La terre de chez nous, 18 décembre 1929, mercredi 18 décembre 1929
[" Prix de l\u2019abonnement Un an.$1.00 Trois ans.$2.50 A l\u2019étranger, un an.$1.50 fulletin officiel ÜI de VUnîè&éèatholique des Cultivateurs de hæ=â*tovince de QuêÈsc Administration et Rédaction 1231 Est, rue Démorrtigny Montréal.P.Q.Tel.: Frontenac 5998 J Publié h \"ÏARDliNVALE, P.Q.18 DECEMBRE 1929 Vol.II, No.5 i JloëlL.JâoËl! Quel mot lointain, séraphique et surnaturellcmcnt doux que celui de Noël! Si vieux .si vieux! .\u201cDepuis plus de quatre mille ans de hautbois et de musettes!\u201d et qui ne vieillit, jamais! Toujours étincelant de candeur, d\u2019enfantine majesté! Noël! On dirait le pseudonyme de Dieu quand il était petit.Soit que je le lance à haute voix ou que je le murmure les\tyeux fermes, pour\tqu\u2019il soit plus beau, ou\tbien que, sans les détacher, je \u201cpense\u201d les deux syllabes de cristal qui, comme des clochettes, symphonisant sa\tradieuse gentillesse\t.je ne\tparviens pas\tà exprimer ce qu\u2019elles font ré- sonner aussitôt et propagent en moi! .\u201cJe crois à ce seul mot que je récite en vers.\u201d Ecoutcz-lc?Noël!\u2014n\u2019entendez-vous pas le vol d\u2019un duvet, la\tchute d\u2019un flocon\tsur le bras\td\u2019une croix,\tle tic tac de bois d\u2019un berceau, te soupir de la bûche, le bruissement de la paille et.comme un son voile d\u2019éternelles matines?.\tNoël, mot\tblanc, d\u2019une\tblancheur religieuse, mot givré, tombé d'une hostie, le lys des mots qui ne semble fait que pour s\u2019échapper de lèvres virginales dans la buée de froid qui en est l\u2019encens, mot d\u2019argent, de nacre et de perle, mot de neige si fragile et si délicat que l'on a, chaque fois, l\u2019impression, même avec une âme pure, de la ternir quand on s\u2019en sert.Mot qui chante, mot tendre d\u2019Eglisc, allègre et pieux, frère d\u2019alleluia, mot d\u2019action de grâce qui monte et voltige avec des dessms de cantiques et dont le musical écho se congèle si suavement dans le bleu vitrail de la Grande Nuit .mot qu\u2019on n\u2019imagine jamais tracé droit co?nme ceux de la terre, mais qui semble toujours écrit in excelsis sur ces sinueuses bandci-oles que déroulent, au bout de petites mains, deux anges d'avant-garde pavoisés d\u2019ailes.Mot court aussi, mot facile de pauvre et d\u2019ignorant, d\u2019humble et de berger, mot dans lequel il y a le souffle de la bise et le bêlement de l\u2019agneau, la corne du boeuf et l\u2019oreille de l\u2019âne, les barreaux de la mangeoire, et le tremblant haillon de l\u2019araignée.ht ce mot n\u2019est pas triste, il domic courage.Il exhorte.Il fait espérer et se souvenir.Il nous grandit en nous rapetissant, en nous ramenatit aux formes de l\u2019enfance, aux nourricières étables de nos premiers pas.Au son du mot Noël nous retrouvons le jeune portrait de nos mères, du temps que leur baiser du soir nous procurait, dans nos lits confiants, un sommeil filial, récompensé de jouets sentant la crèche et les copeaux de Bethléem.Enfin avec celle du Chiist, il est la devise de toutes les nativités.Chaque fois qu\u2019un enfant vient au monde, c\u2019est pour les siens, Noël, et- la moindre maison semble pleine d\u2019étoiles.C'est un mot qui dilate, réchauffe, rapproche et réconcilie, qui pétille comme un sarment, qui met un cierge au front et des roses au coeur.