L'action nationale, 1 décembre 2020, Décembre
[" 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514 845-8533 Numéro sans frais : 1 866 845-8533 revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Mathieu Bock-Côté, sociologue et chroniqueur ; Nicolas Bourdon, professeur de français, cégep Bois-de-Boulogne ; Sylvain Deschênes, rédacteur et infographiste ; François-Olivier Dorais, professeur (UQAC) ; Lucia Ferretti, professeure (UQTR) ; Sylvie Ménard, Centre d\u2019histoire des régulations sociales (UQAM) ; Denis Monière, professeur (Université de Montréal) ; Hubert Rioux, Ph.D.ÉNAP-Montréal ; Michel Rioux, journaliste ; Pierre Serré, chercheur.Membres du jury du prix Richard-Arès : Lucille Beaudry (science politique, UQAM) ; Robert Comeau (histoire, UQAM) ; Simon Langlois (sociologie, Université Laval).Membres du jury du prix André-Laurendeau : Jean Chartier, Pierre-Paul Sénéchal ; Lucia Ferretti.Animation du séminaire de lecture : Mathieu Bock-Côté L\u2019Action 4 ; RE rr .] C .revues culturelles québécoises ARTS VISUELS CIEL VARIABLE - ESPACE - ESSÉ INTER - LE SAEORD - PLANCHES - PHOTO SOLUTION VIE DES ARTS - 20KE DCCUPÉE CINÉMA 24 IMAGES CINÉ-BULLES - CINÉMAS - SÉQUENCES CRÉATION LITTÉRAIRE ENTREVOUS - ESTUAIRE - EXIT LES ECRITS - MŒBILS - XYZ, LA REVUE DE LA NOUVELLE CULTURE ET SOCIETE A BABORD! - CAMINAND - L'ACTION NATIONALE LIBERTÉ - L'INCONVÉNIENT - NOUVEAU PROJET - NOUVEAUX CAHIERS DIF SOCIALISME - RECHERCHES SOCIDGRAPHIQUES - RELATIONS HISTOIRE ET PATRIMOINE CAP-AUX-DIAMANTS - CONTINUITÉ - HISTOIRE QUÉBEC - MAGAZINE GASPÈSIE LITTÉRATURE LES CAHIERS DE LECTURE - LETTRES QUÉBÉCOISES - LURELU - NUIT BLANCHE - SPIRALE THÉÂTRE ET MUSIQUE CIRCUIT JEU REVUE DE THÉÂTRE - LES CAHIERS DE LA SORM THÉORIES ET ANALYSES ANNALES D'HISTOIRE DE L'ART CANADIEN ÉTUDES LITTÉRAIRES - TANGENCE - VOIX EF IMAGES revues SO e culturelles SODEP.GC.CA québécoises Éditorial Un tabou tenace - Robert Laplante 4 Articles Il n\u2019y aura pas d\u2019excuses - Stéphane Chalifour 12 Déliquescence : regards sur l\u2019état des cégeps au Québec - Judith Trudeau 23 Sans l\u2019indépendance, pas d\u2019avenir pour le français comme langue nationale - Denis Monière 34 Pour la création de l\u2019Université internationale de la Francophonie - Robert Laplante 43 Le mal-être systémique - Laval Gagnon 47 L\u2019ingratitude - Pascal Leduc 55 Entretien avec le philosophe Bernard Bourdin La nation est autant progressiste que conservatrice - Mathieu Bock-Côté 63 Le FRAP et la crise d\u2019octobre - Louise Harel 71 Lectures Notes critiques Marc Chevrier 78 L\u2019empire en marche.Des peuples sans qualités, de Vienne à Ottawa par François Deschamps Patrice Lacombe 97 La terre paternelle (1846) par André Campeau Recensions Paul St-Pierre Plamondon 113 Rebâtir le camp du OUI Patrice Groulx 118 François-Xavier Garneau : poète, historien et patriote François Côté et Guillaume Rousseau 122 Restaurer le français langue officielle Index des auteurs 2020 Sommaire 4 Éditorial Robert Laplante Un tabou tenace Notre langue n\u2019a pas besoin d\u2019Ottawa.Nous n\u2019avons pas besoin de la protection des saboteurs des pouvoirs de l\u2019Assemblée nationale.Nous n\u2019avons rien à faire de leur Cour suprême et encore moins de leur charte conçue pour saper nos choix démocratiques.Nous avons besoin que l\u2019État canadian dégage ! Il faut vraiment sombrer dans la médiocrité des plus éculés vaudevilles pour accorder quelque crédit que ce soit aux simagrées mises en scène pour tenter de réchapper les bévues de deux bigotes qui ont oublié qu\u2019elles n\u2019échangeaient pas autour de la machine à café.Il faut se laisser aller à de puissants élans d\u2019aveuglement volontaire pour penser que l\u2019État canadian renoncera à son mythe de refon- dation pour accommoder une minorité encombrante.Il ne sortira de tout ce navrant spectacle qu\u2019un autre attirail d\u2019hypocrisie, une amanchure de cosmétique débile : il fallait les entendre pérorer pour se draper dans les mille nuances de drabe pour savoir si le Québec en déclin relève de l\u2019évidence, de la fatalité ou d\u2019une défaillance de la protection d\u2019Ottawa.Il sait pourtant si bien nous protéger de nous-mêmes.Que lui faudra-t-il donc inventer pour continuer de nous couper l\u2019oxygène en pesant de toute sa condescendance.La recette est éprouvée et il y a encore trop de Québécois pour se convaincre de participer au banquet quand on leur sert du 5 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 réchauffé, quand on leur dit que le Canada les aime et que les Mélanie Joly de ce monde travaillent au salut de notre langue en faisant les commissions du Liberal Party à la veille des élections.Qu\u2019ils dégagent ces bonimenteurs à gages ! Il faut sortir des « temples de paroles ».Ceux et celles qui se prétendent sérieux en nourrissant des attentes à l\u2019endroit de la Loi des langues officielles ne parlent jamais du réel.Les principes, les droits, les bonnes intentions, so what ?Il faut parler des milliards.Qu\u2019on cesse de pinailler sur le relâchement linguistique pour mieux se convaincre que quelque part le « déclin » s\u2019explique par une quelconque misère consentie.La domination linguistique n\u2019est pas une affaire d\u2019orthographe et de formules d\u2019accueil.Ottawa mène la guerre au français devant les tribunaux, dans ses charges idéologiques, c\u2019est vrai.Mais les bonnes âmes font tout pour ne pas voir que la concurrence des modèles d\u2019intégration des immigrants, que la domination institutionnelle et l\u2019inégalité de traitement des priorités de développement en tout genre se font d\u2019abord et surtout à coup de milliards.Si déclin il y a, le Québec le finance à même ses impôts.Ceux qu\u2019il verse à Ottawa et qu\u2019il laisse sous le contrôle d\u2019une majorité qui ne cesse de le refouler aux rôles accessoires qu\u2019il veut lui voir jouer.Et à même ceux qu\u2019il confie à son propre gouvernement national qui n\u2019a ni le courage ni la clairvoyance de s\u2019arracher à la logique d\u2019apartheid sur laquelle est construite l\u2019architecture institutionnelle qui assure la suprématie active de l\u2019anglais.Le statut du français au Québec est taillé en pièce par un dispositif institutionnel dualisé.C\u2019est l\u2019État du Québec lui- même qui déclasse le français.Il est le plus gros employeur exigeant le bilinguisme dans les services de santé à Montréal.Il soutient scandaleusement les réseaux de l\u2019éducation dans 6 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 des proportions qui n\u2019ont rien à voir avec le poids démographique des anglophones.Les discours sur la minorité ne sont que cosmétiques : la vérité c\u2019est que l\u2019architecture des institutions anglaises conforte les anglicisés dans leur identité et dans leur conduite d\u2019avant-poste d\u2019une majorité qui ne lui consentira jamais que des accommodements le moins dérangeants possible.Cela a été dit et redit : le surfinancement du réseau de la santé, la construction d\u2019un mégahopital pour consacrer les privilèges de McGill en condamnant le CHUM a réduire sa taille et ses moyens.En plus de livrer le CUSM à la plus abjecte corruption, la dualisation reconduite par cette décision lâche continue de servir de paravent pour ne pas avoir à affirmer une chose pourtant facile à comprendre : un système de santé cohérent aurait exigé que McGill fonctionne dans le cadre institutionnel national.Never under french rules ! disaient les orangistes.Et c\u2019est encore vrai.Sait-on même combien d\u2019argent y engloutit le Canada pour en accélérer la croissance et en consolider l\u2019emprise ?Et l\u2019on devra faire semblant que l\u2019extension de la loi 101 aux entreprises à charte fédérale y changera quelque chose ?Et l\u2019on nous fera du sentiment sur les défis de l\u2019accueil en français de trois immigrés sénégalais à Winnipeg ?Tout pour détourner le regard sur l\u2019enjeu principal : faire tomber Montréal.Le faire avec une politique fédérale qui renouvellera la propagande d\u2019aménagement de la résignation béate.Le McGill ghetto s\u2019est agrandi, il forme une enclave conquérante avec Concordia et Dawson pour installer près de cinquante mille étudiants étrangers qui imposent l\u2019anglais rue Sainte-Catherine et dans une part croissante du centre- ville.Le Canada s\u2019y déploie sans vergogne et jusque dans les manifestations et l\u2019activisme multiculturel.Ce n\u2019est pas 7 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 le déclin du français dont il s\u2019agit, c\u2019est de l\u2019expansion de l\u2019arrogance civilisatrice du plus meilleur pays du monde.Ce qui se construit là, c\u2019est la version post-moderne d\u2019une vieille obsession du développement séparé.Le centre-ville de Montréal, le Canada le rêve depuis toujours : une succursale torontoise piquée de latin atmosphere.Cette version sophistiquée de la nouvelle rhodésie doit une large part de sa croissance à la pleutrerie de l\u2019État du Québec qui surfinance ces institutions au mépris de l\u2019intérêt national et au détriment des institutions françaises qui se laissent manger la laine sur le dos comme dans le bon vieux temps.Les recteurs de l\u2019UQAM se lamentent depuis toujours, les cégeps français perdent des inscriptions, les gestionnaires de la marchandisation de l\u2019enseignement supérieur ne trouvent rien de mieux que de pousser un bilinguisme servile plutôt que de se battre pour renverser la vraie discrimination systémique.Les faux combats leur fournissent de si confortables arènes.Il faut déchirer les voiles de la fausse pudeur.C\u2019est à l\u2019argent qu\u2019il faut s\u2019en prendre.À l\u2019argent qu\u2019Ottawa dirige vers cette structure d\u2019apartheid.À l\u2019argent que le Québec abandonne pour ne pas faire justice et servir sa majorité légitime en plus de son intérêt national.Dès qu\u2019on touchera à l\u2019argent et à sa répartition, le Canada ne tardera pas à cesser de faire l\u2019hypocrite et il frappera à visière levée.Les bonimenteurs médiatiques ne se donnent jamais la peine de compter l\u2019argent.Ils ne lisent guère non plus.L\u2019ouvrage de Frédéric Lacroix Pourquoi la loi 101 est un échec, rend totalement caduque et pusillanime la discussion sur la protection canadian du français.On pourrait en tirer mille exemples.On en rajoutera un seul que Lacroix a pourtant solidement documenté dans de nombreux articles, renfor- 8 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 çant au passage les constats réalisés aussi par Marc Chevrier : le monde universitaire est le royaume de l\u2019inégalité systémique, de la marginalisation de l\u2019enseignement supérieur en français.On en jugera par ces faits têtus : \u2022 Le gouvernement du Québec accorde aux universités anglaises 772 382 millions de dollars.Elles reçoivent 21 % du budget consacré aux universités.Cela représente plus de trois fois le poids démographique des anglophones du Québec.\u2022 Ottawa en rajoute 364 231,7 millions, leur octroyant ainsi 38,4 % de ce qu\u2019il consacre à l\u2019ensemble des universités.C\u2019est six fois le poids démographique.\u2022 Au total, les contributions de toutes natures (Québec, Ottawa, dons, fondations et subventions ad hoc, etc.) valent à la rhodésie savante deux milliards deux cent douze millions six cent cinquante-quatre mille cinq cents dollars (2 212 654 500 $), soit 30 % du total québécois.Les chiffres sont encore difficiles à trouver pour établir précisément la hauteur du surfinancement des cégeps anglophones qui servent de machines à assimiler.Quelques centaines de millions ?Des vétilles ! On ne s\u2019en fera pas pour les cinquante millions voués à l\u2019agrandissement de Dawson.Pour les barguines du Cégep de Gaspé et son partenariat d\u2019affaires avec l\u2019industrie de la commercialisation du passeport.Et l\u2019on se gaussera de la générosité du don du Royal Victoria à McGill.Cela consolera des misères de l\u2019orthographe et du délabrement du parler bouche molle\u2026 Quand on entreprendra de défaire les injustices incrustées dans le système de financement, dans les logiques tordues de la justification des privilèges et dans le consentement à la 9 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 minorisation, les débats sur le bonjour/hi vont changer de ton.D\u2019ici là, on laissera les clowns tristes faire des pitreries pour tenter de maquiller l\u2019obscénité.Les carrières au rabais viennent en supplément aux francophones de service, dans les salles de presse comme dans les parlements.Quand la disparité des moyens sera examinée autrement qu\u2019avec des généralités sur l\u2019asymétrie des minorités telle qu\u2019Ottawa l\u2019a mise en scène, les choses sérieuses pourront être abordées.On serait en droit de s\u2019attendre à ce que le ministre Jolin-Barette se conduise en homme sérieux.Que le gouvernement Legault se tienne à la hauteur de sa réputation comptable.On peut toujours rêver.Le tabou est tenace en effet.Seule l\u2019indépendance donnera au Québec les moyens d\u2019une politique linguistique capable de composer avec les pressions de la démographie du continent.Cela restera toujours exigeant.Mais nous pourrons le faire en plein contrôle de nos moyens.Et sans avoir à subir la morgue canadian et le désolant spectacle des amuseurs résignés du consentement à la minorisation.q , On.investit ICI.Four Favoriser lo revitalisation des territoires urbains, pour soutenir les communautés, Dans l\u2018'agroclimentaire durable Four crméliorer l'accès à une alimentation saine issue d'une approche responsable, Dans la lutte contre les changements climatiques Pour faciiter la transition énergétique et préserver notre capital natured, EIN FONDACTION Donner du sens à l'argent, fondaction.com La Caisse d\u2019économie solidaire est la coopérative ?nancière des entreprises collectives et des citoyens engagés pour une économie sociale et durable.Gérald Larose Président 1 877 647-1527 caissesolidaire.coop 12 Articles Stéphane Chalifour* Il n\u2019y aura pas d\u2019excuses Nous avons été nombreux et nombreuses à signer la lettre d\u2019appui à la professeure de l\u2019université d\u2019Ottawa, Verushka Lieutenant-Duval.Lancée par une de nos collègues, cette pétition est devenue à son tour objet de controverse.Relayant les propos du recteur Frémont1, des chroniqueurs y ont même vu la preuve du biais raciste des signataires dont la vaste majorité a le malheur d\u2019être blanche2.Dans ce contexte surréaliste, il fallait peut-être s\u2019attendre à ce que le débat finisse par faire des vagues même au sein de notre petite communauté habituée au confort douillet de la banlieue à la fois proche géographiquement de la grande ville et pourtant si loin de ses clivages et des tensions qui la traversent.1 « Nous sommes, comme bien d\u2019autres universités, en train de prendre conscience des diverses manifestations de ce racisme systémique, bien ancrées dans nos façons de faire et nous avons pris l\u2019engagement de travailler à remédier à la situation.Parmi les problèmes dénoncés, on trouve les agressions et microagressions dont sont régulièrement victimes des membres noirs ou racisés de notre communauté.Ce qui peut sembler banal pour un membre de la communauté majoritaire peut être perçu par plusieurs membres de la minorité comme étant profondément offensant.Les membres des groupes dominants n\u2019ont tout simplement pas la légitimité pour décider ce qui constitue une micro-agression ».Jacques Frémont, Université d\u2019Ottawa, 19 octobre 2020.https://medias.uottawa.ca/nouvelles/message-du-recteur- jacques-fremont-au-sujet-dun-incident-recent-faculte-arts 2 https://ricochet.media/fr/3343/nword-ottawa-quebec-racisme- systemique-will-prosper 13 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 Les faits Comme toutes les vagues, celle-ci envahit l\u2019espace public et cherche à s\u2019infiltrer dans les interstices des réseaux sociaux, des différents médias, des institutions et de leurs appareils.Fierté de notre collège, l\u2019application C.lionel est ainsi devenue une tribune propice au lynchage de professeurs.e.s et aux accusations sans fondement.Manifestement animé par les convictions qui mobilisent aujourd\u2019hui nombre de « militants antiracistes », un étudiant du collègue publiait, la semaine dernière, un « post » laissant croire que du simple fait qu\u2019ils sont blancs, les signataires de la lettre se rendaient complices de racisme.Il est minuit le dimanche 25 octobre dernier lorsque mon épouse me signale la chose.Je venais d\u2019entendre quelques heures plus tôt des entrevues avec des historiens noirs sur les usages du mot « en N », dont celle, particulièrement éclairante, de Dany Laferrière.Peu friand des Facebook, Tik Toc, et autres Instagram, je ne m\u2019étais jamais branché sur C.lionel avant ce soir-là.La suite m\u2019aura rapidement convaincu de l\u2019extraordinaire puissance des réseaux sociaux et de leur potentiel mobilisateur certes, mais aussi destructeur.C\u2019est à ce moment-là que j\u2019ai téléchargé l\u2019appli du collège pour publier quelques liens menant aux entrevues et articles en m\u2019adressant aux « petits inquisiteurs et coupeurs de têtes », qui n\u2019ont naturellement pas tardé à réagir.Puis, face à la bêtise et au dérapage, j\u2019ai pris l\u2019initiative, au petit matin, de retirer ma « publication » : je me disais qu\u2019un « égout à ciel ouvert » n\u2019est pas un espace favorable à l\u2019élévation des esprits et à la délibération.J\u2019ai finalement supprimé l\u2019appli3 en croyant naïvement que le dossier était clos.C\u2019était avant 3 L\u2019étudiant dont il est question présume que j\u2019ai effacé sa missive.Comme nous le savons, seuls les gestionnaires du réseau ont le pouvoir de le faire. 14 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 la parution d\u2019un texte d\u2019opinion dans La Presse quelques jours plus tard m\u2019associant \u2013 plus ou moins explicitement \u2013 à ceux qui commettent des « atrocités en toute impunité4 » (sic).S\u2019arrogeant du monopole de la bien-pensance antiraciste et usant d\u2019un procédé rhétorique connu, l\u2019auteur de la lettre, diplômé en droit, procède à des amalgames monstrueux et une mise en accusation grossière et malhonnête.J\u2019aurais donc péché en ayant l\u2019outrecuidance de référer à un écrivain « nègre5 », Dany Laferrière.Voilà la faute ! L\u2019allusion explicite à l\u2019expression péjorative pour désigner notre écrivain « national » et membre de l\u2019Académie française6 renvoie précisément au fait qu\u2019il montre la réappropriation subversive de ce terme par les noirs eux-mêmes, au cours d\u2019une histoire sanglante contre le racisme et l\u2019esclavage.Avant de décréter la disparition du mot nègre de l\u2019espace public qu\u2019y a-t-il de raciste à dire qu\u2019il faut en connaitre l\u2019histoire et refaire la genèse de son usage ?D\u2019autant plus, affirme Laferrière, que la disparition de ce mot emporterait un pan entier de la littérature comme des penseurs de la négritude7 ».Il faut écouter ce que Laferrière \u2013 et bien d\u2019autres \u2013 4 Fabrice Vil, « Le film d\u2019horreur », La Presse, 31 octobre 2020, https:// www.lapresse.ca/debats/opinions/2020-10-31/le-film-d-horreur.php 5 « Afin d\u2019instruire les petits inquisiteurs et coupeurs de tête, voici un nègre qui revendique le mot en N en refaisant sa genèse ».6 Je rappelle deux titres de Laferrière : Comment faire l\u2019amour à un nègre sans se fatiguer, Typo 1985, Cette grenade dans la main du jeune nègre estelle une arme ou\u2026TYPO, 1993.7 Entrevue avec Dany Laferrière, Dessine-moi un dimanche, Radio-Canada, 25 octobre 2020.https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/dessine- moi-un dimanche/segments/entrevue/206 724/dany -laferriere-racisme- mot-en-n.Le texte de Laferrière est paru dans le Journal de Montréal, « Une révolution invisible », https://www.journaldemontreal.com/2020/10/28/ une-revolution-invisible.Voir aussi, Steve E Fortin, « Le mot nègre, il va dans n\u2019importe quelle bouche », https://www.journaldequebec.com/2020/10/18/le-mot-negre-il-va-dans-nimporte-quelle-bouche. 15 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 nous rappelle au sujet de ce mot devenu, dans la bouche des libérateurs d\u2019Haïti, dont Jean-Jacques Dessaline et Toussaint Louverture, synonyme du mot « Homme ».Vous comprenez qu\u2019un tel mot va plus loin qu\u2019une douleur individuelle et que si nos récits personnels ont une importance indéniable, ils ne font pas le poids face à l\u2019Histoire, une Histoire que nous devons connaitre puisqu\u2019elle nous appartient, que l\u2019on soit un nègre ou un bon nègre.Ce n\u2019est pas seulement un mot qui s\u2019infiltre, de jour et de nuit, dans les conversations ordinaires de la vie quotidienne.Il imbibe toute la littérature haïtienne, les chants sacrés ou populaires, la sculpture, et je dirais aussi la morale, car on parle de « Nègre vertical » pour dire celui qui rejette toute forme d\u2019assujettissement.[\u2026] Ce n\u2019est pas un mot, c\u2019est un monde.Il ne nous appartient pas, d\u2019ailleurs.Nous nous trouvons simplement sur son chemin à un moment donné.Il a permis la révolution à Saint-Domingue en devenant notre identité américaine.On a capturé des hommes et des femmes en Afrique qui sont devenus des esclaves en Amérique, puis des nègres quand Haïti est devenue une nation indépendante, et cela par sa Constitution même.On ne va pas faire la leçon aux glorieux combattants de la première révolution de l\u2019histoire.Si le mot révolution veut dire « chambardement total des valeurs établies », la révolution de l\u2019esclave devenu libre en est la plus complète.Le Nègre Toussaint Louverture, le Nègre Jean-Jacques Dessalines, le Nègre Henri Christophe et le Nègre Alexandre Pétion ont fondé Haïti le 1er janvier 1804 après une effroyable et longue guerre coloniale.Alors quand un raciste m\u2019apostrophe en nègre, je me retourne avec un sourire radieux en disant : « Honoré de l\u2019être, monsieur ».Ce mot a fait bouger l\u2019Afrique, ce continent immuable et sa civilisation millénaire, en exportant une partie de sa population vers un Nouveau Monde de terreur.Ce mot est à l\u2019origine d\u2019un art particulier que le poète Senghor et quelques intellectuels occidentaux ont appelé faussement l\u2019art nègre.Ce serait mieux de dire l\u2019art des nègres.Un nègre est un homme et au mieux, tout homme est un nègre ! [\u2026] On ne peut pas enlever ce mot parce que Montaigne l\u2019a employé.On ne peut pas l\u2019enlever parce que Miron l\u2019a employé, 16 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 parce que Senghor, Diderot, l\u2019ont employé8.Il faut faire barrage à l\u2019oubli.Voulons-nous éliminer cette parcelle de l\u2019histoire.On ne peut pas effacer les choses par l\u2019oubli.Il faut changer notre attitude par rapport à ce mot pour déstabiliser le raciste.Les mots peuvent avoir une vie.On peut malgré tout discuter encore du mot, en essayant de l\u2019actualiser, en faisant des compromis, mais, de grâce, épargnez-nous cette plaisanterie d\u2019une hypocrisie insondable du « N-word », qui n\u2019est qu\u2019une invention américaine comme le hamburger et la moutarde sèche.Dany Laferrière9 Professeur d\u2019histoire et d\u2019études africaines à la Columbia University, à New York, Mamadou Diouf abonde dans le même sens10.Il réfère aux travaux de linguistes et d\u2019historiens qui ont traqué l\u2019évolution de certains concepts, \u2013 dont celui de « Négro » qui a joué un rôle déterminant dans la « racialisation » et dans la production des identités « raciales » des Noirs américains ce qui le renvoie, encore une fois, à la question fondamentale du contexte de son usage.« Est-ce qu\u2019on l\u2019utilise comme insulte pour détruire une personne ou pour s\u2019inscrire dans une démarche critique pour en expliquer la signification historique ?».Selon Diouf, c\u2019est justement parce que la charge affective du terme est forte que le professeur a la responsabilité d\u2019engager la discussion sur des concepts 8 Nous pourrions ajouter à cette liste les nom d\u2019Aimé Césaire, Nègre je suis, nègre je resterai, James Baldwin, I am not your negro, Robert Morin, Le Nèg et Yvon Deschamps, Negger Black.9 Laferrière, JDM, op.cit.10 Entrevue réalisée par Alain Gravel, « Les faits d\u2019abord », 24 octobre 2020, Société Radio Canada, https://ici.radio-canada.ca/premiere/ emissions/les-faits-dabord/episodes/489020/rattrapage-du-samedi- 24-octobre-2020 17 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 aussi équivoques.Une telle démarche de déconstruction11 est nécessaire « non seulement si l\u2019on veut comprendre comment se forment un imaginaire et les représentations collectives, mais également pour saisir notre capacité à accepter la différence et à ne jamais la lire de manière hiérarchique12 ».En d\u2019autres termes, la lutte des noirs en Amérique a permis de subvertir le mot nègre en l\u2019insérant, pour ainsi dire, dans une histoire qui est profondément ancrée dans la construction de l\u2019identité noire, d\u2019où la nécessité de le préserver.Un dérapage Visiblement, c\u2019est ce que ne semble pas avoir compris, parmi d\u2019autres d\u2019ailleurs, la direction de la Commission scolaire English-Montréal qui vient de retirer de ses classes un livre d\u2019histoire du Canada (Journeys Through the History of Quebec and Canada) destiné aux élèves de secondaire IV qui contenait une référence au livre de Pierre Vallières publié en 1967.Jugé « offensant » en raison de son titre (Nègres blancs d\u2019Amérique), le livre de Vallières préfigurerait, rien de moins, le « racisme systémique13 ».Raciste Vallières ?Laissons la parole à l\u2019accusé qui dans une remarquable préface à l\u2019édition de 1994 écrivait ceci : 11 Sur la déconstruction, voir Maka Kotot, « Vous avez dit nègre », Journal de Montréal, 26 octobre 2020.https://www.journaldemontreal.com/2020/10/26/vous-avez-dit-negre.La professeure Lieutenant Duval a justement voulu montrer le sens de cette démarche de « réappropriation subversive » en traitant du mot Queer qui, connoté négativement, fut réapproprié par les militants trans.12 Gravel, SRC, Op.cit.13 Marco Fortier, « Roberge dénonce la censure à l\u2019école », Le Devoir, 31 octobre 2020, https://www.ledevoir.com/societe/education/588816/ un-manuel-d-histoire-banni-a-cause-du-mot-en-n 18 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 Quoi qu\u2019en disent les ténors néo-libéraux du nationalisme québécois des années quatre-vingt-dix, et tout acquis que soient ces derniers aux exigences du libre- échange, de la mondialisation et du pluralisme politique, les idées d\u2019État-nation, d\u2019unilinguisme et d\u2019intégration ethnique dont ils se réclament, les conduisent à privilégier l\u2019État culturellement homogène et à pratiquer une sorte d\u2019apartheid linguistique et même social qui les empêche de faire reposer le projet de sécession du Québec sur un véritable consensus « national » entre toutes les parties concernées, c\u2019est-à-dire dans le cas singulier du Québec : la majorité francophone, la minorité anglophone, les peuples autochtones et métis, les communautés juive, italienne, noire, asiatique, etc.[\u2026] Le profit étant loi divine et le marché sans frein son temple, il est interdit, même pour des indépendantistes, de remettre en question l\u2019ordre économique néo-libéral, sous peine des pires représailles.Dans un contexte de sacralisation à outrance de l\u2019économie, la liberté est-elle encore autorisée à incarner un projet social différent, une éthique de la solidarité, un espoir, un avenir et un sens pour les générations présentes et futures ?Alors, demain l\u2019indépendance ?Nègres blancs, francos et anglos, nègres rouges, nègres noirs, nègres bruns, nègres jaunes, aiguisons nos outils.Nous en aurons bien besoin.Pierre Vallières14 C\u2019est ici l\u2019idée du rapport à l\u2019histoire et la reconnaissance de l\u2019importance d\u2019une transmission critique de la culture qui doit être défendue.Le cas du livre de Vallières, littéralement « mis à l\u2019index » par la commission scolaire anglophone, est à cet égard exemplaire.On veut l\u2019interdire non seulement à cause du titre, mais parce que le contenu même de l\u2019essai serait offensant pour les minorités ! Ce 14 Pierre Vallières, Préface, Nègres blancs d\u2019Amérique, Éditions TYPO, 1994. 19 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 qu\u2019il faut retenir de notre époque, c\u2019est qu\u2019il n\u2019est pas nécessaire d\u2019être raciste pour être accusé au tribunal d\u2019une morale qui n\u2019a que faire de la justice.Il n\u2019est pas non plus nécessaire de remettre en question les motifs de ceux et celles qui se présentent comme des victimes.De toute façon, ces personnes se sentant offensées, la souffrance en résultant suffirait à leur donner raison.Disons-le, il s\u2019agit d\u2019une forme d\u2019essentialisation qui laisse croire que la couleur ou le statut seraient forcément porteurs de la vertu.Il s\u2019agit, qui plus est, d\u2019une dérive au sens où ce sont désormais les émotions de certains individus qui fixeraient la norme et le droit.Cela pourrait rappeler, à une autre échelle bien sûr, une certaine « révolution culturelle » alors que des Gardes rouges fanatisés trainaient en laisse des fonctionnaires, des professeurs et des directeurs d\u2019école les forçant à avouer des crimes et des fautes qu\u2019ils n\u2019avaient pas commis au nom de la « ligne juste » du président Mao.On connait la suite\u2026 À l\u2019évidence, il y a une énorme confusion entre le contexte, l\u2019intention du locuteur et le sens des mots, ce qui suffit aujourd\u2019hui pour détruire des réputations.C\u2019est fondamentalement un retour à l\u2019obscurantisme, à la différence que, cette fois, l\u2019appel à l\u2019interdit ne provient pas d\u2019en haut, d\u2019une institution légitime, mais d\u2019en bas, d\u2019individus qui s\u2019investissent d\u2019une supériorité morale au nom de souffrances historiques bien réelles dont ils seraient le concentré.Ce phénomène de polarisation repose moins sur des postures idéologiques que sur les affects et une réaction primaire qui se résument à l\u2019expression péremptoire du « ressenti » qui, tout en étant légitime et intelligible, ne peut se transformer en diktat.Cela explique sans doute la montée d\u2019une forme de moralisme radicalement intransigeant.Les États-Unis sont d\u2019ailleurs le laboratoire de ces dérives très révélatrices de la fragmentation du monde 20 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 social en micro-identités15 et de l\u2019enfermement de certains dans des logiques qui peuvent déraper sérieusement16.Dénonçant des microagressions et s\u2019abreuvant à la « cancel culture » (culture du bannissement), de braves petits militants en appellent ainsi à la décapitation symbolique, peu importe la preuve de l\u2019agression alléguée.C\u2019est aussi au nom du « blasphème » que des fous de dieu issus de l\u2019islamisme radical décapitent au grand jour des citoyens français.Faute d\u2019argument et incapables de réfléchir sérieusement sur le mal qui les ronge, certains intellectuels de gauche se contentent par ailleurs d\u2019en ajouter une couche en invitant les uns à se confesser et se repentir tout en accusant les autres d\u2019être de « droite17 ».15 Quiconque s\u2019intéresse aux délires de la rectitude politique devrait voir le documentaire « Evergreen et les dérives du progressisme », https://www.youtube.com/watch?v=u54cAvqLRpA.Pour un point de vue conservateur, Mathieu Bock-Côté, L\u2019empire du politiquement correct, CERF, 2019.Pour un point de vue plus à gauche, Pierre Mouterde, Les impasses de la rectitude politique, Varia, 2019.Voir aussi, « La culture du bannissement, un phénomène qui prend de l\u2019ampleur », Desautels le dimanche, SRC, 25 octobre 2020, https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/ desautels-le-dimanche/segments/reportage/206710/la-culture- du-bannissement-un-phenomene-qui-prend-de-l-ampleur-janic- tremblay.