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Titre :
La revue populaire : magazine littéraire illustré mensuel
Contenu spécifique :
Août
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
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La revue populaire : magazine littéraire illustré mensuel, 1934-08, Collections de BAnQ.

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[" ptre Roman Complet: LE VIEUX PUITS, par Max du Veuzit Août 1934 ¢ 27e ANNEE \\ LIRE : Trois monuments Trois symboles par Jean Chauvin Ine collision est-elle ossible dans l\u2019espace?par Fernand de Verneuil \\ quoi travaillent les jeunes filles ?par Francine a maison canadienne par G.-E.Marquis Chevalier du Roy par Mariette Doran SLA PREVOYANGCE 66 Tous les autos General Motors peuvent s'acheter à termes faciles, grâce au mode de paiement G MAC de la General Motors.CHEVROLET ~~ OLDSMOBILE \u201cPONTIAC us} ; \u2018 Le Six Toutes Caractéristiques et ; ; ._- pour le transport économique le Huit en Ligne Le Huit en Ligne Economique .\u2018 : LÉ : + te i L\u2019Auto que le Monde Respecte INPORTENT\u201d Prévoyance et vigilance, voilà en deux mots toute la politique de la General Motors, une politique qui donne au public ce qu\u2019il veut dans de meilleurs autos, d'année en année, et le protège contre des expériences inopportunes ou douteuses, ur un produit vous le savez.est un gage de succès.OUS avez probablement entendu des gens employer de telles expressions pour dire toute leur confiance en la General Motors.Mais écoutez-les aujourd\u2019hui et vous verrez qu\u2019ils précisent encore davantage : \u201cRegardez la Ventilation Sans Courants d\u2019Air.Voyez les Roues à Genou Mécanique.Observez la conception de la General Motors en fait de style aérodynamique: des créations qui respirent la beauté aussi bien que la vitesse.\u201cLa main du maître n\u2019a pas hésité \u2014 et la General Motors s\u2019est affirmée sous ce triple rapport.\u201d Les véritables admirateurs de la General Motors iront plus loin encore et vous parleront de ce qui est à la base de son succès.Ils vous diront que la General Motors construisit la 99 première Piste d\u2019Essai\u2014afin d\u2019expérimenter à ses propres frais, et non pas aux dépens du public.Ils attireront ensuite votre attention sur \u201cLe Terrain d\u2019Essai de l\u2019Opinion Publique\u201d \u2014 soit plus de cent mille questionnaires sous forme de brochures que la General Motors distribue chaque année, dans le but de vérifier ses connaissances techniques avec ce que le public désire dans les nouvelles voitures.C\u2019est alors que vous commencez à comprendre pourquoi les gens ont une telle confiance en tout ce que la General Motors produit.Peut-être serait-il plus facile et plus \u201cdramatique\u201d de nous en remettre tout simplement à notre \u201cbonne étoile\u201d \u2014au lieu de soumettre nos dessins à de constantes épreuves et vérifications.Mais nous croyons que le public veut ses voitures, comme nous voulons nos affaires, c\u2019est-à-dire reposant sur une plus sûre fondation.GENERAL MOTORS PRODUCTS OF CANADA LIMITED UNE INSTITUTION SOUCIEUSE DU PUBLIC M34-GM7F CC TasalLe CADILLAC aw ___ meas 3 Le Bel Auto Prototype du Monde EE CAMIONS CHEVROLET et GMC BE MOTORS PRODUCTS @ @ Les plus économiques 4 La Revue Populaire Août 1934 afevie E M pulaire 27e année, No 8 Montréal, Août 1934 Directeur de la rédaction : JEAN CHAUVIN ez +, SOMMAIRE \u2018 e Page Trois monuments, trois symboles, par Jean Chauvin.5 Saviez-vous que ?on 6 Une collision est-elle possible dans l\u2019espace, par Fernand de Verneuil 7 La vie douloureuse de Thérèse Neumann, par Jacques Valade\u2026 8 A quoi travaillent les jeunes filles ?par Francine.9 J Quand la brise vagabonde, - par Jacques Trépanier 10 La maison canadienne, par GE.Marquis .11 Adolphe Sax, inventeur du saxophone, par Paul Lacome .\u2026 12 Nouvelle canadienne : CHEVALIER DU ROY par Mariette Doran.13 Notre roman complet : LE VIEUX PUITS par MAX DU VEUZIT \u2026\u2026 15 Poésie L'espace est la caractéristique domi -_\u2014 nan ce puissan aquebo e i 42,500 tonnes.Courts de Penis et de Le bon vieux temps, squash racket grandeur normale, pis- par Alonzo Cing-Mars .18 cine de matation et autres facilités + pour les sports.La décoration du foyer \u2026\u2026\u2026\u2026\u2026 27 Toilettes d\u2019été .28 y Pour la campagne \u2026 1 p e + La mode ee par | OF Le tricotage est un amusement \u2026\u2026 32 a C\u2019est du naturel 33 Lt Pour les derniers beaux jours.34 Le soin des bébés .50 EUX jours sur les eaux calmes du St-Laurent La bonne cuisine, par Germaine Taillefer .58 et trois seulement en pleine mer.Une traversée sur ce paquebot spacieux est une expérience inoubliable.Vous vivez au milieu d\u2019un luxe comparable à celui des plus grands hôtels modernes.Les salons sont somptueux, les cabines confortables, la cuisine exquise, le personnel d\u2019une parfaite courtoisie et d'un empressement discret.Partout, vous êtes absolument à votre aise, car l'espace ne manque pas.Et cependant, avec tous ces avantages, les prix de passage sont relativement peu élevés.L\u2019Empress of Britain, l\u2019Empress of Australia, les paquebots \u2018Duchess\u2019 et \u2018\u201cMont\u201d utilisent tous la route du St-Laurent, effectuant leurs départs de Montréal et Québec à destination des ports de Grande-Bretagne et du continent.Renseignements complets de votre agent local ou de tout agent de billets du EN SEPTEMBRE : LA SOUVERAINE par GUY WIRTA LA REVUE POPULAIRE est expédiée par la poste entre le ler et le 5 du mois Editeurs-Propriétaires POIRIER, BESSETTE CIE, LIMITEE 975, rue de Bullion, Montréal, Canada Tél.: LAncaster 5819 - 6002 ABONNEMENT Canada : Un an $1.50 \u2014 Six mois .75 Etats-Unis: Un an $1.75 \u2014 Six mois .90 Un an $1.75 Six mois.B0 PACIFIQUE CANADIEN la ROUTE DU ST-LAURENT 819F LES PUBLICATIONS POIRIER, BESSETTE CIE, LIMITEE Entered March 23, 1908, at the Post Office of St.Albans, Vt, U.S.A., as second class matter under the Act of March 3rd.1879 Traversez par Le monument Dollard des Ormeaux, oeuvre du sculpteur Laliberté, au Parc Lafontaine, Montréal.Trois monuments \u2014 Trois symboles \u2018HISTOIRE de Montréal commence pour les uns en 1642, pour les autres en 1760, selon qu\u2019ils sont Canadiens français ou anglais.Il en ira autrement plus tard, mais pour l'instant, c\u2019est ainsi.Le premier monument érigé à Montréal fut la colonne Nelson, un robuste pylône de pierre que chaque année, depuis 1809, on fleurit de couronnes enrubannées, comme on fait à Londres avec cette différence.toutefois.que la colonne Nelson londonnienne ne date que de 1847.Nelson pourtant, il faut bien l'admettre, n'appartient que d'assez loin à l\u2019histoire du Canada ! Pendant près de cent ans que dura la prise de contact entre vainqueurs et vaincus, si l'on peut appeler ainsi les gens qui gagnèrent la dernière bataille livrée en Nouvelle-France, ni les uns ni les autres n'osèrent, de peur de provoquer des émeutes, élever des monuments à leurs héros.En hiver, pendant tout ce temps, on se contenta construire des bonshommes de neige et des châteaux de glace, à l'époque du carnaval.Puis, tout à coup, les esprits s'étant calmés et un grand statuaire étant né, Philippe Hébert, on vit surgir les morts glorieux dont les grandes ombres s\u2019incrivirent sur le macadam des squares dépouillés d\u2019arbres.Aux niches des facades d\u2019¢- difices parlementaires, sur les places, partout, se dressèrent des statues de guerriers et de notables civils, fiers de leurs effets de cuisses, ceux-ci la main sur le pommeau de l'épée, ceux-là la main fermée sur un gros cylindre de bronze.On n\u2019alla pas toutefois jusqu\u2019à élever des monuments à tous les Canadiens illustres, car Îls eussent vite fait de gêner la circulation.Je pense, en écrivant cela, à la famille des le Moyne, composé du père mort en combattant, à l\u2019âge de 73 ans, et de ses dix fils, nés à Montréal et également illustres tous les dix, famille qui nous eût valu à elle seule onze statues ! Tous les arbres de Montréal seraient autant de statues si les Montréalais de langues française et anglaise avaient vraiment le culte des aieux ! Le monument Chénier, patriote de 1837, à Montréal.Le monument Wolfe et Montcalm, à Québec.Photos du C.P.R.par Jean CHAUVIN De tous nos monuments, nous en retiendrons trois à cause du symbole précis qui s\u2019y rattache: le monument de Wolfe et de Montcalm; celui de Chénier et celui de Dollard des Ormeaux.Le monument de Wolfe et de Montcalm, à Québec, symbolise la bonne entente franco- anglaise.Son inscription, traduite du latin par un profane, donne à peu près ceci : « Le courage les unit dans la mort, l'histoire dans une commune gloire et la postérité dans ce monument.» De ce monument, Pierre Benoit écrivait tout récemment: « J'ai toujours fait des voeux pour ne pas quitter ce monde avant d\u2019avoir vu à Québec le monument élevé à la double mémoire de Wolfe et de Montcalm, morts le même jour, en luttant l\u2019un contre l\u2019autre, dans la bataille qui devait décider du sort du Canada.Un tel esprit d\u2019équité est aussi habile que chevaleresque.Tout à l'honneur de la Grande-Bretagne, il a contribué, autant que les avantages politiques et économiques assurés par elle, à faire accepter sans arrière-pensée sa domination, » Le second est le monument Chénier, symbole de l\u2019autonomie canadienne.Louis-Joseph Papineau fut bien, il est vrai, l\u2019âme de la rébellion de 1837, dirigée non pas contre l\u2019Angleterre, mais contre les bureaucrates anglais du Canada, mais c\u2019est le docteur Chénier, mort dans une rencontre avec des troupes anglaises, qui fit avec d\u2019autres patriotes canadiens le geste d\u2019où sont sorties nos libertés politiques.Quant au troisième, celui de Dollard des Ormeaux, il constitue le symbole du courage désintéressé de nos ancêtres français et de la résistance à l\u2019envahisseur.Aux premières années de Ville- Marie, la guerre entre colons et Iroquois se résume à quelques embuscades.On échange des balles et des flèches et les Iroquois se réfugient dans les bois pendant que les Français regagnent leur fort.M.de Maisonneuve, en homme sage.grignotait l'ennemi, recommandant avant tout à ses braves la prudence.Le premier beau combat fut celui du Long-Sault où Adam Dollard, sieur des Ormeaux, accompagné de 17 jeunes (Suite à la page 57) La Revue Populaire Août 1934 SAVIEZ-VOUS QUE ?La plus vieille pompe à incendie en Amérique du Nord (celle que l\u2019on voit L'Amérique, comme l'Afrique, possède ses pétroglyphes ou rochers sculptés ?ici) a été donnée au village de Shelburne, N.E., par le Roi d\u2019Angleterre George Les dessins bizarres que l\u2019on voit reproduits ici ont été découverts près de la III en 1787 ?Il y a quelques années Henry Ford voulut l\u2019acheter pour sa collec- rivière Dean, en Colombie Britannique.Ils sont l\u2019oeuvre d\u2019Indiens disparus tion d\u2019objets historiques, mais Shelburne refusa de la lui vendre.depuis nombre d\u2019années.On ne sait trop encore ce qu\u2019ils représentent.Deux élans canadiens se rencontrant dans la forêt à la saison des amours enga- Les rivières des Rocheuses débordent dans les temps de sécheresse et sont à leur gent immédiatement le combat et il arrive parfois que leurs bois s'emmêlant plus bas niveau en temps de pluie ?L\u2019explication de ce phénomène est en ce au cours de la lutte ils ne peuvent se libérer et meurent accrochés l\u2019un à J\u2019autre ?qu\u2019elles prennent leur source dans les glaciers qui fondent sous l\u2019action du soleil, Voici une paire de « panaches » ayant appartenu à deux de ces lutteurs malheu- mais qui gèlent quand la basse température apporte la pluie dans la vallée.reux, Ils ont été trouvés dans le parc national Jasper.Photos C.N.R. Août 1934 La Revue Populaire Dans des temps très lointains un bolide énorme est tombé dans l\u2019Arizona et son point de chute f de diamètre.Aucune donnée précise ne peut nous fournir la date de cet événement.Dans la lé qui est tombé du ciel à cet endroit.I! s\u2019agit en réalité d\u2019une énorme masse métallique pesant environ cent millions de quintaux et qui a.été récemment repérée à plus de deux mille pieds en dessous de la surface de la terre.orme encore aujourd\u2019hui un immense cratère de quatre mille pieds gende accréditée chez les Indiens Navajoes c\u2019est un de leurs dieux Une collision est-elle possible dans l\u2019espace ?Par Fernand de \u201cVerneuil Président de l\u2019Institut Astronomique et Philosophique du Canada E REPONS immédiatement et carrément : Oui une telle collision est possible entre notre globe et un astre errant; elle peut se produire d\u2019une des trois façons suivantes: totale, granuleuse ou dynamique.Dans un cas comme dans l\u2019autre ce serait la fin de l\u2019humanité avec, pour notre globe, des conséquences qui pourraient aller de la désorganisation plus ou moins profonde à la volatilisation complète.On a observé maintes fois au télescope des « incendies célestes » qui n'avaient certainement pas d\u2019autre cause.Laissons de côté les astres dont le mouvement obéit à des lois que nous avons un peu prétentieusement qualifiées d\u2019immuables; ils sont beaucoup trop éloignés pour qu\u2019une rencontre avec eux soit possible avant des centaines de millions d\u2019années au taux de notre vitesse de déplacement dans l\u2019espace; quant aux planètes- soeurs, elles font partie de notre système avec une rigidité qu\u2019on peut considérer pratiquement comme indéréglable.Donc rien à craindre de ce côté, mais.Mais il y a, dans l\u2019espace, des centaines de milliers de comètes connues et inconnues, il y a de la matière cosmique en blocs dont certains sont énormes, il y a une multitude d\u2019astres « morts » non repérables par nos moyens actuels et dont nous ignorons tout, même s\u2019ils sont toujours soumis aux lois fondamentales de la gravitation.Là, une rencontre est dans le domaine du possible.Il y a un million d\u2019années \u2014 selon les estimations qui paraissent admissibles \u2014 la partie côtière de ce qui constitue aujourd\u2019hui les Carolines subit un bombardement céleste qui fut en réalité une collision partielle du genre « granuleux ».Des blocs de matière cosmique y tombèrent en abondance et ont laissé des traces encore nettement visibles aujourd\u2019hui; ce sont des dépressions de terrain régulières et dont le diamètre varie de quelques douzaines de pieds à un mille et demi.Les chocs formidables qui ont dû ébranler toute la région lors de cette pluie de matière et de feu ont certainement causé d'immenses dégâts mais l\u2019homme n\u2019était pas encore paru sur la terre.Une chute de débris ou de grains, done granuleuse, de ce genre aujourd\u2019hui anéantirait en un clin d\u2019oeil des grandes villes et, suffisan:- ment intense, ferait disparaître la vie générale du globe.À une époque également très reculée, un énorme projectile céleste est venu frapper ainsi les grandes plaines de l\u2019Arizona; il s\u2019est enfoncé profondément dans le sol après avoir laissé un cratère dont les dimensions sont encore aujour- d\u2019hui de 450 pieds de profondeur par quatre mille de diamètre.Des travaux récents ont permis de retrouver ce gros bolide à environ deux mille pieds de profondeur et les calculs aussi précis que possible disent qu\u2019il contient deux millions de quitaux de cobalt, cuivre, platine et iridium; six millions de quintaux de nickel et 92 millions de quintaux de fer.Une belle mine d\u2019origine céleste dont l\u2019exploitation sera extrêmement rémunératrice ! Le 30 juin 1908 un énorme bolide tombait dans une partie heureusement inhabitée de la Sibérie et à des centaines de milles de son point de chute le choc fut nettement et violemment ressenti.Ce n\u2019est que vingt ans plus tard qu\u2019on trouva l\u2019endroit frappé au milieu d\u2019une forêt encore inexplorée et dont des milliers d\u2019arbres avaient été anéantis par cette collision; dans un immense rayon c\u2019était la dévastation la plus complète.Ces exemples prouvent la possibilité de chute d\u2019un bloc de matière cosmique ayant dix, vingt ou cent milles de diamètre et ils permettent de dire que ce serait alors la catastrophe irrémédiable sinon pour tout le globe du moins pour d\u2019immenses contrées entières avec possibilités de fissures déterminant à leur tour un cataclysme dont on ne peut guère se faire une idée.Il y a encore la possibilité de la collision « dynamique » laquelle n\u2019est pas à proprement dire une collision mais serait peut-être plus terribles encore comme effets.Supposons qu\u2019un astre mort dévie de sa route et s\u2019approche de la terre à une vingtaine de milliers de milles; il semble qu\u2019à cette distance il serait inoffensif mais en réalité ce serait la fin de tout.Cet astre agirait dynamiquement, c\u2019est- à-dire comme un véritable frein sur le mouvement de la terre dans l\u2019espace; un simple calcul de physique démontre que ce ralentissement combiné avec la masse terrestre déterminerait une friction atomique se traduisant en une chaleur suffisante pour porter notre globe à l\u2019état d\u2019incandescence et même le volatiliser.Pourtant il n\u2019y aurait pas eu collision réelle.La rencontre avec le noyau d\u2019une comète est chose peu probable mais certainement possible; suivant les dimensions de ce noyau, le nombre et l\u2019importance des fragments de matière le composant, la catastrophe irait d\u2019un bombardement sévère mais destructif en surface seulement jusqu\u2019à la brisure de notre planète et à son éparpillement en débris surchauffés peut- être jusqu\u2019à la fusion.Nous ne sommes donc pas à l\u2019abri d\u2019un « accident de la route » avec la machine terrestre; elle roule toutefois depuis si longtemps sans avoir gravement souffert du voyage que nous avons tout lieu d\u2019espérer la continuation de cet état de sécurité: disons-nous bien néanmoins que le passé ne peut aucunement répondre de l\u2019avenir et que nous pouvons, un jour ou l\u2019autre, servir de démonstration expérimentale aux lois éternelles de la transformation du mouvement en chaleur.Je ne veux pourtant pas vous laisser sous cette pénible impression; la science astronomique a fait suffisamment de progrès dans la position et le mouvement des astres pour nous permettre de dire que, de ce côté, la voie est libre pour des millions d\u2019années à venir.Cela doit certainement suffire pour calmer les esprits les plus inquiets.Mais, dans les voyages, il y a toujours l\u2019impré- LA VIE DOULOUREUSE DE Ci-dessus, Thérèse en compagnie de la religieuse qui l\u2019assiste durant ses extases.-\u2014 En arrière, on voit le vénérable curé de Konnersreuth.\u2014 À droite, l\u2019autel dédiée à sainte Thérèse de Lisieux dans l\u2019église de Konnersreuth.ONNERSREUTH ! Un petit bourg de la Les habitants sont pauvres.Ils travaillent dur.Leur foi s\u2019est maintenue ardente, à cause Bavière.de l'éloignement des grandes villes.Attachés à leurs coutumes, à leurs traditions pittoresques, ils ne songeaient pas à attirer sur leur patelin l\u2019intérêt de l\u2019extérieur.Mais la célébrité devait s\u2019abattre sur ce coin perdu, avec la soudaineté d\u2019une catastrophe ! Thérèse Neumann ! le nom évoque maintenant partout une jeune paysanne, pauvre des biens terrestres, riche des faveurs célestes.Elle est d\u2019abord une miraéulée.Le jour de la fête de sainte Thérèse de Lisieux, elle se voit guérie subitement de graves maladies provoquées par des blessures reçues dans un incendie.L\u2019événement attire évidemment l'attention sur elle.Voici comment, dans son langage simple, elle raconte le miracle : « Je vis une lumière s\u2019élever au pied de mon lit.Je me levai et tendis les bras vers cette lumière.Puis je ressentis une douleur terrible à travers tout le corps.Je poussai un cri en perdant connaissance.Quand je revins à moi, j'étais complètement transformée.Plus de douleurs.La colonne vertébrale s\u2019était redressée.Je pouvais marcher sans aucune aide.» Le 4 mars 1926, elle eut une véritable vision: le Christ sur le mont des Oliviers, entouré de trois disciples.La scène avait la netteté d\u2019un spectacle réel; Thérèse entendait et comprenait les paroles et elle pouvait les rapporter textuellement.La visionnaire ressentait en même temps de grandes souffrances.Du sang coulait de tous ses membres.Pendant plusieurs jours, les visions se succédèrent avec plus ou moins d\u2019intensité.On devine aisément quelle émotion ces évé- nements extraordinaires produisirent dans le NEUMANN par Jacques VALADE La voyante quelques instants après une vision.Des larmes de sang coulent sur ses joues.