La tribune, 9 octobre 2021, Cahier 2
[" ARTS CINÉMA BIÈRES VINS EN CUISINE VOYAGES PLEIN AIR + EN CUISINE Denis Gagné 20 BOUGIES POUR L\u2019ÉPICERIE + COCKTAILS Gins québécois UNE «?BIBLE?» À DÉGUSTER + VOYAGES Bourlingueur LA LENTE DISPARITION DES GLACIERS SEMAINE DU 9 AU 15 OCTOBRE 2021 CINÉMA Dune LA COULEUR DE DENIS VILLENEUVE P H O T O 1 2 3 R F LE LIVRE, UNE DISSECTION SAMEDI 9 OCTOBRE 2021 laTribune M2 PlacART CHANSON DE CIRCONSTANCE LA VILLE EN FEU Les Chiens La nuit dérobée (2000) RETAILLE D\u2019ENTREVUE SAGUENAY \u2014 De la même manière qu\u2019il a élagué sa bibliothèque, l\u2019auteur Gilles Archambault a imposé un régime minceur à sa discothèque.Ne voulant pas imposer à ses enfants la gestion d\u2019un patrimoine pléthorique, il n\u2019a conservé que 400 albums sur les 6000 qui formaient sa collection.« Je voulais faciliter la vie à mon garçon et ma fille, en prévision du jour où je ne serai plus là.Au même titre que les livres, ces enregistrements, c\u2019est ce qui me permettait de vivre.Arrivé à un certain âge, cependant, ça devient une prison.Ça vous étouffe », fait observer l\u2019écrivain de 88 ans qui, pendant tant d\u2019années, a animé des émissions consacrées au jazz à la radio d\u2019État.« Sur les 400 albums que j\u2019ai conservés, 60 sont de Zoot Sims.Dans l\u2019histoire du jazz, ce n\u2019est pas un nom si important, mais il jouait de mon instrument favori, le sax ténor, et sa sensibilité était proche de la mienne.Il avait un certain lyrisme, avec un côté improvisateur, et son comportement était empreint de modestie.Ce n\u2019était pas une vedette comme Stan Getz. » À l\u2019opposé, tout en reconnaissant la contribution de John Coltrane, seulement trois des enregistrements de ce dernier ont échappé au couperet.« Dans les trois ou quatre années qui me restent à vivre, j\u2019ai gardé ce que j\u2019avais le plus de chances d\u2019écouter.Il ne sert à rien de tout avoir d\u2019un musicien.Ça, c\u2019est être un collectionneur », estime Gilles Archambault.DANIEL CÔTÉ, LE QUOTIDIEN Coupée au montage de l\u2019entrevue du 21 août 2021.Gilles Archambault \u2014 PHOTO LAURENT BOURSIER Il y a 150 ans, les Chicagolais étaient au cœur de l\u2019incendie qui a détruit une grande partie de leur ville, du 8 au 10 octobre 1871.On estime qu\u2019entre 200 et 300 habitants perdirent la vie, même si seulement 125 corps furent dégagés des décombres.Environ 100 000 personnes se retrouvèrent sans logis après qu\u2019une superficie de 9 km2, soit 2000 acres, fut réduite en cendres.Longtemps l\u2019origine de l\u2019incendie fut attribuée à la vache d\u2019une immigrante irlandaise qui aurait fait tomber un fanal dans la paille, mais le journaliste auteur de l\u2019article a fini par avouer qu\u2019il avait inventé cette histoire.Ironiquement, c\u2019est à cause de ce désastre que Chicago est devenue la métropole d\u2019architecture qu\u2019elle est aujourd\u2019hui, grâce au plan d\u2019urbanisme adopté pour la reconstruction.Évidemment, la chanson La ville en feu d\u2019Éric Goulet, du groupe Les Chiens (La nuit dérobée, 2000), n\u2019est pas inspirée par le brasier de la ville des vents, mais les paroles, très évocatrices, laissent presque croire qu\u2019il y était.STEVE BERGERON EXPO Faut pas se leurrer Gaëtane Dion est née en 1957 à Guyenne, en Abitibi, et vit aujourd\u2019hui à Sainte-Catherine- de-Hatley.Elle détient une maîtrise en art de l\u2019UQTR et mène une démarche de création depuis plus de 35 ans.Sa trajectoire l\u2019a amenée à présenter son travail au Québec, en France, en Espagne et au Texas lors d\u2019expositions individuelles et collectives.Son propos s\u2019inspire à la fois du quotidien et du rêve.Elle se penche sur cette dimension où le visible invite au dialogue avec l\u2019invisible.Oscillant entre le dramatique et le ludique, jumelant abstraction et figuration, l\u2019exposition met en scène différents objets qui, tels des leurres flottant dans une réalité illusoire, bousculent notre perception et notre jugement devant ce que nous voyons.Au Musée Beaulne de Coaticook, jusqu\u2019au 7 novembre.STEVE BERGERON \u2014 PHOTO MUSÉE BEAULNE \u2022 E X P O \u2022 S I T I O N S VOUS VOULEZ VOIR?Palmarès des ventes \u203a FRANCOPHONE 1 Comme un premier rendez-vous, Mario Pelchat 2 Grand voyage désorganisé, Patrice Michaud 3 Le jour le plus court, Terrible tango 4 Mélodies country, René Turgeon 5 Gin à l\u2019eau salée, Salebarbes 6 Petite nature, Émile Bilodeau 7 Chaos, Artistes variés 8 Le tour du grand bois, Édith Butler 9 Perséides, Cœur de Pirate 10 Pictura de ipse : musique directe, Hubert Lenoir \u203a NON FRANCOPHONE 1 Senjutsu, Iron Maiden 2 Phœnix, Charlotte Cardin 3 Metallica, Metallica 4 Between Illness and Migration, Your Favorite Enemies 5 Mercury \u2014 Act 1, Imagine Dragons 6 Lifeforms, Angels & Airwaves 7 Happier than Ever, Billie Eilish 8 This Time I See It, The Franklin Electric 9 The Work, Rivers of Nihil 10 Standing under Bright Lights, Alex Henry Foster Patrice Michaud \u2014 PHOTO LE QUOTIDIEN, ROCKET LAVOIE laTribune SAMEDI 9 OCTOBRE 2021 M3 MUSIQUE ISABEL AUTHIER La Voix de l\u2019Est GRANBY \u2014 Laurent Paquin pourrait se contenter de ce qu\u2019il sait faire de mieux : l\u2019humour.Son intérêt pour la chanson l\u2019a pourtant poussé à sortir du cadre et à se faire enfin plaisir.Avec son album Et faire comme si, il nous arrive avec un premier recueil de « vraies chansons ».« J\u2019ai toujours aimé chanter.Ç\u2019a été un rêve longtemps avant de devenir un projet, il y a quelques années.Déjà au cégep, je fantasmais de faire des chansons, mais j\u2019étais jeune et j\u2019écrivais des trucs beaucoup trop intenses pour rien! » lance-t-il, visiblement heureux d\u2019être passé à l\u2019acte.« Il y a une tendance en ce moment à sortir de la case.dans laquelle on s\u2019est parfois mis nous- mêmes.C\u2019est comme un désir de faire ce qui nous tente.Avant, j\u2019aurais été le genre à me demander ce que les gens allaient penser, mais à un moment donné, je me suis dit : \u201cJ\u2019ai le goût de chanter, pourquoi je m\u2019en empêcherais?\u201d » La pandémie a été le prétexte pour se lancer.« Sans ça, je n\u2019aurais peut-être pas eu le guts ni le temps de le faire, vu que c\u2019est un projet qui n\u2019a pas rapport à mon métier.La pandémie l\u2019a ramené sur le dessus de la pile », fait-il remarquer.La plupart des chansons étant déjà écrites, Laurent Paquin a tiré profit du calme ambiant pour inviter le musicien Éric Desranleau à réaliser cet album étiqueté « pop adulte contemporain avec une touche de folk-country ».Le principal intéressé avoue que le mot « pop » le laisse un peu perplexe.« C\u2019est surtout folk avec des accents country.Cet album est très organique, et tout est acoustique ou presque.C\u2019est piano, guitare, voix, contrebasse avec un peu de violon, de mandoline, de banjo, de ukulélé, de cuivres, de bugle, de cor français », énumère-t-il en riant.Parlons-en de ce fameux uku- lélé dont Laurent Paquin semble ne jamais se départir.La totalité des pièces de l\u2019album est d\u2019ailleurs venue au monde avec lui, dit-il.« Sauf celles qui ne sont pas de moi! » Car parmi les treize chansons proposées, toutes ont été écrites et composées par l\u2019humoriste, à part deux qu\u2019il a empruntées à d\u2019autres : À même la vie de Plume Latraverse, son artiste fétiche, et La rue Rachel de la comédie musicale Pied de poule.LA SIMPLICITÉ SANS LA FACILITÉ Laurent Paquin ne prétend pas avoir la voix d\u2019un rossignol.L\u2019intérêt de cet opus est davantage dans les textes, qu\u2019il a fignolés avec sérieux.« Avant, j\u2019ai toujours écrit pour faire de l\u2019humour.Même chose pour la guitare, que j\u2019ai apprise au départ pour l\u2019inclure dans un numéro! Mais dans mon album de chansons humoristiques (Laurent Paquin chante Laurent Paquin, lancé en 2012), il y a quelques pièces qui pourraient être de vraies tounes, si on enlevait deux ou trois niaiseries.Cette fois, mon but n\u2019était pas de provoquer le rire, mais c\u2019est le même genre de recherche : trouver le bon mot, la bonne formule, la tournure accrocheuse. » La difficulté, confie-t-il, était d\u2019écrire le plus simplement possible, sans tomber dans la facilité.« Je voulais toucher les gens pour vrai sans avoir l\u2019air de me prendre pour le grand Richard Desjardins. » En dehors de l\u2019humour, Laurent Paquin avoue qu\u2019il a la plume assez sombre.On le constate souvent sur Et faire comme si, inspiré notamment de Léo Ferré et Mano Solo \u2014 « probablement le chanteur le plus décrissant de l\u2019univers, mais surtout un grand poète », précise-t-il.« Ça fait partie de ce que je suis.Mais l\u2019album n\u2019est pas tout noir.La musique est plus joyeuse que les textes.Et certaines chansons, comme Galarneau et celle de Plume, sont positives. » MILLE CHOSES Pour le moment, aucune tournée musicale n\u2019est à l\u2019horaire.Son but était d\u2019abord et avant tout d\u2019écrire et de créer cet album, rappelle-t- il.De là à monter sur scène pour le chanter, il y a un pas qu\u2019il n\u2019a pas encore décidé de franchir.« Je ne dis pas que je ne le ferai jamais; peut-être pour une occasion spéciale, mais je ne suis pas sûr qu\u2019une tournée m\u2019intéresse. » Laurent Paquin est toutefois attiré par mille choses.« Je n\u2019ai jamais eu de vrai rôle au cinéma.ce serait intéressant.J\u2019aimerais aussi jouer au théâtre dans une pièce dramatique, peut-être même écrire une pièce un jour », rêve l\u2019artiste à voix haute.Tous ces à-côtés ne l\u2019empêchent pas de demeurer humoriste « à temps plein ».Avant même de clore sa tournée Déplaire , du nouveau matériel était d\u2019ailleurs en production.« J\u2019écris tout le temps un peu.Entre mes autres projets, j\u2019écris des niaiseries et je les rode pour un prochain show. » LAURENT PAQUIN Et faire comme si FOLK-COUNTRY FRANCO Big in the Garden La pandémie a été, pour Laurent Paquin, le prétexte pour se lancer dans un album de « vraies chansons » : « Sans ça, je n\u2019aurais peut-être pas eu le guts ni le temps de le faire, vu que c\u2019est un projet qui n\u2019a pas rapport à mon métier.La pandémie l\u2019a ramené sur le dessus de la pile. » \u2014 PHOTO LE PETIT RUSSE LAURENT PAQUIN CHANTER POUR SE FAIRE PLAISIR SAMEDI 9 OCTOBRE 2021 laTribune M4 Les livres.Leurs mots et leurs histoires.Les livres, peu importe le genre.Les livres, leurs auteurs, leurs lecteurs.Les livres, et, d\u2019une main à l\u2019autre, leurs récits.À moins d\u2019une semaine du Salon du livre de l\u2019Estrie, on décortique cet objet extraordinaire, de l\u2019écriture de la première ligne jusqu\u2019à la dernière révision, en passant, bien sûr, par tout le travail d\u2019édition.Bref, on en fait l\u2019autopsie, même s\u2019il est loin d\u2019être mort.SHERBROOKE \u2014 Il y a mille façons de choisir un livre.Certains se tourneront vers une plume déjà connue et chérie, d\u2019autres se laisseront séduire par le résumé de l\u2019œuvre, d\u2019autres encore flancheront pour la couverture, le titre, la maison d\u2019édition à laquelle ils font tant confiance.D\u2019autres lectrices et lecteurs vogueront de suggestion en suggestion, qu\u2019elles proviennent d\u2019amis fiables, d\u2019émissions ou de critiques littéraires, ou encore de leurs libraires préférés.Et il y a de ces gens qui nourrissent une certaine obsession pour l\u2019incipit.Larousse : « Incipit : nom masculin.Du latin incipit, il commence.1.Premiers mots d\u2019un manuscrit, d\u2019un ouvrage [.]. » Ces quelques premiers mots, voire ces quelques premières lignes d\u2019un livre que l\u2019on prend en main dans une librairie amorceront la relation, le désir de s\u2019y plonger, de découvrir, de poursuivre l\u2019aventure.Ou non.Est-ce une méthode infaillible?Non, il n\u2019y a rien d\u2019infaillible, c\u2019est la beauté de la chose.On plonge parfois dans un grand vide, on passe d\u2019autres fois à côté de b o u q u i n s m a g n i - fiques.Mais.COMMENÇONS PAR LE DÉBUT Incipit liber (ici commence le livre) est la formule latine qui, à défaut de titre, servait à indiquer le début d\u2019un nouveau texte dans les manuscrits médiévaux.L\u2019incipit, c\u2019est d\u2019abord le passage du silence à la parole, et c\u2019est surtout le premier contact entre le destinateur (auteur) et son destinataire (lecteur).De fait, l\u2019incipit est le lieu privilégié du pacte de lecture, c\u2019est-à-dire d\u2019une entente tacite entre l\u2019auteur d\u2019un texte et son lecteur.Les premières lignes du récit en précisent la nature (le genre du texte) et indiquent la position de lecture à adopter.Ainsi, dans un texte qui débute par la formule « il était une fois », le lecteur ne sera pas surpris par le fait qu\u2019un loup, tout à coup, se mette à parler, puisqu\u2019il aura compris qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un conte.D\u2019ailleurs, c\u2019est souvent cet incipit qui fait en sorte qu\u2019on « embarque » (ou pas) dans une nouvelle lecture! Sarah Bertrand-Savard Autrice et enseignante TRAVAIL SANS RELÂCHE.L\u2019incipit est la phrase la plus facile à lire.Il est également la phrase la plus difficile à écrire.C\u2019est pourquoi je dois le retravailler sans relâche.Tous les jours le raboter, le polir, le lustrer.Jusqu\u2019à ce qu\u2019il devienne une fenêtre immaculée.Alors le lecteur ne le remarque pas.Tout comme l\u2019oiseau ne voit pas la vitre.J\u2019ai un faible pour l\u2019incipit qui présente un personnage se réveillant le matin.Lui et moi sommes ensemble au début de quelque chose.Autrement j\u2019aime que l\u2019incipit soit simple, discret et même un peu insignifiant.En même temps j\u2019aime qu\u2019il soit pesant, ambitieux et retentissant.Je veux qu\u2019il m\u2019éclaire et qu\u2019il m\u2019écœure.Je veux qu\u2019il soit une main tendue et une claque en pleine face.Dans un monde idéal, il doit me contraindre à refermer le livre pour aller vérifier dans la vraie vie.Contrairement à ce que l\u2019on croit, l\u2019incipit désigne la dernière phrase d\u2019un livre qu\u2019on a malencontreusement échappé au début.Mathieu K.Blais Auteur, poète et enseignant INCIPITS À LIRE ET À VENIR Je suis friande des débuts de texte.Ce sont toujours les premières pages auxquelles je m\u2019intéresse en bouquinant et je repars avec les livres dont les incipits m\u2019intriguent assez pour poursuivre ma lecture.En enseignant, j\u2019adore décortiquer les premières pages avec les étudiants et tenter d\u2019établir avec eux ce qu\u2019on sait déjà / où nous sommes / qui nous parle, etc.Ils sont ensuite mieux outillés pour la suite de leur lecture et comprennent tout ce qu\u2019on peut tirer de l\u2019analyse de seulement quelques phrases.J\u2019ai un ami incollable en incipits : on peut ouvrir n\u2019importe quel livre de sa bibliothèque, lui en lire les premières lignes et il saura tout de suite l\u2019identifier (c\u2019est un passe-temps un peu geek, mais bien amusant!).En général, dans l\u2019écriture, ce sont des phrases qui me viennent très tôt : j\u2019ai beaucoup d\u2019incipits dans mes dossiers, qui ne se rattachent pas nécessairement à un texte.Je relis toujours mon fichier à partir du début jusqu\u2019à trouver quelque chose qui accroche, à polir, ce qui me fait pratiquement mémoriser mes premières pages.Kiev Renaud Autrice et docteure en littérature UN PETIT PAPIER À DÉPLIER Je me souviens encore par cœur du début de La blonde de Patrick Nicol, publié il y a plus de quinze ans : « Les pages arrachées d\u2019Anna Karénine errent dans ma maison.J\u2019en trouve par terre, sur un calorifère, j\u2019en trouve une sur la table et y dépose ma tasse.Le café est froid, mais j\u2019y mets tant de sucre, tant de lait, qu\u2019il a le goût du dessert.Il est si fort, on dirait du chocolat. » SONIA BOLDUC sonia.bolduc@latribune.qc.ca ICI COMMENCE LE LIVRE \u2014 PHOTO 123RF laTribune SAMEDI 9 OCTOBRE 2021 M5 LE LIVRE, UNE DISSECTION Ce sont les premiers mots que j\u2019ai écrits dans mon cahier neuf et ils se sont retrouvés intacts dans la version finale.Je pense que tout ce roman n\u2019était qu\u2019une tentative pour faire ressortir les sens contenus dans ces phrases liminaires (infidélité, lecture, plaisir, désordre, paresse, rythme, etc.).L\u2019incipit, c\u2019est le roman entier, plié comme un petit papier qu\u2019il faut ensuite déplier et donner à lire.Il m\u2019arrive de beaucoup travailler le début d\u2019un roman, pour trouver la note, l\u2019élan, la charge sémantique qui justifierait qu\u2019on écrive tout un livre à partir de ces quelques lignes.Patrick Nicol Auteur et enseignant LA BÊTE ET L\u2019AMOUR L\u2019incipit est primordial pour moi, autant comme lecteur qu\u2019à titre d\u2019écrivain.Je pars toujours de l\u2019incipit ou du titre.Toute la trilogie de la Bête se déploie autour de la première phrase du premier chapitre : « Ma mère se suicidait souvent. » Pour Ta mort à moi, l\u2019incipit est carrément remis en exergue du livre : « J\u2019ai eu la chance de ne jamais en avoir. » Et en cadeau, celui de mon prochain roman : « Parfois, la vie met de l\u2019amour sur notre chemin; il faut se décrotter les semelles et poursuivre notre route. » David Goudreault Auteur, etc.SOUVENIR DU LAC LÉMAN Quand j\u2019étais étudiante en littérature, l\u2019incipit par excellence au département était celui de Prochain épisode (1965) d\u2019Hubert Aquin : « Cuba coule en flammes au milieu du lac Léman pendant que je descends au fond des choses. » Il était à ce point enseigné que, en troisième année de baccalauréat, dès que ce livre revenait au programme, nous pouvions compléter cette phrase à voix haute, avant que l\u2019enseignant n\u2019ait terminé sa propre lecture.Pourtant, je conserve peu de souvenirs de ma traversée complète de ce roman, sans doute parce que j\u2019aurais souhaité qu\u2019on m\u2019enseigne davantage de poésie.Vanessa Courville Autrice et enseignante au collégial SE REGARDER DROIT DANS LES YEUX L\u2019incipit, pour être efficace, doit piquer la curiosité, susciter le désir de s\u2019engager dans cet univers nouveau qui se dessine à travers les premières lignes.En ce sens, l\u2019incipit est une forme de contrat qui doit fournir des repères en laissant découvrir qui sont les personnages, quels sont leurs enjeux, où se passe l\u2019action, à quelle époque, etc.L\u2019incipit est également porteur d\u2019une promesse, celle d\u2019une voix, d\u2019un ton littéraire apte à créer un espace-temps où se rejoindront, si la parole est tenue, les sensibilités de l\u2019auteur et du lectorat.En somme, un bon incipit doit donner le goût d\u2019entrer en état de lecture, de s\u2019abstraire un moment de sa propre vie, d\u2019oublier sa propre histoire afin de faire corps avec ce monde devant soi et d\u2019en accepter les dimensions, les rouages, les duperies et les vérités.C\u2019est en appréhendant le début d\u2019un roman qu\u2019on décide si on va le lire ou pas.L\u2019incipit, c\u2019est ce bref instant où le texte nous regarde droit dans les yeux et nous dit : « Allez, suis-moi! » Bruno Lemieux Professeur de littérature et auteur ANNONCER LA MORT L\u2019incipit est particulièrement important dans les textes narratifs.Il « place » le récit, donne le ton, définit le narrateur, le point de vue d\u2019où sera vue l\u2019action.Il sert à la situer, à créer dès le début une atmosphère.Pour moi, c\u2019est un élément essentiel.Surtout pour un roman policier.Parfois, la phrase me vient dès le début de l\u2019écriture; parfois, beaucoup plus tard, comme un éclair.Le prologue de mon roman De pierres et de sang se situe dans le Nunavut : « Le vent du nord, comme une lame. » Déjà, l\u2019arme est placée et le froid nous cingle.Le premier chapitre du même roman s\u2019ouvre : « Avant cette nuit-là, Julie Dorval n\u2019avait jamais tué personne. » On sent la mort qui vient.En terminant, l\u2019un des plus anciens, des plus mystérieux et des plus connus de tous les inci- pits; celui qui devrait inspirer tout écrivain : « Au commencement était le Verbe\u2026 » André Jacques Auteur VOUS VOULEZ LIRE LES INCIPITS PRÉFÉRÉS DE NOS AUTEURS ET AUTRICES?RENDEZ-VOUS SUR NOTRE APPLICATION OU SUR LATRIBUNE.CA 4 Kiev Renaud \u2014 PHOTO ARCHIVES LA TRIBUNE 3 Patrick Nicol \u2014 PHOTO ARCHIVES LA TRIBUNE 1 David Goudreault \u2014 PHOTO ARCHIVES LA TRIBUNE, JESSICA GARNEAU 2 Vanessa Courville \u2014 PHOTO DORIANE WAPISTAN 1 2 3 4 « Parfois, la vie met de l\u2019amour sur notre chemin; il faut se décrotter les semelles et poursuivre notre route. » \u2014 David Goudreault « Le vent du nord, comme une lame. » \u2014 André Jacques SAMEDI 9 OCTOBRE 2021 laTribune M6 LE LIVRE, UNE DISSECTION SHERBROOKE \u2014 « Parler d\u2019autopsie du livre, c\u2019est intéressant comme posture, parce que le livre ne meurt jamais et l\u2019œuvre commence à vivre au moment où elle s\u2019écrit », note d\u2019emblée l\u2019écrivaine Sarah Rocheville, également éditrice et professeure en création littéraire à l\u2019Université de Sherbrooke.