Également, Michel Roche, « L\u2019idéologie intersectionnelle et la question nationale », L\u2019Action nationale, Septembre 2020.Enfin, sur une note plus humoristique, voir le sketch de jeunes et brillants comédiens, http://likemoi.telequebec.tv/episodes/54- episode-54/sketchs/3-salut-la-gang.16 Judith Trudeau et Stéphane Chalifour, « L\u2019identité contre la nation », Les nouveaux cahiers du socialisme, # 24, Automne 2020.17 Voir « Liberté académique et fragilité blanche ».http://www.ekopolitica.info/2020/10/liberte-academique-et-fragilite-blanche.html.Voir la réponse de Pierre Mouterde, « De quelques réflexions autour de la confession de Jonathan Folco », https://www.pressegauche.org/De-quelques-reflexions- autour-de-la-confession-de-Jonathan-Folco.Le mot « droite » a le mérite d\u2019éviter le débat et d\u2019assumer ses contradictions.Rappelons que l\u2019auteur du présent texte est membre du comité de rédaction des Cahiers du socialisme depuis 2013.Outre la direction de plusieurs numéros, il a corédigé Une gauche en commun paru en 2019 chez Écosociété. 21 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 La responsabilité des institutions Dans un volumineux rapport, intitulé L\u2019Université québécoise du futur, remis tout récemment à la ministre de l\u2019Enseignement supérieur, Danielle McCann, le scientifique en chef du Québec Rémi Quirion18 exprimait très clairement ses inquiétudes quant aux menaces qui pèsent sur la liberté académique.La « rectitude politique », écrit-il, « impose des formes de censure et commence même à perturber la fonction capitale d\u2019espace de libre débat » au sein des universités.À l\u2019instar de ce que vivent nos collègues français19 et américains, nous sommes confrontés, depuis peu, à un phénomène dont la nouveauté relative semble paralyser de nombreux recteurs et directions de cégeps.Conséquemment, on ne saurait trop recommander à tous ceux et celles qui ont la responsabilité de prémunir les universités et les collèges contre l\u2019intimidation et la tentation de bâillonner la parole de tenir compte des recommandations du groupe dirigé par monsieur Quirion.Ce dernier rappelle avec raison que la liberté académique est une « condition nécessaire d\u2019accomplissement de la mission universitaire » et qu\u2019il incombe aux directions et administrateurs de « veiller à la protection des membres de la communauté universitaire » (et des cégeps pourrions-nous ajouter).La possibilité d\u2019être offensé, voire blessé par des propos est consubstantiel à la logique de la délibération en démocratie.S\u2019engager sur la voie de la censure comme le proposent 18 https://espum.umontreal.ca/lespum/nouvelles/nouvelle/news/detail/ News/publication-du-rapport-luniversite-quebecoise-du-futur/.Pour un résumé, voir https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1737253/censure- universites-groupe-travail-rapport 19 Amandine Hirou, « Censures à l\u2019université », L\u2019express, 20 février 2020.https://www.pressreader.com/france/l-express- france/20200220/282784948505577 22 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 quelques idéologues constituerait un grave recul.Si la liberté académique ne peut autoriser des comportements racistes comme ceux attribués à un professeur d\u2019une école secondaire, elle doit pouvoir s\u2019exercer dans un espace où l\u2019on pourra parler avec tous les mots reçus en héritage sans avoir à subir l\u2019intimidation et l\u2019arbitraire.q 23 Articles Judith Trudeau* Déliquescence : regards sur l\u2019état des cégeps au Québec Parler d\u2019éducation au Québec, revient à parler d\u2019histoire et de culture.Parler des cégeps revient à parler d\u2019un projet ancré dans une histoire et un temps qui nous paraît déjà si loin ; leurs naissances, pour les premiers, datant de 1967.Presque comme parler de révolution sexuelle alors que nous avons connu l\u2019ère du sida.Dans mon cours d\u2019épistémologie à l\u2019Université de Montréal dans les années 2000, André-J Bélanger illustrait le concept de « path dependence1 » par l\u2019idée des cégeps.Quelque chose qui serait plus coûteux à détruire qu\u2019à être entretenu.Voilà.On entretient une idée magnifique.Mais on n\u2019a ni le courage de mettre la hache ni d\u2019y mettre les efforts pour réaliser cette idée magnifique.On vivote.On organise.On gère.Certains cégeps sont dans un état comparable aux CHSLD.Sorte de compromis avec le temps, ils sont semblables à la CAQ : entre la souveraineté franche et le fédéralisme mou.Si les cégeps sont nés de la social-démocratie et d\u2019un attachement à une identité particulière, ils reflètent maintenant l\u2019aplatissement généré par le néolibéralisme et l\u2019esprit entrepreneurial.Et ici, je ne parle pas des artisans, les professeurs, qui tiennent à bout de bras cette idée magnifique.1 https://www.cairn.info/dictionnaire-des-politiques-publiques- 9782724611755-page-411.htm#, page consultée le 19 septembre 2020.* Professeure de science politique collège Lionel-Groulx. 24 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 Par un bout de la lorgnette Jetons d\u2019abord un rapide coup d\u2019œil sur l\u2019état des troupes en région en sachant que le financement de base des cégeps s\u2019effectuant en fonction du nombre de périodes/étudiants/ semaines (PES), plus un cégep est imposant par son nombre et plus il est financé2.Que constatons-nous ?Évidemment, de façon non isolée du phénomène de l\u2019exode rural, la baisse d\u2019effectif étudiant dans nos régions.En Abitibi-Témiscamingue : En ce qui concerne l\u2019effectif étudiant, les dernières années ont été marquées par des baisses répétées du nombre d\u2019inscriptions dans les programmes de la formation régulière, principalement attribuables à la décroissance démographique enregistrée en Abitibi-Témiscamingue.On constate une réduction d\u2019environ 400 étudiantes et étudiants dans les dernières années au cégep3.Au cégep de Gaspésie et des îles : Les prévisions démographiques nous annoncent une baisse marquée de la population de notre région, principalement chez les jeunes.Cette baisse, estimée à 18,3 % entre 2001 et 2026, touche directement notre bassin naturel de recrutement.La population étudiante devrait atteindre son minimum entre 2020 et 2022, pour remonter ensuite jusqu\u2019en 2026, sans toutefois dépasser 85 % de la prévision 20124.2 Notons, tout de même, le changement de la formule du FABES pour intégrer les facteurs Régions et Recherches dans la nouvelle formule du FABRES, 2019.3 https://www.cegepat.qc.ca/wp-content/uploads/2020/09/Plan_ strat_d%C3%A9v_2020-2025.pdf plan stratégique 2020-25, Cégep de l\u2019Abitibi-Témiscamingue, page consultée le 22 septembre 2020.4 http://www.cegepgim.ca/images/lecegep/documentsofficiels/Rapport%20 annuel%202017-2018_COULEUR_version%20finale_.pdf, dernier bilan annuel disponible 2017-2018, page consultée le 22 septembre 2020. 25 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 Un tout dernier pour nous faire voir une certaine tendance.Au cégep de Baie-Comeau : Aussi, nous sommes heureux d\u2019affirmer que, pour l\u2019année 2018-2019, la majorité des cibles du plan stratégique ont été atteintes.Évidemment, les prévisions démographiques nous ont posé, une fois de plus, un sérieux défi.Heureusement, nous avons de nouveau déjoué ces prévisions par nos efforts et notre succès de recrutement au Québec et à l\u2019international5.Conséquemment, les cégeps de région déploient des efforts incommensurables pour maintenir les programmes offerts, garder les jeunes en région (la rétention) et attirer de nouveaux jeunes (ce qu\u2019on appelle l\u2019attractivité).Et les directions de collège redoublent d\u2019inventivité pour pallier cette inexorable baisse d\u2019effectif.C\u2019est ainsi qu\u2019une panoplie de concepts a pris le devant de la scène : téléenseignement (bien avant la pandémie), partenariat, engouement pour les étudiants étrangers, financement de la recherche au collégial6, concurrence.Téléenseignement, partenariat et inventivité marchande Laissons la parole à un représentant syndical du cégep de l\u2019Abitibi qui alertait le regroupement cégep FNEEQ7 en 2017.5 https://www.cegepbc.ca/sites/default/files/Rapport%20annuel%20 18-19.pdf, Dernier bilan disponible 2018-2019, Cégep de Baie-Comeau, page consultée le 22 septembre 2020.6 Nous n\u2019en ferons pas nommément mention dans ce texte.Pour mieux comprendre ce phénomène, voir le spécial Enseignements généraux de l\u2019enseignement supérieur, (ÉGES), FNEEQ-CSN, printemps 2018.7 La FNEEQ-CSN représente les enseignants de 45 collèges du Québec, soit la voix de 85 % des professeurs au collégial. 26 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 L\u2019intégration du télé-enseignement dans notre cégep se poursuit en contournant habilement un principe fondamental de l\u2019entente techno-pédagogique et des recommandations de nos experts institutionnels en nouvelles technologies : la volonté des enseignantes et des enseignants.Pour obtenir une participation volontaire des départements concernés (i.e.comprenant des groupes-cours comptant trop peu d\u2019étudiants), l\u2019organisation pédagogique pose un faux dilemme : augmenter l\u2019offre de cours en télé-enseignement ou diminuer l\u2019offre de cours, voire fermer le programme sur l\u2019un ou l\u2019autre des campus.À la dernière session, l\u2019organisation pédagogique a sommé le département de mathématiques d\u2019offrir le cours de calcul intégral en télé-enseignement sous la menace d\u2019engager un professeur qui serait prêt à tenter l\u2019expérience en cas de refus du département.Elle a aussi rencontré les professeurs de Sciences humaines pour leur proposer de faire du téléenseignement ou de retirer un certain nombre de cours dans les grilles-programmes sur les campus, faisant porter aux professeurs l\u2019odieux des conséquences subies par les étudiantes et les étudiants8.Ainsi, bien avant la pandémie, le téléenseignement semblait être une voie de sortie pour certains cégeps de région en mal d\u2019effectifs.Pour nous donner un exemple, il suffit d\u2019avoir 12 personnes en « présentiel » et d\u2019offrir ce même cours à des étudiants en dehors de cette région qui participeront au cours, via leur ordinateur en « mode synchrone ».Voilà, nous avons 25 étudiants.Si la voie semble intéressante, elle peut mener à certains dérapages9.La Formation continue du Cégep Beauce-Appalaches est l\u2019une des plus branchées au Québec.La plupart de nos programmes étant offerts en ligne, en mode synchrone, la 8 Miguel Charlebois, « Le téléenseignement, la voie de l\u2019avenir pour le Cégep AT ?» journal syndical SEECAT, 7 novembre 2016.9 La FNEEQ-CSN a établi des balises pour rendre « acceptable » le téléenseignement et pour les étudiants, et pour les professeurs et dans une perspective réseau : https://fneeq.qc.ca/wp-content/uploads/1904 24EnseignementADistance-FINAL_CES_CF3_mai-2019.pdf 27 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 salle de cours se transporte à votre domicile, où que vous soyez dans la province10 ! Si on comprend bien cette « publicité » du cégep de Beauce- Appalaches, le bassin étudiants visé n\u2019est plus la seule région, mais bien le Québec entier, venant recruter dans toutes les régions, même celles en déperdition, le nombre d\u2019étudiants requis pour avoir le financement rattaché.Si cela engage une concurrence entre les cégeps, que dire du scandale du cégep de Gaspé ?Nous apprenions l\u2019hiver dernier : Aux prises avec une baisse de fréquentation, le cégep de la Gaspésie et des Îles a fait preuve d\u2019un esprit d\u2019initiative qu\u2019une PME dynamique pourrait lui envier.Le cégep, qui peut offrir des programmes tant en français qu\u2019en anglais en raison de la présence de communautés anglophones dans la région qu\u2019il dessert, a ouvert un campus à Montréal où il donne une courte formation d\u2019un an en anglais, conduisant à l\u2019obtention d\u2019une attestation d\u2019études collégiales (AEC), à des étudiants étrangers en provenance de l\u2019Inde, de la Chine et de la Corée du Sud.Cette percée d\u2019affaires pose de sérieuses questions sur l\u2019avenir du réseau collégial, d\u2019une part, et sur la volonté du gouvernement caquiste de préserver le visage français de Montréal, d\u2019autre part11.On apprenait dans cet éditorial signé Robert Dutrisac que le nombre d\u2019inscrits dans cette extension anglophone atteignait les 2200 étudiants, soit presque le double du campus de Gaspésie-Les îles.On y apprenait aussi que les étudiants 10 https://cegepba.qc.ca/formation-continue, page consultée le 22 septembre 2020.11 https://www.ledevoir.com/opinion/editoriaux/572246/etudiants- etrangers-international-cegep-corp, cet éditorial de Robert Dutrisac relate un problème bien présent, posé dans le numéro précédent de L\u2019Action nationale. 28 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 étrangers payaient des frais de scolarité à la hauteur de 15 000 $ pour une AEC (Attestation d\u2019études collégiales) qui ne leur permettrait pas de gagner un passage rapide vers la citoyenneté.Bref, les seuls gagnants semblaient s\u2019incarner dans la direction du collège qui a su faire des profits\u2026 Le mandat des cégeps, comme on le sait\u2026 Outre ces solutions alambiquées palliant honteusement le sous-financement ou mal financement12 de nos institutions collégiales, nous pourrions nous attendre de notre gouvernement qu\u2019il soutienne les programmes spécialisés dans les collèges de région.Pensons à l\u2019aquaculture et l\u2019école des pêches (cégep de Gaspésie et des îles), pensons au DEC en journalisme à Jonquière, à l\u2019option théâtre à Sainte- Hyacinthe.L\u2019exemple du centre québécois de formation en aéronautique (CQFA) de Chicoutimi laisse un goût amer.Le programme exclusif de pilotage du Cégep de Chicoutimi est une fois de plus menacé alors que la nouvelle ministre de l\u2019Enseignement supérieur du gouvernement caquiste, Danielle McCann, a autorisé le collège privé Mérici de Québec à dispenser la formation en pilotage d\u2019aéronefs13.Si ce programme national a connu une brèche d\u2019exclusivité l\u2019an passé avec l\u2019arrivée du collège privé « Air Richelieu » à Saint-Hubert, voilà que le gouvernement récidive avec un deuxième collège privé en pilotage, cette fois-ci dans la région de Québec.Collège privé rime avec frais de scolarité.Au bas mot, 100 000 $ pour un étudiant qui s\u2019inscrira en pilotage dans l\u2019un ou l\u2019autre de ces collèges privés sans avoir à s\u2019expatrier dans la région de Chicoutimi14.12 Éric Martin et Maxime Ouellet, Université Inc, Lux, Montréal, 2011.13 https://www.lequotidien.com/actualites/un-scenario-desagreable-pour- le-cqfa-et-le-cegep-de-chicoutimi-d17e6c7b38fa1ef5306cefd66cd8f652.14 https://www.lesailesduquebec.com/air-richelieu-premier-college-prive-a- offrir-un-dec/ 29 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 Par l\u2019autre bout de la lorgnette Si en région on semble souffrir d\u2019un manque d\u2019étudiants, d\u2019un sous-financement/mal financement et d\u2019un abandon de la part des gouvernements des années 2000, dans les grands centres, qu\u2019en est-il ?Souffrirait-on de la maladie de la croissance infinie ?Augmentation de devis, agrandissement tous azimuts, « syndrome de la pépine » et campus visionnaire : tout y est pour recevoir les étudiants de demain.Dans la seule région de Sainte-Thérèse, en banlieue de Montréal, les prévisions démographiques annoncent 1000 nouveaux étudiants collégiens au cours des 10 prochaines années.À regarder le campus existant, on se demande bien où seront accueillis ces nouveaux étudiants.À moins d\u2019en faire des centres d\u2019études collégiales (CEC), la nouvelle lubie des gestionnaires qui doivent faire face à l\u2019augmentation des effectifs étudiants.Le misérable exemple du CEC de Saint-Constant Qu\u2019ont en commun les cégeps Édouard-Montpetit (Longueuil), Saint-Jean-sur-Richelieu, André-Laurendeau (Montréal) et Valleyfield ?Ils sont à plus ou moins 20 kilomètres de la petite ville carrefour de Saint-Constant.Les étudiants de cette région avaient, en effet, quatre choix possibles pour passer du cycle secondaire au cycle collégial.Qu\u2019à cela ne tienne, la petite ville de Saint-Constant a fait aller ses antennes au plus offrant de ces collèges (ou au plus motivé ?) pour avoir un centre d\u2019études collégial (CEC) sur ses terres ; maintenant affilié au cégep de Valleyfield.Ce qu\u2019il faut savoir, c\u2019est qu\u2019un CEC n\u2019est pas un collège ; il demeure une extension, un pavillon excentré avec moins 30 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 de ressources offertes aux étudiants.S\u2019il est bienvenu pour rejoindre des étudiants dans une grande région, par exemple le centre d\u2019études collégiales de La Tuque, affilié au cégep de Shawinigan, ou le CEC de Mont-Laurier comme extension du cégep de Saint-Jérôme, dans le cas du CEC de Saint-Constant, il ne répond pas à un allongement naturel, mais bien à une compétition féroce entre quatre cégeps15.Qui dit compétition, dit ressources à aller chercher.En effet, le cégep centre se voit octroyé de nouvelles ressources quand un nouveau campus s\u2019élève.À la limite, avec une vision réseau, nous aurions pu comprendre qu\u2019un programme original soit déployé au cœur de ces quatre cégeps ; une ferme-école, une couleur locale, un programme de développement durable en logistique de transport, que sais-je.Mais non.On y présentera avec moins de moyens, les programmes de sciences humaines, techniques d\u2019éducation spécialisée et Tremplin DEC, bref, rien qui ne justifie cette nouvelle bâtisse16.Des programmes concurrents dans une même région En septembre 2020, un nouveau programme a vu le jour au collège Lionel-Groulx.Il s\u2019agit de « Technique d\u2019éducation à l\u2019enfance ».Si ce programme se donnait depuis plus de 15 ans sous la forme d\u2019une Attestation d\u2019études collégiales (AEC) à la formation continue, ce programme se donnait déjà sous forme de DEC au collège Montmorency et au cégep de Saint-Jérôme, faisant partie de la même région.Bien sûr, les conditions de travail pour les professeurs dans 15 La FNEEQ-CSN a établi des balises pour que les CEC soient conformes à une vision réseau : Voir recommandations adoptées lors des regroupements cégeps des 6 et 7 février 2020.16 https://www.coupdoeil.info/2018/08/29/cegep-a-saint-constant- etudiants-de-region/ 31 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 un programme de DEC sont beaucoup plus intéressantes que celles de chargés de cours à la formation continue.Ceux-ci n\u2019ont à peu près pas de protection et sont vus comme pourvoyeurs de cours, sans bureau, sans rémunération pour l\u2019encadrement des étudiants, avec maintenant, depuis le changement de la loi sur les normes du travail en vigueur depuis le 1er janvier 2019, deux journées de maladie (ils n\u2019en avaient pas avant !).Si, d\u2019un point de vue syndical, on pouvait saluer la venue de ce programme, la réalité réseau est tout autre.En effet, nous savions que dans les deux autres cégeps environnants, ce programme battait de l\u2019aile.Fermeture de groupes et professeurs mis en disponibilité (MEDs) et donc possibilité pour ces professeurs de se relocaliser à Lionel- Groulx, reléguant, ceux qui auraient voulu améliorer leur sort, au bas de la liste.Pourquoi offrir, dans un rayon de 50 kilomètres, un programme à l\u2019identique sachant qu\u2019il n\u2019est déjà pas prisé dans les deux autres collèges ?« Parce ce que nous sommes la région où on fait le plus de bébés » et « que le milieu nous le demande » diront les représentants de la direction du collège.Je nous le demande.Pourquoi ne pensons-nous pas en réseau, nous qui sommes un réseau17 ?Pourquoi n\u2019avons- nous pas un plan d\u2019ensemble qui prendrait en considération les réalités du Québec contemporain ?Pourquoi nous com- portons-nous comme des PME alors que notre mission est de transmettre savoir, savoir-faire et savoir-être ?17 https://www.ledevoir.com/opinion/idees/508377/le-demantelement- des-cegeps, https://plus.lapresse.ca/screens/ecd6b771-b077-4180- 8e17-b2052e1857c7__7C___0.html 32 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 Des attaques répétées dans les révisions de programme Si côté planification, les directions de collèges se comportent, en absence de vision nationale, comme des promoteurs immobiliers saccageant des milieux humides, qu\u2019en est-il des révisions de programmes exigées par le ministère ?Une tendance lourde à l\u2019érosion de ce qui fait la différence du collégial semble se dégager.Ainsi, des attaques contre le DEC qualifiant de soins infirmiers (en pleine pénurie de main d\u2019œuvre et en pleine pandémie de la COVID-19 !) au profit du bac se font entendre.Même chose et même contexte pour le DEC qualifiant en inhalothérapie.Et de l\u2019autre côté, la révision des programmes de l\u2019administration menace de dissolution le DEC en bureautique (qui forme, entre autres, les techniciens et techniciennes de l\u2019administration dans les bureaux de directions, troisième position des professions les plus prometteuses en 2018)18, dissolution qui se ferait au profit de compétences dévoyées au secondaire.Et le reste\u2026 Je pourrais vous parler du plagiat lié à l\u2019enseignement à distance déployé dans l\u2019urgence en mars dernier.Je pourrais vous parler du temps où je mettais les notes sur ma porte de bureau à la fin de la session.Je pourrais vous parler de mes heures de disponibilité que je faisais, justement au bureau, pas sur colnet, mio, zoom et team.Je pourrais encore vous parler des étudiants qui ont un diagnostic de trouble de l\u2019attention, de dyslexie, de dysorthographie, de syndrome d\u2019Asperger et qui ont besoin de notes écrites, de temps supplémentaire, de tuteurs, de centre d\u2019aide.Je pourrais vous 18 http://.lecegep.com/fr/blogue/votre-avenir/le-top-3-des-professions- les-plus-prometteuses-au-coll%C3%A9gial 33 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 parler de ces dégagements qui nous rappellent que nous ne sommes pas très loin du secondaire.Tant de choses à dire sur cette idée magnifique que l\u2019on malmène à coup de compromis.Je pourrais vous parler de la dernière décision de François Legault d\u2019agrandir le collège Dawson dans le cadre du projet de loi 61.Y-a-t-il un ministre de l\u2019Éducation supérieure dans la salle ?Quelqu\u2019un qui y serait par choix premier et ne prendrait pas ce job comme un prix de consolation de la santé ?Quelqu\u2019un qui a à cœur le rêve du rapport Parent et en ferait véritablement un socle de la génération covid ?Qu\u2019est-ce qui mérite de passer à travers nos corps (d\u2019enseignants) ?Hachons ou relevons-nous.q 34 Articles Denis Monière* Sans l\u2019indépendance, pas d\u2019avenir pour le français comme langue nationale Au moment où le gouvernement de la CAQ s\u2019apprête à rejouer la Grande Illusion en annonçant une réforme de la politique linguistique, il est nécessaire de faire le bilan d\u2019un demi-siècle de lutte pour le Québec français.Dans ce combat, les partis et les mouvements nationalistes se sont montrés discrets sur les bienfaits de l\u2019indépendance pour l\u2019avenir du français.Ils se sont plutôt ingéniés à proposer des solutions d\u2019aménagement linguistique dans le cadre du fédéralisme canadien.Ils ont fait comme si l\u2019indépendance n\u2019était pas nécessaire et se sont imaginé qu\u2019il était possible de résoudre la quadrature du cercle en imposant l\u2019unilinguisme français dans un pays où le bilinguisme servait d\u2019idéologie officielle.Ce fut du moins l\u2019esprit de la loi 101 qui supposait qu\u2019on pouvait concilier l\u2019affirmation du français tout en préservant les privilèges de la communauté anglophone.L\u2019histoire a montré que cette politique était illusoire.Bien qu\u2019elle ait réussi provisoirement à freiner l\u2019anglicisation, la loi 101 fut incapable d\u2019enrayer la régression démographique de la langue française ainsi que la détérioration de la place du français qui a continué à décliner en particulier à Montréal.La loi 101 n\u2019a jamais pu compenser la force d\u2019attraction de l\u2019anglais qui est la langue de la réussite économique au Canada et malgré ses mesures contraignantes, elle s\u2019est avé- * Politilogue. 35 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 rée impuissante à intégrer la majorité des immigrants à la société québécoise.Malgré toutes les politiques linguistiques, l\u2019unilinguisme français dans la province de Québec s\u2019est avéré un mythe de même que le bilinguisme à l\u2019échelle canadienne.Au Canada, les francophones sont toujours victimes de traitement inégal : le revenu moyen des anglophones au Canada (49 157 $) est toujours plus élevé que celui des francophones (41 919 $) qui sont à peu près à égalité avec les allophones (41 563 $)1.En 2012, les francophones du Canada affichaient un taux de chômage de 8,3 %, soit un taux plus élevé que la moyenne nationale de 7,7 %, les anglophones avaient un taux de chômage de 7,4 %2.Au Québec, le taux de chômage des immigrants francophones est de 40 % supérieur à celui de ces nouveaux arrivants anglophones.« Les immigrants qui ne parlent pas anglais n\u2019ont pas accès à 40 % des emplois au Québec », selon Brahim Boudarbat3.Le taux de chômage des immigrants récents ne parlant que le français était en 2016 de 23 % alors qu\u2019il n\u2019était que de 16 % pour ceux qui ne parlaient que l\u2019anglais.On se demande bien pour quelle raison les nouveaux arrivants au Canada voudraient s\u2019intégrer à une minorité linguistique qui est victime de discrimination systémique.Le Québec ne contrôlant pas toutes les modalités de l\u2019immigration, il en est résulté une diminution de la proportion de la population de langue maternelle française au fil des décennies, celle-ci passant de 82 % en 1991 à 77 % en 2016 tandis que celle de l\u2019île de Montréal est passée quant à elle de 56 % en 1991 à 46,1 % en 20164.1 Statistiques Canada, recensement 2016, 98-400-X2016199.2 https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/89-651-x/2012001/c-g/c-g01-fra.htm 3 Le Devoir, 7 avril 2016.4 https://www.oqlf.gouv.qc.ca/ressources/sociolinguistique/2019/ rapport-evolution-situation-linguistique.pdf, p.17 36 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 Frédéric Lacroix5 explique ce phénomène par l\u2019effet des transferts linguistiques qui avantagent nettement la communauté anglophone.Il a établi que pour maintenir le poids relatif à long terme des francophones au Québec, il faudrait : 1) que les transferts linguistiques des immigrants aillent à 90 % environ vers le français et 2) que les francophones n\u2019effectuent pas de transferts nets vers l\u2019anglais.La première condition n\u2019est pas atteinte puisqu\u2019avec un taux de 55 %, on est très loin du 90 % requis.La communauté anglophone profite des transferts linguistiques de façon disproportionnée ne comptant que pour 8,2 % de la population totale, elle absorbe 45 % des transferts linguistiques.Selon les prévisions de Statistiques Canada, en 2036, il n\u2019y aura plus que 69 % de la population du Québec qui aura le français comme langue maternelle.