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Titre :
La revue populaire : magazine littéraire illustré mensuel
Contenu spécifique :
Mai
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  • Revues
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chaque mois
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La revue populaire : magazine littéraire illustré mensuel, 1915-05, Collections de BAnQ.

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[" = Ste ad HIE LUCE ler Lotta 3 a grits an , nr act WEEE SIN USAR UR MS EEE UN DE PLU Par Arthur Dourliac tithe dried at ARAN oe oY LILUSTRE MENSUEL.Dans ce numéro: Articles d\u2019actualité.Faits de guerre très intéressants.Un émouvant épisode : Le Train rouge.Deux nouvelles captivantes et un superbe roman complet.L\u2019abondance des articles et des gravures fait du numéro de mai un livre étonnant de bon marché, Voir le sommaire à la page suivante.POIRIER, BESSETTE & CIE Edit.-Propriétaires 200, Boulevard St-Laurent Montréal. Vol.8, No 5 La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 A NN SOMMAIRE DU No DE MAI 1915 Pages Mois de mai .\u2026 200.te terete tress.cents aa 0 vus un 000 eau 000 .3 Les légendes des roses .covers terees coenes au 00 van 08 sone © 0.5 La jalousie orientale .\u2026 cecuue eau0c6 ceases a 00000 sauce \u2026 a 500 veuve 11 \"2 Le plus gros canon du monde .1.4.0 vaseve soersn enue \u2026 ae 000 aes 13 % Les bateaux en papier .sc.sou aanuou veness v0n00 soni cone 14 78 En pays Lorrain.La ville de St-Dié marraine du nouveau Continent .15 ie La bravoure des artilleurs alliS .4.0 vvenns ounnn Cheer een.19 a On fume dans certaines églises .Cerri eae cee eee.21 a Les Jaghans de la Terre de Feu.seen \u20ac reese eee cere 0.23 A Guillaume-Frégoli LL.0.causes Varsa Venus tenes dannus vanne cee.28 E ; Les Supplices d\u2019Orient .00 ++0uus e2ua ce uen 0 Cee eee eens 25 a La durée de la vie des animaux .s.00 oac nue tiie seine 000000 cee.27 8 | Gourmets et gourmands.Les Estomacs complaisants .28 ; Les ossements de Charlemagne .Cee een aan en cere ee.31 3 La fièvre de printemps .ec teens eo acc 00 0006 ehh hte.aaa eens ees 33 ke: Le Panhandle de I'Alaska .Cree ieee eae Cee ea 34 a ROMAN.\u2014Un de plus, par Arthur Dourliac AAA ean sean eee .35 Entre voleurs .© +ro0cs vancou 000100 ene0 00 ts 2000 eu 300 a 0000 ss au 00 T6 Asphyxie et mal de mer chez les poissons .eee eee TT Les loisirs agréables.Fabrication d\u2019un fauteuil .\u2026 000.PE T8 ke.Le vol au cinéma ., 4.000 00000 a 10000 ane 0 0 00000 eae Ceres aes 81 an Nouvelle.Légende des plantes eue re sean» Cees eee ean J .83 2 Pourquoi les vieux généraux sont les meilleurs .6.Le eee vee 94 i: Nouvelle.L\u2019homme au manteau .terre seer ae Cee eae 95 5 La nostalgie ou le mal du pays chez les soldats eee erate meee eee \u201c 99 Ie mystère des eaux profondes .2.00 treet ea ce ue seen es a 0000 vee.101 Coutumes funéraires .cause nea \u2026 .0.cers au.102 La cuisine des Gauchos .(itis Lauu nu venu ua va 000 ea 0 sen 000 104 La fête des mais .PPS 1 600000 00004000 ss aa 0006 eee eee ieee 105 Le bois de fer du Mexique .0 600050 sans 000 as u000 veces .106 Quelques endroits dont on parle depuis la guerre .ee eee 0 RS .107 Oeufs d'oiseaux .:.tect a0000 soos \u2026 ares ose 0 erases senses one cu 00 .109 Cemment on peut être tué dans un match de boxe .+.110 Au pays des Cannibales d\u2019Afrique.Yoka le sorcier .eo eter a sa 000 0 112 Sacrifices humains .0+00 seu00e venues se00 RAR RAA hee 114 Fait-on fortune au théâtre.Une carrière trompemuse .veus 115 Les métiers dangereux.Comment on devient acrobate .Lace ee +.119 -Les machines intelligentes .00 s.0000 vas ue soso 00 a 0000 +.121 Un 75 à l\u2019huile de sardine .«coo.s.00s0 asn0 00 tienen serena » +.128 Des hommes qui se tuent pour une tête de mort .«.125 a Une visite au pays de la dentelle .220000 sane 0e 00000 PRE 126 Le mariage en Serbie .vescsu a sec cu cee PP .\u2026.\u2026.128 } Une maison tragique .\u201cive a vu 0e \u2026 20000 Cette sa 000 10000 129 Le Train-blindé.Un puissant engin de guerre .eee +.\u2026.131 L'invention des obus .\u2026 sea nee mous eu 0 venue a ou 0000 eus suu 0 vou u es 132 Le Train rouge, par Georges Prade .ceiver viene soc vau 0 sesee oes.133 Le Chant du sable ET eee Ceres reais sees 136 Ies inconvénients de la vie moderne sas sas ésau nu sen 850 eve00e 00000 0000 138 La balle mystérieuse .000.seau sue eue 000 eases asses seen .140 La bravoure d\u2019un aumônier .s.2.0 Laesou Gas u 00 venu 00 erene sea.144 Pour assassiner le roi Albert .(of chili cee cae .146 = J \u2014_\u2014 232 \u2014 PI PAT Ve FE Ty OT UE A TTI Sn la Revue Populaire Vol.8, No 5 La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 ABONNEMENT.° POIRIER, BESSETTE & Cie, .a rait tou S Editeurs-Propriétaires, Canada et Etats-Unis: 200,, Boulv.St-Laurent, MONTREAL Un An: $1.00, \u2014 Six Mois: - - - 50 ct \u201d $1.90, x ols os ° La REVUE POPULAIRE est expédiée Montréal et Etranfer: les mois par la poste entre le 5 et le 12 de cha- Un An: $1.50 - - Six Mois: - - - - 75 cts que mois.Tout renouvellement d\u2019abonnement doit nous parvenir dans le mois même où il se termine.Nous ne garantissons pas l\u2019envovi des numéros antérieurs.Mois de Mai C \"EST le mois des fleurs.et des déménagements.C\u2019est le mois où les arbres de nos pares\" reprennent une nouvelle parure et ou les murs de nos chambres revétent de préférence de nouvelles tentures; on peut même ajouter que les uns comme les autres, arbres et murs voient leur \u2018habituelle population redoubler d\u2019activité.Dans les arbres ce sont des milliers d\u2019oiseaux qui font entendre leurs joyeux hymnes au printemps; dans les murs, ce sont les millions, les milliands peut-être, de coquere.les, punaises et autres insectes du même acabit qui mène une danse infernale dans le tohu-bohu des meubles dérangés.Et cela ne donne pas précisément un côté poétique au joli mois de mai! C\u2019est le mois du libre-échange où les divers quartiers d\u2019une ville se gratifient mutuellement de leurs produits particuliers ; l\u2019importation et l\u2019exportation des puces a lieu avec un succès d\u2019autant plus grand qu\u2019aucun service de douane ne vient réglementer ce transit d\u2019un genre tout spécial.Les diverses races se mélangent, se confondent et le résultat, dans une ville comme Montréal, où quarante nations se coudoient, c\u2019est l\u2019apparition d\u2019une sorte de punaise cosmopolite vive comme un français, tenace comme un anglais, rusée comme un italien et rancunière comme un allemand sans tenir compte de ses multiples autres aptitudes.Et maleré tous les inconvénients du déménagement, ses fatigues et les dépenses qu\u2019il occasionne, chacun soupire après le premier mai et l\u2019atten«l comme le jour béni de la délivrance ! ° D Il y a pourtant des exceptions à la règle: ceux jque le propriétaire expulse sans tamibours ni trompettes.Tel est le cas des Boches en France et en Belgique, ce déménagement se fera avec tambours et trompettes et même un autre genre de musique moins de leur goût.Le général Joffre aura sans doute voulu se conformer à la règle en usage ici et il aura attendu le mois des déménagements pour donner congé à ses locataires indésirables.Il y aura certes un grand ménage à faire après leur départ et de la désinfection en masse à opérer ; Ce sera quelques notes de plus à ajouter au prix du loyer qui leur sera réclamé.Roger Francoeur.Ru Ki 8.Er Ee fh RL Bt N Pi A ki El By! A, i \\ 4, Qt a \u201ca a bl: No pi Bi RB Vol.8, No 5 La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 AUBADE DE MAI Dans les choses parfumées, Les étoiles, les ramées, L\u2019aube faite d\u2019argent clair, Le mois de mai vient de naitre; Mignonne, ouvre ta fenêtre, Il pleut du bonheur dans l'air.Viens! car les choses divines Du printemps, tu les devines:; Car je veux que nous trouvions Ensemble les fraises mûres, : La musique des murmures \u2019 ; Et les jeunes papillons.Nous prendrons sans qu\u2019on nous voie Les parfums, les sons, la joie Du mois céleste.J\u2019entends Des strophes d\u2019or dans les branches, Et le vent prend les fleurs blanches Des pommiers où je t'attends.L\u2019aube est faite d\u2019argent clair; Le mois de mai vient de naitre.Mignonne, ouvre ta fenêtre, Il pleut de l\u2019amour dans l'air.Numa DUMINY. ~~ \\ Vol.8, No 5 La Revue Populaire Suivant les plus anciens oracles de la Perse, chaque fleur est consacrée à un ange particulier; chaque rose a sa divinité, et la rose aux cent feuilles est consacrée à un archange.\u2014Dans la vieille mythologie de la Grèce, nous apprenons que le Zéphir (vent de l\u2019ouest), qui était le dieu de l\u2019Aurore et le compagnon du Printemps, pendant qu\u2019il s\u2019amusait un jour avec la belle déesse Flore, apercut un petit arbuste dont un bourgeon le charma tellement que, tout tapageur qu\u2019il était, il caressa cependant trés gentiment cette chose vermeille, lui parlant tout bas à l\u2019oreille et soupirant trés souvent.Doucement le beau bouton s\u2019ouvrit, et depuis ce jour le bouton de rose attend et s\u2019ouvre seulement à la douce caresse du Zéphir\u2014la brise.\u2014Basile, un de nos premiers pères, nous a fourni plusieurs faits des Orientaux, et quels sont ceux des Orientaux qui n\u2019ont rien écrit concernant les roses ?Il nous affirme qu\u2019au commencement, les roses furent crées sans épines.Elles étaient désignées pour réjouir avec leur beauté, pour égayer avec leur parfum et pour flatter avec la douceur de leurs traits.Mais plus l'homme perdait de sa Montréal, Mai 1915 pureté, plus les roses croissaient avec des épines.\u2014Dans les vieilles annales du Zoroas- tre, on nous dit que la rose croissait belle et sans épine jusqu\u2019à l\u2019entrée dans le monide d\u2019Ahriman\u2014!e péché même.\u2014Sui- vant ce vieux récit, l\u2019esprit du mal devint universel, et non seulement l\u2019homme souffrit par ce moyen, mais même les plus vils animaux, aussi bien que les arbres et les plantes.\u2014Les Indiens de la côte ouest de l\u2019Amérique du Nord ont aussi une tradition d\u2019après laquelle les roses furent créées sans épines.Elles eroissaient si grandes et si belles, que toutes les créatures étaient charmées de leur beauté et de leur grâce.Les animaux qui broutaient l\u2019herbe des prés découvrirent bientôt le feuillage abondant et la tendre saveur des roses, car chaque rosier attirait l\u2019attention, ce qui provoquait leur destruction.La gloire des roses avait été donnée à chacune des parties de la terre mais à tous ces endroits, il y avait des animaux qui recher- chaiént ces arbustes pour les dévorer, et alors toutes les espèces de roses couraient un grand danger de disparaître.Dans cette extrémité, elles tinrent conseil ; parce - - Vol.8, No 5 qu\u2019alors dans ces temps éloignés du monde, les plantes aussi bien que les animaux avaient l\u2019usage de la parole.À ce conseil, toutes les roses étaient présentes, et chacune eut son histoire de souffrance et de désastre à raconter.Enfin il fut décidé de demander du secours au dieu de leurs tribus\u2014le Hiawatha de l\u2019Ouest.Des délégués furent choisis parmi celles qui étaient les plus estropiées et déchirées et avaient le plus souffert.D\u2019autres grandes, belles et gracieuses furent aussi envoyées.Sagement ce conseil découvrit que quand même la justice contredirait les tribus, leur beauté l\u2019emporterait dans leur cause.\u2014La conférence fut longue et grave.À sa clôture une armoirie d'épines fut donnée à chaque rose, et ainsi les tribus de roses furent délivrées de leurs ennemis.\u2014\u2014Les traditions de l\u2019Inde disent que les premières roses existaient au temps où les dieux demeuraient sur la terre, et dans l\u2019antiquité la plus reculée les roses avaient toujours eu la place d\u2019honneur dans les grandes fêtes de cette contrée.\u2018\u201cLa Fête des Roses\u2019\u2019 était célébrée au temps de leur floraison, et des milliers d\u2019enfants portant sur leurs têtes des couronnes odoriférantes de beaux boutons de rose dansaient à travers les rues, chantant gaiement, et répandant partout les plus délicieuses fleurs.On nous dit, qu\u2019à cette fête des roses, la ville entière de Delhi était aussi odoriférante, que s\u2019il y eût passé une caravane entière des muses les plus rares.\u2014Les jardins de roses de la Perse ont été longtemps très fameux, et il est dit que pour faire le tour du jardin de Gu- listan sur un chameau, il fallait cinq jours.La Perse, aussi, avait sa fête des Roses appelée: \u2018\u2018La Dispersion des Ro- La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 ses.\u201d\u2019 Sadi, le poète si célèbre de la Perse qui a traversé toutes les contrées depuis la Barbarie jusqu\u2019à l\u2019Inde, a composé un ouvrage fameux en prose et en vers, \u2018\u2018Gu- listan\u2019\u2019 (Le Jardin de Roses).Il avait certainement raison d\u2019élever trés haut la rose dans ses chansons.La tradition dit que d\u2019abord il était un esclave.Un jour il présenta une rose à son maître, et en même temps il demanda sa liberté en ae- centuant fortement sa supplique avee les mots \u2018suivants: \u2018\u2018Fais à ton serviteur tout le bien possible pendant que tu es au pouvoir.La puissance est passagère comme la rose\u2019.\u2014Le plus léger zéphir enlève les pétales de la rose, disait un poète astronome de la Perse, pour qui son élève disait nn Jour : \u2018\u201cCe roi de la Sagesse a déclaré: je désire que mon tombeau soit un jardin où le vent du nord puisse répandre des roses\u2019.\u2014À Naishapur cet élève visita plus tard le tombeau d\u2019Omer Khayyam, qu\u2019il avait appelé \u2018\u2018Le Roi de la Sagesse\u2019\u2019, et il dit: \u2018\u201cC\u2019était tout juste en dehors d\u2019un jardin,.les arbres chargés de fruits étendaient leurs branches par-dessus le mur du jardin et dispersaient leurs fleurs sur sa tombe, et ainsi son monument était toujours caché par ces fleurs.\u2014Il y à une très jolie légende de la rose Cherokee.La blanche rose courante et sauvage des Etats du Sud et des côtes de l\u2019océan Pacifique.Suivant cette légende ces\u2019 roses croissaient d\u2019abord dans la Caroline, la première habitation des Indiens Cherokee.Un guerrier Séminole, attiré à cette tribu par la beauté d\u2019une vierge Indienne, réussit à devenir son fiancé.Comme elle laissait la maison de son enfance pour le berceau odoriférant de l\u2019oranger du Seminole, elle arracha une Vol.8, No 5 branche de rosier sauvage, fleur qu\u2019elle avait toujours connue et aimée, et la cachant dans son sein, elle l\u2019apporta à la terre que nous appelons maintenant la Floride.Là, elle la planta voisine de l\u2019oranger à l\u2019entrée de sa demeure, dans la terre où l\u2019air est si doré.\u2014Toutes deux la vierge et la rose croissaient gentiment dans ce \u201d climat étranger.Pour quelque temps ses doigts firent grimper ses boungeons courbés.Au- jourd\u2019hui, la blanche rose sourit \u2014 une douce fleur sauvage\u2014et s\u2019incline devant la croisée de la \u2018\u2018Belle Dame\u2019\u201d\u2019, ou encore sur les treillis, sur les murailles et sur les hauts pieux de la clôture.Qu\u2019importe où elle croît, elle conserve toujours son nom en mémoire de la vierge Indienne.\u2014Une autre légende dit que la, première rose mousseuse poussa à travers une touffe de mousse qui avait offert la douceur de sa rosée aux pieds de Notre- Seigneur quand il était fatigué et tenté dans sa solitude.\u2014Une autre\u2014 une tradition allemande La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 \u2014 donne l\u2019origine de la rose mousseuse comme suit: Un.ange vint sur la terre sous la forme d\u2019un jeune homme.Il chercha une place pour s\u2019abriter et se reposer après ses travaux d\u2019amour, mais aucune porte ne s\u2019ouvrit pour donner abri à ce visiteur du ciel.Enfin l\u2019ange très fatigué, se laissa tomber par terre, et sur lui un rosier ls\u2019étendit comme une tente.Il saisit dans ses feuilles ouvertes la rosée tomibante qui aurait autrement humecté le messager de l\u2019amour.Se réveillant, l\u2019ange dit au rosier : \u2018\u2018T'u m\u2019as donné l\u2019abri que l\u2019homme m'a refusé ; comme preuve de mon amour, je demeurerai toujours avec toi, et la mousse verte s\u2019amassera sur ta tige, pendant que les gouttes de rosée brillantes comme un diadème, couronneront ta fleur vermeille.\u201d\u2019 \u2018\u201c\u2018La Rose dans son éclat est la plus riche des fleurs\u2019\u2019, chantait un poëte des temps anciens.Les légendes assurent cependant, que les roses étaient primitivement blanches.Mais un jour Cupidon, qui, nous le savons, troublait trop souvent sa vie par l\u2019ivresse, renversa le nectar des dieux, le répandant sur quelques roses, et immédiatement leurs pétales furent teintes de rouge.Suivant une autre histoire, les roses ont toujours été blanches jusqu\u2019à ce que Vénus mettant le pied sur une épine, tacha de sang sa fleur favorite.La dernière tradi- La rose blanche sur laquelle marcha Vénus.7 tion dans les vers de \u2014 Veil.8, No 5 Spenser, dit: \u2018\u2018 Aussi blanche que la rose naturelle avant le changement causé par l\u2019empreinte du sang de.Vénus laissée sur ses feuilles.\u2019 On raconte encore une autre histoire d\u2019une Vierge de Bethléem aussi pure et aussi douce que la rose blanche.Faussement accusée d\u2019un crime, elle fut condamnée à être brûlée vive.Lorsque les flammes commencèrent à s\u2019élever autour d\u2019elle, elle\u2019 fit un appel au Ciel pour la sauver et proclamer son innocence.Miraculeusement les flammes firent place à des roses jaunes, et les charbons brûlants à des roses rouges.Quand, au quinzième siècle, la Guerre des Deux-Roses éclata en, Angleterre et dura plus de trente ans, les armées combattantes allèrent au feu portant des roses rouges et des roses blanches, comme les chevaliers de jadis portaient les couleurs favorites de leurs Dames.Il y à une tradition qui dit que pendant cette guerre un rosier dans le jardin du Monastère Wiltshire produisit des roses de diverses couleurs comme, des bannières, en signe d\u2019appel et comme une prophétie de ce que la fin serait ; quand enfin Henri VII de la dynastie des Lancastre épousa Elisabeth, la fleur de la maison de York, et que la paix fut rétablie, des roses rouges et blanches fleurirent sur le méme arbuste.On nous dit que la pâquerette pourpre croissait seulement où le sang des Danois était répandu, ainsi, écrivait Omer Khayyam: \u2018\u201cJ\u2019ai pensé quelquefois que jamais une rose croissait aussi rouge qu\u2019à la place où les restes de César reposaient.\u2019\u201d Suivant une autre très ancienne légende, la première rose parut sur la terre de Gulistan.Le lotus avait longtemps régné seul, mais les fleurs devinrent mécontentes parce que leur reine somnolente ne La Revue Populaire \u201c Montréal, Mai 1915 pouvait rester éveillée que durant le jour.Elles désiraient en avoir une qui fut aussi belle dans les réjouissances nocturnes que dans les jours de décoration.Ce fut alors que la rose apparut et fut choisie pour être la reine des fleurs.Elle présidait à la chanson du rossignol, et était d\u2019une blancheur immaculée jusqu\u2019à ce qu\u2019elle fût colorée par le sang de la poitrine du rossignol.Comme les plus doux chanteurs de la terre sont ceux qui ont ressenti des peines, ainsi, il est dit, que le rossignol chante sa plus exquise musique à la rose, quand sa poitrine repose sur une épine.De plus, une légende nous informe que les autres oiseaux se plaignirent au Roi Solomon que leur sommeil était troublé parce que le rossignol chantait toute la nuit de l\u2019amour et des réjouissances à la rose.Ainsi les légendes ont associé \u2018\u2018La Vénus des fleurs avec l\u2019Apollon des oiseaux\u2019\u2019.La rose semble encore avoir été le symbole du silence.Il a été dit que la plus formelle impuissance & faire connaître les charmes de la rose a conseillé le silence.Quand les Grees s\u2019assemblaient en conseils secrets, une rose était suspendue sur la table comme un signe que tout ce que l\u2019on entendait ne devait pas être répété.Ainsi \u2018\u201csub-rosa\u2019\u2019\u2014sous la rose\u2014le secret était gardé.Tennyson écrit que le silence s\u2019enfuit plus doucement que les pétales des roses qui tombbent sur l\u2019herbe.Ce même poëte disait aussi que les roses semblent avoir inspiré le bien-être et l\u2019élégance.Il croissait des roses en Egypte bien avant que les Grecs commencassent leurs rêves, Plus tard, quand les Romains arrivèrent, ils plantèrent des roses dans les plaines fertiles du Nil et commencèrent à établir un commerce avec leurs jardins de ss Vol.8, No 5 roses.Les roses du Nil avaient une perfection qui n\u2019était pas surpassée, ni même égalée, dans aucune autre partie du monde.Des hommes haut placés se reposaient sur des coussins souvent remplis de leurs pétales odoriférantes.Quand les Juifs captifs en Babylone suspendirent leurs harpes sur les saules, l\u2019air était rempli du parfum des roses croissantes, et quand ils s\u2019en retournèrent, on dit que les exilés emportèrent avec eux les semences des fleurs qui avaient égayé leur captivité.Ainsi la Syrie est la demeure des roses.Même le nom de cette contrée est dérivé, suivant quelques épilogues, du mot \u2018\u2018Seri\u2019\u2019, qui signifie \u2018\u2018rose sauvage\u201d.Damas, le jardin des palmes, n\u2019était pas moins le jardin des roses.Nos roses de Damas sont ainsi nommées à cause de cette ville couverte de roses au centre de la Syrie et dont Mahomet disait un jour, en la contemplant : \u2018\u201cC\u2019est trop délicieux.L\u2019homme ne doit avoir qu\u2019un seul paradis.La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 Dans le Sanserit, la plus vieille fable des Hindous, il est dit que Vichnou a trouvé sa femme dans le coeur d\u2019une rose.Depuis ce jour de Viehnou, plusieurs autres ont trouvé leurs femmes, sinon dans le coeur d\u2019une rose, mais par le moyen d\u2019une rose.\u2018\u2018Je parle d\u2019amour par les fleurs.\u201d\u201d Le bouton de rose a été spécialement choisi pour signifier un message d\u2019a- monreux.\u201cLes roses ont été employées avec la plus extravagante prodigalité dans les premiers temps, et des sommes fabuleuses ont été dépensées à cause d'elles.En un seul banquet, Néron ordonna une valeur de $100,000 de roses; et quand il visita la maison d\u2019un noble, il demanda que de sa fontaine, il jaillisse de l\u2019eau de rose.On nous parle aussi d\u2019un autre banquet auquel le plafond était ouvert pour faire pleuvoir des roses sur les invités.Ceci fut d\u2019abord gratifié d\u2019exclamations de joie, mais les fleurs continuèrent de tomber jusqu\u2019à ce que l\u2019empereur eût recouvert ses invités avee des roses.Une fois que Cléo- pâtre recevait Mare- Antoine, elle demanda que le parquet fût couvert de feuilles de roses à une épaisseur de 18 pouces.Lors d\u2019une régate au lac Lucerne, on avait répandu des roses sur toute la surface de ce lac.Les soldats de Sparte, après la bataille de Cirrhe, refusèrent de prendre Un beau spécimen d\u2019horticulture moderne.\u2014 9 du vin avant qu\u2019il Bit, i ot 1 ils: I ii RE th Re BH Bi fi ih fl it ET Er ' 4 \\ t \u2019 1) à mt i, ba - 2 Vol.8, No fût parfumé avec des roses.De nos jours, les rapports du Département de l\u2019Agriculture nous affirment qu\u2019au nombre de toutes les fleurs préférées, la rose est toujours en tête de la liste, et dans une année récente le montant dépensé aux Etats-Unis pour les roses a été de $6,000,000.La préparation de la fameuse essence de roses semble avoir été découverte par accident.De l\u2019Inde nous avons cette tradition : La favorite femme du Sultan Sehan- ghir obtint qu\u2019on lui fit préparer un bain d\u2019eau-de-rose pour son usage.Le soleil brûlant de l\u2019Inde opéra alors ses merveilles sur le bain préparé dans le jardin royal, et bientôt on vit des g'obules d\u2019huile flotter sur l\u2019eau odoriférante.Jugeant que le bain était impur et entreprenant d\u2019écumer ces pellieules, les domestiques brisèrent les globules et immédiatement le jardin fut rempli de parfum.La plus pure essence ne provient pas des fleurs les plus rares et les plus dispendieuses; parce que les plus odoriférantes La Revue Populaire glandes oléifères sont plus abondantes \u2018 dans les pétales des fleurs communes et fleurissant librement.Dans la Bulgarie \u2018et la Roumanie qui sont les grands centres où l\u2019on manufae- ture l\u2019essence de roses, les roses de Damas sont les seules employées.Celles-ci sont cueillies à la pointe du jour, juste au moment où les boutons commencent à s\u2019ouvrir, et l\u2019essence en est distillée avant le coucher du soleil.\u2018Aussi doux que le parfum d\u2019un jardin\u2019, est-il dit dans une fable de la Perse où l\u2019on parle d\u2019un amas de glaise qui a donné à l\u2019air un parfum qui s\u2019est répandu sur tesmurs du jardin du bel Iran.\u2018\u2018J\u2019ai toujours demeuré avec les roses\u201d, disait l\u2019angile.10 Montréal, Mai 1915 Les premiers pères et les premiers colons sur les côtes de la Californie y introduisirent les roses qui ont depuis ce temps rendu très célèbre cette terre où l\u2019air est si doux.Ces vieilles boutures de roses erû- rent très vite et couvrirent les murs d\u2019adobe avec leur richesse de tiges et de fleurs.Les Roses grimpantes.Comme \u2018Les cendres de roses\u2019\u2019 sont des mémoires évoquées dans la douce stance de Phoebe Cary qui, en parlant de son maître d\u2019enfance, quoiqu\u2019il fut devenu vieux et épuisé, il lisait encore tendrement des vers sur la rose, et portait une de ces fleurs à sa boutonnière.\u2018\u201c\u201cComme un parfum lointain, nous di- bus Vol.8, No 5 sons encore : \u2018Quelque part sous la neige, la rose attend le mois de juin.\u201d \u2018\u201cComme le lion est le roi des bêtes; et l\u2019aigl'e, le monarque des airs, ainsi la rose est la reine des fleurs.Et à cette reine des fleurs les poëtes et les philosophes de tous les temps lui ont donné une signification particulière et ont rivalisé entre eux pour lui adresser des louanges.Voici le tribut de Thomas Moore: \u2018\u2018Rose, tu es la plus douce des fleurs qui n\u2019ait jamais bu la pluie d\u2019ambre.Et voici encore un autre hommage de J.Percival: \u2018\u201cO rose! la plus douce des fleuraisons du printemps la plus belle des fleurs, O rose! la joie du ciel!\u201d La rose a de tous temps été le symbole de la pureté et le charme de l\u2019enfance, et ainsi pensait Edmond Waller lorsqu\u2019il s\u2019exprimait avec tant de tournure d\u2019esprit et d\u2019élégance dans ces quelques lignes \u2018\u201cVa, aimaible Rose, dis-lui qu\u2019elle perd son temps et moi qu\u2019elle connait à présent, quand je la compare à toi, comme elle me paraît douce et belle.Le fait que les roses ont des épines a quelquefois été comparé avec l\u2019idée que chaque joie.a sa peine; mais maintenant que nous savons qu\u2019elles sont comme des chevaliers armés protégeant la beauté de la reine des fleurs des attaques des ennemis, c\u2019est tout à la fois plus charmant et plus apte à rappeler cette expression du savant optimiste Joubert, qui disait : \u2018\u2018Plutôt que de me plaindre parce que les roses ont des épines, je me réjouis au contraire que les épines aient des roses.\u2019\u201d Juliette M.\u2014 0 \u2014 En Grèce, une condamnation à mort n\u2019est exécuté que deux ans après le prononcé du jugement.\u2014 La Revue Populaire to.Lobe ie tL Montréal, Mai 1915 LA JALOUSIE ORIENTALE Un procédé barbare Les Tures ont la réputation d\u2019éfre jaloux et si l\u2019on en juge par le fait que nous allons raconter, c\u2019est une réputation qu\u2019ils n\u2019ont pas volée.L\u2019un d\u2019eux a trouvé dans son cerveau de tyran malade cette mirifique invention: Le masque de silence.La femme muselée.Qu'est cela et comment fut-il inventé ?Voici: un noble Ture, que le devoir patriotique appelait sur le théâtre de la guerre, ne quittait pas sans un déchirement au coeur sa femme favorite.(Il l\u2019avait élevée, depuis trois mois à la dignité d\u2019épouse.) Ce qu\u2019il regrettait surtout, par anticipation, c\u2019était sa voix, une voix harmonieuse et grave, aux douces inflexions qui 11 \u2014 ld died pte gtd! CL pe es HE A.EE ROLL Ta ROC MN CRUEL OT TAN Il fle \u2018 ee tial els NOTES TARE { ER Es SA TR TE ee Vol.8, No 5 le plongeait dans une véritable extase chaque fois qu\u2019il lui était donné de l\u2019entendre.Et il pensait que, lui parti, d\u2019autres pourraient entendre cet organe enchanteur, que sa femme parlerait et surtout chanterait pour des oreilles étrangères, pendant que lui n\u2019entendrait que le sifflement des balles, l\u2019éclatement des obus et les cris affreux que poussent les blessés pendant que le soir tombe sur les champs de bataille.Cela lui fut absolument insoutenable.Alors il inventa un petit appareil \u2014 d\u2019ailleurs coquet et fort ingénieux\u2014qu\u2019il fixa sur la bouche de son infortunée conjointe et qui, s\u2019il permet 4 celle-ci de respirer comme vous et moi, lui interdit par contre de proférer le moindre son.La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 \u2014 Mais, direz-vous, comment la malheureuse se nourrit-elle ?Le Ture noble et jaloux a pensé à tout.Ce masque de silence est pourvu d\u2019un petit cadenas dont un eunuque porte Ia clef sur lui.Et quand la jeune femme éprouve le besoin de se sustenter, le fidèle serviteur, qui, par fortune, se trouve être sourd et muet et qui, par conséquent, ne peut susciter la jalousie de son maître, vient le lui permettre en donnant un petit tour de clef qu\u2019il redonne, mais en sens contraire, lorsque le repas est terminé.Les mauvaises langues, qui prétendent que rien ne peut être plus douloureux pour une femme que de ne point parler, trouveront sans doute ce traitement d\u2019une effroyable cruauté.PELERINAGE Alors que le Printemps, d\u2019un doigt furtif, épingle L'étoile blanche et rouge au bois noir des pommiers, Et qu\u2019oublieux déjà de la bise qui cingle, Bourgeonnent les lilas, soupirent les ramiers ; Alors qu\u2019un peu grisés par les fleurs juste écloses, S'en vont les papillons en des vols chancelants: Alors que les matins ont des éveils plus roses, Et que les soirs dorés ont des couchers plus lents: De son pied bondissant couchant les primevères, L'Amour, cheveux épars, du soleil dans les yeux, Court à travers les champs, les bois et les bruyères.Et pour le rencontrer, le soir, vont, deux par deux, De dévots pèlerins qui disent leurs prières Sur de longs chapelets faits de roses trémières.ROSEMONDE ROSTAND. 