\u2014 En haut, Péglise du village où Thérèse fut baptisée, il y a trente-quatre ans.La Revue Populaire THERESE bourg de Konnersreuth et les environs.Des pélerinages s\u2019organisèrent vers la pauvre maison des Neumann, et bientôt ils furent si nombreux que l'autorité ecclésiastique dut intervenir.Des médecins, des psychiâtres, des spécialistes de toutes sortes voulurent étudier un «cas» aussi rare.Les journalistes ne furent pas les derniers arrivés.Les grands journaux d\u2019Europe et même d\u2019Amérique envoyèrent leurs reporters enquêter sur ce fait sensationnel.Ils en furent presque tous pour leurs frais d\u2019imagination car une surveillance constante avait, dès les premiers jours, été établie autour de la visionnaire.Toutefois, l\u2019un d\u2019eux, un Américain, réussit à approcher Thérèse et il ne manqua pas de lui demander s\u2019il lui plairait d'aller aux Etats-Unis.« Non, répondit-elle, même pour tout l\u2019argent que contient ce pays.Je n\u2019aime pas les foules.Et je crains par-dessus tout la renommée.Tout ce que je demande c\u2019est un peu de solitude.Et puis, je travaille beaucoup ici.Je dois répondre à des milliers de lettres.Je voudrais soulager tous ceux qui implorent mon aide.Il y a tant de gens malheureux auxquels une parole d\u2019encouragement apporte du réconfort.» Les visions de Thérèse Neumann se succèdent, depuis huit années, à certaines dates importantes du culte chrétien.Elles ont dérouté tous les efforts des savants matérialistes qui ont tenté d\u2019attribuer à des causes naturelles les phénomène merveilleux dont fraulein Neumann est l\u2019objet.D\u2019autre part, l\u2019Eglise, selon son habitude, est très prudente.Elle prend garde de nier ou Août 1934 de reconnaître le caractère surnaturel de ces faits.Mais elle ne nie pas qu\u2019ils soient d\u2019une nature exceptionnelle.Thérèse Neumann endure-t-elle réellement toutes les souffrances que le Christ a subies durant sa passion ?Assurément non, disent les théologiens, car aucune créature humaine ne pourrait les supporter.Mais il est certain que la visionnaire souffre horriblement.Et, on ne pourrait en douter quand les témoins de ses extases la voient se tordre avec des gémissements, suer le sang et l\u2019eau; et les plaies des pieds, des mains et du côté ne sont pas des simulacres; elles saignent abondamment.De plus, la petite paysanne ignorante qu\u2019est Thérèse doit supporter des douleurs morales.Très sensible, mystique même, elle connaît par intuition ou révélation le mal qui se commet de par le monde, causé par la soif des richesses et l\u2019appétit des plaisirs.Elle a maintes fois décrit à des prêtres les tortures que lui font subir les dérèglements du monde.Elle ne cesse aussi de répéter que les malheurs prochains qui s\u2019abai- tront sur les peuples seront la juste punition de leur matérialisme et de leur folle insouciance.Que signifient ces manifestations surnaturelles dont une pauvre paysanne est l\u2019objet ?Et parce qu'elles ont lieu dans l\u2019Allemagne nouvelle et bouillonnante, faut-il y voir une sorte de paratonnerre contre la tempête qui menace de s\u2019abattre sur ce pays?En tout cas, les chef actuels de l'Hitlérie devraient méditer sur ce fait. Août 1934 La Revue Populaire À quoi travaillent les jeunes filles [ Parodie de \u2018\u201c À quoi rêvent les jeunes filles\u201d ] UAND Musset, 0 il y a un siè- ele, écrivait cette fine comédie intitulée À quoi rêvent les jeunes filles, il n\u2019imaginait pas que ces fleurs de beauté pussent faire autre chose que rêver.C\u2019était l\u2019époque romantique, en littérature du moins, et les poètes, les éeri- vains, reflètent toujours inconsciemment l\u2019atmosphère de leur temps.Expliquons comme l\u2019on voudra cet état d'esprit collectif, mais on admettra qu\u2019il y a des courants d\u2019idées inspirés par les événements et aussi par les progrès de la soi-disant civilisation.Si, comme Musset, l\u2019on demande, Ninon, Ninon, que fais-tu de la vie ?on s\u2019entendra répondre : « Je suis sténographe chez Chose et Compagnie, les plus grands fabricants de boutons à quatre trous ».Ou bien: « Je remplis des cans de tomates chez Machin, à St-Lambert ».Ou encore : « Je vends au comptoir de la confection des Grands Magasins.» Et ainsi de suite.Est-ce à dire que nos Ninons ne rêvent plus ?Eh oui ! elles vont encore dans les nuages, nos modernes jouvencelles, malgré les autos, malgré la radio, malgré la cigarette, malgré le cinéma, et peut-être à cause de tout cela.Mais les heures qu\u2019elles peuvent consacrer à cette évasion du réel sont de plus en plus rares: il y a, voyez-vous.les toilettes qui réclament de l\u2019argent, la famille qu\u2019il faut aider, le travail énervant au bureau, épuisant à l\u2019atelier.Nos petite Canadiennes françaises.qui composent la plus grande partie du personnel dans les manufactures, ont, elles aussi, un coeur; elles sont femmes bien qu\u2019on les traite parfois pire que des hommes, bien que des employeurs trop nombreux s\u2019en fassent de véritables esclaves.Je me demande toujours, avec étonnement, pour quelles raisons nos féministes huppées s\u2019acharnent tant à réclamer le droit de vote pour les femmes.Elles veulent siéger avec nos législateurs afin, disent-elles, de protéger le sexe faible, et d\u2019assurer son émancipation.Le motif a du bon mais si ces dames commençaient par prouver leur bonne volonté en faisant disparaître l\u2019esclavage réel dans lequel sont tenues beaucoup d\u2019ouvrières à Montréal et même dans des centres canadiens-français du Québec.La Commission du salaire minimum des femmes, par ses enquêteurs, fait un beau travail.Mais elle se heurte souvent à des difficultés inattendues.Les ouvrières elles-mêmes, en certains cas, n\u2019osent pas dénoncer les abus dont elles sont victimes, de crainte de perdre leur emploi.Et les employeurs-tyrans le savent bien ! Chaque semaine, on découvre des cas vraiment révoltants.En avril dernier, le Courrier de St-Hyacinthe entreprit une campagne pour la protection de nos ouvrières.Il n'eut pas besoin d\u2019aller loin pour trouver des scènes d\u2019esclavage.Voici quelques faits pris au hasard, dans ce journal: « Une jeune fille, d\u2019une très excellente famille mais grandement appauvrie par la crise, s\u2019est vu donner pour 110 heures de travail forcené la somme d\u2019un peu plus de $5.C\u2019est-à-dire 48% du montant spécifié par la loi provinciale du salaire minimum.On imagine facilement le découragement et les larmes que par Francine cause une aussi maigre enveloppe à la fin d\u2019une quinzaine.« Une autre personne, assez âgée et célibataire, qui a plusieurs années d\u2019expérience, ne peut malgré tous ses efforts atteindre à un dollar par jour.C\u2019est tout au plus si elle peut payer sa pension.Pour ses vieux jours qui ne sont pas loin, elle entrevoit l\u2019hospice, ou la misère noire.» Le Courrier de St-Hyacinthe a dénoncé de nombreux abus de ce genre.Et cela dans une bonne petite ville ca- nadienne-française, pétrie de sentiments religieux ! Joliette, il y a quelques mois, des plaintes graves furent portées contre des employeurs étrangers; ceux-ci avaient tellement exploité les ouvrières qu\u2019ils durent s\u2019enfuir, car ils craignaient les représailles de la population justement indignée.Je ne veux pas prendre prétexte de ces tristes situations pour dénoncer le travail des femmes.Je ne dirai pas, comme certaines intellectuelles (?) aux allures de matamores, que, sauf de très rares exceptions, les bureaux et les ateliers sont des écoles de prostitution.Nos ouvrières, pour la plupart, ont assez à faire pour soutenir leur famille; les quelques dollars péniblement gagnés ne servent pas toujours à payer de luxueuses toilettes, Aussi les insinuations lancées contre toute une classe de travailleurs dénotent une ignorance complète de la situation.Elles sont aussi injustes que méchantes.Et ici on peut se demander pourquoi tant de nos jeunes filles subissent sans protesier une telle exploitation, pourquoi ce sont de jeunes Canadiennes françaises qui en sont toujours les victimes.Mais il y a un réveil.La jeune génération, plus alerte, moins naïve que la précédente, ne se laisse plus berner par les beaux discours.Elle veut des actes, elle veut sa large part de toutes ces belles richesses naturelles qu\u2019on lui a tant vantées.Et cette libération sera aussi celle des malheureuses esclaves du travail salarié.Secrétaire particulière, \u2014 Coiffeuse.\u2014 Le plus beau métier : celui de mère.\u2014 Dactylo-sténo, 10 La Revue Populaire Le «Vagabond» au quai des Eboulements, On voit l\u2019auteur dans le cock-pit de son yacht.« Vagabond » était amarré au quai de Saint-Jean- Port-Joli.C\u2019est un bateau à fond plat, d'une vingtaine de pieds de long, large de sept, tirant deux pieds d\u2019eau; un mât, Une grand\u2019voile carrée, un foc; une ca bine haute de quatre pieds et demi, longue de huit; une cuvette de la même grandeur dans laquelle se trouve le moteur auxiliaire, 6 c.v, deux cylindres, sans démarreur automatique.La houle au large provoquait un léger tangage.Ce bercement moelleux et le clapotis de Peau frappant la paroi de mon bateau n\u2019étaient que de nature à me faire goûter davantage cette soirée d\u2019adien au « Vagabond » qui pendant deux étés consécutifs avait été mon logis.J\u2019allume mon poêle à gazoline pour réchauffer la cabine, je fais un café chaud que je verse dans un grand bol d\u2019aluminium; jy ajoute ce qui me reste de fortifiant: un fond de bouteille de cognac.Jouvre mon livre de bord pour y inscrire les faits de la journée; pas grand\u2019chose aujourd\u2019hui : «Journée amarré au quai de St-Jean.4 h.Au large à la rencontre de l\u2019Empress of Britain avec Lauréat Fournier et d\u2019autres.Retour au quai à 6 h.Souper à terre.Dernière fois que je couche a_ bord.» Heureusement que le café est bon, ¢a me console un moment.Jallume une cigarette et commence a feuilleter le journal du ¢ Vagabond ».J\u2019en lis toutes les pages.Chacune d\u2019elles me rappelle quelque souvenir.Tel jour de juillet, par exemple, où j'avais si maladroitement échoué à Saint-François de THle ! Mais le Co le premier soir que je couchais à bord; mon lendemain, comme ça descendait bien vers les Eboule- ° ments ! passer une journée à cotoyer de près les Lau- rentides: le cap Tourmente, le cap Brûlé, la Baie Saint- Paul, des noms qui évoquent quelque chose de beau et d\u2019immense.Et le 9 août, je vois le comble du ridicule à la Rivière-du-Loup: parce que je n'avais pu faire fonctionner le moteur de la journée, à 9 h.du soir deux chaloupes à moteur se trouvent en panne au large du quai; ils sont plusieurs a bord, j'entends même des voix féminines.La machine a gazoline comprend que le temps n\u2019est plus à la coqueluche et elle fonctionne comme une neuve; je peux même, rendu au large, l\u2019arrêter et la repartir.Le mieux est que je toue les deux chaloupes et que je leur fasse remonter à la noirceur l'embouchure de la Rivière-du-Loup sans que mon machin fasse même mine de s'arrêter.Tout ça, à la musique de voix nazil- lardes de petites filles de 15 ans qui ont passé de leur bateau dans le mien et qui ont peur et qui pleurent.Une heure après, tout le monde rit.Mon livre de bord m\u2019intéresse plus que jamais parce que je n\u2019ai plus à y écrire; la belle saison est finie.Je retourne aux premières pages et je lis : Jeudi, 7 juillet 1933; 2 h.30 a.m.La mer monte.Un peu de mer et le bateau cogne sur le quai (a DI'Islet.) Me réveille.Montant.Laisse le quai a voile.Léger vent de soroit.5 h.30.Rencontre la barge Trévisa.7 h.Vent plus fort; l\u2019écoute de ma grand\u2019voile se casse.Je baisse la toile et continue à moteur jusqu\u2019à la lumière de lIle aux Grues.Arrive là à 7 h.30.Déjeuner puis traverse l\u2019île à pied.9 h.Retour à bord.Je dors.11 h.Me réveille; répare mon écoute.Vent nord-est.Baissant.Je mets la grand\u2019voile et remonte le courant.Je dois diner sans quitter la roue, c\u2019est long et une bouchée attend souvent l\u2019autre.Malgré une forte brise, je prends deux heures à remonter le courant devant Montmagny.Je passe l\u2019après-midi à la roue que je ne puis plus quitter.La vague est très forte.8 h.Devant St-Laurent de T'Ile.Rencontre le S.S.New Northland.Beaucoup de passagers.Mauvais abordage au sacré quai de St-Laurent.9 h.Vais à terre.1] h.Retour à bord.La mer a baissé d\u2019une dizaine de pieds; je dois faire de l\u2019acrobatie pour descendre à bord.Me couche.Il pleut.Vent nord-est violent.C'était seulement ma deuxième journée à bord de mon bateau.Je faisais mon apprentissage sur le fleuve.Tout M.Jacques Trépanier sur son petit voilier, navigant seul dans l\u2019estuaire du Saint-Laurent.M.Jacques Trépanier est le fils de M.Léon Trépanier, échevin de Montréal.Quand la Brise Vagabonde par Jacques TREPANIER ne marchait pas comme le voulait ma théorie.J'avais beaucoup a apprendre.Mercredi, 13 juillet.Devant la Grande Ile.Il ne vente pas.Me couche tout habillé.2 h.15 le cadran sonne et je me réveille.La mer baisse.Aussi calme.Sonde sans atteindre de fond pour y jeter l\u2019ancre.Me recouche 2 h.45.Réveil.La mer me descend rapidement.Légère brise.Sonde encore.Prends la roue.4 h.Je descends toujours.J\u2019emploie le moteur pour aller jeter l\u2019ancre près des récifs de l\u2019Ile aux Lièvres.Déjeuner de crêpes.6 h.30.Lève l\u2019ancre et essaie à la voile de remonter le courant mais sans succès.La mer baisse et je descends.La CES k r i Photo Associated Screen News, Montréal.Tous les jours, le «Vagabond» croisait de grosses goélettes et même des quatre-mâts, venus des \\ provinces maritimes.Août 1934 Le « New Northland» s\u2019encadre entre la voile et le plat- bord du «Vagabond.» Devant Port au Persil, un ¢ squall » s\u2019élève du sud.En quelques minutes, la vague est devenue forte.Le vent me pousse vers la terre.Pas d\u2019abri possible, Ia cote n\u2019est qu\u2019une chaîne de rochers.Le moteur s\u2019impose, mais je n\u2019ai pas le temps de lui demander si ça lui plaît de fone- tionner.Bien que mon gouvernail soit embarré pour gagner le large, le vent soufflant dans ma grand\u2019voile est tellement fort que le « Vagabond » ne veut plus virer et il gagne la côte.Je réussis, non sans crainte de casser mes haubans et de voir le mat tomber, à changer de côté ma voile dans le vent et le « Vagabond > peut gagner le large.Je me sens plus en sûreté.Vers 9 heures, j'accoste au quai de St-Siméon près des goélettes St-Sidone et Bouchard.Vais à terre chercher de la gazoline.Dîner à bord.Les S.S.Tadoussac et Québec accoste au quai l\u2019un après l\u2019autre.2 h.15.Vais écrire des lettres au « Montain Hill ».4 h.15.Reviens, mange et me prépare à partir.5 h.30.Pars au commencement du montant.La première chose que je sais, c\u2019est que la mer n\u2019a pas fini de baisser au large; aussi je descends.Le moteur naturellement ne veut pas fonctionner.7 h.J\u2019écris mon journal tout en descendant.J\u2019espère remonter un jour.Faut pas s\u2019en faire ! 8 h.30.Passe entre l\u2019Ile aux Lièvres et l\u2019Ile Blanche.Navigation intéressante.I] y a peu d\u2019eau.On voit le fond; il faut sonder et surveiller les cailloux et le courant est fort.9 h.30.Une forte brise du nord s\u2019élève.Je claire l\u2019Ile aux Lièvres puis pointe vers les Pèlerins.Le courant monte.Il fait noir.J\u2019ai le vent de côté.Le bateau roule et tout se promène dans la cabine avec beaucoup de bruit.Quand je vois venir une vague noire et deux fois plus grosse que le bateau, je me demande si ça ne va pas chavirer ou emplir; mais le « Vagabond > prend mieux la mer que je ne croyais.Jeudi, 14 juillet.Minuit.Suis encore à la roue.Il fait froid et la brise est forte.Je dois me tenir debout pour ne pas dormir; chaque bouffée de vent me ferme les yeux.En vue des Pèlerins, je passe entre les iles parce que le vent nord ne me permettra pas de clairer la deuxième.3 h.30.Vis-à-vis St-André.Suis à l\u2019abri du vent nord.La mer ne monte plus, je trouve un endroit calme pour mouiller; je me couche et dors.Jeudi, 11 août, (amarré au quai de Tadoussac avec Renald).7 h.Lever.Baissant.Nous partons immédiatement après avoir payé 25 cents pour l'usage du quai et acheté une caisse de bleuets du Saguenay.La rencontre des courants à l\u2019embouchure du Saguenay produit un curieux phénomène.Toute la journée nous nous di- rigons vers le bas en route vers Rimouski.Nous dépensons notre provision de gazoline.Léger vent du nord- est.Mer plutôt calme et superbe.6 h.Arrivée à Trois Pistoles.Allons souper en ville.8 h.Retour à bord.10 h.30.Départ.Brumeux et pluvieux, Vent nord-est.Nous dirigeons à moteur vers le large puis hissons la voile pour aller avec le vent.Beaucoup de brume.La boussole nous aide quelque peu.Le bruit de vagues déferlant sur la rive nous avertit que nous ne sommes pas loin de l'Ile aux Basques.Je sonde.Pas profond.Jetons l'ancre immédiatement.Renald va se coucher.Je reste de quart au cas où le bateau traînerait son ancre.Jeudi, 25 août.(Au quai du Portage avec Gérard Drapeau) 6 h.am.Réveil.Levons la voile et filons à destination de la Malbaie.Vent soroît.Milieu du montant.11 h.Jetons l\u2019ancre au nord-est de l\u2019He aux Lièvres.Dîner aux frites.1 b.Vent sud-est.Levons l'ancre.Baissant.Le courant très fort nous porte vers l\u2019Ile.Jetons l\u2019ancre de nouveau\u2026 La mer a encore trois heures de baissant.4 h.Un fort vent d\u2019est s\u2019élève tout à coup.Levons l'ancre et nous dirigeons vers la Malbaie.Le garde- côte Fernand Rinfret nous dépasse.8 h.Perdons le vent et le courant.Une grosse étoile filante illumine complètement le ciel.Il fait très noir et nous prenons une heure (Suite à la page 55) Août 1934 La Revue Populaire 11 Be C\u2019est par douzaines qu\u2019on trouve, à l\u2019Ile d\u2019Orléans, des maisons qui remontent au régime français.Associated Screen News, Montréal.LA MAISON CANADIENNE E CAUSAIS récemment avec un québecois de langue anglaise, mais qui parle français comme vous et moi, parce que né au milieu de nous, et il me disait, entre autres choses : « D\u2019ai suivi avec beaucoup d\u2019attention votre campagne de refrancisation et je ne puis que vous féliciter de votre initiative et de votre patriotisme, mais, ajoutait-t-il, me serait-il permis de vous faire une simple observation ?» Sur un signe affirmatif de ma part, il reprit : « Il est bien beau de travailler pour obtenir que, dans nos campagnes et dans nos villes, les affiches, les panneaux-réclames, les enseignes soient libellés en langue française, afin d\u2019attirer l'attention de l'étranger et de lui faire comprendre qu\u2019ici c\u2019est le fran- Çais qui domine, mais ne croyez-vous pas que vous devriez aussi diriger votre pensée vers la conservation de la maison canadienne et de ses dépendances, c\u2019est-à- dire travailler à la continuation de l\u2019architecture normande que vos ancêtres ont implantée sur les deux rives du St- Laurent, au cours des trois derniers siècles ?Je crois que l'étranger, poursuivit notre interlocuteur, serait encore plus impressionné par l\u2019architecture des maz- sons d\u2019habitation et autres dépendances des fermes aux formes bien caractéristiques marquant leur origine, à la campagne, que par l\u2019affichage d\u2019enseignes à locution française.J'ai quelque peu parcouru la province de Québec, continua notre observateur, et je remarque avec regret que, depuis un quart de siècle, petit à petit, disparaissent non seulement les édifices publics, mais aussi les maisons d\u2019une époque, que seule pouvait montrer notre province, rappelant la domination française et, par le fait même, l\u2019établissement ici de fils de la Normandie, qui avaient apporté avec eux les us et couta- mes de leur pays natal.» Cette observation m\u2019a porté a réfléchir et je crois qu\u2019en effet elle est absolument juste et mérite considération de notre part.Rappeler dans des volumes magnifiquement illustrés la splendeur de nos édifices de style normand tel que l\u2019Archiviste de la Province l\u2019a fait dans « Vieux Manoirs, Vieilles Maisons », les « Vieilles Eglises de la province de Québec», ou encore «l'Île d'Orléans» ou plusieurs maisons de l\u2019ancien régime sont reproduites, cela ne suffit pas, à mon sens, bien que ce geste soit très louable.Il faudrait, me semble-t-il, trouver une formule en vertu de laquelle l\u2019architecture normande serait continuée chex nous, au lieu de la laisser supplanter graduellement par les insignifiants blocs de brique ou de ciment aux multiples formes cubistes ou cunéiformes dont se composent aujourd\u2019hui un trop grand nombre d'habitations modernes.Cette excellente étude de M.G.