À Montréal cette proportion ne sera plus que de 44 %6.Ces projections n\u2019incluent pas l\u2019accélération de l\u2019assimilation des jeunes francophones mise en évidence en 2016.Les jeunes francophones fréquentent de plus en plus les collèges anglophones de même que les enfants d\u2019immigrants qui après avoir été scolarisés en français au primaire et au secondaire choisissent de faire leurs études préuniversitaires en anglais.En 2015, les collèges anglophones comptaient une plus grande proportion de nouvelles personnes inscrites de langue maternelle française et de langues autres que de langue anglaise : elles étaient respectivement 28,2 % et 33,2 % alors qu\u2019en 2010 elles représentaient seulement 24,5 % et 31,3 % des nouvelles inscriptions7.Ainsi, aujourd\u2019hui, plus de 60 % des étudiants inscrits dans les cégeps anglophones 5 Entrevue donné à M-B Coté dans le Journal de Montréal, 30 juin 2020.6 https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/89-657-x/2017001/tbl/tbl_3-2-fra.htm 7 Charles-Étienne Olivier, Tableaux de données.Langue et éducation au Québec : enseignement collégial, Montréal, Office québécois de la langue française, 2017, 17 p. 37 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 ne sont pas de langue anglaise de sorte que les fonds publics servent à financer l\u2019anglicisation du Québec.Frédéric Lacroix estime que Camille Laurin et les concepteurs de la Charte de la langue française ont perdu leur pari : ceux-ci pensaient que l\u2019application des clauses scolaires de la Charte au préscolaire, primaire et secondaire conduirait naturellement les allophones à se franciser et à s\u2019inscrire ensuite dans le réseau français au postsecondaire.Tel n\u2019est pas le cas.Non seulement le poids démographique de la langue française régresse, mais le français est de moins en moins une langue de consommation des produits culturels, ce qui est révélateur de la faible capacité d\u2019intégration culturelle à la société québécoise.On peut bien avoir étudié en français au primaire et au secondaire, mais ensuite on cherchera à vivre, à travailler et à se divertir en anglais.Les données évolutives sur la langue des productions culturelles au Québec compilées par l\u2019Observatoire de la culture et des communications du Québec sont révélatrices à cet égard8.Rappelons que dans une société où il n\u2019y a qu\u2019une seule langue officielle, la vie culturelle donne une place disproportionnée à l\u2019anglais.Avec une population de langue française de 77 %, la production de spectacles en français ne représente que 61 % du nombre total alors que la communauté anglophone avec 8 % produit 38 % des spectacles.On peut aussi constater que depuis 2006, il y a eu plus de spectateurs et de spectatrices pour les représentations de spectacles de chanson anglophone (60 %) que pour celles de spectacles de chanson francophone (39 %).En ce qui concerne la vente d\u2019enregistrements audio, il 8 Voir:http://www.mcc.gouv.qc.ca/fileadmin/documents/publications/ Enquete_pratiques_culturelles/Bulletin-Survol-27-_2014.pdf 38 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 s\u2019est vendu davantage d\u2019enregistrements en anglais si l\u2019on inclut les enregistrements provenant de l\u2019extérieur du Québec.Du côté des longs métrages en français produits au Québec, la situation est similaire.On a ainsi produit plus de films en français que de films en anglais ou dans une langue autre, mais leur proportion a décru dans les dernières années passant de 68 % en 2004 à 59 % en 2014, puis à 52 % en 2016.En ce qui a trait aux habitudes de consommation culturelle, les choix relatifs à la langue des activités culturelles pratiquées (la lecture, l\u2019écoute de la radio, de la télévision, de films et de chansons ainsi que l\u2019assistance à des spectacles) varient d\u2019un groupe linguistique à l\u2019autre.En 2014, les francophones privilégiaient généralement le français dans leurs activités, sauf pour ce qui est de l\u2019écoute de chansons.Parmi les francophones, les jeunes étaient les plus enclins à choisir des produits culturels en anglais.Pour leur part, les anglophones pratiquaient leurs activités en majorité en anglais.La tendance à pratiquer des activités culturelles en français, qui a connu une hausse pour plusieurs activités entre 1994 et 2009, est en baisse depuis, notamment en ce qui concerne la lecture de quotidiens et de magazines9.Il n\u2019est pas étonnant dès lors que la grande majorité des anglophones et des allophones s\u2019identifient comme Canadiens et que très peu, soit moins de 10 %, s\u2019identifient comme Québécois10.La régression du français comme langue de scolarisation postsecondaire et comme langue de consommation des biens culturels traduit en fait une autre réalité encore plus dramatique, car elle reflète le déclin du français comme langue de travail.La dernière enquête de l\u2019OQLF montre nettement que l\u2019anglais est en train de supplanter le fran- 9 https://www.oqlf.gouv.qc.ca/ressources/sociolinguistique/2019/ rapport-evolution-situation-linguistique.pdf 10 Voir Micheline Labelle, « L\u2019identité nationale face à la force des mots », L\u2019Action nationale, juin 2020, p.18. 39 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 çais comme critère d\u2019embauche.Pour décrocher un emploi au Québec, la connaissance de l\u2019anglais est exigée dans 40 % des entreprises de la province et dans 63 % de celles de Montréal et cela même si le poste ne nécessite pas de compétence linguistique particulière.Cette tendance se confirme aussi dans les embauches faites par les villes.24 % des villes québécoises ont demandé des compétences en anglais alors que cette proportion atteint 50 % des postes à combler à la Ville de Montréal.Même si les francophones n\u2019aiment pas reconnaître cette réalité, les immigrants eux l\u2019ont compris depuis longtemps.On aura beau mettre sur pied tous les programmes de francisation qu\u2019on voudra, rien ne changera le fait que le français n\u2019est pas la langue du succès économique.L\u2019intégration linguistique ne peut se faire qu\u2019à la condition que l\u2019usage du français soit essentiel à la réussite économique et surtout qu\u2019il n\u2019y ait pas concurrence d\u2019une autre langue qui est la langue d\u2019usage principale du pays réel où vit l\u2019immigrant.À cet égard, le rapport de l\u2019OQLF est aussi révélateur.On y apprend que lorsque les entreprises offrent des programmes de formation linguistique, ceux-ci se donnent en anglais dans 75 % des cas.Pas étonnant non plus que même certains jeunes francophones donnent l\u2019exemple de la désertion linguistique en préférant poursuivre leurs études supérieures en anglais après le secondaire pour avoir un meilleur accès au marché du travail.La loi 101 n\u2019a fait que retarder les échéances La politique linguistique du Québec a échoué parce qu\u2019elle reposait sur une fausse prémisse : la théorie des deux nations.On supposait, ou on faisait semblant de croire, qu\u2019il y avait au Canada deux peuples fondateurs et que ces deux nations pouvaient se développer culturellement de façon séparée sur deux bases territoriales distinctes : la province de Québec étant le « foyer national » des francophones au Canada.Ce 40 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 raisonnement justifiait que le Québec contrôle sa politique linguistique et puisse imposer le français sur son territoire comme langue officielle et langue commune.Or cette vision a été contredite par l\u2019évolution du nationalisme canadien qui s\u2019est construit sur la politique du bilinguisme et du multiculturalisme ce qui impliquait la négation de la division territoriale des langues et la reconnaissance du Québec comme société distincte.On a oublié ou fait semblant d\u2019oublier que le Canada existait et qu\u2019il encadrait juridiquement les lois provinciales.Avec le rapatriement unilatéral de la Constitution en 1982, les dirigeants canadiens ont mis les derniers clous dans le cercueil du biculturalisme et de la politique linguistique québécoise qui en découlait.S\u2019inspirant du BNA Act et des principes édictés par la Charte canadienne des droits, la Cour suprême a démantelé morceau par morceau la loi 101, en prononçant six jugements (1979, 1980, 198 4, 1988, 2007 et 2009) qui invalidaient ses principaux articles11.Le Québec ne peut remettre son avenir linguistique aux tribunaux d\u2019un autre pays.La capacité d\u2019intégration d\u2019une société est systémique, ce qui veut dire que toutes les dimensions de la vie collective sont déterminées par les normes juridiques et institutionnelles qui elles-mêmes sont fixées par le système politique et en dernière instance par la volonté populaire.Posséder la compétence des compétences, soit la souveraineté, est le fondement de toute politique cohérente et efficace.Or c\u2019est le Canada qui est dépositaire de ce pouvoir et qui s\u2019en sert pour imposer sa vision de la nation canadienne.Dans le cadre du régime canadien, les francophones ne forment pas une nation, ils constituent une minorité linguistique qui par définition n\u2019a pas vocation à maîtriser le développement 11 Voir Éric Poirier, La Charte de la langue française, Québec, Septentrion, 2016. 41 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 économique et politique du pays.Comment une minorité peut-elle imposer sa langue et surtout constituer un pôle d\u2019intégration culturelle pour les immigrants ?On ne peut reprocher aux immigrants d\u2019hésiter à s\u2019intégrer à la société québécoise et à résister à l\u2019obligation de vivre en français.Ils ne peuvent s\u2019identifier au destin d\u2019une minorité linguistique et ne viennent pas au Canada pour sauver la langue française.Dans aucun pays du monde, les immigrants ne s\u2019intègrent au groupe linguistique minoritaire.Lorsqu\u2019ils émigrent au Canada, ils viennent vivre dans un pays majoritairement anglophone où les pouvoirs économiques et politiques sont contrôlés par des représentants de cette majorité.Leur pays d\u2019accueil même s\u2019il se prétend bilingue fonctionne en anglais partout en dehors de la province du Québec et ils ne voient pas l\u2019utilité d\u2019apprendre deux langues puisque la très grande majorité de la population canadienne se contente de n\u2019en parler qu\u2019une et qu\u2019elle domine toutes les sphères de la société.Déjà, pour la plupart d\u2019entre eux apprendre deux langues représente un défi supplémentaire aux autres difficultés qu\u2019ils éprouvent pour s\u2019installer dans une société nouvelle.Comme les lois canadiennes s\u2019appliquent au Québec, pour quelle raison devraient-ils avoir moins de droits que leurs amis qui vont s\u2019installer en Ontario ou en Alberta ou même que les anglophones du Québec qui ne sont pas soumis à l\u2019obligation de fréquenter les écoles françaises ?Plusieurs se sentent pénalisés dans leurs espoirs de succès puisque le monde du travail privilégie la langue anglaise.La loi québécoise les retarde dans leurs aspirations à la mobilité sociale et dès qu\u2019ils le peuvent ils cherchent à s\u2019intégrer en anglais.Ils veulent appartenir à la majorité de leur pays d\u2019accueil celle qui détient les clés du pouvoir et de la réussite.Ils ne peuvent être tenus responsables de nos incohérences politiques. 42 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 Le problème de la survie du français au Québec ne dépend pas de la bonne volonté des gouvernants de la province de Québec, mais du statut politique du Québec.C\u2019est le Canada qui est le pays réel et qui fixe les conditions inégales de la concurrence des langues.C\u2019est le bilinguisme et le multicul- turalisme qui s\u2019imposent comme normes collectives et qui déterminent les choix individuels.Le français n\u2019a pas d\u2019avenir dans une province qui est subordonnée à une volonté extérieure.Un peu de réalisme politique ne ferait pas de tort si on veut assurer un avenir au français.L\u2019unilinguisme français ne pourra jamais devenir réalité dans un pays bilingue.Tant que le Québec s\u2019enfermera dans un cadre provincial, tant qu\u2019il ne deviendra pas un pays existant réellement, le français aura un statut précaire et les nationalistes s\u2019épuiseront dans les éternelles récriminations.En refusant de faire l\u2019indépendance, les Québécois-es se font complices de leur propre disparition.On aura beau vouloir imposer une langue officielle dans une province, celle-ci n\u2019aura jamais la capacité de concurrencer la politique des langues officielles d\u2019un pays qui lui impose sa loi.Tant que les Québécois accepteront le cadre constitutionnel canadien, ils devront en subir les conséquences et assister à leur déclin linguistique.Il n\u2019y a pas deux majorités au Canada et le Québec\u2013province sera toujours impuissant à enrayer les effets assimilateurs de l\u2019anglais.Il n\u2019y a pas de solution durable pour assurer l\u2019avenir du français dans le cadre du régime fédéral.Une politique linguistique pour être efficace doit s\u2019appuyer sur la souveraineté de l\u2019État, elle ne peut être soumise à un cadre légal d\u2019un autre État qui contredit sa légitimité.Seul un État indépendant qui détient tous les pouvoirs peut adopter une politique linguistique qui réussisse l\u2019intégration normale des nouveaux venus sur son territoire.q 43 Articles Robert Laplante* Pour la création de l\u2019Université internationale de la Francophonie Le ministre Jolin-Barette semble bien déterminé à faire un effort sérieux de redressement de la situation du français.Aura-t-il les appuis suffisants au sein du caucus de la CAQ et plus largement du gouvernement pour mettre en œuvre des mesures qui permettront d\u2019infléchir les tendances lourdes et de mettre le cap sur une voie mobilisatrice, stimulante et audacieuse ?Cela reste à voir.Les vents contraires vont souffler fort et les anathèmes en décoifferont sans doute plusieurs.Mais il ne sert à rien de s\u2019en inquiéter, tout se déroulera de manière tellement prévisible\u2026 Le français a besoin d\u2019amour et de confiance.Il a surtout besoin d\u2019audace pour lui donner la place qui lui revient, c\u2019est-à-dire celle d\u2019un espace élargi, attirant et prometteur.Autant dire qu\u2019il faut que le ministre Jolin-Barette sorte du cadre provincial pour épouser les vastes horizons auxquels le Québec est en droit d\u2019aspirer.Il lui faut poser un geste fort qui témoignera à la face du monde que notre langue est celle de l\u2019invention de l\u2019avenir, d\u2019un avenir de convergence et de partage entre les peuples.Un geste d\u2019audace pour dire notre attachement à une grande langue de civilisation.Pour apporter notre contribution à son enrichissement et à son rayonnement, ici et dans le monde.*Directeur de L\u2019Action nationale. 44 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 La véritable réforme dont le français a besoin est celle qui établira le primat de l\u2019initiative sur le repli défensif.Il faut témoigner de la confiance dans la force et la capacité portante du français comme moyen et matériau de construction de notre apport au concert des nations.Une proposition- phare doit être lancée pour faire la preuve du sérieux du gouvernement du Québec.La création de l\u2019Université internationale de la Francophonie devrait inaugurer le plan de renforcement et de promotion du français.Le Québec possède un très riche bassin de compétences dans tous les domaines du savoir et dans ses nombreuses universités.Ses savants et chercheurs sont en contact avec nombre d\u2019homologues dans la plupart des pays francophones.Il est temps de propulser ces collaborations dans un cadre institutionnel qui en dévoilera tout le potentiel et en élargira les possibles.Notre présence internationale s\u2019en trouvera mieux affirmée.Notre contribution aux diverses instances de la Francophonie pourrait y trouver son axe le plus structurant.Il faut songer à une université du 21e siècle, une université surtout consacrée aux études de deuxième et troisième cycles, destinée à accueillir des étudiants et professeurs de toute la Francophonie.Elle pourrait reposer sur un modèle apparenté au fonctionnement en consortium auquel les diverses universités du Québec seraient appelées à participer en y déléguant des professeurs, en y apportant leurs meilleurs programmes, leurs séminaires des plus hauts niveaux, etc.Son fonctionnement reste à inventer.Ce serait la première tâche d\u2019un comité fondateur auquel devraient être associés les responsables de l\u2019Organisation internationale de la Francophonie et des regroupements d\u2019universités francophones.Ce comité devrait être présidé par la ministre des Relations internationales et de la Francophonie en collaboration avec la ministre de l\u2019Enseignement supérieur. 45 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 C\u2019est à Montréal, sur les flancs du Mont-Royal que cette université devrait être implantée.Le bâtiment de l\u2019ancien hôpital Royal-Victoria devrait l\u2019accueillir.Sa création procèderait de la nécessaire reconfiguration institutionnelle requise pour la pérennisation du français au pays.Plantée au cœur de la métropole, elle contribuerait à en faire le centre de gravité, à lui donner prestige et force attractive.Une institution-phare témoignant de la force et du prestige du français donnera au centre-ville l\u2019instrument qui lui manque pour affirmer et démontrer que le cosmopolitisme peut fort bien se décliner en français.Notre métropole a besoin de la puissance symbolique d\u2019une telle institution.Des centaines et des centaines d\u2019étudiants en provenance du Sénégal, du Maroc, de la Réunion ou d\u2019ailleurs pourront côtoyer de jeunes Québécois et s\u2019y former et mieux se connaître alors que les meilleurs professeurs des universités de la Côte-D\u2019Ivoire, de la Suisse ou de la Belgique pourront y tenir séminaire et donner cours aux côtés de leurs collègues de l\u2019UQAM, de l\u2019Université de Montréal ou de l\u2019Université Laval.L\u2019Université internationale de la Francophonie pourra faire apparaître pour les universités québécoises le rôle fédérateur qui leur manque.Elle favorisera la mise en commun des ressources et l\u2019optimisation des initiatives actuellement trop éparpillées et malheureusement trop souvent conduites en concurrence.Elle permettra une meilleure gestion des ressources de rayonnement et l\u2019émergence d\u2019une vision partagée qui pourrait éventuellement contribuer à l\u2019enrichissement des politiques de soutien au savoir et à la recherche.La coopération entre institutions n\u2019aura plus à souffrir de hiatus entre les priorités nationales et les projets internationaux.La métropole du Québec est déjà un centre universitaire exceptionnel.Il faut renforcer sa vocation et améliorer sa 46 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 position.La création d\u2019une université de calibre et à vocation internationale ne sera pas sans d\u2019importantes retombées économiques.Malmené par la crise sanitaire et ses impacts sur les perspectives de développement, le centre-ville pourrait bien trouver, avec l\u2019apport de cette nouvelle institution, un moyen de relance pouvant contribuer à la mutation de sa vocation.En matière de défense et promotion de la langue française, il faut avoir de la hauteur dans les idées au moins autant que de l\u2019attachement à l\u2019héritage.La création de l\u2019Université internationale de la Francophonie viendrait rappeler que c\u2019est à Montréal et avec la coopération universitaire qu\u2019une certaine vocation universelle du français a pu prendre son envol.C\u2019est grâce à l\u2019audace de l\u2019Université de Montréal qu\u2019a été créée en 1961 l\u2019Association des universités partiellement ou entièrement de langue française (AUPELF).Il faut savoir s\u2019inscrire dans la continuité et s\u2019inspirer des valeurs des innovateurs qui ont défié la peur en misant sur la fierté et la confiance.C\u2019est pour cela que l\u2019Université internationale de la Francophonie devrait porter le nom de Jean-Marc Léger, un artisan de l\u2019AUPELF et un visionnaire dont l\u2019amour de la langue française a balisé tous les engagements.q 47 Articles Laval Gagnon* Le mal-être systémique C\u2019est connu, les grandes crises mondiales provoquent de fortes prises de conscience qui révèlent sans fard les caractéristiques, les forces et les faiblesses des sociétés de l\u2019époque où elles sévissent.Allons-y sans détour, après une gestion de crise apparemment bien contrôlée et éclairée, la pandémie de la COVID-19 a exposé de plus en plus douloureusement la vulnérabilité et les travers tenaces de la société québécoise dans ce qui apparaît comme un mal-être systémique.Au plus fort de cette crise qui perdure, on pouvait en observer le symptôme le plus apparent, soit la relation kafkaïenne, pleine d\u2019équivoque, parfois même teintée de malice et d\u2019hypocrisie, entre élus et intervenants des différentes instances canadiennes, québécoises et municipales.Legault vs Trudeau et des premiers ministres des provinces, Horacio Arruda de la santé publique québécoise vs son homologue fédérale Theresa Tiam et Mylène Drouin de la santé publique montréalaise, les hôpitaux vs la santé publique et le ministère, les CIUSSS et CISSS vs la ministre Danielle Maccan et les CHSLD, Legault vs la mairesse Valérie Plante, le gouvernement vs l\u2019opposition à la loi 61, Montréal vs les régions, les corporations médicales vs le gouvernement, etc.À l\u2019évidence, la cour était pleine.Au-delà des négociations ardues * Journaliste à la retraite. 48 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 au sujet de l\u2019argent qu\u2019il fallait débloquer, des ressources qu\u2019il fallait mobiliser ou trouver, et des interventions qu\u2019il fallait exécuter en urgence, se jouait une authentique, féroce et épuisante lutte de pouvoir.Examinons-la en y mettant une perspective historique.Les causes Au milieu du XXe siècle a émergé avec la Révolution tranquille une société distincte de facture sociale-démocrate qui a mené le Québec à deux rendez-vous ratés avec la souveraineté.À contrario, les vingt premières années du XXIe siècle ont de diverses façons fissuré, ébranlé et jusqu\u2019à un certain point disloqué l\u2019écosystème collectif de ce que constituait traditionnellement l\u2019univers national québécois.Des facteurs externes sont en cause : la généralisation de l\u2019anglais comme langue internationale et véhicule culturel, le néolibéralisme et la mondialisation de l\u2019économie numérique, la crise environnementale, la pression multiculturelle d\u2019une immigration en forte croissance, la reconfiguration chaotique des relations internationales, la montée de la Chine, le déclin américain et la gouvernance présidentielle erratique aux États-Unis.Parmi les facteurs internes associés à l\u2019essoufflement du nationalisme et l\u2019affaiblissement de l\u2019univers francophone, il faut noter la fatigue référendaire, la procrastination fédérale envers la promotion du français, le prosélytisme multiculturel pancanadien, les aspirations environnementales de la jeunesse combinés à la diversification des courants sociaux, idéologiques et politiques, l\u2019émergence de nouveaux partis, l\u2019inefficacité de l\u2019accueil et l\u2019intégration des immigrants, l\u2019urbanisation accélérée souvent débridée de la conurbation métropolitaine, le 49 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 délestage des régions intermédiaires et éloignées, l\u2019abandon des communautés rurales et l\u2019hyper centralisation de la gouvernance québécoise.En politique, c\u2019est encore belote et rebelote.Sur le papier constitutionnel de 1982, les délimitations du pouvoir apparaissent claires entre les provinces et le gouvernement fédéral.Mais en pratique, c\u2019est plus compliqué, bordélique à certains égards, car les intérêts sont diversifiés et multidimensionnels.Les municipalités relèvent du provincial, le gouvernement fédéral ne peut intervenir directement à ce palier et doit négocier au cas par cas avec les provinces.Plusieurs domaines comme les ressources naturelles, les transports, la culture, l\u2019environnement sont de compétence partagée et interpellent de plus en plus le palier municipal.Grâce à son pouvoir de dépenser dont il ne se prive pas comme on l\u2019a vu avec la pandémie, le gouvernement fédéral, surtout quand il est libéral, est un intervenant très sollicité et actif dans des secteurs exclusifs aux provinces, dont le financement de la santé et de l\u2019éducation.Et il n\u2019hésite pas à se lancer dans une guerre de normes et de visibilité quand il intervient en terre québécoise.La société distincte Pendant la pandémie, par une douteuse stratégie de communication et l\u2019impressionnante distribution des fonds fédéraux sans réelle consultation, Justin Trudeau a implicitement mis en cause, explicitement même lors de l\u2019intervention de l\u2019armée, la capacité du gouvernement québécois de gérer la crise.Une mauvaise impression qui s\u2019est avivée quand il est apparu que s\u2019il y avait une société distincte dont il fallait s\u2019occuper de toute urgence, c\u2019était celle de la région métropolitaine, épicentre québécois, et même canadien, de la pandémie.Valérie Plante en a profité pour camper son 50 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 rapport de force métropolitain devant un gouvernement caquiste déjà peu porté sur la consultation, à une époque où la région montréalaise a si peu de représentants au pouvoir à l\u2019Assemblée nationale.Pour des élus à l\u2019hôtel de ville de Montréal ou au parlement à Ottawa, la crise a cette fois démontré que le Québec est peut-être une société distincte, mais dans ce qu\u2019elle a de pire, y compris dans sa gestion de l\u2019immigration et des communautés « racisées » qu\u2019on a mobilisées dans la lutte contre la pandémie.Certes, l\u2019élection de la CAQ en 2018 avait ravivé la polarisation Québec-Ottawa et causé, avec le retour en force du Bloc québécois à l\u2019élection de 2019, un gouvernement libéral minoritaire.Mais l\u2019attitude centralisatrice du gouvernement canadien pendant la crise pandémique est demeurée rigoureusement conforme à la vision du Canada qu\u2019entretient son premier ministre, une vision calquée sur la poursuite de l\u2019héritage politique de son père, lui-même père de la constitution de 1982.Cette toile de fond d\u2019inspiration anglo-saxonne, axée sur les droits individuels inscrits dans une charte juridique, résolument multiculturelle, confirme aux yeux du fédéral le mandat supérieur du gouvernement canadien devant celui des provinces.Il faut rappeler que la réforme constitutionnelle de Trudeau père a entrainé le largage du Québec dans l\u2019édification du projet canadien, un Québec qui, mauvais sort, a raté son rendez-vous avec lui-même treize ans plus tard.Depuis, les conférences constitutionnelles qui ont été longtemps le forum de négociation entre Ottawa et les provinces sont des souvenirs qui s\u2019effacent au profit d\u2019un bilaté- ralisme vicié par l\u2019argent fédéral.L\u2019héritier Trudeau poursuit seul l\u2019œuvre de plus en plus diaphane de son père.On se demande s\u2019il a d\u2019autres talents que ceux de rêver le Canada et de pratiquer l\u2019aumône du riche. 51 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 J\u2019observe attentivement la société québécoise depuis les années 70.Je constate comme d\u2019autres que cette société distincte l\u2019est de plus en plus pour les mauvaises raisons.Essentiellement, malgré une forte centralisation du pouvoir au bureau du premier ministre, la « province » de Québec n\u2019arrive plus à induire dans sa gouvernance la cohérence et la cohésion nécessaires pour s\u2019attaquer efficacement aux défis contemporains qui la confrontent.Nous sommes manifestement devant une famille sociale disloquée, éclatée verront certains, dont de trop nombreux membres parmi les plus impliqués sont placés dans une dynamique relationnelle d\u2019affrontement, d\u2019impotence, de quête marginale, de dépendance chronique, de course aux privilèges, de compétition malsaine, de soumission des plus faibles, de vulnérabilité financière.Sans qu\u2019on puisse se référer à un code d\u2019éthique qui ferait consensus sur les valeurs communes, affligé d\u2019un mal-être systémique.Le mythe sanitaire La pandémie a amplifié les distorsions sociales, ce n\u2019est pas un hasard.Depuis la mise en veilleuse de la question nationale dont il faut rappeler qu\u2019elle était arrimée à une approche politique sociale-démocrate, le Québec est cette fois en quête d\u2019un mythe fantasmé avec la recherche personnelle de santé idéale et d\u2019accomplissement individuel.J\u2019ose le qualifier de mythe sanitaire.La souveraineté nationale, remède politique à notre santé collective, a laissé la place à la prescription générale d\u2019une société vouée au mythe du bien-être individuel.Dans un Québec économiquement en santé évidemment.Même le premier ministre Legault parle du développement économique comme d\u2019un remède.La santé publique, plus que l\u2019éducation et bien plus que la culture, constitue désormais LA priorité nationale avec son 52 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 fantasme, le bien-être individuel parfaitement dessiné, bien épicé de sauce épicurienne.On ne peut être contre la vertu bien sûr.Mais le mot n\u2019est pas la chose.Avec la bénédiction de Philippe Couillard, Gaétan Barrette a imposé une réforme radicalement tournée vers l\u2019hospitalo- centrisme, opportunément généreuse pour les médecins.Bien coulée dans le ciment technocratique des CISSS et des CIUSSS, son jargon gavé de statistiques, de cibles budgétaires, de bilan opérationnel, de moyennes de traitement et de diagnostics de performance, cette réforme acheva la désorganisation et la déshumanisation du système de santé amorcées sous l\u2019ère Charest.La crise de la COVID-19 aura tôt fait d\u2019en relever l\u2019ampleur.Comment en sortir ?Selon ses propos rapportés récemment dans Le Devoir, Jean Rochon, l\u2019ancien ministre de la Santé sous le gouvernement péquiste en 1995, a cerné avec justesse la situation.Lui-même avait tenté à son époque de faire adopter une réforme décentralisée par le « virage ambulatoire ».Mais le gouvernement avait abandonné le projet en raison de l\u2019opération « déficit zéro » imposée par le premier ministre Bouchard.