6 Vol.8, No 5 La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 LE PLUS GROS CANON DU MONDE Un canon fondu par les Sikhs du Punjab, dans l\u2019Inde, il y a 60 ou 70 ans, et employé par eux dans leurs guerres avec les autres tribus indiennes et finalement contre les Anglais, est certainement le plus gros canon qui ait été fait jusqu\u2019iei.Son calibre est considérablement plus gros que tous ceux des armes à feu aec- tuellement fabriquées.Le diamètre de l\u2019âme de ce canon a plus de trois pieds; un enfant d\u2019une moyenne grandeur peut s\u2019y asseoir confortablement.En comparaison de ceci, les calibres de 16 pouces des canons du Canal Panama nous paraissent bien petits.Le canon Sikh est fait en bronze coulé ; il est doublé à l\u2019intérieur de barres d\u2019acier; les parois ont une épaisseur totale de 18 pouces.Toutefois sa longueur n\u2019est que de 25 pieds, c\u2019est-à-dire moindre que celle de 13 plusieurs canons que l\u2019on peut voir au- Jourd\u2019hui sur les champs de bataille.Ce canon est décoré en relief avec beaucoup de travail et d\u2019étude par des figures d\u2019éléphants ailés, et il a plusieurs chevilles & boucles pour attacher les cables lorsqu\u2019on désire le changer de place.Bien qu\u2019un canon d\u2019un pouvoir aussi apparent pât produire quelque effet moral sur l\u2019ennemi, il prouva en dernier lieu qu\u2019il était une source d\u2019impuissance plutôt qu\u2019une source de force.Trop gros comme calibre pour avoir une portée efficace, et il était également trop lourd pour être changé de place rapidement sur le champ de bataille.Il était monté sur une voiture très lourde et les efforts combinés de 500 hommes et même plus étaient nécessaires pour le transporter.| _\u2014 0 \u2014\u2014\u2014 Iaincnacan ab A hiiete yo scalag La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 LES BATEAUX EN PAPIER On a commencé par faire des bateaux en bois, on a continué par les fabriquer en métal et maintenant voici qu\u2019on en construit en papier.Tout extraordinaire que la chose paraisse elle est pourtant exacte et les bateaux ainsi obtenus paraissent donner entière satisfaction pour le but auquel ils sont affectés.Assurément ce ne sont pas des navires de guerre, pas même des bateaux marchands destinés aux longues traversées, mais ils sont néanmoins capables de tenir la mer, même pendant les tempêtes, à condition, cela va sans dire, d\u2019avoir un pilote expérimenté.C\u2019est une invention japonaise.Les Nippons.qui font du papier tout ce qu\u2019ils veulent, depuis des mouchoirs de poche jusqu\u2019à des murailles de maisons nous réservent sans doute bien d\u2019autres surprises du même genre à l\u2019avenir.En ce qui concerne leur nouveau bateau de sauvetage, c\u2019est un véritable petit chef-d'oeuvre.Léger, solide et peu volumineux lorsqu\u2019il est replié car\u2014comme le cavalier, ça se démonte\u2014il a de plus le grand avantage d\u2019être à l\u2019épreuve du feu aussi bien que de l\u2019eau.Le papier spécial avec lequel on le fabrique s\u2019appelle en japonais du doux nom de \u2018\u2018Hashikirazu\u2019\u2019.Eternuez trois fois de suite pour arriver à prononcer correctement.Fait de fibres de mûrier, ce papier parait devoir, par ses quailtés, rendre de grands services dans d\u2019autres emplois, on songe à l\u2019utiliser pour les couvertures de maisons, les ailes d\u2019aéroplanes et l\u2019enveloppe de ballons dirigeables.Ceei peut donner une idée de la résistance énorme qu\u2019il oppose à la déchirure.Il est dommage que le Traité garantissant Le nouveau bateau japonais en papier la neutralité de la Belgique n\u2019ait pas été rédigé sur du \u2018\u2018Hashiki.ete.\u201d\u2019.Le bateau de papier japonais est destiné aux sauvetages, c\u2019est une excellente Taison pour qu\u2019il ait toute notre sympa- 14 thie et il ne sera pas banal de voir quelquefois ce léger esquif de papier venir en aide aux gros colosses d\u2019acier en détresse.On disait auparavant que la vie des gens ne tenait parfois qu\u2019à un fil; désormais on pourra ajouter qu\u2019elle dépend d\u2019une feuille de papier._ \u2014\u2014\u2014 Le > a Vol.La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 La ville de St-Dié marraine A deux pas de la frontière \u2014ou plutôt de l\u2019ancienne frontière, la ville de St-Dié qui fut si jolie et -si vivante, présente au- jourd\u2019hul aux regards le tableau de dévastation qu\u2019on retrouve partout où ont passé les allemands.La ville était jolie, le cadre ne l\u2019était pas moins et, heureusement il le restera, car la rage de destruction des Teutons ne peut tout bouleverser.Les barbares d\u2019Allemagne ont peut-être eu foi en leur puissance mais ce n\u2019était pas cette foi qui transporte les montagnes et celles des alentours de St-Dié sont toujours à leur place.Cette pleine montagne, tout en \u2018¢ ballons\u2019\u2019, couvert de sapins, est d\u2019un grand air sévère.Si l\u2019on gravit les pentes, sur un sol feutré de fines aiguilles où le pied glisse, et sous une voûte formée par les cimes, seules respectées, de ces arbres que l\u2019administration ébranche, c\u2019est indéfiniment un monotone spectacle de troncs bruns et résineux, tous pareils, s\u2019élevant droit vers le ciel, avee, au bas, une maigre mousse.Cette monotonie, cette régularité, cette pauvreté même, reposent le nerveux.Les vallées longues, étroites, étonnent l\u2019oeil par leur propreté parfaite: des ta- EN PAYS LORRAIN du nouveau continent.15 pis d\u2019une herbe luisante, des ruisseaux emportés et limpides sur les vieilles pierres, se détachent d\u2019autant mieux dans le cadre noir des sapins.(Ca et là, des hommes ont imposé une maison de garde, une petite ferme à la montagne ; elle reste, pourtant, maîtresse de sa beauté et de ses arrangements, et, dans certains cantons forestiers escarpés, nul ne peut exploiter sa vêture.D La ville de Saint-Dié avait plus de douze siècles d\u2019existence.Elle tire son nom de l\u2019évêque de St-Dié, ou Dieudonné, qui mourut en Lorraine en l\u2019an 679.L\u2019évêque St-Dié, après avoir renoncé aux fonctions épiscopales, s\u2019était fait ermite et avait habité suecessrvement dans différentes solitudes des Vosges, de 1\u2019Alsace et de la Suisse.Grice aux libéralités de Childérie II, roi d\u2019Austrasie, il bâtit un monastère dans une vallée des Vosges nommée la \u2018\u2018Vallée de Galilée.\u2019 C\u2019est autour de ce couvent que s\u2019éleva la ville appelée, de son nom, St-Dié.Ce qu\u2019on ignore généralement c\u2019est que c\u2019est dans cette ville que le mot d\u2019Amérique a été imprimé pour la première fois STE Vol.8, No 5 et que St-Dié fut réellement la marraine du nouveau-continent.- Au commencement du seizième siècle, les savants de cette gracieuse ville lorraine avaient formé une réunion, le Gymnase Vosgien.Lid, se rencontraient le chapelain et le secrétaire du due de Lorraine, René IL, Vautrin Lud, son neveu, Nicolas Lud, Pierre de Blaru, l\u2019auteur du poème latin \u2018\u201cLa Nancéide\u2019\u2019; Jean Basin, Jean Aluys, le médecin Symphorien Champier.Le Gymnase eut son imprimerie, une La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 times d\u2019Amerigo Vespucei.\u201d\u201d \u2014Ptolémée, répondit Ringmann, ne saurait avoir de meilleure préface.À propos de la traduction latine que fit Jean Bazin du texte italien de Vespuecce, Ringmann imprima ces lignes: \u2018\u201cLa nouvelle partie du monde, comment l\u2019appeler, sinon \u2018\u2018America,\u2019\u201d\u2019 puisque son inventeur s\u2019appelle \u2018\u2018Amerie?\u201d Qu\u2019elle ait un nom d\u2019homme, rien de plus naturel : les autres, Europe, Asie, ont bien des noms de femme.\u201d Saint-Dié.\u2014Vue panoramique prise près de l\u2019église Saint-Martin.des premières du pays, laquelle était dirigée par \u2018\u2018l\u2019éditeur\u2019\u2019 Mathieu Ringmann.Parmi les travaux entrepris, en 1507, par l\u2019imprimerie déodatienne, les ouvrages de l\u2019astronome Ptolémée figuraient.Pour les rendre plus clairs, on avait résolu de les faire précéder d\u2019une introdue- tion géographique (on disait alors: cosmographique).Un soir, certain chauoine de Saint-Dié vint dire, de la part de Vau- trin Lud: \u2014Le duc de Lorraine a reeu de Gênes une relation des \u2018\u2018\u201cQuatre Voyages Mari- I Ls.PT On s\u2019est souvent demandé : \u2014N\u2019est-ce pas là de l\u2019injustice à l\u2019égard du véritable inventeur?S\u2019il fallait un nom d'homme, Colombie eût été un nom aussi harmonieux et plus exact.En vérité, ni Americ Vespuece ni le Gymnase Vosgien ne méritent le moindre reproche.Colomb, opérant pour la Cour d\u2019Espagne, avait reeu l\u2019ordre de se taire sur son voyage.Il ne devait pas révéler le chemin des terres d\u2019or.D'ailleurs, il ne se rendait pas compte de sa découverte.Pour lui, n\u2019étaient-ce pas toujours les In- $a ~ & Vol.8 No 5 .des?Pauvre et abandonné, il mourut en 1506.Americ Vespucce véeut jusqu\u2019en 1512.Géographe savant autant qu\u2019habile pilote, Vespucce revendiquait l\u2019honneur d\u2019avoir découvert la terre ferme, laissant à Colomb la gloire d\u2019avoir abordé aux îles.Nos bons chanoines lorrains avaient sous les yeux les \u2018\u2018relations de voyage\u201d rédigées par Americ Vespucce, et Colomb n\u2019avait rien écrit.Devant la cathédrale \u2014Un vieux tilleul, datant du baptême de l\u2019Amérique.L\u2019Amérique se raitache encore à Saint- Dié par un autre lien.Colomb, qui avait médité sur tous les ouvrages écrits sur la forme de la terre, avait reçu l\u2019impression, peut-être l\u2019impulsion, d\u2019un livre composé au commencement du quinzième siècle par le grand prévôt de Saint-Dié, Pierre d\u2019Ail- ly, \u2018Imago Mundi\u2019 (l\u2019Image du Monde).Il y ligait que le monde est habitable; que d\u2019autres terres existent, encore inconnues de l\u2019Europe, mais non moins peuplées qu\u2019elle, et que, pour y atteindre, il suffit La Revue Populaire IV ees og, fi the Montréal, Mai 1915 de sortir d\u2019un port espagnol et d\u2019aller vers l\u2019ouest, par un vent favorable.A la thèse de Pierre d\u2019Ailly, se mêlaient mille rêveries dont l\u2019extravagance ferait sourire le plus ignorant de nos contemporains.Mais les rèveries elles-mêmes stimulaient l\u2019imagination de Colomb.Elles illuminaient sur ses lèvres l\u2019éloquence dont il avait besoin pour persuader le roi et la reine d\u2019Espagne.On croyait ce monde nouveau très rapproché de l\u2019ancien, on le représentait plein de richesses miraculeuses; on y entrevoyait même une mystérieuse montagne au pied de laquelle s\u2019étendait, fleuri et grand ouvert, le Paradis, le véritable paradis terrestre.D Avant le bombardement féroce subi au cours de la présente guerre, St-Dié avait eu jadis pas mal à souffrir des troupes en armes.Charles-Quint en personne essaya vainement de prendre Saint-Dié.La guerre de Trente Ans fit connaître à la ville des tortures nouvelles.Les Suédois s\u2019appliquèrent à ne lui rien laisser d\u2019inconnu en matière de supplice.Entre temps, des incendies! Les maisons, par centaines, étaient réduites en cendres.La paix paraissait aussi dévastatrice que la guerre.L\u2019ame d\u2019une cité se forme, s\u2019éclaire et se trempe ainsi.L\u2019Amérique a une admirable marraine.\u2014\u2014\u2014 0 \u2014\u2014 On compte 77 muscles dans la tête : huit pour les yeux et les paupières, un pour le nez, huit pour les lèvres, onze pour la langue, onze pour le larynx, huit pour les mächoires, onze pour l\u2019ouïe, dix-sept pour les mouvements de la tête et du cou, un pour le cuir chevelu et un pour les sourcils.17 \u2014 RE ER OST TE EU AE CEE bettie! ali iy Litt Aa HH Hel Cid, dl Out GUN fd RTT a.SY i SLE \u201cray t.= too un oo A - a fr Wh A oy ES Fo BE car eh oi rat y Montréal, Mai 1915 das Li dar four rte mette Un 4) 4 À) gr fe L « ie Tu Soe 4, 44 Nr 5 7e Sy +o AY N $ te ia = PL eu Lv] W ei qe (3) Le * vo » BR i 5 (a = J RSS Les Me \u20ac ses if dis ès Se A & 9 .Oy es vas A a 1H 0 \\3 4 EX NY 5 ay, Ne 1 LAY 4 cp mx re rx oy = ph FEARS DA.= eed 9 .18 At.: Ca es répondez 253 PIV, WEY haa IN de ox ba Us Re XE 0 Hr vd ee] EP + + s on, \u2014\u2014 Je.pu.\u2014\u2014 x Nd : Net ! On ferme sa boîte quand on parle $ 0 LA AT EE Nel LR $i La Revue Populaire A ts J.nil + > RE Je.LES ORDRES DIFFICILES un \u2014 va s} Aillons!.; LAY nN va { >.vi A ody) EN HR a tes-vous en retard a e 3 .Ss Je.nT DORE AR v 2 0.cr {SS So ! à 1d = : ler: E A x \u2014 Pourquoi \u2014Mon capitaine.\u2014Taisez-vous!!.\u2014Je.\u2014Silence, que j\u2019vous dis offic ; 3 = Vol.8, No 5 3 ; : _ fée \u2014 an A a \u2014adiiia ne TR ne an ae mass les tna an.cit.o TIO ot ALS 05208 PUWNEES.SAF.VES J NP - a 23 \u201cmens LS [on -\u2014 EN Se Se ey SCY rar ere à etes \u2014\u2014\u2014 étre 0 _\u2014 3 DE IE REN BCI I = Ce = = > IAAP aia Cy Cpa - Te VASE EA 2 = CES = = = va RT STARR 2028 - Pan Fe aq\u201d Vol.8, No 5 La Revue Populaire a 2 En tree SX = Na) ten D ; NN = \u2018 EPS À Na SE an = 4 La BRAVOURE DES ARTILLEURS ALLIES L\u2019artillerie joue un grand rôle dans la guerre actuelle ; de part et d\u2019autre c\u2019est une véritable orgie de projectiles et, suivant le terme consacré, le terrain de combat est littéralement arrosé par les obus.Les allemands ont certes, sous ce rapport, un matériel de guerre perfectionné, leurs canons et leurs mitrailleuses sont en grand nombre mais de plus en plus, la supériorité penche manifestement du côté des Alliés.Ceux-ci n\u2019ont pas laissé leurs forges inactives depuis le début de la campagne ; sans interruption ils ont fabriqué canons et projectiles et, comme la matière première ne leur manque pas, le succès n\u2019est pas douteux.Ils ont déjà la supériorité du nombre sur les Allemands mais, ce qui vaut infiniment mieux, ils ont l\u2019énorme supériorité morale qui fait les héros et les traits de bravoure accomplis par eux sont tellement nombreux qu\u2019il faudrait de gros volumes pour les relater tous.\u2019 Et combien encore, cependant, resteront toujours ignorés! Citons-em deux entre mille, accomplis l\u2019un par les artilleurs français et l\u2019autre par les artilleurs anglais.\u2014 D Dans l\u2019affaire du \u2018Col du Bonhomme\u201d en Haute-Alsace, la lutte fut acharnée entre francais et allemands.Le pays montagneux et boisé permettait difficilement le tir précis de l\u2019artillerie, malgré cela et grâce: aux reconnaissances effectuées par les avions, le repérage fut fait de part et d\u2019autre assez exactement et le bal eut lieu avec entrain.Du côté francais, un artilleur chargé du pointage se distinguait à chaque coup par la précision avec laquelle il semait les obus sur l\u2019ennemi.Il avait déjà fait sauter la gare Ste-Marie-aux-Mines et culbuté un convai allemand quand enfin les boches lui retournérent ses politesses.Un de leurs obus lui fracassa les deux jambes.Il y avait certes de quoi s\u2019en trouver légèrement incommodé et se voir dans 19 l\u2019obligation de laisser à un camarade le soin de continuer la musique.Bon gré, mal gré, notre artilleur dut être envoyé à l\u2019ambulance à l\u2019arrière de la ligne de feu et ce fut là son plus gros chagrin.\u2014Portez-moi jusqu\u2019à mon canon, implo- ra-t-il, et laissez-moi envoyer encore un obus aux boghes! \u2014\u2014 Vol.8, No 5 La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 1 Telle fut sa suprême réclamation à la- satisfaction de bombarder l\u2019ennemi.quelle ses camarades firent droit.Avec Il était probable qu\u2019il faudrait lui cou- précaution ils le portèrent jusqu\u2019auprès per les deux jambes mais le vaillant ar- ê de la pièce et le brave soldat eut encore, tilleur s\u2019en souciait peu; le devoir accom- avant de dtitter le champ de bataille, la pli comptait seul pour lui.D Un autre bel exemple d\u2019énergie morale nous est fourni par un officier anglais d'artillerie à la bataille de Tournai Les anglais, au nombre : de 700 seulement, furent #4 attaqués dans une position par 5000 uhlans; ils ne disposaient, à cet endroit, que de deux canons qui firent cependant une besogne terrifiante.Bien qu\u2019ayant les deux jambes fracassées, cet artilleur français : .voulut tirer un dernier coup de canon.Les uhlans tombaient en rangs serrés mais malheureusement aussi les | pertes étaient très élevées dans la petite troupe de défenseurs.Un à un les braves jonchaient le sol et quand ils ne furent | plus que quelques-uns, les AW boches se lancèrent en avant pour la charge finale.On vit alors un officier anglais, debout derrière un canon, un revolver dans chaque main faire feu avec le plus grand sang-froid sur les ennemis qui voulaient tenter de s\u2019emparer du canon, Dou- À ze uhlans furent ainsi envoyés \u2018\u201c ad patres \u2019\u2019; cet Avec le plus grand sang-froid, l'officier anglais abattit une y p , 1, w ; douzaine de uhlans à coups de revolver.exemple de ténacité en- 1 Vol.8, No 5 flamma le courage de la petite troupe de survivants anglais et dans un effort suprême, ils reprirent une offensive qui se termina en déroute pour l\u2019ennemi.Des cinq mille uhlans, trois cents à peine purent regagner Tournai le soir ; le reste jonichait la plaine.Avec de tels hommes que les Alliés, on \u20ac raison de dire que la victoire finale est assurée.\u2014_\u2014 ) \u2014\u2014 ON FUME DANS LES EGLISES \u2014_\u2014 Jadis on nommait le tabac \u2018\u2018l\u2019herbe du diable\u2019\u2019, et en 1690, le pape Jean XIII excommunia tous les fumeurs.Depuis, malgré des ennemis acharnés, le tabac s\u2019est répandu de plus en plus, on en use et on en abuse un peu partout.Certaines statistiques prétendent que c\u2019est dans les pays espagnols qu\u2019on fume le plus.Il paraît que l\u2019herbe du diable atteint une consommation énorme dans l\u2019Amérique du Sud.Une chose que l\u2019on ignore généralement, c\u2019est qu\u2019on fume maintenant dans presque toutes les églises du Pérou.Un ami qui revient de là-bas me raconte qu\u2019il remarqua une fois dans l\u2019église de Merced, à Lima, un membre de la congrégation fumant un cigare durant le service, et, par la porte ouverte de la sacristie, il apercut un évé- que qui devait quelques minutes plus tard prêcher et qui semblait prendre grand plaisir à fumer lui aussi un imposant ei- gare.L'\u2019évêque revêtu de ses vêtements sacerdotaux avait pris la précaution de mettre La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 un mouchoir sous son menton pour empêcher la cendre de souiller la broderie de sa chaswble.L'usage de fumer est à ce point encouragé dans la cathédrale de Lima, que, dans chaque stalle réservée aux membres du chapitre, se trouve un cendrier.Le tabac plaît aux riches et aux pauvres et ceux qui ont pris le goût de l\u2019herbe du diable ne peuvent plus y renoncer.Les fumeurs invétérés souffrent réellement lorsqu\u2019ils demeurent longtemps dans un endroit où il n\u2019est pas permis de fumer, Il est très compréhensible que pipes et cigarettes soient interdites dans les mines, aussi avec quelle joie les mineurs se hatent- ils \u2018\u201cd\u2019en bourrer une\u2019\u2019 dès qu\u2019ils sortent de leurs puits noirs.Et cela a donné lieu à un métier nouveau.Un vieux couple du Nord de l\u2019Angleterre en est l\u2019inventeur.La petite maison qu\u2019habitent l\u2019homme et la femme est située prés d\u2019une mine importante.Dans cette mine, comme je vous le disais tout à l\u2019heure, il est défendu de fumer.\u2018Aussi, chaque matin, les mineurs, avant de descendre dans le puits, laissent leurs pipes et leur tabac entre les mains des deux vieillards.Les pipes sont alors nettoyées et bourrées, prêtes à être allumées.Les mineurs en sortant n\u2019ont qu\u2019à frotter une allumette.Ils ne perdent pas une minute en vains préparatifs, ce qui est ap- priéciable pour des gens qui disposent d\u2019un temps très court pour déjeuner.L\u2019après-midi, la même opération se renouvelle, en vue du retour de la fin de la journée.Le léger tarif hebdomadaire per- eu pour leurs services finit par former une somme suffisante qui permet au vieux et à sa femme de vivre en paix à l\u2019abri du besoin.\u2014\u2014 0 \u2014\u2014 21 \u2014 A Ca a pT RESTE TT TERR A SIR RRR TTR i.HA ' KIL \u2018 0 \u2018 It eh: Rae! jit, pt, to Vol.8, No 5 La Revue Populaire - Montréal, Mai 1915 Aa PAR LES JAGHANS DE LA TERRE DE FEU Le peuple le plus méridional du globe, c\u2019est la race des Jaghans qui vit dans les îlots au sud de la Terre de Feu.; Le géographe anglais Charles Wellington Furlong a fait une expédition dans ces parages.Il a demeuré plusieurs semaines chez cette peuplade et il a eu ainsi la possibilité de faire des études intéressantes sur les Jaghans.Il y a 30 ans environ, trois mille Jag- hans voyageaient encore sur leurs canots à travers les canaux de l\u2019archipel.Mais leur nombre a diminué considérablement depuis lors et la race s\u2019achemina vers une complète extinction.Les raisons qui déterminent la disparition progressive des Jaghans sont plusieurs.D'abord le climat extrêmement rigoureux même pour les indigënes qui se contentent, 1gnorant tout vêtement de se couvrir les épaules avec des peaux de loutre, Ensuite les batailles meurtrières et continuelles que les clans se livrent entre eux, soit pour se disputer le butin de la pêche, soit pour la possession des femmes qui, contrairement à ce qui arrive ailleurs, sont peu nombreuses.M.Wellington eut,la triste chance d\u2019assister à un de ces sauvages combats.Après la bataille, pendant laquelle les indigènes luttèrent avec des massues, des lances et des pierres, on commenca 3 pleurer les morts.Les parents du mort, après s\u2019être coupé la barbe et les cheveux, se peignaient le visage avec des couleurs de deuil, blanche et noire.i On commença dans les cabanes par les lamentations qui\u2019 s\u2019élevaient graduellement d\u2019un ton très bas à un ton suraigu.Le lendemain de la bataille eut lieu une danse macabre à laquelle participérent également les femmes.~ Les Jaghans rappellent par leur type les Japonais.Comme eux, ils ont les pommettes saillantes, les yeux bridés, la figure brune et glabre, la stature petite.Les femmes sont encore plus petites que les hommes qui mesurent en moyenne 5 pieds.Ces gens demeurent dans des cabanes primitives construites en forme conique par l\u2019assemblage de trones d\u2019arbre.Le seul animal apprivoisé qu\u2019ils connaissent est le chien qui aide les hommes dans la chasse aux phoques.Les hommes chassent et pêchent.Les femmes font des paniers, tannent les peaux, surveillent les enfants et préparent la nourriture.Elles savent également nager, ramer et pêcher et elles acompagnent souvent les hommes dans leurs voyages.Car les Jaghans ont des instinets nomades et souvent l\u2019on rencontre des cabanes abandonnées par leurs propriétaires partis pour d\u2019autres territoires.Les Jaghans sont polygames.Ils ont l'habitude de marier les hommes âgés avec les jeunes filles et les jeunes hommes avec les femmes âgées, pour que les jeunes apprennent à vivre, en compagnie de personnes plus expérimentées.\u2014\u2014 po \u2014\u2014\u2014 LC Si Populaire Montréal, Mai 1915 Voir.8, No 5 La Revue GUILLAUME - FREGOLI Le Caméléon im périal d'Allemagne Il n\u2019est point d\u2019homme au monde, même parmi les comédiens, dont pourtant c\u2019est le métier de se montrer sous différents aspects au cours de la même journée, qui change aussi souvent de costume que l\u2019empereur Guillaume.Il a certainement plus d\u2019uniformes qu\u2019aucun autre souverain, partant, plus qu\u2019aucun homme sur terre.Cela résulte d\u2019un nombre considérable de titres qu\u2019il possède ou qu\u2019il possédait.Si l\u2019on considère que chacun de ces titres correspond à un costume, on comprend que la garde-robe impériale soit bien montée.\u201c Au palais de Potsdam, quatre immenses pièces sont pleines de costumes et il a douze valets de chambre dont la seule occupation est de préparer les différents costumes dont l\u2019empereur pourra avoir fantaisie de se vêtir pendant la journée.Le désir qu\u2019éprouve le Kaiser d\u2019être toujours habillé suivant les circonstances est si grand que, lorsqu\u2019il reçoit un officier, il revêt toujours l\u2019uniforme partieu- lier de son régiment.Si le fils d\u2019un officier vient annoncer à l\u2019empereur la mort de son père, il le reçoit dans l\u2019uniforme de l\u2019armée à laquelle appartenait le défunt.S\u2019il donne audience à une délégation d\u2019un des régiments dont il est chef, il en prend la tenue.Un ambassadeur étranger est-il admis auprès de lui, il revêt l\u2019uniforme de général prussien, orné de toutes les décorations du pays de son visiteur.C\u2019est au cours de la visite qu\u2019il fit en Angleterre (1902), que Guillaume IT mon- \u2014 re abet.Wt ileal t Le : dtd Vol.8, No 5 tra avec quelle facilité il opère les \u2018\u2018changements\u2019\u2019, comme on dit au théâtre.Les dignitaires envoyés à Port-Victoria, pour le saluer attendaient sur la côte quand ils virent paraître son yacht : le \u2018\u201cHohenzollern\u2019\u2019.Braquant longues-vues et lorgnettes sur le bâtiment, ils virent un général allemand qui s\u2019y promenait: c\u2019était l\u2019empereur ! Ils prirent place dans des vedettes et, quelques minutes plus tard, montaient sur le pont du \u2018\u2018Hohenzollern\u2019\u2019.Mais le général allemand avait disparu et c\u2019est sous l\u2019uniforme d\u2019un amiral anglais que le kaiser leur apparut ! Descendu à terre, il monta dans le train spécial et celui-ci était à peine mis en marche que Guillaume pénétrait dans le wagon-salon revêtu de l\u2019uniforme des \u2018\u2018First Royal Dragoons,\u2019 qu\u2019il allait changer peu après, de telle sorte qu\u2019en arrivant en gare de Wolferton, les curieux qui s\u2019attendaient à contempler un officier tout chamarré, virent un monsieur parfaitement correet portant la redingote, le chapeau haut de forme et les gants de peau gris perle.On remet chaque jour, au premier valet de chambre, la liste des audiences que l\u2019empereur a \u2018accordées.Il a pour mission de surveiller la préparation des costumes.Ce n\u2019est point une petite affaire, car en plus des uniformes, il y a de nombreux accessoires: épées, épaulettes, décorations, gants, bottines, casques, ete.Quel que soit le palais où l\u2019empereur décide d\u2019aller, il faut qu\u2019il y trouve tous ses costumes en parfait état, sans le moindre pli.| En vérité, il déteste être habillé comme tout le monde; même pour la chasse, il a un costume qui a été dessiné spécialement pour lui: gris, d\u2019aspect presque militaire, avec lequel il porte un chapeau tyrolien \u2014 24 nanny La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 gris également orné d\u2019une grande plume de coq.Toutefois, son costume le plus caractéristique est l\u2019uniforme étincelant du cuirassier avec le casque surmonté de l\u2019aigle sur lequel il jette un pardessus vague tombant jusqu\u2019aux talons et doublé de fourrure.Il n\u2019y à qu\u2019un costume qui fait défaut dans l\u2019énorme collection impériale: c\u2019est une robe de chambre.Quand le kaiser monta sur le trône, un tailleur berlinois lui envoya une somptueuse robe de chambre.A Guillaume à l\u2019âge de deux ans.Trois heures après on la rapportait avee ce message : \u201c\u201cLes Hohenzollern ne portent jamais de robe de chambre.\u2019 Si complète que soit sa garde-robe, elle ne comprend pas encore le costume qui conviendrait le mieux au Kaiser: l\u2019habit de forcat.Espérons quelles Alliés répareront cet oubli.Une des plus grosses, ides plus constan- \u2014 Vol.8, No 5 tes préoceupations de Guillaume IL fut, on le sait, de e\u201custituer à son pays une flotte de guerre formidable capable de tenir tête à celle de l\u2019empire britannique.Certes, il ne négligea point pour cela l\u2019augmentation en nombre et en force de l\u2019armée de terre, mais on peut dire que depuis le début de son règne, peu de questions l\u2019intéressèrent autant que les questions maritimes.Dans plusieurs discours retentissants, il déclara que l\u2019Allemagne devait posséder des forces navales capables de lui faire envisager sans trouble toutes les éventualités, et il réussit à plusieurs reprises à faire voter par le parlement des budgets considérables destinés à la création de nouvelles unités, à l\u2019amélioration des ports de guerre, au rajeunissement et au perfectionnement \u2018de l\u2019armement.Parmi les innombrables uniformes dont le kaiser aime à se parer, il n\u2019en est point qu\u2019il enidosse avec plus de plaisir que celui d\u2019amiral en chef de la marine de l\u2019empire allemand.