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Titre :
La revue franco-américaine
Éditeur :
  • Québec :Société de la Revue franco-américaine,1908-1913
Contenu spécifique :
Cahier 1
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
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La revue franco-américaine, 1911-05, Collections de BAnQ.

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[" == TEER \u2014 eros ACEC sa aan EEO ae Cr LOE Dn ee DEOL A nL art Tome.Vil\u2014No 1 1er Mai 1911 La Revue Franco-Américaine Fublication mensuelle illustrée SOMMAIRE : QUE FAUT-IL FAIRE ?Enquête par Michel Renouf.PAGES LES REPONSES\u2014L\u2019abbé A.Huot, etautres.9 L'UNIVERSITE D'OTTAWA\u2014Le mémoire irlandais de 1gor.\u2014 Les signatures.16 GEO.-A.BOUCHER, M.D.\u2014Ode.Devant Québec.7 J.-L.K.-LAFLAMME\u2014Notre quatrième année.32 V.-A.LAN DRY\u2014Voix d\u2019Acadie\u2014 Souvenirs d\u2019un inspecteur d'écoles francais du Nouveaw-Brunswick.36 MICHEL RENOUF\u2014Ah! mais.oui, par exemple L.48 LEON KEMNER-\u2014Revue des faits et des ceuvres .58 Documentation \u2014Chronique.\u2014 Bibliographic.\u2014 Roman \u2014 Nouvelles.POUR LE NUMERO DE JUIN 1911: MEMOIRE de feu Mgr DUHAMEL, en réponse au mémoire irlandais de 1 901 PRIX DU NUMERO: CANADA: 15cents.| ÉTRANGER: 20 cents.DIRECTEUR d.-L.K-LAFLAMME MONTREAL SOCIÉTÉ DE LA REVUE FRANCO AMÉRICAINE MCXXI.hier ak fa pg a ad gpg 1 Jp RCI Sr cac 1: Eye SRT } ag A E x Late in F TI SER FRR SEO Hi M sand UF Les Communautés Religieuses, Les Fabriques de Paroisse, Les S3minaires, les Collages, Les Couvents, les Hopitaux, Etc., FERONT BIEN DE NOUS CONSULTER S'ILS ONT A NÉGOCIER DES EMPRUNTS, À CONSOLIDER DES DETTES, A AMELIORER LEURS ÉTABLISSEMENTS, ETG.OUS leur démontrerons que nous pouvons leur procurer l\u2019argent qu\u2019il leur faudra\u2014de $50,000 00 en montant \u2014 à un taux excessivement bas.De plus, nous leur démontrerons et nous leur prouverons, par des installations nouvellement construites, que, sur les dépenses qu\u2019ils sont obligés de faire pour l\u2019entretien de leurs établissements, actuellement, il est facile, par un moyen de centralisation générale de chauffage, d'éclairage à l\u2019électricité, etc, de faire presque assez d\u2019économie pour payer capital et intérêt de l\u2019argent que nous sommes en mesure de leur procurer.Il n\u2019en coûte rien pour se renseigner.Adressez-vous pour renseignements à Lefebvre & Laflamme 197, Notre-Dame Est, - - MONTREAL 2187, case postale Téléphone, Main 3496 mai, eo, ue Les, rire - ee rs Pa ue Yn SE er 2e LT as a = EE \u2014 = x = iN à Gi eus ie A = Tog ST Tv 3 ec a a 3 À i 3 3 È = 3 2 © 3 .© où 3 , ericaine uh CE bots - La Revue Franco-Am LA SOCIETE DE LA,REVUE FRANCO-AMERICAINE 197, RUE NOTRE-DAME EST, MONTREAL tant di es cu Es â rth: Jeet La Revue En Franco-Américaine a ; \u2014\u2014 memes Es = ; fit Quatrième année 1d Tome VII.Mai 1911 pee ET + i \u2014 eee : Fu te 2 RY ha Directeur Admiuistrateur i J.-L.K.-LAFLAMME J =A.LEFEBVRE 5 14 pA \u2014\u2014 {memes Montréal 197, rue Notre-Dame Est ait ai pe PES PPS - pe = PPS = À nos abonnés La \u2018\u2018Revue Franco-Américaine\u201d transporte ses bureaux à Montréal La \u201c Revue Franco-Américaine,\u201d\u2019 publiée à Québec depuis sa fondation, il y a trois ans, vient de transporter ses bureaux à Montréal.Elle sera, à l\u2019avenir, imprimée par l\u2019 \u201cimprimerie Bilaudeau,\u201d au No 197, rue Notre-Dame Est.Le directeur de la Revue, M.Laflamme, est lui-même rendu à Montréal où il aura dorénavant son domicile.C\u2019est la raison du retard apporté dans la livraison du présent numéro.C\u2019est un ennui dont nos fidèles lecteurs voudront bien ne pas nous tenir un compte trop sévère.Nous espérons les en dédommager par les améliorations que nous faisons subir à notre publication.Quant à la Revue elle-même le ton n\u2019en sera pas changé.Tout au contraire, elle poussera plus avant l\u2019analyse des questions souvent épineuses dont elle a commencé l\u2019étude ; elle publiera des documents inédits qui jetteront un jour nouveau sur plusieurs points inexplorés de nos questions nationales.Et parmi ces documents nous pouvons déjà signaler un mémoire irlandais sur l\u2019université d\u2019Ottawa et lafréfutation très intéressante qu\u2019en fit Mgr Duhamel, réfutation qui fut adressée dans le temps au cardinal Ledowkowski, alors préfet de la Propagande.Le mémoire irlandais lui-même offre cet intérêt d\u2019être signé par vingt et un Irlandais de la capitale canadienne, et il est assez intéressant de voir dans cette liste les noms de gens qui n\u2019avaient guère à se plaindre des Canadiens-francais et qui n\u2019ont pas cessé de profiter largement de la générosité des nôtres.01.11 est intéressant de voir de quel bois se chauffent certains de nos protégés.Ce mémoire irlandais est publié 6 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE dans le présent numéro.La réponse de Mgr Duhamel suivra.| À part cela, la Revue publie les premières réponses d\u2019une enquête sur notre situation.Cette enquête, dirigée par M.Michel Renouf, un des plus éminents collaborateurs de la Revue, offrira un intérêt plus qu\u2019ordinaire.La Revue trouvera à Montréal, nous n\u2019en doutons pas, une scène plus grande, un milieu d\u2019affaires plus propice malgré tout le regret que ses directeurs aient éprouvé à s\u2019éloigner de Québec où ils ont fait leur début et où ils ont obtenu une large mesure de succès.À cette occasion nous prions nos confrères de Montréal, le Devoir, la Presse, la Patrie, le Canada, d\u2019accepter nos plus sincères remerciements pour le très cordial et sympathique accueil qu\u2019ils nous ont fait.Voici notre nouvelle adresse que nous recommandons pour une foule de raisons\u2014dont la principale n\u2019a pas besoin d\u2019être indiquée\u2014à nos abonnés qui n\u2019ont pas encore renouvelé leur abonnement.La Revue Franco-Américaine, Case postale 2187 MONTREAL.Imprimerie\u2014I97 rue Notre-Dame Est.Téléphone \u20143496 Main.L\u2019ADMINISTRATION. ODE Devant Québec A mes deux filles, Irène et Marcelle, élèves des Dames Ursulines de Québec.Dieu! Mais qui pourrait, À nature, Contempler tes objets épars, Sans voir dans chaque créature Un Dieu surgir de toutes parts ?Oui, la nature est le grand livre Qui de nos doutes nous délivre, Lagrande bible qui nous livre L\u2019immuable secret de Dieu ; C\u2019est là qu\u2019il sort de sa nuit noire, Là qu\u2019il se dévoile en sa gloire ; Que celui qui ne veut pas croire Regarde : Dieu luit en tout lieu.Qu\u2019importe, 6 penseur, ce volume Où tu tortures nos esprits ?Produits du rêve et d\u2019une plume, Qu\u2019importe à l\u2019homme tes écrits, Où perce à peine une aube obscure ?Sages, prêchez-nous la nature ; Car là luit cette clarté pure, Là brille ce jour solennel, Qui donne à l\u2019autre jour naissance ; Et c\u2019est là qu\u2019on voit ta puissance, Là qu\u2019on éprouve ta présence, Etre Suprême, Etre éternel.O la sainte et sublime chose Que ce rayon del\u2019infini, Qui nous montre en l\u2019effet la cause, Et Dieu dans un monde terni ! Doux et mystérieux langage, Qui de l\u2019univers se dégage, Et du Créateur est le gage ; Jour qui fait que, par I\u2019oeil vaincu, L\u2019homme comprenant leurs oracles, Tombe devant ces grands spectacles Comme aux pieds des saints tabernacles, Emu, tremblant et convaincu. LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Mais c\u2019est ici surtout, beau fleuve, Que l\u2019on éprouveces transports ; De l\u2019Eternel image et preuve, C\u2019est sur tes rives, sur ces bords Longtemps hantés de la victoire, En face de ce promontoire, Que l\u2019homme enfin forcé de croire Conçoit l\u2019orgueil qui l\u2019a perdu, Et se recueillant en lui-même, Devant l\u2019Etre bon et suprême, Devant cet infini qui l\u2019aime, S\u2019incline à jamais confondu.Ici, tout nous redit sa gloire ; Et ces flots, ce roc, ce ciel bleu, Et jusqu\u2019à ton histoire étrange, O Québec, où le doigt de Dieu Presque à chaque feuillet abonde, Tout de sa grandeur nous inonde : On dirait, quand il fitle monde, Que le Seigneur prit cet endroit Pour se faire admirer sur terre, Et comblant ce lieu de mystère, Qu'il mit tout ce qu\u2019il a d\u2019austère Et de noble en cecadre étroit.Georges A.Boucher, Que faut-il faire ?| Une enquête par la \u201cRevue Franco-Américaine\u201d sur ji le sujet suivant : \u201cLa résistance à l\u2019invasion irlando-saxonne en Amérique.\u201d LES REPONSES Le Ier février nous avons posé aux lecteurs de la Revue les questions suivantes : I.Quels sont les principaux effets de l\u2019influence ;.irlando-saxonne que vous apercevez autour de vous ?F 2.A quelle cause attribuez-vous la puissance de pénétration de l\u2019esprit assimilateur parmi les groupes français d\u2019Amérique ?Cette cause tient-elle à une supériorité 'réelle de la race envahissante plutôt qu\u2019à une indolence irréductible des nôtres dans la défense | de leurs intérêts nationaux?En un mot, quel est le E point fort de l\u2019esprit irlando-saxon et quel est le point faible du nôtre ?3.Comment résister aux influences néfastes de cet E esprit assimilateur dans le présent et dans l\u2019avenir et, si c\u2019est possible, quel moyen faut-il prendre pour regagner le terrain perdu ?] Ces questions, suffisamment claires, me dispensent de tout préambule.Quant aux réponses, elles sont nombreuses et d\u2019un inté- ] rêt palpitant.Plusieurs nous apportent certains commen- ; taires assez vifs sur les derniers événements de notre vie Ë nationale, dans la province d\u2019Ontario, dans les provinces de l\u2019Ouest et dans la Nouvelle-Angleterre.Ailleurs que dans une revue comme la nôtre\u2014et Dieu veuille qu\u2019elle ne change pas\u2014ces articles auraient été ravagés par le 10 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE crayon bleu du directeur prudent par vocation.Cette enquête est le puits d\u2019où la vérité va sortir resplendissante et nue.Il y aura donc des surprises.A propos de réponses, j\u2019avertis nos collaborateurs retardataires que je recevrai leurs travaux encore pendant une couple de mois.Qu\u2019ils se mettent résolument à l\u2019œuvre.Il faut faire de ce travail que nous commençons une œuvre qui reste.Je vous recommande les statistiques, les travaux historiques ; c\u2019est là que, sans nous en douter, nous avons été le plus massacrés.Devine, O\u2019Farrell, Murphy, Fallon, O\u2019Brien, vous connaissez tout ce monde-la! A l\u2019œuvre.La vérité nous sauvera ! Sur ce je vous offre les deux premières réponses à notre enquête.\u2014M.R.L\u2019abbé Antonio Huot, Pass Christian, Miss.\u2018\u201c Ce qui m\u2019a le plus frappé chez les Irlando-Américains, c\u2019est leu mépris pour la langue française et ceux qui la parlent.L\u2014 Depuis dix ans que je vis aux Etats-Unis, au moins pendant la plus grande partie de chaque année, la chose qui m\u2019a frappé le plus chez les Irlando-Américains, c\u2019est leur mépris avéré pour la langue française et pour ceux qui la parlent.Avec cela, un zèle, trop souvent inconsidéré, à faire parler l\u2019anglais aux émigrants catholiques de langue non-anglaise.Le premier personnage ecclésiastique irlando-américain que j'ai eu à saluer en arrivant aux Etats-Unis,\u2014et que je saluais en français, sachant qu\u2019il parlait très bien notre langue, \u2014m\u2019a répondu : \u201c Ah! why dont\u2019 you talk english ?That\u2019s the language of the country! (Ah! pourquoi ne parlez-vous donc pas l\u2019anglais?C\u2019est la langue du pays!) \u201d | Vous avez là la formule classique : \u201cIl faut parler la langue du pays.\u201d Si l\u2019on disait: \u201cIl faut apprendre la langue du pays,\u201d tout le monde serait d\u2019accord, puisqu\u2019il est évident que l\u2019émigrant de langue non-anglaise doit appren- QUE FAUT-IL FAIRE ?11 dre la langue anglaise en arrivant aux Etats-Unis, et soyez sûrs qu\u2019ils le font, les Canadiens-Français comme les autres.Mais on nous dit: \u201cIl faut parler la langue anglaise, et la parler partout.\u201d Voilà l\u2019injustice.Les résultats de cette politique sont faciles à comprendre : 1° L\u2019émigrant de langue non-anglaise qui a le courage de parler habituellement sa langue maternelle, dans les milieux où sévit cette politique, \u2018est regardé comme un ignorant, comme un être appartenant à une race inférieure : c\u2019est presque une non-valeur.2° L\u2019humiliation que comporte une pareille situation pèse très lourdement sur l\u2019émigrant de langue non-anglaise.S\u2019il est isolé, ou faible, ou d\u2019une nature timide et craintive, il cherchera, par tous les moyens, à s\u2019américaniser le plus tôt possible.Qui nous dit que ce n\u2019est pas un peu pour cela qu\u2019on a vu des Boisvert devenir des Greenwood et des Garon se muer en Gorham ?C\u2019est ici que le mot de M.Henry Bargy, si triste et malheureusement si vrai, trouve sa place: \u201cLes familles émigrées s\u2019américanisent par le mépris de leur origine.\u201d (La Religion dans la société aux Etats-Unis, p.183).3° Conséquence beaucoup plus néfaste encore de l\u2019assimilation forcée : la perte de la foi.On ne joue pas avec l\u2019âÂme d\u2019une race.Cette Ame est composée de trois éléments essentiels : la religion, les traditions et la langue.Ces trois grandes choses sont inséparablement unies dans l\u2019âme nationale.Supprimez-y l\u2019un de ces trois éléments: vous affaiblissez immédiatement, quand vous ne les tuez pas tout à fait, les deux autres.Il s\u2019est produit des faits aux Etats-Unis, qui prouvent malheureusement trop bien cette grande vérité sociale.Que de fois n\u2019avons-nous pas entendu un médecin canadien- français, qui a pratiqué pendant plus de trente ans aux Etats-Unis, nous raconter des scènes d\u2019une tristesse inouïe, qui se sont passées au lit de certains Canadiens-Français mourants ! Sous des noms d\u2019emprunt américain, notre ami RE EEE HERE 0078 ARR \u2018 sa rez \u2014 ays Fade ie be SEER IE Ca: ER 12 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE fut douloureusement surpris, en plusieurs circonstances, de découvrir des malheureux compatriotes apostats, qui, après avoir changé de nom, avaient, hélas! changé de foi.- Nous ne voulons pas dire que ces tristes défaillances étaient le résultat de menées assimilatrices, n\u2019ayant pas de preuves à fournir dans le cas des personnes qui nous occupent en ce moment, et dont nous pourrions donner les noms.Ce que nous voulons tout simplement établir ici, et cela exclusivement d\u2019après les données de l\u2019expérience et non surles on dit, c\u2019est que presque invariablement l\u2019abandon de la langue maternelle entraîne l\u2019abandon de la foi et que, par conséquent, au seul point de vue catholique, il serait criminel, dans la Nouvelle-Angleterre, dans Ontario ou ailleurs, de chercher à imposer de force la langue anglaise à nos compatriotes.Voila le grand point à mettre en lumière.II.\u2014M.Michel Renouf nous demande, en deuxième lieu, de lui dire ce que nous pensons des causes de la pénétration de l\u2019esprit assimilateur parmi les groupes français d\u2019Amérique et, en même temps, des causes de notre faiblesse de résistance.Disons, tout d\u2019abord, qu\u2019il n\u2019est que juste de rendre hommage à l\u2019ardent patriotisme de race qui anime tous les Irlandais du Canada et des Etats-Unis.Nous nous honorerons toujours en restant loyaux envers nos adversaires.Là où nous cessons de respecter le patriotisme irlandais, c\u2019est quand il devient du fanatisme.Et cela arrive trop souvent.Les Irlandais possèdent un esprit de solidarité nationale vivace et pratique.Voyez-les, par exemple, quand il s\u2019agit d\u2019obtenir pour un des leurs une position importante.Tout le monde rentre dans le rang.Il n\u2019y a plus qu\u2019une seule ligne de bataille derrière le drapeau vert pour marcher à l\u2019assaut.Et gare aux Canadiens-Français qui se mettent en travers! Il n\u2019est pas besoin d\u2019être centenaire pour avoir vu cela.Depuis les bancs de l\u2019école jusqu\u2019aux bancs de la magistrature, c\u2019est la même histoire: je veux dire qu\u2019un candidat irlandais à la magistrature aura immanquablement tous les Irlandais pour lui, tout comme à l\u2019école, survenant une qi le QUE FAUT-IL FAIRE ?18 querelle, le petit Irlandais verra se ranger de son côté tous les petits Irlandais.Et voilà ce que nous voulons dire quand nous parlons du patriotisme pratique des Irlandais.Mais est-ce que nous n\u2019avons pas, nous aussi, Canadiens- Français, le patriotisme de race?Oui, et puissant, Dieu merci! Seulement, patriotisme vivace ne veut pas toujours dire patriotisme pratique.Et voilà certainement, selon notre humble opinion, où nous péchons quelquefois.Nous ne savons pas assez efficacement nous soutenir les uns les autres.Vous nous demandez, M.Renouf, de vous dire quel est, d\u2019aprés nous, \u201cnotre point faible.\u201d Le voila.Nous avons été trop souvent divisés, hélas! alors que nous aurions dû ne faire qu\u2019un.Et ce n\u2019est pas nous qui vous apprendrons que les deux grands ennemis de l\u2019union chez nous sont: la jalousie et l\u2019esprit de parti.Il est arrivé quelquefois que nous n\u2019avions pas plutôt réussi à faire parvenir l\u2019un des nôtres à une position éminente que c\u2019était, le lendemain, à qui l\u2019en ferait descendre.D\u2019autres fois, c\u2019est l\u2019esprit de parti qui nous faisait gâter les causes les plus belles.Exemple: la question des écoles du Manitoba.Ce n\u2019est pas nous qui le disons, c\u2019est Léon XIII: \u201cTelle était la cause des catholiques, écrivait l\u2019illustre Pontife, que tous les citoyens droits et honnêtes sans distinction de partis eussent dû se concerter et s\u2019associer étroitement pour s\u2019en faire les défenseurs.Au grand détruiment de cette même cause, c\u2019est le contraire qui est arrivé.Ce qui est plus déplorable encore, c\u2019est que les catholiques canadiens eux- mêmes n\u2019aient pu se concerter pour défendre des intérêts qui importent à un si haut point au bien commun, et dont la grandeur et la gravité devraient imposer silence aux intérêts des partis politiques, qui sont d\u2019ordre bien inférieur.\u201d (Encycl.Affari vos, 8 déc.1897.) Voila des paroles pontificales qui pourraient justement s\u2019appliquer a plus d\u2019une défaite canadienne-française sur le terrain national. 