La revue populaire : magazine littéraire illustré mensuel, 1 décembre 1917, Décembre
[" Vol.10, No 12 LA REVUE POPULAIRE 7 D La Plus Importante Librairie et Papeterie Française au Canada (FONDEE EN 1885) TE TV ERE TET TL TLE \\ | l ARTICLES RELIGIEUX, artistiques et pratiques.ENCADREMENT.LIVRES RELIGIEUX.Musique et Chant FSTOIRE grégorien.RELIURE.PE ARTICLES DE CLASSE, Dessin.Globes.GNADA || A= Cartes murales.MUSEES.rn LIVRES DE CLASSE.Francais, anglais latins, grecs.SAYNETTTES ET DRAMES.ARTICLES DE FANTAISIE.Maroquinerie.Décorations.Statuettes.Cartes postales.Albums, Jeux, Jouets.) LIVRES CANADIENS ET FRANCAIS: Littérature, Histoire, Romans, Economie sociale, Théâtre, Sciences, Arts, Métiers Manuels, Guides.NN ARTICLES DE BUREAUX.Meubles.> Livres Perpétuels.IMPRESSIONS.@ 2%) TAPISSERIES, Papiers peints reliefs et SE = TA = VERSET BETETE VE ET I TITI vitraux.Rideaux à ressorts.Moulures.Librairie Granger Freres, Linié PLACE D\u2019ARMES ET RUE NoTrE-Dame O.MONTREAL.A | J à RUE TH (ATTA - fm! LF) CET) Fr pee Ann ana \u2014 AE O3 NN INES 2 A { ARE Dim A To s | i 7a - 7 LT Vol.10, No 12 Les jours se suivent .Veille de Noël (poésie) PAGES CANADIENNES : LA REVUE POPULAIRE SOMMAIRE DU No DH DECEMBRE 1917 Montréal, Décembre 1917 Pages Cee eae 7 ROMAN REINE LAUGIER aa Le 0 aan a 00e 8 par Paul Bertnay.35 Cri du fidèla dans la nuit sainte (poésie).122 Pages vécues de l\u2019histoire .\u2026.9 BCOHOS DY CONCERT EUROPEEN : Le cuivre canadien .12 Les diamants de la Kaiserime .123 L'augmentation des bisons .12 Les conversions du Kaiser .123 La Bourse de Montréal .12 Lies mez artificiels .124 \u2019 Les diligences de l\u2019ancien temps .13 La plus petite république .124 Montalembert et le Canada .13 Bateaux en ciment armé .124 Frugalité exemplaire .13 La décoration des blessés .125 .Le marché de Montréal .13 La Télégraphie sans fil .125 Valeurs des terres au Camada .14 Le dénombrement d\u2019uñe armée .125 Notre langue .14 Sous de fer et-de carton .125 Valeur des fermes au Canada .14 La bague d'un évéque .4 126 Le progrès de Montréal .14 ,Ç Les yeux des Japonais .\u2026.126 Répondez en francais .14 Ouvriers espagnols .126 Revienus et dépenses de Québec .\u2026.15 La chasse aux dentiers .127 Le blé du Manitoba .\u2026 15 Un bouclier original .127 Les premiers poéles au Canada .15 Le morse récalcitranty .127 Ta bonne terre .\u2026.00402100000 15 Pour faire frire les oeufs 4420000000 128 Le lait canadien .15 La plus grande machine à écrire .128 LES VIEILLES CHANSONS : Histoire d'une goutte d\u2019eau .129 En roulant ma boule .16 COURS POPULAIRE: L\u2019Eléphant .133 L\u2019origime de arbre de No&l .18 Les fabriques anglaises de plum-pudding .135 Le jour du Culte .evn.neeernenaennnn.20 La No&l en Angleterre .\u201c137 1 William Harvey .Le eue eee na 0 eu 00 .20 \u2018 La restauration des Juifs .Le.138 1 Ce que le maringouin recherche .20 MOSAIQUE : Les fammes de Sumatra .139 .1 Les tortillements d\u2019un arbre .20 Une montre merveilleuse .,.139 1 Une Messe de Minuit aux îles Marquises .21 Des célibataires illustres .\u2026.140 À Une ville heureuse .ee 8 La monnaie d\u2019aluminium .\u2026.140 1 Par précaution .Lea Lana ue 23 Coût de la découverte de l\u2019Amérique.140 3 Le journal meilleur marché .23 Les poissoms cofiteux ., 140 if Sculptures originales _.00000.23 La mémoire des disparus .ees 141 3 LA MAGIE EN FAMILLE : Poupées ,.aa 11 500000000000 141 4 Les mangeurs de feu .24 La fortune des Etats-Unis .141 4 Vitesse des \u2018gouttes de pluie .2% Une curieuse expérience .142 À Arlequin et colombine .26 Le commence du thé .142 i La poupée moire .000000000 0011000 26 Coutumes de No&l .143 4 Les mariages au Groenland .26 Safety first oo.ceteris 144 j Une annonce bizarre 000200000100 26 Ce que coûte la nourriture d\u2019un lion .145 4 TRAVAUX D\u2019AMATEURS : Le frain À porcs 0.145 À Pour fixer les clous .27 Le plus petit bureau de poste .\u2026.146 A La sécurité du bébé .27 L\u2019éclairage au néon .Le ea a sa ana 000 6 148 1 L\u2019appétit d'una araignée .28 Le refroidissement de la terre .149 3 Ce que mange un éléphant .28 La plante anti-moustiquaire .eee 149 À L\u2019oiseau-mouton 2.220011 20e 28 Le recensement des oiseaux _.149 i L\u2019histoire de l\u2019aéroplane .29 Le sport du yacht 4 glace .- 152 i Des nids qui pasent des tommes .31 Nouveau moyen de gravir une montagne .154 Conte de Noël\u2014Poésie .coveen.n.32 TIMES ovine ierenonnenennoans 154 ees sss 0a Ge es 0000, , 0, , 0008000 Vol.10, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Décembre 1917 +ED000>04060406>046> 165060 D049C COIN ais ROEC00 0040000 HOECO040 O00 NR \u201css MARTIN donne une marche souple, facile, légère, confort parfait, solidité garantie :-: :-: Nous avons la réputation, établie depuis près de 60 Bandages Herniaires, A Appareils Orthopédiques, Bas À \u201832 Elastiques, Etc, Etc., KA DE TOUT LE PAYS NOS APPAREILS SONT FABRIQUES PAR DES EXPERTS SOUS LA SURVEILLANCE PERSONNELLE DE M.CONRAD MARTIN = CONSULTATIONS S GRATUITES lt Fabrique Canadienne de Bandages 1 36-38 rue GRAIG Est, Montreal i ENR BOECO9IO CO Cosecresecerecnel ans, de faire ce qu\u2019il y a de mieux en = METTRE Vol.10, No 12 LA REVUE POPUL AIRE Montréal, Décembre 1917 QUAND LES ALLEMANDS OCCU- PERENT PARIS EN 1871 UAND les Allemands occupérent Paris, en 1871, ils exigérent et () collectèrent une indemnité d'un milliard de dollars.Des centaines de mille de paysans et d'ouvriers industriels français accoururent à Paris et, de concert avec les citoyens de cette ville, offrirent leurs économies au Gouvernement Français, afin que leur patrie bien-aimée soit délivrée de la présence des Huns.Supposez un instant que deux ou trois Huns soient logés chez vous \u2014 dans votre foyer.Essayez alors de vous imaginer ce que vous seriez prêt à faire, à donner, à payer ou à prêter pour délivrer le Canada du Hun.Rappelez-vous de ce qui s'est passé en Belgique et en France, et tâchez de concevoir, s'il vous est possible, ce que vous payeriez en argent pour empêcher une répétition de ces monstruosités en Canada.Eh bien alors, vous qui restez chez vous \u2014 femmes et hommes \u2014 on vous demande de prêter votre argent au Canada MAINTENANT afin d'empêcher cet état de choses \u2014 et bien d'autres, Et tout comme les Soldats Alliés actuellement dans la première ligne de tranchées, mais seulement à un moindre degré, eux aussi qui prêtent leur argent afin de soutenir les armées Canadiennes sur le champ de bataille, combattent pour la Liberté.Aujourd'hui l'argent combat par elle-même, et c'est le devoir sacré de tout Canadien de soutenir le Canada dans cette guerre en plaçant ses geononies dans les Obligations de la Victoire \u2014 \u201cCanada's Victory onds, Soyez un des premiers à souscrire lorsqu'elles vous seront offertes et QUE VOTRE ARGENT COMBATTE LA MENACE ALLEMANDE Emis par le Comité de l\u2019Emprunt Canadien de la Victoire en coopération avec le ministre des Finances de la Puissance du Canada. Vol.10, No 12 , ABONNEMENT POIRIER, BESSETTE et CIE, Canada et Etats-Unis: Là Revue Populaire Montréal, Décembre 1917 A Editeurs- étaires, Paraittous |.coaon™ Sosa, en rendons nettement compte.[[sible, qu\u2019avec les épouvantables moyens de destruction modernes, le chocs des {|Napoléon Ier n\u2019ont pu réussir, ce n\u2019est pas un peuple de pirates gouvernés par Hélas! Il faut convenir qu\u2019il y a beaucoup de vrai dans cette assertion et que, le temps surtout, passe avec une rapidité qui nous effraie lorsque nous nous \u201c A regarder devant soi, tout paraît éloigné; à regarder en arrière, il semble que les années passées sont aussi proches de nous que les dernières semaines vécues.Au début de la présente guerre, celui qui eût prédit un conflit d\u2019une durée d\u2019un an, celui-là eût provoqué des haussements d\u2019épaule car il semblait impos- armées pût se prolonger aussi longtemps.Et voici le quatrième hiver que le canon tonne; pour la quatrième fois l\u2019année s\u2019achève dans les flammes et dans le sang.Pour la quatrième fois on se retrouve au seuil d\u2019une année nouvelle, ouverte sur l\u2019inconnu et dont la durée paraît d\u2019avance interminable, en conséquence des événements.Et cett année là passera comme les autres, lente et énervante à certains jours, répandant le deuil et la joie, voyant s\u2019accomplir des choses grandioses que l\u2019on espère et d\u2019autres peut-être qui bouleverseront certains calculs.Une année qui commence est toujours grosse d\u2019imprévu mais pourtant, celle qui s\u2019approche est dessinée en quelque sorte mathématiquement dans ses grandes lignes.L'histoire n\u2019est qu\u2019un éternel recommencement ; une implacable loi, supérieure à celles que font les hommes, rejette au fond de l\u2019abîme ceux qui par leur orgueil insensé ont rêvé de trop s\u2019élever.Nul n\u2019a jamais pu conquérir la terre entière et aujourd\u2019hui moins que jamais, Phomme n\u2019accepterait le despotisme d\u2019un être qui se croirait l\u2019égal de Dieu par son pouvoir universel.Cette menace de domination suffirait à elle seule pour changer en ennemis les amis de la veille et ce que ni Alexandre, ni César, ni un roi au cerveau maladif qui en viendra à bout.Roger FRANCOEUR.Un An: $1.00, \u2014 Six Mois: - - - 50 cts .La REVUE POPULAIRE est expédiée Montréal et Etranger: l IS par la poste entre le ler et le 5 de cha- Un An: $1.50 - - Six Mois: - - - 75 cts es mo que mois.| Tout renouvellement d'abonnement doit nous parvenir dans le mois même où il se termine.Nous ne ga- \\ rantissons pas l'envoi des numéros antérieurs.LES JOURS S\u2018ENFUIENT .\\ || Tour passe, tout casse, tout lasse, dit un vieux proverbe d\u2019allure un peu pes- simisté.RER RAA ME APN RTE J be PS Vol.10, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Décembre 1917 VEILLE DE NOEL T'es jours naïfs sont révolus, Mon enfant; la nuit de Matines, Le bon vieux Noël ne vient plus Mettre un jouet dans tes bottines.Tu crus à tout cela jadis; Tu crus, sur la foi des images, Que ce soir, loin du Paradis Où sont les bergers et les mages, Jesus venait voir, dans leurs lits Plus chauds et plus doux que sa crèche, Les enfants purs comme les lis Eclos au bord d\u2019une onde fraîche, Ft qu\u2019il chargeait un beau vieillard A la grande barbe givrée, Vêtu de neige et de brouillard, Mais bonhomme sous sa livrée, D\u2019aller, la hotte sous le dos, Sous les plus pauvres cheminées, Et de déposer des cadeaux Dans les sabots des maisonnées.Tu n\u2019y crois plus, hélas! pourquoi?Si Noël ne vient plus lui- -même, Ta mere le remplace, ou mot, Et c\u2019est toujours quelqu\u2019un qui t'aime O ma fille! garde en ton coeur, A l\u2019abri du savoir sceptique, A l\u2019abrà du rire MOGUEUR, Une petite fleur mystique.Trace autour delle un frais jardin Où ne souffle aucun vent de doute; Cela te vaudra le dédain Des sots qui passent sur la route; Mais quand la commume douleur S\u2019en viendra frapper à ta porte, Tu respireras l\u2019humble fleur, Et ton âme en sera plus forte.FrANÇçoIs FABrÉ.Brcfechac ta da fac da tada fer hante ddr re \u2014 go \u2014 Vol.10, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Décembre 1917 PAGES cadapiemmes J Pages vécues de l'histoire du Canada _\u2014 LE Crise que traversa la religion catholique! LA religion catholique romaine a traversé des grandes épreuves au Canada, comme partout le monde, où elle a porté le flambeau de la foi.L\u2019ambition des conquérants de s'ingérer dans les lois ide l'Eglise a été heureusement vaincue (par la fermeté de notre clengé, à chaque fois que l\u2019Angleterre, foyer du protestantisme, a tenté de s\u2019immiscer dams les affaires de I\u2019Eglise Caltho- lique, au Canada.Dans un document, contenant des instructions concernant le Canada, et adressé à Lord Dorchester, gouverneur du Bas- Camalda, le 16 septembre 1791, le secrétaire d\u2019Etat d\u2019Angleterre, lui donnait la ligne de conduite à suivre en rapport avec de clengé Catholique Romain: \u201cEt attendu qu'il est de la plus grande imjportanice id\u2019étalblir de sages règlements en, matière ecdlésiastique, vous devrez \"vous faire un rigoureux devoir de veiller à ce qu\u2019il ne soit pris À cet égand que des mesures (propres à donner entière satisfaction à nos nouveaux sujets dans tous les cas où ils ont droit à quelque indulgence, tenant compite toujours qu\u2019ils ne doivent jouir que de la tolérance de pratiquer da religion de l\u2019Ejoilise de Rome et nion des pouvoirs et des privilèges de celle-ci en tant qu\u2019église établie, pouvoirs es privilèges exiolusivement réservés à l\u2019église (protestanite d\u2019Anjgrleterre.\u201cConformément à ces principes, par conséquent et afin de donner à Notre Suprématie en maitière ecclésiastique comme en matière civile tout le poids et l\u2019influence qu\u2019elle doit avoir, c\u2019est Notre volonté et Notre plaisir: 1° Que tout appel à une juridiction ecclésiastique étranigère et toute correspondance avec cellle-ci soient absolument défendus, sous \u2018des peines très sévères ; 2° Qu\u2019il ne soit exercé dans les limites de Notre dite province par qui que ce soit proifessant la religion de l'Eglise de Rome, aucune autorité épiscopale ou vicariale autre que celle essentiellement et absolument nécessaire au libre (?) exercice «de la religion romaine; et pour cela il faudra de vous une dispense ¢ une permission sous le sceau de notre idite Province \u2014 9 \u2014 Vol.10, No 12 dont la durée sera laissée à Notre bon plaisir et tenir compte des réserves et restrictions con'formes à l\u2019esprit et aux dispositions de l\u2019acte du parlement \u2018de la 14e année de Notre Règne.\u201cAude à l\u2019effet de prendre des mesures plus efficaces a 1%- gard du gouvernement de la province de Québec.\u201d Et personne ne pourra recevoir les ordres sacrés ni avoir charge d\u2019âmes, sans avoir au préalable obtenu de vous une permission à cette fin.3° Que nul autre qu\u2019un Canadien de naïssance, nommé par Nous ou en vertu de Notre autorité, ne puisse jouir d\u2019un bé- méfice ecdlésiastique et des droits et des profits qui y sont attachés, s\u2019il professe la religion de l\u2019Eglise de Rome (sauf quiconque déjà en possession de tel bénéfice) ; et que tout droit ou prétenidu droit de toute personne quelle qu\u2019elle soit, de idésigner, présenter ou nommer quelqu\u2019un à un bénéfice vacant, sauf dans le cas ou la collation des bénéfices sera réclamé en vertu d\u2019un droit civil, sois absolument aboli ; personne ne pourra jouir de plus d\u2019un lbé- néfice, du moins il n\u2019en.sera pas accordé à uni seul et même titulaire plus qu\u2019il n\u2019en Peut raisonnablemelhit desservir.4° Qu'aucune personne professant la religion de l\u2019Eglise de Rome ne soit nommiée titulaire de quelque paroisse dont la majorité des habitants solliciteront la nomination dun ministre protestant.En ce cas, le titulaire sera protestant et aura le droit à toutes les dîmes payables dans la dite paroisse.Toutefois, les catholiques romains pourront se servir de l\u2019Eglise pour le libre exercice de leur religion en idehors des heures fixées pour le service religieux des protestants; \u20ac; réciproquement dans toute paroisse où les catholiques romains formeront la majorité, les habütants protestants pourront se senvir LA REVUE POPULAIRE \u2014 10 \u2014 Montréal, Décembre 1917 de l\u2019église pour l\u2019exercice de leur religion, lorsque fleur présence ne dérangera pas le service religieux des catholiques romains.5° Que nul titulaire professant la religion de l\u2019Eglise de Rome, chargé d\u2019une paroisse, n\u2019ait le droit de percevoir ides dimes provenant des\u2018terres ou propriétés occupées par un protestant ; lesquelles dimes seront pergues par une personne que vous.mommerez à cette fin et versées entre les mains du receveur général, tel que sus-dit, pour le maintien d\u2019un clergé prosestant idans la dite Province, lequel devra résider réellement dans celle-ci conformément aux instructions que vous recevrez de Nous à cet égard ; et que tous les revenus: et profits provenant d\u2019un bénéfice vacant soientt réservés, aussi longtiemips que celui- ci n\u2019aura pas de titulaire, pour être appliqués aux fing sus-dites.6° Que toutes les personnes professant.la religion de l\u2019Eiglise ide Rome déjà pourvues d\u2019un bénéfice ou qui en obtiendront un par la suite ou seront autorisées à exercer quellque pouvoir ou autorité à cet égard, prêtent et souscrivent, en votre présence devant le conseil ou devant telle personne que vous aurez nommiée à cette fin, le serment que prescrit de prêter et souscrire l\u2019acte susdit du (parlement adopté dans la iquatorzième année de Notre Règne intitulé: \u201cActe à l\u2019effet d\u2019adopter des mesures plus efficaces à Tégard du gouvernement de Québec dans l\u2019Amérique du Nord.\u201d \u201879 Que tous les titulaires en charge de paroisses professant la religion de l\u2019Egli- se de Rome qui ne seront pas sous la juri- dilction ide l\u2019évêque de da N'ouvelle-Ecosse,.mie jouissent de leurs bénéfices, qu\u2019aussi longtemps que leur conduite sera irréprochable ; toutefois s\u2019ils sont trouvés coupables d\u2019offenses criminelles où s\u2019il es; dû- Ta a vs £1 f= OW Vol.10, No 12 ment prouvée qu\u2019ils se sont livrés à des tentatives séditiieuses en: vue de troubler la *tramiquallité el: la sécurité ide notre gouvernement, vous idevrez les destituer et les suspendre.8° Que tous les ecclésiastiques qui jugeront à propos d'entrer dans le saint état du mariage soient relevés de toutes les peines qui pourraient leur être infligées en: ce cas en vertu de toute autorité éma- namit du Sains-Siège de Rome.9° Que la Tibemté d\u2019inhumer les monts dans les églises et les cimetières soit accordée aux chrétiens ide toute croyanie sans distinction.10° Qu\u2019on prie pour la famille royale dans toutels les églises et les endroits où se pratique le culbe, suivant la méthode en usage, \u2018dans ce royaume; et que Nos insi- \u2018gnes et armoiries soient placées, non seulement dans les églises et les endroits où se pratique le Culte, mais aussi dans les cours de justice et que toutes les armoiries de France soient enlevées de toutes les églises \u20ac cours où elles peuvent se trou- Ver encore; 11° Que la société des prêtres romains que l\u2019on nomme \u201cSéminaires de Québec et Montréal\u201d, continue de posséder et d\u2019habiter les maisons qui servent de demeure à ceux-ci ainsi que toutes autres maisons eit terres auxquelles ils avaient droit en vertu de la loi, le 13 sepliembre 1759; et qu\u2019il soit loisible à cette société de remplir les vacances qui se produiront, d'admettre de nouveaux membres conifor- mément aux règles de sa fondation et d\u2019instruire des jeunes gens de manière à Jes préparer pour prendre charge des cures iparoissiales, à mesure que celles-ci deviendront vacantes.Cedi néanmoins Notre Volonté et plaisir que, non seulement ces séminaires, mais toutes les autres com- LA REVUE POPULAIRE \u2014 11 \u2014 PE Montréal, Décembre 1917 munautés religieuses, aussi longtemps qu\u2019elles sulbsisteront, soient visités par vous Notre Gouverneur ou par \u2018telles personnes que vous désignerez à ceitte fin et qu\u2019ils se conforment à telles règles et directions que vous jugerez à propos d\u2019établir et de prescrire, de l\u2019avis et du consentement de Notre Conseil Exécutif.12° C\u2019est aussi Notre volonté et plaisir que tous les autres séminaires et communautés religieuses (sauf seulement l\u2019Ordre des Jésuites) soient maintenus pour le moment en possession de leurs établissements actuels; jusqu\u2019à ce que Nous soyons mieux renseignés sur leur véritable état et que Nous sachions jusqu\u2019à quel point ils sont essenitiel au libre exercice de la religion de l\u2019Eglise de Rome tel que permis dans Notre dite Province; que vous permettiez l\u2019admission de nouveaux membres dans aucunes des dites sociétés ou communautés (sauf les communautés de femmes seulement) sans Nos ins:ructions formelles à cette fin ; que la société des Jésuites soit supprimée ou dissoute et ne puisse exister plus longtemps comme conps politique et constitué en conporation et que ses droits, ses propriétés et ses biens Nous soient dévolus pour telles fins que nous jugerons à propos de faire connaître Notre intention royale d\u2019allouer aux membres actuels de la dite société, telle qu\u2019établie à Québec, des traitements et des allocations suffisantes pour leur vie durant; que tous les missionnaires qui relèvent de Pautorité des Jésuites ou ont été envoyés par ceux-ci ou iqui relèvent de toute autre autorité ecclésiastique de l\u2019Eglise romaine, soient retirés graduellement et remplacés par des missionnaires protestants au fur et à mesure que le temps et les circonstances permetitront de lle \u2018faire à la satisfaction des dits Indiens; qu\u2019il soit défen- TI PATTERN TI Vol, 10, No 12 du à touts ecclésiastique de l\u2019Elglise de Rome, sous peine de destitution, d\u2019induire les protestants à devenir papistes ou de chercher à les convertir à sa religion, et qu\u2019il soit aussi défendu aux prêtres romains de parler dans leurs sermons, contre l\u2019Eglise d\u2019Angleterre.* * + On peut comprendre alors les protestations qui s'élevèrent un peu partout, et notre cllengé, Mer Plessis en tête, commen - ça une lutte de géant.On protesta fermement contre ces instructions qui n\u2019avaient autre but que de \u201cprotes:antiser\u201d le Canada naissant.Fin effet,son acceptation voulait dire la non-reconnaissanice du pouvoir temiporel du Pape, la dépendance de nos institutions religieuses ide l\u2019Etat et finalement la spoliation \u2018des droits acquis des Jésuites.Migy Plessis, préla aussi distingué par léclait de ses talents que par l\u2019élévation de ses vues et la fermeté de son caractère, combatitit victorieusement pour la libenté et les droits menacés de l\u2019Eiglise.eo se 9 me LE CUIVRE CANADIEN ON a dit que l\u2019Allemaägne m\u2019avait que d\u2019insuiffisantes réserves de cuivre e@ qu\u2019ellé a été souvent forcée de s'adresser aux Etats-Unis.Nos voisins ne sont pas cependant les seuls producteurs de cuivre.Ici, au Canada, notre production en Cuivre s\u2019est élevée en 1912, à 77,832,127 livres, représentant une valeur de $12,718,548.La province de Québec ne figure dans \u201ccette production que pour une valeur de $536,346, alors que la province d'Ontario accuse une production de plus de trois LA REVUE POPULAIRE Montréal, Décembre 1917 millions de jpiastres et la Colombie Anglaise $8256,670.\u2019 La plus grande partie de ce cuivre est exportée aux Etats-Unis et de là en Fu- rope.L\u2019AUGMENTATION DES BISONS LE Courrier de Ouest A\u2019 Edmonton constatait il y a quelque temps que le troupeau de bisons parqués a Wainwright, dans 1\u2019Alberta, est actuellement de 1500 têtes.Lorsque le troupeau fut constitué, il y a quelques années, le gouvernement canadien n\u2019acheïa que 750 bisons.aPr contre, les rennes du Labrador envoyés à la rivière à la Paix dépérissent.\u2014\u2014 \u2014 LA \u201cBOURSE\u201d DE MONTREAL JEN 1717, un arrêt du roi permettait aux marchands de Québec et de Montréal de s\u2019assembler tous les jours en un lieu qu\u2019ils choisiraient pour y traiter de leurs affaires, comme aussi de se nommer un syndic, C'est-à-dire un représentant auprès des autorités.oNug avons peu de renseignements sur la Bourse de Québec.Nous connaissons se fondation, Il y a guère plus.Dans le Canadian Antiquarian de jan: vier 1915, M.Fi-Z.Massicotte publie un document qui prouve que la Bourse «de Montréal subsista sinon jusqu\u2019à la Conquête du moins peu d\u2019années avant.\u2014 0 \u2014\u2014\u2014 Lv \u201cChacune a maintenant une part de nous-méme Albion, notre foi, la France, notre coeur.\u201d \u2014 Crémazie.