À considérer la très curieuse photographie que nous publions aujourd\u2019hui, on aurait des raidons de supposer qu\u2019il y a bien longtemps que la vocation marine naquit en lui.C\u2019est en 1861\u2014il avait deux ans\u2014qu\u2019il se montra pour la première fois sous les apparences d\u2019un marin en prenant fièrement place dans un frêle esquif portant le nom de \u2018\u201cFortuna\u2019\u2019, ainsi que le montre notre document.oo Mais c\u2019était là un pur effet du hasard.Cette photographie sort d\u2019un atelier berlinois et l\u2019artiste qui tira ce cliché possédait cette petite nacelle parmi ses ac- Vol.8, No 5 ROMAN COMPLET 87 La Revue Populaire .; : Gi ry Jai, i fl geist did ngnlib abla itd tii iid Montréal, Mai 1915 () \\ MN ~ UN DE PLUS Par Arthur DOURLIAC I Denis Bourel était le plus pauvre habitant d\u2019un très pauvre village de l\u2019Oise, dont Jean Monroy \u2018était le plus riche fermier.| Celui-ci avait la plus belle ferme du canton, celui-là, la plus pauvre chaumière.L\u2019un avait des prés, des bois, des vignes, des moissons au soleil, des chevaux à l\u2019écurie, des vaches à l\u2019étable, des moutons au pâturage, des volailles peuplant la basse-cour, des pigeons roucoulant sur le toit des granges regorgeant de blé.L\u2019autre n\u2019avait ni champ, ni récolte, ni bétail, pas méme la poule au pot du roi Henri, et sa masure, couverte de chaume, aux murs légardés, à la cheminée branlante, semblait s\u2019affaisser honteusement sur elle-même, sous le regard méprisant de sa voisine à la facade en pierre de tail le, à la couverture d\u2019ardoise et au balcon surplombant la route sur lequel ouvraient Jes six fenêtres du grand salon.\u2018\u2018Ouvraient\u2019\u2019 est une façon de parler, car, en général, les volets étaient hermétiquement clos sur les splendeurs de ce lieu magique dont les bonnes gens ne parlaient qu\u2019avee une respectueuse déférence et qui n\u2019apparaissait à leurs yeux éblouis que dans les solennelles circonstances; baptêmes, noces, enterrements.En temps ordinaire, la famille se tenait dans la \u2018\u2018salle\u2019\u2019 où maîtres et serviteurs prenaient leurs repas en commun, à l\u2019ancienne mode.Sur un seul point, il y avait égalité en, tre le gros propriétaire et le pauvre jour- nälier ; tous deux avaient la même postérité : six garçons, tous bien vivants, bien portants, bien mangeant.\u2019 ce qui était parfois un inconvénient, non à la ferme où la huche était toujours amplement garnie ; mais à la chaumière, où elle était absolument vide.Au fond, maître Jean, jaloux de primer en tout, trouvait fort mauvais que la bé- nédietion divine, se manifestant, dit-on, en pluie de marmots, ne favorisûât pas plug sa demeure que celle de Denis.Cela eut été plus équitable et plus sage.Mais Denis n\u2019en jugeait pas ainsi et était aussi fier de sa lignée que son orgueilleux voisin.Un potentat disant : \u2018\u201cMes peuples\u201d un gentilhomme disant : \u2018\u201cMes aïeux\u201d, 35 \u2014 a + ; a « 44h IER Et Oe esd : A 3 hte rs ditt OA di tt, eles ! ES ie) y it, Vol, 8, No 5 un financier disant : \u2018\u201cMes millions,\u2019 n\u2019a vait pas l\u2019air plus triomphant que le pauvre hère sans sou ni maille disant : \u2018\u201cMes fieux.\u201d\u2019 Ses fieux ! c\u2019était toute sa richesse, et toute sa joie et quand le dimanche les Monroy et les Bourel se rencontraient au pied du chemin escarpé conduisant à l\u2019église, si le journalier cédait modestement le pas à son patron, son regard, se repo- Sant sur sa famille, disait clairement : \u2018En cela, mon maître : vous n\u2019êtes pas plus riche que moi.\u201d A ceux qui le plaignaient de cette lourde charge, il répondait avec ce ton mi- naif, narquois, particulier aux terriens : \u201c\u201cN\u2019est point pére qui veut !\u201d\u2019 Chaque fois que dame Monroy donnait un héritier à son mari, dame Bourrel S\u2019empressait de l\u2019imiter et l\u2019on n\u2019eût pu dire chez qui le nouveau venu était le mieux recu.En fait, si l\u2019ange, qui les apportait dans les plis de sa robe, eût dévoilé à chacun l\u2019avenir qui l\u2019attendait et lui eût donné à choisir entre la m'asure enfumée où l\u2019on se serrait pour lui faire place et la vaste demeure regorgeant d\u2019abondance, plus d\u2019un eût certainement tendu ses petits bras vers la chaumière des Bourrel, où le nid était moins chaud, moins moelleux, mais où les coeurs étaient plus tendres.Denis, brave homme s\u2019il en fut, supportant gaiement sa misère, ne se plaignant jamais, riant toujours, doux facile à tous et en particulier aux siens, était le meilleur des pères, s\u2019ôtant le pain de sa bouche pour nourrir ses petits, travaillant, peinant, souffrant pour eux, prêt à donner s n sang pour les faire sourire, à donner sa vie pour les empêcher de pleurer.Un jour, au marché franc qui se tenait tous les mois à la ville, son dernier né réclamait à cor et à cris un polichinelle La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 trop cher pour la bourse du père, il s\u2019était bénévolement fait arracher une dent \u2018\u201csans douleur\u2019\u2019 pour gagner les quarante sous attachés à la démonstration et était rentré chez lui la mâchoire endolorie, la joue doublée de volume, mais le marmot radieux sur son épaule tenant serré dans ses bras le pantin désiré.Maître Jean, au contraire, dur à tous ses inférieurs : \u2018bêtes, gens, administrés (il était maire de sa commune), l\u2019était également à sa famille.Sa femme, douce et patiente créature, le craignant comme le feu, n\u2019osant jamais élever la voix pour exprimer un avis on hasarder une prière.Ses fily tremblaient devant lui, du plus petit au plus grand, moins heureux que les garcons de ferme, sans un sou dans leur poche, sans une heure de liberté sang l\u2019ombre d\u2019une parole ou d\u2019une caresse.Ainsi, lorsque l\u2019aîné atteignit ses vingt et un ans, le premier acte de sa majorité fut-il de s\u2019engager, la discipline militaire lui semblait infiniment moins rude que la discipline paternelle.Maître Monroy ne lui pardonna pas cet acte d\u2019indépendance et d'éfendit même de prononcer son nom.La pauvre mère dut cacher ses larmes et à son lit de mort, n\u2019eut même pas la consolation d\u2019embrasser son premier né qui se battait alors en Crimée.Cependant, lorsque, après avoir obtenu les doubles galons d\u2019or, Justin décrocha la croix d\u2019honneur À l\u2019assaut de Sébasto- pol, le vieux flatté dans sa vanité, parut s\u2019humaniser un peu et écrivit à son fils qu\u2019à l'issue de la \u2018campagne, il pourrait venir reprendre sa place à la ferme.Hélas ! il comptait sans son hôte ou plutôt sans son hôtesse.Le jeune sergent blessé avait été soigné ehez deux dames russes qui lui avaient té- A} Vol.8, No 5 moigné tant de bienveillant intérêt que le pauvre garçon, peu gâté sous ce rapport, en avait été profondément touché.Mme Reskine, qui avait perdu un fils de cet age, le traitait maternellement; quant à sa fille Lydia, elle était si douce, si compatissante, que son sourire était le meilleur baume pour toutes ses blessures.Aussi, au moment de quitter cette mai son hospitalière, le soldat éprouva un tel déchirement qu\u2019il ne put résister au besoin d\u2019épancher son coeur et d\u2019avouer à la mère le sentiment qu\u2019il éprouvait pour sa fille.Mme Reskine lui ouvrit les bras, Lydia lui tendit la main\u2019.Mais leur consentement n\u2019était pag le plus difficile à obtenir.Aux premiers mots, le père \u2018éclata.Son fils ! Un Monroy ! épouser une étran gère, une Cosaque ! Avec la défiance instinctive du terrien pour ce qui ne vient pas de \u2018\u201cchez nous\u201d, il n\u2019avait pas assez de mépris pour \u2018\u2018ces gens de li-bas\u2019\u2019, des aventurières ! des enjôleuses! cherchant à capter son héritage.Puis ce projet de mariage dérangeait abso lument les siens.I! avait un frère propriétaire d\u2019un beau moulin à l\u2019autre extrémité du village.Bien que se rencontrant fréquemment au marché, à la messe, le fermier et le meunier ne se parlaient pas, brouillés de longue date par une de ces rivalités de succession aussi tenaces dans leg campagnes que la haine des Capulet et des Mon.tégut.Cependant à l\u2019article de la mort, Pierre Monroy se réconcilia avec son aîné et lui confia sa fille unique, Rose, souhaitant qu\u2019elle épousât un de ses cousins.Le beau sergent \u2018était absolument celui qui lui convenait le mieux comme age, ca ractère ; il était loin de déplaire à sa cou- La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 sine et le père avec l\u2018âpreté du paysan le plus riche à \u2018\u2018s\u2019arrondir\u2019\u2019, éprouvait une vive satisfaction à l\u2019idée des \u2018\u201cbeaux biens au soleil\u2019\u2019 que réunirait un tel mariage.Aussi ordonna-t-il rudement à son fils de renoncer à ses billevesées et de se disposer incontinent à épouser l\u2019héritière de Pierre Monroy.] Loin d\u2019obtempéérer à ce désir qui avait, au reste, toutes les formes d\u2019un ordre.Justin répondit avec une respectueuse fermeté: que son coeur était pris, sa parole engagée, il réclamait instamment le consentement paternel et chargeait son vieil ami, l\u2019instituteur M.Beaubuit, de le lui obtenir.Ce dernier, à bout d\u2019arguments, eut l\u2019imprudence de représenter à l\u2019irascible vieillard que son fils, étant majeur, pourrait à la rigueur s\u2019en passer, s\u2019il n\u2019était retenu par le respect filial.Ce fut un comble ! Blane comme un linge, frémissant d\u2019indignation, Monroy redressa sa haute taille : \u2018Des sommations alors ! gronda-t-il d\u2019une voix tonnante ; vous me menacez de sommation !.\u2014 Au contraire, je.\u2014 Assez, monsieur Beanbuit ! Puisque la loi permet à un enfant de se révolter contre son père, il n\u2019y a rien à discuter.Voici l\u2019acte que vous me demandez, mais pour moi, c\u2019est l\u2019acte de décès de Justin Mon- roy, dont je trace le nom pour la dernière fois.\u201d Il tint parole, refusant, sans les décacheter, les lettres portant le timbre de Russie et fermant la bouche de quinconque voulait lui parler du rebelle.Un jour, cependant, sa porte, sinon son coeur, dut s\u2019ouvrir devant 1\u2019enfant prodigue qu\u2019on lui ramenait hive, épuisé, mourant, sans regard, sans voix.Mme Reskine était morte, Justin et sa Vol.8, No 5 jeune femme s\u2019étaient embarqués pour la France.Le navire, assailli par une tempête, avait fait naufrage en vue de la Corse ; l\u2019équipage et les passagers avaient péri.Justin recueilli par des pêcheurs avait été miraculeusement sauvé, mais sa raison avait sombré dans cette épouvantable catastrophe ; et, malgré sa dureté, le père n\u2019eut pas le courage de repousser cette lamentable épave humaine.D\u2019ailleurs son esprit autoritaire trouvait une orgueilleuse satisfaction à montrer à tous, terrassé, vaineu, frappé de la foudre l\u2019audacieux qui avait bravé la puis sance paternelle : \u2018\u2018 Ainsi le Çiel châtie les fils ingrats !\u201d semblait-il dire.Et \u2018chacun courbait la tête, sans oser plaindre, ni consoler cette grande infortune.Justin, indifférent à tous, ne reconnaissant personne, demevrait, des heures entières, silencieux, morne accablé l\u2019oeil atone regardant vaguement devant lui, ne répondant ni au cordial ; \u2018\u201cBonjour, sergent !\u201d d\u2019Etienne Bourrel, son ancien compagnon d\u2019armes ; ni au ; \u2018\u2018Salut, Justin Ivano- witech \u2019\u201d\u2019 du père Cosaque, le vieux vagabond: à qui jadis il ne refusait jamais une piécette.Seule, sa jeune belle soeur, Rose, qui avait épousé son frère eadet, parvenait à le tirer de son apathie.Lorsque, pleine d\u2019une tendre compassion, elle venait s\u2019asseoir près de lui, son petit enfant nouveau-né dans ses bras, chantant à demi-voix quelque berceuse, une lueur d\u2019intelligence animait le regard éteint de l\u2019infortuné et de grosses larmes roulaient lentement sur ses joues creuses.Il traîna ainsi pendant tout l\u2019été ; puis, à la chute des feuilles, il s\u2019allia et s\u2019éteignit doucement sans avoir recouvré la rai- = 38 La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 son.A l'heure méme ou Justin Monroy rendait le dernier soupir, une femme aux traits jeunes, mais pâles et fatigués à la mise simple, mais décente, portant dans ses bras débiles, un paquet enveloppé d\u2019un châle de laine, se dirigeait vers le village dont les premières maisons, la ferme des Monroy et la chaumière des Bourrel se faisant vis-à-vis, apparaissaient à travers la brume matinale comme deux chiens de garde de taille différente.Elle allait vite, vite, les lèvres serrées, le front penché, ne levant les yeux que pour mesurer la distance qui la séparaît encore du but de son voyage et les reposant humides et troublés sur cette chose fragile emmaillotée de triples langes, perdue sous les couvertures, étroitement serrée contre son coeur, qui était un petit enfant.\u2018 Alors, elle effleurait d\u2019un baiser furtif, la cape d\u2018un bonnet dépassant la capeline comme l\u2019aile d\u2019un papillon et elle murmurait doucement : \u201cDors, mon mignon, nous bientôt.\u201d Le jour se levait lentement comme un vieillard frileux quittant à regret sa couche, l\u2019ombre opaque de la nuit, se rayait de lignes blanchâtres et derrière une sorte de gaze transparente s\u2019éclaireissant peu à peu, apparaissaient les coteaux boisés se teintant de rose, les plaines verdoyantes, arriverons les sapinières du Fond-de-Vaux formant une tache sombre, l\u2019étang à- demi desséché balancant ses joncs et ses roseaux comme les vagues de la mer, la rivière bordée de gais moulins et émaillée de vertes cressonnières ; puis au fond du tableau, se confondant à l\u2019horizon avec la grisaille d\u2019un ciel d\u2019automne, la masse noire et profonde de la forêt de Compiègne.Des deux côtés de la route en dos d\u2019âne * te dei rete) ttt Vol.8, No 5 les tilleuls rabougris semaient leurs feuil-\u201d les rouillées sur les tas de cailloux méthodiquement alignés à leurs pieds comme une double rangée de tumulus sur lesquels les branches dénudées esquissaient une b\u201d- nédiction.Peut-être la-jeune mère éprouva-t-elle cette impression de marcher entre des tombes, car elle frissonna et serra plus fort son enfant contre son sein.Soudain, comme pour ajouter à cette 1illusion lugubre, du haut du clocher domi nant la vallée tomba lentement le son du glas.; \u2018\u201cQui est mort 2\u2019 murmura la voyageuse en s\u2019arrêtant oppressée.Elle n\u2019était plus qu\u2019à quelques pas de la ferme sur laquelle planait un lourd silence, interrompu seulement par le chant du coq lancant sa note claire comme un appel de clairon.Et l\u2019étrangère, tremblante, en proie à une sorte d\u2019angoisse, superstitieuse, demeurait immobile, muette, hésitante, le regard rivé à ces grands bâtiments mornes et clos comme une prison.La porte charretière s\u2019ouvrit violemment : un homme aux cheveux gris et drus, aux sourcils broussailleux, au teint jaune et bilieux, parut sur le seuil poussant devant lui un pauvre hère tout déguenillé qu\u2019il jeta dehors d\u2019une main vi goureuse, trahissant l\u2019autorité du maître.Puis le lourd battant de chêne se referma avec un bruit sourd.L\u2019individu, si brutalement éconduit; fit quelques pas en titubant et, montrant le poing à la ferme \u201c\u201cQac & vin ! Sac à vin ! grommela-t-il d\u2019une voix avinée, tu en as menti, Ivan Ivanowitch, je n\u2019ai même pas bu un verre de \u2018\u2018kwass\u2019\u2019 et j'ai la gorge sèche comme un fagot de \u2018bois mort.\u2018\u2018D\u2019abord, je n\u2019ai dit qu\u2019la vérité.y\u2019a RE CO EAST UE La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 qu\u2019la vérité qui fache.\u2019.t\u2019as tué ton garcon.Jean Monroy.aussi sûrement que notre grand tsar Pierre, le sien.\u2018\u201cPauvre Justin Ivanowiteh ! Il était bon pour tout le monde, lui !.même pour le vieux père Cosaque.\u2019\u2019 Tout en monologuant de la sorte, il ramassait son bâton et son bissae, roulés dans la poussière, et essuyait en maugréant les quelques croûtes qui s\u2019en étaient échappées.C\u2019était un vieillard aux cheveux d\u2019un blanc jaune, aux traits usés et flétris, au nez écrasé des Kalmouks, aux paupières rougies et clignotantes, à la barbe hirsute et sale.Malgré ses véhémentes protestatipns, l\u2019odeur d\u2019aleool qui se dégageait de toute sa personne, sa parole empâtée et le peu d\u2019assurance de sa démarche, trahissaient son intempérance et justifiaient la mesure d\u2019expulsion dont il était l\u2019objet.Brusquement, il se retourna, les yeux troublés.Une main tremblante s\u2019était posée sur son bras.\u201cQu\u2019y a-t-il pour votre service la petite mère ?bégaya-t-il d\u2019un air hébété.\u2014 Qui.qui done est mort là 2?\u2019 demanda la jeune femme d\u2019un accent étrange en désignant la porte close.\u2018\u201c\u201cQui ?.un bon coeur comme sont toujours ceux qui partent.les méchants restent eux ;.1\u2019ainé des Monroy.et le meilleur de tous.Tenez.v\u2019là encore la cloche des morts.Un nouvel appel d\u2019en haut invitait les fidèles à escorter d\u2019une prière le chrétien qui partait pour ne plus revenir.L\u2019ivrogne s\u2019agenouilla, bredouillant une oraison avec fonce signes de croix, tandis que la voyageuse s\u2019affaissant sur elle-même semblait l\u2019imiter.| Mais il se releva seul.ç 39 \u2014 - 0 Vol.8, No \u201cVoilà une petite mère bien dévotieuse, murmura-t-il ; eh ! ma fine ! ne restez point comme ça.votre marmot prendrait froid.pauvre petit pigeon.Bon ! l\u2019vlà qui pleure.est-ce qu\u2019elle ne l\u2019entend pas ?\u201d Il la toucha doucement.A ce simple contact, elle perdit l\u2019équilibre, ses bras s\u2019ouvrirent, laissant glisser leur précieux fardeau et elle retomba en avrière, inerte, glacée.II Dame Bourrel faisait chauffer la soupe de ses hommes et la bouillie de ses marmots, dont l\u2019un, pendu à sa jupe, suivait tous ses mouvements, tandis que l\u2019autre s\u2019agitait dans son berceau, dès qu\u2019elle cessait Un instant de le balancer du pied.Dans la cour, Denis et ses aînés, manches retroussées, chemise ouverte, faisaient leurs ablutions matinales dans un seau d\u2019eau fraîchement tirée du puits; les plus jeunes barbotant comme des canetons, s\u2019éclaboussant à plaisir ; le père secouant, après chaque plongeon, sa face ruisselante et son épaisse toison rayée de fils d\u2019argent, en découvrant ses dents blanches dans un large sourite.Au premier tintement du glas, tout s\u2019immobilisa au dedans comme au dehors.La mère demeura la cuillère en l\u2019air, les petits le bec ouvert, les grands cessèrent leur jeu et Bourrel montrant sur le seuil sa bonne face rougie jusqu\u2019aux oreilles par le rude contact du torchon de grosse toile, dit strictement : \u201cC\u2019est fini.\u201d\u2019 \u2014 Un bon chrétien de moins, observa la Denise.La Revue Populaire & semblables choses, * Montréal, Mai 1915 \u2014 Un bon patron aussi, appuya le fils aîné d\u2019un ton de regret sincère.Maître Justin était doux et humain au pauvre monde, il ne molestait pas ses serviteurs et ne méprisait personne.Là-bas, au régiment malgré ses galons, il avait toujours une bonne parole et un paquet de tabac pour les camarades.Maitre Monroy, doit être bien triste, malgré sa dureté pour son garçon, dit la mère.\u2014 N\u2019empêche que c\u2019est lui qui l\u2019a tué, à ce qu\u2019on prétend, opina le cadet.\u2014 Tais-toi, Charlot, ne répète pas de interrompit Denis ; erois-tu Dieu possible qu\u2019un père tue son enfant ?\u2014 Un père comme le nôtre, bien sûr que non ; mais encore, ce n\u2019est point la même chose, et malgré leurs écus et leurs biens au soleil, je ne changerais pas mon sort avec celui des héritiers de la ferme.\u2014 Ni moi, ni moi ! s\u2019écrièrent d\u2019une seule voix les trois frères en âge d\u2019expri- mr leurs sentiments, dans un élan d\u2019>n- thousiasme auquel les plus petits se joignirent de confiance.\u201cC\u2019est que nous nous \u2018aimons solide- rt, mes fieux, dit le père rayonnan*, et «ne tout l\u2019or du monde ne vaut pas !: bonheur d\u2019être unis comme les cinq doist= de la main.Dieu nous conserve pareille non! \u2014 Ainsi soit-il ! répondit pieuse-rent Crme Bourre] en embrassant son deruier- té, tandis que son mari plaquait à la ror.de de gros baisers sonores ou des tapes amicales.Sa soupe avalée à la hâte, il mit une cheinise blanche, sa blouse bleue dun dimanche, et se disposa à aller rendr> ses devoirs à son patron.L\u2019aîné, Etienne, qui travaillait aussi li ferme depuis son congé, s\u2019apprôtait ss gp Vol.8, No 5 l accompagner.\u2018\u2018Tu viens avec moi, garçon ?intecro- gea Denis.\u2014 S'il vous plaît, mon père, je serais content de revoir une dernière fois Mon ancien sergent.Il m\u2019a appelé au milieu de son délire, à ce que raconte le père Cosa que ; mais maître Monroy n\u2019a permis à personne d\u2019approcher son fils vivant ; il ne le défendra plus maintenant qu\u2019il est décédé.\u2014 Tout ça, ce sont des menteries d\u2019ivrogne que des gens de bon sens ne devraient pas répéter.Je suis sûr que M.le maire te ferait bon accueil.\u201cSeulement, vois-tu, mon gars, ajouta le brave homme en se grattant la tête, il doit avoir un gros chagrin et comme t\u2019as quasi ment l\u2019âge du défunt et que vous \u2018avez servi ensemble, ça pourrait doubler sa peine.\u2014 Vous avez raison, dit Etienne ; sensible à \u2018cette délicatesse du \u2018coeur, que l\u2019éducation ne suffit pas à donner ; je n\u2019irai pas aujourd\u2019hui.\u201d Denis ouvrit la porte donnant sur la route et se dirigea vers la ferme.Mais à peine eut-il fait trois pas, qu\u2019un cri de surprise appela toute la maisonnée.\u201cJésus ! Seigneur ! Qu\u2019est-ce qu\u2019il y a, mon homme ?\u2019\u2019 s\u2019écria la Denise toute apeurée, en voyant son mari enlever dans ses bras robustes le corps inanimé d\u2019une femme dont la tête livide se renversait sur son épaule.Doucement, il la déposa avec précaution sur la couchette, pendant que dame Bourrel ramassait délicatement le petit enfant roulé dans le fossé, riant et gazouillant sur son lit de gazon avec l\u2019heureuse insouciance de son âge.La bonne créature lui fit une petit place à côté des siens et s\u2019empressa auprès de la mère, s\u2019efforçant vainement de la rani- La Revue Populaire COI gd be TEN IAT III NTN VECTOR « HETERO HET Cog Gs Ey hele lity! ti LL OLR EH ne Montréal, Mai 1915 mer, lui passant sur la figure un linge mouillé, lui frottant les tempes avec du vinaigre, lui frappant dans les mains.Etienne disposait des serviettes devant l\u2019âtre pour réchauffer ses membres tandis que le père expédiait ses autres fils dans toutes les directions.\u201cCours a la ferme, Charlot, le médecin y est peut-être encore ; toi, Michel, va prévenir M.le curé et toi Claude, le gar- de-champétre.\u2019\u2019 Chacun obéit, et de toute la nichée, il ne Testa au logis que 1\u2019ainé et les deux derniers, François, bébé de dix mois -quë partageait son dodo avec le bébé inconnu et Prosper, jeune homme de trois ans qui intimidé par le triste spectacle, demeu rait à la porte, le doigt dans son nez d\u2019un air dubitatif.Le médecin arriva le premier, mais il ne put que constater le décès «causé par la rupture d\u2019un anévrisme.\u2018\u201cPauvre femme, dit-il, en laissant retomber sa main inerte, elle n\u2019a guère plus de vingt ans.Vraiment la mort fauche au- jourd\u2019hui les jeunes pousses.\u2014 Si jeune et si belle !\u2019\u2019 soupira la Denise, en contemplant avec une profonde pi tié le pâle visage de l\u2019étrangère.C\u2019était, en effet, une charmante créature ; ses traits fins et délicats \u2018étaient encadrés d\u2019une épaisse chevelure d\u2019or retombant en lourde masse sur l\u2019oreiller de grosse toile ; ses yeux fixes et vitreux étaient d\u2019une nuance indéfinissable entre l\u2019émeraude et le saphir ; ses mains blanches ne semblaient pas habituées aux rudes travaux des champs et bien que sa mise fût des plus simples, elle indiquait une certaine \u2018aisance.Quant à l\u2019enfant, ges langes brodés, son bonnet ruché, sa pelisse ouatée, n\u2019avaient 41 \u2014 TT IT Li EE OO TEE ER NEIGE RAT QE EE QUE QUES UE RME a Vol.8, No 5 rien de commun avec la livrée des malheureux.\u2018\u2018Qui est-elle ?d\u2019où vient-elle ?où al- lait-elle 2\u2019 interrogea le médecin.Triple question à laquelle nul ne pouvait répondre.5 On fouilla vainement les vêtements de la morte ; ils ne contenaient ni argent, ni papiers, ni aucun indice propres à reconstituer son identité, et l\u2019enquête ordonnée à cet effet n\u2019eut pas un meilleur résultat.Quelques jours après deux cercueils, l\u2019un couvert de couronnes, suivi d\u2019un nom breux cortège d\u2019amis et de parents en tê- te desquels marchait le maire de Duvy, entouré de ses enfants, \u2014 l\u2019autre orné d\u2019un simple bouquet de fleurs des champs est suivi de Denis et de sa famille, \u2014 gravissaient lentement l\u2019étroit chemin montant au cimetière.Justin fut solennellement déposé dans le caveau de la famille des Monroy.L\u2019inconnue reposa sous une simple eroix de bois, sans nom, sans épitaphe.Après le défilé, Denis, son chapeau à la main, s\u2019approcha du maire, sanglé dans sa redingote.\u2018\u201c Allons, décidément, monsieur le maire, vous ne voulez rien faire pour ce \u2018\u2018tiot\u2019\u2019 là 2\u2019 dit-il en désignant l\u2019orphhelin que la Denise portait maternellement dans ses bras.\u2018\u201cCe serait pourtant une brave ae- tion et qui ferait plaisir à \u2018celui que nous pleurons tous.Le fermier eut un geste sec de refus.\u2018\u2018Non, répondit-il durement, la commune a assez de ses indigents, sans s\u2019embarrasser de ceux du dehors : celui-ci sera envoyé à l\u2019hospice.\u2014 A l\u2019hospice ! répéta Bourrel indigné, point, monsieur Monroy, et puisque vous le prenez ainsi, tans pis pour vous.Vous La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 avez un enfant de moins.J\u2019en al un de plus !\u201d Avec \u2018\u2018un de plus\u2019\u2019 la bénédiction divine sembla s\u2019asseoir à l\u2019humble foyer.Le chômage et la famine, sa soeur, ces deux plaies des ménages pauvres, s\u2019en allèrent de compagnie, les bras eurent leur besogne, les estomacs leur ration et la huche ne se trouva plus jamais vide comme devant.\u201cC\u2019est toi, mon p\u2019tit gars, qui nous apporte la chance\u2019\u2019, disait Bourrel en caressant de sa main calleuse, les boucles blondes de l\u2019orphelin ; \u2018\u201cjJe ne suis pas beaucoup plus riche depuis que tu es là, mais assurément, je suis moins pauvre.\u201d D'ailleurs \u2018\u2018contentement\u2019\u2019 passe riches se\u2019\u2019 et le bonhomme content de lui et des autres satisfait de sa bonne action, ne demandait à Dieu que travail et santé.La prière était trop modeste pour n°ê.tre pas exaucée.Avec \u2018\u201cun de moins\u2019\u2019 la tristesse et le deuil entrèrent à la ferme des Monroy.La mort en avait appris le chemin, elle ne l\u2019oublia plus, et, bien des fois, les fené- tres closes du grand salon s\u2019ouvrirent -pour regarder de leurs yeux de verre, pas.he e 42 ser, l\u2019un après l\u2019autre, les héritiens du mat.tre qui, morne et silencieux, les conduisait rejoindre leur aîné.Peu à peu, le caveau de famille s\u2019emplissait, la maison se vidait.Bientôt, de toute cette lignée dont il était si fier, il ne resta plus au malheureux père qu\u2019une petite-fille née de sa nièce et du frère de Justjn.\u2018\u2018Pauvre homme ! il fait pitié, on lui donnerait cent ans\u2019\u2019, disaient les commères en le voyant.tout courbé, suivre tête nue le cercueil de son dernier.Comme les années de campagne, les années d\u2019épreuves comptent double et celles > Vol.8, No 5 .qui venaient de s\u2019écouler accablaient lourdement les épaules du vieillard.Sa haute taille s\u2019était voûtée, ses, cheveux grisonnants \u2018étaient idevenus tout blancs, sa démarche était moins ferme.Mais il se raidissait quand même, sa voix demeurait brave et impérieuse ses yeux secs, et son front creusé de rides profondes ne s\u2019inclinait même pas pour la prière.\u201c Tel un chêne superbe, malgré les orages brisant ses rameaux, dispersant son feuillage, dresse encore fièrement sa cime altière vers le ciel en feu.Cependant, lorsqu\u2019à la porte du cimetière, il vit défiler, chapeaux bas, les six robustes gars de Bourrel, le maire ne put réprimer un mouvement de sourde colère, et.quand le septième, Justin, sa petite main dans celle de son père adoptif, passa à son tour devant lui, il lui jeta un si mauvais regard que le pauvret se serra tout craintif contre Denis.Jean Monroy se rappelait-il que ses mal heurs successifs dataient de la venue du petit étranger.Se reprochait-il sa dureté ?Voyait-il une punition divine dans ces deuils répétés le laissant seul au bord de la tombe ?Méditait-il les paroles de l\u2019humble journalier : \u2018\u201cVous avez un enfant de moins.J\u2019en ai un de plus !