez \u201cla chère mademoiselle Myrtô\u201d, et ce fils de prince, ce petit magnat l'avait deviné aussitôt dans le seul regard de Myrtô.Karoly s'éveilla au moment où apparaissait le maître d'hôtel suivi de plusieurs domestiques portant une table et les éléments d'un couvert.Lorsque le temps était beau, le prince et son fils prenaient leur repas ici, ainsi que Karoly l\u2019apprit à Myrtô.\u2014Et vous allez aussi déjeuner avec nous, Myr- tô, dit l\u2019enfant en lui prénant la main.\u2014Oh! mais non, mon chéri, cela ne se peut pas! dit vivement Myrtô.Je déjeune avec votre grand\u2019 mère et vos tantes.\u2014Si, si, je le veux! Et papa le voudra aussi, si | je wi demande.| \u2014Voyons, soyez raisonnable, mon petit Kaioly, cit douce:nent Myrtô.Je reviendrai aussitôt après, je vos le promets./ Elle s\u2019éloigna, ne sachant trop si elle avait réussi à persuader l'enfant.La comtesse et ses enfants se trouvaient déjà à table lorsqu'elle entra dans la salle à manger.lrène, tout en l\u2019enveloppant du coup d\u2019oeil jaloux qui lui était coutumier envers cette trop jolie cousine, demanda ironiquement: \u2014Vous êtes-vous bien amusée, Myrtô?\u2014Le devoir est rarement un amusement, répondit Myrtô avec froideur.J'ai été simplement heureuse de donner un peu de contentement à ce pauvre petit malade.\u2014Ah! si vous aviez des instincts de soeur de charité, tant mieux pour vous! dit Irène.Ils ne seront pas de trop en la circonstance.\u2014Mais, Irène!\u2026 mais Irène! s\u2019écria la comtesse d'un air mécontent.\u2014Eh bien! maman, qu\u2019est-ce que je dis de si terrible?riposta la jeune fille.Myrtô ne tardera pas à s\u2019apercevoir de la vérité de mes paroles, et peut-être sa belle sérénité ne durera-t-elle pas longtemps.Je vous crois un peu présomptueuse, Myrtô.Nous verrons si vous aurez même ma résistance.Elle jeta un coup d'oeil autour d'elle, et, voyant que les domestiques étaient en ce moment éloignés, elle se pencha vers Myrtô.\u2014.I1 y a deux ans, c'était sur moi que l'enfant avait jeté son dévolu.!l ne fallait pas que je le quitte de la journée, je devais me plier à tous ses caprices, rire lorsqu\u2019il le voulait, demeurer à d\u2019autres moments de longues heures inactive et immobile.Quand ma mère se prépara à partir pour passer comme de coutume l'hiver à Vienne, le prince déclara que je resterais à Voraczy, pour tenir compagnie a Karoly.Ce que jai pleure en les voyant tous partir!\u2026 Mais il fallait paraître gaie devant l\u2019enfant et devant son père, supporter \u201c sans broncher une perpétuelle contrainte, un ennui dévorant.Je tombai malade, le prince dut alors me renvoyer à Vienne.Mais il ne m\u2019a jamais pardonné cela.\u2014H est inutile de décourager d'avance Myrtô en lui racontant toutes ces choses, dit la comtesse d\u2019un ton désapprobateur.D'ailleurs, elle est peut- être plus patiente que toi.L'entrée d\u2019un domestique fit changer la conversation.Myrtô, le déjeuner fini, se dirigea\u2019 de nouveau vers le temple grec.Karoly l\u2019accueillit avec les mêmes démonstrations de joie, et il fake lut commencer aussitôt une grande partie d\u2019une sorte de jeu d\u2019oie qui passionnait l\u2019enfant.Un troisième partenaire se joignit à lui et à Myrtô.C\u2019était Miklos, le petit Hongrois, fils d\u2019un ispan du prince, qui était attaché au service et a I'amusement de Karoly.Myrtô s\u2019aperçut alors que le petit prince n'était pas toujours l'enfant doux et facile qu'il s'était montré le matin.Fantasque et volontairt, facilement maussade, il était un vrai petit tyran pour Miklos, humble et soumis devant lui.Un moment, sans raison, sa main s\u2019abattit sur le visage du petit serviteur, Myrtô s\u2019écria vivement: \u2014Oh! Karoly, comme c\u2019est mal, cela ! Vous n'êtes pas gentil du tout! La nourrice interrompit son ouvrage et la r@ garda avec effarement, le petit Miklos demeura \u2014\u2014 49 \u2014 PRIE TT ET ITS a POSE PCIE PITTI ares ui ERT ih Re KL : ne CN SL ; fhe PE J; ct Montréal, décembre 1924 - Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 un instant bouche bée, et Karoly ouvrit de grands yeux en s'écriant: \u2014Mais, Myrtô, il n\u2019y a que papa qui ait le droit de me gronder!\u2026 Et vous, Myrtô, vous êtes là pour m\u2019amuser, pour me dire de belles histoires.Racontez-m\u2019en une.Va-t-en, Miklos, je ne veux pas que tu entendes! \u2014Laissez donc ce pauvre petit écouter, au contraire, cela le distraira, dit Myrtô touchée par l\u2019air malheureux du petit garçon qui se levait pour s'éloigner.\u2014Non, non, je ne veux pas!\u2026 Va-t-en, Mik- los! dit Karoly avec colère.Myrtô posa sa main sur celle de l'enfant et le couvrit d\u2019un regard de pénétrant reproche.\u2014Vous me faites beaucoup de peine, Karoly.C'est mal, d\u2019être si dur envers ce pauvre petit qui paraît si doux et qui doit vous être tellement dévoué.Vous offensez ainsi beaucoup le bon Dieu, qui nous a tant ordonné d\u2019être bons les uns pour les autres.\u2014Le bon Dieu?dit rêveusement Karoly.Papa ne m\u2019en parle jamais.Marsa me fait dire une petite prière, le Père Joaldy vient quelquefois s'asseoir près de moi et me parle du petit Jésus et de la sainte Vierge.J'aime bien l'entendre.Mais il ne faut pas dire que je vous fais de la peine, Myrtô, fit-il en appuyant câlinement sa joue contre la main de la jeune fille.\u2014Si, je le dis, parce que c\u2019est la vérité.Voyons, me promettez-vous d\u2019être meilleur pour ce pauvre Miklos, mon petit Karoly?L'enfant leva vers Myrtô ses grands yeux noirs semblables à ceux de son père, et dit gravement: \u2014Je ticherai.Et puis, Myrtô, je demanderai à papa s\u2019il permet que vous me grondiez, parce que vous le faites si bien! Myrtd ne put s'empêcher de rire et se pencha pour embrasser Karoly en signe de réconciliation.Après quoi, l'enfant ayant rappelé Miklos près de lui, elle commença une merveilleuse histoire.Au moment le plus pathétique, Marsa se leva vivement en disant: \u2014Voilà Son Excellence! \u2014Ah! papa! dit joyeusement Karoly.Le prince Milcza, suivi de ses lévriers, arrivait en contournant le petit temple.Karoly s'écria gaiement: \u2014Venez vite vous asseoir, papa, pour que Myr- tô continue son histoire! Le prince s\u2019avança, s\u2019inclina devänt Myrtô et rit place sur un fauteuil au pied de la chaise ongue en disant avec une hautaine tranquillité : \u2014Continuez donc, mademoiselle.Il ouvrit un livre et parut s'absorber dans sa lecture, au grand contentement de Myrtô.Elle réussit à secouer la gêne que lui avait causée son apparition, et termina l\u2019histoire à l\u2019entière satisfaction de Karoly.\u2014Oh! que c'est joli, Myrto!.Et vous racontez si bien.Dites, papa?\u2014Très bien, répondit distraitement le prince zans lever les yeux de dessus son livre.\u2014Vous allez m\u2019eh dire encore une, Myrtô, continua l'enfant.\u2014Je crois, mon cher petit, qu'il est plus raisonnable de nous arrêter aujourd'hui.Vous voilà un peu agité, attendons à demain, et je vous raconterai alors quelque chose de très amusant.\u2014Non, tout de suite, tout de suite, Myrtô! Le prince interrompit sa lecture et dit froidement: \u2014Vous pouvez contenter le désir de Karoly, mademoiselle.Son ton signifiait clairement: \u201cJe veux que vous le contentiez.\u201d Myrtô commença donc une nouvelle histoire.Puis l'enfant, satisfait, lui laissa un moment de repos, et elle put prendre quelques instants son ouvrage.À cinq heures, on apporta le café et le lait du petit prince.Le prince Arpad posa son livre près de lui et dit avec une froide politesse: es ous demanderai-je de nous servir, mademoiselle: \u2018 Décidément, la comtesse Zo:anyi n'avait pas tort en disant à Myrtô que les mots empruntés au vocabulaire de la courtoisie mondaine prenaient dans la bouche du prince Milcza, une signification impérieuse des plus marquées.qui ne laissait pas place au refus.Tandis qu'elle s'approchait de la table, le prince se leva et, se penchant vers la chaise longue, prit l\u2019enfant entre ses bras.Il se mit à se promener de long en large, tenant pressé contre lui le petit être dont la tête retombait sur son épaule.\u2014Ah! papa, j'ai quelque chose à vous demander! dit tout à coup Karoly.Est-ce que vous permettez à Myrtô de me gronder, quelquefois?\u2014Je ne le permets à personne.Mille Elyanni n\u2019a à s'occuper que de te distraire et de t'amuser, le reste me regarde.Ces mots tombèrent.nets et glacés, des lèvres du prince Arpad.Myrtd se détourna légèrement pour dérober la rougeur qui couvrait son visage et saisit la cafetière d\u2019une main un peu frémissante.\u2014C\u2019est dommage, elle gronde très bien.continua le petit garçon.Il paraît que j'ai été mé- chant pour Miklos.Vous ne me l'avez jamais dit, papa?\u2014Ne t'occupe pas de cela, et fais ce que tu voudras de Miklos, dit le prince d\u2019un ton bref.Il sassit de nouveau et garda l'enfant sur ses genoux.Myrtd apporta le lait d= Karoly, posa silencieusement sur une petit: table près du prince un plateau garni, et reprit sa place =t son ouvrage.\u2014Fh bien! vous n= vous êt:s pas s:rvie.mademoiselle?dit-il au bout dun momrnt.\u2014Je n\u2019ai pas l'habitude d: pren:ire dz café, prince.\u2014Quelle idée! fit-il d'un ton désapprobateur.Irène aussi prétendait ne pouvoir le souffrir.mais j'ai réussi à lui en faire prendre un peu ihabi- tude.Essayez donc aussi, mademoisaile.Myrtô, n\u2019ayant pas de raison plausible pour motiver un refus, se leva et alla se verser un peu de café.Mais fallait-il donc penser que le prince Milcza avait la prétention d'imposer, à ceux qui l\u2019entouraient, jusqu\u2019à ses moindres goûts personnels?\u2018Une fois son café bu, il mit l'enfant à terre et se leva en disant: \u2014Marche un peu, mon petit Karoly.Je retourne au château mais je reviendrai tout à l'heure.L\u2019enfant, après quelques pas languissants autour de la chaise longue, vint se blottir entre les bras de Myrtô et demeura ainsi, tranquille et silen- fe 5) =e Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1024 cieux, jusqu\u2019à sept heures, où apparut de nouveau son père.\u2014 Marsa, prenez le prince Karoly\u2026.Mademoiselle Elyanni, vous êtes libre.A demain, n'est-ce pas\u201d Karoly vous attendra avec impatience.Et, sans attendre une réponse qu\u2019il jugeait probablement superflue, le prince salua Myrtô et s\u2019éloigna, suivi de Marsa portant l'enfant.\u2014A demain, Myrtô! dit Karoly en agitant ses petites mains.Je voulais que vous diniez avec nous, mais papa ne veut pas.Myrtô reprit lentement le chemin du château.Elle éprouvait ce soir une impression bizarre.Il lui semblait qu'un étau l\u2019enserrait, ou que des liens impitoyables tentaient de paralyser ses mouvements.Cette sensation singulière était due sans doute à la lassitude qu\u2019elle ressentait.\u2018 Habituée à une vie active, faisant jusqu'ici chaque jour une promenade avec ses cousines, elle était extrêmement fatiguée par cette journée passée tout entière dans l\u2019immobilité.Demain, pourtant, ce serait la même chose.Le prince Milcza l'avait dit sans ambages; elle était destinée à amuser Karoly.Tant que l'enfant n'en serait pas las, elle devrait être a sa disposition, se plier à tous ses caprices.Oui.elle avait compris nettement cela, ce soir.dans les paroles du prince.Et elle savait aussi qu\u2019il lui était interdit de blâmer l'enfant, de lui adresser le moindre reproche.\u2014Je ne pourrai jamais! murmura-t-elle.Ce sera plus fort que moi.Tant pis si le prince est mécontent! Mais elle ne put retenir un petit frisson a la pensée de rencontrer ce sombre regard étincelant de colère.En approchant du château, elle vit Terka qui longeait une pelouse, d'un pas hâtif.La jeune comtesse s'arrêta près de sa cousine et demanda à Voix basse: \u2014Le prince Milcza est rentré au château.n'est- ce pas\u2019?\u2014Mais oui, je le crois.\u2014Bien.J« vais faire une exécution.Myrtô.Maman a re\u2018rouvé ce matin.au fond d'un chiffonnier, une min\u2018ature représentant la mère de Karoly.Tous ses portraits, sur l\u2019ordre du prince, ont été détruits au moment du divorce.Je ne sait comment celui-là est demeuré.Je vais le jeter dans le petit lac, car si jamais il en apercevait un fragment! \u2014Montrez-'e-moi.voulez-vous, Terka?La jeune fille jeta un coup d'oeil craintif autour d'elle, puis tendit à Myrtô une miniature représentant une jeune femme blondz, d\u2019une sculpturale beauté.Des fleurs ornaient sa chevelure, couvraient sa robe de tulle: vert pâle.Les yeux, très beaux.avaient une expression indéfinissable qui impressionna désagréablement Myrtô.\u2014Elle était habillée ainsi lorsqu\u2019il la vit pour la première fois à un bal costumé de l'ambassade de Russie.Elle était Russe, et cousine de l'ambassadeur.Sa famille était très noble.mais appauvrie.Le prince Milcza, qui était cependant fort loin d\u2019être naïf, se laissa prendre à une habile comédie de simplicité et de douceur.Très intelligente, elle avait compris que, sous des dehors extrêmement mondains, il cachait une âme trop sérieuse pour que la coquetterie et la frivolité eussent chance de réussir près de lui.Elie sut flatter aussi son orgueil, elle se montra une femme instruite, occupée d'art et de littérature, elle ne négligea rien, en un mot, de ce qui pouvait plaire à cet être à la fois brillant et profond, à ce grand seigneur artiste, à ce causeur délicat.\u2014Lui?dit Myrto d'un ton incrédule.\u2014On ne s'en douterait guère aujourd\u2019hui, n'est-ce pas?Il était l\u2019idole des salons aristocratiques de Paris et de Vienne, son élégance donnait le ton à la mode masculine.Avec sa haute naissance, sa fortune, ses qualités physiques et intellectuelles, il pouvait prétendre aux plus brillantes alliances.I! choisit Alexandra Ouloussof, elle devint princesse Milecza\u2026.Et dès lors, tout changea.Elle se révéla affamée de luxe et de plaisirs, coeur sec, dépourvu de la moindre valeur morale.Le prince na jamais fait à personne de confidences, mais il nous paraît certain qu'il a dû amèrement souffrir de sa désillusion.car au bout de six mois de mariage il n\u2019était déjà plus le même.Son regard avait un peu de cette dureté qui y est à demeure maintenant, sauf pour son fils.\u201cIl paraît qu'il y eut entre eux plusieurs scènes terribles.Vous avez pu vous douter, si peu que vous l'avez vu encore, qu'il n\u2019a jamais été homme à se laisser conduire.Il lui infligea une des plus dures punitions qui pussent l'atteindre en l'obligeant à le suivre ici et en la privant de ces distractions mondaines qui étaient sa vie.Elle se révolta d abord, puis elle essaya de la douceur, elle se fit humble, repentante.Mais il se défait, il la connaissait trop bien.\u201cPourtant, la naissance de son fils I'adoucit un peu.IT sz relicha légérement de sa sévérité, permit quelques relations avec les domaines voisins.Mais il se refusa absolument à retourner à Vienne ou à Paris.\u201cPourtant.les distractions que la princesse pouvait trouver à Voraczy étaient fort loin de suffire à son âme frivole et avide de briller sur les plus grandes scènes mondaines.Pendant un an, elie mit tout en œuvre pour décider son mari, mais elle se heurta à une volonté inébranlable.Le prince ne voulait pas quitter Voraczy.il en avait assez du monde, disait-il, et prétendait vivre tranquillement dans ses domaines en s'occupant de l'éducation de son fiis.\u201cAlors, quand elle comprit que rien n'était capable d'entamer la résolution de son mari, Alexandra fut prise d'une rage sourde, et, un jour que le prince lui refusait l'autorisation de se rendre à une fête donnée à Budapest.elle fit une scène :f- frayante.On ne \u2018peut savoir ce qui se passa exactement entre eux.Quand la femme de chambre, appelée par un coup de timbre, entra dans l\u2019appartement de sa maîtresse, elle trouva celle-ci seule, en proie à une crise de nerfs, et proférant des menaces contre son mari.\u201cLe lendemain, la princesse avait disparu, et avec elle le petit Karoly.I! paraît que rien ne peut dépeindre le désespoir et la fureur du prince lorsqu'il apprit cette nouvelle.Immédiatement, on fit des recherches dan: toutes les directions.Il ne fut pas très difficile de retrouver la fugitive.Elle s'était réfugiée à Paris, et avoua cyniquement qu\u2019elle avait agi ainsi, uniquement dans le but de se venger de lui en lui enlevant l'enfant qu'elle savait sa seule affection.\u2014 51 \u2014 sut! ne I ba 8 A RECENT COTE EE CEE PIT HANOI 4 FE TR fe ATR R ELEC LMR MI 2 Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE \u201cComment le prince, avec sa nature si entière et si ardente, a-t-il pu éviter de se porter envers elle à quelque extrémité terrible, je n: le sais! Il emporta l'enfant, qui avait pris froid pendant le voyage précipité de sa mère et fut si gravement malade à l'hôtel Mileza qu\u2019il se trouva un instant condamné.Il survécut pourtant, mais il est resté excessivement faible, comme vous avez pu le voir.Et je crois, Myrtô, que le motif de la haine\u2014le mot n\u2019est pas trop fort\u2014du prince Milc- za pour cette créature sans coeur et sans âme, se trouve là surtout.En voyant chaque jour son fils bien-aimé dans cet état, il peut se dire: \u201cC\u2019est sa mère qui en est cause\u201d.\u2014Et c\u2019est alors qu\u2019il a demandé le divorce?\u2014Oui\u2026.Le Père Joaldy a essayé de l\u2019en détourner, mais il s\u2019est heurté à une âme révoltée.qui n\u2019avait plus le guide de la foi.Il est bien improbable que lui songe jamais à se remarier, mais pour elle, c\u2019est déjà fait.Elle a épousé un banquier américain et est une des reines de Boston.Vous comprenez donc pourquoi je me hâte d'aller faire disparaître ce dernier vestige de la présence de cette créature néfaste.\u2014Le dernier?Non, il restera toujours son fils, dit gravement Myrtô.Elle n\u2019a jamais cherché à le revoir?\u2014Jamais! la fibre maternelle n\u2019existait même pas chez elle.\u2014L'\u2019enfant ne lui ressemble pas, dit Myrtô, en tendant la miniature à sa cousine après y avoir jeté un dernier regard.\u2014Non, c\u2019est un vrai Milcza, heureusement.Son père l'aime d'une tendresse passionnée qui m'effraye parfois, car on n'ose songer, vraiment, si un jour.Elle secoua la tête et s'éloigna vers le parc, tandis que Myrtô continuait dans la direction du château.Bien que le jour tombait à peine, la superbe résidence était déjà Lrillamment éclairée.Là-bas, vers la droite, une clarté intense s\u2019échappait de l'appartement du prince Milcza qui occupait toute cette partie du château.Et une immense pitié envahit le coeur de Myrtô en songeant aux souffrances de cette Ame meurtrie et révoltée, qui n\u2019avait pas su chercher sa consolation près de l\u2019unique Consolateur et s'attachait avec une passion intense, exclusive, à un seul être, ce pauvre petit Karoly, si frêle, si chétif, dont la vue avait serré le coeur de Myrtô quand il lui était apparu pour la première fois.VI Sans même en avoir reçu un simulacre de demande, par la seule volonté du prince Milcza, Myrtô se trouva donc attachée au service de Ka- roly.Service n'est pas un mot trop fort pour exprimer la sujétion qui était la sienne pres de Yenfant gité et exigeant.Elle n\u2019avait plus un moment de liberté, toutes ses journées, hors les repas, appartenaient a Karoly.Elle comprenait maintenant la crainte qu'inspirait aux jeunes comtesses ce tout petit être.Pour Irène surtout, si vive, si amie de là distraction et de la gaieté, et très peu portée, semblait-il, au dévouement, la pensée d\u2019un tel esclavage devait être insoutenable.RSI PIRE .A INT .PRIE) PU RAI PARTS vale , : Montréal, décembre 1924 _\u2014\u2014 = \u2014 eee Le 0 etes mr Et cependant, il suffisait d\u2019un caprice de Karoly pour le lui imposer.Aussi, plus encore que sa mêre et ses soeurs, voyait-elle avec satisfaction l'engouement du petit prince pour Myrtô.\u2014Pendant cz temps.il ne pense pas i nous, disait-elle gaiement.Jamais nous n'avons eu tant de liberté.Il demandait toujours tantôt l'une, tantôt l'autre pour lui tenir compagnie.Le pauvre Renat a passé là-bas des journées dont il se souvient.Et moi donc!\u2026 Vous nous sauvez, Myrtô, ajoutait-el\u2019e d\u2019un ton moqueur.Elle ne désarmait pas envers sa cousine ét ne négligeait aucune occasion de lui lancer quelque parole plus ou moins malveillante.Myrtô supportait tout patiemment, elle accomplissait avec courage la tâche qui lui était Jévo- lue près de l\u2019enfant, tâche rendue plus douce à mesure que croissait l'affection compatissante inspirée par ce petit être fantasque, mais singuiiè- rement attachant dans sa faiblesse, et qui lui témoignait une tendresse ardente.Mais cette tendresse n\u2019égalait pas encore l\u2019amour passionné de Karoly pour son père\u2014amour réciproque, du reste.Il était exact que le prince Milc- za ne voyait plus au monde que son fils.Tout convergeait vers cet enfant, tous devaient s\u2019incliner devant sa volonté\u2014tous, sauf son père.Car, chose singulière, cet homme qui exigeait que rien ne résistit a un désir de Karo!y, savait réserver, vis-a-vis de son fils, sa propre autorité.L'enfant lui obéissait instantanément, il n\u2019insistait jamais lorsque son père avait dit: \u201cNon, je ne le veux pas, Karoly.\u201d \u2018 Ainsi, même vis-à-vis de l\u2019enfant bien-aimé, le prince Milcza conservait cette autorité absolue qui était parfois\u2014il fallait le reconnaître\u2014un vé- ritabke despotisme, lequel, passant par tous ceux qui se trouvaient à son service, s\u2019étendait jusqu'à sa mère elle-même.Myrtô s'était d\u2019abord demandé pourquoi la comtesse et ses enfants se soumettaient bénévolement à toutes les volontés du jeune magnat.Mais peu à peu, par quelques mots de Terka.d\u2019irène, de Renat, le mystèr: s'était trouvé éclairci.La comtesse avait été complètement ruinée par son second mari, elle et ses enfants devaient tout au bon plaisir du prince Milcza, qui leur servait unz rente superbe et les laissait libres de jouir de ses\u2019 installations à Paris et à Vienne.Cette dépendance dorée, si pénible qu'elle fût pendant le séjour à Voraczy, leur paraissait cependant préférable à la vie modeste qui eût été la leur avec les minces revenus de la comtesse, et tous courbaient la tête sous cette autorité tyrannique, trembiant de déplaire à celui qui leur procurait le luxueux bien-être jugé indispensable.Myrtô, comme tous.sentait peser sur elle cette volonté impérieuse.C'était elle qui l\u2019enchaînait près du lit de repos de l'enfant, elle encor: qui lui interdisait de s'élever contre les caprices ou les actes injustes du petit prince.Cette dernière obligation était la plus dure pour Myrtô.et elle ne pouvait s'empêcher d'y manquer parfois, d\u2019une manière fort discrète.d\u2019ailleurs.Généralement, un simple mot, un regard même suffisait.Karoly semblait lire couramment dans les yeux expressifs de Myrtô, \u201csa Myrtô\u201d, disait-il d\u2019un petit ton à la fois câlin et dominateur.; Mais en présence du prince Arpad, Myrtô devait s'abstenir de l'ombre même d'un reproche \u2014 52 \u2014 Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montr£al, décambre 1924 aux exigences les puis déraisonnables de l'enfant.Il avait une certaine façon de dire: \u201cJe permets cela à Karo:y, mademoiselle\u201d, qui n\u2019invitait pas précisément à la discussion.Il apparaissait régulièrement chaque jour vers quatre heures, et attendait que Myrtô eût servi le café.Il se montrait aussi\u2019 froid, aussi laconique que le premier jour, et, lorsqu\u2019il ne s'occupait pas de l'enfant, s absorbait généralement dans sa lecture.Il ne faisait exception qu'en voyant Myrtô prendre son violon, sur la demande de Karoly que la musique ravissait.Alors, son regard, un peu adouci et rêveur se perdant sous les futaies environnantes, il écoutait le jeu déticit et si profondément expressif de Myrtô.Il était, au dire de ses soeurs, un admirable musicien, il composait, mais pour lui seul, et c'était là une des rares distractions de sa vie solitaire.\u2014Vous avez un véritable tempérament d'artiste, mademoiselle, avait-il dit à Myrtô la première fois qu'il l'avait entendue, du ton d'un homme obligé, par la politesse, d'adresser un compliment.Les journées passaient ainsi, toutes simbiablzs, sauf celles où le prince Milcza amenait son fils chez la comtesse.à l heure du thé.Deux ou trois fois aussi, il fit faire a l'enfant, dans une voiture légère qu\u2019il conduisait lui-même.uns promenade à travers le parc immense.Karoly avait vouiu emmener Myrtô, et Terka avait été \u201cinvitée\u201d à se joindre à sa cousine.Les promeneurs s'étaient arrêtés dans un coin sauvage du parc, le prince Arpad s'était assis et avait sorti un journal de sa poche, et les jeunes filles s'étaient occupées à amuser Karoly.Puis, sans que le prince elit presque ouvert la bouche.iis avaient tous repris bientôt le chemin du retour.Mais ces promenades étaient fort rares, car elles agitaient l'enfant trop nerveux.Karoly devait se contenter de ses longues stations dans le parc, à l'air pur vivifié par la saine senteur des sapins qui entouraient le temple.Myrtô, privée de mouvement, s'anémiait un peu et perdait l'appétit.Sur le conseil du Père Joaldy, elle dut se décider à supprimer parfois l'assistance à la messe quotidienne pour faire une promenade matinale.Celle-ci avait généralement un but charitable, l\u2019aumônier de Voraczy ayant indiqué à la jeune fille quelques pauvres familles à visiter.Ün matin, au retour d\u2019une de ces promenades à travers la campagne couverte de superbes moissons, Myrto, en atteignant le grand vestibule du premier étage, fut presque renversé par Renat qui s\u2019en allait comme un fou, l'air furieux.\u2014Fh bien! Renat, que vous arrive-t-il ?Vous avez manqué me faire tomber! s'écria-t-elle en reprenant avec peine son équilisre.\u2014Ah! je m'en moque! dit-il rageusement.Ce stupide Macri a laissé mourir mes bsngais, Je vais lui dire son fait!.Pourquoi vous mettiez- vous devant moi, d'abord?Tant pis pour.Les mots moururent sur ses lèvres.Dans le grand corridor principal qui desservait tous les appartements apparaissait le prince Milcza, en costume de cheval.L\u2019épais tapis qui souvrait le sol avait amorti le bruit de ses pas, de telle sorte que Myr- tô ni Renat ne l'avatent entendu.\u2014Voilà un enfant bien élevé! dit-il froidement.Renat, très pâle, baissait les yeux sous le regard g'acé qui l'enveloppait.\u2014Etendez vos mains! L'enfant obéit.Le prince leva sa cravache, celle-ci retomba sur !es doigts da Renat, y \u2018ra- çant une marque rouge.\u2014Oh! non, non, pas cela! s'écria Myrtd =n joignant les mains.Assez, je vous en prie!\u2026 Le prince ne parut pas l'entendr:, et la cr°vache cingla une seconde fois les doigts du petit garçon.Renat serra les lèvres pour étouffer un cri de douleur, et les yeux de Myrtà se templirent de larmes.\u2014Oh* je vous en prie!\u2026 mu-mura-t-elle encore.\u2014Je vous fais grace du reste pour catty [ois dit le prince d'un ton bref.Mais à la récidive je serai sans pitié.Faites maintenant vos \u201cxcuses à Ml'e Elyanni.L'enfant sexécuta d'un air soumis.Le prince s'inclina légèrement devant Myrtô et «2 cirigea d\u2019un pas rapide vers l'escalier.Quand il eut disparu, Renat ieva les yeux vers sa cousine, dont le visage portait les traces d une vive émotion.\u2014Ah! vous avrz plzuré! Je comprends alors! Sans cela.j'aursis eu ma correction jusqu'au bout, Mais il a été si content.\u2014Pourquo: content\u201d interromrit Myr:5 avec surprise.: -\u2014Mais oui.je l'ai entendu dire une foi- au comte Vidervary, notre cousin \u2014 il y a plu urs années de cela.j'avais à peu près six ans\u2014:! U- rais une infinie satisfaction à faire verser ©.tes les larmes de leur co-ur à ces démons que on appelle des ftmmrs!\".Alors.en vous + nt pleurer, 1! a été si content qu'il m'a fait sy Ft vous n'êtes à s°s vert- qu'un démon, M - conclut triomphalement Kenat.Comme il failait qu: ect homme eût so rt pour cn arriver à ce degré d\u2019amer dédein, d- lé- fiance presque haineuse.Myrtd avait dé\u201d \u20ac l'intuition de ce s2ntiment mais les pa o: < de Rznat le lui révéiaient plus intense, plus fcosu- che.\u2014Et c'est sa femme qui l\u2019a rendu ainsi!.sa femme, c\u2019est-à-d're celle qui aurait dû être !a lumière, le charme et la consolation de sa vie! songeait tristement Myrtô en prenant le chemin du petit temple.Maintenant, elle ne s\u2019étonnait plus à la vue de ces jardins à la parure austère.Autrefois, lrur splendeur était renommée dans toute \u2018a Hongrie.Mais si le prince Milcza haïssait aujourd hu\u2019 les fleurs et les bannissait impitovablement de sa vue, c\u2019est que la princessa A'exandra les aimnit avec passion et =n était couverte le jour néfas\u2019e où il l\u2019avait aperçue pour la première fois.L\u2019après-midi de ce même jour, des menaces de pluie obligèrent Myrtô et Mara à ramener précipitamment Karolv au château.Flles linstallèrent dans la grande pièce toute blanche.abondamment aérée, contiguë au cabinet de travail du prince Milcza.L\u2019enfant passait là les journées de pluie, mais, la nuit, i} dormait dans une chambre vois ne de celle de son père, au premier étage, le prince exerçant lui-même sur lenfant bien-aimé une surveillance toujours cn éveil.Mitzi était là aujourd\u2019hui, Karoly l'avait ré- BN clamée, et la petite fille se prêtait patiemment à un nouveau jeu imaginé par son jeunes neveu.[ile avait une nature paisible et fermée, qui semblait un peu froide, mais Myrtô se demandait si cette \u2014 53 \u2014 fs.pr SET PEN EO) EN i t t 3 ¢ jp t , Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1024 apparence ne cachait pas un coeur beaucoup plus chaud que celui de ses ainées., \u2014 Voilà papa.avec le Père Joaldy! annonça joyeusement Karoly.L'aumônier venait parfois s'asseoir près de l\u2019enfant, il lui parlait doucement.se mettant à merveille à la portée de cette inteliigence enfantine.et Jetant ainsi dans cette petite âme une semence \u2018d'éducation chrétienne.Le prince Milcza ne s\u2019opposait pas à cett\u201d action du vieux prêtre, pas plus qu'il n\u2019interdisait à Myrtô de mêler à ses récits quelques renseignem.nts religieux.\u2014Dites-moi une histoire, Père\u201d demanda câli- nement Karoly, aussitôt que l'aumônier fut assis près de lui.; Le Père Joaldy savait choisir dans les pages évangéliques ce qui pouvait intéresser et instruire l'enfant.L'histoire du bon Zachée ,racontée avec une gaîté fine.parut ravir Karoly.; \u2014Oh! qu\u2019il a dû être content, dites, Père, quand Notre-Seigneur l'a appelé\u201d Si j'avais été là.je serais aussi monté sur un arbre, parce que je suis trop petit.Ou bien papa m'aurait pris dans ses bras et m\u2019aurait levé bien haut.bien haut, pour que je voie le bon Jésus.Le prince Milcza, assis à l'écart, suivait distraitement des yeux les mouvements de ses- lé- Vriers qui jouaient au dehors, devant la porte ouverte.Avait-il écouté le pieux récit qui devait lui rappeler les enseignements de son enfance\u201d.Aux derniers mots de Karoiy.il tourna un peu la tête et enveloppa l'enfant d'un regard de tendresse passionnée, presque douloureuse à force d\u2019intensité.: \u2014 Maintenant, Myrtô.vous allez me prendre sur vos genoux, et puis vous raconterez au Père la légende de la petite Hellé, continua Karoly en tendant les bras vers Myrtô.- Elle prit entre ses bras le pauvre petit corps maigre\u2014de plus en plus maigre, lui semblait-il\u2014 et commença le récit demandé.C\u2019était une ravissante légende grecque qui avait fait les délices de son enfance.Et Myrtô, dont la voix pure donnait plus de charme encore à l\u2019expressive langue magyare.savait redire, avec une pénétrante et exquise émotion, les malheurs, la conversion, la mort angéli- ue d'Hellé, la petite païenne devenue la fiancée u Christ.\u2014Que c'est joli, n\u2019est-ce pas, Père?dit Karoly avec ravissement.\u2014Bien joli, en effet, et je comprends que vous soyez heureux d\u2019avoir près de vous Mlle Myrtô, qui sait si bien vous distraire.dit le vieux prêtre en caressant -doucement la chevelure noire de l\u2019enfant.\u2014Je l'aime, murmura Karoly en levant les yeux vers Myrtô qui lui souriait.Je pense qu'Hellé devait lui ressembler, mon Père.\u2014Clest possible.Mlle Myrtd est aussi une petite Grecque, pour moitié du moins.dit =n souriant le Pére Joaldy.\u2014Moi.je suis un Magyar, rien qu'un Magyar! fit Karoly d'un petit ton fier.Myrtô réprima un tressaillement.L'enfant ignorait qu'un sang étranger coulait dans ses veines, qu'il n\u2019était pas seulement l'héritier de l'antique race magyare des Miicza.mais aussi le fils d\u2019Alexandra Ouloussof, la descendante des boyards moscovites.La voix du prince Arpad s\u2019éleva, impérieuse comme à l'ordinaire, mais avec des vibrations un peu frémissantes.\u2014Mitzi, servez-nous le café.La petite fille se leva et se mit en devoir d\u2019exécuter l\u2019ordre de son frère.Elle avait généralement de jolis mouvements pleins d'adresse, mais sans doute, craignait-elle le coup d'oeil sévère du prince Milcza, car elle semblait aujourd\u2019hui toute gauche et empruntée.Le silence régna quelques instants dans la grande pièce aux tentures blanches, où la robe du Père Joaldy mettait seule une note sombre.Myrtô laissait errer ses grands yeux rayonnants, un peu songeurs, vers les jardins attristés par la pluie fine \u2018qui commençait à tomber.\u2014 J'aime vos yeux, Myrtô, dit tout à coup la petite voix de Karoly.Elle abaissa son regard et sourit à l'enfant qui la considérait avec une sorte d\u2019extase.\u2014Je ne veux pas que vous me quitticz.jamais, jamais! reprit-il en se pressant contre elle.Je vous aime tant, ma Myrtô! Une émotion profonde envahit Myrtô.La touchante affection de ce frêle petit être faisait vibrer son âme avide de tendresse et de dévouement, et remplie surtout d\u2019un\u2019 amour de prédilection pour ceux dont le Maitre a dit: \u201cLaissez venir a moi les petits enfants\u201d.Elle se pencha et effleura tendrement de ses lèvres le front de l'enfant.Mais en redressant la téte, elle rencontra un regard qui exprimait une telle irritation, une si orgueilleuse colére que Myrtô sentit un frisson lui courir sous la peau.Instantanément, une pensée surgissait en elle ; le prince Milcza, si passionnément attaché à son fils, était jaloux de l'affection trop ardente de l'enfant pour cette étrangère.Et, tel qu\u2019il était, avec cette nature altière et vindicative que semblaient laisser deviner tous ses actes, il était certain que jamais il ne pardonnerait à Myrtô pareille chose.Cependant, qu\u2019avait-elle fait pour cela?Lui- même l'avait placée près de son fils, elle avait aimé ce fils de prince comme elle aimait les enfants d'ouvriers dont elle s\u2019occupait naguère.et le coeur de Karoly était venu naturellement à elle parce qu'il avait deviné en l\u2019âme de Myrtô cette compassion tendre et cette abnégation qui n'existaient pas chez ses jeunes tantes, ni même chez sa grand\u2019mère.Marsa, assise dans un coin de la pièce, baissait le nez sur sa broderie.Miklos se faisait tout petit.Son Excellence avait sa physionomie des plus mauvais jours.il n'y avait qu'à se demander sur qui tomberait l'orage.Ce fut la pauvre Mitzi qui en subit les effets.A une observation durement faite par son frère, clle éprouva une si vive émotion que la cafetière bascula un peu entre ses mains et laissa tomber le liquide sur le napperon.\u2014Quelle maladroite vous faites! Que vous ap- prend-on donc.pour que vous soyez aussi incapable de rendre le moindre service?dit-il avec ce dédain glacial qu: était chez lui pire que la colère.Mitzi baissait la tet~ do grosses larmes montaient a ses yeux.Le Père Joaldy essaya de s'interposer.\u2018 \u2014 Bh \u2014 Ryn I Vol.17, No 12 \u2014Ce n'est qu'une bien petite maladresse.prince.Mitzi, je crois, n'en est pas coutumiere.\u2014Coutumière ou non, le fait n existe pas moins.Vous pouvez vous retirer, Mitzi, Mlle Elyanni voudra bien vous remplacer.Il n'y avait pas a discuter, le ton était péremptoire, et le Père Joaldy lui-même ne pouvait rien ajouter de plus.T'andis que Mitzi s'éloignait en comprimant ses sanglots, Myrtô se leva peur accomplir l\u2019ordre donné par la voix impérative du prince Milcza.Mais Karoly protesta, il ne voulait pas quitter Myrtô.\u2014Moi, je le veux! dit son père d'un ton sans réplique.Donnez-le-moi, mademoiselle, et servez- nous promptement, je vous prie, car Mitzi nous a retardés.[1 prit l'enfant sur ses genoux, l'entoura de ses bras en le couvrant d'un long regard.Et Mvrtô .pensa qu\u2019il avait saisi la première occasion venue pour enlever son fils à celle qui portait ombrage à sa jalouse tendresse paternelle.VIT Quelques jours plus tard.comme Myrtô.le soir, prenait congé de ses parentes pour remonter dans sa chambre, le comtesse Zolanyi lui dit: \u2014Venez un instant chez moi, Myrtô, vous remettre quelque chose.Myrtô la suivit au premier étage, jusqu'au petit salon qui précédait sa chambre.La comtesse ouvrit un tiroir de son bureau et y prit un élégant porte-monnaie de cuir fauve.\u2014Le prince Milcza a réglé lui-même les émoluments qu'il vous doit en retour des services demandés par lui près de son fils.Il m'a remis ceci pour vous.Le teint de Myrtô s'empourpra et, d'un geste spontané, elle repoussa le porte-monnaie tendu vers elle.\u2014Non, je ne puis accepter! Je reçois de vous la nourriture, l'abri de votre toit, c'est suffisant, et je ne veux pas être payée pour la distraction et le soulagement que je puis donner à ce pauvre petit malade.que je lui donne de tout mon coeur ! dit-elle avec émotion.La comtesse la regarda avec une intense surprise.\u2014Mais, mon enfant, je ne comprends pas.Vous aviez accepté de remplace près de mes enfants Fraulein Rosa, il avait été question entre nous d\u2019émoluments.sans que vous ayez songé a refu- jai à ser.tant la chose était naturelle.Rien n\u2019est chan- - .puisque c'est pres de Karoly.-au lieu de Re- Bi et de Mitzi.que vous êtes entrée en lonc- tions.\u2014Non, je ne puis considérer de la même manière\u2026 C\u2019est un pauvre petit enfant malade et triste, près duquel je remplis une tâche de charité pour laquelie il me paraît absolument impossible d'accepter de l'argent! dit Myrtô avec une sorte d\u2019indignation.\u2014Quelle idée, Myrto!.En tout cas.cette tà- che est assez lourde.votre sujétion assez grande pour que vous puissiez sans scrupule recevoir un.dédommagement.Mon fils.s'il exige beaucoup de ceux qui l'entourent.sait le reconnaître princie- rement.vous en jug\u201drez.Elle essayait de mettre le porte-monnaie dans la main de Myrtô.LA REVUE POPULAIRE décembre 1904 Montréal, - Mais ta jeune fille recula avec négation énergique.\u2014Je vous le répète, sine! \u2014Myrtd, que signifie cet entétement?s'écria la comtesse d\u2019un ton mécontent.Vous ne pouvez refuser.il nñe l'accepterait jamais.\u2014Vous lui direz mes raisons, ma cousine.\u2014Moi! Moi! Pensez-vous que, pour complaire à vos scrupules exagérés.je vais m\u2019exposer à son mécontentement\u201d N'y comptez pas, mon enfant.oh! pas un instant! Il m'a dit tres catégoriquement hier: \u201cJe vous prie de remettre ceci à Mlle Elyanni en remerciement de la distraction qu \"elle donne a mon fils.\u201d Je l'ai fait je suis en règ'e, le reste vous regarde.l\u2018aites-lui vos objections.si bon vous semble.un geste do déc'est impossible.ma cou- \u2014FEh bien! oui.je le ferai! dit réso.ument Myrtô.la comtessa la regarda avec un peu dc stü- peur.; \u2014Auriez-vous vraiment ce courage?Je ne vous y engage pas, car, du moment où il a jugé opportun d'agir ainsi il ne supportera pas que vous vous éleviez contre sa décision.En tout cas, Myrtô, prenez ceci.vous vous arrangerez ensuite comme vous le voudrez, mais ma responsabilité se trouvera dégagée.Myrtô prit le porte-monnaie et, aussitôt dans sa chambre.le mit dans un tiroir de son bureau.Il lui semblait que ce cuir souple et satiné lui brûlait les doigts.Ah! comme l'orgueilleux magnat avait su trouver le moyen d'infliger une humiliation a ceile qui avait le tort impardonnable d'être trop aimée de son enfant! Comme il lui montrait nettement qu'elle n\u2019était à ses yeux qu'une mercenaire, envers laquelle 1l était quitte en lui faisant refhettre une grosse somme d'argent ! Qui, il était généreux!.princièrement généreux, comme l'avait dit sa mère! L\u2019amour-propre blessé se soulevait dans l\u2019âme de Myrto, il couvrait son visage d'une rougeur brülrnte.\u2026.leva tout à coup les yeux vers le crucifix dent les bras s'étendaient au-dessus de -son lit et murmura: \u2014Mon Dieu, pardonnez-moi.je ne suis qu'une orgueilleuse!.Et peut-être.après tout.n'avait-il pas l'intention que je lui prête.I m'a traitée comme i} Pelt fait pour ['raulein Rosa, par exemple.Jamais il n'a paru me considérer comme une parente.Mais, à cause même de l\u2019affection que me porte ce pauvre petit Karolv.et que je lui rends si bien, je ne puis accepter d'être payée ainsi.Elle s'approcha de la fenêtre ouverte et offrit son front à la fraîcheur du soir.Oui, elle lui rendrait cet argent, en lui expliquant ses raisons.et, s'il était vraiment gentilhomme, il comprendrait son invincible répugnance à recevoir une rémunération en échange -du tendre dévouement dont elle entourait Karoly.Mais elle se demanda soudain avec quelque perplexité si elle trouverait le courage de parler en face de ce regard glacé.de cette physionomie hautaine et déconcertante.Cependant.1i le fallait.Allait-ells donc.comme tous ict.se laissyr envahi/ par une crainte servile du mécontentement du prince Mileza\u201d\u2026 Ce soir, \u2014 55 \u2014 IRIS WEIR i\u201d PRIN CRRA TIN od ; (CEA Ae LE LH CER re HS he Mt Hu © RE wo fis he a Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 elle lui parlerait, quand elle quitterait Karoly dans le parc.; Malgré tout, la perspective de cet entretien la laissait soucieuse.Elle vit arriver l\u2019après-midi avec appréhension, et, une fois près de Karoly, elle dut faire un effort pour concentrer son attention sur la lecture qu\u2019elle faisait à l\u2019enfant.Cette lecture fut interrompue bientôt par l'arrivée d\u2019une troupe de tziganes qui venaient de donner une aubade au petit prince.C'était un des grands plaisirs de Karoly, et son père le lui procurait fréquemment.: Co Le chef, un grand vieillard robuste, savait tirer de son violon des sons admirables.Aujourd'hui, il se surpassait encore, et Myrtd, oubliant pour un instant son anxiété, écoutait, ravie.Karoly appuyait contre elle sa petite téte délicate, et, tous deux vêtus de blanc, le ravissant visage de Myrtô éclairé par le reflet d\u2019un rayon de soleil glissant sur les colonnes du temple, ils formaient le plus délicieux tableau qui se pût rêver.Hadj et Lula, les lévriers bondirent tout à coup dans la clairiére.Le charme était rompu.Les musiciens s'interrompirent, et un voile parut tomber soudain sur le regard de Myrtô.; Le prince Milcza s'avança, il congédia les tzi- Eanes en leur jetant quelques pièces d\u2019or et s'assit près de son fils.Myrto constata d\u2019un coup d'oeil que sa physionomie était plus sombre, plus dure que jamais.Le jour était vraiment mal choisi pour la communication qu\u2019elle avait à lui faire.Les lévriers vinrent tendre leur tête fine aux caresses de Myrtd, puis sétendirent prés delle.Eux aussi témoignaient a la jeune fille un attachement de jour en jour plus grand, et voilà waujourd\u2019hui ils délaissaient pour elle le maitre dont ils étaient jusque-là les inséparables! \u2014Ïci, Hadj, Lula! Quelle irritation vibrait dans sa voix!.Etait-il donc_jaloux de l'affection de ses chiens eux-meé- mes I Hadj et Lula vinrent docilement se coucher a ses pieds, mais leurs grands yeux affectueux demeurèrent tournés vers la jeune fille.Karoly, peut-être énervé par l\u2019atmosphère lourde, était dans ses jours de caprices.Miklos en éprouvait les effets, il ne parvenait pas à satisfaire aux exigences fantasques du petit prince.Et Myrtô, qui avait une peine \u2018infinie à s'empêcher c\u2019intervenir, sentait Une sourde irritation mon'er en elle à la vue de la dédaigneuse impassibilité du prince Milcza.On ne sait quelle 1dée passa tout à coup dans ce cerveau d'enfant gâté.Las des exercices divers qu\u2019il faisait exécuter à Miklos, Karoly s'écria tout à coup en désignant la pelouse sur laqueile s'était assis le petit Magyar dont le front ruisselait de sueur : \u2014Tiens, tu vas faire le boeuf, Miklos! Ce sera très amusant! Mange de l'herbe, Miklos\u2026 Allons, vite! Cette fois.une lueur de résistance passait dans les yeux clairs de Miklos.\u2014Voyons.Karoly, à quoi pensez-vous ?dit Myrtô, oubliant tout cette fois.Vous ne devez pas demander cela à Miklos.Le prince Arpad abaissa son livre, sa voix s'éleva, impérieuss et dure.\u2014Obéis à ton maitre, Miklos.L'enfant, très rouge, eut encore une hésitation dans le regard.\u2014Eh bien?dit la voix menagante du prince.Miklos baissa ses yeux apeurés et se courba vers la pelouse.Mais Myrtô se leva brusquement, dans un mouvement de révolte impossible à maîtriser.\u2014C'est odieux !.\u2026.Vous ne devez pas lui demander cela! Cet enfant a une âme comme vous, \u2018il vous est interdit de le traiter comme un animal ! Un regard étincelant, où se mélaient à la fois la stupeur et la colère, se posa sur elle, dont le visage s'empourprait d\u2019indignation.\u2014De quel droit osez-vous me blâmer?dit le prince d\u2019un ton frémissant d\u2019irritation intense.Vous avez de singulières audaces, mais je vous assure que je ne suis pas homme à les supporter! \u2014Et moi, je ne puis voir commettre l'injustice sans protester! dit fermement Myrtd en soutenant avec une intrépide fierté ce regard qui eût fait trembler tous les habitants de Voraczy.Très pâle, les veines de son front soudainement gonflées, le prince se leva brusquement.