\u2014 12 \u2014 Vol.10, No 12 LES DILIGENCES DE L\u2019ANCIEN TEMPS EN 1766, il n'existait qu\u2019une route postière dans touls le Canada, et c\u2019était entre Québec ot Montréal.En 1791, elle s\u2019étendait dun côté au Nouveau-Brunswick et de l\u2019autre à Kingston.Les diligences\u2014les stages de nios grands-parents\u2014furent les premiers agents de transport sur terre.Le ler janyier 1816, Barnabas Dickinson en établit la premiere ligne réguliére entre Montréal et Kingston.Prix du voyage $18, avec droit a 28 livres de bagage.Peu à peu, de semblables services furent éta- \u2018blis entre les printipaux centres, et il y eut même, un peu plus tard, un service de stages, plus légers, chargés \u2018de transporter _en très grande célérivé, la \u201cMalle\u201d royale.A Québec, ce furent les MM.Hough qui en eurent le contrat., À partir de 1817, les bateaux à vapur rmplacèrent les diligences durant 1\u2019été sur certains parcours ou partagèrent avec elles d\u2019autres parcours, c\u2019est-à-dire partout où les rapides interdisaient toute navigation.Ainsi en 1826, on se rendait en diligence de Montréal à Lachine pour y prendre Ja bateau, comme en 1908 on se sert du chemin ide fer.Qo \u2014 MONTALEMBERT ET LE CANADA Dans le Correspondant de Paris, en 1862, Montalembert publia une étude sur l\u2019Inde au parlement de Londres.On y lit cette phrase: \u201cAu Canada, une noble race, française par le coeur et par les moeurs, doit à l\u2019Anglelerre d'avoir conservé ou acquis, avec une entière liberté religieuse, toutes les libertés politiques ou municipales que la France a répudiées.\u201d LA REVUE POPULAIRE Napoléon IIT se sentit piqué au vif.Il dit tout haut qu\u2019il fallait faire un exemple et Montalemibers subit un procès dans lequel il eut pour avocats Berryer et Du- faure, mais on le condamna à six mois de prison et & $600 d\u2019amende.De plus, on découvrit une loi qui, en pareil cas, rendait le condamné passible de la déportation.Sur ce dernier point, Napoléon fit grace.7h \u2014 i \u2014\u2014 FRUGALITE EXEMPLAIRE ! [rs anciens Canadiens des classes populaires étaient d\u2019une frugalité exemplaire.Les viandes ne paraissaient presque sur la table que durant le temps des fêtes ou aux jours des grandes réjouissances.Le reste de l\u2019année on se contentait de lait, d\u2019oeufs, de poissons, de soupe aux pois, de bouillie de maïs pilé, de crêpes, d\u2019un pain grossier, de \u2018fruits et de légumes.Ce régime quasi végétarien ne les empéchait pas d\u2019acquérir une santé et une vigueur admirables, Ecoutez ce que disait la Mère Marie de l\u2019Incarantion : \u201cUn pauvre homme aura huit en'fants «ls plus, qui l'hiver vont nu-pieds et nu-tête, avec une petite camisole sur le dos, qui ne vivent que d\u2019anguilles et un peu de pain; et avec tout cela, ils soni gros et gras.\u2014\u2014 0 \u2014\u2014 LE MARCHE DE MONTREAL LE marché de Montréal est approvisionné d\u2019oeuffs et ide volailles pour la plus grande partie, par les cultivateurs d\u2019Ontario.Ce marché que les producteurs de l\u2019Ontario trouvent avantageux, malgré la distance, devrait l\u2019être également pour les cultivateurs de la province de Québec.\u2014 \u2014\u2014 Montréal, Décembre 1917 Vol.10, No 12 VALEURS DES TERRES AU CANADA Dans un rapport publié récemment par le Ministère de l\u2019Agriculture, on mentionne le fait que la valeur approximative des terres en culture au Canada est par arpent et par provinces comme suit :\u2014damns Québec, $52 par anpent, dans l\u2019Ontarjo, $52.50, dans le Nouveau-Brunswick, $32, Ile du Prince-Fidouard, $39, Nouvelle Ecosse $33, Manitoba $32, Saskatchewan, $24, Colombie-Anglaise $118.Le chiffre élevé dans cette dernière province est dû à la culture abondante des fruits.D\u2019après des statistiques obtenues dans toutes les provinces, on calcule que la valeur totale des animaux de la ferme au Canada est approximativement de huit cent millions de piastres.\u2014_\u2014 \u2014\u2014\u2014 NOTRE LANGUE Favur-1L s\u2019étonner que chaque nationalité tienne à sa langue?Tout autant vaudraitt changer la nature du coeur humain et faire que ce qui lui est le plus intimement uni, ce qui lui est le plus personnel lui soit aussi le plus indifférent.Quelle coutume, quel usage, quelle tradition peut être comparé à la langue nationale?Elle seule a poussé ses racines au plus profond de notre être.L\u2019oreille n\u2019entend rien de plus agréable; elle la devine et la recon- nait partout.On peut ne pas l\u2019ouïr, ne pas la parler pendant de longues années; elle garde toujours cette vertu magique, ce pouvoir mystérieux qui remue, trouble, bouleverse ; elle seule va au coeur et parle à l'âme.\u2014M.l\u2019abbé Desranleau.\u2014 {} La valeur approximative des produits forestiers du Canada, est de $176,672,000.\u2014 LA REVUE POPULAIRE \u2014 14 \u2014 Montréal, Décembre 1917 VALEUR DES FERMES DU CANADA Pour la totalité du Canada, la valeur moyenne des fermes consacrées à l\u2019agriculture, améliorées ou non, y compris les maisons d'habitation et bâtiments \u2018d\u2019exploitation, étables, graniges, etc, est approximativement de $41 l\u2019acre.Par provinces, la valeur moyenne s\u2019établit ainsi : Ile du Prince-Edouard, $39; Nouvelle- Ecosse, $33.6 ; Nouveau-Brunswick, $29.4; Québec, $52; Ontario, $52.5; Manitoba, $32; Saskatchewan, 23; Alberta, $22; Colombie Britannique, $118.5.Quant a cette dernière province, sa moyenne élevée est due à ses vergers et plantations d\u2019arbres fruitiers.\u2014\u2014\u2014 0 \u2014\u2014 LE PROGRES DE MONTREAL Montréal est la principale ville du Canada et l'une des plus importantes de tout Te continent américain où elle occupe le quatrième rang.Sa population dépasse celles de Boston et de St-Louis, avec un chiffre de 760 mille âmes, soit près de quatre mille de plus que les villes précitées, | Il y a tout Heu de croire que dans peu d\u2019années, da population de Montréal idé- passera le million.\u2014\u2014 pp \u2014\u2014\u2014\u2014 REPONDEZ EN FRANÇAIS Sr vous recevez une lettre écrite en anglais, vous pouvez y répondre dans votre lanigue, en français, car vous pouvez être certains que les personnes instruites à qui vous vous adresserez ainsi sauront panfai- tement vous comprendre et surtout vous apprécier. Vol.10, No 12 REVENUS ET DEPENSES DE LA PROVINCE DE QUEBEC \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 [LA Province de Québec avait un revenu, en 1914, de $9,000,377., dont $1,842,170.provenant du subside fédéral; $1,588,959.des foréts; $1,027,597.des hotels; $1,604, 840.des droits de succession y $122,576.des licences d\u2019automobiles.Ses dépenses s\u2019élevaient à $8,624,368.dont $1,080,886.pour l\u2019administratiori de la justice; $1,419,515.pour l'instruction publique; 829,991.pour asiles d\u2019aliénés et bienfaisance; $470,313.pour la construction des routes rurales._ 0 LE BLE DU MANITOBA AFIN d\u2019obtenir une grosse récolte de blé, -, cet automne, le gouvernement français a fait distribuer aux cultivateurs en France 80,000 quintaux de blé du Manitoba pour servir de semence.\u2014\u2014 0 \u2014\u2014.LES PREMIERS POELES AU CANADA DANs les anciens temps, nos pères n\u2019avaient même pas de poêles, cel ustensile si nécessaire au ménage.Il leur fallait se contenter d\u2019un feu de cheminée.Les premiers poêles étaient loin d\u2019avoir l\u2019élégance et la variété de formes de poé- les d\u2019aujourd\u2019hui qui sont un véritable ornement, même pour Îles salons, quand tou- befois ils ne sont pas remplacés par le luxe des fournaises.(C\u2019étaient de grosses masses de fonte, aux quatre faces presque sans ornements, au-dessus uni, n\u2019ayant qu\u2019un seul pont ou qu'un seul étage et le tout supporté par quatre grosses pattes de chien.Les poêles LA REVUE POPULAIRE \u2014 15 \u2014 Montréal, Décembre 1917 à deux ponts ne remontent; pas à plus de 90 ans dans les campagnes.Comme accompagnement obligé, il y avait un fourgon en fer, et souvent aussi un fourgon en bois pour attiser le feu, et puis une casserole de tôle dans laquelle étaient ordinairement les petites pincetves pour prendre le charbon dont on se servait pour allumer la pipe; car les allumettes simplement souffrées, qu'on regardait alors comme une grande amélioration ne sont venues que vers 1835 et les allumettes chimiques plus tard.\u2014_\u2014 O0 \u2014\u2014 LA BONNE TERRE [JL y a, dans notre province, 442,153,000 acres de terre.Sur ce nombre, 15,613,000 acres sons en culture; dans le reste on a taillé 442,000 terres, d\u2019une étendue totale de 44,215,000 acres; mais ces terres, déjà anpentées et propres à la culture, atten- denis toujours des défricheurs.Elles restent couvertes de forêts qui pourraient en peu de temps être changées en moissons superbes et en paroisses canadiennes-fran- calses.\u2014_\u2014 \u2014\u2014 LE LAIT CANADIEN Les produits laitiers canadiens sont en grande demande sur les marchés Européens.Adnsi pendant une seule semaine, plus de 1,000 boites de beurre et de fromage ont été expédiées en Angleterre.Les cultivateurs doivent temir compte de ce commerce d\u2019exportation et de la hausse des produits laitiers.L\u2019augmentalïlion dans l\u2019élevage des troupeaux laitiers est tout indiquée.\u2014 (0) \u2014\u2014 [TT HIE RIT EN Vol.10, No 12 - LA REVUE POPULAIRE Montréal, Décembre 1917 \\) \u2018 ñ AA =x PP SX D ; Là SE) Cd Cl) » = eS CEST 3 oh EN ROULANT MA BOULE Voix seule, puis la reprise en chœur.En rou-lant ma bou - le rou-lant, En rou-lant ma FIN y Voix seule, reprise en chœur.bou le.Der - riér, chez nous, ya - t-un ¢é - tang, Voix seule.- le.Trois beaux canards s\u2019en 5 En roulant ma bou vont baignant, rou - li roulant, ma boule roulant.Derriér\u2019 chez mous, yt-t-un étang, En roulant ma boule, \u2014 Trois beaux canards s\u2019en vont baignant, ss MMM Rouli, roulant, am boule roulant.EERE En roulant am boule roulant, En roulant ma boule.\u2014 156 \u2014 PP PEER ER SE TP RE EP OR EF PRE EE PAT IA Vol.10, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Décembre 1917 A AE RAT NX TA A AR LA D A LA LR A RFA JR] RQ 1 1 RO Trois beaux canards s\u2019en vont baignant En roulani ma boule, Le fils du roi s'en va chassant, Rouli, roulant, ma boule roulant, Ein roulant , etc.Le fils du roi s\u2019en va chassantt, Em roullant ma \u2018boule, Avec son grand fusil d'argent, Rouli, roulant, ma boule roulant, Em rouilantt, eitc.Awec son grand fusil d\u2019argent, Em roulant ma boule, - Visa le noir, tua le blanc, Rouli, roullant, ma boule roulant, | En roulant, etc.Visa le noir, tua le blanc, En.roulant ma boule, 0 fils du roi, tu es méchant ! Rouli, roulant, ma boule roulant, En roulant, ete.O fils du roi, tu es méchant! En roulant ma boule, D\u2019avoir tué mon canard blanc, TRouli, roulant, ma boule, roulant, En roulant, etc.D\u2019avoir tué mon canard blanc, En roulant ma boule, Par dessous l'aile il perd son sang, Rouli, roulant, ma boule, roulant, En roulant, etc.F001 1 111 LO OL A O01 OO 1 Plar dessous l\u2019aîle il perd son sang, Emn roulant ma boule, Par les yeux lui sort i des diamants, Rouli, roulant, ma boule roulant, En roulant , etc.Par les yeux lui sort\u2019nt des diamants, En roulant ma boule, Ei par le bec Dor et argent, Rouli, roulant, ma boule roualnt, En roulant, etc.Et par le bec l'or et l\u2019argent, En roulant ma boule.Toutes ses plum\u2019s s\u2019en vont au vent, Rouli, roulant, ma boule roulant, En roulant, etc.Toutes ses plum\u2019s s\u2019en vont au vent, En roulant ma boule.\u2018Trois dam\u2019s s'en vont les ramassant, Rouli, roulant, ma boule roulant, En roulant, etc.\u2018Trois dam\u2019s s'en vont les ramassant, En roulant ma boule.C\u2019est pour en faire un lit de Rouli, roulant, ma boule roulant, En roulant, etc.C\u2019est pour en faire un lit de camp, En roulant ma boule.Pour y coucher tous les passants.Rouli, roulant, ma boule roulant, En roulant ma boule roulant, En roulant ma boule. Vol.10, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Décembre 1917 L Origine de Arbre Fa de Noë I Les Quer fuit l\u2019inventeur de l'arbre de Noël et \u2018 depuis quelle époque esi-il en exisience, Ô tellles sont les deux questions entourées de mystère et qui ont été laissées sans solu- ion par des chroniqueurs des anciens | jours.- :\u2026 Certains croyent qu\u2019il mous vient de L\u2019arbre de Noël, A : : 14e L\u2019arbr ti \u2018pleterre.on an l\u2019Egypte, puis que les anciens habitants arbre ale Yog de ce pays employaïenit à ceuflaines fêtes de ce pays employaient à certaines fêtes de l\u2019hiver une branche de palmier, recouverts de douze bourgeons.La première signifiaient l\u2019année, les derniers indiquaient les 12 12 bourgeons de l\u2019arbre.Ceux qui sont moins hardis voudraient faire remonter son existence à l\u2019époque de la Germanie, qui connaissait l\u2019arbre de Noël bien avant qu\u2019il fut introduit en France ou en Angleterre.On rapporte que ce porteur d\u2019étrennes de la Noël fut connu en Angleterre, après le mariage de la reine Victoria, au prince albert d\u2019Allemagne, mais où les allemands volèrent-ils l\u2019idée de l\u2019arbre de Noël, c\u2019est ce qu\u2019un écrivain a tenté d\u2019expliquer.\u201cTrès loin dans l\u2019histoire, on parle de teutons, croyant dans un frêne mystique \u201cY gg- drasil\u201d, dont les racines et les branches, unissaient le monde de la vie au monde de la mort.Au pied de cet arbre \u201cYdrasil\u201d étalent assises les trois déesses qui déterminaient les destinées des hommes, et \u201cYggdrasil\u201d portaient sur ses branches les récompenses méritées par ces premiers.Est-ce assez pour nous faire conclure de la certitude de l\u2019origine de notre présent arbre de Noël?Non, bien que ss introduction en Angleterre par le Prince Albert d\u2019Allemagne nous laisse à à croire qu il est d\u2019origine teutonne.Il fut dressé pour la première fois en Angleterre à Windsor, en 1840, après la naissance du Prince Royal, enfant de l\u2019Impératrice Victoria et du Pirince Albert.Depuis cette époque, pauvres comme riches, offrent à leurs enfants les cadeaux de Noël, suspendus à un arbre, décoré et illuminé.Il avait été probablement importé en Germanie par les légions conquénantes de J =4\\X Ad Drusus, puisque Vingile en fais mention La célébration du jour de N oël en H ongrie.dans ses Georgiques.\u2014 18 \u2014 ~ ~ Rr TIT AIO A ET PRINCI TEI) CES \u2014 cr Vol.10, No 12 Bien que Ton donne généralement crédit au Prince Albert de son introduction en Angleterre, un journaÿ anglais dans son numéro du 27 décembre 1829, alors que Ja reine Victoria n\u2019avait que 10 ans, disait : \u201cLe jour de Noël, la Princesse Liven donnaut une fête, telle qu\u2019en: existence en Germanie.Trois arbres fixés dans des grands pots et placés sur une grande table recouverte de oile, faisaient par- \u201c tie des décorations; chaque arbre était illuminé au moyen de trois rangées circulaires de chandelles de cire, bleues, vertes, rouges et blanches.\u201d Devant chacun d\u2019eux, étaient En Suède, les arbres de étalés des jouets, Noël sont installés, de- .vant les maisons.gants, mouchoirs, boîtes à ouvrage, livres et différents autres articles, représentant des cadeaux que la Princesse avait reçus.Cette (princesse était russe et avait passé son enfance à Paris, d\u2019où probablement elle avait importé l\u2019idée de l\u2019arbre de Noël.\u2019 Un savant dans une étude des anciennes coutumes anglaises, dit que: \u201cl\u2019anbre de Noël fut d\u2019abord importé en Angleterre par quelques marchands germains qui vavadent à Manchester, au commencement du \u2018dix-neuvième siècle.\u201d En 1900, un \u2018autre écrivain disait que: \u201cbien quie nous soyons habitués 3 considérer I\u2019Allemagne comme le \u201chome\u201d de l\u2019ar- bra de Noël, elle ne l\u2019a pas été pour \u2018plus des deux dermiers siècles.Des vieilles per- sonmes dont les parents m\u2019ont jamais vu LA REVUE POPULAIRE \u2014 19 \u2014 Montréal, Décembre 1917 cette curiosité de Noël, sont encore vivantes.La décoration des maïsons au moyen «de branches d'oliviers et de branches vertes, en \u2018Angleterre, à l\u2019occasion de Noël, remonte aux \u2018temps reculés.Nous pouvions constater ce fait dans une peinture de Botticelli, \u2018dans son \u201c Adoration des bergers\u201d, à lu galerie nationale de Londres.C\u2019est une reproduction exacte des \u2018anciennes coutumes ancestrales de tous les peuples, qui au changement d\u2019année, pendant; 12 jours, décoraient de branches de verdure, toutes les salles publiques.\u201d Dans quelques \u2018autres oeuvres historiques, on parle de la décoration de l\u2019intérieur des maisong, aussi bien que des temples, au moyen de verdure et de l\u2019introduction de l\u2019arbre illuminé comme syr\u201dode de la palme.Daus 1es salles des barons, dans les gigantesques cuisines des paysans, l\u2019arbre illuminé avait sa place d'honneur.L\u2019habitude d\u2019enlever des bois, des branches et des arbres en Autriche, devient tellement grande, que en 1755 a Salzbourg et en 1768 à Nurembourg, Autrefois, on s\u2019asseyait on passa des lois devant LD maison, en- très sévères pour re deux pins.P empêcher le dépeu- plement des foréts.Dans certaines régions de l\u2019Hongrie une procession solennelle, précédée par un arbre décoré, est faite à chaque année, la veille ide Noël: \u201cIl test orné de nubans et de fruits et symbolise Parbre de la science\u201d. Voi.10, No 12 L'arbre de Noël fut introduit en Autriche, il y a environ 100 ans par la duchesse de \u2018Wurtemburg.\u2018Comme nous le disons plus haut, il a pris racine en Angleterre, en 1840.Les ideux écrivains anglais Thackeray et Dickens parlent de la beauté des réunions de Noël et dès 1850 Dickens intitulait une nouvelle de Noël: \u201cThe Christ- mias Tree\u201d.Les romains eux-mêmes présentaient leurs cadeaux sur un arbre de Noël.On croit qu\u2019ils avaient pris cette coutume aux anciens Egyptiens.Comme mous le disions dl\u2019 origine du \u201cChristmas Tree\u201d es: inconnu, et rien dans l\u2019histoüre des peuples mous en indique la véritable provenance.\u2014_\u2014 \u2014\u2014 LE JOUR DU CULTE - Les chrétiens ont le dimanche, ies Grecs le lundi, les Persans, le mardi, les Assyriens le mercredi, les Egyptiens le jeudi, les Tures le vendredi, les Israélites le samedi.\u2014_\u2014 WILLIAM HARVEY Le célébre physiologiste anglais qui découvrit la circulation du sang, naquit a Folkestone le 2 avril 1578, et mourut a Londres le 3 juin 1658.Après de longues et patientes recherches, il publia à Francfort, l\u2019ouvrage immortel dans lequel il exposait sa théorie sur les mouvements du coeur et la circulation.Cette théorie fut longtemps combattue par les contemporains, mais Harvey eut la suprême consolation, avant de mourir, de la voir universellement admise et répandue.LA REVUE POPULAIRE Montréal, Décembre 1917 CE QUE LE MARINGOUIN RECHERCHE Qf \u2014\u2014 C'est un fait constaté, que le maringouin préfère le nègre au blanc, un chien noir à un chien blanc, et en général un endroit de repos de couleur\u201c noire.Arprès une étude des insecces, on a remarqué qu\u2019une très grande partie de ceux- ci recherchent davantaige: le bleu-noir, le bleu-rouge, le brun, le rouge, le noir, le gris et le violet; l'azure, l\u2019ocre et le blanc particulièrement le jaune leur déplaisent excessivement._ 0 \u2014 LES TORTILLEMENTS D\u2019UN ARBRE ON observe de curieux tortillements sur plusieurs troncs d'arbres et l\u2019on prétend qu\u2019ils sont dus à la rotation de la terre, tels que les Gourbillons des tempêtes et les vagues qui tournioient d'ans l\u2019océan.Un géologue Belge, dit que si les conditions de croissance étaient la cause de ces tortillements, la torsion devrait suivre la marche apparente du soleil Neuf cent quatre-vingt-dix troncs sur mille donnent une preuve du contraire, et la tortillement est d\u2019ordinaire à gauche suï l'hémisphère nord et à droite du côté de l'hémisphère sud, tel que le tournement des Kempêtes de cyclone et des tourbillons des ouragans de vent.Cette différence est dus à la rotation de la Terre.Un autre géologue à constaté, que les vents dus 3 la rotation de la terre soufflait sans relâche durant la saison où la végétaliion de arbre était active et sensitive, et qu\u2019une faible et continuelle courbe affectait d\u2019une manière permanente, l\u2019arbre.\u2014 20 \u2014 rl CD S\u2014 eo.Ee Vol.10, No 12 LA REVUE POPULAIRE UNE MESSE DE\u2019 MINUIT AUX ILES MARQUISES Montréal, Décembre 1917 ee IL y A juste 57 ans\u2014ce jour-là ou plutôt cette nuitda, un vénérable odiogénaire, Tourangeau de naissance, mais fixé depuis bien longfsemps chez les Canaques du bout du monde, éprouva la plus douce émotion de ttouitle sa vie.Ildéphonse-Réné Dordillon, était bien certainembiit, le doyen d\u2019âge de tous les colons français de l\u2019Océanie.Lui, bien diffénent des autres, ce n\u2019est pas ambition de faire fortune qui \u2019avait poussé.a 5000 lieues du délicieux pays où la Providence avait placé son berceau.Non! Il était missionnaire e l\u2019ambiition d\u2019étendre \u2018le royaume de Dieu, d'annexer à l\u2019Empire du Christ des terres et des populations nouvelles, avait seule porté ses regards et orienté sa voile vers l'extrême horizon du globe.De ceila, i! y avait bien longtemps.Depuis qu\u2019il avais faüt élection de \u2018domicile dianis le dointain archipel perdu au centre du Pacifique a égale distance de l\u2019Amérique et de l\u2019Aluistralie, près d\u2019un demi-siè- cle s\u2019était écoullé ; ses cheveux avaient blanehi let ses forces s'étaient épuisées dans un labeur donit le Pontife suprême avait récomptnsé le succès en lui :décernant les pouvoirs, titres eb insignes du pontificat.Depuis ltrente lans, il était le roi spirituel des Iles Marquises.Au cours de sa longue carrière aposto- Lique, bien des joies, premices ainticipées du céleste salaire, bien ides consolations lui avaîlenit été ménagées; la fête de Noël devait lui en apporter une, à laquelle il allait partäcullièrementt être sensible.Lorsque l\u2019événement eut lieu, il était en- vüäron dix heures du mialtin, à Paris et dans toutes les cathédrales de l\u2019Europe occidentale les évêques célébraienit \u201cin \u2018plenis pon- tifica libus\u201d, la messe de Noël.Il était à peu près mintuit, aux Lles Mar- quiises, dans la petite cathédrale de Taio- hae.Encore quelques minutes et les douze coups égrenés par l\u2019horloge publique de citte capitale annonceraient que le 24 dé- cembrb \u2018avait expiré.7 En Europe, c\u2019étaït unie froide et neigeuse journée d'hiver.En dessous, dans l'ile Nouka-Hiva, c\u2019était lla calme et tiède langueur d\u2019une nuit d\u2019été.La cathédrale nouka-hivienne était pleine: femmes marquisiennes et jeunes filles en toilette de féte, vétues de tapas (robes) blanches ou moses, coiffées de fleurs, mais pieds nus; puis, groupés à part, d\u2019un côté les enfants des écoles, de autre les jeunes gens et les hommes; enfin, à des places d'honneur, l\u2019état-major et l\u2019équüpage d\u2019un croïseur français ancré dans le port depuis quelques jours ; croyants di mécréants, tout le personnel du Mistral était aocouru à la messe de mi- mui.Les (portes du lieu saint restées ouvertes laïssaïent entrer le lumineux rmayonnemient des étoiles australes, la brise de mer et le parfum des mimosas, des gar- dénilas, des santalls, des ortangers.\u2026 et par Ta aussi s\u2019envolait bien loin sur la campa- \\ io sietéies wahoress Lute MEERA KELL etats a a GO.Vol.10, No 12 gnie et sur les eaux l'écho des chants du sanctuaire.Les choeurs s'étaient tus.On étaït au plus solennel instant die l'office divin.L\u2019é- vêquie, idebouit à l\u2019ausel, achevait de pro- nionder des paroles adorables qui transsubstantient le pain e.le vin eucharistiques, et il continuait: Undè et memores.Tout à coup une émotion profonde étreignit LA REVUE POPULAIRE Montréal, Décembre 1917 cratiion, um jeune officier du Mistral ve.mad d\u2019entonner le Noël d\u2019Adolphe Adam, d\u2019une magnifique voix de ténor, chaude, vilbranite, délicreuse, et la superbe mélodie, ainsi tiransportée aux antipodes de l\u2019an- cllen monde; sous des voüÿes de ce temple de style malori, bâti en corail, peuplé d\u2019ex- anthropophages, empruntad aux circonstances un charme étrange, sublime.La cathédrale nouka-hivienne était pleine.son vieux coeur et arrêta sur ses lèvres les syllaibes sacrées, tandis que, sur ses joues ridées, sur sa barbe paitriarcale, sur l\u2019or de sa chasuble fanée, coulaient de grosses larmes.Pourquoi?.Ecoutez!.Une voix française chante; une mélodie fran- \u201c Qaïse a succédé aux himénés canaques : Minuit, chrétiens! C\u2019est l\u2019heure solennelle.Au miliet: du silence qui suit la consé- \u2014 2 da 6.TT IR c , PR PORC SO RUE LP RO +, RRR EE oa nn A y PAR ty ERRRRT Lo Po ME TE Po Le monde entier tressaille d\u2019espérance À cette nuit qui lui donne un Sauveur.Lui, Je vieil évêque tressaïlle de bonheur ; al essuie du revieirs de ses mains amaigries ses yeux humides.