14 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE IIL\u2014 Comment résister aux influences néfastes de l\u2019esprit assimilateur irlando-saxon ?nous demande enfin M.Renouf.En obtenant ce qui nous manque le plus: l\u2019union.Evi- demment, c\u2019est plus facile à écrire qu\u2019à faire, et les hommes ne se laissent pas manier comme la plume.Tout de même, si nous le voulions une bonne fois.Voyez plutôt.De quoi s\u2019agit-il, en somme ?De constituer une armée canadienne- française, puisqu'il nous faut lutter, avec una direction suprême, puisqu'il nous faut vaincre, si nous ne voulons pas mourir.Déjà, nous avons des corps d\u2019armée solidement constitués ; ce sont nos belles sociétés canadiennes-fran- çaises, acadiennes-françaises et franco-américaines : les Artisans canadiens-français, l\u2019Union Saint-Joseph du Canada, l\u2019Alliance nationale, l\u2019Association catholique de la Jeunesse canadienne-française, la Société de l\u2019Assomption, l\u2019Union Saint-Jean-Baptiste d\u2019Amérique, l\u2019Association Canado-américaine, la Fédération des Brigades franco- américaines, l'Association d\u2019éducation d\u2019Ontario, etc.Et le moyen d\u2019unifier la direction de toutes ces superbes sociétés dans la défense de la race, chaque fois que celle- ci est attaquée sur un point quelconque de l\u2019Amérique du Nord?Il n\u2019y en a pas d\u2019autre que la fédération, avec un conseil suprême pour donner le branle à toute cette armée, qui possède déjà des cadres si bien remplis.On n\u2019a pas d\u2019idée de la puissance que pourrait avoir sur l\u2019opinion irlando-saxonne, par exemple, une protestation énergique votée simultanément par toutes les sociétés faisant partie d\u2019une pareille fédération contre telle ou telle attaque des ennemis de la langue française.Mais cette fédération existe, me dira M.Renouf.Elle s\u2019est constituée, en effet, à Montréal, au mois de juin 1900.Soixante sociétés acadiennes, franco-américaines et cana- diennes-françaises ont envoyé respectivement au congrès constitutif deux cents délégués.Cette fédération porte le nom de \u201cFédération des Sociétés catholiques canadiennes- et acadiennes francaises du Canada et des Etats-Unis.\u201d Quand elle sera devenue assez solide pour faire plus qu\u2019exister, pourquoi ne convoquerait-elle pas un grand con- QUE FAUT-IL FAIRE ?15 grès national, dans le genre du congrès de Québec en I880, où chaque délégué de nos sociétés du Canada et des Etats- Unis apporterait un solide mémoire, bourré de faits et de chiffres, et mettant exactement tous les membres cu congrès au courant de la situation actuelle du groupe francais, dont il serait le représentant autorisé ?Ne vous semble-t-il pas que, dans les conditions où nous nous trouvons, un pareil congrès national s\u2019impose, au moins d\u2019ici a-deux ou trois ans au plus tard.Concentration des renseignements, touchant chacun des groupes francais d\u2019Amérique, pour aboutir enfin à l\u2019unité d\u2019action ; voilà, nous semble-t-il, le moyen le plus efficace de résister \u201caux influences néfastes\u201d de l\u2019esprit assimilateur irlando-saxon et même \u201cde regagner le terrain perdu.\u201d Antonio Huot, Ptre.Pass Christian, Miss., 20 février III.A er PPT no = + L'Université d'Ottawa Un mémoire irlandais présenté en 1901 au Supérieur général des Oblats et au Délégué apostolique.\u2014Les signatures.[ TRADUCTION |] Les soussignés, catholiques de langue anglaise du dio- cése d\u2019Ottawa, désirent déposer devant le Supérieur Général et le Conseil de l\u2019ordre des Oblats un exposé de faits concernant l\u2019éducation supérieure de leurs nationaux, un exposé qu\u2019ils recommandent à votre très soigneuse et immédiate attention.A l\u2019heure actuelle il y a, dans les écoles séparées catholiques de la province d\u2019Ontario, environ 42,000 élèves, dont la moitié sont des garcons.es élèves habitent pour la plupart dans les I2 villes et les 44 villages de la province, au nombre d\u2019environ I4,000.Pour le maintien de ces écoles les parents paient en taxes une somme annuelle d\u2019environ $200,000.A part le nombre des élèves catholiques, fréquentant les écoles catholiques, il y en a un nombre beaucoup trop considérable qui fréquentent les écoles communes publiques ou protestantes.Il est fort regrettable que sur un aussi grand nombre d\u2019élèves qui sont les enfants de parents raisonnablement prospères, il y en ait si peu qui obtiennent les avantages de l\u2019éducation supérieure d\u2019une Université.La province d\u2019Ontario ne possède qu\u2019une seule université catholique, celle d'Ottawa.Les collèges qui, dans différents endroits, s\u2019efforcent de donner une éducation supérieure aux catholiques sont placés dans des conditions trop désavantageuses pour réussir.Ils n\u2019ont pas les moyens d\u2019imposer confiance au peuple et d\u2019attirer les ambitieux à leurs cours. L\u2019UNIVERSITÉ D OTTAWA 17 Sous le rapport de l\u2019éducation, les besoins des catholiques de langue francaise de Québec et d\u2019Ontario, sont pourvus amplement et avec succès par les deux institutions de l\u2019Université Laval à Québec et à Montréal.Cette grande institution, fidèle au dessein de ses fondateurs et suivant logiquement la politique et les instructions du Saint-Siège ; dotée par la province de Québec, et capable par son cours d\u2019études et la composition de son personnel enseignant, de commander la confiance et l\u2019appui de la population, donne tout ce que l\u2019Eglise pouvait désirer pour l\u2019éducation de la jeunesse catholique de cette partie du pays.Les catholiques d\u2019Ontario espéraient, comme le prétendirent nos supérieurs ecclésiastiques et comme il fut ordonné par le Saint-Siège, que le Collège d'Ottawa, lorsqu\u2019il fut élevé au rang d\u2019Université, donnerait aux catholiques de langue anglaise de la province l\u2019éducation supérieure dont on a un besoin si pressant dans Ontario et que l\u2019Université donne si abondamment aux catholiques de langue francaise de Québec.L'histoire du Coilège d\u2019Ottawa prouve d\u2019une facon concluante que son utilité, comme on l\u2019espérait, serait surtout dirigée à rencontrer les besoins des catholiques de langue anglaise d\u2019Ontario.C\u2019est dans ce but caressé au fond de leur pensée que feu l\u2019hon.John O'Connor, que feu l\u2019hon.Thomas D\u2019Arcy McGee, et que l\u2019hon.R.W.Scott, représentants de leurs compatriotes dans la vie publique, se sont appliqués à obtenir une charte d\u2019Etat et des amendements pour le Collège.Le développement du Collège de 1865 a 1874 est principalement dû au nombre des élèves de langue anglaise qui se pressèrent à ses cours ; et en I874, comme on le déclare dans la revue de l\u2019Université publiée avec l\u2019approbation de l\u2019autorité, il fut reconnu nécessaire d\u2019abandonner le vieux système de traduire les classiques, à cause de la grande majorité des étudiants de langue anglaise.C\u2019est ainsi, nous dit-on, que la langue anglaise devint \u201c la langue officielle de l'Université.\u201d\u201d Dans le Bref pontifical, daté du 5 0 \u201cie I acte ra de re di is ' s +f 0 Es e 18 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE février 1889, érigeant l\u2019Université, se trouvent les paroles suivantes : \u2018 Nous voulons de plus que notre vénérable frère l\u2019archevêque d\u2019Ottawa et ceux qui, après lui, occuperont le siège archiépiscopal, remplissent les fonctions de Chancelier Apostolique de la dite Université et que l\u2019archevêque lui- même et ses successeurs veillent, ainsi que les autres évêques des provinces d\u2019Ottawa et de Toronto qui auront affilié leurs séminaires, leurs collèges et autres institutions semblables à l\u2019université, à l\u2019intégrité de la doctrine qui y doit être enseignée.\u201cEnfin, nous donnons à l\u2019Université, à l\u2019instar de celle de Québec, le pouvoir de considérer comme siens et de leur accorder tout-à-fait les mêmes avantages qu\u2019à ses propres élèves, les étudiants des séminaires, des collèges et des autres établissements d\u2019éducation situés dans les seules provinces ecclésiastiques d\u2019Ottawa et de Toronto.\u201c\u2019Telles sont notre volonté et notre décision.En conséquence, nous décrétons que nos présentes lettres seront toujours et resteront fermes, valides et effectives, et recevront et garderont leur pleine et complète efficacité et se- seront en toutes choses et dans toutes les circonstances interprétées en faveur de ceux qu\u2019elles concernent et de quelque manière qu\u2019elles les concerneront : et devront tous les juges ordinaires et délégués, auditeurs du Palais Apostolique, Nonces du Siège Apostolique et cardinaux de la Sainte Eglise Romaine, et même les Légats a latere rendre leurs jugements et définitions en conformité avec ces décisions, leur retirant à tous le pouvoir et l\u2019autorité de juger autrement ; et sera nulle et non avenue toute action de quiconque, sous quelque autorité que ce soit, sciemment ou non, pourrait agir en contravention avec notre présent décret.\u201d Il semble oiseux de faire observer que le langage du Bref pontifical était inspiré par la connaissance des conditinns existant dans Ontario au sujet de l\u2019éducation, en sympathie et d\u2019accord de la part du Saint-Siège avec les vœux des catholiques de langue anglaise de cette province.2] L'UNIVERSITE D OTTAWA 19 C\u2019est avec regret que nous alléguons maintenant, comme nous le prouverons plus minutieusement dans la suite, que les ordres et la politique du Saint Siège n\u2019ont pas été suivis avec ce degré de fidélité que l\u2019on devait attendre ; et que la direction, l\u2019organisation et le plan de l\u2019enseignement à l\u2019Université d\u2019Ottawa n\u2019ont pas été interprétés \u201c en faveur de ceux qu\u2019ils intéressent \u201d comme ils auraient dû l\u2019être.Nous ne sommes pas prêts à appliquer avec trop de rigueur la force de cette déclaration à la conclusion logique contenue dans la derniére partie du Bref pontifical.Il nous suffit simplement d\u2019en montrer la portée.Dans le discours prononcé par le Révd P.McGuckin, recteur, à l\u2019occasion de l\u2019élévation du Collège au rang d\u2019Université par décret du Saint-Siège, en 1889, il disait : \u201c Les catholiques de langue anglaise ont fait leur part dans le développement des ressources matérielles du Canada ; et si l\u2019on tient compte de leur état de fortune, des maigres ressources avec lesquelles ils ont dû commencer la vie dans ce pays, des difficultés qu\u2019ils ont rencontrées dans la suite, ils ont fait beaucoup pour l\u2019éducation supérieure.Mais leur état de fortune a changé et les conditions de notre époque demandent impérieusement aux catholiques d\u2019être au niveau de leur temps dans le domaine de l\u2019éducation, de donner toute leur mesure dans la vie intellectuelle de la nation.\u201c11 est, de plus, temps pour le Canada de se donner une littérature anglaise catholique ; cette littérature n\u2019existe pas et on ne peut pas espérer qu\u2019elle existe jamais tant que nous n\u2019aurons pas des hommes ayant le temps et le moyen de suivre un cours d\u2019études comme il ne s\u2019en donne que dans une université catholique.\u201c Quelques mots maintenant des prétentions de l\u2019Université d\u2019Ottawa sur cette ville, sur la province d\u2019Ontario et sur toute la population de langue anglaise du Dominion.\u201c Jusqu\u2019ici le Collège d\u2019Ottawa a rendu de très grands et d\u2019excellents services au pays, mais, à l\u2019avenir, nous pouvons espérer qu\u2019avec la bénédiction de Dieu l\u2019Université catholique d\u2019Ottawa va rendre des services plus élevés et 20 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE = plus grands encore à l\u2019Eglise*et à l\u2019Etat et, particulièrement, dans cette province d\u2019Ontario.\u201c La nécessité et l\u2019utilité d\u2019une semblable institution pour les catholiques de cette province sont depuis longtemps évidentes ; établie sous d\u2019aussi heureuses auspices qu\u2019elle l\u2019est aujourd\u2019hui, nous sommes convaincu qu\u2019avant plusieurs années l\u2019influence de cette Université sera très étendue et durable.: \u201c Nos coreligionnaires de langue francaise ont leur université, la très ancienne, très illustre et très savante université catholique de Laval.Ce que Laval est pour Québec, l\u2019Université d\u2019Ottawa devrait le devenir pour Ontario, \u2014à la vérité, pour tout le Dominion\u2014un centre intellectuel catholique.\u201c Pour terminer, j\u2019invite tous les amis de l\u2019éducation catholique à se donner la main pour rendre cette université digne de son nom et digne des catholiques de langue anglaise du Canada.\u201d (The Owl, publié par les étudiants de l\u2019Université, vo!.3, p.37).Il ne faut pas beaucoup de discernement pour reconnaître dans le langage du Père McGuckin le désir d\u2019interpréter les termes et les ordres du Bref pontifical en faveur de ceux auxquels ils s\u2019intéressaient; et nous ne dépenserons pas de temps inutilement à developper le sens d\u2019un discours préparé avec tant de soin et qui, pour tous ceux qui l\u2019ont lu, apportait aux catholiques de langue anglaise d\u2019Ontario et aussi des autres provinces de langue anglaise, le message et la promesse qu\u2019ils attendaient et qu\u2019ils recevaient avec plaisir.Le recteur de l\u2019Université Laval, Mgr Paquet, admit franchement l\u2019opinion recue que l\u2019Université d'Ottawa ne devait pas être autre chose qu\u2019une université-sœur établie dans une autre province.Il disait : \u201cIl désire repousser la prétention que Laval fût la mère de l\u2019Université d\u2019Ottawa.Toutes deux reconnaissent le même père, le Pape; elles ont la même mère, l\u2019Eglise.Laval n\u2019est donc pas la mère, mais la sœur aînée de la nou- RTE iinet Miura cnn L'UNIVERSITE D OTTAWA 21 velle université.\u201d Il offrit les félicitations de la Faculté de Laval à la Faculté d\u2019Ottawa, et termina en disant que l\u2019institution qu\u2019il représentait vivrait en toute sécurité maintenant que sur les frontières de la province de Québec l\u2019Université d\u2019Ottawa serait là pour arrêter et repousser les erreurs diverses qui autrement pourraient atteindre et attaquer Laval.\u201d (The Owl, vol.3, p.38.) Dans le discours prononcé par M.Curran, plus tard solliciteur général du Canada et aujourd\u2019hui membre de la magistrature de la province de Québec, a cette méme occasion, se trouvent les paroles suivantes : Dans cette institution, c\u2019était le but du fondateur, tout en fondant une université anglaise, que la langue et la littérature de France occupassent une place considérable.\u201d (The Owl, vol.3, p.50.) Dans l\u2019ordre naturel des choses, la langue et la littérature de France doivent occuper une place considérable dans toute université.L\u2019anglais occupe une place considérable à Laval.Mais comme Laval était d\u2019abord une institution canadienne-francaise, ainsi l\u2019Université d'O.tawa était d\u2019abord une institution canadienne-anglaise.Laval remplit la mission qui lui a été confiée.L'Université d\u2019Ottawa ne remplit pas la sienne.Les déclarations officielles des autorités de l\u2019Université démontrent qu\u2019eux au moins reconnaissent leur devoir de suivre la direction du Saint-Siège en faveur de ceux pour qui cette direction était donnée.Dans la brochure publiée par l\u2019Université à l\u2019occasion de son nouveau cours de sciences, le I9 juin IJOI, se trouve ce qui suit: \u201c L\u2019anglais est la seule langue employée dans les salles des cours, excepté, comme dans la majorité des collèges catholiques, pour les cours de philosophie qui sont donnés en latin et aussi, \u2018comme dans les autres collèges pour les cours sur la littérature des langues modernes qui sont donnés dans ces langues quand les élèves les comprennent.\u201d Sitl atic 22 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE \u201c Cette institution obtint en I866 du gouvernement du Dominion une charte l\u2019autorisant à conférer des degrés analogues aux degrés conférés par les autres universités du pays.En 1889 elle recut de Sa Sainteté Léon XIII, tous les privilèges d\u2019une université catholique.\u201d \u201c Dans ces conditions il est naturel que les catholiques qui désirent donner à leurs fils ou à la jeunesse de leur race une éducation en anglais, considèrent que l\u2019université d\u2019Ottawa existe spécialement pour eux.Les catholiques sont de cet avis, assurément, et la preuve que l\u2019institution répond à leur attente, c\u2019est le succès remporté par les gradués de l\u2019université dans les plus hautes sphères de la vie sur toute I\u2019étendue du Dominion et dans plusieurs Etats de la république voisine.\u201d Une université efficace pour les étudiants de langue anglaise doit nécessairement étre sous le controle d\u2019une faculté composée de professeurs de langue anglaise et être entourée d\u2019une atmosphère en harmonie avec l\u2019esprit national du pays.La faculté presque tout entière de l\u2019Université d\u2019Ottawa n\u2019est pas de langue anglaise; plusieurs de ses membres ne sont pas même sujets britanniques et ne se piquent pas d\u2019être en sympathie avec notre esprit national ou notre système de gouvernement.Le calendrier de l\u2019Université d\u2019Ottawa pour l\u2019année académique I9OI-I902 déclare que le Conseil d'administration est composé des révérends messieurs suivants : Rév.H.A.Constantineau, O.M.L, M.A., D.D., recteur.\u201c N.Nilles, O.M.L, D.D., vice-recteur.\u2018 \u201c T.A.Poli, O.M.L, D.D., directeur des théologiens.\u201c W.J.Murphy, O.M.I, M.A., secrétaire.\u201c L.H.Gervais, O.M.I,, M.A., préfet des études.T.Campeau, O.M.I., préfet de discipline.\u201c A.Martin, O.M.1, trésorier.Parmi ceux qui précèdent, à l\u2019exception du révérend Père Constantineau qui, quoique francais de nom et de sympa- \u201clg\u201d L'UNIVERSITE D'OTTAWA 23 thie, peut être réclamé par les deux nationalités, le rév.Père Murphy est le seul homme de langue anglaise, et comme il a été récemment nommé curé de la paroisse St- Joseph, il n\u2019a que peu ou point de temps à consacrer aux affaires de l\u2019université.La faculté de théologie se compose comme suit : Rév.J.M.Duvic, O.M.L, D.D., doyen et directeur des étudiants en théologie.Rév.M.Froc, O.M.I,, D.D., professeur d\u2019Ecriture Sainte et de droit canon.Rév.H.Lacoste, O.M.I, Ph.D., D.D., professeur de théologie dogmatique.Rév.L.Peruisset, O.M.L, D.D.professeur d\u2019éloquence sacrée.Rév.F.L.Perdereau, O.M.I., D.D., professeur d\u2019exégèse et d\u2019apologétiqne.Rév.C.F.Faure, O.M.I., professeur d\u2019histoire ecclésiastique.Aucun de ces messieurs n\u2019est de langue anglaise.La faculté de Droit est inscrite dans le calendrier, mais elle n\u2019existe que nominalement parce que bien que des degrés en Loi soient conférés par l\u2019université, aucun élève ne s\u2019est présenté aux examens depuis plusieurs années.La faculté de Philosophie, d\u2019après le calendrier, se compose comme suit : Rév.N.Nilles, O.M.I, doyen ; professeur d\u2019histoire et de philosophie morale.Rév.E.Blanchin, O.M.L, vice-doyen, professeur de métaphysique.Rév.H.Lacoste, O.M.I, Ph.D., D.D., directeur de l\u2019académie St-Thomas.Rév.W.J.Murphy, O.M.L, M.A., professeur d\u2019astronomie et de physique.Rév.