« Il ne faut plus faire de réforme de structure, les gens sont fatigués, mais on peut décentraliser le pouvoir à l\u2019intérieur des CISSS et des CIUSSS, rendre les gestionnaires imputables de leur population », a-t-il souligné au Devoir.En contrepartie, cela enlèvera la « camisole de force » de la réforme Barrette, qui empêche les initiatives locales, conclut Jean Rochon.Sur le terrain d\u2019ailleurs, c\u2019est ce qui semble se produire.Les témoignages de prises en charge dans les établissements se multiplient.Dans l\u2019urgence d\u2019agir, dégagés (enfin) du corset administratif d\u2019un système sclérosé et en crise, les intervenants de la santé, du médecin à l\u2019aide-soignant, de 53 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 l\u2019infirmière au technicien ambulancier, du professionnel au gestionnaire local, ont solidairement réagi, relevé leurs manches et passé à l\u2019action, en improvisant souvent en dehors des procédures, la plupart du temps avec créativité et efficience.Il y a là une grande leçon.Certes, le Québec présente toujours les symptômes d\u2019une société divisée, morcelée, affichant de profonds clivages politiques, culturels, sociaux, économiques et ethniques sur l\u2019île de Montréal même, entre la métropole, sa banlieue et le reste du Québec, entre les régions centrales et périphériques, entre l\u2019urbain et le rural.Malgré tout, une forte majorité de la population francophone demeure fidèle à l\u2019idée que le Québec est une société authentiquement distincte.L\u2019État québécois en est le dépositaire, mais le peuple souverain en est le légitime propriétaire.La prise en charge Il demeure qu\u2019avec la pandémie, la fermeture des frontières et l\u2019imparable loi de la nécessité, les Québécois reprennent contact avec le Québec profond, leur immense pays, leur superbe territoire national, le polycentrisme des diverses patries régionales, la majesté du fleuve Saint-Laurent et la richesse des communautés qui le bordent et se déploient à l\u2019intérieur des terres.Il y a là l\u2019élan d\u2019un retour aux sources dans une vision renouvelée et généreuse nourrie par le patrimoine et l\u2019histoire, ferments culturels de toujours.Il y a là aussi un appel dramatisé par l\u2019urgence pandémique aux habitants pour un nouvel élan de solidarité et de modernité.Ce sentiment renouvelé de rapprochement et d\u2019enracinement au pays réel apparaît authentique.Il annonce un désir de réappropriation du territoire par le peuple et doit être reconnu et soutenu.Pour ce faire, les communautés qui occupent 54 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 diversement le Québec ont besoin de l\u2019appui de leur gouvernement et de l\u2019engagement des députés de l\u2019Assemblée nationale.Le débat national demeurera des palabres de salon si on recule devant cette exigeante aventure de prise en charge.Un défi qui appelle une décentralisation des ressources et des services, commande une gouvernance locale et régionale outillée et, n\u2019ayons pas peur des mots tabous, qui esquisse au niveau national une fédération à la québécoise.Pour une société souveraine qui rassemble, proche des particularités de son monde et ouverte sur le monde.Pour la santé du Québec\u2026 q 55 Articles Pascal Leduc* L\u2019ingratitude Ils sont angéliques.Ils nous promettent un monde meilleur, égalitaire, et invitent ceux qu\u2019ils désignent comme experts du nouveau monde à nous faire la leçon.Ils sont magnanimes, certains diraient même coquets.Ils sourient toujours à pleines dents, plénipotentiaires d\u2019un empire du bien sans limites, ou si peu, soient celles qu\u2019ils nous jurent souhaiter éliminés.Astucieux, ils exploitent des causes rencontrant peu d\u2019opposants au Québec, des causes hautement légitimes comme l\u2019égalité des sexes (ils diront genres) et la justice pour les peuples autochtones.Leur cri d\u2019indignation devant une injustice raciste aux États-Unis n\u2019aura d\u2019égal que leur relatif silence radio devant un crime aussi odieux en France.Ils ne nous disent pas pourquoi.On devrait comprendre.Et se taire.Certains se disent parfois experts en management, même s\u2019ils n\u2019ont jamais géré une seule entreprise de leur vie.Pour se réaliser, ils donnent des conférences, parcourent les cocktails, parlent de Trump.Sur scène, ils se décrivent « décoiffants », « d\u2019une assurance incroyable », et jurent vous faire vivre « un moment magique.» Les médias leur ouvrent * L\u2019auteur dirige sa propre firme-conseil en gestion stratégique et commerciale.Au cours des 24 dernières années, il a également occupé des rôles de direction dans des entreprises manufacturières tant à Montréal qu\u2019à Toronto et a siégé sur des conseils d\u2019administration et comités d\u2019association de manufacturiers canadiens. 56 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 grand leur porte, leur présentent le crachoir, la plume.Plusieurs sont assez puissants pour que les politiciens ne puissent les éviter sans se faire accabler de mots terminant en -isme ou en phobie.Gonflés à bloc, beaucoup ne sauraient se satisfaire du titre de courtisan qu\u2019on leur aurait collé à une certaine époque.Assurés dans leur mission divine, réfutant les rapprochements entre leur comportement et l\u2019histrionisme, ils ne leur restent qu\u2019à éliminer les restants d\u2019un monde à châtier pour jeter les fondations d\u2019un nouveau.Pourtant, on les soupçonne de douter.Lorsqu\u2019ils posent la tête sur l\u2019oreiller le soir et réfléchissant à cette autre journée dans l\u2019œil du public des affaires, on les imagine s\u2019émerveiller de la portée de leur voix, que les micros et caméras les poursuivent.Et si ça venait à s\u2019arrêter ?Et si le réel revenait au galop ?Angoisse.Certains se disent même chroniqueurs, l\u2019un deux nourrissant la repentance des lecteurs du journal Les Affaires.Généreux, il rallie des militants présentés en sages visionnaires comme lui à sa cause, il donne l\u2019impression d\u2019être à la tête d\u2019une coalition dans un dossier percutant sur la diversité.Témoignage d\u2019un militant antiraciste à l\u2019appui, il condamne le désengagement des entreprises face à la diversité.Fuyant les nuances, enchanté par l\u2019ami militant qui se présente régulièrement lui aussi comme expert, porté par les dernières statistiques de l\u2019ISQ qui fournissent des ratios pouvant servir à accabler les entrepreneurs québécois de racisme, celui qui n\u2019a jamais géré une entreprise de sa vie peut lancer ses accusations et montrer que lui, il sait.Ne reculant devant aucune méthode de culpabilisation ni d\u2019instrumentalisation, il pointe du doigt.Mieux, il dégaine, il tire.Comment nos entreprises osent-elles ignorer l\u2019existence du programme fédéral de 15 heures par an permettant aux employés de suivre des séances d\u2019information et d\u2019édu- 57 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 cation sur les cultures autochtones dans le but de favoriser la diversité et l\u2019humilité ?Comment peuvent-elles ne pas avoir lu le grand penseur américain antiraciste Ibram X.Kendi, connu de tous, qui dit qu\u2019« être antiraciste, c\u2019est conquérir la conscience assimilationniste et la conscience ségrégationniste.C\u2019est s\u2019émanciper de cette dualité, en réalisant que le corps blanc n\u2019est pas la norme et que le corps noir n\u2019a pas à aspirer à devenir blanc.C\u2019est saisir que les corps sont, au fond, racialisés par le pouvoir.» ?Quand on peut accuser, pourquoi se formaliser de l\u2019univers économique réel, celui de la coupure entre le profil des immigrants « économiques » qu\u2019on dit vouloir accueillir et ceux dont on a réellement besoin ?Car rarement a-t-on entendu parler de pénuries de directeurs ou de vice-présidents.Pour preuve, la réaction sceptique sinon contrastée du milieu lorsque la Banque Laurentienne, institution québécoise, engage une Torontoise unilingue pour gérer les destinées de l\u2019organisation alors que les candidats québécois, femmes et hommes, ne manquent pas selon plusieurs.On reviendra à cet exemple récent plus tard.Pour notre champion, observateur privilégié du journal Les Affaires, on comprend que c\u2019est le racisme de la terre d\u2019accueil et de ses entreprises, et non le difficile arrimage de la main-d\u2019œuvre qui ferait que « 44 % des immigrants sont surqualifiés pour l\u2019emploi qu\u2019ils occupent et cela est vrai pour 55 % des immigrants arrivés il y a moins de cinq ans, ce qui montre combien il leur est difficile d\u2019accéder à des emplois intéressants ».Pas beaucoup de regards non plus vers les entreprises en région qui font de grands signes pour attirer des immigrants qui choisissent plutôt d\u2019aller se coller à la communauté anglophone de Montréal.L\u2019auteur, plongé dans son univers parallèle, pointe aussi vers cette souffrance qui nous 58 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 afflige « partagés que nous sommes entre la conscience assi- milationniste le souci d\u2019intégrer les minorités à la société en place et donc de les fondre dans le moule et la conscience ségrégationniste.» Pourtant, s\u2019il allait prendre une marche en regardant autour de lui, il constaterait peut-être que non seulement le peuple québécois n\u2019a pas le pouvoir d\u2019assimiler, mais il n\u2019a pas la capacité d\u2019intégrer et ne peut même plus se faire servir en français dans le centre-ville de sa métropole.L\u2019assimilateur est étranger chez lui.Pire, s\u2019il s\u2019intéressait aux travailleurs en ville, il rencontrerait des employés qui disent éviter d\u2019aborder les clients en français afin de ne pas se faire accabler d\u2019injures.Évidemment, la très grande majorité des citoyens n\u2019a aucune agressivité envers la langue française et le Québec, mais les allusions au comportement colonialiste et à la machine québécoise d\u2019assimilation risquent fort de n\u2019inspirer que le journalisme de science-fiction.Ou bien ce genre est-il le fruit d\u2019une réorientation stratégique du journal Les Affaires ?Quant à « l\u2019écart considérable » entre le chômage chez les immigrants (6,9 % vs 4,5 %) en 2019, il est dû à notre condamnable propension à marginaliser ces « dénigrés » selon l\u2019auteur.Ainsi, même si des sites populaires comme LinkedIn, les réseaux d\u2019affaires et les nombreux cocktails auxquels participe fort probablement l\u2019auteur témoignent de l\u2019importance des relations établies et d\u2019un fort réseau dans l\u2019obtention d\u2019un nouveau job de haut niveau, notre homme ignore sciemment cette réalité trop prosaïque et absente de ses lectures américaines pour s\u2019inquiéter du comportement de ce peuple québécois tissé serré.Ignore-t-il que ce facteur relationnel est un défi pour quiconque tentant un changement de carrière et qu\u2019il tend à s\u2019atténuer avec les efforts de chacun (entreprises et individus) et le temps ? 59 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 Armé de statistiques, il aura vraisemblablement une longue carrière à jubiler devant les ratios lui montrant que quelque groupe est sous-représenté selon son chiffrier Excel.Quand les groupes artificiellement créés et présumément homogènes comme « noirs » ou « asiatiques » ne suffiront plus, il pourra construire de nouvelles déclinaisons inspirées des innovations continues des prosélytes de la théorie du genre.Les carences en francisation, les désalignements entre besoins et disponibilité de main-d\u2019œuvre, les capacités d\u2019intégration de la société d\u2019accueil, ce ne sont pas de très bons sujets lors des cocktails ou grands reportages sur la diversité.Accabler le Québec français quand on est soi-même Français, se délecter devant les ratios servant la communautarisation du Québec, célébrer les auteurs américains en plaquant sur nous les constats accablants qu\u2019ils dédient pourtant à d\u2019autres, interviewer les antiracistes se proclamant experts, ça garantit des reportages « décoiffants » et des conférences.Sourire à l\u2019appui.D\u2019autres préfèrent s\u2019accrocher à une cause sympathique et ancrée dans les mœurs québécoises, le féminisme, comme vecteur sophistiqué pour se moquer de la majorité francophone historique et célébrer sa noyade annoncée.Bien qu\u2019on avoue généralement et candidement que le Québec fait figure de proue quant à l\u2019égalité des sexes, des hérauts du mouvement agissent comme si on ne saurait se contenter des femmes de chez nous.La planète est si vaste, le Québec est si étroit, l\u2019appel au lointain est inéluctable.Ainsi, l\u2019organisme montréalais « Gouvernance au féminin \u2013 Women in Governance », rappelant vaguement le bilinguisme à la Michel Gauvin \u2013 Mike Govin, recommande de décloisonner le féminisme, du moins par ses actions.Ainsi, s\u2019assurant des bases dans le monde réel, la présidente de l\u2019organisme dénonce très justement la formation 60 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 du CA de l\u2019APCHQ par une dizaine de boys semblant sortir du même village, voire du même rang.Elle propose tout aussi pertinemment des noms de femmes pouvant avoir leur place dans ce CA.Cependant, lorsque la très québécoise Banque Laurentienne recrute une Torontoise pour mener les destinées de la banque, notre présidente exulte sur LinkedIn.Non seulement feint-elle la surprise devant ceux et celles qui s\u2019inquiètent du sort des milliers d\u2019employés québécois devant maintenant s\u2019attendre à des communications en anglais, elle lève son pouce joyeux en lisant un commentaire célébrant en anglais la nomination d\u2019une Égyptienne canadienne basée à Toronto à la tête d\u2019une banque québécoise.Nul doute que la sélectionnée a fort probablement un parcours intéressant et valeureux, mais célèbre-t-on vraiment une entreprise d\u2019ici ne pouvant dénicher chez nous une femme assez compétente pour remettre sur les rails cette banque en dérive ?Notre petite intelligentsia canadian serait-elle toujours possédée par les propos de Donald Gordon, président du CN en 1962, qui affirmait qu\u2019aucun Canadien français n\u2019était assez bon pour siéger sur son conseil ?Pour emprunter une formule récente de Martin Lemay sur le recul du français, je suis étonné que nous soyons étonnés.Évidemment, ces plénipotentiaires de l\u2019Empire du Bien sont les premiers à célébrer notre américanisation mentale.On se pâme pour Kamala Harris, la vice-présidente d\u2019un pays allié, mais étranger, où la ségrégation a été institutionnalisée, tout comme les génocides des autochtones et de populations noires\u2026 Mais pas un mot, un tweet pour Geneviève Guilbeault ou Chrystia Freeland, héritières d\u2019une longue lignée de femmes au poste de vice-première ministre au Québec et au Canada.Rien non plus pour la première ministre Pauline Marois, qui dût échapper à un attentat 61 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 à sa vie le soir même de son élection, ou une Dominique Anglade qui mérite une honorable mention dans une carrière politique qui ne fait que débuter.À leur suite, des hommes et papas du Québec et du Canada, ne voulant pas demeurer en reste devant cette coolitude, cette marche en avant, cette américanisation jubilatoire, se lancent sur les réseaux sociaux pour implorer le ciel que leurs filles suivent la voie de Harris.À moins que vous ne viviez sur Mars, votre LinkedIn pullule de ceci.Vient évidemment avec cette célébration de l\u2019Amérique non française l\u2019importation de tous les concepts qui s\u2019y relient, le racisme systémique étant le favori.Dans des entreprises voulant purger la permanence anthropologique et un lien trop fort avec la « majorité », on ne se contentera pas de promouvoir la diversité des idées, d\u2019engager le meilleur candidat disponible sans égards aux variables culturelles et en respect de la charte.On emploiera discours et tracts dénonçant le racisme systémique, en imposant des programmes qui s\u2019y lient, en favorisant des discussions sur le BLM, des concepts loin de la réalité des Québécois.On organisera des séminaires et le département des RH engagera un conférencier ou obtiendra le concours du (de la) responsable du programme nord-américain de diversité et d\u2019inclusion pour venir sermonner en anglais les petits employés québécois, les amenant subtilement sur le banc des accusés pour des crimes odieux commis au sud de notre frontière.Au final, il est d\u2019intérêt public que l\u2019on déconstruise les machinations de ces hérauts habillés en grands penseurs qui enveloppent leurs subtiles tactiques de venin derrière des causes très justes.Bien au-delà de la compétence et de la clairvoyance, on serait justifié d\u2019attendre au moins une 62 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 chose de ceux qui applaudissent des emplois qui quittent le Québec « mâle et blanc » ou qui trouvent la source de leurs accusations de racisme dans des théories américaines sans avoir la lucidité nécessaire pour réaliser que le peuple qu\u2019ils accusent de colonialisme est en fait en train de se noyer lui- même.Ce Québec imparfait qui leur aura néanmoins fourni une voix, de beaux emplois, des études, une culture française unique en Amérique, de la sécurité pour eux et leur famille, loin de ces guerres de communautarisme d\u2019ailleurs.Loin d\u2019une ambiance de guerre civile comme au sud de chez nous.Ce Québec avec des femmes et des hommes « blancs » ayant mis en place l\u2019équité salariale, ayant supporté la nationalisation des garderies, ayant accepté de payer plus de taxes et d\u2019impôts que partout en Amérique du Nord pour bâtir une société plus juste.Ce Québec serait en droit d\u2019attendre une chose bien élémentaire.La gratitude.q 63 Articles Mathieu Bock-Côté* Entretien avec le philosophe Bernard Bourdin La nation est autant progressiste que conservatrice La question de la nation se pose partout à travers le monde.Le philosophe français Bernard Bourdin y a consacré de nombreux travaux.Je me suis permis de lui poser quelques questions, à la lumière de ses travaux, sur la meilleure manière de l\u2019aborder dans le monde qui est le nôtre.*** La nation passe pour un phénomène moderne et antimo- derne, tout à la fois.Moderne, parce qu\u2019elle aurait fourni le cadre pour la concrétisation de l\u2019idéal démocratique, en lui permettant de s\u2019incarner dans une communauté donnée \u2013 car la démocratie suppose l\u2019existence d\u2019un demos.Antimoderne, parce qu\u2019elle réhabilite, dans son langage, la légitimité du particulier et contient la prétention d\u2019un certain universalisme à l\u2019unification du monde.Quel regard portez- vous sur cette forme historique particulière ?Il est tout d\u2019abord important de rappeler qu\u2019il y a plusieurs modèles de nations.J\u2019en retiendrai trois : contractualiste, organiciste et historique.Le premier est celui que la France a adopté et véhiculé à partir de la Révolution française.Jusqu\u2019en 1789, la nation désigne les grands du Royaume.* Sociologue, auteur et chroniqueur. 64 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 C\u2019est en raison de cette hiérarchie sociale que la nation se différencie du « peuple ».C\u2019est a contrario de cette différenciation que les révolutionnaires de 89 ont fait de la nation le cadre politique global à l\u2019intérieur duquel la Déclaration des droits de l\u2019homme et du citoyen devait être appliquée.Ainsi l\u2019article 3 affirme que « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation », et non pas dans la souveraineté du peuple qui n\u2019existe que par ses représentants.Autrement dit, la philosophie politique de la nation qui est à l\u2019œuvre est celle héritière des théories du contrat qui fait de la nation une forme politique particulière associant des individus et non des ordres sociaux, en même temps qu\u2019elle est héritière de l\u2019histoire spécifique de la France monarchique.C\u2019est en raison de ce double héritage philosophique et historique que la France deviendra, si j\u2019ose dire, tout naturellement républicaine.On notera donc la continuité historique de la France à l\u2019intérieur des conséquences politiques de la rupture révolutionnaire.Il convient d\u2019ajouter que le modèle français contractualiste de la nation, foncièrement politique et rationnel, est doublé d\u2019une ambition universaliste tout en offrant un cadre particulier à la souveraineté.Il en va tout autrement du modèle organiciste, de type plutôt allemand, auquel on peut ajouter les nationalismes du XIXe siècle, italien et d\u2019Europe centrale.La forme politique de la nation est issue dans ces pays d\u2019un sentiment d\u2019appartenance commun lié à une langue.Ce n\u2019est qu\u2019une fois l\u2019indépendance conquise qu\u2019un État s\u2019est imposé pour passer du stade de « peuple culturel » à celui de « peuple civil ».Comme on l\u2019aura compris, ce modèle est l\u2019inverse du modèle français.Dans cette perspective, la nation est un « organisme » histori- co-culturel vivant, empirique, formant un « tout » plutôt que d\u2019être formée par un contrat entre individus. 65 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 Chacun de ces deux modèles à sa part de vérité, sa cohérence et aussi ses limites.Si l\u2019on en juge au modèle français, sans rien céder à une vision ethno-organiciste, une fois la République installée, il a fallu que les républicains en passe par l\u2019histoire, c\u2019est-à-dire un récit, connu sous le nom de « roman national ».C\u2019était tout simplement admettre que la rationalité contractualiste comportait de grandes limites en dépit de son caractère émancipateur par rapport aux inégalités de nature.On doit à Renan (donc bien avant Ernest Lavisse) d\u2019avoir théorisé ce modèle historique de la nation.On connait la célèbre formule dans la conférence intitulée « Qu\u2019est-ce qu\u2019une nation ?» de l\u2019historien, philosophe et philologue, donnée à la Sorbonne en 1882 : « L\u2019existence d\u2019une nation (pardonnez-moi cette métaphore) est un plébiscite de tous les jours ».Pour pertinente que soit cette référence qui fait de la nation une forme politique inscrite dans un devenir historique toujours à refaire, n\u2019oublions pas l\u2019autre aspect de la pensée de Renan, celui de la nation comme « comme principe spirituel », à savoir « un riche legs de souvenirs » et « la volonté de continuer à faire valoir l\u2019héritage qu\u2019on a reçu indivis ».Il n\u2019y a en réalité rien d\u2019antimoderne dans l\u2019idée de nation, c\u2019est même exactement le contraire en raison de son rôle pacificateur dans le cadre de frontières stabilisées.Au fond, à lire Renan, la nation est autant progressiste que conservatrice.Elle est aussi le contraire de l\u2019Empire, toujours expansionniste.Depuis quelques décennies, on a condamné la nation à une inéluctable disparition.En philosophie politique comme en sciences sociales, on la décrétait dépassée, à la manière d\u2019une forme historique désubstantiali- sée, périmée, inutile et même nuisible.Pourtant, de mille manières, les nations manifestaient une forme de 66 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 résistance à leur dissolution intellectuelle et politique.Croyez-vous que nous sommes arrivés à un moment de renversement de la tendance mondialiste, qui permettra la réaffirmation explicite de l\u2019État-nation ?Renan avait lui-même émis l\u2019hypothèse que les nations européennes pourraient un jour se confédérer.Mais ce n\u2019était qu\u2019une hypothèse\u2026 il ne disait rien de plus.La démondialisation économique déjà annoncée et observée bien avant la crise sanitaire que nous traversons donne indéniablement à penser que l\u2019État-nation n\u2019a pas vocation à disparaître.La « mondialisation heureuse » appartient déjà au passé.L\u2019erreur de jugement intellectuel des mondialistes et autres sans-frontièristes était de penser que l\u2019économie mondialisée rendait caduque toute forme politico-historique particulière de ce type.De surcroît, la nation était (et le reste dans les têtes des européistes) frappée du discrédit moral des deux guerres mondiales.Ce jugement superficiel repose précisément sur la confusion entre nation, nationalisme, impérialisme et j\u2019ajouterais même totalitarisme (le nazisme en particulier).Ces confusions dénouées, face à la situation actuelle, la nation a toutes ses chances de retrouver un crédit moral et politique.Ma thèse est la suivante : plus nous vivons à une échelle mondiale, plus nous avons besoin de cette forme particulière qui aide les peuples à exister et à se situer par rapport aux autres peuples.La nation peut donc (et devra !) retrouver sa mission pacificatrice au meilleur sens du terme.Elle est donc la contrepartie de toute forme d\u2019universel (uni- versum, vers l\u2019un mais l\u2019un de qui ?) niveleur ou totalisant, et devrait même contribuer amplement à repenser un universel dans la diversité de nos histoires politico-historiques.C\u2019est ce que j\u2019ai appelé lors d\u2019une communication donnée en octobre dernier en Chine, une uni-diversité. 67 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 Quelle lecture faites-vous de ce qu\u2019on nomme plus ou moins adéquatement le phénomène populiste en Europe ?La science politique a voulu le lier à « l\u2019extrême droite ».Est- ce que cet amalgame était justifié ?Dans quelle mesure ce populisme contribue-t-il à la revitalisation de la vie démocratique en Europe ?Le populisme est devenu un mot-valise (comme beaucoup d\u2019autres !) pour désigner le mal politique de nos démocraties libérales.De même que la nation est toujours évoquée dans les termes des « égoïsmes nationaux » ou du « repli sur soi », le peuple est cette vilaine bête qu\u2019il faut combattre dès lors où il se rebelle contre les élites.Par ce constat, il ne s\u2019agit évidemment pas d\u2019idéaliser « le peuple » qui signifie, il est vrai, beaucoup de choses.Mais à l\u2019instar de la nation, l\u2019erreur de jugement intellectuel consiste à dénoncer le populisme comme un mal qui serait la cause et non la conséquence d\u2019un problème.Quel est-il ?L\u2019élitisme hors-sol.Je dis bien hors-sol.Pas plus que la condamnation du peuple, l\u2019on ne saurait condamner les élites.Depuis Platon, nous savons qu\u2019elles sont inévitables parce que nous en avons besoin.Ce qui est condamnable est l\u2019élite coupée du peuple, un peu comme la haute noblesse à la veille de la Révolution française.Sans cet élitisme hors-sol, y aurait-il le populisme ?Je pense ici à David Goodhart et ce qu\u2019il désigne en anglais par les anywhere et les somewhere.Il me semble donc qu\u2019en lieu et place d\u2019une extirpation du « mal populiste », il vaudrait mieux commencer par reconsidérer le rapport élite/peuple.Par cette méthode d\u2019approche, le populisme, qu\u2019il vienne de l\u2019extrême droite ou de l\u2019extrême gauche, est dès lors beaucoup plus à comprendre comme un cri qui en appelle, comme vous le suggérez dans votre question, à la revitalisation de la démocratie en Europe.C\u2019est tout notre système représentatif démocratique qui est à revoir.Au 68 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 fond, le peuple se rebelle, car il ne se sent pas gouverné.Mais pour qu\u2019il le soit, il lui faut un cadre politique d\u2019identification qui réintègre l\u2019élite dans le peuple.Et là nous retrouvons la nation.C\u2019est, à mon sens, la clé pour comprendre le succès du populisme d\u2019extrême droite.D\u2019où l\u2019amalgame ! Mais l\u2019amalgame est commode, car il permet de rester sourd à la question du rapport élite/peuple en stigmatisant le populisme comme un extrémisme nationaliste de droite.La construction européenne n\u2019a jamais su définir adéquatement son rapport aux nations à partir de laquelle elle se déploie.Aujourd\u2019hui, sous la pression de l\u2019histoire, elle tangue et risque même de s\u2019écrouler.Peut-elle renaître en se réconciliant avec les États-nations qui composent l\u2019Europe ou est-elle condamnée à une forme d\u2019assèchement administratif et de neutralisation historique, à la manière d\u2019une structure morte n\u2019ayant plus d\u2019emprise sur le réel ?C\u2019est en effet une question capitale qui rejoint les précédentes ! Le problème de la construction européenne est qu\u2019elle déconstruit.L\u2019« Union » européenne désunit.Nous l\u2019avons encore vu dans son déficit grave de solidarité avec l\u2019Italie à propos de la crise sanitaire.Pourquoi déconstruit- elle et désunit-elle ?Tant que tout paraît paisible, cette question donne l\u2019impression d\u2019être inepte.En réalité, ce phénomène de décomposition latent est bien là, mais il faut que des crises apparaissent pour s\u2019en rendre compte.Il en fut ainsi avec la crise migratoire, il en va de même avec la pandémie.Les affectio societatis nationales reprennent le dessus.Bien évidemment, elles sont stigmatisées par la rhétorique des « égoïsmes nationaux » que j\u2019ai évoquée précédemment.C\u2019est toujours la même surdité ou le même aveuglement.Si les égoïsmes nationaux refont surface, c\u2019est parce que la construction européenne ne peut se réaliser dans la négation de ses nations.Ladite union ne pourra jamais aboutir en adoptant ce chemin, mais en procédant à l\u2019inverse. 69 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 Admettons dès le départ que l\u2019Europe est un ensemble d\u2019États-nations aux histoires anciennes et très spécifiques.Partant de ce constat fondé sur ce réalisme historique, l\u2019Europe pourra alors se construire en renforçant chacune de ses nations, espaces politiques réels avec des peuples réels, par une solidarité (du latin solidum, ce qui solidifie) inter-étatique, sur des questions concrètes : industrie, santé, écologie.Autrement dit, « l\u2019Europe de la puissance et de la sécurité » ne le sera qu\u2019en permettant à chacun de ses États-nations d\u2019être autrement des puissances souveraines, non plus comme au XIXe siècle, mais pour le XXIe.Ainsi, l\u2019Europe renouera avec son histoire et renouant avec son histoire, elle la fera à nouveau au XXIe siècle.Mais pour réaliser cette autre vision de la construction européenne, il faut qu\u2019elle sorte de son imaginaire historique paralysant, celui, faux, selon lequel les nations, c\u2019est la guerre, d\u2019où la nécessité de transformer nos nations en Texas et en Californie pour les neutraliser, et finalement nous neutraliser tous ensemble ! C\u2019est le confinement des nations\u2026 Mais j\u2019ai conscience que c\u2019est un travail considérable que celui de construire un nouvel imaginaire historique.Quel regard portez-vous sur les petites nations, comme la Catalogne et l\u2019Écosse, qui aspirent à l\u2019indépendance ?Faut-il y voir, selon vous, des régionalismes participant à la déconstruction de l\u2019État-nation ou inversement, une volonté de ce ces nations de justement rejoindre le club des États- nations et d\u2019y participer à part entière ?L\u2019aspiration des petites nations, comme la Catalogne et l\u2019Écosse à l\u2019indépendance, est ambigüe.Spontanément, je suis plutôt tenté de penser qu\u2019elles participent à la déconstruction des États-nations tel qu\u2019ils se sont formés depuis le XVIe siècle, c\u2019est particulièrement vrai pour l\u2019Espagne et l\u2019Angleterre (devenue Royaume-Uni).Alors que 70 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 l\u2019Europe déconstruit les nations par le haut, la Catalogne et l\u2019Écosse les déconstruisent par le bas.C\u2019est ce contexte qui me fait ainsi répondre à votre question.Mais je ne crois pas que ce soit aussi simple.Cette aspiration s\u2019inscrit aussi dans le même processus de ré-identification des peuples à leur histoire.Le sentiment de dépossession de l\u2019histoire collective appelle ce désir d\u2019indépendance.C\u2019est pourquoi nous pouvons penser que ces « régionalismes » peuvent contribuer, par-delà les apparences de la déconstruction, un nouveau crédit moral et politique à l\u2019idée de nation.Il revient aux gouvernements espagnol et britannique de savoir discerner dans cette ambiguïté de sens ce qu\u2019il y a de positif.Tout tient aussi aux situations singulières.Le Royaume-Uni est un État quatre nations, ce qui n\u2019est pas le cas de l\u2019Espagne.La question est : comment redéfinir la relation entre ces quatre nations dans le cadre d\u2019un État qui ne peut être unitaire ?