| Ce Noël, c\u2019est la France; c\u2019est le passé : ce sont les ches eft teindries souvenirs, iniou- bliables, inoubliés, le clocher natal, les amis d'enfance, les parents, tous morts, \u2014 vera œR K 7 ses eg VS py C2 Vol.10, No 12 disparus, lallongés sous l'herbe du cimi- tière à l\u2019ombre de l\u2019église où il a été baptisé.Il} revioït sa vie.Débarqué (il y a tant d'années!) au milieu d'un peuple d\u2019anthropophages paiens, il est entouré maintenant d\u2019un peuple de chrétiens.Clest lui et ses frères qui ont opéré ce miracle.Peuple debout! Chante ta délivrance! Noël ! Noël ! Voici le Rédempteur ! \u2014\u2014\u2014 0 UNE VILLE HEUREUSE [A petite ville de Arb, est tout à fait digne d'envie.Sa population de 3,000, ne paye aucune taxe municipale sauf pour les chiens.Et malgré cette exemption de contributions directe, chaque année, les autorités municipales ont une réserve assez ronde en coffre.La ville reçoit ses revenus de ses sources de sel et de ses forêts qui couvrent 7,000 acres de son sol.Dans le but de dépenser le surplus on a décidé de poser l\u2019eau dans les maisons et de construire des usines électriques pour l\u2019éclairage des habitants.On a offert aussi le terrain et les rails gratuitement à toute personne ou compagnie désirant construire un chemin de fer à Arb.Oo \u2014\u2014 PAR PRECAUTION Les dompteurs de lions se parfument - souvent au moyen de lavende.On ne con- nait pas de lion qui ait attaqué un dompteur lorsqu\u2019il a pris la précaution de se parfumer du matériel.\u2014G\u2014_s LA REVUE POPULAIRE Montréal, Décembre 1917 LE JOURNAL MEILLEUR MARCHE [as journaux d\u2019Europe sont loin d\u2019être chers.On est assez surpris même, pour peu qu\u2019on y réfléchisse, de la quantité considérable de lecture qu\u2019offre à ses lecteurs pour la somme de cinq centimes un journal de grandecirculation de Paris ou de Londres.Cependant ces journaux sont hors de prix si on les compare à la \u201cBonne Grat- ne\u201d dont le premier numéro a paru tout récemment en Belgique, et qui se vend un centime.La \u201cBonne Graine\u201d est publié par les socialistes Belges, ets ans doute aucun, il peut être considéré comme le journal le meilleur marché d\u2019Europe et même du monde entier.\u2014_\u2014 0 \u2014\u2014 SCULPTURES ORIGINALES Propertia di Rossi, jeune Italienne, noble et d\u2019une rare beauté, d\u2019une intelligence supérieure, d\u2019une éducation exceptionnelle, sculpta sur un noyau de pêche toute la passion du Sauveur.\u2018Ze travail comprend un très grand nombre de figures: le Christ, les apôtres, les saintes femmes, les soldats, le peuple.Chaque figure est d\u2019une exécution admirablement délicate.Les physionomies sont expressives; les groupes, distribués avec leurs plans.Cette petile merveille se trouve dans les galeries de Flornce, où l\u2019on voit aussi un noyou de cerise, sur lequel on à sculpté un choeur de saints au nombre de coixante- dix.\u20140\u2014\u2014 À Algers, la haute marée @: la basse marée de la Méditerranée, sont de 3 pouces et demä de différence seulement.HR RRR ANI IRI HR RAA A EN ET Vol.10, No 11 AY en ta TUE as ga ne A pr CR rai EURE PARA d GAS FI Paid PEER A py LA REVUE POPULAIRE Montréal, Novembre 1917 LES MANGEURS DE FEU \u2014\u2014\u2014 Chaque jour, les bateleurs monirent des choses sunprenantes, mais dont on peut aisément reconnaître les causes, lorsqu\u2019on y réfléchit.On a vu, par exemple, un Anglais, nommé Richardson, faire rôtir un morceau ide vianide sur sa langue, allumer un charbon dans sa bouche avec un soufflet, l\u2019enflammer par ur: mélange de poix moire, de poix résine et \u2018de soufre.Ce mélange allumé, produisait danis sa bouche le même frémissement que l\u2019eau dans laquelle les forgerons éteignent le feu, et bientôt après il avalait ce charbon enflammé, cetite ipoix, ce soufre et cette résine.Il empoignait un fer rouge avec sa main, qui n\u2019était cepetnidant; pas plus cail- Jeuse que celle d\u2019un autre homme.Enfin, il tenait un autre fer rouge entre ses dents.Glest par une habitude, d\u2019abord très douloureuse, et unie disposition dans les organes, qu\u2019un tel homme est parvenu à les rendre insensibles.Le valet de ces Anglais publia, en: 1667, le Secret de son maître, le Mangeur de feu.Ce secret consiste à se frotter les mains, da bouche, les lèvres, le palais avec de d'esprit-de-ssoufre affaibli dans les commencements, et que l\u2019on emploie ensuite plus actif.Cet acide corrode l\u2019épiderme et le rend aussi dur qu\u2019un cuir.En répétant cefte opération, l\u2019opération devient si dur qu\u2019il gêne les mouvements de la bouche: lesshaelliers se la lavent avec du vin bien chaud, et enlèvient la peau raccornie, qui se détache.Ils endurcissent la nouvelle peau de la même manière, et, avec le temps, lasrenident sans sensibilité.De quoi certains individus ne sont-ils pas capables, soit par cupidHé, soit pour tromper les autres?Lorsqu\u2019ils ont avalé ces charbons, que leur salive éteint auparavant dans leur bouche, ils ont grand besoin d'avaler ide l\u2019huile ou de l\u2019eau chaude pour rejeter ces matières.On sait que, dans les siècles d\u2019ignorance et de superstition, on fait usage des épreuves de l\u2019eau chaude et du fer chaud, pour dis:inniguer le coupable \u2018de l\u2019innocent.On appelait ces jugements, jugements de Dieu, dans la folle persuasion que Dieu faisait un cent.Ces épreuves se faisaient dans une église.L\u2019accusé était obligé de jeûner trois jours au pain et à l\u2019eau, entendait la messe, y communiait, faisait serment em \u2014- + et sa += + \u2014y = Et: cr Vol.10, No 12 de son innocence; recevait de l\u2019eau bénite par aspersion et même en avalait; puis il était conduit au lieu de l\u2019épreuve.Celle ide l\u2019eau bouillante se faisait en plongeant la main dans une cuve, pour y prendre un anneau qui y était suspendu plus ou moins profondément.Celle de Peau froïde consistait à jeter le patient dans l\u2019eau, après lui avoir lié la main gauche au pied droit, et la main droite au pied gauche.L'accusé ne devait pas aller au fond, parce que lau, qu'on avait eu la précaution de bénir, n\u2019aurait eu garde de le recevoir ! L\u2019épreuve par le feu était réservée pour les nobleis, les prêtres et autres personnes Libres.L\u2019accusé était obligé de lever de terre deux ou trois fois une barre de fer rouge, et de la porter à quelques pas: ensuite il mettait sa main dans un sac sur lequel le Juge et l\u2019accusateut posaient leur cachet.Au bout de trois jours, on examinait la main, et l\u2019on était absous s\u2019il ne paraissait pas de brûlure.Mais heureusement la loi salique permettait à Paccusé de mettre à sa place un substitut.Des gens tels que notre mangeur de feu pouvaient seuls se faire absoudre, tandis que l\u2019innocent qui s\u2019y soumettalt était condamné coupable, puisqu'il est de la nature, idisait-on, de ne jamais s\u2019écarter de ses lois.Quant à Vépreuve de l\u2019ean froide, il y a lieu de croire que le coupable était tou- Jours sauvé, puisqu'il est impossible qu\u2019un homme jeté dans l\u2019eau pieds et mains liés, n\u2019aille au fonid, à moins qu\u2019il n\u2019ait le malheur d\u2019être, comme le fameux physicien Desaguillers, déjià cité, dont le corps était si gras, qu\u2019il surnagehit et ne pouvait pas enfoncer.\u2018À Végard de l\u2019épreuve par l\u2019eau bouil- LA REVUE POPULAIRE ory 14 [aa ic APA oor dee on étosss M étés EE de lante, il est peut-être possible de faire bouillonner de l'eau froide par un air comjprimé, qui, cherchant à se dilater, oe- casionne des bulles à la surface de l\u2019eau, comme si elle était sur le feu.Si le fait suivant est vrai, nos mangeurs de few sont: encore bien éloignés de di passibilité d\u2019un esclave que Tavernier dit lavoir vu \u2018dans ses voyaiges, qui, pour quelque petite récompense, se laissait charger d chaînes rouges, qu\u2019il portait jusqu\u2019à ce qu\u2019elles se fussent refroidies.\u2014_\u2014 Oo \u2014\u2014 VITESSE DES GOUTTES DE PLUIE ON a calculé qu\u2019une goutte de pluie dont le diamètre mesure 1 millimètre ne peut jamais acquérir une vitesse supérieure à 4 verges à la seconde, une goutte de un tiers de millimètre ne peut avoir plus de 2 verges et demie de vitesse; une goutte de 6 millimètres de diamètre, c\u2019est le maximum observé dans les grandes averses, arrive à posséder une vitesse de chute de 11 verges à la seconde.Maintenant, il faut considérer que quand l\u2019air est humide, les gouttes augmentent de volume au fur et à mesure qu\u2019elles descendent; quand le vent souffle les gouttes tombent obliquement et avec des vitesses variées ; ce sont les rafales souvent constaté dans les orages.\u2014 On vient de construire un télescope d\u2019t- ne (précision étonnante.On peut Lire très bien avec cet instrument, paraî ît-il, une impression de lettres ordinaires, à une dissance de deux milles et demi.Montréal, Décembre 1917 ace as ea A a sco a Val.10, No 12 ARLEQUIN ET COLOMBINE \u201c- ! LE mot \u201cArlequin\u201d, est un dérivé du mot Scandinave, \u201chellequin\u201d, qui signifiait, \u201creine de l\u2019enfer\u201d, ou \u201creine de la mort\u201d.Hel était la divinité de la mort ou de l\u2019enfer, dans le sens que lui donnait ls symbole de foi de ce peuple.Cette divinité était supposée avoir un grand pouvoir sur les esprits, et avait pour mission de recevoir tous ceux qui mouraient de vieillesse ou de maladie et de voir à leur entrée de l\u2019autre côté.A une époque très reculée de l\u2019histoire de France, plusieurs familles Scandinaves émigrèrent dans ce premier pays et d\u2019après leurs croyances on institua les cérémonies burlesques et brutales appelées \u201cnotre famille d\u2019arlequin.\u201d Le mot \u201ccolombine\u201d, d\u2019un autre côté, n\u2019a pas d\u2019affinité particulière avec ce qu'il représente.Il fut importé d\u2019Italie par d\u2019anciens écrivains, simplement parce qu\u2019ils étaient d\u2019avis, que le mot était un joli nom.) Le mot italien \u201ccolumbina\u201d veut dire \u201cjolie petite colombe\u201d et était en grand usage dans les comédies italiennes, pour désigner une fille coquette.O LA POUPEE NOIRE LA famille Lincoln, aux Etats-Unis, possédait depuis plus de cent ans une poupée noire, nommé Georgina, qui a dans son trousseau les habits de quatre générations très soigneusement faits.On l\u2019appelle la \u201dgrand\u2019mère\u201d et c\u2019est\u2019 une joie - pour les enfants d\u2019être admis à la contempler.rnin 09 \u2014\u2014\u2014 SO LA REVUE POPULAIRE Montréal, Décembre 1917 LES MARIAGES AU CROENLAND St le mariage a été reglementé chez tous les peuples civilisés, il n\u2019en est pas moins resté une affaire de consentement mutuel chez certains peuples, tandis que chez d\u2019autres, comme au Groënland, il consiste en une cérémonie où l\u2019homme peut se choisir une compagne de son goût, que celle-ci accepte ou refuse sa main.En effet, si un jeune amoureux décide d\u2019épouser une jeune fille, il se rend chez elle, la saisit et la transporte de force sur son domaine, où elle est supposée séjourner sans autre cérémonie de mariage.Il lui présentera une nouvelle lampe ou autres articles de ménage.Quand même la jeune fille serait-elle consentante d\u2019épouser le prétendant, elle doit s\u2019objecter à la suivre et elle doit pleurer amèrement lorsqu\u2019elle est arrivée à sa maison.Elle doit continuer à pleurer pendant quelques jours et même s\u2019enfuir shez ses parents pour être ramenée par son époux, à sa nouvelle demeure.Di la cérémonie est très simple, il nous semble qu\u2019elle ne doit pas avoir de résultats durables.| \u2014_ O0 \u2014 UNE ANNONCE BIZARRE ] L existe aux Antipodes une curieuse façon d\u2019annoncer le décès de quelqu\u2019un.Un journal australien nous fournit une de ces curieuses annonces.\u201cHary Rarymple est en train de secouer sa bosse parmi les étoiles.I] mourut à l\u2019âge de 72 ans.Sa vie et carrière n\u2019eurent rien d\u2019épatant; il fut un homme ordinaire, commerçant, maire et un peu voleur comme tous les autres!\u2026 Le jour où il fut nommé secrétaire de l\u2019Ianorance publique, alors commença sa grandeur !.\u201d Ta.M LA REVUE POPULAIRE Montréal, Décembre 1917 PETITS TRAVAUX D\u2019 AMATEURS FOUR FIXER SOLIDEMENT UN CLOU OU UNE VIS DANS UN MUR \u2014 ¢ Vous avez souvent constaté la difficulté que de fixer solidement un clou ou une vis dans un mur, lorsque vous frappez soudainement un joint.Le bouchon s\u2019élargit à sa base quand le bloc C, est intro- .duit dans la piéce B, qui Pour obvier à prend finalement la forme, cet inconvénient, D.nous vous conseillons de pratiquer une ouverture dans votre mur et de la boiser de manière à ce que de clou ou la vis soit posé, avec soli- itd.Ce travail qui est trés facile ne demande pas l\u2019assistance du menuisier.Procu- rez-vous un ciseau d\u2019acier taillé en biseau de manière à creuser un troû dont l\u2019extrémité intérieure sera évasée.Lorsque cette première opération est terminée procurez-vous n\u2019importe quel morceau de bois.Coupez-le de manière à remplir le trou, tel qu\u2019indiqué par la lettre (a), de la figure ci-contre.Pratiquez à l\u2019intérieur une coupure en forme de V, (8), de la même profondeur \u2014_ 27 \u2014 que le petit bloc à forme allongée (c).Mettez alors ce cylindre dans le trou et introduisez le bloc, (c) au moyen d\u2019un maille.Quand le cylindre fendra, les deux pièces intérieures se disposeront de manière à ce que le bouchon sera plus large à l\u2019intérieur qu'à la surface.Si ce travail est fait avec précaution, votre mur ne sera pas endommagé et vous aurez une endroit solide et assuré pour y introduire un clou ou une vis.\u2014t J \u2014\u2014 POUR LA SÉCURITÉ DU BÉBÉ Lorsque le bébé est encore tout jeune, on | éprouve ide nombreuses difficultés à le te- mir dans ss chaise.C\u2019est pour remédier à cet inconvé- res | ment qu\u2019un observa- ls + ose G teur a imaginé l\u2019ap- Pareil suivant.Si vous avez un vieux cuir à rasoir dont vous ne vous servez pas, employgz-le À préparer l\u2019appareil RAIN ANNE Gantt at aad ai Matar saat a es ace Vol.10, No 12 xeprésenité par la vignette ci-dessus.Fendez le cuir au milieu d\u2019un bout à Pautre en: Iaissant à chaque bout un espace \u2018d\u2019un pouce.Après avoir enlevé l\u2019anneau d\u2019un des bouts, fixez cette partie à l\u2019intérieur du dossier de la chaise par deux vis 35 de pouce :de diamètre.Accrochez alors le bout opposé sous la tabblette ide la chaise.Passez dans l\u2019ouver- dure la tête de l\u2019enfant de sorte que la la- vers repose sur ses épaules.enfant ne pourra pas se lever et ainsi sera ne, sans danger, libre de tous mouvements, sur sa chaise.N°est-ce pas une précaution qu\u2019il vaut la peine de prendre pour la sécurisé de vos bébés.L\u2019APPETIT D\u2019UNE ARAIGNEE pent L\u2019araignée ordinaire a un appétit vraiment vorace et $3 gourmandise défie Ta eoampétition humaine.Un certain savant qui avait observé la consommation d\u2019alments par- une arai gnée durant 24 heures, a conclu que si cet emimal était bâti proportionnellement à l\u2019homme, qu\u2019il mangerait à son réveil un petit alligator; & 7 heures a.m., un lagneau, à 9 heures, a.m., un veau; à 1 heure p.m., un mouton; et finirait sa journée par un päté fait de 120 oiseaux.\u2014\u2014\u2014 0 \u2014\u2014 Le thé fut importé en Europe en l'an 1610.Quant aux théières, elles furent in- venttées soit par les Hinidous, soit par les dhinois, miais leur anfiquité est absolument incertaine.LA REVUE POPULAIRE Montréal, Décembre 1917 CE QUE MANGE UN ELEPHANT ADULTE \u2014 L'\u2019éléphant atleint à vingt ans l\u2019âge adulte et peut vivre cent ans encore.Sa nourriture minima par jour est constituée par : herbes, fourrages arborescents, cannie à sucre, 400 livres; en fourrages, 200 livres; grains cuits ou orus, 10 à 14 livres; sel, 3 onces.L\u2019éléphant d\u2019Afrique du Muséum Te- çoit tous les jours 2 boties de fois, 3 de luzerne, 2 de paille d\u2019avoine, 12 livres de pain, 20 pintes de son, 1 botte de carottes et 5 pintes de pommes de terre.Un bon coup de fourchette, comme on voit, ou plutôt de \u201ctrompette\u201d, puisque c\u2019est sa trompe qui lui sert d\u2019imstrument de préhension.\u2014\u2014\u2014 6 \u2014\u2014 N° L\u2019OISEAU - MOUTON L'oiseau-mouton fut ainsr nommé par des anciens navigateurs du détroit de Basse, à cause de sa chair ressemblant à celle du mouton.Quelqu\u2019un a dit: \u201cque dorsqu\u2019il est grillé il rappelle l\u2019odeur idu mouton rôti, mais le goût ressemble plus au hareng fumé.Dans certaines parties de la Nouvelle- Zélande, on la considère comme le meilleur aliment.L\u2019oïseau-mouton a maintenu sa réputation, mais ion crains sa disparition, c\u2019est pourquoi on a fait certaines réserves dans de détroit ide Ja Basse.\u2014 0 \u2014 îÎ On rencontre en Asie et en Afrique certains terrains ou il ne pousse pas d\u2019herbe et ceipenidant il y croît des arbustes et mé- me de belles fleurs.\u2014 238 \u2014 ded Vol.10, No 13 LAN dernier on célébrait le troisième centenaire \u2018de la découverte de la première machine volante.En effet, c\u2019est en 1616, Le poisson volant, de 1616.que Pierre de Larannes fit une envolée d'un mille.Son apipareil portait le nom de \u201cPoisson volant\u201d, et bien que nous puissions en reproduire le dessein on a conservé bien peu de déjauls sur sa construction.L'illustration ci-contre fut faite en 1609, alors que de Larannes était occupé à fabriquer son invention et ce n\u2019est que 7 ans après que l\u2019on tenta, une envolée.L\u2019équipage était composé de 3 hommes qui se tenaient assis l\u2019un devant l\u2019aure, à l\u2019arrière du \u201cpoisson volant\u201d.Son apparence rappelle celle d\u2019un bal- llon, mais que l\u2019appareil fut rempli d'air chaud ou de gaz, c\u2019est un problême de- * meuré sang solution.Cependant, son pouvoir d\u2019élévation aussi bien que le fait reconnu que la machine était gouvernée at mise en mouvement par des plans en forme d\u2019ailes, sont autant de raisons qui nous permettent de donner le nom d'aéroplane à ce \u201cpoisson volant\u201d de Pierre de Larannes.LA REVUE POPULAIRE L'HISTOIRE DE L\u2019'AEROPLANE- \u2014\u2014\u2014 (Cependant: d'idée de l\u2019aéroplane remonte à plusieurs siècles, puisque Ton parilaït, bien avant 1616, de Pégase, le cheval allé, des dragons de Médée et de Dédale.Sur les bas-reliefs égyptiens et assyriens, \u2018on peut voir des hommes ailés, Plus tard, John \u2018Wilkins, évêque de Chester, et un des fondateurs de la Société Royale d\u2019Angleterre, écrivait ein 1640, que vers l\u2019époque du Confesseur : \u201cun certain moine du nom d\u2019Elmerus faisait une envolée de plus de 300 pieds dans une ville d\u2019Espagne.\u201d On rapponte qu\u2019au commencement du La machine inventée en 1781, par Restif, de la Bretonne.Montréal, Décembre 1917 + RAIN SE SET FEI | K 8 dE a A 8 Î } kK: Vol.10, No 12 seiziéme siécle, un alchimisie italien entreprit une envolée du chateau Stirling en France.Il s\u2019équipa lui-même au moyen d\u2019ailles de broche.IL fit une chute et se brisa le fémur.Il expliqua son accident ein: prétendant que ses ailes faites de plumes d'oiseaux de basse-cours avaient une affinité vers la terre, si elles eussent été entièrement faites de plumes d\u2019aigle elles auraient \u2018été attirées par Pair.Léonard de Vinci avait tiouché le sujet d\u2019une manière plus scientifique et suggérait plusieurs moyens d\u2019attacheir des ailes aux bras et aux jambes.Ein 1670, un jésuite, Firançois Lana, donna une nouvelle mmpulsion à l\u2019aéropla- L'aéroplane de Gerard, en 1784.ne, \u2018Son idée, bien quimpratiquable, renferme seulement les principes les (plus vraisemblables de aviation depuis Te \u201cPoison volant\u201d.Le plan.de Lana consistait à se procurer 4 sphères de cuivre de très grande dimension et tellement \u2018épaisses, qu\u2019après que l\u2019air en aurait \u2018été enlevé, elles se- raïent \u2018plus légères que l\u2019air qu\u2019elles dé- placerailent, de manière à ce qu\u2019elles puissent s\u2019élever id\u2019elles-mêmes.A ces sphères, il proposait d\u2019attacher un bâteau à voiles, mais ceux-ci manquèrent.Un peu plus tard, vers 1709, le docteur L.de Guaman, chapelain du roi du Portu- gall, imagima un navire aérien.Rendant LA REVUE POPULAIRE \u2014 30 \u2014 Montréal, Décembre 1917 hommage à la découverte française de 1616, il fit son appaireil sous forme d\u2019oi- Gear L'aéroplane à hélices, inventé en 1860 Suivit la période des \u201chommes volants\u201d et dès 1781, Restif de la Bretonne, fit quelques envolées.En 1783, un français du nom de Blanchard prépara une machine volante, qui rappela le principe de l\u2019aéroplane moderne.Durant un siècle on tenta toute some d\u2019expérience dans le but id\u2019améliorer le système d\u2019aviation.Mais ce n\u2019est que vers le milieu du dix-neuvième siècle que l\u2019on découvrit le principe de l\u2019hélice, ce qui donna une nouvelle impulsion au perfec- tionnemienit de l'aviation.L'invention de Groof, en 1864 Vinrent ensuite les machines de lhol- landais Groafen en 1864 et d\u2019Edison en = BB = = Vol.10, No 12 1880, Langley prépara les voies 4 l\u2019appa- LA REVUE POPULAIRE .HARIRARA LE LA BN [RL LEE Montréal, Décembre 1917 ces machines qu\u2019il serait capable d\u2019em- rition de l\u2019aéroplane tel qu\u2019il apparaît au-; ployée en temps de guerre et pour Te Jourd hu.En 1842, un aménicain inventa un aéroplane à vapeur, muni de deux hélices qui faisaient de rapides révolutions.Le modèle, dit-on, \u201cfit la traversée des champs à unie granide altitude\u201d.Cependant il fut mis en pièce, lorsqu'il \u2018atteignit le sol.En 1863, G.da la Laudelle, un aviateur français, fabriqua unie curieuse machine d'aviation.Alors Tidée du pouvoir autre que celui produit par le vent ou la force de 1\u2019homme pour mettre en opération les machines volanties n\u2019était pas encore établi.On croit que les deux véritables auteurs de l'aéroplane moderne furent le iprofes- seur iS.P.Langley, et Sir Hiram S.Maxim.Langley qui remplissait les fonctions de secrétaire de l'institution de Smithsonian, fit plusieurs petits modèles et un grand de ces machines qu\u2019il appela \u201caérodromies\u201d.L'invention d'Edison, en 1880.Em 1893, il mis à l\u2019essai ses modèles à vapeur.Ils étaient faits d\u2019acier et d\u2019aluminum.\u2018On rapporte que vers 1896, un de ceux-ci fit unie envolée ide 14 mille, au-dessus de la riviere de Potomac.Alors, de gouvernement américain Jui offrit 850.000 pour la fabrication d\u2019une de .