-E.Marquis, de Québec, est extraite de l\u2019intéressante revue québecoise « Le Terroir».par G.-E.Il est évidemment de louables exceptions et je sais qu\u2019il se rencontre encore quelques hommes de bon goût, travaillant à la restauration de certains édifices bien caractéristiques de notre architecture canadienne, mais ils sont peu nom- MARQUIS breux malheureusement.Faudra-t-il ajouter, pour faire voir jusqu\u2019à quel point cette architecture a éveillé l\u2019attention, que c\u2019est à l\u2019Université McGill que se poursuit depuis longtemps déjà une campagne plus ou moins effective pour le La maison de Boischatel, près Québec, où le général Wolfe établit ses quartiers-généraux.Le vieux moulin seigneurial des Laterrière, aux Eboulements.A gauche, le manoir des Laterrière.Le moulin est encore en usage.Photos C.N.R.maintien et la conservation de ces vieilles maisons dont l\u2019archaïsme a du charme et qui donnent à la province de Québec surtout à la campagne, une atmosphère que l\u2019on ne trouve nulle part ailleurs au Canada, ni aux Etats-Unis.Récemment, j'avais l'honneur d\u2019accompagner, au cours d\u2019une promenade aux alentours de Québec, lord John Russell, d\u2019Angleterre, et quelques amis de la Capitale.Pour lui donner une idée de la culture, chez nous, de l\u2019aménagement d\u2019une terre ferme en exploitation et de la vie que mènent nos gens, nous allimes visiter une ferme où l\u2019on a conservé du bon vieux temps tout ce qu\u2019il a de bon et d\u2019original: une jolie maison trapue et au toit pointu garni de lucarnes, ornée de fenêtres à petits carreaux et de contrevents solidement attachés aux murs.L\u2019ae- cueil le plus cordial nous fut fait, puis la maîtresse du logis, avec ses filles, nous fit visiter non seulement la maison, propre comme un sou neuf et toute garnie de meubles anciens, mais aussi l\u2019étable, l\u2019écurie, la porcherie, le poulailler, le jardin potager, le verger et jusqu\u2019à la glacière où l\u2019on conserve les aliments.Comme c\u2019était à l\u2019heure du dîner, le noble visiteur réclama le privilège de pénétrer jusque dans le fournil, où la table était mise.Quinze couverts figuraient sur cette table chargée de mets abondants et substantiels.La grand\u2019maman, sa bru et ses petits enfants, tous florissants de santé, semblaient tout à fait à leur aise pour recevoir notre visiteur, parce que, même dans ce fournil, la propreté la plus exquise régnait et que, dans sa simplicité, cette table aurait pu faire honneur à des gourmets.En quittant cet asile champêtre, le lord anglais nous faisait remarquer que cette visite était l\u2019une de celles qui l\u2019avaient le plus impressionné de tout son voyage au Canada, parce qu\u2019elle lui rappelait la France, qu\u2019il avait si souvent visitée, et, en particulier, la Normandie où il possédait un chalet, au bord de la Manche.Il ajoutait : « Il ne faudrait pas abandonner, chez vous, cette architecture bien normande et cette façon d\u2019orner vos maisons.C\u2019est tout un poème pour ceux qui viennent au Canada, tandis que vos nombreuses familles, robustes, alertes et à Pesprit ouvert constituent le gage le plus sûr de votre force et de votre développement, contre lesquels nulle puissance ne pourrait vous amoindrir, si vous savez en assurer la pérennité.» Et c\u2019est en excellent français qu\u2019il s\u2019exprimait ainsi.J\u2019avais retenu de cet entretien tout Je piquant, de même que toute la valeur pratique, lorsque, quelques semaines après, grâce à M.Emile Vaillancourt, j'avais l\u2019occasion de faire faire le tour de PIle d\u2019Orléans à un ancien premier ministre de l\u2019Afrique-Sud, accompagné de son épouse, Après avoir occupé Ce poste (Suite à la page 57) 12 L'INVENTEUR DU SAXOPHONE AX avait, en 1867, 56 ans.Il était grand, de complexion puissante, un corps robuste surmonté d\u2019une tête admirable.Jamais un front ne parut mieux pétri pour renfermer de grandes conceptions.Il était impossible de le voir sans deviner en lui l\u2019homme supérieur.Il portait toujours la redingote (du bon faiseur), était admirablement chaussé, ayant naturellement le pied distingué.L'expression de cette physionomie, ordinairement perdue dans l\u2019au delà, devenait d\u2019une douceur infinie, dès qu\u2019il vous parlait avec intérêt.La barbe rare, comme beaucoup de Belges, (car l\u2019inventeur du saxophone était Belge), la lèvre assez forte, un peu déformée par ce fameux cancer dont le guérit le docteur noir (Vriès) par une cure éclatante.Sax avait remarqué mes articles.Il en acheta des centaines, et ce fut certainement la meilleure affaire de la France Chorale.I] voulut me connaître, m\u2019attira vers lui (je dois dire, sans la moindre modestie, qu\u2019il passait pour savoir choisir ses hommes) et finalement, en décembre 1867, ayant suivi de près et mes travaux très modestes et mes aspirations très grandes, il m\u2019offrit de venir tous les matins chez lui, de huit heures à midi, collaborer avec lui, ou plutôt écrire, sous sa dictée, ses idées, ses plans, même ses défenses contre ses innombrables adversaires, .Jentrai aussitôt en fonctions et je connus vite mon homme, qui était, j\u2019ai hâte de le dire, un des hommes les meilleurs, un des travailleurs les plus extraordinaires, et un des génies les plus puissants que je puisse imaginer.Sax habitait au No 50, de la rue Saint- Georges, que tous les musiciens ont connu.Il avait bâti sa maison suivant ses idées.On montait une douzaine de marches, pour arriver à un petit vestibule ouvrant sur la gauche dans le salon, vaste pièce exhaussée de trois marches, où se trouvait l\u2019admirable portrait qui est encore chez son fils Adolphe.Il y avait un piano à queue où Adèle, la plus jeune de ses filles, faisait ses études.À gauche de la porte d\u2019entrée, les ateliers, où l\u2019on pénétrait par la salle de concert.En face, six à sept marches qui menaient au cabinet du maître de la maison.Ce cabinet, en forme d\u2019entresol, était assez vaste, encombré d\u2019extraordinaire fagon de brochures, de mémoires, et surtout de paperasses judiciaires.L\u2019unique fenêtre ouvrait sur la toiture vitrée des ateliers et, par une porte dérobée, on pénétrait dans le musée instrumental où il y avait des pièces fort curieuses et qui était attenant à la salle de concert.C\u2019est dans ce cabinet que, pendant près de dix ans, avec quelques courtes interruptions, j'ai passé une partie du meilleur temps de ma vie à Paris, avec cet homme si fort et si bon, et qui m\u2019aima d\u2019une grande affection.Il faudrait un article à part pour Rosalie, l\u2019invraisemblable bonne de Sax, une sorte de cauchemar ambulant, un gnôme presque difforme, mais un cauchemar bienveillant et riant toujours d\u2019une bouche démesurée.Rosalie était bien au ton de la maison.Elle n\u2019était jamais prête pour le déjeuner, et Sax, remonté dans ses appartements, ne descendait jamais.Cressonnois, qui était souvent le troisième convive, avait une manière désespérée d\u2019appeler : Rô-sâlie !.impuissante mais à mourir de rire.Quand une heure avait sonné et que tous les moyens étaient vains, nous prenions, Cressonnois et moi, chacun un cornet à piston et nous jouions un duo de Clodomir.Aussitôt, Sax descendait et Rosalie apparaissait, en riant de ses mâchoires dégarnies, ouver- La Revue Populaire ADOLPHE SAX Au moment où le nom d\u2019Adolphe Sax a les honneurs de l'actualité, il nous a semblé intéressant de faire revivre pour nos lecteurs la belle et noble physionomie de l\u2019inventeur du saxophone, telle qu\u2019elle apparut à un témoin journalier de son existence.tes comme un four.Le déjeuner suivait peu après.Ce bon et excellent ami Cressonnois était une figure bien connue du monde musical.Il avait été chef de musique des Guides et des Cent-Gardes, c\u2019est-à-dire des premières musiques régimentaires de ce temps, et il n\u2019était pas chevalier de la Légion d\u2019honneur ! Pourquoi ?.Sans doute parce qu\u2019on était, dans ce temps, beaucoup moins prodigue de cette faveur qu\u2019aujourd\u2019hui.Mes travaux chez Sax cessérent ou se firent plus rares.Edmond Neukomm prit ma place vers 1889.(Le narrateur revient sur ses pas et raconte les événements de sa carriére musicale auxquels Sax se trouve mélé.Mobilisé après Reischoffen, Paul Lacome est affecté à l\u2019armée de la Loire.Il obtient une permission le 17 mars 1871 et arrive à Paris le jour de l\u2019insurrection de la Commune.) .Le matin du 18 mars, réveillé avant L'orchestre Waring qui exécute à la radio les programmes de la Ford Motor Company.Les saxophones, comme on voit, y prennent l\u2019importance qu\u2019ils méritent.Jai fait beaucoup de choses avec Sax, car lui-même en faisait beaucoup et son génie s\u2019attaquait à toutes les conceptions humaines.:.Cependant, les inventions instrumentales étaient de beaucoup les plus nombreuses.Sax inventait sans cesse et prenait sans cesse des brevets de perfectionnement pour défendre ses créations contre les contrefacteurs à qui les étrangetés de la loi permettent de vous voler l\u2019objet que vous avez inventé, à condition que vous changiez quelque chose, ne fût-ce que la place d\u2019une cheville ou d\u2019un ressort.L'histoire des guerres de Sax contre les contrefacteurs est une épopée qui a eu Commettant pour Homère et un énorme volume de 600 pages pour Iliade.J\u2019y renvoie ceux qui pourraient être curieux de voir ce qu\u2019a pu un homme seul contre toute une industrie armée pour sa perte.le jour par les tambours, les clairons et un grand bruit, j\u2019allai demander à Neu- komm, qui couchait à la maison, près de moi, ce que cela pouvait signifier.Mais il se retourna d\u2019un autre côté dans son lit, me disant que si j'avais fait le siège, je ne serais pas étonné pour si peu.Cependant, comme la.clameur grandissait, je descendis et trouvai le père Bille et Laget, le professeur du Conservatoire, mon voisin, en train d\u2019épiloguer sur les événements de la matinée qu\u2019ils m\u2019apprirent.Sax était chez lui.Il me renseigna sur Ja gravité des événements.Nous nous donnâmes rendez-vous à l\u2019Opéra, où était un casernement de gardes nationaux.Il y avait aussi des bataillons de marche parisiens, et c\u2019est là que nous devions être incorporés, si nous n\u2019avions pu quitter Paris.J\u2019y revis, vers deux heures, Sax Août 1934 et Perrin, tous deux déguisés en gardes nationaux et coiffés de l\u2019inévitable képi.Nous nous dimes au revoir, et je réussis à quitter Paris à travers bien des difficultés, car il y avait loin de la rue de Navarin a la gare d'Orléans, et la ville, au pouvoir de l\u2019émeute, était pleine de fédérés que notre uniforme hétérogène mettait en éveil.(Les concurrents et contrefacteurs de Sax l\u2019avaient acculé à la ruine.Ses amis, Lacome et Chabrier en tête, demandèrent pour lui une pension au ministre, qu\u2019Henry Roujon semploya de son mieux à faire accordée.Lacome était alors dans les Pyrénées.A son retour a Paris, il alla voir Sax).Il était bien vieux, bien éteint, il ne parlait plus guére.Mais son émotion fut telle en me voyant, qu\u2019il se mit à pleurer en m\u2019embrassant.Et je pleurais moi aussi sur cette ruine physique et morale.Je n\u2019ai plus revu Sax, il mourut peu après, à l\u2019âge de 82 ans, je crois.Je viens de dire qu\u2019il ne parlait plus.Il n\u2019avait jamais beaucoup parlé, et cet homme qui pensait tant éprouvait une réelle difficulté à s\u2019exprimer.Il bégayait par-dessus le marché, non par nature, mais par embarras à choisir ses mots.Par exemple, une fois le mot trouvé, on était sûr qu\u2019il était typique.Mais il fallait une très grande habitude pour débrouiller sa pensée sous les broussailles de son langage.Aussi je le devinais et l\u2019interprétais plutôt que je ne le transcrivais dans nos communs travaux, et souvent je lui disais : « Allez-vous en, laissez-moi faire; et puis, si ce n\u2019est pas ça, nous recommencerons.> Mais c\u2019était ordinairement ça.Une des plus belles créations de Sax fut celle des instruments à six pistons.Elle fut étouffée par la coalition des facteurs et ne produira ses \u2018effets que lorsque tous les brevets et les perfectionnements par lesquels le fils de Sax essaie d\u2019en garder la propriété les auront fait tomber dans le domaine.Alors, un autre les inventera et il n\u2019y aura plus que des six pistons.\u2026.La fameuse fanfare de Sax n\u2019était composée que de six pistons et de saxophones.Il y avait tous les types, depuis le soprano aigu en si b jusqu\u2019à la contrebasse en si b, formant le 32 pieds de cette étendue énorme.Or, il faut savoir que les instrumentistes, formés par Sax ou ses lieutenants, étaient de tels virtuoses que le contrebassiste Clayette fioritu- rait sur son immense instrument comme sur une petite flûte.Ceux qui n\u2019ont pas entendu ce petit groupe de virtuose (ils étaient 16 en 1867, à l\u2019Exposition) ne pourront jamais en concevoir l\u2019idée même approximative.Ils étaient à cette époque dirigés par un flûtiste belge, De- merssman, compositeur remarquable, qui avait écrit pour eux une certaine Marche des Géants et des variations improbables sur le Carnaval de Venise.Plus tard, le bon père Forestier, un des messies du cornet à piston à son aurore, en prit la conduite, mais sans autorité.Forestier professait au Conservatoire la classe de six pistons, et Sax me fit composer pour le concours de je ne sais trop quelle année les morceaux d\u2019ensemble, soit une romance et un scherzo pour quatre cornets à six pistons, qui sont (le scherzo du moins) chose absolument injouable pour les pistons ordinaires, et que les élèves de Forestier exécutaient par-dessous jambe.Jécrivis aussi le morceau de concours du saxophone ténor.Paul LACOME Août 1934 « Qui est-ce qui passe ici, si tard, « Compagnons d\u2019la Marjolaine, «Qui est-ce qui passe ici, si tard « Compagnons, de sur le quai ?« Ce sont les chevaliers du Roy, « Compagnons d'la Marjolaine, «Ce sont les chevaliers du Roy, « Compagnons, de.sur le quai.C= juin, mois des roses, qui étincelait partout, et mettait de la joie dans ce petit parc des « grandes », au monastére des Ursulines.Assise sous les érables qui forment un déme de feuillage à la statue de la Vierge, une peu- sionnaire d'environ dix-sept ans rêvait, un livre sur les genoux.Les bruits de la ville venaient s\u2019éteindre là, pour ne laisser place qu\u2019à la paix, la grande paix du monastère, solennelle et mystique.Comme elle l\u2019aimait, ce vieux couvent historique, bâti comme une forteresse et qui gardait enclos cette richesse imcomparable de souvenirs.Elle l\u2019aimait, pour la pauvreté de ses longs corridors nus.Elle l\u2019aimait pour son mystère: ainsi que les vieux châteaux-forts du Moyen-Âge, on pouvait vivre des années dans ses murs, on ne se pouvait jamais flatter de le connaître parfaitement.Elle aimait le mysticisme de la chapelle, aux verrières anciennes, où brille à jamais la lampe romantique de Madeleine de Repenti- gny.Surtout, elle aimait sa grande âme héroi- que, qui lui parlait de Marie de l\u2019Incarnation, de Laval, de Montcalm.La Revue Populaire Nouvelle Canadienne Par « Ce sont les chevaliers du Roy, « Compagnons d\u2019la Marjolaine, «Ce sont les chevaliers du Roy, « Compagnons de sur le quai.«Que demandent ces chevaliers.«Que demandent ces chevaliers, « Compagnons d\u2019la Marjolaine, Et, dans ce petit coin ombrageux de la Cour des « Grandes », Marie Chénier rêvait, bercée par la vieille ronde moyen-âgeuse que chantaient ses compagnes .Quel contraste avait été sa vie: son adolescence paisible de pensionnaire avait suivi l\u2019enfance tragique de cette fille du grand héros de 37, « 1837 ! > Année guerrière, dont tous les événements resteraient à jamais gravés dans sa mémoire.Elle se souviendrait à jamais de ce jour triste de novembre.Sa mère, malade depuis quelque temps, était à Québec dans sa famille, et le docteur Chénier allait reconduire Marie au manoir de Rouville, où on lui offrait asile et protection.Elle se souviendrait toujours de cette chevauchée tragique, dans le soir tombant.C\u2019était au lendemain du désastre de Saint- Charles.La nature semblait se mettre en harmonie avec la tristesse de leurs pensées.Tout était gris: l\u2019échine des montagnes, ouatée de brume, qui s\u2019estompait à l'horizon; le ciel, d\u2019une pâleur presque humaine, les bois effeuillés, sur lesquels se détachaient en relief les baies rouges des painbinas et les grappes des cormiers.Ils allaient tous deux, dans ce décor sinistre.Quelles devaient être les pensées de son père alors que tout lui manquait en même temps.Quelle devait être son angoisse, ce soir qui précédait de si peu la bataille de Saint-Eusta- che, où il devait commander une poignée d\u2019hommes, presque sans munitions, à la rencontre du Colonel Gore, commandant une armée régulière.Chénier était la vivante personnification de la droiture et de la justice; il était de ceux qui se donnent tout à une grande cause, il n\u2019avait eu qu\u2019un idéal: la patrie; quelle devait être sa douleur de le voir sombrer dans le plus effroyable désastre.13 Illustration de Saint-Loup CHEVALIER DU ROY Mariette DORAN Il était brave, il ne craignait pas la mort, mais les héros comme lui ont parfois une sensibilité extraordinaire; de plus, il n\u2019avait qu\u2019une trentaine d\u2019années, et, malgré la bravoure, malgré l\u2019audace, c\u2019est trop affreux de mourir si jeune, et de laisser sans appui des êtres qui nous sont chers.« Plus le moment fatal approchait, plus Ché- nier devenait grave et pensif .» Quelle devait étre 'amertume de cette femme enthousiaste, faite pour le sacrifice et le dévouement ! Quel était le secret de « cette figure de Maréchal de France » ?Mais Chénier était résigné à la mort, car il était, \u2014 dit un de nos écrivains \u2014 « de cette éternelle famille de martyrs qui meurent, depuis que le monde existe, pour toutes les saintes causes, la religion, la patrie, la liberté, le bonheur et le progrès de l'humanité.» Au manoir, ce fut Madame Blainville elle- même qui les accueillit, avec son hospitalité et sa grâce coutumières.\u2014 Je me rends à votre invitation, et je viens vous confier ma fille, dit le médecin; je ne sais ce que l\u2019avenir nous réserve, il faut croire en la victoire, mais s\u2019il arrivait quelque chose.\u2014 Docteur, il en est encore temps, pourquoi ne renoncez-vous pas à cette bataille qui sera peut-être des plus sanglantes .Le curé de Ste- Rose, monsieur Turcotte, nous assurait hier que les patriotes ont été battus à Saint-Charles.\u2014 Je n\u2019y crois pas.Et quand cela serait, je suis décidé à mourir les armes à la main, plutôt que de me rendre, « La crainte de la mort ne changera pas ma résolution.Autant vaudrait essayer de calmer la mer en fureur, que de m'\u2019arrêter.» (Authentique).\u2014 Le clergé, depuis longtemps, nous prêche la soumission, et nous prédit que la rébellion n\u2019accordera rien.\u2014 Et comptez-vous pour rien I\u2019Acte d\u2019Union, le déshonneur d\u2019être traités comme des parias, par un peuple qui ne nous vaut pas ?Ah ! s\u2019ils n\u2019avaient pour eux le nombre et l\u2019or.l\u2019or, cette force maudite qui achète et qui soumet tout.près de nous qui sommes cernés et presque sans munitions.C\u2019est l\u2019éternelle loi de la force qui prime le droit, continua-t-il, en serrant les poings devant son impuissance. 14 «Je souffre plus que vous ne pouvez le croire, devant la responsabilité de tant de vies qui m\u2019incombe; mais je me console en pensant que, plus qu\u2019une révolte, ces combats sont une protestation, une protestation sanglante, devant le despotisme de nos maîtres; déjà.nous avons eu celle, hé- roique, de Dollard.» \u2014 Comme eux, vous étes des héros, docteur, et vous méritez de vaincre.\u2014 De vaincre ou de mourir.je ne veux pas survivre à la défaite.\u2014 Ne dites pas cela; vous devez vivre pour les vôtres, vivre pour votre épouse et pour Marie, vivre pour le Canada; des âmes comme vous grandissent une nation.