À mon avis, en Espagne, la question se pose encore différemment.q 71 Articles Louise Harel* Le FRAP et la crise d\u2019octobre**Je voudrais aborder un angle mort de la crise d\u2019Octobre, à savoir le contexte de l\u2019élection municipale du 25 octobre et le rôle du maire et candidat à sa réélection, Jean Drapeau, de même que le congédiement de Michel Bourdon et Denis Vincent, journalistes à Radio-Canada.La loi québécoise, décrétant le suffrage universel au niveau municipal, de même que la reconnaissance officielle des partis politiques municipaux, avait été adoptée en 1968.Les locataires, qui formaient alors la très grande majorité de la population montréalaise, avaient donc pour la première fois, le droit de voter en 1970.À l\u2019occasion de cette élection municipale, la controverse était aussi alimentée par l\u2019interdiction, un an auparavant, de toute manifestation à Montréal.J\u2019avais participé à la manifestation composée uniquement de femmes pour protester contre cette interdiction, ce qui m\u2019avait valu de passer une nuit en prison.La principale opposition au maire Drapeau, le Front d\u2019action politique (FRAP), était constituée d\u2019une coalition de comité de citoyen, de militants syndicaux et d\u2019étudiants.La campagne électorale se déroulait en pleine répression politique.* L\u2019auteure a été députée, ministre et présidente de l\u2019Assemblée nationale.** Tiré du colloque « La violence politique » de la SOPPOQ, 16 octobre 2020. 72 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 Le maire Drapeau associait le FRAP au FLQ dans des déclarations incendiaires, il déclara même, à deux jours de l\u2019élection « si le FRAP est élu, le sang coulera dans les rues de Montréal ».Pas en reste, à quatre jours du vote, le ministre fédéral Jean Marchand affirmait que le FRAP servait de couverture au FLQ.L\u2019application des mesures de guerre déclencha une vague de perquisitions chez les membres et militants du parti de même que des saisies de matériel de campagne, tracts, journaux.Deux candidats vedettes furent emprisonnés sans motif, le Dr Henri Bellemarre dans le district de Saint- Jacques et Jean Roy dans Saint-Louis.Dans ce contexte, comment se surprendre que le maire Drapeau obtînt 92 % du vote et fît élire la totalité de ses 52 conseillers municipaux ?Congédiement de deux journalistes de Radio-Canada Un fait presque tombé dans l\u2019oubli, est le congédiement pour « insubordination » de Michel Bourdon et Denis Vincent, à tour de rôle président et secrétaire du syndicat des journalistes de Radio-Canada.À l\u2019occasion d\u2019un imposant teach-in qui avait lieu au Centre sportif de l\u2019Université de Montréal, Michel Bourdon avait dénoncé la présence de Jean Drapeau qui, en pleine campagne électorale municipale, avait accès aux images du Téléjournal avant leur diffusion.Le lendemain, en conférence de presse, Denis Vincent reprenait à son compte les propos de Michel Bourdon et dénonçait la présence de Jean Drapeau et la censure imposée à Radio-Canada.Ils furent tous les deux congédiés, malgré les efforts de leur avocat, Me Robert Burns, et de leur assesseur au dossier, Pierre Vadeboncoeur, le juge maintint leur congédiement.q > Yo Quabé BLOC 4 J \\; Vd SIL y PIX XIE > sas RTE QI Te das\u2019 communes = S tee 100, rue Richelieu, bureau 210 450 357-9100 Saint-Jean-sur-Richelieu, Québec J3B 6X3 christine normandin@parl.gc.ca GABRIEL STE-MARIE Député fédéral de Joliette a BLOC % Quebecois le a 450 752-1940 gabriel .ste-marie@parl.gc.ca Le Québec Sans COMREIoMmIs, jUsqu'a [= Mindépa née nat cible oIMON-PIERRE 3 SAVARD-TRE LAY tn.es | PÉPATÉ PE SHIRT RHAGHATRE-TSNT EF « = ane A aa = TE ® Marie-Hélène al tele TR ET ee O 1:11 TR, MH.G 1H ga au(@parl.gc.ca b 4 & #17 lin riod \u20ac, oh A tr \u2014 \u2014 Gi knoe gs -\u2014 Ty, i\u201d Xavier Barsalou-Duval Député de Pierre-Boucher\u2014Les Patriotes\u2014Verchères Qu bécois = N 14625, boulevard Lionel-Boulet, bureau 202 Varennes (Québec) J3X 1P7 Téléphone : 450 652-4342 Courriel : xavier barsaiou-duvai@parl.gc.ca ASS | forte et te et vivante Lassurance d'une culture qué Fbétoise ASS ut dd re API ro a EL pL i li rere de soutenir AIL: = I Shui ik: pue ll \u2014\u2014\u2014 ( A per EET Ts Lee ay Alt CNE stquT 9 il wir 7h A CTP le [EF LS 2} % 1800 943-2519 | www.ssjbcq.quebec » Rassemblement pourun PAYS Souverain = 4 AL/ Québec notre seule patrie .rps.quebec LANGUE PATRIMOINE SOUVERAINETE FRANÇAISE NATIONAL BU QUEBFF \u2014\u2014 À Nr fo de ia Mauricie SRE n-Baptiste VAURIGIEL WAN complement +38 Des comptes-rendus, des analyses critiques, des notes de lecture, des entrevues, des extraits en primeur, 40 pages grand format couleur qui vous permettent de partager le point de vue de collaborateurs aguerris sur les essais publiés au Québec durant l\u2019année.3 parutions par année 30 $ par an \u2013 75 $ pour trois ans taxes et expédition comprises actionnationale.quebec/cahiers-de-lecture Dossier Lectur s Lectures Notes critiques Marc Chevrier L\u2019empire en marche.Des peuples sans qualités, de Vienne à Ottawa 78 par François Deschamps Patrice Lacombe La terre paternelle (1846) 97 par André Campeau Recensions Paul St-Pierre Plamondon Rebâtir le camp du OUI 113 Patrice Groulx François-Xavier Garneau : poète, historien et patriote 118 François Côté et Guillaume Rousseau Restaurer le français langue officielle 122 Index des auteurs 2020 78 Articles78 Note critique François Deschamps* L\u2019Empire mis en contexte historique canadien MARC CHEVRIER L\u2019empire en marche.Des peuples sans qualités, de Vienne à Ottawa Québec, PUL, 2019, 635 pages Ce livre arrive à point nommé.Écrit sous le patronage de l\u2019écrivain autrichien Robert Musil (1880-1942), il s\u2019inscrit d\u2019emblée dans la foulée des recherches les plus pointues de théories politiques et de droit constitutionnel portant sur les concepts d\u2019empire et d\u2019impérialisme.Ce genre de recherches reste en vogue depuis une vingtaine d\u2019années, comme en témoigne entre autres le colloque The Invention of Federalism in the Age of Democratic Revolution, qui s\u2019est tenu à Yale en 2019.En France, le livre apportera sûrement des arguments au mouvement de résistance anti-fédéral qui s\u2019organise autour de Front populaire, la nouvelle revue dirigée par Michel Onfray, dont le premier numéro (été 2020) mise sur la reviviscence de la notion de souverainisme.La bonne nouvelle, si l\u2019on peut dire, c\u2019est qu\u2019en dépit des assauts répétés de ses adversaires et bien qu\u2019il soit loin d\u2019avoir la cote dans les départements universitaires, le concept de « nation » (ou « communauté nationale » si on préfère), à l\u2019instar d\u2019autres tels que « cité », « monarchie », « État-nation », « empire », demeure insubmersible.* Historien. 79 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 Assaut sur « la magnifique idéalité qu\u2019est la fédération multinationale » à la canadienne Du lointain passé colonial britannique jusqu\u2019à l\u2019horizon postnational et multiculturel d\u2019aujourd\u2019hui, Chevrier postule d\u2019entrée de jeu l\u2019existence d\u2019une pulsion impériale qui innerve toujours en douce les institutions fédérales canadiennes.S\u2019appuyant en partie sur le théoricien constitutionnel Olivier Beaud et les passages captivants de Montesquieu sur la « république fédérative », la thèse de Chevrier se ramène à ceci : le Canada n\u2019est pas une fédération, mais un empire en expansion.En effet, ses éléments constitutifs ne sont pas autonomes ; leur union ne procède pas d\u2019un véritable fœdus (ou consensus formel), mais du transfert aux autorités fédérales de l\u2019hégémonie exercée par la nation britannique dominante sur les « débris » (dixit Tocqueville) du peuple conquis en 1760.Cette hégémonie peut être exercée par instances interposées supplétives (armée, milices volontaires, Conseil spécial, Cour martiale, etc.), elle peut se manifester par des mesures d\u2019exception (imposition de la loi martiale et suspension de l\u2019habeas corpus dans les contextes d\u2019insurrection appréhendée de 1837, 1838 et 1970), elle peut aussi prendre la forme de manœuvres de diversion (comme la « crise » d\u2019Oka de 1990).Il s\u2019agit toujours de faire tenir ensemble, dans les moments critiques, les pièces de cet édifice à l\u2019occasion brinquebalant qu\u2019est le Canada.Marc Chevrier poursuit deux objectifs.D\u2019une part, il veut retracer le contexte impérial britannique dans la lente gestation des institutions fédérales canadiennes au XIXe siècle.D\u2019autre part, il veut montrer qu\u2019au XXIe siècle, dans ces institutions fédérales, la même vocation impériale reste bien vivante.La différence de contexte entre les deux moments est que, au XIXe siècle, à la fin des guerres napoléoniennes 80 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 (1815), les populations britanniques et européennes, entraînées par un mouvement expansif centrifuge, quittaient l\u2019archipel britannique et l\u2019Europe vers les points les plus reculés du globe, tandis que depuis le début de l\u2019ère postco- loniale \u2013 accession de l\u2019Inde à l\u2019indépendance (1947) et création de l\u2019État d\u2019Israël (1948) \u2013 on assiste à un mouvement inverse où une proportion non négligeable des populations colonisées des points périphériques migrent vers l\u2019Europe et l\u2019Amérique du Nord.Le retour que propose Chevrier sur cette scène primitive canadienne permet de mieux cerner la période critique où la nation canadienne actuelle, par le biais de la « réunion » des colonies séparées du Haut et du Bas-Canada (1841), s\u2019est installée sur les « débris » de l\u2019ancienne, et de suivre leur mutation jusqu\u2019à nos jours.L\u2019auteur se livre in fine à une critique mordante du discours rassembleur dominant et de la vision mondialiste utopique qu\u2019il sous-tend : martelée ad nauseam dans ses propres organes de diffusion, « la magnifique idéalité qu\u2019est la fédération multinationale » (23) à la canadienne apparaît ainsi comme la terre d\u2019accueil et l\u2019arche salvatrice d\u2019une humanité souffrante qui cherche à « améliorer sa condition ».Ce livre ambitieux ouvre la voie à une révision du « paradigme de l\u2019ordre libéral » canadien (McKay, 2000).On peut se demander toutefois s\u2019il conduit effectivement à éclipser l\u2019interprétation whig dominante incarnée par le tandem Mill/Durham, concepteurs éclairés des « libertés modernes » ayant élevé le laboratoire colonial canadien au rang de prototype du self-government.Ma lecture de Chevrier suivra un même fil conducteur.Je me demanderai quelle combinaison de facteurs explique l\u2019échec de l\u2019attribution du « gouvernement responsable » que la coalition whig-radicale au pouvoir à Westminster (1835-1838) tentait d\u2019implanter 81 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 contre vents et marées dans la colonie « séparée » du Bas- Canada1.Je me concentrerai donc principalement sur l\u2019analyse de la troisième partie de son ouvrage.Lutte de dominance à trois, « spiritualisation de l\u2019hostilité » et « inclusion soustractive » L\u2019argumentation de Chevrier se déploie en trois phases.Au départ, il convient de porter attention au cadre conceptuel du chapitre 28 intitulé « La rançon de Brennus ou la naissance de la pensée impériale canadienne ».Chevrier y procède à l\u2019analyse brillante des éditoriaux d\u2019Adam Thom (alias Camillus), rédacteur en chef du Montreal Herald (janvier 1835 \u2013 juillet 1838).Du point de vue de Thom, on a affaire essentiellement à une lutte de dominance à trois : le Parti patriote d\u2019un côté, le British Party de Montréal de l\u2019autre, et enfin l\u2019exécutif impérial, qui tente de dégager une voie médiane entre les deux factions rivales.Cette lutte en vue d\u2019exercer l\u2019hégémonie comporte trois dimensions enchevêtrées et inextricables : économique, politique, identitaire2.1 En vertu de la loi constitutionnelle de 1791, le Bas-Canada était une colonie « séparée » suivant une ligne explicitement ethnoculturelle pour la distinguer de la colonie « purement britannique » du Haut- Canada.Voir Robert Christie (1854) que cite Chevrier (401, n.161) : « A History of the late Province of Lower Canada, parliamentary and Political, from the commencement to the close of its existence as a separate province, vol.5, Montreal, John Loovel [sic] & co.».L\u2019aire sémantique de « late » comporte d\u2019intéressantes connotations, de « précédente » à « défunte » en passant par « tombée à l\u2019eau », « à contre-courant », « ratée ».2 Personne mieux que Jean-Paul Bernard (1996) n\u2019est parvenu à synthétiser les trois aspects fondamentaux (économique, politique et identitaire) de « la crise sociale généralisée ».On peut considérer par exemple le thème de la croissance démographique endogène face à l\u2019immigration massive en provenance de l\u2019archipel britannique comme relevant de ces trois dimensions. 82 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 Chevrier a bien su contourner l\u2019écueil classique de l\u2019interprétation whig, qui consiste à assimiler le point de vue du petit groupe radical tory de Montréal et celui des autorités impériales.Si Londres tend à se présenter avec l\u2019arrivée du gouverneur Gosford en 1835 comme une métropole bienveillante envers « le grand corps de la nation », les éditoriaux de Thom, au même moment, ne laissent de leur côté aucun doute sur la détermination, par l\u2019insurrection s\u2019il le faut, du petit groupe sélect des marchands, banquiers, miliciens et magistrats radicaux tory, de mèche avec l\u2019état-major, de dicter leur ligne de conduite aux autorités impériales.Le règlement de comptes de 1837-1838 comportera trois clauses essentielles : confiscation de la Constitution de 1791 ayant octroyé un parlement séparé à la majorité d\u2019origine française du Bas-Canada ; création d\u2019un Conseil spécial (1838-1841) ; union législative des deux Canadas (1841-1867).Reste à savoir cependant si, dans sa démonstration, Chevrier parvient à maintenir la tension entre les trois termes de l\u2019équation et s\u2019il ne finit pas par confondre le point de vue partisan du parti britannique de Montréal et celui des autorités impériales.L\u2019apologie de la violence armée qui innerve les éditoriaux de Thom en 1835 illustre bien, dans la pensée politique ultra-tory de Montréal, la prédominance de la notion d\u2019hostilité nationale entre Canadiens et Britanniques.Comme Chevrier s\u2019y réfère plus loin, c\u2019est au fond la catégorie ami/ennemi conceptualisée par le juriste allemand iconoclaste Carl Schmitt qui permet le mieux non seulement de fixer les justifications ultimes de la pensée radicale- tory de Montréal des années 1830, mais de comprendre le passage à la « spiritualisation de l\u2019hostilité » à l\u2019œuvre dans l\u2019idéologie concordataire sous l\u2019Union (1841-1867), prélude obligé à la règle d\u2019« inclusion soustractive » qui présidera aux grandes retrouvailles fédérales après la mise 83 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 sous séquestre du parlement québécois pendant trente ans (1837-1867).Seule la catégorie ami/ennemi permet de ranimer, à vrai dire, le sens vécu de la lutte que se sont livrée les deux factions rivales.Il faut bien voir l\u2019ironie sur laquelle se clôt l\u2019analyse stimulante de Chevrier dans ce chapitre : « On ne sait plus au fond qui rançonne qui.» (390) Aux procédés d\u2019extorsion des « maîtres-chanteurs » patriotes envers les autorités coloniales par trop complaisantes répond en effet, dans une sorte de spirale de surenchère, le défi lancé par les porte-parole du milieu des affaires tory de Montréal aux tireurs de ficelles de Downing Street : être l\u2019ultime rempart sur lequel, tôt ou tard, ils devront s\u2019appuyer en cas de radicalisation du conflit et de montée aux extrêmes.L\u2019avenir devait donner raison à ces porte-parole : l\u2019Empire britannique allait apparaître en vérité comme un colosse aux pieds d\u2019argile.L\u2019excursus inspiré qu\u2019occasionne la référence nietzschéenne à la « spiritualisation de l\u2019hostilité » (384-387) contient en germe tout le chapitre 31 sur l\u2019Union.Ou comment, à travers une pratique éclairée des largesses impériales (ou du bon usage de la corruption), convertir des ennemis de l\u2019intérieur en promoteurs enthousiastes du nouvel ordre établi.En témoignent les carrières de deux icônes canadiennes-françaises, Louis-Hyppolite Lafontaine et George-Étienne Cartier.D\u2019autre part, le concept d\u2019« inclusion soustractive » que Chevrier avait évoqué auparavant (172, italiques de l\u2019auteur) condense l\u2019essentiel de la leçon finale sur l\u2019implantation des institutions fédérales, c\u2019est- à-dire comment une nation britannico-américaine en formation s\u2019est érigée, au triple point de vue économique, politique et identitaire, en neutralisant et en supplantant à l\u2019échelle du continent la nation canadienne originelle qui 84 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 commandait jusque-là, par l\u2019intermédiaire de la majorité numérique à la Chambre d\u2019assemblée, le développement de tout le British North America.Ce régime de tutelle permanente peut être dit oppressif, poursuit Chevrier, « en cela que les collectivités et les peuples placés sous domination fédérale subissent une perte irrémédiable, des limitations incapacitantes, qui s\u2019accroissent à mesure qu\u2019avance l\u2019intégration » (172).Le retournement de J.S.Mill (janvier 1838 \u2013 décembre 1838) the character of the Canadian insurrection must be thoroughly understood, and we are prepared thoroughly to discuss it.(John Stuart Mill [1838] CW6, 369).Chevrier fait une grande place à J.S.Mill3.Mill a été non seulement un des porte-parole les plus autorisés du courant libéral anglais au XIXe siècle, mais aussi un observateur attentif des débats virulents qui ont secoué la colonie bas- canadienne \u2013 la plus turbulente de toutes les colonies britanniques dans les années 1830.Comme l\u2019a bien vu Chevrier, le fait remarquable, au départ, dans la plaidoirie aux accents républicains de Mill, c\u2019est son soutien inconditionnel de la résistance populaire armée 3 Je me concentre uniquement dans ce qui suit sur les sections 29 et 30 de la troisième partie, intitulées respectivement « Guerre et dictature au Bas-Canada, en compagnie de John Stuart Mill et de Carl Schmitt » (390-410) et « Le \u201cmagnifique apanage\u201d du \u201cprogressisme despotique\u201d » (410-424).Toutes les citations de Mill que je fais sont tirées des œuvres complètes de John Stuart Mill disponibles en ligne sur le site Online Library of Liberty : The Collected Works of John Stuart Mill, Volume VI\u2014Essays on England, Ireland, and the Empire [1824] et Volume XIX\u2014Essays on Politics and Society Part 2 [1859].Ci-après, respectivement, CW6 pour les trois articles de 1838 et CW19 pour Considerations on Representative Government. 85 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 du peuple canadien.Dans une perspective très nettement « postcoloniale », il considère que l\u2019allégeance du peuple va d\u2019abord à ses représentants élus et à l\u2019enceinte sacrée du Parlement que lui octroyait la Constitution, et ensuite à la Couronne britannique.La confiscation unilatérale de la Constitution par le Parlement impérial en février 1838 lui apparaît ainsi comme « un acte chargé d\u2019opprobre et d\u2019infamie », une « infraction au contrat le plus solennel », qui ne peut être ultimement justifiée que par la nécessité absolue d\u2019adopter des mesures d\u2019exception à la limite de la légalité pour faire face à la menace de dissolution de la société (Chevrier, 397-8 et CW6, 371).À propos de la nature du conflit, Mill, sagement, ne tranche pas.S\u2019appuyant sur le rapport des commissaires royaux Gosford, Grey et Gipps, il avance seulement que le conflit demeure inextricable dans son ambivalence : s\u2019il engage des principes politiques fondamentaux (oligarchie versus démocratie, par exemple), il comporte simultanément une dimension ethnique ou identitaire irréductible4.Mill ne semble pas avoir entretenu trop d\u2019illusions sur les adversaires du mouvement populaire.Il ne mâche pas ses mots à l\u2019endroit de cette frange de l\u2019élite coloniale montréalaise, ces « enragés » tories au sein des classes commerciales : « jobbing local oligarchy » (CW6, 376) ; « uncontrolled sway of a rapacious faction » (CW6, 380) ; « a handful of strangers » (CW6, 382) ; « Tory ascendency » (CW6, 396) « dominant faction » (CW6, 400) ; « rabid party calling themselves Loyalists, and to the Orange newspaper 4 Dans le rapport Durham (1839), le scribe planchant sous son autorité (Thom sans doute) écrit quant à lui : « Je trouvais deux nations en guerre au sein d\u2019un même État ; je trouvais un conflit, non entre des principes, mais entre deux races » (Enders, 2013, 78). 86 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 writers5 » (CW6, 380).Les accents indéniablement xénophobes de leur discours, qui gagneront en intensité un peu partout dans l\u2019empire à la fin du siècle, s\u2019étaient déjà fait entendre haut et fort au Bas-Canada dès les années 1830.Chevrier endosse sans réserve l\u2019analogie que Mill établit entre la légitime réaction populaire à partir de mai 1837 face à l\u2019ingérence du gouvernement anglais dans les affaires internes de la colonie et, par ailleurs, la référence à la résistance du révolutionnaire anglais John Hampden encapsulée dès 1639 autour du couple taxation/représentation6.Or, cette analogie me semble plus que douteuse.Elle nous vaut un voyage dans la stratosphère des idées pures, où l\u2019on croise notamment la « théorie néo-romaine des États libres » de Quentin Skinner (396-7) ; voyage inutile, en définitive, car Chevrier aurait eu intérêt à bien faire voir que les éditoriaux d\u2019Adam Thom de 1835 exprimaient déjà explicitement cette idée de résistance armée de la part de ceux qui contribuaient le plus aux coffres de l\u2019État, c\u2019est-à-dire, « les principaux capitalistes du Bas-Canada7 » ! Étienne Parent ne s\u2019y 5 À propos des fluctuations de sens du terme « loyalist », Pocock rappelle l\u2019enchevêtrement des sens avec son opposé « patriot » en Angleterre : « it was not until the 1790s that \u201cpatriot\u201d acquired the primary meaning of \u201cloyalist\u201d (and was denounced by post-Whig intellectuals as meaning \u201cchauvinist\u201d ») [1975] (2003, 575).Idem pour ce qui est de la franc-maçonnerie britannique en tant qu\u2019institution \u201cloyaliste\u201d selon Jessica Harland-Jacobs : \u201cduring the early nineteenth century British Freemasonry did everything in its power to cultivate its reputation as a loyalist institution.It made a conscious effort to identify with the defining features of the British state: constitutional monarchy, Protestantism, and empire\u201d (2007, 99-100).Quant à l\u2019orangisme, voir Harland-Jacobs (2008) et Deschamps, 2015, \u201cUne orange britannique\u201d, 151-187.6 La référence essentielle ici est Goldie (2010) pour mieux comprendre la nature et les enjeux des débats dans la culture politique anglaise aux XVIIe et XVIIIe siècles autour de la notion de « représentation ».7 Deschamps, 2015, 162 et 2019, Annexe F, « Crise mimétique », 265-268 où je tâte la veine insurrectionnelle et républicaine de la rhétorique radicale tory de Montréal. 87 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 est d\u2019ailleurs pas trompé8.On a là, à mon avis, l\u2019illustration d\u2019une mise sous tension déficiente entre deux conceptions rivales du républicanisme : la version humaniste et civique dont le Parti patriote se faisait le promoteur et celle, plus musclée, préconisée par Adam Thom et le British Party.J\u2019ai cité et traduit ailleurs un extrait d\u2019un article choc paru dans le Montreal Herald en octobre 1837 dans lequel l\u2019auteur, sous le pseudonyme justement de « Hampden », revient sur les propos incendiaires de Papineau après sa victoire électorale de novembre 1834 à l\u2019endroit des marchands écossais et invite ses concitoyens trop timorés à son goût à s\u2019engager dans la bataille9.Quoi qu\u2019il en soit, l\u2019essentiel peut-être reste que la référence croisée à Hampden permet de récuser l\u2019opposition binaire simpliste toujours en vogue entre « liberté classique » et « liberté moderne10 ».Érigée en véritable totem sur lequel repose en définitive le « paradigme de l\u2019ordre libéral » canadien, la « liberté moderne » découlerait des vertus bien tempérées du gouvernement mixte à l\u2019anglaise dans le sillage de la Glorieuse Révolution de 1688 où est promue, suivant une métaphore mécaniste newtonienne, la synergie des trois instances « King, Lords & Commons » (« checks and balances »).Il s\u2019agit là, à mon avis, d\u2019une autre de ces fausses dichotomies montées en épingle qu\u2019un examen impartial fait voler en 8 Maurice Séguin (1997, 263) a naguère relevé le mot d\u2019Étienne Parent à cet égard : « Les Britanniques [surtout de Montréal] veulent singer les Américains à l\u2019époque de leur indépendance.Ils ont une armée en embryon, bientôt ils auront un congrès, il ne leur manquera plus qu\u2019un peuple pour réussir et, pourtant, ce peuple existait » (Thom [1836], 2019, n.353).9 Deschamps, 2015, « Le Doric Club et les artisans durs à cuire », 166-169.10 Voir, par exemple, Girard, Phillips et Brown (2018, 193-194) qui s\u2019appuient sur Ducharme. 88 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 éclats11.Le discours radical tory de Montréal s\u2019inspire, à vrai dire, des deux courants ; loin de s\u2019opposer, ils se renforcent au contact l\u2019un l\u2019autre et fusionnent dans une synthèse dynamique.Au Bas-Canada, dans les années 1830, le républicanisme « classique » anglais n\u2019était certes pas lettre morte.Quant à la question décisive du type d\u2019union entre les pièces disjointes du British North America dans les articles de Mill, Chevrier, à mon avis, a manqué une belle occasion d\u2019effectuer un rapprochement significatif avec la conception de la « république fédérative » de Montesquieu sur laquelle, d\u2019entrée de jeu, il avait lui-même attiré l\u2019attention.Au départ, Mill n\u2019envisageait, au mieux, qu\u2019un lien fédéral extrêmement relâché dans la lignée du Canadian Revenue Act de 183112.Se basant sur les recommandations du commissaire Grey, il évoque, en effet, un système dans lequel aucune des deux « races » en conflit ne légiférerait dans les affaires internes de l\u2019autre.S\u2019il considère qu\u2019une instance fédérale, animée par une neutralité axiologique exemplaire, ne devrait se consacrer qu\u2019à des questions d\u2019intérêt général (navigation sur le Saint-Laurent, droits de douane et régulation du commerce transocéanique, ponts, canaux, chemins de fer, postes et monnaie), il se dit favorable, en contrepartie, à un système de délégation dont les Parlements locaux auraient la prérogative.Dans une optique nettement « républicaine » voisine de Montesquieu, la représentation fédérale apparaît ainsi subordonnée aux Parlements des colonies13.11 Sur la coexistence de l\u2019ancien et du nouveau dans la culture politique anglaise au tournant du XIXe siècle, il est bon de rappeler le mot de J.H.Burns : « le nouveau cheminait aux côtés de l\u2019ancien, et l\u2019ancien n\u2019avait perdu ni sa saveur ni son mordant » (Deschamps, 2015 a, 15, n.36).12 Voir Thom, 2019, « Annexe H.Le cas de l\u2019Ontario plaidé », 274-275.13 « On this system neither of the races would be legislated for by the other: and a federal Legislature would be created, of delegates from 89 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 Au lieu d\u2019un examen serré du système de délégation préconisé par Mill, le lecteur de L\u2019empire en marche a droit plutôt à un excursus de huit pages (398-406) sur le mandat dictatorial de Durham, excursus mené à coups de citations (Rousseau, Harrington, Blackstone, Schmitt et autres), et bouclé par une citation tronquée de Mill (407) assortie d\u2019une charge contre le libéralisme apatride dont Mill aurait été partisan, auquel Chevrier oppose le « républicanisme classique » (407-410).Le passage très dense à la fin de l\u2019article de janvier 1838 où John Stuart Mill exhorte Durham à faire preuve de largesse d\u2019esprit et d\u2019impartialité requerrait à lui seul une analyse approfondie.Qu\u2019il suffise de mentionner que dans le saucis- sonnage de Chevrier il n\u2019est nullement question de « l\u2019insertion du Canada français doublement conquis dans un plan fédéral » (407), mais bien plutôt \u2013 au point de vue de la postérité où se place Mill \u2013 de\u2026 la séparation éventuelle du Bas-Canada ! Mill venait tout juste d\u2019évoquer la possibilité qu\u2019à défaut d\u2019une représentation proportionnelle de la minorité britannico-américaine, surviendrait la séparation des deux races « en leur donnant à chacune un parlement à part » (CW6, 382)14.the local Legislatures, to which the matters of common concernment to the three provinces would be exclusively referred.In this federation, Upper Canada, and the other North American colonies, might, he suggested, be ultimately included.» (CW6, 381).14 Le passage complet doit être cité in extensor : « No other plan will render Canada, from this moment, other than a disgrace and a weakness to the British empire; by no other plan, when a separation comes, shall we have entitled ourselves to the kindly remembrances and friendly attachment of the Canadian people; by no other can we be saved from the disgrace of having first broken their constitution, and then used the insurrection that act of tyranny provoked, as an excuse » (CW6, 382).L\u2019idée d\u2019une « seconde conquête » n\u2019est pas dans Mill, mais bien dans Thom (2019, 144) mise à l\u2019agenda radical tory et pronostiquée deux ans à l\u2019avance ! Voir là-dessus L\u2019Action nationale (2015, 105, 7-8, « L\u2019Acte d\u2019Union, la deuxième conquête ». 