\u2014 31 transport des passagers.Mais Langley mourut avant de complé- CREEP r L\u2019aéroplane de Langley, en 1890 ter son entreprise.Vinrent alors Lillien- thal et.les fréres Wright, qui perfection- merent l'aéroplane américain tandis que la génie frangais l\u2019a porsé à une penfec- tion insurpassable depuis le commence- meint du présent conflit.eres (red DES NIDS QUI PESENT DES TONNES JLE dindon sauvage de l\u2019Australie vit en colonie et construit des nids à forme pyramidale tellement démesurés que pour les changer ide place il faut six & sept hommes tres forts pour y réussir.Le matériel composant un seul nid est estimé peser environ cinq tonnes.L'oiseau de bois du même continent a un nid qui atteint une moyenne de 15 pieds de hauteur avec une circonférence de 150 pieds.Les nids sont construits dans des endroits cachés et à l\u2019abri du danger, et comme dans le cas de petits nids d\u2019oiseaux, ils sont recouverts de feuilles, verdures, mousses et d\u2019autre matériel que les oiseaux peuvent se procurer.EHR NN ENN NH HNN Vol.10, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Décembre 1917 JD 0 OO Conte de Noél Femme, dit le meunier, le bon meunier Mathieu, Bientôt à la maison, il \u2018faudra dire adieu, Et nous devrons chercher un autre coin de terre.Le malheur est sur nous! Notre propriétaire Va vendre le moulin, qu\u2019il faudra bien quitter, Puisque nous n\u2019avons pas de quoi le racheter! Et le jardin aussi qui, le long de l\u2019année, De ses fruits fournissait toute la maisonnée.Le jardin si joli! le moulin si joyeux, Bref, après les enfants, ce qu\u2019on aimait le mieux.Les traits bouleversés par une angoisse amère, La meunière écoutait, jetant un long coup d\u2019oeil À ce toit, aujourd\u2019hui, visiter par le devil, Les enfants regardaient le père et la mère Puis la source des pleurs de tous les yeux coula.Bah! dit soudain Mathieu, la Providence est là! Nous sommes à Noël et voici la soirée Ou l\u2019on fête partout cette nuit adorée! Cherchons vite une büche à travers la maison, Qui fasse le meilleur et le plus gros tison, Dans le foyer, mettons la souche tutilaire, Du rayon des bergers, que notre toit s\u2019éclaire, : Et la bûche allumée, en Dieu qu\u2019il faut bénir - Reposons-nous ce soir au sein de l\u2019avenir! Quelques instants après la büche était placée - Et Ddtre, dun grand jet de feu s\u2019enveloppa.Ce fut à ce moment qu\u2019à la porte on frappa, Quai donc pouvait venir par cette nuit glacée, C\u2019était un pauvre enfant, mendiant du chemin, Dont be souffle d'hiver avait rougi la main.Le meunier contempla le pauvre petit être; Nous Serons comme toi, dans quelques jours peut-être, Dit-il.Mais sois du moins le bienvenu, ce soir! Tout en remerciant, l'enfant alla s\u2019asseoir Près de l\u2019âtre où flambait la branche de charmille, Et puis, pour réchauffer au foyer de famille, Les pauvres petits pieds qui avaient si fort mordus La neige et les glagons sur la route étendus Il quitta ses sabots.a A D1 LE LL 1 EL LEA 1 1 WARES OR 1 OO TO 0 \u2014 32 \u2014 Vol.10, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Décembre 1917 FEF RAD RL TR RE OT A A travers sa paupière, Se jouait un rayon d\u2019ineffable lumière, Et pour répondre aux soims dont il était l\u2019objet, Sur sa lèvre charmante et pure, voltigeait, Comme sur une fleur glisse une jeune abeille.Un sourire si doux, d\u2019un charme si vainqueur Qu\u2019en séduisant les yeux il réchauffait le coeur, Cette bouche d\u2019enfant plus fraîche et plus vermeille Que le bouton de rose au soleil entr\u2019ouvert.Faisait croire au printemps au milieu de l\u2019hiver.On attendait au loin la voix de la tempête, Hurlement que l\u2019écho sinistrement répète, Pendant que la nature où tout semblait souffrir, S\u2019abimait sous le pèed d\u2019une angotsse infinie.En cercle la famille au foyer réunie, En dépit de la flamme, était triste à mourir.Tout âme a son espoir, tout ciel a son étoile, Mais l\u2019espoir s\u2019assombrit comme le ciel se voile.LOO OOO Quand ce choc de douleur fut enlfin anéanti, Ils levèrent les yeux.L'enfant était parti.Il avait disparu comme un rayon qui passe.Le vent continuait à gémir dans l\u2019espace; La büche pâlissait consumée à demi.\u2014T'iens?dit l\u2019un des enfants, notre petit ami A laissé ses sabots! Et pourquoi done! \u2014Le père Des sabots oubliés regarda l\u2019humble paire Et prit celui de gauche auprès du feu laissé.Quelque chose tomba du sabot renversé, Quelque chose sonnant une note argentine.C\u2019était un \u2018petit sac d\u2019argent et d\u2019or bien plein.On n\u2019y lisait gravé d\u2019une main enfantine : \u201cPour permettre à Mathieu d\u2019acheter le jardin!\u201d Stupéfait, le meunier prit le sabot de droite, Dix billets bleus brillaient dans la cachette étroite.Et ces mots sur Pun deux, apparurent soudain : \u201cPour permettre à Mathieu d\u2019acheter le jardin!\u201d Dix billets de cents francs! De l\u2019or! Quelle merveille! Dans les yeux et les pleurs l\u2019espérance s\u2019éveille.\u2014Mais de la part de qui tout cela?dit Mathieu?Une voix répondit : \u201cDe la part du bon Dieu\u201d.- CO OO TT 1 1 0 OED GL 1 RO LE \u2014 33 \u2014 Ai LR cata cata reer Vol.10, No 12 L'A REVUE POPULAIRE Montréal, Décembre 1917 Le Canada a besoin de plus d'argent pour continuer la guerre Il faut que nos héroïques soldats soient nourris, vêtus, abrités, pourvus de canons, de munitions, de facilités de transport, de secours médicaux et de milliers d\u2019autres choses.Nos dépenses pour ces nécessités sont de $1,000,000.par jour et elles vont sans cesse en augmentant.Le Canada a aussi besoin d\u2019argent afin de créer des crédits pour permettre l\u2019achat de produits canadiens par la Grande-Bretagne, parce que la Grande-Bre- tagne ne peut acheter de ce côté de l\u2019Atlantique que dans la mesure des crédits en dollars qu\u2019elle peut obtenir.Si le Canada désire ce commerce il doit accorder du crédit.Si le Canada n\u2019accorde pas de crédit la Grande-Bretagne sera forcée d\u2019acheter là où elle peut d'obtenir.Le Canada a besoin de la clientèle de la Grande-Bretagne; l\u2019entière prospérité agricole, industrielle et commerciale du Canada en dépend.Par conséquent le Canada doit avoir plus d\u2019argent pour financer ce commerce.Le Canada n\u2019a qu\u2019un moyen de se procurer cet argent \u2014 c\u2019est de vendre des obligations.| Parce que si le coût total de la guerre nous était aujourd\u2019hui imposé sous forme de nouvelles taxes le fardeau serait tel que les citoyens ne pourraient guère le supporter \u2014 et on ne devrait pas le leur demander.Mais en vendant maintenant des Obligations de la Victoire \u2014 Canada\u2019s Victory Bonds \u2014 nos enfants et les enfants de nos enfants \u2014 qui profiteront en réalité le plus des immenses sacrifices faits pour la guerre par la génération présente \u2014 porteront leur part du fardeau financier.Les Obligations de la Victoire seront offertes en novembre et vous serez priés d\u2019en acheter afin de permettre au Canada de continuer la guerre, et afin de lui conserver sa prospérité agricole, industrielle et commerciale.Préparez-vous à acheter des Obligations de la Victoire dans la pleine mesure de vos moyens.9 .° \u2019 ° \\ L'honneur national exige que vous vous prépariez à acheter des Obligations de la Victoire\u2014 \u201cCanada\u2019s Victory Bonds\u201d.Emis par le Comité de l\u2019Emprunt Canadien de la Vietoire en coopération avec le Ministre des Finances de la Puissance du Canada.\u2014 34 \u2014 Vol.10, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Décembre 1917 _ x Nrmes/ .Quinze minuies \u2018d\u2019arrêt ! Par toutes les portières du train arrêté et grondant encore sous la haute galerie vitrée, une foule\u201d bruyante, remuante,\u2014 une fou:e d'où s\u2019exhalaïient tous les idiomes.tous les aromes aussi de la Provence et du Languadoc,\u2014se répandit sur le quai.Puis, (d\u2019un mouvement devenu bientôt un courant irrésisiible, elle s\u2019engouffra dans un de ces escaliens voutes qui font communiquer les hauteurs de la voie fer- rKe et le niveau de da ville.De la vieille ville romaine qui, depuis bientôt mille ans, dore au soleil les pierres (de ses arènes où les toréadors cambrent aujourd\u2019hui leur torse devant les jolies filles de Tarascon et de Beaucaire, \u2014 comme autrefois les gladiateurs devant les palriciennes de la cité Antonine.En bas, un employé prenait les tickets des arrivants.| HEN RNR RR OST RNa RRR AN Reine Laugier par PAUL BERTNAY \u2014Eh bien, et vous, la petite blonde?.Tout effarée, une jeune fille de seize ans à peine, (donit des vêtements de deuil met- talent encore mieux en relief et en beauté la pau d\u2019ambre pâle et les magnifiques cheveux de la couleur des seigles mûrs, chercha dans son petit sac qui devenait, sous l'oeil méfiant de cet homme à cas- _Qquette galonnéé de rouge, difficile à ex- \u2018plorer comme un réceptacle sans fond.Enfin, elle trouva le petit carton jaune.\u2014Attendez donc, lui eria l'homme, pendant qu'elle allait déjà disparaître: attendez donc que je détacha es que je vous renide votre coupon de retour.C\u2019est vrai, dans son trouble, elle ll\u2019oubliait.Elle le prit, tout confuse, et se laissa a nouveau emporcer au courant de la foule.: Et c\u2019est ainsi qu'à la façon d'une fragile épave flottante au fil de l\u2019eau, elle arriva a la pore de sortie \u2014celle qui s\u2019ouvre brusquement sur celste quadruple ran- =\" Val.10, No 12 gée de platanes géants qu\u2019on nomme Pa- venue Feuchères.Là, elle s\u2019arrêta, ébloure.C\u2019était dix heures du matin.Le soleil de juin transperçant la voûte feuillue des hauts platanes, semait, à chaque pas, l'obscurité ombreuse, de flaques d\u2019une aveuglante clarté.Il y avait là, grouillant de lumière, le roulement des tramways, le tapage des voitures de place, les appels des pisteurs ranigés en ligne et sollicitant de la voix et du geste tout ce qui passait & portée de leurs offres acharnées.C\u2019élait une autre foule: une foule, à présent, qui n'avait plus de courant, plus de direction,\u2014rien que du tumulte.Et la petite blonde; en un vague geste d\u2019inquiétude, semblait se demander si elle allait s\u2019engager dans cette nouvelle cohue lorsqu'une vieille femme qui, depuis un moment, l\u2019obsenvait du coin de l'oeil, s\u2019approcha d\u2019elle: \u2014Vous avez l\u2019air de ne pas bien savoir voire chemin, ma petite demoiselle ?La jeune fille regarda celle qui lui parlait ainsi.Aussitôt, d\u2019ailleurs, elle la re- connaïssaüt.C\u2019était, dans le compartiment où elle était montée, à la station de la Plagne, tout près de Mont pellier, c\u2019était une de ses compaignes de voyage dont, plus dune fois, elle avait senti le regard s\u2019appuyer sur elle: un regard curieux, et qu\u2019en même temps elle avait deviné sympathique.\u2019 Et, d\u2019une voix un peu hésitante, mais où il n\u2019y avait pas trace de cet accent qui résonnait autour d\u2019elle, sonore comme une fanfare de ralliement méridional : \u2014C\u2019est qu'en effet, madame, réponidit- elle avec un pauvre sourire, je ne suis ja- mads encore venue à Nimes.RENTREE RAT ER AAA LA REVUE POPULAIRE \u2014 38 \u2014 Montréal, Décembre 1917 \u2014Et on vous y envoie, comme ça.\u2018de si Join.toute seule?La petite blonde eut un furtif battement de ses paupidres un peu meurtries.| \u2014dJe n'ai personne pour m\u2019accompagner, madame.\u2014Et vos parents?\u2014Je n\u2019en ai plus, fit la petite dont les lèvres tremblèrent comme aux enfants dont le coeur est gros d\u2019une peine trop Jourde.! Et la vieille Languedocienne : \u2014 Mais, c\u2019est vrai, murmura-t-elle tout apitoyée, c\u2019est vrai, ppéchère, qu\u2019elle est en grand \u2018deuil @t qu\u2019elle va pleurer pour un peu de plus.la pauvre.Et bien vite: \u2014 Alors, dites-moi oll vous avez affaire, mon enfant.Je suis d\u2019ici, moi.\u2014dJe vais rue de l\u2019Aspic, madame.\u2014Ce n\u2019est pas loin, mais encore faut-il savoir le chemin.A quel numéro, sans vous commander ?\u2014Le numéro?.Je me sais pas.Clest chez Mlle Revoil.\u2014La paipetiére qui vend des chapelets.dies images.\u2014Ce doit être elle, oui.Mlle Ursule Re- voil, rue de l\u2019Asjpic, il n'y a pas d\u2019autre indication sur la lettre que je lui apporte.~ \u2014Mlle Ursule, c'est celle-là.Je la con- mais.Tout le monde äci la connaît bien.Ah! c\u2019est 1à?.Vous venez pour une place, peluit-être?.\u2014Oui, madame.\u2014Je m'en doutais, parce que tout ce qu\u2019il y a de mieux-dans la ville s\u2019adresse à elle pour.| Elle s\u2019interrompit ; et, avec un étonnement apitoyé: \u2014A lors, ma pauvre enifant, vous voulez donc vious mettre chez les autres?\u2014Je cherche à gagner ma vie, mada- Vol.10, No 12 me.et j'ai peur que ce ne soit bien idif- ficile.\u2014Pounquoi donc?\u2014Pairce que.tout ce qu\u2019on m\u2019a appris.tout ce que je sais faire.je ne vois pas trop, maintenant, & quoi cela pourra me servir.| Et comme elle avait dit ces mots avec son joli accent de petite Parisienne, avec surtout sa voix douce.sa voix de fillette bien \u2018élevée: \u2014 Pour sûr, fit à part soi la Nimoise, ce n\u2019est pas à être bonne d\u2019enfanit ou femme de chambre qu'elle a été éduquée, celle-là.Alors.qu'est-ce qu\u2019elle va faire chez Mlle Ursule?Mais haussant imperceptiblememt les épaules: \u2014 Ça, c'est ses affaires, et pas les miennes.| | Et elle ajouta obligeamment : \u2014Mlle Revoil est sur mon chemin, ma petite demoiselle.Venez avez moi, je vous montrerai son magasin.Elles s\u2019engagèrent dans les allées.Bien- tot elles débouchaient sur la vaste place où se dresse cette fontaine monumentale dont les déesses de pierre semblent pétries dans de la chair qui serait très blan- \\ che.: \u2014C\u2019est la fontaine de M.Praidier, fit la bonne femme avec orgueil.Li devant, ces colonnes de pierre, c\u2019est le palais de justice.Nous allons prendre, à l\u2019anigle, la rue \u2018Régale.Elle mène tout droit rue de l\u2019Aspic.| Et comme da petite la memerciait timi- dememt.\u2014Eh bien quoi, fit-elle, on n\u2019est pas des Aralbes pour laisser se perdre dans tout ce tremblement de rues une gentille enfant comme vous.Et l\u2019inistant d\u2019après: TE EPL IRE FE LA REVUE POPULAIRE \u2014 87 \u2014 Montréal, Décembre 1917 \u2014 Tenez, voici le magasin de Mile Ursule.+ La petite la remercia encore, prit ins- tinotivement, avant d'entrer dans cette boutique sombre, une grande gorgée de Pair du dehors, et, avec hésitation, elle en- tr\u2019ouvrit la porc vitrée, pendiant qu\u2019une sonnette d\u2019appel carillonnaut sur sa tête, grêle et précipitée.Oui, elle était très sombre, cette boutique, étroite, tout encombrée de papeterie \u2014de papeterie religieuse surtout, \u2014toute bourrée de camelote édifiante;\u2014et on y respirait cet air vaguement chargé d\u2019odeurs balsamiques et fades qu\u2019exhalent les vieux confessionaux, les vieilles sacristies, les vieilles dévotes.D'ailleurs la dame qui, à l\u2019appel de la sonnette d\u2019enitrée releva la tête, ne dépa- raît en rien le décor.Eille \u2018était discrète par le vêtement, par la tournure, par la maigreur, par la voix, par l\u2019âge, \u2014penidant que son oeil, trop perçant peut-être, était seul à démentir parfois cette discrétion assourdie.\u2014 Vous demandez, mon enfant?.\u2026.\u2014MIle Ursule Revoil.\u2014C\u2019est moi.\u2014 Voici une lettre, maidemoiselle.\u2014De qui?\u2014De Mlle Marie Gueydon.\u2014Lo gouvernante de M.le curé de la Plagne?| \u2014Oui, mademoiselle.\u2014Il ne lui est rien arrivé de fâcheux, J'espère, ni à M.le cuhé?\u2014Oh ! nion, mademoiselle.\u2014dJ\u2019aivais déjà peur.Voyons donc ce quelle m\u2019écrit, Mlle Marie.Fille prit ses lunettes, nompit l\u2019enveloppe et, à mi-voix, commença à lire.\u201cMia chère demoiselle, \u201cSur l\u2019avis de M.le curé, je vous envois \u2018soudre a quitter la Plagne.Vol.10, No 12 une jeune fille; Mile Reine Laugier.\u201d \u2014C\u2019est vous, mon enfant?\u2014 Oui, malidemoiselle.Fille Ja idétailla d\u2019un long regard de ses yeux aux lueurs aiguës.s elle continua tout bas la lecture de sa lettre, pendant que la jeune fille attendait, le coeur serré, avec une instinctive expression de criainte, presque de détresse.Lorsque Mlle Ursule, qui avait achevé sa lecture: _ \u2014 Vous avez donc perdu votre grand\u2019- mere, mon enfant?\u2014I1 y a trois mois, mademoiselle, 1é- pondit Reine Laugier avec un soupir qui faillit se briser en un faible sanglos.\u2014iEt vous n\u2019aviez \u2018plus qu'elle au monde.\u2014IL me reste des parents éloignés.Je crois que je ne les al jamais vus.\u2014Ah! fit la vieille fille en hochant la tête, si vous aviez été niche, ils se seraient montrés, peut-être.Mais Mlle Marie me dit que vous nie l\u2019êtes pas.\u2014Ma grand\u2019mère n\u2019avait que sa petüse maison de la Plagne.\u2014 Vous y wviviez avec elle?\u2014Depuis trois ans.Depuis que mon paüvre père était mort.\u2014À \u2018Paris?\u2014Oui, mademoiselle.\u2014Où il n\u2019avait pas non plus fait fortu- Une furtive rougeur passa sur les jours pâles*de Reine Laugier : \u2014Où il m'avait fait donner une bonne \u2018 éducation.d\u2019où, jusqu\u2019au dernier jour, 1] availt \u2018aidé sa mère qui n\u2019avait pu se ré- où il es: mont subitement, mademoiselle, au moment où il commençait à espérer que le bon Dieu allait enfin récompenser ses efforts.Ah! pauvre père! LA REVUE POPULAIRE Montréal, Décembre 1917 \u2014 C\u2019est une révolte id\u2019orgueil, mon enfant, de s'élever contre le mystère de la volonté de Dieu., Pourquoi votre père avait-il quisté la Plagne?\u2014 Parce que, là-bas, le phylloxera nous avait tout ravagé.Riches la veille, nous devenions tout à coup très pauvres.LI est allé chercher à vivre \u2018ailleurs, et à faire vivre les siens.\u2014 C\u2019est à Paris qu\u2019il a épousé votre mère?\u2014Oui, mademoiselle.\u2014Il y a longtemps qu\u2019elle est morte?\u2014Bien longtemps.Je lai à peine connue.Et il a été, pauvre cher père, si bon, si doux, si tendre pour la remplacer dans mon coeur.\u2014Il vous a mise au couvens.\u2014Au couvens de l\u2019Assomption, oui, mademoiselle.\u2014 Vous y étiez encore quand 1l est mort ?\u2014Fit je l\u2019ai quitté à ce moment.Ma granid\u2019mère n\u2019était pas assez riche pour y payer ma pension.Il fallait maintenant, elle-et moi, que nous trouvions le moyen de nous suffire.\u2014Quel a été ce moyen?\u2014Ma grand\u2019mère \u201cétait du Puy.Elle savait faire de la dentelle avec des doigts de fée.Depuis qu\u2019elle était restée seule à la Plagne, c\u2019est par cet humble petit talent qu'elle avait pu, un peu aidée par mon pauvre pere,\u2014vivre très labonieuse- ment, mais très hororaiblement.Tous ce qu\u2019elle faisait lui était acheté d\u2019avance par une maison de Lyon.Cela représentait d\u2019assez bonnes journées.Quand j'ai été à sa charge, elle m\u2019a mis un coussin sur les _ genoux, des fuseaux dans les doigts.elle m\u2019a ajppris un peu de ce qu\u2019elle savait.J'ai vite été une passable élève.et à nous deux, dans sa maison.sa chére petite maison de la Plagne.on vivait, ma- Val.10, No 12 demoiselle.on vivait méme sans trop de privations et de gêne.Reine Laugier étouiffa un grand soupir : \u2014 C'était sa joie de me voir réussir à ce métier.Fille me disait toujours: \u201cTu auras la miaison, le mobilier, quelques sous que J'épangne, les doigts que je t\u2019ai faits.et tu ne seras pas embarrassée pour gagner wa Vie Jusqu'au jour où tu auras trouivé.\u2026.Mais la petite Reine Laugier \u2018devint tout & coup trés rouge.et sans aller plus loin dams la confidence des projets d\u2019avenir de la pauvre chere vieille: \u2014C\u2019est alors qu\u2019elle a eu une attaque, mademio:seille Depuis ce moment, elle n\u2019a fait que décliner.L'épargne, peu à peu, s'est dissipée.et puis elle est morte.Alors les gens de loi som: venus.Comme Je n\u2019ai pas vingt et un ans il a fallu faire beaucoup de formalités.et puis il a fallu les payer.payer les droits de mort, payer les dettes des funérailles, payer les miotaüres, les avoués, les huissiers.On a vendu nos pauvres meubles, mademoiselle, et puis la maison ; et 1l ne m\u2019est resté qu\u2019une petite somme\u2014ah! si petf!\u2014 qu\u2019on a remise à mon tuteur.parce qu\u2019on m'a nommé un vuteur: M.le Juge de paix de la Plagne.Et quand j'ai été sans asile.à la charité de M.le curé qui m\u2019a recueillie dans son presbytère, mais que je gêne.que j'encombre.je le vois bien.alors J'ai compris Mlle Marie m\u2019a fait comprendre que ce n\u2019est pas avec m'a dentelle\u2014tou- te seule\u2014que je pourrais gagner de quoi me loger, me nourrir et me vêtir.C\u2019était bon quand nous avions notre maison et que ma \u2018paluvre grand'mère travaillait aivec.moi.es bien mieux que moi.Tandis que maintenant.Eft puis je ne peux pas, a mon age, m\u2019installer dans un logis, toute seule.Mlle Marie m\u2019a bien montré que c\u2019était impossible.Et alors elle m\u2019a dit LA REVUE POPULAIRE Montréal, Décembre 1917 que M.le curé me recommanderait à vous, maidemoisellle, pour me trouver un emploi.Ah! n'importe lequel.et moi.je vous en serais si reconnaissante.Elle s\u2019arrêta, tout oppressée.\u2014Un emiploi, grommelait Mlle Ursule, mais, ma pauvre petite, je vois bien que vous ne pouvez pas entrer en service.Et, alors.qu\u2019est-ce que je vais vous trouver?.Et pus.Son oeil aigu sembla détailler encore mieux la jeune fille., \u2014 Et puis, vous avez un défaut, mon enfant, un grand défaut.\u2014V'ous vous apencevez déjà.\u2014Un défaut auquel vous ne pouvez rien et dont vous êses peut-être fière.\u2014Moi!.\u2014Mais qui vous rendra plus difficile à placer qu\u2019une autre.Elle ajouta en hochant la tête: \u2014 Vous êtes trop jolie.Oui, faisait- elle avec une sorte de ranicune de sa laideur stérile irritée par le contact de ce printemps en fleur, oui, ces yeux-là, ces chejveux, ce teinis.ça ne vaut rien pour une \u2018pauvre fille qui ne veut pas les faire servir à da perdition de son âme.Enfin ! soupira-t-elle.Et avancant Ja main vers une petite étagère où s\u2019alignaient quelques registres, elle en prit un qu\u2019elle se mit à feuilleter d\u2019un air soucieux et important à la fois: \u2014Mme de (Soubignac, c\u2019ess pour une cuisinière.\u2026 Mme Ducurtyl, c\u2019est pour une bonne d\u2019enfants, Mme Lavonidès pour une femme de chambre.Ce n'est pas une place dans ce genre que vous demandez.\u2014Mais, mademoiselle, M.le curé m'avait fait espérer.\u2018Vous n\u2019avez pas que des emplois comme ceux que vous venez de. Vol.10, No 12 \u2014dJ al ce qui se présente, mon enfant.Et pour une lectrice ou une institutrice qu\u2019il m'arrive, par-ci, par-là, de placer, je compte cinquante.cent bonnes à tou faire, femmes de chambre ou autres domestiques.Ah! si vous vous imaginez que dans ma clientèle je trouve tous les jours.Elle s\u2019arréta.Sur le registre qu\u2019elle feuilletait distraitement, son regard venait de rencontrer un nom.Et, comme se parlant a elle-méme: \u2014Mille de Ladevéze.Oui.la, peut- être.| Elle tourna vers Reine Laugier son visage osseux où le nez, mince et droit, pointait sous les lunettes.\u2014 Demoiselle de compagnie.Ca vous irait-il, mon enfant ?\u2014Oh! assurément, mademoiselle.\u2014C\u2019est que.\u2026 voilà: la personne est âgée.malade depuis longtemps.un peu difficile à vivre.\u2014Mais moi, mademoiselle, je n\u2019ai pas le droit ni les moyens de l\u2019être\u2026 difficile, fit Reine de sa voix douce.\u2014Et puis, concluait dévotement ia vieille fille, ces petits désagréments-là, on les offre au bon Dieu.Alors, je fais la diémarche?.~ \u2014Je vous en serai bien reconnaissante, mademoiselle.Et pour ne pas oublier vos pauvres.Elle glissa timidement sur le bureau une pièce d'argent que Mile Revoil me parut pas même y voir briller.La gouvernante du curé de la Plagne avait indiqué à la jeune fille le taux de l\u2019offrande et la façon de la faire ajgréer.De sorte que la placeuse, aussitôt : \u2014Ii convient que je fasse moi-même une démarche auprès de Mile de Ladevè- ze.que je lui explique, que je me porte garante.Et puis il lui faut, à elle, le LA REVUE POPULAIRE \u2014 40 \u2014 Montréal, Décembre 1917 temps de prendre ses renseugnemeni.Vous aillez donc, mon enfant, retourner tout de suite à la Plagne.Je suppose bien que vous avez un aller et retour?\u2014Oui, mademoiselle.\u2014Et attendez là-bas ique je vous écrive.Bonsoir et au revoir, mon enfant.Faites tous mes compliments à M.le curé et à Mille Marie.L'audience était finie.Reine le comprit et elle sortit de la sombre boutique en saluant timidement celle idont sans doure allait dépendre la paix ou le tourment de son humble vie.Quelques heures après, elle rentrait au presbytère d la Plagne, toute confuse, presque honieuse d\u2019être encore\u2014et pour combien de jours ?