« Tant qu\u2019on ne s\u2019y met pas, on est dans le fantasme, poursuit-elle.La vie de l\u2019écriture commence avec le manuscrit. » Et avec la plongée en soi que cela suppose.Aligner les mots, tisser des pages et des chapitres, ça se fait dans la solitude.Pour autant, on n\u2019avance pas seul sur ce chemin-là.Dans son rôle de professeure comme dans celui d\u2019éditrice (chez Leméac), Sarah Rocheville a l\u2019habitude d\u2019accompagner les auteurs.« L\u2019objectif est très différent pour l\u2019une et l\u2019autre de ces sphères.En création littéraire, dans un contexte universitaire, la démarche compte pour beaucoup, le processus est aussi important que le texte final.Lorsqu\u2019on publie un roman, c\u2019est autre chose : on veut un résultat.Après ça, dans les deux cas, mon mandat, c\u2019est d\u2019être une lectrice, de me passionner pour le texte. » De souligner et de faire ressortir les pépites d\u2019or qui nichent dans les carnets.« Les écrivains ne savent pas toujours ce qui est bon dans leur écriture.Mon premier rôle, c\u2019est justement de leur dire ce qui est bon, beaucoup plus que de pointer ce qui ne fonctionne pas, en fait.On travaille autour de ce qui brille dans le texte, on part de ce qui est là.C\u2019est comme un enfant.Il naît, il a son unicité, on ne commence pas à le comparer.On s\u2019émerveille, plutôt.Et on essaie de développer ses qualités, ses dons, de préserver ce qu\u2019il a de beau. » DIALOGUER AVEC L\u2019ŒUVRE L\u2019approche est bienveillante.La façon de voir aussi.« C\u2019est l\u2019écrivain Yvon Rivard, un extraordinaire professeur de création littéraire maintenant à la retraite, qui m\u2019a montré à faire ça : tu soulignes dans un texte ce qui est merveilleux.Et après ça, tout prend forme, tout se structure, le reste s\u2019élimine graduellement.Il suffit d\u2019être patiente et de ne pas envoyer le manuscrit à la publication avant que le travail soit fini.Moi, j\u2019accompagne la patience d\u2019un auteur jusqu\u2019à ce que ce qui est bon dans son écriture trouve sa pleine expansion. » Le temps devient alors élastique.Une conversation s\u2019ancre à l\u2019œuvre et ouvre un dialogue qui convoque d\u2019autres auteurs, d\u2019autres formes d\u2019art.« Je m\u2019intéresse au manuscrit en profondeur.C\u2019est rare d\u2019avoir un tel interlocuteur devant soi, de parler des personnages, de leur psychologie, de ce que porte le texte.Après ça, mon travail d\u2019accompagnement, c\u2019est de faire lire les auteurs. » En pointant les œuvres qui trouveront résonance et écho, l\u2019éditrice enrichit la démarche « et relie des textes en devenir à des textes parfaits, qui nous tirent vers l\u2019avant ».« On a beaucoup parlé d\u2019appropriation culturelle, ces dernières années, mais la création littéraire, c\u2019est une appropriation.D\u2019une manière ultime, c\u2019est l\u2019appropriation de la vie même, c\u2019est du réel, parce qu\u2019on est toujours en train de faire des liens.Plus notre perception est riche et plus on arrive à créer un texte habité.J\u2019ai un parti pris pour les formes simples, qui sont hantées par une complexité, par une voix, par des expériences, par des perceptions.Lorsqu\u2019on écrit, on s\u2019inspire, on reprend une manière de voir, mais à notre façon bien sûr. » BORDER D\u2019INTERLOCUTEURS Un film, une expo, une photo ou un tableau peuvent venir se déposer dans l\u2019imaginaire.S\u2019y déployer.Insuffler ensuite de la dimension, des nuances, des couleurs et de la vie au récit qui est en train de s\u2019écrire.« Finalement, ceux qui accompagnent les auteurs dans leur création, ce sont beaucoup les autres écrivains ou artistes, les gens qui ont une perception aussi aiguisée que celle qu\u2019on veut développer.C\u2019est pour ça qu\u2019au lieu de passer beaucoup de temps à essayer de définir ce qui ne fonctionne pas dans les textes de mes auteurs, je les envoie lire Laura Kasischke, par exemple.Ou bien Tanisaki et son Éloge de l\u2019ombre, pour les aider à comprendre comment on peut traduire une lumière dans un texte.Parce que c\u2019est lui le prof, pour ça.Mon rôle d\u2019encadrement en édition, tel que je le vois, c\u2019est surtout de m\u2019assurer que mon auteur est bordé d\u2019interlocuteurs intéressants qui peuvent nourrir son œuvre. » L\u2019écrivaine Sarah Rocheville (Go west, Gloria, prix Alfred- DesRochers en 2015) est pro- fesseure en création littéraire à l\u2019Université de Sherbrooke et éditrice chez Leméac.\u2014 PHOTO JOHN LONDONO L\u2019INCIPIT « L\u2019incipit a une énorme importance.Il n\u2019y a pas d\u2019erreur possible, il doit être parfait.Et simple, surtout.Les grands livres que j\u2019ai lus, qu\u2019ils soient très populaires ou pour public averti, s\u2019amorcent sur une lancée qui est comme un coup au cœur.On sent une direction.Très souvent, il y a quelque chose qui est lié au temps.C\u2019est ce qui tend la main au lecteur.Fréquemment, je suggère à mes auteurs de commencer par une phrase ou un paragraphe qui est beaucoup plus loin dans la première version, parce que c\u2019est à la fois le nœud et le centre, c\u2019est ce qui va tirer la lecture plus loin.Les premières phrases, c\u2019est comme le titre et la finale : c\u2019est capital.Et c\u2019est ce que je travaille le plus avec mes auteurs. » KARINE TREMBLAY KARINE TREMBLAY karine.tremblay@latribune.qc.ca SARAH ROCHEVILLE ACCOMPAGNER LES AUTEURS, POINTER LE MERVEILLEUX « Mon premier rôle, c\u2019est de dire aux auteurs ce qui est bon, beaucoup plus que de pointer ce qui ne fonctionne pas.On travaille autour de ce qui brille. » \u2014 Sarah Rocheville laTribune SAMEDI 9 OCTOBRE 2021 M7 LE LIVRE, UNE DISSECTION KARINE TREMBLAY karine.tremblay@latribune.qc.ca SHERBROOKE \u2014 Méconnu, le métier d\u2019éditrice?« Oui, absolument.C\u2019est une profession à démystifier.Autrefois, par exemple, quand vous demandiez qui a publié Marie-Claire Blais, personne n\u2019était capable de nommer le nom de l\u2019éditeur.Parce que c\u2019est un métier qui s\u2019exerce loin des projecteurs », exprime Annika Parance, qui est à barre de la maison d\u2019édition qui porte son nom depuis neuf ans maintenant.« L\u2019éditeur agit comme un intermédiaire.Il voit la qualité d\u2019un manuscrit et le pérennise en l\u2019imprimant, en le reconnaissant comme un objet important à faire rayonner.Mon métier, c\u2019est de partager mes coups de cœur littéraires, mais c\u2019est aussi d\u2019accompagner l\u2019auteur ou l\u2019autrice à travers une lecture extrêmement attentive de son texte et ainsi l\u2019aider à aller au plus profond de lui-même », poursuit celle qui œuvre dans le milieu du livre et de l\u2019imprimé depuis des décennies, au bas mot.L\u2019Estrienne d\u2019adoption est en quelque sorte tombée dans la marmite littéraire lorsqu\u2019elle était enfant.Mais c\u2019est le hasard qui l\u2019a menée sur la voie de l\u2019édition.Grande lectrice, celle qui a grandi dans une famille où les livres étaient omniprésents avait tout naturellement entrepris des études en littérature pour devenir professeure.C\u2019est un emploi d\u2019été dans une maison d\u2019édition qui a bousculé ses plans.Et qui a été la bougie d\u2019allumage vers la profession d\u2019éditrice, qu\u2019elle voit comme une vocation.« Je me suis tout de suite sentie à ma place, dans ce milieu », dit celle qui a lancé sa propre maison, en 2012, après avoir travaillé pour d\u2019autres boîtes dans le milieu.« J\u2019étais mûre pour ça, j\u2019avais envie de publier les livres que j\u2019aurais aimé lire. » LE NOM À L\u2019ARRIÈRE Le premier à paraître sous sa bannière était un gros morceau, un ouvrage posthume et inédit de Marie Cardinal.« Ce sont ses filles qui m\u2019ont contactée pour me demander si ça m\u2019intéressait.J\u2019ai travaillé six ans sur ce projet.La barre était haute », raconte celle qui publie au Québec les romans de Julia Kerninon et qui a lancé la collection Sauvage, il y a trois ans.Les petites plaquettes à la couverture distinctive (où ne figurent que le logo et le titre de la collection) forment un éventail d\u2019œuvres variées.« Avec Sauvage, je veux rassembler des textes de tous les genres.Les arts se métissent, on n\u2019est plus dans la catégorisation, et c\u2019est la même chose en littérature.Le but de la collection, c\u2019est de faire des livres plus courts, et de tout accueillir.La poésie, la nouvelle, le slam, le théâtre, le roman.J\u2019ai envie de jouer avec les codes de l\u2019édition, de les bousculer pour démystifier la lecture.J\u2019ai d\u2019ailleurs pris le parti de mettre le nom de l\u2019auteur et le titre du livre a l\u2019arrière, ce qui, à ma connaissance, ne s\u2019était jamais fait. » En parallèle des œuvres littéraires qu\u2019elle propulse, l\u2019éditrice a aussi lancé une branche d\u2019ouvrages médicaux très pointus.« C\u2019est ce qui me permet de vivre de l\u2019édition, en fait, et de me consacrer aussi à la littérature, parce que j\u2019ai publié des livres de vulgarisation scientifique qui sont devenus des ouvrages de référence.Ce qui m\u2019anime profondément, c\u2019est la littérature aboutie, classique.Là, je vois arriver une nouvelle génération d\u2019écrivains.Et je pense qu\u2019avec eux, il va y avoir une révolution dans l\u2019écriture, dans la façon de voir et de dire.Ils proposent un langage différent du nôtre.C\u2019est en gestation, ça émerge, et c\u2019est ce qui m\u2019intéresse beaucoup en ce moment. » ANNIKA PARANCE L\u2019édition comme une vocation Annika Parance \u2014 PHOTO MONICK LANZA Concert rock pour petits de 2 à 7 ans et leur famille ! À cheval sur le show rock et l\u2019installation vidéo immersive, Le Potager raconte en chansons et en images les mains qui sèment, qui arrosent et qui récoltent, l\u2019espoir que ça grandisse bien, le chemin des vers de terre et le plaisir de croquer, si la carotte le veut bien.Samedi 16 octobre à 11 h et 18 h 30 Dimanche 17 octobre à 11 h et 15 h Centre des arts de la scène Jean-Besré 250, rue du Dépôt, Sherbrooke Billetterie I 819 822-1313 I petittheatre.qc.ca Idéation, écritures et mise en scène Karine Sauvé et Érika Tremblay-Roy I Musique Guillaume Gilbert I Visuel peint et animation Élise Lafontaine et Jean- Philippe Thibault I Lumières Andréanne Deschênes IMagicien technique Samuel Thériault I Interprétation Simon Bergeron, Fred Giguère et Guillaume Gilbert Un spectacle signé 0077126 0077756 SAMEDI 9 OCTOBRE 2021 laTribune M8 LE LIVRE, UNE DISSECTION SONIA BOLDUC sonia.bolduc@latribune.qc.ca SHERBROOKE \u2014 On aurait prédit, il y a quelques années ou quelques mois à peine, un engorgement chez les imprimeurs qu\u2019il y aurait eu quelques très longs battements de cils.Pénurie mondiale de papier et hausse associée des prix, a-t-on appris cet été, ce qui cause des maux de tête aux imprimeurs comme aux éditeurs.Mais tout ça, en plus, alors que la vente de livres est en hausse depuis le début de la pandémie.« Ça fait drôle de dire ça, mais la pandémie a aidé toute la chaîne du livre.Ça s\u2019est très bien passé jusqu\u2019ici et on parle même de records pour beaucoup d\u2019auteurs », fait remarquer Marie-Pier Luneau, professeure titulaire à l\u2019Université de Sherbrooke et directrice du Groupe de recherche et d\u2019étude sur le livre au Québec.Selon le bilan annuel Gaspard du marché du livre au Québec pour 2020, la hausse des valeurs des ventes s\u2019est située à 2,5 pour cent, les ventes des éditeurs québécois ayant atteint une hausse de 4,6 pour cent.Les ventes de romans (+24,5 pour cent) et particulièrement les romans historiques (+45,8 pour cent), mais aussi comme toujours des livres utilitaires comme le jardinage (+34,6 pour cent) et la rénovation domiciliaire (+22,9 pour cent) ont été pour beaucoup dans ces gains sur le marché, même si la totalité des nouveautés mises en marché a chuté de 15,3 pour cent par rapport à l\u2019année précédente.Ce retour des Québécois à la lecture perdurera-t-il dans le temps, le livre est-il sauvé pour autant?« Le livre au Québec a toujours traversé des crises.On a annoncé sa mort et celle des auteurs bien souvent, de son support papier également.C\u2019est rassurant de vivre ce regain, note Marie-Pier Luneau.On peut espérer que ça va durer dans le temps, mais on doit toujours faire attention et veiller sur lui. » Tout en poursuivant son perpétuel combat pour ses parts de marché, le livre québécois a fait face à quelques crises ponctuelles, dont la dernière au tournant du millénaire, alors que la mondialisation, les nouvelles technologies, l\u2019au- toédition sur le web et les rachats de maisons d\u2019édition par de gros joueurs ont fragilisé le milieu de l\u2019édition.« Mais curieusement, au Québec, il y a eu à ce moment-là un boum d\u2019éditeurs, ça s\u2019est beaucoup renouvelé.Il y a eu une vague de retraites, et donc de relève éditoriale.Il y avait des places à prendre et les \"jeunes\" en ont profité pour faire les choses autrement.Ils ont utilisé les réseaux sociaux, ont développé de nouvelles stratégies de positionnement et le livre en est ressorti redéfini », explique Marie- Pier Luneau, en rappelant que, peu importe l\u2019époque, chaque génération d\u2019éditeurs a su et dû faire preuve d\u2019audace.« Par exemple, il y a beaucoup de similitudes entre les générations des années 1960 et 2000, elles se rejoignent dans l\u2019audace.Quand les Éditions de l\u2019Homme ont lancé leur série de livres-chocs à 1 $, c\u2019était révolutionnaire.Quand Pierre Hébert, de la même maison, avait décidé de publier Les insolences du Frère Untel, ça aussi, c\u2019était révolutionnaire et différent de ce qui se faisait. » La vague de primoromanciers mis de l\u2019avant par la dernière génération d\u2019éditeurs va dans ce même sens, note encore Marie-Pier Luneau.« On a amené de nouveaux auteurs, de nouveaux poètes parce qu\u2019on cherchait des voix originales pour aller vers la jeunesse, et les maisons déjà bien ancrées n\u2019ont pas eu le choix de suivre tout en gardant avec eux leurs écrivains bien établis.L\u2019un n\u2019efface pas l\u2019autre et on a attiré ainsi de nouveaux lecteurs, que ce soit dans le littéraire ou dans les genres plus populaires.En fin de compte, tout le monde est gagnant et le livre va bien, il y a de quoi se réjouir. » PRATICO-PRATIQUE ET LITTÉRAIRE Il faut aussi remettre les choses en perspective, remarque Pascal Genêt, chargé de cours et responsable pédagogique des programmes en édition au campus de Longueuil de l\u2019Université de Sherbrooke.« Quand on regarde le classement des ventes au Québec, ce sont tous des livres pratiques, de cuisine, de jardinage, des guides de l\u2019auto.En fait, 50 pour cent des livres vendus au Québec sont des importations, et de l\u2019autre 50 pour cent, les plus vendus sont des livres pratiques.Le livre jeunesse occupe une bonne part aussi.Le littéraire conserve une place plus timide.Il y a de la disparité.Ce ne sont pas les livres dont on entend parler le plus qui sont les plus payants pour les éditeurs. » « Ce sont deux champs qui cohabitent : de toutes petites maisons d\u2019un côté, de gros éditeurs commerciaux de l\u2019autre qui ont les moyens de faire des projets plus ambitieux et plus payants, rappelle Pascal Genêt.Il y a une disparité entre ces réalités, mais ultimement, le but est le même : durer dans le temps. » « Alors que les grosses maisons d\u2019édition vont chercher à maximiser leur visibilité dans l\u2019espace commercial et médiatique afin d\u2019assurer la rentabilité de leurs projets, les petites boîtes comme La Peuplade, Alto, Septentrion ou Écosociété vont miser sur l\u2019image et la ligne éditoriale, d\u2019abord par l\u2019esthétisme graphique, mais aussi par l\u2019affinité littéraire de leurs auteurs, des valeurs, des idéologies. » « Ceci étant dit, l\u2019argent n\u2019est pas tout et même les grosses boîtes vont aller chercher des poètes ou de nouvelles voix afin d\u2019ajouter cette valeur culturelle à leurs bannières.La présence de David Goudreault chez Stanké en est un bel exemple », note encore Pascal Genêt, qui forme les futurs éditeurs sur le campus de Longueuil.