\u2014Retirez-vous! dit-il violemment, en étendant la main dans la direction du château.Je ne supporterai jamais que l\u2019on discute mes volontés, et encore moins que l\u2019on me brave! / \u2014Cependant, ne vous attendez pas à me voir courber la tête devant ces volontés lorsqu\u2019elles seront contraires à ma conscience! dit fièrement Myrtô.Et, le front haut, sans baisser les yeux devant ce sombre regard qui semblait vouloir l\u2019anéantir, Myrtô s\u2019éloigna d\u2019un pas rapide, sans écouter la petite voix éplorée de Karoly qui appelait : \u2014Myrtô!.oh! Myrtô! Elle prit au hasard une allée du parc.Ses tempes battaient avec violence, l\u2019indignation débordait encore de son coeur.Il fallait vraiment qu\u2019un sentiment tout-puissant \u2014la charité d\u2019un coeur chrétien, la compassion de son âme féminine pour cet enfant traité avec la dernière dureté\u2014eût soudain tout dominé en elle pour que de telles paroles pussent s'échapper de ses lèvres, s'adressant au prince Milcza ! Il avait raison, elle l\u2019avait bravé!.\u2026 lui, qui savait faire courber tous les fronts! Elle venait de se créer un impitoyable ennemi.Et un peu d'angoisse la serra au coeur en pensant qu\u2019il allait la faire chasser de Voraczy, et interdirait vraisemblablement à sa mère de s'occuper de l\u2019enfant audacieuse qui avait osé, seule de tous, le blâmer et le défier.Mais elle ne regrettait pas cet acte, elle avait fait là son devoir.Dieu serait toujours avec elle et pourvoirait à tous ses besoins.Et, tout en marchant, elle priait, se remettant comme une enfant confiante entre les mains de la divine Providence, essayant de calmer l\u2019agitation, l\u2019anxiété de son âme.Elle reprit bientôt !e chemin du retour.Plus paisible, elie envisageait avec une courageuse résignation l\u2019inévitable lendemain.car elle savait que l\u2019orgueilleux prince Milcza ne lui pardonnerait jamais sa révolte.Elle s'arrêta tout à coup avec un léger cri de surprise.À quelque pas d\u2019elle,- contre un arbre, \u2014 56 \u2014 ol Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE BASES Montréal, décembre 1024 était assis Miklos, la tête cachée entre ses mains, tout son petit corps secoué \u2018de sanglots.\u2014Qu'\u2019avez-vous, mon pauvre petit?s\u2019écria-t-elle en s'avançant vivement et en se penchant vers lui.rt Il écarta ses mains, montrant un petit visage désespéré et couvert de larmes.\u2014Son Excellence ma chassé! ba.butia-t-il.Et ils-vont être si fâchés chez nous!.Mon père va me battre, bien sûr! Et les sanglots recommencèrent, plus forts.Myrtô s'assit près de lui et essaya de le consoler.Mais il répétait toujours: \u2014Je vo {tre battu.tous les jours, m\"demoi- selie My1 Mon père m'a dit: Si jamais tu te fais renvo,.r, tu auras ton compte, j'en réponds, et je ne te pardonnerai jamais! \u2014Vos pa:ents demeurent-ils loin, Mikios?-\u2014Oh! non, pas bien loin, mademoiselle.; \u2014Eh ben, je vais vous accompagner, je leur expliquerai ce qui s'est passé et je demanderai à votre pèré de ne pas vous battre.L'enfant \u2018eva vers elle un regard d\u2019ardente reconnaissance.: 3 \u2014Merci! merci! Oh! que Votre Grâce est bonne! Elle le prit par la main, et tous deux s\u2019en allèrent à travers le parc, gagnant ainsi un chemin qui devait les conduire plus vite vers le logis de l\u2019ispan Buhocz.C'était uñe demeure de riante apparence, entourée dun jardin bien entretenu.Sur le seuil, une fort= femme blonde.à la mine décidée et un peu dure, berçait un petit enfant.\u2014Miklos!.Que t'est-il arrivé?s'écria-t-elle avec inquiétude, tout en saluant Myrtô.\u2014Qu-'que chose de fort ennuyeux, mais non her \u2018\u2014 ment de très grave.s'empressa de répondre \u2014vrtô.Sur le seuil apparaissait l'ispan, petit homme aux traits accentués et à la physionomie sèche, que Myrtô se rappela avoir rencontré deux ou trois fois au château.Lui aussi la reconnut et s'inclina avec empressement.\u2014-Quelle circonstante nous vaut l'honneur de la visite de Votre Grace?\u2014Je vais vous l\u2019expliquer\u2026 Allons, mon petit Miklos, n\u2019ayez pas peur.dit Myrtd en posant sa main sur la téte de l'enfant tout tremblant.\u2014Peur?.Pourquoi?A-t-il fait quelque sottise?dit lispan d'un ton menaçant.Myrtô fit alors le récit de ce qui s'était passé.L\u2019ispan bondit.le regard furieux, tandis que sa femmz s\u2019écriait avec colère: \u2014Chassé!\u2026 Ah! le misérable enfant! I sera -fiotre perte, notre déshonneur! \u2014Coquin! gronda le père en étendant le poing vers l'enfant.Tu n'avais qu\u2019à obéir.tu n'avais que cela à faire, entends-tu, scélérat?Et il s\u2019avança vers Miklos, 1a main levée.Mais Myrtô se plaça résolument devant le-petit garçon.\u2014Non, je ne veux pas que vous le frappiez ! dit-elle en posant sur l'ispan son beau regard sévère.Il ne le mérite pas, ce qui est arrivé est surtout de ma faute.Promettez-moi de ne pas le battre?\u2014Ah! non, par exemple! I! en aura aujourd'hui, et demain, et plus tard encore!\u2026 Heureux encore si ce misérable ne me fait pas encourir la disgrâce de Son Excellence! Alors, si je perds ma place, que deviendrons-nous, avec nos cinq enfants?Devant cet homme irrité, Myrtô ne se découragea pas.Elle discuta, supplia, et sa douce éloquence, ses raisonnements firent peu à peu tomber la colère de l'ispan et de sa femme.\u2014Je vous promets de ne pas le punir pour cette fois, mademoiselle, dit le père en jetant un regard encore piein de rancune vers le pauvre Miklos tout apeuré.Mais vous me faites faire là une chose\u2026 oui, une chose ridicule! C\u2019est de la faiblesse, tout simplement! \u2014Certes! ajouta sa femme.Seulement, c'est curieux, on ne peut pas résister à Votre Grâce.Si elle voulait intercéder pour Miklos près du petit princer.' \u2014J'essayerai, en tout cas.Il n\u2019y a en effet que l'enfant qui puisse, peut-être, fléchir le prince Milcza.Ca Mais =n elle-méme Myrtd pensait: \u201cLe rever- rai-je seulement, pauvre petit Karoly?\u201d Elle prit congé des Buhocz et de Miklos qui lui baisait les mains avec une ferveur reconnaissante.D'un pas un peu las, elle reprit le chemin du château\u2026.En traversant les jardins, des sons d'orgue, venant de l\u2019appartement du prince Milcza, arrivèrent à ses oreilles.C'était une harmonie tourmentée, sombre et magnifique pourtant.Quel artiste faisait ainsi vibrer l\u2019instrument ?Lui, sans doute.lui, cet être au coeur endurci, à l'âme impitoyable.Parce que cet homme avait souffert\u2014dans son coeur ou dans son orgueil?\u2014 fallait-il qu'! immolât tous ceux qui l\u2019entouraient à son ress-ntiment farouche?Et, lindignation montant de nouveau en elle, Myrtô secoua résolument la tête en murmurant: Non.je ne tegrette rien! Il verra au moins que tous ne courbent pas la tête devant ses injustices.VIII Myrtô, le lendemain, prolongea après la messe sg station à la chapelle.Elle avait besoin de prendre, dans la prière, une réserve de force et de confiance, pour l'avenir qui se présentait maintenant si angoissant.Au moment où elle s'apprêtait à se retirer, elle vit, en tournant la tête, la femme de chambre de la comtesse Gisèle.\u2014Que voulez-vous, Constance?murmura-t-elle.\u2014 Madame la comtesse prie mademoiselle de venir lui parler.Myrtô s'\u2019inclina devant l'autel ct gagna le premier étage.Dans sa chambre, la comtesse, encore au lit, causait d'un air animé avec sa fille cadette assise près d\u2019eile.\u2014Arrivez, petite malheureuse! s\u2019écria-t-elle à la vue de Myrtô.Qu'est-ce que cette histoire cairor- tée à l\u2019office par Marsan, et suivant laquelle vous auriez adressé des reproches au prince Milcza, A propos de Miklos?.\u2014C'est la vérité, ma cousine, répondit fermement Myrtô.\u2014Vous avez osé\u2019.Mais c'est inoui!.Et pour un pareil motif! Etiez-vous folle, voyons?\u2014Mais aucunement.J'ai vu là mon devoir je l\u2019ai accompli.Maintenant.il sra c que Dieu voudra.d\u2018t Mvrtô avc calme.La comtesse leva les bras au plafond.\u2014 57 \u2014 Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 \u2014\u2014\u2014 \u2014C est-à-dire que mon fils va m'obliger à ne plus m'occuper d2 vous, qu'\u2019ii vous faudra quitter Vo- raczy!.\u2026 Franchement.Myrtô, je ne sais comment qualifier votre acte! Däns votre position.vous deviez, plus que tout autre.faire taire votre amour- propre, votre susceptibilité.\u2014Il ne s'agit pas de susceptibilité, ma cous ne! Mais il m'était impossible de voir traiter cet «n- fant avec une telle dureté, un pareil dédain, sans protester pour le défendre! Irène ut un petit ricanement ironique.\u2014Quell: amazone vous faites! Si vous étiez un homme, je vous vois fort bien en chevalier, partant en guerre pour défendre le faible et i opprimé contre un impitoyable tyran.En la circonstance, celui-ci était représenté par le prince Milc- za.Mais cest vous qui perdez la victoire, intrépide chevalier! Vous vous êtes, présomptueusement, attaquée à plus fort que vous.\u2014Je le sais.et je suis prête à en subir les conséquences.répondit froidement Myrtô.\u2014Oh! vous êtes vraiment bien avancée! s'écria la comtesse avec irritation.Et je me trouve responsable vis-a-vis de\u201d mon fils- puisque c'est moi qui vous ai amenée icir Le coeur de Myrtô se serra.N'aurait-on pas cru, vraiment qu\u2019elle venait de commettre quelque impardonnable faute?.Les larmes remplissaient ses yeux, et eile sortit un peu précipitamment, ne voulant pas les laisser voir au regard malveillant d'Irène.\u2014Aurais-je cru que cette enfant me donnerait tant d'ennuis! gémit la comtesse.Elle semblait si douce.si soumise! \u2014Oh! pas tant que cela.maman! Je l'ai toujours devinée très fière, très énergique pour tout ce qu'elle considère comme un devoir.Et ce mot \u201cdevoir\u201d renferme, pour elle, des scrupules parfois exagérés, ou des audaces incroyables \u2014 nous en avons la preuve aujourd'hui.\u2014Enfin.elle me met dans de cruels embarras.Je me demande de quelle façon Arpad va prendre tout cela! \u2014Ce sera un moment a passer, maman.Arpad comprendra que vous ne pouviez bien connaître, le véritable caractère de cette presque étrangère.Et je dois vous avouer que cet incident, fort ennuyeux au premier abord, me paraît excellent pour nous.\u2014Que veux-tu dire, Irène?\u2014N\u2019avez-vous pas pensé, maman, que cette affection croissante de Karoly pour Myrtô était des plus inquiétantesr L'enfant n'aurait certainement pas voulu se séparer d\u2019elie pendant l'hiver.et, Myrto ne pouvant demeurer seule ici, le prince nous aurait obligées à y rester.avec elle.Un hiver a Voraczy, dans la solitude compléte.y pen- sez-vous, maman! \u2014C'est vrai, Irène.dit la comtesse avec consternation.Elle enfonça un instant la tête dans son oreiller et reprit d'un ton hésitant.un peu ému: \u2014C'est égal, Irène.je suis ennuyée pour cette enfant que m'a recommandée sa mère, et qui ést vraiment tout à fait sympathique.Irène eut un léger mouvement d'épaules.\u2014Que voulez-vous maman, ce n'est ni votre pau- te, ni la mienne, mais la sienne uniquement ! Maintenant, le mal est fait, nous n'y pouvons rion, toutes nos demandes réunies ne pèséraient pas un fétu contre la décision du prince Milcza.: \u2014Malheureusement non! soupira la comtesse.Pendant ce temps, Myrtô, rentrée dans sa chambrz.pleurait silencieusement.La froide ironie d Irene, l\u2019irritation £t les reproches de la comtessz lui avaient nettement\u2019 montré qu'elle n'avait à attendre de ses parents ni soutien moral, ni affac- tion véritable.Elle était bien seule sur la terre..En causant des pauvres gens qu\u2019iis venaient de voir, ils revinrent lentement vers le château.\u2014Oh! mon Père, quelle misère! dit la voix frémissante de Myrtô.Pensez-vous vraiment.que si vous cn parliez au prince Milcza, il ne viendrait pas en aide à ces malheureux\u201d \u2018Le vieux p:être secoua la tête.2 \u2014Il me donne chaque année une somme considérable pour mes charités, mais hors de là.je ne dois lui parler de rien.Pauvre prince! Pauvre cher prince! dit-il avec une soudaine émotion.\u2014fl est dur et impitoyable! s'écria Mrytô dans un sursaut de révolte.\u2014Hélas! son coeur s'est endurci.à la suite de sa ctuelle désillusion! Mais moi.mon enfant.je l'ai connu tout autre.A |époque de sa premier: communion, c'était un petit être à l'âme délicate et aimanie, un peu orgueilleux et volontaire déjà, à cause des adulations de son entourage, mais infiniment séduisant et charmeur.I! avait une grande affction pour moi et supportait seu\"zment de ma part les reproches.Plus tard, lancé dans le mouvement mondain, il dérobait sous une apparence sceptique.sous une indifférence hautaine, les aspirations d'un coeur irès ardent, d'une âme dont les instincts élevés, la délicatess: innée le préservaient d\u2019écarts dangeeux.Cependant.je voyais avec douleur que.la profonde piété de son enfance n\u2019existait plus, que sa foi était menacée dans cette ambiance de frivolité et d'incrédulité mondaine où il vivait.J'appelais de tous mes voeux l'instant où il rencontrerait une femme chretiznne et sérieuse.qui saurait garder pour le bien et ia vérité cette si belle âme menacée de ségarer\u2026 Hélas! il rencontra cette Russe.cette crétaure perverse! Et le vizillard soupira douleurzucement.\u2014.Avec un coeur tel que le sien, la désillusion devait être plus terrible et laisser des traces plus profondes que chez tout autre.Le dernier acte : de cette malheureuse créature, qui faillit coûter la faiblesse persistante de l'enfant.w]le de perdre cet enfant bién- aimé, une + defiance haineuse de ['humanité en géné, t du sexe féminin en particulier, peut-être aussi une profonde blessur2 d'orgueil en voyant qu'il s'était iaissé prendre à des dehors mentsurs\u2014tout cela a contribué à faire de cet êtr& si.admirablement.done, et qui n'a pas trente ans, une sorte de misanthrope, au coeur dur.à vie à son fil la crainte » \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 l\u2019âme fermée pour tout ce qui n'est pas son fils, son unique amour.I\u2018\u2019n un mot, ie prince Milcza est un ma/ade-morai.Le seul remède serait pour lui le retour ala foi.tlélas! depuis ses malheurs, ii s'est au contraire cloigné complètement de la religion! Le prêtre et Myrtô marchèrent quelques instants dans un silence pensif.Le Père Joaldy demanda tout a coup: \u2014Le petit Miklos est-il revenu pres de Karoly?\u2014Non.hélas! Karoly l'a demandé à son père.mais il s'est heurté à un refus catégorique\u2026.Et vous dites que cet homme a été bon, mon Père! dit Myrtô d'un ton de protestation.- \u2014Allons.allons, ne vous indignez pas tant, ma petite enfant dit paternellement le vieux prêtre.Je vous le répète, il est malade moralement, sa générosité d'autrefois, ses instincts élevés et chevaleresques semblent avoir disparu dans Ja tourmente dont son pauvre coeur a été le théâtre.Mais ils ne sont pas morts, je ne le crois pas.je ne veux pas le croire! Chaque Jour, je prie Dieu pour qu'il fasse luire sur cètte âme une bienfaisante lumière.\u2014Alors, c'est à cette farouche misanthropie qu'il faut attribuer aussi sa froideur envers sa mère, son indifférence et sa dureté vis-à-vis de son frère et de ses soeurs?\u2014Oui, tout ceci en dérive.I! faut vous dire, d'abord, que la comtesse Gisèle n'a jamais eu aucune autorité sur son fils, et l'a même assez peu connu.Annihilée par le prince Sigismond, son premier mari.elle n'avait pas de droits sur l'enfant que son père, nature ardente et despotique, voulait élever seul.Quand il mourut, la tutelle du Jeune prince fut confiée au prince André Milcza, son grand-oncle, qui l'idolâtrait, et en fit une sorte de petit souverain absolu.Là encore, la mère n'\u2019avait pas voix au chapitre, il lui était permis seu- - lement d'admirer son fils.Une autre nature eût profondément souffert de cette situation, mais la princesse Gisèle sut en prendre assez facilement son parti.Cependant.personne, en la circonstance.ne trouva étonnant qu'elle acceptât un second mariage-\u2014personne, sauf son fils.Il en montra un violent mécontentement, dù moins encore au fait de cette seconde union qu'à l'natipathià que lui inspirait le comté Zolanyi.La suite montra que sa précoce intelligence avait bien deviné quant à la piètre vareur morale de cet homme.Il v eut dès lors une sorte de brouille entre la mère et le fils.Les rapports, déjà peu intimes, se firent très froids, très cérémomeux.bien que toujou:s corrects.Puis vint la mort du comte, la ruine pour sa femme: et ses enfants.Le prince Arpad.qui venait de se marier et commençait déjà à sentir les dures épines de la désillusion, leur donna son aide sans hésiter.avec une générosité parfaite, sans un mot qui pût ressembler à un reproche.mais sans élan affectueux non plus.Déjà, son coeur se resserrait sous l'étreinte de la souffrance.Et plus tard, il a un peu reporté sur ses soeurs et sur sx mère elle-même, quelque chose de son universelle et amère défiance, en même temps que ses instincts autoritaires, déjà encouragés par le système d'éducation de son grand-oncle.se transfor- maiént en ce despotisme étrange qui n'épargne personne.Mais peut-être, s'il avait trouvé chez sa mère, chez les jeunes comtesses, un peu moins d'esprit mondain, un peu plus de fortes vertus Er gE Vol.17, No 12 \u2014 2 0 chrétiennes, leur influence, à la longue, aurait-elle tout au moins atténué cette triste disposition de son âme.\u2014Peut-être, dit pensivement Myrtô.Mais comment, étant donnée cette froideur de rapports, la comtesse vient-elle Vivre ainsi une partie de l\u2019année à Voraczy® \u2014Pour Karoly, uniquement.Ce séjour de sa grand\u2019mère et de ses tantes fait un changement pour l\u2019'enfant\u2014à l\u2019ordinaire, du moins, car cette année, c\u2019est vous, vous seule, mademoiselle Myrtô.N'est-ce pas I'ispan Buhocz que je vois venir la- bas?\u2014Oui, je le crois, mon Père.C'était en effet Casimir Buhocz.Il s'arrêta près du prêtre et de Myrtô et les salua en disant : \u2014Je viens d'apprendre une bien mauvaise nouvelle, mon Père.\u2014Laquelle donc, mon ami?\u2014Des tziganes, au retour de pérégrinations en Orient, ont rapporté ici les germes d\u2019une maladie terrible et peu connue encore, une sorte de fièvre qui est à peu près sûremnet mortelle, pour les adultes, surtout.S'ils en réchappent, leur santé reste profondément atteinte, il leur demeure très souvent quelque pénible infirmité, ou bien, plus fréquemment encore, leur visage garde les marques de la maladie et devient un masque hideux.\u2014C\u2019est une sorte de petite vérole, alors dit Myrtô.\u2014Cela s\u2019en rapproche sous certains côtés, mais en pire encore.La maladie est moins dangereuse pour les enfants quand ils sont bien constitués.On en sauve assez facilement.\u2014Mais je n'ai pas entendu parler de cela! dit le Père Joaldy avec surprise.\u2014Les tziganes le cachaient, mais un homme du village de Lohacz vient d'être atteint, et l'effroi s\u2019est répandu aussitôt.Ce soir tout le monde le saura.Je viens de prévenir à Voraczy, pour que Son Excellence prenne les mesures nécessaires.L'ispan salua et s'éloigna.\u2014Une pareille épidémie sera chose terrible parmi tous ces pauvres gens! dit le Père Joaldy avec une douloureuse émotion.Mais il va falloir, mon enfant, cesser vos visites charitables.\u2014Oui, à cause du petit Karoly\u2026.Voilà qui va faire trembler le prince Milcza, mon Père.\u2014Oh! les habitants du château n'auront rien à craindre! Le prince va prendre les mesures les plus sévères, nul ne pourra sortir au delà du parc, le moindre objet nécessaire entrant à Voraczy sera soumis à une désinfection rigoureuse.Oh! l\u2019enfant n\u2019a rien à craindre! Il sera gardé de l\u2019épidémie comme il l\u2019est du moindre danger.En rentrant au châsau, Myrtô alla quitter sa toilette de sortie et descendit pour gagner le salon où se tenaient habitueilement la comtesse et ses enfants.Au bas de l'escalier, elle rencontra Terka et Mitzi, les inséparables.\u2014Eh bien! vous savez la nouvelle?dit l'aînée.Il paraît que nous sommes menacés d'une épouvantable épidémie.\u2014Oui, le Père Joaldy et moi venons de rencontrer l\u2019ispan Buhocz qui nous l\u2019a appris.\u2014Oh! ici nous n\u2019aurons rien a redouter, le prince Milcza va prendre des mesures draconiennes.Ce sera fort intéressant!.Mais en la circonstance, nous nous y soumettrons volontiers, car tout vaut mieux que de risquer pareille maladie! LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 Et un long frisson secoua Terka.Les jeunes filles se dirigèrent versie salon.La comtesse et Irène, penchées sur un journal, levèrent vivement la tête à leur entrée.\u2014Tiens, lis ceci, Terka! s'écria la comtesse en tendant le journal à sa fille.Un épouvantable incendie dans un théâtre de Boston.Parmi les victimes, Mrs Burnett, née Alexandra Ouloussof.Terka saisit vivement la feuille, tandis que, de l\u2019âme de Myrtô pénétrée de tristesse chrétienne, s'élevait une prière pour la malheureuse qui avait déserté tous ses' devoirs et.qu'une mort épouvantable venait de saisir a l'improviste.\u2014Arpad le saura-t-il jamais?Il lit fort irrégulièrement les journaux, et personne ne s'aviserait, ici, de prononcer ce nom devant lui, fit observer la comtesse.\u2014Qu'\u2019il le sache ou non, je pense que cela n\u2019a aucune importance, répliqua Irène.Ce n'est pas le prince Milcza, tel que nous le connaissons maintenant, qui aura jamais lidée de se remarier! IX L'épidémie s'était abattue sur les villages environnant Voraczy, elle sévissait avec violence dans des demeures pauvres, souvent mal tenues, où ies prescriptions hygiéniques des médecins demeuraient lettre close.Bien des cercueils, petits et grands, avaient déjà pris le chemin des cimetières, on comptait peu de maisons où l\u2019un des membres de la famille n\u2019eût été frappé par le fléau capricieux, qui laissait parfois le plus faible, pour s'emparer d'un être vigoureux, qui épargnait un enfant pour atteindre la mère.La quiétude était peu troublée-à Voraczy.Le prince Milcza avait pris de telles mesures \u2018 qu\u2019il semblait impossible de conserver la moindre crainte.Les habitants de Voraczy étaient en quelque sorte prisonniers, tous les objets pénétrant dans le château, jusqu'à la moindre lettre, étaient soumis à une désinfection rigoureuse.Quiconque eût franchi les limites du parc eût été certain de ne plus remettre les pieds au château.Mais personne ne pouvait songer à regretter la sécurité dont on jouissait à Voraczy.Personne, sauf le Père Joaldy et Myrtô.Tant de souffrances si près d'eux rendaient pénibles à leurs âmes généreuses cette sécurité même.Mais le ministère du prêtre l\u2019attachait au château, et Myrtô n\u2019était pas libre de suivre les charitables désirs de son âme intrépide.Karoly, depuis qu'il i avait craint de la perdre, s'attachait passionnément à elle, Il avait peine, chaque après-midi, à la voir s'éloigner, il tentait de la retenir.\u2014Restez, restez, Myrtô ! Papa ne se fâchera pas, je lui dirai que c'est moi qui vous ai demandé\u2026 Mais Myrtô n'avait aucune velléité de se retrouver en présence du prince Milcza, et elle manoeuvrait soigneusement pour ne pas risquer de le rencontrer en revenant vers le château.Ses journées étaient maintenant plus remplies que jamais.Renat, ne pouvant plus visiter ni recevoir ses petits amis, s'ennuyait fort et avait voulu reprendre ses leçons de violon.Les jeunes comtesses, également privées de leurs relations Yi TÉ ea 53 - ed qe.\u2014 ==\" \u2018> rr. Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 habituelles, mettaient Myrto a contribution pour faire de la musique aussitôt qu\u2019elle avait terminé sa tâche près de Karoly: Ces séances se prolongeaient le soir fort tard, Terka étant une musicienne passionnée, et Irène paraissant prendre un malveillant plaisir à imposer à sa cousine une obligation quelconque.Myrtô.que le chagrin de la mort de sa mère avait déjà un peu anémiée, se sentait devenir chaque jour plus lasse, et aspirait toujours à l\u2019heure où il lui était permis de prendre enfin son repos.Un soir, la séance de musique se prolongea plus tard qu\u2019à l'ordinaire.Terka avait voulu jouer plusieurs sonates de Beethoven, Irène avait exécuté des morceaux modernes aux sonorités bizarres, qui avaient péniblement tendu les nerfs fatigués de Myrtô.La jeune fille, une fois montée dans sa chambre, fit sa prière et s'empressa de dénouer et de natter ses cheveux afin de se mettre au lit pour reposer sa tête endolorie.Un coup fut tout à coup frappé a sa porte.C\u2019était Thylda, le visage bouleversé.\u2014Mademoiselle!.oh! mademoiselle Myrtô, le petit prince! \u2014Quoi!.Qu'y a-t-il, Thylda! s\u2019écria anxieusement Myrtô.\u2014I1 est malade.On croit que c'est ia mauvaise fièvre.\u2014Oh! mon Dieu!.Mais il n\u2019avait absolument rien cette après-midi! \u2014Cela lui a pris il y a une heure, tout d'un coup.Et il vous appelle, mademoiselle Myrtô, il ne cesse de vous appeler.Son Excellence fait demander si vous voulez.\u2014Qui, j\u2019y vais! dit Myrtd sans une seconde d\u2019hésitation.Mon pauvre petit Karoly! ; Elle sélança au dehors, oubliant sa coiffure né- g'igée, ne songeant plus qu\u2019à l'enfant atteint, peut-être, par la terrible maladie.; | Elle rencontra la comtesse, un peu affolée, qui se dirigeait vers l'appartement de son fils.Ç \u2014Myrtô, c'est effrayant!.\u2026 Comment cela a-t-il pu se produire! gémit-elle.Mais peut-être se trom- pe-t-on?A \u2014Dieu le veuille! murmura Myrtd avec ferveur.; Elles entrèrent toutes deux dans le salon qui récédait la pièce où l'enfant demeurait durant a journée.Le prince Milcza, debout, causait avec le médecin qui habitait toujours le château, attaché à la personne du petit prince.Le jeune magnat tourna la tête, et Myrtô se sentit le coeur serré devant l\u2019effrayante altération de ses traits, devant la sourde angoisse de ses prunelles sombres.: a Le.; \u2014Arpad, ce n\u2019est pas \u201ccela\u201d?sécria la voix haletante de la comtesse.;\u2018 Le visage du prince se crispa, sa Voix, presque rauque, répondit: \u2014Oui, c\u2019est cela.\u2014Mon Dieu, mon Dieu! murmura la comtesse en joignant les mains.| Le regard du prince se posa sur Myrtô qui demeurait immobile près de la porte, n'osant avancer.\u2014Karoly vous demande, mademoiselle.Aurez- vous le courage de risquer la contagion?\u2014Qui, prince, avec le secours de Dieu, dit-elle simplement en faisant quelques pas vers la porte de la chambre de l'enfant.| Un geste du docteur l\u2019arrêta.\u2014Mademoiselie, vous devez savoir d'avance les conséquences possibles d\u2019un tel acte.Cette maladie, lorsqu\u2019on en réchappe, laisse des suites sou vent terribles, elle défigure atrocement.\u2014Peu importe, dit Myrtô avec la même tranquille simplicité.Personne n\u2019a besoin de moi sur la terre, personne ne souffrira si je meurs, ou si je demeure infirme\u2026 Et quant à mon visage, il est destiné à voir la mort, plus hideuse encore, s'emparer de lui.Ces considérations ne peuvent donc faire reculer une chrétienne, et je suis prête, docteur, à donner mes soins à l'enfant.La comtesse fixait sur Myrtô des yeux stupé= fiés.Ce tranquilie héroïsme, ce détachement, cette insouciance d\u2019un sort plus terrible que la mort pour les femmes fières de leur beauté, lui semblaient évidemment incompréhensibles.Le vieux médecin considérait avec une admiration émue cette toute jeune créature dont la ravissante beauté était rendue plus touchante, ce soir, par cette coiffure enfantine, cette natte superbe aux reflets d\u2019or qui tombait sur la robe noire qu'elle n'avait pu enlever dans sa précipitation.Le prince Milcza enveloppa Myrtô d'un long \u2018regard et dit d'un ton net et froid: \u2014Je veux, mademoiselle, que vous agissiez en toute liberté.Si vous craignez, retirez-vous, je le comprendrai, car les conséquences, telles que vient de vous les montrer le docteur Hedaï, sont terribles, à votre âge surtout.Et après tout, aucun devoir ne vous oblige.\u2014Je vous demande pardon, dit-elle tranquillement, je me trouve uñ devoir envers cet enfant qui m'aime, et qui me demande.Du reste, je vous le répète, Je ne crains pas, je me soumets d'avance à la volonté de Dieu.Elle s\u2019avança vers la chambre de Karoly.\u2018En quelques pas, le prince se trouva près d\u2019elle, sa main effleura son bras.\u2014Attendez.Réfléchissez encore.Elle leva les yeux, surprise de l\u2019accent angoissé de sa voix, et le vit très pâle, les traits crispés.\u2014Mais j'ai réfléchi.Si j'avais été libre, j'aurais été soigner ces malheureux si dénués dans leurs pauvres demeures.Pourquoi donc regarde- rais-je devantage à m'exposer pour cet enfant que j'aime profondément?Et, résolument.elle ouvrit la porte.Karoly était étendu dans son petit lit tout blanc.Son visage était gonflé, couvert de taches violettes, sa respiration haletante\u2026 Myrtô, d\u2019un coup d'oeil, constata avec surprise que l'enfant était seul.7 \u2014Eh bien! où est donc Marsa! dit derrière elle la voix du prince Milcza.Il y a cinq minutes, quand je suis sorti pour dire quelques mots au docteur, je l'ai laissée ici, assise près du lit\u2026 Comment a-t-elle osé s'éloigner! Il appuya longuement son doigt sur le timbre électrique, tandis que Myrtô s\u2019approchait du lit et posait sa petite main si douce sur le front de Karoly.; À ce contact, les paupières gonflées de l'enfant se soulevèrent, ses yeux noirs se posèrent sur Myrtô avec une sorte d\u2019avidité.\u2014 61 \u2014 Vol.17, No 12 \u2014 \u2014 \u2014Oh! ma Myrtô, vous voilà! dit une petite voix étouffée.Vous allez me guérir, dites?\u2014Je l\u2019espère, mon chéri, si vous êtes bien sage.si vous faites tout ce que dira le docteur, répondit tendrement M'yrtô.\u2014Non, non.mon petit enfant, rien! Elle s'assit près de son lit et prit dans sa main celle de l'enfant.Le prince Milcza était rentré dans la pièce voisine.À travers la porte, Myrtô entendait par moment sa voix brève, qui pren:ut peu à peu des intonations irritées\u2026 La porte s'ouvrit tout à coup.front contracté.\u2014On ne peut retrouver cette femme! dit-il à voix basse.Elle se sera enfuie en voyant l'enfant malade.Ce qui nous prouve, jusquà l'évidence, qu\u2019elle était la coupable.Je lui trouvais aussi cz soir un air singulier, elle semblait ne pas oser ie- ver les yeux!.La misérable, échappant quelques instants à ma surveillance, aura réussi à communiquer avec quelqu'un des siens, Macri vient de me dire que sa mère et un de ses enfants sont atteints.Il n\u2019y a plus besoin de chercher comment Karoly a pu éprouver les effets de la contagion! | a voix se brisa un peu.ll s\u2019approcha du lit, se courba vers l\u2019enfant, le couvrit d'un long regard.\u2014Mon amour, mon Karoly, nous te sauverons' dit-il d\u2019un ton sourdement passionné! Et je ne te quitterai plus, mon bien-aimé, ne crains rien! \u2014Papa.Myrt6.murmura l'enfant.\u2014Oui, mon chéri, elle aussi restera près de toi.Et le docteur Hedaï va te guérir bien vite, tu verras.| Quelles inflexions caressantes et chaudes savait prendre cette voix habituellement impérative et dure! Quelle tendre douceur pouvaient réfléter ces prunelles superbes! .Le docteur entra.Il venait indiquer à Myrtô différentes précautions hygiéniques à prendre.Puis il examina de nouveau le petit malade.Sa physionomie refétait, malgré lui, quelque chose de sa profonde inquiétude.Le prince, le saisissant ar le bras, l'écarta du lit et demanda d'une voix rémissante : \u2014Le sauverez-vous, voyons?\u2026 le sauverez-vous?\u2014I1 y a encore de l'espoir, Excellence.\u2014De lespoir'.de lespoir seulement'.Mais c\u2019est une certitude que je veux! dit le prince entre ses dents serrées.| \u2014Personne ne pourra la donner à Votre Excellence, répliqua tristement le vieux médecin.je ferai tout le possible, je ne puis dire davantage.Je viens de télégraphier à Budapest, un de mes confrères sera ici demain.Mais, comme je l'ai dit à Votre Excellence, il sera trop tard.Demain, l'enfant sera sauvé, ou.Il n\u2019osa achever\u2026 Mais le prince avait compris.D'un pas d\u2019automate, il revint vers le lit et s\u2019assit à côté en attachant son regard ardent sur le visage défiguré de l'enfant.Le docteur se retira dans la pièce voisine et s\u2019étendit sur un canapé pour se tenir prêt à répondre au premier appel\u2026 Près de l'enfant, son père et Myrtô demeurèrent seuls, écoutant, silen- ne craignez il entra, le cieux et l\u2019âÂme déchirée, ia respiration de plus en plus haletante du petit malade.OUVUHOSHHNOSHOROOSOSOHVONONHEDIEUSHOFEUVOONOCODPOTOTSOOHTEGEUS GUESUESDENCUNSSHCEO0OAhdACCNOU0U LA REVUE POPULAIRE Montréal, dècembre 1924 l'orbe n se levant, éclaira l'agonie de l'enfant.Les efforts de la science étaient impuissants à sauver l: petit êt:e trop faibie pour supporter un pareil assaut.Le Père Joaldy étmt venu partager la veille douloureuse.Assis près de Myrtô, il priait, comme la jeune fille, de toute son âme, moins encore pour l'enfant que pour le père, dont la physionomie portait les marques d\u2019un désespoir d'autant plus effrayant qu'il était contenu.La comtesse Zolanyi.essayant de surmonter sa terreur de l'épidémie, etait apparue un instant à la porte de la chambre.Mais en la voyant livide, toute tremblante, Myrtô s'était levée précipitamment en murmurant: \u2014Oh! n'entrez pas, ma cousine, je vous en prie! Si vous craignez, il n\u2019est aucune disposition plus favorable pour la contagion.Et vous devez vous conserver pour vos enfants.\u2014Mais Karoly.Je suis sa grand'meére.avait- elle balbutié en jetant sur le petit visage méconnaissable un regard pein d\u2019effroi.\u2014Hélas! que pouvez-vous.pour le pauvre petit ange! avait répliqué le Père Joaldy.Mlle Myrtô a raison.ne vous exposez pas, a cause de vos enfants.La comtesse s'était retirée, après avoir jeté un coup d'oeil anxieux vers son fils.Mais œlui-ci ne paraissait même pas s'être aperçu de sa présence.Depuis l'instant où il avait compris que Karoly était irrévocablement perdu, il semblait ne plus voir et ne plus entendre.Le jour se levait, rayonnant.Le soleil frappait les vitres de la grande chambre blanche où se mourait le petit prince.Un de ses premiers rayons glissa sur le visage pâle, désolé de Myrtô, puis sur la figure défigurée de Karoly.L'enfant ouvrit les yeux, son regard déjà voilé, se posa sur 'Myrtô, ses petits bras essayèrent de se tendre vers elle.\u2014Mvrtô.cm.brassez.Elle devina plutôt qu'elle ne comprit les mots qui s'échappaient de cette gorge haletante.Elle se pencha, ses lèvres se posèrent sur le visage couvert des marques affreuses de la terrible maladie.Devant l'acte sublime de cette enfant qui offrait ainsi sa jeunesse et sa beauté radieuse à-ce contact mortel, le prince Milcza sortit soudain de sa torpeur farouche.I! étendit la main pour repousser Myrto.\u2014Pas vous!.étouffée.\u2014Oh! lui refuser cette satisfaction!.Y pensez- vous! s'écria-t-elle avec un geste de protestation.Il détourna la tête et s\u2019absorba de nouveau dans la contemplation de son fils.Le docteur était entré doucement, il se tint debout un peu en arrière de Myrtô, en attachant sur le prince Arpad un regard navré.: L'enfant eut tout à coup une brève convulsion, ses mains se levèrent, ses lèvres murmurèrent: \u2014Papa.Myrto.Le prince se pencha sur son fils, il appuya ses lèvres sur le front de l'enfant.Et Karoly rendit le dernier soupir sous le baiser passionné de son père.PTT non, pas cela! dit-il d'une woix po 62 \u2014 dass, Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 X Le prince Milcza ensevelit lui-même son fils, sans vouloir accepter d\u2019autre aide que celle de Myrtô.Le petit prince, à cause de la contagionne pouvait être exposé dans la grande galerie de la chapelle, comme l'avaient été avant lui tous les Milcza.Il demeura donc dans sa grande chambre blanche, entouré de lumière, sa tête reposant sur un coussin de velours blanc, ses petites mains jointes sur une croix d'argent.Cette croix était celle qui avait reçu le dernier soupir de Mme Elyanni.Myrtô, une fois l\u2019ensevelissement terminé, avait jeté autour d'elle un coup d'oeil pour chercher un crucifix.Mais elle n\u2019avait vu qu'une statue de lu Vierg: une petite merveille d'ivoire.Alors, sans hésit.r, elle avait sorti de son corsage le cher souvenir et l'avait mis entre les petites mains que les doigts frémissants du prince Milcza venaient de joindre.Maintenant que ses traits étaient reposés, l'enfant avait presque repris son aspect accoutumé.Mais, pour la première fois, Myrto s\u2019avisa, maintenant que les grands yeux noirs.étaient clos, que l'enfant ressemblait à sa mère.Le Père Joaldy, le docteur, Katalia, la femme de charge, que n\u2019effrayait pas la crainte de la contagion, se succédérent pour la veillée funebre.Myrto,.anéantie de fatigue et d\u2019émotion, dut ceder à l\u2019aumônier et aller se reposer quelques heures.Mais elle revint bien vite reprendre sa place près du petit être auquel la douloureuse nuit d'agonie l'avait unie par des liens indestructibles.Le prince Milcza ne quitta pas une seconde la chambre mortuaire, il déposa lui-même dans le cercueil doublé de satin blanc le corps de son fils.Dans son Visage rigide, aussi pâle que celui du petit mort, les yeux seuls laissaient voir quelque chose du désespoir affreux qui devait broyer ce coeur d'homme.Les funérailles se déroulèrent avec la pompe accoutumée dans la chapelle du château.Pour la première fois, Myrtô vit occupé un des fauteuils princiers\u2026.pour la première fois aussi, elle vit le prince Milcza en vêtements noirs.Les yeux de la jeune fille, gonflés de larmes, s'attachaient avec une ardente compassion sur la haute silhouette debout en avant de tous.Même en ce jour où il était si profondément frappé.le prince Milcza ne courbait pas la tête devant son Dieu.Du coeur de Myrtô, une supplication jaillit, fervente et douloureuse.: \u2014Mon Dieu, ayez pitié de lui!.Donnez-lui la force, donnez-lui la foi! Le petit cercueil fut descendu dans la crypte ol reposaient déja tant de princes Milcza.Lentement, le prince Arpad l'aspergea d'eau bénite.Puis, se détournant, il écarta d\u2019un geste impérieux tous ceux qui étaient 13, sa famiile, la domesticité, les tenanciers, et il sortit rapidement, sans attendre que, selon l'usage, tous eussent défilé devant ui.Myrtô, par un suprême effort d'énergie, avait pu se soutenir jusque-là.Mais, une fois remontée dans sa chambre, elle tomba sur un fauteuil, défaillante de lassitude physique et morale à ia suite de ces trois journées douloureuses où, après l'agonie de l'enfant, elle avait assisté à celle du père, muette mais effrayante.Dans son cerveau fatigué.dans son coeur péniblement serré.un sentiment dominait tout en ce moment: une compassion immense, navrée, pleine d'angoisse, pour ce père dant elle avait compris l'épouvantable déchirement, pour cette âme qui allait se trouver seule dans sa lutte contre la douleur atroce de ia séparation.bien seule, hélas! puisqu'elle était éloignée de son Dieu! lt personne ne pouvait tenter de l'enlever à son effroyable solitude, personne ne pouvait es- sayèr.de lui parler de résignation.Non, pas méme sa mere.Tout son coeur s'était donné à l'Enfant bien-aimé et maintenant que Karoly n\u2019était plus, le prince Mileza devait considérer l\u2019existence comme un épouvantable désert.Un remords sûrgit toutà coup dans l'esprit de Myrtô au souvenir d'un bref petit incident de la veille Au moment de mettre l'enfant dans son cercueil, le prince avait enlevé je crucifix placé entre les mains de Karoly et avait demandé, en levant vers Myrtô ses yeux où demeurait une expression de désespoir immense: \u2014Cette croix vous rappelle-t-elle quelque souvenir cher?\u2014Ou, prince, elle était entre les mains de ma mere morte.\u2014Ah! avait-il murmuré en la lui tendant.Maintenant, elle pensait qu\u2019il eût été heureux.sans doute, de conserver ce crucifix en souvenir de son enfant, et qu'elle aurait dû le lui laisser.La chère morte, du haut du ciel, aurait béni ce sacrifice de sa fille en faveur d\u2019un malheureux incroyant à qui la divine image eût pu apporter une force et une consolation dans la nuit affreuse où se débattait sans doute son âme meurtrie.Ce regret devint pour Myrtô une véritable souffrance.Demain.elle donnerait la croix à la comtesse Zolanyi en la priant de la remettre à son fils.Si elle l'avait osé, elle l'aurait fait porter dès ce soir au prince Milcza.Mais Katalia, qui vint de la part de la comtesse s'informer de ses nouvelles et lui offrir ses soins, lui apprit que le prince s'était enfermé dans son cabinet de travail en défendant de le déranger pour quelque motif que ce fût.Myrtô se mit au lit en refusant toute nourriture.Sa gorge, serrée apr la fatigue et le chagrin, eut peine à avaler l\u2019infusion calmante que lui apporta Katalia\u2026.Et les heures s'écoulèrent, très lentes, ne lui amenant que l'insomnie, peuplant son cerveau d'angoisses imprécises.A l'aube, son corps se trouvait un peu reposé, mais son cerveau était plus las encore que la veille.Une sorte d'inquiétude nerveuse agitait Myrtô, si calme, si raisonnée d'ordinaire, et l\u2019obligea enfin à se lever.Elle ouvrit safenêtre, l'air du matin, frais et léger, lui fit du bien, et elle pensa qu'une promenade matinale calmerait peut- être ses nerfs surexcités après la pénible tension des jours précédents.Elle s\u2019habilla, jeta un manteau sur ses épaules et descendit, sans rencontrer personne dans le château encore endormi, jusqu'à une petite porte de service par où elle sortait du château quand la comtesse Zolanyi avait des hôtes et que Myrtô ne voulait pas risquer de rencontrer ceux-ci.le voile rosé de l'aube\u2019 s\u2019écartait lentement, le soleil commençait à rayonner, très doux, irisant res gouttes de rosée semées sur les feuillages du parc, faisant étinceler le vitrage des serres, La Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 brise fraîche vivifiait un peu les nerfs fatigués da Myrtô, elle atténuait la souffrance du cercle douloureux qui lui serrait les tempes\u2026 E.le s'en a'lait ainsi vers le temple grec.Là, plus qu'a:ileurs, elle retrouverait l= souvenir de celui qui était maintenant un angs prés de Dieu.La, elle pourrait sz r.mémorer avec une poignante douceur ies heures parïois pénibles, mais si souvent consolantes, passées près de l'enfant capricieux et tendre, sur lequel elle avait exercé, par le seul charme de son regard, de son sourire.de sa fermeté affectueuse, une influence chaque lour plus puissante, et qui l'avait aimée au poin: de mêler son nom à celui de son père dans sa dernière parade.Myrtô avait pris un sentier qui la conduisait au bord du petit lac.Elle contourna c:lui-ci longea la muraille de marbre du temple.Sür le soi couvert dun épais gazon velouté, son pas léger glissait, sans bruit.Elle contourna la base du péristy:e et s'arrêta tout à coup.Quelqu'un l\u2019avait précédée dans ce lieu cher à Karoly.Le prince Arpad se tenait debout, appuyé à une des colonnzs du péristyle, les bras croisés, les yeux fixés sur l'endroit de ia pelouse où était posée habitueilement la chaise longue de Karoly.Un rayon de soleil, glissant en biais, le long des colonnes, éclairait son visage pâle, creusé par une douleur sans nom.[1 décroisa tout à coup les bras, le scleil frappa, dans sa main droite un objet brillait\u2026 Myr-tô avait vu.ells avait compris.Elle s\u2019élança, elle gravit les degrés avec un cri d'angoisse.Il se détourna brusquement et recula un peu en la voyant se dresser devant lui, pâle comme une morte, les yeux dilatés d'horreur et de reproche.\u2014Vous!.vous! dit-il sourdement.\u2014Prince!\u2026 oh! qu'alliez-vous fair2?murmura- t-elle avec une intraduisible expression de douleur.Une flamme de colère passa dans le regard du prince.| Ç -Que venez-vous faire ici?dit-il avec violence.Laissez-moi.retirez-vous! \u2014-Vous laisser accomplir ce crime! dit-elle dans un cri d'indignation.Non, non, cela ne se fera pas! \u2014Cela se fera, parce que je le veux.parce que la vie n'est plus rien pour moi maintenant.Pen- sez-vous que je pu'sse vivre sans lui, mon bien- aimé.Non.non, cela est impossible.\u2014Je vous cn supplie! s'écria-t-elle en joignant les mains.affolée par cet accent de douleur passionnée ol elle sentait passer une irrévocable décision.Vous êtes chrétien, n\u2019oubliez pas votre âme!.Oh! je vous en prie! dit-elle dans un sanglot.Jn long tressaillemsnt secoua le corps du prince, ses traits se crispérent une seconde.Et soudain.une lueur d'\u2019effrayante colère traversa son regard.\u2014Non, non, vous ne me vaincrez pas! Je veux mourir, vous ne serez pas plus forte que moi.Retirez-vous, vous dis-je! Elle se dressa, les yeux étincelants, la tête haute.\u2014Non, je resterai! Nous verrons si vous aurez le courage de vous tuer devant moi!.Pensez- vous donc, par ce crime, retrouver votre fils près de Dieu?.Et ne songez-vous pas qu\u2019en agissant ainsi, vous n'êtes qu\u2019un lâche?Une exclamation de fureur s'échappa des lèvres du prince, sa main droite se leva, une détonation retentit.Myrtô avait fait un brusque mouvement de coté, la balle le fréla seulement.A demi évanouie d\u2019émotion et d\u2019effroi, la jeune fille tomba sur le dernier degré du péristyle.\u2014Myrto! - Il était devant elle, agenouillé sur les degrés de marbre, ses mains saisissaient celles de la jeune fille, son regard plein de terreur et d'angoisse s'attachait sur le visage aussi blanc que les colonnes de marbre.\u2014Myrtô, êtes-vous blessée?\u2014Non, grâce à Dieu! répondit-eile faiblement.\u2014Misérable que je suis! dit-il d\u2019un ton de sourd désespoir.Vous! vous qui avez prodigué votre dévouemnet à mon enfant!\u2026 vous qui avez risqué votre vie pour lui! Myrtô, pardonnerez-vous jamais à ce malheureux fou!.Car j'étais fou de douleur, tout à l'heure, après cette nuit atroce où je l'ai revu sans cesse, mon amour, mon Karoly! \u2014Oui, vous n\u2019étiez plus vous-même.je l'ai compris, dit-elle avec douceur.Moi, je n\u2019ai rien a vous\u2019 pardonner.ce n'est pas moi, prince, que vous avez offensée par votre accès de désespoir.\u2014Je ne crois plus, dit-il d\u2019un ton où Myrtô sentit passer un: profonde amertume.Des larmes montèrent aux yeux de Myrtô, ses mains frémirent un peu dans celles du prince.\u2014Le voilà, votre grand malheur! dit-elle d\u2019une voix étouffée par l'émotion.Si vous aviez la foi, votre douleur aurait été supportable.Mais réellement, je ne puis croire que vous, élevé chrétiennement, n\u2019en ayez pas conservé au fond du coeur au moins, une légère étincelle! Il s'était levé, en tenant toujours.