\u2014 Ma fille, je vous la confie, sauvez-la.J'espère que, grâce à moi, elle apprendra à ne pas mettre toute sa vie, tout son coeur dans une idée, Je m'aperçois, trop tard, que la liberté est un mot, la loyauté une utopie des marchands de belles paroles, et qui ne la pratiquent pas.\u2014 Vous blasphémez, docteur, vos actes démentent vos paroles.\u2014 C\u2019est vrai, je souffre trop, et la vie est trop injuste, acheva-t-il, la tête dans ses mains.Et se levant, une flamme dans les yeux, il redressa noblement la tête et continua presque à voix basse, et sur un ton de résignation poignante : \u2014 Si au moins nos descendants peuvent, grace a nos souffrances, garder dans l\u2019avenir le droit de parler notre langue, être traités avec justice, nos vies brisée#f nos souffrances, notre mort méme ne seront rien.C\u2019est l\u2019heure du départ.Adieu, madame, que Dieu vous rende ce que vous faites pour nous.Il embrassa Marie, sans un mot, pendant que deux larmes coulaient sur ses joues amaigries et mouillaient les lèvres de sa fille.Ce fut sa dernière caresse.Elle ne devait plus le revoir.Quelque temps après, durant la nuit qui suivit la bataille de Saint- Eustache, Marie fut éveillée par Madame de Blainville.\u2014Levez-vous vite, mon enfant, disait-elle, vous n\u2019êtes même plus en sûreté ici.Mon fils Alain vous conduira au presbytère de Terre- bonne, et de là vous pourrez vous rendre à Québec, près de votre mère qui doit être si inquiète.Mon fils arrive a Winstant de Saint-Eustache.Là-bas, le village brûle.C\u2019est la défaite.Il paraît qu\u2019on fait un carnage affreux.Alain nous attend à l\u2019orée du petit La Revue Populaire bois, avec un cheval et quelques provisions.Partons.Elles sortirent du manoir; la châtelaine précédait, portant une lanterne.Elles marchèrent quelque temps en silence, et arrivèrent en vue d\u2019un bois, trapu comme un maquis.\u2014II est là, dit-elle.En effet, quelqu\u2019un s\u2019avançait vers elles.\u2014 Marie, je vous présente mon fils, le chevalier Hertel-Alain de Blainville.La petite fille regardait de tous ses yeux ce mince gentilhomme de seize ans à peine, que la lueur rouge de la lanterne embellissait encore, et qui, gracieusement, vint lui baiser la main.\u2014 Alain, je te confie Marie Ché- nier, la fille de l\u2019héroïque défenseur de Saint-Eustache.Tu dois à son père de la sauver.Et, se penchant, elle embrassa Marie.\u2014 Pauvre petite, comprenez- vous la grande âme de votre père et de tant d\u2019autres, qui n\u2019auront pas un meilleur sort.Mon pauvre, pauvre pays.que vont-ils en faire, Alain ?« Mais, partez, mes enfants, et que Dieu vous garde.» Ils partirent tous deux dans la nuit, pendant que la lueur sinistre du feu de Saint-Eustache étincelait au loin, comme une mare de sang.Ils galopérent ainsi longtemps.La nuit était transparente, Alain crut distinguer des ombres qui remuaient dans les roseaux, sur l\u2019autre rive.Il éperonna son cheval et partit au galop; trop tard, une balle siffla à leurs oreilles, puis une autre atteignit le cheval, à l'oeil, une troisième lui brisa le jarret, et il s\u2019affaissa, entraînant dans sa chute les deux enfants.\u2014 Bonne Vierge, pria le jeune homme.Il réussit à se dégager des étriers avec son précieux fardeau, la petite se pressait convulsivement contre lui, sans un mot.\u2014 Ne crains rien, dit-il.Ils abandonnèrent la bête qui râlait sauvagement, l\u2019oeil arraché lui coulant sur le museau.Alain sentait la petite main de l'enfant trembler dans la sienne.aidez-nous, Ils coururent en silence pendant que des balles égarées sifflaient encore.Heureusement, au détour du chemin luisait la lumière paisible d\u2019une maison proche.Ils y frappèrent.Une femme répondit.Alain courageusement lui raconta son histoire.\u2014 Parlez bas, lui dit-elle, en les faisant entrer, mon mari pourrait vous entendre, et il n\u2019est pas toujours commode.Elle conduisit Marie dans la « grand\u2019chambre > où trônait un immense lit à colonnes.\u2014 Quant à vous, dit-elle à Alain, il y a de la paille dans le grenier.Quelques instants plus tard, Alain s\u2019étendait avec délices dans cette paille chaude, lorsqu\u2019il entendit le bruit d\u2019une discussion, près de la grange.\u2014 Plus souvent, que je les protégerai, disait un homme, des enfants de révoltés, et avec ces espions qui courent les chemins; si on le sait, nous brûlerons comme les autres.\u2014 Tais-toi, tu ne penses pas ce - que tu dis, ils sont Canadiens, comme nous, \u2014 Canadiens, Canadiens, le petit Rouville, qui espionnait au profit des révoltés, et la fille de ce Chénier de malheur, dont la tête est mise à prix, par Lord Gosford.Mais, j'y pense, si j'ai la fille, j\u2019aurai le père, deux mille dollars c\u2019est bon à avoir.C\u2019est la fortune, la mère, c\u2019est la fortune.Je < vas » arranger cela.Bonsoir.Ah! ah ! ah!.la fortune, la fortune.Ah! ah! ah!.Son gros rire se perdit dans la nuit.La fermière allait répliquer, lorsque Alain dit, pres delle : \u2014 Laissez-le, nous partirons.\u2014 Vous ne pouvez partir ce soir.restez au moins jusqu\u2019à demain.Il n\u2019est pas aussi méchant qu\u2019il en a l\u2019air, vous savez, et vous ne pouvez vous exposer ainsi.\u2014 Non, tout de suite.Si nous étions découverts, j'ai la garde de cette petite fille, et.\u2014 Mais, il neige, le vent s'élève, nous aurons pour sûr une poudrerie.\u2014 Dieu nous conduira.Ils éveillèrent Marie qui ne comprenait pas très bien ce qui leur arrivait encore.\u2014 Bonne chance, mon petit monsieur, dit la fermière.Vous n\u2019avez qu\u2019à suivre la rivière.Et surtout, ne vous arrêtez pas.On s\u2019endort dans la neige, mais on ne réveille plus.Ils partirent, la main dans la main, vers l\u2019inconnu.La neige tou- bait, tombait de plus en plus épaisse, puis le vent s\u2019éleva; ce fut unc de ces tempêtes prématurées au début de décembre qui passent, ne laissant plus traces de chemins de qui ensevelissent les clôtures et buissons.Ils allaient tristement, appuyés l\u2019un contre l\u2019autre, baissaient la tête sous les rafales, et presque aveuglés par la neige.Août 1934 La femme avait dit de suivre la rivière, mais par ce temps, ils ne la distinguaient presque plus.Alain ne disait rien pour ne pas effrayer sa compagne, mais il entendait son coeur battre avec angoisse, dans sa poitrine.Ils marchèrent ainsi longtemps, longtemps.il leur semblait que c\u2019était depuis toujours.\u2014 Monsieur Alain, arrêtons-nous un instant, je t'en prie, je t\u2019en prie, demanda la petite fille, je suis ai fatiguée.si fatiguée.\u2014 Non, pas encore, nous arrivons peut-être.\u2014 Je n\u2019en puis plus, gémit l\u2019enfant, nous avons dû passer le village sans le voir .Regarde, près de ces arbres, nous serions abrités du vent.\u2014 I y a si longtemps que nous marchons, en effet.Arrétons- nous un peu.Tu es bien fatiguée, ma petite Marie ?.Tu as froid ?\u2014 Je ne sais pas, murmure-t- elle.je m\u2019endors.On est bien ici, dormons un peu, veux-tu ?Alain aussi a sommeil.Malgré ses efforts, une torpeur invincible l\u2019envahit.Sa tête s\u2019appesantit, et, presque machinalement, il se blottit, près de l\u2019enfant, dans le creux d\u2019une racine, sous les branches.Alain et Marie n\u2019ont plus froid ainsi, plus froid du tout.Ils ne sentent presque plus le vent.Dieu ! qu\u2019ils sont bien tous les deux ! Le jeune homme est plongé dans une douce somnolence et, dans une sorte de rêve, il voit passer tous les événements de la journée; le départ dans la nuit.la mort de son cheval.la trahison de l'habitant.leur fuite, et les conseils de la femme.«Surtout, ne vous arrêtez pas en chemin, la neige est traitre, on s\u2019endort, et on ne se réveille plus.» Il comprend tout à coup que ce sommeil qui les envahit doucement, que cet engourdissement qui les pénètre, c\u2019est cette mort affreuse qui les guette.là, toute proche.Il n\u2019a presque plus la force de se mouvoir.Il songe aux provisions et an vin donnés par sa mère au départ.Le vin.le vin.où l\u2019a- t-il mis ?Là, dans sa poche.Fébrilement il en boit quelques rasades .À la bonne heure, la vie revient.Il se penche vers Marie.elle dort profondément.comme elle est froide .il essaye vainement de lui en verser quelques gouttes.impossible.sa petite bouche est crispée.ses toujours (Suite a la page 56) Août 1934 Le VIEUX Puits par Max duVeuzit Illustrations de F.L.NICOLET PREMIERE PARTIE I Une partie de billard Depuis longtemps, la nuit était venue.Dans la campagne, les lumières éparses aux quatre bouts de l\u2019horizon, s\u2019étaient éteintes lentement, une à une, semant sur les champs et les bois, des ombres de ténèbres et des coins de mystère.Au château des Houx-Noirs, pourtant, on veillait encore.Au rez-de-chaussée, les fenêtres de la salle de billard rayonnaient, lumineuses, sur la façade toute sombre des hautes murailles de pierre.On les avait laissées largement ouvertes pour mieux goûter la douceur de cette tiède soirée d\u2019automne.Assise dans un fauteuil, devant un vieux guéridon de mosaïque curieusement ouvragé, Mme Croixmare cousait, pendant que son fils, Roger, un homme de trente-trois ans environ, fumait, auprès d'elle, un gros cigare blond dont la fumée montait en spirale bleutée vers le plafond.\u2014 Qu'est-ce que c\u2019est que cette ma- chine-là, maman ?fit tout à coup le jeune homme.\u2014 Quoi donc ?\u2014 Cet ouvrage ?Il indiquait la tapisserie de sa mère.Celle-ci répondit : \u2014 C\u2019est un écran de cheminée.Regarde.pour quand tu seras marié.Il eut une exclamation : \u2014 C\u2019est pour moi que tu te donnes ce mal ! \u2014 Mais oui! C\u2019est un plaisir, d\u2019ailleurs.Ne m\u2019astu pas dit, bien des fois, que tu voulais, une fois marié, rester souvent chez toi et passer, au coin de ton feu, la plupart de tes soirées ?\u2014En effet.Mais quel rapprochement.\u2014 Celui-ci tout simplement: je travail le à l\u2019embellissement de ton intérieur que je veux, autant que je le pourrai, te ndre agréable.Rien ne retient plus x mari au logis, qu\u2019un nid coquet et confortable.Le jeune homme se mit à rire : \u2014 Le pot-au-feu conjugal dans un plat doré ! fit-il un peu ironiquement.\u2014 Ne raille pas, protesta la mère.Si tu savais combjen je désire te voir heureux !.Ta légèreté m\u2019a donné tant d'inquiétude autrefois.\u2014 Dans un temps préhistorique! mur- mura-t-il, haussant imperceptiblement les épaules.\u2014 Oui, cest loin heureusement ! Elle ajouta, toute sereine : \u2014 Maintenant, je suis très tranquille : tu es devenu sage, sérieux, rangé.une vie nouvelle s\u2019ouvre devant toi.\u2014Avec ma chére petite Eliane, acheva- t-il, un éclair de joie dans ses grands yeux noirs.Le fils et la mère se turent un moment.Leurs pensées à tous deux volaient vers la douce fiancée qui, dans ses petites menottes blanches, semblait tenir leur bon- Publié en vertu d\u2019un traité avec la Société des Gens de Lettres.La Revue Populaire Un infâme, indigne d\u2019elle, son fiancé ! \u2026 heur, vers la compagne aimée que le jeune homme souhaitait si passionnément posséder, vers la jeune fille fragile que la vieille dame aimait déjà comme sa propre enfant.* Mme Croixmare rompit la première le silence pour demander : \u2014 Ton cousin connaît-il ta fiancée ?\u2014 Vaguement, répondit Roger, tiré en sursaut de ses pensées.Jean l\u2019a aperçue il y a deux ans, à Ostende, pendant la saison, mais elle portait encore des robes de fillette, il n\u2019y fit guère attention alors.\u2014 Et qu\u2019est-ce qu\u2019il dit de ton mariage ?\u2014 Oh! nous n\u2019en avons encore que peu parlé, puisqu\u2019il est arrivé ici, au moment du diner.un peu brusquement, même ! ajouta-t-il le front soudain rembruni.\u2014 Oui, il ne nous avait pas prévenus.\u2014 Voici trois mois qu\u2019il ne m\u2019avait pas écrit, reprit Roger, une intonation plus dure dans la voix.La vieille dame sourit indulgemment.\u2014 C\u2019est un grand étourdi! Il restera enfant toute sa vie.Pourtant, fit-elle, j\u2019aurais préféré qu\u2019il nous eût avertis, car je lui aurais fait préparer une chambre ici.\u2014 Bah ! il n\u2019est pas mal au pavillon ! Le pavillon, ancien rendez-vous de chasse, servait à présent d\u2019annexe à la maison mis toute so confiance.principale.Situé au milieu des sapins, à l\u2019autre extrémité du pare qu\u2019il fallait traverser en entier pour y aller, il abritait, à l\u2019automne, une partie des hôtes toujours très nombreux que le châtelain invitait à ses chasses et qu\u2019on ne pouvait tous, loger au château.Roger s\u2019était levé de son siège.De long en large, il arpentait maintenant l\u2019appartement.La présence de son cousin aux Houx- Noirs mettait, pour lui, comme une note sombre dans son bonheur si franc de fiancé heureux, sans qu\u2019il se rendit bien compte de cette appréhension bizarre qui Pobsédait depuis l\u2019arrivée de Jean.Après un instant de silence, Mme Croixmare reprit : \u2014 Sais-tu pourquoi Jean est venu ainsi, sans crier gare ?.Te l\u2019a-t-il dit ?\u2014 Non, mais je m\u2019en doute ! \u2014 De nombreux besoins d\u2019argent ?\u2014 Probablement ! Elle hésita, puis demanda : \u2014 Et si c\u2019est cela, qu\u2019est-ce que tu comptes faire ?\u2014 Je ne sais pas encore.Elle leva les yeux vers lui, une prière au fond de ses prunelles grises.\u2014 Ne sois pas trop dur.C\u2019est le fils de ma soeur.Il n\u2019a pas eu beaucoup de chance dans l\u2019existence, jusqu\u2019ici\u2026.L\u2019homme dont elle devait être bientôt la femme ! 17 .celui en qui elle avait Roger eut un geste d\u2019impuissance.\u2014 I n°a rien fait pour conjurer la malchance, non plus!.Il compte beaucoup trop sur les autres.Elle acquiesça : \u2014 Oui, c\u2019est vrai, il abuse un peu.\u2014 Ah! certes! Il abuse! s\u2019exclama Croixmare avec conviction.Puis, plus doux, il ajouta : \u2014 Enfin, ne t'inquiète pas, maman.Je ferai pour le mieux.Ils se turent soudain.Sur les dalles de pierre du large vestibule, un pas d\u2019homme résonnait.Et Jean Valmont entra.Il était jeune, trente ans au plus; pourtant, quelques rides précoces autour des paupières, quelques fils blancs dans les cheveux, aux tempes, donnaient à sa physionomie ce je ne sais quoi qui indique l\u2019homme fait, l\u2019homme qui a vécu, celui qui a même abusé un peu trop des plaisirs de la vie.Jean Valmont habitait Paris et n\u2019était que depuis quelques heures au château où son arrivée avait surpris chacun.Habituellement, il s\u2019annonçait toujours par une lettre ou par une dépêche.Ce jour-là, il était survenu brusquement sans que rien ne fit présumer son passage aux Houx-Noirs. 16 La Revue Populaire 2 tubes, format régulier, de CREME DENTIFRICE RUBAN COLGATE de 25c.Une Brosse a dents Colgate de qualité garantie UI, épargnez de l'argent.du bel argent! Une O véritable épargne ! Parce que cette aubaine consiste en articles qu\u2019il vous faut.des choses que vous achèteriez même si elles coûtaient cinq fois plus ! Voilà pourquoi cette aubaine est nouvelle.surprenante.C\u2019est une valeur sensationnelle pour 494.une brosse à dents garantie de la haute qualité Colgate, et 2 tubes, format régulier, de Colgate.496 pour les trois ! Cette offre ne peut durer longtemps, bien entendu.Vous le constatez quand vous considérez qu\u2019au prix de 25\u20ac le tube, la Colgate est déjà une bonne valeur.Profitez-en avant que la quantité limitée de votre marchand soit épuisée.Approvisionnez-vous pour plusieurs mois.Achetez-en pour toute la famille.L'occasion est ici, maintenant ! Qui sait quand elle reviendra ?QUANTITE LIMITEE CHEZ VOTRE MARCHAND Tout de suite, en entrant dans la rande salle de billard, il s\u2019excusa auprès de sa tante et de son cousin.\u2014 Pardonnez-moi de vous avoir quittés ainsi, aussitôt après le repas, mais il fallait absolument que je fasse partir une dépêche ce soir.\u2014 Rien d\u2019ennuyeux pour vous, jes- père, Jean?s\u2019informa la vieille dame avec un maternel intérêt.\u2014 Non, non! répondit-il vivement.Et pour couper court à toute autre question, il se tourna vers Roger : \u2014 Nous jouons une partie de billard, veux-tu ?proposa-t-il.Croixmare accepta.Ils choisirent leurs queues et, en ayant frotté le bout avec de la craie, ils commencèrent sans plus de paroles.La partie manquait d\u2019entrain.De brèves phrases, alternant avec le heurt sec des queues poussant les boules, coupaient d\u2019une façon monotone le mustisme préoccupé des joueurs.\u2014 Ça va! \u2014 Vingt-trois.\u2014 Oui, mais à moi.là ! tiens ! regarde ce quatre bandes.\u2014 Parfait ! \u2014 Je compte trente-cinq maintenant.\u2014 Veinard, va ! \u2014 Oui, jai de la chance, ce soir!.Quelle catastrophe, par ailleurs, va-t-il m\u2019arriver en revanche ?Jean disait cela du bout des lèvres, avec un sourire contraint.Sous son apparente gaîté, on devinait une amertume.peut-être même une obsession inquiète.Pendant que les queues cognaient les billes et que celles-ci roulaient silencieusement sur le drap vert ourlé de palissandre, Mme Croixmare examinait attentivement son neveu.Elle dit soudain, sa voix claire jetant une note plus gaie dans l'appartement : \u2014 Jean, je vous trouve changé.Vous êtes amaigri.\u2019 Il répondit : .\u20141I1 y a longtemps que je ne vous avais vu.Vous paraissez plus mince que l\u2019année dernière.N'est-ce pas, Roger?regarde ton cousin.\u2014 Ma tante ?Croixmare jeta un bref coup d\u2019oeil sur le jeune homme.\u2014 Heu!.Jean n\u2019a jamais été bien gros.\u2014 C\u2019est vrai! Pourtant, il me semble .\u2026.Vous avez l'air fatigué, ajouta-t-elle, souriant maternellement.Jai eu de satanés soucis, aussi ! De nouveau, une ombre de tristesse avait imperceptiblement plissé son front.Roger, l'instant d\u2019avant penché sur le billard, s\u2019était redressé et presque brutalement répliquait : \u2014 Dis plutôt que la vie que tu mènes n\u2019est pas faite pour te rembourrer.C\u2019est esquintant, la fête, tu sais ! \u2014 La fête ! Oh ! tu exagères.Je ne la fais pas tant que ça, va ! Ses yeux bleus, en éclair d\u2019acier, avaient croisé ceux de son cousin qui l\u2019examinait d\u2019un air ironique.Mais déjà Mme Croixmare s\u2019interposait, effaçant par son ton amical la secrete irritation que les paroles de son fils avaient fait naître.\u2014 Vous devriez rester longtemps ici, Jean.Le grand air vous rendrait vivement les couleurs.Quelques jours, voyez- vous, ce n\u2019est pas assez; c\u2019est un mois ou deux de repos qu\u2019il vous faudrait.\u2014 Vous êtes trop bonne, ma tante, ct je regrette de ne pouvoir profiter de votre aimable invitation.\u2014 Pourquoi ?Voyons! qui vous en empêche ?Vous êtes libre.\u2014 C\u2019est vrai, mais on ne fait pas toujours ce qu\u2019on veut .Malheureusement, des affaires assez importantes me rappellent à Paris à la fin de cette semaine.Il étouffa un soupir.Il pensait à la gravité de ces affaires qui l\u2019appelaient si impérativement, à date fixe, à Paris.Sans remarquer, la vieille dame repre- naît : \u2014 Mais vous reviendrez pour le mariage de Roger ?.Il faudra même arriver quelques jours à l\u2019avance, n\u2019est-ce ?pas ?Jean s\u2019inclina pour remercier.\u2014 Oh ! certes ! je reviendrai pour ce mariage, répondit-il.Mon cousin ne me pardonnerait pas ma défection en un tel jour.\u2014 Tu seras mon garçon d\u2019honneur !.Août 1934 s\u2019écria Croixmare que la pensée de son prochain mariage venait soudainement d\u2019égayer.Intérieurement, il se rappelait la douce vision blonde et élancée de sa fiancée, et un incarnat momentané brunissait ses joues mates.\u2014 Et pour quelle date, la noce ?interrogea Valmont.dont le front s\u2019était rembruni.\u2014 Dans quatre semaines, répondit la vieille dame.C\u2019est ici qu\u2019elle aura Lieu.Jean, étonné, la regarda : \u2014 Ici ?fit-il.\u2014 Oui, expliqua-t-elle.Eliane a encore sa mère, elles habitent chez une tante à Bléville, dans le Dauphiné.mais la propriété, pourtant plus grande que celle-ci, n\u2019offre ni le confortable nécessaire ni les commodités indispensables pour cette cérémonie.Alors, d\u2019un commun accord, nous avons décidé que le mariage se ferait aux Houx-Noirs.\u2014 Et c\u2019est pourquoi ma chère Eliane arrive demain! lança joyeusement Roger.\u2014 Demain! répéta Valmont qui devint plus grave encore ! Alors, je la verrai ?\u2014 Certainement.\u2014 Elle va rester ici jusqu\u2019au dernier moment, acheva d\u2019expliquer la maman.Négligemment, en poussant sa bille avec une apparente attention, Jean demanda : \u2014 Sa mère l\u2019accompagnera-t-elle demain?