\u201d \u201c\u201cUn enfant d moins !\u2019\u2019 Quelle amère ironie ! C\u2019était maintenant: \u2018\u2018tous de moins !\u2019 Et pas un ne serait là pour lui fermer les yeux.Avec le courage du désespoir, il ke cramponna au seul bien qui lui restât, sa petite Rosette.C\u2019était une mignonne fillette, frêle et La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 Privée des soins maternels et confiée aux servantes, elle avait a grand\u2019peine franchi les difficiles étapes de la prmière enfance, arrêtée à chaque pas par quelque fièvre, quelque bronchite la terrassant à Mimproviste comme un voleur au coin d\u2019un bois.Et le grand\u2019père, épouvanté, mettait la maison en émoi, donnant les ordres les plus contradictoires, faisant courir à droite, à gauche, envoyant à la ville, télégraphiant à Paris, appelant les plus célèbres médecins au chevet de sa chère malade.Ce père si dur, si impitoyable, était le plus tendre des \u2018\u2018\u201cbons papas.\u2019 Rosette n\u2019avait qu\u2019à exprimer un désir pour qu\u2019il fût obéi comme un ordre, qu\u2019à proférer une plainte pour que bêtes ou gens, ceux qui avaient le malheur de lui déplaire, fussent sacrifiés sans miséricorde Tous les coqs de la ferme eurent le cou tordu parce que le chant matinal réveillait trop tôt \u2018\u2018la demoiselle\u2019\u2019, et plusieurs servantes reçurent leur congé pour ne pas satisfaire assez vite ses caiprices.; Le résultat de cette belle éducation fut de gâter absolument les qualités naturelles de l\u2019enfant.Flattée, adulée, choyée, elle ne tarda pas à se croire d\u2019une essence supérieure à tous ceux qui l\u2019entouraient et devint aussi fière, aussi intraitable, aussi arrogante que maître Monroy lui-même.LE III Le petit Justin (Etienne, gon parrain, lui avait donné ce nom en souvenir de son ancien chef) venait d\u2019atteindre ses neuf ans, C\u2019était un ravissant blondin, aux joues vermeilles, à la peau transparente, idélicate comme sa mère à qui elle avait \"aux yeux changeants comme ceux de sa coûté la vie.\u2014 mère.Nature fine et nerveuse, il contras- 43 \u2014 RAT ET TE i aad pan i apo EE ana aH as eR eS (ade i EL PORTE en PÉRGE CUS ETES ER Rae GC HEGRE SR TER RR QE ORR TOT QR aT Vol.8, No 5 tait avec ses frères d\u2019adoption qui, plus épais, plus lourds, avaient pour lui une admiration protectrice, et une tendresse pleine de précautions, comme pour un objet fragile et précieux.\u201c\u201c\u2018Il est si mignon\u2019, avait coutume de dire le père Bourrel en caressant délicatement ses boucles soyeuses.\u201c\u2018Quand je l\u2019embrasse, j\u2019ai toujours peur de le casser\u2019\u2019, ajoutait Etienne avec un gros rire.C\u2019était la joie de leur coeur, le plaisir de leurs yeux, et jamais ombre de jalousie ne s\u2019était glissée dans ces âmes simples.Aussi l\u2019orphelin adorait-il cette famille qui s\u2019était faite sienne, sans oublier celle qu\u2019il n\u2019avait pas connue.Doué d\u2019une intelligence Vive et d\u2019une sensibilité précoce, il sentait profondément ce qu\u2019il avait perdu et ce qu\u2019il avait trouvé, gardant pieusement le culte des morts et, voyant une reconnaissance \u2018au-dessus de son âge aux vivants qui s\u2019étaient si volontiers serrés pour lui faire place à leur foyer, à leur table et dans leur coeur.Parfois, agenouillé devant le tertre de gazon Où reposait sa mère, il cherchait à se rappeler cette fugitive vision, à se figurer comment elle était avant de retourner parmi les anges.Et son père ?Ressemblait-i] à ce bon papa Denis, qui l\u2019aimait tant et si bien ?Il unissait ces êtres chers dans la même pensée et, chaque dimanche, il suspendait une couronne de fleurs ou \u2018de feuillages, aux deux bras de la croix à la mémoire des deux absents.D\u2019un naturel grave et réservé, sans être sauvage, il fréquentait peu les enfants du village, se contentait de la société de ses frères.Seul le père Cosaque lui inspirait une certaine sympathie.ag DIU La Revue Populaire 44 Montréal, Mai 1915 Bien qu\u2019il ignorât la rencontre de sa mère et du vieux mendiant (celui-ci dans sa défiance craintive des gens de justice, ayant jugé prudent de n\u2019en point parler.) Il était attiré vers lui par une sorte d\u2019affinité, écoutant ses interminables histoires de guerre, ses récits de chevauchées et ses divagations d\u2019ivrogne sur sa jeunesse et son pays.Le père Cosaque avait eu, en ef fet, une existence fort tourmentée.Entré en France avec les alliés, en 1815, il les avait laissés repartir sans lui, la terre française lui semblait sans douté plus agréable et plus douce que les désolantes steppes de l\u2019Ukraine.Il était donc demeuré à Duvy, y avait pris femme et faisait souche.On ne peut malheureusement ajouter \u2018\u201cd\u2019honnêtes gens\u2019\u2019, le Russien ayant gardé de ses incursions d\u2019antan des habitudes pillardes et une fâcheuse tendance à confondre le tien et le mien qu\u2019il avait fidèlement transmise à ses enfants et qui leur valait, comme à lui, de désagréaibles démêlés avec les gendarmes.Mais il rachetait ce \u2018\u2018léger\u2019\u2019 défaut par d\u2019autres qualités fort appréciées des gens du pays.Il était d\u2019humeur obligeante et joviale, avait toujours force drôleries à conter dans son dialecte bizarre mélange de patois picard et de petit-russien.I dansait la cosaque en s\u2018accompagnant sur le fifre et l'accordéon avec force singeries et grimaces, et il ne pouvait y avoir de nôces, de festins, de réjouissances, sans lui.Véritable bohème, ivrogne et paresseux, il n\u2019avait jamais voulu travailler à amasser quelques sous pour sa vieillesse.Insouciant du lendemain, comme l\u2019oiseau sur la branche, picorant de-ci de-là, chantant partout et riant toujours il avait atteint un Âge avancé, sans modifier son genre de vie, ni se corriger de ses vices.Il vaga- og apporter Vol.8, No 5 bondait, trainant ga misére et ses haillons, errant de ferme en ferme, couchant aux étoiles l\u2019été, dans une grange l\u2019hiver, en attendant qu\u2019on le trouvât mort au bord de quelque fossé.De toute sa progéniture, il ne lui restait qu\u2019une petite fille, répondant au nom prétentieux de Zémillia.Il l\u2019emmenait avec lui par les grands chemins ; mince et fluette, elle se glissait dans les caves, les poulaillers, pour dérober quelque pichet de cidre ou quelques oeufs frais pondus qu\u2019elle rapportait au vieux renard revenant bredouille de sa quête.Zémillia était une fillette dégingandée La Revue Populaire et fort laide.Elle avait les cheveux roux et- embroussaillés, le visage grêlé comme une écumoire, le nez écrasé, héritage prématuré ide son grand-père et des yeux verdâtres qui n\u2019étaient jamais d\u2019accord.On la disait un peu idiote, cependant el- ne ne manquait pas de malice pour jouer de mauvais tours à ceux qui avaient le malheur de lui déplaire.Le père Monroy en savait quelque ehose.Il avait beau jurer et tempêter, monter la garde autour de son verger, charger son fusil avec affectation ; pas une fois, depuis nombre d\u2019anrées, il n\u2019avait pu récolter une seule de ces belles poires \u2018\u201cduchesse\u2019\u2019, d\u2019une espèce unique, dont Rosette était si friande et qui mûrissait sous sa fenêtre.pour les belles dents de Zémil- lia.\u201cSi jamais je te pince, petite maraudeuse\u2019\u2019, grondait le fermier en voyant ses poiriers dévastés.Elle ne faisait qu\u2019en rire.En revanche arrivait-il quelque acei- dent à Justin, laissait-il s\u2019égarer quelque volaille, cherchait-il vainement les oeufs de quelque dinde (ces volatiles ayant la fâcheuse habitude de pondre toujours loin 45 Montréal, Mai 1915 du nid), Zémillia battait les buissons lui ramenait le déserteur ou le conduisait au bon endroit.- Elle lui témoignait une affection jalouse et inquiète, singulier mélange de protection et de soumission.Elle l\u2019eût défendu comme un petit frère et lui obéissait comme un chien.Le père Cosaque, de son côté, lui montrait une amitié particulière lui prodiguant les noms caressants à la mode de son pays ; mon petit pigeon, ma tourterelle, comme les \u2018\u2018iemschilk\u2019\u2019 à leurs chevaux, Il lui apprenait à jouer de l\u2019accordéon en l\u2019accompagnant sur le fifre, tandis que son troupeau picorait autour de Jui, et que Zémillia assise sur l\u2019herbe, écoutait, extasiée, cette étrange harmonie.Justin avait beaucoup de dispositions et de goût ; sans méthode et sans autres le- cons que celles du vieux vagabond, il parvenait à tirer de son ingrat et défectueux instrument des airs mélancoliques et doux sorte de mélopée triste et sauvage à la fois qui ravissait son maître improvisé.\u2018\u2018Tu joues aussi bien que l\u2019hetman Gourkoff, un fameux musicien pourtant ma petite colombe, répétait-il, et tu pourrais entrer dans la musique impériale de notre petite père Alexandre !\u201d Justin avait une plus haute ambition.La musique ne lui suffisait pas, il avait soif de s\u2019instruire, de devenir un savant comme M.Beaubuit, le maître d\u2019école.Il n\u2019osait exprimer ce désir, retenu par un sentiment de délicatesse bien rare à cet âge.D'abord, c\u2019était priver son père adoptif du maigre pécule que lui rapportait sor \u201c\u2018louage\u2019\u2019 comme gardeur de dindons, puis c\u2019était un surcroit de dépense.Li\u2019école se payait alors, et, si peu que ce fût, les trente sous par mois que versait Bourrel pour Vol.8, No 5 son dernier-né, Prosper, grevaient déjà suffisamment son modeste budget.surtout pour le profit qu\u2019en tirait l\u2019écolier.Prosper, en effet, était loin de montrer une passion immodérée pour l\u2019étude.Il pleurait toutes les larmes de son corps en prenant le chefnin abbhorré de la classe, et souvent, au premier détour, il prenait.la clef des champs et venait retrouver Justin à l\u2019herbage.\u2018\u201cLaisse-moi garder tes bêtes, lui disait- il.\u2014 Oui, seulement, prête-moi ton livre.\u201d Et le nez plongé dans l\u2019abécédaire, il s\u2019évertuait à en déchiffrer les mystères.Un jour, Denis le surprit dans cette grave occupation.\u201cQue fais-tu done là, petiot ?\u2019\u2019 lui de- manda-t il, pendant que maitre Prosper se dissimulait derrière un tronc d\u2019arbre.\u2019 \u2014 T\u2019as done envie de devenir un sa vant ?L\u2019enfant ne répondit pas, ses yeux parlaient pour lui.\u201c\u201cT\u2019es encore bien petit, mais il n\u2019est jamais trop tôt pour bien faire.Tu aceom- pagneras Prosper à l\u2019école et j'espère que tu en profiteras mieux que lui.Le lendemain, le brave homme présenta lui-même son nouvel écolier à l\u2019instituteur.\u2018\u201cSoignez-le bien, monsieur Beaubuit, il a la tête moins dure que ses frères et vous donnera de la satisfaction.Pour ce qui est du prix, vous m\u2019excuserez si je suis quelquefois en retard.\u2014 Laissez done, monsieur Bourrel ne parlons pas de ça.Je ferai comme vous.\u201c\u201cJ\u2019aurai un élève de plus !\u201d\u201d M.Beaubuit était le type de \u2018ces modestes et consciencieux instituteurs qui souvent prodiguent autant de savoir et de mérite dans leurs humbles chaires de cam- v J DORE La Revue Populaire - 46 Montréal, Mai 1915 pagne, que bien des illustres professeurs au nom retentissant, volant de salons en salons, aux cours desquels on vient en équipage.Si les élèves montraient moins de zèle à franchir sa porte que le publie mondain celle des conférenciers à la mode, la faute n\u2019en était certes pas à son engagement mais aux multiples séductions du dehors.Le ciel bleu, le gai soleil, contrastant avec la classe triste et sombre, les papillons aux ailes diaprées, libres de s\u2019envoler dans l\u2019azur, eux ! les linots et les pinsons, narguant les dénicheurs, à l\u2019ombre des bois, les bluets et coquelicots se balancant sur une mer d\u2019épis dorés, comme des voiles multicolores sur les flots argentés, les Cerises vermeilles appelant les lèvres rouges, les pommes tentatrices pliant elles- mêmes les branches jusqu\u2019aux menottes avides des petits-fils d\u2019Adam, tout cela entraîne à l\u2019école buissonnière, l\u2019été comme l\u2019hiver les glissades sur l\u2019étang glacé, les bonshommes de neige et les combats homériques aux projectiles moins dangereux que ceux de M.Turpin.Il fallait une force de volonté bien rare chez des écoliers, pour éviter les pièges tendus sur leur chemin par - cette bonne Nature, complice du poète disant : Enfants, aimez les champs, les vallons, les [fontaines, Les chemins que le soir emplit de voix [lointaines, Et l\u2019onde et le sillon, flanc jamais assoupi Où germe la pensée à côté de l\u2019épi.Prenez-vous par la main et marchez dans [les herbes, Regardez ceux qui vont liant les blondes [gerbes, Epelez dans le ciel plein, de lettres de feu Et quand un oiseau chante, écoutez par- [ler Dieu # if rattles cto vr du Vol.8, No 5 Justin, lui, résistait à la tentation.Qu\u2019il fit beau ou laid, que la pluie fit rage ou que le soleil dardat ses rayons, que la grêle le cinglât au visage ou que le vent s\u2019engouffrat dans son manteau, il arrivait toujours et quand même le premier, grillé ou transi, suant et soufflant, les mains violettes ou les joues écarlates, et s\u2019installait bien vite à son pupitre.Jamais M.Beaubuit n\u2019avait eu un pareil élève.En moins d\u2019un an, il sut lire, écrire, compter mieux que tous ses camarades.I] est vrai que, si on l\u2019eût écouté, il eût travaillé fêtes et dimanches.Mais Bourre] n\u2019entendait pas de cette oreille.| \u201cIl faut jouer et eourir comme les autres, bon fieu, ça ne suffit pas d\u2019être bien savant, faut encore être bien portant: Justin obéissait à regret et passait chaque jeudi avec un de ses frères qui se le disputaient à qui mieux mieux et attén.daient impatiemment leur tour.Avec Etienne, son parrain, il conduisait la charrue, écoutant les récits militaires et brandissant l\u2019aiguillon comme une baï- onnhette, lorsque l\u2019ex-zouave lui racontait l\u2019assaut de Sébastopol ou la prise de Mala- kotf.Avec Charles, qui travaillait aux cressonnières, il coupait, bottelait, empilait les cressons dans les grandes mannes ; s\u2019intéressait à tout, questionnant sur tout, et si obligeant, si serviable, que le patron, en passant, avait toujours pour lui une bonne parole et une tape amicale.Avec Claude qui était berger il s\u2019en allait dans les gras pâturages dans les vertes prairies entouré du troupeau bêlant et bousculant, des brebis, des agneaux et des chiens, qui le conaissaient aussi bien que leur maître, il aidait ce dernier à installer le pare et parfois par grande faveur, ob- i» \u2014 47 La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 tenait de passer la nuit avec lui dans sa petite \u2018cabane où l\u2019on a déjà si peu de place pour un ! Âvee François qui était cantonnier, il cassait des pierres sur la route en échangeant un cordial \u2018\u2018bonjour\u2019\u2019 avec les voyageurs se rendant à la gare, les ménagères se rendant au marché, et le bon vieux docteur, se rendant près «des malades, qui avait recu jadis le dernier soupir de sa mère.Ayec Michel, qui était \u2018\u2018garde\u2019\u2019 du moulin de feu Pierre Monroy, il apprenait à connaître ce mécanisme ingénieux et compliqué, il allait en bateau sur la rivière en se gardant bien d\u2019approcher de la vanne dont son frère lui expliquait le danger.Et le petit garcon s\u2019évertuait à comprendre la force prodigieuse de cette eau si légère faisant mouvoir ces grosses meules si lourdes.Le nez en l\u2019air, il regardait les sacs monter et descendre, se balancant pesamment au bout d\u2019une corde comme d\u2019énormes taupes blanchies ; les garçons meuniers, avec leur visage enfariné comme Pierrot, passant et repassant devant les larges ibaies ouvertes, se penchant dans le vide, à croire qu\u2019ils allaient tomber.Ou bien il remontait la vallée, jusqu\u2019au Fond-de-Vaux, sorte de gorge sauvage, couronnée de bois touff;#s, hérissée de pins rabougris, semée de blocs de granit, creusée d\u2019innombrables terriers a 1\u2019entrée desquels émergeant de temps en temps, le museau d\u2019un lapereau friand de iserpolet, il s\u2019étendait sur l\u2019herbe verte, fleurant le baume et le romarin et relisait quelques récits de guerre, évoquant les grands chocs d\u2019épées, croyant entendre gronder le canon, car il adorait les histoires militaires et les recherchait avidement comme les souvenirs de caserne de son grand frère Etienne, ou les divagations homériques du père Cosaque.\u2014 RT NT AH TT] pe Pr NEE ER UR GEL TERE RT CTR CEE | Rit De Er Bi ; + J fe Ep Vol.8, No 5 Parfois alors, d\u2019un buisson de houx, ou d\u2019un fouillis d\u2019églantiers, sortait une tête embroussaillée suivie d\u2019un long corps en guenille, et Zémillia venait sans bruit se pencher sur d\u2019épaule du lecteur fixant ses gros yeux ronds sur les lignes blanches et noires, bien que ce fût lettre morte pour elle.\u201cEst-ce beau Zémillia?demandait-il en riant.\u2014 Très beau, répondait-elle gravement \u2014 Ca t\u2019amuse ! \u2014 Oui, puisque ca t\u2019amuse.\u2019\u2019 Une étrange affection unissait ces deux êtres, sorte de pitié attendrie chez l\u2019un, admiration naïve chez l\u2019autre.\u2018\u2018Sans papa Denis, pensait Justin, j\u2019aurais peut-être été ainsi.\u2019 Et il lui semblait payer \u2018une dette à moins favorisée que lui, en ne repoussant pas cette pauvre créature disgraciée, rebutée de tous.Devinait-elle ce sentiment ?comprenait- elle cette délieatesse ?appréciait-elle cette générosité ?Ses réflexions n\u2019allaient pas si loin.Etre tout d\u2019instinct, elle sentait mieux qu\u2019elle ne raisonnait.Justin était bon pour elle.Et elle eût donné sa vie pour Justin.Un matin, M.Beaubuit entra dans la salle d\u2019école, tenant par la main une fillette dont les vêtements de drap fin, la mise soignée, contrastaient avee les sabots t les hardes grossières des.autres écoliers.Comme dans beaucoup de villages, à cette époque, l\u2019école réunissait garçons et filles, les uns à droite, les autres à gauche.\u201cVoilà votre place, mon enfant, dit l\u2019instituteur en désignant à la \u2018nouvelle\u2019 un pupitre en face de Justin, qui occupait le premier rang en qualité de \u2018\u2018téte de classe.\u201d La petite personne le toisa dédaigneu- La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 sement avec une hauteur digne de son grand\u2019pére.\u2018\u201c\u2018Je voudrais bien ne pas être à côté d\u2019un mendiant\u2019\u2019 dit-elle d\u2019un ton sec qui fit monter le rouge au front de Justin.Le maitre feignit de ne pas entendre, c\u2019était la petite fille de \u2018\u201cM.le Maire\u201d et il faut ménager l\u2019autorité dont on dépend.Mlle Rosette devait entrer au couvent; mais seulement après sa première communion.Jusque-là, son grand\u2019père, retardant le plus possible la séparation \u2018avait «décidé qu\u2019elle suivrait la classe de M.Beaubuit.où elle trouverait les égards dus à son rang.\u2018\u2018Tu es la petite fille de Jean Monroy, on ne t\u2019oubliera pas si tu ne l\u2019oublies pas toi-même\u201d, lui avait-il dit.L\u2019oublier ! elle n\u2019avait garde.Pénétrée de son importance, fière de sa fortune et de la situation de \u2018\u2018bon papa\u2019\u2019 elle voulait primer en tout, à l\u2019étude comme au jeu.= Et Rosette n\u2019en prenait pas le chemin.En classe, dès que la lecon commencait elle se plaignait de lassitulle, de maux de tête, et comme Jean Monroy avait bien recommandé qu\u2019on ne la fatiguât ni ne la contrariât en rien, on s\u2019empressait de la reconduire a la ferme.A la récréation, elle ne voulait jouer qu\u2019avec les enfants bien mis et dont les parents, fermiers, meuniers ou cressonniers, approchaient sans l\u2019égaler, de la position de ses parents.Encore les blessait-elle par \u2018ses airs de hauteur.48 Bientôt elle fut universellement détestée et dans ce monde en miniature, miroir fidèle des passions bonnes et mauvaises du grand, elle ne compta pas un ami.Pas un ?Si.Eh bien qu\u2019elle se füt probablement in- et o£ Ir pu \u201cVol.8, No 5 dignée de cette audace, un de ses camarades, le plus pauvre et le plus humble, lui témoignait une véritable amitié.C\u2019était Justin.Bien souvent, et cela depuis des années, il avait contemplé de loin cette petite figure pâle collée aux vitres de sa chamibret- te, pauvre fleur de serre privée d\u2019air et de soleil, pauvre oiselet prisonnier dans sa cage dorée.Il la plaignait de tout son coeur de demeurer ainsi recluse et solitaire, tandis que les enfants de son âge pre- najent joyeusement leurs \u2018ébats.De son grand fauteuil, blottie, sous les couvertures, enfoncée dans ses ox£illens, elle les regardait d\u2019un oeil jaloux, gambader dans }a poussière de la route ou glisser sur l\u2019étang glacé : et leurs cris, leurs rires, leur exubérante gaieté lui donnaient envie de pleurer.Avec sa précoce sensibilité, Justin devi nait ce gros chagrin.Souvent il s\u2019arrétait au milieu d\u2019une partie de saute-mouton ou de marelle en rencontrant le regard attristé de la petite malade où il croyait lire un muet reproche.Ainsi s\u2019ingéniait-i] à lui être agréable, à satisfaire ses impérieux caprices.Il avait pour compagnon habituel un rouge-gorge apprivoisé qui lui obéissait au doigt et à l\u2019oeil, venant se poser sur sa tête, se glissant dans sa veste et dont le gentil manège et les joyeux \u2018\u201ctirel\u2019\u2019 sédui- salent fort Mlle Rosette.Elle eut un désir fou de le posséder.Bien qu\u2019il lui tint aussi fort au coeur que \u201c\u201cSans-souci\u2019\u2019 à son meunier.Justin le céda sans hésiter à la première réquisition de maitre Monroy qui, avec ses façons d\u2019autocrate, trouvait tout naturel de jouer les Fréderic et ne le récompensa pas mé.me d\u2019un simple \u2018\u2018mercei\u2019\u2019.La Revue Populaire Cl ; e fi ours (AIS EUR Montréal, Mai 1915 Quand Zémillia, enchantée de son larcin lui apporta une de ces belles poires fondantes, fruit de Tantale pour leur propriétaire, il gronda bien fort la maraudeuse, et, la nuit méme, déposa sur la fe nétre de sa petite voisine la duchesse savoureuse qu\u2019il eut la joie de lui voir croquer à belles-dents.| Un jour, il s\u2019avisa de lui donner une aubade avec son accordéon.Mais le succés ne répondit pas à son attente, Mlle Rosette qui avait probable ment ses nerfs ce jour-là, fit inviter la malencontreux musicien à aller jouer plus loin, et il obéit tout déconfit.Bien qu\u2019il n\u2019eâût guère à s\u2019en louer, Jus- tiÀ excusait volontiers les défauts que ses camarades moins patients qualifiaient d\u2019insupportables et dont, sans lui, ils eussent plus d\u2019une fois retiré de malicieuses vengeances.Rosette ignorait cette quasi-protection, uOnt elle se fût montrée, au reste, plus offensée que reconnaissante, et détestait, autant qu\u2019elle le méprisait, l\u2019enfant trouvé dont elle faisait son souffre-douleur.C\u2019était lui, en effet, qui avait la désagréable corvée de la reconduire à la ferme, lorsqu\u2019elle avait ses \u2018\u201cvapeurs\u2019\u2019: maître Monroy ne voulait pas que sa petite- fille s\u2019aventurât seule par les chemins, et elle ne lui rendait pas cette mission de \u2018\u201cconfiance\u2019\u2019 agréahle, au contraire.Assurée de l\u2019impurité, l\u2019enfant gâtée s\u2019évertuait à jouer tous les tours possibles à son jeune Mentor, ministre responsable des sottises de son tyran.Mais il n\u2019osait ou ne voulait s\u2019en plaindre, tenant malgré tout à ce rôle ingrat de protecteur auquel il trouvait quand même une certaine douceur.Elle était si Joliette, si brave, \u2018\u2018la demoiselle\u2019\u2019 dans son pimpant ajustement 49 \u2014 ee gi gg gti dita LE LT CE EE ri tte ST . Vel.8, No 5 Sous son \u2018coquet chapeau de paille ombrageant son charmant visage, encadré de boucles soyeuses que ne parvenait pas à enlaidir sa moue dédaigneuse.Et le jeune garçon au teint hâlé, aux gros sabots, à la veste rapée, qui la suivait à distance respectueuse, \u2018en portant son petit panier, contemplait avec une admiration naïve cette mignonne créature dont le pied léger courbait à peine les pâquerettes et les boutons d\u2019or redressant leurs têtes pour la voir passer., Un matin, c\u2019était au moment des compositions des prix, M.Beaubuit venait de dicter les questions d'histoire, et Justin, laborieusement penché sur sa copie, s\u2019appliquait de tout sôn coeur, lorsque Rosét- te qui, le nez en 1\u2019air, n\u2019avait pas encore écrit une ligne, se plaignit tout à coup de violentes douleurs de tête, demandant avec insistance qu\u2019on la reconduisit à la ferme.Justin se leva.\u2018\u201cFinis ta composition, mon enfant\u201d, dit l\u2019instituteur qui n\u2019était pas absolument dupe de ses feintes indispositions.| Mais la fillette n\u2019entendait pas de cette oreille, elle redoublait ses plaintes, ses gémissements, tandis que l\u2019écolier faisait voler sa plume.Enfin n\u2019y tenant plus, il termina hâtivement et tendit sa copie à son maître.\u201cOh! mon pauvre Justin, je crains bien que tu n\u2019aies manqué ton (prix, dit ce dernier en hochant la tête.| \u2014 Je me rattraperai l\u2019année prochaine, monsieur Beaubuit, répondit le brave gar- ¢on en étouffant un soupir ; je suis prêt, \u2019 mam \u2019zelle Rosette.\u201d\u2019 La fille passa devant lui, sans mot dire: elle avait failli attendre ! Ils s\u2019en allérent de compagnie, elle en avant, la tête haute, les lèvres pincées, l\u2019air dur et méprisant, \u2014 lui faisant con- La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 tre fortune bon coeur et fredonnant un vieux noël.\u2018\u201cTais-toi, tu me fais mal à la tête\u201d dit- elle d\u2019un ton de commandement, Il.obéit aussitôt et continua de marcher silencieusement.\u2018\u201c Alors ,tu n\u2019auras pas ton prix d\u2019histoire a cause de moi ?dit Rosette irritée de sa soumission, \u2014 C\u2019est probable, mam \u2019zelle.\u2014 L\u2019aurais-tu eu sans cela ?/ \u2014 Je n\u2019en sais rien.\u2014 Moi, je n\u2019en crois rien.Heureusement, je t\u2019ai fourni un prétexte pour ex- euser ton échec.\u2014 Ce n\u2019est pas aimable, ce que vous me dites là, mam\u2019zelle Rosette, mais quand on souffre, on n\u2019est pas de bonne humeur.Ça vous faif bien mal ?\u2014 Pas du tout.Je m\u2019ennuyais à l\u2019école, voilà tout.\u2014 Ah ! par exemple ! si j\u2019avais su.\u2014 Est-ce que tu te permettrais de me blämer, par hasard ?\u2014 (Ca ne me regarde pas.\u2014 Et si ca te regardait ?\u2014 Eh bien ! si came regardait\u2019.je vous dirais que ce n\u2019est pas beau de mentir, \u2014 Je fais ce qui me plait.\u2014 Je le vois bien.\u2014 Et s\u2019ib me plaisait de te faire gronder ?.\u2014 Oh ! ca ne serait pas la première fois.| \u2014 Tu n\u2019as qu\u2019à te plaindre à mon grand\u2019père, dit-elle avec un rire moqueur.\u2014 Je ne me plaindrai pas ; d\u2019abord ca pourrait attirer de la peine à mon père Denis.\u2014 C\u2019est possible.\u2014 Ensuite, ça ne servirait à rien.\u2014 C\u2019est certaim \u2014 Enfin, parce qu\u2019au fond vous êtes Vol.8, No 5 plus à plaindre que moi.\u2014 Moi ! ; \u2014 Oui, vous toute belle demoiselle que vous êtes, bien riche et bien considérée, vous êtes au-dessous du pauvre garçon que je suis quand vous me faites gronder injustement et c\u2019est moi qui ai à vous pardonner, ce que j'ai fait de bien bon coeur, car, au fond, vous n\u2019êtes pas méchante, mais seulement mal éduquée.Rosette était blanche de colère.Un mendiant ! un enfant trouvé! avoir l\u2019audaice de lui parler ainsi.C\u2019était trop fort.Elle allait se plaindre à son grand-père.et sans tarder.et 3] l\u2019écouterait, elle.Ils étaient arrivés au pont de bois formé\u2019 de quatre planches jetées sur la rivière.\u2018 Selon sa coutume, Justin voulut prendre la main de sa compagne.\u201cJe n\u2019ai pas besoin de toi\u201d, dit-elle en le repoussant.Mais ce mouvement trop brusque lui fit perdre l\u2019équilibre, son pied glissa et elle tomba à l\u2019eau.Justin poussa un cri de terreur et plongea sans hésiter.: En quelques brassées, il la ramena à la surface et chercha à regagner la berge.- Mais il n\u2019était pas trés habile nageur et la fillette cramponnée à son cou paralysait ses mouvements.Il faisait de vains efforts pour lutter contre le courant qui l\u2019entraînait vers le moulin.\u2018\u2018Au secours ! au secours !\u2019\u2019appela-t-il d\u2019une voix haletante.Mais rien ne répondit.A (cette heure ,tout le monde était aux champs, les deux rives étaient désertes.Seul, un bateau sans batelier se balan- La Revue Populaire 4 cles el tt, PATRON Montréal, Mai 1915 cait parmi les nénuphars.S\u2019il pouvait seulement Patteindre ! Mais non ! le sourd grondement de la vanne se rapprochait dé plus en plus, une force irrésistible les poussait vers l\u2019abi- me, Seul, Justin aurait pu se pensée ne lui vint même pas.Réunissant toutes ses forees dans un! suprême appel : \u201c\u201c A moi ! Michel ! cria-t-il.À travers le nuage opaque qui déjà couvrait ses yeux, il erut voir le bateau s\u2019agiter, une ombre se \u2018dresser et se pencher sur le bord.Il voulut crier encore.mais l\u2019eau l\u2019étouffait.il se sentit couler et perdit connaissance.Quand il revint à lui, il était dans le grand lit des\u2019 Bourrel, tous réunis à son chevet.