\u2018 une .des mains de la jeune fille, son regard adouci enveloppait le beau visage où raycnnait l'âme fervente et si ardemment chrétienne de Myrtô.\u2014Je ne sais murmura-t-il pensivement.Mon coeur s'est endurci, mon âme s\u2019est voi'é».Mais c'est assez parlé de moi, il faut songer à vous, Myrtô.Vous voilà encore toute tremb'ante.ma pauvre enfant! _.\u2014Ce n'est rien.Je suis beaucoup p'us impressionnable depuis quelques jours, à causa de la fatigue, je pense.\u2014Oui, vous avez prodigué vos forces pour lui, et voilà comment son père vous remercie!\u2026 Myr- tô, ie vais chercher le docteur Hedaï\u2026 \u2014Oh! non certes! dit-elle vivement.I n'est pas nécessaire que personne sache ce qui s'est passé.\u2014Vous êtes trop généreuse, dit-il avec émotion.Mais je n\u2019accepterai pas que votre santé en souffre.Le docteur sera discret.\u2014Je vous assure que c'est inutile.Ja vais rentrer tout doucement au château.Et, en parlant ainsi, ellt se mettait debout.Mais elle chancela un peu et se retint au bras que le prince étendait vers elle.\u2014Vous le voyez, vous n\u2019étes pas bien forte encore.Permettez-moi au moins de vous offrir l'appui de mon bras pour revenir jusqu\u2019au château.Elle le regarda d'un air perplexe.,\u2014 Mais on se demandera ce que signifie.Et si on me fait des questions?Il eut un geste contrarié et un impatient mouvement de sourcils, Vol.17, No 12 \u2014Vous renverrez les questionneurs à leurs affaires, voilà tout! \u2014Même si c'est votre mère?\u2014Ma mère dort encore à cette heure.Les domestiques se lèvent à peine, les jardiniers n'ont certainement pas commencé leur travail.Du reste, faibie comme vous l\u2019êtes, je ne vous laisserai certainement pas retourner seule, quand même je devrais raconter devant tous ce qui s\u2019est passé tout à l'heure.Subjuguée par la décision de son accent, elle posa sa main sur le bras qu'il lui présentait, et, soutenue par lui, descendit lentement les degrés.- Un frisson la secoua tout à coup.À quelques pas d\u2019elle, elle venait d'apercevoir le revolver que le prince avait jeté loin de lui au moment où il s'élançait vers elle.\u2014Oh! pardon, j'aurais dû le faire disparaître.dit-il.[1 le ramassa et le glissa dans une poche de son vêtement.Il rencontra alors le regard de Myrtô, exprimant une supplication poignante.\u2014Oui, je vous promets de ne m\u2019en plus serVir pour un pareil motif.dit-il avec émotion.Mais \u2018veus prierez un peu pour moi, Myrtô, car je souffre tant! La main de Myrtd se glissa dans son corsage.elle y prit la petite croix d'argent.Ses grands yeux émus et doux se levérent vers le prince.\u2014Je ne sais si je me suis trompée, dit-elle* timi- - dement, mais j'ai cru comprendre que vous seriez heureux de conserver cette croix en souvenir de votre cher petit.Si vous voulez l'accepter.\u2014Oh! non, non! dit-il vivement.Vous êtes admirablement bonne et délicate, mais je refuse ce sacrifice, Myrtô.oo \u2014Acceptez, je vous en prie! Je serai si heureuse de penger que vous portez comme une égide ce \"souvenir' de notre rédemption qui a reçu le dernier soupir de ma mère chérie et de votre petit bien-aimé! | Et, doucement.elle lui mettait la croix dans la main.| \u2014 Mais vous, Myrtô\u2026 vous?dit-il d'une voix étouffée par l'émotion.| \u2014Moi, je penserai avec bonheur que cette croix vous aidera peut-être à trouver la résignation et le repos, dit-elle gravement.© | Il entr\u2019ouvrit son vêtement et introduisit la croix dans une poche intérieure.| \u2014Jé n\u2019ai pas de paroles pour vous remercier, Myrtô! Mais souvenez-vous maintenant tout demander à votre cousin.Il lui présenta de nouveau son bras, et tous deux prirent le chemin du château.Comme l'avait dit le prince, les jardins étaient complètement déserts, le château encore endormi.Avant d\u2019y atteindre, Myrtô s'arrêta.\u2014Maintenant, je pourrai rentrer seule.Je vous remercie, prince.\u2014Prince?dit-il d'un ton de reproche.Ne vou- lez-vous pas me traiter en cousin, Myrtô° Il est vrai que jusqu'ici, le triste misanthrope que je \u2018 suis n\u2019avait pas revendiqué les privilèges de ce lien de parenté.Mais celui-ci se trouve renforcé maintenant par l\u2019admirable dévouement dont vous avez entourd.mon enfant.Et vous me montreriez ainsi, Myrtô, que vous m'avez bien pardonné cette épouvantable seconde de folie qui sera un des plus douloureux souvenirs de ma vie.LA.REVUE POPULAIRE que Vous pouvez Montréal, décembre 1924 , \u2014Oh! n'y songez plus, je vous en prie!\u2026 Et je suis si heureuse que Dieu, dans sa miséricorde, m'ait permis d'arriver à ce terrible instant!\u2026 Oh! non, rassurez-vous, je ne vous en veux pas, mon .cousin.D'un geste timide, elle lui tendait la main.\u2014Merci, Myrtô! Il se courba, effleura de ses lèvres les petits doigts de la jeune fille et s\u2019éloigna lentement, non sans se retourner plusieurs fois pour s'assurer, sans doute, que Myrto n'avait plus besoin de son aide.Elle :egagna assez facilement sa chambre.Mais sn y arrivant.elle fut prise d'une défaillance, et n'eut que le temps de se laisser tomber sur un fauteuil.Ce fut là que Thylda la trouva deux heures plus tard, en venant faire la chambre.Et la jeune servante descendit précipitamment, répandant le.bruit que Mademoiselle Myrtô était atteinte de la maladie qui avait emporté le petit prince.XI Les terreurs de Thylda ne se trouvèrent heureusement pas fondées.Le docteur Hedaï ne découvrit aucun symjtôme inquiétant, Myrtô n'\u2019avait qu\u2019une fièvre nerveuse due à la fatigue et aux émotions de ces quelques jours.Katalia arriva aussitôt et apprit à la malade que Son Excellence l\u2019avait fait appeler, et lui avait donné l\u2019ordre d'abandonner toutes ses occupations afin de s'occuper exclusivement à soigner la jeune fille.Et elle sy employa aussitôt avec un Zèle, un empressement discret et respectueux qui témoignaient de l\u2019étendue et de la sévère précision des instructions princières.Jusqu'ici la femme de charge, bien que toujours correcte, avait paru de méme que toute la domesticité, d\u2019ailleurs, considérer Myrtô comme une quantité assez négligeable.Mais cette brève en*revue avec son maître sembrait avoir complètement modifié sur ce point les idées de Katalia.Pendant les huit jours que Myrtô demeura au lit ou à la chambre, le docteur vint la voir matin et soir.Au bout de trois jours, se sentant légèrement mieux, elle lui dit: \u2014Vraiment, docteur, il est bien intile de vous déranger ainsi! Je ne suis pas malade au point que vous veniez deux fois par jour.\u2014Ordre du prince Milcza, Mademoiselle ! répondit le vieux médecin.Et en sortant d'ici, je dois aller chaque fois lui donner de vos nouvelles.Franchement, il ne peut pas faire moins pour celle qui a risqué si gros près de son fils.\u2014Comme vous exagérez, docteur! dit Myrtô en prenant un petit air fâché.\u2014C'\u2019est bon, c\u2019est bon, je sais très bien ce que je dis, mademoiselle Myrtô!\u2026 Et fort heureusement, le prince Milcza n\u2019est pas homme à oublier ce qu'il doit.La comtesse Zolanyi et Terka, une fois bien certaines qu\u2019il n\u2019y avait rien à craindre de la terrible maladie, montèrent plusieurs fois pour voir Myrtô et passer près delle quelques Instants.Renat et Mitzi voulurent aussi les actom- pagner, mais Irène s\u2019en abstint, prétextant qu\u2019elle n\u2019était pas sûre du tout qu\u2019il n\u2019y eût encore de danger de contagion, en réalité peu soucieuse de donner un témoignage de sympathie à cette cousine dont elle jalousait la beauté et le charme ir- AERC TI IE SEE, tt [HA Geta ou Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 résistible et qui venait, par son dévouement au chevet du petit prince, d'acquérir une auréole de plus.Le Père Joaldy vint aussi visiter la malade.Il lui apporta un jour un grand écrin de cuir blanc, et, quand il l'eut ouvert, Myrtô vit admirable petite statue de la Vierge qui se trouvait dans la chambre de Karoly.\u2014Le prince Milcza voudrait que vous l'acceptiez en souvenir de son fils, expliqua 'aumonier.\u2014Oh! j'en serai bien heureuse!.Vous remercierez le prince pour moi, mon Père! dit Myrtô avec émotion.Et maintenant, chaque fois que son regard rencontrait la statue divoire, elle avait un souvenir pour l'enfant et une prière pour le père.Un peu de résignation était-elle enfin descendue en cette âme déchirée et révoltée?.Myrto se le demandait avec angoisse.Mais elle ne pouvait être renseignée, la comtesse n'ayant pas revu son fils depuis le jour des funérailles, et le Père Joaldy n'ayant pu provoquer la moindre confidence lorsqu'il avait reçu la visite du prince, le jour où celui-ci lui avait remis la statue.Myrtô savait seulement qu\u2019il montrait à tous un visage impassible et glacé, qu\u2019il s'enfermait de longues heures dans son cabinet de travail, mangeait à peine et faisait dans le parc, de fantastiques et effrayantes courses à cheval.| \u2014Chercherait-il donc encore la mort?pensait .Myrtô avec effroi.| Elle attendait avec une secrète impatience le moment où il lui serait permis de reprendre sa vie normale.Peut-être, alors, pourrait-elle le rencontrer et deviner ce qui se passait en cette âme.Mais son espoir fut déçu.Dans le château, dans les jardins, dans le parc, le prince Milcza demeurait invisible.\u2014I1 va finir par devenir fou! murmurait Terka en secouant la tête.; \u2014Mais enfin, dit un jour Myrtô emportée par sa franchise, ne pourriez-vous pas essayer, bien discrètement.bien doucement, de l'enlever à sa solitude?Terka et Irène demeurèr-nt un moment muettes de stupeur.\u2014Vous dites?\u2026 fit enfin l'ainée, Ma pauvre Myrtô, votre cerveau est-il aussi-un peu dérangé\u201d Car je ne puis admettre que vous ne connaissiez pas encore le prince Milcza, et que vous ne sachiez d'avance l'accueil! qui serait fait à pareille audace.\u2014Parce que vous ne l'aimez pas assez.parce qu\u2019il sait bien que vous avez peur de lui, dit résolument Myrtd.Mais si vous osiez.s'il voyait en vous l\u2019ardent désir de le consoler, de l\u2019aider dans sa peine.\u2014Oh! oh! interrompit Irène avec un léger ricanement, vous faites l'intrépide, Myrtô.parce qu\u2019il lui a plu d'oublier, sur la prière de son fils, les audaces de langage auxquelles vous vous êtes laissée aller certain jour.Mais pareille chose ne se renouvellerait pas impunément.croyez-le.Et nous-mêmes, ses soeurs, serions bien reçues si nous nous avisions de chercher à changer son humeur solitaire! \u2014Franchement, Myrtd, à notre place, l\u2019essaye- riez-vous?demanda Terka.\u2014Oui, oh! oui! Il me serait impossible de sentir mon frère souffrir tout près de moi sans essayer de le consoler, de le guérir\u2026 oui, même au risque de l'irriter et de lui déplaire! rène jeta un coup d\u2019oeil malveillant sur le beau visage rayonnant d\u2019une secrète et charitable ardeur, et dit d\u2019un ton railleur en levant légèrement les épaules: \u2014Vous êtes vraiment tout à fait enfant, Myrtô, et vous avez des idées très exaltées.Pour un peu, vous nous demanderiez de convertir le prince Milcza! \u2014Mais ce ne serait que votre devoir de l\u2019essayer, répliqua froidement Myrtô.Et laissant sa cousine à la stupeur occasionnée par cette parole, elle sortit du salon où avait lieu cette conversation.Cette après-midi-là,- elle voulait aller voir un petit enfant malade aux environs de Voraczy.L\u2019épidémie était en complète décroissance, la comtesse et ses enfants reprenaient peu à peu leurs relations, et Myrtô ses visites de charité.Le Père Joaldy lui indiquait seulement les demeures où le fléau n\u2019avait pas passé, afin qu\u2019elle ne risquât pas de rapporter au château quelque germe funeste.Après avoir porté ses consolations, ses conseils et une aumône, bien légère, hélas! dans le mi- sérabe logis, elle revint lentement à travers le parc.Bientôt, un peu lasse, car ses forces n\u2019étaient pas complètement revenues, elle s\u2019assit près d'un petit étang, devant lequel d'énormes hètres, récemment abattus, formaient comme une haute barricade.En cherchant son mouchoir pour essuyer quelques gouttes de sueur que la chaleur faisait perler à ses tempes, elle rencontra sous sa main un porte-monnaie de cuir souple.Depuis quelque temps, elle 'emportait toujours, dans l\u2019espoir de pouvoir s'expliquer enfin à ce sujet avec le prince Milcza.L\u2019incident relatif à Miklos, et p'us tard le pénible événement dont Voraczy avait été le théâtre, étaient venus retarder cette explication qui était cependant indispensable.Mais quand le reverrait-elle.puisqu\u2019il semblait senfoncer plus que jamais dans sa solitude farouche?.Pensive, elle laissait son regard errer sur le petit étang moiré par le soleil de grandes plaques étincelantes.Nul bruit, dans cette partie recu'ée du parc, que des gazouillis d\u2019oiseaux ou le plongeon d'une grenouille.Si, cependant, voici qu\u2019un galop de cheval st faisait entendre.Un cavalier apparut hors des futaies qui entouraient l étang.Avant que Myrtô eût pu seulement faire un mouvement, le cheval s'enlevait d\u2019un bond superbe au-dessus de l\u2019étang et des arbres renversés et retombait, les jambes raidies et frémissantes, a quelques pas de la jeune fille.Elle se dressa debout avec un cri d\u2019effroi.Le cavalier eut une exclamation, et, sautant légèrement à terre, s'avança vivement vers elle.\u2014Myrtô, je vous ai fait peur?\u2026 Je ne vous avais pas vue, vous étiez cachée par ces arbres.Il se penchait en attachant sur elle son regard inquiet.\u2014C'\u2019est tellement effrayant, ce que vous faites- là! dit-elle en essayant de comprimer le tremblement de sa voix.On croirait vraiment que.que vous cherchez un accident, acheva-t-elle dans un murmure. fi doit être'la vôtre.Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 Il Tui saisit la main.\u2014Myrtô, qu\u2019avez-vous pensé lar.Oh! non, non! J'ai toujours aimé et pratiqué ce genre d'exercices, en vrai Magyar que je suis.Maintenant, j'essaye de tromper ainsi les regrets qui me torturent, je me grise d\u2019air et de vitesse.Mais je suis désolé, Myrtô, de vous avoir effrayée! \u2014Oh! vous le voyez.c'est passé! dit-elle avec un léger sourire.Elle étendit la main et caressa les naseaux de l\u2019alezan qui avançait sa b-:lle tête fine.\u2014Abdul vous demande pardon, comme son maître, Myrtô\u2026 Mais dites-moi donc comment vous vous trouvez, maintenant?J'ai bien eu de vos nouvelles régulières par je docteur, mais je ne suis pas fâché de juger par moi-même.Vous me direz que j'aurais pu le faire plus tôt?Je dois vous avouer.Myrtô, que j'ai été en proie à une forte crise de misanthropie.11 passa la main sur son front où se creusaient es plis profonds.Myrtô murmura avec émotion: \u2014Il ne fallait pas y céder.il fallait venir près de votre mère, de vos soeurs.\u2014Oui, je l'aurais dû.Mais j'ai parfois de-si terribles moments que mon énergie morale s'en trouve considérablement ébranlée.Cependant, j'avais l\u2019intention de me rendre un de ces jours chez ma mère, à l'heure du thé.\u2014Aujourd'hui?fit timidement Myrtô.Il eut une sorte de vague sourire, qu\u2019elle lui avait vu parfois vis-à-vis de Karoly.\u2014 Aujourd'hui, soit.Mais êtes-vous donc comme moi, Myrtô, aimez-vous les promenades soli- \u2018taires\u201d Comment ne vous trouvez-vous pas avec mes soeurs?oo \u2014J'ai été voir une pauvre famille, à l'entrée du village de Selzi.| \u2014Et Terka ou Irène ne vous accompagnent jamais dans ces visites charitables, naturellement ?dit-il avec ironie.: \u2014Mais elles ont leurs pauvres à qui elles distribuent des aumônes chaque semaine! protesta vivement Myrtô.Une lueur sarcastique passa dans le regard du prince.a \u2014Oui, quelques pauvres choisis, de ceux dont la misère n\u2019offense pas trop les regards.Oh! je connais la charité mondaine, Myrtô! Je l\u2019ai vue de près, j'ai pu l\u2019étudier\u2026 L'autre, fa vraie, cœ Vous êtes certainement très aimée des malheureux, Myrtô?\u2014 Mais je pense qu\u2019ils ne me détestent pas, ré- pondit-elle avec un sourire.Quant à moi, je les ai en grande affection, et mon seul regret est de ne pouvoir soulager toutes leurs misères, si affreuses parfois.\u2014Oui, vous êtes pour eux un rayon de lumière.ur tous les malheureux, murmura-t-il d\u2019un ton indéfinissable.Il se détourna légèrement, jeta un coup d'oeil sur le soleil qui s'abaissait à l'horizon et demanda: \u2014 Retournez-vous maintenant au château, Myr- tô : \u2014Oui, il est grand temps, Je crois.\u2014Voulez-vous accepter ma compagnie et celle d\u2019Abdul?\u2014Volontiers.d\u2019autañt plus que j'ai à vous parler._ eme ee a \u2014Je suis à votre disposition, dit-il en prenant la bride de son cheval.Ils s'engagèrent dans le large chemin ménagé à travers les \u2018futaies magnifiques de cette partie du parc.Au bout de quelques instants, le prince demanda: \u2014De quoi s'agit-il, Myrtô?Elle s'expliqua alors, en quelques phrases claires, elle lui répéta ce qu\u2019elle avait dit autrefois à la comtesse Zolanyi.]l s'arrêta brusquement, les traits contractés, et saisit le porte-monnaie que lui tendait la main de la jeune fille.\u2018 \u2014Oh! pardon! dit-il d\u2019une voix un peu étouffée.De l'argent, à vous!\u2026 à vous qui avez prodigué à mon fils votre affection, votre dévouement inappréciable!.Myrtd, pardonnez-moi! Je vous ai péniblement froissée, n\u2019est-ce pas?\u2014Un peu, sur le moment, dit-elle avec franchise.Mais j'ai réfléchi ensuite que vous ne pouviez avoir l\u2019intention de me blesser.[I détourna un peu la tête et se remit en marche.Un long moment, ils avancèrent ainsi en silence.Le prince dit enfin, d\u2019un ton bas où passait une intonation de prière: \u2014Me pardonnerez-vous, Myrtô?\u2014Oh! n\u2019en doutez pas, je vous en prie! répon- dit-elle vivement.\u2014Merci, Myrtô\u2026 Ei si je vous demandais de distribuer cet argent à vos pauvres, l\u2019acoœpte- riez-vous?\u2014Pour eux, oui, avec bonheur! Je le leur donnerai en votre nom, mon cousin, et ils prieront pour vous! dit-elle les yeux brillants de joie.Ds nouveau, ils se remirent en marche, en silence.Le regard du prince, moins sombre qu\u2019à l\u2019ordinaire, se perdait dans la profondeur des futaies, rayées de lumièrc par les rayons de soleil qui réussissaient à percer l\u2019épaisse voûte de feuile age.Prés du château, il appela.un domestique et lui remit son cheval.Puis il s\u2019inclina devant Myrtô en disant: \u2014Je vais changer de vêtements, et je me rendrai chez ma mere.Vous pouvez l'en prévenir, Myrtéô.Myrtô, après avoir quitté sa robe de promenade descendit chez la comtesse.Quand elle eut annoncé la visite du prince, elle vit soudain les mines s\u2019allonger.Renat abandonnä la partie qu\u2019il faisait sur le tapis avec le petit chien de sa mère, Terka s\u2019empressa de vérifier la parfaite correction de la table à thé, et Irène, sur une observation dela comtesse, essaya d\u2019atténuer l\u2019excentricité assez marquée de sa coiffure.\u2014C'\u2019est encore heureux qu\u2019il ne nous tombe pas sur le dos, comme il en a coutume, fit-elle observer.Heureusement que vous l\u2019avez rencontré, Myrtô, et qu\u2019il a daigné vous communiquer son intention.\u2014Alors vous étes revenue avec lui, Myrto?dit la comtesse.Et il ne paraissait pas trop sombre, trop renfermé?\u2014Non, réellement, ma cousine.Mais comme on sent en lui une souffrance immense! \u2014Eh bien, Myrtô, c\u2019était le moment de tenter cet apostolat que vous nous prêchez si bien! dit ironiquement Irène.Puisque vous le plaignez tant, vous.\u2014 ee \u2014 com G7, 1-0 LTA 14 PRÉC TREY a « ETRE Ji i He GE KX ri) Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 Elle s'interrompit en entendant sur la terrasse un pas bien connu.Et, tant que dura la visite du prince Milcza, elle ouvrit à peine la bouche, gardant un air calme et presque timide qui contrastait avec sa vivacité habituellé et son allure décidée, Irène, la plus frondeuse de la famille, se montrait vis-à-vis de son frère aîné la plus souple, la plus humblement déférente\u2026.Et Myrtô se demandait si c\u2019était pour ce motif que le prince \u2018| Mileza semblait lui témoigner une sorte d\u2019antipa- 3 thie, : A partir de ce jour, il vint presque chaque à après-midi chez sa mère, à l'heure du thé.Il \"2 causait fort peu, mais en revanche paraissait fort apprécier la \u2018lecture que sa cousine faisait généralement à la comtesse.La voix pure, si profondément harmonieuse de Myrtô, sa diction remarquable, donnaient un charme de, plus aux oeuvres lues par la jeune fille.; \u2014Je vous écouterais jusqu\u2019à ce soir, Myrtô, dit- il un jour.Mais je crains que nous abusions de vous.Désormais, vous ne lirez plus si longtemps.: Myrtô sentait en lui un changement indéfinis- a sable.Froid et taciturne toujours, indifférent pour ses soeurs et pour Renat au point de paraitre parfois ignorer leur présence, simplement correct vis- à-vis de Myrtô, il mettait cependant, en s'adressant à elle, un peu de douceur dans son regard et dans sa voix.Et elle avait a certains moments l'impression d\u2019être de sa part l\u2019objet d\u2019un intégét particulier, d\u2019une sorte de grave sollicitude, qui était peut-être chez lui une marque de la recon- À naissance qu\u2019il lui gardait.Chez la comtesse et ses enfants l'inquiétude % grandissait chaque jour en voyant l'approche de l'hiver.Le prince Milcza ne faisait pas allusion au séjour habituel de sa mère à Vienne, il semblait s\u2019accoutumer définitivement à cette visite de l'après-midi dans le salon de la comtesse, et celle-ci, aussi bien que ses filles, voyait avec effroi la perspective d\u2019un hiver à Voraczy.En les entendant se lamenter sur ce sujet, Myrtô avait peine à retenir les paroles indignées qui lui montaient aux lèvres.N\u2019auraient-elles pas dû se À trouver assez heureuses de le voir peu à peu se \u2026 À reprendre à la vie?N'\u2019auraient-elles pas dû être À prêtes à sacrifier leurs plaisirs futiles à cet être si w Q cruellement frappé, qu\u2019un peu d\u2019affection discrète 4 eût peut-être touché peu à peu?A \u2014Moi, j'aimerais mieux demeurer à Voraczy.disait Renat.Nous y resterons tous les deux, vou- lez-vous, Myrtô?4 \u2014Tous les trois, ajoutait Mitzi en appuyant sa tête blonde sur le bras de sa cousine.Le charme de Myrtô agissait sur les deux en- ants, ils s\u2019attachaient de plus en plus à elle, et limpétueux Renat- lui obéissait mieux qu'à tout : Une après-midi que la comtesse et ses filles aî- du nées s\u2019étaiént rendues dans un domaine voisin, a Myrtd emmena les enfants assez loin, dans la vo 8 campagne, laissant Fraulein Rosa a sa correspon- sd dance.La jeune fille et ses petits compagnons, apres avoir marché quelque temps, s'arrétérent au bord d\u2019une petite rivière.Les gardes du prince Milczi n'avaient pas passé par ici, les berges étaient couvertes de fleurs d\u2019arriére-saison.Tandis que Myrtô s'asseyait sur un tronc d'arbre couché à terre et prenait son ouvrage, les enfants rT TR RT TI RR NATE s\u2019occupèrent à faire une ample cueillette qu\u2019ils vinrent déposer aux pieds de Myrtô.\u2014A quoi vous serviront toutes ces pauvres fleurs, mes petits?fit observer Myrtô.Il ne peut être question de les rapporter au château.\u2014Oh! non! dit Mitzi avec effroi.Le prince Milcza s'est tellement fâché contre Terka, il y a deux ans, un jour qu\u2019elle avait oublié à son corsage une rose donnée chez les Boldy! \u2014C\u2019est dommage, elles sont si belles! dit Renat d'un ton de regret.Tiens, une idée, Mitzi, nous allons en faire une parure pour Myrtô! Elle sera la fée aux fleurs.1 Mitzi battit des mains, et Myrtô se prêta, complaisamment à la fantaisie des enfants.Bientôt, elle se trouva littéralement couverte de fleurs.\u2014J'ai vu dans le bois à côté de grandes clog chettes roses très jolies, dit Renat.Viens, allons en chercher, Mitzi.1 \u2014Ne vous éloignez pas, recommanda Myrtô, et revenez aussitôt que je vous appellerai.Ils partirent en courant, et Myrtô se remit à son travail interrompu par les enfants.: Un pâle soleil de fin d\u2019automne enveloppait la jeune fille.A travers les fleurs légères qui les parsemaient, ses cheveux prenaient des reflets d\u2019or foncé.Une frange de fleurettes aux tons mauves tombait sur le front de Myrtô, jetant un peu d'ombre sur ses prunelles baissées, voilées de longs cils dorés.Son aiguille étant terminée, elle leva la tête pour chercher son fil que les enfants avaient sans doute fait tomber dans l\u2019herbe.Mais une exclamation d'effroi s\u2019étouffa dans sa gorge.Presque en face d\u2019elle, appuyé au tronc d\u2019un des arbres du petit bois, se tenait le prince Milcza.Il était très pâ\"e\u2014presque aussi pâle que Myrtô l\u2019avait vu au moment de l'agonie de son fils \u2014et ses traits se crispaient un peu.Mvrtô, d\u2019un geste presque inconscient, porta la main à sa chevelure pour enlever les fleurs, pour les jeter a terre.Mais il étendit la main en disant d\u2019une voix étrangement changée: \u2014Non, laissez cela, je vous prie! En quelques pas, il se trouvait près d'elle.Elle balbutia en baissant les yeux: \u2014Pardonnez-moi.les enfants se sont amusés.\u2014Mais que voulez-vous que je vous pardonne, ma pauvre Myrtô?Vous n\u2019avez rien fait de mal, c\u2019est moi qui ai été jusqu'ici.un affreux égoïste.car je me doute que vous aimez les fleurs?\u201d \u2014Oui, beaucoup.Je tiens ce goût de ma mère, qui ne pouvait vivre sans en être entourée.\u2014En ce cas, vous en avez été.bien privée ici.Moi aussi, je les aimais passionnément, autrefois.Il passa la main sur son front et murmura avec une amertume qui fit un peu tressaillir Myrtô: \u2014Mon tort a été de les envelopper toutès dans la même réprobation.Je n'ai pas voulu réfléchir que s\u2019il existe des fleurs mauvaises, empoisonnées, d'autres sont bonnes, très bonnes, et quelques-unes exquises.Je l'ai compris enfin un jour.et bien qu\u2019il me soit interdit de cueillir celle dont le délicat parfum m'a fait enfin revenir sur mon injuste prévention, je ne vous empêche pas de vous en parer, Myrtô, car les fleurs sont I'ornement naturel des jeunes filles.Il essayait de parler avec calme, mais Myrtô, surprise, sentait vibrer en lui une émotion intense \u2014un peu douloureuse, semblait-il nous ws 08 == et 1 1 7 2e Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 , Il se pencha pour ramasser l\u2019ouvrage que la jeune fille, dans son saisissement, avait laissé glisser à terre, et s'éloigna avec une sorte de hate.Quand les enfants revinrent, ils trouvèrent Myr- tô inactive, non encore remise de son émotion.Elle rangea son ouvrage, et reprit aussitôt avec eux le chemin du château.Le prince Milcza arriva fort en retard pour le thé.Il s\u2019excusa d\u2019un air distrait, et, à peine assis près de la comtesse, demanda tranquillement, comme s\u2019il eût continué une conversation commencée le matin: \u2014Je crois, ma mère, que vous devez songer à votre habituel séjour à Vienne?La comtesse, un instant saisie, balbutia enfin : \u2014Oui, nous y pensions.mais à cause de vous, Arpad.si notre présence ici vous est agréable.\u2014Vous n\u2019en doutez pas, je l'espère?dit-il avec une froide courtoisie.Mais je ne prétends rien changer à vos habitudes ni vous imposer un hiver à Voraczy.\u2014Nous le ferons volontiers pour vous, Arpad! dit-elle avec un élan sincère.\u2014Je vous remercie, répondit-il avec la même froideur, mais je n'accepte pas ce sacrifice.Je suis d\u2019ailleurs destiné à la solitude, elle est et elle restera le lot de ma vie.Sous sa tranquillité hautaine, Myrtô crut sentir une amertume immense, une sorte de désespérance.Le coeur serré, elle songea qu'il allait retomber dans sa misanthropie farouche, et une indignation monta en ele à la vue de- l\u2019éclair joyeux qui passait dans les yeux d\u2019Irène, de la satisfaction contenue dont témoignait la physionomie de Terka.Oh! non, elle n'eût pas agi ainsi envers son frère.quand même celui-ci aurait été aussi froid, aussi peu affectueux que le prince Milcza! Elle lui aurait dit: \u201cVous souffrez, les regrets vous accab'ent\u2026 je ne vous quitterai pas, Arpad.Que m\u2019importent les fêtes, les distractions mondaines.pourvu que je puisse, ne fÜüt-ce que quelques instants chaque jour, écarter les nuages de votre front!\u201d Mais, hélas! elle n\u2019était pas sa soeur, et les jeunes comtesses ne tiendraient jamais ce langage au prince Milcza! Myrtd ne s\u2019était probablement pas trompée en croyant deviner en lui une.recrudescence de souffrance morale, car il sembla, à dater de ce jour, repris de son amour de complète solitude.Il ne reparut plus chez sa mère, on ne le rencontra plus dans le parc.En revanche, il s\u2019adonnait passionnément à la musique, et Myrtô, en traversant les jardins, entendait parfois les sons du piano ou de l'orgue.[es préparatifs du départ se faisaient lentement, la comtesse ne voulant pas montrer trop de hâte de s'éloigner de son fils, D'ailleurs, nonobstant son désir de retrouver sa vie mondaine des hivers précédents, elle ne témoignait de ce départ qu\u2019une satisfaction modérée, ainsi qu\u2019elle le confia un jour a Myrtd.\u2014Je suis inquiète pour Arpad, je crains qu\u2019il ne tourne tout à fait aux idées noires.\u2014Que ne restez-vous, ma cousine?répondit simplement Myrtô.\u2014Rester?.après qu\u2019il m'a fait comprendre son désir d'être seul?\u2014Oh! pensez-vous qu\u2019il ait voulu dire cela?\u2014Je n\u2019en ai aucun doute.Par courtoisie, il n\u2019a pu me le dire explicitement, mais je le connais assez pour comprendre ce qui se cache sous ses paroles correctes.La veille du jour fixé pour le départ, Myrtô, malgré le temps brumeux et froid, s\u2019en alla jusqu\u2019à la demeure de l\u2019ispan Buhocz, pour dire adieu à Miklos.Elle venait parfois le voir, et c'était un rayon de lumière dans la vie de l'enfant, peu heureux au logis familial, son père ne lui ayant pas pardonné d'avoir été chassé, et ses frères plus âgés en faisaient leur souffre-douleur.Myrtô le trouva en pleurs, et la nouvelle du départ de la jeune fille augmenta encore son chagrin.\u2014Maintenant, je serai malheureux toujours, puisque vous ne serez plus là pour me consoler quelquefois! dit-il en sanglotant.Oh! mademoiselle Myrtô, si je pouvais avoir seulement une petite place au château!\u2026 Mon père ne dirait plus alors que je ne suis qu\u2019un bon à rien, il ne me reprocherait plus le pain que je mange! Une place?.A qui la demander?Si Myrtô avait pu voir le prince Arpad, elle aurait tenté de l\u2019intéresser au sort de Miklos.Ne lui avait-il pas dit qu\u2019elle pouvait tout lui .demander?.Mais il demeurait invisible, elle ne le verrait évidemment pas avant le départ.Il ne lui restait que la ressource de prier le père Joaldy d\u2019intercéder pour Miklos.| Ayant embrassé l\u2019enfant en lui demandant de lui écrire, elle s\u2019éloigna, le coeur serré à la pensée de quitter ces êtres à qui elle s'était intéressée de toute l\u2019ardeur de son âme charitable, et ce Vo- raczy qui lui était devenu, depuis ces quelques mois, singulièrement cher.i Comme fout était triste.aujourd\u2019hui! Ce ciel embrumé, ce parc dépouillé de son feuillage, ces jardins préparés pour l\u2019hiver\u2026 oui, tout parlait de mélancolie, de regret, de souffrance.Myrtô, la courageuse Myrtô ressentait aujour- d'hui les effets de cette tristesse ambiante, car des larmes, peu à peu, remplissaient ses grands yeux.Elle gravit lentement les degrés du perron, et entra dans le grand vestibule.Elle s'arrêta une seconde sur le seuil.Le prince Milcza se tenait debout, les bras croisés, devant une des magnifiques tapisseries qui ornaient les murailles.Près de lui, un homme correctement vêtu de noir parlait d\u2019un ton bas, plein de déférence.Myrtô s'avança de son pas léger, dans l\u2019intention de passer sans déranger le prince.Mais il se détourna et l'apergut.\u2014Bonjour, Myrtd.Vous me voyez occupé à examiner cette tapisserie qui a subi, je ne sais comment, une petite détérioration.Tout en parlant, il posait son regard à la fois triste et froid sur la physionomie de Myrtô.Vit- il les larmes encore brillantes dans les yeux de la jeune fille ?Toujours est-il qu\u2019une émotion brève mais intense traversa son regard.\u2014Je vous ferai savoir tout à l'heure ma décision au sujet de cet arrangement, dit-il en s'adressant'au personnage vêtu de noir, qui s\u2019inclina profondément et disparut.Le prince fit quelques pas vers l\u2019escalier, puis s\u2019arrêta tout à coup en demandant d\u2019une voix lé gèrement frémissante: \u2014Pourquoi avez-vous pkuré, Myrtô?Elle inclina un peu la tête en répondant: , ms 69 \u2014 et Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 \u2014Je pense que c\u2019est la tristesse de ce jour griset aussi la pensée de quitter Vorcazy.\u2014Vous aimez ce domaine, Myrtôr \u2014Qui, beaucoup!.Et il y a tant de bien à faire, partout! 11 détourna la tête, et Myrtô ne vit pas la lueur douloureuse de son regard.\u2014A ce propos, mon cousin, j'aurais quelque chose à vous demander.\u2014Quoi donc?dit-il vivement.\u2014Il s\u2019agit de Miklos.Depuis que vous l'avez renvoyé, l'enfant est maltraité chez lui, je lai encore trouvé en larmes tout A l'heure.Sil y avait une petite place pour lui ici, ne voudriez- vous pas la lui donner?\u2014Quand il n\u2019y en a pas, on en crée, Myrtô.Oui, je penserai à votre protégé, je vous le promets.\u2014Je vous remercie! dit-elle d\u2019un ton joyeux.Vous êtes très bon, mon cousin.\u2014Moi?dit-il d\u2019un ton amer.Près d\u2019un coeur élevé et véritablement chrétien, j'aurais pu le devenir.Mais je me suis heurté à la perversité, à la vanité misérable, et je me suis fait un rempart inaccessible à la pitié.\u2014Mais vous Voyez que non, puisque vous voulez bien vous occuper de Miklos! dit-elle d\u2019un ton de protestation émue.Il murmura avec une sorte de ferveur: \u2014C'\u2019est vous qui êtes bonne.si bonne que les plus impitoyables sont vaincus par votre charité.Myrtd, soyez bénie pour le bien que vous m'avez fait et\u2026 priez pour moi.Il se détourna brusquement et s\u2019éloigna d'un pas rapide, laissant Myrtd toute saisie.lle ne le revit pas avant le départ.Ce méme soir, il avait été faire ses adieux à sa mère et ses soeurs dans l\u2019appartement de la comtesse, et il ne parut pas le lendemain matin lorsque les voyageurs quittèrent Voraczy.De la voiture qui l'emportait vers la gare, Myr- td put, quelque temps, apercevoir la magnifique résidence, entourée de ses futaies séculaires, surmontée de la bannière blanche et verte qui annonçait la présence du maître.Et une tristesse profonde descendit dans l\u2019âme de Myrtô, à la pensée de cette autre âme qu\u2019elle avait devinée élevée et ardente, et qui allait demeurer seule avec ses regrets et ses douloureux souvenirs, sans la réconfortante lumière de la foi.\u2014Mon Dieu, donnez-moi de souffrir, s\u2019il le faut, afin que vous lui accordiez ce don sans lequel il ne peut être sauvé! dit-elle intérieurement, dans un élan de tout son jeune coeur fervent.XII Les bûches du foÿer flambaient joyeusement, les grandes lampes voilées de vert pâle répandaient - leur lueur atténuée sur une partie du vaste salon aux tentures sombres, aux meubles somptueux et sévères.Cette douce clarté enveloppait aussi, près de la cheminée, le paisible visage, les bandeaux blond cendré de Fraulein Rosa; elle découpait, sur la tenture de tapisserie foncée, le pur profil de Myrtd et donnait à sa lourde chevelure une délicate teinte d\u2019or pâle.L\u2019institutrice lisait\u2026 ou plus exactement était censée lire.En réalité, elle sommeillait, et Myrtô avait parfois un léger sourire en la voyant sursauter, reprendre son livre, puis, un instant après, le laisser retomber.La jeune fille, elle, était tout à fait éveillée, elle travaillait activement à une petite jupe de chaud lainage qui irait, demain, féjouir une enfant pauvre pour son jour de Noël.Elle devait se hâter, la veillée s\u2019avançait, bientôt arriverait le moment de s\u2019apprêter pour la messe de minuit.Tout en travaillant, elle repassait dans son esprit les mois écoulés.Ils lui avaient apporté bien des petites amertumes\u2026.Tout d\u2019abord de la part d\u2019Irène, dont la jalousie et la malveillance s'\u2019étaient accrues à dater du jour où Myrtô, rentrant d\u2019une cérémonie à la cathédrale.s'était trouvée en face d\u2019un groupe élégant sortant du salon de la comtesse.Celle-ci, devant la surprise de ses hôtes, avait pris le parti de présenter Myrtô.Or, il y avait là un jeune officier qui portait le nom de Gisza.En entendant la comtesse dire: \u201cMlle Elyanni, la fille de ma pauvre cousine Herwige Gisza\u201d, il s'était écrié: \u2014Mais alors, nous sommes cousins, mademoiselle\u201d.J'en suis absolument charmé, et j'ose espérer avoir de nouveau le plaisir de vous présenter mes hommages.Lorsque Myrtô s\u2019était éloignée, on avait fort complimenté la comtesse sur la beauté, la grâce patricienne et l\u2019aisance si naturelle de sa jeune parente.Le.comte Mathias Gisza ne s'était pas montré le moins enthousiaste, et Irène avait remporté sur Myrtô la colère inspirée par l\u2019admiration de son cousin pour cette \u201cétrangère\u201d.ainsi qu'elle la traitait intérieurement.Terka, jusque-la plus bienveillante a I'égard de Myrtd, avait peu a peu changé en s\u2019apercevant que Mitzi, sa préférée et son inséparable, s'attachait ardemment a sa cousine.Elle aussi, pour un autre motif, devenait jalouse de Myrtô et lui témoignait une grande froideur, presque aussi pénible que les mots piquants ou acerbes de sa ca- ette.- La comtesse Gisele demeurait heureusement toujours la même, mais elle ne s\u2019apercevait pas\u2014 ou ne voulait pas s\u2019apercevoir\u2014de l'hostilité de ses filles envers Myrtô.Sa nature un peu molle et indifférente ne se préoccupait pas Que la jeune fille en souffrit, et d'ailleurs sa faiblesse pour ses enfants lui interdisait envers eux le moindre blâme.Certaines compensations étaient réservées à Myrtô dans l'existence presque austère, privée de distractions, qui était la sienne au palais Milcza, côte à côte avec la vie mondaine de ses cousines.Outre l'affection de Mitzi, elle possédait celle de Renat, sur lequel elle prenait décidément une réelle influence.De plus, elle avait acquis la sympathie de Fraulein Rosa, excellente et placide personne, avec laquelle elle perfectionnait son allemand et causait fréquemment de littérature, sujet cher à la Bavaroise qui avait fait de très fortes études.Depuis quatre jours, la famille Zolanyi s'était transportée a Budapest, ainsi qu'elle en avait coutume chaque année pour les fêtes de Noël.Elle s\u2019était installée dans le vieux palais que le prince Mileza y possédait, et qu\u2019il laissait à leur disposition, comme ses demeures de Paris ét de Vienne.Ce matin, la comtesse et ses enfants étaient partis pour passer la veillée et le jour de Noël au château de Selzy, à quelques kilomètres de Budapest, I] n'avait pas été un instant ques- wo 70 \u2014 Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 tion d'emmener Myrtô, bien que les châtelains de Sezly fussent ses parents, des Gisza\u2026.Et !a jeune fille restait seule pour cette fête de Noël avec Fraulein Rosa, dans le grand vieux palais austère où flottait le souvenir des ancêtres du prince Ar- pad.Sa pensée, maintenant, s\u2019en allait vers Vorac- zy.Que serait pour \u201clui\u201d cette fête si douce, si infiniment consolante pour les coeurs chrétiens ?Son âme était-elle encore révoltée, ou bien s\u2019a- paisait-elle peu à peu?~ Les nouvelles de Voraczy étaient fort rares et fort succinctes.La comtesse avait écrit plusieurs fois a son fils, il lui avait répondu par des billets très brefs, ne donnant aucun détail sur lui-même.C'était par une lettre de Katalia à Thylda, sa nièce et filleule, que les Zolanyi et Myrtô avaient appris les rapports plus fréquents du prince Milc- 2a avec le Père Joaldy, les excursions du jeune magnat à travers son domaine de Voraczy, les instructions données aux ispans pour améliorer le sort de ceux qui y vivaient.La femme de charge, étant fort discrète par nature, et connaissant d\u2019ailleurs la haine du prince Milcza pour les racontars, s'étendait fort peu sur ces nouvelles.Mais, telles qu\u2019elles étaient, elles avaient mis au coeur de Myrtô une joie et un espoir.Si le prince sortait de lui-même, s'occupait d'autrui, des humbles et des petits dont 1l était responsable devant Dieu, il était à peu près certainement sauvé.Miklos, selon sa promesse, avait écrit à Myrtô.en lui apprenant que le prince Milcza l\u2019avait pris à son service particulier et qu'il se trouvait maintenant heureux, si heureux! Son maître était très bon pour lui, il ne lui témoignait plus jamais la dureté d'autrefois.\u201cEt je vous remercie de tout mon coeur, mademoiselle Myrtô, achevait l\u2019enfant.Je prie tous les jours pour que le bon Dieu vous rende heureuse, et que Son Excellence devienne moins triste.\u201d , Triste, il l'était sans doute plus encore en ces jours de fêtes familiales, le pauvre prince, seul dans sa demeure magnifique.Le souvenir de son petit Karoly devait lui revenir plus intense, plus poignant.: Myrtd préta tout a coup loreille.La porte qui faisait communiquer ce salon avec la pièce voisine était ouverte, et, du vestibule, un bruit de voix arrivait jusqu\u2019à elle.\u2014Fraulein, écoutez!\u2026 On croirait presque.oui, vraiment, on croirait la voix du prince Mileza! L\u2019institutrice, enlevée à sa douce somnolence, sursauta un peu et écouta un moment.\u2014Mais je ne sais.Ce serait pourtant si invraisemblable! Myrtô se leva vivement, elle traversa la pièce voisine et ouvrit la porte donnant sur le vesti- * ule.Oui, il était là, la physionomie irritée, écoutant les explications embarrassées que lui donnait un domestique courbé devant lui, tandis que, derrière celui-là, se tenaient d\u2019autres serviteurs, la mine humble et inquiète.Mais son visage s\u2019éclaira subitement, il s\u2019avança vers Myrtô, la main tendue.\u2014Myrtô, vous êtes là, au moins!.Macri était en train de m\u2019apprendre que ma mère et mes ° soeurs ne se trouvaient pas ici, et j'allais lui demander si vous les aviez suivies.Mais vous êtes là! dit-il d\u2019un ton d\u2019allègresse contenue, en se penchant pour lui baiser la main.\u2014Quelle surprise! murmura Myrtd avec une émotion qu\u2019elle ne parvenait pas à réprimer.Je pensais justement combien ce jour de fête serait triste pour vous, là-bas.\u2014Oui, il l'aurait été terriblement, si hier, une révélation de l'excellent Père Joaldy n\u2019était venue m'enlever le poids oppressant qui me retenait captif.j'ai immédiatement décidé ce voyage dans l'intention de passer en famille cette fête de Noël.Mais en arrivant, je trouve un vestibule mal éclairé, à peine chauffé, pas de domestiques! Je sonne, personne ne vient, je resonne de belle façon, ces individus se décident enfin à apparaître.Et, d'un geste dédaigneux, il désignait les serviteurs dont la contenance n'était rien moins que rassurée.\u2014\u2026Il paraît qu\u2019en l\u2019absence de ma mère, ils se croient permis des négligences et un laisser- aller incroyables.\u2014I1 faut être indulgent, aujourd\u2019hui, mon cousin, c\u2019est la veillée de Noël, dit doucement Myrtô.\u2014Soit, je pardonnerai pour cette fois.Sereste- ly, allez préparer mon appartement, ajouta-t-il en s'adrssant à son valet de chambre- qui se tenait derrière lui, une valise à la main.Il enleva sa pelisse fourrée, la tendit à un domestique et se tourna vers Myrtô.\u2014Mais vous a-t-on laissée seule ici, Myrtô?\u2014Non, Fraulein Rosa est restée aussi.Il fronça les sourcils et dit d\u2019un ton niécontent: \u2014Ma mère aurait dû vous éviter cette presque solitude pour ce jour de fête.surtout cette première année aprés votre pénible deuil.Mais d\u2019ailleurs si elle est à Sezly, pourquoi ne vous a-t-elle pas emmenée ?Les Gisza sont vos parents.\u2014Sans doute ne veulent-ils pas me reconnaitre comme telle, dit pensivement Myrtd.Du reste, je préfère qu\u2019il en soit ainsi, a cause dc mon deuil.Il y aura peut-être de grandes réunions à Sezly, ma place n\u2019y était réellement pas.\u2014 Toujours la sagesse même, Myrtô.\u2026.Mais soyez sans crainte, les Gisza n\u2019auront bientôt qu\u2019amitiés et sourires pour leur jeune cousine.+ \u2014Oh! j'en doute fort! \u2014Et moi j'en suis certain! dit-il d\u2019un ton péremptoire.I] s'avança pour saluer Fraulein Rosa qui apparaissait, visiblement stupéfiée par cette arrivée inattendue.Puis il entra avec l\u2019institutrice et Myrtô dans le salon, et dit, en jetant un coup d'oeil charmé autour de lui: \u2014Vous avez su, toutes deux, rendre hospitalière et délicieusement accueillante cette grande vieille pièce trop majestueuse\u2026.Avez-vous l\u2019intention de vous rendre à la messe de minuit, Myrtô?| \u2014Oui, Fraulein et moi comptions y assister dans la petite chapelle voisine.\u2014Je serais heureux de vous y accompagner, si vous me le permettiez?\u2014Volontiers! dit-elle, une joie soudaine remplissant son âme.Depuis des années, le prince Milcza n'avait plus Vol.17, No 12 LA REVUE assisté à la messe.Si cette fête de Noël pouvait être le point de départ d\u2019une rénovation en lui! \u2014Alors, je finis la veillée avec vous! dit-il en attirant a lui un fauteuil.Mais restez donc, Fraulein! ajouta-t-il en voyant que linstitutrice prenait son livre et faisait un mouvement pour s\u2019éloigner.Continuez votre lecture.Et Myrtô travaillait à quelque ouvrage charitable, sans doute?Il prit le petit jupon que Myrtô avait jeté sur la table pour s'éiancer vers le vestibule, et dit avec émotion: \u2014 Toujours la même, Myrtô?.Les pauvres, les malheureux de corps ou d'âme sont demeurés vos préférés?\u2026 Et vous continuez à Vienne vos visites charitables?\u2014Oh! bien peu, malheureusement! Là-bas, je ne puis les faire seule, Tylda est bien jeune aussi, et d\u2019ailleurs très occupée.Fraulein Rosa m'accom- agne parfois, lorsqu\u2019elle a un peu de temps lire.Nous nous entendons très bien, ajouta Myr- tô avec un sourire à l\u2019adresse de l\u2019institutrice.