À.Baron, O.M.I., L.Ph., professeur de logique.Rév.E.J.Cornell, O.M.I, professeur d\u2019histoire naturelle.Deux parmi ces messieurs sont de langue anglaise, le rév.Père Murphy et le rév.Père Cornell.Comme nous l\u2019avons Es h 2 BR t Ik A} i 24 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE déjà dit, le rév.Père Murphy donne ses soins à la paroisse St-Joseph, et le Père Cornell vient d\u2019être nommé curé d\u2019Ot- tawa-Est.Le calendrier donne la constitution de la faculté des arts comme suit : Rév.N.Nilles, O.M.L, D.D., vice-recteur et professeur de philosophie.Rév.L.H.Gervais, O.M.I, M.A., doyen, professeur de latin et de grec.Rév.A.Antoine, O.M.I, Ph.D., D.D., vice-doyen, profes- fesseur de mathématiques.Rév.A.Gladu, O.M.I, professeur de latin.Rév.H.Lacoste, O.M.I., Ph.D., D.D., professeur de philosophie.Rév.G.Gauvreau, O.M.I.,, M.A., professeur de grec et de mathématiques.Rév.W.J.Murphy, O,M.I., M.A., professeur de physique et d'astronomie.Rév.L.M.Lejeune, O.M.I, professeur de francais.Rév.A.Lajeunesse, O.M.L., B.A., Ph.D., professeur d\u2019his- .toire naturelle.Rév.W.O\u2019Boyle, O.M.I, B.A., D.D., professeur d\u2019histoire.Rév.T.F.Harrigan, M.A., professeur de littérature anglaise et de latin.Dans une université anglaise on devrait naturellement s\u2019attendre a ce que la faculté des arts, plus que toutes les autres, soit composée de professeurs de langue anglaise; cependant, parmi ceux qui précèdent, le Père Murphy dont il a déjà été question, le Père O\u2019Boyle et M.Harrigan sont les seuls professeurs de langue anglaise.Le cours collégial (collegial course) et le cours commercial qui ne font pas partie de l\u2019université contient à peu près la même proportion de professeurs de langue anglaise que les facultés déjà mentionnées.- Sous le titre de \u201c Disciplinaires \u201d nous trouvons les noms suivants dans le calendrier : re L\u2019UNIVERSITÉ D'OTTAWA 25 Département des jeunes.Département des grands.Rév.T.Campeau, O.M.L, Rév.E.Pépin, O.M.L, pré- préfet.fet.Rév.R.Legault, O.M.L Rév.L.Binet, O.M.L Rév.J.Racette, O.M.I.Rév.A.O.Normandin, O.M.L Rév.Assisant Butsar.Rév.F.David, O.M.L Ces révérends messieurs sont avec les élèves tout le temps à part le temps des cours, et naturellement exercent une forte influence sur les étudiants et ont beaucoup à faire dans la formation de leur caractère, leurs sentiments, leur langage.Aucun de ces révérends messieurs n\u2019est de langue anglaise.Le sénat de l\u2019université est un corps de première importance.Il imprime la direction à l\u2019université et dicte à ses différentes facultés les principes qu\u2019elles devront suivre.Laissant de côté la faculté de Droit qui, comme nous l\u2019avons dit, n\u2019existe pratiquement pas, le sénat, d\u2019après le calendrier, se compose comme suit : Chancelier apostolique, Sa Grandeur Mgr J.Thos Duhamel.Recteur, le très révd A.Constantineau, O.M.L, D.D.Vice-recteur, révd N.Nilles, O.M.1,, D.D.Directeur des théologiens, révd J.A.Poli, CI 11] Secrétaire, révd W.-J.Murphy, O.M.I,, M.A.Préfet des études, révd L.-H.Gervais, O.M.L, M.A.Préfet de discipline, révd T.Campeau, O.M.I.Trésorier, révd À.Martin, O.M.I.Faculté de théologie Révd J.M.Duvic, O.M.I.\u2014 Révd H.Lacoste, O.M.L, D.D.\u2014 Révd M.Froc, O.M.I,, D.D.\u2014 Révd L.Peruisset O.M.1.Faculté de philosophie Révd E.Blanchin, O.M.I.\u2014 Révd A.Baron, L.Ph.\u2014 Révd G.J.Faure, O.M.I. 26 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Faculté des arts Révd M.Harnois, O.M.I.\u2014 Révd L.LeJeune, O.M.I \u2014 Révd A.Gladu, O.M.!.\u2014 Révd G.Gauvreau, O.M.L, M.A.\u2014 Révd A.Antoine, O.M.I.\u2014 Révd E.David, O.M.I., M.A.\u2014 Révd A.Lajeunesse, O.M.I, B.A., L.Ph.Dans ce corps directeur composé de vingt-deux membres, seul le rév.Père Murphy est de langue anglaise.Plusieurs de ces révérends messieurs sont des étrangers (foreigners) et beaucoup ne sont pas en sympathie avec l\u2019esprit national du Canada.Les affaires de l\u2019Université ne sont pas conduites de fa- con à satisfaire les catholiques d\u2019Ontario, ni de facon à garder leur confiance.Ce n\u2019est pas par accident que le nombre des professeurs de langue anglaise à l\u2019Université ou des hommes de langue anglaise est si extraordinairement petit dans son sénat.Ce qui semble être un plan bien arrêté pour décourager et chasser tous les prêtres de langue anglaise de l\u2019université, y est mis à exécution depuis quel- temps.Depuis quelques années, les prêtres de langue anglaise suivants qui faisaient partie du personnel de l\u2019université en ont été éloignés : Révérends Pères McRory, Patton, Tighe, Smith, Sullivan, Sloan, Duffy, McArdle, Whelan, McKenna et M.F.Fallon.On a dit que l\u2019ordre des Oblats ne recrute pas beaucoup de sujets dans Ontario et que, par conséquent, il n\u2019a pas de prêtres de langue anglaise à mettre sur la faculté de l\u2019université.On nous permettra de faire observer qu\u2019on ne fait aucun effort pour gagner la confiance des étudiants d\u2019Ontario et qu\u2019à l\u2019avenir, tant que l\u2019état de choses actuel existera, l\u2019ordre ne peut pas compter recevoir beaucoup d\u2019appui dans Ontario.L\u2019ordre a néanmoins recu d\u2019Ontario des sujets de très grande valeur et très bien doués ; mais ces derniers n\u2019ont pas recu l\u2019encouragement auquel les catholiques de cette province croient avoir justement droit.Si, dans toutes les circonstances que nous venons d\u2019exposer au très révérend Supérieur Général, les catholiques de langue anglaise d\u2019Ontario, et du Canada en général, hésitent à \u201c regarder l\u2019université comme existant spécialement ag\u2019 \u2014 \u2014-_-\u2014_\u2014_\u2014_\u2014>\u2014-\u2014\u2014\u2014 .- L\u2019UNIVERSITÉ D'OTTAWA 27 pour eux \u201d, les causes de leur hésitation sont faciles à discerner.Cette hésitation peut être définie avec encore plus d\u2019énergie ; c\u2019est plus que de l\u2019hésitation : c\u2019est de la suspicion, c\u2019est même de l\u2019hostilité ; et c\u2019est la rupture malheureuse des bonnes relations existant à Ottawa entre les catholiques de langue anglaise et les directeurs de l\u2019université qui ont aussi charge de la paroisse de Saint-Joseph, qui a provoqué ce sentiment regrettable.Les soussignés regrettent souverainement d\u2019avoir à opposer des paroles de critique à des déclarations venant d\u2019une source qui devrait être inaccessible à la critique, mais les faits non moins probants contenus dans le calendrier de l\u2019université pour l\u2019année I90I-I002, fournissent à ces déclarations une réfutation qui suffit au but que nous voulons atteindre, et qui suffira, nous en sommes certains pour convaincre le supérieur de l\u2019ordre qu\u2019un changement est nécessaire.L\u2019état de l\u2019éducation supérieure catholique parmi les catholiques de langue anglaise du Canada, et spécialement d\u2019Ontario,demande donc la plus prompte et la plus sérieuse considération.Ne trouvant pas dans l\u2019université d\u2019Ottawa, sous sa direction et avec son enseignement actuel, l\u2019éducation qu\u2019ils veulent donner à leurs fils, les parents les envoient en nombre sans cesse grandissant dans les collèges protestants et les universités protestantes, au prix d\u2019un désavantage religieux considérable et de la tranquillité de leur conscience.La demande des autorités de l\u2019université en vue d\u2019obtenir de l\u2019appui et des dotations de la part des particuliers, restera vaine aussi longtemps que cet état de choses continuera.Lorsque les réformes nécessaires auront été faites et qu\u2019elles inspireront un espoir raisonnable de permanence, les conditions changeront et on pourra s\u2019attendre à des actes de grande générosité.L'université d\u2019Ottawa, dans les conditions actuelles, non seulement ne donne pas l\u2019éducation qu\u2019elle devait donner et à laquelle les catholiques de langue anglaise avaient \u2018 4 Re.*] ni \u201cÀ A 28 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE droit en justice, mais elle empêche la création de toute autre institution capable de la remplacer.Son existence empêche toute sanction législative d\u2019un autre collège.Sa méthode défectueuse éloigne les étudiants de ses cours, empêche la popularité et la confiance, décourage les particuliers qui la doteraient.Elle nuit à la fois, positivement et négativement, à la cause de l\u2019éducation de ceux pour qui elle existe spécialement.Son existence même dans son état actuel constitue une double injustice à l\u2019égard du peuple pour qui elle a été créée, parce qu\u2019elle ne répond pas aux besoins des catholiques de langue anglaise d\u2019Ontario et qu\u2019elle est un empêchement à ce que la législature accorde des pouvoirs universitaires à toute autre institution que nos nationaux,dans leur détresse, pourraient désirer établir.Les soussignés ont peine à croire (et nous tiendrions cette déclaration pour très douteuse si elle venait de critiques hostiles du dehors) qu\u2019un Ordre aussi répandu, si généralement couronné de succès et si renommé pour son dévouement à sa mission religieuse et éducatrice, ne possède pas dans ses rangs un nombre de sujets de langue anglaise savants et habiles suffisant pour constituer à l\u2019université d\u2019Ottawa un corps de professeurs aussi admirable et compétent que les catholiques de langue anglaise !les plus exigeants pourraient désirer.Le besoin d\u2019un changement qui soit une amélioration est urgent.Chaque année ajoute aux inconvénients et aux pertes endurées parles catholiques de langue anglaise, et creuse le fossé de discrédit qui les sépare de l\u2019université d'Ottawa.Le degré ès arts,ou l\u2019inscription dans les arts, sont nécessaires pour l\u2019admission des élèves à l\u2019étude des professions.Les catholiques de langue anglaise, ne voulant pas envoyer leurs {ils à l\u2019université d\u2019Ottawa, et recevant la défense de les envoyer dans d\u2019autres institutions, sont placés dans le dilemme pénible et irritant d\u2019envoyer des élèves à une université qui ne leur inspire pas de confiance, ou d\u2019encourir la censur eecclésiastique en envoyant leurs enfants dans des institutions protestantes.ag 7 A L\u2019UNIVERSITÉ D'OTTAWA 29 Le salternatives qui s\u2019offrent auxs'oussignés et sur lesquelles nous attirons respectueusement mais fermement l\u2019attention du supérieur de l\u2019Ordre des Oblats, sont les suivantes : IS Que l\u2019Université d\u2019Ottawa soit réorganisée de facon à remplir avec une fidélité scrupuleuse et une parfaite obéissance les conditions stipulées par le Bref pontifical, et les promesses faites sous son autorité par les directeurs de l\u2019Université d\u2019Ottawa, savoir que l\u2019Université d\u2019Ottawa serait dirigée comme une institution destinée aux catholiques de langue anglaise, ou 2° Que la charte civile et religieuse de l\u2019Université soit transportée dans le plus court délai possible à quelque autre établissement catholique qui serait en état de remplir les conditions de la loi civile et religieuse, ou 3° Que, si les supérieurs de l\u2019Ordre ne peuvent pas ou ne veulent pas effectuer ou accorder l\u2019une ou l\u2019autre des alternatives mentionnées ci-dessus, les catholiques obtiennent alors la permission d\u2019envoyer leurs enfants dans les universités laïques afin que se réalise le vœu exprimé par le Père McGuckin, savoir: \u201cvu le changement de leur état de fortune, les conditions de leur époque exigent que les catholiques soient au niveau de leur temps et donnent toute leur mesure dans la vie intellectuelle de la nation.\u201d Les soussignés veulent qu\u2019il soit bien compris et clairement établi qu\u2019ils ne cherchent en aucune facon à diminuer ou limiter les avantages dont jouissent leurs coreligionnaires catholiques canadiens-francais en matière d\u2019éducation.Dans toute entreprise d\u2019éducation supérieure, la langue et la littérature de la France \u2014 en autant que cette dernière est chrétienne et catholique \u2014 doivent occuper une place considérable ; et toute mesure sauvegardant cette doctrine sera acceptée et respectée.L\u2019attitude de l\u2019Université Laval au sujet de l\u2019enseignement de l\u2019anglais offre un exemple à suivre même dans une mesure plus libérale.La déclaration qui précède est respectueusement exposée par les soussignés.OTTAWA, 7 octobre 1901.EE RTC Loy ST il Fi Ni 5 f ht 30 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE R.-W.SCOTT, Secrétaire d\u2019Etat pour le Dominion du Canada et membre du Sénat du Dominion pour la ville d\u2019'Ottawa.JOHN-A.MACCABE, Principal de l\u2019Ecole Normale.W.-L.SCOTT, Magistrat local de la Cour Suprême de Judicature de la Province d\u2019Ontario.M.-P.DAVIS, Entrepreneur.MARTIN-J.GRIFFIN, Bibliothécaire du Parlement du Canada.RICHARD TOBIN, Entrepreneur.JOHN HEVEY, Entrepreneur.M.-J.GORMAN, Avocat.JAMES-G.FOLEY, Membre du Service Civil du Dominion.M.BRADY, Membre du Service Civil du Dominion.D\u2019ARCY SCOTT, Avocat.CHARLES MURPHY, Avocat.D.-J.MCDOUGALL, Avocat.E.-P.GLESSON, Avocat.P.-J.COFFEY, Enregistreur des Actes pour le comté de Carleton.P.HARTY, Membre du Service Civil du Dominion.WM KEHOE, Gouverneur de la prison du comté de Carleton. 17 à .a x ek LL \u2018 sé car a inraati nant ne ie aol er rie nich te trait, ait: St ci LR RL M ER inti ntte.L'UNIVERSITE D OTTAWA 31 ANTHONY FREELAND, M.D,, Percepteur du Revenu de 'Intérieur pour la ville d\u2019Ottawa.E.-P.STANTON, Membre du Service Civil du Dominion.JAMES O'CONNOR, Entrepreneur.J.-J.HENEY, Marchand de charbon.GEO.O\u2019KEEFE, Magistrat de police pour la ville d\u2019Ottawa.WM-H.BARRY, Avocat.M.-C.MACKORMAC, Assistant bibliothécaire du Parlement du Canada.D\u2019ARCY SCOTT.Certified a true copy of original of memorial re Ottawa University handed to His Excellency the Delegate Apostolic to Canada, His Grace the Archbishop of Ottawa and Very Reverend C.Tatin, O.M.I,, Visitor Oblate Order.A Notary Public for the Province of Ontario.NOTE DE LA DIRECTION.\u2014Nous publierons dans notre prochain la réponse que fit Mgr Duhamel au mémoire qui précède.Cette réponse était adressée au cardinal Ledow- kowski, alors préfet de la propagande.Document à lire et à conserver.ET A= Notre quatrième année La Revue Franco Américaine vient d'entrer dans sa quatrième année.Combien parmi les premiers qui lui ont fait l\u2019honneur de la lire ont espéré lui voir franchir cette rude étape ?On redoutait pour elle le sort qui a mis une fin prématurée à tant d\u2019autres publications.Aussi ne pouvons-nous taire les quelques réflexions que nous inspire cet anniversaire, moins en souvenir des efforts qu'il nous rappelle que pour les riantes promesses qu'il nous apporte.Le succès de la Revue est certain.Cela ne veut pas dire que notre publication vogue dans l'abondance, qu'elle a atteint cette mesure de succès que, pour la cause, elle entreprenait de poursuivre dès son premier numéro.Non, ce qui nous cause de la satisfaction, c'est que notre oeuvre a non seulement pu subsister, mais c\u2019est qu\u2019elle n'a pas cessé de grandir, de se développer, d'étendre son influence ; en un mot, c\u2019est qu\u2019elle a conscience de n'avoir pas dévié une seule fois du programme qu'elle s\u2019était tracé, c'est qu'elle a conscience d\u2019avoir fait de son inieux tout son devoir.Assurément, les questions qu'elles a traitées étaient trop délicates pour qu\u2019elle ne reçut que des éloges ; elle a eu sa part\u2014sa large part\u2014de reproches.Loin de s'en blesser outre mesure elle s\u2019est toujours appliquée à tirer profit des reproches, tout autant que des éloges recueillis sur sa route.Il faut savoir prendre des leçons de l\u2019enuemi, même s\u2019il est impossible de \u201ccontenter tout le monde et son père.Il est incontestable que nos questions nationales, \u2014et par là j'entends surtout les questions qui intéressent plus parti- culierement la vie nationale des Canadiens-Français\u2014il est incontestable, dis-je, que nos questions nationales ont pris, depuis deux ou trois ans, une importance qui échappait au plus grand nombre.ag v NOTRE QUATRIÈME ANNÉE 33 Et je me rappelle fort bien qu\u2019à mon arrivée à Québec, en 1908, on ne me cacha pas que j'avais mal choisi mon terrain, si je comptais faire de la Province de Québec le siège des revendications franco-américaines.Il n\u2019a pas été nécessaire de traverser la frontière pour trouver des droits à défendre, des abus à signaler, des empiètements et des conspirations à démasquer.C\u2019est à ce point qu\u2019on peut se demander si, de tous les groupes français établis en dehors de la province de Québec, le plus alerte, le plus aguerri, celui qui a perdu le moins de terrain n\u2019est pas encore le groupe de la Nouvelle- Angleterre.Je ne parle pas du groupe de la province de Québec parce que c\u2019est lui qui à la garde du foyer ancestral, et qu\u2019il a tous les moyens de le faire respecter.C\u2019est à lui de se demander s\u2019il s\u2019est toujours montré suffisamment jaloux du dépôt précieux qu\u2019on lui avait confié.Lui, n\u2019a pas le droit d\u2019être vaincu, si une indifférence criminelle l\u2019a souvent porté à se désintéresser de ceux qui luttent sous tous les cieux pour une commune gloire.À vrai dire, c\u2019est surtout à combattre ce sentiment d\u2019indifférence que s\u2019est d\u2019abord appliquée la Revue.En face du danger qui menaçait toute la race on n\u2019a retrouvé que des frères.Et pour montrer ce danger on n\u2019a eu qu'à déchirer quelques voiles, qu\u2019à arracher quelques masques, ou qu'à publier à la grande lumière du jour quelques mensonges poudreux.Les lecteurs de la Revue savent de quel poids a été dans la lutte pour le français, pour les droits de la race à l\u2019école, à l\u2019église, partout, la solide et abondante documentation que nous avons versée chaque mois dans les dossiers.Ce travail n\u2019est pas fini ; nous le continuerons jusqu'au bout et nous ne croirons notre tâche terminée que le jour où nous aurons délogé le mensonge assimilateur de sa dernière retraite.Jusqu'ici la Revue presque exclusivement consacrée à des travaux de défense, a dû établir sous le feu de l\u2019ennemi, l\u2019organisation indispensable au succès.