\u2018Ah ! mon pauvre fieu ! quelle peur tu nous as faite !\u2019\u201d s\u2019écria dame Bourrel en s\u2018essuyant les yeux avec son tablier, tandis que Denis respirait comme un soufflet de forge.\u201cEt.et mam\u201dzelle Rosette ?\u2014 Sauvée aussi, répondit Michel en se mouchant bruyamment ; le médecin t\u2019a quitté pour retourner près d\u2019elle.\u2014 Sauvée par qui ?\u2014 Mais par toi, je pense, mon gars, vu que Michel vous a retrouvés ensemble sur la berge.mam\u2019zelle Rosette cramponnée 3 ton cou et toi la serrant si fort, si fort qu\u2019on n\u2019pouvait quasiment vous détacher, \u2014Et le bateau ?\u2014 Le bateau.?il était sur la rivière done et ne serait pas venu tout seul à votre secours ?\u2014 Je croyais., je me serai trompé.\u2014 En attendant, filleul, maître Monroy te doit une fière chandelle\u2019\u2019, dit Etienne.sauver, la 51 \u2014 Vol.8, No 5 Justin ne répondit pas, il n\u2019était qu\u2019à demi rassuré sur les conséquences de cet accident qui pouvait lui être imputé à blâme, En effet, dans son désespoir, le vieillard l\u2019aceusait de son malheur.Il n\u2019avait pas veillé sur Rosette, Vol.8, No 5 Asphyxie et Mal de Mer chez les Poissons \u2014 \u2014\u2014\u2014\u2014 On dit communément: \u2018\u2018Heureux com- - me un poisson dans l\u2019eau.Pourtant les poissons, même dans leur élément habituel, sont sujets à bien des avanies, parmi lesquelles on peut compter la noyade par asphyxie et le mal de mer, Disons tout de suite qu\u2018il faut, pour que ces Cas se produisent, des circonstancejs très exceptionnelles, néanmoins susceptibles de se réaliser.Voici comment.Les poissons, chacun sait cela, sont munis d\u2019un système perfectionné de respiration sous-marine, les branchies.Grâce à ces organes, ils ne sont point obligés d\u2019aller chercher à la surface die l\u2019eau l\u2019air res- piraible, puisque, dans les conditions normales, le liquide dans lequel ils évoluent porte en dissolution une certaine quantité d\u2019air qu\u2019ils peuvent aisément séparer et qui suffit à vivifier leur sang et à maintenir leur existence.\u201c Mais si ces mêmes poissons viennent à se trouver isolés dans une eau purgée d\u2019air par un procédé quelconque, nous les voyons rapidement s\u2019asphyxier et mourir, en un mot, se noyer.On pourrait vérifier la chose par une expérience très simple de laboratoire.Mais ces conditions se présentent parfois d\u2019elles-mêmes dans eertaines canalisations ou poches souterraines où des poissons se sont aventureusement engagés et où l\u2019eau ne peut plus s\u2019imprégnier d'air.Et voilà qui suffit bien pouvent a expliquer la présence de nombreux cadavres de poissons que l\u2019on vient à découvrir.Le mal de mer chez les poissons est, sans doute, presque aussi rare que leurs La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 noyades, Mais il peut se produire.Et voilà pour nous un sujet «d\u2019étonnement, et voilà une fiche de consolation pour les malheureux passagers auxquels la vague monotone arrache, rythmiquement, maints soupirs, avec les fragments d\u2019un précédent repas.Ce sont des savants engagés dans des recherches sur la vie du monde sous-aqua- tique qui, les premiers, ont révélé ces vie- times inattendues du mal de mer.Les poissons en souffrent atrocement, jusqu\u2019à en mourir, quand on leur fait accomplir de longs voyages en mer dans des réservoirs où on les a enfermés.C\u2019est pour cette raison qu\u2019au grand désespoir des océanographes, de nombreux et très rares spécimens des poissons des mers tropicales ne peuvent être ramenés en vie dans nos aquariums.Lors d\u2019un envoi de quatre cents poissons pris dans les eaux polynésiennes, plus de cent de ces animaux périrent en cours de route.Quant aux autres, leur état général manifestait un tel épuisement qu\u2019ils ne purent être conservés en vie qu\u2019au prix des plus grands efforts.On en peut conclure que les souffrances occasionnées à l\u2019homme par le mal de mer quand le navire commence à rouler et à tanguer, ne sont que peu de chose, en comparaison des peines endurées par les poissons placés dans un réservoir.Comme précaution, on prive généralement ces poissons de toute nourriture, un jour avant leur embarquement.Les réservoirs de tôle galvanisée dans lesquels les poissons sont placés, contiennent de 60'à 70 gallons d\u2019eau ide mer.Cette eau est maintenue, grâce à la chaleur des chaudières du bâtiment, à une température constante qui est celle des eaux dans lesquelles les poissons ont été pris.\u2014 \u2014\u2014 0- \u2014_\u2014 77 \u2014 ean Vol.8, No 5 La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 LES LOISIRS AGREABLES Comment faire de jolis meubles soi-même Mesdames, lisez ceci à vos maris.Voici quelque chose qui intéressera sû- zement pas mal de lecteurs.et de lectrices.: Il arrive à tout le monde\u2014a moi comme aux autres\u2014d\u2019avoir parfois des instants d\u2019ennui inexplicables.Tout marche à souhait pourtant, la ganté est bonne et les affaires prospéres, il n\u2019y a aucune raison de se laisser aller à un accès de neurasthénie et cependant c\u2019est la légion des petits \u2018\u2018papillons noirs\u2019\u2019 qui vient assombrir les idées.On ne sait pas quoi faire pour se distraire et les plaisirs habituels n\u2019offrent aucune chance.La promenade ?Il fait trop froid, trop chaud, ou bien il pleut.Le Théâtre?On en est \u2018\u2018tanné!\u2019\u2019 Alors?.\u2026.Alors, chère petite madame, montrez cette page de la \u2018\u201cRevue Populaire\u2019\u2019 a votre vilain grognon de mari et dites-lui, avec votre plus gracieux sourire\u2014ce qui n\u2019est pas difficile car vous êtes cCharman- te, j'en suis certain\u2014dites-lui : \u2018\u201c Vois donc le joli fauteuil! Il paraît que l\u2019on peut fabriquer cela facilement soi-même.Or, toi qui n\u2019es pas maladroit, tu le réussirais facilement d\u2019une manière admirable ! Il paraît que cela peut se faire avec les simples outils qu\u2019il y ia dans toute maison et, d\u2019ailleurs, on donne toutes les indica- t \u2019 tions\u2019.T8 L\u2019effet sera prodigieux.Vous savez que-dans tout canadien sommeille un architecte ou un ingénieur, à preuve nos bons habitants qui trouvent le moyen de tout fabriquer avec une simple hache, depuis un cure-dents jusqu\u2019à une maison et les meubles pour la garnir.Vous verrez immédiatement votre miari s\u2019intéresser à la chose, mesurer, calculer, prendre son égohine, son marteau et son tourne-vis, et, tout en s\u2019amusant d\u2019intelligente façon, vous procurer un meuble charmant qui aura le triple avantage de La chaise terminée.Tg 4 une armée ont été déjà remarqués parmi les soldats suisses il y a trois cents ans.Les écrivains de ce temps mentionnent que l\u2019on défendit aux Suisses de chanter ou d\u2019écouter leurs chants nationaux, de crainte «de faire naître en eux un accablant désir de revoir leurs foyers montagneux.'Un docteur, écrivant en 1688, donne plusieurs échantillons de cette musique, et cite plusieurs preuves de ses fatals effets extraordinaires.En 1837, le docteur Paulinier, un savant français, publia un livre sur les effets de là nostalgie chez les soldats.Il en décrivit la pâleur, la taciturnité, l\u2019abattement complet, la perte de l\u2019appétit et plusieurs choses encore qui annoncent la malaidie ; et il ajoute une curieuse observation en disant que cette maladie était inconnue dans les grandes guerres de la république française à causé de l\u2019enthousiasme des soldats pour la France, dont chaque pouce de terre était considéré comme un petit coin de leur foyer, dans leur cas.Plus tard, quand les guerres de Napoléon eurent sapé la vitalité de la nation, la nostalgie devint presque épidémique \u2014 99 \u2014 av fis, 1 TARE h Ki dote es etat HNN Br i \u2018.\u2018 D. Vol.8, No 5 La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 + parmi les recrues de 1812 et des années pétit, de l\u2019indifférence au sujet des in- suivantes.fluences extérieures, une action irrégulière 9 Il n\u2019y à pas très longtemps dans des des organes digestifs et une légère fièvre écrits de Février 1863, un chirurgien d\u2019u- hectique.A mesure que la maladie prone armée américaine, De Witt C.Peters, gresse, elle est accompagnée de pleurs parla de l\u2019influence de cette sorte de mé- hystériques, d\u2019une douleur ennuyeuse lanco!lie parmi des jeunes recrues retirées dans la tête, du battement des artères des Etats de l\u2019Est de l\u2019Union et envoyées - temporales, d\u2019une expression d\u2019anxiété en bataille dans la région du Sud énervan- dans la figure, de l\u2019insomnie et d\u2019une fià- te pour eux.vre croissante et de là l\u2019épuisement.Par- \u2018Les hôpitaux de la Nouvelle-Orléans\u2019\u2019, mi les jeunes prisonniers de guerre, c\u2019est dit-il, \u2018pendant l\u2019été dernier, (en 1862) la plus mauvaise complication à rencon- étaient remplis de cas semblables.La ma- trer; comme cet écrivain peut l\u2019affirmer % |r Jorité était de jeunes hommes des Etats de en toute vérité.\u201d .' l\u2019Est, pour qui l\u2019amour du foyer et la pa- Les autorités italiennes considèrent la renté est un trait caractéristique.\u201d nostalgie comme une maladie restreinte Sa définition des symptômes correspond très bien avec celle de ses prédécesseurs.\u2018Il y a d\u2019abord,\u201d dit-il, \u2018\u2018un grand découragement intellectuel, une perte d\u2019ap- aux recrues, mais les médecins anglais en ont remarqué quelques cas parmi des soldats ayant fait un long service sur la terre étrangère.\u2014_\u2014 ) \u2014\u2014\u2014 MES TRESORS Mon coeur est le trésor où ma main amoncelle Mes joyaux les plus fins et mes biens les plus chers ; J'y veux, pendant le cours de ma saison mortelle, Entasser tout ee qu\u2019a de plus beau l\u2019univers.J'y mets les pleurs du vent, les sourires des nues, Le chant d\u2019amour des nuits, le chant troublé des flots : 3 J'y mets la pureté des sources ingénues, L\u2019ardeur des yeux brillants, le rêve des yeux clos.J'y garde la douceur des choses qui sont mortes, Pâleurs dormant sur le tapis du Souvenir, Image de l\u2019Eden aux douloureuses portes, D'où sans pitié le temps s\u2019acharne à nous bannir.J\u2019y garde la splendeur des beautés où J aspire; Tout ce que j'ai rêvé, ce que j\u2019attends en vain; Le mystère éperdu de l\u2019aube qui doit luire\u2014 Et qui ne luit jamais\u2014au détour du chemin.Mais j\u2019y garde surtout, au plus pur de moi-même, Comme dans un écrin, avec un soin pieux, Le souvenir profond et doux de ceux que J'aime, Car, de tous mes trésors, c\u2019est le plus précieux ! Henri ALLORGE.\u2014 100 \u2014 ee th a eee Te ee ae BREE I OAT DR RR RA P Vol.8, No 5 LE MYSTER Le métier de scaphandrier est l\u2019un des plus pénibles qui soient.Il exige pour ceux qui l\u2019exercent une constitution particulièrement robuste et une longue pratique.| Fréquemment, après une plongée de deux, trois ou cing heures, suivant les profondeurs, les scaphandriers sont ramenés a la surface, déraillants et le sang leur sortant par la bouche, le nez et les oreilles.Ils doivent descendre et remonter avec de grandes précautions à raison de six pieds par minute au plus et leurs mouve- 4 i ments sont d\u2019autant plus lents qu\u2019ils ont une plongée à quarante verges durant laquelle 1ls ne peuvent séjourner plus de cent vingt minutes sous l\u2019eau.La fatigue qu\u2019ils éprouvent à se mou- voix avec un casque et une pèlerine métalliques assez lourds, des chaussures à semelles de plomb et un gros poids de plomb sur la poitrine est accrue de ce que, | » pour contrebalancer la pression des eaux, il faut exercer dans le scaphandre, avec la pompe, une forte pression intérieure.4 L'homme transpire si abondamment à plonger plus profondément.Ils perdent* fondeurs plus grandes donc de ce fait environ une heure pour Montréal, Mai 1915 E DES EAUX PROFONDES.dans son costume imperméable, qu\u2019il doit revêtir en dessous un caleçon, une vareuse de laine et se coiffer d\u2019un bonnet.i Tandis qu\u2019il fait des recherches dans une épave, répare un navire ou prépare les travaux que- nécessite l\u2019établissement \u2018d\u2019un pont, d\u2019une digue, d\u2019une bouée, le scaphandrier s'éclaire soit avee une lampe à pétrole qui recoit de l\u2019air par la pompe, soit avee un petit phare électrique relié à une source d\u2019électricité par un câble à deux conducteurs.Les accessoires et la pompe nécessaires pour une plongée à 10 ou 15 verges, reviennent à environ $400.00.Pour les pro- et les travaux sous-marins, il en coûte $600.00, mais on, loue des appareils complets à raison de 10 ou 12 dollars par jour et à partir de 20 dollars avec un plongeur et un employé expérimenté.,Ç C\u2019est peu payer, à la vérité, les services d\u2019un homme qui expose sa vie chaque fois que son casque de cuivre aux quatre petites fenêtres rondes, disparaît sous l\u2019eau.Il est arrivé à certains scaphandriers des aventures incroyablement dramatiques, Elles sont si nombreuses qu\u2019il faut citer au hasard, 101 \u2014 Vol.8, No 5 L\u2019un d\u2019eux qui opérait, voilà trois ans, sur la côte du Brésil, pour dégager l\u2019épave d\u2019un yacht de plaisance, n\u2019échappa à la mort que par miracle.Un seaphandrier peut communiquer de deux façons avec ses aides : soit à l\u2019aide .de signaux convenus en tirant sur une corde, soit avec un tube acoustique fixé au \u201csommet de son casquêé.La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 - hâte on le ramena à la surface.Il avait perdu connaissance et on comprit tout le drame quand on s\u2019aperçut que le tube par lequel il recevait de l\u2019air avait été pres- qu'e entièrement coupé à 20 pieds du-des- sus de sa tête.Un squale était l\u2019auteur du méfait, L\u2019homme, qui était & demi-noyé, revint à la vie grâce aux soins énergiques qui Ils semblaient vivre encore.\u2018 Celui qui nous occupe ne disposait que d\u2019une corde attachée à ses reins.Les gens occupés à actionnèr la pompe s\u2019émurent soudain de voir de grosses bulles d\u2019air remonter en bouillonnant à la surface.; En même temps, l\u2019homme qui devait se trouver à quinze verges de profondeur, tirait désespérément sur la corde.En toute \u2014_\u2014 1 lui furent prodigués.| Ces accidents ne sont, paraît-il pas aussi rares qu\u2019on pourrait le supposer.Un autre, au Chili, rade de Valparaiso, s\u2019occupant à sortir des cadavres d\u2019un nat vire qui avait fait explosion, entortilla sit malencontreusement sa corde et son tube à air dans la carcasse du vapeur, qu\u2019il ne 29 -t | \u201c} _ re ~ put se dégager.L'air ne pénétrait plus que difficile ment dans le tube aplati et 'a pression extérieure n\u2019en devenait que plus pénible pour le malheureux.= % En vain ses aides tiraient-ils sur la cor-\\ de pour le remonter, le eäble engagé dans un enchevêtrement de poutres et de plaques de tôle au-dessus de lui, ne bougeait plus.Pendant soixante-dix mortelles minutes il travailla sans relâche pour se dégager, n\u2019hésitant pas à couper la corde en, deux endroits pour la renouer ensuite.Il suffoquait et était en proie à une violente hémorragie nasale quand on put \u201cnfin déboulonner son (casque.Près\u2018de Bizerte, un seaphandrier se\u2019 vif une fois dans l\u2019impossibilité absolue de travailler par la faute d\u2019une énorme bande de petits poissons curieux \u2018qui se pres- salent autour de son casque, l'empêchant de voir ce que sa lampe ,éclairait.On pense bien que 1\u2019extrdordinaire paysage sous-marin réserve de nombreuses surprises aux rares hommes qui sont appelés à le contempler.Mais quels lugubres spectacles les scaphandriers ne voient-ils pas, eux qui visitent principalement des épaves ! L\u2019un d\u2019eux se trouva un jour, au Danemark, en présence de deux jeunes gens tendrement enlacés et qui semblaient- vivre encore les yeux ouverts, les traits calmes.4 Là La mort les avait surpris dans leur cabine d\u2019une façon foudroyante ; le navire} ayant été coupé en deux au cour d\u2019une! collision.| A un autre fut révélé, dans les flanes d\u2019un vapeur qui s\u2019était retourné complètement, la quille en l\u2019air, un drame effroyable.2 ' ! La cale du navire formant cloche à plon- que-morts coiffés d\u2019un ibicorne.Le cer- - \u2014 \\103 La Revue Populaire oo RAIRES | I Montréal, Mai 1915 | à E\u2026.geur, l\u2019eau n\u2019avait puy pénétrer.Deux | malheureux étaient restés de longs jours dans cette prison flottante et ils y étaient morts de faim !, ; E Mais les scaphandriers sont accoutumés E ; à ces tristesses.Ne risquent-ils pas eux- 4 mêmes la mort à chacune de leur descente sous les eaux ?08 0 RX Ji! COUTUMES FUNE- 1 \\ - Toutes les pratiques qui tendent à honorer les morts ne peuvent être enregistrées qu\u2019avec respect pdr le voyageur ou l'historien.Nombreux sont les peuples qui emportent leurs morts à leur dernière de- i meure dans un cercueil fermé, mais il en i: est d\u2019autres qui ne posent pas de couver- E.cle sur la bière.C\u2019est affaire de traditions i et de croyances.Ce n\u2019est qu\u2019au nom de l'hygiène qu\u2019il peut être à propos d\u2019inter- i venir.é Les Grecs, qui ont de tout temps accompagné les funérailles de nombreuses solen- pi Rités, sont partisans du cercueil oÙvert et, Le malgrd les efforts officiels, il est difficile hi: de leur faire abandonner cette ancienne 13 pratique.i: On peut voir encore à Constantinople i: des enterrements grees ou cette tradition Er est observée.Fe En avant, marchent les enfants de choeur portant des cierges ou des icones, puis vient le clergé dont la longue chevelure retombe sur les épaules.Tous ensemble psalmodient les litanies des trépassés.Enfin vient le corps, porté par des ero- Vol.8, No 5 cueil dans lequel il est placé est ouvert, et les porteurs ont le soin de l\u2019incliner fortement, de telle sorte que le mort apparaît presque debout et est facilement vi- Sible pour tous.La manifestation usuelle de respect à l\u2019égard du défunt ne consiste pas à se découvrir sur son passage, ainsi que nous le faisons, mais on voit des gens, dans la rue Ou aux fenêtres vider un verre d\u2019eau.Dans la maison mortuaire, on brise de la vaisselle.Ce sont des moyens de chaisser les mauvais esprits.Quand on cherche à combattre ces vieux usages des Grees, ils s\u2019indignent et se prétendent persécutés, disant qu\u2019on ferme le cercueil des criminels, mais qu\u2019on doit laisser ouverts ceux des honnêtes gens.marre (re LA CUISINE DES GAUCHOS Dans les Pampas * On s\u2019imagine le plus souvent, que les Gauchog ces vachers des Pampas, dévorent des quartiers de viande et absorbent des quantités de vin ou d\u2019alcool en proportion.Cette croyance est en grande partie erronée.Si le Gaucho aime la viande, il aime davantage les mets où le maïs et le lait entrent comme éléments principaux.La description de quelques plats en usage chez les bouviers argentins servira à nous en convaincre aisément.| Un mets assez fréquent sur l\u2019humble table des Gauchos est la \u2018\u201c mazamorra \u201d.Pour l\u2019obtenir, on fait cuire dans l\u2019eau salée du maïs pilé au mortier et préalable- \u2014 104 La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 ment trempé.Lorsque le maïs est refroidi, on l\u2019assaisonne avec du lait et du sucre.D\u2019autres fois c\u2019est la \u2018\u2018chatasea\u2019 qui figure au repas.La \u2018\u201c chatasea \u201d\u201d se confectionne au moyen de \u2018\u201c\u2018charqui\u201d\u2019\u2019 ou viande de mouton séchée au soleil.On pile au mortier cette viande jusqu\u2019à la réduire en pâte et puis on la fait frire dans de la graisse de boeuf et un peu d\u2019huile, en y ajoutant des tomates, du piment et des pommes de terre en morceaux.Mais le plat par excellence n\u2019est ni la \u2018\u201c\u201cmazamorra\u2019\u2019 ni la \u2018\u2018chatasea\u2019\u2019.La \u2018\u2018hu- mitä en chala\u2019\u2019 revendique la première place dans la cuisine argentine.Pour l\u2019obtenir, il faut faire frire dans de la graisse de boeuf des tomates, des piments et du persil, le tout assaisonné de sucre, de poivre et de cannelle.On ajoute*a ce mélange la fécule obtenue par le râpage de quelques \u2018\u2018choclos\u2019\u2019, c\u2019est-à-dire d\u2019épis de maïs non mûr.Quand le tout est cuit, on le laisse refroidir.Alors on prend des \u2018\u2018chalas\u2019\u2019, les feuilles vertes enveloppant l\u2019épis de maïs, en les farcit du mélange refroidi, on les enroule et on les ficèle.Ces étranges emballages terminés, on fait cuire les saucisses végétales à l\u2019eau salée.\u2018 Ces pauvres mets indispensables dont les éléments sont empruntés aux produits directs de 1\u2019élevage et \u2018de la culture sont parfois suivis d\u2019un dessert, où figurent des confitures délicieuses faites avec les fruits du, cactus.\u2014\u2014 \u2014 La fleur la plus grosse du monde est probablement celle trouvée dans l\u2019île de Mindanas, une des Philippines, fleur que les indigènes appellent bolo.Elle pèse jusqu\u2019à 22 livres et atteint presque une verge de diamètre. \u2014 A Vol.8, No 5 La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 LA FETE DES MAIS , Le nom du mois de mai est très ancien, puis- qu\u2019il nous vient des Romains.(Mala était la mère de Mercure).On célébrait le retour du mois de Maia par des festivités en 1\u2019honmneur de Flore, la déesse des fleurs, la personnification du printemps.Ces fêtes, à l\u2019époque consulaire, eurent surtout un caractère religieux.On dressait des autels de feuillage aux lares ou esprits familiers de la ville ou des alentours.Des sacrifices étaient offerts à Flore sur ces autels, pour appeler la prospérité sur la république.Lorsqu\u2019il n\u2019y eut plus de république, les calendes de mai furent exclusivement consacrées au plaisir.La journée commençait par des \\processions de jeunes gens des deux sexes qui allaient attacher aux portes des gens notables des rameaux de verdure.Il est intéressant de signaler ce vieil usage romain, car il s\u2019est perpétué dans quelques régions de France.Le jour du premier mai, jeunes gens et jeunes filles se lèvent de grand matin pour aller faire la cueillette des premiers rameaux ehar- gés de feuilles qu\u2019ils trouveront dans les champs.Cet usage, qui a déjà disparu dans.beaucoup de localités, était général au moyen âge.Car cette époque, en dépit de son christianisme très prononcé, ne sut repousser l'héritage des coutumes païennes.Elle les adapta seulement à ses nouvelles convictions.C\u2019est ainsi que le mois de Flore, très poétique, devint le non moins poétique mois de Marie.Cette transformation s\u2019opéra d\u2019ailleurs sous les auspices du clergé, qui avait vainement tenté de s\u2019opposer à la célébration de la fête de Flore.Avec intelligence, les prêtres substituèrent la mère du Christ à la déesse des bois.Ainsi, la fête de mai devint non seulement excusable, maïs digne d\u2019être encouragée.De nombreux documents, comme le très précieux manuserit des \u2018\u2018Heures d\u2019Anne de Bretagne\u2019\u2019, nous attestent l\u2019importance de cette solennité au moyen âge.On disait alors indifféremment \u2018\u201c\u2018 Fête de Mai\u201d\u2019 ou \u2018\u2018 Fête des Mais \u2019\u2019, et voici pourquoi.L'usage voulut bientôt que l\u2019on rapportat de la campagne, parmi les monceaux de verdure recueillie, un jeune arbre que l\u2019on plantait ensuite sur la place du village.Cet arbre s\u2019appelait le \u2018\u201cMai\u2019\u2019.La fête de mai devint done la fête des Mais ou des arbres de joie.Cette coutume prévalut même à Paris.De nombreuses conporations d'artisans se réunissaient en procession pour aller chercher les arbres de Mai.Les orfévres, notamment, en présentaient un, chaque année à Notre-Dame.A l\u2019occasion de cette présentation du \u201c\u201cMai verdoyant\u2019, ils élisaient \u2018\u2018 Princes de Mai\u201d\u2019, deux de leurs confrères.Un don 105 \u2014 Vol.8, No 5 plus durable qu\u2019un arbre fragile accompagnait généralement l\u2019offrande.Ainsi, en 1649, les orfèvres offrirent un tableau de Lie Sueur,.\u2018\u2018Saint Paul prêchant à Ephèse\u2019\u2019, chef-d\u2019oeuvre qui passa ensuite de Notre-Dame au Louvre.\u2018! Les anciennes fêtes de Mai comprenaient jadis deux parties dans leur programme.La première, qui s\u2019appelait poétiquement l\u2019expulsion de la Mort, était la célébration de la fin de l'hiver, symbole de la désolation.La seconde partie était l'hommage au printemps, au cours duquel on plantait le Mai.Le printemps était généralement symbolisé par un jeune homme ou par un mannequin couvert de verdure que l\u2019on promenait à travers la ville.Il est hors de doute que les arbres de Mai qui s\u2019élevaient dans la plupart des villages donnèrent l\u2019idée des arbres révolutionnaires de la Liberté.Rappelons enfin qu\u2019à l\u2019époque franque, les assemblées des grands chefs guerriers étaient nommées \u2018\u2018champs de Mai\u201d.De même, la fameuse cérémonie qui eut lieu à Paris dans le champ de Mars, et au cours de laquelle Napoléon jura de respecter la constitution de l\u2019empire, s\u2019appela aussi le \u2018\u201cchamp de Mail\u201d.0 \u2014 Un des Etats de l\u2019Amérique du Sud veut absolument voir ses habitants se marier.Aussi, pour décourager le célibat, une loi passée impose de $5.00 par mois tout homme non marié âgé de vingt à trente ans.Entre trente et trente-cing, l\u2019impôt est doublé.De trente-cinq à cinquante, il est de $20.00 par mois.De cinquante à soixante-quinze, il atteint $30.00 par mois, puis tombe à $9.00 par an et, enfin, est supprimé après que l\u2019endurei célibataire a passé.quatre-vingts ans.La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 LE \u201cBOIS DE FER\u201d DU MEXIQUE Dans les forêts du versant oriental du Mexique se rencontre en abondance un arbre dont les propriétés devraient attirer l\u2019attention des industriels: c\u2019est le \u2018\u2018chi- Jole\u2019\u2019, que les indigènes appellent l\u2019arbre en fer, C\u2019est probablement le plus dur et le plus dense de tous les bois, et le plus petit fragment tombe au fond de l\u2019eau comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un morceau de plomb.Quand il est vert, on peut le couper et le scier avec la plus grande facilité; mais, dès qu\u2019il est see, il ne se laisse entamer ni par la hache ni par la scie.A Panuco, petite ville dont la fondation remonte à l\u2019époque pré-colomibienne, on montre des clôtures en bois de chijole qui datent d\u2019au moins quatre siècles, et dont l\u2019état de conservation est parfait, et l\u2019on à trouvé dans d\u2019antiques demeures de cette ville des charpentes du même bois qui sont restées intactes, alors que les intempéries des saisons détérioraient les matériaux de pierre dure.Les insectes sont sans action sur ce bois de fer, et le seul reproche qu\u2019on puisse lui faire, c\u2019est d\u2019être trop pesant.Mais il est possible que, tôt ou tard, l\u2019industrie trouve un emploi à ses étonnantes qualités de résistance et d\u2019indestrueti- bilité.0 .Puisqu\u2019il n\u2019est rien dans le monde qui ne soit soumis à la statistique, on n\u2019a pas manqué de nous apprendre que les ey- clistes du monde entier couvrent à eux tous quelque chose comme 100,000,000 de milles par jour.\u2014 106 \u2014 él + sm ao * « Vol.8, No 5 La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 QUELQUES ENDROITS DONT \"ON PARLE Breslau est la Capitale de la Silésie, Prusse, et est la cinquième des villes les plus populeuses de l\u2019Allemagne.Elle est située à soixante milles de la frontière russe.Héligoland, une île \u2018de la Mer du N ord, était considérée de bien peu d\u2019importance lorsqu'elle était une possession britannique.Elle est maintenant d\u2019une base capitale pour la Marine Allemande.- Belfort est un fort francais d\u2019une grande infgortance militaire, et fut le théâtre d\u2019un siège acharné en 1870.Cette ville a une population de 40,000 âmes, et est située sur la rivière Savourette.Metz est une forteresse allemande d\u2019une force immense, près de la frontière française.Elle est considérée comme impre-, nable.Au point de vue du commerce, c\u2019est un centre important pour les marchandises en cuir et les conserves de fruits.Sédan est juste À l\u2019intérieur de la frôn- tière française, et c\u2019est là que l\u2019armée entière des Français se livra aux Allemands le 2 septembre 1870, Napoléon III ayant remis son épée au roi de Prusse.Monténégro, le petit état Balkan qui a déclaré la guerre à l\u2019Autriche, était d\u2019abord sous la domination de la Turquie, DEPUIS LE COMMENCEMENT - DE LA GUERRE à >» .