« On a souvent une vision romantique de l\u2019éditeur, avec son écharpe dans le cou, son verre de bulles à la main, passant ses soirées dans des événements mondains, mais c\u2019est bien autre chose.Ça prend du temps et des connaissances, le travail d\u2019éditeur.Il faut apprendre les finances, les contrats, la mise en marché le marketing.C\u2019est une responsabilité énorme que de faire passer un livre de la sphère privée à la sphère publique.Il y a la mise en forme, mais aussi un travail de fond, une nécessaire connaissance des contextes culturels, politiques, économiques, une conscience des publics.Il faut de la polyvalence, une vision d\u2019ensemble et un grand respect de la chaîne du livre.C\u2019est un métier qui s\u2019apprend », croit Pascal Genêt.LE LIVRE QUÉBÉCOIS?: D\u2019UNE CRISE À L\u2019AUTRE Pascal Genêt, responsable pédagogique des programmes en édition au campus de Longueuil de l\u2019Université de Sherbrooke.\u2014 PHOTO FRANÇOIS COUTURE Marie-Pier Luneau, professeure titulaire à l\u2019Université de Sherbrooke et directrice du Groupe de recherche et d\u2019étude sur le livre au Québec (GRELQ).\u2014 PHOTO LA TRIBUNE, JESSICA GARNEAU « Alors que les grosses maisons d\u2019édition vont chercher à maximiser leur visibilité dans l\u2019espace commercial et médiatique afin d\u2019assurer la rentabilité de leurs projets, les petites boîtes comme La Peuplade, Alto, Septentrion ou Écosociété vont miser sur l\u2019image et la ligne éditoriale, d\u2019abord par l\u2019esthétisme graphique, mais aussi par l\u2019affinité littéraire de leurs auteurs, des valeurs, des idéologies. » \u2014 Pascal Genêt laTribune SAMEDI 9 OCTOBRE 2021 M9 LE LIVRE, UNE DISSECTION SONIA BOLDUC sonia.bolduc@latribune.qc.ca SHERBROOKE \u2014 La liberté de l\u2019auteure.Au bout du fil, la révi- seuse linguistique et correctrice d\u2019épreuves Marie-Claude Masse revient fréquemment sur cette notion de liberté de l\u2019auteur, de l\u2019autrice.« On ne révise par une œuvre littéraire comme on révise un document gouvernemental.Il faut s\u2019adapter au monde de l\u2019auteur, à son esthétisme », explique la Mago- goise, détentrice d\u2019une maîtrise en études françaises, pigiste pour différentes maisons d\u2019édition et pour la revue Les Libraires, entre autres.L\u2019adaptation aux auteurs et à leur univers, Marie-Claude Masse y revient aussi fréquemment.« Tant que c\u2019est cohérent, l\u2019auteur est libre de s\u2019affranchir de la ponctuation, parfois même, d\u2019une certaine façon, de la grammaire ou de l\u2019orthographe.On doit connaître et comprendre son univers, ses choix esthétiques.L\u2019important, c\u2019est que ça se tienne.Si l\u2019auteur prend certaines libertés avec les mots, il faut que ça se tienne, qu\u2019il y ait uniformisation dans la répétition. » Quelques mises en garde ou précisions de l\u2019éditeur au préalable viendront ainsi orienter le travail de révision.Marie-Claude Masse s\u2019attarde à tout, souligne les fautes, accords erronés et coquilles, s\u2019assure de certains choix, note aussi les incohérences, les ruptures de ton ou de style parfois.« Je vais mettre pas mal de commentaires dans la marge, m\u2019assurer que certaines choses sont voulues.C\u2019est un peu un dialogue avec l\u2019éditeur », explique-t-elle, en précisant qu\u2019elle parle rarement directement aux auteurs.« Je suis en contact avec l\u2019éditeur ou l\u2019éditrice, et c\u2019est cette personne qui va m\u2019avertir si l\u2019auteur prend certaines libertés, si on est dans un univers plus onirique, peu importe la particularité.On me prévient d\u2019éventuelles surprises.Ça me permet de comprendre et de m\u2019adapter plus vite à l\u2019univers. » QUELQUE CHOSE DE GRAND « Certaines interventions sont non négociables, mais en littérature, il y a aussi beaucoup de choses qui se négocient.Il faut s\u2019adapter, respecter les textes et les auteurs.Tu ne peux pas charcuter leurs textes, ils sont précieux et il faut donc faire preuve de sensibilité.Tu n\u2019arrives pas dans un texte avec ton dictionnaire ou ta règle de maîtresse d\u2019école : tu arrives avec ta délicatesse et ta sensibilité. » Et même si le travail d\u2019édition aura déjà permis de recadrer des écarts dans le ton, le récit ou l\u2019écriture, le travail de la réviseuse demeure essentiel.« L\u2019édition, c\u2019est un travail d\u2019équipe, tout est important.Même les meilleurs écrits ne sont jamais complètement impeccables quand on les reçoit, et dans un monde idéal, il y aura encore une correction d\u2019épreuves après la révision, souvent par l\u2019éditeur.Au final, l\u2019important, c\u2019est le livre qui est publié au bout de tout ce travail.C\u2019est un plaisir de participer à ça, même si c\u2019est dans l\u2019ombre, parce qu\u2019un livre, c\u2019est quelque chose de grand. » Travailler dans la marge Réviseuse et correctrice, Marie-Claude Masse respecte entièrement la liberté des autrices et auteurs quand elle se penche sur leurs œuvres.\u2014 PHOTO RÉVISION + RÉDACTION P H O T O 1 2 3 R F 0077718 SAMEDI 9 OCTOBRE 2021 laTribune M10 LIVRES SHERBROOKE \u2014 J\u2019ai envie de vous parler d\u2019Anouk en reprenant une des premières citations glissées dans son roman un peu inclassable.Elle est de Jeanne Moreau : « La vie, c\u2019est ce qui vous arrive quand vous étiez en train de prévoir autre chose. » Mais si Jeanne Moreau était encore de ce monde et qu\u2019elle connaissait Anouk, elle lui dirait probablement : « Ma petite, dans votre cas, plusieurs trouveraient qu\u2019elle a été une sacrée salope, la vie! » Et Anouk rirait, probablement.Parce que, oui, vu de l\u2019extérieur, on pourrait penser que la vie est une chienne quand elle vous envoie deux enfants « génétiquement marginaux », puis vous en enlève un des deux.Mais Jeanne et Anouk savent que, dans le fond, ce n\u2019est pas vrai.Est- ce qu\u2019on peut vraiment en vouloir à Madame la vie quand elle s\u2019organise, avec ces deux marmots, pour décupler votre amour pour elle?Et qu\u2019un des aboutissements, outre d\u2019apprendre à « respirer sous l\u2019eau », est la parution de votre premier livre?MÉDUSE ÉGÉRIE Quand j\u2019ai intercepté, au programme des sorties littéraires de l\u2019automne, Une vie fretless ou Comment j\u2019ai accouché d\u2019une méduse d\u2019Anouk Lanouette Turgeon, j\u2019ai ressenti une petite fête intérieure.Parce que c\u2019est toujours réjouissant de voir un ou une de vos anciens collègues d\u2019université franchir l\u2019étape de publier.J\u2019ai donc été ramené 30 ans en arrière, au bac en études françaises, mélange d\u2019étudiants en communications, en linguistique et en littérature.Parmi mes camarades dont j\u2019enviais la plume, il y avait ma coloc Anouk.Mais la vie étant ce qui nous arrive quand on a prévu autre chose (notamment lorsqu\u2019une réorientation professionnelle dans le communautaire vous éloigne des lettres), ce n\u2019est que maintenant qu\u2019Anouk devient officiellement autrice.Et ce ne se serait peut-être jamais produit sans sa « méduse ».« En fait, ça a été une sorte de réflexe de survie.Quand nous avons eu le pronostic pour ma fille, qu\u2019elle serait lourdement handicapée et que j\u2019ai vu ma vie s\u2019effondrer, je me suis dit que j\u2019allais écrire un livre.Que je ferais au moins ça de ma vie.Ça a peut-être l\u2019air cliché.mais c\u2019était pas mal ça quand même.J\u2019étais tellement dépassée, c\u2019était tellement trop! On commençait alors à s\u2019en sortir avec notre premier enfant, on pensait qu\u2019on avait une chance d\u2019avoir un deuxième plus ordinaire.Je n\u2019étais pas rendue à me suicider, mais c\u2019était tellement noir que je me suis dit : s\u2019il y a une seule chose que je peux faire pour que la vie de cette enfant ne soit pas oubliée, pour qu\u2019elle soit présentée au monde, alors je vais au moins essayer.Essayer de devenir ce que je pense que je peux devenir depuis longtemps. » LE POURQUOI DES FRAGMENTS La forme « fragmentaire » qu\u2019emprunte Une vie fretless en dit long sur la façon dont Anouk a réussi à écrire son roman, entre les soins, les visites à l\u2019hôpital, les moments de lumière et de découragement, le militantisme \u2014 parce que, malgré toute sa dévastation, mon ancienne coloc est montée plusieurs fois au créneau pour sensibiliser le public à la situation des parents d\u2019enfants handicapés, notamment comme coresponsable du regroupement Parents jusqu\u2019au bout.« J\u2019ai pris conscience que ce qui me fait écrire, c\u2019est lorsque je ne comprends pas ce qui m\u2019arrive.Il me faut l\u2019écriture pour analyser.C\u2019est là qu\u2019est arrivé le concept des moments fretless, c\u2019est-à-dire sans repères [frettes : marques sur le manche d\u2019une guitare indiquant où placer les doigts]. » Ce qui a permis à Anouk de greffer plusieurs anciens textes, issus d\u2019autres époques de sa vie, d\u2019en écrire de nouveaux et d\u2019inventer ainsi tout un personnage de femme, qui a son propre passé, et qui, malgré tout ce qu\u2019elle vit, reste traversée par le désir et séduite par certains hommes.Une femme qui n\u2019est pas qu\u2019une mère.Et qui, ajoute-t-elle, n\u2019est pas elle, bien qu\u2019elle soit fortement inspirée de son vécu.« Même ma propre mère est sûre que c\u2019est toute ma vie, mais non : il n\u2019y a aucune page dans ce livre où tout est vrai.C\u2019était pour moi une façon de faire contrepoids au drame des enfants, pour que le lecteur ne se tranche pas les veines après deux chapitres.Je voulais que ce soit aussi une histoire où il y a de la beauté et de la lumière. » Quitte à gommer une réalité parfois pire.« Par exemple, j\u2019ai totalement omis la première année de vie de mon fils [atteint de trisomie 21], même s\u2019il a été hospitalisé pendant ANOUK LANOUETTE TURGEON QUAND LA VIE VOUS ARRIVE STEVE BERGERON steve.bergeron@latribune.qc.ca CHRONIQUE Anouk Lanouette Turgeon et son fils Éli en 2014.\u2014 PHOTO ARCHIVES LA PRESSE ANOUK LANOUETTE TURGEON Une vie fretless ou Comment j\u2019ai accouché d\u2019une méduse ROMAN XYZ 296 pages laTribune SAMEDI 9 OCTOBRE 2021 M11 LIVRES cinq mois.Ç\u2019aurait été invraisemblable de lourdeur.même si c\u2019était pourtant ma vie! » LE MYTHE DE LA LIBÉRATION Aujourd\u2019hui, après avoir été refusée une première fois par toutes les maisons d\u2019édition, après avoir recommencé l\u2019écriture (je n\u2019ai pas encore utilisé les mots détermination et courage dans ce texte?), Anouk Lanouette Turgeon peut l\u2019affirmer : écrire n\u2019est pas libérateur.« C\u2019est un mythe.L\u2019écriture est nécessaire, ça permet de regarder sa douleur un peu de l\u2019extérieur, de mettre des mots sur quelque chose d\u2019énorme, mais le fait que ma fille soit morte sera toujours quelque chose d\u2019inacceptable.Même si j\u2019écris le reste de mes jours, ça ne guérira jamais. » Anouk a mis le point final à Une vie fretless trois semaines avant l\u2019adieu à sa méduse.Ce séisme n\u2019est pas dans le livre.« J\u2019aurais pu l\u2019inclure, mais pour moi, la mort de ma fille et tout ce qui s\u2019ensuit, c\u2019est un livre en soi.Ce sera peut-être le prochain. » Anouk n\u2019a évidemment pas écrit dans un dessein de sensibilisation à la situation des parents d\u2019enfants handicapés.Elle a écrit, point.Mais s\u2019il y a un irritant qui pourrait disparaître, elle l\u2019exprime dans l\u2019épisode de la voisine dans la ruelle.« Quand les gens nous disent qu\u2019ils seraient incapables d\u2019être à notre place, ça donne cette impression qu\u2019ils essaient de se rassurer eux-mêmes : je ne serais pas capable, donc ça ne m\u2019arrivera pas.Mais personne ne se lève un matin en se disant : ça me tenterait.Nous sommes simplement des gens ordinaires qui essaient de s\u2019adapter.Alors oui, ça peut vous arriver.et probablement que vous seriez capables vous aussi. » Pensez-y.Au cas où vous auriez prévu autre chose.ANOUK LANOUETTE TURGEON QUAND LA VIE VOUS ARRIVE Michel Garneau et Anouk Lanouette Turgeon.\u2014 PHOTO FRANÇOIS COUTURE Le jour où Anouk a reçu ses exemplaires de Une vie fretless est aussi le jour où son premier, voire son seul mentor en écriture, l\u2019auteur Michel Garneau, s\u2019est envolé.Je savais que, pendant nos années d\u2019université, elle avait suivi un atelier de création avec le poète et que cette expérience avait été synonyme de révélation.Que ce grand inspirateur n\u2019ait pas pu lire le roman lui a évidemment causé une infinie tristesse.« Il aurait été le premier à qui je l\u2019aurais dédicacé! C\u2019était un tel érudit, un tel amoureux de la vie! Il aurait vécu 4000 ans et ne s\u2019en serait jamais lassé.Un esprit critique beau de liberté.Ça me faisait du bien d\u2019être en présence de ce gars-là.Il me réconciliait avec la vie.Il était tout le contraire du poète sombre.Il disait lui-même qu\u2019il avait fait un très mauvais désespéré. » En réalité, Michel Garneau a lu des fragments de Une vie fretless, son ancienne étudiante lui ayant envoyé par courriel quelques pages qui se sont finalement retrouvées dans le roman.Elle espérait avoir quelques paragraphes de commentaires.« Il m\u2019a répondu en 40 pages! À même le courriel! C\u2019est l\u2019équivalent d\u2019un cours de 45 heures à l\u2019université.Je n\u2019ai pas encore fini d\u2019éplucher ses mots.Sa générosité était infinie. » STEVE BERGERON ÉTOILES ALIGNÉES vieuxclocher.com I 819.847.0470 Nos spectacles débutent maintenant à 20h00 ouverture des portes à 18 h 45 RÉSERVEZ TÔT! LES PLACES sont LIMITÉES.élisabeth bossé ven.22 et sam.23 octobre les GRaNDes CRUes ven.3 et sam.4 DÉcembre MaRC heRVieUX sam.11 Dec.20H et DIm.12 DÉc.15H loUis JeaN CoRMieR 30 octobre KeViN PaReNt 19 novembre MaRio JeaN venD.26 et sam.27 novembre MaRtiN Petit ven.12 et sam.13 novembre YVes laMbeRt tRio mar.28 DÉcembre bRiMbelle DIm.14 novembre eVelYNe bRoChU ven 29 octobre aRiaNe MoFFatt 20 novembre RoCK stoRY venD.10 DÉcembre PeteR MaCleoD JeUDI 16 - sam.18 DÉcembre MUsiQUes À boUChes DIm.28 novembre boUCaR DioUF 4-5-6 et 7 novembre 0078473 SAMEDI 9 OCTOBRE 2021 laTribune M12 TÉLÉVISION Les coulisses de l\u2019info par un pro I l est le seul patron d\u2019information à avoir dirigé successivement la salle des nouvelles de TVA puis celle de Radio-Cana- da.Une chose absolument impensable.L\u2019une est privée, l\u2019autre est publique.Deux mondes.C\u2019est dire l\u2019influence que pouvait exercer Philippe Lapointe, figure encore très respectée dans le monde de l\u2019information.L\u2019instinct, le pif, on l\u2019a ou on l\u2019a pas.Philippe Lapointe l\u2019avait sans aucun doute.Dans le livre Aventures au pays des nouvelles télévisées, il parcourt trois décennies d\u2019information, de ses toutes premières années à Télé-Métropole, devenue TVA, jusqu\u2019à son passage à la production privée.« Je pense que c\u2019est une histoire qui valait la peine d\u2019être racontée.À l\u2019époque des fake news, je trouvais important de revaloriser la profession de journaliste, un peu mise à mal.Les gens chialaient beaucoup quand les journalistes posaient des questions au point de presse du premier ministre durant la pandémie.Les journalistes, c\u2019est un peu emmerdant, mais c\u2019est leur job, ça sert à ça.Les pays où il n\u2019y en a pas, on voit ce que ça donne. » Philippe Lapointe est entré à Télé-Métropole en 1980, une époque où son service d\u2019information était la risée de la profession et que la salle des nouvelles était située au sous-sol.« Ça avait l\u2019air d\u2019un entrepôt de bord d\u2019autoroute », se souvient-il.Pour vous donner une idée, il fallait courir entre le sous-sol et le plateau des nouvelles, très éloignés l\u2019un de l\u2019autre, pour se transmettre les infos.C\u2019est dans ces années que l\u2019ordinateur du canal 10 avait capoté un soir d\u2019élection, donnant l\u2019avance à un candidat marxiste-léniniste dans le comté de Claude Ryan.On partait de loin! « Il y avait des gens compétents, mais pas d\u2019encadrement.Les patrons étaient souvent dépassés, pas formés, pas équipés.Ça prend un peu de ressources minimalement. » CRISE D\u2019OKA Ces ressources, c\u2019est André Cha- gnon, ancien PDG de Vidéotron, qui les fournira à TVA en achetant l\u2019entreprise en 1987.Il décide d\u2019investir des sommes importantes pour permettre au réseau d\u2019offrir un produit crédible et fouillé et d\u2019être pris au sérieux.Il n\u2019y a pas de secret : ça prend des moyens pour faire de la bonne information.Le tournant : la crise d\u2019Oka, où TVA a carrément damé le pion à Radio-Canada, un peu par chance, mais surtout par persévérance et débrouillardise.La ténacité des reporters vedettes Alain Gravel et Gaétan Girouard y est pour beaucoup.« C\u2019était une période magique, exaltante, il y avait un effet d\u2019entraînement parmi nous.On se disait qu\u2019on était capable, il y avait un côté fou là-dedans, un peu cowboy.Plusieurs m\u2019ont témoigné qu\u2019ils n\u2019ont jamais eu autant de plaisir à faire leur métier que cet été-là. » Philippe Lapointe n\u2019a même pas 40 ans quand Radio-Canada lui propose de diriger son service d\u2019information en 1995, au moment où RDI est lancé.« J\u2019avais obtenu de bons résultats à TVA.On était premiers partout.Radio-Canada était en mode séduction.Moi, je branlais un peu dans le manche.Bernard Derome m\u2019avait appelé pour me dire d\u2019embarquer avec eux.Quand Derome t\u2019appelle, tu ne peux pas dire non! » dit-il, parlant de ces années comme de « l\u2019âge d\u2019or de l\u2019information ».RÉFÉRENDUM DE 1995 Tout le chapitre sur le référendum de 1995 est fascinant.Sur le fond, il porte essentiellement sur le biais politique dont se faisait accuser le diffuseur public.« Bien sûr qu\u2019il y a eu des pressions du fédéral et c\u2019est normal qu\u2019il y en ait eu, comme du camp du OUI d\u2019ailleurs.Mais ça ne marchait pas parce que la culture journalistique était forte.Il y avait des journalistes qui tendaient plus pour le OUI, d\u2019autres pour le NON, mais quand c\u2019était le temps de faire leur job, ils mettaient leurs convictions de côté. » Aventures au pays des nouvelles télévisées n\u2019est pas un livre de règlements de comptes, bien qu\u2019il y ait plusieurs anecdotes très parlantes.Comme cette histoire de bureau sans porte à Radio-Canada, parce que seuls des cadres d\u2019un certain niveau hiérarchique avaient droit à un bureau fermé! Philippe Lapointe a dû remuer ciel et terre pour qu\u2019on remette en place cette porte et permettre aux comptables de travailler dans la confidentialité.Une illustration un peu burlesque, mais bien réelle de la lourdeur du média public.