90 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 Chevrier aurait pu aussi insister davantage sur le dilemme auquel, selon Mill, se heurtera Durham.C\u2019est toute la pertinence de sa thèse de la prépondérance qui est en jeu.Il n\u2019était pas question en effet pour Mill d\u2019accorder dans un éventuel parlement ou « par quelque tour de passe-passe » (CW6, 382) un poids à la minorité anglo-canadienne au-delà de ce que son nombre justifiait.Ici aussi, l\u2019année 1838 ne s\u2019achèvera pas avant que le traitement de faveur à l\u2019endroit des « classes commerciales » au moyen du Conseil spécial ne vienne battre en brèche les espoirs de Mill.Chemin faisant, Chevrier aurait pu mieux mettre en évidence le traitement différentiel de la question identitaire chez Mill au cours de cette année charnière où, à vrai dire, on assiste au renversement complet de sa position initiale.Sur les traces de Durham, il finit par concéder en effet que le nouveau régime devra reléguer aux oubliettes le séparatisme inhérent des Canadiens en le dissolvant « dans les sentiments plus élevés d\u2019une nationalité plus vaste et plus noble » (401).Au total, c\u2019est une vue superficielle et à sens unique que ce « grand libéral » présente des causes de l\u2019insurrection des Canadiens de 1837.Le récit trompeur et mensonger des rébellions qu\u2019il bricole en 1861 confine à une véritable entreprise d\u2019automystification sur laquelle prend toujours appui la vulgate canadienne officielle.Le retour sur le pronostic de Thom à propos des chances élevées de succès d\u2019une « insurrection anglaise » aurait permis à Chevrier de mieux contextualiser le passage crucial en deux temps à la violence armée en novembre 1837 et novembre 1838 à Montréal et les campagnes environnantes dans le règlement différé de la lutte d\u2019influence entre les deux nations rivales.S\u2019il y a un moment critique qui assoit sur une base solide la thèse du « peuple dominant » et éclipse la version soporifique canadienne officielle, c\u2019est bien ici.Il requiert toujours une mise sous tension adéquate des points de vue très contrastés 91 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 entre, d\u2019une part, les autorités impériales trop enclines à la conciliation (notamment envers les prisonniers politiques) et, de l\u2019autre, les « exaltés torys » \u2013 de mèche avec l\u2019état-major \u2013 dans le sabotage savamment orchestré de la primauté du droit (« Rule of Law ») et l\u2019établissement de mesures d\u2019exception extorquées en 1837 aussi bien qu\u2019en 1838 aux autorités civiles en pleine déroute.Impact décisif du lobby montréalais des affaires Force est de reconnaître enfin que les analyses savantes de Chevrier sur 1837 et 1838 ne suppléent pas la grande marge d\u2019imprécision du récit de Mill.Encore une fois, le retour sur les éditoriaux de Thom aurait permis de nuancer la focalisation exclusive de Chevrier sur le rôle de premier plan joué par le proconsul Durham (ce qui nous ramène en boucle au cercle herméneutique dominant) ; cette focalisation, à vrai dire, oblitère le rôle non moins fondamental et très partisan joué par son Excellence le lieutenant-colonel Colborne, « gallant veteran » de Waterloo et ancien gouverneur du Haut- Canada, dans le règlement de la crise15.Ce que Peter McGill, lui, a reconnu avec gratitude au moment du départ de Colborne pour Québec, à la fin de 1838 : dans une allocution bien sentie à la News Room et sous les applaudissements du parquet, le président du comité exécutif de l\u2019Association constitutionnelle et de la Banque de Montréal n\u2019a pas manqué de souligner « les services distingués, civils et militaires, que Son Excellence [Colborne] a rendus à notre Pays commun, et plus spécialement à nous-mêmes durant les derniers six ou 15 Deux meneurs de la police clandestine privée du Doric Club (John Shay et Thomas Walter Jones) seront promus sur simple paraphe à sa garde personnelle en novembre 1837 dans la brigade des « Dragons » emplumés.L\u2019opposition de Colborne à la politique de conciliation, connue dès février 1836 au moment de son dernier discours du Trône, est le principal motif de son rappel en octobre 1839 (Watt, 1997, 85-86). 92 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 huit mois mouvementés16 ».Au menu, concocté en vue de satisfaire les intérêts mercantiles de Montréal : « the establishment or expansion of new banks, roads, civil offices, canals, postal services, land registry systems, and, perhaps most importantly, police forces » (Murphy, 2017, 98-99).On ne saurait sous-estimer le degré de concertation, au Conseil spécial, entre Colborne et le milieu des affaires montréalais.On peut même aller plus loin et soutenir que la création du Conseil spécial illustre parfaitement la thèse de Millar (1770) sur la capacité des lobbys d\u2019affaires à « contrôler et diriger les délibérations des conseils nationaux ».Philip Goldring précise même que ce sont les milieux d\u2019affaires montréalais qui ont imposé le Conseil spécial : « Gillespie [de la North American Colonial Association] and Moffatt had made it very clear in London that economic measures and legal reforms, not suppression of the revolt, were the chief reason for creating a special council » (1978, 248).Qu\u2019on ne s\u2019y trompe pas cependant.Pour George Moffatt et les « principaux capitalistes », l\u2019ordre du jour économique était assorti d\u2019un ordre du jour politique à triple volet : châtiment exemplaire à l\u2019endroit des meneurs de l\u2019insurrection de 1838, suspension pour dix ans des droits électoraux des Canadiens, coupables du crime collectif de haute trahison envers la Couronne, et report indéfini de la solution fédérale de Durham par la « réunion » des deux colonies voisines, mais dissemblables, artificiellement séparées en 1791.Pour ce qui est du dernier volet, il faut bien reconnaître que les pratiques d\u2019escroquerie dénoncées en 1835 par Thom n\u2019étaient pas du ressort exclusif du camp patriote.On 16 « [\u2026] the distinguished services, civil and military, which His Excellency has rendered to our common Country, and more especially to ourselves, during the last six or eight eventful months ».(KMH, s.d.).Dans l\u2019esprit de McGill, « our common Country », naturellement, c\u2019est le Royaume-Uni. 93 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 peut s\u2019en faire une idée assez juste à la lecture d\u2019un extrait de la représentation comminatoire en avril 1838 auprès du Colonial Office de deux des meneurs de l\u2019association constitutionnelle dépêchés à Londres (George Moffatt et William Badgley) : Alors que nous croyons que l\u2019existence d\u2019un Gouvernement français séparé ne sera plus tolérée sur le continent nord- américain, nous devons affirmer franchement à Votre Seigneurie [Durham] notre conviction inébranlable, que les habitants provinciaux d\u2019origine britannique au Bas-Canada sont résolus à ne plus se soumettre plus longtemps qu\u2019il pourrait y être forcés [sic] au pouvoir prédominant de l\u2019influence canadienne-française par laquelle les ressources de la Province ont été dilapidées et sa progression, en termes de croissance coloniale, retardée [\u2026]17.On a là une illustration (sinon parfaite, du moins convaincante) du danger de voir, dans une situation d\u2019exception et pendant que la société civile est sous la botte de la caste militaire, l\u2019agenda du gouvernement dicté par les intérêts des marchands trop portés à indexer les leurs sur ceux de la nation tout entière18.Telle est le nid de vipères, en définitive, où, selon le mot fameux de Donald Fyson, « l\u2019État libéral canadien a pris son envol » (2014, 417).Telle est aussi pourquoi, 17 Lefebvre, 1970, 155, n.128 et Deschamps, 2015, 232 (traduction légèrement modifiée).Illustration du nationalisme exacerbé des torys, le dernier rapport signé McGill-Scott de décembre 1838 est encore plus cinglant à l\u2019endroit de la nationalité canadienne vis-à-vis de laquelle les autorités impériales sont placées devant « la nécessité d\u2019adopter des mesures vigoureuses et promptes afin de détruire une nationalité nuisible dans son caractère et ruineuse pour les intérêts britanniques de cette province » (« the necessity of adopting prompt and vigorous measures, for destroying a nationality baneful in its character and ruinous to British interests in this Province »).Voir Deschamps, 2015, 78 et KMH.18 Il faut dire, à leur décharge, que leur représentation virtuelle à Westminster, assurée de longue date par l\u2019existence d\u2019une cinquantaine de « bourgs pourris », avait été compromise en vertu du Reform Bill de 1832 par la permutation de ces sièges au profit de la députation irlandaise et d\u2019un cens électoral élargi. 94 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 en rétrospective, devait avorter le projet patriote d\u2019établir sur les berges du Saint-Laurent un gouvernement véritablement autonome (même sous les espèces du self-government) dans le cadre de la colonie « séparée » du Bas-Canada (Québec).Conclusion Les quelques critiques adressées au livre de Chevrier n\u2019invalident en rien sa thèse ni, dans son ensemble, son audacieuse entreprise d\u2019histoire conceptuelle19.J\u2019ai tenté de faire voir que la validité de ce genre dépend de mises en contexte historique rigoureuses.L\u2019empire en marche est en somme une invitation à approfondir et à complexifier les liens existant entre capitalisme, critique de la démocratie, droits individuels, droits des minorités et idéologie fédérale20.C\u2019est à ce prix que les concepts de « nation » et d\u2019« imaginaire national » pourront regagner une pertinence heuristique certaine dans le monde globalisé d\u2019aujourd\u2019hui et son processus généralisé d\u2019hybridation des populations.q 19 Il serait souhaitable lors d\u2019une éventuelle réédition d\u2019insérer à la fin une bibliographie, ainsi qu\u2019un index analytique comme c\u2019est la norme dans ce genre d\u2019ouvrage.20 Un grand absent dans l\u2019armurerie intellectuelle de Chevrier : Louis- Georges Harvey (2012).Inexplorée dans Chevrier, la référence au processus de ratification ayant mené à la création des institutions fédérales aux États-Unis (1787) est indispensable pour comprendre la différence canadienne.Voir sur ce point Philippe Raynaud (2009, 141- 208), Paul Gilje (2017, 144) et Jack Rakove (2015, 103-117). 95 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 Bibliographie Bernard, Jean-Paul (1996).Les rébellions de 1837 et de 1838 dans le Bas-Canada, La Société historique du Canada, Ottawa.Deschamps, François (2016).The Prophetic Anti-Gallic Letters.Adam Thom and the Hidden Roots of the Dominion of Canada, Translation and Editing by Robin Philpot, Montreal, Baraka Books.Enders, Armelle (2013).« \u201cCastes\u201d, \u201craces\u201d, \u201cclasses\u201d.Dynamiques sociales et politiques » in Les empires coloniaux, XIXe\u2013XXe siècle, Éditions Points, Paris, 77-117.Fyson, Donald (2014).« Between the Ancien Régime and Liberal Modernity: Law, Justice and State Formation in Colonial Quebec, 1760-1867.» History Compass, 12, 5, 412-432.Gilje, Paul A.(2017).\u201cCommerce and Conquest in Early American Foreign Relations, 1750-1850\u201d, Journal of the Early Republic, p.735-770.Girard, Philip, Jim Phillips et R.Blake Brown (2018).A History of Law in Canada, Vol.1, Toronto, Toronto University Press.Goldie, Mark (2010).\u201cSituating Swift\u2019s politics in 1701\u201d, in Claude Julien Rawson (ed.), Politics and Literature in the Age of Swift: English and Irish Perspectives, Cambridge, Cambridge University Press, 31-51.Goldring, Philip (1978).\u201cBritish Colonists and Imperial Interests in Lower Canada 1820 t0 1841\u201d.PhD Dissertation, London, Queen Mary College, University of London.Harland-Jacobs, Jessica (2008).« \u201cMaintaining the connexion\u201d: Orangeism in the British North Atlantic World, 1795-1844 », Atlantic Studies, 5, 1, 27-49.(2007).Builders of Empire.Freemasonry and British Imperialism, 1717-1927, Chapel Hill, N.C, The University of North Carolina Press.Harvey, Louis-Georges (2012).« Une Constitution pour l\u2019Empire : sur les origines de l\u2019idée fédérale au Québec, 1765- 1815 », Les Cahiers des dix, 66, 25-54.KMH (Montreal Herald).Spicilège colligé par Charles Kadwell, s.d., Rare Books and Special Collections Division, Université McGill, Ms 255. 96 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 Mill, John Stuart.(Janvier 1838) \u201cRadical Party and Canada: Lord Durham and the Canadians\u201d, The Collected Works 6, Essays on England, Ireland, and Empire [1824], University of Toronto Press, Routledge & Kegan Paul, 362-383; (Août 1838).\u201cLord Durham and His Assailants\u201d, (384-388); (Décembre 1838).\u201cLord Durham\u2019s Return\u201d, (389-401); (1861) Consideration on Representative Government in Essays on Politics and Society, The Collected Works 13, University of Toronto Press, Routledge & Kegan Paul, 50-421.Millar [1770] (1818).An Historical View of the English Government, from the Settlement of the Saxons in Britain, to the Revolution in 1688 : to which are subjoined, some Dissertation Connected with the History of the Government, from the Revolution to the Present Time, 4 vol.London, Printed for J.Mawman.Murphy, Michael, P.A.(2017).\u201cThe Special Council of Lower Canada and the Origin of Canadian Sovereignty\u201d Canadian Political Science Review, 11, 1, 90-113.Rakove, Jack (2015).\u201cConstitutionalism.The Happiest Revolutionary Script\u201d in Keith Baker and Dan Edelstein (eds).Scripting Revolution: A Historical Approach to the Comparative Study of Revolutions, Stanford University Press, Stanford, California.Raynaud, Philippe (2009).Trois révolutions de la liberté.Angleterre, Amérique, France, Paris, Presses universitaires de France.Séguin, Maurice (1997).Histoire de deux nationalismes au Canada, Montréal, Guérin.Thom, Adam [1836] 2019.« Les ennemis français de la trace anglaise ».Les lettres d\u2019Adam Thom au gouverneur en chef des Canadas, 1836.Présentation, notes et annexes par François Deschamps, Québec, Septentrion.Watt, Steven (1997).« Authoritarianism, Constitutionalism and the Special Council of Lower Canada, 1838-1841 », MA (History), McGill University. 97 Articles 97 Note critique André Campeau* Une maison sens dessus dessous PATRICE LACOMBE La terre paternelle (1846) Fides, 1981, 72 pages La maison peut être étudiée soit comme micromilieu aménagé pour la résidence humaine et la protection des proches, soit comme institution qui conjoint des principes contraires pour les faire tenir ensemble et les perpétuer.Véritable concentré culturel d\u2019une société, ce lieu social ne peut être ramené au simple logement, sans pour autant l\u2019exclure.Ce lieu construit et institué serait le résultat d\u2019une pluralité de choix successifs, sociaux, entre de nombreuses possibilités1.Qu\u2019elle soit individuelle ou commune, unie ou multi- fonctionnelle, la maison peut être abordée par plusieurs approches.Ainsi dans les mythes, comme dans la « maison des Atrides », les meurtres se succèdent jusqu\u2019à ce que la 1 Pour cerner les composantes anthropologiques de la maison, on peut consulter Augustins (1989), Lévi-Strauss (2008) et Rapoport (1972).* L\u2019auteur est anthropologue, membre du Comité recherche de la Société d\u2019histoire d\u2019Ahuntsic et secrétaire du conseil d\u2019administration de Solidarité Ahuntsic, une Table de concertation.Un grand merci à l\u2019anthropologue David Aubé pour avoir lu, commenté et discuté une première version de ce texte et, plus largement, ce dont il y est question. 98 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 maison elle-même soit assassinée2.En histoire, on traite de maisons et de rapports sociaux qui débordent sur toute une société, par exemple dans la seigneurie française et le manoir anglais3.La littérature connaît aussi la maison, quand elle est aux prises dans des changements dont le sujet ne maîtrise pas les tenants et aboutissants.L\u2019objectif de cet article est de suivre une de ces institutions en se penchant sur un roman artisanal, un des premiers de la littérature québécoise.Je propose de l\u2019interpréter dans un nouveau cadre et, surtout, le faire depuis le sujet local.Avant d\u2019aller plus avant, résumons le récit dont il est question, ce sera plus facile d\u2019y faire référence.La terre paternelle de Patrice Lacombe4 raconte la transformation d\u2019une maison installée sur la Rivière-des-Prairies (au nord de l\u2019île de Montréal, dans la paroisse du Sault-au-Récollet) au début du XIXe siècle.Les parents (Jean-Baptiste Chauvin et Josephte Le Roi) et leurs enfants (Jean-Baptiste, Marguerite, Charles) constituent une maison qui exploite une terre héritée des ancêtres.Les surplus de la ferme et les produits qui y sont développés sont vendus sur le marché (en ville) et les gains placés dans un coffre.Ils vivent entourés de voisins et d\u2019amis.Le départ du cadet qui devient voyageur, la donation de la terre par les parents à l\u2019aîné (transaction notariée qui s\u2019avère un échec) et la conversion de la maison paysanne en maison 2 Ce serait un mythe de référence : Agamemnon sacrifie sa fille Iphigénie pour aller faire la guerre et, à son retour, sa femme et son amant (Clytemnestre, Égisthe) le tuent.Encouragée par sa sœur Électre, Oreste les assassine à leur tour.3 Comme dans l\u2019étude de Bloch (1967).4 Patrice Lacombe, né à Oka en 1807, éduqué au Collège Montréal de 1816 à 1825, reçu notaire en 1830, décède à Montréal en 1862.On ne lui connaît aucun autre ouvrage.Ma lecture fait usage de l\u2019édition établie et préfacée par Maurice Lemire (1927-2019) chez Fides en 1981. 99 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 marchande (pour s\u2019en sortir et s\u2019élever) disloquent la famille et précipitent sa délocalisation vers un logement pauvre dans un faubourg de la ville de Montréal.L\u2019aîné meurt sans être enterré.Le père est porteur d\u2019eau pour faire vivre sa femme et sa fille.Ils vivent au côté d\u2019un nouvel ami, un ancien voyageur (Danis) et sa femme (Marianne).Quinze années après son départ, le cadet revient, trouve sa parenté en ville et reconstitue une maison en se mariant, en procréant et en y incluant ses parents ainsi que l\u2019ami voyageur et la femme de celui-ci.Récit banal, expression d\u2019une époque, brouillon de roman évoquant Honoré de Balzac5, œuvre associant des modes littéraires distincts (mimétique, épique), narration non réductible aux personnages et susceptible de révéler des structures, le roman de Lacombe est envisageable sous bien des angles.Mon travail consiste à le sortir de sa gangue interprétative passée.Les commentateurs ont de manière générale refermé ce roman sur lui-même en le réduisant à l\u2019anecdote locale.Les critiques visaient bien plus un classement qu\u2019une analyse : roman du terroir, roman à thèse, roman régional sont les termes dans lesquels on l\u2019a cantonné.J\u2019avance que ce roman atteste d\u2019une crise de la reproduction sociale dans une localité alors qu\u2019un changement de régime bouleverse la vie des gens.La transformation de cette institution est éclairée du point de vue d\u2019un écrivain apparemment pressé par les événements et expérimentant avec une forme littéraire peu familière (le roman).Ouvrons l\u2019ouvrage 5 Le roman Le Colonel Chabert parle d\u2019une maison bouleversée : un notaire accompagne la transaction qui place hors de la portée du père, une maison reconstituée sous la gouverne d\u2019une mère qui souhaite la mobilité ascendante pour ses fils aux prises avec un nouveau régime.Le titre a d\u2019abord été : La Transaction.Cinq variantes sont parues entre 1832 et 1844. 100 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 pour examiner de plus près l\u2019institution aux prises avec des changements dans ses conditions d\u2019existence6.La première parution de l\u2019ouvrage date de 1846.Il est paru à neuf reprises dans diverses publications au cours du XIXe siècle.Les publications successives coïncident avec la consolidation de l\u2019appareil administratif et la transformation du régime colonial qui encadrent le capitalisme émergent au Québec.Même s\u2019il ne conçoit pas la transformation sous forme d\u2019une opération logique, les indications qu\u2019il en donne peuvent être organisées comme une lecture des problèmes auxquels le sujet local fait face.Localisation d\u2019une transaction Au début du roman, l\u2019action se situe sur la rive nord de Montréal, sur la Rivière-des-Prairies.Les Chauvin sont installés sur leur ferme près de la montée Saint-Michel, dans la paroisse du Sault-au-Récollet.Par la suite, ils habitent un logement dans les faubourgs urbains où la maisonnée vit un exil intérieur.Le nom Chauvin vaut un détour : il indique un repli sur la tradition.Il renvoie au soldat enthousiaste et naïf, à l\u2019admiration inconditionnelle envers la nation figée.L\u2019ancêtre a été le bon soldat à qui une terre a été octroyée par les Sulpiciens, seigneurs de l\u2019île de Montréal.Lacombe indique que la « terre » a fait l\u2019objet de quatre transmissions depuis 1670.Le prénom de chaque successeur est donné dans le roman.Ils sont fiduciaires d\u2019une maison prise en charge pour la transmettre à l\u2019identique à la génération suivante.6 Dans une autre perspective, laquelle placerait la propriété foncière comme institution centrale du monde contemporain, on peut lire Linteau et Robert (1974).Pour avancer dans cette perspective autre, il faut lire Gaudreau (2020). 101 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 Quelle est la part d\u2019imaginaire d\u2019un tel script où la perpétuation de la maison est assurée par une stratégie d\u2019indivision du bien, selon un modèle de transmission à un seul héritier ?On pense à une généalogie biblique, de père en fils, où les enfants exclus de l\u2019héritage le sont aussi de la généalogie, en premier lieu les filles.Une structure est donnée par le pourtour de la maison : « le père au dehors, la mère à l\u2019intérieur ».On imagine les tensions entre deux principes conjugués (production vs reproduction) dans la division du travail et ce que ça suppose pour les enfants.Les métiers au-dedans sont transmis aux filles par la mère, les métiers au-dehors aux fils par le père.La terre et l\u2019habitation sont indissolubles : ce serait l\u2019institution au sein de laquelle l\u2019aîné succède et la fille non mariée veille à l\u2019administration.Les fils n\u2019ont pas reçu d\u2019« instruction », n\u2019ont pas été à l\u2019école : cette société résiste à l\u2019éducation des fils.La fille a été placée quelque temps au pensionnat, y a appris la lecture, l\u2019écriture.Elle peut se charger de transactions, tenir les comptes, répondre aux lettres et faire la lecture.Tout ce travail administratif est interne.Pour aller plus loin, sceller des ententes et modifier des titres de propriété, il faut un notaire.Trois chapitres sont consacrés à la donation, laquelle suppose de succéder du vivant des membres de la maison.Il est question de retenir l\u2019aîné, l\u2019attacher à la terre en quelque sorte.On se rend compte que l\u2019affiliation (ce lien social) n\u2019est pas simple, que la donne biologique ne résout rien puisque le cadet est parti, apparemment sans retour.La transaction signée devant notaire inverse la logique de propriété et d\u2019autorité : le père devient « ancien cultivateur » et « rentier », alors que l\u2019aîné acquiert le bien, mais devient débiteur du père à des conditions fixées par celui-ci.Cette 102 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 stratégie successorale serait-elle une inversion du rapport social de paternité ?Pas vraiment.Le fils gouverne les affaires, mais devient un endetté.Le notaire « à rabais » (écrit le narrateur) ne sait pas rendre justice aux parties en présence et rétablir l\u2019équilibre au sein du rapport social.L\u2019acte notarié est un exercice d\u2019écriture au service d\u2019une autorité.La dette portée par le fils épuise ses ressources : il devient un « enfargé » qui ne peut « supporter un pareil fardeau ».Le fils défait ne paie plus pension au père exigeant.Une affaire de marché L\u2019exploitation agricole des Chauvin ne se limite pas à l\u2019agriculture de subsistance : diverses « industries » transforment les ressources végétales et animales en produits d\u2019échange pour le marché en ville.Un calcul et une accumulation entrent dans les activités productives.L\u2019économie est paysanne : on se préoccupe de trésorerie, pas de finance, on accumule dans un coffre, on ne place pas à la banque, on ne spécule pas à la bourse.Dans le roman, le marché est le lieu où les rapports sociaux se jouent.On le trouve comme voie de succès au début alors que la maison engrange des profits sur le marché où une production agricole achemine ses produits.Par la suite, le lecteur est informé des aléas de la structure marchande, où on achète des biens pour les revendre.Les Chauvin échouent dans cette structure en ne maîtrisant pas le jeu des crédits et des écritures comptables.Il y a aussi le marché foncier.Le père met fin à la donation et décide de vendre le « patrimoine » pour recevoir la « rente ».La terre n\u2019est plus travaillée par trois (le père et les fils), mais par un seul : la maison n\u2019arrive pas à produire.L\u2019habitation 103 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 et la terre entrent alors sur un marché en tant que propriété foncière.Ce marché revient à la fin du roman : l\u2019habitation est rachetée aux anglophones qui l\u2019avaient acquise.Ce point est majeur : mise en marché, la terre n\u2019est plus octroyée et transmise.La maison a perdu son ancrage traditionnel.Le père n\u2019est plus un fiduciaire qui transmet intacte la maison à la génération suivante, mais un rentier profitant d\u2019une propriété vendue.En jouant son revenu dans la structure marchande, il perd tout.Dans le roman, il y a un autre marché, double celui-ci, mais laissé dans l\u2019ombre.Lacombe laisse flotter une part d\u2019imaginaire en ce qui a trait à la circulation des pelleteries et au métier de voyageur choisi par le fils cadet.On saisit mal les articulations entre la compagnie qui engage le fils cadet dans un rapport salarial et les dus au voyageur qui revient 15 ans plus tard.De plus, le rapport entre actionnaires et salariés n\u2019est pas évoqué.Si le jeu des crédits ruine les Chauvin, ce ne serait pas le cas de la compagnie de traite dont les actionnaires jouent probablement sur des délais de paiement aux engagés mon- tréalais et aux fournisseurs amérindiens.On y reviendra.Des bouleversements menant à une vie de déclassés Deux mondes se jouxtent et s\u2019enchevêtrent dans le roman : le féodalisme agricole décodé comme le monde bienfaisant de la seigneurie des Sulpiciens où la transmission inter- générationnelle perpétue la maison et le capitalisme marchand aventureux, risqué, qu\u2019on ne connaît pas bien, qu\u2019on décode mal, où tout se vend et s\u2019achète.La réussite veut dire la mobilité ascendante et l\u2019entrée dans le jeu de nouvelles élites, mais suppose des moyens politiques et symboliques qui ne s\u2019improvisent pas. 104 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 Découle de l\u2019échec dans le passage vers un tel monde, une vie de déclassés, à la fois exclus du monde seigneurial et non inclus dans le monde du capital.Au lieu de la mobilité ascendante à laquelle ils aspirent, les Chauvin font l\u2019expérience d\u2019une mobilité descendante.Le double échec (de la donation et du marché) en fait des sans-propriété, des locataires.Ils déménagent dans les faubourgs où une majorité de la population urbaine vit dans des logements loués.Le romancier décrit leur vie précaire : le logement des faubourgs sans chauffage l\u2019hiver, le porteur d\u2019eau qui s\u2019échine pour presque rien, la mort sans sépulture, le charnier où les morts sont ensevelis.Ces situations sont liées aux instances d\u2019un régime qui ne soutient pas les démunis : le « bureau des pauvres » rejette les paysans vers leur campagne plutôt que les aider ; le travail épuisant mène à la mort puisque la retraite n\u2019est pas une option ; la paroisse n\u2019autorise pas la sépulture du fils décédé sans versement du tarif prescrit ; les médecins charognards volent et dépècent les cadavres laissés sans surveillance.Un monde hostile c\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire.La vie des Chauvin à la ville est celle de cultivateurs qui ont perdu leur terre.Pour gagner leur vie, ils souhaitent être employés « aux travaux qui s\u2019y font depuis quelques années », travaux d\u2019infrastructure à n\u2019en pas douter, lesquels préfigurent le monde industriel que les marchands et gouvernants mettent en place à Montréal dans la première moitié du XIXe siècle.On passe d\u2019un régime seigneurial à un régime entrepreneurial.L\u2019exclusion des Chauvin est symptomatique du chamboulement qui touche les ancrages et les repères du sujet local.Exclus des paramètres politiques et cognitifs du régime, ils vivent les effets d\u2019un rapport colonial, accentués par la non- 105 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 éducation.Ils sont mis à la disposition du nouveau régime pour assurer sa mise en place à moindre coût de production et de reproduction.Lacombe expose ce dont les sciences sociales feront leur objet.Datation des événements Si le roman est localisé au Sault-au-Récollet comme on l\u2019a vu, on peut tenter une estimation de la période historique dont il serait l\u2019évocation.En prenant comme point d\u2019appui une autre généalogie du Haut-Saint-Laurent, je situerais vers 1790 le moment où Jean-Baptiste père hérite de son père.Par conséquent, on pourrait situer vers 1810 ou 1815 le début du roman qui se terminerait quinze années plus tard, donc bien avant les Insurrections (1837-1838) et l\u2019Union sous tutelle britannique (1840).Cette stratigraphie générationnelle permet un premier repérage de la séquence narrative en lien avec l\u2019histoire de Montréal et du Québec.Voyons du côté des infrastructures mentionnées dans le roman.L\u2019auteur évoque le Moulin du Gros-Sault installé sur la Rivière-des-Prairies (il serait à Bordeaux actuellement s\u2019il n\u2019avait pas été détruit).Il est opérationnel en 1801.Sur l\u2019autre rive (Laval actuellement), le moulin du Crochet est fonctionnel en 1807.Il n\u2019est pas question du pont Lachapelle construit sur la Rivière-des-Prairies en 1836.Le temps probable au cours duquel la narration se déroulerait ?Vers 1810-1825 ?Des dates hypothétiques.Allons voir du côté des institutions et de la logistique.Il est fait mention de la compagnie du Nord-Ouest (la North West, rivale de la Hudson Bay, qui fusionnent en 18217) où 7 Autre indice appuyant un cadrage vers 1810-1825, à l\u2019époque de la jeunesse du romancier. 