\u2014Qui donc ne s'entendrait pas avec vous, Fraulein Myrtô!!' répiiqua la Bavaroise avec une vivacité peu coutumière à sa tranquille nature.\u2014Bien parlé, Fraulein! dit le prince Milcza avec un léger sourire.Allons, ne rougissez pas, Myrtô, nous n\u2019allons pas chanter vos louanges devant vous.Donnez-moi des nouvelles de ma mère et de mes soeurs.et des vôtres, naturellement.Je ne vous trouve pas une mine bien brillante.N'est- il pas vrai, Frauiein?, \u2014Oh! je me porte très bien! protesta Myrtô.Mais le séjour en ville pâlit toujours un peu.\u2014C'est évident.mais je crains que vous ne travailliez trop.Racontez-moi ce que vous faites, parlez-moi de vos occupations.Un intérêt profond se lisait dans sôn regard, dans l'accent de sa voix qui s'adoucissait en s'adressant à sa cousine, Non, ce n'étaient pas Chez lui banales phrases de courtoisie, Myrtô sentait qu\u2019il désirait réellement savoir quelle avait été sa Vie depuis ces deux mois.Et elle constatait aussi, avec une joe très douce, qu\u2019il n\u2019était plus tout à fait le même.Certes, son beau visage pâli portait toujours les traces des souffrances morales endurées, ses lèvres retrouvaient, par instant.leur habituel pli d'amertume, mais on ne pouvait nier qu\u2019il n'y eût en lui une détente, quelque chose que Myrtô ne savait expliquer, et qui ressemblait peut-être à l\u2019allégresse contenue d\u2019un captif dont les liens sont tombés, et qui n\u2019ose croire tout à fait encore à son bonheur.r | « Myrtô, très simplement, lui narrait son existence à Vienne, existence bien simple, presque sévère.Chez cette jeune créature si belle, il n\u2019existais pas un regret pour la vie mondaine dont les échos arrivaient jusqu\u2019à elie.\u2014Réellement.Myrtô, vous n'enviez pas mes soeurs?demanda le prince Milcza en se penchant un peu vers elle comme pour mieux scruter sa physionomie.Elle posa sur lui ses grands yeux graves, rayonnants de sincérité.\u2019 \u2014Oh! non, je vous l\u2019assure! Cette existence me paraît si vide, si absolument inutile! \u2014Mais la vôtre est bien sérieuse, Mvrtô?-\u2014Oui, assez, dit-elle avec un sourire.Mais je la préfère mille fois à celle de mes cousines, POPULAIRE Montréal, décembre 1924 Il appuya son menton sur sa main et murmura : \u2014Il est vraiment dommage que mes soeurs aient ces goûts frivoles.Elles ne peuvent être d'agréables compagnes pour vous, Myrtô.La jeune fille baissa la tête et s\u2019absorba dans son ouvrage.Le sujet devenait brûlant, le prince Mi:cza pouvant avoir l\u2019idée de questionner \u2018sa cousine sur les rapports qu\u2019elle avait avec ses soeurs.Mais il se contenta de demander: \u2014Donnez-vous toujours des leçons à Renat?.\u2026 Fait-il la mauvaise tête?: \u2014Mais pas du tout! Il est même généralement fort gentil avec moi.\u2014Que disions-nous tout à l\u2019heure?Rien ne peut vous résister! dit-il avec une émotion nuancée de malice.Mais ces leçons ne vous ennuient ni ne vous fatiguent, Myrtô?\u2014Aucunement.et du reste, s\u2019il en était autrement, ce serait tout comme, puisque ce sont les leçons qui devront m'aider plus tard à vivre, lorsque j'aurai l\u2019air un peu moins enfant, ainsi que le dit Iréne, ajouta Myrtd d'un air mi-souriant, mi-sérieux.\u2014Oui, nous verrons cela, Myrtô\u2026 plus tard, comme vous le dites, fit-il en souriant lui aussi, avec une lueur émue et un peu railleuse au fond de ses prunelles noires.Fraulein Rosa, qui venait de jeter un coup d'oeil sur la pendule, annonça qu\u2019il était temps de partir.Myrto et elle montèrent se coiffer de leurs chapeaux et se revêtir de longs manteaux épais.En redescendant, elles trouvèrent dans le vestibule, cette fois brillamment éclairé, le prince Milcza, tout prêt lui aussi.La chapelle, toute proche, faisait partie d\u2019un couvent fondé par un ancêtre du prince Arpad.Pour ce motif, les princes Milcza avaient toujours eu leur stalle particulière dans le choeur.près de celles des prêtres.Mais, depuis des années, cette stalle était demeurée inoccupée.Et voici que ce soir, les fidéles habitués de la petite chapelle voyaient se dresser, à cette place toujours vide.une haute et svelte silhouette.Dans la vive clarté projetée par les bougies de l'autel, apparaissait une belle tête hautaine, un profit pâle et sérieux.Myrtô, agenouillée aux places réservées à la comtesse et a ses enfants, s'abimait dans une prière ardente, dans une brûlante action de grâces.N\u2019était-ce pas là un premier pas pour cette âme autrefois meurtrie et révoltée?.Quelle douceur de le voir là, l\u2019attitude grave et recueillie ! Tous les souvenirs d'autrefois, les pieux souvenirs de son enfance.et de son adolescence devaient affluer en lui, et, sous leur influence bénie, l\u2019indiffé- rent d'hier retrouverait peut-être les douces prières de jadis.A ce moment, le regard du prince exprimait un regret profond, une tristesse immense mais sans amertume, en même temps qu'une joie religieuse - et un espoir.Ses yeux se posaient sur la délicate silhouette de Myrtô, et ses lèvres murmurèrent, comme si elle eût pu l'entendre: \u2014Priez pour moi, Myrtô, vous qui avez le bonheur de posséder votre Dieu! A la sortie, près du bénitier, Myrtô et Fraulein Rosa retrouvèrent le prince Milcza.Il leur tendit l\u2019eau bénite et aida sa cousine à s'envelop- \u2014 72 \u2014 Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 per dans son grand manteau, avec des gestes très doux, presque religieux, un air de grave et intense respect, comme l'eût fait un croyant pour un objet consacré.Au dehors, près de la porte, un pitoyable vieillard, les pieds dans la neige, grelottant sous son vêtement troué, implorait la charité, entouré de quatre petits êtres non moins minables, Myrtô murmura avec compassion : oo \u2014Je le reconnais, c\u2019est un pauvre vieux à qui le concierge du palais donne toutes les semaines un peu de pain.Il paraît que c\u2019est la misère noire, chez eux.Tout en parlant, elle cherchait à atteindre sa poche.Mais la main de son cousin se posa sur son bras.\u2014Laissez, Myrtô, ceci me regarde.Il mit une pièce dor dans la main de chacun des enfants et s\u2019éloigna avec Myrtô et l\u2019institutrice, après avoir jeté ces mots au bonhomme stupéfait: \u2014Vous trouverez toutes les semaines un secours au palais Milcza.; \u2014Merci pour eux, mon cousin! murmura la voix de Myrtô, frémissante d'émotion.\u2014C\u2019est moi qui vous remercie, Myrtô, pour m'avoir appris la douceur du bien fait à autrui! répliqua-t-il gravement.Dans le vestibule, ot les domestiques s'empressaient cette fois, le prince Milcza débarrassa lui- même sa cousine de son vêtement, tout en demandant: : \u2014 Avez-vous pensé à votre réveillon, Myrtô?: \u2014Certainement\u2026 et si j\u2019osais vous demander de le partager, dans toute sa simplicité?\u2014Osez, osez, Myrtô! dit-il en souriant.J'accepte avec reconnaissance, d'autant plus que je me sens quelque peu affamé, ayant dîné de bonne heure et fort légèrement.| Dans le grand salon tiède et bien éclairé, il se tint debout près de la cheminée et regarda Myrtô aller et venir, tout occupée de la préparation de son thé, pour lequel elle savait le prince Arpad particulièrement difficile.La lumière tamisée de vert éclairait doucement son profil délicat et sa superbe chevelure relevée avec une simplicité qui eût paru chez tout autre de la coquetterie.tant \u201celle faisait valoir la forme parfaite de cette tête de jeune Grecque.La taille élégante de Myrtô, ses mouvements, d'un naturel et d\u2019une grâce infinis, l'expression délicieusement sérieuse et attentive de son visage tandis qu\u2019elle accomplissait avec des soins minutieux sa tâche de ménagère, tout, en elle, formait un ensemble si délicatement harmonieux que Fraulein Rosa elle-même oubliait de s'asseoir en la contemplant.\u2014Myrtô, si j'en crois les soins que vous prenez, je suppose que ce thé sera parfait, dit le prince en souriant.\u2014Mais je le souhaite!\u2026 sans oser l'espérer, toutefois, Terka le fait si bien!.Et pourtant vous n\u2019en étiez pas toujours satisfait, mon cousin.\u2014Voilà une constatation qui ressemble un peu à un reproche, n\u2019est-il pas vrai?Allons, je vous promets d\u2019être moins difficile désormais, Myrtô.Mais dites-moi, ne trouvez-vous pas ce \u201cmon cousin\u2019 bien cérémonieux?Si vous m\u2019appeliez Arpad, comme mes soeurs?.\u2014Mais.je ne sais\u2026 dit Myrtô d\u2019un air perplexe.\u2014Mais si, ce sera mieux, je vous assure.Voyons, nous allons goûter ce thé qui vous a donné tant de peine, Myrtô! ajouta-t-il gaiement en voyant la jeune fille saisir la théière.Parmi tous les réveillons qui se célébraient cette nuit-là dans la ville de Budapest, il n'y en eut probablement pas un aussi calme, ni aussi intimement heureux que celui-là.Sur la demande de son cousin, Myrtô parla de ses Noëls d'autrefois, près de sa mère, de sa vie si occupée à Neuilly, de ses consolations et de ses tristesses, de l\u2019aide affectueuse quelle avait trouvée près des excellentes dames Millon.Elle lui racontait tout avec une simplicité et une confiance absolues, et, lui, non moins simplement, la voix un peu altérée par l\u2019émotion douloureuse, rappelait à son tour les fêtes de Noël de son petit Karoly, disait des traits de sa courte vie.\u2014Vous êtes la seule, Myrtô, devant qui je puisse évoquer sans trop de douleur, et même avec une sorte de consolation, le souvenir de mon petit ange.C\u2019est que je sens que vous l'avez réellement, profondément aimé, c'est que lui, mon Karoly, vous chérissait tant! presque autant que son père, Myrtô.Vous en avez bien été un peu jaloux, n\u2019est-ce pas?Ses lèvres se crispèrent légèrement et il murmura: \u2014Pardonnez-moi, Myrtô.J'ai été si froid pour vous!\u2026 même dur parfois.et vous avez été si bonne de l\u2019oublier ensuite! Mais nous reparlerons de cela plus tard, je vous expliquerai bien des choses.Il demeura quelque temps silencieux, les yeux fixés sur le foyer où s\u2019écroulaient les bûches incandescentes.Myrtô, ses petites mains croisées sur sa jupe noire, regardait vaguement Fraulein Rosa, discrètement assise à l\u2019écart, plongée en apparence dans sa lecture, en réalité sommeillant doucement, bercée par les accents de la langue magyare qu\u2019elle ne comprenait pas assez couramment pour suivre la conversation du prince Arpad et de Myrtô.La pendule, sonnant deux heures, fit sursauter le jeune magnat.\u2014Oh! Myrtô, comme je retarde votre repos!\u2026 Et cette pauvre Fraulein qui s\u2019est endormie! Réveillée subitement par l\u2019exclamation du prince, l\u2019institutrice se redressa en ouvrant trés grands ses yeux gmbrumés de sommeil.\u2014Pardon, prince.Je crois.oui, vraiment.je crois que je dormais un peu! dit-elle d'un air confus.\u2014C\u2019est ma faute, Fraulein, je vous ai retardée.Allez vite vous reposer, Myrtô.Pourrai-je vous voir demain matin avant mon départ?\u2014Comment, vous partez demain?dit-elle d\u2019un ton stupéfié.\u2014Oui, je suis venu seulement pour la messe de minuit.Je parais vous étonner fortement, Myr- to?Que voulez-vous, j'ai la réputation d\u2019avoir des idées très fantasques, parfois, dit-il avec un sourire teinté d\u2019ironie, \u2014Mais vous n\u2019avez pas vu votre mère, ni vos soeurs?\u2014Oh! croyez-vous qu\u2019elles en soient si fâchées! fit-il avec une lueur railleuse dans le regard.Ma présence leur aurait gâté leur fête de Noël.\u2014Oh! Arpadi PRENONS NE RENE Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 Il lui.prit la main et dit en souriant: \u2014Vous étes trés aimable de protester, Myrtd! Mais vous constaterez que j'ai bien deviné, à la façon dont mes soeurs, tout au moins, accueilleront la nouvelle que vous leur annoncerez.Vous allez peut-être me dire que j'ai fait ce qu\u2019il fallait pour cela?.Non, vous n\u2019osez pas?Mais vous le pensez, je le sais\u2026 Certes, je n\u2019ai pas été un frère aimable.Mais si j'avais senti chez elles l\u2019énergie, la vaillance à la fois si intrépide et si douce de certaine petite âme que je connais, au lieu de les voir plier servilement sous mes volontés les plus injustes, croyez, Myrtô, que mon estime et mon affection pour elles auraient été fort augmentées, et que je les verrais d\u2019un oeil beaucoup plus bienveillant, beaucoup plus fraternel.L\u2019allusion de son cousin avait couvert le visage de Myrtô d\u2019une légère teinte rose, et mis dans son regard un peu de confusion.Elle dit, pour changer de sujet: \u2014Ainsi, vous êtes absolument décidé pour demain matin?\u2014Absolument.J'ai de grands projets, Myrto, je suis seulement venu chercher ici un peu de lumière, et j'en emporte plein le coeur.J'ai eu encore là-bas de terribles crises morales, j'aurais sombré, si je n\u2019avais senti autour de moi comme un doux rayonnement, et une ambiance de prières, celles du Père Joaldy, et les vôtres, Mysto.Maintenant, j'emporte de la lumière! répéta-t-il d'un ton d\u2019allégresse contenue.Geussooscutrenesennesnesae0tees mescccs SPREE GANVOUSSLONNU1 DOS 2NODOUSSGOCUSOOUOGBEBC 30000000 Lorsque, deux jours plus tard, la comtesse Zo- lanyi et ses filles revinrent à Budapest, elles manquèrent tomber de leur haut en apprenant la singulière apparition du prince Milcza dans la vieille demeure où il n\u2019avait pas mis les pieds depuis des années.\u2014Voilà qui est bien lui! s'écria la comtesse en levant les bras au plafond.Tomber sur les gens, les surprendre, pour avoir le plaisir de leur confusion! Et qu'\u2019a-t-il dit en ne nous trouvant pas là, Myrtô?Etait-il très mécontent?,Ç \u2014Mais vraiment non, ma cousine.Il ne pouvait l'être, raisonnablement.Lui seul était fautif en ne vous prévenant pas de son arrivée.J \u2014Oh! si vous croyez qu\u2019il se donnerait la peine!\u2026 dit Irène.Et, fautif ou non, ce n\u2019est jamais lui qui a tort.\u2014Mais enfin, quelle singulière idée lui a pris là! dit la comtesse qui semblait réellement abasourdie.Lui, qui n\u2019a pas quitté Voraczy depuis si longtemps! Et venir passer seulement quelques heures ici!\u2026 \u2014Pour aller à la messe de minuit, lui qui avait déserté l\u2019église! ajouta Terka.C'est presque invraisemblable, ce que vous racontez, Myrto, et si Fraulein Rosa ne s\u2019était trouvée là.j'aurais pensé que vous aviez été le jouet d\u2019un rêve.\u2014Est-il toujours sombre?Vous a-t-il paru remis un peu de sa grande douleur, Myrtô?interrogea la comtesse.\u2014Oui, vraiment, ma cousine.On sent fort bien vil souffre profondément toujours, mais il réagit et sa physionomie n\u2019est plus tout à fait comme autrefois.Fraulein Rosa l\u2019a remarqué aussi.\u2014Qui, c\u2019est exact, confirma l\u2019institutrice.\u2014Et il a accepté de réveillonner avec vous?dit Irène d'un ton de profonde stupéfaction.Allez- vous m'apprendre aussi qu'il s'est montré causant et aimable\u201d \u2014 Mais parfaitement.vous tombez juste.répliqua l'institutrice avec calme.La jeune fille laissa glisser ses bras le long de son corps.\u2014Non, Fraulein, c'est inouï !\u2026.Quelle fée l\u2019a donc transformé d'un coup de baguette?\u2014Mais enfin, vous a-t-il donné une explication plausible sur ce voyage impromptu?interrogeala comtesse.\u2014Il m'a dit qu'il lui était venu tout à coup à l'idée de passer en famille cette nuit de Noël, répondit Myrtô.\u2014Mais en ce cas, il aurait dû être très désappointé, très mécontent?.\u2026.Je crois plutôt qu\u2019il n'a pas eu le courage de rester à Voraczy pour cette fête de Noël, qui lui rappelait peut-être plus cruellement le souvenir de son fils.L'enfant avait ce jour-là la permission de prolonger un peu la soirée, son père le prenait sur ses genoux, au coin de la cheminéz bien garnie de bûches.et ie Père Joaldy venait lui raconter des légendes de Noël.\u2014Oui.vous devez avoir trouvé, maman, dit Terka.Il est évident que notre absence lui imper- tait bien peu.Et il faut.convenir que.notre veiliée de Noël n\u2019aurait pas été si agréable que là-bas.Le \u2014C\u2019est donc Mvrtô et Fraulein qui auront eu tout l'honneur et le plaisir de la rapide visite du prince Milcza, ajouta ironiquement Irène.Elles n\u2019en paraissent pas plus.émues que ceia!\u2019.Pourtant, de le voir seulement un peu causant, il y avait de quoi être renversée, réellement! \u2014J'en ai été simplement satisfaite pour lui, répondit Myrtô avec froideur.Elle se seritait vivement irritée du persiflage d\u2019Irène, et peut-être plus encore-de la satisfaction à peine déguisée dont témoignait la physionomie de ses cousines.Et cependant tout ce luxueux bien-être, tous ces plaisirs qui leur étaient indispensables se trouvaient dus à la générosité du prince Milecza.Celui-ci, certes, avait été «ur et autoritaire à ieur égard.Mais,- comme le prouvaient les paroles dites l'autre jour.par lui à Myr- tô, il eût peut-être agi autrement s\u2019il avait trouvé en elles des caractères sérieux et fermes, avec le désir d\u2019adoucir par leur affection sa triste existence, et il était certain qu'il ne leur savait aucun gré de leur extrême souplesse à son égard.L'ère des étonnements n\u2019était pas close pour la comtesse Zolanyi et ses filles.Le prince Milcza, décidément.aimait les décisions soudaines et mystérieuses.Une lettre de Katalia à sa filleule vint apprendre au palais Milcza cette stupéfiante nouvelle: le prince avait quitté Voraczy, accompagné de son valet de chambre et de Miklos, pour voyager, croyait-on.: Un mois plus tard, la comtesse reçut de son fils un bigat, laconique toujours, et timbré de Paris.Au 1@tour d\u2019un voyage en Espagne et en Algérie, le prince Arpad s'était installé dans l'hôtel depuis si longtemps délaissé de lui.Par leurs relations parisiennes, les comtesses Zolanyi apprirent bientôt qu'il avait fait sa réapparition dans les salons aristocratiques, dans les cercles artistiques ou littéraires autrefois fréquen- \u2018 tés par lui, et qui l\u2019accueillaient de nouveau avec le plus flatteur empressement. Vol.17, No 12 À.\u2014C'est inoui! s'écria la comtesse Gisèle en apprenant cette nouvelle.Aurais-je jamais pensé pareille chose!.On croirait positivement que c\u2019est la mort de son fils qui l\u2019a enlevé à sa misanthropie!\u2026.Et pourtant.si quelque chose devait Ly enfoncer davantage, c'était cela, me semble-t-il.Quand je songe comme il était encore sombre et étrange à notre départ de Voraczy! \u2014Oui, il est réellement incompréhensible! déclara Irène.Je le croyais désespéré.pas du tout, c'est une résurrection! On viendrait maintenant me dire qu\u2019il songe à un second mariage que Je n\u2019en serais pas étonnée.Ces mots furent prononcés avec une sorte d'irritation contenue, dont Myrtô ne s'expliqua pas la raison, mais qui eût été comprise de quiconque aurait pensé à ceci: le prince Milcza.sans enfants, avait pour héritiers naturels son Irène et ses soeurs.En admettant que ses domaines patronymiques retournassent à sa famille paternelle, il lui restait encore de quoi combler des rêves les plus ambitieux de Terka et d'Irène\u2026 Et cet éblouissant mirage s'évanouirait devant la perspective d'une seconde union.Xill Un doux soleil printanier chauffait les champs déjà verdoyants.éclairait les sombres frondaisons des forêts, jetait un miroitement sur la rivière qui courait le long de la route, entre les buissons fleuris.Les senteurs champêtres, saines et clouces, .parfumaient la brise légère qui venait caresser le visage rosé de Myrtô et soulever ses cheveux dorés.Oh! cet air de Voraczy, combien elle l'aimait! Elle revenait pourtant de Naples, où la comtesse Gisèle.à la suite d\u2019une bronchite dont elle ne pouvait se remettre, avait dû aller finir l'hiver, dans la demeure d\u2019une soeur du défunt comte Zolanyi.Mais la ville admirable, son soleil, toutes les merveilles de ses environs n'avaient pu empêcher Myrtô d'aspirer secrètement au jour où elle reverrait de nouveau Voraczy.Elle allait y atteindré maintenant.Comme l'année précédente, la voiture suivant celle où la comtesse se trouvait avec ses filles l\u2019emmenait vers le câteau en compagnie de Fraulein Rosa et de Renat.Voraczy était encore privé de son maître.Le prince Arpad, après un nouveau voyage, cette fois dans les pays scandinaves, avait regagné Paris.De là, il avait écrit à sa mère en lui demandant quand elle comptait partir pour Voraczy, où lui-même, disait-il, avait l'intention de retourner incessamment.Cette lettre avait fait se hâter quelque peu la comtesse Gisèle, qui se fût volontiers attardée à Vienne à son retour de Naples.Mais quelques jours avant le départ.en parcourant un journal, elle était tombée sur cet entrefilet : \u201cLe Bois a failli être, hier, le théâtre d\u2019un grave accident.Le comte de Lorgues et sa fille, la charmante veuve du vicomte de Soliers, le sport- man bien connu, faisaient une promenade à cheval en compagnie du prince Milcza, le jéune magnat hongrois dont toute la haute société parisienne a accueilli avec allégresse la réapparition.Au détour d\u2019une allée, le cheval de Mme de So- liers qui donnait depuis quelque temps des si- LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 gnes d'agitation, prit peur devant un poteau et semporta.Le prince Milcza, dont la merveilleuse adresse de cavalier est bien connue, lança son cheval à sa poursuite.Il réussit à atteindre l'animal emporté et à l\u2019arrêter, au risque d'être lui-même entraîné.Mme de Soliers en a été quitte pour une très vive émotion, mais son sauveur a eu l'épaule gauche violemment froissée dans l\u2019effort fait pour maintenir la bête furieuse.\u201d La comtesse avait immédiatement télégraphié à son fils.Elle en avait reçu cette réponse: \u201cSouffre beaucoup, mais n\u2019ai absolument rien .de grave.Compte toujours être à Voraczy à date ixée\u201d.Cependant aujourd\u2019hui, quand la comtesse était arrivée à la petite gare, un domestique lui avait remis une dépêche arrivée le matin, et dans laquelle son fils l\u2019informait qu\u2019il ne serait à Vo- raczy que le surlendemain.\u2014Serait-il plus souffrant?\u2026 Ce journal n\u2019était peut-être pas bien renseigné, Arpad a pu avoir quelque chose de grave.Ces craintes de la comtesse, Myrtô les partageait un peu, et elles couvraient d\u2019un voile la satisfaction de ce retour à Voraczy.Comme l\u2019année précédente, toute la domesticité était groupée sur le grand perron, une partie en costume national, l\u2019autre revêtue de cette élégante livrée blanche à parements couieur d\u2019émeraude qui était celle du prince Milcza.En franchissant le seuil du vestibule, la comtesse Gisèle s'arrêta en murmurant: \u2014Voyons, je réver.Des fleurs, ici! _\u2014Par exemple! murmura la voix stupéfiée d\u2019Irène.Oui, le vestibule était garni de fleurs.garni avec une profusion inouïe, embaumé de pénétrants parfums.Et parmi ces fleurs venues sans doute du littoral méditerranéen, héliotropes, oeillets énormes, narcisses, anémones.pami les délicates bruyères roses et blanches, les grandes violettes au parfum léger, les orchidées superbes, dominaient le muguet et les roses.roses nacrées, roses thé, roses pourpres, un ruissellement de co- rolies odorantes, veloutées ou satinées, aux nuances exquises.La stupeur de la comtesse Zolanyi était telle qu'elle balbutia cette question pourtant bien inutile: \u2014Mais, Vildy, c'est Son Excellence qui a donné l'ordre°\u2026 \u2014Oui, Votre Grâce, répondit le majordome, - dissimulant, en personnage bien stylé, l\u2019étonnement que devrait lui causer une pareille question.La comtesse, réussissant à dominer sa surprise, se dirigea avec ses filles vers l'escalier, Myrtô les suivit, et, au premier étage, s'arrêta pour deman- er : \u2014J'occupe toujours la même chambre, nest-ce pas, ma cousine?\u2014Mais sans doute.Je pense que Katalia l\u2019a fait préparer.La femme de charge, qui montait derrière Myr- tô, s\u2019avança vers la comtesse Gisèle.\u2014Son Excellence a donné l\u2019ordre de préparer pour Mille Eylanni l'appartement des Fleurs.\u2014Vous dites\u2019.l'appartement des Fleurs?fit la comtesse avec une surprise intense.\u2014Quelle folie! murmura Irène entre ses dents serrées.L'un des plus beaux appartements du \u2014-\u2014 AD ea TT CPE TN ARR EEE CCR OT RCE pr CETTE TERRE TRE ETE AIAN > Vol.T7, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 château!\u2026 Sa reconnaisance pour cette petite l\u2019égare, positivement.Myrtô suivit Katalia qui l'introduisit dans un salon aux tentures soyeuses, fond blanc, semées de grandes fleurs brochées aux teintes délicates .Les meubles, d'un dessin exquis, étaient faits d\u2019un bois jaune pâle garni d'incrustations légères, et leur apparente simplicité cachait, aux yeux non exercés, une valeur laissant loin d\u2019elle celle d\u2019une décoration plus somptueuse.Ce luxe sobre, cette élégance raffinée existaient d'ailleurs dans tous les détails de l'ameublement de ce salon et de la chambre voisine, vers laquelle Katalia conduisait Myrtô.Un délicat parfum remplissait la première pièce.Dans une corbeille de Sèvres s\u2019épanouissaient des fleurs, des roses et des muguets, les préférées de Myrtô., \u2014Je pense que Votre Grâce se trouvera bien ici?dit la femme de charge d'un ton satisfait.L'appartement est un des mieux exposés du château, et la vue est superbe.: Tout en parlant, elle ouvrait une des fenétres, et Myrtô s'avança sur le large balcon de pierre.Une exclamation de surprise s'échappa des lèvres de la jeune fille.Devant elle s'étendaient les jardins, non plus avec leur sévère parure de feuillage, mais maintenant garnis d'une profusion de fleurs admirables.Et dans les bassins de marbre, l'eau retombait en jets merveilleusement irisés par le soleil.\u2014En vérité, Myrtô.\u2014Oui, tout est changé maintenant, dit Katalia d'un ton de vif contentement.Les serres aussi ont retrouvé leurs fleurs.Je comprends l\u2019étonnement de Votre Grâce, car nous aussi avons failli tomber de notre haut quand Son Excellence, avant son départ, a donné ses instructions à ce sujet\u2026 Et des fleurs partout ! murmura maintenant la tombe du petit prince est toujours.couverte de fleurs.les pareilles à celles-ci, ajou- ta-t-elle en désignant le muguet et les roses.faut penser que ce sont les préférées de Son Excellence, car il a télégraphié exprès la semaine dernière pour donner l\u2019ordre d'en mettre partout.\u2026Le lendemain, après la messe, Myrtô entra dans la sacristie où l\u2019aumônier venait d\u2019enlever ses vêtements sacerdotaux.\u2014Ah! voilà ma petite brebis! dit-il avec satisfaction.Eh bien! comment allons-nous, mon enfant?comment s'est passé cet hiver ?Etes-vous contente de revoir Voraczy?Myrtô répondit aux questions du vieux prêtre, uis s'excusant de le déranger, elle lui demanda a clef de la crypte, dont l\u2019aumônier gardait un double, l\u2019autre étant toujours entre les mains du prince Milcza.\u2014Après Dieu, j'ai désiré que ma première visite à Voraczy soit pour le cher petit Karoly, mon Père.; C'est une pensée digne de votre coeur, ma chère enfant.Voici cette clef\u2026 Combien de fois notre pauvre prince y est-il descendu, cet hiver! Il faut penser que des âmes angéliques intercédaient pour lui, dans cette nuit où se débattait son coeur\u2026 Mais maintenant vous trouverez des fleurs sur la tombe de Karoly, mademoiselle Myrtô.| | ; \u2014Oui, je-le sais.Il est donc bien changé, mon e de see aliases 4 Un _imperceptible sourire entr\u2019ouvrit les lèvres du vieillard.\u2014Je ne l\u2019ai pas vu depuis le mois de janvier.Mais enfin, tout donne à penser, qu'il y a, en effet, une grande transformation en lui.- En revenant de sa visite à la crypte funéraire des Milcza, Myrtô trouva sur son bureau une lettre que Thylda avait apportée pendant son absent.À première vue, elle reconnut la large écriture de Mme Millon.L'excellente dame et sa fille avaient écrit plusieurs fois à Myrtô, et celle-ci avait pu se convaincre qu\u2019elle n\u2019était pas oubliée de ses voisines.: La jeune fille s\u2019'assit prés d'une fenétre ouverte et décacheta rapidement l'enveloppe d\u2019un violet vif, qui était la couleur préférée de Mme Millon, car elle l\u2019arborait fréquemment sur ses chapeaux.\u201cChère mademoiselle Myrtô, \u201cVoilà plus de huit jours que je voulais vous écrire, mais Albertine a été prise tout d'un coup d\u2019une mauvaise fièvre, et nous avons eu tant d'inquiétudes et de tracas que je ne savais plus trop où en était ma pauvre tête.Mais ma chère fille va, aujourd\u2019hui, le mieux possible, et je viens maintenant vous raconter la visite que nous avons reçue, voilà une douzaine de jours\u2014celle du prince Mileza, votre cousin, mademoiselle Myrtô! \u201cVous pensez si nous en avons été abasourdies, tout d\u2019abord! Ah quel bel homme\u2019.et comme on comprend bien, en le voyant, ce que c\u2019est qu\u2019un vrai grand seigneur! Mais il s'est montré si aimable, si simple, que notre embarras est bientôt parti.Il nous a dit qu\u2019étant près de la tombe de Mme Eylanni avant son départ pour la Hongrie, il avait pensé à monter jusque chez nous afin de pouvoir donner de nos nouvelles à sa cousine.qui nous avait en grande affection.Dame, nous avons causé de vous, mademoiselle Myrtô! Les oreilles ont dû vous en tinter, là-bas.Je lui ai montré l\u2019ancienne chambre de votre pauvre maman, il est resté un instant.tout rêveur, sur le petit balcon vitré où il y a toujours vos roses, Mademoiselle, et où, en souvenir de vous, je cultive, dans une petite caisse, de ce muguet que vous aimiez tant.J'ai raconté tout cela à votre cousin, et aussi comment vous travailliez ferme et comme vous étiez dévouée à votre chère maman.Il paraissait très intéressé, et j'ai bien compris qu\u2019il appréciait sa cousine à sa juste valeur.zo \u201cAu premier moment, la vue de notre petit Jean a paru lui étre pénible.J'ai bien vu qu'il pensait à son pauvre ange.et j'ai voulu faire sortir l'enfant.Mais il l\u2019a pris sur ses genoux et l'a fait causer avec beaucoup de bonté.Le petit est fou \u201cde mon prince\u201d, comme il dit, il ne parle plus que de lui, et j'ai dû lui promettre solennellement de faire un voyage en Hongrie.quand nous aurions gagné le gros lot! : : \u201cC'est qu\u2019il sait sy prendre pour ensorceler son monde, ce prince Milczal Figurez-vous que mon gendre\u2014un terrible démocrate en paroles\u2014 m'a déclaré après sa visite: : \u2014Si tous les gens de la haute étaient comme celui-là, à la bonne heure! Ce qu'il est aimable, ce prince-là, malgré son chic et son grand air! \u201cEt il n\u2019a rien eu de plus pressé que d'aller colporter dans tout le quartier qu'il avait reçu la visite d\u2019un prince hongrois, si riche qu\u2019il ne con- A} 26 \u2014. \u2014 | Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 naissait même pas tous ses revenus.Mais il fallait le voir racontant ça en se rengorgeant ! Ah! les farceurs que ces démocrates! _ \u201cLe lendemairi, nous avons vu arriver un beau jouet pour l'enfant, accompagné d'une carte du prince Milcza.Comme Albertine se sentait déjà souffrante, mon gendre est allé seul avec le petit à l'hôtel Milcza, d'où il est revenu très enthousiasmé par l'accueil cordial \u2018qu'il avait reçu.\u2018Une voisine, qui a été ces jours-ci au- cimetière, m'a dit que la tombe de vos pauvres parents était couverte de fleurs magnifiques.C\u2019est lui sans doute qui l\u2019a fait orner ainsi\u201d.Myrtô s\u2019ar-êta de lire, car les larmes emplissaient ses yeux.Combien il était bon et délicat! Comme il savait trouver tout ce qui pouvait toucher le plus profondément le coeur de Myrtô! Etait-ce vraiment ce même homme si g'acial, si.indifférent, qui n\u2019avait même pas daigné, l\u2019année précédente, l\u2019accueillir du nom de cousine, qui lui avait imposé près de Karoly cette sorte d'esclavage que l'abnégation chrétienne de Myrtô.sa compassion et son affection grandissante pour l\u2019enfant avaient seules rendu supportable, et bientôt même plein de douceur?, Etait-ce cet être dédaigneux de tout et de tous, ce misanthrope, ce despote qui courbait les volontés autour de lui et n'avait par un regard de pitié pour les souffrances des humbles\u201d \u2014Oh! mon Dieu, soyez béni! dit Myrtô dans un élan d'ardente reconnaissance.Soyez béni pour l\u2019avoir enlevé à ses ténèbres, et faites luir en son äme votre pleine lumière, Seigneur! Cette fois.le prince Milcza arrivait à la date fixée.Une dépêche, parvenue au château le matin même, en infomait la comtesse Zolanyi.\u2014Ne vous attardez pas, Myrtô, dit Terka en voyant sa cousine sortir vers deux heures, son chapeau sur la tête.Le prince sera ici avant cinq heures.\u2014Mais je suppose que la présence de Myrtô n'est pas indispensable à son arrivée! répliqua ironiquement Irène.\u201c \u2014Oh! évidemment non! dit l\u2019aînée en reprenant sa lecture.Myrtô sortit du château, où s'agitaient ces laquais en livrée de gala, elle se dirigea vers le village d\u2019un pas un peu pressé.Quoi qu'en pensassent ses cousines, elle tenait à ce que le prince Milcza, à son arrivée, la trouvât avec sa famille.1 lui avait trop bien témoigné qu\u2019elle en faisait partie.il s'était montré trop délicatement attentionné à son égard pour qu\u2019elle ne se crût pas tenue à cette preuve de déférence.Au village de Lohacz, Myrtô revit ses chers pauvres de l\u2019année précédente, qui l\u2019accueillirent avec une joie visible.Elle put constater que déjà le sort de beaucoup s'était amélioré, et que le nom du prince Milcza n\u2019était plus prononcé avec tant de crainte que l\u2019année précédente.\u2014Son Excellence a renvoyé plusieurs ipsans qu\u2019on lui avait signalés comme trop durs, dit-on à Myrtô, de sorte que les autres sont devenus beaucoup moins exigeants.Et il paraît que, le prince a dans l\u2019idée beaucoup de réformes et d\u2019améliorations.: En dernier lieu, Myrtô entra dans une misérable demeure ou végétaient une jeune veuve, toujours malade, et ses deux petites filles.Le médecin était là, occupé à admonester l\u2019aînée qui se refusait absolument à se laisser faire une indispensable petite opération à son doigt malade.Elle se roulait en criant sur le sol de terre battue, et sa mère, désolée et fatiguée après de vaines instances, était tombée épuisée sur une chaise.\u2014Que voulez-vous, je reviendrai demain ! dit le médecin.Mais il sera peut-être trop tard.Myrtô tenta à son tour de décider la petite furie.Sa voix à la fois sévère et douce calma peu a peu l'enfant, mais celle-ci ne voulut consentir à l'opération que si Myrtô la tenait sur ses genoux.La jeune fille n\u2019hésita pas un instant à demeurer là, bien qu\u2019el'e sût qu'il lui restait à peine le temps indispensable pour regagner Voraczy et changer de vêtements.Quand l\u2019enfant fut pansée et tout à fait rassurée, elle s\u2019éloigna seulement, en hâtant le pas.Mais comme elle approchait, elle leva les yeux et vit la bannière princière qui s'élevait lentement au-dessus du château.Le prince Mileza arrivait à Voraczy.Myrtô ralentit ie pas.Maintenant, il ne\u2019 lui servait à rien de se presser, elle ne pouvait pas se présenter dans cette tenue de promenade, quelque peu poussiéeuse, devant lui qui tenait tant au décorum le plus strict.Elle entra par une porte de service, et gagna son appartement.Un quart d'heure plus tard, on frappa chez elle, et elle vit apparaître la comtesse Zolanyi.\u2014Eh bien! que vous est-il arrivé.Myrtô?Mon fils s\u2019est montré très surpris et mécontent de ne pas vous voir avec nous.\u2018 \u2014Je suis désolée, ma cousine! Mais je me suis trouvée retardée.\u2014Enfin, vous vous en expliquerez avec lui! Il a d\u2019ailleurs dit aussitôt: \u201cMyrtô n\u2019a pu être retenue que par un devoir.à moins qu'elle ne se soit trouvée souffrante!\u201d C\u2019est pour m'\u2019assurer de la non existence de ce dernier motif que je suis entrée chez vous en passant.Vous me voyez encore toute stupéfiée, Myrtô! Il est tellement changé! Le voilà redevenu le prince Milcza d\u2019autre- fois\u2014'e prince charmeur, comme on l\u2019appelait à Paris et à Vienne.ll semble plus jeune, 1l a dé- pouilié cette apparence glacée qui nous semblait < pénible, il s'est montré vraiment aimable pour tous.Je crois qu\u2019Irène doit avoir bien deviné.que l\u2019idée d'un second mariage n'est pas étrangère à cette transformation.Peut-être la vicomtesse de Soliers.Elle est fort bien, et surtout très intelligente, douée d'un esprit piquant.Enfin, nous verrons.Pour le moment, il nous suffit de noter les changements dont nous allons être les témoins.enchantés, du reste.Mon fils m'a informée que désormais le diner, auquel il prendra part, aura lieu dans la salle des Banquets, comme autrefois, mais sans la tenue du soir lorsque nous ne serons qu\u2019entre nous, car il tient, m\u2019a-t-il dit, à conserver à ce repas un caractère intime.Vous pourrez donc, Myrtô, vous habiller comme à l'ordinaire.L'avis était superflu, Myrtô n\u2019ayant qu\u2019une seu- la robe tant soit peu élégante, qu\u2019elle mettait chaque jour pour le diner et qui aurait fait pauvre figure près des robes ouvertes de ses cousines, si le prince Milcza avait voulu maintenir le grand apparat qui présidait jadis à ce repas du soir.\u2014 77 \u2014 Vol.17, No 12 Myrtô descendit quelque temps avant le dîner, dans l'intention de ranger son ouvrage qu\u2019elle se rappelait avoir laissé dans le salon où se tenaient d'ordinaire la comteese et ses enfants.La pièce n\u2019était, ce soir, que faiblement éclairée.En revanche, le salon voisin\u2014le salon des Princesses comme on le désignait\u2014se trouvait brillamment illuminé.Comme Myrtô achevait d\u2019enfermer sa broderie dans un sac à ouvrage, le bruit d\u2019une porte qui s'ouvrait dans ce salon la fit se retourner un peu.C'était le prince Milcza qui entrait.Non pas le prince Milcza jusque-là connu de Myrtô, mais celui du portrait vu par elle à Paris.Sa mère avait raison, il semblait rajeuni.Cette impression était-elle due à la coupe élégante de sa coiffure autrefois un peu étrange, à la recherche discrète de sa tenue, jadis simplement correcte et tout à fait éloignée de la mode, à son allure plus vive, plus décidee?.ou bien à l'expression adoucie de sa physionomie et à l\u2019absence de ce pli amer des lèvres, de cette sombre tristesse du regard que Myrtô avait encore remarqués, bien u\u2019atténués et intermittents, pendant la veillée e Noël?\u2018 Elle pouvait l\u2019observer à son aise, car il s'était arrêté au milieu du salon, en jetant un coup d\u2019oeil autour de lui.Et voici qu'elle n\u2019osait avancer, saisie d\u2019une gêne étrange devant oe prince Milcza si différent de l\u2019être souffrant et révolté qui avait si profondément ému son âme charitable.Mais il vit tout à coup la mince silhouette vêtue de noir qui se dessinait au milieu de la pièce voisine, dans la clarté atténuée.Il eut une exclamation joyeuse et s\u2019avança vivement, les mains tendues.\u2014Enfin, Myrtô! Savez-vous que j'ai fort envie de vous adresser des reproches?.Tout en parlant ainsi d\u2019un ton d'allégresse contenue, il s\u2019inclinait et portait à ses lèvres la main de la jeune fille.\u2014.Mais je vous laisse prononcer votre défense, ma petite cousine, je me suis refusé à vous condamner avant de vous entendre.Il souriait doucement en la regardant.Et elle retrouvait dans ce regard, mais plus intense encore, le rayonnement qui l\u2019avait frappé dans \u2018le portrait de l\u2019hôtel Milcza.11 Dominant l\u2019émotion profonde qui l\u2019étireignait, eke raconta alors le fait qui avait motivé son retard.\u2014Je me doutais qu'il devait exister un motif de ce genre, petite sainte Elisabeth.Dès lors, je n\u2019ose plus me plaindre de ma déception de tout à l'heure.\u2014Mais vous, Arpad?.votre épaule?\u2014Elle va maintenant aussi bien que possible.J'en ai extrêmement souffert ces jours derniers, c'est pourquoi j'ai dû remettre de quarante-huit heures mon retour\u2026 Voyons, venez un \u2018peu en pleine lumière.Myrtô, que je voie si votre mine est meilleure qu\u2019à Noël\u2026 Mais oui, je crois que ce séjour à Naples a été bon pour vous.à moins que ce ne soit déjà l'air de Voraczy qui ait produit son effet?; , \u2014Peut-être, dit-elle en souriant.J'ai éprouvé tant de contentement en m\u2019y retrouvant! \u2014Moi aussi, Myrtô.J'avais hâte de quitter Paris, de revenir dans cette demeure.malgré les souvenirs poignants que j'y retrouve.LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 Sa voix s'altéra un peu, et une lueur douloureuse traversa son regard.Les grands yeux de Myrtô exprimaient aussi une émotion profonde à cette évocation du passé si proche encore, à la vue de cette douleur paternelle, adoucie et résignée maintenant, mais qui existait bien toujours dans le coeur du prince Milcza.Mais la physionomie assombrie du jeune magnat se détentit aussitôt devant ce regard lumineux.Il dit, en serrant la petite main de sa cousine qu'il tenait toujours entre les siennes: \u2014Vous me faites du bien, Myrtô! Dans mes heures de découragement, de noire tristesse, je pensais à ma petite cousine si vaillante, si doucement gaie malgré les douloureuses épreuves qui ont assombri sa jeunesse.Dieu vous a accordé un grand don, Myrtô.Il a fait de vous une de ces fées bienfaisantes qui répandent autour d'elles la lumière\u2014la douce et rayonnante lumière de leur - âme pure.Les pauvres coeurs sonffrants en sont tout éclairés.Et c'est pourquoi tous les maiheu- reux vous aiment tant, Myrtô.Elle murmura en rougissant: \u2014Vous dites des folies, Arpad! Il eut un sourire ému en répliquant: \u2014Soit, admettons! Maintenant.Myrtô, il faut que jaccomplisse les commissions dont je suis chargé.Les dames Millon vous ont peut-être écrit que j'avais été les voir?\u2014Oui\u2026.Oh! combien vous avez été bon, Arpad! dit-elle avec un regard rayonnant de reconnaissance.Mes chers parents!\u2026 vous avez pensé à leur tombe! ; \u2014Mais c'était, il me semble, la moindre des choses!.Et j'ai eu grand plaisir à connaître cette emeure où vous avez vécu tant d'années, ces excellentes personnes qui vous ont été dévouées.\u2026.qui Ie sont toujours, du reste.Elles ont une admiration enthousiaste pour Mlle Myrtô, et je suis chargé de mille souvenirs affectueux.Le petit Jean m'a dit qu\u2019il viendrait vous voir.C'est un gentil enfant, un peu fluet.un peu pâlot\u2026 Il-m'\u2019a fait penser à mon pauvre chéri, qui aurait presque son âge cette année.De nouveau.l\u2019ombre douloureuse voilait les prunelles du prince Milcza.Avec une délicate adresse.Myrtô sut éloigner la pensée pénible qui ouvrait la blessure à peine fermée.Quand la comtesse et ses filles entrèrent, elles trouvèrent le prince Arpad appuyé à la cheminée.écoutant avec un intérêt amusé le réeit que Myrtô, assise en face de lui, faisait des enthousiasmes \u201cdémocratiques\u201d du géndre de Mme Millon.Myrtô put constater aussitôt, comme le lui avait dit la comtesse Gisèle, le changement du prince vis-à-vis de sa famille.Pour Irène seule, il conservait quelque chose de sa hautaine froideur d'autrefois.Non qu\u2019il fût affectueux, les rapports cérémonieux ayant existé jusqu'ici entre lui et les siens n\u2019ayant pas été propices à l\u2019éclosion de se sentiment, mais il ne montrait plus la glaciale indifférence d'autrefois, il leur témoignait même un intérêt aimable.Renat, surtout, fut de sa part l\u2019objet d\u2019une attention particulière.Appelant près de lui le petit garçon, il dit en posant sa main sur son épaule: \u2014Je m'occuperai maintenant de toi, Renat: Je LA REVUE POPULAIRE Bert SA q ao Co Wh ARAN] el yeild ty Montréal, décembre 1924 Vol.17, No 12 veux que tu deviennes un homme sérieux, digne du nom que tu portes.Renat baissa le nez d'un air craintif, et la comtesse Gisèle, dont la physionomie exprimait une sorte d\u2019effroi, balbutia: \u2014Mais, Arpad, je crains.Ce sera un grand ennui pour vous.Et vraiment je crois qu\u2019à l\u2019âge de Renat je puis encore.Le prince eut un sourire teinté d\u2019ironie.\u2014Rassurez votre tendresse maternelle, ma mere.Je ne renouvellerai pas pour Renat les corrections d\u2019autrefois\u2026 à moins qu\u2019il ne m'y oblige dans des cas graves.Autrement, je suis tout disposé à le traiter avec douceur et à m'attirer son affection.As-tu vraiment peur de moi, Renat ?ajouta-t«il en remarquant la mine craintive du petit garçon.\u2014Oui\u2026 un peu, balbutia Renat.- \u2014Quel petit sot tu fais! dit le prince avec une tape amicale sur la joue de son frère.Je suis sûr, au contraire, que nous nous entendrons tres bien.Qu\u2019en pensez-vous, Myrtô?\u2014Mais je le crois aussi, répondit la jeune fille avec un sourire encourageant à l\u2019adresse de Renat.La comtesse Gisèle ne paraissait aucunement persuadée, mais elle n'osa protester.Cependant, comme lt maître d'hôtel venait d\u2019annoncer le dîner, ele murmura, tout en posant sa main sur le bras que lui présentait son fils aîné : \u2014Vous ne le mettrez pas en pension, Arpad?\u2014Mais non, ma mère, 1l n\u2019est aucunement question de cela! Je vous en prie.ne vous inquiétez pas à ce sujet.Je trouve seulement qu\u2019il est bon, pour une nature difficile comme celle de Renat, d\u2019être dirigée par une main masculine.Mais je ne me permettrais jamais de prendre à son égard une mesure tant soit peu sérieuse sans votre complet assentiment.La physionomie de la comtesse se rasséréna à cette déclaration qu\u2019elle n\u2019aurait osé attendre de son fils.étant donné son froid despotisme d'autrefois.La salle des Banquets était magnifiquement éclairé\u201d.des fleurs couvraient la table garnie de merveilleuse porcelaine de Sèvres, de cristaux désespérément fragiles, d\u2019argenterie ciselée avec un art admirable.Myrtô allait s° glisser modestement vers le bas de la table.prés de Fraulein Rosa et des enfants, comme elle en avait coutume chez la comtesse Zolanyi.Mais le maître d\u2019autel l\u2019arrêta d\u2019un geste respectueux.