« C\u2019était une époque où on devait aussi prêter serment à la reine! Ce n\u2019est plus comme ça aujourd\u2019hui.Ça démontrait que les grandes entreprises sont plus bureaucratiques que les petites. » Malgré le tsunami numérique qui l\u2019a balayée, Philippe Lapointe est convaincu que l\u2019information télévisée a toujours sa place en 2021 et salue la décision de Bell Média de doter Noovo d\u2019un service d\u2019information.« C\u2019est une excellente nouvelle.Plus il y en a, mieux c\u2019est.Le produit va s\u2019améliorer, ils commencent, c\u2019est compliqué de lancer une salle des nouvelles. » Même s\u2019il a passé la majeure partie de sa carrière à TVA, vous ne l\u2019entendrez pas dire que Radio-Canada a beaucoup trop de moyens et dilapide les fonds publics.« Je suis toujours très agacé quand on dit que Radio-Canada coûte trop cher.Envoyer Céline Galipeau en Tchétchénie, c\u2019est sûr que ça coûtait cher.Mais quand on compare le coût par citoyen, c\u2019est tellement moins que dans la plupart des grands pays, contrairement à ce qu\u2019on répète beaucoup dans des médias compétiteurs.Si tu veux faire une télévision publique qui se compare à la BBC, il faut y mettre des moyens. » FACEBOOK ET LA DÉMOCRATIE Il s\u2019inquiète beaucoup plus de l\u2019influence des réseaux sociaux sur les courants de pensée, un sujet qui fait l\u2019actualité ces jours- ci avec les dangers potentiels de Facebook pour la démocratie.« Les médias sociaux, ce n\u2019est pas de l\u2019information et de plus en plus de gens s\u2019informent là-dessus. » La rédaction de ce livre, qui a nécessité une année de travail, a permis à Philippe Lapointe de renouer avec de nombreux travailleurs de l\u2019information.Entre ses récits, l\u2019auteur parle plus spécifiquement des personnages qui ont contribué à rendre ses aventures encore plus stimulantes, que ce soient Bernard Derome, Jean-François Lépine, Jean-Luc Mongrain, Denise Bombardier, Pierre Bruneau, Claude Poirier, Pierre Nadeau ou Sophie Thibault.La préface est d\u2019ailleurs signée par Claude Charron, une des figures marquantes de l\u2019information et des affaires publiques à TVA, qui s\u2019est retiré de la vie publique il y a près de 15 ans.Aventures au pays des nouvelles télévisées raconte une histoire palpitante, témoignant du même coup de grands moments de l\u2019histoire du Québec et du reste du monde.Un regard unique sur l\u2019information télévisée qui rend ce récit passionnant, d\u2019un couvert à l\u2019autre.RICHARD THERRIEN CHRONIQUE rtherrien@lesoleil.com Philippe Lapointe \u2014 PHOTO LA PRESSE, SARAH MONGEAU-BIRKETT laTribune SAMEDI 9 OCTOBRE 2021 M13 CINÉMA LÉA HARVEY Le Soleil CRITIQUE QUÉBEC \u2014 Avec Bootlegger, Caroline Monnet, réalisatrice engagée et artiste multidisciplinaire qui signait ce printemps une exposition au Musée des beaux-arts de Montréal, brandit haut et fort son porte-voix pour aborder, avec son tout premier long métrage, un sujet épineux et polarisant : la prohibition d\u2019alcool dans une communauté autochtone.La cinéaste offre avant toute chose d\u2019impressionnants paysages.Bien que tournées en Outaouais, à Kiti- gan Zibi Anishinabeg, les scènes quasi dépaysantes propulsent l\u2019histoire dans le nord de la province.Si la plus grande force de Bootlegger réside en ses multiples personnages, le territoire que nous présentent d\u2019emblée la caméra et les prises de vue en drone est éloquent dès le départ.C\u2019est dans cette vaste et puissante nature que la réalisatrice campe le combat de Mani (Devery Jacobs).Dépassée par « les vieilles lois paternalistes » qui régissent les membres des Premières Nations, l\u2019étudiante en droit tentera par tous les moyens de convaincre sa communauté de faire un référendum sur la question de la prohibition d\u2019alcool sur ses terres.Face à son bon vouloir s\u2019imposent toutefois les enjeux liés à l\u2019argent et à la politique.Plusieurs personnages afficheront leur point de vue contre le fameux vote : Laura (Pascale Bussières) qui profite des ventes illégales de bouteilles ainsi que Jeanne (Dominique Pétin), la cheffe du conseil de bande, pour qui il vaut mieux que rien ne change.CELLE QUI A ÉTÉ ASSIMILÉE En plus d\u2019aborder ce sujet conflictuel lié à la Loi sur les Indiens et d\u2019en montrer différentes facettes, Caroline Monnet met en lumière les questions identitaires ou encore les fossés qui peuvent se dessiner entre les générations.Le tout au sein d\u2019une même communauté.Bien qu\u2019accueillie à bras ouverts par sa famille, Mani, qui habite désormais Montréal, est perçue par certains comme une étrangère, voire une « assimilée ».Si sa grand- mère (Joséphine Bacon) la guide parfois, elle n\u2019approuve pas d\u2019emblée sa proposition de référendum.Voilà donc précisément où se cachent toute la beauté et l\u2019intérêt d\u2019un film comme Bootlegger : Caroline Monnet prend le temps de cerner chaque vision de ces enjeux et de les illustrer au grand écran.Avec sa caméra en guise de ciseau, elle décortique, un morceau à la fois, le bloc monolithique sous la forme duquel la société tend souvent à présenter les membres des Premières Nations.Tout en conservant cette diversité de pensées, le long métrage de 81 minutes aurait toutefois gagné à creuser ou, du moins, à mettre davantage en évidence le passé de ses protagonistes.Si on est rapidement intrigué par Mani et sa famille, par Oscar (Samian), le policier du village, ou encore par Laura, on reste toutefois sur sa faim devant la quantité d\u2019histoires qu\u2019ils semblaient porter sur leurs épaules.Avec ce premier film, Caroline Monnet offre malgré tout au public une œuvre de fiction qui permet tant aux néophytes qu\u2019aux experts de plonger, sans filtre, au cœur d\u2019une communauté autochtone aux prises avec d\u2019importants combats à mener.BOOTLEGGER Briser les visions monolithiques Parce qu\u2019elle vit à Montréal, Mani (Devery Jacobs) est désormais perçue comme une étrangère ou une assimilée par certains membres de sa communauté autochtone d\u2019origine.\u2014 PHOTO MK2 MILE END GENEVIÈVE BOUCHARD Le Soleil CRITIQUE QUÉBEC \u2014 L\u2019heure est aux adieux pour l\u2019acteur Daniel Craig dans Mourir peut attendre, son cinquième et dernier film dans la peau du mythique agent secret James Bond.L\u2019action, les explosions, le côté sexy et le sourire en coin sont de nouveau au rendez-vous dans ce 25e chapitre de la franchise.Mais la vulnérabilité et l\u2019émotion servent de tremplin vers la suite des choses pour le matricule 007.Nous retrouvons Bond dans un statut de retraité, lui qui ne travaille plus au service de Sa Majesté et qui vit des jours paisibles avec sa douce Madeleine (Léa Seydoux).Mais il n\u2019a pas perdu ses réflexes ni ses ressources.Un hommage sur la tombe d\u2019une connaissance passée \u2013 qui se révélera être un piège \u2013 et la visite d\u2019un ami travaillant pour la CIA le ramèneront dans ses vieilles habitudes, quitte à devoir sacrifier son bonheur tranquille et sa quiétude personnelle.Le voilà reparti sur la trace de vilains, notamment un scientifique muni d\u2019une arme redoutable.Avec une sortie d\u2019abord prévue au printemps 2020, Mourir peut attendre a un peu pris des airs de symbole au début de la pandémie.Si même l\u2019increvable James Bond devait s\u2019incliner devant la COVID-19, on avait sans doute affaire à quelque chose de sérieux.Il fallait certes attendre la réouverture des lieux culturels sur la scène internationale et patienter le temps que la crise s\u2019atténue afin de lancer ce gros canon.Avec une partie de l\u2019intrigue assise sur une arme bactériologique hautement contagieuse, on peut aussi penser qu\u2019il était sage de donner un peu de recul aux cinéphiles.Mourir peut attendre offre une finale plus qu\u2019honorable au James Bond incarné par Daniel Craig depuis 2006.Les ancrages dans la tradition y demeurent, mais dans un contexte où la franchise a su s\u2019adapter à son époque et à sa diversité.La successeure (temporairement, du moins\u2026 les paris sont ouverts!) de Bond sous le matricule 007 est une femme noire (Las- hana Lynch) au bagout indéniable.La très jolie agente (Ana de Armas) qui épaulera notre homme dans une mission à Cuba sera perçue comme une égale et non un objet de désir.Le complice Q, expert en techno, nous apprendra tout naturellement au détour d\u2019une conversation qu\u2019il est homosexuel\u2026 Les temps changent, et pour le mieux! On retiendra de Mourir peut attendre un périple haletant, mais aussi très fort en émotions pour un personnage qui, historiquement, cachait bien son jeu.C\u2019est la fin d\u2019une époque, c\u2019est assumé, c\u2019est célébré d\u2019une manière qui vise à vous tirer une larme.Reste à voir qui reprendra le flambeau.MOURIR PEUT ATTENDRE Un chant du cygne fort en émotions Après un report de 18 mois, le dernier James Bond mettant en vedette Daniel Craig arrive enfin sur les écrans, dans une histoire forte en émotions, d\u2019une durée de presque deux heures quarante-cinq minutes.\u2014 PHOTO NICOLA DOVE, LLC AND MGM Au générique Cote : ?1/2?Titre : Bootlegger Genre : Drame Réalisatrice : Caroline Monnet Acteurs : Devery Jacobs, Pascale Bussières et Samian Durée : 1 h 21 Au générique Cote : ?1/2?Titre : Mourir peut attendre Genre : Action Réalisateur : Cary Joji Fukunaga Acteurs : Daniel Craig, Léa Seydoux et Rami Malek Durée : 2 h 43 SAMEDI 9 OCTOBRE 2021 laTribune M14 CINÉMA YVES BERGERAS Le Droit GATINEAU \u2014 Denis Villeneuve le répète depuis des années : la lecture de Dune l\u2019a non seulement « subjugué » et « envouté » à l\u2019adolescence, mais les thèmes du récit de Frank Herbert l\u2019ont aussi « habité pendant près de 40 ans ».« C\u2019est un roman qui, par ses thèmes, m\u2019a influencé tout au long de mon parcours.On peut peut- être même retrouver des traces de Dune dans mes films précédents », de confier le réalisateur \u2014 dans un entretien de dix minutes accordé lors d\u2019une journée-marathon d\u2019entrevues organisée durant le Festival du film de Toronto, où son long métrage était projeté en grande avant-première canadienne.Le Québécois s\u2019est donc fait « plaisir », en prenant les manettes de ce récit-fleuve longtemps considéré comme inadaptable au grand écran.et ce, même après que David Lynch se fut fendu d\u2019une première adaptation cinématographique en 1984 \u2014 que le réalisateur a largement désavouée par la suite.« Avoir le privilège de pouvoir amener ces images-là à l\u2019écran, qui m\u2019avaient habité et que je n\u2019avais pas encore vues dans les autres adaptations [ni chez Lynch ni dans la télésérie réalisée par John Harrison en 2000], ç\u2019a été une source de plaisir immense.Certaines parties de mon imaginaire ont [enfin] pu s\u2019exprimer », poursuit Villeneuve.Mais le cinéaste s\u2019était donné une autre mission : que tout ce qui se passe à l\u2019écran nous paraisse « étrangement familier », malgré l\u2019exotisme de cet univers.« Pourquoi?Parce que je voulais que les gens sentent que tout ce qu\u2019ils voient est dangereusement vrai, se rapproche de la réalité, qu\u2019ils ne soient pas distraits et qu\u2019ils puissent complètement [se focaliser] sur le parcours introspectif du personnage principal. » Il a donc tenu à gommer le « choc exotique », afin que le spectateur ressente une impression de « dangereuse proximité avec ce monde » de science-fiction.Comme bien des amateurs du genre, Denis Villeneuve est d\u2019avis qu\u2019un bon récit de SF doit (idéalement) parler du présent par la bande et tendre un miroir dans lequel peut (se) réfléchir la société contemporaine.DANS LE SILLON DE LYNCH Mais encore fallait-il se distinguer de la vision de David Lynch.On ose donc, un peu effrontément sans doute, demander à Denis Villeneuve en quoi il a réussi à imprimer à l\u2019univers de Dune une touche véritablement personnelle, car les différences ou divergences avec le film de l\u2019illustre prédécesseur ne nous ont pas paru aussi majeures qu\u2019on l\u2019espérait.Il s\u2019étonne de la question, sans toutefois s\u2019en offusquer.« C\u2019est un film qui n\u2019a pas eu d\u2019influence extérieure, rétorque-t-il, qui est fait entièrement avec ma propre sensibilité.Je suis entièrement responsable de chaque élément, de chaque décision ».Et ce, même si, en chemin, Villeneuve a été largement aidé par de nombreux alliés capables de remettre en question certains choix, tout en veillant à « respecter » et « protéger » sa vision.« Je dirais même que c\u2019est peut- être mon film le plus personnel, de par les thèmes abordés et de par les images que j\u2019ai pu mettre à l\u2019écran » en cherchant à combler le Villeneuve adolescent, lecteur.« Il y a une certaine prétention, je ne m\u2019en cache pas », à réaliser des films jonglant avec des budgets aussi colossaux, « mais je ne suis pas assez fou pour me comparer à David Lynch, qui est un de mes grands maîtres en cinéma », assure-t-il.Et d\u2019ajouter : « Honnêtement, c\u2019est votre travail [de journaliste] de comparer, pas le mien! Moi, j\u2019ai vraiment fait un effort fondamental pour faire table rase du passé. » Villeneuve ne se souvient pas d\u2019avoir perçu « la maîtrise » habituelle de Lynch lorsque ce dernier a entrepris d\u2019explorer Arrakis, cette planète de sables surnommée Dune.« Quand j\u2019ai vu son film, je l\u2019ai en partie aimé, mais j\u2019étais déçu aussi.Je n\u2019avais pas senti cet amour du roman.Je me disais : \"Il y a quelqu\u2019un d\u2019autre qui va porter ça à l\u2019écran un jour.C\u2019est un film à refaire.\" Et par un concours de circonstances, c\u2019est moi qui l\u2019ai fait. » PRÉOCCUPATIONS FÉMINISTES ET ÉCOLOGIQUES Villeneuve a voulu, lui, « mettre l\u2019accent sur le personnage de Paul Atreides » (ici campé par Thimo- tée Chalamet), chose qui relevait de « l\u2019évidence ».Mais aussi réinscrire « au cœur du récit » la relation entre Paul et sa mère, Lady Jessica (Rebecca Ferguson).Cette prémisse lui permettait de mettre à l\u2019avant-plan certaines des préoccupations féministes présentes dans le roman, mais peu exploitées dans ses adaptations à l\u2019écran, ainsi que d\u2019autres éléments féminins du livre, à commencer par les Bene Gesserit, cette sorori- té dont l\u2019influence religieuse, politique et magique s\u2019étend à travers toute la constellation créée par l\u2019auteur.« Et qui pour moi est une des idées les plus fulgurantes du roman », ajoute-t-il.Le réalisateur Denis Villeneuve et le comédien Javier Bardem, qui campe un Fremen, sur le plateau de Dune.\u2014 PHOTO CHIABELLA JAMES, WARNER BROS DENIS VILLENEUVE LA FAMILIÈRE ÉTRANGETÉ DE DUNE laTribune SAMEDI 9 OCTOBRE 2021 M15 CINÉMA écosystème que les Fremen [les habitants de Dune] prennent toute leur force ».Ce détail à saveur environnementale \u2013 « qui aurait pu être facilement être mis de côté » \u2013 était de première importance aux yeux de Denis Villeneuve, qui poursuivait des études en biologie lorsqu\u2019il a dévoré le roman, et qui envisageait alors la possibilité d\u2019entamer une carrière dans ce domaine scientifique.C\u2019est pourquoi son film s\u2019efforce de redonner à ce bestiaire la place, plus grande, qu\u2019il méritait.Le premier volet de Dune prend l\u2019affiche le 22 octobre au Canada.GATINEAU \u2014 Denis Villeneuve a « appris » plein de choses sur le plateau de Dune.« J\u2019ai vraiment eu l\u2019impression de retourner à l\u2019école de cinéma », car, malgré un budget relativement « costaud », convient-il, « on travaillait quand même dans un cadre très précis » et avec des moyens financiers limités, plaide le maestro derrière la caméra d\u2019Incendies, Blade Runner 2049 et Sicario.L\u2019ampleur du film - la multitude de personnages, décors et lieux de tournage, mais aussi les différentes équipes à superviser \u2014 fut un autre joyeux casse-tête.Et un défi qui a mobilisé toute l\u2019énergie et l\u2019attention du réalisateur.« Ç\u2019a été un marathon de longue haleine.J\u2019ai tourné presque tous les jours.J\u2019ai travaillé avec une équipe beaucoup plus grosse que d\u2019habitude.Je supervisais plusieurs équipes en même temps, il fallait que je sois présent partout à la fois.Ça m\u2019a demandé une capacité de concentration » accrue, et, en terme d\u2019heures de travail consacrées au projet, un investissement pharaonique.Le cinéaste ne regrette rien.D\u2019abord, parce qu\u2019en faisant Dune, il a « beaucoup, beaucoup appris sur le cinéma.Plus que jamais, probablement! » Et ensuite, parce qu\u2019il a enfin pu « satisfaire la part de [lui-même] qui avait rêvé si puissamment en lisant le roman ».Quand on sait à quel point le rêve et les visions forment un élément central, moteur, du roman de Frank Herbert et de la quête initiatique de son héros, le mot « rêve » n\u2019est pas choisi à la légère.LUMIÈRES NATURELLES Cette production hollywoodienne n\u2019est pas une superproduction, à ses yeux.« Il n\u2019y avait pas tout l\u2019argent du monde.Il a fallu trouver des stratégies de travail, d\u2019approche, pour réussir à amener le projet à bon port.Et pour ça, il a fallu que je m\u2019adapte, que je transforme ma manière de faire », précise le réalisateur connu pour son \"allergie\" aux écrans verts, qui permettent de réinventer les images en postproduction.Lui qui n\u2019aime pas tricher se réjouit d\u2019ailleurs d\u2019avoir réussi à « imposer des trucs à la production, comme le fait de travailler [dans des décors] naturels et avec la lumière naturelle ».Or, l\u2019intensité lumineuse du jour est changeante, évanescente, ce qui a imposé à ses équipes de « travailler à des périodes de temps très, très précises de la journée ».« Il fallait donc que je trouve une façon d\u2019approcher la mise en scène et le travail avec la caméra de façon différente par rapport à un tournage qui s\u2019étale sur toute la journée », explique Denis Villeneuve, pour qui la solution fut de soigner encore davantage « le travail de répétition » en amont de chaque scène à tourner.YVES BERGERAS, LE DROIT DENIS VILLENEUVE EN PLEIN APPRENTISSAGE Rebecca Ferguson (Jessica) et Timothée Cha- lamet (Paul) forment le duo mère-fils de la Maison Atréides, dans le Dune de Denis Villeneuve.\u2014 PHOTO WARNER BROS Rebecca Ferguson campe Dame Jessica Atréides dans Dune de Denis Villeneuve.\u2014 PHOTO WARNER BROS Denis Villeneuve, passionné de biologie, a voulu rendre justice à l\u2019attention que portait l\u2019auteur Frank Herbert, auteur de Dune, lorsqu\u2019il a créé la faune, la flore et tout l\u2019écosystème cohérent de la planète Ar- rakis.