\tAprès la première joie de naître ce jour-là .la dernière serait d\u2019y mourir, faveur logique aussi, la mort\tétant\tpar\texcellence\tl\u2019aube suprême, l\u2019essentielle résurrection, la\tporte de la seule vie, l\u2019aurore et le matin de Tout, la Noël\tde l\u2019Eternité.Noël est enfin une fête précieuse parce qu\u2019on y célèbre la messe de Minuit, Messe, et Minuit! .comme ces deux mots brodés ensemble, associés, appuyés l'un sur l\u2019autre si puissants et si riches de vision, font un beau mariage chrétien! Voilà qu\u2019aussitôt, dans les amicales ténèbres, s\u2019ouvre un portail fleuri de buisson d'or.A l\u2019appel que font ces flots de clartés tous les passants, même ceux qui n\u2019entrent pas, savent que c\u2019est \u201cla messe de minuit .une messe où les hymnes sont entonnées par des âmes meilleures, où l\u2019orgue trouve des voix réellement célestes, où la prière, longtemps perdue, revient toute seule au bercail de la mémoire, où le Christ en haut de l\u2019autel ne semble plus crucifié.Bras ouverts, il sourit à tous, chaque clou de sa main percée ne paraît que le grain de myrrhe déposé dans ses mignonnes paumes par les rois d\u2019Afrique à genoux.Ah! quel plaisir grave et charmant c\u2019était! La profonde fête que d\u2019aller autrefois, quand nous avions si peu d\u2019années .entendre cette messe au flambeau du village! D\u2019y songer le coeur me manque et mes doigts essuient mes yeux.Aussi c\u2019est un rêve fait toujours et toujours trrèalisê de partir à l extrémité de décembre, et de fuir la bestiale ville, pour arriver, au tâtonnement du soir, loin, bien loin d\u2019ici, dans quelque hameau de vieille province, ou il n\u2019y a au milieu de douze mâsures serrées en apôtres contre elle, qu\u2019une pauvre petite grange qui s\u2019appelle une église.Une fois là, l\u2019on attendait la nuit qui s\u2019allongeait et pèserait bientôt, calme et mystérieuse, sur le monde aux aguets qui fait semblant de sommeiller, et quand elle aurait déroulé tous tes\ttapis de son silence et\ttous les velours de sa paix, une cloche, alors, douce, tinterait.\tUne par une\tl'on verrait\tsortir\tdes\tmaisons\tles lentes ombres des fidèles .\t.par les flancs du coteau, dans le lit des vallées serpenterait la\tprocession des\tcoiffes, des\tsabots\tet de laine, clignotant pèlerinage des frileuses lanternes.La neige lâcherait ces essaims de blancs papillons, l\u2019orme en fourrure affecterait d\u2019avoir les gestes du sapin, l\u2019arbrisseau serait Scandinave .et, guidés par le son troublant de la cornemuse, des chants naïfs s\u2019élèveraient, d\u2019un jet si divin dans le ciel qu\u2019ils feraient croire, en y snontant, qu\u2019ils en descendent.{Boit An, Mal An.) HENRI LAVEDAN 66 LA TERRE DE CHEZ NOUS V 18 DECEMBRE 1929 jWon premier J2oeI \"These tire hut shadows of the things that hare been.\" CHS.DICK HNS\u2014'\u2018Chriskmas Carol*\" Dédié à toi: Ninette \u2014Dis,., c/rand\u2019mama»,.à quelle heure que papa attelle?C\u2019était la veille de Noël, en 1 î>OS.pour ceux qui aiment les liâtes.Ti-Paul, pour la première fois, devait assister à la messe de minuit.Aussi était-ce chose désirée depuis longtemps, car demeurant à la campagne, où le froid est piquant, il n'allait que rarement à l\u2019église, lit c\u2019est pourquoi il ne cessait, depuis déjà longtemps d\u2019importuner ses parents par ses questions naïves ou saugnenues.Cela faisait peut-être cent fois qu\u2019on lui disait l\u2019heure du départ.\u2014Eh oui, grand\u2019maman, à quelle heure que maman va me mettre ma \"crémone\"?\u2014Bon Jésus! mais à dix heures, \"p\u2019tit fieu\".Puis quelques instants après il reprenait encore: \u2014Dis encore \"Toinette\u201d, est-ce beau la messe de minuit?\u2014Oh! il y a le petit Jésus, reprenait celle-ci qui, comme sa grand\u2019maman, était douée d\u2019une patience d\u2019ange, il y a le petit Jésus, couché sur de la paille, avec des cierges tant et tant qu\u2019on se croirait au paradis avec grand-papa.Et puis il y a un âne et une vache, et trois Bois Mages avec de longues barbes.\u2014Avec de longues barbes!.Pourquoi, celle de papa est courte?