\u2014La pläce de Votre Grâce est ici.Et il désignait la chaise placée à la droite du prince Milcza.Myrtô eut une seconde d\u2019hésitation.Ne se trompait-il pas?Qui donc avait donné cet ordre?Et la comtesse Gisèle ne serait-elle pas froissée de voir à la placé d'honneur la jeune parente toujours un peu traitée en subalterne?Mais Terka s'\u2019asseyait à la gauche de son frère et Irène, les lèvres un peu pincées, à la droite de sa mère.Myrtô prit donc place près de son cousin, et sa simplicité, sa naturelle aisance eurent vite raison de ce petit moment de confusion causé par l'attention dont le prince Milcza honorait la jeune parente pauvre qui vivait sous son toit.Combien il était changé! Il causait maintenant, et avec quel charme! I] racontait les impressions de ses voyages, il parlait de son séjour à Paris, des relations renouées, des livres lus, des concerts ou des pièces de théâtre entendus.Myrtô l\u2019écoutait avec un plaisir infini, bien qu\u2019elle ignorât la plupart des gens et des faits dont il parlait.Mais il sen apercevait aussitôt et la mettait au courant en quelques mots.Il n\u2019entendait pas, évidemment, que sa cousine demeurât tant soit peu en dehors de la conversation.On vint à parler de la vicomtesse de Soliers, que le prince avait à peu près certainement sauvée d\u2019un \u2018accident.Il dit avec un léger mouvee ment d\u2019épaules: \u2014{es jeunes femmes ne doutent de rien ! La vicomtesse avait choisi un cheval difficile, par pose, probablement.Ce sont là des imprudences qui peuvent entraîner les plus graves conséquences, non-seulement pour soi-même, \u2018mais encore pour autrui.\u2014Mme de Soliers est cependant une femme fort intelligente, dit la comtesse Gisèle.\u2014Oui, assez, je crois.Elle a surtout l\u2019esprit vif et piquant, elle cause bien.Avec cela, très musicienne douée d\u2019une jolie voix, assez expressive, C'est une personne agréable.pour ceux qui apprécient les femmes mondaines.Nous aurons sans doute sa visite et celle de son père, ct été.Ils doivent faire un voyage en Autriche et pousser jusqu'ici.pour me remercier encore, disent-ils.Ils m\u2019ont déjà accablé de témoignages de reconnaissance dont je suis réellement confus.Mais ce n\u2019était rien moins que de la confusion qui s'exprimait dans son regard.Un observateur y eut découvert une forte dose d\u2019amusement railleur.Et il accueillit par un sourire énigmatique cette réflexion de Terka: \u2014Îls vous doivent bien cette reconnaissance, Arpad, après l'immense service que vous leur avez rendu, et je crois qu\u2019ils ne peuvent faire trop pour vous le prouver.\u2014En effet, la reconnaissance est une grande vertu, et ce n\u2019est pas moi qui voudrais en détourner qui que ce soit, car mon âme en est profondément pénétrée, dit-il avec une soudaine gravité.En prononçant cs mots, il regardait sa cousine.Une teinte rose couvrit le teint si blanc, si délicatement satiné de Myrtô, ses longs cils s\u2019abaissèrent, voilant son regard confus.Elle ne vit pas le coup d'oeil malveillant que lui lançait Irène.Mais quelqu\u2019un l\u2019intercepta.Le \u201cprince Milcza devait être mainteant au courant des sentiments de sa soeur pour sa cousine Myrtô.Les sourcils soudain froncés, il demeura quelques instants silencieux, et lorsqu'il lui ariva.dans la soirée, d'adresser la parole à Irène.sa voix reprit pour elle la dureté, son regard, la glaciale froideur d\u2019autrefois.XIV La cadette des jeunes comtesses devait se trouver bientôt, dans tout Voraczy, la seule qui ne cédât pas au charme de Myrtô\u2014ceci, grâce à un incident qui eût pu avoir les suites les plus graves.Quelques jours après l\u2019arrivée du prince Milcza, Terka, sa cousine et Mitzi revenaient d\u2019une promenade dans le parc, lorsque, d\u2019un sentier transversal, surgit un homme hirsute et en haillons qui s\u2019élança sur Terka, un couteau à la main.C'était un fou furieux qui avait réussi à déjouer la surveillance des gardes de Voraczy, et s'était glissé dans le parc.Rg be 7) = CR ETA ut CLEA Mae CEOS AOR Aleit Eats) = ER RARES eee VA > ss Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 Mais avant qu'il edt pu toucher Terka, Myrtô était devant sa cousine, et ce fut elle qui reçut la.lame dans le bras.Un garde, qui se trouvait à la poursuite du malheureux, arriva heureusement à cet instant et le blessa d\u2019un coup de revolver.Myrtô, soutenue par Terka et par lui, put rentrer au château, mais, dans le vestibule elle s\u2019évanouit d'émotion et de faiblesse.Le prince et sa mère accoururent immédiatement, le docteur Hedaï fut appelé.Heureusement, la blessure n'avait pas de gravité.La physionomie angoissée du prince Arpad se détendit un peu à cette déclaration du médecin, et il baisa la main de sa cousine en murmurant: \u2014Vous voulez donc, Myrtô, que nous vous soyons tous redevabies?La comtesse Gisèle avait ardemment remercié sa jeune parente, et Terka, dont le coeur était bon et trés capable d'affection, n\u2019avait su de quelle façon lui témoigner sa reconnaissance.Myrtô devenait de plus en plus, à Voraczy, une personne d'importance, sans que sa simplicité, sa ravissante modestie en fussent altérées.Il n\u2019était plus question pour elle de remplacer Fraulein Rosa, le prince Arpad s'était catégoriquement prononcé sur ce sujet, un jour que Myrtô se trouvait seule avec sa mère et lui.\u2014J'autorise encore, pour vous faire plaisir, les leçons de violon, et aussi, si vous le voulez, la lecture à ma mère.Mais quant au reste, je m'y refuse absolument, Myrtô, et ma mère s\u2019est trouvée tout à fait de mon avis.-\u2014Oui, mon enfant, j'ai résolu de vous considérer comme une quatrième fille, ajouta la comtesse en pressant affectueusement les mains de Myrtô.\u2014Vous êtes trop bonne! dit la jeune fille avec émotion.Mais comment accepter de tout vous devoir ainsi\u201d.\u2014Vous êtes une petite orgueilleuse, Myrtô, dit le prince avec une douce ironie.Vous savez fort bien que vous faites partie de la famille, que vous nous êtes très chère, et que nous vous sommes infiniment redevables.Ailons, laissons ce sujet.Voici Terka déjà toute prête, et qui ouvre de grands yeux en se demandant ce que nous avons à causer ainsi au lieu d\u2019aller revêtir notre tenue de cheval.Car Myrtô apprenait l\u2019équitation avec son cousin pour professeur.Très souple, très adroite, elle avait fait de rapides progrès, et maintenant elle pouvait accompagner le prince et ses soeurs dans leurs promenades.Elle était la plus délicieuse amazone qui se pût rêver et lorsquelle paraissait surle perron du château, sa taille admirable dessinée par la robz de drap noir que lui avait offerte la comtesse, le petit chapeau à longue plume posé sur sa chevelure aux reflets superbes, Irène avait peine à éteindre la lueur furieuse de son regard.Mais il lui fallait se contenir en présence de son frère, car, ayant surpris deux ou trois fois la manière acerbe et maliveillante dont elle usait envers sa cousine, le prince Mileza l\u2019avait reprise avec une si cinglante dureté, qu\u2019elle en gardait encore une cuisante blessure d\u2019amour-propre.Son animosité envers Myrtô s\u2019en était accrue d'autant, mais elle la dissimulait \u2014ou du moins croyait le faire, car, pour le pénétrant coup d'oeil du prince, bien des choses ne passaient pas fhaperçues.: Les domaines des environs se peuplaient peu à peu, et, cette fois, le prince Milcza consentait à renouer des relations.Îl y avait, à Voraczy, quelques réunions, des promenades étaient organisées.Rien de très monadin, d\u2019ailleurs, Le prince avait nettement déclaré à sa mère qu\u2019il entendait seulement remplir les obligations de son rang, et qu'il ne voulait pas que les inutiles plaisirs du monde prissent une place dans sa vie., Myrtô était de toutes les réunions, elle avait été présentée partout, et l'admiration dont elle était l\u2019objet aurait grisé une âme moins fermement chrétienne que la sienne.Mais à ces succès flatteurs, elle préférait cent fois ses séances de musique avec Terka et le prince Arpad, ou les promenades à pied, à cheval et en voiture, au long desquelles son cousin et elle causaient sur tous les sujets, se rencontrant dans les mêmes pensées très hautes, vibrant aux mêmes admirations pour toutes les beautés.Le prince Milcza Paraissait apprécier infiniment l'esprit délicat de Myrtô, la finesse et la sûreté de ses jugements, la profondeur de son intelligence.Il avait accepté avec empressement de lui donner quelques conseils, au point de vue intellectuel, ainsi que Myrtô le lui avait demandé un jour avec sa charmante modestie accoutumée.\u2014Je suis très ignorante de beaucoup de choses, vous avez dû vous «nr apercevoir.et je ne voudrais pas cre votre cousine vous fit honte.\u2014Si Je ne vous connaissais si bien, Myrtô, je penserais que vous cherchez un conipiiaent, avait- il répliqué en souriant.Je me mets à votre entière disposition, trop heureux de la confiance que vous voulez bien me témoigner.Cette confiance en lui, Myrtô l'avait absoiue.Elle connaissait maintenant l\u2019élévation de son âme, la délicatesse de son coeur, quelque temps obscurcies par sa douloureuse maladie morale.Eile savait aussi que cette parole prononcée jadis par lui, en ce jour dont le souvenir la faisait encore frissonner: \u201cVous pouvez tout demander a votre cousin\u201d, n'avait rien d\u2019exagéré.Tout, même le pardon de Marca, la nourrice qui avait apporté la mort au petit Karoly.La malheureuse, chassée avec les siens de la demeure due à la générosité du prince Mileza, errait en proie à la misère.Eile était venue supplier la comtesse Zolanyi, mais celle-ci effrayée, n\u2019avait même pas voulu l'écouter et l\u2019avait fait renvoyer en disant: \u2014Si mon fils la voit, il est capable de faire quelque malheur! Marsa avait rencontré Myrtô, elle s'était jetée à ses pieds, et la jeune fille, émue, avait promis de parler pour elle.Ce n'était pas cependant sans quelque appréhension qu\u2019elle avait rempli sa promesse.Elle allait réveiller de douloureux souvenirs, se heurter sans doute à un violent ressentis- sement.Et, de fait, le prince, très pâle, le regard dur, l\u2019avait interrompue aux premiers mots.\u2014Je ne vous refuserai rien, Myrtô, sauf cela!\u2026 Sans cette misérable, mon bien-aimé serait encore en vie.\u2014Mais un chrétien doit pardonner, Arpad !\u2026 Et songez à la situation de cette pauvre femme, qui se trouvait sans nouvelles de sa mère et de son enfant malade?: \u2014Pas cela, Myrtô, pas cela, je vous en priel\u2026 \u2014 80 \u2014 \u2018 u Ne qi E pn it LA REVUE POPULAIRE .Montréal, décembre 1924 Vol.17, No 12 Ne comprenez-vous pas que vous me faites mal ?avait-il répliqué d\u2019un ton altéré.Elle n\u2019avait pas insisté et s'était contentée de prier.Le lendemain matin, après l\u2019avoir aidée à se mettre en selle pour la promenade a cheval presque quotidienne, il lui avait dit en retenant sa petite main entre les siennes: ,( \u2014J'ai donné des ordres pour que la famille de Marsa réintègre le logis d'autrefois.Vous voilà contente, Myrtô° \u2014Oh! Arpad! Son regard le remerciait mieux que toutes les paroles de reconnaissance, et le pli profond que la lutte contre son ressentiment avait creusé au front du prince, s'effaça aussitôt devant la radieuse lumière de ces prunelles veloutées.Au cours des promenades où il accompagnait ses soeurs et sa cousine, le prince Milcza s'arrêtait parfois.à la porte de quelque pauvre demeure.Les enfants s'enfuyaient, effarés, mais revenaient vite à la voix de Myrtô, bien connue de tous.Les pius grands gardaient les chevaux, tandis que les promeneurs penétraient dans le triste logis.Le prince interrogeait les habitants sur leurs besoins, sur leurs aptitudes, il caressait les petits enfants et montrait une si grande bonté que la crainte excitée par son apparition se dissipait peu à peu, grâce aussi, il faut le dire, à la présence de Myrtô que tous ces malhureux appelaient \u201cnotre ange\u201d.Elle se montrait très confuse des témoignages de gratitude dont elle était l\u2019objet, mais en revanche le prince Milcza paraissait prendre plaisir à entendre louer sa cousine.Il y contribuait du reste lui-même en faisant passer une partie de ses aumônes par les mains de Myrtô.\u2014 Tenez, Myrtô, vous remettrez ceci à un tel, disait-il en entrant dans le salon de sa mère.Si ce n\u2019est -pas assez, dites-le moi.Et j'ai pensé que l\u2019on pourrait donner la petite maison du bord du lac à ce vieillard qui a l\u2019air si honnête et si résigné.Qu\u2019en dites-vous, Myrt6?Rien n\u2019était fait sans l\u2019avis de Myrtô, elle avait voix prépondérante sur les décisions de son cousin.Avec le Père Joaldy et parfois Terka dont l\u2019indifférence se fondait peu à peu au contact de Myrtô, ils discutaient sur la fondation d'écoles ménagères, d\u2019ouvroirs, d\u2019asiles pour les vieillards et les infirmes.Le prince avait tracé lui-même le plan d\u2019un établissement destiné à recueillir les petits enfants abandonnés, et qui poterait le nom de son fils.Le Père Joaldy multipliait les actions de grâces, son régard rayonnait chaque fois qu\u2019en entrant, le dimanche, dans la chapelle pour dire sa messe, il voyait occupé le fauteuil princier si longtemps vide.Et le château tout entier sortait, avec une sorte d\u2019allégresse, de la torpeur où l'avait plongé la misanthropie de son seigneur.Avec l\u2019été, les réunions se multipliaient.Le prince Milcza avait accepté d'avoir à Voraczy quelques hôtes, entre autres son cousin Mathias Gisza.Le jeune comte était très empressé près de Myr- tô, au violent dépit d\u2019Irène, que les malicieuses remarques de ses amies exaspéraient encore.\u2014C'est ridicule de traiter comme l\u2019une de nous cette jeune fille qui est destinée à l\u2019existence la - plus modeste, maman! dit-elle un jour en voyant Myrtô plus jolie que jamais dans une toilette blanche très simple que lui avait offerte-la .comtesse Gisèle.Celle-ci regarda sa fille avec surprise.\u2014Comme l\u2019une de vous?.Tu sais qu'elle-méme m\u2019a prié de ne rien lui donner de luxueux, et ce n\u2019est pas ma faute si sa beauté pare la plus m~- deste des toilettes.Quant a une future existence modeste.Irène, je crois qu\u2019elle fera un brillant mariage.Les lèvres d'Irène se serrèrent nerveusement.\u2014FElle en est capable! dit-elle entre ses dents serrées, Mathias.ou Arpad, peut-être! \u2014Oui, Arpad.murmura la comtesse.Il faut que ce soit elle, cette irrésistible petite charmeuse, pour avoir détruit aussi promptement -sa farouche défiance.Il serait heureux avec elle.Irène bondit.\u2014Comment, vous accepteriez cela, tout simplement?Cette jeune fille sans le sou, cette enfant d'un artiste raté.\u2014Tu es ridicule, Irène, dit la comtesse d'un ton \u2018 fâché.Cette jeune fille est une Gisza, son père était de noble race, un peu déchue seulement, Elle est admirablement distinguée, exquise au moral et au physique.Je n\u2019aurai pas une pensée de blâme pour Arpad sil veut me la donner pour belle- ille.\u2014Tous en admiration devant elle! dit rageusement Irène.Ah! elle savait ce qu\u2019elle faisait l\u2019intrigante, avec ses mines pieuses et modestes, son affectation de dévouement! Malgré sa précédente expérience, le prince Milcza s\u2019y est laissé prendre encore.\u2014[rène, tu ne dois pas parler ainsi! s\u2019écria la comtesse d\u2019un ton sévère, bien rare chez elle, Myre tô a préservé la vie de ta soeur au péril de la sienne, elle est pour nous tous dévouée et affectueuse.Un bruit de pas au dehors linterrompit.Le prince Milcza entra avec son cousin et demanda, en s\u2019asseyant près de sa mère: \u2014Myrtô n'est pas encore descendue?\u2014Si elle est dans le salon de musique avec Terka\u2026 Les voici.\u2014Arrivez, Mesdemoiselles! dit gaiement le come te Gisza en faisant quelques pas au-devant des jeunes filles.Le prince Milcza va vous annoncer deux importantes nouvelles.\u2014Oh! importantes! dit le prince avec un léger mouvement d\u2019épaules.\u2014Voyez ce dédaigneux! Que vous faut-il donc, mon cher?\u2014Bien d'autres choses je vous assure I.Voyons, je ne veux pas faire languir les curiosités que vous venez d\u2019éveiller, Mathias.Voici les nouvelles.Tout d\u2019abord, l'archiduc Frangois-Charles qui m\u2019honorait autrefois de son amitié et que j'ai retrouvé cet hiver, à Paris, m'informe qu'en gagnant son domaine de Schancz, dans une quinzaine de jours, il s'arrêtera une journée Îci.\u2014 Vraiment, Son Altesse veut bienl.s\u2019écria la comtesse Gisèle d\u2019un air ravi.\u2014Seconde nouvelle, continua le prince avec la même tranquillité.Le comte de Lorgues-et sa fills seront ici la semaine prochaine.\u2014Ah! vraiment! dit Irène d'un ton de vive satisfaction.Tout cela va amener du mouvement à Voraczy, vous serez obligé de donner des fêtes, Arpad.ES \u2018 TR 1 PIT A PN Age BN Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1624 \u2014Ne vous réjouissez pas, Iréne, interrompit le prince d\u2019un ton railleur.Je donnerai une grande réception en l'honneur de Son Altesse, ceci est a peu près obligatoire, mais ce sera tout, mettez- vous bien cette idée dans la tête M.de Lorgues trouvera de quoi réjouir son âme d\u2019érudit dans la bibliothèque de Voraczy, Mme de Soliers se contentera de simples petites réunions et de promenades.Je n'ai jamais eu l\u2019idée de rien changer pour eux à nos habitudes.\u2014 Vous désolez cétte pauvre Iréne, Arpad! dit le comte Mathias avec un sourire malicieux.Il est certain que, dans cet admirable cadre de Vo- raczy, les grandes fêtes sembient tout indiquées.Qu\u2019en dites-vous, ma cousine\u201d Et.attirant une chaise à lui.il s'\u2019asseyait près de Myrtô.Les sourcils du prince Milcza eurent un bref froncement, et.avant que Myrtô eût pu répondre, il dit avec une sorte de sécheresse impérieuse: \u2014Myrtô n'est pas une mondaine, heureusement.elle ne désire que la tranquillité.Du reste.son deuil n\u2019est pas terminé, elle ne pourrait participer à ces grandes réunions que vous paraissez désirer autant qu\u2019Irène, Mathias.\u2014Oh! pas tant que cela! dit le jeune officer sans sapercevoir de l'ironie contenue dans le ton de son cousin.Je me trouve fort bien ainsi, du moment ou cela vous plait A tous.Avec ou sans fêtes, Voraczy est pour moi un Eden.Les lèvres du prince Arpad frémirent un pau.il se détourna pour adresser une observation 1m- patiente à Renat qui entrait\u2026 Et, les autres hôtes de Voraczy arrivant pour le thé, la conversation changea de sujet.On demanda à Myrtô un peu de musique.Le prince Milcza se leva aussitôt en disant qu'il accompagnerait sa cousine.Ils s'éloignèrent vers le salon de musique, et Myrtô ouvrit une petite ar- Mmoire ancienne pour y choisir un morceau.\u2014Que jouons-nous, Arpad?\u2014Ce que vous voudrez Myrtô.Nous mêmes goûts, vous le savez.Il s'interrompit, ses traits eurent une crispation douloureuse.Un morceau de musique venait de glisser à terre.et c'était celui qu\u2019avait préféré le petit Karoly, celui qu'il demandait toujours avant tout autre.Mon petit chéri.mon petit aimé' murmura- t-il.Le doux regard de Myrtô enveloppa sa physionomie altérée, la petite main de la jeune fiile saisit la sienne\u2026 Mais il la repoussa en disant d\u2019un ton sourd et irrité: \u2014Vous me plaignez.oui, c'est cela seulement, de la compassion.Toute saisie, un peu pile, elle le regardait sans comprendre.Il lui prit tout à coup les mains en murmurant: \u2014Pardonnez-moi, Myrtô, je souffre! Je suis un ingrat, car, quoi qu'il arrive, vous aurez été pour moi une bienfaisante lumière.Il s\u2019interrompit, Terka et le prince Gisza entraient.Au hasard, Myrtô prit un morceau et se dirigea vers le piano, l\u2019âÂme émue et un peu angoissée.XV avons les Mme de Sotiers et son père se trouvaient de- ouis-huit jours les.hôtes du prince Milcza.Tous deux étaient tombés en admiration devant les merveilles de Voraczy.Lui avait peine à s'arracher de la bibliothèque et dela galerie qui contenait d'in- appréciabies collections ; elle.parcourait les pièces de réception.se grisant de ce luxe artistique, dép:orant avec Irène et quelques autres mondaines, que l\u2019on ne pût décider le prince Arpad à donner quelques-unes de ces merveilieuses fêtes qui avaient réuni ici.du temps de la princesse Alexandra, la noblesse hongroise et autrichienne., \u2014 Il parle maintenant de n'en pas offrir même à l'occasion de la visite de larchiduc ! disait Irène.I! paraît s'assombrir, depuis quelque temps.\u2014Et il est impossible de vaincre sa volonté ! ajouta la vicomtesse d\u2019un ton vexé.J'ai bien essayé d'insinuer que je serais charmée de voir une de ces fêtes, mais 1° m\u2019a répondu très froidcment qu'il n'avait plus le goût des grandes réunions mondaines.Je n'ai pas osé insister, car, franchement, comtesse, votre frère est très intimidant quand il prend cet air-là.\u2014A qui ke dites-vous! murmura Irene avec une sourde colere.\u2014C'est vrai.ma chère comtesse.vous ne pa- .raissez pas être dans ses bonnes grâces.Il n'est pas précisément aimable pour vous, je l'ai remarqué.-\u2014Oui\u2026 et à cause de cette Myrtô! dit Irène avec une sorte de rage.\u2014Comment cela?interrogea la vicomtesse avec un empressement curieux.\u2014 J'ai montré trop franchement mon peu de sympathie pour elle, cela a suffi pour que je sois bonne à pendre aux yeux du prince, qui ne voit plus au monde que sa cousine.Elle a pris sur lui l'influence que possédait ie petit Karoly, mais une influence bien augmentée, car il résistait a l'enfant et lui imposait à l'occasion sa volonté, tandis qu'il ne refuse rien à Myrtô.Ah! elle n'aurait qu\u2019un mot à dire, elle, pour obtenir toutes les fè- tes qu\u2019elle voudrait! Mais elle s'en garderait bien, parce qu\u2019elle sait que c\u2019est son affectation de simplicité, de sérieux et de pitié qui a pris au piège le prince Milcza.La jeune veuve secoua la tête.\u2014Affectation est de trop.comtesse.Malheureusement pour.vous, Mlle Eylanni est sincère.admirablement sincère, et c\u2019est ce qui fait sa force et son charme irrésistible.Voyez-vous, il n\u2019y a guère à espérer que le prince Milcza change d\u2019avis.Je m\u2019étonne seulement que leurs fiançailles ne soient pas déjà chose accomplie.\u2014I1 ne s'agit peut-être, après tout, de la part du prince, que de témoignages de reconnaissance très exagérés pour ce qu'il croit devoir à Myrtô.Mme de Soïiers eut un sourire ironique.\u2014Ne cherchez pas à vous bercer d'illusions, comtesse.La reconnaissance n\u2019a que fort peu à voir dans les sentiments de votre frère à l'égard de sa cousine.Vous avez certainement remarqué aussi bien que moi la transformation de son regard losqu\u2019il se pose sur elle, l\u2019intonation parti- \u2018 culière de sa voix lorsqu'il s'adresse à elle?Hier, je ne sais à quel propos, une ombre était tombée sur sa physionomie, un pli barrait son front.Sa cousine entre, elle le regarde \u2014Quels yeux admirables elle a, si profonds, et si pleins de lumière] \u2014Aussitôt, plus d\u2019ombre, un visage soudain éclairé\u2026 Autre symptôme: il s\u2019assombrit chaque fois qu\u2019il voi£ s'empresser près- d'elle le comte Gisza, Vol.17, No 12 ou Miheli Donacz, votre jeune et déja célédre poète national, qui a chanté Mlle Myrtô en des vers délicieux.Enfin, maints détails m\u2019ont révélé, depuis ces huit jours, ce que vous savez aussi bien que moi : l'amour profond, souverain du prince Milcza pour sa cousine.En remontant dans son appartement après cette conversation avec lrène, la vicomtesse songeait.un sourireemoqueur aux lèvres: \u2014Hum ! la petite comtesse est furieusement jalouse de sa cousine! Elle a de la chance, cette jolie Myrtô ! Elle aura vraisemblablement à choisir entre le poète, le comte Gisza et le prince Mileza.Naturellement ce sera ce dernier\u2026 ; Les lèvres de Mme de Soliers eurent un petit pli d\u2019amertume tandis qu\u2019elle murmurait: ~ Il est si bien, et si parfaitement grand seigneur!\u2026 Princesse Milcza\u2026 et une fortune fabuleuse\u2026 Mais il est inutile de lutter contre elle, Je l\u2019ai compris dès le premier jour, en voyant cette créature ravissante de corps et d'âme.j'attendrai.la visite de l\u2019archiduc, puis nous quitterons aussitôt cette demeure, car il me sera dur\u2026 très dur de rester ici sans espoir.aenontsorenssennecane0n0 0028 aocvausescons tascnesstores sevessseen tone usaens avououuso2oens Myrtô, assise devant son petit bureau, venait d'achever d'écrire aux dames Millon.Et maintenant, un peu renversée sur sa chaise, elie laissait son regard se perdre dans la profondeur bleue de l\u2019horizon qui lui apparaissait par la fenêtre ouverte.Elle éprouvait depuis quelque temps uM peu de lassitude, morale surtout.Malgré tout, Une atmosphère de mondanité régnait à Voraczy, et Myrtô y avait été jusqu'ici si peu accoutumee, qu\u2019elle en ressentait, à certains instants, Une sorte de fatigue.Elle réussissait à la dissimuler \u2014 sauf peut-être au coup d'oeil perspicace et toujours en éveil du prince Milcza\u2014mais ici, elle laissait quelques instants ses nerfs se détendre et son esprit se reposer dans une songerie pal- sible.| Elle pensait à ses chers pauvres, au Vieux Casimir qui allait mourir, à la petite Marcra dont la frêle santé serait bientôt remise, grace a la ge- nérosité du prinæ Arpad\u2026 Et une ombre voilait ses yeux tandis qu'elle songeait au pli soucieux remarqué depuis quelque temps sur le front de son cousin, à sa visible préoccupation, à une sorte d'angoisse traversant parfois son regard.I! souffrait toujours.il luttait sans doute contre ses déchirants souvenirs.Un coup léger, frappé a la porte, fit un peu tressaillir Myrto.C'était la comtesse Zolanyi, l'air ému et ravi.\u2014J\u2019ai à vous parler, ma chère enfant, dit-elle en se laissant tomber sur un fauteuil après avoir fait signe à Myrtô de ne pas se déranger.Je viens ici en ambassadrice\u2026 ou plus exactement, je remplace votre chère mère.Il s'agit, en effet, de.deux demandes.en mariage.\u2026 | Myrtô eut un vif mouvement de surprise et son teint s'empourpra un peu.\u2014Des demandes en mariage?pour moi?dit- elle d\u2019un ton incrédule.\u2014Mais oui, pour vous, Myrtô! Pourquoi sem- blez-vous si étonnée?; «C'est que je suis sans dot, ma cousine, et je croyais.co 83 \u2014 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 \u2014I1 y a encore des gens désintéressés, qui apprécient la beauté morale et physique au-dessus de l\u2019argent.Le prince Milcza a reçu la confidence de Miheli Donacz, et il m\u2019a chargé de vous présenter la demande de ce jeune poète, déjà une de nos gloires nationales et qui souhaite ardemment vous faire partager les honneurs qui l\u2019attendent.C\u2019est un noble caractère, vous avez pu le juger, du reste.Déjà riche, il appartient, en outre, à une vieille et honorable famille, et il est excellent chrétien.\u2014Oui, je le sais, et j'estime profondément ses grandes qualités, murmura Myrtô.Pourquoi, soudain, une tristesse étrange, une mystérieuse angoisse l'envahissaient-elles?\u2014L'autre demande m'a été faite par le comte Gisza.Vous avez pu, lui aussi, l\u2019étudier et le juger.C\u2019est un charmant garçon, riche, suffisamment sérieux, très esimé comme officier.Il vous admire et vous aime.Myrtô, et son oncle, qui lui a servi de père, lui donne son consentement, après m'avoir écrit à ce sujet.Myrtô, un peu pâle maintenant, baissait les yeux en froissant d'un mouvement inconscient ses petites mains sur sa jupe blanche.| \u2014Je ne vous demande pas une réponse immédiate, mon enfant, vous réfléchirez tant qu\u2019il vous plaira, continua la comtesse.Vous choisirez en toute indépendance, et je crois que l\u2019un ou l'autre de ces deux partis eût été pleinement approuvé par votre mére.Myrtô leva les yeux, elle dit d\u2019un ton calme et résolu: \u2014Je crois, ma cousine, qu\u2019il est inutile de laisser M.Donacz et le comte Gisza dans l'incertitude, du moment où je suis certaine, demain comme aujourd'hui.de leur répondre par un refus._\u2014Myrtô!.\u2026.est-ce possible! balbutia la comtesse.]! faut absolument réfléchir, mon enfant.Que leur reprochez-vous, voyons?\u2014Rien, oh! rien! Jadmire leur désintéressement, vous le leur direz en les remerciant.mais je dois vous avouer, ma cousine, que mon coeur est complètement froid à leur égard.\u2014 Petite ingrate!\u2026 eux qui vous aiment tantl.Ce pauvre Mathias!\u2026 Vous voulez donc le désoler.Myrto?\u2014J'en suis au regret.Mais il se consolera, ma cousine.Et il est plus loyal de lui entever dès maintenant tout espoir.\u2014Je n\u2019ose insister, mon enfant.Du moment où votre coeur ne parle pas, je comprends.Mais je suis peinée du chagrin que je vais lui causer.\u2014Moi aussi, dit Myrtô avec émotion.Mais cependant, il m'est impossible d'agir autrement.Pardonnez-moi, ma bonne cousine, l'ennui dont je suis cause pour vous! \u2014Je n\u2019ai rien à vous pardonner, ma pauvre petite! Je regrette seulement que vous ne puissiez trouver votre bonheur dans l\u2019un de ces excellents partis.Allons, mignonne, embrassez-moi, et n'en parlons plus.Mathias partira ce soir, vous n\u2019aurez pas ainsi l'embarras de le revoir.Elle baisa le front de la jeune fille et s\u2019éloigna.Quelques instants, Myrtô demeura immobile et songeuse\u2026 La bizarre angoisse ressentie tout à l'heure ne s'évanouissait pas.Pourquoi la communication de la comtesse Gisèle lui produisait- elle cet effet, puisque la demande de ces deux PRE EE OUR GEL: \u2018 2 igri Li tlie i Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 jeunes gens, si flatteuse qu\u2019elle fût pour une jeune fille sans fortune, la laissait entièrement froide?Myrtô se leva d'un mouvement résolu.Elle était accoutumée à réagir contre les impressions vagues, à ne pas s'engourdir dans d\u2019inutiles réveries.Ayant jeté un coup d'oeil sur sa coiffure, elle descendit, car l'heure du thé approchait.Au lieu de gagner directement le salon des Princesses, où se réunissaient à cette heure les ho- tes du château, elle entra dans le salon de musique pour chercher une Berceuse, oeuvre du prince Milcza, qu\u2019elle avait jouée la veille avec lui pour la première fois, et quelle souhaitait revoir seule tout à son aise pour en mieux détailler les délicates beautés et la pénétrante expression.Près d\u2019une des portes-fenêtres ouvrant sur la terrasse, Irène se tenait debout, les traits durcis et Je regard sombre.Elle enveloppa sa cousine d\u2019un noir coup d\u2019oeil et dit d\u2019un ton sifflant : \u2014Eh bien! il paraît que vous faites la dédaigneuse, mademoiselle Elyanni?Un Miheli Do- nacz, un comte Gisza ne vous suffisent pas! Vous rêvez sans doute mieux que cela?\u2014Je ne réve rien du tout, répliqua froidement Myrtô.Je n'ai jusqu'ici jamais beaucoup pensé au mariage, étant si jeune encore et\u2019 sachant que mon manque de dot pourrait étre un obstacle.mais ce que je sais, c'est que M.Donacz et le comte Gisza, malgré leurs très réelles qualités et l\u2019estime dans laquelle je les tiens, me sont trop indifférents pour que j'aie eu un seul d\u2019hésitation.Iréne eut un petit rire bref et sardonique.\u2014C\u2019était bien la peine, vraiment, qu'ils vous entourent de tant d\u2019'hommages, que Miheli Do- nacz chante la jeune Grecque et ses yeux de lumière.que le comte Mathias délaisse pour vous le château de son oncle, où l\u2019on donne des fêtes si exquises! Vous êtes un coeur de marbre, Myrtô! Elle rit de nouveau et s'avança lentement vers le milieu du salon, tandis que Myrtô dominant l\u2019impatience irritée qui la gagnait, se penchait vers un casier a musique.Enfin, à défaut de votre mariage, je crois que nous en aurons un autre, continua tranquillement Irène.J'ai idée que le prince Milcza.Il vient de s'en aller du côté des serres avec Mme de So- liers, soi-disant pour lui montrer je ne sais quelle plante qu\u2019elle désire connaître.Mais il semblait très ému, très anxieux.Je pense, Myrto, qu'il y aura ce soir une fiancée à Voraczy.Myrtô se redressa brusquement, aussi blanche soudain que sa robe, ses yeux un peu dilatés se posèrent sur Irène\u2026 .\u2014FElle! Oh! vous croyez?dit-elle d'une voix étouffée.\u2014 Mais, certainement! Pourquoi semblez-vous 4 étonnée, Myrtô ?Ne fera-t-elle pas une char- raante princesse\u201d Elle est fort gracieuse, et si in- teitigente! Je m'explique maintenant le séjour du prince à Paris, et sa transformation si complète.\u2014Mais pourtant, il ne paraissait pas.il est plutôt froid pour elle.Elle est trés mondaine.dit Myrto.Sa voix lui paraissait étrange, comme très loin- taime, une sorte de broui!'lard passait devant ses yeux.\u2014Oh! il saura l'habituer à ses goûts, et comme elle en est fort éprise, elle se pliera volontiers à .ee qu'il voudra.Je pense qu'il sera très heureux, instant et nous aurons une aimable belle-soeur qui egayera tout a fait cette demeure.10 Myrtô se pencha de nouveau vers le casier et aftira à elle au hasard quelques morceaux de musique.Irène l\u2019enveloppait d\u2019un regard de satisfaction méchante, elle semblait noter la pâleur dece teint admirable, le frémissement des petites mains dont la forme idéale et la finesse avaient si souvent fait son envie.Mais un appel de sa mére lui fit quitter le si- lon.Myrtô remit alors en place les morceaux quelle fzuilletait machinalement, ne se souvenant même plus de ce qu\u2019elle cherchait.Elle sortit sur la terrasse, descendit les degrés et, toujours machinalement, se dirigea vers le parc.Les paroles d\u2019Irène bourdonnaient singulièrement dans son cerveau.\u201cJe crois, Myrtô, qu'il y aura ce soir une fiancée a Voraczy.\u2019'.Jamais elle n'aurait pensé.non, jamais! Pourquoi donc cette supposition d\u2019Irène l\u2019avait- elle si profondément surprise et troublée?H n'y avait cependant rien détonnant à ce que le prince Milcza, guéri de sa longue crise morale, cherchât à se refaire un intérieur.Seulement, il semblait bizarre qu\u2019il eût choisi cette jeune femme très mondaine.Il avait été séduit sans doute par son intelligence, par la vivacité de sa physionomie et le piquant de son esprit, par les délicates flatteries qu'elle ne lui ménageait pas.Lo Cependant, il- se montrait simplement pour elle, comme pour tous les hôtes féminins de Vo-\u2026 raczy, un maître de maison.très .courtois, sans rien de plus.Aucun empressement, aucune sympathie méme.2 Mais il n\u2019aimait peut-être pas à laisser voir ses sentiments, il les ferait connaître seulement à l\u2019é- ue.: Myrtd s'en allait comme en un rêve, les pensées s\u2019entrechoquaient dans son cerveau.Elle se trouva tout à coup devant le temple grec, elle gravit les degrés et s'arrêta sur le péristyle.Elle se trouvait près de la colonne où il était appuyé au moment où allait se consommer son crime.Et la pensée de cette scène, de l'émotion poignante de ces instants saisit Myrtô, l\u2019envahit, la pénétra de douceur et d\u2019amertume immense.- .Elle ouvrit la porte du temple.Une aïeule du prince Arpad avait fait de l'intérieur un sane- tuaire dédié aux saints patrons de la.Hongrie.Leur effigie était 13, taillée dans le marbre.Entre tous, Myrtô vénérait la sainte duchesse de - Thuringe, et ce fut devant elle qu\u2019elle.alla sage- nouiller, ce fut vers son doux visage qu\u2019elle léva ses yeux suppliants.Que demandait-elle ainsi?Elle ne le savait pas exactement.elle souffrait, et elle implorait le secours.Peu a peu, quelque apaisement descendit en elle.Le compatissant regard de sajnte Elisabeth versait un réconfort syr son coeur bouleversé par un mystérieux émoi.Elle joignit les mains en - murmurant avec ferveur: \u2014Ma chère sainte, priez pour lui!\u2026 Qu'il soit - heureux, que sa chère âme, surtout, soit sauvée.\u201d Son bonheur est mon bonheur, je Sens que je.l\u2019achèterais avec joie par une grande souffrance.Elle se releva et sortit du petit temple.L'heure s\u2019avançait, on devait s'étonner là-bas de soh ab sence.\u2014 8G Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 \u2014\u2014 Mais elle s'arrêta encore sur le péristyle.De nouveau, le souvenir de ce qui s'était passé là, l\u2019étreignait, à la fois douloureux et si doux.\u2018 Combien, depuis lors, il avait su délicatement jui témoigner sa reconnaissance! Car elle avait compris qu\u2019il ne la remerciait pas seulement de son dévouement pour son fils, mais plus encore, peut-être, de son intervention en cette minute tragique qui allait décider de son éternité.C'était par reconnaissance qu'il l\u2019entourait d'attentions chevaleresques, par reconnaissance\u2019 qu'il se montrait si empressé à prévenir tous ses désirs charitables, par reconnaissance encore qu\u2019il mettait tant de charme pénétrant dans son regard et dans sa voix, qu\u2019il les adoucissait si bien pour elle comme autrefois pour Karoly.Elle lui avait fait du bien, il le lui avait dit plusieurs fois.Ne devait-elle pas remercier Dieu d'avoir été choisie comme l'instrument bien humble et bien imparfait, dont Il s'était servi pour donner un peu de paix à cette âme révo!tée?\u2026 Maintenant, une autre continuerait la tâche.L'épouse aimée pourrait beaucoup si elle savait comprendre cette âme vibrante sous son apparence altièra et froide, ce coeur qui avait, unies à une virile énergie, des délicatesses presque féminines, - et d'immenses ressources d'affection, comme l\u2019avait prouvé son ardent amour paternel.Dans l'esprit de Myrtô se dessina la mince silhouette de Mme de Soliers, son fin visage souriant et spirituel, au regard mobile, souvent moqueur.\u2014Le comprendra-t-elle?Le rendra-t-elle heureux?Un étonnement lui demeurait que le prince eût choisi cette jeune femme\u2026 Et pourtant, Irène avait raison, ceci expliquait son séjour à Paris, et le changement qui avait fait du père désespéré un homme jeune et charmeur comme autrefois.Elle le revoyait là, assis au bas de ces degrés, près de la chaise longue de son fils.Combien 1l était sombre et froid!\u2026 Et cette volonté tyrannique dont Myrtô, comme les autres, avait senti souvetn le poids.Et cette scéne a propos de Miklos.Tous les souvenirs de ses dix-huit mois lui revenaient, tour à tour, poignants et doux, tandis que les larmes montaient lentement à ses yeux.Et de nouveau elle oubliait l'heure, elle laissait s\u2019écouler les minutes dans ce retour vers le passé.Le soleil, déjà bas sur l'horizon, enveloppait d\u2019une clarté rose la jeune fille vêtue de blanc qui s'appuyait à la colonne de marbre, évoquant dans sa pure beauté grecque, la pensée d\u2019une jeune prêtresse de Minerve Athénée.Dans les grandes prunelles noires flottait une souffrance profonde, mais aussi une calme résignation.Un cerne léger s\u2019était formé sous les yeux de Myrtô.et sa tête charmante se penchait un peu, comme si elle avait peine à supporter la lourde chevelure teintée d\u2019or fauve per les rayons du soleil.Aux alentours du temple, le sol était couvert d\u2019un épais gazon qui étouffait le bruit des pas.Comme Myrtô l'avait fait un jour, quelqu'un apparaissait inopinément au tournant du temple.Mais cette fois \u201cc'était lui\u201d.Elle eut un brusque mouvement et palit encore davantage.Déja, il escaladait les degrés et s\u2019avançait vers clle\u2026 1 = -\u2014 py \u2014Myrtô, que vous arrive-t-il?Nous étions in= quiets, là-bas, je suis parti à votre recherche.Il s'interrompit et posa son regard sur celug de sa cousin?.\u2014Vous avez pleuré.Myrtô?.Qu\u2019avez-vorsr Il se penchait et lui prenait la main, en fai sant ces questions d'une voix anxieuse.\u2014Oh! Ce n'est rien!\u2026 Quelques idées noires\u2026 \u2018murmura-t-elle en essayant de sourire., Mais ce n\u2019était pas le si joli, si rayonnant sous rire de Myrtô.Cezui-là était triste, presque nae vrant.\u2014Des idées noires noires?\u2026 Lesquel'es?.\u2026 dites, Myrtô?Elle baissa les yeux pour éviter ce regard douse cement impérieux, et dit, dune voix un peu tremblante: \u2014Cela ne vaut pas ia peine.Non, réellement Arpad.\u2014Vous ne voulez pas me dire ce qui vous totr= mente?N\u2019avez-vous pas confiance en moi, Myr tô?.\u2026.Cette confiance, je l'ai cependant envers vous.Les lèvres pâlies de Myrtô eurent une légère crispation.1] y avait pourtant quelque chose qu\u2019il lui avait caché, comme aux autres.\u2014\u2026Non, vous ne voulez pas, Myrtô?Elle secoua négativement la tête, incapable de parler, car sa gorge se serrait soudain.Les traits du prince Milcza se contractèrent un peu, il demeura un instant silencieux, considérant le pâle visage environné d'une lueur rosée.Puis il dit tout à coup, d'une voix où passaient des vibrations altérées! \u2014Ma mère vous a-t-elle fait une communication relative à.des demandes en mariage?\u2014Oui, dit-elle d'un ton lassé.Je regrett: vraiment que le comte Mathias et M.Donacz aient songé à moi.Je suis confuse d\u2019être l'objet d'un tel désintéressement, et de ne pouvoir répondre à leur demande que par un refus.\u2014Un refus! murmura-t-il.Sa physionomie se détendait, son regard inquiet et assombri séclurait soudain.\u2014Vous n\u2019avez pas réfléchi\u201d.vous avez d.t non ainsi, tout de suite?\u2014Oh! oui! dit-elle avec le méme accent de lassitude, je n'ai pas du tout l\u2019idée de me marier.Non, vraiment, je n'ai pas hésité un instant, et je n'en ai aucun regret.\u2014Myrtô, écoutez-moi.\u2026 Elle leva les yeux et le vit en proie à une émotion difficilement contenue.\u2014.Je devais vous parler demain, après avoir connu votre réponse à ces demandes.Mais puisque je sais dès maintenant, je puis vous le dire, Myrtô.qu\u2019un autre sollicite le bonheur de devenir votre époux.un autre qui vous aime\u2014il ose l\u2019assurer\u2014p.us que quiconque au monde.Vous avez été pour lui le rayon de lumière, la discrète consolatrice, mais il voulait pius que votre compassion, il s\u2019est efforcé de redevenir jeune pour ne pas offrir à vos dix-huit ans un fiancé vieilli moralement et physiquement.Voilà pourquoi il s'est imposé cet exil de plusieurs mois loin de vous afin de vous montrer un prince Milcza transformé.Et si j'ai attendu si longtemps avant de vous parler ainsi, Myrtô, si jai enduré les plus douloureuses angoisses en laissant d\u2019autres solliciter avant moi votre main, c'est que je vou- PER PRIT fait fi Lui iE REGRET ST TE | Aya \u2018 Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 lais vous permettre de comparer, de choisir à votre gre, c'est que je ne voulais pas m'imposer a votre inexpérience de la vie, à votre coeur si admjrablement charitable, et capable, par compassion pour une âme souffrante, d'accomplir un sacrifice.Les yeux baissés, ses longs cils frôlant sa joue.devenue toute rose.elle écoutait, se demandant si elle rêvait, si c'était bien sa voix, chaude et vibrante, qui prononçait ces paroles dont chacune faisait tressaillir son coeur.\u2014Maintenant, Myrtd.dites-moi si vous voulez devenir ma femme?.Dites-le-moi en toute indépendance.je ne veux pas de pitié, pas de sacrifice, comprenez-moi bien?\u2014Arpad ! D'autres paroles n'auraient pu sortir de sa gorge serrée par l'émotion immense, le bonheur inexprimable qui l'envahissait soudain, mais ses grands yeux levés vers le prince lui révélaient.mieux que les mots n'eussent pu le faire, combien le coeur de Myrto lui appartenait sans réserve.\u2014Merci, Myrtô.ma Myrtd! Il posa longuement ses lèvres sur les mains de la jeune fille, et ils demeurèrent quelques instants silencieux, trop radieusement émus pour prononcer une parole.\u2014Myrtô, ma lumière! Il avait le même accent fervent que Mme Elyanni lorsqu\u2019elle avait appelé ainsi sa fille, Ja veille de sa mort\u2026 Et, comme alors aussi, Myrtô protesta : .\u2014Arpad, ne dites pas cela! Je ne suis rien\u2026 \u2014Si, je le dis, je le répète! Dieu a mis en vous.en votre âme si pure, un admirable reflet de sa lumière.I! a permis que vous soyez son intermédiaire près d\u2019un pauvre pécheur révolté contre Lui.J'ai ressenti votre influence dès les premiers moments où je vous ai connue, Myrtô; elle me pénétrait peu à peu, et moi, qui avais juré une éternelle défiance à toutes les femmes.j'essayais de m\u2019y soustraire en mettant.par ma froideur et ma dureté, une plus grande distance entre nous.Vous m'avez dit, Myrtô, que j'étais jaloux de l\u2019affection de mon fils pour vous.C\u2019est vrai.Mais surtout, je me révoltais devant ce charme qui attirait à Vous tous les coeurs.devant la droiture, la délicieuse simplicité.la bonté incomparable de cette petite âme vaillante\u2026.Et savez-vous, Myrtô, de quoi je vous ai le plus admirée?C\u2019est de votre bravoure, de votre intrépidité devant moi, qui ne voyais que fronts courbés et adhésions serviles à toutes mes volontés, celles-ci fussent- elles des injustices.\u2014Vous aviez pourtant bien envie de me chasser de Voraczy?dit Myrtô avec un doux sourire un peu malicieux.Sans Karoly.\u2014Myrtô, qu'\u2019ai-je été envers vous ce jour-là ! Quelle durete, quelle injustice! Mais je n'aurais pas eu le courage d'aller jusqu'au bout, même si mon petit chéri ne m\u2019avait pas supplié pour vous.Dans ma colère, je vous revoyais si touchante, si maternellement tendre près de lui!\u2026 Non.vraiment, je crois que vous n\u2019aviez rien à craindre.Et que dirai-je de ce que vous été pour moi, dans ces jours de douleur.de détresse épouvantable!.Pres de lui, mon petit aimé, et après !\u2026.Mais j'ai compris seulement la profondeur, la uissance du sentiment qui remplissait mon coeur, e jour où je vous ai vue parée de fleurs, petite fée candide et radieuse\u2026 Et quelque chose s'est brisé en moi, car j'ai songé du même coup que Je n\u2019étais pas libre à vos yeux, que \u201cl\u2019autre\u201d se mettait encore en travers du bonheur entrevu.J'ignorais, en effet, qu'elle fit morte.Le Père Joaldy a fini heureusement par deviner ce qui se passait en moi et m'a prévenu de l'événement.Voilà pourquoi vous m\u2019avez vu à Noël, Myrtô.\u2026 Et, quoi qu'il m'en coutât, j'ai voulu ensuite renouer avec la société, redevenir jeune pour vous, reprendre intérêt à l'existence, aux mille détails de la vie, aux choses belles et bonnes que Dieu a semées dans le monde, et que je ne savais plus comprendre dans ma souffrance d\u2019orgueilleux ré- voité\u2026.Oh! oui, Myrtô, vous avez été pour moi une lumière, la pure, la rayonnante lumière destinée par la Providence à chasser les ténèbres de ma pauvre âme! Il la contemplait avec une grave tendresse, et dans la jeune âme de Myrtô s\u2019épanouissait un bonheur dont l'intensité l\u2019effrayait presque.pole suis trop heureuse, Arpad! murmura-t- elle.