\u2014 PHOTO WARNER BROS L\u2019autre priorité de Denis Villeneuve, « c\u2019était de faire en sorte qu\u2019on ressente la préoccupation, l\u2019intérêt, la sensibilité » du romancier pour la dimension « biologique » des nombreuses créatures auxquelles il a donné vie.Au-delà de la puissance dramatique et narrative du livre, Villeneuve avait été « séduit et sidéré » par la richesse de la faune et de la flore des paysages de Dune.« Une chose que j\u2019ai adorée à la lecture du roman, c\u2019est que Frank Herbert a créé et approfondi des écosystèmes qui sont imaginaires mais ultra-réalistes dans leur description. » Un « détail » qui n\u2019a rien d\u2019anodin, car, rappelle le réalisateur, « c\u2019est dans la relation avec leur SAMEDI 9 OCTOBRE 2021 laTribune M16 KARINE TREMBLAY karine.tremblay@latribune.qc.ca @tremblayk facebook/quotidienlatribune en cuisine SHERBROOKE \u2014 Denis Gagné copilote l\u2019émission L\u2019épicerie depuis les tout débuts de l\u2019hebdomadaire rendez-vous gourmand de Radio-Canada.L\u2019équipe a soufflé 20 bougies sur son gâteau télévisuel, cette semaine.L\u2019occasion était belle de jaser avec l\u2019animateur originaire de Sherbrooke qui est là depuis le jour un\u2026 et même un peu avant.« J\u2019avais tourné le pilote dans une cantine mobile avec Josée di Sta- sio, se souvient-il.J\u2019étais à l\u2019époque à l\u2019émission Les 400 coûts, à Télé- Québec, où on me confiait plusieurs mandats plutôt alimentaires.Quelqu\u2019un à Radio-Canada l\u2019avait remarqué et m\u2019avait contacté pour le projet de L\u2019épicerie. » On connaît la suite.Josée di Stasio a finalement pris les rênes d\u2019une hebdomadaire à son nom, à Télé-Québec.Et L\u2019épicerie a pris son envol avec Denis Gagné et Marie-Josée Taillefer, laquelle a coanimé pendant cinq ans avant de passer le flambeau à Johane Despins.Dès le départ, la demi-heure alimentaire relevait de l\u2019info de Radio-Canada, puisqu\u2019elle était rattachée au département des affaires publiques.C\u2019est un détail qui n\u2019en est pas un.Parce que ça donne une idée du moteur qui propulsait l\u2019équipe et du mandat qui était sien dès le départ.« Nous n\u2019étions pas journalistes, mais nous avons montré qu\u2019il y avait moyen de parler d\u2019alimentation et de santé de façon rigoureuse.L\u2019émission a démarré et tout de suite, ça a été un succès.Ça allait tellement bien, en fait, qu\u2019après deux mois de diffusion, la SRC a manifesté le souhait qu\u2019on continue l\u2019été aussi, ce qui n\u2019était pas prévu initialement », dit celui qui s\u2019attendait à passer deux ou trois ans dans le camion de L\u2019épicerie avant d\u2019embarquer dans un autre véhicule télévisuel.« Parce que c\u2019était un peu la norme, la durée de vie habituelle des projets au petit écran.Que ça dure 20 ans, non, je n\u2019aurais pas imaginé ça! » note celui qui raconte être devenu un excellent « cuiseur » au fil des saisons.À force de voir les chefs cuisiner à l\u2019écran, il a fait siens leurs trucs derrière les fourneaux et le barbecue.« Le secret de la réussite des viandes, des poissons et des légumes, il réside beaucoup dans une cuisson à point.C\u2019est d\u2019ailleurs grâce à ça que je mange maintenant davantage de légumes.Je viens d\u2019une génération où les mères ouvraient des boîtes de conserve et faisaient bouillir le contenu.Évidemment, le résultat n\u2019était jamais bon.J\u2019ai découvert le plaisir de manger des végétaux en apprenant à bien les cuire. » L\u2019animateur a aussi beaucoup appris, sur différents enjeux touchant l\u2019assiette et sur ce qui fait l\u2019actualité alimentaire.« Le rythme de production est soutenu, depuis le début.Entre le moment où on a une idée et où celui où on la diffuse, il s\u2019écoule rarement plus de 4 semaines. » Dix-huit personnes planchent à temps plein sur le magazine d\u2019information.« Si on calcule le temps de tout le monde, ça veut dire qu\u2019il faut de 600 à 800 heures pour faire 22 minutes de contenu.On a toujours de petites capsules et trois sujets principaux, soit une enquête sur un produit ou une tendance, un banc d\u2019essai et ce qu\u2019on appelle le festin gaulois, un segment dans lequel on découvre un plat, un chef, une bonne adresse ou une tendance.Comme c\u2019est un show excessivement illustré, ça prend du temps à tourner. » Parce qu\u2019il faut montrer les bons éléments.« Si on parle d\u2019ingrédients qui sont moins bons pour la santé dans certaines céréales, par exemple, on ne peut pas filmer une rangée de boîtes au hasard, sinon, c\u2019est de la désinformation.Il faut avoir le souci de montrer ce dont on parle, exactement. » Il faut aussi avoir le souci de donner des indications justes, fouillées, pertinentes.Et accessibles.« Le ton en général est axé sur la vulgarisation.Si ton frère te demande comment sont lyophilisés les ingrédients, tu as le choix de lui faire une thèse scientifique sur le sujet.Ou bien tu peux lui expliquer les choses plus succinctement, mais avec clarté.Nous, c\u2019est ça qu\u2019on fait.On ne met pas toute la recherche à l\u2019écran, notre posture est celle de la solution, on aiguille les gens sur les options, les meilleurs choix.Et on dit les choses pour ce qu\u2019elles sont, il y a un côté bienveillant à la patente. » Un côté rassembleur, aussi.« Tout le monde, on se pose la question \u2018\u2018qu\u2019est-ce qu\u2019on mange\u2019\u2019 trois fois par jour, quand même.On n\u2019avale pas des nutriments, on mange des aliments.C\u2019est rassembleur, la table.C\u2019est un noyau a u t o u r d u q u e l o n partage. » DENIS GAGNÉ DEUX DÉCENNIES À L\u2019ÉPICERIE « Tout le monde, on se pose la question \u2018\u2018qu\u2019est-ce qu\u2019on mange\u2019\u2019 trois fois par jour, quand même.On n\u2019avale pas des nutriments, on mange des aliments.C\u2019est rassembleur, la table.C\u2019est un noyau autour duquel on partage. » \u2014 Denis Gagné Denis Gagné copilote l\u2019émission L\u2019épicerie depuis les tout débuts de l\u2019hebdomadaire rendez-vous gourmand de Radio- Canada.\u2014 PHOTO ICI TÉLÉ laTribune SAMEDI 9 OCTOBRE 2021 M17 EN CUISINE JOUEUR D\u2019ÉQUIPE Cette notion de partage n\u2019est sans doute pas étrangère au plaisir qu\u2019éprouve Denis Gagné à faire partie de l\u2019équipe de L\u2019épicerie, lui qui a fait ses premières armes devant public à travers le jeu théâtral.« Je suis né en Estrie, j\u2019ai fait mon primaire à Québec, mais je suis revenu dans la région pour mes études universitaires.J\u2019étais inscrit en administration. » Première journée désenchantée : il ne se reconnaissait pas dans le profil de la cohorte.« Je voyais les jeunes de mon âge en habit-cravate et en tailleur.Disons que je ne cadrais pas. » Il avait déjà fondé le Théâtre de la Poursuite.Lorsqu\u2019il a vu le programme d\u2019études françaises, option animation théâtrale, il a vite bifurqué.« J\u2019ai fait deux ans sur trois, le théâtre me prenait trop de temps. » Le producteur Bernard Fabi, qui œuvrait déjà à Télé-7 (TVA aujourd\u2019hui), à l\u2019époque, lui a ouvert les portes de la télé.« Il m\u2019a proposé de faire des voix avant de me confier l\u2019animation d\u2019une émission pour enfants, le samedi matin. » Un show de vidéoclips a suivi, trois ans avant la naissance de Musique Plus.Les projets à l\u2019écran se sont enchaînés, les pièces de théâtre aussi.À un moment, Denis multipliait les représentations théâtrales et les émissions radiophoniques à CIMO 106 (aujourd\u2019hui Énergie).Jusqu\u2019à ce que le rythme effréné impose un choix.La télé a fini par prendre toute la place.« À travers tout ça, j\u2019ai aussi eu une petite carrière de chanteur », souligne en rigolant celui qu\u2019on peut entendre sur les albums de Sylvie Dumontier, alias Shilvi, de même que sur Chansons drôles, chansons folles (Henriette Major), qui a beaucoup rayonné lors de sa sortie.MOMENTS FORTS Certains de ces moments d\u2019hier devraient se retrouver dans la mirette de l\u2019émission Les enfants de la télé, à laquelle Denis Gagné participera en novembre.Sans doute y aura-t-il aussi quelques moments forts tirés de L\u2019épicerie.Si on lui demande, à lui, quels sont les reportages alimentaires qui l\u2019ont davantage marqué au fil des ans, il en cite deux.« J\u2019ai travaillé un mois sur la dénutrition des personnes âgées en CHSLD, il y a 11 ans.J\u2019ai vu des personnes de 80 ans dont le conjoint était décédé.Elles étaient en état de dénutrition et étaient difficiles à ramener, parce que la nourriture servie était très quelconque.On s\u2019est mis à réfléchir à la relation directe qui existait entre la qualité de ce qui était mis dans l\u2019assiette et l\u2019état de santé général des résidents.On a réussi à faire bouger les choses, depuis.Le choc que j\u2019ai eu, à l\u2019époque, ç\u2019a été de croiser un gars de mon âge en résidence. » L\u2019homme, dans la cinquantaine, avait fait un AVC.« Il était nourri à la petite cuillère.J\u2019ai réalisé que le temps passait.Avec ma conjointe, on avait acheté un terrain à Bromont en se disant qu\u2019on bâtirait quelque chose plus tard. » Plus tard, c\u2019était maintenant, désormais.« Je te parle dans la maison qu\u2019on a construite il y a 11 ans, sur un terrain assez unique parce qu\u2019on est quatre propriétaires qui avons chacun notre terre en plus d\u2019un immense terrain en commun. » C\u2019est là qu\u2019a pris naissance l\u2019inspirante coopérative La ferme de la colline du chêne, portée par la relève agricole.« Ç a m \u2019 a permis de voir l\u2019autre versant, celui des producteurs, et de mesurer à quel point nos aliments sont le fruit d\u2019un immense travail et d\u2019efforts constants. » Et l\u2019autre reportage?« C\u2019est celui que j\u2019ai fait au Danemark.On est allé là-bas parce que la ville de Copenhague avait statué que, dans tous les établissements sous sa juridiction, on servirait désormais uniquement de la nourriture bio, en tout temps.Ils ont mis en place toutes les infrastructures pour que ça fonctionne.C\u2019était spectaculaire.Et c\u2019était un exemple de ce qu\u2019on peut faire quand la volonté politique est au rendez-vous. » Suggestions, questions, commentaires?Écrivez-moi à karine.tremblay@latribune.qc.ca Suivez-moi sur Instagram : karine.encuisine Johane Despins \u2014 PHOTOS ICI TÉLÉ Tendances d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui Vingt ans à jaser tomates, patates et pasta, ça use son animateur?« Pas du tout.Parce que les sujets se renouvellent, le public aussi.L\u2019assiette des Québécois s\u2019est transformée, l\u2019émission a suivi la parade.En 20 ans on est passé du Velveeta à Alfred le fermier », image Denis Gagné pour montrer à quel point le panier d\u2019épicerie a changé.« Dans l\u2019intervalle, il y a eu les produits \u2018\u2018sans\u2019\u2019.Sans sucre, sans gras, sans OGM.Il y a eu les produits \u2018\u2018avec\u2019\u2019.Avec oméga-3, avec pro- biotiques.Maintenant, on cherche des produits avec la liste d\u2019ingrédients la plus courte possible.On est aussi dans une mouvance d\u2019achat local.Les gens souhaitent encourager leurs producteurs et artisans de proximité.Il reste que, honnêtement, en supermarchés, c\u2019est encore le prix qui dicte les habitudes de consommation.Les gens vont dire oui au local.dans la mesure où ça ne leur coûte pas plus cher! » En magasin d\u2019alimentation, actuellement, la tendance qui s\u2019observe est celle du « downsizing ».« Les fabricants ont diminué les quantités dans l\u2019emballage de leurs produits, mais les prix sont restés les mêmes », explique Denis Gagné.Et de façon globale, le prix des aliments a augmenté.« En raison de la pandémie, il y a eu certains problèmes d\u2019approvisionnement, ce qui a fait grimper les prix.Ce qui nous sauve, au bout de l\u2019année, c\u2019est qu\u2019en étant tous en télétravail, on économise ailleurs.Les frais reliés au transport, aux vêtements, aux lunchs à l\u2019extérieur ne sont pas venus miner le budget.C\u2019est ce qui fait en sorte que les familles ne s\u2019en sortent pas trop mal. » KARINE TREMBLAY SAMEDI 9 OCTOBRE 2021 laTribune M18 RÉGAL ET RESTOS RAPHAËLLE PLANTE Le Soleil QUÉBEC \u2014 Vous avez succombé à l\u2019envie de faire vos propres conserves?Vous n\u2019êtes pas seuls\u2026 et les couvercles pour conserver les précieuses denrées en pots se font bien rares depuis quelques semaines sur les tablettes des détaillants de la province.Que faire alors pour éviter de perdre les récoltes de votre potager ou de votre maraîcher préféré?D\u2019abord, signalons que cette rareté de couvercles à pots Mason n\u2019est pas nouvelle en soi, mais elle a pris de l\u2019ampleur avec le déclenchement de la pandémie.À l\u2019automne 2020, les médias québécois faisaient état de cette pénurie, qui suivait celle des semences dans les jardineries\u2026 comme quoi les nouveaux adeptes de jardinage ont eu de la suite dans les idées! Sabrina Thériault, alias Miss Conserves, offre des ateliers sur la mise en conserve et a publié l\u2019été dernier un ouvrage rassemblant ses « secrets » ainsi que ses meilleures recettes.Elle est aussi fondatrice du groupe Facebook « Conserves maison, cannage et déshydratation » qui compte plus de 37 000 abonnés.Une question lui est constamment posée ces temps-ci : « Les gens veulent savoir où trouver les couvercles parce qu\u2019il n\u2019y en a pratiquement plus dans les magasins.Il y en a beaucoup qui se tournent vers la vente en ligne, par exemple Dollarama.Et on remarque aussi une hausse des prix », constate Mme Thériault.Vérification faite en début de semaine : les couvercles Snap Lid de Bernardin étaient en rupture de stock sur le site de Dollarama.Bernardin, le leader de la mise en conserve domestique au Canada, a répondu aux doléances des adeptes du cannage.« Nous comprenons votre frustration concernant les difficultés que vous avez à trouver nos couvercles [\u2026] Bien que nous ayons produit plus de couvercles qu\u2019avant la COVID-19, ce n\u2019est pas suffisant pour répondre à la demande de tous les nouveaux et anciens membres de la communauté de la mise en conserve », a indiqué l\u2019entreprise sur sa page Facebook, le 9 septembre dernier.QUEL PROBLÈME?Mais pourquoi cette ruée sur les couvercles, se demanderont les non-initiés.C\u2019est que contrairement aux bocaux en verre et aux bagues métalliques qui serrent les couvercles, les disques plats qui scellent les pots ne sont pas réutilisables après avoir subi un traitement de chaleur.« L\u2019étanchéité d\u2019un contenant ne signifie pas qu\u2019il est stérile », souligne la chimiste spécialisée en alimentation Anne-Marie Desbiens.Si une conserve n\u2019est pas correctement scellée et stérilisée, elle offre à la bactérie Clostridium botulinum la possibilité de se multiplier et de produire une toxine très dangereuse pour la santé, voire fatale.À défaut de pouvoir faire des conser ves dans les règles de l\u2019art, Mme Desbiens suggère de congeler la plupart des fruits et légumes, qui se conserveront en moyenne jusqu\u2019à trois mois.« Au-delà de cette période, ils ne sont pas dangereux à consommer, mais ils deviennent moins intéressants.Ils perdent leur eau et leur texture est moins belle.» Pour que la congélation soit optimale et sécuritaire, la température du congélateur doit être de -18 °C ou plus basse.« À cette température, les bactéries, levures et moisissures sont en dormance et ne se multiplieront pas », note Anne-Marie Desbiens.L\u2019autrice du blogue La Foodie Scientifique, qui signe aussi l\u2019ouvrage Mieux conserver ses aliments pour moins gaspiller, souligne toute l\u2019importance de congeler rapidement ses aliments pour les abîmer le moins possible.« Les cristaux de glace qui vont se former à l\u2019intérieur des aliments seront plus petits, ce qui endommagera moins leurs cellules et aidera à préserver leur texture.» Mme Desbiens suggère de réfrigérer d\u2019abord les aliments avant de les congeler.Puis, d\u2019étaler par exemple les petits fruits sur une plaque pour les congeler séparément, avant de les regrouper dans un contenant qu\u2019on remplira au maximum afin d\u2019en enlever l\u2019air \u2014 des sacs de congélation refermables sont bien utiles.La chimiste signale que certains légumes tels les fèves doivent d\u2019abord être blanchis avant d\u2019être congelés, tandis que d\u2019autres tels les betteraves doivent être entièrement cuits.Outre son ouvrage qui contient une foule d\u2019informations pratiques sur la conservation des aliments, Anne-Marie Desbiens recommande de consulter le site (en anglais) du National Centre for Home Food Preservation (nchfp.uga.edu) aux États-Unis \u2014 on y retrouve notamment la marche à suivre pour congeler à peu près tout.Le thermoguide élaboré par le MAPAQ est aussi fort utile pour connaître la durée d\u2019entreposage des aliments périssables (au frigo et congélo) et moins périssables (température ambiante ou chambre froide).CONSERVES EN PÉRIL : QUE FAIRE AVEC SES RÉCOLTES?«?L\u2019étanchéité d\u2019un contenant ne signifie pas qu\u2019il est stérile.?» \u2014 Anne-Marie Desbiens, chimiste spécialisée en alimentation En début de semaine, les couvercles Snap Lid de Bernardin étaient en rupture de stock sur le site de Dollarama.