\u2014Parce que.qu\u2019ils sont vieux! Ils apportent îles choses! Oh! de belles choses! Et puis on chante des cantiques si beaux! Et après: les bergers, les Rois Mages, l\u2019âne, monsieur le Curé, la vache et les enfants de choeur, et les moutons demandent à l\u2019Enfant Jésus sa bénédiction.Et puis il y a un ange qui porte une étoile brillante.et puis beaucoup d\u2019autres anges qui portent d\u2019autres étoiles.SOMMAIRE P» RK page Noël\u2014H.Lavedan .t!5 Mon premier Noël\u2014]'.B.OC Noël \u2014 J.Lararnée.07 Echos des cercles\u2014St-Bruno de Guigucs, St-Télesphore.68 Les raisons de notre foi (12) .Ofl Page féminine.70 Cours-à-domicile\u2014Aviculture .\t71-72 Meilleurs devoirs d'agriculture 711-71 Vers le passé (poésie).72 L\u2019élevage du mouton.7*1 A la mémoire de .J.-N.Ponton .\t77.Jeannette \u2014 L.Fréchette.70 Vétérinaire\u2014Loi.77 Syndicats coopératifs\u2014IVArncua .\t70 Marché de la dernière heure .\t711 Quatrième Congrès d\u2019Aviculture .\t80 Le Guide sur les routes du Québec 80 Antoinette\u2014petit bout de fillette de cinq ans avait été.l\u2019année précédente, à la messe de minuit, et elle croyait pouvoir témoigner d\u2019autant de choses.\u2014G rond\u2019Mère est-ce vrai que les animaux se mettent à genoux à mill nit?\u2014Oui chéri, les animaux se mettent à genoux lorsque sonne, au clocher île l\u2019cglise, la naissance du petit Jésus.Puis ils conversent entre eux île ce grand événement.Au village les gens donnent la liberté aux chiens de garde qui vont au cimetière où tous les morts, agenouillés autour du calvaire, entendent la messe, dite par le dernier Curé décédé de la paroisse.Ailleurs les montagnes s\u2019entr-ouvrent et laissent voir leurs trésors; partout les hommes et les animaux sont joyeux.Et puis elle continuait, narrant cette divine Nativité de Bethléem.'Pi-Paul écoutait, ravi, et de sa toute petite imagination, il s\u2019essei/ait à reconstruire ces tableaux grandioses de la naissance du tout petit Jésus que lui crayonnait sa grand\u2019maman.Sur ce, son père arriva du village, où spécialement il était allé quérir les étreintes des enfants.Eux, tout pleins du Noël qu\u2019on leur esquissait, ne virent pas entrer ces choses, aussitôt dissimulées sur le rebord de la trappe conduisant au grenier.l.es enfants devisaient des grands événements du jour tout en se réchauffant près du poêle à deux ponts.L\u2019oeil rougeoyant de.celui-ci faisait rutiler l\u2019or de leur cheveux et donnait des tons de cuivre à leurs \"garibaldis\u201d multicolores.Joseph, l\u2019homme engagé, ayant fini de faire le \"train\", la famille soupa au milieu de la joie anticipée.Après le repas, ils firent la prière en famille, /mis l\u2019on coucha les enfants.Ti-Paul ne consentit à dormir que lorsque tous lui eussent promis de ne pas l\u2019oublier lors du départ pour la messe.Oh! les rêves qu\u2019il fit alors! C\u2019était les récits qu\u2019avait narrés sa grand\u2019maman qui reprenaient l\u2019existence et qui repassaient sous ses yeux fermés par le sommeil, mais ouverts par le rêve.C\u2019était Marie, Joseph et les Rois Muges qui adoraient Jésus, Dieu nouvellement né.C\u2019était la vision du cimetière qui le.faisait frissonner: comme tous ces hommes drapés dans des suaires de frimas devaient avoir froid durant cette messe où tout était neige et glace!.¦ .C\u2019était, en quelque sorte, l\u2019apothéose de la Noël racontée par sa grand\u2019maman qui se détachait fine- ment brodée dans la buée île son souvenir.* * * A il commencement de la soirée, Joseph partit avec un voisin pour aller à confesse.Le père passa la vrillée à fumer, assis près du poêle, où, dans la marmite, mijotait sourdement le ragoût d\u2019anddudles pour le réveillon.Marie-Louise resta pour tenir compagnie à \"son homme\", tout en tricotant des chaussettes.Ces heures faites de paix, de si-lence et de douceur s\u2019écoulèrent lentement, tout comme le blanc panache
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.