À la première occasion 34 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE elleprendra l'offensive, ceci sans bravade, mais pour la simple application de ce principe qu\u2019en face de l\u2019ennemi on ne se défend jamais si bien que lorsqu\u2019on attaque vigoureusement.Aussi, pour cette besogne, compte-t-elle que les sympathies solides et nombreuses qui l'ont appuyée jusqu'ici, ne lui feront pas défaut, elle compte que ses amis la suivront jusqu\u2019au bout du chemin qu\u2019ensemble ils suivent depuis trois ans, Car c\u2019est un fait remarquable\u2014et combien consolant |\u2014 qu'il s\u2019est développé entre nos lecteurs, entre la Revue et ses collaborateurs, un sentiment d\u2019étroite solidarité qui a déjà résisté à plus d'un assaut.Un journal qui peut se vanter d\u2019avoir de pareils lecteurs et de pareils amis n\u2019a pas à redouter l\u2019avenir.Nos lecteurs nous permettront bien, je l\u2019espère, d'ajouter ce témoignage aux remerciements que nous leur adressons à l'occasion de notre anniversaire.Pour notre part, nous commençons cette quatrième année avec la ferme détermination de ne pas cesser d\u2019être dignes de leur confiance et de mériter, par un dévouement qui ne se dément pas, le précieux patronage dont ils nous honorent.Plus d\u2019une fois nous avons dû faire appel à leur générosité et cet appel\u2014nous le proclamons hautement\u2014n\u2019a jamais été fait en vain.Nous les invitons encore a nous seconder dans cette oeuvre qui leur appartient tout autant qu'elle nous appartient.Comme par le passé, nous travaillerons ensemble à la diffusion des vérités nécessaires.Ce but, certes, pourrait tenter des écrivains mieux doués sinon plus courageux ; ils mériterait d\u2019enrôler des soldats mieux aguerris et plus habiles.Mais ce sera notre suprême récompense que d\u2019avoir pu, par des efforts incessants, par des appels répétés à la justice, contribuer notre faible part au triomphe des idées rédemptrices, d'avoir inspiré plus de courage à ceux que la rigueur des événements lasse, plus de prudence à ceux que la confiance naïve aveugle.\u201c Allumez tous les phares, \u201d nous dit aujourd'hui un de nos plus éminents collaborateurs.Notre ambition est de mainte- sg \u2014 ition riel eco de RA 4 35 NOTRE QUATRIÈME ANNÉE ts nir, brillante et vive, la lumière que nous allumions, il y a trois ans, M.Lefebvre et moi, sur la pointe du récif le moins redouté, mais le plus dangereux de notre vie nationale.Notre phare est allumé, et, si Dieu le veut, il n\u2019est pas prêt de s\u2019éteindre.D J.-L.K.-Laflamme.| Es pe hit a ii Hy 1 i : Rt hi ih fu | i AR ft os AE Fa Eye th SL res Ear Ea ory > o fel = me 3 Voix d'Acadie ©) L'enseignement bilingue.\u2014 Souvenirs du premier inspecteur d'écoles français du Nouveau-Brunswick.\u2014 L'enseignement du français à Halifax.J'ai suivi très attentivement tout ce qui s\u2019est écrit ou fait en faveur de l\u2019enseignement bilingue, ou contre cet enseignement, spécialement dans la province d\u2019Ontario.La situation dans laquelle se trouvaient les Français dans les provinces maritimes, il y a trente ans ou plus, était, je puis l\u2019affirmer sans crainte d\u2019être démenti, autrement déplorable qu\u2019en Ontario.Si je prends position dans la lutte actuelle, c\u2019est parce que, ayant été le premier inspecteur français des écoles dans cette province du Nouveau-Brunswick, ayant exercé ces fonctions, alors extrêmement délicates, durant huit ans, j'ai acquis une expérience que l\u2019on se plaît à mereconnaître.Je veux mettre cette expérience au service de nos frères, opprimés à leur tour, de l\u2019Ontario, l\u2019oppression qui pèse sur eux venant exactement, pour catholiques, de la même source : l\u2019épiscopat irlandais.COMMENT ENSEIGNER ?En toute question, il convient d\u2019établir un principe, base sur laquelle s\u2019appuiera le raisonnement.Le principe sain, sainement compris, c\u2019est aussi la lumière qui éclaire le raisonnement.Nous devons au Canada envisager l\u2019enfant à instruire dans trois atmosphères spéciales de famille : (1) La plus grande partie de cet article a été publiée dans le Moniteur, de Hawkesbury, Ont, rd D = er ce VOIX D'ACADIE | 37 1° Parle-t-on plus généralement le francais chez lui et autour de lui ?2° Y a-t-il une minorité imposante d\u2019habitants d\u2019autre langue dans sa paroisse ?3° Le français est-il la langue de la minorité dans la paroisse ?En vertu du droit naturel du père de famille, il est de toute évidence que, dans le premier cas, la paroisse a le droit d\u2019avoir une école française : l\u2019action du gouvernement se borne à l\u2019aider à établir et à maintenir cette école.Et ceci constitue le principe dont je parlais.Dans le second cas, en supposant qu\u2019il ne puisse y avoir d\u2019écoles séparées pour chacune des langues parlées par la population de la paroisse, l\u2019enseignement devra être bilingue, après un laps de temps accordé à l\u2019enseignement du français seul, parce que les enfants français principalement apprendront vite la langue anglaise parlée, au contact journalier avec l\u2019autre élément.Et cela se conçoit aisément, puisque l\u2019on ne procède pas, dans ce cas, de l\u2019inconnu au connu ; ce qui arriverait fatalement dans le premier cas, si l\u2019on imposait à la paroisse exclusivement française l\u2019enseignement bilingue.Enfin, dans le troisième cas, l\u2019enseignement, par la force des choses et de la volonté arrêtée des parents de langue anglaise, sera essentiellement anglais: on ne changera rien à cela.C\u2019est aux quelques parents français vivant dans cette municipalité anglaise de prendre les moyens d\u2019instruire leurs enfants ou de les faire instruire dans leur langue maternelle.La province de Québec est essentiellement française, elle a l\u2019avantage d\u2019avoir un gouvernement français.Elle a le droit, elle a la force pour elle.Or, je vous le demande, quels ne seraient pas les cris d\u2019indignation de tout le Dominion si, usant de son droit, de sa force, elle décrétait par toute la province l\u2019enseignement exclusif du français ?N\u2019y eût-il, dans toute son immense étendue, qu\u2019une demi-douzaine de familles irlandaises, celles-ci rempliraient le ciel et la terre de leurs cris de fureur et de vengeance, ameuteraient contre nos frères non Bee Me 38 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE seulement toutes les provinces du Canada, mais les Etats- Unis, mais l\u2019Irlande même ! Pourquoi leurs Fallon, leurs Murphy et leurs Scollard ne donnent-ils pas à nos frères d\u2019Ontario ce qu\u2019ils exigent pour une demi-douzaine des leurs dans la province de Québec ?A cause de leur soif de domination ; à cause surtout des bienfaits qu\u2019il ont reçus de l\u2019admirable épiscopat et du clergé comme des laïques de langue française : parce que, pour l\u2019ingrat, tout souvenir de bienfait est un fer rouge qui se retourne dans la plaie.Le principe absolu est donc le droit du père de famille, et ce droit prime celui des Fallon et consorts.Ils le savent.L'école bilingne est une concession faite aux circonstances : elle peut, dans quelques cas tout particuliers, être presque une nécessité, moyennant ce que j'ai dit de l\u2019enseignement du français seul durant quelques années.Nous le verrons par la suite.DANS LES PROVINCES MARITIMES J'ai dit \u2014 je ne le dis pas de moi-même : tous les pédagogues les plus éminents sont de cet avis, avec la raison \u2014 qu\u2019il faut, dans l\u2019enseignement bien compris, aller du connu à l\u2019inconnu.: Il y a environ trente-deux ans, le gouvernement du Nou- veau-Brunswick, désireux de donner justice aux Acadiens, nomma un inspecteur francais \u2014 le premier, ce fut celui qui écrit ces lignes \u2014 et lui donna des pouvoirs très étendus.Aussitôt nommé, l\u2019inspecteur français fit une première visite, pour ainsi dire de reconnaissance, dans le vaste champ qui lui avait été assigné : le comté de Gloucester, le comté de Kent, le Madawaska, etc.À cette première visite, il recueillit de précieuses informations, fit de stupéfiantes découvertes.Les instituteurs, les institutrices, presque tous de langue française, n\u2019enseignaient, dans un grand nombre de paroisses, que l\u2019anglais qu\u2019ils connaissaient à peine.Après cinq ou six ans de cet enseignement, les enfants quittaient l\u2019école aussi ignorants que le jour de leur entrée.A la question: \u201c Pourquoi n\u2019enseignez-vous que l\u2019an- VOIX D\u2019ACADIE 39 » glais ?\u201d on répondit invariablement : \u201c Parce que l\u2019inspecteur, qui ne comprenait pas un mot de français, dit que si nous enseignons le francais, on nous retirera notre pain!\u2019 L\u2019inspecteur leur demanda: \u201c Préférez-vous enseigner l\u2019anglais et les enfants font-ils plus de progrès que quand vous leur enseigniez le français?\u201d Ils lui dirent: \u201c Nous préférons enseigner le français, et les enfants faisaient des progrès lorsque nous ne leur enseignions que le français, tandis qu\u2019ils n\u2019en font aucun depuis que nous n\u2019enseignons que l\u2019anglais, ou les deux langues concurremment.\u201d Dans les conférences d\u2019instituteurs et d\u2019institutrices de langue française qu\u2019inaugura le nouvel inspecteur, il fut reconnu, d\u2019après les observations générales les plus solides, qu\u2019il fallait, à tout enfant, un enseignement primaire en sa langue maternelle durant cinq ou six ans.L\u2019inspecteur persuada donc au personnel enseignant d\u2019alors, dans les paroisses exclusivement françaises, d\u2019enseigner le français seul durant les premières années et de ne commencer l\u2019enseignement de l\u2019anglais qu'après la cinquième année.Il s\u2019engageait, si le gouvernement en prenait ombrage et suspendait le salaire de l\u2019instituteur et de l\u2019institutrice, à dédoma- ger pour les torts qu\u2019ils eussent subi de ce chef.L\u2019inspecteur avait toute latitude du Bureau d\u2019Education a qui, d\u2019ailleurs, il faisait de fréquents rapports, en recevant tous les plus hauts encouragements et les pouvoirs les plus étendus.Le Bureau d\u2019Education ne demandait pas un rapport sur l\u2019enseignement d\u2019une ou de deux langues.Ce qu\u2019il voulait, c\u2019était d\u2019être mis au courant des progrès intellectuels des enfants dans l\u2019étude de leur langue maternelle.En outre, l\u2019inspecteur assemblait, dans chaque paroisse les commissaires d'école et les pères de famille.Dans des conférences toujours fort goûtées, il poussait les uns et les autres à veiller soigneusement à ce que le français fût bien enseigné.Il leur faisait observer que l\u2019anglais, dans une population toute française, n\u2019était pas une nécessité pour les travaux de la ferme.Au contraire, que la connaissance de cette langue ne pouvait qu\u2019exciter la jeunesse à quitter le village pour la ville, ou souvent, par malheur pour ces a ee DEN = ao EN 40 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE jeunes gens et pour l\u2019Acadie, pour les Etats-Unis.Tout le temps consacré, dès le bas âge, à l\u2019étude de l\u2019anglais sans nécessité absolue, était du temps gaspillé inutilement, de l\u2019argent perdu sans jamais le moindre profit pour les parents.Si, plus tard, les parents voulaient pousser leurs enfants vers les professions libérales, il serait toujours temps pour ceux-ci d\u2019apprendre l\u2019anglais, cu\u2019ils n\u2019apprennent que trop vite, hélas ! À sa deuxième, mais surtout à sa troisième visite, l\u2019inspecteur put constater les grands progrès accomplis.Vers l\u2019âge detdouze ou de quatorze ans, l\u2019enfant, généralement à la campagne, est retiré de l\u2019école pour aider son père ou sa mère aux travaux de la ferme.Il sera utile à sa famille et à son pays s\u2019il possède bien sa langue maternelle.S'il eût été condamné à apprendre l\u2019autre langue seule ou les deux à la fois, il n\u2019eût jamais rien su et eût été mal armé pour les combats de la vie, même en ne sortant pas de son village.C\u2019est une cruauté inutile, nuisible à la société, que de forcer un enfant qui ne sait qu\u2019une langue, d\u2019en apprendre une étrangère simultanément avec la sienne.C\u2019est renverser l\u2019ordre des choses, procéder de l\u2019inconnu au connu.Aussi, sous ce rapport, suis-je d\u2019accord, \u2014 hélas ! \u2014 avec Mgr Fallon.Et c\u2019est \u2014 qu\u2019il me le pardonne \u2014 parce que nos frères les Canadiens-français n\u2019ont point saisi ce côté de la question, qu\u2019ils sont victimes, en Ontario, des menées des assimilateurs à outrance, alliés naturels des orangistes.Les Anglais, avec leur esprit pratique, n'ont jamais versé dans cette erreur qui veut aller de l\u2019inconnu au connu ; et s\u2019ils veulent que leurs enfants apprennent une langue étrangère, ils ont soin tout d\u2019abord de l\u2019instruire complètement dans sa propre langue.L\u2019un des plus éminents pédagogues de \"Ontario, le Dr Thomas O'Hagan, l\u2019un de ces rares Irlandais possédant les vraies notions du juste, a montré, dans une série d'articles remarquables pu- bliès en (I909-10?), dans la Patrie, de Montréal, où est le grand défaut dans l\u2019enseignement bilingue en Ontario.Ce vaillant lutteur était principal de l\u2019école supérieure de Rockland, Ontario.Cet homme de bien, dégoût\u201c de l\u2019arbi- rd \"2 A VOIX D\u2019ACADIE 41 traire du Bureau d\u2019Education de l\u2019Ontario et de la conduite des siens, vient de quitter l\u2019enseignement pour prendre la magnifique position de rédacteur en chef du \u201cNew World\u201d, de Chicago, où, espérons-le, il saura encore nous être utile grâce à la bienveillance de son archevêque envers notre race.LES RESULTATS Il est une constatation qu\u2019impose tout ce qui se passe sous nos yeux, aussi bien en Québec, en Ontario, que dans les provinces maritimes.Les parents francais qui obligent leurs enfants à étudier l\u2019anglais dans le bas âge, dégoûtent ces enfants du travail de la terre.Ces enfants, je l\u2019ai dit, s\u2019en vont aux villes où aux Etats-Unis où un grand nombre se perd.Le dépeupienment de la campagne est un fléau chez nos frères autant que chez nous.Périodiquement, leurs journaux jettent le cri d\u2019alarme.C\u2019est en vain que les gouvernements du pays nous inondent de la canaille d\u2019Europe amenée ici à grands frais quand cet argent pourrait si avantageusement servir à favoriser l\u2019agriculture et, par là, à retenir sur le sol de leurs ancêtres nos pauvres déclassés\u2014dé- classés par une fausse conception de l\u2019enseignement.Jamais ces rebuts des peuples d'Europe amenés ici ne pourront remplacer le colon naturel, le Canadien, surtout le Ca- nadien-francais, et l\u2019Acadien.Quant à l\u2019Irlandais, c\u2019est un fait reconnu, il est tout aussi inapte à la colonisation que le Juif : celui-ci ne peut se livrer qu\u2019à l\u2019échange des marchandises.L\u2019enfant qui ne possède pas très bien sa langue maternelle et qui en parle une autre simultanément abandonne fatalement celle de ses aieux : cela n\u2019a pas besoin d\u2019être prouvé, les preuves fourmillent autour de nous, nous crèvent les yeux.Il faut où la mauvaise foi ou la méchanceté des assimilateurs pour nier l\u2019évidence.Que peuvent d\u2019ailleurs nos pires amis contre le droit des pères de famille, qui est un droit divin ?Nos frères du Canada-francais et d\u2019Ontario tiennent à garder et à sauvegarder leurs droits: ils ont raison. i 42 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE A Moncton, N.B., les catholiques francais avaient obtenu, en I907, que l\u2019enseignement primaire à l\u2019école St-Ber- nard fût donné exclusivement en francais les quatre premières années.Ce système marchait à merveille et donnait des résultais très appréciables et fort appréciés des parents et des religieuses enseignantes, bien que la supérieure et plusieurs soeurs fussent irlandaises.Après deux ans de bon fonctionnement, ce règlement fut aboli par une coalition de fraîtres à notre race unis au curé irlandais de la paroisse: l\u2019anglais est enseigné désormais dès la seconde année.Ici cependant ils ont le contact quotidien avec les Anglais, formant la grande majorité de la population de Moncton.Quant aux Irlandais, ils sont l\u2019infime minorité.L\u2019Anglais nous laisse jouir paisiblement de nos droits: on l\u2019a vu jusqu\u2019à l\u2019évidence encore lorsque le changement que je viens de rapporter a été exigé par nos ennemis: le président des Commissaires, anglais protestant, a agi avec la plus grande justice, contrairement à notre curé irlandais et à nos traitres.x*> On voit, par ce qui vient d\u2019être dit, quels soucis ont eus pour l\u2019instruction les gouvernements des provinces maritimes.On aura constaté la différence des sentiments qui animent à notre égard nos compatriotes anglais.D\u2019où vient cette différence, cette propension, ici à rendre justice aux Francais, là à leur refuser cette justice ?\u2014 L\u2019assimilateur, ici, et pour des raisons que nous verrons plus loin, n\u2019avait pas encore entrepris d\u2019étendre la persécution jusqu\u2019au civil.Sans doute, il prenait tant qu\u2019il pouvait les meilleures positions au détriment des Acadiens, et il les prenait dans toutes les sphères de la vie civile.Remarquez bien qu\u2019il ne pouvait arriver à ce résultat que par l\u2019influence de nos Acadiens, décidément trop bons.N\u2019avez-vous pas, en Québec, fait de méme, et le grand juge Fitzpatrick ne vous doit-il pas sa position suréminente ?Et comment vous a-t-il prouvé sa reconnaissance ?