\u2014 PHOTO 123RF/BELCHONOCK laTribune SAMEDI 9 OCTOBRE 2021 M19 VINS P our le long week-end de l\u2019Action de grâce, on se gâte avec des bulles festives et rafraîchissantes, puis avec de grands vins pour accompagner nos festins et l\u2019abondance de nos récoltes.Santé! LANSON GREEN LABEL BRUT 91 $ \u2022 14758779 \u2022 12,5 % \u2022 6 G/L \u2022 BIO Une belle réussite de Lanson qui cultive sur 16 hectares des vignes du Domaine de Malmaison selon les critères de la viticulture bio et biodynamique.L\u2019effervescence est persistante, les bulles sont tout en finesse et d\u2019un fruité qui rappelle la poire et la prune jaune empreint d\u2019une belle trame minérale.Assemblage de pinot noir et de pinot meunier avec 20 % de chardonnay, provenant des crus de Verneuil et Vandières, vendangé en 2015.Ce vin a également reçu la note de 92 des grands critiques comme Robert Parker et le Wine Spectator.FERRARI BRUT 25,20 $ \u2022 10496898 \u2022 12,5 % \u2022 6,9 G/L L\u2019art de vivre à l\u2019italienne avec des bulles élaborées selon la méthode traditionnelle comme un champagne, à partir de chardonnay à 100 %.Une bouteille à essayer sans hésitation.C\u2019est vraiment un rapport qualité plaisir incomparable et une très belle maison, fondée en 1902 dans la région de Tren- to-Adige par Giulio Ferrari - à ne pas confondre avec Enzo, l\u2019inventeur de la célèbre voiture de course.Pas étonnant que ce soit le vin effervescent choisi cette année pour célébrer la victoire des Championnats du monde de Formule 1.MARCHAND-TAWSE BOURGOGNE JOIE DE VIGNE 2019 25,10 $ \u2022 14002875 \u2022 13 % \u2022 5,3 G/L Ce chardonnay bourguignon haut de gamme et accessible fait partie de la gamme Marchand- Tawse, l\u2019heureuse association du renommé œnologue québécois Pascal Marchand avec le Canadien Moray Tawse, propriétaire du vignoble Tawse sur la péninsule du Niagara.Un nez floral à l\u2019expression calcaire, d\u2019une onctuosité texturale impressionnante qui se décline vers les agrumes, voire une pointe de yuzu dans une finale élégante qui perdure en complexité.CHÂTEAU MONCETS LALANDE DE POMEROL 2016 31,25 $ \u2022 14439920 \u2022 14 % \u2022 2,7 G/L Profitez-en pendant qu\u2019il en reste encore quelques bouteilles en succursale.Un vin d\u2019une grande profondeur avec beaucoup de prestance qui se dessine sur des tannins fins et élégants.Le millésime 2016 est considéré comme excellent à Bordeaux, et même spectaculaire du côté de Pome- rol.Un grand vin qu\u2019on peut déguster maintenant, mais qui gagnera à se laisser désirer jusqu\u2019en 2032.Voici les notes des critiques : 92 points de James Suckling, 91 de Wine Enthusiast et 16,5 Jancis Robinson.EASTON AMADOR COUNTY ZINFANDEL 2015 28,30 $ \u2022 897132 \u2022 14,5 % \u2022 5,1 G/L Une cuvée splendide pour les amateurs de Zinfandel et tous ceux qui doutent encore que ce cépage puisse être franchement délicieux quand il est bien réalisé.Bien balancé avec une bonne fraîcheur contrairement aux notes trop confiturées que l\u2019on rencontre souvent dans la catégorie des « zin ».Le millésime 2015 du Domaine de la Terre Rouge a été classé au #45 du Top 100 du Wine Spectator.BELLE GLOS LAS ALTURAS 2018 60 $ \u2022 12833940 \u2022 14,9 % \u2022 7,6 G/L Au nord de la Californie, la région de Monterey est un des endroits choisis par le vigneron Joe Wagner pour produire du pinot noir.Ce dernier est le fils de Charles (Chuck) Wagner cofondateur de Caymus avec ses parents Charlie et Lorna Belle Glos Wagner, d\u2019où le nom choisi pour le domaine.La parcelle de Las Alturas est située dans la portion sud des Santa Lucia Highlands, ce qui lui apporte une certaine fraîcheur, mais on reste quand même avec une bonne puissance et une forte concentration de fruits noirs et d\u2019épices, dans le style californien.Pour des suggestions quotidiennes de vins, suivez-moi sur Instagram @nrartdevivre ou sur mon site natalierichard.com NATALIE RICHARD PLANÈTE VINS Collaboration spéciale nrichard@gcmedias.ca \u2014 PHOTO COLLABORATION SPÉCIALE, NATALIE RICHARD Raspipav : le salon virtuel des vins d\u2019importation privée Du 14 au 17 octobre 2021, les amoureux de vin, de bière et de spiritueux d\u2019importation privée pourront choisir parmi les 250 produits du catalogue virtuel et commander en ligne des vins en importation privée à la bouteille, un privilège uniquement accessible durant ce salon.Autrement on doit les acheter en caisse de 6 ou de 12, selon les vins.Les commandes vous seront livrées à la SAQ de votre choix.Au moment de la commande, importation-pri- vee.com vous facturera uniquement les frais de service par bouteille commandée, et vous payerez la balance au moment du ramassage de votre commande à la succursale de la SAQ.Vous aurez jusqu\u2019au dimanche 17 octobre à 23 h 55 pour placer votre commande à partir des choix qui sont sur le site importation-privee.com, un catalogue qui donne soif! Des bulles et des grands vins SAMEDI 9 OCTOBRE 2021 laTribune M20 VINS Pour quelque 150 vignobles au Québec, l\u2019arrivée du temps plus frais et des belles couleurs d\u2019automne a sonné le début des vendanges, où les précieux cépages sont cueillis avec soin.Le Mag a pris part aux récoltes au Domaine Bel-Chas en mettant la main dans les vignes, le temps d\u2019une journée.RAPHAËLLE PLANTE Le Soleil QUÉBEC \u2014 Situé à Saint-Charles- de-Bellechasse, le Vignoble Domaine Bel-Chas cultive 10 000 vignes sur plus de 4 hectares.On y retrouve une douzaine de cépages hybrides nord-américains, adaptés à notre climat, plantés au fil des ans par les propriétaires Marielle Béland et Louis Chassé \u2014 notez que les premières syllabes de leurs noms de famille «Bel» et «Chas» composent le nom du domaine (qui fait aussi un clin d\u2019œil à la région).Cette année, les vendanges ont débuté le 25 septembre.Lors de notre passage lundi dernier, tous les cépages blancs avaient été récoltés et on s\u2019affairait à ramasser les grappes de Radisson et de Frontenac noir \u2014 les noms de ces cépages développés au Minnesota sont employés depuis à peine 10-12 ans, signale Louis Chassé.Munie de gants, de sécateurs et d\u2019un siège sur roulettes, la petite équipe de cueilleurs est en poste dès 8 h.On espère amasser près d\u2019une tonne de raisins dans la journée \u2014 la veille, une douzaine de cueilleurs en avait amassé deux tonnes! On enlève d\u2019abord quelques feuilles pour avoir les grappes de raisins bien en vue, puis on les récolte une à une en prenant soin d\u2019enlever les fruits moisis ainsi que les coccinelles avant de les déposer dans un seau.On trouve les bestioles ici et là sur les raisins bien juteux, mais e l l e s s o n t a p p a r e m - m e n t p e u nombreuses cette année.Tant mieux! Elles donnent u n g o û t t e r- rible au vin si elles s\u2019aventurent ju s q u e da n s l e s cuves, nous dit-on.Après un peu plus d\u2019une semaine de vendanges, interrompue par une seule journée de pluie, les propriétaires sont ravis : la récolte est abondante et les raisins sont sav o u re u x .S e u l e o mb re au tableau : le cépage Muscat n\u2019a pas survécu au gel.Des feux avaient d\u2019ailleurs dû être allumés dans les champs au printemps pour éviter que le gel ne fasse trop de ravages.Au bout du compte, les pertes sont minimes.Avec la météo très favorable annoncée toute la semaine, Marielle Béland et Louis Chassé s\u2019attendaient à terminer les vendanges pour cette fin de semaine de l\u2019Action de grâce.La boutique du vignoble est d\u2019ailleurs ouverte jusqu\u2019à lundi, et les visiteurs peuvent y déguster les différents vins d\u2019assemblage : blanc, rosé et rouge, vins fortifiés blanc et rouge, rosé mousseux.En nouveauté, un mousseux blanc est sur le point d\u2019être embouteillé et devrait être disponible d\u2019ici les Fêtes.Le couple de propriétaires a a c h e t é l e d o m a i n e i l y a près de 20 ans, en 2002, et a planté ses premières vignes en 2005.Ils ont commencé à récolter les fruits de leur labeur quelques années plus tard, puis ont présenté leur premier vin en 2011.Aujourd\u2019hui, le Domaine Bel- Chas produit entre 16 000 et 18 000 bouteilles par année.Marielle Béland et Louis Chassé sont fiers de ce qu\u2019ils ont bâti, et ils se préparent maintenant à passer le flambeau à de nouveaux propriétaires, qu\u2019ils épauleront au cours de la prochaine année.Une transition importante pour eux, sous le signe de la transmission.La boutique du Vignoble Domaine Bel-Chas est ouverte les samedis et dimanches, de 10h à 17h, jusqu\u2019à Noël, au 7119, rang De l\u2019Hêtrière Est, à Saint- Charles-de-Bellechasse.On retrouve également les vins dans de nombreux points de vente de la Chaudière- Appalaches et de la région de Québec, ainsi qu\u2019ailleurs en province.Info : domainebel-chas.com VENDANGES AU DOMAINE BEL-CHAS LA MAIN DANS LES VIGNES 1 Les grappes de raisins se trouvent principalement vers le bas des vignes; la position assise est donc préférable pour les récolter (et il ne faut pas négliger les étirements!).\u2014 PHOTOS LE SOLEIL, YAN DOUBLET 2 Les propriétaires du Vignoble Domaine Bel-Chas, Marielle Béland et Louis Chassé 3 Lundi dernier, ciel bleu et couleurs d\u2019automne agrémentaient la journée des cueilleurs, qui travaillent en paires (de part et d\u2019autre des vignes).4 Le vin blanc tire sa couleur foncée presque orangée de la macération pelliculaire, avec la peau des raisins.\u2014 PHOTO LE SOLEIL, YAN DOUBLET 1 2 laTribune SAMEDI 9 OCTOBRE 2021 M21 VINS 1 3 2 4 5 1 La récolte du jour (une partie!) est transportée à l\u2019arrière d\u2019un tracteur jusqu\u2019à la grange.2 Les précieux raisins sont d\u2019abord mis dans le fouloir-égrappoir, où ils sont séparés de leurs tiges.3 À partir du fouloir- égrappoir, les raisins sont acheminés par un tuyau vers de grandes cuves où ils peuvent rester jusqu\u2019à 10 jours (moins pour les blancs) avant d\u2019être pressés.Les cuves sont remplies à environ 85 % pour éviter qu\u2019elles débordent avec la fermentation; cela représente environ 2300 à 2400 kg de raisins.On ajoute ensuite un gaz de remplissage, du CO2, pour empêcher l\u2019oxydation en chassant l\u2019oxygène.4 Après avoir pressé les raisins pour en extraire tout le liquide, celui-ci est acheminé dans des cuves de 21 hectolitres qui sont à la fois chauffantes et réfrigérantes.Les vins blanc et rosé sont gardés à une température de 18 à 20 °C pendant leur fermentation; le rouge plutôt à 23- 24 °C.La fermentation dure environ 8 à 10 jours, puis le vin repose neuf mois dans la cuve; les dépôts qui se forment sont retirés tous les trois mois.Après l\u2019embouteillage, il faut encore faire preuve de patience : le rouge va séjourner jusqu\u2019à deux ans en bouteille avant d\u2019être prêt à mettre en marché.On vend encore la cuvée 2018 dans le rouge, tandis que la cuvée 2020 dans le blanc sera bientôt disponible.5 Les vins fortifiés vieillissent dans des barils de chêne : entre trois et cinq ans pour le blanc, entre cinq et sept ans pour le rouge.RAPHAËLLE PLANTE LA PRODUCTION EN ÉTAPES 3 4 SAMEDI 9 OCTOBRE 2021 laTribune M22 COCKTAILS FRANCIS HIGGINS Le Soleil QUÉBEC \u2014 Le gros gin a depuis longtemps mérité ses lettres de gloire au Québec, où sa popularité et sa versatilité ne sont plus à prouver.C\u2019est sans doute pourquoi tant de producteurs d\u2019ici se lancent dans sa confection.Pour voir clair dans cette offre locale en pleine explosion, le mixologue Patrice Plante (que vous lisez chaque semaine dans Le Mag sous le pseudonyme Monsieur Cocktail) signe un livre \u2014 une bible \u2014 sur cette populaire eau-de-vie.Faudra-t-il désormais le surnommer Monsieur Gin?Entrevue.Q Aviez-vous l\u2019ambition d\u2019écrire la bible du gin québécois?R « Tout à fait.Mais comme on ne voulait pas toucher au sujet des accommodements raisonnables et de la laïcité, on n\u2019a pas appelé ça une bible! [rires] Je ne voulais pas faire une encyclopédie pleine d\u2019information pointue, qui n\u2019apportait pas quelque chose de concret au quotidien.Pour moi, c\u2019est une boîte à outils pour ramener le plaisir dans ce tsunami de nouveaux produits locaux qui sortent sur le marché à vitesse grand V.On offre une myriade de renseignements, des accords, des recettes, etc.» Q Pourquoi le gin plutôt qu\u2019un autre alcool?R « Je me rappelle mes oncles et mon grand-père qui buvaient leur gros gin au sous-sol.Le Québec a toujours été un marché très important pour le gin.On a une relation profonde avec cet alcool.Moi, je suis tombé amoureux du gin avec les classiques anglais, avec le Tanqueray et le Beefeater.Quand un gin est un classique ou me fait voyager dans une région du Québec, j\u2019aime beaucoup ça.» Q Qu\u2019avez-vous découvert au fil de vos dégustations?R « Il n\u2019y a aucune loi ou appellation au Canada.Dès qu\u2019on met une baie de genièvre dans 1000 litres d\u2019alcool, on peut appeler ça du gin.Ça doit être aromatisé au genièvre, sans avoir besoin de le goûter, étrangement.» Q Alors, qu\u2019est-ce qu\u2019un vrai gin, selon vous?R « Un gin pour moi est l\u2019expression du genièvre dans l\u2019alcool.Selon sa distillation, son terroir, la température de l\u2019alambic, sa macération, il donnera des notes boisées, poivrées, sapinées, camphrées ou citronnées.Le genièvre est un aromate trippant.Donc, un gin doit nécessairement en manifester une composante.Ce qui n\u2019est pas le cas du tout sur le marché, en général.» Q Le gin québécois a-t-il une identité propre?R « Je m\u2019intéresse beaucoup à ce qui se fait en région, en Gaspésie ou dans Charlevoix, parce que j\u2019y retrouve le terroir : des gins à base de bleuets, de pommes, tourbés, aux algues, etc.Le gin québécois est un monde à lui seul.L\u2019identité québécoise se situe autour du type 4 [une classification de son livre] : ce sont des gins faits avec des aromates sauvages du terroir local.Si un producteur distille avec un grain et le sirop d\u2019érable de sa terre, avec des aromates qui poussent chez lui, on s\u2019approche d\u2019une recherche d\u2019identité.Certains vont plus loin et remplacent les aromates classiques par des ingrédients québécois.Tout est dans la démarche.Dans ce sens, oui, il y a des gins plus québécois que d\u2019autres.» Q En quoi ont consisté vos recherches?R « On a analysé 100 % des gins disponibles à la SAQ ainsi que tous les petits gins vieillis en vignobles, en cidreries, etc.On en a analysé 145, mais il y devrait y en avoir plus de 200 sur le marché d\u2019ici la fin de l\u2019année.On a ratissé large avec des critères de dégustation excessivement rigoureux.Le projet était si énergivore que j\u2019ai dû recruter une armée de monde pendant cinq mois, à déguster \u2014 quatre fois plutôt qu\u2019une \u2014 avec moi via Zoom.» « Pour aider le consommateur à s\u2019y retrouver, on a créé une classification et des profils aromatiques.Je sais que l\u2019industrie va me varloper et que certains producteurs seront déçus.Ils croyaient faire un gin classique, mais nous l\u2019avons classé dans les gins expérimentaux, par exemple.Mais c\u2019était nécessaire, même si notre but n\u2019est pas de susciter un débat.» Q Comment peut-on utiliser au mieux votre livre?R « Je voulais offrir un outil pour que la personne puisse maximiser son plaisir avec chaque produit.Même si je n\u2019aime pas un gin en particulier, je me suis donné comme défi de trouver les ingrédients qui se mélangent bien avec lui, les cocktails classiques qui fonctionnent avec lui.Je ne suis pas là pour juger ce que les gens aiment.Si une personne aime un gin, elle trouvera dans mon livre les façons d\u2019en tirer le meilleur.C\u2019est ça mon métier.» Le mixologue et entrepreneur Patrice Plante, alias Monsieur Cocktail, lance son livre Tout sur le gin.\u2014 PHOTOS LE SOLEIL, YAN DOUBLET MONSIEUR COCKTAIL LE TOUR DU QUÉBEC EN 145 GINS UNE PREMIÈRE BOUTIQUE BIENTÔT «?Monsieur Cocktail» deviendra plus qu\u2019un surnom : ce sera aussi l\u2019enseigne d\u2019une boutique qui aura bientôt pignon sur rue à Québec.«?Ce sera un espace dans lequel on veut permettre aux clients de nous découvrir sous toutes nos facettes.Les clients pourront venir goûter sur place à nos 24 saveurs de sirops, demander des conseils, mieux sélectionner leurs cadeaux pour les Fêtes, etc.?» L\u2019ouverture est prévue en novembre, si tout va bien.Adresse : 275, avenue Saint- Sacrement, local 160, près de l\u2019intersection avec le boulevard Charest.FRANCIS HIGGINS, LE SOLEIL PATRICE PLANTE Tout sur le gin québécois Éditions La Presse 400 pages, 44,95 $ Parution : 21 octobre laTribune SAMEDI 9 OCTOBRE 2021 M23 BIÈRES L es différents courants brassicoles historiques et le développement des styles contemporains ont créé ce qu\u2019est la culture bière aujourd\u2019hui.Mais est-ce que cette culture ne devient tout simplement pas une question de mathématique des styles?Vous voilà en face d\u2019une Session IPA, il faut donc y comprendre qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une bière faible en alcool (Session) et amère (IPA).Je vous invite à vous référer à d\u2019anciennes chroniques sur le style IPA et le fait qu\u2019il soit devenu un gage d\u2019amertume et d\u2019utilisation de houblon dans une bière, plutôt qu\u2019un style à part entière.Si le brasseur utilise une levure belge, il se permettra fort probablement de l\u2019appeler Belgian Session IPA, car le cadre de référence des termes en anglais est encore très utilisé, d\u2019autant plus que nos cousins américains sont souvent la source du phénomène.Si ce même brasseur préfère utiliser une levure de type Lager, il pourrait appeler sa bière la Session IPL ou la Session India Pale Lager, en référence au fait que la lettre « A » de India Pale Ale (IPA) est en lien avec la levure utilisée, mais que le terme India réfère à l\u2019utilisation du houblon.Vous suivez?De ce fait, si ce même brasseur en vient à faire une bière aux mêmes houblons aromatiques, aux mêmes céréales maltées, mais dans des quantités différentes, augmentant le taux de sucre résiduel et le taux d\u2019alcool, le voici en face d\u2019une Imperial IPA.Le terme Imperial est très souvent utilisé pour indiquer la force de caractère de la bière.On pourrait également lire le terme Double ou Triple, en référence à l\u2019appellation historique dans la culture brassicole belge, plutôt qu\u2019anglaise.MULTIPLES COMBINAISONS L\u2019utilisation de termes brassicoles, extraits de la culture bière et épurés de la définition première, a permis de créer des centaines de combinaisons possibles que le consommateur se doit de comprendre en assimilant chaque expression à un goût ou une caractéristique.Nous sommes en plein dans la mathématique de la bière.Le problème, c\u2019est que je constate un manque de recul de plus en plus marquant chez bon nombre de nouvelles brasseries.Au point d\u2019y trouver des équations mathématiques absurdes, qui démontrent clairement que la culture bière et son riche passé historique disparaissent tranquillement.Je me souviens encore du brasseur m\u2019ayant vanté sa nouvelle Brut IPA, légèrement plus sucrée que le style, car il trouvait celui-ci légèrement trop sec en bouche.Il m\u2019indiquait une approche plus Sweet Brut IPA qu\u2019à la normale.Un non-sens si on part du principe qu\u2019une Brut IPA plus sucrée est tout simplement une IPA\u2026 Les amateurs avertis et garants de la culture brassicole me comprendront.Est-ce grave?Bien sûr que non.À vrai dire, la bière n\u2019a jamais dû subir de pression provenant d\u2019une quelconque autorité sur la régulation des styles ou le maintien de l\u2019ordre établi.Par contre, cette chronique a pour but de souligner cette tendance à prendre des raccourcis, fort probablement pour attirer encore et toujours le consommateur à découvrir quelque chose de nouveau.Prenons donc un peu de recul, si l\u2019on veut continuer à alimenter la culture bière avec le plus de pertinence possible et arriver à se comprendre.La mathématique de la bière PHILIPPE WOUTERS CHRONIQUE philippe@bieresetplaisirs.com MONSIEUR COCKTAIL LE TOUR DU QUÉBEC EN 145 GINS Depuis longtemps, Patrice Plante rêve d\u2019une gamme de liqueurs et de spiritueux non alcoolisés qui imitent les saveurs des produits originaux.Un projet tout récemment venu au monde.