> ., © mais il avait gagné son indépendance en 1878.Son armée combattit avee magnificence dans la récente guerre balkanique.Luxembourg est un grand-duché indépendant, et ne doit pas être confondu avec la province Belge du même nom.Il est borné à l\u2019ouest par la Belgique, au sud par la France, et à l\u2019est par l\u2019Allemagne.Aix-la-Chapelle, qui est en Allemagne, et environ quarante milles\u2019au nord-est de Liège, est un point de considérable importance stratégique.Elle est située sur la frontière allemande, entre l\u2019Allemagne, la Belgique et la Hollande.Alsace, où une grande partie de la ba- taillle entre les Allemands et les Français a pris place, est la province la plus au sud de l\u2019Allemagne sur la frontière française.Elle a été prise à la France après la guerre de 1870, mais ses habitants sont demeurés Français de caractère, bien qu\u2019ils ne le soient pas de nom.Boulogne, où les troupes britanniques composant une expédition débarquèrent en France, fut pendant six ans\u2014de 1544 à 1550\u2014une possession anglaise, et l\u2019élément anglais dans la ville était vaste et influent longtemps auparavant que les bateaux de promenade traversant la Manche, la rendirent la place la mieux connue de la \u2014 107 \u2014 Vol.8, No 5 France par la majorité des Supplantateurs Anglais.Anvers, qui a été pendant quelque temps la capitale de la Belgique, était vigoureusement fortifiée, et était considérée par plusieurs experts comme la plus imprenable forteresse de l\u2019Europe.Elle a _ été pendant longtemps la métropole com- \u201c merciale de la contrée, et elle a fait un commerce énorme avee l\u2019étranger.L\u2019origine de son nom est due, à un château qui, autrefois, désignait le site de la ville.Longwy est une ville française fortifiée sur la frontière belge, à quarante milles au Nord-Ouest de Metz.Elle est appelée \u2018\u201cla porte de fer de la France.\u201d Thorn est la ville la plus forte de la Prusse Occidentale.Elle appartenait autrefois à la Pologne et fut annexée à la Prusse en 1793, et de nouveau finalement en 1815.Konigsberg est une des villes les plus importantes à l\u2019est de l\u2019Allemagne, elle est aussi une des forteresses les plus puissantes de l\u2019Empire Allemand.Maubeuge est une forteresse française située sur les deux bords de la rivière Sambre.C\u2019est une ville commerciale très prospère avee une population d\u2019environ 25,000 habitants.Mons, ou les troupes britanniques formant une expédition rencontrérent d\u2019abord les Allemands, est une sale ville qui fait le commerce de la houille; elle est située dans la province belge de Hainaut.De beaux boulevards couvrent maintenant les vieilles fortifications.La Revue Populaire ~ Montréal, Mai 1915 Arlon, la capitale de Luxembourg en Belgique, est le point de jonction du grand chemin de fer reliant la Belgique, la France et l\u2019Allemagne.Elle est à vingt-cinq milles de la frontière française.Charleroi est une ville de Belgique sur la rivière Sambre et est le point de jone- tion de six chemins de fer.Elle est à vingt-trois milles à l\u2019est de Mons, et est réunie à Bruxelles par un canal.Lille est une forteresse au nord de la France.Ayant une population de plus de 200,000, c\u2019est un important point de jonec- tion de chemin de fer et avec tout cela une des plus belles villes de la France.Posen est une importante ville d\u2019Allemagne, 150 milles à l\u2019est de Berlin.C\u2019est la capitale d\u2019une province de la Prusse du même nom ; elle est vigoureusement fortifiée, possédant une suite de forts détachés.Amiens était autrefois la capitale de la \u2018 Picardie, au nord, de la France.Quoique ses fortifications aient été remplacées par de charmants boulevards, elle en conserve cependant son ancienne citadelle.Elle a une population d\u2019environ 100,000.Reims est une des principales défenses à l\u2019approche du nord de Paris.Elle est fortifiée et est à quatre-vingt-dix-huit milles de la capitale de la France sur le chemin de fer de l\u2019est.Dans sa cathédrale les rois de France avaient coutume d\u2019être couronnés.Malines est une ancienne ville de Belgique, et depuis 1559 elle a été le siège du seul archevêché de la contrée.C\u2019est l\u2019archevêché de \u2018\u2018Canterbury\u2019\u2019 de Belgique, \u2014 108 \u2014 ER SO = & Vol.8, No 5 elle possède aussi une belle cathédrale gothique datant du douzième siècle.+ Gand, la capitale de la Flandre , Orientale, est,reconnue comme la \u2018\u2018Ville des Fleurs\u2019 parce qu\u2019elle exporte des quantités énormes de camélias, d\u2019azalées, et toutes sortes d\u2019arbrisseaux propres à décorer.C\u2019est un centre manufacturier de coton, de toile et de dentelle; elle a une population de 200,000.( Louvain, qui a été saccagée par les Allemands, est 1\u201d\u201cOxford\u2019\u2019\u201d de la Belgique.C\u2019est une ville dans la province de Brabant, dix-neuf milles à l\u2019est de Bruxelles.Ayant une population de 45,000, elle était jusqu\u2019à récemment la métropole intellee- tuelle des Pays-Bas, elle est maintenant un petit peu plus qu\u2019un amas de cendres.\u2014 0 \u2014\u2014\u2014 ŒUFS D'OISEAUX Une collection d\u2019oeufs étonne par la variété de leurs dimensions, depuis l\u2019oeuf géant de l\u2019autruche, le très gros oeuf de l\u2019épyornix, jusqu\u2019à l\u2019oeuf miniscule- du colibri.: Entre ces tailles extrémes, on remarque avec intérêt l\u2019oeuf du \u2018\u2018kivi-kivi\u2019\u2019 ou \u2018\u201captéryx\u2019\u2019, un oiseau de la Nouvelle-Zélande qui n\u2019a que des rudiments d'ailes} et point de queue.Cet oeuf est tout & fait hors de propor, tion avec l\u2019oiseau qui l\u2019a pondu.Il est sit volumineux qu\u2019il ne peut être replacé dans le squelette de l\u2019aptéryx sans en déranger l\u2019ossature.La forme des oeufs présente aussi d\u2019infinies variantes, Il y a les oeufs presque ronds du hibou, de l\u2019épervier, de l\u2019émou- La Revue Populaire .1 anne hy eh Es gece (oe the Mie etre Er te ait AE Esp ed Montréal, Mai 1915 .* f chet et d\u2019un grand nombre d\u2019oiseaux da proie.\u2019 Il y a les oeufs d\u2019une forme nettement ovale et, enfin, les oeufs des oiseaux ma- ring, dont beaucoup sont piriformes.Cette étude des formes des oeufs n\u2019amène pas seulement à des constatations sèches : elle est aussi fort instructive.On sait par exemple pourquoi la nature a voulu que les oeufs des guillemots soient en forme de poire.Les guillemots déposent leurs oeufs dans les anfractuosités des falaises à pic et ces anfractuosités sont souvent en dééclivité.Si leurg oeufs étaient ronids, un coup de vent ou un faux mouvement les ferait aisément rouler au bas des rochers.Leur forme les sauve de ce désastre.Au lieu de rouler comme une boule, ils oscillent sur eux-mêmes, la pointe en l\u2019air, et décrivent ainsi un certain nombre de demi- cercles, sans sortir du nid.) Ces oeufs piriformes, généralement pondus au nombre de quatre par les pluviers, sont disposés en cercle sous la mè re qui les \u2018couve, leur pointe tournée vers le centre.\\ De la sorte, ils offrent un bloc compact et occupent moins de place que s\u2019ilg étaient ronds, Si leur forme avait été dif.Cérente, l\u2019oiseau couveur, en raison de sæ petite taille, n\u2019aurait pas pu recouvrir complètement ses quatre oeufs.Une collection d\u2019oeufs est infiniment \u2014 109 \u2014 RA HE Tm aR a a TE TETE SEE ECO OR EEE Ce PERCEPTION EE ED EE RCE ECS DOUTER RAT COTE EE LE Lo \u2018 BETTIS ARR (NRHA A 4 ce ét tt j attic LS RAC A Let LES Vol.8, No 5 attrayante en raison de la gamme de couleurs qu\u2019on y rencontre.Il y a les oeufs d\u2019une blancheur neigeuse des colombes et des pigeons.Il y a les oeufs bleus du moineau des \u2018haies, les oeufs\u2018 d\u2019un vert bleuâtre des grives.En fait, presque toutes les variétés de teintes, le jaune, le gris, le marron, le Jouge même, sont offertes par les oeufs.Vertains sont tachetés, mouchetés comme à robe des léopards, d\u2019autres sont cou- zerts de raies comme la robe des zébres; d\u2019autres, enfin, sont comme saupoudrés de blane, de sable, de rose, ete.En général, on remarque que les oeufs pondus dans les endroits soustraits à la vue comme des creux dans les arbres, des creux ou des replis de terrain, ete, sont blancs et qu ils présentent souvent und surface très brillante et \u2018comme polie! L'oiseau est sûr de sa retraite et il n°8 rien à redouter pour la beauté de sa couvée.C\u2019est le cas des martins-pêcheurs, des perroquets, des plongeons de mer, des hiboux, des couroucous (genre ide grim, peurs) et de bien d\u2019autre oiseaux.Il faut pourtant faire exception à l\u2019és gard des colombes et des pigeons sauvages qui pondent sans chercher à les dis-{ simuler à des ravisseurs possibles.,Ç Il y a enfin d\u2019autres oiseaux, adeptes du mimétisme, qui pondent des oertfs d\u2019une couleur analogue au milieu ou ils sont exposés.Par exemple, une variété de pluviers aifectionnent les galets des plages pour y nicher et leurs oeufs > s\u2019harmonisent si complètement de couleur avec les petits cailloux qui les entourent, qu\u2019on a peine à les remarquer.Le nombre des oeufs pondus varie suivant les dangers auxquels l\u2019espèce est, exposée.La moyenne est généralement de BT I RAT IA ITIL! RVR RRR ANT) La Revue Populaire ~ Montréal, Mai 1915 cing pour la plupart des petits oiseaux chanteurs de nos campagnes.Les hiboux, les faucons pondent aussi cinq oeufs.Beaucoup d\u2019oiseaux marins, comme les pingouins, les bubies\u2018ou fous, les macareux; n\u2019en pondent habituellement qu\u2019un seul.Les mouettes cn pondent de deux à quatre.CT - \u2014_\u2014 COMMENT ON PEUT ETRE TUE DANS un MATCH de BOXE - La boxe qui connaît aujourd\u2019hui une vogue énorme, passe auprès des amateurs pour un sport inoffensif.Sur cent habitués des établissements \u2018où se donnent en spectacle des matchs sensationnels, vous en trouverez quatre- vingt-dix-neuf qui vous soutiendront qu\u2019on peut encaisser impunément, pien- dant des années, des \u2018\u2018directs\u2019\u2019 en_pleine figure et que tel champion fameux ne se: ressent nullement d\u2019avoir, au début et à la fin de sa carrière, été mis \u2018\u2018knock out\u201d plusieurs fois dans de dures -onditions.Certes, les professionnels entraînés mé- thodiquemerrt à cogner et à recevoir\u201d des coups terribles à la face, au coeur et à l\u2019estomac sont susceptibles de supporter des chocs dont un seul suffirait à- nous envoyer rouler dans les fauteuils des spectateugs, mais ils n\u2019en sont pas moins des hommes comme vous et moi.) L\u2019entrainement qu\u2019ils suivent ne leur durcit pas le cerveau et ne leur consolide pas la colonne vertébrale.Et les médecins 110 \u2014 > &' ST Vol.8, No 5 pourront vous dire que le rembourage des gants dont ils Usent ne les empêche pas de ressentir des conrmotions qui peuvent être très dangereuses.\\ La meilleure preuve en est qu\u2019on a eu & déplorer déjà des accidents mortels.! L\u2019un d\u2019eux, est celui dans lequel tomba pour ne plus se relever le fameux boxeur américain Mac Carty, l\u2019espoir blanc, que ses compatriotes rêvaient déjà d\u2019opposer à Jack Johnson, le nègre abhorré.C\u2019est au cours d\u2019un combat contre le \u2014 pr i 7% Un coup violent au menton peut amener la mort.Canadien français Arthur Pelky que Luther Mac Carty fut tué.On crut qu\u2019ik avait recu un \u2018coup au coeur, mais les docteurs qui pratiquèrent son autopsie dé- elarérent formellement que c\u2019est au men- fon qu\u2019il fut atteint.Arthur Pelky n\u2019est pas un boxeur \u201c\u201cscientifique\u2019\u2019, comme on dit dans l\u2019argot du métier, et Luther Mac Carty lui était nettement supérieur, mais le Cana- La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 dien cogne dur et le coup qu\u2019il réussit & placer fut terrible.On peut done mourir d\u2019un coup au menton.Ceci mérite quelques explications.Peu de personnes savent, en effet, comment le choc reçu à la mâchoire par un boxeur peut le mettre \u2018\u2018knoeck out.\u2019 \u2018Le schéma qui illustre cet article fera comprenidre comment le \u2018choc est transmis par la mâchoire à la base du crâne, ébranlant fortement le cerveau.Suivant la force du coup, l\u2019homme atteint peut éprouver les quatre accidents suivants dont la gravité va en augmentant : lo Un simple \u2018ébranlement du cerveau, sans complication ; 20 Un sérieux ébranlement du cerveau, mais de peu de durée, avec un prompt retour de la connaissance ; 30 Une lésion du cerveau avec petite hémorragie dans la matière cérébrale ; 4o Une lésion du cerveau avec hémorragie grave.Dans la plupart des cas, le boxeur qui tombe vaineu sur le ring n\u2019éprouve que l\u2019un des deux premiers accidents et revient promptement à la vie.Mais quand il y a lésion du cerveau, la mort peut survenir à bref délai.Les symptômes, dans ce cas, sont l\u2019évanouissement prolongé et ensuite des vertiges, la confusion des idées, la pâleur du visage.Dans le cas le plus grave, ces différents symptômes s\u2019accentuent et se compliquent du refroidissement des membres.Le pouls est très faible, les muscles se relâchent, les vomissements sont fréquents les yeux se révulsent.L'homme doit êtne entouré de bouteilles d\u2019eau chaude, On lui met un cataplasme de moutarde sur le coeur et ide la glace sur la tête, puis, on lui fait boire quelques: r= Vol.8 No 5 gouttes d\u2019ammoniaque dans de l\u2019eau.En aucun cas, il ne faut lui donner d'alcool, car ce serait hâter sa fin., Les soins prodigués à Mac Carty furent inutiles, car le coup lui avait non seulement produit une lésion au cerveau, mais La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 encore disloqué la quatrième cervicale.On voit donc que la boxe, malgré son utilité et ses avantages, \u2014 elle est, en effet, excellente pour le développement dut corps, \u2014 constitue un sport dans lequel ik convient de ne pas exagérer.vertèbrey Au Pays Des Cannibales d'Afrique Yoka le Sorcier Yoka le sorcier, exercait une grande influence dans le pays.Son nom inspirait aux habitants superstitieux de la vallée du Lukungu un respect mêlé d\u2019effroi.Dès son jeune âge, paraît-il, Yoka manifesta une vivacité 'd\u2019intelligence qui lui donna une grande avance sur ses pareils, Alors que tous, autour de lui étaient as servis par les superstitions, Yoka comprit promptement quels avantages offrait & ses talents la carrière de sorcier.Il eut tôt fait de se créer une situation enviable dans l\u2019art de tromper les autres.En affectant diverses bizarreries de manières et de parole, il s\u2019entoura artificiellement d\u2019une atmosphère de mystère.D\u2019un coi* obscur de sa hutte, Yoka tirait des provisions inépuisables de petits paquets mystérieux ornés de plumes, barbouillés d\u2019ocre et dont l\u2019efficacité n°était jamais mise en doute.Il était devenu très riche.Sa profes- SiOn lui valait des profits incroyables.| Les contemporäins qui relataient l\u2019histoire ide Yoka racontaient que les com- \u2014 pagnes du sorcier étaient bien nourries et avaient la mine prospère, qu\u2019il les choï' sissait parmi les fillettes les plus jeunes et les plus séduisantes du district et que sa hutte était la plus spacieuee et la mieux construite de tout le village.~~ V Aucune goutte de pluie ne filtrait ja\u201c mais à travers son toit, disait-on, car les matériaux en étaient minutieusement! choisis et mis en place avec le plus grand) soin, Personne n\u2019osait se déclarer ouver+ tement son ennemi.À la manière des prêtres de l\u2019ancienne Egypte, Yoka jugea convenaible de donner à ses gestes un sens mystique, pour répandre la crainte et l\u2019effroi dans les coeurs et imposer la soumission à ses caprices, Il affirmait qu\u2019il possédait le moyen de Se mettre en relation directe avee Ndoki, l'Esprit Mauvais, et ces Ames simples; tourmentées des mystéres de la vie, n\u2019en doutalent pas.Dans ce pays où l\u2019existence est si pré\u2018 caire, Où la vie est à tout moment mise 112 \u2014 a Vol.8, No 5 en péril par les dangers et les maladies, on tente tous les efforts possibles pour sel rendre propices les influences malfaisantes du Mauvais Esprit, considéré comme tout-puissant.Yoka le sorcier.Faisant Une diversion, avec la votuibili- té facile si particulière aux Africains, l\u2019indigène qui contait cette histoire se mit à décrire avec une \\délicieuse simplicité les préparatifs qui furent faits quand leur chef Ntoukou décida, pour régler quelque menue question, de faire une visite offi- La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 cielle au chef du district voisin, à deux journées de marche.D\u2019après la description, il était facile de s\u2019imaginer le remue-ménage et le tohu-bohu dans lequel se trouva le village à cette occasion ; les étranges nippes qu\u2019on endossa, toute une défroque d\u2019uniformes hétéroclites importés d\u2019Europe, et qu\u2019on avait tenus soigneusement cachés dans leg coins les plus retirés deg huttes.Pendant la première journée de marche, vers midi, le soleil étant trop ardent, la troupe fit halte à :mi-côte d\u2019une montée, sous l\u2019ombre d\u2019arbres feuillus.De là, quelqu\u2019un du cortège, à la vue perçante, apereut dans le lointain la forme d\u2019un éléphant qui broutait nonchalamment dans les hautes herbes de la plaine.Le chef Ntoukou, chasseur redoutable Se débarrassa de ses oripeaux et partit vers la plaine avec son long fusil à pierre.Sous les yeux de sa suite, qui l\u2019épiaient, le chef s\u2019approcha avec circonspection de sa \u2018proie.Parvenu à une distance favorable, Ntoukou épaula son antique mousquet et fit feu.Pendant un moment, toute la scène fut enveloppée dans un nuage de fumée.Quand elle se fut 'dissipée, on apercut l\u2019éléphant la tête relevée, et le chet qui Se débattait, empalé sur une ides défenses de l\u2019animal.Celui-ci, laissant retomber le corps mutilé, s\u2019éloigna tranquillement dans la direction de la forêt lointaine.Bien que la défense de l\u2019éléphant l\u2019eût transpercé, le chef n\u2019était pas mort et il demanda qu\u2019on le ramenat au village.Une litière gommaire fut vite construite ;, une demi-heure avant la nuit, Ntou- kou fit un geste de la main et, par signes! demanda sa pipe.Pendant tout le temps qu\u2019il fuma, ses yeux restèrent rivés sur le soleil couchant, Au moment même où l\u2019astre disparaissait derrière une chaîne loin- Vol.8, No 5 taine de collines, la pipe tomba des lèvres du chef : il était mort.A Ici, le narrateur revint à Yoka, parvenu à un tournant de sa carrière.Selon.la; coutume du pays, le cadavre du chef fut enveloppé dans des centaines de mètres} de cotonnade, et pendant les jours dey deuil gui suivirent, alors que les femmes)\u2019 hurlaient leurs lamentations, Yoka prépara l'exécution d\u2019un: projet ténébreux, grâce auquel il pourrait accuser les ennemis de s\u2019être ligués avec l\u2019éléphant pound perpétrer le meurtre du chef.Mais, cette fois, Yoka présuma exagérément de son influence.En vain multi- plia-t-il leg menaces les promesses, les concessions.Tout fut inutüe.Son pouvoir était détruit.Il paraît qu\u2019un soir, pendant que les anciens du village étaient rassemblés autour du feu, Yoka se glissa auprès d\u2019eux; sans être observé.Puis, bondissant vers le feu en levant au-dessus de sa tête un petit baril de poudre, le désespéré réglaj d\u2019un seul coup toutes les questions d\u2019influence, de pouvoir et de malfaisance.Un immense éclair, une détonation assourdissante et 1\u2019assemblée fut réduite en miettes.Yoka le sorcier avait sauté comme les autres.= o0\u2014 -* En Turquie, les imprimeries ne doivent, d\u2019après la loi, n\u2019avoir qu\u2019une porte de sortie.Les fenêtres doivent être grillagées afin d\u2019empêcher d\u2019y passer des journaux.Un exemplaire de chaque chose imprimée doit être soigneusement conservé et, si requis, mis sous les yeux des agents du gouvernement, Enfin, un an d\u2019avance, l\u2019imprimeur doit faire connaître quelle quantité d\u2019encre il aura besoin, cette encre étant fournie par l\u2019Etat.La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 SACRIFICES HUMAINS .Camille Flammarion a écrit ceci: \u2018\u201cQuelque temps après la guerre franco-alleman- de de 1870, j'ai eu la curiosité de faire le relevé historique de toutes les guerres des diverses parties du monde et j\u2019ai trouvé que le glaive de\u2019 Mars poignarde environ 40- millions d'hommes par siècle.L\u2019extravagance humaine de notre planète est ainsi faite que, au lieu de mener une vie tranquille, laborieuse, intellectuelle et heureuse, elle se suicide perpétuellement en s\u2019ouvrant les quatre veines et en jetant le meilleur de son.sang dans ses convulsions frénétiques.Voyez-la à l\u2019oeuvre, cette humanité - elle choisit ses enfants les plus forts, les allaite, les nourrit, les entoure de soins jusqu\u2019à la plénitude de leur âge viril, puis les aligne méthodiquement pour le massæere.Comme il n\u2019y a que 36,525 jours par siècle et qu\u2019il faut poignarder 40 millfons d'individus, elle ne lâche pas un seul instant son couteau, en égorge sans fatigue 1100 par jour, presqu\u2019un par minute, 46 par heure! Et il n\u2019y a pas de temps à perdre, car si par hasard elle se repose un seul jour, c\u2019est 2200 condamnés qui attendent pour le lendemain.\u2019 En Australie, où il ne tombe guère que dix pouces d\u2019eau par an, un mille earré de terrain ne peut nourrir que huit ou neuf moutons, tandis que, aux environs de Bue- nos-Ayres, où il\u2018tombe annuellement 34 pouces d\u2019eau, la même superficie de terre suffit à en faire vivre 2,560.A \u2014 114 \u2014 . | Théâtre Vol.8, No 5 .La Revue \u2018Populaire Montréal, Mai 1915 A #, Une | - É Carrière E Fait-on Fortune au Trompeuse Combien de fois n\u2019avons-nous pas entendu souhaiter : \u2018\u2018J\u2019aimerais être artiste de théà- tre; c\u2019est une profession dans laquelle on gagne beaucoup d\u2019argent tout en faisant le plus agréable des métiers!\u201d Croyez-vous qu\u2019il en soit ainsi?C\u2019est proibablement le plus fastidieux des métiers et l\u2019on n\u2019y gagne pas les trois-quarts du temps de quoi manger à sa faim.À part cela, vous êtes dans le vrai.Pour un qui réussit à faire fortune, combien d'autres végètent toute leur vie dans la plus accablante des misères! Laissons de côté les \u2018\u2018 véritables théâtres\u201d\u2019 de comédie ou de tragédie dont les acteurs principaux ont un salaire à peu près raisonnable et occupons-nous des théâtres de vaudeville dans lesquels quantité d\u2019 amateurs et de chanteuses révent un engagement sans se douter des déceptions qui les attendent.Ces théâtres ne réservent souvent que les plus atroces désillusions.On ne saurait trop \u2018le répéter, dans l\u2019espoir de décourager bon nombre d\u2019aspirants chanteurs et chanteuses et de leur épargner une vie de déceptions, de misères et, pour certains, de honte.Cette carrière tend à s\u2019encombrer chaque jour davantage.Les cafés-concerts se sont multipliés.La moitié des jeunes ouvriérs et ouvrières qui les fréquentent se disent, en écoutant l\u2019élégant ténor en habit, la jolie divette en robe pailletée : \u201cJe saurais bien en faire autant, j'ai une belle voix, je \u2018\u2018pousse la romance\u2019 apres les dîners de famille et chacun m\u2019applaudit.En un quart d\u2019heure, j'aurais gagné ma journée, tandis qu\u2019il me faut peiner dix heures et plus à l\u2019atelier.Et beaucoup de nos présomptueux, trompés par les légendes, s\u2019efforeent d\u2019abandonner leur état modeste mais susceptible de leur assurer une vie honorable, pour s\u2019engager dans la voie décevante 'de l\u2019art lyrique\u201d.Comment idébute-t-on?Il y a deux manières.On va trouver le directeur du petit établissement dont on est l\u2019habitué fidèle et on le supplie d\u2019accorder \u2018\u201c audition\u2019\u2019.Les parents eux-mêmes interviennent souvent ; on intrigue, on fait jouer des influences.Puissance de l\u2019illusion ! Quand mourut le chanteur Fragson, on publia le chiffre de son revenu: 160 à 200 dollars par soirée, 60 mille dollars par an!\u2019\u2019 Aussitôt, raconte le directeur d\u2019un établissement situé en plein faubourg Saint-Antoine, à Paris, le nombre des ap- \u2014 115 \u2014 . Vol.8, No 5 prentis, des jeunes ouvriers qui demandaient à débuter, \u2018\u2018\u201cdoubla\u2019\u2019; l\u2019appât de la fortune les remplissait d\u2019ardeur ; ils croyaient tous gagner la fortune, sans se dire que, pour un Fragson, il y a mille malheureux devant qui, chaque jour, se pose le problème du pain !\u2019\u2019 Les débutants \u2018\u2018emboîtés\u2019\u2019 Le directeur, harcelé, consent à laisser le débutant \u2018\u2018auditionner\u2019\u2019.C\u2019est généralement en matinée ou plutôt à l\u2019apéritif- concert, qui dure de quatre à six heures, que se font entendre les aspirants atistes.Le public, narquois, malveillant, les guette, Ja plus légère hésitation, la moindre marque d'\u2019intimidation du candidat provoquent les huées de l\u2019auditoire.On est venu là \u2018\u201cpour s\u2019amuser\u2019\u2019, on s\u2019amuse coûte que coûte.Les femmes sont toujours \u2018\u201cemboîtées\u201d, c\u2019est le terme qui désigne l\u2019attristante réception.On les interpelle, on les accompagne en tapant sur les soucoupes.Dans certains concerts d\u2019Europe principalement, où les auditions sont fréquentes, la scène présente un caractère apre- ment comique.La débutante, parfois, interrompt sa chanson pour tenir tête à ses insulteurs, ripostant à coups d\u2019injures, criant plus fort qu\u2019eux, les domptant ; d\u2019autres, imperturbables sous les quolibets, achèvent leur petite romance et se retirent en saluant sous les applaudissements ironiques; d\u2019autres, en pleurs, s\u2019enfuient.Au premier abord, ces manifestations du public apparaissent comme des actes de grossière brutalité qui indignent.Après, on pense que c\u2019est là, peut-être, une æruelle nécessité si elle a pour résultat de lasser immédiatement les plus faibles, les RE La Revue Populaire \u2014 116 Montréal, Mai 1915 ° plus timides qui seraient devenus les plus malheureux.Engagements d'artistes.'Une fois engagé, le\u2018débutant recoit un salaire mais à moins d\u2019être un \u2018\u2018numéro\u2019\u2019 sinon inédit, du moins à sensation, le pauvre artiste ou la pauvre chanteuse ne re- coit qu\u2019une rémunération ridicule.Dans les théâtres de vaudeville d\u2019Europe.et même d\u2019ailleurs, le débutant recoit 60 cents par soirée.Mais il pourra continuer à travailler durant le jour?Non.Il lui faudra apprendre des chansons: comme il ignore la musique, il devra passer des \u2018heures chez les éditeurs où, à force d\u2019entendre \u2018\u2018seriner\u2019\u2019 un air, il le retiendra.Et puis il perdra le goût du travail manuel, du travail sans gloire des \u2018\u2018non-artistes\u2019\u2019.Il tiendra à fréquenter les cafés où l\u2019on rencontre des \u2018confrères\u2019.On le verra pérorer dans les bars où il se posera en personnage extraordinaire.Certains, leurs économies mangées jusqu\u2019au dernier sou, disparaissent; ils reprennent sans bruit leur ancien métier.D\u2019autres persistent ; ils sont les jouets des \u2018\u2018agences lyriques\u2019\u2019 qui leur procurent des engagements, prélèvent de forts honoraires sur le montant des cachets et en prélèvent de nouveaux quand, l\u2019engagement terminé, le malheureux artiste vient en solliciter un autre.C\u2019est la chasse au travail et \u2018\u2018la chasse au billet de banque\u201d\u2019.C\u2019est insuffisant pour vivre avec dignité, c\u2019est assez pour maintenir chez les incorrigibles l\u2019espoir des jours meilleurs.Sans doute en est-il, particulièrement doués ou particuliére- ment favorisés du sort, qui émergent et parviennent aux grosses rémunérations ; \u2014_\u2014 ee Vol.8, No 5 rappelons-en la proportion : pour un Mayol, pour un Polin, pour un Dranem ou un Fragson, cent \u2018\u201cerève-misère\u2019\u2019! Les femmes ont un sort plus triste que celui des hommes.Certains directeurs de cafés-concerts masquent du prétexte de l\u2019art les plus honteux commerces.Une directrice d\u2019établissement de l\u2019Ouest écrit à un agent lyrique \u2014 nous La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 heureuse artiste obligée de payer toutes ses toilettes de scène, ne l\u2019oublions pas\u2014non seulement ne gagne rien, mais s\u2019endette en travaillant ! Les pièges.Il y à une autre manière de débuter au concert et au music-hall: c\u2019est d\u2019étudier C\u2019est souvent une lamentable existence que celle d'artiste.avons eu la lettre sous les yeux\u2014pour lui demander de \u2018\u2018fortes buveuses\u2019\u201d capables de boire avec les spectateurs et de pousser à la consommation.Une autre offre $125 par jour à ses artistes.Mais elle les contraint à prendre pension chez elle.Or le prix de la pension dépasse $1.50, sans compter les \u2018\u2018extras\u201d\u2019 qu\u2019une habile maîtresse de pension sait rendre obligatoires.Si bien que la mal- un \u2018\u2018numéro\u2019\u2019 et de le produire dans les divers établissements.On arrive avec un bagage, on le soumet aux directeurs.Des chevaliers d\u2019industrie, plus riches d\u2019ingéniosité que de scrupules, ont pensé à monnayer le goût des jeunes hommes et des jeunes femmes pour la carrière lyrique et ils couvrent les murs de certaines villes d\u2019affiches alléchantes : \u2018\u201c Lancez- vous au théâtre! Entrez au music-hall!\u201d \u2014 117 \u2014 a us RRNA ' A hid Ht AR hh i + He + qe tr et Vol.8, No 5 ou celle-ci, qui, d\u2019exemplaires, importune le \u201cTango! Tango! Tango!