\u2014 De même chez nous.Les Irlandais abusaient de la\u2026 naïveté des nôtres, leur faisant croire qu\u2019ils défendraient notre religion\u2014que per- ii FY) VOIX D'ACADIE 43 sonne n\u2019attaquait en dehors d\u2019eux-mémes\u2014,nos droits\u2014que les Anglais nous accordaient et nous accordent dés que nous formulons une revendication fondée\u2014.Leur unique objectif était de dominer par tous moyens, et pour cela les chefs du côté religieux s\u2019unissaient, du côté du temporel, à ceux que dévorai l\u2019ambition.Si nous avons obtenu des concessions dans les choses de l\u2019enseignement, c\u2019est parce que nous avions un groupe compact de députés acadiens s'occupant sans relâche de faire triompher nos droits, et qu\u2019il fallait compter avec eux.Nos sept députés locaux du Nouveau-Brunswick n\u2019abandonnaient jamais le peuple quand la question de l\u2019enseignement venait sur le tapis.Ils connaissaient le jeu des Irlandais parvenus, et savaient qu\u2019il ne pouvaient, eux, Acadiens, compter que sur eux-mêmes.Nous reconnaissons aussi une autre raison à notre état satisfaisant, et elle a son importance, encore qu\u2019elle semble paradoxale.Bien qu\u2019il y ait, aux provinces maritimes, un nombreux contingent d\u2019orangistes, ils ne se montrent cependant pas hostile à notre égard.Ils n\u2019ont rien à reprocher et ne reprochent rien aux nôtres.Il leur arrive même de nous aider dans nos revendications au civil.Dans leurs démonstrations annuelles, leurs attaques contre les catholiques visent surtout l\u2019Irlandais catholique qu\u2019ils ne cessent de combattre.Le fusionnement entre les orangistes et le clergé irlandais ne s\u2019est point encore opéré ici comme il l\u2019a fait en Ontario.Par conséquent, ils sont ici plus civilisés, moins féroces qu\u2019en Ontario, puisqu\u2019ils ne sont pas venus encore en contact avec l\u2019Irlandais catholique.En Ontario, on constate exactement le contraire.L\u2019alliance des Irlandais catholiques avec leurs pires ennemis ne semble-t-elle pas avoir ramené ceux-ci et ceux-là à l\u2019état de barbarie ?Nest-ce pas la cause directe de la férocité de l\u2019orangiste?Il s\u2019agit d\u2019écraser le Francais en Ontario.Ici, les Anglais et, en général, les protestants y compris les orangistes, ne s\u2019occupent aucunement de cela ; ils ne sont nullement atteints de francophobie à la manière des Fal- 44 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE lon, des Sproule, des Scotlard et autres.M.Sproule ne m\u2019en voudra pas de lui donner une telle place d'honneur ; je n\u2019ai pas l\u2019avantage de le connaître, mais il mériterait, à mon humble avis, d\u2019être le chef du trio nommé.Il doit être de taille à se mesurer, pour la boxe, avec le bon boy dont j'ai mis, respectueusement, le nom avant le sien.Dans mon imagination, je me le figure dépassant de cent coudées ses deux acolytes.UN PEU DE LUMIERE Ici, un contraste douloureux s\u2019impose de lui-même.Quelle différence entre notre influence temporelle sans cesse grandissante, et notre influence religieuse nulle! La première nous sort du tombeau.L'autre paraît nous y replonger.Les Lawrence, les Winslow, les Church, du côté religieux, sont pius communs, agissent avec une plus froide cruauté de nos jours qu\u2019en 1755, mais dans un autre ordre d\u2019idées.Me permettra-t-on en ce moment de dire quelques mots en réponse à la lettre d\u2019une \u201cAncienne Elève\u201d à Pacifique, notre brillant défenseur, lettre parue dans \u201cL\u2019Action Sociale\u201d du 6 mars dernier ?\u201cAncienne Elève\u201d, on s\u2019en souvient, disait que j\u2019eusse mieux fait d\u2019attendre les renseignements que j'avais demandés.Elle ignorait qu\u2019en ma qualité d\u2019ancien inspecteur des écoles, je connaissais mon sujet assez bien.Tout en rendant hommage au sentiment de reconnaissance qui l\u2019anime\u2014hélas! la reconnaissance est si rare de nos jours !\u2014, elle voudra bien peser ce qui suit: \u201cMon cher Monsieur.\u2014 Le professeur Lanos enseignait le francais au couvent du Mont St-Vincent deux fois par semaine: était-ce une heure, plus ou moins ?-\u2014 Je n\u2019ai pu le savoir.\u201cJe sais de bonne part que le francais n\u2019y est enseigné que comme le latin.La correspondante \u201cAncienne Elève\u201d n\u2019est autre qu\u2019une Canadienne-francaise ou anglaise venue au Mont St-Vincent pour y apprendre l\u2019anglais.C\u2019est pour cela ou pour la musique que nos Canadiennes-francaises y viennent, et certainement pas pour y apprendre le francais n ai VOIX D\u2019ACADIE 45 que les soeurs de Charité ne connaissent que bien imparfaitement.S\u2019il y a un \u201ccercle francais\u201d c\u2019est sans doute pour les Anglais, rien autre.\u201cC\u2019est dans nos centres francais que nos couvents exercent leur mission commencée dès l\u2019arrivée de ces soeurs en Acadie.On me dit que depuis une année ou deux les choses se sont améliorées un peu, mais le francais ne forme quand même qu\u2019une bien faible partie de l\u2019enseignement, une chose que l\u2019on doit négliger autant que possible.Un ami me dit aujourd\u2019hui même qu\u2019il n\u2019y a pas plus de deux ans, les Soeurs du couvent de X., un centre tout francais (Pacifique IT en a cité trois au Nouveau-Brunswick\u2014et il y en a bien d\u2019autres), enseignaient aux Acadiens le catéchisme en anglais.Les pauvres enfants n\u2019en comprenaient presque rien et se plaignirent à leurs parents qui s\u2019informèrent auprès de la supérieure, une Acadienne.Celle-ci dut avouer: \u201cCe sont nos ordres, et nous ne pouvons les changer.\u201d Dans ce même temps et dans ce même couvent, il n\u2019était pas permis aux élèves de causer en francais entre elles durant les récréations.Le résultat fut, comme vous le savez, que plusieurs jeunes filles de la Baie Ste-Marie furent envoyées aux couvents du Nouveau-Brunswick et de Québec pour y puiser une éducation francaise.\u201cHalifax, le 23 mars 1911.\u201d Je dois donc, très respectueusement mais très fermement, dire à \u2018Ancienne Elève\u201d que je maintiens le fond de mon affirmation (Revue Franco-Américaine de février dernier.) SI ce n\u2019est point un acte de persécution cruelle que nous donne mon respectable correspondant dans la dernière partie de sa lettre, les mots n\u2019ont plus de sens.NOTRE INFLUENCE AU CIVIL Je reviens à notre influence dans la vie civile.Vers 1878, le gouvernement Fraser, très sympathique aux Acadiens, fut défait.Le gouvernement Hannington-Lan- dry lui succéda.Nous avions sept députés à la chambre locale.Il représentaient les beaux et prospères comtés de 46 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE Westmorland, de Kent, de Gloucester, du Madawaska et de Restigouche ; c\u2019étaient des hommes de valeur.Notre influence, jointe à la largeur de vue des Anglais, amena parmi les nouveaux ministres l\u2019une des gloires, l\u2019une des plus pures lumières de l\u2019Acadie, l\u2019hon.P.-A.Landry, actuellement juge à la cour suprême du Nouveau-Brunswick.Ses talents l\u2019eussent porté au sommet des honneurs en n\u2019importe quel pays.Dans le ministère Hannington, l\u2019hon.M.Landry, avocat, eut la plus grande part: il fut vraiment le bras droit du premier ministre.Aussi désignait-on le nouveau ministère, dans le peuple, sous le nom de \u201cministère Landry-Hanning- ton\u201d chez les Francais, et \u201cministère Hannington-Lan- dry\u201d chez les Anglais.Notre jeune compatriote d\u2019alors fut le premier Acadien devenu ministre au Nouveau-Brunswick.Grâce à sa diplomatie de bon aloi, à ses soins incessants, un remaniement eut lieu dans le système d\u2019inspection des écoles.Les anciens inspecteurs furent remplacés.Les écoles publiques existaient depuis sept ou huit ans.Durant ce laps de temps l\u2019enseignement des Acadiens dans les écoles publiques était stagnant, pour ainsi dire nul.Pendant ces sept années, nous perdimes l\u2019octroi accordé par le gouvernement aux écoles.\u2014 Pour quelles raisons ?.\u2026 Pourquoi ?.\u2014 Je le dévoilerai.De nouvelles régles sur le fonctionnement des écoles publiques furent promulguées.De nouveaux inspecteurs furent nommés au sept districts récemment créés.Sur ces sept inspecteurs, et pour la première fois, il y eut un Acadien auquel on confia une tâche extraordinaire.Le comté de Gloucester avait à cette époque comme député au fédéral l\u2019hon.M.Anglin, irlandais catholique, choix arbitraire et absolu du feu Mgr Rogers, évêque de Chatham, choix imposé à nos bonnes populations du nord sous peine des chitiments éterneis.Ce qui n\u2019empécha point ces deux personnages de se brouiller à mort un peu plus tard.La division nouvelle de la province en sept districts - \u2014 \u2014 ll LL VOIX D\u2019ACADIE 47 d\u2019inspection avait donné à l\u2019inspecteur francais le comté de Gloucester avec trois autres comtés.Le comté de Gloucester, on le sait, avait été le théâtre de faits graves, la révolte y grondait encore quand l\u2019inspecteur acadien y fit sa première apparition.Enfant de ce comté, il connaissait tout ce qui s\u2019était passé ; il savait quels étaient ceux qui avaient fomenté cette révolte.Il s\u2019occupa immédiatement, en s\u2019adressant au peuple dans chaque paroisse, à faire comprendre la loi, à en faire ressortir les bons effets pour ceux qui l\u2019exécuteraient loyalement, et il eut la joie de voir tout de suite tout rentrer dans l\u2019ordre, et les écoles bénéficier enfin de l\u2019octroi gouvernemental.\u2014 A plus tard.V.-A.Landry.Li RE 1 \u2018 + jt e III Ah! mais,.oul, par exemple! Mon cher directeur, Est-elle assez intéressante cette note que vous me faites parvenir au sujet de l\u2019ancien délégué apostolique au Canada, Mgr Sbaretti ?Et que je voudrais connaître le brave hom: e qui vous l\u2019a adressée pour lui presser les deux mains et lui dire combien je partage son indignation, combien il parle à point, combien il a raison de demander, d\u2019exiger que les intrigues assimilatrices, après avoir bouleversé notre vie religieuse et nationale \u2014 les deux n\u2019en font qu\u2019une \u2014 f'aillent pas troubler la paix sereine et détourner de sa voie une institution qui a été établie à Rome pour recevoir la fine fleur de notre clergé ! Que les Irlandais s\u2019attaquent à l\u2019Université d\u2019Ottawa, nous nous défendrons assez bien sans que pour cela notre patience se lasse.Mais qu\u2019ils songent à convertir à leur profit notre collège canadien de Rome, ma foi, c\u2019est trop fort, et nous ne répondons plus de nos nerfs ! Mais voyez plutôt ce que dit votre correspondant, \u2014je vous demande de publier ça\u2014: \u201c Mgr Sbaretti, ancien délégué apostolique au Canada, est encore en pension au Collège canadien, 2a Rome.Si ce prélat avait quelque peu le sens des convenances, il quitterait dans les vingt-quatre heures cette maison bâtie avec l\u2019argent des Sulpiciens de Montréal, et où la race française doit pouvoir jouir d\u2019une douce hospitalité, sans se voir réduite à coudoyer journellement un de ses plus chers ennemis.Que Mgr Sbaretti soit l\u2019ennemi des Canadiens- Français ou des Acadiens, c\u2019est un fait dont personne ne doute.Jamais il ne s\u2019est préoccupé de subvenir aux besoins religieux des Acadiens.Il n\u2019est intervenu qu\u2019une fois, et c\u2019était pour faire taire ceux qui revendiquaient des droits sacrés.Les mémoires qui formulaient les plaintes des rr a MR AH ! MAIS.OUI, PAR EXEMPLE ! 49 descendants de race francaise prenaient tous le même chemin: celui du panier.Pas n\u2019est besoin de parler longuement des aspirations impérialisantes de Sa Grandeur.Sa fameuse lettre à lord Grey, ce commis voyageur d\u2019impérialisme, est un monument de sottise incomparable.\u201c Mgr Sbaretti avait dans le cœur une grande ambition : celle de faire dans l\u2019Eglise canadienne ce que lord Grey veut faire encore dans le monde civil.\u201c En tout cas, il est une conclusion qui s\u2019impose: c\u2019est que Mgr Sbaretti ne doit pas rester au Collège canadien pour y jouer le rôle d\u2019espion.Il fut jadis minutante à la Propagande pour les affaires d\u2019Occident.Certaines raisons le firent passer aux affaires du rite d\u2019Orient.Je veux bien croire que les mêmes trahisons ne sont pas à craindre ; mais tout de même, il se doit à lui-même de quitter une maison, ou il s\u2019est imposé, où il s\u2019impose encore.Qu\u2019il parte! Autrement, de violentes protestations se feront entendre auprès de Saint-Sulpice à Montréal, qui n\u2019a pas le droit de se prêter au jeu des assimilateurs.À bon entendeur, salut.\u201d Ah! mais,\u2026 oui, par exemple! A bon entendeur, salut ! Et comme tout s\u2019enchaîne.Votre correspondant parle de la fameuse lettre de Mgr Sbaretti au sujet des fêtes du troisième centenaire de Québec.On m\u2019a dit que cette lettre n\u2019était pas étrangère à son rappel à Rome.C\u2019est bien le moins qu\u2019elle pût accomplir! Dans tous les cas, c\u2019est un morceau qui ne doit pas être perdu pour l\u2019histoire.Voici la traduction qu\u2019en a publiée l\u2019Action Sociale du Ier février 1909 (la lettre elle-même était datée du 25 janvier 1909 et adressée à lord Grey, gouverneur général du Canada) : \u201c Le projet que Votre Excellence a conçu et l\u2019œuvre que vous avez entreprise de convertir les deux champs de batailles fameux des Plaines d\u2019Abraham et de Ste-Foy, en un parc national, reçoit mes félicitations et mon appui les plus sincères.Je m\u2019en réjouis à mon double titre d\u2019admirateur du peuple canadien et d\u2019évêque de l\u2019Eglise catholique, représentant du Saint-Siège en ce pays.\u201c Certes, elle a été à la fois très heureuse et très large, l\u2019idée de réunir dans une commune gloire les deux endroits qui ont été témoins de l\u2019égale valeur des armes françaises et anglaises et où, pour ainsi dire, furent 50 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE jetées les bases des libertés non seulement du Canada mais de toute l\u2019Amérique du Nord.Le parc que Votre Excellence désire, enseignera par sa beauté et la signification qui s\u2019y rattache, aux Canadiens de toutes races et de toutes nationalités, qu\u2019ils ont des droits et des devoirs égaux ; qu\u2019ils doivent naturellement respecter ces droits, et qu\u2019ils doivent travailler en harmonie, côte à côte, pour le bien-être et la grandeur de leur commune patrie.\u201c Orné, comme le suggère Votre Excellence, par la statue d\u2019un ange tendant les bras vers l'Europe, il dira aux nouveaux arrivés dans ce Dominion que ce pays est un pays de paix, de liberté et de prospérité, où est bienvenu quiconque désire y déployer son activité et profiter dans les limites de la loi et de l'ordre, des grands avantages fournis par les immenses ressources de ce pays.\u2018 Les événements que ces champs de batailles rappellent ont, pour nous catholiques, un sens profond et plus important encore.Dans les sages desseins de la Divine Providence, ils étaient destinés à préparer la protection de notre Eglise contre la persécution et la tyrannie d\u2019oppresseurs anciens et nouveaux et pour le maintien de ses droits sacrés à l\u2019ombre bienfaisante du drapeau anglais La hiérarchie canadienne et la population catholique ont, dars plusieurs occasions solennelles et d\u2019une manière qui ne prête pas à l\u2019équivoque, par la parole et par les actes, montré combien c\u2019était de cette façon qu\u2019ils appréciaient ceite reconnaissance et cette garantie de leurs droits.Le parc national rappellera à perpétuité aux générations futures la dette de gratitude et d\u2019hommages qu\u2019elles ont envers la couronne britannique.Je suis donc heureux d\u2019exprimer à Votre Excellence l\u2019assurance que les catholiques du Canada sont cordialement avec Elle et sont unanimes à se joindre à leurs concitoyens de toutes les classes, dans l\u2019appui de sa grande entreprise.\u201cJ\u2019espère et je ne doute pas que vous obtiendrez le plus complet des succès.Avec mes sentiments de la plus haute considération, je suis, etc, (Signé) \u201c D.SBARETTI, \u201c Archevêque d\u2019Ephèse, Délégué apost.au Canada.\u201d Cette lettre a jeté dans la stupéfaction tous ceux qui aiment à voir dans les chargés d\u2019affaires de toute nature quelque délicatesse dans les procédés.Ce n\u2019est pas, assurément, chez les Chevaliers de Colomb d\u2019Ottawa que Mgr Sbaretti a pu prendre des leçons d\u2019histoire canadienne et encore moins des lecons de gratitude à l\u2019égard de la majorité des catholiques du pays.Il lui a fallu se ressentir de son entourage et traduire dans ses actes officiels l\u2019opinion ambiante dans laquelle il s\u2019est agité tout le temps qu\u2019il a été au milieu de nous Certains même ont prétendu qu\u2019il a ER AH! MAIS.OUI, PAR EXEMPLE ! 51 fait plus que cela, qu\u2019il a traduit une opinion cultivée avec soin par les assimilateurs canadiens, et quelques-uns de nos politiciens opportunistes et froussards, dans les cercles romains où l\u2019on discute assez souvent l\u2019avenir du catholicisme au Canada.Un reflet de cette opinion nous a été donné pendant le Congrès Eucharistique de Montréal par les déclarations saugrenues et combien maladroites de Mgr Bourne et de Mgr Tampieri.\u2018( Mais ce que l\u2019on ne sait pas généralement, c\u2019est que la dévotion subite de Mgr Sbaretti à l\u2019ange de la paix de lord Grey a suivi de très près les manifestations politiques organisées au séminaire canadien de Rome, pendant l\u2019été de 1907, pour le bénéfice d\u2019une couple de nos politiciens canadiens de marque ; manifestations où l\u2019on avait attiré beaucoup d\u2019évêques et de prélats et où l\u2019on a beaucoup remarqué l\u2019allocution prononcée par le cardinal Vincent Vannu- telli.(1) C\u2019est même dans une de ces circonstances que M.Gouin, premier ministre de la province de Québec, pour se montrer bon prince et se tirer le mieux possible de l\u2019impasse diplomatique où il était pris, avait exprimé le vœu de voir continué dans ses fonctions, un Délégué apostolique, Mgr Sbaretti.présent à la fête, \u201cqui avait eu le rare mérite d\u2019établir et de maintenir la paix au Canada.\u201d Mgr Sbaretti revint au Canada, croyant porter dans le pan de sa robe, avec l\u2019autorisation de tenir un concile malgré les évêques canadiens, une approbation tacite mais sans réserve de sa diplomatie.Aussi, quelques mois plus tard, quand lord Grey, toujours sous le coup d\u2019un véritable rut impérialiste, lui présenta l\u2019ange de la paix, il tomba à genoux.Mais, la voilà, mon cher directeur, cette pénétration impérialiste dont vous nous parlez depuis quelques mois avec tant d\u2019à-propos.Et vous verrez des envieux se demander si c\u2019est pour cette besogne-là que le séminaire canadien de Rome a été fondé.Pour ma part, je redoute le jour où la divulgation (1) Le Canada, 5 juillet 1907.a 0: 52 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE des petites intrigues qui s\u2019y sont jouées, viendra gâter la joie sincère que sa fondation avait causée à tous les catholiques francais du Canada.Dans tous les cas, il n\u2019est pas douteux que pour rester fidèle à sa mission, cette institution doit être maintenue au-dessus de tout soupcon, et que ce n\u2019est pas de là que doivent nous venir des coups comme ceux qui ont doté Ontario d\u2019un évêque Fallon et d\u2019un évêque Scollard, qui nous ont ravi le diocèse d\u2019Ottawa, et qui ne s\u2019en tiendront pas là, vous pouvez en être sûrs.Si les Irlandais veulent un délégué à Rome, qu\u2019ils le logent au séminaire irlandais, mais pas chez nous, en attendant que les chevaliers de Colomb lui fournissent des salles de réception et lui achètent des meubles.Si cela continue, ils en voudront bientôt un dans tous les diocèses de la Confédération.| Je m'\u2019arrête ici pour ne pas me laisser entraîner trop loin.Mais c\u2019est un sujet sur lequel je reviendrai très certainement.Du reste, l\u2019enquête que vous m\u2019avez prié de faire pour la Revue, m\u2019en fournira l\u2019occasion.