~ \u2014Répétez-le, ma Myrtô!.\u2026.dites-moi bien que Je vous rends heureuse, que vous ne regretterez rien.Vous rappelez-vous comme notre petit Karoly nous a unis dans sa derniére parole?Par la bouche de ce petit ange, Dieu nous destinait ainsi l'un à l\u2019autre.Le soleil déclinant enveloppait de ses lueurs rosées, les fiancés debout sur le péristyle du temple.Un calme impressionnant.presque religieux.régnait dans ce coin du parc qui avait été le lieu de prédilection du petit Karoly.\u2014I11 est très doux, ne trouvez-vous pas, d\u2019avoir échangé ici nos promesses de fiançailles, à cette place même qui nous rappelle un si terrible souvenir?.Oh! Myrtd, ma Myrtô, qu'ai-je failli faire alors\u201d Quand je pense à cette balle qui vous effleura.\u2014Laissez ces souvenirs, Arpad! dit-elle en posant doucement sa main sur le bras du prince.Dieu, dans sa bonté, a permis que tout tournât à votre bien.a notre bien.ais je crois que l'heure avance.et bientôt on va venir à notre recherche.ne pensez-vous pas?\u2014Oui.il faut retourner là-bas, dit-il d'un ton de regret.Aussitôt que ma mère sera seule.nous irons lui annoncer nos fiançailles.Et ce soir, nous les rendrons officielles dans tout Voraczy.Ils descendirent les degrés et prirent lentement le chemin du château.Myrtô appuyée au bras de son fiancé.Le prince Arpad, de cette voix chaude et caressante qu\u2019il avait autrefois pour son fils, rappelait les souvenirs des mois précédents.disait ses espoirs et-ses craintes.S'interrompant tout à coup, il demanda: \u2014Mais maintenant, Myrtô, ne pouvez-vous apprendre à votre fiancé pourquoi vous pleuriez tout à l'heure\u201d Elle rougit, hésita un instant et répondit enfin d'une voix un peu tremblante : On venait de me dire.on croyait que Mme de Soliers.Elle s'interrompit, embarrassée.Le prince s\u2019ar- réta brusquement.\u2014Mme de Soliers?.Voulez-vous dire que quel- qu'un ait eu la sottise de supposer que j'aie songé à elle?\u2014Oui, c'est cela.\u2014 86 \u2014 M __\u2026 .-_ .Vol.17, No 12 \u2014 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 Un léger éclat de rire s'échappa des lèvres du prince.Îl saisit les mains de Myrtô en s'écriant avec une douce ironie: \u2014O ma chère petite aveugle, comment avez- vous pu croire une minute ?.Voyons, quelque chose, dans ma conduite, vous a-t-il donné un seul instant à penser que j'aie eu pareille idée?\u2014Non, rien absolument, c\u2019est certain, dit-elle sans hésitation.Mais enfin, ce n\u2019était pas chose invraisemblable.et elle était très aimable, très flatteuse.: \u2014OQh! certainement! elle laissait même voir un peu trop son désir de devenir princesse Milcza, dit-il avec un sourire railleur.Et qui donc, Myr- tô, vous a insinué cette extraordinaire idée?\u2014Oh! que vous importe, Arpad! \u2014Mais si, je tiens à le savoir.Il faut que ce soit quelqu\u2019un de bien sot\u2026 ou de bien malveillant, car autrement, personne ici n\u2019aurait eu pareille pensée; étant donnée la froideur par laquelle j'ai toujours répondu aux avances de la vicomtesse et de son père.Dites-moi le nom de cette personne, Myrtô?\u2014Non, Arpad, je ne le peux pas! répondit-elle fermement.\u2014Pourquoi donc?\u2026 Aurais-je bien deviné en parlant \u2018de malveillance ?.Faut-il penser que quelqu\u2019un a cherché à vous faire souffrir?Elle ne répondit pas et se remit en marche.Le prince réfléchissait, les sourcils froncés\u2026.\u2014J'ai trouvé, je crois, dit-il au bout d'un moment.Je sais qui vous déteste, ici.Mais je saurai la punir, je vous en réponds! \u2014Oh! non, Arpad, je vous en prie! s\u2019écria-t- elle en levant vers lui un regard suppliant, Ne dites rien.Nous sommes si heureux maintenant qu\u2019il faut que tous le soient autour de nous.Il la regarda avec une douceur émue.,Ç \u2014Ne vous inquiétez pas de cela, ma petite sainte.Les blessures faites à l\u2019orgueil sont salutaires, et ce sont celles-là que je destine à l\u2019âme jalouse qui vous a causé cette souffrance.Laissons cela, Myrtô, ajouta-t-il en voyant le geste de protestation de la jeune fille.S'il est une chose que je puisse difficilement pardonner.c\u2019est la perfidie et le manque de coeur.envers Vous surtout, si admirablement bonne pour tous.[ls atteignaient en ce moment les jardins.Au passage, le prince Milcza cueillit deux roses blanches et en glissa une à la ceinture de Myrtô, tandis que sa- flancée attachait l\u2019autre à sa boutonnière.\u2014Je porte vos couleurs, ma fée aux fleurs.dit- il gaiement en baisant les petits doigts qui venaient de le décorer.; Comme ils contournaient une des serres, ils aperçurent de loin Renat qui gambadait avec adji et Lula, tandis que Mitzi marchait tranquillement.un livre à la main.Les chiens s'élancèrent et se mirent à sauter autour du prince et de Myrté.Renat.cessant ses évolutions, s'avança à la suite de Mitzi.Bien que la fermeté dont son frère usait à son égard ne rappelât pas la dure sévérité d'autrefois, il le redoutait encore beaucoup et ne se trouvait rassuré qu'en présence de Mvr- tô, car il n\u2019avait pas été le dernier à remarquer l'influence de sa cousine sur tous les actes du prince Mileza.\u2014 87 \u2014 Quant à Mitzi, elle était devenue la préférée de son frère aîné, comme eile était déjà celle de Myrtô.Sa petite nature tendre et fine s'attachait fortement ceux qui prenaient la peine de l\u2019observer sous son apparence un peu froide.\u2014Toujours à étudier.Mitzi?\u2018dit le prince Arpad en caressant les cheveux blonds de sa jeune soeur.Ce n'est pas le moment.il faut profiter de la récréation.courir et te démener comme ce bon diable.lt son regard souriant se posait sur Renat qui sétait emparé de la main de Myrtô et y-ap- puyait ses lèvres.\u2014.Tu aimes beaucoup ta cousine, Renat?\u2014Oui, oh! oui! dit enfant avec chaleur.\u2014AÂlors, tu seras content de ce que nous t'apprendrons tout à l'heure.\u2014Quoi donc?dit vivement l'enfant.\u2014 Tu le sauras ce soir.\u2014C'est quelque chose d'heureux pour Mvrtô, car ses yeux brillent, brillent\u2026.comme des étoiles! Les fiancés se mirent à rire.\u2014Voyez-vous, cet observateur! Pour faire prendre patience à ta curiosité, Renat, tu vas me diré, et Mitzi aussi, ce que vous voulez que je vous donne à l'occasion du grand bonheur qui nous arrive.Je vous promets de contenter vos souhaits.à condition qu\u2019ils soient raisonnables, naturellement.Renat, les yeux brillants, s'écria sans hésiter: , \u2014Oh! je voudrais tant un cheval, Arpad!\u2026 un joli petit cheval noir comme celui de Béla Do- vanyil.Est-ce raisonnable, dites, Myrtô ?de- manda-t-il, inquiet, en levant les yeux vers la jeune fille._\u2014Mais tout à fait raisonnable, il me semble.N\u2019est-ce pas, Arpad?\u2014Oh! certes! Tu auras ton cheval, Renat.Et Mitzi, que veut-elle?L'enfant rougit et dit timidement: hot je voudrais beaucoup, beaucoup d'argent.; \u2014De T'argent?.Serais-tu avare, Mitzi?s'écria le pnince d'un ton surpris.lle rougit plus encore et balbutia: \u2014Il y a beaucoup de petits enfants qui ont faim.et d'autres qui n\u2019ont jamais de jouets, ni de gâteaux.Je voudrais tant pouvoir en donner à ous! Le regard du prince, profondément ému, se reporta de l'enfant sur Myrtô, ses lèvres murmurèrent: \u2014Elle est bien votre élève, Myrtô! II se pencha vers la petite fille et dit avec une douceur attendrie.\u2014Embrasse-moi, MitzL je suis bien heureux de voir que tu es bonne et dharitable.Je te donnerai ce que tu voudras pour tes petits protégés.tout ce que tu voudras, entends-tu?\u2014Oh! Arpad! dit-elle, suffoquée de joie.Comme vous êtes bon! comme je vous aime! \u2014Moi aussi.ma chérie, je t'aime beaucoup., Et Renat également, lorsqu\u2019il est raisonnable, ajouta le prince Mileza en souriant.Renat, qui avait bien toujours quelques péca- dilles sur Ja conscience, baissa un instant le nez.Mais il le redressa bientôt et, passant sa main sous le bras de Myrtô, il dit d'un ton de mys- ère: \u201c Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 \u2014J'ai trouvé pourquoi vos yeux brillent, Myr- to, et pourquoi le prince Milcza a l\u2019air si content.\u2014Vraiment, mon petit?Et pourquoi donc?Renat eut un coup d'oeil craintif vers son frère._, Co \u2014Je ne serai pas grondé parce que j'ai deviné, Myrtô?\u2014Non, non, soyez sans crainte! dit-elle avec un sourire.Qu'avez-vous deviné, Renat?| \u2014Que vous allez vous marier avec le prince Milcza! s'écria triomphalement l'enfant.\u2014Allons, ce n'est pas mal trouvé! dit gaiement le prince.Mais tu auras soin de te taire jusqu\u2019à ce que je te permette d'ouvrir la bouche sur ce sujet.Tu sais que je ne supporte pas les indiscrets et les bavards.\u2014Oh! je ne dirai rien du tout! répliqua gravement Renat.Mais je suis content!.content! Et il exécuta une magnifique cabriole, tandis que Mitzi, appuyant câlinement sa joue contre la main de son frère aîné, disait d\u2019un ton joyeux: \u2014Oh! quel bonheur, Arpad! Je l\u2019aime tant, notre Myrtô! \u2014Notre Myrtô! répéta le prince avec une douce ferveur.Ils revinrent tous quatre vers le château.Et Irène, penchée sur la balustrade de la terrasse, pâlit en les apercevant.| | \u2014Je lui ai raconté qu\u2019il y aurait ce soir une fiancée a Voraczy.Aurais-je par hasard, dit vrai?murmura-t-elle entre ses dents serrées.XVI La réception magnifique, donnée par le prince Milcza en l'honneur de l\u2019archiduc François-Char- les, fut l\u2019occasion d\u2019une présentation solennelle de la nouvelle fiancée à toute la noblesse accourue à l'invitation du jeune magnat.Myrtô, d'une beauté saisissante dans sa vaporeuse et trés simple toilette blanche, obtint un triomphal succès, capable de griser tout autre que cette petite tête sensée et sérieuse.L'Archiduc et tous ies invités, émerveillés de cette grâce ravissante, unie à la plus charmante modestie, félicitèrent chaleureusement le prince Arpad dont le regard exprimait un bonheur contenu mais profond.Après cette fête pour laquelle le prince avait déployé toutes les splendeurs d'autrefois, Voraczy retomba dans le calme et l'intimité.Les fiancés, accompagnés de la comtesse Gisèle, de Terka et de Mitzi, firent seulement un court séjour à Paris, pour choisir le trousseau et la corbeille de la future princesse, et aussi pour assister au baptéme de la petite fille d\u2019Albertine.Mme Millon avait écrit à Myrtô pour lui demander d\u2019être la marraine, en laissant entendre qu\u2019elle ne savait trop qui choisir comme parrain, leur parenté étant fort réduite.Le prince Arpad avait dit aussitôt: \u201cCe sera moi.s'ils le veulent bien.\u201d Personne n'avait dit non\u2026 pas même Pierre Roland, qui eût dû tressaillir jusqu\u2019au fond de son âme de fougueux démocrate à cette pensée de donner un prince pour parrain à sa fille.Il se montra même le plus enthousiaste, le plus orgueilleusement joyeux.: C\u2019est que le prince Milcza était, lui, le plus magnifique des parrains.Outre un superbe cadeau à la mère, il constituait à l\u2019enfant un joli petit capital dont les revenus devaient servir à son édu- * cation.Et ma foi, n\u2019est-ce pas, démocrate ou non, l'intérêt avant tout?Quant à la marraine, elle reçut, à cette occasion, la plus merveilleuse petite couronne qui- ait jamais paré un front de princesse.\u2014Pour votre présentation à la cour, Myrtô, dit son fiancé en la lui offrant.Il lui donnait relativement peu de cadeaux, en dehors de ceux nécessités pa rson rang, car il connaissait les goûts de sa Myrtô.Mais il.avait mille attentions délicates qui la ravissaient p:us que ne Peussent fait toutes les merveilles du monde.C\u2019est ainsi qu'ayant appris que les meubles de Mme Elyanni se trouvaient toujours en dépôt chez une voisine des Millon, il les avait fait transporter secrètement dans une chambre de son hôtel.et y avait ensuite conduit Myrtô, émue et touchée au point que les larmes avaient jailli de ses yeux en présence des chers souvenirs, et.aussi à cette constatation nouvelle de la délicate affection dont elle était l\u2019objet.Les fiancés se retrouvèrent avec joie à Voraczy, qui était leur état cher à tous deux.Quelques jours après son arrivée, le prince Milcza demanda un entretien à sa mère, et lui apprit ce qu'il comptait faire à l'égard de ses soeurs et de son frère.A Renat, il donnerait à sa majorité le domaine des comtes Zolanyi, racheté par lui après la mort du second mari de la comtesse.Terka et Mitzi se voyaient constituer des dots superbes.Quant à Irène, ajouta le prince, je me réserve de lui apprendre moi-même ce que je compte faire à son égard.Vous voudrez bien, ma mère, lui dire de venir me parler demain matin.La jeune fille passa la fin de la journée et toute la nuit dans de véritables transes.Ce n\u2019était évidemment pas un traitement de faveur que lui réservait son frère.Depuis ses fiançailles il.avait adopté à son égard une attitude d'indifférence absolue.Jamais il ne lui adressait la parole, et, tandis qu\u2019il avait comblé de cadeaux Terka et Mitzi pendant leur séjour à Paris, il n'avait rien rapporté à Irène, demeurée pendant ce temps au château de Sezly, chez sa marraine la comtesse Sarolta Gisza, alors que Renat lui-même avait vu arriver à son adresse une légère petite voiture et un poney qui avaient réalisé son rêve le plus cher.Il semblait vouloir l'ignorer absolument.Et l\u2019amertume s\u2019amassait dans l\u2019âme d\u2019Irène, non contre lui, mais contre\u2019 Myrtô.amertume d\u2019autant plus intense qu\u2019elle n\u2019osait plus la faire sentir à sa cousine.: Ce fut donc l'âme remplie d\u2019une sourde angoisse qu\u2019elle entra, le lendemain, dans le cabinet de travail de son frère.Le prince, occupé à écrire, lui désigna un siège en disant froidement: \u2014Asseyez-vous, Îrène, je suis à vous dans cinq minutes.: Cinq minutes !.C'étaient cinq siècles pour l'anxiété grandissante dans le coeur d'Irène, à la vue de la physionomie glacée de son frère.Sur son bureau, il y avait une grande photographie représentant Myrtô vêtue de blanc et couverte de fleurs, comme le jour où le prince Milcza l'avait aperçue près du petit bois\u2026 Et cette vue fit monter au cerveau d\u2019Irène une bouffée de colère jalouse.: : : Le prince laissa enfin sa plume et se renversa légèrement dans son fauteuil pour poser sur sa \u2014 88 \u2014 i mew, ew ev ne % Vol.17, No 12 Montréal, décembre 1924 soeur ce regard qui gardait pour elle la dureté d'autrefois.| , \u2014 Ma mère vous a appris, n'est-ce pas, ce que Je comptais faire pour faciliter l\u2019avenir de Terka, de Mitzi et de Renat?Elle répondit affirmativement, d'une voix étouffée par l'émotion qui la serrait à la gorge., \u2014 Il y a quelques mois j'avais pour vous des intentions semb'abres, malgré l'impression peu favorable produite sur moi par votre malveillance à l'égard de celle à qui nous devons tant, et qui s\u2019est montrée, malgré tout.si patiente et si bonne à votre endroit.Mais il s\u2019est passé depuis un fait montrant qu\u2019il ne s'agissait\u2019 pas seulement d'une jalousie, d'une antipathie\u2019 passagère.Lorsqu'une femme, froidement, délibérément, inflige une blessure profonde à une autre femme qui ne lui a jamais fait que du bien, lorsqu'elle ne craint pas.dans sa rage jalouse, de lui faire croire ce qu'elle sait n'avoir jamais existé, pour avoir l\u2019atroce plaisir de la faire souffrir.je-n\u2019ai qu'un mot pour qualifier un tel acte: je l'appelle une lâcheté perfide.Et j'avais jugé que celle qui s'en était rendue coupable nétait plus digne d'être.traitée comme ma soeur.Pile et tremblante.Irène baissait les yeux.Il lui semblait soudain que tout s'écroulait autour d'elle.\u2014 Cependant, sur l'instante demande de Myr- tô dont la charité ne connaît pas de limites, j'ai consenti à revenir sur cette décision.Vous aurez donc Ja même dot que Terka et Mitzi.Mais j'ai tenu à vous, faire savoir que vous la deviez à Myrtô.\u2018à Myrtô seule.Les lèvres serrées d'Irène s'entrouvrirent pour laisser échapper ces mots: \u2014De cette manière, je nen veux pas.\u2014Oh! à votre gré! dit-il du même ton net et glacé.Mais ce n'est pas ainsi que se trouvera facilité le mariage riche et brillant rêvé par votre cervelle futile.Vous réfléchirez et vous me donnerez votre réponse demain.Elle se leva brusquement, la colère lui montant au cerveau, avec une sorte d\u2019affolement qui l'emportait hors d'elle-même.\u2014Pas demain.aujourd\u2019huil.Je ne veux rien delle, je la hais, cette hypocrite, cette intrigante.Flle le vit tout à coup debout, son poignet se trouva énserré dans une main dure, des yeux étincelants d\u2019irritation se posèrent sur elle, lui faisant baisser les siens.) \u2018 \u2014Vous osez l'insulter!\u2026 Misérable envieuse, je vous forcerai à lui demander pardon à genoux! \u2014Vous me faites mal! bégaya Irène.Il lâcha son poignet et, subitement redevenu maître de lui-même, dit avec un calme glacial: \u2014Je pense qu'en effet vous n'avez aucun besoin de mon aide pour votre avenir.Arrangez- vous à votre guise, je me désintéresse absolument d'une créature ingrate et sans coeur.Elle sertit du cabinet de travail, frissonnante et presque livide.À ses oreilles bourdonnantes retentissaient les derniers mots de son frère.Elle gagna le salon et se laissa tomber sur un fauteuil.car ses jambes tremblantes refusaient de la porter.Des soubresauts nerveux la secouaient des pieds à la tête.Le front contre le dossier du fauteuil, elle pleurait convulsivement, en se tordant les mains.LA REVUE POPULAIRE Une porte s'ouvrit tout a coup.C'était Myrtô, .'es bras remplis de fleurs dont elle venait orner kes jardinières du salon.\u2014[rène! dit-elle avec une surprise anxieuse.La jeune fille se redressa brusquement comme si quelque venimeux insecte l'avait touchée, montrant son visage congestionné, couvert de larmes, et ses yeux brillants de fureur.: \u2014Vous!.encore vous! Ce n'est pas assez de m'humilier.de me faire jeter une aumône par lui!.Il faut encore que vous veniez jouir de ce qu: vous m'avez si bien préparé.\u2014Îrène!.\u2026.mais.[rène! murmura Myrtd toute pâle.\u2014Je vous hais! continua Irène avec exaltation.Vous n'êtes qu'une habile comédienne, vous avez bien joué votré rôle.Maintenant, vous faites de lui ce que vous voulez, et vous en profitez pour l'exciter contre moi.que vous détestez.,\u2014Oh! Irène, moi qui ai tout fait au contraire pour.Un rire convulsif secoua la jeune fille.\u2014Ah! vous crovez que je my laisse prendre! Il y a tant de manières de s'arranger pour perdre les gens dans l'esprit de que!:qu'un, tout en avant Pair de parler en leur faveur!.Et lui, malgré son intelligence.tombe facilement dans le panneau.Tenez.regardez ce que je dois a votre bienfa\u2018sante \u2018ntervention près de mon frère.Elle étendait son poignet, où se voyait la marque des doigts du prince Milcza.\u2014Il m'a fait cela.parce que je vous traitais comme vous le méritez.J'ai pensé un moment qu\u2019il allait me tuer\u2026 Et vous croyez que je ne vous hais pas?Elle se tordit violemment les mains et se renversa sur un fauteuil, en proie à une terrible crise nerveuse.Mvrtô.effravée.laissa tomber ses fleurs et se précipita vers la sonnette.Puis elle revint vers sa cousine et essaya de la calmer, mais vainement.La comtesse Gisèle et Terka arrivèrent bientôt, puis le docteur Hedaï, Irène s'apa\u2018sait peu à peu, mais tout son corps demeurait agité d'un trem- Diemient, et elle était en proie à une fièvre vio- ente Sa mère, sa soeur et Myrtô se remplacèrent près d'elle pendant cette journée et la nuit suivante, Elle avait le délir° et, avec des gestes d\u2019effroi.elle murmurait : \u2014|l va me tuer.j'ai peur! Myrtôt posait alors sa main sur le front de sa cousine, et la malads se calmait un peu.Vers le matin, elle s'endormit sous la douce caresse de cette petite main infatigable.et le docteur Hedaï déclara d\u2019un ton de vive satisfaction: \u2014Allons, mon inquiétude disparaît, nous n\u2019aurons pas les complications cérébrales.que je craignais.La comtesse a dû éprouver une violente commotion morale, et, comme elle est fort nerveuse, il en est résulté un excessif ébranlement qui se calmera peu à peu.La fièvre tombait en effet.l'agitation s'apaisait, reparaissant seu:ement à des intervalles de plus en plus éloignés.Mais la malade demeurait silencieuse et sombre.un bruit de pas dans les corridors la faisait tressailir, et, entendant prononcer par Terka le nom d\u2019Arpad, elle fut reprise d'une recrudescence de fièvre.\u2014 89 \u2014 Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE \u2014Il v a eu une terrible scène entre lui et elle, il me la dit hier.expliqua Myrtô à sa cousine surprise de l'effet produit.Au bout de quelques jours.le mieux était définitif.Irénz reprenait quelque peu ses forces abattues par la fièvre et la fatigue nerveuse.Mais elle demeurait songeuse et triste.malgré tous les efforts de sa mère.do l'erka 2t de Myrto, ele semblait fort peu pressée de quitter son appartement pour reprendre sa vie accoutumée.Elle s'était laissée soigner par sa,cousine, d'abord inconsciemment dans son délire; elle n'avait pas protesté davantage lorsque.la raison lui revenant, elle avait reconnu Myrto dans cette vigilante garde-malade dont la petite main douce avait apaisé ses plus pénibles accès.Depuis quelques jours, elle semblait réfléchir bsaucoup.2t sa parole se faisait moins brève.son regard s'adoucissait pour celle qui ne cessait de Fentourer d'un dévouement discret.Une après-midi très ensoleillée,e Myrtô entra, son chapeau sur la tête et dit dun ton résolu: \u2014Allons.Irène, vous allez venir faire un tout petit tour avec moi.Vous vous anémiez.ici, il faut absolument recommencer à sortir.Irène secoua la tête.\u2014Pas encoore, My-tô.je ne me sens pas assez forte.Myrtô se pencha vers elle et :ui prit la main en la regardant avec un sourire.\u2014Dites plutôt que vous avez peur encore\u201d.une peur irraisonnée.enfantine?Iréne rougit un peu.\u2014Oui, c\u2019est vrai.murmura-t-elle.\u2014 Quelle folie, Irène! [1 m'a chargée de vous dire tous ses regrets.et son désir qu'il ne soit plus question entre vous et lui.de ce qui s'est passé.Oh! je l'ai bien grondé.J» vous assure.pour vous avoir si peu ménagée! \u2014Je le méritais, dit franchement Irène.Vous a-t-il appris comment je vous avais traitée\u201d \u2014Je n\u2019ai rien su.je ne veux pas savoir.fren! \u2014Si.je veux vous le dire, moi! Je vous ai ap- ~ pelée intrigante.hypocrite.Et jai été si mauvaise pour vous.en Vous racontant ce mensonge.à propos de Mme de Soliers! Oh: je comprends qu'il m'ait en horreur! \u2014T'aisez-vous, Irène.ne vous agitez pas encore en ramenant sur l'eau toutes ces vieilles histoires.Vous savez bien que tout est oublié.Allons.venez avec moi, je veux vous montrer le nouvel arrangement de la grande serre.Irène.après une courte hésitation, mit son chapeau et suivit sa cousine au dehors.Appuyée sur son bras, elle marcha lentement vers la serre principale.but indiqué par Myrtô.Mais elle s'arrêta tout à coup et pâlit un peu.À quelques pas de la serre, le prince Milcza conférait avec le jardinier chef.En apercevant sa soeur et sa fiancée, il s'avança les mains tendues vers Irène.\u2014Ma pauvre Irène, vous voilà enfin! J'avais hâte de voir par moi-même comment vous vous trouviez! Saisie par cette cordialité inaccoutumée, Irène balbutia.rougit, puis fondit en larmes.Myrtô l'entraîna -vers un banc et la fit asseoir entre le prince etelle.Irène sanglotait sur l\u2019épaule de sa cousine, mais elie se calma bientôt aux affectueuses paroles de son frère et de Myrtô.et clie sourit enfin à travers ses larmes lorsque le prince Arpad dit gaiement: \u2014Je crois, Irène, que nous serons tous maintenant très unis, n\u2019est- -ce pas\u2019 \u2014Oui, grâce à Myrtô! répliqua vivement Irène avec un regard reconnaissant vers sa cousine.\u2014Vous l\u2019aimez donc maintenant.notre Myrtô?démanda-t-il avec émotion.Irène sourit et appuya de nouveau sa tête contre l épaule de sa cousine.\u2014Que voulez-vous, je fais comme les autres! dit-elle avec une gaieté attendrie.\u2014[Irène, ceci est le mot qui efface les derniers nuages entre nous! Et le prince Arpad.se penchant vers sa soeur, posa ses lèvres sur \u2018son front.C'était son premier baiser fraternel depuis bien des années, et Irène, très émue, y vit le gage d'un pardon entier.reountac0sn2senas.au0OU 023620630000 00 000 2ADO2AONO RS 40000 000000 sscosnusonce Le mariage du prince Milcza et de Myrtô se célébra vers le milieu de septembre, par une journée si belle, si ensoleillée, qu'il semblait que le cie] lui-même eût voulu fêter les jeunes époux et contribuer à la splendeur de cette cérémonie.Dans la chapelle trop petite, et ornée de fleurs avec une merveilleuse profusion, se pressaient les nobles invités, parmi lesquels tous les Gisza, sauf le comta Mathias non encore consolé.Le soleil.traversant les vitraux, inondait de lumière les atours somptueux.mettait un nimbe sur la tête de la jeune mariée admirablement belle dans sa toilette de moire tissée d'argent.et enveloppait de lumière le prince Milcza qui portait avec une inimitable élégance son superbe costume de magnat.À l'autel.le Père Joaldy offrait le saint sacrifice.L'archevêque.de -G\u2026, grand-oncle du prince Arpad et un peu parent de Myrtô, avait donné la bénédiction nuptiale: après avoir prononcé une délicate allocution sur: \u201cle: devoir conjugal, sur le bonheur, supérieur à\u201d \u2018toutes les épreuves qui at- t nd les époux unis dans.la même foi, dans la même céleste espérancé.- Ft tandis que Myrtô songeait avec une radieuse al'égresse: \u201cC'estainsi que nous serons, mon Dieu.puisque vous avez bien voulu le ramener à Vous\".lui.reportant son regard du cher visage transfiguré par la ferveur à la croix dressée au- dessus du tabzrnacle.disait au fond du coeur \u201cMerci.mon Dieu de me donner cet ange pour soutenir =t éclairer ma-vie!\u201d Après la cérémonie, les nouveaux époux se rendirent dans la saile des Magnats, où défilèrent devant eux tous les assistants: parents, amis, serviteurs, tenanciers\u2026 Tous les pauvres gens secourus par Myrtô étaient Ià aussi, dévorant des yeux leur jeune princesse rayonnante de bonheur.Un à un.ils s'avançaient, baisant sa main et celle du prince Arpad, murmurant dés voeux de longue félicité.Et, pour eux, Myrtô avait son plus joli sourire, son regard le plus doux.Une femme jeune encore.aux cheveux bruns grisonnants, s'avança la dernière.tremblante, les yeux baissés.À sa vue, le prince eut un violent tressaillement, ses traits se crispérent.La femme était devant lui, courbée, presque agenouillée.Par un supréme effort sur lui- même, il étendit sa main que Marsa effleura de ses lé- vres.\u2014 90 \u2014 ee ee ee Montréal, décembre 1924 Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 \u2014Merci, seigneur! dit-elle d'une voix étouffée.Et, en se redressant.clle enveloppa d'un regard d'ardentz reconnaissance la jeune princesse qui fui souriait.Puis ce fut le repas dans la salle des Banquets \u2014repas d'une féérique somptuosité qui réunissait outre les nobles invités.tout le haut personnel d: Voraczy.Le déssert terminé.l'archevêqus se leva et prit des mains du père Joäldy une coupe dv lapis-lazuli, encercléa d'or et garnie de gemmes magnifiques.Depuis un temps immémorial.elle avait servi au mariage de tous les princes Milcza\u2026 Le prélat I'emplit de vin de Tokay, il la bénit et s'avançant vers les nouveaux époux, la présenta au prince Arpad.: D\u2019après le rite traditionnel à Voraczy.c'était l'époux qui devait, le premier.y tremper ses le- vres, affirmant ainsi sa suprématie conjugale.et la tendait ensuite à sa femme.Aussi y eut-il dan- l'assemblée un vif mouvement de surprise lorsqu'on vit le prince.en un geste de respect chevaleresque.se pencher vers Myrtô et approcher lui- même de ses lèvres la coupe éblouissante.Après quoi.il but à son tour, tandis que les assistants.se levant.acclamaient des nouveaux mariés.Pendant qu'on se répandait dans les salons.le prince et Myrtô allèrent faire le tour des longues tables dressées dans les jardins pour les tenanciers et les pauvres du pays.D'enthousiastes \u2018el- jen\u201d les accueillirent, des malheureux sauvés de la misère et du désespoir par celle qui était appelée couramment \u2018notre ange\u201d.baisaient la robe de Myrtd.Le prince, visiblement ravi, emmena cependant bientôt la jeune femme.car celle-ci.malgré son énergie, ne pouvait dissimuæer complètement la fatigue qui la gagnait après la longue cérémonie du matin et le repas interminable comme le voulait la tradition.\u2014 Maintenant.vous allez pouvoir vous reposer.ma Myrtô.Ma mère et mes soeurs s'occuperont de nos hôtes.Voulez-vous que nous allions dans le parc?L'air dissipera peut-être votre mal de tête.\u2014Oh! volontiers! Mais n'aviez-vous pas queique chose à demander à Mgr Gisza, avant son départ?.\u2014C'\u2019est vrai.Voyez comme j'ai besoin d'avoir près de moi ma chère petite femme pour me rappeler tout'\u2026 Allez en avant, Myrtô chérie, je vous rejoindrai ddns un instant.Il l\u2019attira à lui, la baisa au front et s'éloigna d\u2019un pas rapide.Une bizarre impression s'empara soudain de Myrtô.H lui vint l\u2019envie folle de le rappeler.de lui crier: \u201cNon.non, restez près de moi!\u201d Allons, la fatigue l\u2019avait rendue aujourd'hui bien nerveuse!.Elle raconterait tout à l'heure à Arpad cette singulière idée.et ils riraient tous deux de cet effroi enfantin.Elle se dirigea lentement vers le parc.Cette fin d'après-midi était d\u2019un douceur pénétrante, empreinte de ce charme particulier des premières journées automnäles.Les feuillages prenaient déjà quelques teintes chaudes, le soleil déciinant répandait une tiédeur exquise dans l'atmosphère.Comme la jeune femme passait près d\u2019un bosquet, elle vit remuer les feuillages, et elle ne put retenir un mouvement d'\u2019effroi lorsqu'une femme, couverte d\u2019un manteau noir à capuchon, se dressa tout à coup devant eile, \u2014Que faites-vous iàr dit-elle en se ressaisissant aussitôt.d'inconnir, au deu de répondre: interrogea en allemand.mais avec un accent étranger: \u2014Aves-vous vu un portrait de la princesse Alexandrar \u2014Oui.Mais que signifier.Dun geste brusque la femme fit retomber son capuchon.ot un.exclamation sétouffa dans la gorge de Myrto.Idle avait devant elle Alexandra.Oui, c'é- tatent ses traits, son regard., ll sembla à Myrtô que son coeur s'arrêtait de battre.l'étrangère enveloppait d\u2019un coup d'oeil haineux la Jeune lemme plus blanche que sa robe d'épousée\u2026 _\u2014Vous ne vous attendiez pas à cette résurrection.primcisse\u201d dit-elle enfin d'un ton mordant.\u2014AÂAlors, vous.vous n'êtes pas morte\u201d Les mots s'échappaient machinalement des lèvres pâles de Myrtô.elle n'avait plus conscience de ce quelle disat, un voile couvrait son regard, un écroulement se faisait en elle.\u2014 Mais il paraît.puisque me voici devant vous.Cest une, véritable surprise.n'est-il pas vrai: On croyait cètte pauvre Mrs Burnett morte et enterrée.Malheureusement, elle a survécu.et, arprenant e second mariage du prince Milcza, elite a eu la curiosité de connaître celle qui la remplaçait, cette jeune Grecque que l'on disait si bel.Oh! la renommée n'a pas menti! Belle, vous l'êtes royalement! dit-elle avec un regard envieux.I:t on dit encore que tout le monde vous aime.et lui surtout! Vous avez tous les bon- eurs, la vie s'annonce radieuse pour vous.Et cespndant un mot de moi peut tout Vous enlever.Son regard.un peu voilé sous les paupières retombantes.cherchait a scruter la physionomie rigide de Myrto.\u2014Quand on saura que je vis, tout changera pour vous.L'I:glise déclarera nul votre mariage.c:ux qui vous entouraient d'hommages aujourd'hui s\u2019éloigneront de vous.Voilà c qui vous attend.princesse Milcza, si Alexandra Ouloussof se dé- clarz vivante.Mais il dépend de vous qu'elle demeure dans le tombeau.Pour ce'a, il vous suffira.Elle s'arrêta une seconde.Myrtô attachai* elle un regard fixe.\u2014Îl suffira que vous m'aidrez dans le grave embarras d'argent où je me trouve.Pour «es raisons inutiles à vous expliquer.je me suis séparée de mon second mari, et je suis presque dans la misère.Vous êtes, vous.la femme du plus opulent magnat de Hongrie.Il vous sera facile de me donnèr la somme d'argent nécessaire.ou bien, si vous le préférez.quelques-uns des jovaux dont vous avez dù être comblés, Alors je vous ferai le serment de me taire.La jeune femme eut tout à coup un violent soubresaut.lusque-là, les paroles de l'étrangère étaient arrivées à ses oreilles comme une sorte de bourdonnement.Dans l\u2019épouvantable désarroi de son esprit, dans la torture de son coeur, ¢lle ne parvenai! pas à en saisir exactement le sens.Mais cette fois, elle avait compris: \u2014Taisez-vous !.c'est odieux! s'écria-t-elle d\u2019une voix étranglée en étendant la main.Pour sur Qui.me prenez-vous?\u2026.Croyez-vous que ma con- sc\u2018ence s'arréterait unc seconde à cette sacrilège \u2014 91 \u2014 PL TOUR, PER b ERY Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 tromperier\u2026 Si vous dites vrai, c'est moi-même qui l'apprendrai à tous.et il n\u2019y aura plus de princesse Mileza, fit-elle avec un brisement dans la voix.Une lueur de vive contrariété passa dans le regard d\u2019Alexandra.\u2014Allons donc, vous ne lâcherez pas ainsi une telle position pour de simples scrupules de conscience! dit-elle en haussant les épaules.Et que deviendrait le prince Milcza sans vous?Pensez- vous qu\u2019il supporterait ce nouveau malheur?Oh! quelle douleur atroce broyait soudain le coeur de Myrto.\u2014FEt vous-méme, qui devez lui être si attachée, vous qui êtes si jeune et dont l'existence se trouvera ainsi brisée, au moment où le plus enivrant bonheur vous était promis?.Tous ces sacrifices, toutes ces souffrances, le simple silence vous les évitera.le silence et un peu d'argent.Myrtô se redressa brusquement, elle étendit les mains dans un élan de toute sa jeune âme loyale et pure.\u2014Taisez-vous!.retirez-vous, misérable tentatrice! Je ne veux pas vous écouter un instant de lus.Mgr Gisza est encore là, allez lui apprendre a vérité.Et tout a l'heure, je partirai, je serai Myrtô Elyanni comme hier.et Dieu nous accordera la grâce de la résignation, acheva-t-elle d\u2019une voix étouffée.L\u2019étrangère ne put retenir un geste de fureur.\u2014Vous êtes folle! Il faut que vous acceptiez, je le veux, entendez-vous?Elle avait saisi le poignet de la jeune femme et le serrait violemment, tandis que ses yeux bleu pâle l\u2019enveloppaient d\u2019un regard irrité.\u2014] âchez-moi, ou j'appelle! dit fermement Myr- tô.La tente des gardes forestiers n'est pas loin d\u2019ici, ils m\u2019entendront aussitôt.Et si le prince vous voit, je ne réponds de rien.Les beaux traits de l'étrangère étaient convuisés par une sorte de rage.Elle laissa aller cependant le poignet meurtri de Myrtô.et dit avec une sourde fureur: \u2014Voùs êtes une créature stupide et folle.Mais je saurai arriver à mes fins d\u2019une manière ou de l\u2019autre.Vous entendrez encore parler de moi, princesse Milcza.Elle ramena brusquement le capuchon sur sa tête et s\u2019éloigna d'un pas rapide.Myrtô demeura un moment immobile, pétrifiée dans son anéantissement affreux.Puis, passant d\u2019un geste machinal la main sur son front, eile s\u2019en alla au hasard vers le parc.Elle laissait traîner sur le sol sa longue traîne de moire que les rayons du so'eil déclinant faisaient étinceler.Flle n\u2019avait plus de pensées, ellé - sentait ses idées vaciller dans son cerveau comprimé par l'angoisse épouvantable.Elle se vit tout à coup près du temple grec.Une douleur atroce la mordit au coeur.\u2019 Ici avaient eu lieu leurs fiançailles, ici elle avait connu ce qu'elle était pour lui.Une grande faiblesse envahit tout a coup Myr- tô, ses jambes fléchirent sous elle, et elle n'eut que le temps de se laisser tomber sur un des degrés du temple.Là, le front entre ses mains, ele sabima dans une douleur silencieuse, dans l\u2019agonie de son âme aux prises avec l\u2019affreuse réalité.: Elle ne songeait pas à elle, à sa vie brisée, come l\u2019avait dit cette femme.Non, c'était lui.lui seul qu\u2019elle se représentait, l'âme déchirée, désespérée peut-être.Il était si nouveau converti encore!\u2026 Oh! la pensée de sa douleur, de sa révolte!.Elle se rappela tout à coup que, par deux fois, elle avait demandé de souffrir pour que Dieu accordât au prince Mileza la grâce du bonheur temporel et surtout éternel.\u2014Oh! mon Dieu, pour moi, ce que vous voudrez! Mais lui.lui a déjà tant souffert! Comme une ironie mordante, les sons d'un orchestre de tziganes arrivaient jusqu\u2019à elle, rythmant une czarda.C'était en son honneur que tout Voraczy était en féte.pour ce mariage dont tous, ce soir, connaîtraient la nullité.De ces cérémonies touchantes et magnifiques, de cette allégresse, de ce bonheur, il ne festait rien.\u2019 Et il y aurait de nouveau, à Voraczy, un homme au regard sombre, qui s'en irait solitaire à travers son immense domaine, l'âme broyée de regrets douloureux.et peut-être de haine contre \u201cl\u2019autre\u201d.: \u2014Mon Dieu, ayez pitié! gémit Myrtô\u2026 Elle se sentait défaillir sous l'étreinte de ce martyre moral\u2026 Et elle songea avec terreur qu\u2019elle allait le voir, qu\u2019il faudrait lui révéler l\u2019atroce vérité, assister à sa révolte, à son désespoir, lutter, peut-être, pour faire prévaloir les droits imprescriptibles de la loi divine.Lo \u2014Oh! non.je ne peux .pas!.pas.maintenant?murmura-t-elle en comprimant sa poitrine: où le coeur battait à \u2018grands coups précipités.Il faut que je parte.je lui écrirai\u2026 Elle ne songeait pas a toutes les impossibilités qui se dressaient devant elie.Un effroi irraisonné, une crainte déchirante de voir \u201csa douleur\u201d l\u2019emportaient, la faisaient se dresser debout, prête à fuir au hasard.Mais il était trop tard, un pas bien connu se faisait- entendre.le prince apparaissait, se hâtant.le visage radieux.\u2014Enfin.me voilà, Myrtô! Mon excellent oncle m\u2019a un peu retenu\u2026 Mais qu\u2019avez-vous?I] prononçait ces mots d\u2019un ton de terreur, en s'\u2019élançant vers la jeune femme dont le visage était décomposé et les yeux presque hagards.Elle étendit les mains en balbutiant: : \u2014Partez.Arpad.laissez-moi.Je vous expliquerai.Mais je ne suis pas votre femm-.\u2014Myrtô! Elle comprit à sa physionomie et au son de sa voix qu\u2019il la croyait folle.\u2014Oh! non, j'ai toute ma raison! dit-elle d\u2019un ton brisé.Il faut nous séparer, Arpad, Dieu ne \u2018permet pas que je remplisse près de vous les devoirs que j'avais acceptés avec tant de bonheur.\u2014Myrtô, que voulez-vous dire?s'écria-t-il avec effroi en lui saisissant la main.Elle murmura d'une voix si faible qu\u2019il l\u2019entendit à peine: \u2014Alexandre vit.\u2014Alexandra! Il la regarda avec stupeur.et de nouveau elle vit que sa crainte de tout à l'heure reparaissait.\u2014Non, je ne suis pas folle, je vous assure, Ar- pad! Je l\u2019ai vue tout à l\u2019heure dans le jardin, elle m'a dit qu\u2019elle avait échappé à la mort, qu'elle s'était séparée de son second mari, elle a eu le je lai vua\u2026 \u2014 92 \u2014 i Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 cynisme de m'offrir le silence contre argent comp- ant.Le prince l'interrompit brusquement.d \u2014Pne jeune femme qui ressemblait à Alexan- ra ! \u2014Oui\u2026 Oh! c'était elle, bien ele! J'avais vu son portrait, je l\u2019ai reconnue aussitôt! Le prince lâcha la main de Myrtô et, sortant de sa poche un petit sifflet d\u2019or qui lui servait à appeler ses gardes lorsqu'il avait une communication à leur faire au cours de ses promenades dans le parc, il en tira un son prolongé.Puis il se tourna vers Myrtô stupéfaite et lui prit les mains en posant son regard plein de tendresse sur le visage altéré de la jeune femme.\u2014Oh! si, vous êtes ma femme devant Dieu et devant ies hommes, ma bien-aimée Myrtô! Vous avez été la dupe d\u2019une misérable aventuriére.Un cri s'échappa de la gorge contractée de Myrtô: .\u2014Arpad!.oh! serait-ce vrai?:\u2014Oui, c\u2019est la vérité absolue.Celle que vous avez vue est bien une Ouloussof, mais la soeur d'Alexandra Fedora, une jeune soeur qui lui ressemble de frappante manière, bien que ceux qui ont connu l'aînée puissent dès le premier abord distinguer quelques différences.Pour vous, qui n'aviez vu.qu\u2019un portrait, je comprends que vous ayez été saisie.Cette Fedora, mariée et divorcée ensuite comme sa soeur, est devenue une sorte d\u2019aventurière, toujours à la recherche d'expédients.Ayant lu quelque part l\u2019annonce de notre mariage.elle aura eu l\u2019idée de tenter quelque escroquerie\u2026.Mais soyez sans crainte, ma Myrtô, sa soeur est bien morte.J'ai pris tous mes renseignements, toutes mes précautions, afin qu'il ne puisse subsister le moindre doute.Elle a survécu une heure encore à ses affreuses brûlures, et a rendu le dernier soupir entourée de la famille Burnett.Il n'y a aucun doute.aucun, je vous le répète, Myrtô! ne joie immense, surhumaine.envahissait la jeune femme.Elle murmura : \u201cArpad !\u2026 mon mari!\u201d, et s'affaissa à demie-évanouie.Il la reçut entre ses bras, la fit asseoir près de lui sur les degrés.Déjà, elle reprenait ses sens et, ses nerfs se détendant, elle se mit à sangloter doucement, la tête sur l\u2019épaule de son mari.la calmait avec des tendres parooles.et bientôt les larmes cessèrent.Myrtô sentit qu\u2019avec le bonheur les forces lui revenaient un peu.Un homme, portant la tenue des gardes forestiers du prince, apparut tout a coup au bord de la clairière.Sur un signe de son maître, il s'avança jusqu\u2019au péristyle.\u2014Dulby, fais faire immédiatement une battue dans le parc et aux environs du château.Il s'agit : de trouver et d\u2019arréter une femme qui a effrayé la princesse et a tenté de lui extorquer de l'ar- ent.Elle est jeune, très grande, très blonde, de eaux traits, les yeux bleu pâie\u2026 Pourriez-vous indiquer à peu près comment elle était vêtue, Myrtô?\u2014 Elle avait un long manteau noir à capuchon.Mais je ne saurais dire dans quelle direction elle \u2018est partie, j'étais si bouleversée!.\u2026 : \u2014Peu importe.on cherchera partout.Elle ne peut être encore loin.Tu as compris, Dulby?\u2014Oui, Votre Excellence.: \u2014Va, et ne perds pas de temps._\u2014Vous voulez la faire arréter, Arpad?dit Myr- td lorsque le garde se fut éloigné.\u2014Certes!\u2026 J'avais appris il y a quelque temps qu'on la recherchait comme.coupable d\u2019une récente escroquerie, et hier il m\u2019est parvenu un rapport sur sa présence aux environs.J'ai eu le tort de ne pas y accorder l'attention nécessaire.Quelle souffrance je vous aurais évitée ainsi, ma Myrtô! Il contemplait avec douleur le cher visage où demeuraient encore les traces de l\u2019épouvantable angoisse qui avait bouleversé le coeur de Myrtô.\u2014Oh! c'est fini maintenant! dit-elle en souriant pour le rassurer.C\u2019est fini, mon cher Arpad, puisque je sais maintenant que tout cela n\u2019était qu\u2019un mauvais rêve.Mais un frisson rétrospectif la secoua encore.,\u2014Si vous vous sentiez assez forte, nous rentrerions, Myrtô.L'air fraîchit un peu, et vous n\u2019êtes pas suffisamment couverte.\u2014Oh! oui, je marcherai, avec votre appui, mon cher Arpad! .Lentement, car Myrtd était encore affaiblie après cette terrible secousse morale, ils revinrent vers le château.Dans les salons, dans les jardins, on dansait au son des orchestres de tziganes.Personne ne s'était douté du bref petit drame qui avait eu surtout pour théâtre le coeur de Myrtô.Evitant la partie du jardin où tourbillonnaient les couples, le prince conduisit sa femme vers son appartement.Il la fit entrer dans son cabinet de travail, l'installa dans un fauteuil près de la fenêtre, sonna Miklos pour faire apporter du thé.Le calme revenait de plus en plus en Myrtô, sous l'influence de cette affectueuse sollicitude, dans l\u2019atmosphère tranquille de cette pièce immense, meublée avec une somptuosité artistique et sévère, et ornée à profusion de fleurs admirables.Au-dessus du bureau de son mari, elle voyait le dernier tableau di au pinceau de Christos Elyanni, celui qui le représentait avec sa femme et sa fille.D'accord avec Myrtô, le prince l'avait fait placer dans cette pièce où il se tiendrait souvent avec sa femme.\u2014De cette façon, puisque je n\u2019ai pas eu le bonheur de connaître vos chers parents, je les aurai souvent sous les yeux, ainsi que vous, ma petite Myrtô, avait-il dit à sa fiancée.Comme ils auraient été heureux du bonheur de leur enfant! Ce matin, Myrtô avait éprouvé une pénible impression de tristesse en songeant à leur absence.Et maintenant encore, une larme brillait dans les yeux qui s\u2019attachaient sur le tableau.Mais une main saisit la sienne, une voix chaude, la chère voix qu\u2019elle avait cru tout à l'heure ne plus entendré.murmura à son oreille: \u2014Na pleurez pas, ma femme aimée, car aujour- d\u2019hui, ils sont heureux de votre bonheur, ils vous bénissent.ils nous bénissent, ma chère petite Myrtô.Elle leva vers lui son regard rayonnant, où se reflétait si bien toujours l'âme purs, vaillante et tendre de Myrtô, et il murmura: \u2014J'aime vos yeux, Myrtdé!.Vous rappelez- vous que nctre petit Karoly disait ainsi?\u2026 Lui aussi avait été pris a la lumiére de ces grands yeux.Miklos entra.apportant le thé.il annonça que le garde Dulby était là, prêt à rendre compte de sa mission.\u2014 93 \u2014 Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 \u2014Déjà ! A la bonne heure !\u2026 [Fais-le entrer, Miklos.\u201c Le garde apparut, couvert de poussière, et s\u2019avança de quelques \u2018pas au milieu de la pièce.\u2014Eh bien! c\u2019est fait, Dulby?.\u2014Oui, Votre Excellence, elle est arrêtée.Mais elle était armée et a tiré un coup de revolver sur Mihacz qui est assez grièvement blessé, je le crains.