\u2014l\u2019hôtesse encombrante dons M.le curé supportait si patiemment la présence.Elle y fut accueillie par les bras en télégraphe de Mlle Marie.\u2014Ah! ma petite.si vous saviez.si vous saviez!.| \u2014Quoi donc?\u2014 Vous n\u2019étiez pas partie depuis une heure.| \u2014Eh bien?] \u2014 Voila deux dames qui arrivent.et des belles dames.Chapeaux a fleurs.ombreilles de soie.et des bijoux.et des gants.\u2014C\u2019est ici qu\u2019elles avaient affaire ?\u2014 C\u2019est à vious qu\u2019elles venaient parler.\u2014À moi! Lo \u2014Vous ne devinez donc pas?.Vos cousines.vos cousines Figeac.\u2014Elles sont venues.de Peyrargues?\u2014Pour vous.rien que pour vous.Et elles reviennent demain.Pensez s\u2019il faudra y être.Et vous qui me disiez que vous me les connaissiez pas!.Eh bien, elles vous connaissent, elles!.Et si vous aviez entendu tout le bien qu\u2019elles Vol.10, No 12 ont dit à M.le curé de votre pauvre grand'mère, de votre père et de vous.Il en avait les larmes aux yeux.\u2014Maïs\u2026 .pourquoi venaient-elles ?\u2014 Demaïn vous le saurez, puisqu\u2019elles reviennent demain pour \u2018vous le dire.\u2018A]- lons, ça ne vous fait pas longvemps à attendre : demain.IT Mapame Lydie Figeac, propriétaire à Peyrangues, entre Nimes et Lunel, était une opuilente personne aux allures mascu- limes, aux lèvres bieuies,\u2014 vers les coins, \u2014 d\u2019un soupçon de moustache, et qui, depuis plusieurs années déjà, s\u2019en allait du mauvais côté de la quarantaine.Elle était veuve.Elle avait deux enfants, un garçon \u2014Cyprien, \u2014une fille\u2014Caroline,\u2014eit c\u2019est elle qui administrait avec un soin ressemblant à de J\u2019âpreté\u2014car elle y avait aussi ses droits et ses usufruits\u2014le domaine qui constituerait un jour la plus belle partie.on aurait pu dire le plus clair du patri- mioïne des petits Figeac.Des gens riches, alors?Riches, oui, mais à la condition de surveiller de près et sans cesse cette terre qui rend parfois cent pour un, maïs qui, si capricieusement\u2014si vite\u2014s\u2019obstine à ne plus rien rendre du Le père Figeac, ide son vivant, avait victorieusement lutté contre l'épidémie du phylloxera.Sa veuve, aujourd'hui, com/ battait l\u2019oïdium, je mildew.tous ces ad- versaïres microscopiques qu\u2019il faut exterminer sams cesse pour n\u2019en être pas débordé.Lie domaine était superbe, mais Mme Figeac savait ce qu\u2019elle y dépensait bon an, mai am.et après la récolte, la balance n\u2019était toujours pas si brillante que ça, surtout quand arrivaient\u2014comme à LA REVUE POPULAIRE \u2014 41 \u2014 Montréal, Décembre 1917 présent\u2014ces méventes brusquement inattendues qui vous obligent à céder le vin à rien.à des prix de perte.à des prix de panique.Mais cela permettait à la veuve de commander à un bataillon d\u2019ouvriers agricoles, de se faire redouter de ce petit monde qui vivait delle et de\u2018 son bien.cela mettait dans \u2018la maison,!dans les celliers, dans les chais, une vie intense.Depuis sa naissance, Lydie Figeac avait circulé dans ce mouvement et dans ce bruit.À ne plus le coudoyer, à ne plus l\u2019entendre elle serait morte d\u2019ennui.Et elle n\u2019avait qu'un réel chagrin: personne n\u2019était Là pour la seconder, pas mieux son songe-creux de fils que sa grande perche da fille.Caroline?\u2014Elle avait monté en graine, anguleuse et sèche, avantagée par un on- oncle d\u2019une cinquantaine de mille francs qu\u2019elle devait toucher en se mariant, et trop princesse, dès lors, pour faire oeuvre de ses dix doigts.Bon pour sa mère de donner un coup de main quand ça l\u2019agaçait de voir que le maître-valet (le baille) et ses hommes n\u2019en finissaient plus de rouler quelque demi-barrique pleine.Bon pour sa mère de montrer, d\u2019un tour de casderole, & la cuisine, comment on saute un poulet aux tomates, \u2014ou de faire voir, danis les chambres, comment on tape un matelas pour que le lit soit bien paré.Mais elle, pour un empire\u2014 à moins qu\u2019il ne s\u2019agit de sa toilette \u2014n\u2019aurait mis la main à une de ces besognes vulgaires où elle aurait risqué de compromettre ses ongles qu\u2019elle portait très longs et taillés en amandes.Et comme elle n\u2019était pas jolie, comme elle avait la continuelle mau- valise humeur de celles qui, en dépit de leur dot, voient fuir les prétendants en même temps que s'accumulent les années, \u2014elle était princesse, oui, mais maussade- SE ae Voi.10, No 12 ment, ragéusement,\u2014 pendant que sa mère, vaincue pourcant par sa force d\u2019inertie, lui répétait à la journée : \u2014Ah! si je ne comptais que sur won frère Cyprien et sur toi, pour faire aller le domaine.Boudiou!.Ce serait du propre !.Enfin, ajoutait-elle en soupirant, il y aura au moins Albéric! Cet Albéric n\u2019était autre que le futur époux enfin déniché pour Caroline \u2014 et cette trouvaille, c\u2019est Cyprien qui l\u2019avait faite.Un bizarre garçon ce Cyprien Figeac que sa mère appelait volontiers un imbé- eile et iqui, sous un aspect à la fois hérissé et timide, cachait ou plutôt ne sonigeait nullement à cacher un obstiné, un irréductible paresseux.Oui, un \u2018de ces délicieux philosophes comme en fait parfois éclore cette terre embrasée par le soleil.um rêveur.un poète.um amoureux fervent de l\u2019insouciante, et heureuse bohème qu\u2019on fait promener à travers les chemins parfumés ide thym et de lavande;\u2014 un di ces types, disait la veuve Figeac, qui ont des mains où on voit fondre les oli- vetives et les vigmes.Que demanidait-il à da vie, celui-là ?Flâner au hasard de sa fantaisie.écouter le chant des cigales.\u2026 pêcher dans la petite rivière, là-bas, quand il y coule de l\u2019eau\u2026 chasser les alouettes quand arrive le moment où elles s\u2019abattent sur les ceps ruisselants de rosée.Pendant que les champs cuisent au soleil des heures chaudes,jouer de la flûte dans le jardin tout étouffé d\u2019ombre.Du matin au soir fu- mer\u2014bout à bout\u2014d\u2019incessantes cigarettes.et recommencer demain.recommencer toujours.Mais, & la maison, sa mère la lui rendait impossible, cette existence de rêve.Mais, toute sa vie, s\u2019il restait au logis, il LA REVUE POPULAIRE Montréal, Décembre 1917 se verrait dans l\u2019affolement-des tonneaux, du sulfate, du soufrage, du platrage, du pèse-moût, de la bouillie bordelaise et des échalas.Résister à sa mère\u2026 lui déclarer que tout cela al l\u2019avait en horreur.sa (paresse indolente frissonnait par avance à la pensée des luttes, des assauts, des tempêtes que ceite révolte allait déchaîner.; Alors, il s\u2019était «découvert un goût soudain pour le droit \u2014 celui qu\u2019on étudie sans qu\u2019il soit besoin d\u2019avoir passé par le baccalauréat.celui qu\u2019on apprend dans.des \u2018facultés.un peu lointaines.celui, enfin, qui suffit à la science es à la pratique d\u2019un notaire de campagne.Et il entrevoyait déjà vaguement, pour plus tard\u2014à une suffisante distance de sa mère et de sa sceur\u2014l\u2019étude du vieux notaire de Peyrargues\u2026 l\u2019étude de MFou- geinas dont un unique clerc fait doucement.woute la besogne.et que le bonhomme finirait bien par vendre.et pas trop cher.| Quel admirable prétexte a se retirer dans son sanctuaire.un sanctuaire respecté.inviolable.oll on a désormais le droit légitime de ne rien faire.tout en regardant grossoyer, par-ci, parla, quelques \u2018actes qui rapportent quelques milliers de francs, sans possibiluté ni tentation de jamais se lancer, \u2014comme à la ville, dans des spéculations invariablement terminées par le fatal trou & la lune!.Alors, étant donné que pour ces méridionaux de race gallo-romaine, Lyon est resté la traditionnelle capitale du sud-est: avec son attraiïs et un prestige \u2014Oyprien était allé à Lyon flâner au cours de la Faculté et, entre les cours, paresser dans une étude de notaire d\u2019où, après un stage, il rapporterait ides trésors de science notariale./ Vo.10, No 12 Il en devait rapporter autre chose: un présendant à la main de Caroline.Un méridional aussi, naturellement ; l'accent commun les avait réunis.| Mais Albéric Sauvan était bien tout lPopposé de Cyprien Figeac: exubérant, agissant, ambitieux, jouisseur, dénué de fortune et de scrupules, prêt à retrousser ses manches pour saisir, n\u2019importe où, n\u2019imiporie comment, cet argent qui donne la considération, en même temps qu\u2019il sert de levier\u2014et qu\u2019il permet de savourer la vie.Avec cela beau garçon, sous ses cheveux noirs qui frisaient \u2018et en dépit d\u2019une lourdeur d\u2019allure qui décelait des muscles vigoureux et un tempéggment violemment sanguin.Très intelligent a ailleurs, tres hardi,\u2014 méprisani; les femmes quen gallo-romain de pure race il considérait comme des créatures Iniférieures auxquelles on ne dpit demander que ce qu\u2019elles peuvent donner : leur argent ou leur beauté.Mais dissimulant ce mépris sous des fa- cons de beau vainqueur et de jovial troubadour.Audacieux avec elles; souple avec les hommes.Naturellement cabotin et ha- bleur avec une finesse aiguë dès qu\u2019il s'\u2019agissait de ses uintérêts;\u2014id avait fais la conquêx de Cyprien.Il l\u2019avait esbrouffé, ébourifté, séduit.Et quand son nouvel ami n\u2019avait plus rien eu de caché pour lui, quand, de récit en confidence, it lui avait appris qu\u2019il possédait une soeur.pas très jeune.pas bien jolie.mais à qui un oncle avait fait un legs de cinquante mille francs payables le jour de son mariage.ume soeur qui, en belles vignes, outre cette dot, apporterait 4 un mari un superbe patrimoine.quand il lui avait parlé ensuite de cette étude de Me Fougeiras, iqui serait LA REVUE POPULAIRE Montréal, Décembne 1917 bientôt à vendre à Peyrargues, et dont) Jui, Cyprien, avait bien: moins envie que d\u2019aller tranquillement fumer des cigarettes en écoutant les cigales qui chantent dans la garrigue.Albéric s\u2019était dit: \u2014Il y a une affaire à enlever, là-bas.peut-être une très belle affaire.Il faut.donc y aller voir de plus près.Et il l\u2019avait enlevée, l\u2019affaire.Sous le premier prétexie, il avait accompagné Cy- prien qui venait passer ses vacances à Peyrargues, et il s'était fait présenter à Mme et & Mille Figeac.Oui, laide et désagréable, cette Caroline aux nonchalances osseuses et aux prétentions montéees en graine.Mais, bou- diou! le beau vignoble et la jolie dot! Eis alors, sous le coup de fouet de l\u2019occasion qui ne se présentera pas deux fois aussi tentante, (Adbéric avait fait feu des quatre pieds.Il avait subjugué la mère, ensorceilé la fille comme il avait conquis Cyprien.Et maintenant la veuve Fi- geac se disait dans la joie de son coeur: \u2014Une tête comme celle-là.une activité pareille\u2026 En voilà un, au moins, qui ne le laissera pas s\u2019en aller, le domaine.Tandis que Carolne ajoucait, avec une flamme dans ses yeux dont l'éclat n\u2019était que médiocre : \u2014En voila un qu\u2019elles vont toutes me Jalouser.\u201cToutes\u201d, mot vague, mais qui, dans l\u2019esprit de Mile Figeac, s\u2019appliquait exclusivement aux filles de Peyrargues.aux plus jolies en particulier.Et Cyprien concluait, lui: \u2014II'm\u2019a dit que si je venais & changer d\u2019idée, il s'accommoderait volontiers aussi de l\u2019étude du père Fougeiras.Ah! Dieu oui, que j'en change, à présent qu\u2019ils me laisseront traniquillement flâner dans les Garrigues.et aller écouter les grives, Val.10, No 12 au matin, là-haut, vers la tour du vieux télégraphe.De sorte qu\u2019en ce mois de juin, Cyprien .et Albéric commençaient à compter les jours qui les séparaient encore du moment où,\u2014le cours de droit et le stage achevés \u2014on pourrait dire à la capitale du sud- est un adieu qui ne serait plus un \u201cau revoir\u201d, lorsqu\u2019à Peyrargues Mme Figeac apprit une nouvelle qui, tout d\u2019abord, l\u2019intéressa peu, mais qui devait bientôt devenir pour elle plus intéressante qu\u2019elle ne Petit souhaité.C\u2019est un homme de Peyrargues que, par hasard, ses affaires mettaient en relations avec des gens de la Plagne, mon Dieu oui, c\u2019est un des journaliers de Mme Fi- geac qui Jui avait le premier annoncé la chose : Ç \u2014La mère Laugier, de la Plagne, a fini par mourir.\u2014Elle était bien vieille.\u2014Oui, mais elle laisse une petite fille.toute jeune.et qu'elle élevait.La fille de Laugier, de Paris.\u2014Tout juste.Une jeunesse de seize ans, qui n\u2019avais plus que cette vieille au monde.\u2014De quoi vivaient-elles ?\u2014Elles travaillaient en broderie.en dentelle.Il paraît qu\u2019elles gagnaient as- Sez.\u2014 Oui, je me rappelle: on m\u2019a dit que la vieille était trés habile.\u2014Ee le temps ne leur manquait pas, parce que leur petit ménage devait être - vite fait.\u2014Fille laisse cependant quelque chose, cette Laujgier ?\u2014Sa maison, rien autre.Mais les gens de Joi y sont déjà.La petite est mineure, vous pensez s\u2019ils vont s\u2019en donner.\u2014Pauvre fille! il ne lui restera rien.\u2014.Que les yeux pour pleurer, conclut LA REVUE POPULAIRE Montréal, Décembre 1917 le Journalier ; ; et Mme Lydie Figeac s\u2019absorba dans de vieux souvenirs tout à coup.TAVIVÉS.Ces Laugier, ¢\u2019étaient des parents, pas, même bien éloignés, puisque la mère de cette vieille femme était la soeur de la grand\u2019mère Figeac.Fille comptait sur ses doigts les degrés.d\u2019allianice: ça faisait qu\u2019avec cette petite Caroline était parente au huitième degré.Eh! un cousinage qui en vaut encore la peine.\u2014 Il est vrai que depuis si longtemps on était en \u2018froid! Ça datait déjà du temps des grands-pères; et cette froïdeur s\u2019était accentuée, si possible, au moment où l\u2019invasion phylloxérique avait dressé une barrière encore plus isolante entre les pauvres diables qui vivotaient péniblement à la Plagne et les messieurs iqui tenaient le haut du pavé des Peyrargues.On ne s\u2019était donc jamais rapproché.Pas plus lorsque le fils Laugier avait envoyé, de Paris, un faire-part de son mariage, que lorsqu\u2019un second faire-part avait annoncé la mort de sa femme.et un autre encore la sienne, - Quant à la mère Laugier, il n\u2019y en avait pas eu seulement de lettres.À qui en aurait-on envoyé?Pauvre vieille! Déjà si totalement oubliée de tous ceux qui n\u2019é- taïent pas ses proches voisins.Et maintenant Lydie Figeac en arrivais à se demandir, un peu soucieuse : \u2014Qu'\u2019est-ce qu\u2019elle va devenir, cette petite Laugier?.' Elle se le demanda avec plus de souci, le lendemain et les jours suivants, quand elle ne put plus, dans Peyrargues, faire un pas ni rencontrer un chien coiffé sans s\u2019entendre dire d\u2019un air bonasse cachant mal le sentiment de blâme qui couvait dé- Ja dans le village oli la riche Mme Figeac- Vol.10, No 12 était, on s\u2019en doute, plus jalousée qu\u2019aimée: \u2014Donmez-moi donc des nouvelles de votre \u2018petite cousine.Qu\u2019est-ce qu\u2019elle va devenir, cette enfant ?Et voilà qu\u2019à présent la mère et la fille en avaient comme une obsession qui s'exaspérait en de continus abordages.\u2014Ce qu\u2019elle va devenir, déclarait Caroline en haussant ses maigres épaules, qu'est-ce que ça peut nous faire, puisque nous ne la connaissons seulement pas.\u2014Et pourtant, répliquait sa mère, c\u2019est notre cousine.\u2014 Qu'est-ce que ça prouve?\u2014CÇCa (prouve qu\u2019elle nous est parente.\u2014S'il fallait s'inquiéter de parents qu\u2019on n\u2019a jamais vus.\u2014ISi \u2018tu me ten inquiètes pas, les gens ici s'en occupent.: \u2014De quoi se mélent-ils?\u2014Eh! de ce qui ne les regarde pas ! Raison de \u2018plus pour qu\u2019ils en bavardent.\u2014Et puis après?| \u2014Ils nous jetteront la pierre.Oh! ça commence déjà.\u2014Pourquoi ?\u2014Parce que nous laissons notre parente dans ila misère.\u2014Nous n\u2019allons peut-être pas la prendre chez nous.\u2014Ils ont tout, l\u2019air de dire que ça devrait être fait.\u2014Seulemen', comme nous ne sommes pas folles.\u2014Eh! Caroline.\u2018une fille de seize ans, habitué au travail (j'ai pris mes informations), qui menait la vie d\u2019une ouvrière dans la bicoque de la mére Laugier où c\u2019est elle qui faisait tout l\u2019ouvrage de la maison (j'ai pris mes informations, je te dis), penses-tu que, chez ses bienfaiteurs, \u2014car nous serions ses bienfaiteurs,\u2014 on \u2014_ ttes et pie Le ee Ep TE a 72 ET LA REVUE POPULAIRE Montréal, Décembre 1917 en retrouverait pas, d\u2019une façon ou d\u2019une autre, l\u2019argent qu'elle y coûterait ?\u2014De quelle façon?\u2014Il y en a dix, il y en a cent.Tu te plains toujours que la Maria t\u2019arrache les cheveux quand elle te coiffe.Crois-tu que cette petite n\u2019aurai pas la main plus douce ?\u2014Alors tu te figures qu\u2019elle voudrait.\u2014Pour rendre service à sa cousine.à sa çousine qui l\u2019aurait tirée de sa misère?.Clest elle qui te le demanderait.Caroline regarda/sa mère d\u2019un indéfinjs- sable regard: \u2014Elle.si adroite pour la dentelle.elle doit savoir très bien coudre.\u2014Pardi ! | \u2014Et moi qui vais justement avoir tout mon trousseau à confectionner.\u2014Sans parler des coups de main qu\u2019elle pourra me donner\u2026 \u2018parce que s\u2019il ne fallait compter que sur tol.\u2014Oh ! les affaires de la maison, tu sais, c\u2019est M.Albéric qui s\u2019en occupera.Adors, moi, autant ne pas commencer.\u2014.Et laisser trimer ta mère.Oh! oui, encore une raison pour que je sois bien aise d\u2019avoir ici quelqu\u2019un que je puisse un peu faire remuer.\u2014Eh bien, si tu crois qu'elle remuera, cette palite Laugier, va la voir.\u2014Viens aivec moi, alors.\u2014Pourquoi faire ?\u2014Pourquoi faire?\u2014Pour lui montrer que nous ne Jui voulons que du bien.que nous avons couru dès que nous avons appris.Il faut être politique, ma petite, et bien faire les choses quand on est obligé d\u2019en passer par là.\u2014Oh! Obligé! \u2014Oui, Caroline, tous ces crève-la-faim qui laisseraient chez eux leurs père et mère mourir de misère, finiraïent par s\u2019a- i / Vol.10, No 12 meuter contre nous.Mais plus j\u2019y pense, plus je me dis qu\u2019avec leurs langues de vipères, ils nous ont peul;-Être rendu un service.\u2014Oh! \u2014Jls me forcent 4 m\u2019embarrasser de cebte petite.Eh bien, tu entends, Caroline, ce sera une bonne affaire pour moi, pour toi, pour la maison.\u2014Alors, autant y aller tout de suite.\u2014À Hons-y.III RENE Laugier croyait réver.Les cousines Figeac! Assurément, son pére lui en avait parlé souvent, en ajousant, il est Vrai: | \u2014Nous ne nous voyons pas.Et sa grand\u2019mère, plus souvent encore; mais en concluant, elle: _+ \u2014Pour ces dames nous ne sommes plus des gens \u2018à présenter ou même à avouer comme parents, ma pauvre petite.Elles sont trop riches et nous trop pauvres.Da sorte que, toute la nuis, dans l\u2019humble chambre du presbytère de la Plagne, Reine avait eu son insomnie hantée de ees belles dames qu'eile n\u2019avait jamais vues, qui étaien' venues aujourd\u2019hui.qui allaient revenir demain, pour lui demander, pour lui apprendre.pour dui dire quoi?Elle en eut explication dans la mati- Elle s%tait installée dans le parloir, occupant son impatience à un travail de couture pour Mlle Marie.Un vigoureux coup de sonnette la fit instinctivement se lever.Il y eut quelques mots sonores échangés dans le corridor.la porte s\u2019ouvrit brusquement.et ce fut une invasion.une trombe.| \u2014 LA REVUE POPULAIRE Ra enter ce CAC SR Montréal, Décembre 1917 Déjà, sans s\u2019expliquer comment s\u2019écait produit ce phénomène d'attraction, elle se trouvait dans les bras d\u2019une grosse femme qui l\u2019embrassait bruyamment sans en iper- dre ni une exclamation ni une parole: \u2014Mais vois done, Caroline, elle est tou- ta délicate et toute menue, la pauvre ! Qu\u2019es;-ce qu\u2019elle ferait, boudiou, qu'est-ce qu\u2019elle deviendrait chez des étrangers ?Ah! c'est une permission du bon Dieu qui nous a fait avoir connaissance de ce malheur ! Et; Reine, stupéfaite, n\u2019en croyant pas ses oreilles, entendait cette phrase impétueuse : | \u2014Je ne suis pas ici pour te gronder, ma petite, mais n\u2019est-ce pas nous que tu devais d\u2019abord prévenir.Et entre Mme Figeac, Mlle Marie et M.le curé qui avait accouru au bruit, c'était déjà un assaus de beau langage : \u2014Elle ignorait, madame, vos dispositions st charitablement bienveillantes.\u2014Est-ce une raison?Pouvais-elle nous supposer capables d\u2019oublier.d\u2019abandonner quelqu\u2019un de notre famille?\u2014Elle n\u2019osait pas.\u2014Eist-ce une excuse ?Sous prétexte, peut-être, que nous avons de la fortune et qu\u2019elle est pauvre.Comme si ce n\u2019ésait pas un motif de plus.Ah! méchante enfant!.méchante enfan:!.Mais em- brasse-la \u2018donc, \u2018Caroline.Elle poussait sa fille contre la petite Reine, sa fille qui fronçait déjà le sourcil à da vue de cette élégante tournure, de ce Joli visage, de ces admirables cheveux blonds dont l'éclat s\u2019avivais au contact de la robe de laine noire d\u2019où cetie petite pauvresse sortait encore plus svelte et plus exquise.Et, toujours avec sa véhémence d\u2019affec- , tueux reproche: » \u2014 Vol.10, No 12 * \u2014Dire, monsieur le curé, que je ne sais pas seulement son nom.; \u2014Je m\u2019appelle Reine, ma cousine.\u2014Eh bien, ma petite Reine.Elle s\u2019interrompis : \u2014\u2026 Il est joli, ce nom, n'est-ce pas Caroline?Et, impressionnée, quoi qu\u2019elle en eût, par le coup d\u2019oeil fulguran' que venait de lui jeter sa mère: \u2014Oui, maman, très joli, daigna répondre la grande fille montée en graine.\u2014Eh bien, ma petite Reine.Ce que monsieur Je curé m'a raconté hier, tes projets.ton voyage à Nîmes\u2026 c\u2019ess des bêtises.\u2014Ma cousine.astrisiée, c'est dgs imaginations qui nous ont fait beaucoup de peine.Caroline en restait suffoquiée.Elle disait: \u201cAvoir des \u201cidées pareilles quand elle sait que nous \u201csommes la.quand, au lieu d\u2019aller à \u201c \u201cNîmes elle n\u2019avait qu'à s\u2019arrêer à Pey- \u201crargues.\u201d \u2014Ma cousine.\u2014Et nous t'y emmenons de ce pas, à Peyrargues.\u2014Ma cousine.\u2014 Et tu n\u2019es pas sans famille, ma pauvre \u2018petite, puisque nous sommes Ii.Elle eut un grand geste: \u2014 Mais embrasse-moi donc pour me dire que tu veux bien venir chez nous.\u2014Oh! ma cousine.vous voulez.vous avez Ja bonté.adorable bonté.Et elle fondit en larmes en tombant dans les robustes bras qui 1'é:reignaient si vigoureusement,\u2014pendant que M.le curé soupirait en s\u2019essuyant les yeux : \u2014Il y a des spectacles qui consolent Pame de toutes les tristesses qu\u2019y fait naître, si souvent 1\u2019égoisme des hommes.LA REVUE POPULAIRE Tout ça, Montréal, Décembre 1917 Ah! madame Figeac, vous semez pour la Técolte céleste.On étais descendu à la station de Pey- Targues.A quelques centaines de pas de la petite gare, le village se tasse en rues étroises et tortueuses dans l\u2019enceinte que délimite un large boulevard circulaire où sont les belles maisons dont les jardins peuvent s\u2019étendre dans la campagne.Reine marchait tout encombrée de paquets dont porant Mme Figeac lui avait pris quelques-¥ns qui, au bout de son bras musculeux, ne pesaient pas plus qu\u2019une \u2014 Fit tout ça, fit-elle avec une gravité ~ plume.Caroline, en sa qualité de princesse, ne portait que son ombrelle et, comme disait la grosse femme, laissait trimer sa mère.Et maintenan: qu\u2019elles venaient de s\u2019engager dans le dédale \u2018des ruelles où ¢outes les portes grandes ouvertes se recouvrent d\u2019un grand rideau de toile grossière : \u2014 Voilà Peyrargues, ma petite, faisait Mme Figeac\u2026 tu vois, c\u2019est encore grand.Nous sommes, nous, sur le boulevard.Ici, c'est le petit monde.Tous des gens que je fais travailler.Es elle s\u2019interrompait pour répondre, à droite, à gauche, aux salutations sortant de presque toutes ces portes: _\u2014-Adieu, Astruc.adieu mére Lastoux Cest ma cousine que je ramène de la Pla- gne.la petite Laugier.Il faut bien lui remplacer sa famille, pas vrai?.Et, après avoir ainsi annoncé la nouvelle, sûre, désormais qu\u2019elle allait être instantanément colportée e; passionnàment commentée de maison en maison, Mme Fi- geac recommença à expliquer à Reine: \u2014Nous arrivons au boulevard.Voilà les Li a Vol.10, Ne 12 maisons bourgeoises.Tiens, ici, M.Fougeiras, le notaire.ici, la mairie.et, là-bas, tu vois cette grande maison avec des grilles aux fenêtres du rez-de-chaussée.