\u2014 Naturellement ! Pour cette exclamation, Roger avait pris un ton si comiquement désolé que l\u2019autre se mit à rire.\u2014 Diable! Elle tient de la place, la mère, hein ?fit-il soulignant ses paroles d\u2019un coup d\u2019oeil significatif.Croixmare poussa un soupir dont il exagéra gaiement l\u2019importance.\u2014 Encombrante, mon cher! Et la tante! Il faut compter avec elle, je t\u2019assure ! \u2014 Ah! bah! \u2014 Des principes austères, des préjugés étroits.et des idées sur le mariage ! Il sourit, certaines réminiscences amusant sa pensée.\u2014 Ainsi, continua-t-il, Mlle de la Brèche \u2014 c\u2019est le nom de la tante \u2014 ne s\u2019est pas mariée parce qu\u2019elle n\u2019aurait jamais voulu d\u2019un homme qui eût.aimé avant son mariage ! \u2014 Oh! \u2014 D\u2019après cela, juge des singulières opinions qu\u2019elle émet parfois sur les fiau- cés ou sur les gens mariés ! Il se mit à rire.Mme Croixmare secoua la tête en souriant.Elle se rappelait les préliminaires des fiançailles, et elle les résuma : \u2014 Pour que je puisse obtenir des deux dames la main de la jeune fille pour mon fils, il a fallu l\u2019intervention du général Gaillard, le seul homme qu\u2019elles estiment au monde.\u2014 Et il a affirmé que tu n\u2019avais jamais.aimé ! dit Jean en pouffant de rire.\u2014 Pas précisément, répondit Roger légèrement embarrassé.Le général sait bien, lui, qu\u2019il faut que jeunesse s\u2019amuse.Un homme ne fait un bon mari que lorsqu\u2019il a jeté sa gourme.\u2014Le général a expliqué tout ça à Mme de Surtot qui s\u2019est laissé convaincre as sez facilement, ajouta la vieille dame.# \u2014 Alors, vive la joie! Et tous mes voeux, mon cher, fit Jean en secouant une importune pensée.La partie de billard était finie.Les deux jeunes gens posèrent leurs queues et allumèrent des cigares.Puis, un domestique apporta des liqueurs sur un plateau d\u2019argent.Dix heures sonnèrent.Mme Croixmare plia aussitôt son ouvrage et se leva : \u2014 Vous me pardonnerez, mes enfants, de vous quitter, mais je suis un peu fatiguée .I\u2019habitude de me coucher de bonne heure.À mon âge, on ne sait plus veiller.\u2014 Je vous en prie, ma tante, ne changez rien pour moi, pria Valmont.Je vais rester avec Roger.\u2014 C\u2019est ça, causez ensemble.vous devez avoir beaucoup de choses à vous dire.entre jeunes gens ! Elle les quittait, mais elle se rappela ne pas avoir indiqué à Jean l\u2019appartement qu\u2019il allait occuper aux Houx-Noirs et vivement, elle expliqua : - Août 1934 \u2014 Mon pauvre ami, j'allais vous quitter sans vous prévenir.On vous a mis au pavillon pour cette nuit.Tout est bouleversé, ici, avec ce mariage; et les chambres sont encombrées.\u2014 Je serai très bien au pavillon, fit Jean, indifférent.\u2014 Mais il vous faudra traverser le parc.\u2014 Bah ! la belle affaire ! C\u2019est une promenade ! .Comme malgré son affirmation, elle gardait un air navré, il ajouta: \u2014 Voyons, ma tante, ne vous inquiétez pas pour si peu.Ici ou là-bas, c'est la méme chose.A moins que vous ne redoutiez pour moi la présence des gnomes et des sylphes autour du vieux puits * près duquel il me faudra passer tout à l'heure.0.; Ils se mirent à rire tous les trois.\u2014 Vous êtes trop grand, maintenant, Jean ! C\u2019est vous qui leur feriez peur.\u2014 Juste revanche !.Ils ont assez effrayé, autrefois, mon imagination de pè- tit garçon pas sage.re .\u2014Je me souviens.J'étais aussi chapon que toi, murmura Roger, amusé de ce retour en arrière.i \u2014 Parce que tu n\u2019étais pas moins terrible, conclut en riant la vieille dame qui se rappelait l'enfance bruyante et indisciplinée des deux cousins.Elle dit encore : .\u2014 Vous savez, Jean, si, demain, vous voulez accompagner Roger a la gare au devant de sa fiancée, il ne faudra pas vous lever trop tard.\u2014 Je suis très matinal.\u2014 C\u2019est à dix heures et demie qu\u2019arrive le train.\u2014 Je serai prêt à partir avec mon cousin, fit-il aimablement.\u2014 C\u2019est entendu.Elle prit enfin congé d\u2019eux., Maternellement, elle les embrassa l\u2019un après l\u2019autre.Et doucement, à menus pas, la marche déjà alourdie par l\u2019âge, elle quitta l'appartement.I Une discussion orageuse Restés seuls, cigares à la bouche, les deux hommes s\u2019enfoncèrent paresseusement dans des fauteuils.Quelques phrases banales, dites du bout des lèvres, sans conviction et sans intérêt, volèrent d\u2019abord entre eux, mais de nouveau la gêne du début de la soirée les ressaisit peu à peu.Il était évident que si Valmont, comme son arrivée subite le faisait supposer, avait quelque confidence à faire à son cousin, celui-ci, en retour, s\u2019efforçait de ne pas la provoquer.Peut-être mème, intérieurement, Roger redoutait-il ce que l\u2019autre avait à lui dire.Cependant, aprés quelques minutes d\u2019hésitation, Valmont se décida tout a coup.Se levant, il fit quelques pas dans l\u2019appartement; puis délibérément, vint se planter devant son couin.LL.\u2014 Roger, murmura-t-il, un peu gêné, malgré son apparente assurance, j'ai des ennuis.des emmuis d\u2019argent.il me faut.beaucoup.T1 s\u2019arrêta, cherchant sur le visage de l\u2019autre un encouragement qui ne vint, pas; alors, il lança le chiffre, la voix plus affermie : \u2014 I me faut quarante mille francs pour la semaine prochaine.Croixmare conserva son impassibilité.\u2014 Heu ! Quarante mille francs, un joli denier .Mes compliments, ta vas bien ! répondit-il légèrement.Comme Jean, interdit de son calme, restait planté devant lui, il demanda enfin : \u2014 Alors ?.Qu\u2019est-ce que tu vas faire ?\u2014 Mais.les payer ! \u2014 Parfait ! Tu as l\u2019argent ?\u2014 Non.J'ai compté sur toi.Un sourire ironique plissa les lèvres de Roger.\u2014 Vraiment ! Sur moi ! \u2014 Il est impossible que tu me refuses cette somme, balbutia Valmont embarrassé.\u2014 C\u2019est cependant ce que je me propose de faire ! Une supplication passa dans les prunelles de l\u2019autre : \u2014 ATlons, ne te fais pas si dur.Qu\u2019est- ce que je te demande?Quarante mille francs ! Une bagatelle pour toi! La Revue Populaire 17 Roger secoua la téte.\u2014 Ma fortune est certainement grande, mais elle ne me permet pas, chaque semestre, de payer toutes tes folies.Valmont haussa les épaules.\u2014 Mes folies ! .Des dépenses absolument indispensables pour pouvoir tenir mon rang devant tous ceux qui ont connu mes parents ou qui ont été en relations avec ma famille.\u2014 Qui toblige à mener un tel train de vie?répliqua Roger froidement.Puisque tes moyens ne le permettent pas de continuer cette existence de désoeuvré, change-là .travaille.Tu nous avais promis de travailler ?\u2014 Je travaille, mon cher! Et c\u2019est pourquoi j'ai besoin de cette somme qui va me permettre d\u2019avoir une véritable situation.\u2014 Oui-da ! Je vois le genre de travail que tu fais ! .Un travail qui coûte que- rante mille francs avant de rapporter un sou.Tu ne me crois pas assez bête pour gober cela ?Il ralluma posément son cigare qui s\u2019était éteint.\u2014 Ecoute, fit Valmont angoissé.Je te jure que cette somme est destinée à une affaire sérieuse.Si tu me la donnes, je n\u2019aurai plus jamais recours à toi, dans l'avenir, car ma position sera assurée.\u2014Je ne te crois pas!.Au surplus, pourquoi choisis-tu un emploi où de l\u2019argent est, avant tout, nécessaire?Cherclie autre chose, mon bon! Les places ne manquent pas ! Une colère secoua Valmont qui ne se retenait pas.\u2014 C\u2019est facile à dire quand on ne se fiche de rien! s\u2019écria-t-il violemment.Comment peux-tu parler ainsi, toi, qui, en argent, as eu tous les bonheurs: ton père l\u2019a laissé une brillante situation et successivement, un oncle, une marraine, une vieille cousine, ont concourru à l\u2019augmenter.Tu héritais de tous les côtés! Et comme si ce n\u2019était pas encore assez, tu épouses une jeune fille plusieurs fois millionnaire.Dans six semaines tu seras deux fois plus riche encore.Je suis loin d\u2019avoir ta chance, moi.Des dettes, des créanciers, ou bien le ventre vide, voici mon lot ! \u2014 Parce que tu le veux bien! Je tai déjà tiré d\u2019affaire cinq ou six fois.\u2014 Oui, en effet! Tu m\u2019as tiré d'affaire, c\u2019est-à-dire que tu as acheté mes principales créances; mais, comme je n\u2019ai qu\u2019un médiocre revenu, totalement insuffisant pour vivre, il m\u2019a bien fallu chercher un moyen d\u2019existence.Jai fait ce que j'ai pu.Est-ce ma faute si je n\u2019ai trouvé, jusqu\u2019ici, aucune occupation sérieuse ?\u2014 Si bien que te voici encore dans lc pétrin ! \u2014 Justement ! avoua Jean piteusement.Sa colère passait subitement devant la nécessité impérieuse de ne pas mécontenter l\u2019autre.\u2014 Tant pis pour toi, déclara pourtant Roger sans pitié.Moi, j'en ai assez de te tendre la main.Une angoisse serra la gorge de Val- mont.Ses yeux implorèrent son cousin et il balbutia, s\u2019efforçant de sourire : \u2014 Non ! C\u2019est une plaisanterie.Tu ne parles pas sérieusement .C\u2019est pour te faire tirer l\u2019oreille.\u2014 Pardon, répliqua Croixmare sèchement en se levant pour arpenter la pièce, je suis très sérieux en ce moment.S'il y a mauvaise plaisanterie, elle n\u2019est pas de mon côté.\u2014 Tu ne crois pas que j'aie besoin de cette somme ?\u2014 Oh si! je ne mets pas tes dettes en doute.Ce que je m\u2019explique moins, c\u2019est ta requête d\u2019aujourd\u2019hui\u2026 Il lança quelques bouffées de fumée et continua : \u2014 Il a six mois, quand tu es venu me demander une certaine somme, il était bien entendu que c\u2019était la dernière fois.Je ne voulais pas, d\u2019abord.puis, devant tes pleurs, tes supplications, tes promesses, j'ai fini encore une fois par céder et par payer.Aujourd\u2019hui, ce ne sera pas la même chose: je ne me laisserai pas émouvoir .Parce que tu m\u2019as rendu autrefois un certain service, tu abuses de la situation.Je suis la bonne poire que tu tapes trop facilement.Si je cédais encore une fois, je te donnerais un motif de plus, de me considérer comme ton débiteur à perpétuité.Merci bien! Avant mon mariage, je veux se- NOUS, les BEBES, revendiquons nos DROITS Notre peau a besoin de ce doux savon.fait d'huile d\u2019olive ! Nous sommes loin de les blâmer .car le Palmolive est un savon si doux et si pur.La raison étant, il va sans dire, qu'il est fait seulement avec des huiles végétales pures.un mélange scientifique des huiles d\u2019olive et de palme adoucissantes .\u2018Nous devons connaître les savons! Notre peau n\u2019est-elle pas la plus tendre qui soit.et n\u2019avons-nous pas un bain chaque matin?Alors, nous voulons le doux Palmolive, le savon que les médecins approuvent parce qu'il est fait d\u2019huile d'olive!\u201d Et quand vous songez que 20,000 experts en beauté disent que le Palmolive est le meilleur pour garder la beauté du teint, vous savez qu\u2019il doit être un vrai bon savon de beauté! Pourquoi ne pas essayer des traitements Palmolive pour la figure chaque jour?Sans ement Fée ih format Les medecins disent : \u201cSans danger méme sr \u2018 k pour la peau d'un Bébé 18 couer ton joug.Tu as besoin d\u2019argent, cherches-en.Moi, je ne marche plus ! Il se rassit et, nerveusement, jeta son cigare et en ralluma un autre.Le ton net et tranchant de son cousin déroutait un peu Valmont.Il avait compté sur quelques rebuffades, mais non sur un échec si formel, et les paroles de Roger ne lui laissaient guère d\u2019espoir.Pendant quelques minutes, il garda le silence, ruminant toutes sortes de réflexions et ressassant en même temps toutes ses rancoeurs de déshérité qu'un parent riche repousse inexorablement.Croixmare le suivait des yeux sans mot dire, bien décidé à ne pas céder.Très calme en apparence, il sinquietait va: guement, pourtant, au fond.il À quelle extrémité son refus allait-i pousser Jean Valmont ?Il fut bientôt fixé., Le front barré d\u2019un pli résolu, l\u2019oeil dur, les lèvres sèches, Valmont vint se rasseoir en face de lui.Et il questionna brusquement : \u2014 Dis-moi, elle a les idées très larges, ta fiancée ?; as Roger sursauta.La question l\u2019inquiétait par son inattendu._.\u2014 Laisse ma fiancée tranquille, dit-il avec calme, néanmoins.Son nom n\u2019a rien à faire dans notre entretien., , \u2014 Eh! qui sait ?riposta Tautre d'un ton plein de sous-entendus.Notre conversation l\u2019intéresserait peut-être.elle ou sa mère.sa mère qui n\u2019a certainement aucune raison d\u2019être sourde ou aveugle.Roger se dressa sur son fauteuil.Son regard cherchait à intimider son cousin.\u2014 Que veux-tu dire?fit-il sourdement.\u2014 Que si jamais elle apprenait que tu n\u2019es pas.; 7 \u2014 Que je ne suis pas quoi : \u2014 Tout ce que tu parais être, acheva Jean, sans s\u2019émouvoir de l'attitude hostile du jeune châtelain.J Il ajouta, un sourire ironique plissant à son tour ses lèvres hautaines.\u2014 Je crois qu\u2019alors, mon cher, on te remercierait, malgré les renseignemenas du général Gaillard.Ft un éclat de rire gouailleur ponctua ses paroles.2, .Croixmare s\u2019était levé, très pâle.Mais il ne voulait pas laisser voir que la ré flexion de l\u2019autre l\u2019avait touché.Il fit un effort pour se dominer et rester calme.\u2014 Tu ferais mieux de parler d'autre chose, fitil seulement.Tes paroles ne sont pas toujours du meilleur gout.\u2014 Dans tous les cas, tu ne les prises pas, c\u2019est évident ! .Jean se mit a rire, puis continua : \u2014 Pour te faire plaisir, je ne demande pas mieux de changer de sujet.|; \u2014 Ce sera préférable pour ta dignité.remarqua Croixmare de son même ton tranchant.\u2014 Pour la tienne aussi! riposta Val- mont posément.- .Il sentait bien l\u2019avantage qu\u2019il avait remporté sur son cousin, et il continuait, très maître de lui, d\u2019autant plus calme qu'il voyait la colère gagner peu a pen Roger : .\u2026 _\u2014 Causons de mes affaires financières, préfères-tu ?C\u2019est plus intéressant, peut- être! J'y vois, du reste.un certaïn rapport entre elles et ton mariage.C\u2019est même pour ça que je suis ici .Apprenant les riches fiançailles.le puritanisme de ta future famille \u2014 ne te miords pas les lèvres! Je le savais avant que lu 1n\u2019en aies parlé, \u2014 je m'étais dit: Roger est un bon garçon, plutôt que de me savoir embêté .que de l\u2019être lui-même .Il préférera m\u2019avancer encore une fois la somme dont jai besoin.Il fit une pause pour juger de l\u2019effet de ses paroles, puis il continua : \u2014 Au surplus, il ne s\u2019agit encore que de me donner une avance sur la somme que me versera l\u2019« Assurance Moderne » quand j'aurai quarante ans.Tu ne peux pas dire que tu m\u2019aies jamais vê- ritablement donné de l\u2019argent, puisque tu as toujours fixé ma signature et que tu sauras bien, au bon moment, réclamer ce que tu m\u2019auras avancé ! .Donc, au- jourd\u2019hui encore, pour nous éviter des ennuis.à moi comme à toi, tu me prêtes encore ces quarante mille franes.Il cligna de l\u2019oeil et conclut : \u2014 Tu as compris ?.Je puis compter sur toi ?Croixmare le regarda, une fureur au fond de ses prunelles fixes.Un moment, il se demanda s\u2019il n\u2019allait pas sauter sur son cousin et Pétrangler ; La Revue Populaire mais, se dominant encore, il répondit avec calme, bien qu\u2019une rage mal contenue fit trembler sa voix: \u2014 N\u2019insiste pas, c\u2019est inutile.Tu n\u2019auras rien de moi.\u2014 Mais si, j'insiste! parce que je sais que tu feras ce que je le demande, dit en riant Valmont, qui reprenait de plus en plus confiance.Je suis embêté .diablement embêté.Il me faut quarante mille francs avant lundi.Roger, veux-tu généreusement me les donner ?Encore une fois, il cherchait à vaincre proprement la résistance de son cousin.Mais la colère commençait à avoir raison de celui-ci.\u2014 Non! .Tire-toi de là comme tu pourras.\u2014 Tu sais bien que je n\u2019ai aucun crédit.à moins de faire des dupes! Jamais je ne pourrai en trois jours, réunir les fonds nécessaires.\u2014 Tans pis pour toi! J'ai assez de mes propres soucis.\u2014 Mais, au fond, tu serais désolé qu\u2019il m\u2019arrivât des désagréments.Ecoute: j\u2019attache la plus grande importance à payer cette somme exactement à l\u2019heure dite.Il faut que j\u2019évite tout scandale en ce moment.Lamy, le gros financier, compte m\u2019intéresser dans une entreprise qu\u2019il va monter.S\u2019il apprend que je ne suis pas solvable, l\u2019affaire est ratée.Il \u2014 Mieux que ça.des lettres indiquant à quels expédients tu as eu recour3, autrefois, pour payer tes dettes à l'insu de ta famille.Roger eut un sursant : \u2014 Tu peux appeler cela du nom qu\u2019il te plaira, répliqua Jean, sans baisser Je ton.J\u2019ai des lettres à vendre: le prix est cent mille francs.Les veux-tu?À ce prix- là, je connais un homme qui me les achèterait pour la seule chance de t\u2019enlever ta fiancée.Je te donne la préférence.Croixmare ne se contint pas plus longtemps.Blême de colère, il marcha vers Valmont, qui recula un peu.\u2014 Si tu as des lettres signées par moi, tu vas avoir l\u2019obligeance de me les rendre! s\u2019écria-t-il, la voix frémissante de courroux.\u2014 Elles sont à moi, répondit Jean, qui conservait son calme.\u2014 Non ! \u2014 Si! Elles m'ont été données par la dame à qui tu les as écrites.Il faut constater qu\u2019elles ne sont pas faites pour honorer leur signataire.\u2014 Misérable ! rugit Roger qui saisit Jean par le col de son veston.Donne-moi ces lettres ! \u2014 Contre espèces sonnantes, oui! fit Valmont en essayant de se dégager.\u2014 Jamais.Le bon vieux temps +++ Si vous étiez la fée imposante et mystique Dont grand\u2019mère, le soir, gravement me parlait Tandis qu\u2019au coin du feu, vaillante, elle filait, Au bon vieux temps jadis, amant du fantastique.Et si vous possédiez la baguette magique Qui changeait en beau gars le bossu le plus laid, En un prince charmant le plus humble valet Et le plus vieux taudis en palais magnifique, A mes plus chers désirs, donnant un libre essor, Je ne vous prierais point de me verser de l\u2019or, Je ne réclamerais ni gloire, ni trophées.Mon désir est plus simple, et tenace pourtant : Je vous demanderais de me rendre à l'instant Le bon vieux temps jadis où je croyais aux fées.Extrait de l\u2019Aube au Midi Aronzo CiNQ-MAaRrs (Québec, Edition de la Tour de Pierre, 1934) s\u2019agit de ma position.de ma fortune, peut-être! Tu ne peux pas hésiter.Tiens, pis que ça, c\u2019est pour me sauver du déshonneur.J'ai donné ma parole et engagé ma signature.Sa voix tremblait malgré lui.Il avait usé de tous les arguments.Son émotion était sincère en cet instant; mais Croix- mare était maintenant buté dans sa résolution de ne pas céder.\u2014 Débrouille-toi! Je m\u2019en lave les mains ! Jean devint blême.L\u2019indifférence de son cousin souffletait en plein son orgueil, et soudain, il regrettait ses prières et ses supplications.\u2014 Ah ! c\u2019est ainsi! s\u2019écria-t-il.Ta sécheresse m\u2019enlève mes derniers scrupules, mon cher ! Tu vas voir.\u2014 Quoi encore ?fit Roger dédaigneusement.\u2014 J'ai des autographes à vendre, les achètes-tu ?s\u2019écria-t-il.Comme l\u2019autre souriait moqueusement, sans répondre, il dit encore : \u2014 Ne ricane pas, ce ne sont pas les miens ! \u2014 De qui sont-ils ?\u2014 De toi.Croixmare éclata de rire.La note en était un peu forcée.\u2014 Ah! bah! Tu as des créances de moi ?fit-il, narquois.\u2014 Alors, tu ne les auras pas.Croixmare rendu fou par les menaces de chantage de Jean, resserra son étreinte et secoua celui-ci sans merci.\u2014 Lache-moi, criait Jean en essayant de le repousser.\u2014 Ces leitres, où sont-elles ?répétait Roger, haletant sous l\u2019effort et la fureur.Malgré le danger de sa situation, Val- mont résistait énergiquement.Après tout, c\u2019était sa dernière chance qu\u2019il jouait.\u2014 Ces lettres ?\u2014 Je ne les ai pas sur moi.Je ne suis pas un imbécile ! \u2014 Vas-tu me les donner ?\u2014 Sans argent, jamais.\u2014Si! \u2014 Non ! \u2014 Scélérat ! Bandit ! \u2014 Ah ! .lâche-moi ! Il y eut un court corps à corps entre les deux hommes.Roger, au comble de la colère essayait de renverser Jean sur la table de billard avec l\u2019intention évidente de lui fracasser la tête dessus.Comme il était de beaucoup plus fort que Valmont, il y serait sans doute parvenu si, par bonheur pour celui-ci, un domestique, attiré par le bruit de la lutte, n\u2019avait entr\u2019ouvert la porte.Roger lâcha aussitôt son cousin.Août 1934 \u2014 C'était comme ça qu\u2019il faisait, tu vois! fit-il, se maîtrisant pour donner le change au serviteur.Jean se redressa, très pâle, de la violente secousse qu\u2019il venait d\u2019essuyer.