\u2014Oh! pauvre garçon! s'écria Myrtô.Arpad, nous allons le voir?\u2014Pas vous, Myrtô, c\u2019est assez d'émotions pour aujourd\u2019hui.Restez bien tranquille ici, je reviens dans un moment, après avoir su ce que pense le docteur de cette blessure.Dans la grande pièce où flottait un parfum léger, Myrtô demeura seule, et, fermant les yeux, elle essaya de revoir avec calme les affres par lesquelles elle venait de passer.Dieu l'avait exaucée, elle avait souffert une brève, mais douloureuse agonie, et lui, son mari, lui dont elle avait dit un jour: \u201cSon bonheur est mon bonheur\u201d, avait été épargné par la miséricorde divine.Un hymne de reconnaissance s'élevait de l'âme de Myrtô, où le calme était revenu complet maintenant.Un peu penchée, les mains jointes, elle priait pour \u201clui\u201d, pour le pauvre homme frappé en accomplissant son devoir, pour la malheureuse crimineld qui l'avait tant fait souffrir.Le prince Milcza entra en disant d'un ton joyeux: \u2014Allons, il n\u2019y a rien de grave, rien absolument.Ce brave Mihacz sera sur pied dans quelques jours, et il y gagnera une augmentation de traitement qui sera fort bien accueillie par sa nombreuse famille.Il s\u2019assit auprès de sa femme et la baisa au front en disant avec émotion: \u2014Chassez maintenant toutes ces vilains nuages qui ont tenté d'assombrir le premier jour de notre union, ma Myrtô.Vous continuerez à être pour moi la chère, la radieuse fée aux fleurs.car c\u2019est par l'influence de vos vertus que le repen- fir, la foi et la charité, ces fleurs célestes, se sont anouies dans l\u2019âme autrefois révoltée et endurcie, dans la pauvre âme malade du prince Milcza.FIN Dans le prochain numéro dr val NS pulaire Nous publierons un roman complet qui aura pour titre: LE JARDIN CLOS Florence L.Barclay \u201cMercure de France\u2019, Paul Olivier ; Retenez d'avance votre prochain numéro \\ So CP ET TA TT A pe rE Ee FEY A CR NS PYLE Ve IED DR 4) LA REFORME DU CALENDRIER i ee A at Un congres de savants du monde entier s\u2019est réuni, le mois dernier, pour décider du sort du calendrier.Va-t-on corriger le présent calendrier par des modifications qui, paraît-il, s\u2019imposent, ou décider, devant l\u2019opposition qui se forme, de le maintenir dans son état actuel?Nous le saurons bientôt.La réforme du calendrier est remise en question pour la centième fois, tout au moins, depuis un siècle.Mais jamais cette rénovation ne fut demandée avec tant d\u2019insistance par tous les gouvernements.Le.Saint-Siège et la Société des Nations ont intervenu offl- ciellement dans le débat.Cette question étant surtout religieuse, ce sera à l\u2019Eglise à se prononcer.Si Rome veut garder son bien intact, la chose sera remise aux calendes grecques.Est-il impossible d\u2019établir un calendrier rationnel, universel et perpétuel?Que veulent les réformateurs?Quelles sont les bizarreries et les imperfections du calendrier?Cette réforme se réalisera-t-elle?Ce sont là autant de sujets que traite le \u2018\u2018contemplateur inlassable des espaces célestes\u201d, ainsi que l'appelle dans un récent article du nous voulons parler du grand astronome Camille Flammarion, dans un bel article des \u2018\u2018Annales\u2019\u2019, dont nous reproduisons ici quelques fragments: _ \u201cEst-il donc impossible d\u2019établir un calendrier rationnel, universel et perpétuel?Co Non.Mais on pourrait le croire, puisqu'on ne parvient pas à s\u2019enten- | \\ | Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 dre là-dessus et que, depuis que le monde est monde, il y a eu probablement autant de calendriers que de peuples et de religions, ce qui prouve que le Calendrier n\u2019est pas un monument intangible, qu\u2019il est essentiellement arbitraire, done, modifiable.Le notre, véritable chef-d\u2019oeuvre d\u2019incohérence, est un composé de ses ancêtres; il y a de l\u2019hérédité.Est-ce pour cela que l\u2019on s\u2019y cramponne désespérément?Nous en sommes encore au temps du légendaire Romulus dont la désignation numérale des quatre derniers mois de l'année: septembre, octobre, novembre, décembre, correspondant aux septième, huitième, neuvième et dixième mois, il y a plus de deux mille cinq cents ans, alors que l\u2019année s\u2019ouvrait en mars, et qui tombent pour fous sur nos neuvième, dixième, onzième ét douzième mois par un véritable anachronisme! De Numa Pom- pilius, nous avons conservé janvier, dédié au dieu bicéphale Januarius, et février, consacré au dieu des morts et aux sacrifices expiatoires, mais tronqué, unique en son genre, que l'on rallonge d\u2019un jour aux années bissextiles, ce qui procure aux heureuses mortelles nées ce jour-là l'illusion de vieillir moins vite, leur anniversaire ne revenant que tous les quatre ans.Les Romains, eux, voyaient cet ajou- tage d\u2019un tout autre et mauvais oeil.Ayant très peur du dernier jour de [é- vrier, et craignant d\u2019encourir les fureurs de l\u2019Olympe, ils glissaient subrepticement le jour supplémentaire fatidique entre deux autres, afin de le dissimuler.C\u2019était le deuxième sixiè- me\u2014ou bissextus\u2014avant les calendes de mars, d'où la dénomination d\u2019année bissextile.Ainsi, les dieux ne s\u2019apercevaient pas du subterfuge, et le tour était joué.Jules César nous a légué son nora en juillet, mois de sa naissance, appelé antérieurement quintilis \u2014ou cin- quiéme,\u2014jusqu\u2019a ce que Marc-Antoi- ne ait décrété de rendre cet hommage à l\u2019illustre conquérant romain.Auguste nous a légué août qui, jusqu\u2019à lui, s'était appelé sextilis.Remarquez que notre calendrier chrétien est païen par l\u2019origine des noms, des mois et des jours de la semaine.Cela ne serait rien s\u2019il était pratique.Or, il ne l\u2019est pas du tout.Les années se suivent et ne se ressemblent pas, de sorte que les mêmes jours ne reviennent pas aux mêmes dates d'une année à l\u2019autre; les mois sont irréguliers, sans aucune raison plausible ; la date de Pâques flotte sur un espace de trente-cinq jours, entraînant avec elle toutes les autres fêtes mobiles.L'année qui nous intéresse, pour la vie pratique, est l\u2019année tropique, de 365 jours 5 heures 48 minutes 51 secondes, et c\u2019est ce petit supplément d'heures, minutes et secondes qui constitue une première difficulté.Où le loger, puisqu'on ne peut l'escamoter ?{ On s\u2019en tire honorablement grâce à l'année bissextile, avec un jour intercalaire.Restent les trois cent soixante-cinq jours à diviser pour le mieux.Actuellement, ils le sont on ne peut plus mal, avec février trop court, et les deux longs mois successifs de juillet et août, aux trenle et un jours consécutifs.on ne sait trop pourquoi.Pour remédier à cet état de choses, les délégués des trois Eglises se sont réunis à Genève en sous-commissions, les 30 et 31 août 19283, sous les auspices de la Société des Nations.Le co- \u2014 95 \u2014 » Vol.17, No 12 Montréal, décembre 1924 mité était composé de: M.le Jonkheer van Eysinga, membre de la commission consultative et technique des communications et du transit, président; le R.P.Gianfranceschi, président de l\u2019Académie \u2018\u2018dei nuovi Lincei\u201d désigné par le Saint-Siège; le professeur Eginitis, directeur de l\u2019Observatoire d'Athènes, désigné par le patriarche Oecuménique; le Révérend T.E.R.Phillips, secrétaire de la \u2018Royal Astronomical Societv'\u2019, dési- £né par l\u2019archevêque de Contorbéry.Il résulte des déclarations faites par ces délégués officiels, qu\u2019au point de vue strictement dogmatique, la réforme du calendrier grégorien, y compris la fixation de la fête de Pâques, ne se heurte pas à des difficultés insurmontables, mais qu'elle n\u2019est pratiquement réalisable que par un accord entre les hautes autorités ecclésiastiques intéressées, cette question étant d'ordre éminemment religieux, et.enfin, que les changements.aux traditions existantes qu\u2019entraîne toute réforme ne sont justifiables et acceptables que s'ils sont demandés nettement par l\u2019opinion, en vue d'améliorations certaines dans la vie publique et dans les relations économiques.\u2014 \u201cme x * *# Deux sérieuses propositions (des milliers ont été soumises au Vatican depuis la guerre) furent faites à la Société des Nations: 1° Douze mois partagés en quatre trimestres égaux de trente, trente et trente et un jours, le premier jour de chaque trimestre étant un lundi et le dernier jour de chaque trimestre étant un dimanche, le tout donnant un total de trois cent soixante-quatre jours.Entre le 31 décembre et le 1er janvier, il y aurait, tous les ans, un jour LA REVUE POPULAIRE blanc\u2014ou complémentaire \u2014 et tous les quatre ans, aux années bissextiles, il y en aurait deux, qui ne compteraient pas dans la numération.Il y aurait ainsi un ou deux jours de fête pour célébrer le renouvellement de l\u2019année; 2° Ou bien treize mois de vingt-huit jours, formant également trois cent soixante quatre jours, auxquels on ajouterait un ou deux jours blancs.Dernier point: Cette réforme se réa- lisera-t-elle?La réponse du Saint-Siège n\u2019est pas très encourageante.Tout en constatant que la réforme éventuelle ne soulève aucune difficulté au point de vue dogmatique, elle insiste sur les traditions qu\u2019il ne convient pas d\u2019abolir et conclut que \u2018le Saint-Siège ne trouve aucune raison suffisante pour modifier ce qui fut l\u2019usage constant de l'Eglise dans la détermination des fêtes ecclésiastiques et, notamment, de la fête de Pâques, usage transmis par une tradition vénérable et sanctionné dès les temps anciens par les conciles.En conséquence, s\u2019il était démontré que le bien général demande quelque changement à ces traditions, le Saint- Siège ne voudrait pas examiner la question sans le voeu préalable d\u2019un concile oecuménique.* \u20140 \\ PHOTOS PAR TELEPHONE L'American Telegraph Telephone Co a réussi à transmettre, par téléphone, quinze photographies sur son circuit Cleveland-New-York.Six de ces photographies, y compris cejle de M.Coolidge, oni été publiées par le \u201cNew-York Times\u2019\u2019.La transmission de chaque photographie demanda - 4 minutes 30 secondes, et la reprodue- tion fut en tous points parfaite.\u2014 96 \u2014 me TE | Vol.17, No 12 \u2026 américain, continent, vint à Québec et lança, par LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 ea AA.\u201cOmi Un prêtre champion du patin, à Québec, =: 1852 Du \u2018Bulletin des Recherches Historiques\u2019\u2019, cette amusante anecdote sur un jeune séminariste sportif et fort spirituel: ee \u2018 L\u2019abbé Hubert Girroir, décédé le 25 janvier 1884, en son presbytère de Havre-de-Grace, Nouvelle-Ecosse, se faisait remarquer par sa force physique et son extrême agilité.Pendant le : carnaval de 1852\u2014M.Girroir étant ecclésiastique \u2014 un patineur soi-disant champion du alors l\u2019entremise des journaux, un défi à - tous les patineurs du Canada pour un enjeu de vingt-cinq louis.Personne n'osait relever le gant.Un ami de M.Girroir lui apporta, un matin, la gazette dans laquelle s\u2019étalait le défi de notre gascon américain.\u2014Tu es un excellent patineur, lui dit-il, si tu acceptais le défi?\u2014Au fait, reprit M.Girroir, j'en ai grande envie.Une demi-heure après, il frappait à la porté du directeur du Séminaire.ZM, lé\u201d direcieur, dit-il, voulez- vous me permettre de patiner contre cet amécriain qui se dit champion du continent?Queique extravagant que parut ce dessein, le directeur qui connaissait la - grande agilité de M.Girrdir sur les patins, ot qui, au reste, le savait incapable d\u2019une résolution inconsidérée, le référa à l\u2019archevêque, Mgr Signal.Celui-ci, en entendant l\u2019étrange proposition de son \u2018\u2018Acadien\u2019\u2019, comme EPR STOR Th 0 CUTER UE MIND MATIN il appelail M.Girroir.éclata de rire, et lui demanda s\u2019ii perdait la tête.\u2014Votis n'y pensez pas, dit-il, et votre soutane?| | Je la reièverai.\u2014 Mais où trouverez-vous vingt- cinq louis.à perdre?\u2014J\u2019ai cette somme en banque, Monseigneur, et d\u2019ailleurs, je ne perdrai pas.\u2014-Et si vous gagnez, que ferez-vous de tout cet argent?| \u2014-J'ai mon idée là-dessus, répondit en rougissant le jeune ecclésiastique.\u2014-Pourrait-on savoir au moins quelle est ceite idée, reprit l'archevêque, un peu piqué, et surtout étonné de son étrange persistance.\u2014Je donnerai cet argent aux pauvres, Monseigneur.- L\u2019archevéque réfléchit quelque temps, puis il dit à My Girroir: \u201cC\u2019est bien, allez; mais c\u2019est une sottise que vous faites.\u201d Quelques heures après cet entretien, qu\u2019un témoin de toute l\u2019affaire a raconté.un ami de M.Girroir allait trouver le champion patineur pour lui annoncer que son pari était accepté, et que les vingt-cinq louis étaient déposés entre les mains de la tierce personne désignée.Il ajoutait que c\u2019était le désir de son ami que le tournoi eut lieu sans bruit, et sans annonce dans les journaux.Le lendemain, les deux patineurs se trouvaient en présence dans le Skating Rink, de Québec, accompagnés des trois juges du tournoi et d\u2019un petit \u2014 07 \u2014 AAA RU LE Ne Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 nombre de curieux, parmi lesquels on remarquait quelques ecclésiastiques.L\u2019Américain attacha à ses pieds une superbe paire de patins, et, se lançant sur la glace polie comme un miroir, il exécuta quelques tours de force qui démontraient sa grande agilité dans ce genre d\u2019exercice.M.Girroir, après avoir retroussé sa soutane sous sa redingote, comme il l\u2019avait promis à Mgr Signai, entra dans la patinoire avec des patins du pays, battus à la forge, et assujettis à ses pieds au moyen de bouts de bitords, qui n\u2019étaient rien moins qu\u2019élégants.L'Américain sourit superbement en apercevant ce costume.\u2014Quel est votre nom?dit-il à son concurrent, en s\u2019avançant vers lui et en s\u2019inclinant avec politesse.\u2014 Hubert Girroir, monsieur.Et vous, me ferez-vous le plaisir de me dire-comment vous vous nommez?\u2014Mon nom est Albumazar, répondit l\u2019Américain, qui avait, on ne sait pourquoi, substitué ce nom arabe à son nom propre, que personne à Québec n\u2019a jamais su.Aussitôt M.Girroir écrivit sur la glace, en lettres élégamment contournées et parfaitement lisibles: A-1-b- u-m-a-z-a-r.| \u2014PFaites-en autant de mon nom, dit-il en s\u2019adressant au champion patineur de l'Amérique.Gelui-ci détacha lentement ses patins et, après avoir présenté la main à M.Girroir, il dit aux juges du tournoi: \u2018Donnez les cinquante louis à ce gentleman\u2019.0 La nature, qui ne nous a donné qu\u2019un seul organe pour la parole, nous en a donné deux pour l'ouïe, afin de nous apprendre qu\u2019il faut plus écouter que parler.JE SV I TE EEE LES LARMES QUI GUERISSENT Allons-nous utiliser nos larmes pour nous défendre contre les atteintes de la tuberculose, du cancer, etc.Un professeur de Copenhague, le Dr Linhal, a reconnu en effet que les larmes constituent un terrible poison pour les bacilles de la plupart des maladies infectieuses.Les tumeurs, notamment, ne leur résistent pas.Gertaines plaies se sont rapidement cicatrisées après des lavages aux larmes.Mais encore faut-il que celles-ci soient toutes frai- chement pleurées pour avoir cette vertu microbicide.Jusqu'ici nous pleurions sur nos malheurs, et cela était sans effet.Maintenant, nous pleurerons sur nos maladies, et cela nous guérira.0 OPEREE D\u2019ABORD, EXECUTEE ENSUITE.La loi en Amérique est formelle qui établit en termes précis que lorsqu\u2019un supplicié va subir sa peine il est indispensable qu\u2019il soit en bonne santé.Or, tout récemment, une femme condwnnée à la peine de mort pour homicide se plaignit quelques jours avant son exécution de violentes douleurs.Le médecin de la prison diagnostiqua une crise d\u2019appendicite nécessitant une intervention chirurgicale immédiate.Quelqu\u2019un fit observer que c\u2019était bien du zèle, puisque la condamnée \u201c devait dans le cours de la semaine payer sa dette à la société.Mais on passa outre à cette observation pourtant très raisonnable en pareil cas, semble-t-il.On opéra la malade et après une convalescence d'une quinzaine de jours on l\u2019électrocuta.\u2026 OÙ \u2014 ni OUT LOU rt Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1024 Tr rar a TT TU | LE CHENIL | par ALBERT PLEAU CONCOURS DE CHIENS POLICIERS POUR LE CHAMPIONNAT DU CANADA Le grand concours de chiens policiers pour le championnat du Canada à été disputé sur le terrain Guybourg à Montréal devant une assistance de plusieurs milliers de spectateurs.Les applaudissements répétés nous montrent bien l'intérêt que porte le ALBERT PLEAU, de St-Vincent de Paul, juge du concours de chiens policiers du 27 Sept.1924.publie canadien, au beau sport canin et principalement au dressage du chien de garde, de défense et de police.Les progrès accomplis dans le dressage de nos chiens dépassent tout ce qu\u2019on pourrait en dire, et le travail si difficile que celui qu\u2019on exige pour le service de la police, a été exécuté par les valeureux concurrents d\u2019une façon merveilleuse.TOMY, le vainqueur du concours de chiens policiers du 27 septembre.Les chiens étaient tous conduits par leurs propriétaires.En somme tout s'est bien passé, sauf quelques petits incidents causés par un petit groupe d\u2019indésirables, \u2014 09 \u2014 ele: a D Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 WENGO du Tigre Royal, un des concurrents au concours de chiens policiers du 27 Sept.1924 : mais qui a tout de méme sa place un peu partout afin de varier la monotonie de la paix (faut bien que quel- qu'un morde puisque les chiens ne mordent pas.) GALOPIN a lattaque lancée.Apres une contestation trés loyale de la part des concurrents, le classement est fait comme suit: ler.Champion du Canada pour 1924, Tomy, Groenendael, à M.E.Rouly.\u2018 FOCH, Alsacien, un jeune qui promet beaucoup pour l'avenir, propriété de M.Vézeau, Montréal \u2018 = 100 ==. ay pon ce eddie ROUE geld OA Ait tr ttes \u2018Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 2ème.Galopin, Groenendael, au y; Belgium Kennels, M.Domus.sème.Exenia des Hallates, li Malinoise, Domus.au Belgium Kennels, GALOPIN, un des ia d gagnants au concours de chiens i policiers du 27 septembre, - 2d 5éme.Vengo du Tigre Royal, au LE LOUP du Canada.Vainqueur dans la classe Belgium Kennels, M.Domus.des Novices au concours de chiens policiers Classe des Novices\u2014Le Loup du du 27 septembre.Canada à M.Raoul Goyette a pris les 4ème.Canada, Malinois, à M.J.E.honneurs de sa classe avec un bon Pilon.pourcentage de points, .,.ÿ CANADA, propriété de Mr |, E.Pilon, un des gagnants au Concours de Chiens Policiers du 27 septembre 1924, \u2014 101 \u2014 | il Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 ECHOS DE L\u2019EXPOSITION CANINE DU LADIES KENNEL CLUB DU 17 SEPTEMBRE DERNIER Un juge est insuité pour avoir fait son devoir honnêtement et Impartialement J'ai eu l'honneur de juger les bergers et les grandes racès de chiens au Ladies Kennel Club, le 17 septembre dernier, et comme c\u2019est l\u2019habitude et même règlementaire, il faut s'attendre à de la critique de la part des perdants, surtout lorsque ces derniers ne connaissent pas le standard de la race qu\u2019ils ont en mains.Parce qu\u2019ils ont importé des chiens d\u2019Europe et qu\u2019ils les ont payés un prix souvent exorbitant pour la qualité fournie, ces amateurs viennent aux expositions, certains d\u2019avance qu\u2019ils vont remporter tous les premiers prix et tous les honneurs de la journée.Maintes fois leurs déceptions n'ont d\u2019égales que leur ignorance, et il ne faut pas leur donner .d\u2019explications, car on vous traite de vendu ou d\u2019incompétent (belle récompense pour un juge qui a peiné une journée durant pour le sport canin.) Heureusement pour moi, et je me compte parmi les privilégiés, car je crains de n\u2019avoir fait qu\u2019un mécontent sur le très grand nombre que j'ai eu à juger.Le litige est venu à propos de quatre Malinois, dont une paire exposée par madame J.Poirier et une paire par monsieur Geo.Domus, laquelle paire de monsieur Domus a emporté les 1ers prix dans leurs classes respectives, à savoir: classes ouverte et limitée pour chiens et de même pour chiennes.Madame Poirier remportant les seconds dans les mêmes classes.Madame Poirier a cru ses chiens déshonorés parce qu\u2019ils ont été classés deuxièmes.Il n\u2019y a pas de honte à être classé deuxième surtout lorsqu\u2019on a à concourir contre des bêtes de la qualité des Malinois de Monsieur Domus, et nous pouvons - dire sans crainte de nous tromper que Montréal possède les deux plus belles paires de Malinois de l\u2019Amérique dans celles de madame Poirier et de monsieur Do- mus.Maintenant une petite analyse du jugement rendu mettra nos lecteurs à même de juger si j'ai favorisé les chiens de monsieur Domus au détriment de ceux de madame Poirier.Vengo du Tigre Royal, à M.Domus: Port magnifique, taille maximum exigée par le standard, port des oreilles et expression très bonnes.= Fatty, 4 madame J.Poirier.Port magnifique, taille minimum exigée par le standard, port des oreilles ei expression très bonnes.Ces deux bê- tes, comme il est facile de s\u2019en rendre compte, sont douées des mêmes qualités physiques, moins toutefois la taille de Gatty qui est inférieure à Vengo.Passons aux deux chiennes.Ces deux bê- tes sont tellement semblables à première vue qu\u2019il faut employer le mètre pour bien les classer, \u2018\u201cExénia\u2019\u2019, à M.Domus, possède un masque noir irréprochable, (Cap de More;)) a une expression de toute beauté.\u2018\u2019Ÿvette\u201d\u2019, à madame Poirier, quoique moins rapide du geste, n\u2019en possède pas moins une expression égale à Exénia.Physiquement, ces deux chiennes se valent, et bien malin celui qui pourra __ 102 wm Vol.17, No 12 les départager sans se servir du mètre.Raison \u2018qui a fait placer Exénia première et Yvette deuxième.Le Standard dit: le museau devra être sensiblement de même longueur que le crâne, le Malinois est un chien court.D\u2019après le Standard il doit mesurer en pouces, exactement la même mesure de la pointe de l'épaule à la fesse, ce qu\u2019il mesure comme hauteur au garrot.-Gomparez les mensurations prises par votre humble serviteur & l\u2019exposition et jugez par vous-même.Exénia.Taille au garrot, 2145 pes de la pointe de l\u2019épaule à la fesse, 211% pes, longueur du museau, 4% pes, longueur du crâne, 415 pcs.Yvette.Taille au garrot, 21 45 pes, de la pointe de l'épaule à la fesse, 23 pes, longueur du crâne, 412 pes, longueur du museau, 3% pes.Vient de paraitre, \u201cLE CHIEN\u201d.Son élevage, dressage du chien de garde, d'attaque, de défense et de Police.entrainement pour Exposition et traitement de ses maladies.Beau volume de 200 pages.Nombreuses illustrations.Prix : En vente dans toutes les librairies, ou chez l\u2019auteur, Albert Pleau, 347 ave Laval, Montréal.0 LE DUEL DES ÉTUDIANTS ALLEMANDE Cette coutume, installée dans les moeurs allemandes depnis des siècles, reparut dans toutes les universités d'Allemagne, grandes et petites, après la guerre: le ducl entre étudiants de différentes provinces ou de clubs ennemis.On sait que dans les universités anglaises et américaines, à la reprise des cours, en septembre, se livrent entre anciens et nouveaux des luttes sans \u2018armes qui font chaque fois des victimes nombreuses.Mais, ce n'est là qu'un jeu d\u2019écoliers turbulents que l\u2019habitude des sports violents invite à la bataille.LA REVUE POPULAIRE $1.25.Montréal, décembre 1024 En Allemagne, les rencontres entre étudiants, rencontres singulières, se font à l\u2019épée.Pas de rencontre sans effusion de sang.C'est un véritable duel où les adversaires exposent au double tranchant d\u2019une épée leur front, leur nez, leurs joues, leur bouche et leur menton.Les yeux et le cou sont seuls protégés.Le duel est le baptême de tout étudiant qui se respecte.S'il n\u2019a pas quelque estimable balafre dans la figure, il est indigne de son université, de sa province et de son club.Tout duelliste vise à balafrer son adversaire de l\u2019oreille à la bouche, ou de l\u2019oeil au menton.Le torse protégé par une veste; armé encore d\u2019épaulières, de gantelets, de jambières; le cou pris dans un collier de fer et les yeux bien à l\u2019abri derrière des lunettes, les deux adversaires, l\u2019épée à la main droite, tandis que la gauche est gardée dans le dos, se font face., Les attaques se font de pied ferme et sont composées, c\u2019est-à-dire qu\u2019elles comportent plusieurs mouve=- ments de lame.Chaque attaque doit durer deux secondes.Toutes les deux secondes, un des seconds arrête les duellistes.On se bat jusqu'à ce que l'un des adversaires demande grâce, ou que les seconds jugent nécessaire, devant l\u2019opiniâtreté des combattants de les séparer.Le chirurgien s\u2019approche alors et + panse les plaies.Le plus balafré des deux triomphe! On portera maintenant sur la figure, sa vie entière, le signe de la valeur.0 La pensée sans poésie et la vie sans infini, c\u2019est comme un paysage sans ciel; on y étouffe, ww 108 vu ° Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 La superstition des sauvages Le R.P.Duchaussois, oblat de Marie Immaculée, traite dans son ouvrage: Aux Glaces Polaires (Indiens et Esquimaux), de la superstition chez certaines tribus sauvages qui les rendent particulièrement Inhumains pour leurs propres femmes.C\u2019est chez les Flancs-de-Chiens, tribu sauvage de l\u2019Athabaska-Macken- zie, que l\u2019on peut toucher le mieux encore à la prunelle de l\u2019âÂme païenne : la superstition.De tous les Dénés, en effet, ils demeurent les superslitieux émérites.Les pratiques directement barbares et sataniques n'ont pas tenu, en présence de l'Evangile; mais les autres ne cèdent que lentement.On verra les meilleurs chrétiens jeter furtivement à l\u2019eau une pipe, un couteau, un objet de valeur, pendant la tempête \u2018afin d\u2019apaiser l'esprit des vents\u2019.Ni hommes, ni chiens surtout, ne doivent manger la chair des animaux à fourrures précieuses: elle est\u2019 sacrée.Il est défendu de rire des orignaux.Le chasseur a son animal \u2018tabou\u2019, qu\u2019un rêve lui a révélé.Ainsi, l\u2019un ne prendra pas de martre; tel autre ne pourra abattre un lièvre, une oie; Pierre Beaulieu n\u2019a jamais tué d'ours; il se contente d\u2019une révérencé x à ceux qu'il rencontre.Plutôt la mort que de violer le tabou.Le tabou, en retour, envoie les autres bêtes sous les flèches de son fidèle.Les Plats- Côtés-des-Chiens coupent aussi.le nez des peaux, ce qui en abaisse le prix.Pourquoi?On n\u2019a pu le savoir.Le Père Breynat, missionnaire des Mangeurs de Caribous, avait achevé une renne d\u2019un petit coup de crosse sur le front.Deux offenses graves: 1°, frapper à la tête ; 2°, tuer avec du bois.Les rennes allaient déserter le Fond-du-Lac, et vouer à la mort toute la tribu des Mangeurs de Caribous.Il faut que parte le missionnaire! On lui fait écrire une lettre à Mgr Grouard.Mais le Père Breynat resta et les caribous revinrent, la saison suivante, plus nombreux que jamais.C\u2019était, croyez-vous, le coup fatal porté au front de la superstition, la confusion des indiens?Pas si vite ! Un vieillard, député de la tribu, vint dire au père: \u2018 \u201cNous savons pourquoi les caribous sont revenus, car nous avons examiné .ton fusil.Regarde-le toi-même; vois ce petit morceau de fer plat qui termine la crosse: c\u2019est sûrement avec ce fer que tu as touché l'animal.Il a bien voulu ne pas se fâcher, non plus \u2014 104 \u2014 Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE RRS Montréal, décembre 1924 que tu l\u2019aies atteint à la tête, parce que.tt.es étranger.Voilà comment il N'a pas rapporté à sa nation ta mauvaise action.Mais ne recommence \u2018plus! Nous serions perdus!\u201d est la femme, par-dessus tout, que la superstition dénée tient en défiance.Elle ne doit pas enjamber le bonnet ou le fusii d\u2019un homme: il ne tuerait plus rien; ni marcher sur une peau d\u2019ours: la maladie envahirait le camp; ni voguer par-dessus les filets tendus: les poissons se déprendraient ; ni toucher de sa langue la langue d\u2019un caribou: le caribou, devenu bavard, irait raconter à toute son espèce les défauts des Dénés.Il est interdit très spécialement à la femme de palper et de manger lc muffle de l\u2019orignal, morceau de noblesse: l\u2019animal quitterait les bois devenus les gémonies de sa honte.| : Les Pères Roure et Duport furent les témoins d'un fait récent qui montre à quelle cruauté la superstition peut encore mener quelques Indiens.Un loup rôdait autour d\u2019un campe- - ment Flanc-de-Chien.On savait qu\u2019il avait mangé un homme; et tous se tenaient sur le qui-vive, non pour l\u2019attaquer, mais pour le fuir, car d'avoir dévoré de la chair humaine rendait le carnassier \u2018\u2018tabou\u2019\u2019, inviolable.Un jour, le loup fut apercu, descendant une côte, vers la loge d\u2019une famille.L\u2019homme prit sa carabine et se sauva dans les bois, tout en défendant à sa femme de bouger.Comme la bête fonçait sur elle, la malheureuse saisit une hache, s\u2019adossa à un sapin, déposa son enfant entre ses pieds et le pied de l'arbre, et soutint la bataille.Laboureé de coups de griffes et de crocs, elle parvint à écarter le monstre d\u2019une main, et de l\u2019autre à l\u2019assommer.Les cris et les beuglements apaisés, l\u2019homme jugea que le danger était passé, et rentra.Voyant le loup pantelant sur la neige, la gueule rouge du sang de la brave mère, il s\u2019empor- - ta d\u2019une colère de démon: \u2014Comment, lui hurlait-il, tu as tué un loup qui avait mangé un Déné! et avec le fer de ma hache, à moi, un homme! et toi, une femme ! Je n\u2019ai plus qu\u2019à te tuer toi-même! I] l\u2019eut fait, s\u2019il ne se fut souvenu, en voyant le crucifix, suspendu dans la loge, qu\u2019il était chrétien.Aussi que n\u2019endure-t-elle pas encore, aux heures, aux jours, aux semaines, ou la charité devrait s\u2019incliner, tout en respect et bienfaisance, vers sa faiblesse! Les Dénés ont pratiqué cruellement, à son endroit.par un froid égoïsme, par la seule crainte.qu'il leur arrivât malheur, s\u2019ils se re- lachaient de leur intransigeance, les prescriptions que l\u2019Ancienne Loi imposait aux juives, doucement et par symbolisme de la purification spirituelle.La séquestration s\u2019'inflige a la jeune fille qui passe de l\u2019enfance à l\u2019adolescence, et se renouvelle jusqu\u2019au terme de son âge mûr.De plus, lors dela première séquestration, elle ne doit rien manger d\u2019agréable: elle deviendrait gourmande.Elle ne doit pas avoir un couteau neuf: elle deviendrait paresseuse.Elle ne doit pas soulever le voile dont on lui couvre la fie gure: elle deviendrait tête en l\u2019air.Lorsqu'elle devient mère, l\u2019épouse est soumise à une dureté redoublée, dans sa séquestration.Revétue des plus mauvais habits, puisqu'il faudra les détruire à son retour, toute seule, à moins qu\u2019une vieille charitable ne se dévoue à l\u2019assister, elle va s\u2019établir ans la forêt; et là, elle attend son / Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1024 heure.Elle place son enfant dans une mousse préparée et le réchauffe contre son sein.S\u2019il meurt de froid, malgré sa tendresse, l\u2019Indienne suspendra le petit cadavre aux branches d\u2019un cyprès, afin de le soustraire à la dent des loups, et viendra lui chanter, jug- qu\u2019au dégel de la terre, la romance de sa douleur.Quelquefois, elle suit de près son enfant dans la mort.La séquestration dure deux mois pour la mère et pour le nouveau-né, retire dans l\u2019écart du bois; et.quelques heures aprés.portant l'enfant sur son dos, elle reprend ses raquettes pour rejoindre la caravane.au campement indiqué.Cette marche est le martyre de la femme dénée.En tout temps de ses séquestrations légales, elle ne peut suivre le chemin battu par les autres, de peur de paralyser les chasses, les pêches.et d'attirer sur les hommes et sur les chiens des sorts mortels.Force lui est done de se Un esquimau armé du harpon, accompagné de son enfant et de son chien de trait, devant sa butte de neige ou 10urte.si c\u2019est un garçon; trois mois, si c\u2019est une fille.Après quelques jours cependant, le code sauvage mitige sa rigueur: il est permis à la fémme d\u2019occuper le coin aux débarras de l\u2019habitation, mais personne ne.lui parlera ; pour ses repas, elle aura les restes; les quelques objets mis & son usage seront tenus a part, et anéantis a la fin de l\u2019épreuve.Si, au temps de la naissance, la tribu se trouve en marche, la femme se frayer un sentier.à côté, dans les embarras de la forêL.et de trébucher sans cesse aux broussailles enchevétrées sous la neige moile et profonde, avec son fardeau.Ainsi elle va, des jours, des nuits, des mois.S'il lui faut, de nécessité, traverser les brisées communes, pour prendre l\u2019autre côté, elle étendra des branches de sapin sous ses pas.Si, durant l'été, on arrive à une rivière, à un lac, la séquestrée ne pourra trouver place dans l\u2019embarca- \u2014 106 \u2014 PRO 0 RO RARE OO RE RRR OT IR IIA Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 tion.Deux canots sont reliés de front par des perches transversales; la femme s\u2019assied sur ces perches.les pieds dans l\u2019eau, sans toucher même les bords du canot, ni la main des hommes pour se tenir.Qu'elle tombe au cours de la traversée, et qu'on ne puisse la repêcher.mieux vaudra sa mort que la malchance de tous.Par une tempête furieuse.le Père Roure vit arriver une femme avec son enfant sur ce perchoir instable.entre les canots.À chaque piongeon de l\u2019équipage dans les vagues.il croyait ne plus la voir reparaître.Comme il reprochait aux sauvages de s'être engagés sur la large baie.par ce temps: \u201411 le fallait, répliquérent-ils.un de nos enfants a entendu dans les feuilles le \u2018 dénédjéré.l'ennemi \u201d; nous n'avions pour fuir que ce côté; on ne pouvait attendre: l'ennemi était lal.oo ss % Fh bien! se figurera-t-on que les femmes indiennes, sachant les sévices que leur coûtera.chaque fois.l'honneur de la maternité, regardent comme le dernier opprobre de rester épouses sans enfants ?Ce sentiment naturel, don du Créateur, qu\u2019il n'y eut que les barbares civilisés à combattre, s\u2019est surnaturalisé dans l\u2019âme de la femme des bois.qui n\u2019escompte sa récompense que d\u2019après le nombre des élus qu\u2019elle aura donnés au Ciel.Les condamnées à l'épreuve d\u2019Anne et de Sara sont inconsolables: ~~ \u2014Comment le bon Dieu va-t-il me recevoir, disent-elles, si je n'ai rien fait pour lui, si je ne puis lui montrer des dénés et lui dire: \u2018De toi je les ail reçus, à toi je les rends; prends-les pour remplacer les mauvais esprits qui t\u2019ont désobéi, et que tu as jetés en enfer!\u201d Les heureuses réformes obtenues enfin chez les Montagnais, les Mangeurs de Caribous et les Couteaux- Jaunes font présager la juste émancipation de la jeune fille et de la mère dans toute la nation dénée.Mais l\u2019esprit de superstition ne se laissera vaincre qu\u2019au prix d\u2019un patient combat par la foi de lumière et d'amour.O LES JEUX OLYMPIQUES Olympie.ville de la Grèce ancienne (Klide) a été le berceau des Jeux auxquels son nom reste attaché.Ces Jeux célébrés tous les quatre ans en l'honneur de Jupiter réunissaient tous les athlètes de l'Hellade.et comportaient des exercices au stade et à l\u2019hippodrome; ils se succédèrent très régulièrement de 776 avant Jésus- Christ jusqu\u2019à la fin du IVe siècle de notre ère, soit pendant près de douze siècles.La grande fête olympique, considérée par les Grecs comme leur fête nationale, prit à leurs yeux tant d'importance que depuis le IIIe siècle avant notre ère on ne compta plus guère les années que par olympiades, c\u2019est-à-dire par série de quatre ans.Un Français, le baron Pierre de Cou- bertin.entreprit il y a quelque quarante ans de ressusciter les fêtes sportives de l\u2019Hellade.En juin 1894, 1'Union des Sociétés françaises de sports athlétiques convoquait un Congrès international chargé d'organiser les Jeux.Ils eurent lieu pour la première fois à Athènes en 1896; modeste reprise.En 1908, à Londres, le tournoi olympique prit l\u2019ampleur d\u2019une fête mondiale de l'athlétisme; vingt et une nations s\u2019y trouvèrent réunies; Stockholm.en 1912.Anvers, en 1920, en virent l'épanouissement.wm 107 \u2014 e + \u2014\u2014\" ee \u2014 oT wb Fe & Silky TA 4 Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 FEMMES Les lèvres d\u2019un jeune homme et le fard sont deux très bonnes choses pour les lèvres d'une jeune fille, le fard surtout.| x x % La jeune fille moderne est plus mystérieuse qu'attrayante.* % # Une femme ne peut garder un secret quelconque.un homme ne peut garder un secret qu\u2019il tient d\u2019une femme.= # + Le baiser que la jeune fille donne le premier jour qu\u2019elle connait un jeune homme tombe vite dans le domaine public.LE IE La sagesse nous commande de ne jamais présenter une amie à notre ami.+ % Comment la femme qui ne peut sortir l\u2019été sans ses fourrures peut- elle sortir l\u2019hiver en bas de soie et sans fourrures?x x % Combien de jeunes filles qui ont consolé un jeune homme de la perte d\u2019une amoureuse ont eu à être consolées à leur tour quelque temps après.Carne de Gelibataires HOMMES Nous connaissons des célibataires qui ne peuvent faire un pas sur la rue sans se faire \u2018\u2019insulter\u2019\u201d\u2019 par les jeunes filles.\u201c % *% Lorsqu'un homme ne peut avoir le coeur d'une jeune fille il dit du mal de celui qui pussède ce coeur.> % + On ne connaît et n'apprécie une femme qu'après l'avoir perdue.* # = Connaissez-vous une jolie fille qui n'ait jamais fleureté?: x % * Lorsqu'un homme en amour admet qu'il est tin imbécile l\u2019opinion générale est unanime.% OX 0% Le meilleur moyen d\u2019avoir le dernier mot dans une discussion avec une femme est de quitter la place en lui souhaitant le bonsoir.« * * L\u2019unique raison pourquoi un médecin fait tirer la langue a une cliente est afin de pouvoir écrire en paix la prescription.*.+ Un orehestre doit posséder deuxième violon, un ménage aussi.un es 108 PI PR TR RR A RRR RE PR RRR Ta CIE OP OPEN Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 .FEMMES \u2018Une jeune fille n\u2019a jamais le nez placé assez profondément dans un livre pour que la houppette ne puisse l\u2019 atteindre.= x de L'amour est un art où on trouve beaucoup de dilettanti.* = %.L'amour ressemble au verre, plus il est pur plus il se brise facilement.= # % Il existe des femmes pour croire que Jean est différent de Pierre et Pierre différent de Paula Dans un monde parfait toutes les femmes seraient heureuses mariées -et tous les hommes seraient heureux célibataires.x NR ok Comment se fait-il que le jeune homme que nous aimons le mieux ne nous demande jamais en mariage?* 0% 0% La jeune fille qui se marie doit écouter tous les conseils qu\u2019on lui donne et n\u2019en suivre aucun.* x * L'Amour ressemble à la marmeia- de, il ne faut pas trop en prendre.x % 0% Que le monde serait admirable si Dieu avait donné le parfum aux femmes et la parole aux fleurs.« + %#% Pour plaire à un homme on doit lui dire qu\u2019il est un diable.\u2014 109 \u2014 HOMMES Il est bien ennuyeux de posséder pr une jeune fille qui ne veut pas étre | embrassée mais il est encore plus en- 3 nuyeux d'en posséder une, qui veut l\u2019être constamment.\u201c+ + On est aussi malheureux d\u2019être incompris d\u2019une femme qu\u2019on est heureux d\u2019en être compris.A \u201cx x Le célibataire est un homme qui n\u2019a pas de boutons à sa chemise, l\u2019homme marié est quelquefois celui qui n\u2019a pas de chemise.\u201c # ob Le célibataire est un homme qui a eu tellement de conquêtes qu'il n\u2019a N pas eu le temps d'étudier et de connai- a ire la femme.E * ok = me emg On sait pourquoi on déteste une p.femme, on ne sait pas toujours pour- a quoi on l'aime.¢ WoW ok Br Re Il existe des hommes qui se marient pour avoir un chez eux; une fois qu\u2019ils l\u2019ont ils n\u2019y restent jamais.LE JIE Le célibataire épouse une jeune fille riche et aime une jeune fille jolie.\u2018 TN =.Pour faire plaisir à une femme il faut lui dire qu\u2019elle est un ange.7 RÉ To si ETT NO RETENIR PRES CEE A tee hs i RR I Sih Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 LE SUPER-AUTOMOBILE DE 1950 L'automobile que vous voyez là est aussi bien voler que rouler sur les la voiture de l'avenir.Nos enfants use- routes ! { ront d'autos de cette sorte, à une épo- C\u2019est un véhicule éconumique.puisque qui n\u2019est pas très sensiblement sant et confortable, à trois roues, ac- VENTILATEURS NERNE INCAGSAGBLE Pouf OUVÉ RTURES \u2018 ENGRENAGE 3 PLAQUE DE DÉCHANGE MENT 3 cence, OE NTE RRAIT = \u201cITE AIRE E \u2019 EERE ei ge i 4210 5 b =.# ParRe 2 ROUES A Al Roue UNIQUE TY iil D'AVAN TEE RESSORTS EN CAOCTROE .ER Ov COUSSIN D'AIR CONTRE GaICS 4 3 IE Fo lel FLANGE UIRTS .\u201cÀ ch T COLLISIONS CEVTE ES DESTANDE E° éloignée de nous.Qui sait même si tionné par un moteur de quarante cy- l'auto de l\u2019avenir ne sera pas plus per- lindres sans qu'il soit besoin d'engre- fectionné encore et s\u2019il ne pourra pas nage de changement de vitesse.O LA CHARRUE ELECTRIQUE Le labour a toujours été l\u2019un des encore rien fait pour simplifier et fa- plus pénibles travaux de l'homme de- ciliter le labourage, pour alléger \u2018cette puis Adam: Et cependant.jusqu'à ces tâche éreintante.Les charrues sont | dernières années, la science n'avait modernes; elles ressemblent quant à 4 = 110 \u2014 ARR RR Rr OE Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 la forme et à la courbe à celles des ; temps anéiens, -mais, \"grâce à Dieu, | cette même charrue est maintenant sem ser hors du sillon la terre que le soc a détachée) et le sol.L'idée d\u2019une méthode nouvelle, illustrée ci-contre, est |} actionnéé par un moteur.- de faire servir l'humidité du sol à la Mais on vient de faire mieux encore.lubrification du versoir.En isolant le Une grande parlie du travail accom- coutre de la eharrue et en faisant plie par la charrue est perdue par sui- passer un courant, a travers le sol, du te de la friction entre le versoir (cette coutre au versoir, l'eau se rend a ce partie de la charrue destinée à renver- dernier sur lequel il agit.| LES Sous- PRODUITS DU CHARBON \" .PPP = 4500 PIEDS CUBES HUILE LUBRIFIANTE IMITATION ° RTs DE GAZ HUILE ET GRAÎSSE DE CUIR * SUCCÉDANÉ ila D'ESSENCE SULPHATE HUILE D'AMMONAGUE (us, encore ème Cette vignette, accompagnée sde notes explicatives et de Mlèehes indicatrices, vous montre ce qu'on pcul retirer du charbon, par les méthodes de distillation propres, avant de le cone sommer, \u2014 111 \u2014 i Vol.17, No 12 , LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 UN JAMBON D\u2019HONNEUR AUX BONS EPOUX On célèbre encore en Angleterre l'antique cérémonie du Dunmow Flitch.Devant un tribunal solennel et un jury, des couples comparaissent.Les époux doivent convaincre les juges qu\u2019ils ne regrettent pas leur mariage et surtout qu\u2019ils ont vécu ensemble pendant un an et un jour sans se quereller une seule fois.S\u2019ils satisfont les magistrats improvisés sur ces deux points, le.dernier surtout, ils reçoivent comme récompense un magnifique jambon décoré de rubans.Le dernier lauréat de ce singulier concours est M.Hardy Jones, député.Pour convaincre le jury, un des témoins du candidat, le député McEntee, assura sur son honneur, que l'aspirant au jambon avait assisté à toutes les séances de la commission parlementaire chargée d\u2019étudier la loi sur les restrictions des expulsions de locataires sans se mettre en colère une seule fois! Toutefois, le jambon risquant d\u2019ê- tre emporté par un autre couple, M.Mardy offrit d'appeler au tribunal, comme témoin de son bonheur, sa propre belle-mère.JEU D'ENFANTS La balle volante Au milieu de l'emplacement du jeu, on plante un pieu d\u2019une longueur de quelques pouces dont la partie supérieure bien plate supportera une planche creusée à l\u2019une de ses extrémités d\u2019un petit renfoncement dans lequel on placera la balle.Au moyen d\u2019un coup vigoureux donné par l\u2019un des joueurs sur l\u2019autre extrémité de la planche, la balle sera projetée en l'air.À dix pas de distance et autour du pieu, les autres joueurs forment un cercle où chacun a sa place marquée, soit par une pierre, soit par un petit bâton planté dans le sol.Aussitôt la balle lancée, ils cherchent tous à l\u2019attraper et peuvent courir où bon leur semble.Pendant ce temps, le joueur qui a jeté la balle tourne une fois autour du cercle en touchant chaque pierre ou.chaque bâton.S'il est brûlé avant d'avoir terminé, il changera de place avec celui qui l\u2019a brûlé.La planche doit être attachée au pieu par une ficelle pour ne blesser personne lorsqu'elle est projetée en l\u2019air.\u2014 112 \u2014 PER EE EN RRR > \\ ror) + % M B= fo = Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 Tout le monde connaît aujourd'hui la définition caractéristique des mammifères: \u2018Animaux pourvus de mamelles au moyen desquelles ils allaitent leurs petits.\u2019 Les singes appartiennent au premier ordre des mammifères.Ce sont les animaux qui se rapprochent le plus de l'homme par la nature de leurs actes et par leur conformation.Les singes et les autres espèces qui constituent avec eux ce premier ordre de la classé des mammifères, ont reçu de beaucoup de naturalistes, le nom de quadrumanes, c\u2019est-à-dire animaux à quatre mains.En effet, l\u2019orang-outang, le chimpanzé, les guenons.les macaques, etec., ont, comme \"homme, le pouce des mains susceptible de mouvements assez variés, et opposable aux autres doigts.ce qui est le caractère d\u2019une main.Le pouce de leurs pattes de derrière a la même disposition.Ainsi leurs quatre extrémités sont également terminées par des mains; mais le pouce des mains de devant est si petit que beaucoup de singes se servent moins adroitement de leurs mains de devant que de celles de derrière, et même chez les Primatés d\u2019Amérique, le pouce des membres antérieurs prend la direction des autres doigts, presque au même degré que dans la patte d'un ours.La dénomination des quadrumanes devient dès lors fautive.Les mammifères de cet ordre sont incontestablement les premiers d\u2019entre les animaux, après l\u2019homme.On peut dire que, sous le rapport de l\u2019intelligence et de l'organisation, les singes et autres animaux, qualifiés.comme eux de quadrumanes, forment l\u2019élite du règne animal.Les espèces de l\u2019ordre des Prima- tés sont toutes étrangères à l\u2019Europe.