\u2014Oui, ma cousine.\u2014C\u2019est chez nous.Et Reine ouvrit curieusement ses yeux d\u2019un bleu un peu sombre.Cétait la que désormais elle allait vivre, là que l\u2019inattendue bonté d\u2019une parente dont elle avait méconnu l\u2019admirable coeur, la recueillait, pauvre orpheline, pour lui rendre la famille qu\u2019elle avait perdue.Et elle se sentait dans l\u2019âme une grande reconnaissance.une reconnaissance attendrie pour cecte grosse femme aux fa- cons bruyantes, aux transports débordants dont elle essayait de ne pas voir l\u2019inquiétante vulgarité (mais il y a, comme cela.des natures exquises dissimulées d\u2019abord sous -de grossières enveloppes),\u2014de même qu\u2019elle s\u2019efforçait de trouver presque aimable cette grande fille osseuse qui la regardait sournoisement d\u2019un oeil méfiant.hostile.et qui, tout à coup, sous le regard de sa mere se mettait a sourire du bout des lèvres.en princesse qui daigne.La maison, d\u2019ailleurs, était d\u2019aspect confortable avec ses deux étages sur rez-de- chaussée et sa porte ornée d\u2019un chapiseau à consoles, selon la mode bourgeoise de Peyrargues.Confortable, mais aussi un peu rébarbatif à cause de ces grilles qui défendaient les fenêtre basses de chaque côté de la porte pleine.Mais au-dessus du mur qui continuait le bâtiment, on voyait s\u2019éleyer les grands arbres d\u2019un jardin ombreux où les lierres géants avaient envahi les vieux platanes.Et tout cela, en effet, était bien plus beau que l\u2019humible maison de la Plagne.plus beau que le presbytère où Reine venait de passer quelques jours.LA REVUE POPULAIRE Montréal, Décembre 1917 Mais voilà qu\u2019on arrivait.La grosse femme fit résonner, sur le heurtoir, le marteau de cuivre en forme d\u2019anneau, et, l\u2019instant d\u2019après, une fille assez mal peignée\u2014une brune au visage halé et à la forte carrure \u2014 acourait ouvrir.pendant que retentissait un carillon assourdissant.| Là aussi\u2014comme à peu près dans toutes les maisons bourgeoises du village\u2014il y avait une sonnette d\u2019avertissement actionnée par la porte elle-même dès qu\u2019on Pentrebâillait.\u2014 C\u2019est Maria, fit Mme Figeac.Maria, c'est notre cousine Laugier.Elle vient habiter ici.Vous direz à Félicien d\u2019aller chercher sa malle à da gare.Mais entre done, ma\u2019 petite.» On était dans un vestibule sombre avec, au fond, l'escalier de pierre qui montait aux étages supérieurs.Et Mme Figeac expliquait : \u2014Tu vois, à gauche, le salon-salle à manger; a droite, la cuisine.C\u2019est à la vieille mode, mais les pièces sont grandes et nous avons la plus belle salle à manger de Peyrargues: on y a dîné quarante-trois le jour où mon pauvre défunt a reçu ici le président de la commission de l\u2019Académie quand on faisait l\u2019enquête pour le phylloxera.Le préfet y était.\u2026 La- haut, les pièces sont moins grandes, d\u2019une on en a fait deux.À droite, ma chambre et celle de Cyprien.A gauche, celle de Caroline, et puis.\u2014Et puis, interrompit sans façon Maria, et puis celle ol vous allez mettre cette demoiselle\u2026 \u2014iAih ! non, par exemple, protesta vivement \u2018Caroling, pour aller dans l\u2019une il faut passer par l\u2019autre, ce serait insupportable.personne chez soi.la cousine sera bien mieux au second.48 \u2014 Vol.10, No 12 \u2014iLa chambre 4 donner?.M.Albéric viendra?.\u2014Eh bien, à ce moment-là, on verra à s\u2019arranger.\u2014 N'importe où, faisait timidement Reine, metiez-moi n\u2019importe où\u2026 pourvu que Je ne vous géne pas trop.\u2014Pour sûr, ça gênera toujours, murmura Caroline.Mais on aurait dit que, prévoyant un peu sa peu hospitalière réponse, sa mère s\u2019était arrangée pour que Reine ne l\u2019entendit pas Elle avait bruyamment ouvert la porte de la salle à manger: une vaste pièce sombre\u2014encore assombrie par le store épais qui en recouvrait la porte-fenêtre donnant sur le jardin.Dans ce pays, c\u2019est d\u2019abord, c\u2019est surtout du jour embrasé qu\u2019il faut : se défendre.Une pièce au sol carrelé de larges dalles, aux murs peints À la détrempe avec, en façon de frise, un rinceau de feuillage assez barbarement exécuté par un artiste de la localité.Portes, buffets, armoires, toute la boiserie était en micocoulier,\u2014oet arbre aux veines rougedtres qui, dans le Midi, devient gigantesque et dont on faisait, autre- foit, toute l\u2019ébénisterie de ce coin du Lan- guedoc.Autour de la table ronde, des chaises empaillées, aux dossiers ajourés en forme de lyre.Vers la cheminée énorme où tictaquait, sous son globe, une pendule à colonnes, \u2014 de l\u2019âge, du reste, du mobilier, \u2014 quelques fauteuils recouvraient de coussns de perse bourrés d\u2019édredon, leur paillage rendu ainsi plus conforsable.Tout cela, sans oublier aux murs quatre gravures représentant des paysages historiques \u201cpar M.Joseph Vernet, peintre du roy\u201d, tout cela manquait quelque Et quand \u2014 49 LA REVUE POPULAIRE SOS ati MAS acts IREM EE A RAA LHC O LEE Montréal, Décembre 1917 peu de gaîté sinon de caractére.Tout cela, pourtant, pouvait passer pour de la splendeur si on le comparait à la pauvre installation de la mére Laugier.Eit, a Porgueilleuse insistance de Mme Figeac répétant encore: \u2014 C'est ici que nous avons reçu ces messieurs de l\u2019Académie des sciences avec M.le préfet du Gard.Reine répondit sans arrière-pensée : \u2014 Ah! je pense bien qu\u2019on pouvait les y recevoir! .Mais déjà la grosse femme, qui s\u2019était débarrassée de ses paquets, prenait, pour les déposer sur la table, ceux qua la jeune fille tenait encore dans ses mains: \u2014Allons, mets vite tout ça là-dessus.Pour avoir porté ces deux-là, j'ai la main sans connaissance.et toi qui n\u2019es pas forte.Reine eut un joli sourire: \u2014Je suis plus forte que vous ne croyez, ma cousine, vous vérrez.parce qu\u2019il faudra bien qu\u2019ici je me rende utile.\u2026 \u2014Oui, oui, on reparlera de ça.\u2014Et jamais je ne vous le serai assez pour m'acquitter de la dette de reconnaissance que Ja contracte atrjourd\u2019hui.\u201cTu vois\u201d, fit le regard éloquens de la mère à sa fille.Et Mme Figeac ajouta bonassement : \u2014Ce n\u2019est pas pour dire du mal de Mlle Ursule Revoil, de Nîmes, mais tu seras un peu mieux chez moi que chez ses bigotes.Où donc, déjà, ne voulait-elle pas t\u2019envoyer ?\u2014FEille m \u2018avait parlé d\u2019une demoiselle de Ladevèze.\u2014Je la connais.\u2026 Ah! ma pauvre enfant, tu tombais dans un joli guépier.une vieille fille à moitié folle.une maison où les gens crèvent de faim et de fa- tiguie.As-èu déjeund au moins?.parce que pour le diner, il y a encore à attendre.H H o 1 3 H + D.N: \u2018 h t Vol.10, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Décembre 1917 \u2014Oh! j'attendrai\u2026 j\u2019attendrai, ma cou- bre, da fraîcheur, de parfum et de myste- sine.re, que Reine, joignant les mains: \u2014 Alors, viens woir le jardin.Pendant \u2014Ah! ma cousine.c\u2019est un paradis.ca temps ta maille arrivera.\u2014De fait, ma petite, tu seras mieux là- LL LL LL 11110.2.dessous que dans la chambre de Mlla de Ah! délicieux, le jardin.le vigux jar- Ladeveze.din aux étroites allées don: les bordures Mais vorlà que Maria apparaissait : de buis centenaires étaient devenues des \u2014 Madame.c'es: Félicien qui apporte haies.des haies épaisses qu\u2019on taillaiïs la malle.maintenant à hauteur d\u2019appui.\u2014Dis-lui de la mon:er au second.La dedans, les rosters avaient follement \u2014Dans la chambre de M.Albéric?poussé, grimpant pantout où pouvaient \u2014Biem stir que ce n'est pas dans la tiens'accrocher leurs tiges, devenues des bran- ne, répondit Mme Figeac en haussant ses ches énormes.massives épaules.Tous près du puits, dont la roue de fer E:; elle expliqua encore à Reine: apparaissait noire et comme vernissée par \u2014Parce que tu ne seras pas seule, la- un siècle d\u2019usure, un énorme rosier Banks haut, ma petite; Maria couche en face, il étais devenu un arbre dont on avait dirigé n\u2019y a que l\u2019escalier à traverser.Et quand les frondaisons da façon & lui faire for- Albéric et Félicien viendront aux vacan- mer, & lui tout seul, une vaste salle d\u2019om- ces.on s'arrangema assez.ne t'inquiète brage.Et puis, un grand-père s'était amu- passé à greffer sur ce Banks les plus belles roses qu\u2019il avait fait venir de Lyon \u2014 le IV \\ pays où on les fabrique \u2014 Et, tout lélé, .c¥tait, sous cette \u201connelle, un invraisem- CEST ainsi quau lieu de retourner a Ni- blable mélange de roses rouges, de roses mes chez Mille Revoil, la pele Reine ; blanches, de roses jaunes.de fleurs s'ins\u2018alla,\u2014comme en un rêve, \u2014chez ses aL pleines, de fleurs; étalées, de fleurs pana- cousines Figenc, de Peyrargues, qui se chées, de fleurs, dressées, de fleurs retom- révélaient tout à coup si bonnes parentes bantes, de fleurs en capitules.de fleurs après avoir tant tardé à fair\u20acponnaissan- enfin qui \u201cremontaient\u201d, c'est-à-dire, en ce avec la petite-fille de la mère Laugier.langage de jardinier, qui fleurissaient du Cette aventure, au surplus, comme tou- commencement à la fin de la belle saison.tes les unions, commença par une lune de Pendant qu\u2019aux platanes géants mon- miel.Pour la nouvelle venue, Mme Fi- taien des lierres\u2014cenfenaires aussi \u2014qui geac\u2014Caroline elle-méme\u2014 n'eurent d\u2019a- envahissaient les murailles, qui envahis- bord que des sourires.saient les allées.et qui s'élançaient par- On ne d\u2019empéêchait pas \u2014oh! non, \u2014de fois jusqu\u2019au faite de quelque arbre qu\u2019ils sa rendre uisile; mais, à chaque fois qu\u2019el- allaient étouffer, pour s\u2019y épanouir en un le s'essayait à quelque besogne domesti- autre arbre inattendu, toujours vert, \u2014 que, quelle avalanche de compliments un arbre tout piqued de petites floraisons dont la grosse femme étourdissait la pe- blanchâtres qui allaient devenir des baies tite lingere.la petite repasseuse.la d\u2019un noir bleu.petite couturière.la petite coiffeuse .Et ce fouillis apparaissait si plein d\u2019om- l\u2019infatigalble parene à tout faire qui, dix \u2014 30 \u2014 Vol.10, No 12 fois par heure, répondait à la moindre demande.au moindre désir: \u201cJ\u2019y vais, ma cousing.Je vous aurais vite réparé ca.Laissez-moi donc arranger ce chiffon\u2026 \u201d D'ailleurs, puisque c\u2019est la lune de miel, on n'avait cesse d'exhiber la nouvelle ve- nud.le bienfait vivant de Mme Figeac.On la promenait dans le village.on allait avec elle dans les hameaux envyiron- nants, où la même petite scène recom- menait invariablement.La scène qui, par exemple, avait lieu, ce jour-là, à Gardans, un petit hameau \u2018out proche d'une pièce de vigne où Mme Figelac les avait emmenées parce qu\u2019elle aval un sulfataige à y surveiller.Il faisait un soieil\u2026 et une chaleur!\u2026 Aussi Caroline s\u2019écriait languissamment: \u2014On meurt.Allons boire du lait chez les Guibal.\u2014Guibal?interrogea avec curiosité la petite Reine.\u2014Oui, fit Mme Figeac, des gens qui habitent là-bas.tu vois: sous ces arbres.Ils on: deux vaches, parce qu\u2019avec le foin qu\u2019ils récoltent dans ce bas-fond, vers la rivière, ils peuvent les nourrir.Ce n\u2019est pas tout le monde ici, ma petite, qui a cette chance.Ie lait à Peyrargues est plus rare que le vin.\u2014Et vous croyez qu\u2019ils voudront.\u2014Guibal! Il trouvera que je lui fais bien de l\u2019honneur.\u2014Ftt puis, ajou:a presque aigrement Caroline, il est trop content, quand il porte ses tonneaux à la gare, que nous Jui laissions traverser notre terre de Beauso- leil, qui lui abrége les deux tiers de son chemin.Et, comme avait dit la grosse femme, ce fut, en effet, dans la maison des Guibal, un remue-ménage qui mit tout en l\u2019air.Le maitre du logis, un fort gaillard au LA REVUE POPULAIRE Montréal, Décembre 1917 visagerasé et qui n'en prenait que plus de caractère sous sa coucha de hâle doré, \u2014sa femme, une belle créature, jeune encore, avec de ces grands yeux noirs qui brillemnt \u201cd'un éclat sombra\u2014tout deux luttaient à qui serait plus empressé pour recevoir Mme Figeac \u201cet son monde\u201d.Ett la grosse femme, \u2018vous rouge encore du bain de soleil qu\u2019elle venait de prendre: \u2014Vous voyez, Guibal, nous verñons sans façon es en troupe.Mais ça reste quand méme en famille, parce que.cette petite maigriotte.vous ne la connaissez pas?\u2014Pas encore, madame Figeac.C'est notre cousine, la petite-fille de la mère Laugier, de la Plagne.\u2018 \u2014Ah! oui./ \u2014Une pauvre orpheline.pas heureuse.Mais enfin, nous étions là ; et nous l\u2019avons prise avec nous.\u2014Une bonne pensée que vous avez eue là, madame Figeac, fit Guibal un peu étonné peut-être de voir la dame devenue si charitable.\u2014 Bien sûr, ajoutait négligemment la grosse femme, bien sir que ce n'est pas par intérêt, attendu que chétive comme vous la voyez.| \u2014Ftt puis si jeune.» \u2014Ce n\u2019est pas demain, ni après, qu\u2019elle pourrais me gagner ce qu\u2019elle va me coû- ter, la pauvre.\u2014 Enfin, fi diplomatiquement Guibal, on ne regarde pas à ça quand on rend service, pas vrai, Louison?\u2014Ah! ibien sûr, pechère, répondit - en joignant les mains la femme à Guibal qui ne parlait pas avec la même saveur d\u2019accent que son mari.\u2014Surtouit, conclut Mme Figeac, quand on rend service de bon coeur.Et c\u2019était dit, tout cela, avec belle inconscience d\u2019impitoyaible une si bonho- \u2014 51 \u2014 > > Vol.10, No 12 mie, que Reine, si elle éprouvait un indéfinissable sentiment de gêne es de honte, ne songeait pas cependant à s\u2019en offusquer.Assurément elle aurait plus discrètement rendu, elle, ces services qu\u2019on devrait laisser ignorer de la main gauche quand c'est la main droite qui les distribue.Mais, depuis quatre ans bientôt, elle s\u2019habituait aux allures et aux expansions méridionales.Elle trouvait tout naturel\u2014très légitime au moins\u2014que sa cousine ne fit pas mystère de sa généreuse action ;\u2014et elle ajouta avec son joli sourire et son accent de petite Parisienne que Caroline déclarait le plus affreux du monde: \u2014N\u2019est-ce pas, madame, que j'ai été heureuse de trouver de s1 bonnes parentes ?A quoi Louison Guibal avait bien envie de répondre: \u2014D\u2019autant mieux que votre grosse cousine n\u2019a pas la réputation d\u2019attacher ses chiens avec des saucisses.Mais elle se borna à conclure poliment, pendant que Caroline vidait Je resvant du pot au laït dans sa tasse : \u2014Vous avez eu la bonne chance, mam\u2019- selle Laugier.Il faut bien qu\u2019elle tombe sur quelques-uns, vu qu\u2019il y en a tant qui lui courent après sans jamais l\u2019attraper.\u2014A vous revoir, mesdames, fit Guibal.Et la Louison ajouta \u2014 comme on dit dans le pays: \u2014Bonne santé et bon contentement à tous.Mais ce souhait-la \u2014 aujourd\u2019hui du moins, \u2014ne devait pas se réaliser.i %* Une promenade, pour peu qu\u2019elle se prolonge, devient bien vite fatigante sous ce LA REVUE POPULAIRE Montréal, Décembre 1917 ciel de feu \u2014 surtout quand le siroco y souffle tous à coup, comme en cet après- midi, son haleine embrasée.Les dames Figeac rentraient à Peyrar- gues, lasses, un peu énenvées déjà par, le vent, qui, depuis une heure, soulevait, sur les routes blanches, des tourbillons de poussière étouffante, et Caroline, pour sa part, était de fort méchante humeur.Et voilà que, pour l\u2019irriter encore, à son coup de heurtoir, Maria ne répondit qu\u2019après s'être fait interminablement attendre, juste au moment où un effréné tourbillon balayait le boulevard circulaire dans une désastreuse envolée de feuilles arrachées aux platanes et dans un aveuglement de poussière irrespirable.\u2014 C\u2019est insupportable ! cria rageusement la \u201cprincesse\u201d, quand enfin la ser- vane ébouriffée se décida à leur ouvrir - la porte dans le bruit assourdissant du carillon d\u2019avertissement.\u2014 C\u2019est à croire que vous le faites exprès ! Où étiez-vous donc?\u2014Eih bien, quoi, réponidit Maria en se rebiffant déjà, j'étais occupée.\u2014Pas à travailler, toujours.parce que ça n\u2019entre guère dans vos habitudes, riposta Caroline dont les marines s\u2019ouvraient comme aux chevaux qui sentent la poudre.\u2014Qui est-ce donc qui fait mon ouvrage?\u2014Parlons-en\u2026 de la manière dont vous le faites.\u2014Oh! mam\u2019selle.si vous n\u2019êtes pas contente, vous n\u2019avez qu\u2019à le dire.Positivement, le siroco l\u2019énervait aussi, celle-là, Et Mme Figeac, inquiète déjà de la tournure que prenait la discussion: \u2014Voyons Maria.voyons Caroline.\u2014C\u2019est ça, maman, soutiens-la.Une insolente qui nous met le marché à la main.Ah! si c\u2019était moi.\u2014Si c\u2019était vous, interrompit farouche- \u2014 B52 \u2014 = 2 # Vol.10, No 12 ment Maria, vous me ficheriez à la porte, pas vrai?\u2014 Parfaitement.\u2014Eh bien, vous n\u2019en aurez pas la peine.Bonsoir la compagnie.\u2014 Maria! s\u2019écria désespérément Mme Figeac qui tenait à cette fille.\u2014IL n\u2019y à pas de Maria.Voilà assez longitemps que je m\u2019éreinte à \u2018faire la besogne de trois hommes.\u2014 Maria ! \u2014 Pour vingt francs par mois.sans compter, à la journée, les attrapages de votre grande bringue de fille.Ouste.je me trotte.\u2014 Vous me devez mes huit jours, balbutia la grosse femme qu\u2019empourprait une bouffée de colère.\u2014 Vous me les retiendrez.Autant de gagné pour vous.Et moi ça me fera plaisir de pouvoir dire comment vous payez vos dus.\u2014Ah! vous vous repentirez.\u2014\u2014Pense pas.Réglez-moi toujours en attendant.\u2014iCe ne sera pas long.\u2014dJ\u2019y compte bien.Je vais fermer ma malle.Oh ! vous pouvez monter la visiter.Ett puis j'aime mieux.Vous diriez bien que j\u2019emporte la moitié de votre maison.Et elle grimpa quatre à quatre, là-haut, à sa chambre du second, laissant ces trois femmes ahuries\u2014et Mme Figeac consternée.- \u2014Eh bien, nous voilà propres, gémis- sait-elle.Jamais je ne trouverai sa pareille.\u2014Ma cousine.Voulez-vous que j'aille essayer de lui parler raison.\u2014I] ne manquait plus que ça; rugit Caroline.\u2026 J'aimerais mieux me servir moi- même.jusqu\u2019à Ja fin de mes jours.plutôt que de me retrouver en face d\u2019une pareille drolesse.LA REVUE POPULAIRE Montréal, Décembre 1917 \u2014Te servir toi-même.répéta sa mère en haussant les épaules.Et puis, tout a4 coup, comme $i elle venait d\u2019en prendre son parti: \u2014Enfin, c\u2019est fait.Ce serait encore plus embêtant.il faudrait le gober quand même.Je vais régler son compte.Tu le lui monteras, Reine.\u2014Oui, ma cousine.\u2014T'u visiteïras sa malle.\u2014.Oul.ma cousine.mais je me CONNAIS pas assez.je ne saurai pas.\u2014Tu feras le simulacre.pour qu\u2019elle en ait affront.et tu la flanqueras à la porte, sur l'heure.\u2014Je lui dirai, oui.de s\u2019en aller.\u2014Sur l'heure.Elle régla le compte, donna I'argent, à Reine et lorsque, quelques instants apres, celle-ci reparut après un nouveau et inter- mimable carillon de la sonnerie de la porte d\u2019entrée.\u2014Elle a filé?\u2014Oui, ma cousine., Et la grosse femme changeant brusquement de ton : \u2014Nous n\u2019allons pas en perdre le boire et le manger, heim?.\u2014Ah ! pour sûr, opina Caroline encore {rémissante de l\u2019injure qui l'avait atteinte au plus vif de ses prétentions.\u2014dJe sais bien que pour la remplacer en ce moment, pendant le plein des récoltes, ça ne sera pas facile.Elles gagnent aux champs ce qu\u2019elles veulent.Mais enfin, ajouta-t-elle jovialement, ce n\u2019est pas dans une maison ou nous sommes trois femmes que nous ne parviendrons pas.pendant quelques jours.N\u2019est-ce pas, Caroline?.Mais la grande fille, bien nettement : \u2014Oh! tu sais, maman, je t\u2019en préviens tout de suite: pour les choses du ménage, je n\u2019aurai ni le goût ni le temps de t'aider.J'ai d\u2019ailleurs cette broderie qui doit \u2014\u2014 ALT it: oH qu Vol.10, No 12 être achevée quand M.Albéric arrivera.\u2014Oh ! ta broderie.\u2014Non, ne compte pas sur moi.Parc que pour laisser dire dans Peyrargues que Mlle Figeac fait la Marie-Torchon à Ja cuisine.Ah! non.non.je ne me donnerai pas ce ridicule.\u2014Oui, explosa la grosse femme, tu aimeras mieux laisser trimer ta mere!.Ah! autant von frère que toi, je pourrai dire qu\u2019ils m\u2019ont secondé, mes enfants, boudiou de boudiou!.Et la petite Reine, pour l\u2019apaiser, car elle la voyait se congestionner.s\u2019empourprer.\u2014Mais oui, ma cousine, pendant quelques jours, nous pourrons tres bien.vous verrez.\u2014Ah! tu es une brave enfant, toi.tu sais ce que tu me dois et \u201cu ne voudrais pas passer pour une ingrate.Eh bien, c\u2019est dit, à nous deux nous feront honte à cette reine de Hongrie.\u2014Cousine.\u2026 puisqu'elle n\u2019en a pas l\u2019habitude.puisqu\u2019elle a autre chose à terminer.nous allons arranger ça, Je vous dis.Voyons, que vais-je faire, moi?.Et pendant qüe la grosse femme fricotait dans la cuisine, Reine se mit à la besogne dans les chambres.Eh! dans celle de Caroline comme dans les autres, puisque la princesse trouvant cet arrangement tout naturel s\u2019était installée à sa broderie.et de fort mauvaise humeur, enco- Te.Ça ne marcha même pas trop, mal, ce ; jour-là.De sorte que, le soir, Mme Figeac sa disait : \u2014FEn prenant, le matin, pendant une heure ou deux, la mère Ribard pour le gros ouvrage, nous pourrons très bien attendre.nous attendrons tres bien.Et puis, quelques jours plus tard, quand, peu à peu\u2014chaque fois en s\u2019en défendant, \u2014d Rn LA REVUE POPULAIRE Montréa!, Décembre 1917 Mme Figeac eut laissé Reïnë lui prendre des mains la besogne qu\u2019elle mettait en train tous en gémissant: \u201cBoudiou.penser que je perds ici mon temps et qu\u2019il y a tant besoin de moi ailleurs!\u201d \u2014 la grosse femme commença à déclarer \u2014 de bonne foi peut-être: \u201cImpossible de trouver une bonne domestique avant la fin des vendanges.\u2019 Ett puis elle se garda de plus rien dire du tout: & quoi bon changer ce provisoire qui s\u2019organisait en douceur?Mais ce qui avait débuté comme une be- sogQgy commune devin\u2019 insensiblemen: la tâche quotidienne, incessante, chaque jour plus dure, de la petite onpheline dont Mlle Figeac, à présent, ne se gênait plus de: dire languissamment : \u2014I1 ne lui manquerait que ça de ne pas se rendre utile.pour l'embarras qu\u2019elle nous donme.et l\u2019argent qu\u2019elle nous coûte.Et c'est ainsi que cee enfant faible et délicate, qui ne mesurait ses forces qua son courage, devint la petite Cendrillon de ce logis où maintenant Mme Figeac ne faisait que \u201ctourbiilonner en coup de vent pour s\u2019écrier: \u201cBoudiou!.que j'ai do à faire aujourd\u2019hui!\u201d et pour disparaitr tr) aussitôt du côsé du cellier ou à la pour- quite de quelque travailleur.Ou Caroline ne mettait plus de ménagements & grogner de sa voix aux aigreurs nonchalantes: « \u2014 Mais, j'ai sonné, Reine.donc pas entendu ?Et où Cendrillon qui se répétait du matin au soir: \u201cC\u2019est un mauvais moment à passer\u2026 et il faut bien montrer à ma cousine que je ne suis ni une fainéante, ni une ingrate\u201d, s\u2019acharnait a ce nouveau.ace dur.& cet humiliant travail.Ah! de tout son courage \u2014mais plus que de toutes ses forces.vous n\u2019avez 54 \u2014 Lagi a = pew ppg Vol.10, No 12 Elle avait seize ans.Elle était fréle.elle n\u2019avait jamais été accoutumée.