\u2014 Je ne suis pas étonné que l\u2019autre le lui ait fait payer cher, répliqua-t-il froidement en reclifiant sa tenue.Et par prudence, mais sans ostentation, il mettait le billard entre lui et son brutal cousin.Quand le domestique se fut éloigné, il eut un ricanement amer.\u2014 Il était temps que Baptiste arrivât.Jai cru vraiment que tu allais m*étrangler.C\u2019est une solution qui t\u2019aurait tiré d\u2019embarras sans bourse délier.L'autre poussa un rugissement.Sa colère s\u2019excitait encore du court répit de calme que la présence du valet lui avait imposé.\u2014 Rends-moi mes lettres! répéta-t-il sourdement en cherchant à rejoindre Jean.Valmont s\u2019élança vers la porte dont il tourna le bouton de serrure.\u2014 C\u2019est cent mille francs!.Ne me touche plus, sinon j\u2019exige le double.Donnant, donnant: tes lettres, tu peux les avoir pour cent mille francs, je te l\u2019ai dit.Maintenant, bonsoir ! .Réfléchis jusqu\u2019à l'aurore.Si demain, à mon réveil, je n\u2019ai pas l'argent, il sera trop tard ensuite; un autre me donnera ce que tu m\u2019auras refusé.Sans s\u2019attarder, il quitta la salle, refermant la porte derrière lui.Resté seul, Roger, dont la colère était loin d\u2019être calmée, se mit à marcher nerveusement de long en large dans l\u2019appartement.\u2014 Canaille ! sait-il a mi-voix.Ses pas martelaient le parquet ciré et résonnaient fortement dans la grande piéce.\u2014 Le misérable ! Céder ?Jamais ! Un instant il s\u2019arrêta près de la fenêtre ouverte et scruta les ténèbres, cherchant à apercevoir Valmont qui s\u2019éloignait vers le pavillon.\u2014Oh!.Alors, sous une pensée de rage exaltée qui surgissait en lui, Roger quitta en courant la salle de billard et se lança sur les traces de son cousin.bandit! voleur! rugis- III Envolé ! A menus pas précipités, Mme Croix- mare s\u2019empressait : \u2014 Vite Baptiste, déroulez ces tapis.Et vous, Annette, courez chercher les fleurs.des roses rouges.rien que des rouges, surtout; la jardinier est prévenu.Annette partit en courant pendant que Brigitte, la vieille servante, depuis quarante ans dans la maison, versait délicatement l\u2019eau dans les vases préparés.Depuis six heures du matin, tous les habitants du château, maîtresse et serviteurs, étaient sur les dents.L'arrivée d\u2019Eliane de Surtot, la fiancée de Roger Croixmare, révolutionnait chacun.En disposant dans les cols élancés des amphores les grosses roses aux couleurs éclatantes qu\u2019Annette venait d\u2019apporter, la vieille dame expliquait, le visage rayonnant de plaisir : \u2014 II faut qu\u2019Eliane trouve la maison en fête .Les fleurs sont le sourire des appartements! C\u2019est à dix heures que le train arrive.La chère mignonne ! Une grande et belle fille, vous allez voir, Brigitte! Et des cheveux blonds.si soyeux ! des yeux bleus.si doux ! Mon Roger sera bien heureux.Contente du bonheur de ses maitres, la vieille fille souriait et, de la tête, approuvait tout émue.\u2014 II tombe de l\u2019eau ! cria tout à coup Baptiste en rentrant précipitamment dans le salon tous les coussins de tapisserie précieusement sortis sur le perron pour y être battus et brossés savamment.\u2014 De l\u2019eau ! fit Brigitte, navrée.\u2014 De l\u2019eau, répéta Mme Croixmare un peu désenchantée.Quelle malchance! Mais, surmontant vite ce petit désappointement, elle donnait déjà des ordres en conséquence.\u20141I1 faut prévenir Clément d\u2019atteler l\u2019omnibus et non la victoria.Dites à Pierre de porter au pavillon un parapluie Août 1934 La Revue Populaire 19 \u201cNous avons toujours voulu un appareil de prises de vues\u2014 mais cela coûte si cher.\" , \"Alors, vous n'avez pas entendu parler du Huit \u2026 c'estun appareil de prises de vues que tout le monde peut se permettre.\u201d > J HAG \u201cTu n\u2019as pas \u201cNest la ® .et voici les vues animées de oublié d\u2019emporter dans ma poche\u2014nous Pierrette dans sa deuxièmeannée.\u201d l'appareil de rapporterons ce voyage.\u201d prises de vues, 22m EP \u201cC\u2019est merveilleux! Alors, tu peux la voir grandir , .+ « sur I\u2019ecran.\u201d n\u2019est-ce pas?\u201d OUS aimeriez prendre des vues animées \u2014 les projeter \u2014 y figurer vous-même.Tout ceci est facilement possible avec un Ciné-Kodak Huit.Un appareil de prises de vues complet .un chef-d\u2019oeuvre de précision mécanique\u2014il prend des vues animées claires et pleines de vie.Et il ne coiite que $39.50.Voyez le Ciné-Kodak Huit chez votre détaillant aujourd\u2019hui.voyez les vues animées qu\u2019il prend.Canadian Kodak Co., Limited, Toronto, Ontario.3 DANS LES STUDIOS DE CINEMA, une \u201cprise\u201d est une scène continue de l\u2019histoire à tourner.Le Huit fait de 20 à 30 de ces scènes\u2014chacune aussi longue que la moyenne des scènes d\u2019actualité\u2014 sur un rouleau de film ne coûtant que $2.50, fini et prêt à être projeté. 20 pour M.Jean.ou plutôt, non, qu'on prévienne M.Valmont de ne pas se déranger pour venir ici.La voiture fera un détour et ira le prendre là-bas.La matinée s\u2019écoula vite.Neuf heures et demie sonnèrent sur les derniers préparatifs.Mme Croixmare venait de monter à sa chambre et Roger achevait sa minutieuse toilette, quand le grincement des roues et le trot des chevaux se firent entendre sur le gravier des allées.La voiture venait se ranger, devant le perron principal, aux ordres de Monsieur.Justement, le petit Pierre revenait du pavillon.A son arrivée, il y eut un bruit de voix et comme des exclamations de surprise.Mme Croixmare perçut le bruit des explications qui s\u2019entre-croisaient et elle se pencha par la fenêtre de sa chambre.Impeccables sur leurs sièges, malgré l\u2019averse, le cocher et le valet de pied causaient, très animés, avec le gamin.\u2014 Qu\u2019y a-t-il, Clément ?interrogea la vieille dame.Le cocher leva la tête.\u2014 C\u2019est le petit Pierre, madame .rapport à M.Valmont.Il dit qu\u2019il n\u2019a trouvé personne au pavillon.\u2014 Comment, personne ?\u2014 Siirement qu\u2019il n\u2019y avait personne, confirma l\u2019enfant.\u2014 Monsieur Jean était sorti.mais il sera mouillé, s\u2019écria la tante, déjà inquiète.Pierre hocha la tête.\u2014 Je ne crois pas non plus qu\u2019il soit sorti ce matin, fit-il.\u2014 Comment cela ?\u2014 Dame.M.Jean n\u2019a pas dû coucher au pavillon, madame.Il s'arrêta, se gratta la tête, embarrassé, ne sachant pas s\u2019il devait achever.Mais Mme Croixmare l\u2019interrogeait, toute surprise.\u2014- Voyons, Pierre, qu\u2019est-ce qu\u2019il y a ?Pourquoi dis-tu que M.Jean n\u2019a pas di coucher au pavillon ?.\u2014 Parce que sa chambre.son lit n\u2019était pas défait, madame.Je l\u2019ai appelé longtemps et, comme il ne répondait pas, je suis allé voir.On avait laissé la clef sur la porte, hier soir, pour qu\u2019il pût entrer.Ce matin, elle y était encore.Alors, j'ai pu monter.\u2014 Tu es monté, .?\u2014 Et les pièces étaient vides.même que je suis sûr que personne n\u2019est venu dans la chambre depuis que Mme Brigitte l\u2019a faite hier soir.\u2014 Ce n\u2019est pas possible, voyons ! Tu as mal vu ?\u2014 Non, bien sûr.C\u2019est moi qui ai apporté les biiches pour le feu et aussi l\u2019eau pour le cabinet de toilette.Jai bien remarqué tout.Ce matin, c\u2019était comme hier; il n\u2019y avait rien de changé.\u2014 Qu'est-ce que cela veut dire ?C\u2019est invraisemblable, tout cela.Très troublée, la vieille dame réfléchissait.\u2014 Pourquoi Jean n\u2019était-il pas au pavillon, ce matin-là ?.Et si vraiment le jeune homme n\u2019y avait pas couché ?.Quelle aventure se cachait sous cette absence inexplicable ?Le neveu était si volage que la tante osait tout supposer \u2026 Pourtant, jusqu\u2019ici, Jean n\u2019avait guère fait de grosses bêtises aux Houx-Noirs.Quand il venait passer quelques jours au château, c\u2019était pour se reposer et y vivre sagement.Elle songea tout à coup que Roger, peut-être, la renseignerait.Cela la soulage subitement de son oppression.«Quels tourments il me donne, ce grand enfant! pensa-t-elle, souriant de sa facilité à s\u2019inquiéter d\u2019un rien.Jean ne sera jamais raisonnable; mais, cette fois, s\u2019il a fait quelque grosse bêtise, je le tancerai d\u2019importance.A son age, ce n\u2019esl plus permis ! Graves et silencieux, les domestiques la regardaient, attendant qu\u2019elle décidât quelque chose ou expliquât ce que leurs cervelles un peu épaisses n\u2019arrivaient pas à comprendre.Elle leur sourit, les rassurant de son mieux.\u2014 Ne vous inquiétez pas, mes braves.M.Roger doit savoir.Peut-être même son cousin a-t-il passé la nuit avec lui.Au milieu de tous ces travaux, je n'ai pas encore va mon fils ce matin.mais je vais voir.La Revue Populaire Quand elle se fut retirée de la fenétre, le cocher hocha la tête : \u2014 Le pavillon est mal situé, fit-il, lentement.\u2014 Oui, c\u2019est trop éloigné, acquiesça le valet.\u2014 Et puis, c'est si pres de.I1 acheva sa phrase par un regard de terreur superstitieuse qui voulait en dire long.L\u2019autre approuva : \u2014 Oui, c'est un mauvais lieu.il n°y a que du malheur à attraper par la.\u2014 Il y a longtemps qu\u2019on aurait dû faire combler tout ça, reprit le cocher, seulement M.Roger s\u2019en moque .il dit que ce sont des histoires .des légendes, pour faire peur aux petits enfants.Le valet haussa les épaules.\u2014 Mon grand-père y croyait, et ce n\u2019était pourtant pas un poltron, remarqua-t- il sentencieusement.\u2014Sûr! Mais ceux d\u2019aujourd\u201dhui se croient plus malins que les anciens.Pendant que ces quelques répliques s\u2019échangeaient, Mme Croixmare avait gagné l\u2019appartement de son fils.\u2014 Roger ?sais-tu où est ton cousin ?lui demanda-t-elle, dès qu\u2019elle aperçut le jeune homme.Celui-ci tourna vers sa mère un visage fatigué et tourmenté.Il avait dû mal dormir.Sans doute la discussion de la vieille au soir, ou, peut- être, la pensée de l\u2019arrivée prochaine de sa fiancée, avaient elles troublé son sommeil.A la question inquiète de sa mère, une hésitation se peignit sur ses traits.\u2014 Pourquoi ?fit-il.\u2014 Parce qu\u2019il devait aller, avec toi, à la gare, au-devant d\u2019Eliane .L\u2019heure est sonnée et il n\u2019est pas la.\u2014 Bah ! Il ne viendra pas, voila tout.\u2014 II ne viendra pas ?\u2014 Non.il est reparti.\u2014 Parti ?\u2014 Oui, nous nous sommes un peu disputés, hier soir.\u2014 Comment cela ?Très vite, comme s\u2019il avait hâte d\u2019en finir avec cette question, il expliqua : \u2014 II voulait encore de l\u2019argent.une grosse somme: cent mille francs.j'ai refusé.je lui ai parlé carrément.il s\u2019est fâché.Je crois que nous ne le reverrons plus.\u2014 Et il est parti.cette nuit ?insista ELIZABETH A.S.FORBES.Mme Croixmare, qui n\u2019en revenait pas.\u2014 Oui,.cette nuit.\u2014 II aurait pu attendre le jour.me dire au revoir, tout au moins.\u2014 Oui, il aurait dû.assurément ! mais tu sais comment il est! .Enfin, n\u2019en parlons plus, veux-tu, mère ?Sa présence n\u2019est pas indispensable.\u2014 Non, sans doute.Elle ajouta pensivement, sa voix très douce marquant de l\u2019indulgence : \u2014 Ce pauvre Jean a toujours des ennuis d\u2019argent.Comme il a eu l\u2019existence difficile jusqu\u2019ici ! Et, levant les yeux sur Roger qui détournait la tête, elle dit encore avant de s\u2019en aller : \u2014 Jespére que tu n\u2019as pas été trop dur, n\u2019est-ce pas ?Le jeune châtelain eut le mouvement sec d\u2019un homme qu\u2019on importune.\u2014 Pas plus qu\u2019il ne le méritait, répon- dit-il sourdement.Mme Croixmare n\u2019insista pas.Elle réprima un soupir de compassion et, ce signe de pitié donné à l\u2019adresse de Jean, elle s\u2019éloigna.le coeur tranquille, achever sa toilette.IV Une Histoire du bon Vieux Temps \u2014 Alors, monsieur Etienne, il y a longtemps que vous êtes aux Houx-Noirs ?Tout mignonne dans sa robe claire et sous son grand chapeau de tulle semé de larges pâquerettes, les bras chargés de fleurs qu\u2019elle venait de cueillir, Eliane interrogeait le vieux jardinier.Celui-ci hocha sa tête grise.\u2014 Dame ! mademoiselle, pensez donc que M.Roger n\u2019était pas encore né quand je suis entré.Ça fait quelque chose comn- me trente-quatre ans que je n\u2019ai pas bougé d\u2019ici.Elle eut uh sourire qui félicitait.\u2014 À la bonne heure ! Vous n\u2019aimez pas changer de maîtres, vous.et vous devez savoir les contenter ! Un naïf orgueil brilla dans les yeux du vieux serviteur.\u2014 Je fais mon possible pour ça.Quand mon ouvrage est proprement travaillé, tout le monde est content.moi tout le premier! Faut dire aussi qu\u2019avant d\u2019entrer au château comme jardinier j'étais censément de la maison.Mon père La Galerie Nationale du Canada \u2014 Les premiers narcisses.Août 1934 et mon grand-père ont été au service des parents de M.Roger jusqu\u2019à leur mort\u2026 Ça fait quelque chose, quand on pense aga.\u2014 Ainsi, vous avez connu le père de M.Roger.\u2014 Oui, bien sûr ! .et aussi son grand- père.Je me souviens même de l\u2019autre aïeul, le père de ce dernier, le fier colonel des gardes.Mais j'étais encore trop jeune et je ne me rappelle de lui que sa grande taille, sa voix sonore et son brillant uniforme .avec le plumet hardi qui surmontait son shako, il atteignait sûrement plus de deux mètres.Mademoiselle pourra regarder dans le grand salon du château, il y a son portrait en pied.\u2014 Oui, j'ai vu, fit-elle.Il avait une fière allure! Ce devait être un rude soldat.\u2014 Oh! oui-da! mon père en parlait spuvent.Le vieux Gérôme \u2014 mon aïeul et mon parrain \u2014 avait fait avec lui plus d\u2019une campagne .C\u2019est seulement après avoir été blessé, qu\u2019il était devenu berger; auparavant, il bataillait sous les \u2018ordres du colonel.Le jardinier baissa la voix et étendit le bras dans la direction des gros sapins noirs qu\u2019on apercevait à l\u2019autre extrémité du pare.\u2014 Même qu\u2019il était à ses côtés, le jour de la tuerie, là-bas.\u201c \u2014 Et alors ?.Il s\u2019est passé quelque chose, là-bas, disiez-vous ?So \u2014 Oui, tout dans le fond du- pare, au milieu des sapins.juste à la petite clairière où il y a un vieux puits, tënez.\u2014 Et cette tuerie ?.Qu'\u2019est-ce que c\u2019était au juste ?\u2014 Voilà.C\u2019était en 18.lors de ja grande invasion, quand tous les soldats des pays étrangers se promenaient chez nous comme chez eux.Le colonel Croixmare défendait le pays de son mieux.C\u2019était point l'énergie ni le dévouement de ses hommes qui manquaient, sûrement! Mais les autres étaient si nombreux, qu\u2019au fur et à mesure qu\u2019on les repoussait il en arrivait de nouveaux.«Et ça durait ainsi depuis trois semaines, si bien qu\u2019on se demandait comment ça finirait ! « Enfin, un jour, il y eut une grande bataille sur le plateau qui domine le pays.vous savez, de l\u2019autre côté du ruisseau, en passant par le chemin, derrière l\u2019église.\u2014 Oui, oui ! mais l\u2019affaire de là-bas ?\u2014 Eh bien, c\u2019était le soir même de ce jour-là.Le colonel avait dû reculer \u2026.Pennemi était trop nombreux.tous ses hommes étaient dispersés.« C\u2019était la déroute complète.« Âvec mon aïeul et quelques soldats, le colonel revenait, pas bien gai, et rageur comme vous le pensez.«Il s\u2019était replié sur le bois dont il connaissait tous les moindres recoins.Son intention était de laisser reposer ses hommes, puis de rallier tous les disparus et de reformer sa petite troupe.«Il fit donc camper, là-bas, comptant ainsi tromper la surveillance des ennemis, qui le supposaient partout, sauf si près de chez lui.«En même temps, ça lui permettait de ravitailler ses hommes.« Le château, prévenu, envoya, en effet, des vivres en grande quantité et tout le monde, esquinté et fourbu d\u2019une pareille journée, se mit à dormir sur l\u2019herbe aussi profondément que si chacun avait été dans son lit.«Mais voilà que, pendant leur sommeil, une vingtaine de mécréants tombent sur eux à l\u2019improviste.« Quel réveil ! «Nos hommes se saisissent de leurs armes et frappent a droite et a gauche.«Les fusils partent seuls, tellement chacun est furieux; les épées sont rouges; le sang coule de tous côtés; on n\u2019entend que le cri des blessés et le râle des mourants.«Enfin nos hommes restent vainqueurs.Il y avait deux ennemis, sans vie, sur l\u2019herbe; les autres s\u2019étaient enfuis, épouvantés.«Il y avait aussi, malheureusement, quelques morts de notre côté, et ceux qui restaient n\u2019étaient pas tous valides.chacun était plus ou moins blessé.Le colonel avait reçu un coup d\u2019épée à l\u2019épaule et mon père une balle dans la cuisse.Tout de même, d\u2019avoir mis les ae Sy e+ re - SE Août 1934 autres en déroute, nos hommes étaient contents.« Cependant, le colonel réfléchit.La soudaineté de l\u2019attaque l\u2019étonne.Il se dit que ce n\u2019est pas naturel.« \u2014 Nous avons été trahis ! fait-il.» « Les hommes partagent son avis sans hésiter.«En même temps, ils remarquent un soldat qui se traîne dans l\u2019ombre, hors du camp, et qui a l\u2019air de vouloir s\u2019écarter sans être vu.« Le colonel l\u2019interpelle.« Dix mains l\u2019empoignent et l\u2019amènent devant le chef.« Celui-ci l\u2019interroge : « \u2014 Pourquoi te sauvais-tu?Que crains tu ?«Il lui fait remarquer qu\u2019il n\u2019est pas blessé et que ses effets son intacts.pas même souillés de sang ni de boue ! «\u2014 Regarde tes compagnons et compare ?.Tu ne tes donc pas battu comme les autres ! « Le soldat se trouble.Il balbutie.Son attitude achève d\u2019éveiller la méfiance du colonel, qui le fait fouiller.\u2014 Ah! fit Eliane, violemment intéressée.Sans se presser, le bonhomme continuait son récit, une seconde interrompu : \u2014 Les soldats obéissent.Ils retournent les poches du fuyard.Ils tâtent ses habits.et ils découvrent.Vous ne devineriez jamais, mademoiselle ?\u2014 Non, bien sûr ! dites-le ?\u2014 Une bourse pleine d\u2019or! Comme c'était un homme pauvre et qu\u2019une pareille somme n\u2019était pas naturelle sur lui, tout le monde a compris du premier coup.«\u2014Traître! Bandit! qu\u2019ils criaient tous.« Lorsqu\u2019il s\u2019est vu découvert, le misérable s\u2019est jeté aux genoux du colonel.fl l\u2019implorait et le suppliait, mais le colonel était furieux.Le sang des soldats morts et blessés criait vengeance.« \u2014 Infâme ! disait-il.Tu as vendu tes frères.«\u2014A mort! à mort! hurlaient les autres.« Oh ! son jugement ne fut pas long.«\u2014Je vous l\u2019abandonne, mes amis, dit Ie colonel aux soldats.Vengez nos morts ! «\u2014 Il ne doit pas mourir en soldats ! fit un sergent.L\u2019épée et le plomb seraient souillés de toucher une pareille vermine.¢ \u2014 Pendons-le, dit une voix.« \u2014 Jetons-le tout vivant au fond du puits, cria un jeune homme, dont le frère avait été tué dans l\u2019échaufourée de la nuit.« Et ce fut l\u2019avis de tous.« \u2014 Oui, au fond du puits, le traître ! approuvèrent-ils.«En un clin d'oeil, l\u2019homme fut saisi, ligoté pour qu\u2019il ne pût se raccrocher à l'espoir d\u2019une évasion, et précipité dans le trou profond.\u2014 Oh ! ciel ! balbutia Eliane, frissonnante de terreur.Ils l\u2019ont jeté tout vivant.\u2014 Ft ce n\u2019était que de la bonne justice ! répliqua le jardinier.Cet homme n'avait qu\u2019une âme de chien.il est mort en chien ! Vv Légendes et Superstitions Pendant quelques instants, les deux interlocuteurs gardèrent le silence.\u2014 Est-ce qu\u2019il y est encore.dans le uits ?murmura-t-elle, la voix mal af.ermie, son effroi pas encore passé.En même temps, elle désignait du doigt le fond du parc.Le vieillard se mit à rire : \u2014 Oh! il y a si longtemps, qu\u2019il ne doit pas en rester grand\u2019chose.\u2014 Cependant.le squelette ?\u2014 Le père de M.Roger a fait jeter dans le fond une douzaine de tombereaux de terre.Elle soupira, comme soulagée : \u2014 Le puits est comblé, alors ?\u2014 Non, pas tout à fait.Le puits était très profond.Certains parlent de trois cents pieds.\u2014 Tans que ça ?\u2014 Oui, on affirme qu\u2019il descendait autrefois jusqu\u2019au niveau de la petite source qui coule dans la vallée.Ça faisait une belle hauteur, vous voyez.