\u2019 Ces placards affirment aux aspirants artistes que la direction de telle \u2018\u201cécole théâtrale\u2019\u201d leur enseignera à bon compte et en peu de temps un numéro inédit et les fera débuter \u2018\u201cdans les premiers théâtres, concerts et music-halls du monde\u201d tout simplement.Et les naïfs se rendent aux adresses indiquées.La direction met l\u2019élève entre les mains d\u2019un professeur : chant, diction ou danse.Le prix des leçons varie suivant le pécune du candidat, leur durée aussi.Tant que le malheureux conserve quelque argent, le cours se prolonge.Aux plus pauvres, aux plus pressés aussi, on enseigne un \u2018\u201cnuméro de danse\u2019\u2019, c\u2019est ce qui s\u2019apprend le plus vite.Tango! Tango! Tango! Aprés quelques semaines ou quelques mois, selon que les économies du pauvre gogo sont médioeres ou abondantes, on fait faire à l\u2019élève les débuts promis.Mais une acquisition s\u2019impose : il lui faut un habit noir ou une défroque de comique, pour les femmes, une robe pailletée.» L'école les fournit au prix fort: jusqu\u2019à 120 dollars la robe! Il faut aussi des affiches illustrées que le nouvel artiste placardera sur les panneaux du concert.L'école fournit les \u2018\u2018lithos\u2019\u2019 aux mêmes conditions.Ainsi rafle-t-on les derniers dollars des postulants.Le moment du début est arrivé.On expédie \u2018\u2018l\u2019artiste\u2019\u2019 vers quelque ville où les engagements comportent les avantages que nous avons indiqués.Il advient d\u2019elle ce qu\u2019il advient des autres, ses soeurs en illusion.\u2018\u2018Emboitée\u201d\u2019 par le publie, tenant tête, elle a chance de gagner 60 cents par jour.Rebutée, elle va conter sa détresse à \u2018\u2018ses maîtres\u2019.a regard : La Revue Populaire répétée à des milliers Montréal, Mai 1915 \u201c Mais ses réclamations ne sont pas 'admises: ne lui a-t-on pas appris \u2018\u2018un numéro?Ne l\u2019a-t-on pas fait débuter?Elle n\u2019a pas été engagée ou si elle l\u2019a été, c\u2019est à des conditions inacceptables?Qu\u2019elle s\u2019en prenne à elle-même ; elle n\u2019a pas su plaire.Mais qu\u2019elle se procure de nouvelles ressources et les nouvelles lecons que lui fera donner 1\u2019école lui assureront, dans les premiers music-halls du monde.Hélas! ' Pourtant, il lui reste sa belle robe pailletée de 120 dollars.Généreuse, l\u2019école la lui rachète 10 dollars! La belle robe, revendue au prix fort, ira couvrir les épaules d\u2019une autre cigale encore confiante.Certaines se fâchent cependant, et leurs plaintes réitérées ont amené l\u2019arrestation du plus important des directeurs d*\u2018 écoles\u2019\u2019 suspectes.Mais les autres continuent leur immoral et fructueux trafic.Jeunes gens et jeunes files qui rêvez débuter au café-concert, n\u2019oubliez jamais: Que dans cette carrière, une réussite dissimule cent échecs lamentables qui durent toute la vie.Qu\u2019une cofnédienne vieillie peut encore jouer, mais qu\u2019une chanteuse de cafés- concerts est finie à quarante ans; Que la plupart des affiches qui vous promettent des engagements rapides dissrmu- lent des pièges tendus à vos économies et souvent à votre honneur.Restez tranquillement chez vous, vivez de la vie honnête que vous ont enseignée vos parents, mariez-vous selon votre coeur et fondez une famille honorable.De temps a autre, allez pour vous distraire dans un théâtre qui se respecte et qui respecte le public, cela vaudra mieux que d\u2019amener ce public, dans un théâtre, à vos dépens.\u2014\u2014\u2019\u2014 Qp \u2014\u2014 \u2014 118 \u2014 \u2018 ui.Vol.8, No 5 LES METIERS DANGEREUX La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 Comment on de vient acrobate.Si, dans le domaine théâtral, le goût du public s\u2019est très sensiblement modifié si, après nous être engoués de \u2018\u2018genres\u2019\u2019 comme l\u2019opérette, l\u2019opéra-comique, le vaudeville, nous les avons délaissés pendant un temps plus ou moins long, quitte à y revenir plus tard, nous conservons pour le cirque et les tours d\u2019acrobatie qu\u2019on y exécute le même enthousiasme que nos devanciers et les prouesses de force ou d\u2019adresse nous comblent toujours d\u2019aise.L'idée du danger qui se rattache à ces performances est certainement pour quelque chose dans notre goût persistant, car elle nous donne un sentiment d\u2019angoisse qui enthante le plus grand nombre d\u2019entre nous, au sein duquel, il le faut bien dire, sommeille l\u2019obseur désir qui, pendant des mois, fit assister un Anglais à toutes les séances d\u2019un dompteur particulièrement audacieux, \u2014Mais quel plaisir pouvez-vous trouver à être présent à un spectacle que vous avez vu plus de cent fois?\u2014Je veux être là quand le dompteur sera dévoré! Fort heureusement pour l'honneur de l'humanité, il y à une autre raison qui nous rend ces spectacles si intéressants : c\u2019est que nous supposons que les acrobates sont soumis, au cours de leurs jeunes années, à un entraînement, à un dressage constituant un.véritable supplice et une grande pitié s\u2019allie à notre curiosité.Les histoires fantastiques montrant de jeunes enfants auxquels on brise la colonne vertébrale dès l\u2019âge de deux ans pour les assouplir ou qu\u2019on fait se tenir debout, pendant plusieurs heures par jour, avec une jamibe élevée en l\u2019air et attachée au corps, si elles témoignent de la richesse d\u2019imagination de ceux qui les lancèrent \"dans la circtilation, n\u2019ont aucun rapport avec la vérité.Si la vie des jeunes acrobates est rude, terrible, elle ne comporte aucun supplice et les \u2018\u2018patrons\u2019\u2019 qui les forment n\u2019ont recours à aucune cruauté pour en faire des étoiles.Voici en quoi consiste l\u2019entraînement des jeunes sujets., On les fait passer par une série d\u2019exer- ciees simples tels qu\u2019on les pratique dans le premier gymnase venu, avec cette différence toutefois que les petits professionnels doivent s\u2019y livrer continuellement, \u201cpratiquant sans cesse jusqu\u2019à ce que les mouvements les plus compliqués soient exécutés sans effort aucun.On leur apprend d\u2019abord à plier le dos légèrement, car la moindre mollesse dans les muscles du dos rend l\u2019homme impropre à l\u2019exécution de nombreux \u2018\u2018numéros\u2019\u2019.Quand les éléves ont le dos bien souple, on leur enseigne a se counber en arriére, de manière à placer les mains à terre et à se relever ainsi sur les mains, les jambes en l\u2019air, à remettre ensuite les pieds à terre et à se relever ainsi sur les mains, les \u2014 119 \u2014 RSR RER RR ERE RRITN FRY Vol.8, No 5 jambes en l\u2019air, à remettre ensuite les pieds à terre et à relever graduellement le corps dans sa position verticale.Ces deux exercices et le grand écart sont l\u2019A.B.C.du métier.En suivant la progression, nous arrivons ensuite au saut périlleux en avant, en arrière et ide côté, pour terminer par le saut périlleux tournant, qui combine un tour vertical complet avec un changement horizontal de position.Mais, quel que soit le travail auquel se préparent les futurs acrobates, il leur faut posséder à fond les, éléments de leur art, s\u2019essayer à leurs exercices, graduellement, et recommencer chacun de leurs tours, tout simple qu\u2019il soit, jusqu\u2019à ce qu\u2019ils en soient maîtres absolus.Le jeune homme qui commence son apprentissage, vers 16 ou 17 ans, pourra devenir suffisamment habile dans une certaine branche de son art, mais pour être un artiste dans toutes les branches, il lui faut commencer à 10 ans, pas plus tard.Et lorsqu\u2019il connaît son métier à fond, l\u2019artiste ne doit pas rester les bras croisés ; il lui faut pratiquer, s\u2019exercer, se perfectionner sans cesse, s\u2019il veut toujours tenir le premier rang.Tous les matins, il devra étudier des tours nouveaux, s\u2019exercer à- ceux qui lui sont habituels, afin de se conserver \u2018\u201cen forme\u201d.Les tours nouveaux au trapèze ou sur la barre fixe s\u2019étudiaient jadis, les premiers avec des hommes qui tenaient une couverture en guise de filet, les seconds avec l\u2019assistance d\u2019un camarade prêt à recevoir l\u2019artiste dans ses bras, en cas \u2018 d\u2019accident.Aujourd\u2019hui, on emploie \u2018\u201c\u2018 la longe \u201d, qui consiste en une large ceinture entourant le corps du gymnaste et à laquelle se trouvent attachées deux cordes reliées au \u2014 La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 trapèze ou à la barre au moyen de poulies.Deux hommes tiennent ces cordes en main et surveillent 1\u2019évolution du tour nouveau; si l\u2019acrobate vient à manquer son coup, ils tirent sur les cordes et empêchent ainsi l\u2019artiste de tomber en le maintenant suspendu dans le vide.Jadis également, le filet était inconnu pendant les représentations, et l\u2019acrobate que l\u2019on hissait avec une corde sur son \u2018\u201cperchoir\u201d\u2019 tenait littéralement sa vie entre ses mains, mais aujourd'hui le filet est obligatoire.L\u2019apprentissage d\u2019un acrobate .Disons en passant qu\u2019il faut apprendre à tomber dans un filet, car une chute maladroite d\u2019une hauteur de 60 ou 75 pieds peut parfaitement briser un membre.Dans l\u2019exercice des trapèzes, il faut acquérir une sûreté de coup d\u2019oeil qui permette de juger de l\u2019envolée de l\u2019appareil, savoir quand quitter l\u2019un et rattrapper l\u2019autre au bon moment, pour atteindre sain, sauf, et le sourire aux lèvres, la petite plate-forme fixée au haut du hall et qu\u2019on appelle le \u2018\u2018perchoir\u2019\u2019.Mais, malgré tout, les accidents ne sont pas plus fréquents chez les acrobates que chez les maçons, charpentiers, couvreurs, et le métier est tout de même un peu plus rémunérateur.120 \u2014 ih w 4 \u2019 Vol.8, No 5 LES MACHINES De plus en plus la machine remplace la main d\u2019oeuvre.\u2019 Il y a moins d\u2019un siècle, on tissait a la.main de la laine filée à la main, on cou- peit à la main du blé semé à la main, on ne connaissait que l\u2019aiguille pour coudre les vêtements et les humbles outils de menuisier pour fabriquer les meubles, mais la machine a révolutionné tout cela et l\u2019époque du \u2018\u2018fait 4 la main\u2019\u2019 nous apparait aussi lointaine que les temps préhistoriques.Que ne fait-on à la machine aujour- d\u2019hui?A peu près tout, même les maisons et les meubles qui les garnissent ! On se servait déjà des tours à bois, en même temps bien entendu que des machines à raboter ; également des machines à mortaiser, à faire les trous rectangulaires qui permettent de loger les tenons et d\u2019assembler le meuble ; ce sont également les machines à seulpter, qui donnent des résultats sans doute peu artistiques, mais très rapides, à bon marché.\u2019 On a voulu faire davantage.Il faut aller de plus en plus vite, afin de réaliser- un bon marché toujours \u2018croissant.Chacun veut maintenant avoir un mobilier qui ait de 1\u20190eil, comme on dit vulgai- Tement ; et la plupart des gens qui désirent se procurer ce mobilier ne peuvent point le payer fort cher.Comme le seul moyen de fabriquer rapidement et à bon marché, c\u2019est de fabriquer à la machine, on s\u2019ingénie constamment à combiner de nouveaux appareils qui assurent, sans l\u2019intervention pour ainsi dire de la main de l\u2019homme des résul- \u2014 La Revue Populaire 121 Montréal, Mai 1915 INTELLIGENTES tats qui nécessitaient auparavant beaucoup de main-d\u2019oeuvre relativement coûteuse.En Angleterre, ou la fabrication du meuble est trés développée, où le confortable s\u2019est vülgarisé depuis bien longtemps dans les intérieurs modestes, on a cherché à obtenir la fabrication mécanique presque entière du meuble.Une maison bien connue, la maison Broom & Wade a imaginé deux machines curieuses servant à fabriquer les sièges.Tout se fait automatiquement ; la plaque de bois destinée à servir de siège de chaise est tail'ée mécaniquement sur toutes ses dimensions.C\u2019est sur une sorte de chariot portant.un plateau qui peut tourner, que l\u2019on monte et que l\u2019on fixe la planche de bois brut sur laquelle le travail va se faire ; le: montage s\u2019effectue très simplement et très vite, grâce à Ce qu\u2019on nomme une mâchoire mobile.\\ Le plateau dont nous venons de parler peut prendre trois mouvements combinés de façon à apporter les portions successives de la surface du bois sous le couteaïul fixé à la tige tournante ; c\u2019est ainsi que se forment les dépressions voulues.Il est curieux vraiment de voir, grâce à des commandes fort ingénieuses, à des leviers, des volants, comment l\u2019ouvrier peut agir sur la machine de telle manière que le plateau qui porte le siège tourne, se déplace horizontalement vers l\u2019avant, puis de haut en bas, pour que la taille du bois s\u2019exécute avec une rapidité surprenante.En une heure, l\u2019ouvrier conduisant une \u2014\u2014 RE OC RNR ç a RHONE uf X} Ny NNN BERTON + HA ERT us Voi.8, No 5 seule machine peut tailler six douzaines de sièges de bois.Le ceuteau tournant, qui est l\u2019organe actif, est doté de six lames, et il tourne à raison de 4000 \u2018tours à la minute.L\u2019autre machine, non moins ingénieuse, inventée par ces mémes fabricants permet de monter les parties diverses d\u2019un siège, par exemple d\u2019un sofa, d\u2019un canapé, d\u2019un fauteuil ; d\u2019assemibler et de coller pour ain- La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 prentis.Ces apprentis ont pour mission! d'apporter les pièces 'd\u2018imontées, après avoir mis de la colle aux bons endroits} sur les tenons et dans les -mortaises ; ils entrent très légèrement les tenons dans les mortaises, et passent les pièces ainsi som- maltement disposées à l\u2019ouvrier.Celui-ci les place sur le banc même de la machine, comme le montre la photographie que nous reproduisons L\u2019assemblage mécanique des meubles.si dire instantanément ces diverses parties.Bien entendu, les différents morceaux de bois qui doivent, par leur assemblage et leur montage, constituer la charpente, Ce que l\u2019on appelle d\u2019un mot technique le; bois du siège, ont été dotés de mortaises: et de tenons fabriqués mécaniquement, Comme nous le disions.Tout le travail est fait par la machine conduite par un ouvrier aidé de trois ap Ce banc est en somme une longue taible, qui comporte deux mâchoires, dont une est immobile, tandis que l\u2019autre est cons tamment animée d\u2019un mouvement de va- et-vient, mouvement alternatif.| Quand la mâchoire mobile s\u2019est retirée vers la droite, l\u2019ouvrier place rapidement sur la table de la maichine la charpente en bois du sofa, s\u2019il s\u2019agit de monter un de ces meubles.La mâchoire revient vers la gau- Che ; et, avec une précision curieuse, elle \u2014 122 \u2014 ms Vol, 8, No 5 serre le châssis du meuble contre la mâ+ choire fixe.On a d\u2019ailleurs la possibilité de régler ce' déplacement et ce serrage, suivant les dimensions exactes du meuble; car autrement la machine pourrait serrer trop for et tout casser.Instantanément donc, tout le meuble est serré.au maximum ; les tenons pénètrent au fond des mortaises; cela sans violence, mais sans qu\u2019une insuffisance de jeu entre le tenon et la mortaise puisse gêner la pénétration.Quand la mâchoire mobile va se desserrer; elle soulèvera rapidement le, bois du meuble, les apprentis le recevront et en passeront un autre à l\u2019ouvrier, et l\u2019opération pourra continuer avec une rapidité vertigineuse.Assurément, et comme toujours, il faut bien un ouvrier pour conduire la machine ; celle-ci n\u2019a pas une intelligence véritable ; mais elle permet à la fabrication de se faire très vite, sans imposër à l\u2019ouvrier aucun effort musculaire considérable, et nous n\u2019avons pas besoin de dire que pan exemple les six douzaines de sièges en bois qui peuvent se fabriquer en une heure, ne reviennent pas à un prix très élevé par pièce.Les Russes ne préparent pas leur thé de la même façon qu\u2019on le prépare au Canada.Premièrement, ils font infuser une pincée de feuilles pendant trente secondes au plus, puis décantent.Après quoi, ils versent à pen près deux petites cuillerées de thé dans un verre qu\u2019ils remplissent d\u2019eau bouillante et ajoutent du sucre et une tranche de citron, mais pas de lait.Le thé ainsi préparé est, assure-t-on, une excellente boisson sans danger pour la santé.La Revue Populaire.Montréal, Mai 1915 \\ Un 75 | A T'Huile de Sardine Le soldat francais est \u2018\u2018débrouillard\u2019\u2019.Comme sa gaieté, son ingéniosité est proverbiale.Elle le mérite : témoin cette anecdote.Nous sommes dans les Vosges.Une section de mitrailleuses est installée sur une crête.Albritée derrière de petits roes, noirs et moussus, elle commande le col.Sur la route, au loin, apparaissent, dé- Ja, une centaine de casques pointus et la petite batterie commence à faire d\u2019excellente besogne.Mais voici que les terribles engins ne fonctionnent plus aussi bien: \u201c\u201cDe 1\u2019huile!\u201d\u2019 commande le lieutenant.Hélas! nul homme n\u2019en possède, et il fauidrait aller en chercher, à l\u2019arrière, à huit cents mètres.Avant qu\u2019on revienne, l\u2019ennemi\u2019 sera là.On a dû cesser le feu; Ta situation est désespérée.Soudain, on entend un cri joyeux: \u2018\u201cVous faites pas de trouble, les gars ! J\u2019ai les sardines de maman!\u201d Et un petit bleu, qu\u2019on appelle \u2018\u2018le Parisien\u2019\u2019, dans la section, brandit triomphalement deux boîtes en fer-blane qu\u2019il vient de \u2018\u201cpêcher\u2019\u2019 dans son sac.En cinq see, on ouvre les boîtes, et on se sert du précieux liquide.Sans doute, l\u2019huile comestible n\u2019est pas prévue par le règlement; mais\u2014c\u2019est ou jamais le cas de le dire: \u2014\u201cA la guerre comme à la guerre\u2019 On reprend la fusillade interrompue: un quart d\u2019heure après, la colonne ennemie était en fuite.Alors, on put manger les sardines providentielles: jamais la section n\u2019en avait mangé de si bonnes.23 \u2014 Vol.8, No 5 La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 CHANSON Air \u2018de: Petit Chagrin Depuis que je suis sous tes lois, Il s\u2019est écoulé bien des mois, Bien des années! Bien des femmes et bien des fleurs, Aux éblouissantes couleurs, Se sont fanées! Nous nous aimons comme à vingt ans, Pour nous c\u2019est toujours le printemps Et son délice!.Pourtant, un jour, il faudra bien 2 \u2014Et nos baisers n\u2019y pourront rien;\u2014 ei ( Que l\u2019on vieillisse! a Adieu, les caresses! Adieu, Les embrassements pleins de feu, \\ S \u2018 Pleins de délire!._ Les feuillets que nous aurons lus, / Ma pauvre, nous ne pourrons plus, 2 Plus les relire! .2 Mais nos enfants, nos chers enfants, 5 : Mettront des baisers réchauffants Sur notre glace, Et fiers, ils iront, à leur tour, (15 Fêter la jeunesse et l\u2019amour, é A notre place!.A 3 Ernest d\u2019ORLLANGES.57 ~ 7 es) \u2014 DA TRAE, of 5\" DES ar PE La \u2014 124 \u2014 AE) Vol.8, No 5 La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 Des Hommes qui se Tuent pour une l'ête de Mort En 1907, un navire allemand, assailli par une tempête, se brisa sur des récifs en Nouvelle-Guinée et fut englouti corps et biens.On erut du moins que tout l\u2019équipage avait péri et C\u2019est seulement cing ans plus tand que le contraire a été démontré.Un \u2018matelot nommé Schwartz, qui s\u2019était sauvé à la \u201cBI c | nage et avait vécu depuis cette date avec des indigènes, arriva en effet un soir dans un poste perdu en pleine brousse, dont les soldats ne furent pas peu surpris de le voir apparaître.Contrairement à ce qui arrive dans les romans quand les événements se présentent ainsi, notre matelot ne fut pas attaché au poteau de torture chez les Papons et ne se vit point à la veille d\u2019être rôti à la broche.T1 étonna les sauvages par sa couleur, ses vêtements, ses habitudes, et ils le considérèrent avec sympathie.Hésitant à se lancer dans un pays inconnu, Sehwartz se résigna pendant cinq ans à vivre parmi ces naturels extrêmement primitifs.Observateur attentif, impartial, clairvoyant, il rapporte une multitude d\u2019anee- dotes, de faits qui contribueront largement à faire connaître certaines peuplades de l\u2019un des pays les plus ignorés du globe.Parmi ces souvenirs du matelot naufragé, citons la curieuse histoire suivante : Le chef qui lui avait donné asile s\u2019appelait Krakoroung.Sa tribu se trouvait en guerre depuis des temps immémoriaux avec celle des Raki-Raki, qui vivait dans la forêt à une vingtaine de milles de là et dont le jeune chef, Birugüu était réputé pour sa férocité.\u2019 Depuis que ces.deux grandes familles voisines \u2018se haissaient, elles s\u2019étaient livré beaucoup de combats restés fameux.De nombreux morts étaient restés sur le sol et ceux-l3 on les mangeait de part et d\u2019autre avec un superbe appétit.Toutefois leurs têtes, vidées de la cervelle et des yeux, qui sont des morceaux de choix, étaient séchées et piquées sur des pieux, car .elles constituent dans le pays des trophées glorieux.Chaque guerrier tpacait, sur le crâne de sa victime, un tatouage spécial, rouge, blane ou noir, qui était comme une signature.Le marin allemand fut témoin de huit combats dont deux très meurtriers entre les tribus rivales.Au cours du dernier, les Raki-Raki s\u2019enfuirent en débandade, \u2014 125 \u2014 Vol.8, No 5 laissant sur le terrain leur chef Birugüu.Une pierre habilement lancée lui avait fracassé la tempe gauche.Deux jours plus tard, Birugüu, le détesté, grimacçait sur un pieu plus élevé que les autres et il portait sur le front le tatouage d\u2019un vieux guerrier bien connu.Or le lendemain, ce.sceau avait été remplacé par un autre et on apprit que trois hommes de la tribu se disputaient l\u2019honneur d\u2019avoir tué Birugüu.La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 Le cas était grave, la tribu se sépara nettement en deux camps et, pendant plusieurs jours, on se battit avec rage.Pour mettre ses guerriers d\u2019accord, Kraibo- roung les assommait à coups de casse-tête.Ce fut une boucherie tellement immonde, que Schwartz s\u2019enfuit.Il erra plusieurs mois dans la brousse, misérablement, puis eut la chance de tomber dans un poste au moment où il pensait mourir de faim.* ~ \u2014_\u2014 0 \u2014\u2014 UNE VISITE AU PAYS DE LA DENTELLE \u2014\u2014\u2014@ L'industrie de la dentelle prit naissance en Belgique il y a longtemps, bien longtemps ; et un traité conclu en 1330 entre l\u2019Angleterre et les villes de Bruges et de Malines mentionne pour la première fois cette nouveauté d\u2019alors.Bruges ! Malines ! noms évocateurs de cités anciennes et pittoresques, noms glorieux entre tous au royaume de la mode et de la coquetterie, noms célèbres de célèbres dentelles.Au coeur de la vieille Flandre, Bru- ges, avant la guerre, étalait ses petites maisons basses à l\u2019aspect moyenageux, ses rues étroites, ses monuments, aux curieuses sculptures, son béguinage imposant et solenne] comme il sied au couvent; d\u2019un autre âge.Partout le calme, partout le silence, pas de voitures, pas de passants, il sem-t blait qu\u2019on avait peur de marcher et d\u2019agir dans cette ville pittoresque et repo+ sante, surnommée avec juste raison Bru- ges-la-moorte.Cependant si poussé par la curiosité vous allliez soulever les rideaux à da- .miers rouges et blanes qui ornaient la plupart des petites fenêtrés des petites maisons de bois vous pouviez voir, assises dans le coin d\u2019une immense pièce ou lui- salent d\u2019archaïques chaudrons de cuivre, une brave vieille au bonnet tuyauté, quelquefois même une jeune, qui, le coussin sur les genoux, maniait d\u2019un doigt agile et sûr, les fuseaux qui s\u2019entrechoquaient avee un bruit de castagnettes.Best la dentellière de Bruges et e\u2019est ainsi que s\u2019élaboraient lentement ces, chefs-d\u2019oeuvre de fil qui ont fait l\u2019admiration: du monde entier.; A Bruges on \u2018était dentellière de mère en fille, si l\u2019on peut dire.Les ouvrières utilisaient un fil spécial: d\u2019une extrême légèreté et en même temps d\u2019une grande solidité qui était fabriqué dans les filatures de la ville elle-même ; sur le coussin généralement recouvert d\u2019une étoffe noire l\u2019artiste en dentelle entrelaçait ses fils en faisant mouvoir les fuseaux, elle fixait les points de croisement: au moyen d\u2019épingles plantées dans le coussin et servant en quelque sorte de ja- \u2014 126 \u2014 in ae ht rags vm. .Vol.8, No 5 lons pour diriger les fils suivant les caprices du dessin.De la sorte elle composait une dentelle.légère et élégante avec laquelle on réali- Se les accessoires de toilettes les plus divers et les plus appréciés.| Le voyageur qui venait à Bruges ne quittait pas cette ville curieuse sans visiter le Béguinage.Dans cet ancien\u201d cout vent à la chapelle si ouvragée et d\u2019un style si pittoresque vivaient quelques anciennes \u2018\u2018béguines\u2019\u2019 et ces petites vieilles ridées, survivantes d\u2019un autre âge, ajoutaient un charme encore plus pénétrant à ces lieux déjà si calmes et si recueillis.» Le chef-d\u2019oeuvre d\u2019une dentellière de 92 ans.On faisait aussi de la «dentelle au Béguinage et on y composait de fort jolies, choses, Les pensionnaires supportaient allègrement ce travail méticuleux, on vit leur doyenne Sophie Linzeelé, âgée de 92 ans, manier encore habilement les fuseaux sans le secours de lunettes.Cette dentellière remarquable a exécuté le petit chef-d\u2019oeuvre que nous donnons ici .C\u2019est 1*\u2018 Angelus\u2019\u2019 de Millet en dentelle et cette composition a obtenu le ler prix pour sa finesse et son élégance \u2018à une exposition de dentelles qui eut lieu dans le vieil hôtel de ville de la cité.La Revue Populaire Tee ter Montréal, Mai 1915 A Malines aux confins de la Flandre orientale, ce fut toujours le pays de la dentelle.Ici ou là, on confectionnait encore les dessins de fil compliqués dont la renommée s\u2019êtend dans le monde entier.A Gand, c\u2019était un mouvement plus in} tense, la machine supplantait \u2018la vieille dentelliére aux fuseaux classiques ; mais à Malines nous revenons encore au calme et au silence, aux petites maisons à l\u2019espagnole ayant pignon sur rue et pignon en gradins et derrière les mêmes rideaux à damiers rouges et blancs s\u2019élak boraient les mêmes dentelles célèbres.Le point de Malines, aussi renommé et peut-être encore plus cher que celui de Bruges, se fabriquait d\u2019une seule pièce: également au fuseau.Son caractère particulier consiste en un fil plat qui borde tous les sujets, fleurs ou personnages, et leur donne l\u2019apparence d\u2019une broderie.Mais fhélas ! toutes ces dentelles de Flandre qui concurrencent les points d\u2019Alencon, de Valenciennes et du Puy, tendent à disparaître maintenant.! b' eee (freee , Sait-on que lorsque Corneille mourut en 1684, un enfant posa sa candidature au fauteuil qu\u2019il laissait vacant à l\u2019Académie?Ce jeune audacieux de 14 ans était le duc du Maine.Racine, alors directeur de l\u2019Académie, fut engagé à répondre au jeune candidat que, \u2018\u2018lors même qu\u2019il n\u2019y aurait pas de place vacante, il n\u2019y avait pas d\u2019académicien qui ne fût ravi de mourir pour lui en faire une.\u201d\u2019\u2019 La flatterie était un peu grosse.Peut-être était-ce ironie?En tout cas, Louis XIV intervint et pria le petit prince de retirer sa candidature.Ce fut Thomas Corneille qui fut élu au fauteuil de son frère.\u2014 127 \u2014 Vol.8, No 5 LE MARIAGE EN SERBIE Au moment où le roi Pierre Ier a eu besoin de faire donner toutes les forces de la patrie pour lutter contre l\u2019euvahis- seur, il a dû se féliciter de ce que les familles serbes sont nombreuses.Les hommes tombent sur le champ de bataille, mais ils laissent tous des enfants derrière eux.On se marie jeune en Serbie, vers dix- huit ans généralement, et les familles de pauvres paysans au foyer desquelles on trouve jusqu\u2019à dix enfants ne sont pas rares.L'établissement de ses fils est la grande préoceupation de l\u2019homme des champs, et, chargé de leur trouver une épouse, il ne se décide qu\u2019après de longues recherches.Il visite done tous les villages, regardant les jeunes filles danser, se renseignant sur leur famille et leurs qualités.Autrefois, la tradition voulait qu\u2019un jeune Serbe épousât toujours une jeune fille d\u2019un distriet très éloigné, mais cette coutume tend à disparaître.La demande en mariage, qui n\u2019est qu\u2019une formalité, n\u2019est jamais faite à l\u2019aventure, car le père du futur époux s\u2019arrange toujours pour savoir, par l\u2019intermédiaire de ses amis, si elle sera agréée.L'affaire étant entendue, le paysan et ses camarades revêtent leurs plus beaux habits pour procéder à la \u2018\u2018prossidba\u201d\u2019\u2019.Ils arrivent chez la jeune fille le soir avant le dîner et ferment brutalement la porte pour bien montrer qu\u2019elle n\u2019est déjà plus libre.On les fait asseoir devant le foyer car l\u2019hôte seul, ses proches parents et le père du fiancé ont le droit de prendre place à la table.La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 C\u2019est seulement après un long échange de politesses banales que l\u2019on aborde le sujet de la visite.En fait, les choses sont déjà arrangées depuis longtemps, mais tous feignent de l\u2019ignorer.Quand la demande est enfin faite, le visiteur sort de sa besace une appétissante galette à laqueHe il joint un bouquet, plus quelques pièces d\u2019or ou d\u2019argent.C\u2019est le cadeau qu\u2019il offre à la jeune fille.Tandis que, pour la forme, on consulte, à l\u2019écart, la mère de la future épousée, les invités boivent gaiement du vin rouge.Quand la jeune fille, amenée par son père, a baisé la main de celui dont elle va devenir la bru, elle est considérée comme définitivement engagée.Et l\u2019on tire des coups de fusil en signe de réjouissance.Mais le mariage donne lieu à des fêtes plus pittoresques encore.Les invités étant très nombreux, chacun paye son écot.Le cortège défile militairement sous les ordres d\u2019un chef; il a aussi son porte-drapeau.On attache des mouchoirs, des serviettes et jusqu\u2019à ° des chaussettes, aux oreilles des chevaux.Et quand la fiancée paraît, conduite par son père, elle est saluée par une fusillade intense.Comme tout le monde doit se réjouir, l\u2019un des membres du cortège est chargé de distribuer du vin aux pauvres gens.0 Il y a quelques années, les Australiens, ne sachant comment se débarrasser des lapins qui leur causaient d\u2019énormes dégâts, avaient résolu d\u2019importer un bon nomibre de chats pour détruire, tout au moins, les nichées de jeunes lapins.Mal leur en a pris, car maintenant, les chats laissés en liberté, menacent d\u2019anéantir toutes les espèces d\u2019oiseaux utiles ou non à l\u2019agriculture.