«Qu\u2019est-ce qui fait qu\u2019un cocktail est bon?Ce n\u2019est pas l\u2019alcool, c\u2019est sa saveur, analyse-t-il.Alors, plutôt que de désalcooliser une boisson, mon approche est de répliquer l\u2019univers aromatique de goûts des produits originaux qu\u2019on aime.Je ne copie pas le produit, j\u2019imite son goût sans le côté brûlant de l\u2019alcool.» Cette gamme \u2014 simplement surnommé les «Sans Alcools» \u2014 propose déjà trois saveurs.Il y a l\u2019amaretto, fait de sirop d\u2019érable, d\u2019amandes grillées et de noix de macadam.Puis, le spritz apéritif italien, aux notes d\u2019orange sanguine, de citron et de mandarine.Enfin, un gin rose au pamplemousse, riche en zeste d\u2019agrumes, encadré par des distillats de genièvre, de racine d\u2019angélique et de coriandre.Et ce n\u2019est que le début.«On veut remettre le fun, la saveur et le partage en créant des produits tellement trippants et goûteux que ça devient cool de les amener dans tous les moments de socialisation, sans stigmatiser les gens.C\u2019est mon nouveau terrain de jeu pour les prochaines années.» Prix : 29,99 $ pour 700 ml, en primeur chez Metro et sur la boutique en ligne de Monsieur Cocktail, puis dans les épiceries et points de vente dès décembre.FRANCIS HIGGINS, LE SOLEIL Info : monsieur-cocktail.com La nouvelle gamme sans alcool de Monsieur Cocktail.LES «SANS ALCOOLS», UN NOUVEAU TERRAIN DE JEU Prenons donc un peu de recul, si l\u2019on veut continuer à alimenter la culture bière avec le plus de pertinence possible et arriver à se comprendre. SAMEDI 9 OCTOBRE 2021 laTribune M24 SUR LE WEB latribune.ca @LT_LaTribune facebook/ quotidienlatribune O n pouvait « voir » l\u2019odeur de brûlé tellement le smog prenait la densité de la fumée.Le lac Moraine, qui avait dévoilé les couleurs les plus subtiles de sa beauté la veille, peinait à se tirer du lit.Il restait partiellement emmitouflé dans les volutes des feux de forêt qui ne s\u2019épuisaient pas, en Colombie-Britannique.Il fut donc résolu de lancer tôt la voiture sur la promenade des Glaciers, la route reliant Lake Louise à Jasper.Il y aurait plus de temps pour les haltes improvisées.Selon Google, il faudra environ trois heures pour parcourir les quelque 235 kilomètres entre les deux villes.C\u2019est sans compter qu\u2019il serait mal venu de ne pas s\u2019arrêter souvent, de bon chemin, sur une des plus belles routes du monde.Rivières, montagnes et glaciers, dans un si petit périmètre, c\u2019est une promesse d\u2019épuiser la pile du téléphone et de l\u2019appareil photo avant d\u2019avoir atteint le bout de la route.Taper « promenade des Glaciers » dans Google, encore lui, c\u2019est s\u2019exposer à une « pornographie » de paysages qui risque de décrocher et d\u2019endommager dentiers et mâchoires.En bref, mes attentes chatouillaient le firmament.Avant de partir, il est recommandé de faire le plein de la voiture et de prévoir repas et collations.On ne croisera qu\u2019une station-service le long de la route, à Saskatchewan River Crossing.Les amateurs de camping rustique trouveront quelques refuges ou auberges sans électricité en bordure du trajet, ou un hôtel et un café juste en face du glacier Athabasca.Paré pour le départ, j\u2019avais étudié la carte linéaire de mon guide Ulysse.De petites étoiles y marquaient les points d\u2019intérêt : le glacier Crowfoot, le lac Bow, le lac Peyto et le Weeping Wall, JONATHAN CUSTEAU CHRONIQUE jonathan.custeau@latribune.qc.ca LE BOURLINGUEUR Promenade des Glaciers : Une histoire de feu et de glace laTribune SAMEDI 9 OCTOBRE 2021 M25 VOYAGES cette paroi rocheuse couverte de petites chutes, comme si la montagne pleurait.Le glacier?Pas vu! Les lacs?Pas vus! Le mur qui pleure?Pas vu non plus.Décidément, les vents soufflaient vers l\u2019est toute la colère des incendies.Plus la petite Kia s\u2019avançait vers le nord, plus elle s\u2019enfonçait dans un épais écran gris.Là où on devinait le ciel, l\u2019orange prédominait.Assez pour que je me demande si nous n\u2019étions pas en train de rouler directement vers le feu lui-même.Méthodiquement, je m\u2019arrêtais quand même à chacun des points marqués sur la carte.Je devinais tantôt l\u2019ombre d\u2019une montagne, tellement proche et pourtant sibylline, tantôt le lit d\u2019une rivière flouté d\u2019une couverture semi-opaque.J\u2019arrivais tout juste au pied du glacier Athabasca quand l\u2019averse s\u2019est déchaînée.Ce glacier-là, faisant partie du champ de glace Columbia, constitue la porte d\u2019entrée du parc national Jasper.Du stationnement, on peut marcher jusqu\u2019au pied de l\u2019immense bloc de glace.On peut du même coup constater son effarant recul grâce aux panneaux d\u2019interprétation le long du chemin.Surtout, il n\u2019est pas recommandé de marcher seul sur le glacier.Des crevasses, pièges souvent invisibles, posent un grand danger.Certaines sont si profondes que Parcs Canada ne tentera même pas de vous y secourir si vous tombez.C\u2019est du moins ce qu\u2019on raconte à ceux qui s\u2019intéressent au glacier Athabasca.Ce jour-là, je n\u2019allais pas m\u2019aventurer dans une randonnée sous la pluie.La stratégie de me réfugier au Centre de découverte, où l\u2019internet sans fil est gratuit, aura été salutaire : les nuages prévoyaient cesser de couler pour un peu plus d\u2019une heure.Une randonnée guidée, d\u2019une durée de trois à six heures, vaut sans doute le détour.Pour les plus pressés, comme moi, une navette permet plutôt d\u2019accéder à une zone sécurisée pour une période d\u2019environ 30 minutes, en excluant le transport.Il y a, bien sûr, une petite culpabilité à marcher sur un glacier qu\u2019on sait condamné.Le tourisme risque-t-il de précipiter sa perte?On rapporte qu\u2019Athabasca a reculé de 1,5 km depuis 1850.Il pourrait avoir disparu complètement dans une génération, ce qui pourrait avoir des conséquences catastrophiques sur les bassins versants qu\u2019il dessert.Pourtant, l\u2019extinction paraît irréversible.Après une portion de trajet en autobus, on monte dans une navette des glaces, un mastodonte aux roues immenses qui atteint des vitesses de pointe d\u2019environ 18 km/h.Ça nous donne amplement le temps d\u2019apprendre que les routes d\u2019accès au glacier sont continuellement reconstruites, selon le mouvement des glaces, que les pneus sont nettoyés avant d\u2019avancer sur le glacier et qu\u2019il est interdit de s\u2019éloigner de la section balisée.Dès qu\u2019on met le nez dehors, le vent nous happe et les pieds sentent le sol se dérober un iota.Si l\u2019eau contenue dans l\u2019air se solidifie à proximité du glacier, comme si une petite neige tombait continuellement, une fine pellicule aqueuse recouvre la glace, la rendant encore plus glissante.On se félicite d\u2019avoir enfilé un coupe-vent et d\u2019avoir évité les semelles lisses.Là, à travers les photos qu\u2019on tente de capturer sans laisser l\u2019appareil s\u2019envoler, il faut contempler l\u2019immensité, s\u2019incliner un peu devant la puissance des éléments qui, de toute façon, nous remplissent les oreilles d\u2019un vent assourdissant.Les reflets bleutés de l\u2019eau gelée, le paysage montagneux : une chance que la pluie s\u2019était arrêtée.Un drapeau du Canada, fouetté encore plus violemment que notre visage exposé au vent, ajoutait une touche photogénique au paysage presque lunaire.Plusieurs l\u2019ont rapidement pris d\u2019assaut.Et comme ça, trente minutes avaient passé.Il fallait déjà regagner la navette.Les plus futés auront eu le temps de remplir leur bouteille de l\u2019eau pure du glacier.C\u2019est permis.En redescendant, la conductrice de la navette parle des changements climatiques, de l\u2019accélération de la fonte des glaciers, constatée au même moment que l\u2019utilisation accrue des combustibles fossiles.Normalement, la visite est conjuguée avec un passage au Skywalk, cette galerie de verre offrant une autre vue imprenable sur les Rocheuses.Pas vu! Le Skywalk avait été fermé en raison de la fumée.J\u2019ai regagné la voiture en soupirant.Y\u2019a pas de mal à revenir songeur d\u2019une promenade sur un glacier.Qu\u2019arrivera-t-il de toutes ces rivières dont les glaciers sont la source?J\u2019avais l\u2019impression d\u2019assister à la mort lente et irréversible des dinosaures, d\u2019une espèce qu\u2019on ne racontera bientôt que dans les livres.Dans quelques années, c\u2019est nous qu\u2019on traitera de dinosaures : les derniers à avoir vu des glaciers et à les avoir laissés disparaître.En reprenant la route vers Jasper, je n\u2019ai pu m\u2019empêcher d\u2019accrocher mon regard au glacier, dans le rétroviseur.Derrière moi, le ciel s\u2019est couvert de nouveau.La pluie s\u2019est remise à tomber.2 Du centre de découverte du champ de glace Columbia, on aperçoit le glacier Athabasca, sur la droite, et la route qui permet d\u2019y accéder.\u2014 PHOTO LA TRIBUNE, JONATHAN CUSTEAU 1 Un champ de glace bleutée, un immense drapeau du Canada et des navettes aux pneus gigantesques rendent mémorable la visite au glacier Athabasca.\u2014 PHOTO LA TRIBUNE, JONATHAN CUSTEAU 1 2 SAMEDI 9 OCTOBRE 2021 laTribune M26 De nombreux campeurs qui tractent une roulotte finissent par choisir un endroit où la laisser.Et si on repensait la façon d\u2019habiter les campings où l\u2019on peut s\u2019installer à long terme?Quelques projets se dessinent pour enjoliver ces espaces fort populaires au Québec.EMMANUELLE MOZAYAN-VERSCHAEVE La Presse MONTRÉAL \u2014 Plus ou moins visibles dans le paysage, plus ou moins serrées sur les terrains, les roulottes de tourisme existent depuis près de 150 ans.Ces habitations transportables légères font le bonheur de leur propriétaire (ou loueur) parce qu\u2019elles permettent de voyager tout en étant « chez soi ».Cela dit, nombre d\u2019entre eux se désintéressent de ce mode de vie nomade au bout de quelques années et leur habitat mobile finit par élire domicile en un seul endroit.« Ce sont des résidants permanents qui séjournent dans plus de 50 % des campings », signale l\u2019ancien architecte Richard Proulx, ce que confirme l\u2019Association des terrains de camping du Québec, qui remarque un engouement pour les prêts-à-camper et les condos camping.L\u2019idée a donc germé dans la tête de M.Proulx de créer des mini- maisons durables, confortables et esthétiques pour remplacer ces caravanes immobilisées qui s\u2019abîment généralement rapidement.« Ces produits perdent de la valeur, comme une voiture; ils ne sont pas écologiques et leur design a très peu évolué », déplore-t-il.La première minimaison de Concept Box Living, une entreprise tout juste lancée par Richard Proulx, s\u2019inspire du style colonial américain.Il aimerait développer une série historique en réalisant des modèles Queen Anne, Second Empire, puis d\u2019autres modernes comme la Glass House.« Je l\u2019ai faite sur roues pour pouvoir l\u2019installer dans un camping, parce que c\u2019est le seul endroit où on les accepte pour le moment », ajoute l\u2019homme, qui aspire à monter un catalogue comme les maisons Sears de 1908 à 1940, et éventuellement à en produire à plus grande échelle.« Le prix de cette minimaison devrait être d\u2019environ 80 000 $ hors taxes et le but est d\u2019en faire plusieurs à la fois pour descendre le prix », précise-t-il.UNE MINIMAISON INTÉGRÉE À SON ENVIRONNEMENT En bois, chapeautée d\u2019une toiture en acier garantie à vie, planifiée pour être complètement autonome, sa minimaison 4 saisons peut être installée sur un terrain de camping, comme M.Proulx l\u2019a fait au cours de l\u2019été, avec sa première création, ou sur un terrain privé, après approbation de la municipalité.Ce qui n\u2019est pas évident.« C\u2019est normal que la Vi l le donne son accord, car il ne faut pas dévaluer l\u2019environnement en le dénaturant », pense Richard Proulx.C\u2019est d\u2019ailleurs en ce sens qu\u2019il travaille et c\u2019est aussi ce qui distingue sa maisonnette des modèles existants, croit-il.M.Proulx espère que son projet portera ses fruits.« Je trouve que l\u2019ambiance des campings est géniale, c\u2019est juste qu\u2019esthétiquement, ce n\u2019est pas beau.On pourrait séparer mes petites maisons par des arbustes pour préserver une certaine intimité, tout en profitant de la vie ensemble.On arriverait avec sa petite voiture électrique, ce qui serait plus écologique que de traîner une roulotte avec un gros VUS, louer sa mini- maison quand on n\u2019y est pas pour rentabiliser son achat, en plus de redorer l\u2019aspect des campings.» Enfin, comme elles sont isolées, elles peuvent être habitées en toutes saisons.« Le camping est un endroit tellement agréable pour socialiser et je trouve ridicule qu\u2019on ne l\u2019utilise que pendant six mois.Il y a d\u2019ailleurs déjà une initiative en ce sens à Bromont », souligne-t-il.UN NOUVEAU TOURNANT POUR UN CAMPING BROMONTOIS En effet, la Ville de Bromont nous informe qu\u2019elle vient d\u2019accepter qu\u2019un lieu existant pour roulottes soit converti en site pour chalets à des fins d\u2019hébergement touristique.Parmi les conditions requises, conserver les arbres matures, en plus d\u2019en planter d\u2019autres.Instigateur de ce projet, Pierre- Marc Lussier, directeur général et copropriétaire de Camping Vacances Bromont, explique que la forte demande de location de roulottes l\u2019a incité à prendre cette décision.« On est un camping familial de 570 terrains.On ne voulait pas posséder des roulottes pour les louer, mais le concept de chalet nous plaisait, surtout parce qu\u2019on peut l\u2019exploiter à longueur d\u2019année.C\u2019est intéressant, car on a la montagne de ski à proximité.Une roulotte reste une roulotte et s\u2019il ne fait pas beau, c\u2019est moins agréable.» Ce dernier ajoute qu\u2019entre le transport, la location du terrain et la caravane, le coût peut s\u2019élever à 1350 $ par semaine en moyenne.« Ce sera plus confortable, plus vaste, plus luxueux pour les gens d\u2019habiter dans un chalet, d\u2019autant que le coût restera abordable », note-t-il.Ses unités devraient être prêtes à louer à partir de l\u2019été prochain.Info : \u203a ipnoze.com/maisons-sears- prefabriquees-20e-siecle/ \u203a fr.boxlivinginc.com/ \u203a campingvacancesbromont.com/ L\u2019HABITAT DES CAMPINGS RÉINVENTÉ \u2014 PHOTOS FOURNIES laTribune SAMEDI 9 OCTOBRE 2021 M27 eSoleil samedi 9 octobre 20 1 43 LE P\u2019TIT MAG C\u2019est plate.Qu\u2019est-ce Qu\u2019on fait?le jeu des 7 erreurs ces deux caricatures d\u2019andré-PhiliPPe côté sont en aPParence identiQues.en réalité, il y a 7 erreurs.es-tu observateur?solutIoN 1 les chaussures de la dame en bleu 2 le nœud de cravate de m.labeaume 3 la poignée de la canne 4 les détails de la chemise de l\u2019homme à droite 5 un cheveu de plus sur la tête du monsieur à gauche 6 les boutons sur la manche du veston du maire labeaume 7 les dents du maire labeaume Des activités scientifiques à l\u2019Aquarium! toutes les fins de semaine d\u2019octobre, l\u2019aquarium du Québec propose des ateliers interactifs pour faire découvrir les sciences à tous! sept activités liées à des enjeux environnementaux préoccupants ont été développées.Par exemple, le dimanche 10 octobre, on apprend comment les substances chimiques qui se trouvent dans l\u2019eau dérèglent les fonctions des espèces aquatiques.aussi cette fin de semaine (samedi et dimanche), tu peux prendre part à un atelier sur la fonte des glaces et ses conséquences.ces ateliers sont inclus dans le prix du billet pour visiter l\u2019aquarium (réservation en ligne obligatoire).info : sepaq.com/ct/paq Raphaëlle plante P h o t o 1 2 3 r F / d m l 5 0 5 0 Costumes d\u2019HalloweeN! l\u2019halloween approche, et les petits monstres songent déjà au costume qu\u2019ils revêtiront pour effrayer les maisonnées du quartier! histoire de les inspirer, nous voulons partager vos souvenirs d\u2019halloween.éCrIvez-Nous envoyez-nous des photos de vos enfants costumés dans les dernières années, en indiquant leur nom et leur âge, à lemag@lesoleil.com.nous en publierons une sélection dans les prochaines semaines.P h o t o 1 2 3 r F / y a n u k i t SAMEDI 9 OCTOBRE 2021 laTribune M28 LE P\u2019TIT MAG samedi 9 octobre 021 leSoleil 44 le p\u2019tit mag tu veux toujours en savoir plus sur le monde qui t\u2019entoure?chaque samedi, nous te présentons les nouvelles les plus intéressantes de la semaine, publiées par notre équipe sur le canal squat, un bulletin de nouvelles quotidien offert sur le site Web jeunesse de télé-Québec.À lire et à voir dans le journal, dans l\u2019appli et sur notre site Web! Ève Tessier-Bouchard Coopérative nationale de l\u2019information indépendante aux États-Unis, les maîtres de maggie, une chienne atteinte d\u2019une maladie grave, sont partis à la recherche de neige pour faire plaisir à leur animal une dernière fois, avant sa mort.Leur chienne est amoureuse de l\u2019hiver et elle adore se rouler dans la neige.tu peux te douter que trouver de la neige en automne représente un défi de taille, mais la famille de maggie était déterminée.maggie, la chienne, est atteinte d\u2019un cancer en phase terminale, c\u2019est-à-dire qu\u2019elle ne pourra jamais guérir de sa maladie.Pour mettre fin à ses souffrances, ses maîtres ont pris la décision de l\u2019eu- thanasier.il s\u2019agit d\u2019une opération faite avec douceur par un vétérinaire pour aider un animal à mourir lorsqu\u2019on sait qu\u2019il ne pourra pas guérir d\u2019une maladie qui lui cause énormément de souffrance.avant de laisser partir maggie, le couple tenait à lui offrir un dernier moment de bonheur.ils souhaitaient lui construire un banc de neige dans lequel maggie pourrait s\u2019amuser une dernière fois.