\u2026.jamais ravalée à de \u2018elles besognes donit la mausés lui étais aussi une insupportable fatigue.Et maintenant, éveillée par Mme Fi- geac qui sautait du dit à l\u2019aube, elle se levait aussitôt pendant que Caroline ne faisait d\u2019allusion à son labeur matinal que pour lui dire, les yeux encore gonflés par la grasse matinée qu\u2019elle venais die pareisser idans sa chambre : \u2014 Mon Dieu, commë Vous m'avez empêchée de dormir, avec votre tapage ! / \u2014 Et jusqu\u2019à la nuit noire, la pauvre petite faisait oeuvre de servante\u2026 de l\u2019unique servante de la maison.Le-déjeuner\u2026 il fallait bien le préparer.et le diner aussi, puisque la cousine n\u2019était pas là.n'était jamais 1a.Les chambres, il fallait bien les faire.À.ceïte besogne la pauvre petite se surmenait.Fille en devenait pâle.avec une cernure blenâtre chaque jour agrandie autour de ses yeux qui m\u2019avaient pas leur compte de sommeil.Elle se surprenait à s'arrêter pour reprendre péniblement haleine, comme si ses poumons devenaient, eux aussi, trop las pour aspirer l\u2019air de cette cuisine surchauffée ou de ces chambres poussiéreuses.Ah! Dieu! quand elle pensait à sa douce vie de là-bas, à la pension de Neuilly \u2026 sa douce vie sous l'aile des cornietles blanches des bonnes soeurs.- Sa douce vie qui devenait si \u201cendrement égayée quand le pauvre père.\u2026 Te cher père qui l\u2019aimait tant, la prenait deux fois par mois\u2014deux jours de grande fête, \u2014 pour la promener dans ce beau Paris.si loin.si présent quand même à son souvenir! Et quand elle n\u2019allait pas si loin dans \u2014 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Décembre 1917 ses pensées et ses regrets.quand elle s\u2019arrêtait là-bas, à la Plagne, où pendant près de quatre ans sa vieille grand\u2019mère\u2014 mailigré leur pauvreté\u2014avait su lui faire \\pourant un nid d\u2019exquise affection ! Pauvre chère créature\u2026 elle \u2018avait toujours peur, elle, de Ja voir se fatiguer.Elle lui disait toujours: \u2014Tu as assez brodé.dans tes livres.Lire!.broder!.[Le coussin de la grand\u2019mère avec ses fuseaux.le vieux coussin qu\u2019elle avait emporté comme une relique était toujours\u2014avec le sien \u2014 au fond de sa petite malle.Elle ne l\u2019en avait jamais sorti.Et une servanie ne songe pas à jeter les yeux sur un livre, quand elle peine depuis l\u2019aube jusqu\u2019à l\u2019heure où, harassée de fatigue, elle tombera sur son lit pour s\u2019y assoupir d\u2019un sommeil de plomb.dun sommeil qui ne sera même pas réparateur, parce qu'au moment où il le deviendrait, une voix jovialement féroce va brusque- mient l\u2019interrompre: \u2014Allons, Reine, voilà une heure que je trotte déjà !.Mais chez ceste demoiselle de Ladevèze, ce n\u2019aurait sûrement pas été si dur!.Mais, chez cette vieille fille on ne aurait pas condamnée à des tâches si rebutantes.Mais de là, au moins, elle aurait pu s'en aller.Tandis que d\u2019ici\u2026 de chez sa bienfaitrice!.7 \u2014Allons.allons, se disait-elle désespérément, ça ne durera plus bien longtemps.Et pufs.en effet, ça ne pourrait \u2018pas durer.Reine sen:ai: bien qu\u2019elle serait, un jour, obligée de s\u2019arrêter.de crier à Mme Figeac : \u2018 \u2014Je n\u2019en puis plus.je n'ai plus la force ! ' va lire un peu \u2014 Lt D ADO D en RAA SL PES SEA SPR HT \\ Val.10, No 12 Mais comme, apres les venidanges, ce serait fini.comme, deux ou trois fois déjà, la pauvre petite avait eu le crève- coeur, \u2014quand elle laissait apparaître quelque défaillance, \u2014d\u2019entendre Caroline \u2014Ah! on se fatigue vite quand c\u2019est pour rendre service à ceux à qui on doit tout.Alors, elle raidissait son corps d\u2019enfant.son pauvre petit corps déja tout amaigri.Elle essuyait ses yeux cernés pour qu\u2019on ne vit pas qu\u2019elle avait pleuré de colère d\u2019être si lasse\u2026 elle aspirait une gorgée d'air pour en remplir ses poumons haletants,\u2014et elle se disait : \u2014Non, je ne me pplaindrai pas.non, ja ne m\u2019arrêterai pas.non, je ne me rebuterai pas.parce que moi aussi je veux leur rendre service pour bienfait.V \\ LE temps des vendanges approchait.Chaque matin, à présent, on allait aux vignes voir si les raisins, gonflés a point, donneraient, dans les cuves profondes, une belle inondation de jus bien sucré et titrant un haut degré du pèse-moût.Déjà les oeillades \u2014 qui mirissent les premières\u2014laissaient éclater leurs grains allongés, au duvet bleuâtre.Les muscats blancs aussi, dont par-ci, par-là, le père Figeac avait planté quelques ceps au \u2018travers de ses aramons et de ses jacquez,\u2014les muscats se couvraient de ce hale doré qui est, à lui tout seul, une promesse de saveur et de parfurg.Le temps était au beau fixe: on pouvait commencer désormais quand on voudrait.Fit Mme Figeac était, ce matin-là, à son petit bureau, dans un coin de la vieille salle à manger-salon, tout occupée à organiser, pour le lendemain, ses premières LA REVUE POPULAIRE Montréal, Décembre 1917 équipes de coupeuses et de porteurs, \u2014 lorsqu'elle sursauta au vacarme plutôt qu'à l\u2019appel du marteau de la porte d\u2019entrée.C\u2019était d\u2019ailleurs si bruyant, si crépi- tami, que Reine, tout ébaubie, s\u2019était pré- cipitiée du fond de la cuisine pour aller bien vite ouvrir à des gens si tapageusement \u2018pressés.Et elle avait reculé \u2014 positivement, \u2014 devant l'invasion de deux grands gaillards qui, sans la moindre façon, avaient alors ouvert la porte de la salle à manger et s\u2019y étaient précipités, pendant que Mme Figeac, levant ses gros bras au ciel: \u2014Cyprien ! Monsieur \u2018Albéric!.Ah ! bien!.si je vous alstendais déjà! \u2026 \u2014 Une surprise, maman.°- \u2014Que nous avons voulu vous faire et à mam'selle Caroline aussi.Et le camarade de Cyprien ajouta en ouvrant & son tour ses bras: , \u2014Mais embrassons-nous donc, madame Figeac! Et quand toutes les accolades protocolaires eurent été échangées entre la grosse femme et les nouveaux arrivants: \u2014Et mam'selle Caroline, où donc qu\u2019elle est ?\u2014Dans sa chambre.Ah! encore une qui va étre surprise.Reine, fit-elle, en se tournant vers la petite blonde qui regardait tout effarée, de l\u2019embrasure de la porte où elle était restée, ce tableau si bruyamment familial, Reine, va donc la prévenir.\u2014J\u2019y vais.Jy vais.Elle avait déjà disparu dans l\u2019escalier, qu'elle montait en courant.\u2014Ah! elle s\u2019appelle Reine, la petite bobonme, fit; Albéric de cet air que, malgré eux, prennent les amateurs parlant de ce qui les intéresse., \u2014Tu n\u2019as donc plus Maria, maman?.56 \u2014 Vol.10, No 12 La grosse femme alla s\u2019assurer si la petite ne pouvait iplus entendre.\u2014Que je vous dise vite: c\u2019est une orpheline, un peu notra parente.qui était dans la misère.Je l\u2019ai recueillie.\u2014Une parente?interrogea curieusement Cyiprien.\u2014Oui, une Laugier.\u2014De la Plagne?\u2014Touf juste.\u2014Je crois bien qu\u2019elle nous est parente!.Notre arrière-grand'mère était la soeur de la sienne.\u2014 Possible.maïs enfin des gens que, depuis des années, on ne voyait plus et qui étaïent tombés dans la dernière débine.Cette petite cherchait à se placer.j'ai eu pitié d\u2019elle.\u2026 Pas forte, pas robuste.Ici, tu comprends, elle ne fait.pas plus que ses forces.\u2014Eh \u2018bien, tu ne pouvais pas mieux agir.\u2014Pas mieux, répéta comme un écho, M.Albéric.\u2014Seulement, tu as déjà compris, Cy- prien, qu\u2019avec celle-là, moins qu\u2019avec une autre, il ne faut de ces familiarités que des enfants comme elle prendraient si vite pour des avances.Je t\u2019en préviens.et je suppose que M.Albéric, qui est autrement sérieux que toi, y aura l'oeil.Et purs.assez là-dessus: la voilà ! Fi; comme, en effet, la jeune fille rapa- raissait : \u2014Eh bien?demanda Mme Figeac.\u2014 Fille descend .tout de suite.\u2014Enifin\u2026 quoi?\u2026 elle fait un brin de toilette, pas vrai?.\u2026 fit Cyprien en clignant de l\u2019oerl.\u2014Oh! ce ne sera pas long, mon c.Mais, avant d\u2019avoir prononcé ce mot \u201cmon cousin\u2019, Reine fut arrêtée aussitôt par un fulgurant regard de Mme Figeac.un regard à la fois si élonné, si vourrou- LA REVUE POPULAIRE \u2014 57 Montréal, Décembre 1917 cé, si impérieux, qu\u2019elle ne sut que balbutier, en se reprenant : \u2014Pas long.pas long du tout.Et elle se sauva à la cuisine.Non, jamais, comme à ce moment, elle me s'était aperçue qu\u2019elle ne faisait pas partie de cette famille.| Albéric ne l\u2019avait pas\u2014pendant tout ce flemps-la\u2014perdue du regard.\u2014Mais c\u2019est vrai, fit-il à Cyprien, quand elle eut disparu, c\u2019est vrai qu\u2019elle est jolie, cette gamine.Des cheveux blonds superbes.des yeux longs comme qa.Et la grosse femme, qui avait entendu : \u2014Ah! ce n\u2019est pas devant elle, surtout, qu\u2019il faudrait dire ça.\u2014Devant elle, fit-il avec son rire écla- Lant, pas mieux que devant mam\u2019selle Ca roline.C\u2019est elle qui aurait alors raisoñ de me dire: \u201cMon garçon, tu regardes là ce que tu ne dois pas regarder.\u201d \u2014Oui\u2026 et puis, comme j'ai recommandé à Cyprien, une maigriotte qu\u2019il faut laisser dans son coin.\u2014Eh! murmura-t-il \u2014 mais de façon, cette fois, à n\u2019être pas entendu de sa future belle-mére\u2014eh ! des maigriottes comme ça.Il n\u2019acheva pas.Voici qu\u2019au milieu de nouvelles exclumations entrait mam\u2019- selle Caroline.En un tour-de main (Ah! il fallait bien cet événement d\u2019importance pour changer ainsi ses habitudes), en un tour de main elle s\u2019était habillée.elle s\u2019était bichonnée.poudrerizée\u2026 et elle arrivait toute sourianite\u2026 Eh! ma foi: presque jolie.Car toutes les femmes,\u2014quand méme et en dépit de la nature ingrate, \u2014 toutes Jes femmes, quand elles veulent plaire ou qu\u2019elles éprouvent un plaisir, ont une Jueur dans les yeux.un éclat aux joues.un je ne saïs quoi indéfinissable qui, ne fut-ce ptr ET Te ae EEE IR J Sy Rp yp Vol.10, No 12 qu'un moment, les rend, elles aussi, attrayantes.C\u2019est qu\u2019elle était bel eo: bien amoureuse, cette Caroline.Tout ce qui s'était épanoui de bleu dans Tassez aride jardin de son coeur,\u2014 elle en avait fleuri ce roman tardif qui lui permettait, à elle comme à ses contemporaines, de dire orgueilleusement: \u201cEnfin! \u2026 j'ai un soupirant, un flancé, \u2014 j'aurai un mari.\u201d Comme les autres.Er; quel mari!.Cert; quil était beau garçon, monsieur Albéric! Beau d\u2019une beauté courtaude et räblée, \u2014aivec du muscke- \u2014du double muscle \u2014 aux molles comm: aux biceps\u2026 \u2018Avec du sang vermeil qu'on sentait courir sous cet épiderme de beau brun dont les brouillards de Lyon n'avaient pas décolore l\u2019ambre natal.Avec des cheveux drus et noirs, bien plantés sur un front petis comme ceux de ces Romains dont- on voit les budies au musée de Nîmes Aviec une barbe frisée qu'il -portait en fer à cheval, sous des moustaches aux pointes menaçant le ciel.Avec son \u2018a«udace joviale, surtout.cet- fe audace un peu méjprisante qui venait de Jui faire prenidre \u201cla princesse\u201d à pleine taille, pour Jui planter sur les joues deux baisers plus sonores encore que ceux dont il avait gralirfié Mme Figeac.Deux baisers, moitié gloutons, moitié rieurs, qui avaient fait exhaler à la grande fille un cri de pintade énamourée : \u2014Oh ! monsieur Albéric.Grand fou !.Et maintenant c\u2019est lui qui racontait l\u2019aventure de leur voyage.et de leur brusque arrivée.| Ce ; une idée qu\u2019il avai\u2019 eue: LA REVUE POPULAIRE Montréal, Décembre 1917 Se bien garder d'annoncer leur arrivée.Prendre à Lyon\u2014] usqu\u201d\"en Avignon \u201d \u2014lg bateau à vapeur d\u2019où l\u2019on voit, tout le jour, glisser, à contre-courant, Iles prairies herbeuses, les villes é élagées en amphi-, théâtre et les montagnes arides où les manoirs démantelés confondent leurs tours en ruines avec les rocs dont ellles ont pris la couleur brûlée.- \u201cEn Avignon\u201d raverser le Rhône sur le pon; qui côtoie les ruines de celal ou dansaient en rond nos aïeules, et puis monter dans le train qui conduit à Nîmes.Arriver dans la cité gallo-romains à la nuit, quand la lune ss lève derrière les arènes dont ells trous Ja masse noire de grands cintres lumineux où sa clarté bleue mord les colonnes effritées par les siècles.Après avoir repris pied es repris langue sur le boulevard circulaire, afllsr se reposer quelques heures\u2014jusqu\u2019à Faube\u2014dans.un petit h(tel, tous près de la porte d\u2019Auguste.Ft puis, au jour levant, prendre pedi- bus cum jambis, le chemin de Peyrargues à travers les vignes toutes noires de raisins murs.Les vignes où, dès que le soleil commence à\u2018 chauffer, on peut gra- piller pour se rafraîchir la bouche.\u2014Et comme ça, conchuait-il, personne na se -dérangs pour aller nous chercher à la gare.On a le plaisir de surprendre les gens.Et il ajoutait en riant, d\u2019un rire qui retroussait sur ses dentts blanches ses lèvres charnues : Cu \u2014dJe crois bien que c\u2019est au lit qu'on - VOUS à surprise, mam\u2019selle Caroline?\u2014Allons donc, protestait-elle, vous n\u2019y conmiaissez Tien.Il y a longtemps que j'étais levée.Vous ne sfvez donc pas que nous sommes en vendanges?On va commencer demain.\u2014Quelle chance: voila deux ouvriers de 4 \\ Vol.10, No 12 plus qui vous arrivent.et des bons.Vous allez voir ça demain matin.Et, en attendant.\u2014En attendant, vous allez vous installer.\u2014Nous débarbouiller.parce qu'il y a une poussière sur la route.| \u2014Ah! s\u2019écria Caroline en l\u2019interrompant, sa chambre, maman.nous n\u2019y pensions plus.\u2014Elle n\u2019est.pas démolie au moins!.\u2014 Non, mais Reine y est.\u2014La petite blonde?\u2014Oui.\u2014Aih ! diable! Et il riait encore plus large : \u2014En effet, ce ne serait pas convenable.Caroline_haussa impatiemment les épau les: \u2014Oh! si vous recommencez déjà à dire des bétises.Nous allons arranger ca.Eis à sa mère: \u2014F'ais-la vite déménager.Mme Figeac la reganda comme pour s\u2019assurer si elles \u2018avaienit la même idée.\u2014Eh oui, reprit Caroline.dans la chambre de Maria./ \u2014Je ne voudrais pas être une cause de dérangement pour cette petite.\u2014La belle affaire! c\u2019est de l\u2019autre côté de l\u2019escalier et elle y sera très bien.\u2014Mais\u2026 je pourrai la prendre, moi, celle chambre.\u2014Quelle horreur!.vous mettre dans ce débarras! Maman, va dire & Reine.Et \u2018Cardline se remit & causer, à minauder et & rire avec M.Albéric, pendant quie sa mère se dirigeait du côté de la cuisine et que Cyprien, haussant philosophiquement les épaules, murmurait, se parlant plutôt à lui-même : \u2014iSavoir si elle y sera bien que ça dans le taudis de Maria.LA REVUE POPULAIRE - rm C\u2019@ait un méridional aussi, ce Cyprien ; un méridional au teint bruni et aux cheveux noirs, Mais cela ne le faisait guère ressembler à son ami Albéric.Comme sa soeur \u2018Caroline, il avait poussé en hauteur, tout en restant mince et quelque peu dégingandé.Comme elle, il avait, innée, cette nonchalance qui, chez Caroline se traduisait en maussaderie paresseuse, et qui, chez lui, se manifes;ait par un immuable dandinement sur deux longues jambes \u2014 un dandinement qui se rythmait à la façon d\u2019un balancier et marquait ainsi d\u2019allure de \u2018son esprit, comme celle de son corps.Ne se hâtant jamais.toujours disposé à s\u2019allonger dans quelque coin, pas trop ensoleillé, pas trop ombreux non plus, où, sous prétexte d\u2019une cigarette à fumer, il révasserait des heures entières.com- mumiant délicieusement avec la vie universelle qui s\u2019éparrouit au soleil dans ce pays aux senteurs de baume.émerveillé par le vol d\u2019une mouche au corselet d\u2019or ou d\u2019azur.\u2026 racontant des histoires aux nuages blancs qui s'allongent, vers le sud, et qui les emporteront du côté d\u2019Aigues- Mortes \u2018où les collines s'abaissent et ou la mer commence.écowsant, en réponse, les récits que chante le vent dans les oliviers et les chênes verts\u2014et grisé bientôt de thym, de lavande et de lumière.Il y avait des cheveux bouclés qu\u2019il portait longs\u2014en poète, disait Albéric\u2014 en vagabond, rectifiait Mme Figeac.Sa barbe avais poussé rare et frisée, et il la portait vienge de toute atteinte du rasoir des barbiers.Il était plutôt gauche et inharmonieux, avec le lorgnon qui venait en aide à ses , yeux de myope.Mais ces gros yeux étaient d\u2019un bleu bordé de noir, très limpide, et il y passait Montréal, Décembre 1917 Vol.10, No 12 parfois des lueurs fugitives qui ne lais- saientt guère soupçonner ses nonchalances traînardes.En somme (c\u2019est encore Mme Figeac qui le disait), un grand dégingandé, toujours à cent lieues de l\u2019endroit où on était.et surtout à cent lieues des jpro- pos qui s\u2019y \u2018tenaient autour de lui.un hébété, quoi!.\u2026.\u2014 Oui, faisait en riant Albéric: un poète.C\u2019est ice myope, cependant, qui y voyait déjà le plus clair.Bienfait\u2014charité\u2014devoir de famille.Beaux mots, belle fagade, mais qui devaient dissimuler quelque chose de plus pratique.Déjà, au commandement de sa mère, il avait vu la petite trotter comme un chat maigre.Sans attendre qu\u2019on l\u2019y renvoyât, il l\u2019avait vue ensuite se sauver dans la cuisine.Maintenant on la dépossédait de la chambre qu\u2019elle occupait au second pour la reléguer dans le grenier.l\u2019imfect grenier dont il xl\u2019avait pas perdu le souvenir nauséeux.\u2014Pauvre file.avait-il pensé.ni avec maman, ni avec Caroline elle ne doit avoir \u201cles sept joies\u201d.Mais, haussant encore une fois ses épaules osseuses comme celles de sa soeur: \u2014Bah! on ne l\u2019y tient pas de force.Quand elle en aura assez, elle s\u2019en ira.A ce prix-la, elle trouvera ailleurs et sans peine du pain & manger.Et comme cette petite blonde\u2014qui était \u2018sa cousine, que diable !\u2014intéressait quand même sa curiosité, il s\u2019en alla flamer du côté de la cuisine, sachant fort bien d\u2019ailleurs que Caroline et Albéric me pour- ralent que lui savoir gré,\u2014en ce moment de doux et obligatoire transport,\u2014de leur ménager \u2018ainsi, sans en avoir lair, un premier tête-à-tête, un premier duo: \u2014enfin seuls!.LA REVUE POPULAIRE Montréal, Décembre 1917 La grosse femme, la-bas, expliquait déjà à Reine: \u2014Tu comprends, ma petite, dans les moments d\u2019embarras on s'arrange comme on peut.Je t'avais logée dans la chambre de M.Albéric.Pendant quelques semaines il faudra en déménager\u2026 Alors, fit naïvement la petite, Caroline veut bien que je m\u2019installe dans la cham-' bre a coté de 1a_sienne.\u2014Mais non.mais mon,.Ca serait encore des embarras.Il n\u2019y a pas de lit monté\u2026 \u2018Tandis que \u2018dans-Ja chambre où couchait Maria.\u2018 \u2014Oh! le grenier.qui est si encombré.Elle n\u2019osa ajouter \u201csi sordide\u201d.\u2014FEh bien.tu vas y mditre un peu d\u2019ordre, on te donnera un coup de main, si on a le temps, et, une fois tout rangé, vu verras que c\u2019est une chambre.pas mauvaise du tout.Et comme, à ce moment, Reine voyait entrer \u2018dans la cuisine ce grand garçon dégingandé qui abritait ses gros yeux bleus derrière son lorgnon et qui souriaif.non.pas méchamment du tout.elle eut honte de ce marchandage de taudis\u2014 et, avec une rougeur soudaine de ses joues pâlies: | \u2014IC\u2019est entendu, fit-elle en une hâte de fièvre.\u2014Et si tu as besoin qu\u2019on t'aide.\u2014Non\u2026.je n\u2019aurai pas besoin\u2026 \u2014 Cependant, cousine, fit une voix au timbre masculin, il y en aura, des caisses et des embarras de maison à remuer\u2026 et je Vous assure que ce coup de main ne sera pas de trop.La veuve Figeac se retourna, étonniée, vers celuli qui entrait ainsi, sans crier gare, dans la cuisine et dans da conversation.\u2014Ah! cest toil.\u2014Oui, j\u2019offre à la cousine. Vol.10, No 12 \u2014Mais tu vois bien que cette petite aime mieux faire ga toulle seule.Tiens, elle y va déjà.\u2026 Oui, insistait-elle, tu as raison, Reine.débarrasse-toi tout de suite de cet ouvrage-la.et puis reviens vite.Il y a le déjeuner à surveiller.et moi, tu sais, j'ai mes vendangeurs pour m\u2019occuper.Ah! quel métier!.quel métier!.Ei prenant son fils à part dans un coin de la vaste cuisine où, maintenant, ils étaient seuls: \u2014Ne te mêle donc pas de ça, je te prie.\u2014Mais maman, tu l'envoies nettoyer un recoin que je connais bien.et où je sais ce que, depuis un demi-siècle, on a entassé.Il en faudrait quatre comme elle.\u2014Ce qu\u2019elle ne pourra pas faire elle le laissera.| \u2014Alors, ce sera toujours le méme taudis que du temps de Maria.\u2014Qu\u2019es:-ce que ça peut te faire?\u2014Mon Dieu.quand ce ne serait que pour arriver à comprendre.Enfin, que fait-elle ici, cette petite Laugier?\u2014Tu le vois bien, elle m'aide, \u2014A quoi?\u2014Au ménage\u2026 au nettoyage.\u2026 à tout ce qu\u2019il y a à faire dans une maison.\u2014 Cette enfars:!.> \u2014Tu t'imagimes peut-être qu\u2019elle n\u2019avait pas la même besogne chez sa grand\u2019 mère?=~Chez la meére Laugier elles étaient deux.Ici, sans la compter, nous sommes quatre.et je suppose bien que ce n\u2019est pas elle toute seule.| \u2014Mais non.mais non.il y a la mere Ribard.\u2014Je 1e disais aussi : une mauviette comme cetbe petite blonde.Mais, ou est-elle donc, la mère Ribard ?\u2014Fh! tu es donc devenu si regardant pour les choses de la maison !\u2026 Elle n\u2019est LA REVUE POPULAIRE \u2014 61 pas la tout le temps, la mere Ribard.mais enfin, quand il y a besoin.\u2014 Qui, murmura-t-il, quand on s\u2019aperçoit qu\u2019il ne faut cependant pas échinez la pauvre petite bête de somme.\u2014De quelle bête de somme parles-tu entre tes dents, imbécile ?.grommela Mme Figeac que son fils, avec sa clairvoyance de myope, mettait de mauvaise humeur, positivement.Et lui\u2014oh! habitué de longue date à ces amalbilités maternelles : \u2014De celle que tu combles de tes bienfaits, maman.mais qu\u2019il ne faudrait pourtant pas en accabler tout à fait.Et comme, contrairement à ses habitudes, la grosse femme en restait bouche bée, il alluma tranquillement sa cigarette à un \u2018brin de sarment à demi consumé déjà dans la vadie cheminée.\u2014Sur ce, je vais faire un tour dans le jardin.| | Pendant ce temps, Reine était montée au second étage.Oui, un taudis.un taudis sordide, cette piece oil, depuis des années et des années, se succédaient l\u2019incurie et la crasse des -servanites qui avaient passé dans la maison.La chambre, assez vaste, n\u2019avail jamais été ttapissée.Jamais la cheminée n\u2019avait été que grossièrement ébauchée en briquetage, jamais il n\u2019y avait eu aux murailles qu\u2019un crépissage de mortier, jamais aux ouvertures que la boiserie rudimentaire et le vi- traige indispensable, comme dans les greniers qu\u2019on se contente de mettre à l\u2019abri des grosses intempéries.Eit c\u2019était là, en effet, le grenier, le débarras de la maison.Là, les vieilleries hors d'usage, entassées, empilées en un innommable désordre, \u2014 RS EEE EE PERRIER TH RH NHR RRS RH RR HN I ARH TR RRR RR THR TT HS Montréal, Décembre 1917 Voi.10, No12 achevaientt de redevenir poussière, comme tout ce qui a cessé de vivre.Là, gisaient les caisses éventrées, les mailles disjointes, les chaises cassées, tout ce lamentable ramassis de ce qu\u2019on ne détruit pas,\u2014parce que, selon la bonne règle provinciale, il ne faut rien dé:ruire, \u2014 mais qui jamais.jamais plus ne servira qua donner un inviolable asile à la légion des rats et autres bêtes horripilantes.Là, dans ce coin un peu déblayé, un vieux lit, moins cassé que les débris d\u2019alentour, haussait un matelas exsangue de sa laine sur une de ces paillasses remplies de feuülles de maïs qui disparaissent peu à peu, maintenant, même dans les plus reculés villages, refoulées par l\u2019invasion des sommiers économiques.