| En attendant, vous allez voir que ce que je viens de dire va m\u2019enfoncer davantage dans le mépris des âmes pusillanimes que nos coups de clairon empêchent de dormir; qui prennent les accents de la vérité pour des injures personnelles, et font au besoin un rampart de leur corps à ceux aui les trahissent ; qui croient sauver la religion et leur race en gardant la même place à la même table.Mais vous connaissez cela bien mieux que moi.On vous adressera encore des notes désagréables à mon sujet.Continuez de me les passer; elles serviront à l\u2019histoire.Elles contribueront, sans s\u2019y attendre, à nous faire sonder ia profondeur de notre abcès national.Sur 30,000 hommes, Gédéon n\u2019en a gardé que 300, ceux qui en marchant à l\u2019ennemi burent dans le creux de leur main.Notre armée vaut la sienne, mais elle se compose aussi des mêmes éléments.Un grand nombre a déjà pris la fuite pendant la nuit.Vous voyez les autres, lâcheurs, peureux, ambitieux, vendus, à plat ventre au bord de l\u2019onde courante.C\u2019est là que les surprendra la grande lumière qui jettera sur leur $2 ED ARERR Hal bts AH! MAIS.OUI, PAR EXEMPLE ! 53 lâcheté ou leur aveuglement, le triomphe de la justice et du droit.EF Avant six mois on vous dira que je ruine la cause natio- E nale.Demandez à mes accusateurs ce qu\u2019ils ont fait pour É.la sauver; demandez-leur plutôt à quel endroit les blessent 2 les vérités que je jette par bottes sous les yeux du public.E Ils ne répondront pas.Chevaliers du couteau et de la four- E chette qui veulent montrer l\u2019escrime à ceux qui se battent E avec la plus noble des armes, la bonne épée longue et tran- A chante ! gE Ah ! mon cher ancêtre, que l\u2019on comprenait mieux dans EE votre temps le sens profond des coups de lambine! et pour- E tant, sans l\u2019'imminence du danger, vous alliez bien reprocher à votre frère de troubler inutilement votre quiétude, de ruiner sa cause ! Et puis, croit-on que nous ayons subi tant de défaites, que nous ayons rencontré tant d\u2019amères et inexplicables déceptions, sans que de notre côté rien n\u2019ait été faible, et que nous aurons tout fait pour la cause lorsque nous aurons démasqué les assimilateurs ?Loin de là.C\u2019est déjà beaucoup que de frapper rudement les ennemis du dehors, mais les ennemis du dedans, qu\u2019est-ce que vous en faites?Le succès de nos ennemis,\u2014et il est indiscutable,\u2014tient plus à notre faiblesse qu\u2019à la supériorité de leurs moyens.Ils n\u2019ont pas le nombre, ils n\u2019ont pas le droit et ils triom- EE phent.C\u2019est une situation anormale qui a ses causes ; c\u2019est là-dedans qu\u2019ilffaut voir clair.Si nos ennemis triomphent contre toute apparence de justice, c\u2019est parce qu\u2019ils ont recruté parmi nous des dupes ou des complices.Et il n\u2019y a qu\u2019un remède à pareille situation\u2014de la lumière, beaucoup de lumière sur les actes et dans les consciences.ñ pH es I 1 PSE L\u2019établissement de Mgr Sbaretti au séminaire canadien de Rome n\u2019est pas un effet de pur hasard.I! coïncide admirablement avec la politique irlandaise qu\u2019il! a favorisée au Canada et à Rome.C\u2019est une prise de possession ou Ee une alliance.Et je ne blâme pas ceux qui se proposent de bE surveiller ça de près.A 54 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Voilà, dans tous les cas, un fait qui devra ouvrir les yeux, même si ce n\u2019est pas pour longtemps, à nos \u201camis de la petite paix.\u201d En attendant, monsieur le directeur, dites bien à nos compatriotes qui s\u2019intéressent au sort de leur race, d'ouvrir l\u2019œil et le bon.Allumez tous les phares ! * * * Maintenant, passons a autre chose.Vous savez que, pour le moment, le point important a surveiller c\u2019est la situation qui est faite aux nôtres dans la province d\u2019Ontario et en particulier dans le diocèse d\u2019Ottawa.Or, vous verrez bientôt que ceux qui ont vu dans Mgr Gauthier un homme de transition ne se sont pas beaucoup trompés.Et s\u2019il y a des surprises sur ce point, c\u2019est que ce fait deviendra manifeste beaucoup plus vite qu\u2019on ne voudrait le croire.Là comme partout ailleurs, ce sont les Canadiens-Fran-.çais que l\u2019on va inviter à travailler à leur propre destruction.Mais comment ?Vous allez voir.Vous allez apprendre avant trois mois que Mgr Gauthier entreprend de fonder un grand journal canadien-français.On ne dit pas encore si cette entreprise va être alimentée par le demi-million de dollars canadiens-français laissé par feu Mgr Duhamel.Dans tous les cas, le projet est bien en marche et les défenseurs, grands et petits, de la cause nationale dans Ontario n\u2019auront qu\u2019à se bien tenir.\u201c En voilà encore un que vous avez calomnié trop vite, \u201d vont s\u2019écrier en chœur nos bons gobeurs canadiens- français, ceux du dehors, j'entends, mais non ceux d\u2019Ontario qui sont sur le champ de bataille et qui auront, je l\u2019espère, assez de flair pour prévenir ce nouveau mode d\u2019attaque.Au loin, vous comprenez que l\u2019effet sera merveilleux, L\u2019 \u201c Action Sociale\u201d saluera avec joie la naissance d\u2019un journal épiscopal, donc catholique.Le nouveau journal aura l\u2019ordre de se moutrer un peu Bourassiste, ami des [138 AH! MAIS.OUI, PAR EXEMPLE ! 55 jeunes peut-être, ennemi de Laurier qui voulait voir Mgr Emard à Ottawa, dans tous les cas ennemi du libéralisme sans distinction ; ce qui petit à petit attirera le clergé et permettra à la nouvelle feuille de faire dans le diocèse d'Ottawa et parmi tous nos compatriotes d\u2019Ontario la pluie et le beau temps.Il importe donc, avant de confier le sort des Canadiens d\u2019Ontario à ce nouveau journal, d'étudier ce qu\u2019il peut leur réserver.Je vous raconterai cela plus au long dans une prochaine lettre.Pour cette fois je me contente de vous signaler quelques faits essentiels.Il y a quelques semaines, Mgr Gauthier appelait à l'évêché le représentant du seul journal quotidien canadien- français d\u2019Ontario.Leur conversation peut se résumer à ceci : \u2014 Votre feuille est-elle catholique ?\u2014Oui, Monseigneur.Vons n\u2019avez donc aucune objection d\u2019accepter les directions épiscopales ?\u2014Sur certaines questions, Monseigneur, le journal désire garder sa liberté.\u2014Très bien, Monsieur, puisque vous ne voulez pas accepter mes directions, dans trois mois vous verrez mon journal se fonder à Ottawa.Et Mgr Gauthier s\u2019attendait si bien à cette réponse que quelques jours auparavant il retirait de sa cure un abbé français, facile à convaincre sur la question des langues, et le préparait à prendre la direction du nouveau journal.Ce qu\u2019il demande d\u2019un journal, c\u2019est la soumission aveugle en tout.Il l\u2019a prouvé déjà parla misère qu\u2019il a faite à certains ecclésiastiques du Nominingue pour avoir été seulement soupçonnés d\u2019avoir introduit dans le \u201c Pionnier\u201d un article vigoureux du \u201cProgrès du Saguenay\u201d.Quant à l\u2019abbé français qui serait le directeur du nouveau journal, il ne manque pas des qualités qui peuvent rendre son commerce agréable, mais il n\u2019a rien de ce qui doit faire le véritable Canadiens-Français.Et pourtant il ne manquait pas de jeunes prêtres de notre race parfaitement doués pour remplir le poste créé par Mgr Gauthier atte 56 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE si ce dernier tient absolument à fonder un journal qui puisse être utile aux nôtres.Du reste, nous avons déjà notre presse nationale et le plus simple serait encore de la fortifier.Mais non, ce qu\u2019il faut, c\u2019est une \u201cœuvre de transition,\u201d et cette œuvre, on sait bien que ce ne sont, par exemple, ni le \u201cMoniteur\u201d ni le \u201cPionnier\u201d qui Jl\u2019accompliront.Malheureusement, ceux qui contribuaient à nos journaux établis dans Ontario ont été dénoncés à Mgr Gauthier, dès avant son arrivée, comme des agitateurs, des brandons de fanatisme.Mais de ceux-là, il n\u2019en faut pas.Ce qu\u2019il faut, ce sont des gens qui feront pour les Canadiens-Français .d\u2019Ontario ce que des gens de même race parente de la nôtre ont fait dans le Maine, dans le Massachussets et dans le Connecticut.Voilà donc un journal qui sera imposé de toutes manières aux Canadiens-Français du diocèse d\u2019Ottawa, et qui ne pourra dire un mot pour la défense de leurs droits ou de leurs intérêts.N\u2019est-il pas souverainement déplorable que, comme Mgr Fallon, Mgr Gauthier se serve de son titre et de son autorité religieuse pour promouvoir ses opinions nationales à l\u2019exclusion de toutes autres, et de faire payer cette oeuvre de mort par ceux-là mêmes contre qui elle est dirigée ?.Et Mgr connaît bien toute la portée de son acte.Si elle réussit, ce sera la désorientation de l\u2019opinion chez les Ca- nadiens-Français, la division surtout entre le groupe attaché au \u201cTemps\u201d, au \u201cMoniteur\u201d, et le nouveau groupe que va former le nouveau journal.Parlons-en de ce nouveau groupe.Il a déjà des cadres.Il se compose d\u2019un Canadien- Français reviré qui traduira en français les idées de M.Whelan et de Mgr Fallon; il se compose de quatre ou cing Francais lacheurs et plusirlandais que des serpents, qui ont peu a peu circonvenu Mgr Gauthier par leur \u201clargeur d\u2019esprit\u201d; il se compose enfin de toute la foule de ceux qui suivent l\u2019\u201cAssociation d\u2019Education\u201d, parce qu\u2019ils ne peuvent pas faire autrement, aujourd\u2019hui que l\u2019Association parle fort.(1 135 AH! MAIS.OUI, PAR EXEMPLE ! 57 Il est donc important de faire connaître au public et à Mgr Stagni ; ce nouvel attentat d\u2019un évêque anglicisant contre les Canadiens-Français.Il était surtout important de signaler ce fait sans retard, et c\u2019est pour cela que j'ai préféré piquer au plus court et ne pas attendre votre prochain numéro pour parler.Et ce n\u2019est pas tout, vous pouvez m\u2019en croire.Si un \u201chomme averti en vaut deux\u201d, je compte que je viens de donner un nouvel élément de force à nos compatriotes d\u2019Ontario.M\u2019en sauront-ils gré ?Je n\u2019ai pas le temps de m\u2019en inquiéter ; en attendant, continuons de faire briller la vérité.Je vous le répète, c\u2019est le temps d\u2019agir.Allumez tous le phares ! Michel Renouf. Revue des faits et des oeuvres Monseigneur Stagni à Ottawa Le successeur de Mgr Sbaretti est arrivé à Ottawa où il a été accueilli par les bons souhaits de toute la population catholique du Canada.A une adresse de bienvenue qu'on lui a lue en latin, il a répondu en francais d\u2019abord, puis en anglais.Certains voient déjà dans ce fait seul une consolation et un signe de victoire pour les Canadiens-français.Il ne faut pas tant se presser de saluer une direction nouvelle dans un règne qui commence chez nous dans des circonstances tout particulièrement difficiles.Le Délégué du Pape, au fond, et comme il fallait s\u2019y attendre, n\u2019a pas dit plus qu\u2019il ne voulait dire ; et c\u2019est mal interpréter sa pensée que d\u2019y voir une expression d\u2019opinion favorable à l\u2019une ou l\u2019autre des factions qui, sur des questions de droits et de mérites, divisent en ce moment l\u2019Eglise canadienne.\u201c Ne scandalisons pas, a-t-il dit, les non-catholiques du spectacle de nos dissensions.Rappelons-nous que nous sommes tous les membres d\u2019un même corps, dont le Christ est le chef.Rappelons-nous aussi les paroles de l\u2019Apôtre qui s\u2019écriait: \u201c Il n\u2019y a plus de Juifs ni de Grecs, mais rien que des chrétiens.\u201d Cette parole de saint Paul n\u2019est pas inconnue à ceux qui depuis cinquante ans, en ce pays ou aux Etats-Unis, résistent à toutes les tentatives d\u2019assimilation.Combien de fois, pour notre part, ne !\u2019avons-nous pas entendu invoquer par les assimilateurs mitrés de la Nouvelle Angleterre ?Mgr Sbaretti lui-même ne l\u2019ignorait pas, lui qui croyait à l\u2019absorption inévitable des Canadiens- français et qui, on le sait, n\u2019était pas loin de maintenir un accord parfait entre ses actes et ses paroles ; il ne l\u2019ignorait pas davantage, cet abbé romain dont il a déjà été question dans la Revue et qui ne se génait pas pour dire qu'il importait peu de donner aux groupes catholiques des pasteurs de leur race. REVUE DES FAITS ET DES ŒUVRES 59 C\u2019est une de ces paroles à deux tranchants qui, dans le cas actuel, est surtout invoquée par les minorités qui visent à la domination dans l\u2019Eglise.Qu'elle soit, prise dans son sens le plus large, la proclamation des droits de tous, la garantie que chacun recevra selon ses mérites, les assimilateurs ne s\u2019en occupent guère, et saint Paul lui-même reviendrait sur la terre qu\u2019un Fallon ne craindrait pas de lui faire voir qu\u2019il a été le premier des assimilateurs.Il faudra donc attendre, et passablement longtemps, avant de savoir quelle orientation va prendre la politique de la légation, surtout si eile doit prendre une orientation nouvelle.Il ne faut pas oublier que Mgr Stagni, succédant à un délégué qui nous était décidément et ouvertement antipathique, devra beaucoup ménager la réputation et l\u2019œuvre de son prédécesseur.D'autre part, si l\u2019on se rappelle que nos questions de langue, celles qui sont le plus débattues en ce moment, se rattachent de très près à certains intérêts de la métropole, on comprendra que le plus sûr serait encore de nous tenir sur une réserve très correcte, mais n\u2019excluant pas la surveillance la plus attentive des événements.- Mgr Stagni nous apporte un message de paix et un désir profond de distribuer la justice comme l\u2019aurait fait le Maître lui-même.Que pouvons-nous demander de plus ?Et c\u2019est bien pour cela que son arrivée à Ottawa a déjà inspiré ce sentiment de confiance qui doit précéder dans notre monde religieux, le règne de la justice, du respect et du droit.Tout de même l\u2019intrigue le guettait déjà à son arrivée.Attendu à Ottawa à 7 heures du soir, il est arrivé à midi.L\u2019hon.Charles Murphy, secrétaire d\u2019Etat, qui faisait sans doute une promenade de digestion à la gare, l\u2019a reçu au sortir du train.Simple hasard ! L\u2019Université du Manitoba Que les Irlandais de Winnipeg soient les émules des Irlandais d\u2019Ottawa sur une question d\u2019Université, voilà qui n\u2019a pas lieu de surprendre.Ils ont part au même programme et comptent sur les mêmes bénéfices.Plutôt que de eh dira rats 60 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE suivre les cours anglais du Collège de Saint Boniface, ces messieurs voudraient tout simplement une université neu- tre\u2014soutenue par l\u2019Etat, bien entendu\u2014à côté de laquelle ils établiraient un pensionnat.C\u2019est le plan exagéré, du collège établi à Oxford par les catholiques anglais.Ily aura sur ce sujet à faire une étude assez longue dont se charge notre directeur.Nous avons déjà signalé cette levée de boucliers générale provoquée parmi les Irlandais catholiques du pays depuis les révélations qui ont livré au jour leurs intrigues au sujet de l\u2019Université, la politique insidieuse poursuivie par des Scollard et des Fallon, ia campagne de calomnie menée sournoisement contre tout prestise français par des politiciens de bas étage portés au faîte des honneurs sur nos propres épaules.La campagne assimilatrice, encouragée discrètement par Mgr Sbaretti, puis exposée si maladroitement par Mgr Bourne, va tout de même son train.Et il n\u2019est pas surprenant qu\u2019à Winnipeg les mêmes gens aient recours aux mêmes moyens.Mensonge, calomnie, insinuation : tout leur fournit matière à des articles publiés par des journaux fanatiques de là-bas et qui auraient lieu de surprendre s\u2019ils n\u2019étaient pas signés \u201c Paddy\u201d, ou par quelque autre masque de même valeur.Dans tous les cas, le Manitoba a maintenant sa question universitaire irlandaise pour laquelle on se bat comme toujours sur le dos des Canadiens-français.Assurémient, cela devient vieux jeu.La mauvaise humeur des Irlandais de Winnipeg a éclaté à propos du Congrès Eucharistique et en particulier du discours de M.Bourassa à Notre-Dame.La \u201cManitoba Free Press\u201d s\u2019est empressée de reproduire la légende du journal de Toronto disant qu\u2019on avait vu Mgr Langevin faisant des signes à M.Bourassa après le discours de Mgr Bourne et lui disant : \u201c Give itto him!\u201d Alors commença la publication d\u2019une série de lettres écrites par des soi-disant catholiques et signées, \u201c Patricius \u201d, \u201c Paddy\u201d.C\u2019est dans une de ces lettres qu\u2019on accuse Mgr Langevin de s\u2019être sauvé à l\u2019arrivée de Mgr Merry del Val en 1897.Pour toute 6 gL REVUE DES FAITS ET DES ŒUVRES 61 réponse les \u201c Cloches\u201d, organe de l\u2019archevêché, ont reproduit (Ier décembre 1910) le compte rendu dela réception faite à Mgr Merry del Val à St-Boniface et à Winnipeg.Je passe sous silence les efforts des mêmes correspondants pour attiser contre le clergé français le fanatisme patriotique des Allemands, des Hongrois, des Métis.Ces derniers ont répondu eux-mêmes et d\u2019une façon éclatante à cette campagne de dénigrement.(Voir les \u201c Cloches \u201d du I5 mars 1911.) C\u2019est à la suite de ce tapage que la question de l\u2019Université vint à l\u2019ordre du jour.Les esprits irlandais étaient bien préparés à prendre la position qu\u2019ils ont prise.Après les lettres sur la question universitaire, un Dr Devine, chassé de la direction de l\u2019université parce qu\u2019il trahissait les intérêts qu\u2019il était supposé y 1eprésenter, entreprit de publier le \u201c Searchlight\u201d sur l\u2019université d\u2019Ottawa.On lui répondit de façon si catégorique qu\u2019il a gardé le silence sur cette question,mais pas avant d\u2019avoir glissé dans la \u201cTablet\u201d de Londres, un article plus vénéneux que tous les autres.Le brave homme croit que Mgr Bourne a réglé la question du français dans l\u2019Ouest, et que la minorité catholique irlandaise y rentrera bientôt en possession du vaste domaine préparé par Nosseigneurs Provencher, Taché et Langevin.\u201cLes illusions nationales et la naïve candeur serviront sans doute toujours de justification aux inconscients,\u201d nous écrivait il y a quelques mois un religieux distingué.Quant aux Irlandais de Winnipeg, ils réclament le \u201cbenefit of a university trainning.