106 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 travaille le fils cadet.Le transport en canot à l\u2019aller et au retour des Pays-d\u2019en-Haut est évoqué au début et à la fin du roman8.Toutefois, il est notable que les fourrures ne représentent plus que 15 % des exportations vers l\u2019Europe en 1810 alors qu\u2019elles étaient de 60 % en 17909.L\u2019exploitation des ressources forestières est en forte augmentation.Le transport en canot est obsolète quand le roman est publié.S\u2019il fait partie du passé, la compagnie elle, fait partie de l\u2019avenir.La situation politique n\u2019entre pas du tout dans le roman.Aucun référent à la guerre avec les États-Unis (1812-1814), aux gouverneurs britanniques, à l\u2019Assemblée du Bas-Canada, ou à ce qui se passe en Europe (la défaite de Napoléon).L\u2019émigration depuis la Grande-Bretagne, l\u2019Irlande et l\u2019Écosse vers l\u2019Amérique du Nord-Est est en hausse, ce dont il n\u2019est pas non plus question dans le roman.Il est plausible qu\u2019« à compter de 1815, les Canadiens sentent que leur échappe leur territoire10 ».Les pressions démographiques sont manifestes.Localement la zone territoriale détenue par les seigneuries est de plus en plus « encombrée », ce qui pousse les paysans vers l\u2019autre économie, à Montréal et en Nouvelle-Angleterre, où ils occupent, dans le monde industriel, la place réservée aux travailleurs salariés.À la fin du roman, le rachat de la propriété aux anglophones qui l\u2019occupaient, signale-t-elle une stratégie de réappropria- tion de territoires cédés ?Un déplacement vers la petite propriété indépendante ?Plausible.À moins que ce soit l\u2019exclu- 8 Les Pays-d\u2019en-Haut dont il est question dans le roman ne sont pas les Basses-Laurentides.On peut lire Havard (2015) à propos des ambigüités relatives à cette désignation.9 Pour référence, on peut consulter Rosario Bilodeau et al.(1971).10 Ibidem. 107 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 sion sur la terre quand on n\u2019a pas d\u2019autre choix ?Sans autres options pour s\u2019inclure dans le nouveau régime, on pourrait se maintenir sur des terres de sable ou des terres pierreuses.Mais là nous entrons dans d\u2019autres romans, celui de Claude- Henri Grignon par exemple.Ici et ailleurs L\u2019ailleurs du roman n\u2019est pas l\u2019Europe, encore moins l\u2019Asie ou l\u2019Afrique.L\u2019auteur écrit qu\u2019il remet à plus tard le récit des « aventures » de Charles le fils cadet, corroborées et commentées par « le père Danis », ancien coureur de bois ami des Chauvin.Un point de détail sur la figure de Charles : Lacombe fait voir que la stature du cadet a changé pendant les 15 années qu\u2019a duré le voyage.Son habillement, sa démarche, sa chevelure ne sont pas ceux des habitants.Le roman expose donc deux figures contigües : l\u2019habitant qui perd la carte et le voyageur qui trouve son chemin.Quelles indications sont données sur cet ailleurs ?Des dimensions géographiques sont données à même le roman : Lachine est le point de départ des canots vers les Pays-d\u2019en- Haut et la route d\u2019eau suivie au retour des voyageurs qui acheminent les fourrures depuis Grand-Portage11 sur le lac Supérieur jusqu\u2019au lac des Deux-Montagnes.Oka est considéré comme le point d\u2019arrivée, ce moment où les voyageurs crient « Terre ! » dans le roman.Ces indications disent que le territoire couvert par Charles est nord-américain.La Compagnie du Nord-Ouest (1779-1821) fait la traite de fourrures drainées vers les Grands Lacs puis transportées à Montréal d\u2019où elles sont expédiées en Europe.Fort Charlotte 11 Dans le Minnesota actuel, qui devient « Territoire » en 1849, puis « État » en 1858. 108 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 (point nodal du réseau) est construit à Grand-Portage au cours des années 1790.Les engagés (en anglais : servant) de cette corporation britannique sont des travailleurs saisonniers.Certains hivernent.Les actionnaires de la North West en sont les gestionnaires et habitent Montréal : notamment James McGill, Benjamin Frobisher, Simon McTavish.Le rapport social entre ces capitalistes et les engagés est maintenu sur une base ethnique.Plusieurs différences soutiennent cette division sociale : l\u2019organisation de travail, l\u2019alimentation, le vêtement, la langue, le niveau de revenu.Le strict maintien de telles différences reproduit le rapport colonial.Les engagés n\u2019auraient pas besoin d\u2019apprendre l\u2019anglais, ce qu\u2019atteste le retour de Charles qui ne sait pas parler cette langue.De ce côté-là aussi la mobilité ascendante est réduite : les voyageurs n\u2019accèdent pas à la propriété de la corporation, à l\u2019actionnariat des compagnies.Il est notable que des inégalités de traitement sont aussi associées aux places dans le canot, les hommes du milieu sont moins payés que ceux qui occupent les positions de guide à l\u2019avant et au gouvernail à l\u2019arrière.Le métier est dangereux, épuisant.Le roman évoque les cimetières de voyageurs qui sont visibles aux saults (le mot rapide ne fait pas encore partie du vocabulaire).Une phrase du roman fait référence à une expédition : celle du capitaine Ross que Charles aurait retrouvée.En 1818, puis en 1829, des expéditions polaires sont lancées.La contribution de Charles aurait pu servir à exposer la hiérarchie : les explorateurs sont rescapés par Charles tout comme les marchands font des profits par son labeur.L\u2019écrivain ne banalise pas le rapport colonial, il l\u2019invisibilise.Les Amérindiens aussi sont absents.L\u2019installation de l\u2019ancêtre des Chauvin est le fait d\u2019une transaction seigneur/censitaire sans présence 109 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 autochtone12.Oka est mentionné sans les Amérindiens.Pourtant, les missions sont remplacées par des réserves et les premières Lois des Indiens sont élaborées.Le traitement de chaque situation (ici, ailleurs) n\u2019est pas le même.Le romancier traite sur un mode mimétique la maison, sa dérive, en la qualifiant de « ruine », mais sur un mode épique le voyage, son succès, en le qualifiant du mot « aventure ».Les difficultés du voyage sont évoquées comme des faits extraordinaires alors que l\u2019ordinaire et le quotidien sont le lot des gens de la localité.On n\u2019a pas droit au récit picaresque que la vie de ce voyageur aurait pu produire.Le malaise et la leçon Le titre du dernier chapitre est « conclusion », comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un rapport et non d\u2019un roman.Elle confirme que le roman n\u2019est pas écrit dans la perspective d\u2019un enfant (comme une bonne partie de la littérature québécoise qui va suivre), mais depuis celle d\u2019un greffier, d\u2019un officier public qui expose des structures successorales et marchandes avec lesquelles le sujet local est aux prises sur l\u2019île de Montréal.Lacombe donne une leçon de lisibilité du monde depuis le sujet local qui cherche à se reproduire, à persévérer.Sa « conclusion » propose qu\u2019une « fin » québécoise est préférable à une « fin » européenne.Alors que le poids de la civilisation détruit les vies européennes dans la violence, les vies québécoises pourraient-elles s\u2019en sortir autrement ?Quelle marge de manœuvre permettrait à cette vie d\u2019éviter 12 Sur ce point, on peut consulter le travail de Lapointe (2020).L\u2019anthropologue expose le dispositif de colonisation mis en œuvre par les Sulpiciens, une compagnie religieuse au service au Roi.Les terres du Sault-au-Récollet défrichées par les Amérindiens sont, après leur déplacement vers Oka, cédées à des colons. 110 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 le meurtre, le suicide, l\u2019empoisonnement (je reprends les mots dont Lacombe se sert pour exprimer son malaise de civilisation) ?Se ménager une vie qui ne serait ni trop paroissiale, ni trop marchande ?Pas trop gouvernée, en somme ?Indépendante sur une petite propriété ?Ma lecture montre que des tensions internes traversent l\u2019institution « maison » qui cherche une voie pour se reproduire localement.Propose-t-il une thèse ?Le récit place en son centre un effondrement sans voie de sortie, surtout que l\u2019intervention notariale n\u2019a pas opéré dans le sens prévu, que la maison n\u2019a pas réussi le passage au nouveau régime marchand.Aucune intervention paroissiale ou seigneuriale ne réchappe ces personnes et ne les remet à flot.Lacombe suggère que le bonheur demeure une option à condition de sortir de l\u2019institution et, à l\u2019aide de nouvelles ressources, revenir pour la réorganiser.L\u2019auteur n\u2019inclut pas une figure cognitive dans le roman, sinon pour dénigrer l\u2019intervention d\u2019un notaire qui fait mal son travail.Le romancier-notaire privilégie une figure d\u2019opérateur qui recommence sur de nouvelles bases institutionnelles.Or, cet opérateur (Charles) a fait l\u2019objet d\u2019une métamorphose en parallèle du récit, non en restant pris dans la maison ancestrale, mais en s\u2019éloignant d\u2019elle.Il est entré dans le rapport salarial, a vu du pays et à terme, a racheté la propriété pour s\u2019installer, marié, en famille, avec un couple d\u2019amis âgés.Lacombe montre une institution mise hors de portée du père, mais pas non plus placée sous la gouverne de la mère.La clé du roman est dans une double permutation symbolique : exclusion d\u2019une forme mythique de la maison (biblique, qui se perpétue sous la gouverne d\u2019une seigneurie religieuse) et installation d\u2019une forme mimétique (moderne, qui se transforme en rapport au réel, celui des compagnies, de l\u2019actionnariat et du marché).En d\u2019autres termes, le sujet 111 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 d\u2019ancestralité disparaît et un sujet de modernité est esquissé : la terre n\u2019est plus octroyée par un seigneur, mais l\u2019habitation est achetée sur un marché, de plus, le lien biologique, fermé sur lui-même auparavant, se distend et fait place à du lien social, qui émerge dans un nouveau mode résidentiel13.Alors que la maison ancestrale ne mariait pas tous ses enfants, le bien restait concentré, transmis, héréditaire ; la nouvelle maison se construit autrement, par alliance, le bien est susceptible d\u2019être réapproprié, morcelé, vendu.Dans le cadre de cette analyse conduite depuis le sujet local, il a été possible d\u2019indiquer certains éléments d\u2019une mutation anthropologique dont les effets perdurent.Si la maison est un concentré culturel et une institution centrale de la société, se pencher sur ses aléas devient une voie d\u2019approche pour saisir les rebondissements « d\u2019impasse en impasse », les « girations épuisantes » et les « défis de restructuration » des conditions d\u2019existence d\u2019une société.Les moyens cognitifs et politiques du sujet face à une crise de reproduction peuvent être exposés, de même que ce qui les limite14.q 13 On pourrait y voir l\u2019installation de la famille-souche, quand trois générations habitent ensemble, mais la présence du couple d\u2019amis élargit cette option.On n\u2019est plus dans un entre-soi de parenté.14 Des éléments de ce traitement analytique s\u2019apparentent aux travaux de Pierre Maranda (2008) et d\u2019Éric Schwimmer (1973). 112 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 Références bibliographiques Augustins, Georges, 1989, Comment se perpétuer ?Devenir des lignées, destin des patrimoines, Paris, Société d\u2019ethnologie Rosario Bilodeau, Robert Comeau, André Gosselin et Denise Julien, 1971, Histoire des Canadas, Hurtubise HMH Bloch, Marc, 1967, Seigneurie française et manoir anglais, Paris, Librairie Armand Colin Gaudreau, Louis, 2020, Le promoteur, la banque et le rentier.Fondements et évolution du logement capitaliste, Montréal, Lux Havard, Gilles, 2015, « Les Pays d\u2019en haut, un espace en mal d\u2019histoire » : 19-54 dans Francophonies d\u2019Amérique 40-41 Lapointe, Alexandre, 2020, « Les Seigneurs Sulpiciens, les Autochtones et le Fort Lorette » : 24-30 dans Au fil d\u2019Ahuntsic, Bordeaux et Cartierville 7 Lévi-Strauss, Claude, 2008, « La voie des masques » dans Œuvres, Gallimard, Paris Linteau, Paul-André et Jean-Claude Robert, 1974, « Propriété foncière et société à Montréal : une hypothèse » : 45-65 dans Revue d\u2019histoire de l\u2019Amérique française 28-1 Maranda, Pierre, 2008, « Parle Éric, et je t\u2019écouterai \u2013 Essai d\u2019analyse d\u2019un récit orokaïva » : 135-140 dans Anthropologica 50-1 Rapport, Amos, 1972, Pour une Anthropologie de la Maison, Paris.Bordas Schwimmer, Éric, 1973, Exchange in the Social Structure of the Orokaïva, New York, St., Martin\u2019s Press 113 Articles PAUL ST-PIERRE PLAMONDON Rebâtir le camp du OUI Montréal, VLB, 2020, 209 pages « On ne naît pas indépendantiste, on le devient.» Cette maxime correspond bien au parcours du nouveau chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon.Ayant peu de notoriété au début de la campagne à la chefferie et n\u2019ayant jamais été élu à quelque poste que ce soit, il a eu la bonne idée de publier un livre pour se faire connaître et exposer ses idées pour assurer l\u2019avenir du PQ.En politique québécoise, rare sont les aspirants aux hautes fonctions qui se donnent la peine de systématiser leur pensée sous forme de livre.Cette transparence est un signe de respect pour les militants qui disposent ainsi d\u2019informations de première main pour faire leur choix.C\u2019est aussi une lourde responsabilité pour le candidat qui devra être à la hauteur de ses engagements.Cela rend les reniements plus périlleux, car les écrits restent.Plamondon est un jeune politicien professionnel.Il n\u2019a rien fait de remarquable avant de se lancer en politique et il n\u2019existe pour ainsi dire que par ses prises de position.Il vient d\u2019une famille fédéraliste et comme avocat il a travaillé dans un milieu ultra fédéraliste.Ses antécédents le destinaient à faire carrière sur la scène fédérale comme sa col- 113 Recension 114 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 lègue Mélanie Joly avec qui il a fondé un mouvement appelé Génération d\u2019idées.Il a rencontré son chemin de Damas et est devenu indépendantiste parce qu\u2019il a pris conscience, explique-t-il, dans le cadre de son travail d\u2019avocat, de l\u2019immoralisme des partis fédéralistes et de leurs coups fourrés.C\u2019est à force de m\u2019impliquer et d\u2019observer la scène politique durant ma trentaine que je me suis rendu compte que la corruption que je dénonçais provenait en fait directement des agissements du camp du NON en 1995, à travers ses succursales, le PLQ et le PLC.Les deux partis cherchaient essentiellement à affaiblir le Québec pour le contrôler (p.16).PSPP énonce une thèse intéressante en reliant organiquement la corruption des élites politiques québécoises au colonialisme et au fédéralisme canadien qui en découle : « Le colonialisme laisse des traces dans la culture politique d\u2019une nation, même après l\u2019époque coloniale, et augmente le risque de corruption du pouvoir politique, la corruption des élites politiques étant au cœur de la stabilité d\u2019un régime colonial.» (p.41) Encore une fois, PSPP innove, car rares ont été les chefs du PQ à fonder la logique indépendantiste sur la théorie du colonialisme.Lui, il ose situer l\u2019analyse du Québec dans un cadre colonial et à en faire un argument justifiant la libération nationale.C\u2019est une condition première d\u2019un indépendantisme assumé.Pour sortir le Québec de la culture du mensonge, de la tromperie et de la corruption et développer une culture de la vérité, il faut faire l\u2019indépendance.Ce projet national est à ses yeux fondé sur les principes de justice et de vérité, deux concepts fondamentaux de l\u2019humanité.Il croit au retour en force de l\u2019idée d\u2019indépendance dans la conscience québécoise.Partant de cette prémisse, l\u2019auteur analyse ensuite les multiples contradictions du fédéralisme qui nuisent aux inté- 115 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 rêts du Québec parce que structurellement le fédéralisme est une cause d\u2019instabilité pour le Québec.Il reprend le catéchisme habituel des récriminations des nationalistes.Il passe aussi en revue les inconvénients de ne pas être un pays indépendant en période de crise sanitaire.Comme son discours s\u2019adresse aux militants du PQ dont il cherche le soutien, il célèbre les idoles du parti comme René Lévesque, Jacques Pariseau et Lucien Bouchard qui incidemment l\u2019a appuyé dans la course à la direction, et il se montre œcumé- nique en abordant les thèmes à la mode comme la transition écologique, la lutte aux paradis fiscaux, l\u2019indépendance alimentaire, l\u2019économie circulaire et les droits des nations autochtones.Il se félicite aussi des réformes que le PQ a apportées à ses règles de fonctionnement dont il avait été le précurseur comme conseiller spécial de J.F.Lisée qui, par ailleurs, l\u2019avait remercié de ses services.Tout en se défendant de pratiquer l\u2019âgisme, son ambition est de rajeunir les effectifs et les cadres du parti.Souplesse et cohérence sont ses mots d\u2019ordre.Fort de l\u2019expérience de la crise sanitaire, il pense qu\u2019il faut prendre ses distances à l\u2019égard de la mondialisation et revenir à la défense de l\u2019intérêt national.La revalorisation des États-nations est la leçon qu\u2019il faut retenir de la pandémie.Il en profite pour attaquer le concept d\u2019État postnational cher à Justin Trudeau qui a abandonné la protection de l\u2019intérêt national.Il rejette aussi le communautarisme comme fondement de la société parce qu\u2019il est la négation du principe d\u2019égalité de tous devant la loi et tend à instaurer un régime de particularismes destructeur de l\u2019identité nationale.« L\u2019État postnational implique un affaiblissement de la démocratie.» (p.111) Cette logique est particulièrement néfaste pour la démocratie québécoise qui est déjà amputée de nombreux champs de compétence et qui se voit en plus concurrencer par la remise des pouvoirs de 116 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 décider à des organisations non élues comme les organisations internationales et les multiples communautés.Le multiculturalisme encourage la racialisation des rapports sociaux et légitime l\u2019être-à-coté plutôt que l\u2019être ensemble.Il se propose d\u2019engager « une lutte frontale contre l\u2019hégémonie du modèle multiculturaliste canadien » (p.151).Il pense aussi que le nationalisme est bénéfique pour les sociétés à la condition qu\u2019il se marie à la justice sociale, comme aux premiers temps du PQ.Toutes ces déclarations d\u2019intentions et ces propositions sont au diapason de l\u2019air du temps et ont plu à une majorité des membres du PQ qui ont voté pour ce nouveau chef.Mais il reste tout de même une zone d\u2019ombre dans ce discours intelligent et bien argumenté.Comme nous venons de le voir, PSPP ne sort pas de la doxa péquiste dont il a actualisé le discours.Mais autant sur le plan social que constitutionnel, il reste dans les clous.Il ne propose pas de nouvelles approches pour réaliser l\u2019indépendance.Certes, le mot n\u2019est plus tabou ce qui est déjà un progrès, mais la démarche proposée est conforme à la conception provincialiste de la gouverne qui a été jusqu\u2019à présent fertile en tergiversations et en incohérences.On n\u2019est pas sorti de la logique du bon gouvernement et de l\u2019étapisme.Il y a fort à parier que le programme électoral de la prochaine élection se limitera à présenter des propositions réservées aux compétences actuelles du Québec et qu\u2019il ne contiendra pas de geste de rupture avec le Canada qui indiquerait ce que seraient les politiques d\u2019un Québec indépendant.Avec PSPP, le PQ est revenu en fait à sa position traditionnelle : s\u2019engager à tenir un référendum dans le premier mandat.Il promet évidemment de faire la promotion de l\u2019indépendance en indiquant qu\u2019un vote pour le PQ sera un vote pour l\u2019indépendance, mais ses intentions en la matière sont encore floues.Cela se limitera vraisemblablement à dire qu\u2019il y aura un référen- 117 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 dum.Il n\u2019y a rien de bien original et d\u2019audacieux à proposer de renouveler les études sur les impacts de la souveraineté surtout lorsqu\u2019on envisage de faire ce travail à l\u2019interne par la création d\u2019un groupe d\u2019études du PQ.Malgré ces réserves, il y a une lueur d\u2019espoir, car PSPP promet de ranger aux oubliettes les discours qui entretiennent la peur de perdre le référendum qui a paralysé le mouvement indépendantiste depuis Lucien Bouchard.Il se réclame de l\u2019esprit d\u2019aventure, de la ligne du risque.Faire de l\u2019indépendance la locomotive de la relance du Parti québécois, comme il le propose, est une idée salutaire.Mais il ne faut pas oublier le passé.Historiquement, il est de tradition au PQ de parler de l\u2019indépendance quand les militants sont démobilisés et qu\u2019il faut regarnir les coffres du parti, mais lorsque l\u2019élection arrive, on trouve bien des astuces pour glisser sous le tapis la question nationale.Si le nouveau chef est soucieux de la cohérence, il devrait au moins s\u2019engager à préparer un plan d\u2019action indépendantiste expliquant aux citoyens ce que le Québec indépendant fera des nouveaux champs de compétence qu\u2019il devra exercer comme pays.À la prochaine élection, il devrait proposer un programme de pays et non pas un programme de gestion provinciale.Mais on n\u2019est pas au bout de nos illusions, car, après tout, pour tenir un référendum, il faut gagner l\u2019élection et, pour y arriver, on nous expliquera encore une fois qu\u2019il faut mettre de l\u2019eau dans son vin pour rassembler le maximum d\u2019électeurs nationalistes.Quant au titre du livre, Rebâtir le camp du OUI, ce thème est peu développé et plutôt nébuleux puisqu\u2019il repose sur la formation d\u2019un gouvernement d\u2019union nationale réunissant des élus du PQ, de QS et de la CAQ.Il faut bien rêver un peu\u2026 Quoiqu\u2019il en soit, le nouveau chef du Parti québécois n\u2019aura pas les coudées franches pour mettre en œuvre son 118 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 beau programme.Il devra obtenir la coopération des instances de son parti qui sont profondément imprégnées de l\u2019esprit de procrastination et qui risquent de le ramener dans les ornières de l\u2019électoralisme.Denis Monière Politologue PATRICE GROULX François-Xavier Garneau : poète, historien et patriote Montréal, Boréal, 2020, 278 pages L\u2019année 2020 aura été l\u2019occasion pour la maison d\u2019édition Boréal de combler deux vides immenses dans notre littérature scientifique.Ont paru, à quelques mois d\u2019intervalle, des livres tentant de cerner les contours de deux personnages d\u2019importance dans l\u2019histoire intellectuelle du Québec, soit le père dominicain Georges-Henri Lévesque et l\u2019historien François-Xavier Garneau.Nous étions, pour notre part, impatients de mettre la main sur le travail de Patrice Groulx qui s\u2019est penché sur la vie de notre premier historien national.Ainsi, de la lecture très attendue de François- Xavier Garneau : poète, historien et patriote, nulle déception.Bien au contraire.L\u2019ouvrage de Groulx est une réussite qui mérite de bons mots.Non seulement l\u2019historien pourvoit à une lacune de notre historiographie, mais il le fait en plus de belle manière.Groulx retrace l\u2019itinéraire d\u2019un garçon du faubourg Saint- Jean à Québec, donc d\u2019origines modestes, qui deviendra un de nos monuments littéraires à force de travail et d\u2019acharne- 119 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 ment.Contrairement à la « noblesse de robe » canadienne- française de l\u2019époque, Garneau ne fréquente pas les institutions religieuses.Son œuvre s\u2019en ressentira et ne s\u2019attirera pas les bons mots d\u2019une frange du clergé.Il fréquente l\u2019école laïque de Joseph-François Perrault avant de passer sous la tutelle d\u2019Archibald Campbell qui le forme au notariat.Devenu notable et entouré du prestige de la littérature dans laquelle il s\u2019enivre, il gravite autour des leaders patriotes et de leur organe de presse, Le Canadien.Garneau se fait connaître d\u2019ailleurs du lectorat patriote par ses poèmes.Après un voyage en France et en Angleterre, il revient au Bas-Canada en 1833 dans la tourmente de l\u2019opposition entre le Parti canadien et le pouvoir anglais.Habitant à Québec, Garneau est aux premières loges de l\u2019échec des Rébellions et de sa conséquence politique principale, l\u2019union des deux Canada et la minorisation institutionnelle des Canadiens, devenus Canadiens français.La rédaction et la publication de l\u2019Histoire du Canada sont évidemment des évènements centraux dans la vie de Garneau.Comme le veut la légende, cette œuvre est une manière de rehausser le prestige de la culture canadienne(-française) et de répondre aux mots dénigrants de Durham.Et pour cause : le ton de son œuvre est pénétré par « l\u2019esprit 1840 » et l\u2019impératif de résistance d\u2019un peuple appelé à disparaître.Mais Patrice Groulx avance tout de même une autre hypothèse qui ajoute de la profondeur à la « théorie de la réplique ».Garneau, en intellectuel éclectique et boulimique de lectures, a fondé deux revues dans sa vie de jeune adulte, L\u2019Abeille canadienne puis L\u2019Institut.Elles n\u2019ont cependant pas capté l\u2019attention des lettrés et sont, en quelque sorte, mort- nées.Ces deux expériences lui ont fait prendre la mesure de la fugacité de l\u2019écrit au Bas-Canada.« Alors, comment combattre l\u2019amnésie ?[Garneau] sait que les livres d\u2019histoire durent et, petit à petit, il se donne les moyens d\u2019en écrire 120 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 un.» (p.91) Le poète ne fait pas le deuil de la littérature, il opère la sublimation de son énergie créatrice et patriotique en œuvre historique.François-Xavier Garneau se lance ainsi dans l\u2019écriture de son Histoire du Canada.Pour ce faire, l\u2019historien use des bibliothèques qu\u2019un homme fréquentant les milieux politiques comme lui a à sa disposition, mais pas seulement.Patrice Groulx explique comment Garneau nourrit son œuvre d\u2019une multitude de documents officiels, de rapports et de livres que lui font parvenir ses contacts européens et américains.Cette masse de documents ne dort jamais bien longtemps sur le bureau de l\u2019historien.Ce dernier ne se contente pas de publier une seule mouture de son Histoire.De 1845, date de parution du premier volume, jusqu\u2019à sa mort en 1866, il n\u2019aura de cesse d\u2019enrichir son récit et d\u2019affiner sa prose à la lumière des documents qui aboutissent sur sa table.Pour cette raison, les trois différentes éditions de notre première histoire nationale sont l\u2019œuvre d\u2019un auteur zélé qui comprend que l\u2019histoire d\u2019une communauté a à voir avec son inscription dans le temps et sa pérennité culturelle.À la lecture de l\u2019ouvrage de Patrice Groulx, un versant de la vie de l\u2019historien national nous frappe par sa permanence et son prolongement dans la condition québécoise contemporaine.Garneau ne vivra jamais de sa plume ni de poète ni d\u2019historien.Plus encore, sa vocation littéraire lui en cou- tera, autant en argent sonnant et trébuchant qu\u2019en capital santé.Ses livres se vendent plutôt mal et n\u2019arrivent que médiocrement à rembourser ses frais d\u2019édition.Il s\u2019adonne à la correction et au raffinement de son Histoire seulement lorsque son travail de notaire, de traducteur, de secrétaire, de conseiller (!) est terminé.Il mène une véritable vie d\u2019ascète qui amenuise ses forces.Toujours, il quémandera des subventions à un pouvoir politique au mieux désintéressé, au 121 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 pire hostile à son chantier historique.Décidément, Garneau, ses embuches et son dévouement nous parlent encore avec beaucoup d\u2019acuité.Ils illustrent la tragédie du lettré cana- dien-français et québécois condamné à vivre une vie intellectuelle à la manière d\u2019un dilettante.Un autre aspect qu\u2019il nous importe de soulever est la puissance du lien que les francophones d\u2019Amérique conservent avec leur mère patrie, la France.Même si « François » est jaloux de ses droits anglais, son esprit est pétri de cette culture française qu\u2019il admire.Comme à la recherche d\u2019une « victoire par procuration », il est habité par la figure de Napoléon qui, contrairement aux élites d\u2019ici, a cristallisé la révolution libérale en plus de tenir l\u2019Angleterre en respect pendant de longues années.À plusieurs reprises, Garneau cherchera à faire connaître son œuvre en France.En vain ! Les quelques exemplaires qu\u2019il expédie à ses contacts français se vendent mal et ne suscitent aucun enthousiasme en dehors des quelques auteurs qui s\u2019intéressent aux vieilles colonies françaises, comme Rameau de Saint-Père.Groulx pose cette question rhétorique absolument lumineuse qui explique pourquoi les milieux littéraires français sont hermétiques à l\u2019Histoire de Garneau : « Quel encouragement Garneau espère-t-il obtenir en décrivant sa nation incertaine comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un fantôme ?» (p.165) Le destin crépusculaire d\u2019un Bas-Canada en voie de minorisation n\u2019enseigne rien à une France orgueilleuse de sa grandeur.La matrice intellectuelle de Garneau parle aux nations habitées par un sentiment de vulnérabilité et non à celles au pinacle de leur prestige.Bref, il faut attendre plus d\u2019un siècle et demi avant que le « Nous sommes tous Québécois » d\u2019Alain Finkielkraut n\u2019émeuve la France.Finalement, rappelons la qualité de l\u2019ouvrage biographique composé par l\u2019historien Patrice Groulx.Il conclut celui-ci sur 122 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 l\u2019importance de Garneau dans « l\u2019histoire de notre histoire ».Il fait un appel aux universitaires, car « l\u2019œuvre de Garneau dans l\u2019historiographie, la littérature et le mouvement des idées sociopolitiques reste à faire.» (p.259) Groulx souhaite que soit publiée la correspondance privée de Garneau.Ici, nous nous devons de manifester notre désaccord.Ce n\u2019est pas la correspondance de Garneau qui doit faire l\u2019objet d\u2019une édition, mais bien l\u2019ensemble de son œuvre.Son Histoire, ses poèmes, sa correspondance.Il y a quelque chose de profondément outrageant dans le fait de ne pas avoir accès avec facilité aux écrits de notre premier historien national.Pour l\u2019instant, ce n\u2019est pas l\u2019œuvre de Garneau qui nous parle, mais le désintéressement des institutions et l\u2019indifférence sur lesquels il s\u2019est lui aussi cassé les dents à maintes reprises.