\u2014 En effet.La Revue Populaire 21 Les vêtements de quatre générations sont, dans notre famille, protégés par le Chipso\u201d dit Mme W.G.Poole \u201cRAA mère m\u2019apprit \u2014 comme elle l\u2019avait appris de sa mère \u2014 à employer le Chipso,\u2019\u2019 nous dit Mme Poole, alors que nous regardions des photos de ses deux jolis enfants.\u201cChipso facilite tellement le lavage\u201d, ajouta Mme Poole.\u201cEt cela comprend évidemment non seulement les vétements des enfants et nos propres dessous, mais aussi les serviettes et les nappes.Si vous faites tremper quelque peu ces tissus plus lourds dans le Chipso, vous n\u2019avez pas besoin de frotter.Le rinçage suffit à les rendre blancs comme neige.PROTEGE LES COULEURS \u201cEt je sais que leur blancheur n\u2019est pas due à un blanchissage violent, parce qu'ils durent longtemps et ne changent pas de couleurs.\u201cNous employons aussi le Chipso pour le lavage de la vaisselle et toute autre sorte de nettoyage.Tout en n'abimant pas les mains, il enlève comme par magie la graisse et la saleté.\u201d Chipso ne contient aucun de ces ingrédients rugueux des savons communs, qui peu à peu affaiblissent le tissu et changent les couleurs.Grâce à un SAVONNAGE PLUS RICHE, Chipso chasse la saleté sans endommager.C\u2019est pourquoi des vêtements lavés au Chipso restent comme neufs pendant des années.Chipso ne se vend jamais à la pesée.Achetez le gros paquet chez votre épicier.A son bas prix, Chipso est le savon LE PLUS SUR et le plus riche que l\u2019on puisse se procurer aujourd\u2019hui.Chipso prolonge la durée du linge WARREN GORDON, jr (\u201c Buddy \") MME C.R.WEIRICH MME W.G.POOLE, (Grand'mère) NANCY ROBE DE DENTELLE en coton blanc; encore tres bonne pour cet été apres i de nombreux lavages au Chipso l\u2019an dernier.CEE { Une robe de crêpe de Chine qui date de trois ans.Lavée très souvent dans Chipso : COULEUR IN- CHANGEE, tissu bien con- Mme Poole dit : « La pre- à mière blouse de Buddy et $ elle est ENCORE BONNE! Chipso n\u2019a pas changé la couleur ni brisé le tissu.> @ «Cette robe imprimée bleue l prouve que le Chipso protège les couleurs.Elle a été ; lavée 50 FOIS,» dit Mme Weirich.CANADA En plein Progrès r \\ Coupon d\u2019abonnement Fe Samedi Ci-inclus veuillez trouver la somme de $3.50 pour 1 an.$2.00 pour 6 mois ou $1.00 pour 3 mois (Etats- Unis : $5.00 pour 1 an, $2.50 pour 6 mois ou $1.25 pour 3 mois) d'abonnement au magazine Le SAMEDI Adresse ___.___\u2026\u2026_movecececremenemsemnens POIRIER, BESSETTE CIE, Ltée, 975, de Bulllon, Montréal, Canada.LE SAMEDI est maintenant une publication hebdomadaire si complète et si variée, qu\u2019on y trouve de quoi satisfaire les goûts les plus difficiles.Suivez Le Samedi! Voyez-le s\u2019embellir de semaine en semaine.Et parlez-en autour de vous! Le Samedi va de progrès en progrès ! Se Damedi GRAND HEBDOMADAIRE ILLUSTRE EN VENTE PARTOUT 10 cents 22 Elle réfléchit, puis fit observer : \u2014 Pourquoi M.Croixmare fit-il jeter de la terre dans le puits, s\u2019il ne comptait pas le combler tout à fait ?\u2014 Pour complaire à chacun .à cause de la légende, paraît-il.Flle ouvrit de grands yeux.\u2014 I! y a une légende ?.Quelle légende ?\u2014 Ah ! voilà ! \u2014 Dites-la-moi ?donné naissance ?\u2014 Dame.Comme vous le pensez bien, la mort de ce traître a été approuvée par tout le pays.Chacun citait son nom avec haine ou avec terreur.Aussi, les racontars allaient bon train.\u2014 Que disait-on ?\u2014 Bien des choses.On disait que pour avoir trahi ses frères, fallait qu\u2019il füt possédé du démon! .Bien sûr que c\u2019était un païen et un hérétique pour commettre un tel crime! L'endroit où reposait son corps est devenu un lieu maudit.\u2014 Ah ! le vieux puits ?\u2014 Le vieux puits n\u2019a pas bonne réputation dans la contrée.Les gens s\u2019en écartent soigneusement et on n\u2019aime pas passer à côté, la nuit venue.\u20141 faudra que j'aille le voir de près, ce vieux puits.= Oh! pourquoi?interrogea-il, étonné, \u2014 Dame ! c\u2019est curieux tout ce qui s\u2019est passé à l\u2019entour.\u2014 Pas bien gai, quand on y songe.\u2014 Non, mais c\u2019est tout un passé à évoquer ! D\u2019ai hâte de voir ces lieux légendaires et de reconstituer, par la pensée, le sombre drame dont ils ont été les témoins.Qu'est-ce qui lui a VI Elle et Lui \u2014 Comme vous voilà fraîche et rose, petite Eliane ! La jeune fille s\u2019arrêta devant Roger qui parlait, et d\u2019un air espiègle, lui fit une profonde révérence.\u2014 Comme vous voilà grave et morose, monsieur mon fiancé, répondit-elle mutine, en imitant l\u2019air sérieux avec lequel le jeune homme l\u2019avait interpellée.Le visage de l\u2019autre s\u2019_épanouit aussitôt.En présence de sa fiancée, Roger s\u2019effor- çail de paraître très gai.La Revue Populaire C\u2019était bien assez que chacun remarquât combien, depuis quelque temps, le maître semblait soucieux, par moments, sans que la chère petite fit la même observation ! \u2014 Je m\u2019ennuyais loin de vous, Eliane.répondit-il avec beaucoup de tendresse dans la voix.Voici un quart d\u2019heure que j'erre dans le parc, vous cherchant partout.En même temps, il passait amoureusement son bras sous celui de la jeune fille.\u2014 Je suis allée dans le jardin cueillir des fleurs, expliqua-t-elle.\u2014 Vous avez fait une belle moisson ?\u2014 Une hécatombe ! .mais le jardinier m\u2019a aidée.\u2014 Jérôme ?questionna-t-il.\u2014 Non, Etienne.Elle ajouta, pour excuser sa longue absence : \u2014 Nous avons bavardé tous les deux, c\u2019est ça qui m\u2019a mise en retard.\u2014 Que vous a donc dit d\u2019intéressant ce vieux fou ?Elle eut un léger frisson en se rappelant le sombre récit du bonhomme.\u2014 II m\u2019a évoqué un peu du passé de votre famille.Il m\u2019a parlé de vos parents et de votre grand-père.\u2014 Pas bien amusant, ces sujets.\u2014 Si, beaucoup .Parler d\u2019eux, c\u2019était parler de vous, fit-elle gentiment en pressant le bras de Roger contre elle.\u2014 Quelle enfant ! dit-il, railleur, mais pourtant flatté au fond.Elle continua : \u2014 Je connais aussi maintenant Phis- toire du vieux puits et la légende qui s\u2019y rattache.Elle levait les yeux sur lui, cherchant dans son regard un tendre merci pour l'intérêt qu\u2019elle prenait à ces soWVenirs de famille, mais elle fut singulièrement déçue.Sur le visage habituellement calme de Roger, de l\u2019effroi avait passé.Les traits instantanément bouleversés, les lèvres blémes, le jeune homme s\u2019était brusquement dégagé de l\u2019étreinte d\u2019Eliane.\u2014 Quel besoin cet animal avait-il d\u2019aller vous raconter cela ! s\u2019écria-t-il presque brutalement.Interdite, la jeune fille balbutia : \u2014 C\u2019était done mal ! Il vit dans les grands yeux étonnés levés vers lui, toute la surprise que sa violence inspirait et il eut peur de l\u2019inier- prétation que sa fiancée pouvait donner à son attitude.Faisant un effort sur lui-même pour se ressaisir, il répliqua, cherchant à donner le change : \u2014 Non, ce n\u2019était pas mal.mais.ces histoires de meurtre et de sang ne peuvent que vous impressionner.\u2014 Comme il vous est dévoué, pourtant, le pére Etienne! Si vous saviez avec quel attachement il parle de vous et des vôtres.\u2014 C\u2019est un brave homme, répondit Roger.Malheureusement, il se fait vieux et il commence à radoter.\u2014 Oh! pas trop!.Pourtant.Elle se mit à rire de bon coeur et poursuivit : \u2014 Croiriez-vous qu\u2019il ajoute foi à la légende qu\u2019on fait courir sur le vieux puits.\u2014 Ce bonhomme est toqué! fit Roger dont le visage ne se rassérénait pas, mais qui s\u2019efforçait de prendre le ton enjoué de sa compagne.Celle-ci repartit d\u2019un nouvel éclat de rire : \u2014 Je lui ai dit que j'irais me promener sous les sapins et rendre visite aux fan- tomes qui les peuplent .Oh ! j'ai bien ri !.Imaginez-vous qu\u2019il cherchait à me détourner de ce projet ! Roger avait encore tressailli aux paroles d\u2019Eliane.\u2014 Etienne a raison! dit-il brusquement.\u2014 Pourquoi ?fit la jeune fille, étonnée.\u2014 Parce que.quel plaisir pouvez vous lrouver dans une pareille promenade ?\u2014 D'abord, je veux connaître tous les coins des Houx-Noirs.Ensuite.\u2014 Ensuite ?\u2014 C\u2019est un pèlerinage que je veux faire là.je dois bien ça aux anciens soldats de votre aïeul.\u2014 Faites donc comme vous l\u2019avez décidé, consentit enfin celui-ci.\u2014 Et vous m\u2019accompagnerez?demanda tendrement Eliane en se penchant vers lui.I] sursauta : \u2014 Vous accompagner ?\u2014 Oui, dit-elle, pressante.Cela me ferait plaisir.Vous m\u2019expliqueriez.11 eut un geste de recul.\u2014 Ah! non, merci! \u2014 Vous me refusez ! Pourquoi ?En un clin d'oeil, homme fut saisi, ligoté pour qu\u2019il ne püt se raccrocher à l\u2019espoir d\u2019une évasion, et précipité dans le trou profond.Août 1934 \u2014 Je.je suis très occupé, ma chère Eliane.des fermiers doivent encore venir me trouver cet après-midi.\u2014 Mais j'attendrai à demain.à après-demain, s\u2019il le faut.Quand vous voudrez, enfin ! \u2014 Non, je ne veux pas mettre votre patience à l\u2019épreuve \u2026 Je prierai ma mère de vous servir de cicerone.\u2014 Votre mère?ce ne sera pas vous.rit la jeune fille d\u2019un air mutin, en lançant un joli regard vers celui qui serait bientôt son mari.\u2014 C\u2019est gentil, chère petite fiancée, ce que vous dites là et je regrette vraiment de ne pouvoir vous satisfaire.\u2014 Vous ne voulez pas ?\u2014 Je ne puis.des fermiers à recevoir.des créances importantes à recouvrer .des fournisseurs à voir .Si vous saviez combien d\u2019occupations multiples se dressent devant moi, en ce moment.Elle se mit à rire moqueusement.\u2014 Oh! je m\u2019en aperçois depuis six jours que je suis ici, s\u2019écria-t-elle gai- ment.Vous êtes si occupé que vous ne faites rien du matin au soir.Vous ne me quittez pas un instant ! \u2014 Parce que vous m\u2019ensorcelez, petite sirène jolie ! fit Roger en riant aussi.Je ne puis pas arriver à me convaincre qu\u2019il est indispensable parfois que je m\u2019éloigne de vous, Elle leva sur lui un regard brillant où toute sa coquetterie se lisait.\u2014 Essayez encore aujourd\u2019hui d'oublier ces ennuyantes affaires et venez avec moi au vieux puits, cet après-midi?lui de- manda-t-elle à nouveau d\u2019une voix irrésistible.\u2014 Non, vraiment, je ne puis pas, ré- pondit-il en détournant les yeux, un peu gêné de résister à un si pressant appel.Eliane fronça légèrement le sourcil, puis elle examina Roger avec surprise.A la fin, elle éclata de rire.\u2014 Oh! non! sécriat-elle.Ce serait trop drôle ! \u2014 Qu'est-ce qui serait drôle?dit Roger, mal a l'aise.\u2014 La pensée qui vient de me traverser Iesprit, répondit franchement la jeune fille.\u2014 Quelque espiègle réflexion ?\u2014 Justement.Il m\u2019a semblé tout à coup.Oh! ne vous fachez pas, c\u2019est si drole ! \u2014 Quoi encore ?\u2014 On dirait que vous aussi vous croyez à la légende du vieux puits et que vous avez peur! Roger essaya de rire, mais sa gaité manquait de franchise et sonnait faux à côté du ton enjoué de sa fiancée.\u2014 Quel enfantillage! fit-il avec un sourire indulgent.Suis-je d\u2019une taille à avoir peur d\u2019un fantôme ?\u2014 Pas précisément ! \u2026\u2026 Elle riait toujours: mais, comme elle remarquait l\u2019air contraint du jeune homme, elle redevint sérieuse.\u2014 Pardonnez-moi, Roger, fit-elle en lui tendant la main d\u2019un air contrit.C\u2019est une plaisanterie que votre insistance à me détourner du vieux puits et votre refus de m\u2019y accompagner rendaient opportune sinon justifiée.Dites-moi que vous ne m\u2019en voulez pas de ma malicieuse réflexion ?\u2014 Oh ! pas le moins du monde! répondit le jeune homme en pressant avec force la petite main qui s\u2019abandonnait.Ils firent quelques pas en silence, puis Roger, qui cherchait à faire plaisir à sa compagne, bien que cela lui coûtait, reprit la parole sur un ton de badinage: \u2014 II faut cependant que je la punisse cette petite fiancée taquine ! \u2014 Diable ! s\u2019écria Eliane sur le même ton enjoué.Que me réservez-vous, Roger ?\u2014 Un châtiment terrible, fit-il en souriant.\u2014 Je tremble ! \u2014 Préparez-vous à être très courageuse.\u2014 Hélas ! .d\u2019avance je suis pâle de frayeur ! Et gamine, avançant sa petite tête ébouriffée vers lui, comme pour le défier, elle demanda : \u2014 Eh bien, féroce fiancé, à quoi me condamnez-vous ?\u2014 A subir mon encombrante personne cet après-midi, durant votre excursion an vieux puits.Elle se redressa, toute joyeuse.\u2014 Vrai! .Oh ! c\u2019est gentil !.Vous êtes délicieux, Roger ! m cae dp Wo Um mad gm pm nn Août 1934 Sans réfléchir, dans la spontanéité de sa joie, elle se haussa jusqu\u2019au visage du jeune homme et, de ses lèvres, lui effleura la joue.Mais, s\u2019apercevant soudain de tout ce que son geste avait d\u2019inconvenant, malgré leurs liens étroits de fiancés, elle rougit violemment et, pour cacher sa confusion, elle se sauva dans la direction du château.VII Le Vieux Puits \u2014 Quelle impatience et quelle hâte! Ne vous pressez donc pas tant, petite Eliane.Roger qui avait le bras passé sous celui de la jeune fille, essayait de retenir celle- ci auprès de lui.Un éclat de rire fusa sous les grands arbres et, mutine, l'enfant se dégagea.\u2014 Vous piétinez sur place, Roger! Comment, avec de si grandes jambes, pouvez-vons aller aussi lentement ?Il répondit, doucement railleur : \u2014 Je perds mon temps à vouloir résoudre le problème contraire: comment, avec d\u2019aussi petits petons, pouvez-vous faire de pareilles enjambées ?Elle allait riposter sur le même ton enjoué, quand, brusquement, elle s\u2019arréta, les yeux émerveillés.\u2014 Oh! fit-elle en joignant les mains.Ils étaient arrivés au bout de leur course et devant eux s\u2019étendait la clairière humide que cernaient les grands sapins noirs.Dans le fond, à moitié écroulé et presque caché sous une abondante végétation de lierre et d\u2019herbes folles, se dressait le vieux puits aux pierres branlantes dont le jardinier avait parlé.\u2014 C\u2019est ici ?fit Eliane, tout émue du passé et du mystère des choses.\u2014 Oui! répondit brièvement Roger qui semblait considérer l\u2019endroit avec déplaisir.Elle avançait.Derrière elle, son compagnon la suivait lentement et sans enthousiasme.\u2014 Ne vous attardez pas trop dans ce coin-là, remarqua-t-il.Ce n\u2019est pas sain.\u2014 Laissez donc.Elle était arrivé auprès des pierres écroulées et la paume des mains appuyée sur un vestige de maçonnerie, elle se penchait vers le trou béant.\u2014 Prenez garde! Si vous vous penchiez trop en avant, vous tomberiez dedans.Elle sentit son bras fort lui enlacer la taille et la tirer en arrière.Elle sourit tendrement et le remercia d\u2019un beau regard confiant.\u2014 Vous ne voulez pas que je rende visite aux ossements qui reposent au fond, dit-elle un peu provocante.Mais elle le vit tout pâle et sa gaîté cessa subitement.Même un peu de terreur lui traversa l\u2019esprit.Le lieu était si triste et si dramatique que de l\u2019émoi naissait en elle.Elle se sentit frissonner et, instinctivement, elle se serra tout contre lai.\u2014 Si vous n\u2019étiez pas là, Roger, je n\u2019oserais pas rester ici.La solitude impressionne .Seule en ces lieux, je me figurerais qu\u2019il y a toutes sortes de choses horribles cachées derrière les arbres et les fourrés qui n\u2019attendent que l'instant propice pour sauter sur moi.\u2014 Enfant ! fit-il tendrement.Vous feriez mieux de me laisser vous reconduire à la maison.Votre imagination se frappe de tout ce qui l\u2019entoure.Allons, venez, Eliane secoua la tête obstinément.\u2014 Non.pas encore! fit-elle.\u2014 Cependant, vous avez peur ?\u2014 Ma frayeur est ridicule.surtout quand je vous sens si prés de moi.D\u2019abord, c\u2019est déja passé.Elle s\u2019assit commodément sur le large rebord de pierre, puis rangeant ses jupes, elle fit au jeune homme une place a ses côtés.\u2014 Asseyez-vous, Roger.Nous allons rester ici pour causer, voulez-vous ?Il eut un léger recul.\u2014 Merci, je préfère être debout, répon- dit-il.Et pour passer le temps, il alluma un cigare dont il tira machinalement de longues bouffées.Il paraissait absorbé et gêné; parfois, il examinait autour de lui avec une sorte d\u2019inquiétude, et, comme si l\u2019humidité du puits le gagnait, un frisson le secouait nerveusement tout entier.La Revue Populaire Eliane, trop absorbée par ses pensées, ne le remarquait pas.Elle avait mis ses coudes aux genoux et sa petite tête sérieuse s\u2019appuyait sur ses deux mains réunies.Silencieusement, elle contemplait la minuscule trouée tachetée de clair et le bois de sapins rempli de grands trous d\u2019ombre.Dans sa cervelle le récit du jardinier prenait corps et, sans effort, elle croyait voir se dérouler devant elle les événe- ments tragiques qui, autrefois, avaient troublé sinistrement ces lieux.Les prunelles élargies par une inquiétude grandissante, la jeune fille sentait son nez se pincer, son sang mourir aux extrémités de ses membres et son coeur cesser de battre sous une oppression d\u2019angoisse.A un moment, l\u2019affolante vision fut si nette qu\u2019Eliane poussa un grand cri et se leva d\u2019un bond.\u2014 Oh! Roger, dont le malaise avait grandi dans le silence, blémit en entendant le cri de sa fiancée.Instinctivement, ses yeux se tournèrent vers le puits, comme si une secrète pensée lui faisait craindre quelque chose.\u2014 Qu'est-ce que c\u2019est?demanda-t-il vivement en la saisissant par le bras.Elle le regarda, les prunelles toujours agrandies.\u2014 Oh! j'ai cru voir.balbutia-t-elle.\u2014 Quoi ?Il lui serrait fiévreusement les bras, se cramponnant presque à elle.La douleur rendit à Eliane sa présence d\u2019esprit.EN SEPTEMBRE En parlant, il avait passé son bras robuste autour de la taille souple de l\u2019enfant et doucement, la tenant bien pressée contre lui, il l\u2019entraînait loin du vieux puits.Eliane se laissait faire, délicieusement charmée de s\u2019abandonner à cette étreinte.Après sa grande frayeur de tout à l\u2019heure, cela lui semblait bon de se sentir entourée et enveloppée par cette tendresse masculine que tout affirmait.Cependant, un point d\u2019interrogation se précisait dans l\u2019esprit.d\u2019Eliane.« Comme Roger avait une singulière attitude chaque fois que, devant lui, il était question du vieux puits ! » VIII Coeur de Tante, Coeur de Mère Dans le petit salon contigu à la chambre à coucher de Mme Croixmare, ils étaient tous réunis, ce soir-là, après le diner.Auprès du feu, la vieille dame causait avec Mme de Surtout et Mlle de la Bre.che, la mère et la tante d\u2019Eliane, pendant que, dans un coin, les fiancés échangeaient à mi-voix leurs confidences d\u2019amoureux et bâtissaient de superbes projets pour «quand ils seraient mariés.» Mme Croixmare écoutait distraitement ses deux compagnes.De temps en temps, elle semblait prêter l\u2019oreille aux bruits du dehors.\u2014 Vous attendez quelqu\u2019un ?lui demanda tout à coup Mlle de la Bréche qui avait fini par remarquer ses distractions.\u2014 Quelqu\u2019un?non, répondit la mère de Roger.J'attends mon courrier et si Un beau roman d\u2019Amour Complet LA SOUVERAINE par Guy Wirta Le \u2014 Vous me faites mal, Roger, protes- ta-t-elle doucement.Il lâcha prise sans prononcer un mot, mais son regard apeuré continuait de fixer le vieux puits.On eût dit qu\u2019il s\u2019attendait à voir la cause de son mystérieux effroi en sortir.Ce fut au tour de la jeune fille de demander : \u2014 Qu'est-ce que vous avez, Roger ?Deux fois elle répéta sa question.Comme il se taisait toujours, elle ajouta, la voix frémissante, car de nouveau la frayeur venait à elle : \u2014 Oh ! ne regardez plus ainsi le puits.Parlez-moi, je vous en prie, Roger! Vous me faites peur ! Il détacha ses yeux du trou béant et les porta sur elle.Il vit son émoi.son étonnement, peut-être ! Et, faisant un effort suprême, il se maîtrisa et lui prit la main.\u2014 Ne restons plus ici, voulez-vous, Eliane ?dit-il, la voix un peu rauque.Ces lieux ne valent rien pour vous.Votre imagination les peuple de chimères et vous vous effrayez.Un peu de surprise passa dans le regard de la jeune fiancée.\u2014 Mais vous-même, Roger! dit-elle franchement.Vous avez eu peur aussi ?\u2014 Oui, avoua-t-il tranquillement \u2018en affermissant son ten.Vous m\u2019avez alarmé.Quand je vous ai entendu crier, j\u2019ai eu une minute d\u2019affolante angoisse.