\u203a un organisme à la rescousse! Le couple s\u2019est adressé à l\u2019organisme salt Lake county Parks and recreations, qui s\u2019occupe de nombreux parcs et loisirs dans leur ville.ils leur ont demandé 10 à 20 gallons de neige.cela représente assez de neige pour remplir un aquarium ou un petit bac de recyclage.c\u2019est avec grand plaisir que l\u2019organisme a accepté de venir en aide à la famille de maggie.ils ont pilé de la glace et ils l\u2019ont livrée jusqu\u2019à la maison de la chienne.Le tas de neige a été déposé dans le jardin de la maison, à l\u2019ombre pour permettre à maggie de revivre les joies de l\u2019hiver pour une dernière fois.L\u2019initiative fut un succès! des photos charmantes de ce moment ont été publiées sur Facebook.on y aperçoit maggie, posée paisiblement sur son banc de neige, entourée de sa famille.Samira ait Kaci ali, journaliSte Stagiaire recrÉer L\u2019hiver PoUr Un chien maLade! P h o t o F a c e b o o k d e s a L t L a k e c o U n t y P a r k s a n d r e c r e a t i o n La saison officielle de hockey débute cette semaine! Pour souligner l\u2019événement, notre collaborateur daniel brouillette t\u2019explique un mot qu\u2019on entend souvent dire par les experts qui commentent les joutes.Pour le découvrir, rends-toi dans la section jeunesse de notre site internet ou de notre application! Propose à ton enseignant.e de partager cette capsule vidéo avec toute la classe.c\u2019est une façon amusante d\u2019enrichir son français! Le quiz vocabULaire s\u2019insPire dU hockey P h o t o 1 2 3 r F / t n n 1 0 3 e d a Une semaine d\u2019actU laTribune SAMEDI 9 OCTOBRE 2021 M29 LE P\u2019TIT MAG eSoleil samedi 9 octobre 20 1 45 le p tit mag Le volcan cumbre Vieja, situé sur une île des canaries, est entré en éruption il y a environ 2 semaines.depuis, la lave ne cesse de couler et se déverse dans l\u2019océan atlantique.cumbre Vieja signifie le vieux sommet en espagnol.\u203a La Lave gagne du terrain Le volcan cumbre Vieja se trouve plus précisément sur l\u2019île de La Palma, dans l\u2019archipel des canaries.Un archipel est un groupe d\u2019îles.Les îles canaries appartiennent à l\u2019espagne.elles se trouvent au large du maroc.depuis le début de son éruption, le volcan n\u2019a pas cessé d\u2019expulser de la lave.La coulée de lave du volcan cumbre Vieja a parcouru 6 kilomètres avant d\u2019atteindre l\u2019océan, il y a une semaine.depuis, la lave forme une langue de roche volcanique dans la mer, en se solidifiant au contact de l\u2019eau.d\u2019après les experts, le volcan est beaucoup plus agressif aujourd\u2019hui qu\u2019au début de son éruption.de plus, les scientifiques enregistrent de nombreux tremblements de terre dans la région.\u203a L\u2019éruption en chiffres\u2026 20 hectares : c\u2019est la superficie de la langue de lave solidifiée qui empiète sur l\u2019océan.cela équivaut à plus de 28 terrains de soccer! 709 hectares : c\u2019est la superficie de l\u2019espace enseveli par la lave sur l\u2019île.c\u2019est plus de deux fois la taille de central Park à New York.80 millions : c\u2019est le nombre de mètres cubes de roche en fusion que le volcan a émis.cela représente 32 000 piscines olympiques remplies de lave! 1000 : c\u2019est le nombre de bâtiments détruits ou endommagés par l\u2019éruption jusqu\u2019à présent.6000 mètres : c\u2019est l\u2019altitude maximale à laquelle l \u2019éruption a envoyé des cendres et des gaz.il s\u2019agit de l\u2019altitude moyenne des avions.6000 personnes : c\u2019est le nombre d\u2019habitants de l\u2019île qui ont dû être déplacés à cause du danger.en tout, 85 000 personnes vivent sur l\u2019île.1971 : c\u2019est l\u2019année de la dernière éruption sur l\u2019île de La Palma.0 : c\u2019est le danger pour la santé lié à la qualité de l\u2019air.Les scientifiques surveillent de près la concentration en gaz toxique dans l\u2019air sur l\u2019île.même si cette concentration augmente, elle ne représente pas encore une menace pour la santé.Le gouvernement de l\u2019île a tout de même conseillé à sa population de rester à l\u2019intérieur et de porter des masques et des lunettes de protection contre les chutes de cendre.Marius Gellner, journaliste staGiaire UN VoLcaN eN érUPtioN sUr UNe îLe P h o t o a P , d a N i e L r o c a P h o t o 1 2 3 r F / t N N 1 0 3 e d a P h o t o F a c e b o o k s a m U e L L é V e s q U e Le 7 novembre, ce sont les élections municipales au québec.tous les adultes pourront donc voter pour le maire ou la mai- resse de leur ville.ils pourront aussi voter pour un conseiller ou une conseillère municipale, des personnes qui veillent à l\u2019administration de la ville.en politique municipale, il n\u2019y a pas beaucoup de jeunes.au québec, il y a actuellement 1095 maires et mairesses.seulement 125 ont entre 18-44 ans.L\u2019âge moyen est de 58 ans.\u203a incarner Le changement «J\u2019entends beaucoup de jeunes de mon âge dire qu\u2019ils ne se sentent pas écoutés.Je leur réponds toujours de s\u2019impliquer s\u2019ils veulent faire avancer les choses.c\u2019est ce que je fais!», explique samuel Lévesque qui a 19 ans et se présente comme consei l ler munici - pal dans le quartier des îles, à saint-eustache.Le jeune homme souhaite se présenter à la mairie en 2025.en attendant, il se laisse le temps d\u2019apprendre en détail comment fonctionne la politique municipale.\u203a mais pourquoi Les jeunes se font rares?eh bien être maire ou mairesse, c\u2019est souvent beaucoup de travail.Les jeunes de 18 à 35 sont ceux qui fondent des familles.trouver le temps de travailler et de prendre soin de sa famille peut être difficile! aussi, plusieurs occupent un autre emploi, en plus d\u2019être maires.il peut être difficile de concilier les deux! de plus, se lancer dans une campagne politique coûte de l\u2019argent.souvent, les jeunes en ont moins que les plus vieux! quand on a 20 ans, par exemple, ça peut être difficile de dépenser 1000 $ dans sa campagne.\u203a Le pLus jeune conseiLLer municipaL Le 8 décembre 2019, William Guillemette est devenu le plus jeune conseiller municipal du québec.À 18 ans, il a remporté le scrutin avec 82 % des voix dans son village de saint-séverin, en mauri- cie.William rêvait d\u2019être conseiller municipal depuis ses 14 ans! bien sûr, il ne pouvait pas le faire avant, mais il a réalisé son rêve dès qu\u2019il a pu! lyndie julien des JeUNes qUi se LaNceNt eN PoLitiqUe! SAMEDI 9 OCTOBRE 2021 laTribune M30 ACTUALITÉS D ernièrement, ma petite-fille me faisait remarquer que j\u2019utilise assez souvent « ça fait une secousse » pour dire que ça fait longtemps.J\u2019aimerais bien savoir d\u2019où vient cette expression.Hélène Chartier Trois-Rivières Le recours au mot secousse dans le français québécois pour parler d\u2019une période de temps (généralement assez longue) est assez répandu pour que la Banque de dépannage linguistique (BDL) juge pertinent de lui consacrer une fiche.En français standard, secousse se définit habituellement comme un « mouvement brusque ébranlant ou faisant bouger un corps » ou une « oscillation du sol lors d\u2019un tremblement de terre ».Mais au Québec, quantité de gens, surtout dans les générations aînées, disent « ça fait une secousse » au lieu de « ça fait longtemps ».Ajoutez que plusieurs (mettez mon père dans le lot) ne prononcent pas secousse mais bien escousse.On note aussi l\u2019expression « par secousses » pour signifier « par moments, par période, intermittent ».Ça fait une bonne secousse qu\u2019ils sont ensemble, ces deux-là.Ma douce, on s\u2019est perdus d\u2019puis une secousse [L\u2019espace qui reste, Vincent Vallières].C\u2019est un drôle de temps, la pluie tombe par secousses.Ce que la fiche de la BDL ne nous dit pas, c\u2019est la raison pour laquelle secousse en est venu à exprimer une période de temps.S\u2019agit-il d\u2019un vieux sens répandu en ancien français?Y a-t-il un lien avec la définition d\u2019aujourd\u2019hui?Si c\u2019était le cas, le mot aurait dû plutôt être synonyme d\u2019une courte durée, car une secousse est quelque chose de bref.En fouillant, j\u2019ai trouvé des pistes très intéressantes, notamment par rapport au mot.escousse.On pourrait en effet croire qu\u2019escousse est une simple déformation de secousse.Après tout, n\u2019y a-t-il pas des Québécois qui disent escouer au lieu de secouer?Le chien m\u2019a toute arrosée quand i\u2019 s\u2019est escoué! Mais j\u2019ai des petites nouvelles pour vous : escousse a bel et bien existé, de même que les variantes escosse, hescousse, escouce et esquousse, ainsi que les verbes escousser et escos- ser.On trouve des mentions dans les dictionnaires Littré et Godefroy.Et que signifiait escousse?Plusieurs choses, mais il était entre autres synonyme d\u2019élan.Selon Godefroy, escousse voulait notamment dire, en wallon, « élan, apprêt pour s\u2019élancer ».« Prendre son escousse » était synonyme de « prendre du champ ».Même les usages canadiens figurent dans le Godefroy (publié entre 1891 et 1902) : « Courte prise de quelque distance pour mieux sauter. » Voilà donc qui peut nous rapprocher d\u2019une certaine notion de longueur.Il y a de fortes chances que nos ancêtres, en disant que ça faisait une escousse qu\u2019ils n\u2019avaient pas vu telle personne, visualisaient une forme d\u2019élan (donc de longueur) dans le temps plutôt que dans l\u2019espace.La source la plus probante que j\u2019ai trouvée est un extrait, dans le forum du Projet Babel, d\u2019une Capsule de chez nous de Serge Fournier.On y apprend notamment que notre escousse québécoise se rattache « au fr.escousse (mouvement par lequel on prend de l\u2019élan), attesté depuis le XIVe s. » Malheureusement, hormis quelques citations de-ci de-là, les capsules en ligne de M. Fournier, datant de la première moitié de la décennie 2000-2010, semblent avoir disparu de la toile.Fournier affirme également ceci : « Escousse : nom.fém.et loc.adv.(espace de temps indéterminé) sont issus du croisement entre le latin excu- tere (prendre la place de) et succutere (secouer, brasser).Escousse et une bonne escousse (longtemps) sont connus dans les patois de Normandie, du Poitou, de l\u2019Anjou, du Berry et du Centre de la France. » Fournier ajoute : « Une bonne escousse se retrouve dans le français du XVIIe s.sous la plume de [Savinien de] Cyrano de Bergerac dans son Pédant joué », une information qu\u2019il a trouvée dans le premier volume des Travaux de linguistique québécoise (1975) de Marcel Juneau et Georges Straka.Là, je fais une parenthèse pour préciser qu\u2019avant de devenir le célèbre personnage d\u2019Edmond Rostand qu\u2019il a inspiré très librement, Savinien de Cyrano, dit de Bergerac, est un écrivain français, contemporain de Molière, qui a véritablement existé et qui a signé, vers 1645- 1646, une pièce de théâtre comique intitulée Le pédant joué.Que comprendre de tout ce charabia?Que si nous disons encore « une bonne secousse » aujourd\u2019hui au Québec, c\u2019est parce qu\u2019il y a eu, à un moment donné, une confusion entre secousse et escousse, et qu\u2019escousse est lui-même issu d\u2019un croisement entre deux verbes latins similaires.Ce qui signifie qu\u2019en réalité, les gens qui disent « ça fait une escousse » sont plus près de la véritable prononciation que ceux qui emploient « ça fait une secousse ».En visionnant l\u2019incident [des cailloux lancés à Justin Trudeau], le mot qui m\u2019est venu à l\u2019esprit est « garnotte ».C\u2019est du moins ce qu\u2019on aurait dit dans mon jeune temps : « On a lancé de la garnotte à Trudeau. » André Fortier Sherbrooke Faute d\u2019espace, je n\u2019ai pas pu aborder le mot garnotte dans ma chronique de la semaine dernière sur les différents termes à employer lorsqu\u2019il est question de matière rocheuse.Glissons-en donc quelques lignes cette semaine, étant donné que garnotte a fait son entrée dans le Petit Robert en 2012.On y apprend que ce mot a toutes les apparences, dans le parler angevin, d\u2019une déformation de grenot (on entend aussi gornotte et guernotte), qui désigne l\u2019« état de la terre qui s\u2019effrite ».Grenot serait lui- même un dérivé du latin gra- num (« grain »).Comme définition à garnotte, Robert donne « gravier, gravillon ».Maintenant, dans la vie de tous les jours, beaucoup de Québécois l\u2019utilisent dans des contextes autres mais quand même voisins, par exemple comme synonymes de pierre ou de boue.Tu devrais voir la garnotte sur sa bague de fiançailles.J\u2019ai dû faire une lessive, les enfants sont tombés dans la garnotte.Toutefois, il est évident que nous nous trouvons ici devant un mot de registre familier, pour ne pas dire populaire, qui n\u2019a pas sa place dans un journal ni un bulletin de nouvelles.Voyez-vous Céline Galipeau nous apprendre au Téléjournal que Justin Trudeau s\u2019est fait lancer de la garnotte?PERLES DE LA SEMAINE Des réponses d\u2019examens de littérature au cégep.De Gaulle aurait fait comme commentaire : « Cégépiens, cégépiennes, je ne vous ai pas compris. » Albert Camus est un écrivain plutôt absurde.L\u2019auteur essaie de broyer les pistes.L\u2019auteur français est d\u2019un style plus conservé que son monologue québécois.L\u2019auteur utilise des termes de guerre : « conspiration », « ennemi », « canonisé »\u2026 Cet auteur américain, Elgard Alenpo.Questions ou commentaires?Steve.bergeron@latribune.qc.ca STEVE BERGERON SÉANCE D\u2019ORTHOGRAPHE steve.bergeron@latribune.qc.ca Ça fait une escousse Savinien de Cyrano, dit de Bergerac, est un écrivain français, contemporain de Molière, qui a écrit dans sa pièce de théâtre Le pédant joué : « Eune bonne escousse après, je sacoute encore. » \u2014 ILLUSTRATION WIKIPEDIA, BIBLIOTHÈQUE EN LIGNE GALLICA laTribune SAMEDI 9 OCTOBRE 2021 M31 NATHALIE HÉBERT affaires/développement SIMON ROBERGE simon.roberge@latribune.qc.ca SHERBROOKE \u2014 Nathalie Hébert a commencé à travailler pour les laboratoires Charles River en septembre 2000 à titre de technicienne.Elle a gravi les échelons un à un et agit maintenant comme directrice générale de la branche sherbrookoise regroupant quelque 270 employés.« Ç\u2019a été opportunité après opportunité, mentionne la femme de 43 ans.J\u2019ai tout d\u2019abord changé de poste pour devenir directrice d\u2019études et ça m\u2019a permis d\u2019interagir avec différents départements.Je me suis fait connaître ici et là. » Elle a ensuite eu la chance de faire un séjour de six mois à Shanghai pour entraîner les gens en formulation et les directeurs d\u2019études dans les installations chinoises de l\u2019entreprise.Entretemps, en avril 2009, la branche sherbrookoise de Charles River est inaugurée sur la rue Ida- Métivier tout près de l\u2019hôpital Fleurimont.« J\u2019avais l\u2019opportunité de venir ici à Sherbrooke et je savais que les possibilités d\u2019avancement étaient plus grandes.À Montréal, on était plusieurs et je voyais qui allait prendre le lead. » Mme Hébert et son conjoint prennent alors la décision de venir s\u2019installer à Sherbrooke où elle devient la gestionnaire des opérations scientifiques.« Je travaillais de pair avec le directeur du site, souligne-t-elle.Quand il a quitté, j\u2019avais postulé pour avoir le poste, mais c\u2019est finalement un confrère, Michel, qui l\u2019a eu.Ce n\u2019était pas le bon moment et dans la vie il faut respecter que ce soit parfois une question de timing.Avec le recul aujourd\u2019hui, c\u2019est vrai que je n\u2019étais pas prête.Les opportunités que j\u2019ai eues par la suite m\u2019ont permis de ne même pas avoir à postuler quand Michel est parti. » Il s\u2019est donc écoulé une vingtaine d\u2019années entre son entrée comme technicienne et l\u2019obtention de son poste de directrice générale.« Je vois beaucoup les jeunes vouloir monter les échelons rapidement et c\u2019est correct, il faut avoir un certain vouloir.Mais parfois, il faut juste être patient.J\u2019ai travaillé fort pour monter tous les échelons et tant mieux si quelqu\u2019un y accède plus rapidement, mais je pense que mon parcours a fait la personne que je suis aujourd\u2019hui.Si je l\u2019avais fait plus rapidement, il m\u2019aurait manqué de l\u2019expérience quelque part. » Mme Hébert accorde cette entrevue à La Tribune dans la salle de conférence, puisque son bureau n\u2019est pas très grand.« Donnez-moi un racoin, ça m\u2019est égal.Il faut que mon staff soit bien.Ça me donnerait quoi d\u2019avoir un grand bureau et que mon staff manque de place?C\u2019est eux qui font le plus gros du travail, ce n\u2019est pas moi.Directrice, c\u2019est un titre après mon nom.Je ne suis pas plus importante qu\u2019un autre.J\u2019espère toujours être comme ça. » Même après toutes ses années, Mme Hébert se voit encore à Charles River pour longtemps.« Je fais partie des meubles, lance- t-elle en riant.Il y a plein de défis.Il y a des journées plus difficiles que d\u2019autres, c\u2019est certain, mais je l\u2019aime beaucoup ce site, et j\u2019aime la ville.Je n\u2019ai pas fini d\u2019accomplir ce que je peux accomplir.Je n\u2019ai pas le sentiment d\u2019avoir fait le tour.Il faut évoluer aussi.Si tu n\u2019évolues pas avec les générations, tu vas frapper un mur. » COMBATTRE LA PANDÉMIE Le site sherbrookois de Charles River fournit des tests d\u2019évaluation de l\u2019innocuité et un soutien réglementaire pour aider à la découverte, au développement et à la fabrication sûre de nouvelles pharmacothérapies.« Les compagnies nous engagent pour avancer le développement de leur molécule pour amener un médicament approuvé par la FDA sur le marché.À partir du moment où ça passe chez nous, il faut compter quelques années avant que ça se retrouve sur le marché. » Dans les dernières trois années, Charles River a travaillé sur environ 80 % des médicaments approuvés par la FDA.« Charles River a contribué à un certain point à tous les vaccins contre la COVID qui ont été approuvés et administrés », résume-t-elle fièrement.Gravir les échelons un à un \u2014 PHOTO LA TRIBUNE, SIMON RANCOURT REPÈRES Elle a fait son baccalauréat en biologie spécialisé en physiologie animale à l\u2019Université de Montréal L\u2019équipe canadienne de la haute direction de Charles River est composée de 52 % de femmes et 48 % d\u2019hommes Nathalie Hébert a fêté ses 10 ans de mariage avec son conjoint récemment.Le couple a une fille de huit ans.Elle est originaire de Sorel-Tracy et a déménagé à Rock Forest il y a 12 ans PARTENAIRES COMMANDITAIRES ViVement le retour s\u2019entretient avec la personnalité du Mérite estrien dès 15h regardez la capsule du Mérite estrien au téléjournal estrie 18h 0057510 SAMEDI 9 OCTOBRE 2021 laTribune M32 0076286 Une nouvelle ressource pour encourager l\u2019achat local et pour économiser! O\u2019 Chevreuil ZoneRabais.ca réunit sur un même site les offres intéressantes de plusieurs commerçants de Sherbrooke et de l\u2019Estrie.En quelques clics, faites de belles découvertes et économisez! Des rabais alléchants sont offerts dans divers secteurs d\u2019activités: restauration, hôtellerie, soins, spectacles, déco, etc.Vous êtes abonné à LaTribune?Vous avez droit à un rabais additionnel! Allez voir notre portail transactionnel! "]
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