(Le Magot seul se trouve en petit nombre sur le rocher de Gibraltar).Les anciens les ont peu connues, bien que du temps des Grecs et des Romains on eût déjà conduit à Athènes et à Rome une partie de-celles - qui < Tête de Chimpanté vivent dans le nord de l'Afrique et peut-être dans l\u2019ouest de l\u2019Asie.Doués d\u2019une intelligence très mobile, les singes sont susceptibles de quelque éducation; mais c\u2019est dans le jeune âge seulement que l\u2019on peut les dresser.Les femelles, dont le caractère est plus doux que celui des mâles, restent plus longtemps soumises.Les singes que les bateleurs ont avec eux sont le plus fréquemment le macaque, originaire de l\u2019Inde, et le sajou, qui vient d\u2019Amérique.\u2014 113 \u2014 PT ST TC TTR EERIE ARE ERE CON HE Bree Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 Orang-outang adulte Les Primatès vivent aussi bien dans ment dans l\u2019ancien continent, et cell\u2019ancien monde, Asie et Afrique, que les de cette partie du globe ne se ren- dans le nouveau; mais aucune des es- contrent point en Amérique.Il y a pèces américaines n'existe naturelle- même, au sujet de la répartition géo- e\u2014 114 \u2014 Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 UNE GRANDE OFFRE AUX HERNIEUX 10,000 PERSONNES QUI SOUFFRENT DE LA HERNIE RECEVRONT PLAPAO A L'ESSAI ET LE LIVRE DE M.STUART, SUR LA HERNIE, ABSOLUMENT GRATIS Cette offre généreuse est faite par l'inventeur d\u2019une merveilleuse méthode opérant nuit et jour qui rétablit et fortifie les muscles relâchés et ensuite supprime tout à fait les bandages douloureux et la nécessité de dangereuses opérations.RIEN A PAYER Pour 10,000 malades qui écrivent\u2014 M.Stuart enverra une quantité suffisante de Plapao, sans frais, pour vous permettre d\u2019en faire l'essai.Vous ne payez rien.pour cet essai de Plapao.JETEZ VOTRE BANDAGE Vous savez par votre propre expérience, que c'est seulement un faux soutien contre un mur tombant et que IF LA SURFACE IN- TERISURE EST FAITE méme temps, ce tampon forme réservoir.Dans ce réservoir est placé le merveilleux remède absorbant-astringent Plapao.Dès que le remède est échauffé par la chaleur du corps, il evient soluble et s\u2019échappe à travers la petite ouverture marquée \u2018\u2018C\u2019\u2019 et est absorbé par les pores de la peau pour fortifier les muscles affaiblis et effectuer la fermee ture de la bernie.\u201cF est l\u2019extrémité du PLAPAO- PAD qui s\u2019applique sur les os des hanches\u2014partie du squelette qui domine la solidité et le support nécessaire au PLAPAO-PAD.FAITES LA PREUVE A MES FRAIS N'envoyez pas d'argent.Je veux vous prouver à mes frais que vous ROUE ER EA GLISSANTNON- pl FETCEQU ez euéri ; cela affaiblit votre santé, parce que ADHESIVE POUR cone LT (ee, pouvez guérir votre hernie et quand les cela retarde la circulation du sang.muscles affaiblis auront recouvré leur Pourquoi donc continuer à le porter?Voici un meilleur procédé dont vous pouvez vous assurer sans frais.EMPLOYE DANS UN DOUBLE BUT Premièrement: Le plus important objet du PLAPAO-PAD est de conserver toujours appliqué aux muscles relâchés le remède appelé Plapao qui est de nature contractive, et dont le but à l\u2019aide des ingrédients de la masse médicamenteuse, est d'augmenter la circulation du sang afin de revivifier les muscles.Deuxièmement: Adhérant de lui-même dans le but d'empé- cher lé tampon de glisser, c'est une aide importante pour maintenir la hernie qui ne peut être contenue par un bandage.Des centainés de gens, vieux et jeunes, ont affirmé sous serment devant un officier qualifié, que le PLAPAO-PAD a guéri leur hérnie \u2014 certains cas étant des plus graves et dés plus anciens.ACTION CONTINUELLE NUIT ET JOUR Une condition frappante du traitement PLAPAO-PAD est le temps relativement court pour en obtenir des résultats.C\u2019est parce que son action est continuelle \u2014 nuit et jour pendant les 24 heures entières.Il n\u2019y a pas d\u2019inconvénient, pas de gêne, pas de douleur.Cependant minute par minute \u2014 pendant votre travail quotidien \u2014 même pendant votre sommeil \u2014 ce merveilleux remède infuse invisiblement une nouvelle vie et une nouvelle force dans vos muscles et les met en état de maintenir les intestins en place sans le support artificiel d\u2019un bandage ou de tout autre procédé.LE PLAPAO-PAD EXPLIQUE Le principe d'après lequel le Plapao Pad fonctionne peut être facilement démontré par la gravure ci-jointe et la lecture de l\u2019explication suivante: \u2018 ; Le PLAPAO-PAD est fait d\u2019une partie forte et flexible \u201cE\u201d qui s\u2019adapte aux mouvements du corps et est parfaitement confortable à porter.Sa surface intérieure est adhésive (comme un emplâtre adhésif, bien que complètement différente) pour empêcher le tampon \u201cB\u201d de glisser et de se déplacer.\u201cA\u201d est une extrémité élargie du PLAPAO-PAD que couvre les muscles atrophiés et affaiblis et les empêche de se déplacer plus loin.\u201cB\u2019* est un tampon convenablement fait pour fermer l\u2019ou- Verture bermiaire et empécher la saillie des intestins.En PLAPROPAD FER.NEMENT AU CORPS CE QUI TIENT LE PLAPAO CONS ~ TAMMENT APPLIQUÉ ET EMPÊCHE LE COUSSIN D CLISSER.MAINTENIRLE % TE LAPLYS IMFORTENIE élasticité et leur force, et quand l\u2019hor- » rible sensation de \u2018\u2018pesanteur\u2019\u2019 sera à bannie sans retour.alors vous cont#aîs trez que votre hernie est guérie \u2014 et vous me remercierez sincèrement pour vous avoir conseillé si fortement d'accepter MAINTENANT le merveilleux remède gratuit.Et GRATUIT signifie GRATUIT \u2014 ce n\u2019est pis un envoi C.O.D.ou un essai douteux.ECRIVEZ AUJOURD'HUI POUR L'ESSAI GRATUIT Acceptez cet Essai gratuit aujourd\u2019hui et vous serez hey- reux pendant votre vie d\u2019avoir profité de cette opportunité.Ecrivez une carte postale ou remplissez le coupon aujour- d'hui et par le retour de la malle, vous recevrez l\u2019essai gra fuit du Plapao avec un livre de M.Stuart sur la hernie contenant toute informotion au sujet de la méthode qui a eu un diplôme avec médaille d\u2019or à Rome et un diplôme avec Grand rix à Paris.Ce livre devrait être dans les mains de tous es hernieux.Si vous avez des amis dans ce cas, parlez-leur de cette offre importante.10.000 lecteurs peuvent obtenir le traitement gratuit.réponses seront certainement considérables.désappointement, écrivez MAINTENANT.Les Pour éviter un COUPON PLAPAO LABORATORIES Inc, 2667 Stuart Building, St-Louis, Missouri, U.S.A.Monsieur.\u2014 Veuillez m'envoyer PLAPAO à l\u2019essai et le livre de M.STUART absolument GRATIS.\u201cose eae S208 ss ss cane IRAs sess eee sb e cease vec 1.066000 50000.020000 Le retour de la malle apportera l\u2019essai gratuit - de Plapao.\u2014 115 \u2014 Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1024 graphique de ces animaux; ufr fait plus\u201d | un animal fort remarquable, et qui curieux encore.remarqué' par Buffon et Daubenton.Les singes d\u2019Asie et d\u2019Afrique., quoique se rapportant à plusieurs genres.appartiennent tous à la même famille naturelle: tous ceux de l'Amérique sont également d\u2019 une famille à part.et se distinguent : de ceux de la famille précédente par\u2019 des: caractéres parfaitement tranchés.On =~ donne aux premiers-le nom de Pithe- ques ou singes de l\u2019ancien monde.et aux seconds celui de Sapajous.Une troisième famille de Primatès est celle des Makis, confinés dans l\u2019île de Madagascar, qui ne possède aucune espèce de vrais singes.\u2018 Les PITHEQUES, ou les singes de | l\u2019ancien continent, ont le mêmè nem- bre de dents que l\u2019homme.et ées dents affectent la même répartition: deux incisives, une canine et cinq molaires de chaque côté de chaque mâchoire.Quelques-uns manquent de queue.et.chez ceux qui en présentent.cet organe n\u2019est jamais susceptible de s'enrouler autour des corps pour aider l'animal à les saisir.La séparation des narines par une cloison très mincé cst encore un des signes caractéristiques de cette famille.Les pithèques sont les plus intelligents, mais aussi les plus redoutables d'entre les singes.tant ils sont parfois robustes.défiants et malintentionnés.Le CHIMPANZE est de tous les singes celui qui ressemble le plus à l\u2019homme par son extérieur.Il est presque taillé sur le même modèle.mais ses oreilles sont beaucoup plus grandes et en partie débordées: son nez.au contraire, est presque nul; ses cheveux, ou plutôt les poils semblables à ceux du corps qui couvrent sa tête.sont dirigés du front vers l\u2019 occiput, et sa station bipéde parait des plus embarrassées si on la compare à la nô- physiques; ire.Le chimpanzé n'en est pas moins mérite de prendre place avant tous les autres quadrumanes, quoique, à quel- gues égards, l\u2019orang-outang.paraisse Jui être supérieur.: .L\u2019ORANG-OUTANG n \u2018est connu en Amérique, du publie, que depuis la moitié du dix-neuvième siècle.L'intelligence de ces animaux est des plus souples, et, dans le jeune âge, leur caractère se distingue par une douceur et une gaieté qu'on pourrait appeler enfantine.Mais il n\u2019en est pas de même des adultes, dont la brutalité se développe à l\u2019égal de leurs forces et les rend vraiment ih- domptables.(Geci pourtant est contestable.On en a conservé et dompté un certain nombre.) 0 - Jack.un fameux orang-outang élevé et mort au Jardin des Plantes de Paris, il y a de cela plusieurs années.était remarquable par sa douceur.par son amabilité et par un mélange de manières à la fois gauches ou intelligentes.selon que les actes qu\u2019on voulait lui faire accomplir étaient plus ou moins en rapport avec la nature de son organisation.Il aimait beaucoup à jouer, surtout avec les enfants.et il vivait en quelque sorte familièrement avec son gardien, se conformant au régime du petit ménage qui l'avait accueilli, et subissant tour à tour les réprimandes etles caressesde son tuteur, selon qu\u2019il s'était bien ou mal conduit.Jouait-il avec brusquerie, avait-il été gourmand.ou bien essayait-il de briser les vitres de son logement, ou de mordiller.comme un jeune chien, les personnes qui le visitaient, une correction sévère lui était administrée, et il la recevait, sinon de bonne grâce, du moins avec résignation ; cachant sa figure dans ses mains dès\u201d .~ 116 \u2014 Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE OGDEN'S LIVERPOOL qu\u2019on le menagçait, et versant des larmes quand on employait les coups.Il grimpait avec facilité à une corde placée dans son logement.Lorsqu'il s\u2019asseyait, il croisait les jambes comme le font les Turcs et les tailleurs ; et dans cette attitude, sa physionomie ressemblait assez bien à celle des petites figurines indiennes appelées magots de la Chine.- Il mangeait assez proprement, et suivant la nature des aliments, il se servait de la cuiller ou de la fourchette.Ici, comme dans presque tous ses actes, on reconnaissait des preuves de son intelligence.Nous n\u2019en citerons qu\u2019une: un jour on lui avait apporté pour déjeuner de la salade, que sans doute il trouvait trop vinaigrée; l\u2019idée lui vint d'ôter un peu de vinaigre en frottant la salade sur les poils de son bras, mais ce moyen ayant été infructueux, il prit les feuilles et les pressa l\u2019une après l\u2019autre entre les plis d\u2019une couverture qui lui servait de tapis.Get animal était curieux et gourmand; les nombreuses corrections de son gardien n'avaient pas tardé à lui montrer qu\u2019il devait être un peu plus réservé; aussi exécutait-il ses petits coups lorsqu'on ne faisait pas attention à lui.Il ne pouvait rester seul : le voisinage d\u2019un chien rendait son isolement moins triste; mais il s\u2019en fatiguait promptement.Il lui fallait la société des hommes, et quoiqu\u2019il affectionnât de préférence un petit nombre de personnes qu'il voyait plus.fréquemment, il se liait néanmoins fort aisément avec tout le monde.Les orangs adultes sont essentiellement tristes et paresseux, et leur démarche a quelque chose de grave.On suppose \u2014 117 \u2014 LL RE OT EE PEER ENT QUE PITY A i Vu CCE 1 : TOR ER PIE ¥ Cr) ROTI ST I ER TR RT EEE Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 que la durée de leur existence ne dépasse pas quarante ou cinquante ans.Dans une singerie, et ces renseignements peuvent: servir aux directeurs de nos ménageries comme à tous les particuliers que cet élevage pourrait intéresser, les habitations particulières constituent autant de petits compartiments.Tous les singes d\u2019une singerie peuvent vivre en commun.Il y a bien, de temps à autre, quelque dispute, quelque bataille même, mais peu d\u2019effusion de sang: car on a soin de tenir en chartre privée les individus qui aiment trop à faire sentir la supériorité de leur force.Ges Singe à tête de chien espèces de récréations générales sont un spectacle à la fois grave et burlesque qu\u2019on observe toujours avec la même curiosité.Quand un nouvel hô- te arrive à une singerie, il serait imprudent de le lâcher de prime abord au milieu dé la troupe entière; il est nécessaire qu'il s\u2019accoutume à quelques-uns de ses nouveaux compagnons, et.qu'il prenne ainsi les allures de l\u2019endroit.On à vu des singes que les tracasseries d\u2019une première réception avail effrayés au point de les faire fuir au sommet d\u2019une de leurs cellules, où ils ne tardaient pas à mourir de peur ou d\u2019abstinence.Quelques-uns de ces animaux vi-_ vent assez longtemps en cage, et il en est qui ont supporté jusqu\u2019à douze ou quinze années de captivité.Mais, pour la plupart.ils sont moins heureusement constitués et, après un temps qui est ordinairement beaucoup moins long, ils succombent à des maladies de poitrine ou d\u2019intestins.Le froid leur est surtout nuisible, et en hiver, ils sont pris quelquefois de coliques violentes, qui les emportent en peu de jours.L\u2019autopsie, dans ce cas, démontre assez souvent la lésion connue sous le nom d'invagination des intestins.O LE TOMBEAU DE RENE Chateaubriand s\u2019était flatté de demeurer éternellement dans sa solitude orgueilleuse en face de l'océan qu'il jugeait seul digne de garder sa sépulture.Edifié sur l\u2019une des pointes\u2019 du Grand-Bé, dans le roc, face à la mer, son monument semblait devoir défier le temps.Mais la nature indifférente ne respecte rien.Des excavations, dues à l\u2019usure lente des rochers battus du flot, se sont produites sous le caveau, qui serait désormais à la merci d'un éboulement possible.-La Société d'archéologie de Saint- Malo a chargé l\u2019un de ses membres, l'abbé Descottes.de procéder à une enquête, dont les conclusions sont qu'il faudra peut-être déplacer le tombeau et déranger le noble vicomte dans la dernière demeure qu'il croyait s'être choisie.0 S'apitoyer sur le malheur de ses amis est bien.mais venir a leur secours est mieux \u2014 Voltaire.= .; \u2014 118 ARTA ETT I SINR TRIPP Vol.17, No 12 : LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 Chaque printemps Mme Manson souffrait de bronchite.Elle raconte comment elle fut soulagée.H'faut que ce soit un cas très avancé d\u2019anémie, de nervosité, de neu- rasthéifte, de bronchite chronique ou de débilité générale pour qu \u2018après avoir pris six flacons de Carnol, suivant les directions, on ne puisse pas constater d\u2019amélioration.Lisez le récit de la guérison de Mme Manson.\u201cMon amie, Mlle E.MeKerroll, 399 rue King, Toronto, et moi voulons vous faire savoir tout le bien que nous pensons de CARNOL.Nous sommes rendues à prendre notre sixième flacon et les résultats obtenus sout merveilleux.Il produit-certainement les effets que disent les annonces ot même davantage.C\u2019est un véritable tonique reconstituant.Il m\u2019a débarrassée d\u2019une bronchite qui revenait tous les printemps.Nous avons pensé que ce témoignage non sollicité vous intéresserait; nous vous laissons libres de l\u2019employver comme vous jugerez à propos.Il nous fait Beef, Cod Liver Oil toujours plaisir de recommander le ] 4 Crcrotontaus | CARNOL a tous ceux qui se sen- | mee | tent indisposés.\u201d\u201d-\u2014Mme Laura M.Fe Bet, he aha J Manson, 1447 ,tue Dufferin, Toron- Cod Liver OF to.11 J oe ae propurtiunate combination DOSE \u2014 Por adults, one ll tablespooniui belore each CARNOL se vend partout, chez tous M Chidrens one tenou .g bul or assording w age les bons pharmaciens.__ miser Sar 9 003 0 Puters ageny 15-9 rr t van AM HMS BC ; FRANK WHORNER rors 2 MONTREA, ; ler, ot bose Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre Jo24 Qu'est-ce que la porcelaine et comment on la distingue.\u2014Grande division: porcelaine dure, porcelaine tendre française.\u2014Les plus anciennes porcelaines sont celles de la Chine et du Japon.\u2014La manufacture de Sèvres, en France.\u2014 Les caractères distinctifs du vieux Sèvres.On désigne sous le nom de porcelaine, une sorte de poterie qui se distingue par des caractères propres transparence et blancheur.La transparence la différencie de tous les autres produits céramiques.Les terres cuites, vernissées ou non, les faïences fines ou communes, ont une opacité complète, c\u2019est-à-dire que vues par transmission de la lumière, elles ne laissent passer aucun rayon lumineux même diffus.Les grès cérames, fins ou grossiers, sont également opaques, même quand la pâte ne possède qu'une épaisseur très faible.La blancheur n\u2019est qu\u2019une propriété relative.Elle n\u2019est pas absolue, car on sait actuellement faire des porcelaines colorées dans la pâte, et c\u2019est surlout dans ces derniers temps, je parle d\u2019une période de vingt-cinq à trente années, qu\u2019on a fait une série très remarquable et très importante de porcelaines colorées tant dans la masse que par voie d\u2019engobage ; on nomme ainsi le procédé qui consiste à recouvrir un corps de pâte formé de porcelaine blanche d'un enduit de pâte colorée soit uniforme, soit à colorations diverses affectant la forme de dessins variés qui concourent d\u2019une manière élégante à la décoration de la poterie.LA PORCELAINE BLANCHE\u2014 Si l\u2019on ne considère que la porcelaine blanche, on divise ces produits en trois groupes séparés que l\u2019on connaît sous le nom de porcelaine dure, de porcelaine tendre française d\u2019origine artificielle et de porcelaine tendre anglaise d\u2019origine naturelle.La porcelaine dure est essentiellement formée de terre à porcelaine ou de kaolin, et de feldspath, silicate alumineux de potasse ou de soude, plus ou moins musible, plus ou moins mélangé de silice pure ou de quartz.Elle est représentée comme type par la porcelaine de Chine ou du Japon pour les gens du monde, par les porcelaines de Saxe et de Sèvres pour les savants, qui doivent reconnaître plusieurs sous-genres.La porcelaine tendre artificielle est essentiellement formée d\u2019une fritte composée de sable, de soude, de potasse, d\u2019un pneu de chaux et d\u2019alumine; elle a son type dans les porcelaines de Saint-Cloud, de Vincennes ou de Sèvres très appréciées des amateurs; ces dernières sont désignées sous le nom de \u2018\u2018vieux Sèvres\u2019\u2019; elles atteignent actuellement des prix ex- vessivement élevés, quand elles portent des marques authentiques, seules capables de certifier son origine ancienne.La porcelaine tendre naturelle est essentiellement formée, comme élément fusible de phosphate de chaux, \u2014 120 \u2014 F4 Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1024 UAND la vieillesse arrive, les «premiers -organes du corps a se détraquer sont les reins.Avec moins d\u2019activité et moins d\u2019exercice, il faut moins de nourriture mais il y a une tendance à trop man- .ger \u2014 surtout à trop manger de viande.Le foie, les reins et les intestins se congestionnent et alors on souffre d'indigestion, de douleurs au coeur, de maux de tête, de douleurs dans les jambes et de difficulté à respirer.Les pilules Kidney-Liver du Dr Chase sont en grande faveur parmi les vieillards parce qu\u2019elles corrigent l\u2019action de ces organes fltreurs, purifient le _ sang et apportent le confort et la santé.A BOUT DE SOUFFLE\" Ce sont les poisons dans le système qui sont cause des maux et des douleurs que \u2018tant de vieilles gens endurent sans nécessité.M.Wm.Hyde Wiarton, Ont., écrit: \u2018\u201cMa femme et moi avons fait usage des pilules Kidney-Liver du Dr Chase comme remède domestique depuis les cing dernières années et nous les pensons merveilleuses.Ma femme manquait de respiration, principalement quand elle montait un escalier.Quand elle arr- vait en haut, elle était complètement épuisée.Après l'emploi pendant quelque temps des pilules Kidney-Liver du Dr Chase, ce trouble est disparu.\u201d PILULES DU Dr CHASE pour LE FOIE ET LES REINS Une pilule à la dose, 35 pilules 35 cents, chez tous les marchands ou d\u2019Edmanson, Bates & Co., Ltd, Toronto.\u2014 121 \u2014 \\ Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 auquel on peut additionner une certaine proportion de fritte alcaline.et.comme élément non fusible.de terre à porcelaine: de sable et d'argile plastique blanche.Le type de cette poterie est formé par les produits généralement fabriqués en Angleterre.primitivement à Chelsea.puis dans les autres parties de l'Angleterre.dans le Derbv.le Staffordshire et ie Worcestershire.Elle est généralement connue sous le nom de porcelaine anglaise.Classée par raug d'ANCIENNETE.la porcelaine de ia Chine et celle du Japon occupent ie premier rang.C'est après avoir été frappés d'admiration par l\u2019introduction en Furope de ces admirables produits.que les fabricants ont cherché quels étaient les procédés auxqueis les peuples orief- taux s\u2019étaient arrêtés pour fabriquer les porcelaines dures.et c'est à ces recherches qu\u2019ils ont dû de savoir fabriquer les porcelaines dures.et c'est à ces recherches qu'ils ont dû de savoir fabriquer à leur tour les porcelaines tendres anglaises ou françaises.Il n\u2019y a pas bien longtemps encore.la fabrication de la porcelaine n'exigeait.en France.comme en Angleterre et en Allemagne.que peu de capitaux: les établissements «y s'occupaient de cette fabrication.méritaient à peine le nom de fabriques: c'étaient de simples manufactures: tout s'y faisait à la main.À peine un simple ménage était-il nécessaire.Les pâtes achetées aux possesseurs de moulins hydrauliques suffisaient.au jour le jour.aux travaux d\u2019un personnel d'ouvriers peu nombreux: le combustible était le bois uniquement.et cette condilion rendait encore coûteuse l\u2019installation d'une manufacture par suite du grand approvisionnement de combustible et de l'espace nécessaire pour le recevoir ct le couvrir.{ Cette situation est bien changée.Un grand nombre de fabriques se sont créées: quelques-unes sont considérables: celles qui s\u2019établiront maintenant.exigeront le concours d\u2019hommes habiles.d'ingénieurs distingués.Flles nécessitent un personnel très nombreux: des artistes.peintres.sculpteurs.ciseleurs.ajoutent une plus-value considérable à la valeur primilive de l'objet.VASE DLE VIEUX SEVRES, PATE TENDRE.Le Limousin \u2018porcelaine de Limoges).berceau français de cette industrie.n'est plus et sera de moins en moins le seul lieu de production : la porcelaine est fabriquée déjà dans de véritables usines.et l'importance de ces établissements va en augmentant.Une portion notable du travail se fait mécaniquement: des machines à vapeur puissantes ont remplacé souvent les misérables manèges d'autrefois, dès lors insuffisants.Enfin, le combustible minéral se substituant d'une manière générale \u2014 122 \u2014 Vol.17.No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 sinon absolue, presque partout.au combustible végétal, supprime la dépense des hangars, et représente une source de chaleur beaucoup plus économique.| De Limoges et de ses environs.la fabrication s'est répandue dans le Centre.qui compte aujourd'hui de très grands établissements.Si l\u2019emploi des machines est répandu depuis assez longtemps dans la fabrication céramique, ce n'est que dans le cas où la préparation des terres, concassage.broyage, porphyrisa- tion, était en effet:exécutée par des mécanismes plus ou moins parfaits, plus ou moins économiques.Mais plusieurs opérations, comme le marchage de la terre, et le raffermissement des pâtes, étaient nécessairement exéeu- tées par l\u2019homme.Marcher la pâte et ln battre étaient des manipulations indispensables.faites avec les pieds et les mains des ouvriers marcheurs ou batteurs de pâte.Baffermir la pate était une opération de première nécessité pour enlever à la terre l'excès de l\u2019eau.recommandée pour obtenir un mélange convenable: ce dernier travail se fait au moyen de machines expéditives et trés économiques.Le façonnage proprement dit se prépare ou se complète actuellement à l\u2019aide de véritables machines-outils.Les tours mus mécaniquement.introduits d\u2019abord timidement.pénètrent maintenant dans les fabriques de porcelaine.[.\u2014La fabrication de la porcelaine dure est maintenant trés répandue en France.En Europe, cetle fabrication est encore très répandue en Allemagne, en Belgique, en Russie, en Italie et en Portugal.L\u2019Angleterre ne fait pas de porcelaine dure: elle se livre particulièrement à la fabrication de Mon traiteinent 4 vous ; offre ia santé Femme, j'ai subi comme vous maux de tête, maux de reins, constipaï:on, attaques de nerfs et insomnies.L'expérience et étude m\u2019ont enseigné les remèdes à ces maux.Je puis maintenant vous venir en aide.Envoyez- moi simplement des détails sur votre compte et je vous expédierai absolument gratuit, un traitement d'essai de dix jours.Je suis venue en aide à des centaines de femmes.25F MMF.M.SUMMERS BOITE 37 WINDSOR, ONT.FREES TATION IIRL UR arrêtées de façon permanente par le remède universellement renommé de Trench contre Epilepsie et Crises.Simple traitement a domicile.Plus de 35 années de succes.Des mil- liers de témoignages de toutes les parties du inon- , de.Faites venir la brochure gratuite donnant détails complets, Ecrivez tout de suite à : TRENCIFS REMEDIES LIMITED 47 St.James\" Chambers.79, rue Adelaide Est.Découpe; cetie annonce.Toronto, Ontario.GRATIS.Cette magnifique bague.Demandez notre catalogue.Sur ré- § ception de 25 cts vous j recevrez parfum de luxe: | Secret du Coeur, et ca- § talogues.Adressez : ALLEN NOUVEAUTES.St-Zacharie, Qué FUMEZ LE CIGARE | \"CARENITA\" | EN VENTE PARTOUT : | 0 cts Tel.Clairval 1160 \u2014 123 \u2014 PRARAEITEE A A DRE PCIE Ta SI oat ai vos Ie Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 la faïence fine qui répond aux nombreux besoins de la consommation intérieure'ét ttfe*1\u2019exportation.La porcelaine tendre est plus\u2019 particulièrement un produit national anglais.Mais la porcelaine dure n\u2019y est introduite que par le commerce étranger, surtout par l\u2019industrie française.: VASE DE SEVRES AU FOYER DE L\u2019OPERA DE PARIS.- Sauf l\u2019Angleterre, la plupart des gouvernements de l\u2019Europe possèdent des établissements entretenus par l\u2019E- tat, ou entièrement, comme en France, en Russie, en Norvège, en Suède, en Autriche, ou partiellement, comme à Berlin, où, soutenue par une subvention modeste.la manufacture dispose librement des bénéfices que peut réaliser l'établissement.| II.\u2014La fabrication de la porcelaine tendre anglaise remonte a des époques très éloignées; les fabriques de Bow, de Chelsea, de Derby sont des plus réputées, et lorsque par leurs formes et les monogrammes qu\u2019elles portent, on peut faire remonter l\u2019origine d\u2019une pièce au commencement de l\u2019existence de ces manufactures, les produits de ces usines ont la plus grande valeur.IIL\u2014La pocrelaine tendre française est celle qui, sous le nom de vieux Sèvres, a fait la réputation dela ma- nufaciure de Sèvres; d'abord créée à Saint-Cloud, transportée de Saint- Cloud à Vincennes, elle fut réédifiée à Sèvres, dans les bâtiments construits à cette intention, sur l\u2019emplacement qu\u2019elle quitta en 1877, après une oe- cupatin de cent vingt ans.Les produits authentiques ont acquis une valeur considérable ils arrivent même souvent à des prix fabu- leux, et cette valeur ne peut que s'accroître journellement, puisqu\u2019aux prix réels s\u2019ajoute une plus-value résultant d\u2019une station plus ou moins longue dans une collection célèbre, \u2014 124 \u2014 Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 On ne saurait trop répéter les caractères distinctifs de la porcelaine tendre dite vieux Sèvres.Nous ne parlons ici que des pièces décorées.La pâte est translucide, d\u2019un blanc laiteux, d'une glagure grasse.Les fonds sont ordinairement le bleu dit bieu de roi, le turquoise ou l\u2019aigue marine, le rose, désigné sous le nom de rose Dubarry, par suite d\u2019une dénomination impropre, et quelquefois un violet très riche, violet évêque.Ces fonds sont très brillants et chargés d\u2019une dorure ternie par les injures du temps, assez en rehaut.Mais il est un caractère tout particulier que présentent les porcelaines tendres peintes.Vues sous une certaine incidence des rayons lumineux, le sujet complet présente une glaçure uniforme, un brillant égal.Toutes les parties paraissent passées sous verre à la façon d\u2019un fixé ; les lumières et les ombres, tout comme les pénombres, sont aussi glacées les unes que les autres, par suite de cette circonstance que les couleurs vitrifiables dont s'est servi l'artiste ont pu, par l'influence du feu, non seulement adhérer à la surface du cristal ramolissable qui forme la glaçure, mais bien la pénétrer et en quelque sorte s\u2019y incruster.\u201c> * Jusqu'ici, les émaux proprement dits n\u2019ont pas été préparés dans des conditions favorables pour qu\u2019ils pussent s\u2019adapter à la décoration des porcelaines dures.Toutefois, il faut excepter les porcelaines orientales, celles de la Chine et du Japon.C\u2019est même à cette particularilé que les porcelaines de l'Orient empruntent leur caractère de poteries décoratives et meublantes.pa, Bi.E ven % x br J Shy 4 mp HY y \u201cERP ENNE UNE JOLIE APPARENCE est plus que jamais la clef du euccès.Les hommes et les femmes qui ont les jambes arquées ou croches, jeunes ou vieux, seront Heureux d\u2019apprendre Que ma nouvelle application est prête à mettre sur le marché, Ma préparation redressera les jambes arquiées itd 3 1 ou croches sûrement, rapidement et définitivement, sans douleurs, ni opération, ni malaises.Elle ne vous empêchera pas de travailler, étant portée la nuit.Mon nouveau modèle bréveté numéro 18 E-U., \u201cLime Straitner\u2019\u201d, est facile À ajuster; ses résultats vous sauveront rapidement des humiliations et amélioreront de 100 p.c.votre apparence, Ecrivez aujourd\u2019hul peur mon livre gratuit enregistré sur la physialogie at l\u2019anatomie qui vous apprendra com- maert redresser les jambes Arquées ou croches sans aucune Obligation de votre part.Ajoutez dix sous pour frais de poste.M.TRILETY, spécialiste, 1099 L, Ackerman Bldg.Binghamton, N.Y.\\.J PY FUMEZ Le Cigare 1924 EN VENTE PARTOUT : 5 CENTS Tel.Clairval 1160 \u2014 125 \u2014 AE PE Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 Est-ce a la composition particuliere des émaux?Est-ce à la nature spéciale des couvertes ou glaçures qui recouvrent les porcelaines de Chine ei du Japon, que ce résultat est dû?.Le doute n\u2019est pas petits, ét TX Maftixfac- ture de Sèvres dotera prochainement l\u2019industrie française d'un nouveau produit qui jouira de toutes les qualités des porcelaines orientales.La sépulture à travers les âges Les modes de sépulture chez les an= ciens, inhumation et crémation.Le caveau des Capucins, a Rome.\u2014 L\u2019embaumement.Z ent La sépulture la plus lugubre d'au- jourd\u2019hui est bien certainement l\u2019endroit où l\u2019on dépose les corps des Capucins, à Rome.La mort, pour ces moines ainsi que pour tous les chrétiens, n\u2019est que l\u2019image et le rappel des vanités de la chair.Dans cette pensée, ils se sont aménagé un cimetière, immense cave, dont les murs et le plafond sont tapissés des ossements de leurs frères défunts.Crânes, côtes, fémurs, ossements de toute sorte sont disposés comme motifs décoratifs tout autour de niches et il n\u2019y a pas jusqu\u2019au plafonnier qui ne soit fait des membres de plusieurs squelettes.Quand meurt un Capucin, il est enterré dans la terre même, sans cercueil.Comme il n\u2019y a de place dans cette terre rapportée de la Palestine, que pour quarante cadavres, le plus ancien en date d'ensevelissement est .exhumé, son squelette est nettoyé et revêtu d\u2019une robe monastique, il est logé dans une niche.À leur tour, au fur et à mesure que ce caveau reçoit des hôtes nouveaux, le plus vieux squelette qui occupait une niche est démembré pour ses ossements servir à la décoration du lieu.Dans les cimetières de la Moravie, les hommes sont inhumés d\u2019un côté d\u2019un chemin bordé d\u2019arbres, les jem- mes de l\u2019autre.À On compte plus de 400 façons de donner la sépulture aux morts; les plus communes avec force variantes sont l\u2019inhumation ou enterrement et la crémation.Dès l\u2019origine, une double idée s\u2019est attachée à la sépulture: le respect dû aux morts, un dernier hommage rendu au défunt, et un sentiment religieux La privation.de sépulture était un des plus eo heurs dont un ancien pit se croire menacé.L\u2019âÂme de l\u2019homme privé de sépulture devait, suivant les croyances grecques, errert longtemps avant d'arriver aux Enfers.A la fin de la guerre du Péloponèse, on voit les Athéniens punir de mort leurs généraux vainqueurs au combat naval les Arginuses, coupables de n'avoir point recueilli les cadavres de leurs soldats morts, bien qu\u2019une horrible tempête fût la seule cause de leur négligence.Les Egyptiens croyaient que l\u2019âme périrait si le corps venait à se: détruire; c\u2019est pourquoi ils le convertissaient en momie.En Grèce et surtout à Rome, des associations ou collèges existaient dont le but était d'assurer à leurs membres une sépulture cônve- nable que la loi et les moeurs protégeaient.\u2014 126 \u2014 ur ecodtor ri Ba EAL EASE Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 \u2014\u2014 EMBELLISSEZ VOTRE POITRINE EN 25 JOURS AVEC LE REFORMATEUR MYRRIAM DUBREUIL ; ETES-VOUS DELAISSEE ?[ Plus d\u2019une femme de nos jours, souffre en silence de se voir abandonnée et de ne pas savoir pourquoi.Le secret du charme féminin est la perfection physique naturelle qui a fait admirer partout où elle va; c'est-à-dire cette chose qui en fait une vraie femme.pu c aille, disons-nous, est sa beauté plastique.Les bourrures ne remplacent pas un uste.Une beauté physique artificielle n\u2019a pas d\u2019attrait.Vous êtes une vraie femme, et pour cela vous tenez à être physiquement développée à la perfection, comme le veut la nature.Le Réformateur Myrriam Dubreuil mérite la plus entière confiance car il est le résultat de longues années d'études consciencieuses; approuvé par .les sommités médicales, Le Réformateur Myrriam Dubreuil est un produit naturel possédant la propriété de raffermir et de développer la poitrine en même temps que, sous son action, se comblent les creux des épaules.Seul produit véritablement sérieux, garanti absolüment 7noffensif, bienfaisant pour la santé générale comme tonique.VOUS AVEZ UNE AMIE Mme MYRRIAM DUBREUIL vous offre un tonique merveilleux qui donne aux personnes nerveuses et maigres le buste parfait qui doit leur rendre la beauté convoitée.Ce tonique développe harmonieusement le buste de toute femme et fille en très peu de temps.Pas n\u2019est besoin pour cela de crèmes, de stimulateurs électriques, de massage ou d\u2019un faux traitement gratuit, bon pour tromper les gens.Notre traitement à nous est simple, efficace, sans danger d'aucune sorte.Et c\u2019est en 25 jours que le traitement de Mme Myrriam Dubreuil augmentera votre poids et votre buste.Envoyez 5 cents en timbres et nous vous enverrons GRATIS une brochure illustrée de 32 pages, avec échantillons du Réformateur Myrriam Dubreuil.Notre Réformateur est également efficace aux hommes maigres, déprimés et souffrant d\u2019épuisement nerveux, etc, quel que soit leur âge.xus- TOUTE CORRESPONDANCE STRICTEMENT CONFIDENTIELLE Les jours de consultation sont: Jeudi et Samedi de chaque semaine, de 2 à 5 heures p.m.Mme MYRRIAM DUBREUIL, 230 Parc Lafontaine, MONTREAL Boite Postale 2353 Département 1 a, Miss.\u2014 127 \u2014 Vol.17, No 12 LA REVUE poe POPULAIRE Montréal, décembre 1924 Le christianisme consacra l\u2019idée religieuse déjà attribuée à la sépulture, sans admettre cependant que celle-ci fût nécessaire au salut.Aux premiers siècles, la sépulture chrétienne fut donnée d\u2019abord dans des caveaux appartenant à de généreux particuliers, et dont plusieurs furent le noyau des vastes catacombes romaines.Les premiers chrétiens tenaient en grande Stèle funéraire moderne.estime les sépultures voisines des tombes des martyrs, d\u2019où vient l\u2019usage d\u2019établir les cimetières à l\u2019entour des églises, coutume qui s'observe encore de nos jours, bien que moins que par le passé, dans notre province.La crémation ou incinération est la destruction par le feu des corps morts.\u2014 À 3 ~ La crémation était une pratique habituelle dans la Grèce primitive.Le récit d\u2019Homère relatif à Patrocle est célèbre et montre, en outre, que l'ôn brûlait avec le mort des captifs pour l\u2019'honorer, exactement comme, dans l'Inde, les veuves des radjahs moûù- raient sur le bûcher de leurs époux.Le christianisme, partout où il a pénétré, a supprimé la crémation.Les chrétiens, prenant comme modèle la sépulture de Jésus-Christ, et par respect pour le corps que l'âme a habité, n\u2019ont jamais admis cette destruction volontaire des cadavres.Les juristes lui reprochent aussi de rendre impossible toute expertise judiciaire sur les morts.Les partisans de la crémation, en revanche, s'appuient sur des considérations hygiéniques.Les Birmans, indigènes de la province anglaise de la Birmanie, dans l'Indo-Chine, confondent, nous sem- ble-t-il, les cérémonies du décès avec celles du mariage.En effet, toute mort dans un village sert de prétexte aux amoureux pour se conter fleurette.Le corps est placé sur une plate-forme de bambous vis-à-vis la hutte qu\u2019il occupait de son vivant, et toutes les filles et tous les garçons du voisinage se réunissent à l\u2019entour, chantant et dansant.Puis, les hommes s\u2019asseoient d\u2019un côté du mort, les femmes prennent plaée de l\u2019autre et sans plus s\u2019oceuper de lui, tous ces gens se font des promesses d\u2019amour.C\u2019est toujours au nez d'un cadavre qu\u2019un jeune Birman fait sa déclaration et sa demande à la Birmane de son coeur.Les membres d'une tribu extrême- orientale, mendiants invétérés, sont enterrés debout, la main droite levée en l\u2019air et sortant de terre, pour demander encore l\u2019aumône.Les Abyssi- 8 \u2014 Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 NE SOUFFREZ PLUS! Pourquoi rester un: malad.languissant: quand il ne tient qu'à vous dêtre bien portante ?La guérison est assurée avec \u2014 L T ai ke HA ZE ; F e Traiternent Medical Guy | C'est le meilleur remade connu contre les maladies fémi- | i nines: des millièrs de femmes ont, grâce à lui, victorieuse- ir ment comb~ ttn le beau mal.les déplacements, inflamma- tons, tumerr , ulcères.périodes douloureuses, douleurs dans la tête, \u20ac reins où les aines.Avrc ce merveilleur traitement.puls de constipation, palpilation.alourdis cineuts, Peuflée dre chaleur, faiblesse nerveuse, besoin irrai-ohñé de-pleurer, brilements d\u2019estomacs.maux de cocur, retards, pertes, etc.etc.Veillez A votre santé Mme DENISE ROY, Dépt.5, B.P.2740, 313 Amherst.Tel.Est 9252], MONTREAL.\u2014 129 \u2014 Vol.17, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1924 niens se réjouissent pendant une semaine, à l\u2019occasion de funérailles.Ils envahissent la maison du mort, s\u2019y installent, mangent et boivent, puis, repus, gavés, font de splendides présents à leurs hôtes, pour les remercier de la ripaille qu\u2019ils ont faite chez eux.Quant aux Chinois, très respectueux de leurs tombes, ils les visitent fréquemment et y déposent chaque fois de la nourriture et des vêtements.Les femmes des Iles Fidji accompagnent en chantant la dépouille de leur seigneur et maître au lieu de la sépulture où elles sont tuées et enterrées à ses côtés.Nous ne voudrions pas abandonner un sujet aussi gai, sans en aborder un autre qui s\u2019y rattache: l\u2019embaumement ou les précautions prises pour n\u2019enterrer personne vivant.Ce danger est plus grand pour les Européens, chrétiens et musulmans, que pour nous, parce qu\u2019en Europe on ne fait pour ainsi dire pas embaumer les morts et qu\u2019on les enterre presque aussitôt après le décès.En Angleterre toutefois, on use à présent de plus de prudence.Une loi nouvelle interdit l\u2019inhumation avant un certain délai et tant que l\u2019entrepreneur n\u2019est pas muni d\u2019un certificat de décès d\u2019un médecin.Plus que cela, le médecin appelé à donner le certificat doit avoir visité le patient au moins deux fois dans les huit fois qui ont précédé sa mort.| Dans certains pays, il peut arriver assez souvent qu\u2019on enterre un léthargique.A Constantinople notamment, ainsi que dans quelques autres cités turques, là où la pratique de l\u2019'embaumement est ignorée, l\u2019esprit du mort exigeant qu'on l\u2019enterre sans délai.Les Tures ont tellement le respect de leurs morts que l\u2019embaume- ment y est considéré comme un traitement irrespectueux infligé à un cadavre.En revanche, la coutume d\u2019embaumer les morts est très répandue en Amérique.0 COMMENT LIRE L\u2019HEURE DANS L\u2019OEIL D\u2019UN CHAT Un vieil ouvrage de l\u2019abbé Huc indique la manière bien pittoresque, sinon très pratique, de remplacer sa montre par l\u2019oeil d\u2019un chat.C'est en Chine, paraît-il, qu\u2019elle est quelquefois employée.Des Chinois, écrit \u2019abbé Hue, nous apporterent trois ou quatre chats et nous expliquerent de quelle façon on pouvait s\u2019en servir avantageusement pour lire l\u2019heure.Ils nous firent voir que la prunelle des yeux de ces animaux allait en se retrécissant à me- sure qu\u2019on avançait vers midi; qu\u2019à midi juste, elle était comme un cheveu, comme une ligne d'une finesse extrême tracée perpendiculairement sur l'oeil.Après midi, la dilatation recommençait.Quand nous eùmes examiné tous les chats, nous conclûmes qu\u2019il était midi passé: tous les \u2018yeux étaient parfaitement d\u2019accord.0 .Persuader le mari de fumer est une manière pratique de résoudre plusieurs problèmes du foyer.Le tabac crée une atmosphère de gaieté et satisfaction.(L'Union Médicale du Canada.) 4 \u2014 180 \u2014 7 GRATIS\u2014 Afin de mieux vous faire connaître les plus grands et plus intéressants magazines français du Canada, nous désirons vous envoyer gratuitement une copie de chacun, sans vous obliger en rien.Se Samedi Magazine de vues animées IEFTLM Magazine hebdomadaire mensuel Magazine de luxe très volumineux et abondamment illustré \u2014 littéraire et humoristique \u2014 intéressant pour tous les membres de la famille \u2014 nouvelles sentimentales et à sensation, histoires comiques, mots d'esprit, Foyer du Petit Jardinier, curiosités ,conseils pour la toilette et la cuisine, disque-o-phonie, monologues \u2014 un feuilleton passionnant \u2014 2 pages de musique, et chanson \u2014 publié chaque semaine.Seulement 10 sous le numéro ou $3.50 par année (52 numéros) ou $2.00 pour six moi (26 numéros) a domicile.Au Canada seulement.Le seul magazine de luxe complet sur les vues animées publié en français \u2014 Aucun autre ne vous renseigne mieux sur les activités des compagnies et des artistes que vous aimez.\u2014 Il faut le voir pour se rendre compte de sa valeur.Paraissant au commencement de chaque mois.\u2014 Seulement 10 sous le numéro ou $1.00 par année (12 numéros) a domicile.50,000 PERSONNES LISENT 4eBamedi PAR SEMAINE 25,000 PERSONNES LISENT |efTLM PAR MOIS Pourquoi NE PAS VOUS RENDRE COMPTE DE LA VALEUR EXCEPTIONNELLE DE CES TROIS GRANDS MAGAZINES FRANCAIS SANS QU\u2019IL VOUS EN COUTE UN SOU\u2014ET QUE VOUS POURREZ VOUS PROCURER PAR LA SUITE A SI PEU DE FRAIS ?Découpez tout simplement ce coupon et mettez-le à la poste aujourd\u2019hui même, car cette offre est limitée à quinze jours seulement.POIRIER, BESSETTE & CIE, 131 Cadieux, Montréal.Envoyez-moi gratuitement et sans aucune obligation de ma part une copie de chacune des publications LE SAMEDI\u2014LE FILM.Et je serai absolument libre de m\u2019abonner par la suite si je désire profiter de votre offre spéciale.mssmrroonuecocsensensensun202DOO0VO0CONOUECS00000DOHOO0SONC20C00ONO0 g LES ROMANS DE MAGAZINE LITTERAIRE MENSUEL ILLUSTRE \u2014\u2014 Sont maintenant les plus beaux que vous puissiez lire dans n\u2019importe quel journal ou magazine du Canada français.\u2014\u2014 Et ces magnifiques romans, nous vous donnons l\u2019occasion de les lire GRATUITEMENT, puis- qu\u2019en plus vous avez 100 pages de lecture sur tous les sujets imaginables.1 \u2014\u2014 Ces délicieux romans d\u2019amour que vous pouvez lire chaque mois dans notre revue sont pour tout le monde, jeunes et vieux.Les jeunes y vivent leurs amours présentes; les vieux y retrouvent leurs amours passées.L'EXEMPLAIRE : i= | 5 SOUS 1 L\u2019ABONNEMENT : $150 PAR ANNEE "]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.