\u201d Ce qu\u2019ils entendent par là, c\u2019est un genre d\u2019éducation qui fasse de leurs enfants des catholiques qui n\u2019effraieront pas les protestants.et vice versa Le pius cocasse, c\u2019est que ces gens représentent une très faible proportion des catholiques de l\u2019Ouest.Le dénombrement des élèves du collège de Saint-Boniface nous donne sur ce point un enseignement d\u2019une éloquence décisive.Sur 148 élèves qui suivent le cours classique, il y en a 28 qui sont anglais, irlandais ou écossais, et c\u2019est pour c\u2019est pour ces 28 qu\u2019on veut faire venir des jésuites d\u2019Angleterre PT PURES ou Lité dit sine ands it iy ali vie ie, 62 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE et établir un système analogue à celui d'Oxford.Ces braves Irlandais se mettent peu en peine des énormes sacrifices qui ont été faits pour leur procurer des professeurs de langue anglaise.Si les vocations sont peu nombreuses dans leur race, si les gens y sont peu dévoués, s\u2019il faut deux fois plus d\u2019argent pour avoir un médiocre professeur anglais que pour un bon professeur français, tout cela est la faute Mgr Langevin.Certes, la fourberie dans la discussion ne peut revêtir de forme plus cyniquement inconsciente.Le procédé lui-même n\u2019inspire que du dégoût à ceux qui, même protestants, voient la situation sous son vrai jour.Du reste, c\u2019est une opinion assez répandue à Winnipeg que le groupe des meneurs irlandais est assez restreint.Cela n\u2019enléve rien à l\u2019odieux du procédé et nous comprenons l\u2019indignation de ce politique manitobain\u2014un protestant, s\u2019il vous plaît\u2014qui disait à un des meneurs les plus en vue de ce prétendu parti catholique de langue anglaise: \u201cSi j'étais votre évêque, je vous administrerais le plus formidable coup de crosse que catholique ait jamais reçu.\u201d Réciprocité et annexion Voilà deux mots que les politiciens canadiens ont fort imprudemment associés depuis qu\u2019il est question d\u2019une entente commerciale entre le Canada et les Etats-Unis.Comme question de fait,on fera difficilement croire aux gens qu\u2019il est plus avantageux d\u2019aller vendre en Angleterre des produits que l\u2019on peut écouler à quelques heures de Montréal, presque chez nous, sur un marché qui comprendra demain 100,000,000 d\u2019habitants.Comme question de fait, ceux qui s\u2019opposent à l\u2019entente Taft-Fielding discutent comme si, l\u2019entente une fois conclue, les Canadiens n\u2019auraient plus qu\u2019à se croiser les bras et à attendre la minute où il plaira aux Américains de les croquer.Les choses ne se passeront pas de cette façon.Le fait que nous fournirons aux Américains les produits dont ils ont le plus besoin n\u2019est pas de nature à faire supposer que nous serons à leur merci et que nous n\u2019aurons pas le privilège de discuter, à chance égale, avec nos voisins les prix de vente.Nos cultivateurs, pour ARC EE REVUE DES FAITS ET DES ŒUVRES 63 leur part, ne se trouveront pas à désavantage pour avoir la chance de vendre à Boston les articles qu\u2019il leur faut quinze jours pour mettre, avec les risques d\u2019une longue et périlleuse traversée, sur le marché de Londres.Le marché local, pour être étendu à toute l\u2019Amérique du Nord, ne s\u2019adressera encore qu\u2019à la même population de chaque côté de la frontière.L'équilibre, s\u2019il est un moment dérangé, sera vite rétabli et pour le plus grand avantage de toutes les parties en cause.Un grand journal tory de Montréal croit trouver un rude argument contre l\u2019entente commerciale dans l\u2019état de délabrement où se trouve de nos jours l\u2019agriculture dans la Nouvelle-Angleterre.Il publie chaque jour la photographie d\u2019une ferme abandonnée dans le Vermont ou le New- Hamsphire, et attribue la désertion des campagnes américaines au fait que l\u2019agriculture n\u2019y a pas pu soutenir la concurrence des Etats foncièrement agricoles de l\u2019Ouest.C\u2019est un argument qui impressionnera peu ceux qui sont au fait de la véritable situation qui, depuis une cinquantaine d\u2019années, est faite aux agriculteurs de la Nouvelle-Angle- terre.La désertion des campagnes du Vermont, du New-Hams- hire ou du Rhode Island,est due à de toutes autres causes que celles invoquées par le grand organe montréalais.Ilya une crise économique dont la solution ne nous est pas fournie par l\u2019Ouest, mais par le développement industriel prodigieux de cette partie de la république américaine.Ce développement a non seulement attiré vers les villes, et absorbé tous les bras disponibles, mais il a encore utilisé l\u2019énorme capacité de travail apportée par plusieurs millions d\u2019immigrants.La province de Québec, pour sa part, lui a fourni, un bon million de travailleurs.Bien plus, et c\u2019est ce qu\u2019il importe de noter, la crise économique dont nous venons de parler, tient, pour lepeuple américain, à des causes plus profondes.Elle se double d\u2019une question sociale qui, pour les économistes, les sociologues, est bien autrement grave que la concurrence des fermiers de l\u2019Ouest.Dans la Nouvelle- 3 64 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE i Angleterre, nous assistons à la disparition lente mais sûre | | 8 des vieilles populations terriennes qui eurent pour souches | 3 les fondateurs de la nation.Et ce n\u2019est pas une constata- ji tion nouvelle.Ily a dix ans, un journaliste américain J à l\u2019avouait avec tristesse : \u201cC\u2019est le Yankeeland qui se dé- 3 peuple, disait-il, et qui passe lentement aux races prolifi- $ ques qui nous arrivent de tous les coins dela terre.\u201d C\u2019est a là qu\u2019estie mal.Et sur chaque ferme déserte notée par le | j \u201cStar\u201d s\u2019est déroulé ce drame pathétique d\u2019une race qui est a morte parce qu\u2019e!le a voulu croire au bonheur égoiste d\u2019un 8 foyer sans enfants.Nous avons nous-même visité des districts entiers où ce fait apparaissait brutal et éloguent, ou nous pouvions voir, autour des débris de maisons qui du- 3 rent être prospères autrefois, le sol affirmer sa fécondité et 8 jusqu\u2019à travers les ruines laissées par le dernier de ses maî- 2 tres étaler la vivante protestation d\u2019une végétation luxuriante.Sur ces ruines nous avons vu plus tard des immi- Ë grés, Italiens, Polonais, Canadiens-français, arrivés sans A ressources, s\u2019enrichir sur le même sol qui ne demandait qu\u2019une main laborieuse pour la féconder.Ceci pour les parties de la Nouvelle-Angleterre qui sont reconnues cultivables.On sait généralement que les Etats de l\u2019Est ne sont pas une région agricole.Prenant les conditions ' telles qu\u2019elles y existent aujourd\u2019hui, nous n\u2019y voyons \u2018 qu\u2019une raison de plus pour engager le Canada à y recher- h.cher un débouché plus proche et plus étendu pour son agri- ! culture.4 L'étude plus approfondie des raisons économiques qui 9 affectent le peuple américain et le nôtre, qui les invitent i tous deux a établir par des relations commerciales plus li- | bres et plus suivies, l\u2019équilibre nécessaire à leur commune | prospérité, ne peut être entreprise ici.Cela nous entraine- ji rait trop loin et dépasserait les limites d\u2019une chronique A mensuelle.Qu'il nous suffise de signaler ce fait que rien de ce qui dans la Nouvelle-Angleterre a produit la désertion des campagnes n\u2019existe vhez nous ; qu\u2019à côté de ce pays qui ne produit pas dans l\u2019année de quoi se nourrir pendant une semaine, nous avons, nous, une région fé- AE EE) Oe OEE ECE ut REVUE DES FAITS ET DES ŒUVRES 65 conde, une population laborieuse et saine qui trouvera dans le voisinage commercial qu\u2019on lui propose, une source de richesse qu\u2019elle doit aujourd\u2019hui chercher de l\u2019autre côté des mers.Pourquoi n\u2019en profiterions-nous pas ?Mais les Américains en profiteront aussi ?La belle affaire ! Qui niera que dans un marché de ce genre tous les profits ne doivent pas être du même côté ?L\u2019Angleterre qui a été la grande éducatrice commerciale des peuples de l\u2019Amérique du Nord, n\u2019a appris à personne à conclure des marchés de dupes.Certains ont vu dans l\u2019entente Taft-Fielding autre chose qu\u2019une question de tarif.Ils n\u2019ont pas tout à fait tort, s\u2019ils ne sont pas justifiables d\u2019y voir un danger immédiat d\u2019annexion.Sur ce point nous leur rappellerons un vieux proverbe qui emprunte aux circonstances un sens de profonde politique : \u201c Ne réveillez pas le chat qui dort\u201d.Le sentiment annexionniste se manifesterait hautement de nos jours qu\u2019il ne représenterait même pas une doctrine nouvelle, qu\u2019il ne serait encore qu\u2019une forme possible de la rupture du lien colonial prévue par les politiques anglais du siècle dernier.Cette rupture, dans tous les cas, n\u2019est encore qu\u2019à l\u2019état d\u2019hypothèse lointaine.L\u2019annexion elle- même, contre laquelle on n\u2019invoque guère que des raisons de sentiment, deviendrait possible qu\u2019elle ne serait pas due à un petit traité de commerce affectant surtout les produits de la ferme.C\u2019est un changement politique qui tiendra à des causes beaucoup plus graves.Et même si le traité Taft-Fielding devait nous mener aussi loin, à qui le devrions-nous sinon à la bande de politiciens exotiques qui, confondant leurs préoccupations chauvines avec les véritables intérêts de l\u2019empire britannique, nous ont arraché quelques millions de dollars pour une marine inefficace et ridicule, qui mesurent notre liberté aux intérêts de leur clan, et qui distribuent à leurs concitoyens des étiquettes de loyauté ou de trahison, selon que l\u2019on est pour ou contre l\u2019idéal rêveur qui les passionne ?Mais, nous le répétons, tout ceci n\u2019est qu\u2019hypothèse, et hypothèse lointaine.En attendant, je ne trouve pas mal que 66 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE nous reprenions du côté commercial la somme d\u2019autonomie nationale qui nous a été arrachée par l'impérialisme de Lord Grey.C\u2019est une compensation qui, à la vérité ne nous rendra pas les millions perdus ; elle nous empêchera de perdre plus de terrain que nous n\u2019en avons perdu et, dans les circonstances, c\u2019est énorme.Mais elle fera plus que cela.Elle affirmera cette protection tacite que n\u2019ont pas cessé de nous donner nos puissants voisins depuis la conquête.Pour les Canadiens-français elle aura une portée plus grande encore.Elle empêchera qu\u2019on leur applique plus longtemps cette politique romaine qui \u201c n\u2019enlevait à l\u2019ennemi que le pouvoir de nuire \u201d (1).Il n\u2019y a pas si longtemps que certains organes anglais répondaient à nos revendications en faveur du français par la menace impertinente de boycotter le fromage canadien, afin de nous apprendre à mieux apprécier la valeur de l\u2019anglais comme langue commerciale.Beaucoup de nos droits politiques seront mieux respectés quand ils seront protégés par l\u2019union continentale des intérêts commerciaux de l\u2019Amérique du Nord.Que les impérialistes comprennent bien cela.(1) Neque victis quidquam, præter injuriæ licentiam, eripiebant.\u2014CICÉRON.Léon Kemmer.ge = ETL) Les deux Filles de Maître Bienaimé (SCENES NORMANDES) Marie Le Mière La Closerie dormait dans le gris tendre de l'aube ; la brume, montant du marais vert, toute chargée d\u2019une odeur d\u2019herbe jeune, de terre grasse et féconde, enveloppait la ferme et faisait planer sur les toits un reste de poésie nocturne.La fraîcheur et le recueillement de la nature trempée de rosée, le silence troublé seulement par J'éveil des oiseaux nichant dans les futaies voisines, prêtaient un charme inattendu à cet ensemble de constructions massives et basses entassées à mi- côte, encloses de haies vives et de frustes murailles, environ- nées de champs, de prairies, et dominant l'infini de la plaine.Rien ne bougeait encore dans la cour d'entrée, dont une large niche ronde, en maçonnerie, occupait le milieu ; à droite les remises et les étables demeuraient plongées dans la pénombre ; en face une lueur légère, d\u2019un rose doré, frôlait le long bâtiment des écuries et s\u2019étalait à gauche sur la maison d\u2019habitation qui ressortait de plus en plus claire.Une porte s\u2019ouvrit tout à coup, et la fermière parut.Grande et forte, le pied solide comme ses sabots qui claquaient délibérément sur les pavés du seuil, la taille à l'aise dans son corsage d'indienne, elle longea les celliers, les granges au toit de chaume, et tourna vers la basse-cour.Jeune femme ou jeune fille ?On ne savait ; sa main durcie par le travail ne portait point d'alliance, mais la fermeté des mouvements, la décision empreinte sur ces traits réguliers et 68 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE robustes, que les cheveux noirs, relevés en racines droites, entouraient d\u2019un cadre austère, semblaient indiquer une nature en pleine possession de la vie.Avait-elle vingt ans ou trente ans ?La peau du visage restait unie sous sa patine brune ; la bouche était lisse et rouge comme une cerise.Mais à l'expression de cette bouche, à la gravité du front, à la pondération de l\u2019allure presque trop placide, on devinait combien était loin, pour cette belle Normande vigoureuse, l\u2019âge des rires, des fleurs et de I'insouciance.\u2014Petits ! petits | petits ! appela-t-elle d\u2019une voix sonore.Ayant ouvert les portes des poulaillers, elle puisait dans les poches de son tablier de cotonnade des poignées de riz qu\u2019elle jetait au vol, et la multitude des poussins nouvellement éclos se répandit, tourbillonna autour d\u2019elle ; et l'on eût dit un amas de petites floches soyeuses, roulées par le vent au ras du sol.Au concert des gloussements, des pépiements, se mélaient à présent des bruits de pas, des appels, des grincements de pompe, des cliquetis de chaînes.La vie reprenait, déjà intense, comme si elle n\u2019eût interrompu qu'à regret son cours large et puissant.Tout s\u2019animait comme par enchantement, les valets sortaient des écuries où ils avaient passé la nuit, un homme cassait du bois à l\u2019angle de la maison ; d'autres attelaient des voitures, chargeaient des paniers pleins de beurre sur une lourde carriole.Les triolets (1) s'affairaient dans la laverie (2) où les attendaient les belles cruches vermeilles, dont les formes opulentes et les hanches rebondies rappelaient les femmes du pays.Et l'aurore se mirait aux flanes des cuivres, à l\u2019eau de la pompe, au tranchant de la hache, aux vi- tres de la ferme.La jeune fermière, qui repassait, s'arrêta près des voi- tures.# (1) Valets employés à traire.(2) Pièce où se lavent et se déposent les cruches.ANN: LES DEUX FILLES DE MAITRE BIENAIMÉ 69 \u2014Tirez la longe, Arsène ; vous attelez de trop court.Zélie, n\u2019oubliez pas de donner du sel à la Noire.Toi, Jules, tâche de ne pas t'arrêter en route ! Pour se faire entendre, elle n\u2019avait pas besoin de forcer sa voix pleine, aux finales un peu traînantes et chantantes.Elle se dirigea vers la cuisine, d\u2019où s\u2019échappait maintenant un filet de fumée ; le feu de bois, flambant aux profondeurs du foyer immense, se reflétait dans les faïences à fleurs bleues et vertes exposées sur le vaisselier, caressait de lueurs mouvantes l\u2019aire cimentée, la grande table surmontée de la planche à pain, faisait émerger violemment du fond obscur la face blanche de la haute horloge, égayait de traînées lumineuses le noir des rideaux de l\u2019alcôve où dormait, toutes les nuits, le maître de céans.(1) Devant la cheminée se tenait la petite servante ; elle venait de pendre la marmite, où bouillait maintenant la soupe à la graisse pour le déjeuner du personnel.Vaste récipient dont les proportions faisaient rêver aux appétits moyenâgeux ! Et, de fait, un parfum de passé, un parfum de vie primitive, saine et simple, flottait sous les poutres noirâtres, avec l'arome si franc, si pénétrant, du mets traditionnel.La petite servante tourna vers sa maîtresse son visage éveillé et maigre, piqué de taches de rousseur.\u2014Un heau temps, Mamzelle Mathilde.Tant mieux pour Maître Bienaimé.(2) \u2014Sais-tu où il est, Maria ?Je le cherche pour qu'il mange avant de partir.La fillette se mit à rire, de tout son visage fané qui portait les traces d\u2019une enfance misérable et le rayonnement de cette gaieté, don inestimable que Dieu fait souvent aux jeunes êtres privés de tout autre bien.(1) Dansles fermes de cette région, le maître a toujours son lit au rez-de-chaussée, le plus souvent dans la cuisine.(2) Dans ce pays, ilest d\u2019usage de désigner les cultivateurs par le titre de \u201c maître \u2019\u2019 suivi du prénom. f ; nl il 0 BR.iH 70 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE \u20141I1 est sur route, s\u2019écria-t-elle, et bien & son aise encore ! \u2014Qu\u2019est-ce que tu dis ?Il n\u2019attelle jamais avant einq heures pour le marché de Carentan.\u2014D\u2019habitude ; seulement, un peu après quatre heures ; Maître Louis est passé par là et lui a offert de l'emporter.Comme Maître Bienaimé s'était levé je ne sais quand, pour faire ses comptes, il n\u2019a eu qu'à monter, après avoir mangé un morceau sous le pouce.Je crois que Maître Louis avait quelque chose à lui montrer en route.des clos, du côté de Saint- Damien.La grosse carriole va suivre avec le beurre ; tenez, I'entendez-vous qui part ?Et la petite servante, dont la langue était aussi bien pendue que la marmite, continuait avec volubilité : \u2014C(C\u2019est pas pour dire, mais j'aimerais mieux aussi avoir la voiture à Maître Louis que la grosse carriole.Une si jolie \u201cma- ringote\u201d( 1) avecdes coussins tout neufs ! On doit êtrelà-dedans comme dans un \u201c ber \u201d.(2) \u2014C'\u2019est bien, fais ton ouvrage et ne bavarde pas tant.Déjà Mathilde, portant un seau, traversait la cour et se rendait aux étables ; quelques minutes plus tard, elle reparaissait, entrait dans un cabinet demi-sombre où deux armoires à linge se dressaient jusqu'au plafond, dans la richesse de leurs sculptures L'une deces armoires avait ses portes fleuries de guirlandes Louis XV ; sur l\u2019autre, deux larges bandes obliques s'embellissaient des attributs chers à Trianon : chapeaux de bergères, paniers enrubannés, bêches et râteaux alternant avec des bouquets de roses.Et les beaux vieux meubles, taillés en plein chêne, se carraient, emplis à déborder, comme fiers des trésors domestiques entassés de génération en génération par les dames Brissot.Mathilde agenouillée, puisait dans un tiroir inférieur le menu linge, déjà savonné, qu\u2019elle devait préparer pour le repassage.Les lignes si fermes de ce jeune buste, le contour (1) Grande carriole.