À côté du lit, une chaise, cassée seulement au dossier et pas trop disjointe encore des quatre preds;\u2014sur la cheminée de ibriquetage, une minuscule cuvette avec son pot à eau constituaient tout le mobilier de la \u201cchambre de Maria\u201d.Il est vrai que la malle de Reine y ajoutait encore un meuble\u2014un meuble in- Et quand la pauvre petite, \u2014en traversant le carré de l\u2019escalier qui faisait communiquer son \u2018ancienne et sa nouvelle chambre,\u2014eut fiévreusement traîné cette malle, trop lourde pour qu\u2019elle essayât seulement de la soulever.quand elle se trouva dans ce désordre poussiéreux.\u2026 dans cette atmosphère nauséeuse où tout ce passé à moilié détruit exhalait l\u2019odeur de la mort des choses, elle eut au «coeur le frisson d\u2019un grand découragement.\u201cSur cette malle échouée, à présent, au milieu de ce qui allait être sa chambre, elle se laissa tomber;\u2014et elle se prit à pleurer silencieusement.Voilà où elle en était, \u2014voilà ce qu\u2019elle était, dans cette maison où on l\u2019avait re- \" \u2014 62 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Décembre 1917 cueillie en lui disant qu\u2019elle y trouverait une autre famille!\u2026 Servante.Oui, presque du \u2018premier jour traitée en senvamte.Chassée, aujourd\u2019hui, de l\u2019endroit où elle pouvait encore croire qu\u2019on la regardait comme une égale\u2026 Chassée demain, sans doute, de La place qu\u2019on Jui avait laussé prendre au bas bout de la table familiale.Est-ce que les servantes mangent avec les maitres?.Eit l\u2019employais-on jamais à autre oeuvre qu\u2019à oeuvre domestique ?Est-ce que Mme Figeac faisait seulement le simulacre de l'aider aux soins du ménage, maintenant que, peu à peu, on les lui avait tous abanidonnés., maintenant qu\u2019elle y pâlissaut.\u2026 qu\u2019elle y succombais à la peine\u2026 .Maintenant qu\u2019on ne parlait même plus de mettre un terme prochain à cette abominable, à cette dégradante existence.Une servante\u2026 elle!.Son pauvre père avait essayé d\u2019en faire une jeune fille.oui, il disait, lui: accomplie, Il espérait \u2014 pauvre cher disparu \u2014 qu\u2019elle serait son orgueil \u20ac: sa joie.11 répétait souvent.il aimait a répé- ver : \u2014Va.quand tu-seras une grande et jolie demoiselle.moi, j\u2019aurai enfin eu le temps et les moyens de mettre, pour toi, quelques sous \u2018de côté.Quelques sous qui me permettront de \u2018 donner à un brave garçon.qui t\u2019aimera bien et qui sera content de trouver dans ta corbeille de quoi monter votre joli petit ménage.Quelle dérision!.Et quelle dérision encore ce que fui promettait la pauvre vieille grand\u2019mère quand, élevant, déja moins haut ses espérances, elle lui disait : : \u2014Je te trouverai bien un garçon qui Vol.10, No 12 Montréal, Décembre 191% LA REVUE POPULAIRE aimera mieux une gentille petite femme qu\u2019une grosse dot.et tu es assez gentille pour qu'on te prenne sans sou ni maille.rien que pour tes beaux yeux.Pauvres chers morts! Au moins, n'avaient-ils pas eu le crève-coeur de s\u2019éveiller de leur réve!.Au moins, n\u2019avaient-ils pas vu.n\u2019avaient-ils pas pressenti l'effondrement de leurs modestes ambitions.de leurs chers espoirs.Non, ils ne la voyaient pas li.subis- Sans parler des coups de main qu'elle pourra me donner.*% sant.acceptant une condition que des patvresses auraient refusée.Mais pourquoi alors l\u2019acceptait-elle ?Eh! m\u2019était-elle pas enlisée déjà, retenue, par mille dens sournoisement tenaces, dans une maison où, sous couleur de bienfan;, on profitait d'elle, elle le voyait bien,\u2014on abusaït d'elle, elle le sentait bien\u2014et d\u2019où on emploierait les plus hy- pocrites.les plus équivoques moyens pour l\u2019empêcher de partir.Et puis.partir.pour aller ou?Partir après une scène de récriminations.de reproches.d\u2019accusations d\u2019ingratitude auxquels elle n\u2019oserait pas répondre.Car, c'était bien connu, qu\u2019elle élait \u201cle bienfait vivant\u201d de Mme Figeac.(C\u2019était proclamé dans tout le village, qu\u2019à cette parente pauvre Mme Figeac faisait une immense chariié.La mère el; la fille l\u2019avaient assez dit et redit, \u2014devant elle \u2014à qui voulait l\u2019entendre,\u2014que jamais elle ne payerais par assez d\u2019efforts, par assez de reconnaissance, la bonté dont, pour elle, on avait fait preuve.Elle partirait donc acousée, convaincue d\u2019ingraticude et de sécheresse de coeur.Eit si elle tentait de retourner chez cette femme de Nîmes, celste placeuse où déjà elle était allée une fois, ce serait pour y être aussitôt suivie par la détestable référence que Mme Figeac s\u2019empresserait de donner.Et cependant elle se voyait succomber à la peine.Elle se voyait perdre, chaque jour un peu plus de ses forces et de son courage.Elle se voyait maigrir.Sous ses yeux le cercle bleu s'élargissait\u2026 La nuit, voilà mair/Jenant qu\u2019elle s\u2019éveillait tous baignée de sueur.L'autre jour, des femmes, dans la rue, l\u2019avalent arrêtée pour lui demander : \u2014Vous n\u2019étes pas malade?.Elle avait répondu un \u201cnon\u201d plein d\u2019effroi.Mais elle se sentait à bout.à bout.Un de ces jours elle ne pourrait plus.Alors.quoi?.Et elle pleurait silencieusement, assise, écroulée sur sa pauvre malle.souhaitant peut-être cdite mort\u2014cette sombre libéra- \u2014 63 \u2014 hs le le aa RTE RRR RH ¥ol.10, No 12 trica qui la faucherait en son premier printemps \u2018pour lui faire retrouver ceux qui l\u2019avaient tant aimée\u2026 Un bruit de pas et de rires retentit dans l\u2019escalier\u2026 Elle essuya ;peureusement ses yeux pleins de larmes.Caroline conduisait à sa chambre M.Albéric.Et, de son taudis, Reine entendit : \u2014 Voilà.tout est débarrassé.Vous voyez que le déménagement n\u2019a pas été long.Et presque aussitôt, elle appelait de sa voix aux nonchalances hargneuses : \u2014Reine.venez donc finir de ranger .= ICI.VI ON était donc en pleines vendanges.Un peu sous prétexte d'une partie de plaisir et beaucoup pour faire là-bas acte de présence utile \u2014Mme Figeac avait décidé qu\u2019on passerait la journée à la vigne de Beausoleil.Depuis le point du jour, à travers les ceps, s\u2019étendait, en s\u2019avançant peu à peu, la ligne des ouvriers coupant les raisins\u2014 et allant déposer/ehaque panier rempli de vendange dans la \u201ccornue\u201d de bois, que bientôt\u2014pleine aussi, les porteurs prendront à deux, avec de longues barres et iront ranger sur la charrette qui aitend au bord de la vigne.pendant que le cheval blanc, \u201cle Camargue\u201d, \u2018fait la fête, lui aussi, en broyant dans ses dents jaunes, quelques grapper qu\u2019on lui a abandonnées et qui lP\u2019éclaboussent jusqu'aux mnaseaux d\u2019une mousse rosée.| - On était donc, au matin, partis sur une de ces charrettes qui faisaient le va-et- vient entre le vignoble et le cellier.On avait mis le dîner dans des paniers et on partait vendanger \u2014 peut-être; \u2014 \u2014 LA REVUE POPULAIRE 64 Montréal, Décembre 1917 manger du raisin sur pied\u2014sûrementt ;\u2014 es, dans tous les cas\u2014ce qui importait\u2014 surveiller cette trentaine de garçons et de filles qui, dès qu\u2019on a le dos tourné, s\u2019amusent à se barbouiller de raisin noir, au lieu d\u2019en remplir leurs paniers.Voilà plusieurs jours déjà qu\u2019Albéric et Cyprien étaïent arrivés à Peyrargues; et si, plus solidement chaque jour, le présen- du de Caroline s\u2019installait en vainqueur dans la place qui avait tant die joie à capi- tuler\u2014dans la maison de Mme Figeac il se jouaït en même temps une petite comédie, dont Cyprien était le principal acteur\u2014 et une autre encore, mais si discrève, celle- 1a, qu'elle passait inaperçue, même de ceux qui en étaient les comparses.Cyprien, chaque jour, s\u2019intéressait da- vanitage à cette petite Reine.II ne perdait aucune occasion de Jui rendre un service.de lui épargner une fa- stigue.Soit à table (d\u2019où cependant on n\u2019avait pas osé l\u2019exclure), soit quand il la rencontrait dans quelque coin ou elle cendrillon- nait du matin au soir, il ne pouvait s\u2019empêcher de lui dire de petits mots d'amitié qui, en passa; par sa bouche, prenaient aussitôt le même air bizarre qu\u2019il avait Jui-même.Albéric en riant très fort en le faisant jovialement remarquer à Caroline.Mme Figeac en prenait des mauvaises humeurs qui retombaïent bientôt sur la pauvre Reine en impatiences et en rebuif- fades.De sorte que ce semblanit d\u2019alsben- tion était devenu pour la petite un nouvel ennui, Et puis-\u2014il faut bien le dire,\u2014ce grand dégingandé, ce timide (car 11 était timide au fond), qui dissimulait sa timidité sous celte brusquerie qui n\u2019est que de la bra- viaide, penidant que ces grands poltrons ont la gorge sèche rien qu\u2019à la pensée de par- sect tie uce ue Vol.10, No 12 ler a une gamine.ce Cyprien ennuyait, assommait Reine \u2018avec ses prévenances d\u2019ours len gaieté.It ne lui plaisait pas.Il n\u2019avait jamais su lui montrer qu\u2019il valait mieux\u2018 que ses airs de philosophe errant., Et c'est aussi.c'est beaucoup en songeant à lui qu\u2019elle soupirait après le moments où, dans la maison débarrassée de ces hotes tapageurs, elle redeviendrait le Cendrillon solitairement accroupie au coin du feu de la cuisine.Et elle était si génée par ce regard de myope,\u2014ce regard épié maintenant par toute la maisonnée, qu\u2019elle ne voyait pas un autre regard plus convoiteur, \u2014 mais combien plus cauteleux et sournois,\u2014s\u2019ar- rêtier sur elle, dès qu\u2019il ne risquait \u2018plus d\u2019être intercepté par d\u2019autres yeux.Je regard d\u2019Albéric, oui, du superbe fiancé de Caroline.Ce garçon, qui faisait une affaire en se mariant avec la riche Mlle Figeac, se sentait pris d\u2019une foucade de désir brutal pour cette petite blonde, fine, délicate \u2014 l\u2019antipode de l\u2019osseuse et longue Caroline, pour cette fleur liliale dont les odieux entourages n\u2019éteignaient pas le parfum cx- quis.: | | Et grossier d\u2019instinct, habitué aux con- quétes faciles, sans timidité, lui, comme sans scrupule, il trouvait trés \u201cmousquetaire\u201d de faire la cour à Caroline pour le bon motif \u2014 et de pousser sa pointe auprès de cette petite sans conséquence \u2014 pour la bagatelle.Eh! oui, bagatelle.Ces petits badina- ges-là étaient pour lui d\u2019une importance si relative !.\u2026 Les femmes, il n\u2019avait pour elles qu\u2019un caressant mépris.N\u2019ayant jamais fréquenté que des filles, il s\u2019imaginait \u2014 presque sircèrement, \u2014 que toute vertu n\u2019est en réalité que de l\u2019hypocrisie; \u2014 et il ne doutait pas que cette blondinette re- LA REVUE POPULAIRE HASdad initiate ssid Montréal, Décembre 1917 léguée à la cuisine ne se trouvât très honorée d\u2019un regard discret \u2014 en même temps que naîtrait en elle l\u2019espérance, \u2014 pour plus tard, quand il serait le maître du logis, \u2014 d\u2019une équivoque situation qu\u2019il jugeait, lui, dans sa belle inconscience de vicieux, aussi enviable qu\u2019inespérée pour cette petite.Et puis, raisonnait-il même tant que cal.Il se sentait pris d\u2019un goût.d\u2019un caprice.\u201cd\u2019un béguin\u201d, comme 1l disait.Et il trouvait très chic de jouer.la difficulté en recommençant ici la scène de Don Juan et des deux paysannes.Mais n\u2019étai-ce pas très dangereux ?Eh non, pas dangereux du tout, \u2014 parce qu\u2019il était sûr de ne pas se laisser pincer, \u2014 parce qu\u2019il comptait absolument sur le silence.le silence complaisant de cette petite Reine, \u2014 et parce qu\u2019il avait pour lui la complicité de ce second étage où ils étaient seuls tous les deux, séparés, c\u2019est vrai, par une cage d\u2019escalier et par deux portes.mais, ces deux portes-là, le dieu malin peut si aisément les entre-bâil- ler.ou les laisser ouvertes !.\u2014 Seulement, se disait-il, c\u2019est le dénouement cela.le joli dénouement.Et, en attendant, il fallait plaire \u2014 à bas bruit \u2014 en cachette.| Et il s\u2019y était mis à son tour et à sa fa- gon: En lutinant sournoisement la petite cousine dès qu\u2019il 1a rencontrait toute seule.en lui mettant, par surprise, dans le cou.sur la joue.ce que là-bas on appelle un \u201cpou- toun\u201d et\u2019 qui est, en somme, une façon de baiser.pris à la dérobée\u2026 entre deux portes.Oui, galanteries de mousquetaire pour ne pas dire de goujat et que, paur étouffer l\u2019exclamation de dépit.de colère.jaillissant déjà des lèvres de Reine, il ac- \u2014 65 \u2014 HTH NHN RN Vol.10, No 12 compagnait de cette autre exclamation qu\u2019il lancait, en se sauvant, comme la flé- che du Parthe: \u2014 Taisez-vous.petite chatte.sans quoi, tous les deux, on nous fiche à la porte i.C\u2019était donc, ce matin-là, un véritable exode de toute la maisonnée.On s'était empilés sur la charrette.Mme Figeac, devant, solidement établie sur une cornue qu\u2019on avait retournée.Mlle Figeac et Albéric ensuite serrés l\u2019un contre l\u2019autre\u2026 pas encore assez au gré de l\u2019ardente Caroline.Et Reine, au bas bout, tout empétrée des paniers de victuailles, \u2014 pendant que Cy- prien, sur ses longues jambes, suivait de loin, \u2014 sans se presser \u2014 la charrette, paresseusement traînée par le \u201cCamargue\u201d blanc, sous les rayons déjà chauds du soleil du matin.Le charretier \u2014 un vieux qu\u2019on -nom- mait le père Guädy \u2014 encouragea de la voix le vieux cheval : \u2014 Zou, le Blanc, qu\u2019est-ce que tu diras donc, tout a l'heure, à la montée, si tu te fais déjà prier.| \u2014 Reine descendra ala grappille, fit langoureusement Caroline.\u2014 Mais.si c\u2019est trop lourd.moi aussi, s\u2019écriait Albéric.\u2014 Non, pas vous, soupira \u201cla princesse\u201d, vous voyez bien que j'ai besoin de vous.je tomberais si vous n\u2019étiez pas là.Et le père Guédy arrêta le marivaudage en déclarant : .\u2014 Mais non.La petite, c\u2019est assez.pour dégager l\u2019arrière.Les autres, le Blanc les montera comme des plumes.Et quand on fut à cette grimpette, quand Reine, sans se le faire dire deux fois, eut sauté à terre \u2014 et quand, réglant LA REVUE POPULAIRE Montréal, Décembre 1917 son pas sur celui du père Guédy, elle resta avec lui, un peu en arrière de la charrette, pendant que le Camargue arc-boutait son dos de chèvre pour grimper le raidillon et que, là-bas \u2014 au loin \u2014 appa- , raissait, sur le ruban blanc du chemin, la tache noire et longue de Cyprien allongeant, sans jamais se presser, ses grandes jambes.\u2014 Vous- auriez peut-être mieux aimé rester sur la voiture, fit le vieux qui regardait Reine du coin de l'oeil.= \u2014 Oh! nous sommes bientôt arrivés.Et, surprenant le regard du bonhomme toujours \u2018attaché sur elle: \u2014 Pourquoi me demandez-vous ça, fit- elle en souriant.\u2014 Parce que.vous étes un peu maigrie.vous n\u2019avez pas bonne mine, depuis quelque temps.\u2014 C\u2019est les ehaleurs, fit-elle vivement.Et le père Guédy : \u2014 Il faut croire.parce que, enfin, vous seriez bien bête de vous donner plus de peine que vous ne pourriez en endurer\u2026 Pour la reconnaissance qu\u2019on vous en aura, vous savez.N\u2019en faites donc qu\u2019à votre aise.et prenez ce que je vous dis pour ce que ça vaut, pour un bon avis.Et sans plus ajouter ni écouter, Guédy se porta vivement vers le Camargue en faisant claquer son gros fouet au manche tressé : on était au plus dur de la montée et il devenait nécessaire d\u2019encourager le vieux cheval.\u2014 Hue, le Blanc!.Presque aussitôt on arrivait à la vigne de Beausoleil \u2014 et après le premier brouhaha de l\u2019installation sommaire des provisions qu\u2019on avait apportées : \u2014 Allons, fit Mme Figeac, nous ne sommes pas ici pour nous amuser.Il y a là des paniers et des serpettes.Gagnons notre déjeuner, mes enfants.ÇîÛ Vol.10, No 12 Elle-méme préchait l'exemple, avait pris un panier et, lourde, apoplectique, elle s\u2019es- crimait déjà sur un cep\u2014 languissamment suivie de Caroline qui disait en coquet- tant: ~ \u2014 Je vais aller m\u2019installer sous un pied de muscat et je n\u2019en bouge plus.Quand J'en aurai trouvé un beau.qui donne un peu d\u2019ombre.je vous appellerai, monsieur Albéric.\u2018 \u2014 Entendu, répondit-il.Je serai le porteur pour vider vos paniers quand vous les aurez remplis.{ Et, en parlant ainsi, il surveillait du coin de l\u2019oeil la petite Reine déjà à la besogne et qui coupait.qui coupait.heureuse peut-étre de ce répit.de ce moment de quasi-liberté.de cette heure de plein air.de plaisir, pauvre fille!.Au moins c'était, cela, une besogne attrayante.et non plus des casseroles à remuer.\u2026 ou de la poussière à enlever.Cela.les autres faisaient comme elle.Et elle s\u2019appliquait, agenouillée à côté de son panier de vandangeuse, elle s\u2019appliquait à ne pas oublier la moindre grappe sur ces ceps échevelés, ces ceps déià LA REVUE POPULAIRE vieux, dont les frondaisons désordonnées , la cachaient tout entière.Lorsque tout à coup, sur elle, par derrière, elle senti la caresse brutale, offensante, d\u2019une main hardie\u2026 \u2014 Voulez-vous bien !.Elle s\u2019était violemment retournée.C\u2019est la barbe noire d\u2019Albéric qui s\u2019approchait, à le frôler, de son visage.ce sont les yeux de braise du vainqueur de Caroline qui flamboyaient en la couvant.en la fascinant.Mais la petite Reine aussi peu fascinée que possible: \u2014 Vous allez me laisser la paix ou j\u2019appelle.vous entendez?.\u2014 Appeler?Non, tu n\u2019appelleras pas.\u2014 GT Montréal, Décembre 1917 \u2014 Je vous défends de me tutoyer.Vous étes un grossier personnage.et si je n\u2019avais pas peur de faire de la peine à Caroline.* \u2014 Seulement, fit Albéric en riant de toutes ses dents blanches, seulement vous avez peur.et puis vous savez bien que ça n\u2019amenerait a rien de bon.pas plus pour vous que pour moi, ma petite chatte blonde.Tandis que si vous vouliez me laisser vous expliquer.Lorsque tout à coup, sur celle, par derrière, elle sentit la caresse brutale, offensante, d'une main hardie.\u2014 Je n'ai pas besoin de vos explications.\u2014 Vous ne pouvez pas savoir.d'avance\u2026 It si je vous disais, moi, qu'il s'agit le votre avenir.Allons.rien qu'un mot.ce soir, si vous voulez.là-haut.afin d\u2019ê- tre bien sûrs que personne ne sera là pour entendre.\u2014 ay = Vol.10, No 12 \u2014 Là-haut\u2026.répéta-t-elle sans comprendre d\u2019abord.7 \u2014 Eh! oui, petite mignonne.dans votre chambre.\u2014 Ah! ne vous en avisez pas.ne vous en avisez pas.sécria-t-elle avec une soudaine menace dans ses yeux bleus.Et se redressant aussitôt, de façon à se mettre à présent bien en vue: \u2014 C\u2019est là-bas, derrière ce cep, que vous trouverez Mlle Caroline, fit-elle à haute \u2026très haute voix.: Et elle ajouta, en réprimant de son mieux le fol accès de colère qui l'avait fait blémir : ,Ç \u2014 Moi, je vais porter à la cornue mon panier qui est plein.Et la pauvre joie de sa journée fut de ce moment perdue.Jette nouvelle tentative.cette nouvelle menace surtout, la jetaient dans un affolement d\u2019incertitude.Se plaindre.démander secours.Et quelles allaient alors être les conséquences de cette dénonciation.de cet incident\u2026 de ce scandale?\u2014 Oui, un scandale : porter une tetle accusation contre le fiancé de Caroline.Non seulement, c'était, \u2014 comme il l\u2019en avait déjà prévenue, cet être abominable, \u2014 l'expulsion de l\u2019un' des deux.de tous les deux sans doute.l'expulsion immédiate.honteuse.Mais c'était aussi le désespoir de Caroline.la chute de toutes les espérances d\u2019avenir auxquelles elle cramponnait son ; orgueil et sa joie.Cet Albéric dont elle avait fait son Dieu, pouvait-on pousser la cruauté jusqu\u2019à en briser, devant elle, les pieds d\u2019argile?.Elle n\u2019avait jamais été bonne pour Reine cette Caroline.Jamais elle ne l\u2019avait «traitée qu\u2019en servante.Jamais elle n\u2019avait .LA REVUE POPULAIRE Montréal, Décembre 1917 eu pour elle À un élan.une véritable charité.Mais enfin.la charité matérielle, dans cette maison, on la lui avait faite.- Bien durement, \u20ac \u2018est vral, mals assurés tous les jours, elle avait trouvé là le vivre et Ie couvert.C\u2019est leur pain qu\u2019elle mangeait\u2026 et, pour amer qu'on le lui fît, on ne le lui mesurait pas.Et Reine s\u2019était dit: \u2014 Non.ce serait trop méchant, trop odieux de répondre à ce qu\u2019elles ont fait pour moi par un scandale qui mettrai tout en révolution.tout en déroute.Et elle conclut, dans la droiture et la loyauté de son coeur: \u2014 Je ne dirai rien à Mme Figeac.Je me défendrai sans bruit.Et, s'il le faut absolument, si la vie devient impossible.eh bien, quand cet homme reviendra dans la maison pour s'y installer en maître.eh bien, c\u2019est moi qui m\u2019en irai.Je diral.je trouverai un prétexte.et cette fois, Mme Figeac ne refusera pas de certifier que, toujours, j'al été sage et laborieuse.Et c'est ce qu\u2019elle se mit résolument à faire.Elle était, cette petite Reine, comme toutes les jeunes filles qui ent grandi dans cette simplicité, dans cette liberté du village \u2014 où les puretés les plus immaculées ne sont cependant pas des candeurs d\u2019ignorance.Elle savait que le mal existe.\u2014 Elle n'en avait que plus de crainte à le côtoyer, \u2014 plus de souci de s\u2019en préserver.Cet homme qui s\u2019approchait d\u2019elle, sournoisement, avec des regards luisants, avec des paroles d\u2019audace, elle avait reconnu en lui l\u2019ennemi, \u2014 le péril.Contre lui, il fallait se défendre \u2014 silencieusement, \u2014 parce qu\u2019elle ne voulait pas que le scandale éclatät sur lui, sur elle, TRI IE Yol.10, No 12 sur eux tous.et surtout parce qu'elle ne se serait pas pardonné d\u2019être la cause, \u2014 elle, \u2014 de la désolation de ces deux femmes à qui eile ne pouvait s\u2019empêcher de garder.est-ce un culte qu\u2019il faut dire?.Non: une obstinée superstition de reconnaissance.Et contre l\u2019ennemi, elle commença la silencieuse défense.Ah! d\u2019abord, avec quelle angoisse, le soir même, ne referma-t-elle pas la porte de cette \u201cchambre de Maria\u201d, \u2014 de ce galetas délabré dont elle s\u2019aperçut aussitôt que la serrure était plus délabrée encore ! s Tout cela, rongé par la rouille, attaché par des vis qui jouaient dans le bois vermoulu, tolt cela était & la merci d'une pe; sée\u2026 d\u2019un coup d\u2019épaule.Oh! cependant! une effraction!\u2026 il n\u2019oserait pas! Et puis, une effraction ferait du bruit.ce bruit l\u2019avertirait au moins, elle.méme plongée dans ce sommeil où elle succombait, a peine couchée, après la fatigue de quatorze ou \u2018quinze heures de travail sans trêve.Et, se fermant, se barricadant de son mieux, Reine s\u2019était mise au lit.Mais qu\u2019il fut long à venir, cette nuit- M, son sommeil de pauvre créature harassée ! Les yeux ouverts dans l\u2019obscurité, elle tressaillait au moindre bruit, prise d\u2019un effroyable battement de coeur qu\u2019elle sentait résonner à coups pressés dans l\u2019oppression du silence, lorsque quelque rongeur, là-bas, \u2014 dans ces innommables, dans ces impénétrables débris, \u2014 avait fait crier du bois sous sa dent acérée, ou remuer, en la frôlant, quelque planche mal équilibrée.Et quand, au matin, elle avait vu l\u2019aube pâle blanchir, enfin, la fenêtre du galetas, quand il avait fallu, presque aussitôt se ANRT TER EPL TAPE PEPE FR LA REVUE POPULAIBE Montréal, Décembre 1917 lever à l\u2019appel de Mme Figeac.Ah! pauvre petite, qu\u2019elle était lasse.qu\u2019elle était brisée !.: A tel point que la mère Ribard qui arrivait, elle aussi, à l\u2019aube, faire le gros tor- chonnage de la cuisine, lui avait demandé d\u2019une voix singulièrement apitoyée : \u2014 Demoiselle?vous ne seriez pas, des fois, malade?.Et voilà Cyprien, qui, survénant à l\u2019im- prowiste.\u2014 Cousine, il ne vous est rien arrivé?\u2014 Mais non.mais non.Et, cette réponse, elle avait bien dû la faire aussi aux vignerons qui allaient et qui venaient.Car c\u2019était, maintenant, \u2014 c'\u2019allait être, toute la semaine, et peut-étre plus longtemps encore, un défilé incessant d\u2019hommes et de femmes \u2014 tous des gens de Pey- rargues, \u2014 dans la maison, la cour et les
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