À bon entendeur.Alexis Tétreault Candidat à la maîtrise en sociologie, UQAM FRANÇOIS CÔTÉ ET GUILLAUME ROUSSEAU Restaurer le français langue officielle.Fondements théoriques, politiques et juridiques pour une primauté du français langue du droit Institut de Recherche sur le Québec, Montréal, 2019, 128 pages Dans leur dernier livre, qui s\u2019inscrit dans leur combat acharné pour la défense de la langue française au Québec, les avocats François Côté et Guillaume Rousseau réagissent à la contestation du Barreau du Québec et du Barreau de Montréal contre le gouvernement du Québec.Rappelons l\u2019affaire : en avril 2018, ces deux organisations lançaient un 123 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 recours judiciaire pour contester l\u2019ensemble des lois québécoises, en récusant leur validité pour cause d\u2019importantes inexactitudes de traduction présentes entre les versions françaises et anglaises de ces lois.Cette action reposait sur l\u2019avis de l\u2019ancien juge à la Cour suprême du Canada, Michel Bastarache, et d\u2019une étude publiée par une étudiante à la maîtrise en droit.L\u2019avis en question affirmait que le processus d\u2019adoption des lois par l\u2019Assemblée nationale était incorrect en vertu de la constitution canadienne, et, de son côté, l\u2019étude montrait l\u2019étendue des erreurs de traduction des lois québécoises françaises traduites en anglais.Dans cet essai, Côté et Rousseau prennent au sérieux ces déclarations et tentent d\u2019offrir des pistes de solution pour dénouer les malentendus.Divisé en deux parties, chacune comportant deux chapitres, l\u2019ouvrage se veut accessible pour le commun des mortels.Parenthèse : l\u2019auteur de ce compte-rendu, profane dans la discipline du droit, ne cachera pas avoir fait une deuxième lecture pour bien saisir le propos.Cela ne signifie pas que les auteurs ont échoué leur objectif de vulgarisation, mais plutôt que le lecteur peu informé à ce sujet ne doit pas s\u2019attendre à une lecture facile pour autant.Fin de parenthèse : la première partie, comme l\u2019affirment les auteurs, « se veut [\u2026] une critique sociale et intellectuelle de l\u2019état actuel du droit linguistique au Québec » (p.V).Ils explorent ainsi les derniers évènements et débats qui ont eu lieu depuis les dernières décennies en la matière.Dans le premier chapitre, les auteurs montrent les raisons théoriques d\u2019appuyer une restauration du français langue officielle.D\u2019abord, ils font la distinction entre les principes de territorialité et de personnalité dans le domaine du droit linguistique.Ils réussissent à démontrer comment le modèle de territorialité est mieux à même de protéger les 124 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 langues en péril comme le français en Amérique du Nord, en poussant les nouveaux arrivants à s\u2019intégrer à la langue officielle.Selon eux, l\u2019intention originelle de la Charte de la langue française s\u2019inscrivait dans cette perspective, en affirmant la seule officialité des lois françaises, accompagnées d\u2019une traduction anglaise non officielle.Les auteurs reviendront, tout au long de cet ouvrage, sur cette intention première de la loi 101.Aussi, le principe de territorialité serait la marque du Canada lui-même, qui, malgré son bilinguisme officiel au fédéral, a, chez ses provinces, « [\u2026] des régimes linguistiques marqués par une dose plus ou moins forte d\u2019unilinguisme » (p.12).Montrant la modération de leur propos, Côté et Rousseau rappelleront continuellement, avec justesse, que les droits des minorités sont pris en compte dans leur raisonnement et que ceux-ci s\u2019aménagent sans trop de difficultés dans un modèle de territorialité.Par la suite, les auteurs mettent au clair la notion de langue officielle, qui réfère à celle de l\u2019État et donc, dans ses lois, ses travaux parlementaires, ses tribunaux et son administration publique.Après avoir établi ces considérations pour initier le lecteur à la compréhension du droit, les auteurs plongent dans le vif du sujet, évoquant l\u2019article 133 de la Loi constitutionnelle de 1867, ce dernier affirmant l\u2019obligation d\u2019avoir des versions françaises et anglaises des lois au Canada.Au cœur d\u2019un litige toujours irrésolu à ce jour, Côté et Rousseau prônent une interprétation plus restreinte de cet article que n\u2019en a fait la fameuse affaire Blaikie en 1979.Rappelons que ce jugement prônait une interprétation large de l\u2019article 133 permettant aux juges de la Cour suprême de supprimer les articles 7 à 13 de la Charte de la langue française.Par ce saccage en bonne et due forme, le jugement Blaikie a annulé le français comme seule langue officielle. 125 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 À la suite de cette mise en contexte, les auteurs démontrent, dans leur deuxième chapitre, les raisons politiques de prôner le français langue officielle au Québec.Ils rappellent d\u2019abord l\u2019importance des symboles pour les collectivités et comment le français se constitue comme symbole important pour la nation québécoise.Dans un deuxième temps, Côté et Rousseau montrent comment le bilinguisme officiel crée un déficit démocratique important pour le Québec.Alors que les débats en chambre et que la rédaction des lois se font en français, l\u2019interprétation du bilinguisme officiel au Canada par Blaikie force l\u2019officialité des deux versions des lois, françaises et anglaises.En cas d\u2019erreurs de traduction, les deux versions ont ainsi égale valeur juridique, alors qu\u2019une seule fut débattue par les législateurs élus.Les auteurs y voient un problème pour la démocratie et ne croient pas que la co-rédaction des lois soit une solution.Selon eux, bien au contraire, l\u2019auteur d\u2019une loi est plus partial que le traducteur.Traduction ou co-rédaction : les auteurs montrent bien au lecteur qu\u2019il y a une impasse à ce dilemme, et qu\u2019il faut chercher ailleurs pour résoudre le problème.Ils reviennent ainsi au propos de leur livre : il faudrait faire en sorte que seule la version française soit officielle, assortie d\u2019une version anglaise non officielle des lois.Les auteurs terminent cette partie en démontrant comment le français langue officielle s\u2019inscrit en harmonie avec la tradition civiliste du droit commun québécois, symbole de la distinction québécoise dans un Canada de common law.Dans la seconde partie de l\u2019ouvrage, les auteurs abordent le côté plus pratique de la question, à savoir comment est-ce qu\u2019il est possible, en théorie soulignent-ils, de réinstaurer le français langue officielle dans le cadre du droit canadien.Le 126 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 troisième chapitre dresse ainsi la première solution proposée, à savoir l\u2019adoption d\u2019une modification constitutionnelle.Côté et Rousseau démontrent bien, par des actions législatives et des précédents judiciaires, comment le Québec peut procéder à une modification constitutionnelle de manière unilatérale ou bilatérale (Québec-Ottawa), donc sans nécessiter l\u2019accord unanime de toutes les provinces.Dans un premier temps, ils démontent les arguments du jugement Blaikie (1979) en démontrant comment le rapatriement constitutionnel de 1982 rend caduques les références des juges de la Cour suprême de cette époque.Ils le font avec brio et aplomb, en évoquant de nombreux arrêts significatifs qui vont dans le sens de leur propos.Par une démonstration brillante, et qui mérite salutation, ils prouvent que l\u2019article 133 de la Loi constitutionnelle de 1867 fut déjà modifié unilatéralement par le Québec en 1968, dans le cadre de l\u2019abolition du Conseil législatif.Ils terminent ce chapitre en montrant que la voie bilatérale ne serait pas non plus quelque chose d\u2019impossible, recensant sept précédents dans l\u2019histoire canadienne à ce titre.Le dernier chapitre met en évidence le fait que le Québec pourrait très bien réhabiliter le français langue officielle sans modification constitutionnelle.Selon Côté et Rousseau, cela pourrait se faire en revendiquant une interprétation moins large de l\u2019article 133 de la Loi constitutionnelle de 1867.Ils affirment que « l\u2019idée directrice » derrière cet article « était de garantir la participation et l\u2019accessibilité aux travaux parlementaires aux francophones et anglophones sans y importer nécessairement une obligation d\u2019officialité » (p.92).Ils finissent par achever les derniers propos de l\u2019arrêt Blaikie en démontrant la faiblesse argumentative du jugement.En remontant aux derniers jugements cruciaux des trente dernières années, ils montrent comment le sujet est loin de faire l\u2019unanimité chez les juges et les cours. 127 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 Pour soutenir leur idée de faire évoluer l\u2019interprétation de Blaikie dans les intérêts du Québec, les auteurs proposent deux avenues, que sont l\u2019autonomie du Québec et une interprétation moins large de l\u2019article 133.Dans deux affaires toutes récentes, en 2015 et en 2018, qui portaient justement sur des erreurs de traduction entre les versions, ils évoquent ces jugements qui affirmaient que la version française prévalait en vertu de la Charte de la langue française.Ainsi, tout n\u2019est pas noir, et les auteurs cherchent à bien nous le faire sentir.À la fin de leur ouvrage, ils montrent que la restauration du français langue officielle s\u2019agence parfaitement avec les principes fondamentaux du constitutionnalisme canadien.En conclusion, le pari de François Côté et Guillaume Rousseau est réussi.Avec concision, clarté et assurance, ils développent leur argumentaire de manière rigoureuse et dans un souci continuel de compréhension du lecteur.Peut-être aurait-il été intéressant, néanmoins, de citer des cas d\u2019autres pays qui font face à des problèmes similaires aux Québécois.Cela dit, à la lumière des derniers évènements dans l\u2019actualité qui touchent les liens de plusieurs juges canadiens au Parti libéral du Canada, et face au défi d\u2019une immigration mal francisée, ainsi que du réseau de cégeps anglophones gargantuesques, l\u2019essai de ces avocats fidèles au Québec est indispensable pour tout patriote soucieux de l\u2019avenir national.Philippe Lorange Étudiant en Science politique et philosophie, Université de Montréal Cette année, offrez un abonnement cadeau à L\u2019Action nationale ! Les abonnés de L\u2019Action nationale peuvent partager leur lecture préférée en offrant un abonnement cadeau d\u2019un an pour 50 $.À la boutique actionnationale.quebec/boutique/ ou par la poste 129 Index des auteurs 2020 A JEAN ARCHAMBAULT La réforme Barrette et la pandémie sur l\u2019île de Montréal Avril-Mai 179 B MATHIEU BÉLISLE Retrouver le Québec réel Avril-Mai 53 ANDRÉ BINETTE La constitution du Québec et la monarchie Septembre 70 La pandémie et le pouvoir d\u2019urgence fédéral Avril-Mai 86 MATHIEU BOCK-CÔTÉ La nation est autant progressiste que conservatrice Décembre 64 JOSÉE BOILEAU Le défi de se faire entendre ?Juin 77 GUY BOUTHILLIER Entre Pierre Laporte et Pierre Trudeau Octobre-Novembre 16 SÉBASTIEN BOUTHILLIER Un registre du lobbyisme pour les juges Mars 9 NICOLAS BOURDON L\u2019empire en marche.Des peuples sans qualités de Vienne à Ottawa (CR) Septembre 148 C IVAN CAREL Le Québec et les révolutions de 68 Octobre-Novembre 55 CARLES PUIGDEMONT I CASAMAJÓ Lettre du président de la Catalogne aux Québécois Janvier 161 CLAUDETTE CARBONNEAU 25 ans de contribution essentielle à l\u2019imaginaire collectif québécois Juin 134 130 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 ANDRÉ CAMPEAU Récit d\u2019une vie citoyenne dans Ahuntsic Janvier 181 La terre paternelle (1846) (NC) Décembre 98 STÉPHANE CHALIFOUR Il n\u2019y aura pas d\u2019excuses Décembre 13 SERGE CANTIN Fernand Dumont et la crise d\u2019Octobre Octobre-Novembre 128 JEAN CHARTIER Avis de tempête contre la nation française du Québec Mars 89 Chronique du référendum de 1995.Les six dernières semaines Octobre-Novembre 206 JEAN CHARTIER ET CHARLES GAUDREAULT Le recensement et les statistiques sur les citoyens de langue française au Canada Mars 105 MARC CHEVRIER Le confinement du français dans l\u2019enseignement supérieur au Québec Septembre 86 FERID RACIM CHICKY Les intellectuels doivent se rendre visibles Juin 91 FRANÇOIS CÔTÉ ET GUILLAUME ROUSSEAU Restaurer le français langue officielle (extrait) Février 85 ROBERT COMEAU Mon octobre 70\u2019.Mon Adhésion au FLQ (extrait) Février 105 Une dérive Octobre-Novembre 88 PIERRE CURZI Repenser l\u2019action politique indépendantiste ?Juin 155 D BERNARD DAGENAIS Octobre 70 vécu par la coalition dominante et par la société civile Octobre-Novembre 75 NORMAN DELISLE L\u2019Arménie : l\u2019indépendance sans peur ni regret Mars 23 Le vol de 1995 Octobre-Novembre 167 FRANÇOIS DESCHAMPS L\u2019Empire mis en contexte historique canadien (NC) Décembre 79 THIERRY DOMINICI La question corse entre autonomie et indépendance Septembre 56 FRANÇOIS-OLIVIER DORAIS ET MARC-URBAIN PROULX Les régions du Québec ont un rendez-vous avec elles-mêmes Janvier 80 131 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 FRANÇOIS-OLIVIER DORAIS, JULIEN GOYETTE ET KARINE HÉBERT Après la COVID-19, l\u2019université québécoise à l\u2019épreuve d\u2019elle-même Avril-Mai 237 ORIAN DORAIS Parti québécois : la demi-mesure n\u2019est plus possible Mars 28 PIERRE DUBUC Les intellectuels et l\u2019indépendance Juin 71 DAVID DUPONT Les leçons de la COVID-19 et la coordination du marché agroalimentaire domestique Avril-Mai 150 E BERNARD ÉMOND Les derniers Juin 63 F LOUIS FOURNIER L\u2019idéal de l\u2019indépendance du Québec, du FLQ au PQ Octobre-Novembre 132 G CHARLES GAUDREAULT L\u2019impact de l\u2019immigration de masse sur le poids démographique de l\u2019ethnie canadienne-française au Québec Mars 68 CHRISTIAN GAGNON Notre nation Avril-Mai 24 LAVAL GAGNON Fake news \u2013 fake views Mars 19 Le mal-être systémique Décembre 48 MATHIEU GAUTHIER-PILOTE La souveraineté : enjeu principal du XXIe siècle numérique Février 21 LOUIS GILL La commission Keable Octobre-Novembre 138 FRANCE GIROUX Les impasses de la rectitude politique (CR) Février 126 DANIEL GOMEZ Horizon 2030.Choisir un Québec climato-économique(CR) Septembre 169 132 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 H LOUISE HAREL L\u2019histoire en marche ?Juin 156 Le FRAP et la crise d\u2019octobre Décembre 72 J OLIVIER JACQUES La santé des provinces sous pression Avril-Mai 172 PIERRE-ANDRÉ JULIEN Pandémie, confinement et récession en vue : que doivent faire les PME ?Avril-Mai 125 K STÉPHANE KELLY Déclassement social et solidarités familiales Avril-Mai 62 L GILLES LABELLE La distance et la mémoire.Essai d\u2019interprétation de l\u2019œuvre de Fernand Dumont (CR) Février 121 MICHELINE LABELLE L\u2019identité nationale face à la force des mots Juin 15 GUY LACHAPELLE Le rôle des intellectuels et l\u2019avenir du Québec Juin 97 La grande alliance René Lévesque-Claude Ryan Octobre-Novembre 119 JEAN LACOURSIÈRE L\u2019obsession incongrue de l\u2019agrandissement portuaire à même la baie de Beauport Mars 32 FRÉDÉRIC LACROIX Les cégeps français à Montréal : le début de la fin ?Février 44 Un modèle trompeur Septembre 124 YANNICK LACROIX Une question de cohérence Septembre 133 JENNY LANGEVIN Bobo pas content (NC) Février 100 RENAUD LAPIERRE Des indépendantistes qui ne voient que les arbres qui cachent la forêt ! Octobre-Novembre 203 ANDRÉ LAPLANTE Pierre Falardeau, anthropologue et cinéaste Janvier 250 133 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 ROBERT LAPLANTE Refaire la trame du récit national Janvier 148 Les grenouilles dans la marmite Février 4 Les convulsions Mars 4 Saisir la crise Avril-Mai 4 Rien ne va plus Septembre 4 Faire lever l\u2019horizon Octobre-Novembre 4 Pour la création de l\u2019Université internationale de la Francophonie Décembre 44 Un tabou tenace Décembre 4 MAXIME LAPORTE Une langue en chantier Mars 60 GÉRALD LAROSE L\u2019indépendance, une opportunité géante et féconde de transformation sociale Juin 41 MARC LAURENDEAU Mesures de guerre et survie de Pierre Laporte Octobre-Novembre 28 PASCAL LEDUC Le localisme : quel modèle pour le Québec ?Septembre 35 La démondialisation et le nationalisme économique québécois Avril-Mai 117 L\u2019ingratitude Décembre 56 ANNE LEGARÉ Qui a tué l\u2019intellectuel québécois ?Juin 53 DANIÈLE LETOCHA Dès maintenant, dessiner le but politique : la République québécoise Juin 109 PHILIPPE LORANGE NoirEs sous surveillance : esclavage, répression, violence d\u2019état au Canada Février 131 La révolution Z.Comment les jeunes transformeront le Québec (CR) Mars 125 Mélancolies identitaires.Une année à lire Mathieu Bock-Côté (CR) Mars 129 Le boys club (CR) Janvier 277 Confinement et indépendance Septembre 29 Restaurer le français langue officielle (CR) Février 123 M GILLES MALVAUX Le soldat méconnu Avril-Mai 15 ANNE-MICHÈLE MEGGS L\u2019article 72 de la Charte de la langue française saboté par les autorisations particulières Février 32 FLORENT MICHELOT Parce qu\u2019il est encore temps de rêver Juin 140 134 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 DENIS MONIÈRE Les origines politiques et intellectuelles du biculturalisme Janvier 209 Pandémie et indépendance Avril-Mai 79 Le Big Brother canadien : rapport Yale sur l\u2019avenir des communications au Canada Septembre 75 Octobre 70, cinquante ans plus tard Octobre-Novembre 13 Sans l\u2019indépendance, pas d\u2019avenir pour le français comme langue nationale Décembre 35 Rebâtir le camp du OUI (CR) Décembre 114 SÉBASTIEN MUSSI L\u2019enseignement en ligne au cégep : solution à quel problème ?Avril-Mai 258 N JEAN-MARIE NADEAU Pour une nouvelle dynamique Québec-Acadie Février 89 P GILBERT PAQUETTE Refonder le combat indépendantiste Juin 84 La véritable défaite de 1995 Octobre-Novembre 182 STÉPHANE PAQUIN ET X.HUBERT RIOUX DANIC PARENTEAU Rompre avec le « souverainisme » pour relancer le projet indépendantiste Juin 159 CÉLINE PHILIPPE Transmission : une utopie québécoise Avril-Mai 46 Repenser le commerce et la transition industrielle post-COVID-19 Octobre de Pierre Falardeau ou le choix de la responsabilité Octobre-Novembre 146 ROBIN PHILPOT Épisodes d\u2019une guerre civile Octobre-Novembre 175 Q JOËLLE QUÉRIN Faut-il abolir ÉCR ?Février 9 135 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 R JEAN RÉMILLARD La proportionnelle mixte: un miroir aux alouettes pour le Québec ?Janvier 203 MICHEL RIOUX 25 ans au front Juin 5 X.HUBERT RIOUX Le savant politique et la cause indépendantiste Juin 127 X.HUBERT RIOUX ET STÉPHANE PAQUIN Repenser le commerce et la transition industrielle post-COVID-19 Avril-Mai 138 MICHEL ROCHE L\u2019idéologie intersectionnaliste et la question nationale Septembre 43 GUILLAUME ROUSSEAU Unité, Autonomie, Démocratie.Une histoire de l\u2019Union des municipalités du Québec (CR) Mars 115 Jean-Charles Bonenfant et l\u2019Esprit des institutions (CR) Janvier 270 S JOCELYNE SAINT-ARNAUD L\u2019État et la laïcité Janvier 165 CHRISTIAN SAINT-GERMAIN L\u2019« âgicide » québécois Avril-Mai 71 DAVID SANTAROSSA Science, Culture, Nation (CR) Mars 110 Le chemin de l\u2019école (CR) Mars 119 Les impasses de la rectitude politique Septembre 160 SIMON-PIERRE SAVARD-TREMBLAY Le pétrocanadianisme : un puits sans fond Avril-Mai 98 FRANÇOIS-XAVIER SIMARD Tenter de justifier la déportation des Acadiens Janvier 177 LAURENCE ST-GERMAIN Enseignement à distance : pas si nouveau que cela Septembre 11 T VICTOR TEBOUL Notre défi indépendantiste : apprendre à partager la mémoire québécoise Juin 121 ALEXIS TÉTREAULT Le pouvoir québécois menacé.Non à la proportionnelle ! (CR) Janvier 274 François-Xavier Garneau : poète, historien et patriote (CR) Décembre 119 136 L\u2019Action nationale \u2013 Décembre 2020 Liberté.60 ans de luttes et d\u2019idées.La déroute des héros (CR) Septembre 165 JEAN-PHILIPPE TROTTIER Une Torah québécoise qui se dérobe Avril-Mai 38 JUDITH TRUDEAU Déliquescence : regards sur l\u2019état des cégeps au Québec Décembre 24 DANIEL TURP La consécration d\u2019un facteur d\u2019identité et une voie vers l\u2019indépendance nationale Juin 31 Les violations massives des droits et des libertés des Québécois et des Québecoises Octobre-Novembre 95 V YVES VAILLANCOURT La crise d\u2019octobre 1970 et la théologie de la libération Octobre-Novembre 37 YVES VAILLANCOURT ET CHRISTIAN JETTÉ Non à la logique marchande dans les CHSLD Avril-Mai 211 ANDRÉ VÉRONNEAU D\u2019un référendum à l\u2019autre et la suite Octobre-Novembre 198 REMI VILLEMURE Un pavé dans la mare (NC) Janvier 260 Distanciation nationale Septembre 22 Si G hal La hbräirie.du Sauare Carré Saîne-Louis Tr FE A I trfogtibriériediesquare.com Ourtremant dis os bi oh purement @tibrairiedasquare.com Indépendante d\u2019esprit INTERES 1ttératur ciences IEEE Legs et dons planifiés Les dons planifiés constituent un apport essentiel pour un organisme comme la Ligue d\u2019action nationale ; tous les dons qu\u2019elle reçoit sont d\u2019une grande importance puisqu\u2019ils permettent d\u2019offrir à nos abonnés une revue de qualité, et ce, sans s\u2019éloigner, même avec plus d\u2019un siècle d\u2019existence, de sa mission.Qu\u2019est-ce qu\u2019un don planifié ?Les dons immédiats, ceux qui sont mis à la disposition de la Ligue d\u2019Action nationale dès qu\u2019ils sont faits et les dons différés, dons destinés à être remis à la Ligue d\u2019Action nationale à une date ultérieure (ex.: dons testamentaires, d\u2019assurance-vie, fiducie testamentaire, etc.) Vous avez peut-être une police d\u2019assurance-vie de quelques milliers de dollars à laquelle vous avez souscrit il y a plusieurs décennies et qui pourrait être cédée à L\u2019Action nationale sous forme de don planifié et contribuer ainsi à la pérennité de la revue.Les dons planifiés font partie intégrante de la planification financière et successorale.Ils peuvent prendre diverses formes, et l\u2019avis d\u2019un planificateur financier professionnel pourra vous aider à choisir l\u2019option la plus avantageuse pour vous.Si dans votre testament vous nommez la Ligue d\u2019Action nationale comme bénéficiaire, faites-le-nous savoir afin que nous puissions vous manifester notre reconnaissance.Si vous désirez effectuer un don planifié à la Ligue, nous pourrons vous remettre un reçu pour dons.Contactez-nous si vous avez besoin des conseils du planificateur financier professionnel de la Ligue d\u2019Action nationale.Ligue d\u2019Action nationale \u2013 Programme de dons planifiés a/s de Jacques Martin 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 en héritage L\u2019Action 819 397-4920 gfb@tlb.sympatico.ca TABLEAU D\u2019HONNEUR DES DONATEURS ET LÉGATAIRES DE LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE Plusieurs personnes nous ont laissé des legs ou des dons qui permettent d\u2019assurer la pérennité de la revue L\u2019Action nationale depuis maintenant 100 ans.C\u2019est la Fondation Esdras-Minville qui gère le patrimoine dédié à la revue, mais pour l\u2019obtention d\u2019un reçu pour fins fiscales, il faut libeller les dons et les legs à la Ligue d\u2019action nationale.Nous exprimons notre gratitude à nos généreux mécènes par une mention à perpétuité à ce tableau d\u2019honneur qui fait état du cumul des dons et des legs.Hector Roy \u2020 GRANDS BÂTISSEURS de 25 000 $ à 49 999 $ Gabriel Arsenault Dominique Bédard \u2020 Bernard Lamarre \u2020 Bernard Landry \u2020 Isabelle Laporte Bryan L\u2019Archevêque Jacques C.Martin Paul Mainville \u2020 Michel Moisan Pierre Karl Péladeau Ivan Roy Cécile Vanier \u2020 BÂTISSEURS de 5000 $ à 24 999 $ BÂTISSEURS ÉMÉRITES plus de 50 000 $ François Beaudoin Gaston Beaudry \u2020 André Véronneau Fernand Allard Patrick Allen \u2020 François-Albert Angers \u2020 Gaston-A.Archambault \u2020 Jean-Paul Auclair \u2020 Paul Banville Claude Belec Yvan Bédard \u2020 Jacqueline Claire Binette Henri Blanc René Blanchard Réjane Blary Charles Eugène Blier Gilles Blondeau Charles Eugène Blier David Boardman Yvon Boudreau Gaétan Breault Marcelle Brisson Henri Brun Édouard Cadotte Jean-Paul Champagne Jean-Charles Claveau Robert Comeau George Coulombe Louis-J.Coulombe Fernand Couturier Gérard Deguire Richard Dufresne Bob Dufour Yves Duhaime Marcel Fafard Nicole Forest Lynn-Ernest Fournier Jean-Claude Gagnier Raymond Gagnier Léopold Gagnon Marcel Gaudreault Romain Gaudreault Henri-F.Gautrin \u2020 Claude Ghanimé Yves Gilbert Paul Grenier \u2020 Michel Grimard Yvan Hardy Guy Houle Germain Jutras Raymond Laflamme Lucie Lafortune \u2020 Anna Lagacé-Normand \u2020 Gisèle Lapointe Roger Lapointe Alain Lavallée Germain Lavallée Denis Lazure \u2020 André Leduc Maurice Leduc Gérard Lefebvre Émile Lemaire Jacques Libersan Pierre Lincourt Clément Martel Yvon Martineau \u2020 Roger Masson Monique Michaud Daniel Miroux Louis Morache Rosaire Morin \u2020 Gilles Ouimet Jacques Parizeau \u2020 Hubert Payne Hélène Pelletier-Baillargeon Claude Pilote Fernand Potvin Arthur Prévost \u2020 Ghislaine Raymond-Roy René Richard \u2020 Dominique Richard \u2020 Jacques Rivest Jean-Denis Robillard Louis Roquet Pierre-Paul Sénéchal Denise Simoneau Michel Taillefer Réjean Talbot Claudette Thériault Frédéric Thériault Serge Therrien Marcel Trottier \u2020 Réal Trudel Denis Vaugeois Claude-P.Vigeant Florent Villeneuve Madeleine Voora CLUB DES 100 ASSOCIÉS MEMBRES BIENFAITEURS Robert Ascah Robert Auclair André Baillargeon Jacques Baillargeon Jean-François Barbe Luc Bertrand Antoinette Brassard Jacques Cardinal Paul Carrier Roch Cloutier Bernard Courteau Guy Cormier Normand Cossette Richard Côté Benoit Dubreuil André Dubuc Harold Dumoulin Lucia Ferretti Jean-Pierre Gagnon André Gaulin Yvon Groulx \u2020 Marcel Henry Benoît Houde Gérard N Houle Marcel et Hélène Jacob Henri Joli-Cœur Marc Labelle Georges Lacroix Isabelle Lamarche Gérald Larose Isabelle Le Breton Maurice Leboeuf Richard Leclerc Laurent Mailhot Pauline Marois Cécile Martin Marcel Masse \u2020 Yves Michaud Estelle Monette \u2020 Lucie Monette Denis Monière Réjean Néron Reginald O\u2019Donnell Gilbert Paquette Gilles Pelletier \u2020 Réal Pilon Alain Prévost Richard Rainville Antoine Raspa René Ricard Ivan Roy Paul-Émile Roy \u2020 Hélène Savard-Jacob Ginette Simard Rita Tardif Robert G.Tessier \u2020 Marcelle Viger André Watier 1500 $ à 4999 $ 1000 $ à 1499 $ Liberté d\u2019expression L\u2019Action nationale ouvre ses pages à tous ceux et à toutes celles que la question nationale intéresse.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.La rédaction assume la responsabilité de tous les titres d\u2019articles, mais les auteurs restent responsables du contenu de leurs textes.Rédaction Un article soumis sans entente préalable peut varier de 1500 à 3000 mots alors que le compte-rendu d\u2019un livre compte généralement de 1000 à 1500 mots.Les textes sont reçus par internet.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans « L\u2019index des périodiques canadiens » (1948-2002), dans « Périodex » depuis 1984, dans « Repères » publié par SDM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Les numéros de L\u2019Action française et de L\u2019Action nationale de 1917 à 2013 sont numérisés et accessibles dans le site de la BAnQ.Reproduction La traduction et la reproduction des textes publiés dans L\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Mise en page et infographie Sylvain Deschênes Impression Marquis imprimeur L\u2019Action 143 Ligue d\u2019action nationale Président Christian Gagnon Trésorier Robert Ladouceur Conseillers Denis Monière Isabelle Le Breton Ex Officio Robert Laplante Membres Djemila Benhabib André Binette Mathieu Bock-Côté Nicolas Bourdon Robert Comeau Myriam D\u2019Arcy Mathieu Gauthier-Pilote Léolane Kemner Jacques C.Martin Martine Ouellet Gilbert Paquette Danic Parenteau Guillaume Rousseau Simon-Pierre Savard-Tremblay Pierre Serré Gilles Toupin Membres honoraires Christiane Bérubé, Nicole Boudreau, Guy Bouthillier, Jacques Brousseau, Hélène Chénier, Lucia Ferretti, Léo Jacques, Delmas Lévesque, Yves Michaud, Pierre Noreau, Roméo Paquette, Hélène Pelletier-Baillargeon Membres émérites René Blanchard, Jean-Charles Claveau, Henri Laberge, Jacques-Yvan Morin Mission La Ligue d\u2019action nationale est l\u2019éditrice de la revue L\u2019Action nationale.Sa mission est d\u2019être un carrefour souverainiste où se débattent les aspirations de la nation québécoise comme collectivité de langue française suivant une tradition de réflexion critique, d\u2019indépendance et d\u2019engagement, à partir des situations d\u2019actualité qui renvoient aux enjeux fondamentaux de notre avenir collectif. Tarifs 2020 (taxes et expédition comprises) L\u2019Action nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514 845-8533 sans frais, 1 866 845-8533 Pour nous joindre par courriel revue@action-nationale.qc.ca www.actionnationale.quebec ISSN-0001-7469 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Périodicité : 10 numéros par an ISBN 978-2-89070-039-0 L\u2019Action nationale est membre de la SODEP www.sodep.qc.ca Paiement par chèque ou carte de crédit VISA ou MASTERCARD \u2022 paiement internet sécurisé dans notre site \u2022 par la poste \u2022 par téléphone Paiement de votre compte bancaire (renouvellement d\u2019abonnement) \u2022 chez Desjardins et dans les institutions financières participantes Version numérique 1 an 2 ans 10 numéros 20 numéros Abonnement 90 $ 150 $ (78,28 $ + taxes) (130,46 $ + taxes) Abonnement de soutien 190 $ 300 $ Étudiant 55 $ 90 $ (47,84 $ + taxes) (78,28 $ + taxes) Institution 150 $ 250 $ (130,46 $ + taxes) (208,74 $ + taxes) Autres pays 150 $ 275 $ Abonnement PDF 60 $ 100 $ (52,18 $ + taxes) (86,97 $ + taxes) TVQ 1012563392 TQ0002 TPS 11901 9545 "]
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