(2) Berceau FIT) LES DEUX FILLES DE MAITRE BIENAIMÉ 71 de la joue pleine se détachaient harmonieusement sur le bois séculaire.Six coups sonnerent à l'horloge de la cuisine ; la fille de Maître Bienaimé se leva, s'engagea dans un escalier craquant et tournant qui menait à la partie supérieure du logis.Elle s'arrêta devant une porte dépeinte, frappa en appelant : \u2014Léa ! Léa ! Personne ne répondit ; alors Mathilde pénétra dans la chambre, ou plutôt le réduit, prenant jour par une petite fenêtre carrée, très élevée au-dessus du plancher.Deux lits étroits, se faisant face, s\u2019allongeaient contre les cloisons revêtues d\u2019un papier mince, à fleurettes rouges, et laissaient entre eux juste la place de se mouvoir.Milles Brissot, les filles du maire de la commune, les jeunes héritières que tout le monde à Clairville saluait chapeau bas, n\u2019avaient point comme on le voit, une chambre luxueuse.Dans la plupart des fermes de cette région, les êtres humains se mesurent strictement l\u2019espace pour en consacrer une part plus importante aux bestiaux et aux récoltes.D'ailleurs le paysan normand, même très aisé, même très vaniteux, conserve généralement un esprit de parcimonie, fruit de l\u2019âpreté au gain, et dès lers, il sera porté à négliger, comme superflue, toute élégance non destinée à s\u2019étaler en public.Mathilde s'était avancée, un pli entre ses yeux profonds, et se penchaït sur l\u2019un des lits en répétant : \u2014Léa ! Léa ! | \u2014Eh bien ! quoi ?fit une voix lasse, ensommeillée.Dans l\u2019ombre des rideaux de calicot, sous une broussaille de cheveux blonds, s\u2019'ébauchait un profil menu ; Léa, sans relever les paupières, eut un mouvement de chatte paresseuse, étira son joli bras rond et blanc, qui sortait d\u2019une manche brodée et reposait sur le drap de toile bise.\u2014 Qu'est-ce que tu as ?Es-tu malade ?interrogea anxieu- 72 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE sement Mathilde, s'inclinant toujours plus vers le petit visage obstinément tourné du côté de la cloison.\u2014Oh ! oui, bien, bien malade ! s\u2019écria sa sœur.D'un geste fébrile, elle s'était retournée en sursaut, rejetant à deux mains, ses cheveux en arrière, lançant vers le plafond le regard éploré de ses jolis yeux bruns, constellés de paillettes d'or.L'aînée se rassura aussitôt ; il n\u2019y avait, certes, rien de maladif en ces traits délicats où s\u2019épanouiseait, comme une églantine rosée, toute la fraîcheur du dix-huitième printemps.\u2014Où as-tu mal ?insista Mathilde avec une ombre de sourire : à la tête ?au pied?\u2014J\u2019al mal à l'esprit ! Et, avec un léger frémissement de ses narines transparentes, un léger pincement de ses lèvres vermeilles, elle s\u2019enfonça de nouveau dans l\u2019oreiller.\u2014T'u sens l'étable, murniura-t-elle ; tu as déjà été voir les veaux, ma pauvre Mathilde ! \u2014 Qu'est-ce qui te prie de me plaindre Léa ?reprit l\u2019aînée sans se départir de son calme; dépêche-toi plutôt, c\u2019est au- jourd'hui le grand ménage, on va laver en bas.\u2014 Tout de suite, mon Dieu ! tout de suite.répondit avec humeur la cadette.Donne-moi cinq minutes, je ne peux pas descendre comme ça ! Mathilde s\u2019éloigna, un peu soucieuse.Comme Léa était mal \u201ctournée \u201d, ce matin ! D\u2019ou venait le vent qui soufflait sur elle, par moments, et la rendait si singulière ?Hier soir, elle était très surexcitée et babillait comme une pie.Dans l'après-midi, les deux sœurs étaient allées au bourg voisin}; Léa en avait rapporté une ceinture de soie et un col de den- teile.Elle était si enfant qu\u2019il suffisait d\u2019un bout de ruban pour la mettre en l'air |.Mais quelque réflexion flatteuse, saisie au passage, n'avait-elle pas contribué à lui monter la tête ?Elle était si mignonne qu'on s'arrétait parfois dans la rue pour la regarder.\u2014 FE} LES DEUX FILLES DE MAITRE BIENAIMÉ T3 Tout en pensant à cette petite Léa qui la préoceupait beaucoup, Mathilde allait et venait dans la laiterie fraîche et sombre, dont les fenêtres garnies de toiles métalliques avaient laissé entrer l\u2019air de la nuit.Comme l'usage de l\u2019écrémeuse constituait un progrès encore inconnu à la Closerie, la jeune fille opérait selon le système primitif; elle prenait une à une, sur les étagères, les chaudières de grès pleines de lait jusqu'au bord ; elle faisait glisser dans la \u201csirène\u201d,(1) la nappe de crême épaisse et jaune qui se plissait doucement et coulait sans se rompre, avec un bruit moelleux.Et le parfum sucré des pommiers en fleurs, massés dans les champs proches, enveloppait Mathilde, et son être s\u2019épanouissait à la caresse à la fois douce et vive du vent de mai.Ce coin de Normandie, où la famille Brissot, depuis longtemps, s'était enracinée, ces mœurs laborieuses et champêtres, ce contact permanent avec la nature nourricière, Mathilde en avait la compréhension et l\u2019amour! Le culte du sol natal était en elle comme lair et le pain quotidien ; elle en vivait sans l\u2019analyser,et les choses de la terre parlaient à cette âme simple un langage religieux, l\u2019imprégnaient d\u2019une quiétude et d'une force profondes.De même, le sens du devoir, l'habitude de s\u2019oublier faisaient, pour ainsi dire, partie intégrante de Mathilde.Elle semblait si bien créée pour travailler et peiner du matin au soir, elle s\u2019identifiait si parfaitement à son rôle, que son savoir-faire et son courage paraissaient tout naturels et qu'on ne songeait pas à l\u2019en admirer.D'ailleurs, elle y songeaïit moins encore que les autres ! Avait-elle jamais eu le temps de s'occuper d\u2019elle-même ?À peine adolescente, elle quittait le pensionnat des Augustines de Carentan apres un séjour de deux années; Mme Brissot, ravie du retour de cette fille \u201csi bien plantée \u201d, l'avait tout de suite initiée an travail de la ferme et du ménage ; l'enfant, (1) Large terrine percée de trous pour l\u2019égouttement de la crême.Rd CRT 74 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE docile et sérieuse, était, à quinze ans, le bras droit de sa mère.Plus tard, le malheur s\u2019abattait sur la Closerie ; la femme du fermier tombait en pleine vigueur, comme un chêne frappé de la foudre ; cette catastrophe en entraînait d\u2019autres, presque aussi terribles, hélas ! Et Mathilde avait su s\u2019élever à la hauteur de sa mission nouvelle ; miraculeusement trempée par la douleur, elle avait su prendre et soutenir le fardeau de responsabilités accablantes, brusquement échu à ses dix-sept ans ! Fallait-il s'étonner de la maturité précoce qui éteignait, dans ses yeux, l'éclat juvénile, alourdissait son pas, faisait rare sa parole, et plus rare son sourire ?Elle portait gravée, pour ainsi dire, sur tout son être, sa promesse à la mourante : \u201c Soyez tranquille, maman, j'aurai soin de la maison, je n'abandonnerai pas mon père, je tâcherai d\u2019être pour Eugène et Léa ce que vous avez été.\u201d Et Mathilde pouvait se rendre le témoignage de n\u2019avoir jamais failli à cet engagement sacré.II LA FAMILLE BRISSOT Le long de la cote ombragée, entre les haies ou les premieres aubépines posaient leurs mouchetures blanches parmi les prunelliers défleuris, défilait & batons rompus une lamentable procession de misères humaines : vieux clopinant sur des béquilles, vieilles coiffées de mouchoirs, affublées de caracostrop larges et de jupons trop courts, mères aussi parcheminées et desséchée, portant des poupons entortillés de loques invraisemblables.Un valet de ferme, debout dans un champ, les regardait par-dessus la barrière, s\u2019épongeant le front et disant : PF LES DEUX FILLES DE MAITRE BIENAIMÉ 75 \u2014Ils montent à la Haie-d\u2019Epine ; c\u2019est jour de distribution de lait.\u2014Ah ! c\u2019est vrai.Et Arsène, le valet de la Closerie, laissa tomber à terre les fagots qu\u2019il tenait ; puis, la main glissée dans sa ceinture de laine rouge, dit à l\u2019un de ses camarades qui sarclait, deux pas plus loin : \u2014 Voilà ! du lait pendant l\u2019été, de la soupe pendant l\u2019hiver, et pour tous ceux qui en ont besoin ; pas de distinction entre les uns et les autres, Pour sûr qu\u2019elle est donnante Mme Chaumel, et son garçon de même ; si tous les riches leur ressemblaient, il n\u2019y aurait plus de question sociale, hein, mon vieux ?\u2014 Tu crois ?fit l\u2019autre, avec une inconsciente philosophie.Puis, gagné par la contagion de l\u2019exemple, jugeant le moment venu de s\u2019accorder un peu de repos, le compagnon d\u2019Arsène s\u2019assit à demi sur le bord de la brouette où s'entassaient les herbes et les mottes.Ils plantent les \u201cabondances\u201d (1) par là, reprit-il, désignant le champ contigu, d\u2019où partaient des claquements de fouet et des bruits d\u2019attelage.La Haie-d\u2019Epine est toujours en avance sur nous.\u2014Tiens ! vous voilà déjà, la mère Nanette, interrompit Arsène, qui s\u2019était retourné vers le chemin.Il s\u2019adressait à une vieille femme qui escaladait le raidillon, suant et soufflant, ployant et disparaissant presque sous un amoncellement de paniers et de paquets : \u2014Oui, répondit-elle, dolente ; ce n\u2019est pas malheureux $ j'en ai ma charge aujourd'hui, et le soleil pique.La mère Nanette était la commissionnaire de Clairville : quatre fois la semaine, elle arpentait, sur ses vieilles jambes, la route du bourg, éloigné de cinq kilomètres.Elle revenait lestée de denrées, de produits pharmaceutiques, d\u2019objets de (1) Se dit des carottes, panais, betteraves, et en général de toutes les racines destinées à la nourriture du bétail. 76 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE toute nature, et de nouvelles qu\u2019elle distribuait libéralement par-dessus le marché ! \u2014 Posez vos paniers, la mère,invita le jovial Arsène, et dites- nous ce qu\u2019il y a de nouveau.\\ \u2014 Hé ! vous autres, cria encore une voix à travers la clôture, si Maître Bienaimé allait vous tomber dessus! \u2014Farceur, va ! reprit Arsene en riant; il ne peut pas être 4 à la fois à Carentan et à Clairville.Tu sais bien qu\u2019il est parti avec Maître Louis Chaumel, et à cette heure, ils doivent être encore attablés ensemble au restaurant des Trois-Couronnes ! ç La mère Nanette, soulagée d\u2019une partie de son fardeau, avait redressé vivement sa face futée ; ses yeux devenaient invisibles dans l'enchevêtrement des mille petites rides creusées par un sourire malicieux.La Closerie et la Haie-d\u2019Epine voisinent beaucoup depuis quelque temps, fit-elle.\u2014Depuis toujours, appuya le valet de la ferme ; c'est vrai que Maître Brissot a deux filles bonnes à marier, et qui ne manqueront pas d\u2019écus pour entrer en ménage.\u2014I aurait tort, tout de même, de se mettre ça dans la tête, déclara la commissionnaire d'un air entendu ; Maître Louis est trop riche pour \u201c Maltide, \u201d (1) et même pour Léa, qui a pourtant les clos de sa marraine.D'abord, il est fils unique, et chez les Brissot il y a trois enfants.\u2014 Vous pourriez bien dire deux, Nanette, car, pour le gar- gon, c'est comme s\u2019il n\u2019existait pas, soupira le domestique, baissant instinctivement la voix.Ah! c\u2019est ça qui donne Ju\u201d souci à Maître Bienaimé ! - \u2014Des soucis, il en a, et de plus d\u2019une sorte, repartit mystérieusement la paysanne en se rapprochant de Ja bar- rière.La fièvre aphteuse lui a joliment fait perdre sur ses bestiaux les deux années passées ; il a même emprunté pour payer ses fermages.(1) On prononce ainsi dans le pays.dé LES DEUX FILLES DE MAITRE BIENAIMÉ 77 Arsène se redressa, suffoqué.\u2014Pour le coup, vous rêvez, la mère ! \u2014On sait ce qu\u2019on sait, articula Nanette en se rengorgeant.\u2014 Ta, ta,ta! C\u2019est une histoire\u2026 Mais, si c'était vrai, croyez-vous qu\u2019il ne se rattraperait pas?En voilà un qui n\u2019est jamais à bout! son esprit trotte comme ses jambes.On le croit ici, il est là! Vous avez beau dire, mère Nanette, j'aimerais mieux être dans sa peau que dans la mienne ! \u2014Tant mieux pour vous si vous avez confiance, mais on a vu, des fois, la chance tourner le dos aux chanceux ?A propos des Brissot, vous ne savez pas la chose ?reprit la bonne femme d\u2019un air important, qui annonçait une révélation sensationnelle ; Mélie est dans le pays, à ce qu'il paraît.\u2014 Qui, Mélie ?\u2014Eh ! Mélie Brissot\u2026.Mélie Daubreuil\u2026.Mélie Lagarde.vous vous rappelez bien qu\u2019elle a \u201c marié\u201d deux fois, et son homme aussi.L\u2019explication, si peu lumineuse qu\u2019elle fut, parut suffire à éclairer les méninges d\u2019Arsène.Il eut un geste de surprise, tandis que l\u2019autre valet, toujours assis sur sa brouette, écoutait bouche bée cette conversation intéressante.\u2014Enfin, la belle Mélie, conclut triomphalement la narratrice, Mélie la propre soeur du curé des Landelles et de Maître Bienaimé.Si elle se montre à Clairville, ça fera du micmac; car, à ce qu\u2019on dit, ils avaient juré qu'elle ne la reverraient jamais ! Le vieux père Brissot était d\u2019une colère quand elle s\u2019en est allée à Paris.Ça lui a réussi tout demême, puisqu'elle a fait fortune ; on lui arrange, à Quinéville, une bâtisse de toutes les couleurs.| \u2014.Hé bien ! hé bien ! garçons, qui est-ce qui vous a payés pour vous croiser les bras ?Cette voix cassante, métallique, retentissant subitement der- 78 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE rière les valets, produisit l\u2019effet du tonnerre.La mère Nanette, se rechargeant prestement, fila ; les domestiques se retournèrent, confondus, vers la vision qui semblait avoir surgi des profondeurs du sol.Debout, au milieu du champ, se tenait un homme dont la petite taille paraissait néanmoins dominer tout ce qui s\u2019étendait autour de lui.Ayant mesuré, d\u2019un coup d'oeil, le temps perdu et le travail inexécuté, il s\u2019avança, d\u2019une allure vive, saccadée.Sur ses cheveux bruns, à peine grisonnants, sa casquette était posée très droite, et par l\u2019ouverture de la blouse luisante, on apercevait, battant surle gilet une \u2018grosse chaîne d'argent.\u2014 Vous en êtes là, fainéants, poursuivit-il, quand votre ouvrage devrait être fini depuis une heure ! \u2014Excusez, Maître Bienaimé,essaya piteusement Arsène ; mais dix mètres de clôture à refaire, et par la chaleur.\u2014 Qu'est-ce que tu as à dire, toi ?interrompit le fermier en le toisant de la tête au pieds.La chaleur, la fatigue, ne sont-elles pas pour tout le monde ?J'en ai ma part aussi, peut-être ! Allons, à tes brèches ! Toi, là-bas, à tes herbes.Et plus vite que ça ! De cette voix qui découpait les syllabes comme à l\u2019emporte-pièce, de ce regard perçant, bien abrité sous la proéminence de l'arcade soureillière.de cette bouche mince, un peu serpentine, révélant l\u2019opiniâtreté, la finesse, la défiance, de tout ce visage aigu, rasé, brûlé, de tout ce petit corps maigre, agile, plein de nerf et de sève, se dégageait une autorité peu sympathique sans doute, mais tellement indiscutable et indiscutée, que les valets, sans murmurer, se remirent immédiatement à la besogne.Bienaimé.\u2026.Ce prénom, très usité dans le pays, n\u2019était point, ici, d'une application parfaite ; mais si le fermier de la Closerie ne se faisait pas adorer, il se faisait craindre ; il pouvait beaucoup exiger et savait beaucoup obtenir, en imposant à ses gens le sentiment de sa supériorité et de FET LES DEUX FILLES DE MAITRE BIENAIMÉ 79 son droit ! Du reste, Bienaimé Brissot, homme honnête et rangé, travailleur infatigable, bon citoyen, bon père, était de ceux qu'on estime universellement et que l'on peut s\u2019honorer de servir.Il s'était éloigné et continuait sa tournée à travers champs et prairies, enfilant les chemins creux, passant les échaliers pour couper au plus court.Il s\u2019arrétait, les mains dans ses poches, pour examiner les orges et les avoines qui commençaient à poindre, les blés qui étendaient leur tapis vert et frissonnant, les pommiers noueux, coiffés d\u2019un lourd chapeau blanc ou rose, les belles vaches qui ruminaient, mollement plongées dans l'herbe qui leur caressait les flancs.Il allait, absorbé dans un calcul mental, tandis que ses poumons se dilataient au grand air de la plaine, et que tout son être jouissait obscurément de la vie forte et luxuriante épanouie sous mille et mille formes autour de lui.Ah! cette terre qu\u2019il avait soignée, fertilisée par trente ans de labeur opiniâtre, comme il tenait à elle par toutes les fibres de sa chair, par toutes les tendances de son esprit ! Sans doute le point de vue de Maître Bienaimé n\u2019était pas très idéal ; chez lui l'amour du sol se fondait avec l\u2019orgueil paysan, l\u2019instinet d'acquisivité : mais parce que cette passion était réelle, tenace et jalouse, qu\u2019elle prenait la vie de cet homme, elle suffisait à faire de lui une figure marquante, échappant au troupeau incolore des banalités.Son inspection achevée, il se dirigea vers la Closerie.Le soleil se retirait de la grande cour silencieuse, où les poules ne picoraient plus.Dans le cadre de la porte, un garçon très long, encore imberbe, taillait avec son couteau une branche de coudrier.Il semblait étrangement appliqué à cette occupation puérile; de sa tête inclinée, on ne voyait guère que les cheveux, clairsemés et d\u2019un blond éteint.Tout à coup, derrière lui, fusa une voix gazouillante : good Boast sii is 80 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE \u2014Laisse-moi passer, mon petit Eugène ! Un bras l\u2019enlaça, une forme légère glissa près de lui, pareille à un oiseau qui s'envole.\u2014Tu t'en vas, Léa ?dit-il avec effort, en fixant sur elle des yeux tres pales, hésitants.Elle se haussa sur la pointe des pieds et lui sourit en plein visage, de ce sourire affectueux et bon, qu\u2019elle avait quand elle le voulait.\u2014 Oui, je me sauve.À tantôt, Engène, à tantôt ! Petite, souple, vive, balançant son ombrelle fermée, cambrant sa taille étroite que dessinait élégamment une ceinture de peau crème, Léa s'enfuyait dans un rai de soleil ; des étincelles d\u2019or s\u2019accrochaient à ses frisures ; ses mignons souliers jaunes effleuraient à peine le sol inégal.Et c'était piquant, cette apparition de jeunesse pimpante sur la nudité de la cour, dans l'encadrement des vieilles pierres grises.Mais, au moment de franchir la barrière, elle s'arrêta : le fermier, planté au milieu du chemin, la regardait venir.\u2014C\u2019est l'heure de se promener, alors ?interrogea-t-il le sourcil froncé., \u2014Je ne vais pas loin, papa.Seulement jusqu\u2019au bout de la chaussée ; Mme Adolphe m'a demandée ce matin.Elle essayait de passer outre, il l\u2019a retint par le poignet.\u2014Pas de ça, pas de ça, interrompit-il, on se promèrie quand on a fini sa besogne.\u2014 Mais, papa, ma besogne est finie ! déclara la jeune fille en se dégageant d'un geste d'humeur ; j'ai raccommodé vos chaussettes et celles d\u2019Eugene.Vous pouvez aller voir.Toute rouge, l'œil brillant, elle enfonçait la pointe de son ombrelle dans l\u2019ourlet herbeux du fossé.Marie Le Mière.(A suivre.) 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