* \u2014 128 \u2014 +} » x |\u2018 LY KS v Vol.8, No 5 La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 UNE MAISON TRAGIQUE ,r Une inexorable fatalité pèse sur ses quatre: étages.L\u2019angoisse suinte de ses murs, la mort est embusquée derrière chacune de ses portes.Et personne encore: n\u2019a pu résoudre le mystère effarant de cette habitation sinistre.oN C\u2019est à Oporto, au bord même du Douro que s\u2019élève la maison tragique, si près.que par les belles nuits claires la lune projette en ombre noire sur les eaux du fleuve sa silhouette sombre.Les passants attardés font un détour, le soir, pour ne point longer sa facade.Jamais un cortège de baptême ou de mariage ne prendrait la rue maudite qui la lon- y | ge; ce serait appeler le malheur sur la tête d\u2019un enfant ou sur un jeune ménage.Les commercants efix-mémes refusent parfois d\u2019y pénétrer pour y livrer leur marchandise.Ils ne veulent pas en franchir le seuil.Le propriétaire n\u2019essaye même plus de vendre cet hôtel particulier construit luxueusement avec tout le confort moderneet qui a une grande valeur.Il perdrait dessus ne somme énorme.s\u2019il trouvait un acquéreur, car on dit qu\u2019on trouverait difficilement dans tout le Portugal un capitaliste désireux de faire un pareil placement.La maison fut construite en 1902, et c\u2019est en 1906 que la tragique aventure commença.| Le premier locataire avait habité l\u2019immeuble pendant trente et un mois sans qu\u2019aucun incident vint interrompre son existence paisible.C\u2019était un riche négo- La ciant en raisins secs sur lequel il ne convient pas d\u2019insister puisqu\u2019il n\u2019a joué au- | cun rôle dans l\u2019affaire.\u2014 129 \u2014 Vol.8, No 5 Une famille anglaise le remplaça, Met Mme Hawkes voyageaient avec leurs enfants à travers l\u2019Europe, s\u2019arrêtant ici ou là, selon leur fantaisie.L\u2019un de leurs fils était né à Paris, l\u2019autre à Bucarest, le troisième à Catane.Leur petite fille était Luxembourgeoise.Oporto les séduisait, ils désiraient y passer l\u2019hiver, comptant s\u2019y attarder ensuite, s\u2019ils s\u2019y plaisaient, définitivement.Un soir, pour une faute légère, le petit Harry, qui avait huit ans, fut mis en pénitence dans sa chambre à l\u2019heure du diner.Cette pièce, située au troisième étage, recevait le jour par une fenêtre donnant sur le fleuve.Pendant le repas, on entendit tout à coup un grand cri d\u2019épouvante.Les parents, croyant reconnaître la voix de leur fils cadet, montérent affolés.La chambre était vide, le petit garcon s\u2019était jeté par la fenêtre! On le retrouva agonisant sur le sol, au bord du Douro.\u2018\u2018\u201cJ\u2019ai peur, j\u2019ai peur!\u2019\u2019 répétait-il.Ce fut tout ce qu\u2019il put dire.Il mourut le lendemain.Les docteurs qui l\u2019assistèrent à ses derniers moments s\u2019entendirent pour déclarer qu\u2019il ne fallait pamattacher d\u2019importance aux paroles qu\u2019il avait-prononcées.En proie à une fièvre violente, il délirait.\u2018On se trouvait en face d\u2019un cas de suicide navrant, rien de plus.Ils demeurèrent persuadés, sans réussir jamais à percer le mystère, que l\u2019enfant avait dû se précipiter par la fenêtre dans un moment de grande terreur, pour échapper à un danger terrible.\\ On comprendra facilement qu\u2019après un drame aussi lamentable Oporto n\u2019ait plus eu aucun attrait pour eux.Ils repartirent donc bientôt en Angleterre et, presque La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 aussitôt, M.Manoel Seringuero leur sue- céda.Ce négociant en vins fins avait une très nombreuse famille et l\u2019hôtel ne fut pas habité par moins de quinze personnes, sans compter les domestiques.Le 15 décembre 1906, un neveu de M.Seringuero se pendait dans la cave.Ce jeune homme, qui était en voie de dissiper son patrimoine avait, la veille au soir, dans un tripot, contracté une lourde dette de jeu-qu\u2019il ne pouvait payer.Ainsi expliqua-t-on ce deuxième suiei- dé.Mais en mars 1907, l\u2019opinion publique fut violemment émue quand on apprit que six des habitants de la maison tragique étaient morts empoisonnés, que trois autres ne valaient guère mieux, que deux encore se trouvaient dangereusement malades.Ils avaient tous, paraît-il, mangé des champignons la veille: Deux des malades succombèrent presque aussitôt, ce qui porta à \u2018dix le nombre des morts accidentelles survenues dans cette maison.Depuis, en 1909, l\u2019un des fils de M.Se- ringuero, qui était resté-dans l\u2019immeuble, fut mystérieusement assassiné avec sa femme, sans qu\u2019on pût découvrir les meurtriers.L'hôtel était resté fermé depuis.Il y a quelque temps, un Espagnol, auquel per- _sonne ne reprochera d\u2019être superstitieux, l\u2019a loué.C\u2019est un vieux savant maniaque qui vit seul dans cette grande maison vide sans réussir à trouver de domestiques.Et à Oporto, tout le monde s\u2019attend à apprendre un matin la fin tragique du vieillard.| Personne, en effet, ne se soucie, méme pour des gages élevés, d\u2019habiter cet hôtel effarant, à la porte duquel la camarde frappe si souvent sans qu\u2019on puisse savoir pourquoi.\u2014 130 \u2014 = LA TE À 2 La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 Ces meurtrières dissimulées à l\u2019extérieur du wagon par un damier blanc et noir mettent a l'abri des baîles ennemies la garnison enfermée dans cette forteresse roulante.LE TRAIN BLINDÉ \u2014 Un Puissant Engin de Guerre \u2014 Dans un précédent numéro de la \u2018\u2018Revue Populaire\u2019\u2019 nous avons parlé des trains blindés employés sur les champs de bataille en Europe.Ces redoutables engins de mort ne sonf, pas une invention de la dernière heure et déjà on s\u2019en est servi au Mexique à l\u2019ocea- sion dès récents soulèvements qui ont agité ce pays.La répression des révoltes est rendue difficile par la topographie du pays, éminemment montagneux, si bien que le gouvernement doit se contenter, plus particulièrement dans la région des Cordillidres, de défendre les villes, ou de tenter de les reprendre quand elles sont tombées au pouvoir des insurgés.Dans ce but, les autorités militaires ont imaginé un wagon blindé qui présente des innovations intéressantes.Les parois extérieures sont peintes en blanc et en noir, en forme de damier.Grâce à cette disposition il est maté4 riellement impossible, même à la distance de cinquante verges, de distinguer l\u2019em- 1 placement des meurtrières, dont les owver- ; \u2014 131 \u2014 RE D EE NN PTY SO RE OO EEE Vol.8, No 5 tures se confondent avec leurs autres quadrilatères peints en noir.L\u2019expérience a démontré l\u2019efficacité de ce dispositif.Attaqués fréquemment par des guerillas, les wagons blindés du nouveau système ont essuyé des rafales de (balles sans que leur garnison ait eu à déplorer des morts ou deg blessures.La porte d\u2019entrée de ces forteresses roulantes est à coulisse.Pour protéger autant que possible la garnison contre la chaleur, le construe- teur a adopté le système des parois doubles avec circulation d\u2019air entre les deux.L\u2019armement de ce wagon blindé consiste en six mitrailleuses, dont trois à chaque extrémité.Une centaine de meurtrières percées dans les parois latérales permettent aux tirailleure de seconder l\u2019artillerie.' L\u2019expérience a prouvé plusieurs fois déjà l\u2019efficacité de ce système, et l\u2019armée fédérale, tout récemment encore, a pu se féliciter de posséder plusieurs de ces trains blindés.Un jour, une forte colonne d\u2019insurgés apparut dans les environs de Juarez, petite ville dans Ie Nord du Mexique, et prenait ses dispositions pour la prendre d\u2019assaut.Par bonheur, un train blindé était entré dans la ville deux jours auparavant.Le gouverneur donnait aussitôt l\u2019ordre de l\u2019atteler à une locomotive et de le lancer dans la direction du camp que les insurgés avalent étaibli à sept milles de la ville, près de la voie ferrée.Les insurgés, recrutés parmi les tribus indiennes à demi-sauvages, ignoraient naturellement le caractère militaire du train, qui, de loin leur paraissait composé de wagons de marchandises.Ils s\u2018élancérent à sa rencontre, pressés de se partager le butin et, par centaines se La Revue Populaire \u2018 Montréal, Mai 1915 massèrent le long de la voie.À moins de cinquante pas de distance, les mitrailleuses ouvrirent le feu sur les pauvres diables, fauchant leurs rangs d\u2019une facon effroyable.Juarez n\u2019entendit plus parler de l\u2019armée des insurgés.L'INVENTION DES OBUS Un savant français, M.Flach, a étudié, devant ses confrères de l\u2019Académie des sciences morales, un vieux livre où Guillaume du Vair donnait une pittoresque description du siège que Paris soutint en 1590 eontre l\u2019armée de Henri IV.Les arsenaux s\u2019étaient vidés et manquaient de boulets.Par bonheur nos artilleurs eurent l\u2019idée d\u201d*\u2018une invention belle, salutaire et profitable en cette nécessité\u201d: \u2018ils firent ramasser par toute la ville les débris de fer, de cuivre et de métal de toute sorte; puis, en faisant de petits paquets, ils les enfermèrent dans des enveloppes de plomb ayant aussi exactement que possible la forme des boulets qui manquaient.| Les projectiles improvisés firent merveille: la chaleur du coup de canon faisait fondre l\u2019enveloppe de plomb et, en arrivant au but, les morceaux de métal qu\u2019elle contenait s\u2019éparpillaient de toutes parts, faisant dix fois pluside besogne qu\u2019un boulet.L\u2019obus était inventé.0 | À la naissance d\u2019un bébé, les Japonais plantent un arbre qu\u2019ils entretiennent soigneusement.Lorsque l\u2019enfant est devenu en âge de se marier l\u2019arbre est abattu et sert à la fabrication d\u2019un meublé.\u2014 132 \u2014 df 'y LE TRAIN ROUGE \u2014\u2014\u2014 Par Georges Prade \u2014 Ceci est une histoire vraie.Comment j'en eus connaissance, voilà, si vous le voulez bien, qui restera provisoirement un secret.Nous en dirons quelque jour davantage, en des temps meilleurs.D Aix-la-Chapelle, près de la frontière de l\u2019Allemagne et de la Belgique.Onze heures du soir.Nuit de mois de janvier froide et brumeuse, La longue gare aux quais profonds fait scintiller ses feux rouges et verts.Le haut projecteur des trois hangars Zeppelin, situés le long même de la ligne, près du passage à niveau de la voie de Cologne, balaie l\u2019horizon écourté au travers de la nappe étineelante des gouttelettes de pluie.La ville est déjà calme, mais la gare, éclairée à profusion, ne cesse de retentir du grondement des trains qui passent.C\u2019est ici le détroit par ou s\u2019éngouffre le torrent des hommes et des canons qui dévale vers la Belgique et la France.\u2014 183 C\u2019est par ici que s\u2019en reviennent les longs convois muets de blessés.Que d\u2019espoirs bruyants ont dû les frôler aux jours lointains d\u2019août, quand dans les longs wagons allemands, garnis de feuillages, les hordes brutales défilèrent en chantant, ivres d\u2019orgueil, s\u2019en allant vers les pays de conquête, vers la Gaule fertile, la terre du soleil, du vin et du blé! Que de rancoeurs et que d\u2019espoirs flétris en sont revenus depuis, après les massacres allemands de la Marne et de l\u2019Yser! Sur le bois du quai gonflé de pluie, le pied se pose avec hésitation, comme s\u2019il allait en faire jaillir, au lieu d'eau noire, du désespoir et de la haine! C\u2019est, comme cette pluie même qui tombe du ciel, pure et fine, présent céleste, l\u2019eau qui fait éclore et vivifie les forces mystérieuses du monde.Elle a touché ce sol, c\u2019est de la boue.\u2018 Ainsi s\u2019en revinrent, ici même, tes forces, tes jeunes hommes et tes espoirs virils, Ô Germanie! Discipline et méthode.C\u2019est tout ce qui reste de la \u2018\u2018Kultur\u2019\u2019 d\u2019antan.Mais > de LOIN ou \u201cde PRES, tracer, coudre, lire et écrire.Consultez le meuieur de Mont.Le Spécialiste BEAUMIER réal .« A L'INSTITUT Coin Av.Hôtel-de-Ville D'OPTIQUE 144, rue Sainte-Catherine Est, AY te AVIS.\u2014Cette annonce rapportée vaut 15\u20ac par dollar sur tout achat en lunetterie.Spécialité: Yeux artificiels, N\u2019achetez jamais des \u2018\u201cpedlers\u2019\u201d, ni aux magasins \u2018\u2018à tout faire\u2019 si vous tenez à vos yeux.The Canadian Advertising LIMITED AGENCE CANADIENNE DE PUBLICITE Place des Annonces dans tous les Journaux du Canada, aux prix les plus bas.Contrôle l\u2019insertion des annonces et ne soumet à ses clients que des factures accompagnées de feuilles justificatives d\u2019insertions.Ses clients comprennent le Haut Commerce canadien et représentant un capital dépassant $10,000,000.Plans et Devis de Publicité au Canada gratis sur demande Les Rédacteurs\u2014experts en Publicité et le personnel d\u2019Artistes attachés à l\u2019Agence, s\u2019occupent de la préparation des annonces, des illustrations adoptées aux goûts du public canadien, et les campagnes de publicité dinsi dirigées ont toujours donné les résultats les plus satisfaisants.Notre expérience et nos services sont a la disposition de toute maison désirant étendre pratiquement et judicieusement ses affaires au Canada.REFERENCES : LA BANQUE NATIONALE, MONTREAL.Avant de placer vos ordres d\u2019annonces, écrivez-nous\u2014il y va de votre intérêt.( C.P.R.Telegraph Building, 4 rue Hopital, Montréal 4 \u2014 141 \u2014 Vol.8, No 5 son coeur.Bientôt même ce fut la rupture.Elle survint exactement huit jours avant la date fixée jadis pour les épousaälles et fit gros scandale dans la paisible commune de Tennenthal.Martha en fut douloureusement éptou- vée, et, quelque temps après un berger qui s\u2019en revenait le soir de la montagne, trouva son corps noyé dans le torrent dont les eaux écumantes bondissent vers la vallée.De désespoir, la jeune fille s\u2019était donné la mort.La douleur des siens fut immense.Son frère, Ludwig, le robuste montagnard, affolé, décrocha aussitôt la carabine avec laquelle il avait si souvent chassé les chamois dans les gorges de Tennenthal, et, faisant irruption chez l\u2019infidèle fiancé, tira sur lui.La balle, après avoir effleuré la joue de M.Ziegland, qui sortait de chez lui, alla précisément se loger à 50 pas de là, dans le trone du gros sapin noir où les amoureux avaient jadis échangé leurs premiers et si doux serments.Le fermier s\u2019affaissa.Le jeune Ludwig Fichner, persuadé alors d\u2019avoir mortellement frappé le fiancé parjure, et satisfait d\u2019avoir vengé l\u2019honneur de sa chère Martha, se fit aussitôt après sauter la cervelle avec la même carabine.- Ziegland, cependant, n\u2019avait pour ainsi dire pas été atteint.Il se remit très rapi-' dement de sa légère blessure, et, oubliant peu à peu tous ces tragiques événements, il Se maria avec une veuve très riche mais étrangère au pays.Mais les années passèrent et le souvemr de la belle Martha alla s\u2019effacant de plus.en plus.De temps à autre encore, üne vieille maman, le soir, dans la chaumière, en tricotant les gros bas de line grise, rap- La Revue Populaire = 142 \u2014 Montréal, Mai 1915 pelait bien la rupture tragique de la jeune Tyrolienne et de son fiancé, mais les langues ne se déliaient plus comme autrefois et l\u2019on ne diseutait plus avec âpreté toutes les phases des événements qui avaient, à cette époque-là, révolutionné Tennen- thal.La fatalité, que l\u2019on prétend aveugle, allait leur donner, plus de vingt ans après, un dénouement inattenid Ziegland avait décidé d\u2019agrandir la cour de sa ferme.Il entreprit donc d\u2019abattre avec l\u2019un de ses fils le gros sapin noir où, il ÿ a vingt-deux ans, s\u2019était logée la balle qui devait venger l\u2019honneur de Martha Fichner.\u201c Depuis ce temps, l\u2019arbre n\u2019était plus désigné par tout le monde, avec une sorte de crainte superstitieuse, que sous le nom de Sapin des fiancés.En voulant couper le tronc, Ziegland père et fils trouvèrent le bois trop dur pour la cognée.Ils déci- dérent alors d\u2019employer une cartouche de dynamite pour le mettre en morceaux.Après avoir ménagé une petite ouverture dans le bois, ils placèrent la cartouche, l\u2019allumèrent et s\u2019en furent au plus, vite à iquelque distance.Pas assez loin cependant.L'explosion se produisit et la balle vengeresse, qui sommeillait.dans le tronc, fut projetée avec violence contre le front de Ziegland père, qui s\u2019abattit, mortellement frappé.Il eut encore la force cependant de raconter à son fils, avant d\u2019expirer, l\u2019histoire de la balle mystérieuse qui venait le frapper vingt-deux ans après avoir été tirée sur lui.* 0 \u2014 La France détient le record d\u2019argent monnayé en circulation : $40 par habîtant.En Angleterre, il n\u2019y en a que pour $20 par habitant, en Russie pour $2 seulement.4 \u2018 Vol.8, No 5 .La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 ABONNEZ-VOUS LA REVUE DE LA MODE \u2018Le Seul Journal de Mode en Francais POUR 50 ets par an.VOUS AVEZ DROIT 1.À 12 cahiers de mode, un paraissant tous les mois \u2014 grand format 14 x 10, couvert en couleur, illustré de nombreux modèles de nouveaux patrons de la saison.Renseignements sur la mode, coupe, broderie, coiffure, chapeaux, cuisine, roman, ete, etc.2, À 12 patrons-primes, un paraissant dans chaque numéro du mois.3.À 2 numéros spéciaux de Saison.Un paraissant en mars et en septembre de chaque année.À LIRE ATTENTIVEMENT Sur réception de 5 cents il est adressé un No Spécimen de la Revue de la Mode à toute personne nous en faisant la demande.ADRESSEZ VOS COMMANDES La Revue Populaire, Département des Patrons, 200, Boulevard St-Laurent, Montréal.\u2014 COUPON-MODE \u201cREVUE POPULAIRE\u201d Ci-inclus veuillez trouver la somme de 50 cts pour un an d'abonnement à La Revue de la Mode, L'abonnement commence le mois suivant celui où l\u2019ordre est envoyé.Nom Ce ee eee eee M., Mme ou Mlle.(Bien spécifier votre qualité) Adresse .2 224044244110 ~ an ; de a WO COREL PATRON] SET ON ae ty EN a NTN TT TT ITE RICE RS FORT is TE WEE tad : pl [id SRE RS OS + \u201c JEU au ) \\ H + RAA pe ¢ WI PEEESERERE * AN ROO CECE Vol.8, No 5 LA BRAVOURE D\u2019UN AUMONIER .Grand nez, barbe courte, joves pâles et osseuses, sourcils touffus au-dessus de deux larges yeux noirs qui brûlent d\u2019une flamme pénétrante, c\u2019est l\u2019aumônier.Le bonnet de police incliné sur \u2018\u2019oreille, il vient de rengainer dars sa ceinture une pipe martialement culottée, car il fume le brile-gueule comme un vrei fantassin.Depuis le matin, shrapnells et marmites tombent dru comme gréle sur les tranchées du régiment.Aprés de longs jours de demi-répit, cette douche de fer et de feu saisit un peu rudement nog hommes.Voici que les Allemands dessinent une attaque.La pente brusque d\u2019un plateau les masque à notre artillerie.Ils vont tenter de se faufiler par ce ravin bordé de broussailles et de surprendre en flanc, par une Tuée Massive, notre première ligne de défense.Ça menace de chauffer dur.Il y a quelques semaines déjà, sur ce point du champ de bataille, qu\u2019on ne s\u2019est colleté sérieusement.Les soldats qui sont là sont braves, mais ils n\u2019ont pas, pour les enlever, l\u2019irrésistible ivresse de la charge.On ne peut pas, pour l\u2019instant songer à une contre-attaque.Il faut tenir au poste sans bouger, opposer au choc ennemi une digue indestructible et fixe.Courage passif, le plus difficile des courages ! Tous sont prêts à leur dur devoir.On saura mourir, s\u2019il le faut.Mais on n\u2019est pas toujours maître de la bête et plus d\u2019un n\u2019entend pas sans un léger frisson le grelottement see de la mitrailleuse, le grincement de ferraille des obus et le bruit de toile qu\u2019on déchire fait dans l\u2019air par les feux de salve.L\u2019aumônier retrousse sa jupe noire, escalade une tranchée, court au point le plus dangereux.On Je voit serrer dure- La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 ment les poingg et les mâchoires.On sent qu\u2019il ne \u2018veut pas\u2019 claquer des dents, que son âme empoigne brutalement et traîne à l\u2019avant, de force, un corps tout prêt à la trahir.Le voilà dans la première tranchée, creusée depuis peu et mal \u2018consolidée encore, Ceux qui, le soir, au coin du feu, pi quant stratégiquement de petits drapeaux dans des cartes, considèrent les armées comme les insensibles pions d\u2019un vaste échiquier, ne savent peut-être pas que les soldats sont des hommes et que, quand la mort pleut rageusement sur une troupe, le mieux.trempé des petits gars se sent parfois l\u2019estomace serré .Silencieux derrière leur abri, nos tirailleurs sont un peu pâles.L\u2019aumônier, resté debout, redresse sa haute taille.\u2014 Vous avez peur, Mes enfants ?Moi aussi.Il n\u2019y a pas de honte à avoir peur quand on a le coeur de se dominer.Vous défendez ici votre sol, vos familles, vos libertés.Pas un ne reculera, n\u2019est- ce pas mes enfants ?.Allons ?vous êtes tous à genoux ?.Vous vous repentez tous de vos fautes ?.Je vais vous donner 1\u2019absolution.: Sortant tout à fait de la tranchée, le dos offert aux balles ennemies, il trace lentement dans l\u2019air un grand signe de Croix.L\u2019attaque a été repoussée.C\u2019est ce que le laconisme de l\u2019ordre du jour s\u2019appelle \u2018\u2018faire vaillamment son devoir sous un feu violent.\u201d \u2014 0 Dans presque toutes les rues des villes et villages japonais on trouve un four publie dans lequel, moyennant une légère redevance, les ménagères peuvent venir faire cuire leur pain.| \u2014 144 \u2014 PRR \u2014_, Vol.8, No 5 La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 Il y a deux façons de MAIGRIR, l\u2019une dangereuse l'autre inoffensive.Lisez et vous comprendrez La première vérité à exposer franchement aux personnes affligées d\u2019embonpoint est que cet embonpoint n\u2019est pas seulement une infirmité disgracieuse, mais que c\u2019est une dangereuse maladie qui est la cause initiale de beaucoup d\u2019autres.La seconde vérité est que l\u2019obésité n\u2019est plus désormais un mal incurable et qu\u2019il n\u2019y a aucune raison pour ne pas en arrêter le déve- Toutes ces méthodes, que ce soit diète, régime spécial, drogues quelconques, cherchaient et parvenaient, parfois, il faut bien le dire, à faire maigrir de façon passagère, mais elles ne prévoyaient rien pour éviter le retour de la graisse.Les Tablettes LeRoy ont ce précieux pouvoir de faire disparaître progressi- -vement la graisse nuisible et d\u2019empê- \u2018cher son retour.Elles remplacent par l du sang pur, de la peau fraîche et des A: | muscles élastiques la graisse qui s\u2019en ll va.Chaque Tablette LeRoy signifie un * peu de poids en moins et un peu de force et de santé en plus.Lorsque nous aurons ajouté qu\u2019elles sont à base de produits essentiellement Inoffensifs, nous pourrons nous dispenser d\u2019insister, car il n\u2019est pas une personne sensée et raisonnable qui n\u2019ait pas compris en quoi les Tablettes LeRoy diffèrent de tout ce qui s\u2019est fait jusqu\u2019à ce jour et qui ne s'explique comment et pourquoi elles produisent des résultats aussi merveilleux et aussi nombreux.C'est bien simple, prendre des Tablettes LeRoy.Avant d'aller plus loin nous voulons répondre de \u2018suite à l\u2019objection que vous ne manquerez pas de / formuler.Pourquoi les Tablettes Le- Roy feront-elles ce que n\u2019ont pu faire tels ou tels autres produits ou métho- A des que vous avez essayés en vain ?f Donnez-nous une minute d\u2019attention et Ei vous comprendrez.Les produits que vous avez pu em- Mi\" ployer jusqu'ici faisaient un travail incomplet.loppement et ramener le corps à son 4 À poids normal.Pour cela que faire ?£8 | sy Il faudrait plus que les colonnes de ce journal pourreproduire les lettres témoignant de leur succès.Nous avons fait appel à votre intelligence et à votre bon sens parce que nous comprenons votre hésitation, due à des insuccès répétés.Mais après avoir lu et compris les lignes précédentes, il est impossible que vous n\u2019éprouviez pas le désir de commencer immédiatement l\u2019emploi d\u2019un remède qui, contrairement aux autres, prouve sa supériorité et son efficacité.Ecrivez aujourd\u2019hui même et vous recevrez sur envoi de 4 cents pour frais d\u2019envoi une intéressante brochure dont vous retirerez le meilleur profit.M, JULES LeROY, Fabricant de Produits Pharmaceutique, Tiroir Postal 2094, Montreal, Que DISTRIBUTEUR: PHARMACIE 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POUR ASSASSINER LE ROI ALBERT A leur entrée a Bruxelles, les Allemandg avaient découvert dans les ambulances, trois cents blessés du 9e de ligne décimé à Liège ; s\u2019étant emparés de leurs uniformes, ils avaient résolu d\u2019en affubler, à la première occasion propice, trois cents des leurs qui marcheraient sur Anvers, se présenteraient au roi comme d\u2019héroïques revenants et assassineraient le roi et son entourage dans des conditions qui permettraient d\u2019affirmer que le souverain était tombé sous les coups de ses propres sujets, indignés d\u2019être immolés à son cruel entë- tement./ Heureusement, la disparition des trois cents uniformes du 9e de ligne avait été remarquée des Belges et l'intention des barbares en partié,devinée ; on veilla et, à l\u2019heure où les déguisements quittaiént Bruxelles pour la route d'Anvers, un personnage, dont le nom sera divulgé plus tard, les précéda a la vitesse maximum d\u2019une auto\u201d de premiere puissance, pour do: ner l\u2019alerte à qui de droit.À huit milles d\u2019Anvers; les trois cents faux lignards belges furent salués avec enthousiasme par un avant-poste de l\u2019armée anversoise qui leur indiqua la route la meilleure ; sûr; du succès, ils allaient de l\u2019avant, lonsque à la chute du jour ils se trouvèrent brusquement empêtrés dans des barrages A?fils barbelés, sous une fusillade & laqu.lie quelques-uns n\u2019échappèrent que pour se tcuver prisonniers \u20act penauds aux mains des Belges.\u20140 Fait curieux, une dépéche adressée de Londres à Paris parwent plus vite à destination via New-York, que si elle est envoyée directement de Londres à Paris.146 \u2014 \u2014 2 di ae Vol.8, No 5 La Revue Populaire yee \u2018Montréal, Mai 1915 =) =O O00 EO I 0 I OI 0 À O EX o i | o I | ll | o | | o Il | o il | o Il | © ,- - - ABONNEZ-VOUS A La Revue Populaire Magazine mensuel illustré de 148 pages pour $1.00 par an, ou 50 cents pour 6 mois Poirier, Bessette & Cie, Editeurs-Props., 200, Bld St-Laurent, Montréal.Chaque numéro contient d\u2019intéressants articles trés documentés sur les moeurs des peuples peu connus, les animaux étranges, les monuments remarquables ou les faits curieux du monde entier.Vous y trouverez également des nouvelles sentimentales et humoristiques choisies avec soin.A chaque fois, également, un beau roman complet et qu'il serait souvent difficile de se procurer ailleurs.Le tout, dû À une collaboration choisie, est illustré de nombreuses et superbes gravures.L'\u2019abonnement pour un an est le plus avantageux pour vous, il vous fait gagner deux numéros puisque pour un dollar vous recevez douze numéros à dix cents.N\u2019hésitez pas à \u2018découper et À envoyer le coupon ci-dessous.(J) \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 (J) \u2014\u2014\u2014 () \u2014_()\u2014\u2014 (J) _ {.] COUPON D\u2019ABONNEMENT Ci-inclus veuillez trouver la somme de $1.00 peur un an, 50¢ pour six mois (excepté Montréal et banlieue) d\u2019abonnement à la Revue Populaire.Nom .22246 M., Mme ou Mlle.(Bien spécifier votre qualité).Rue .+.Localité .Adressez comme suit: MM.Poirier, Bessette & Cie, 200 Boul.St-Laurent, Montréal.OR EI OO a I I OO EI HO eee RO eI O EI O En O \u2014 147 \u2014 ty Vol.8, No 5 La Revue Populaire Montréal, Mai 1915 / g==\u2014=\u2014omor\u2014omoromor OO) | VOYAGEZ SANS ENNUI ! e I © Vous pouvez vous rendre confortablement a l'Exposition Panama-Pacifique | avec une garde-robe complete Les Valises Garde-Robes, bouts en pignons, sont les plus parfaites et les plus commodes inventées pour l\u2019homme ou la femme.Elles suppriment © ces nombreux ennuis que nous éprouvons à paqueter ou à dépaqueter.Au- I © cun vêtement n\u2019est écrasé ou froissé.Elles peuvent contenir de grandes I toilettes ou habits, Prince Albert, ou les robes les plus élégantes sans la moinidre détérioration.fi 4 TEEN APL NRT TENE © w LA PLUS LEGERE, LA PLUS FORTE ET i LA PLUS COMMODE VALISE a © I FAITE JUSQU\u2019ICI.| oO _ C\u2019est justement ce que vous avez 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I I ERR NA PV] a Cs a "]
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