\u2014 Vrai! c\u2019était ça ?fit-elle coquettement, à présent, le cours de ses pensées complètement changé.Il se pencha vers elle tendrement.\u2014 Mais sans doute.Quelque chose peut-il m\u2019intéresser plus que vous ! \u2026 vous me le permettez, je vais m\u2019informer.En disant cela, elle appuyait son doigt sur un bouton électrique.La porte s\u2019ouvrit bientét et Baptiste parut.Il tenait justement a la main la correspondance qu\u2019il venait d\u2019aller prendre au bureau de poste, le facteur ne montant pas aux Houx-Noirs à la dernière distribution.\u2014 TI y a des lettres pour moi ?demanda vivement Mme Croixmare.\u2014 Non, madame, des journaux seulement ! Respectueusement, le serviteur les lui tendait, mais elle les repoussa avec indifférence.\u2014 Posez cela sur le guéridon.Il obéit, puis se retira.Roger, qui voyait la déception de sa mère, s\u2019informa aussitôt.\u2014 Tu attendais une lettre dont le retard t\u2019inquiète ?\u2014 Oui, dit-elle.Une lettre de Jean.H eut un sursaut de surprise.\u2014 De Jean ! \u2014 Sans doute.Pourquoi n\u2019écrit-il pas ?\u2014 Bah ! fit-il, redevenu calme.Tu sais bien.il a toujours été très négligent.\u2014 Mais jamais il n\u2019a été impoli ! 11 nous a quittés si drôlement qu\u2019un mot d\u2019excuse était tout indiqué.\u2014 I! boude, parbleu !.Je t\u2019ai expliqué notre désaccord.\u2014 Aussi son silence vis-à-vis de toi ne m'étonne pas .Ce qui me surprend, c\u2019est qu\u2019il m\u2019englobe dans sa rancune.J\u2019ai toujours été très bonne pour lui.\u2014 Jean n\u2019a jamais eu la bosse de la reconnaissance! fit Roger amèrememt.23 \u2014 Mais je lui ai presque servi de më- re et il n\u2019a plus guère que moi comme famille.\u2014La famille! Il y a belle lurette qu\u2019elle ne compte plus pour lui, en dehors de ses besoins d\u2019argent ! Eliane qui, jusque-là, avait écouté en silence cet échange de réflexions entre le fils et la mère, ne put s\u2019empêcher, avec sa vivacité coutumière, de protester aux paroles de Roger.\u2014 Fi! monsieur mon fiancé! s\u2019écria-t- elle.Voulez-vous bien ne pas accabler ainsi ce pauvre garçon! Vous le chargez de toutes les noirceurs possibles ! .\u2014 Je vous assure, ma chère enfant, que Je suis encore au-dessous de la vérité.Mon cousin est un bien vilain individu ! Mme Croixmare prit à son tour la défense de l\u2019absent.= Oh ! Jean n\u2019est qu\u2019un étourneau ! C\u2019est un gamin qui pense un peu trop à s'amuser ! Orphelin très jeune, sans fortune, il n\u2019a pas eu l'énergie de lutter contre la destinée.Roger lui souhaite plus de sérieux et moins de gaspillage.Moi, je n\u2019ai pas le courage de lui en vouloir; c\u2019est un si gentil garçon !\u2026 \u2014 Attrape ! s\u2019écria la jeune fille avec une pichenette moqueuse vers son fiancé, qui sourit sans répondre.\u2014 Vous êtes donc inquiets à son sujet, en ce moment ?interrogea Mme de Sur- tot, se mêlant à son tour à la conversation.Tristement, la châtelaine répondit: \u2014 Voici quinze jours qu\u2019il a quitté subitement les Houx-Noirs et nous sommes, depuis, sans nouvelles de lui.Je crains qu\u2019il ne lui soit survenu quelque chose.\u2014 Cela lui est déjà arrivé de nous laisser sans nouvelles, observa Roger saus indulgence.\u2014 Ce n\u2019est pas la même chose.Il n\u2019avait pas alors d\u2019ennuis d\u2019argent.\u2014 Parbleu! J'avais payé ses dettes ! ,\u2014 Tandis que cette fois-ci, tu as refusé.\u2014 Avec raison ! \u2014 Peut étre était-il vraiment acculé.\u2014 Tant pis pour lui ! \u2014 Mais, si dans le désarroi du moment.devant les conséquences de ses folies, devant le chiffre de ses dettes, il avait pris une funeste détermination ! Eliane joignit les mains avec effroi.\u2014 Oh! mon Dieu! s\u2019écria brusquement le jeune homme.Valmont était trop lâche pour se détruire ! Il était plutôt capable de ruiner la vie d\u2019un ami pour se rendre service à lui-même.; Il s\u2019était levé et à grands pas nerveux, il arpentait le salon.Cette conversation semblait le mettre mal à l\u2019aise.Peut-être le souvenir de sa dureté envers son cousin lui causait- elle quelque remords.Mais sa rancune contre l\u2019absent devait s\u2019en augmenter encore, car il poursuivit, s\u2019adressant à sa mère : \u2014 C\u2019est un bien grand honneur que ru fais à Jean de te tourmenter à son sujet.Un pareil vaurien ne mérite pas ton attention ! La jeune fille réprima difficilement une nouvelle protestation.Le ton d\u2019acharnement que prenait Roger pour parler de son parent lui causait un véritable malaise.Pourquoi donc son fiancé montrait-il une si grande sévérité vis-à-vis de celui qui avait si longtemps vécu à ses côtés et partagé tous ses plaisirs d\u2019adolescent?Il n\u2019avait donc pas la constance des vieilles amitiés ni Je respect des chers souvenirs d\u2019enfance ?Combien Eliane aurait davantage admiré Roger si, au lieu de se poser en redresseur de torts, le jeune homme avait cherché à défendre son cousin et à atténuer les torts de celui-ci ! .Comme ce n\u2019était pas le cas, la jeune fiancée poussa un gros soupir et, saisie d\u2019un mauvais pressentiment qu\u2019elle aurait voulu mieux définir, elle prêta une plus grande attention à la conversation.Mme Croixmare avait hoché la tête aux réflexions désabusées de son fils.\u2014 Peut-être as-tu raison de juger Jean si sévèrement, fit-elle, conciliante; mais, malgré lout, je ne puis m\u2019empêcher d\u2019avoir beaucoup d\u2019indulgence pour ce malheureux enfant.\u2014 Tu es pétrie d\u2019indulgence pour tout le monde.c\u2019est une habitude ! Elle sourit finement._, \u2014_ Justement! je la garde! A mon âg», il en coûte toujours de changer quelque 24 chose à ses habitudes ! .Donc, puisqu\u2019il est convenu que je suis indulgente.\u2014 D\u2019une façon déplorable ! \u2014.que je suis déplorablement indulgente, j'ai écrit à Jean.\u2014 Toi ?\u2014 Moi.Elle regardait son fils en souriant tranquillement et comme amusée de sa révélation.Roger s\u2019était brusquement arrêté devant elle.La lumière blanche des ampoules électriques ne contribuait peut-être pas seule à rendre le jeune homme si pâle.\u2014 Tu as fait cela ?balbutia-t-il.\u2014 Mais sans doute ! \u2014 Et pourquoi ?\u2014 Je te l'ai dit: j'étais inquiète.\u2014 Et.peut-on savoir ?.\u2026.\u2014 Quoi ?\u2014 Ce que tu lui as écrit ?\u2014 Oh! pas grand\u2019chose, expliquait- elle gaiement.J\u2019ai horreur des longues lettres et des explications embarrassantes \u2026 j'ai griffonné deux lignes: « Je suis inquiète de vous, Jean.Ecrivez vite pour rassurer votre vieille tante qui vous aime.» Et pour bien lui prouver la sincérité de mon affection, j'ai glissé dans l\u2019enveloppe une dizaine de grands billets bleus.Mieux que mon message, ils Yauront convaincu de mes bons sentiments.Eliane avait bondi de sa place jus qu\u2019auprès de la vieille dame.Les bras noués autour de son cou, elle l\u2019embrassait avec effusion.\u2014 Oh! comme c\u2019est bien! comme c\u2019est bien !.Vous êtes vraiment bonne.Ce pauvre garçon, merci pour lui.Ah ! vous avez bien fait ! c\u2019est bien ! .Pauvre Jean ! Moitié riant moitié pleurant, elle exprimait sa joie présente et son émoi de l'instant d\u2019avant, par des mots sans suite qui charmaient Mme Croixmare, mais qui blessaient le fils de celle-ci.L\u2019approbation bruyante que la jeune fille donnait aux actes de la vieille dame était, en effet, en quelque sorte, un blame énergique à la conduite de Roger.Il le sentait et s\u2019en affligeait, car il aimait véritablement sa fiancée et l\u2019idée de lui avoir déplu lui était odieuse, mais il était trop maître de ses impressions pour les laisser voir.Lorsque Eliane eut fini ses démonstrations affectueuses, il se contenta de faire remarquer, doucement railleur : \u2014 Est-il heureux, ce Jean, d\u2019attirer toutes les sympathies féminines.Il n\u2019y a qu\u2019un mauvais sujet pour rallier toutes les femmes à son part! Eliane le regarda, interdite, craignant de lavoir fâché; mais elle vit qu\u2019il souriait et elle se rassura.Allant vers lui, elle lui tendit la main: \u2014 En revanche, répliqua-t-elle, il n\u2019y a qu\u2019un homme sérieux et sage pour faire un bon et loyal mari.C\u2019est l\u2019avis de ma mère et de ma tante, et.c\u2019est aussi le mien ! Roger ne répondit pas, mais il porta à ses lèvres la petite main qui s\u2019offrait à lui.Puis, attirant dans un coin du salon la blonde et rougissante fiancée, il reprit avec elle la conversation si désagréablement interrompue par Mme Croixmare, à propos de Jean.IX Sous les Sapins Eliane s\u2019était levée tôt ce matin-là.Vêtue seulement d\u2019un ample peignoir de crépon rose qu\u2019une grosse cordelière retenait à la taille, elle avait quitté sa chambre et gagné le parc.Sept heures venaient à peine de sonner a T\u2019horloge de la minuscule tourelle qui terminait le château du côté des communs.Les maîtres et les hôtes des Houx-Noirs dormaient encore profondément et seuls, les domestiques et les serviteurs du dehors allaient et venaient autour de l'habitation principale, chacun vaquant à ses occupations avec une ardeur matinale que le milieu du jour devait calmer.Eliane s\u2019était dirigée vers la ferme dont la toiture de tuiles rouges perçait sur sa droite a travers l\u2019épais feuillage des chè- nes séculaires.Un bruit sourd de sabots frappant les pierres de la route, la fit se détourner.La Revue Populaire \u2014 Oh! bonjour, père Étienne ! cria- t-elle en apercevant le vieux jardinier qui marchait pesamment en tenant la bride d\u2019un gros cheval percheron.L'homme mit sa casquette à la main, respectueusement.Et comme elle s\u2019était arrêtée pour l\u2019attendre, il pressa imperceptiblement son allure et la rejoignit.\u2014 Vous allez labourer aujourd\u2019hui, père Etienne ?demanda-t-elle familièrement, en passant sa main caressante sur les hanches dures du cheval qu\u2019il conduisait.\u2014 Que non! fit le serviteur en hochant la tête avec une moue de déplaisir.J\u2019aimerais mieux labourer.Je vais faire an travail bien plus désagréable que ça.\u2014 Lequel donc ?Elle s\u2019était rangée près de lui et, mesurant sa marche sur les pas inégaux de son compagnon, elle l\u2019interrogeait avec intérêt.\u2014 C\u2019est moi que M.Roger a désigné pour charroyer de la terre là-bas.Je vais atteler le tombereau.\u2014 Où devez-vous porter la terre, dites- vous ?\u2014 Au vieux puits.Elle s\u2019étonna.\u2014 Au vieux puits!.Et pourquoi faire cette terre?dit-elle après une seconde de surprise.\u2014 Pour boucher le trou, pardi ! \u2014Combler le puits ?\u2014 Oui.\u2014 Ah! Elle questionna distraitement, pour dire quelque chose, car sa pensée était loin : \u2014 Vous devez travailler seul ?\u2014 Non! Clément, le cocher, m\u2019aidera a trnsporter la terre et, là-bas, le p\u2019tit Pierre me donnera un coup de main pour la «bayer» dans le puits.Le jeune maître veut que ce soit bien tassé pour qu\u2019on puisse niveler facilement ensuite.\u2014 Ah! oui.Soudain, elle tressaillit.Le sens des paroles du vieux parvenait enfin a son cerveau.Vous dites qu\u2019on nivellera la place ?\u2014 II paraît.\u2014 M.Roger veut-il donc faire démolir le vieux puits ?\u2014 Oui da! Tout ce qui reste va tomber sous la pioche.\u2014 Oh! Elle avait eu un choc au coeur comme si on lui avait parlé d\u2019une profanation dont elle aurait été la cause initiale.\u2014 Quand devez-vous faire ce travail ?\u2014 Aujourd\u2019hui.\u2014 Ce matin?insista-t-elle.\u2014 J\u2019y vais de ce pas.Le temps d\u2019atle- ler, de remplir le tombereu et de casser la crodite.Intérieurement, elle calculait : \u2014 Dans deux heures environ, vous serez au vieux puits.\u2014 Oui, vers les neuf heures, j\u2019y verserai ma premiére pelletée.\u2014 Bon ! L'homme avait craché à terre d\u2019un jet brusque, comme sil éprouvait un besoin de manifester son mécontentement et son mépris de la besogne qu\u2019on lui avait assignée.Eliane s\u2019était arrêtée.Résolument, elle changeait le but de sa promenade.\u2014 Je vous quitte, père Etienne.Bon courage ! \u2014 Merci bien, manm\u2019zelle de Surtet.Il avait soulevé sa casquette et placidement, de son même pas lourdaud, il continuait son chemin.La jeune fille revint pensivement sur ses pas, jusqu\u2019au détour d\u2019une allée, puis elle obliqua vers le bois dont elle apercevait les grands arbres à l\u2019autre extrémité du parc.«Je veux revoir encore une fois le vieux puits.> Ce désir s\u2019était imposé à elle sans quelle le discutât.Avant que la vieille ruine fut disparue à jamais sous les coups de pioche des serviteurs de Roger elle voulait y faire un dernier pèlerinage.X Un portefeuille bien rempli Eliane marcha vers le vieux puits.Elle allait lentement, à petits pas discrets, non par hésitation, mais plutôt par une sorte de réserve et de respect pour le lieu funèbre.Il lui semblait presque qu\u2019elle parcourait une allée d\u2019église ou qu\u2019elle défilait devant une double rangée de tombes, et lenvie lui venait de se mettre à genoux pour se recueillir et prier.Elle fit le tour du puits presque machinalement.Ses yeux observaient confusément les derniers vestiges de l\u2019antique maçonnerie et, avec attendrissement, sa pensée suivait dans la succession des années, l\u2019effort des éléments contre la matière inerte mais solide qu\u2019ils avaient pourtant réussi à entamer.Soudain, elle se baissa.A ses pieds, glissé entre deux pierres, un objet de teinte foncée attirait son attention.Elle le ramassa du bout des doigts.C\u2019était un portefeuille.Etonnée d\u2019une pareille trouvaille, elle le tournait et retournait dans tous les sens, avec une crainte mêlée de dégoût.Deux initiales en argent s\u2019étalaient sur une des faces.Elle lut un J.et un V.et son étonnement s\u2019acerut, car, momentanément, ces lettres ne lui disaient rien.«Ce n\u2019est pas à Roger, pensa-t-elle.Mais à qui donc, alors ?» Elle réfléchissait, sans trouver de solution, en continuant son examen.«Ce portefeuille a dû être perdu récemment.Le cuir est à peine décoloré et un des côtés, seul, est humide .> Elle tâta l\u2019épaisseur de l\u2019objet, puis Pouvrit.De nombreux papiers en gonflaient les poches et un scrupule vint à Eliane : «Il y a peut-être d\u2019importants papiers là dedans ?.N\u2019y touchons pas! Je le remettrai à Roger qui avisera ! > La trouvaille qu\u2019elle venait de faire avait distrait sa pensée du vieux puits et, maintenant, elle ne songeait plus qu\u2019à regagner le château.Avec une hâte véritable, elle prit le sentier qui s\u2019ouvrait sur sa droite sans s\u2019apercevoir qu\u2019ayant tourné sur elle- même, plusieurs fois, dans la clairière, la route qu\u2019elle suivait n\u2019était pas celle par où elle était venue.Après quelques instants de marche rapide, elle s\u2019arrêta, toute surprise, sur la lisière du bois, alors qu\u2019elle ne croyait avoir franchi que la moitié à peine du chemin à parcourir.Un rapide examen autour d\u2019elle la convainquit de son erreur.«Je me suis trompée de sentier ! > Mais vite, elle reconnaissait l\u2019endroit.« Tiens, le pavillon ?» En effet, devant elle, à Porée du bois de sapins, se dressait une délicieuse maison normande aux balcons de bois bruni.Et Eliane reconnaissait l\u2019ancien rendezvous de chasse qu\u2019elle avait visité le lendemain de son arrivée aux Houx-Noirs.Et aussitôt, elle formula cette réflexion : «Je ne croyais pas que le pavillon fat si près du vieux puits.> Une idée en enchaîne souvent une autre.Du pavillon, sa pensée sautait au vieux puits, du puits au portefeuille qu\u2019elle avait trouvé et du portefeuille à Jean Valmont qui avait dû coucher au pavillon.Tout cela se déroula dans son esprit en moins de temps qu\u2019il ne faut pour l\u2019expliquer, car cette exclamation suivit im- - médiatement sa réflexion : «Jean Valmont !.J.V.ce sont les initiales de Jean Valmont ! » Elle en demeurait toute saisie.¢ Jean Valmont! répéta-t-elle.Il est donc allé au vieux puits ?» Elle frissonna.Une terreur indécise naissait en elle à la pensée qu\u2019il y avait peut-être eu corrélation entre le mystérieux puits et la disparition encore inexpliquée de Jean.«Oh! mon Dieu! bégaya-t-elle.S'il y avait en accident ?» Elle se sentit lasse et voulut s\u2019asseoir, le temps seulement de ressaisir ses idées et de s\u2019affirmer à elle-même que sa supposition était invraisemblable.Il y avait deux bancs de chaque côté du minuscule perron qui donnait accès au pavillon.Elle se laissa tomber plutôt qu\u2019elle ne s\u2019assit sur l\u2019un d\u2019eux, tant le désarroi de ses pensées était complet.« Qu'est-ce que cela voulait dire ?Quel mystère se terrait donc dans ce menaçant puits que Roger faisait justement combler ce jour-là ! » Pensivement, elle tournait et retour- naît, entre ses mains, le portefeuille hu- Août 1934 mide et terreux qui contenait peut-être le secret de l\u2019énigme.Elle se décida à l\u2019ouvrir et à compulser les papiers qu\u2019il contenait.Avec hésitation d\u2019abord, comme si elle commettait une indiscrétion, ses doigts pincèrent des billets pliés en quatre.C\u2019étaient des factures, des notes non acquittées.« Pauvre Jean ! L'argent qu\u2019il a dé- mandé à Roger était destiné, sans doute, à payer tout ça.> Une mélancolie l\u2019étreignait soudain.Devant la preuve palpable des besoins d\u2019argent du disparu, le refus de son fiancé lui apparaissait plus encore entaché de dureté.« Jamais je n\u2019aurais eu le courage de refuser, moi ! » Et des larmes montèrent à ses yeux à la pensée du malheureux déshérité.«C\u2019est atroce d\u2019être sans fortune et de n\u2019avoir plus rien pour assurer l\u2019existence du lendemain ! .Comment aura-t- il fait ?.Ses créanciers auront-ils été moins impitoyables que Roger ?> En cette minute, elle détestait presque le trop cruel châtelain.« Roger ignore la misère.Il n\u2019a jamais manqué de rien, cela se voit ! > Après un instant de pénibles réflexions, elle continua de vider le contenu du portefeuille et des lettres lui apparurent.L'écriture en était fine et légère; les traits de plame avaient à peine effleuré le papier vergé qu\u2019une vague odeur de violette parfumait encore.Eliane devina des lettres de femme.Elle n\u2019osa pas les lire, mais un toat petit bristol s\u2019offrit à son regard et, machinalement, elle parcourut les trois lignes qui y étaient tracées : « Roger se marie.Il faut empêcher ce mariage.Venez ce soir; je désire absolument vous parler.« Blanche.» « Tiens ! » Elle lut et relut ces trois lignes avec une véritable stupéfaction.« Comment! Une femme a voulu emn- pêcher le mariage de Roger ?.Pourquoi ?.» Et Jean était au courant ! Elle secoua la tête, ne comprenant pas.Elle devinait instinctivement quelque histoire d\u2019amour à laquelle Roger avait été mêlé, mais son âme trop chaste et trop haute ne percevait pas autre chose.Cependant, une réflexion la fit frémir.«Roger a peut-être aimé une jeune fille qu\u2019il aura abandonnée ensuite ?> Cette pensée lui fit mal.À cause d'elle, une autre femme souffrait peut-être.Alors, elle voulut savoir et, sans scrupule à présent, elle ouvrit l\u2019une après l\u2019autre toutes les lettres qu\u2019elle avait respectées jusqu\u2019ici.C\u2019étaient des missives ardentes et passionnées dont le ton exalté l\u2019étonnait un peu, mais ces lettres ne lui apprirent rien, sinon que Jean correspondait avec une femme très éprise du jeune homme.Dégue, elle revint au bristol et le parcourut à nouveau avec un émoi grandis sant.«II faut que je sache, pourtant ! > Elle regrettait que la carte ne portât pas une adresse et que le prénom de Blanche ne fût pas suivi du nom même.« Comme cela, j'aurais peut-être pu bavoir.» Mais il fallait chercher ailleurs, le mystérieux carton ne laissant rien deviner entre ses mots énigmatiques.Elle reprit le portefeuille et, avec une plus grande attention, elle en recommença l\u2019inventaire.Une lettre froissée, enfouie au fond d\u2019une petit poche secrète, lui avait échappé.Frémissante, avec un peu d'angoisse, elle la déplia.A peine y avait-elle jeté les yeux que sa main se mit à trembler.Elle lisait : « Jean, « Vous avez tort de ne point vouloir faire ce que je vous demande.Votre cousin est indigne de la déliciense Eliane de Surtot.Si vous refusez d\u2019aider ma vengeance en faisant rompre ce mariage, ser- vez-vous au moins, pour vous tirer d\u2019affaire, des papiers que je vous ai remis l\u2019autre jour.Croyez-m\u2019en, Roger est trop = x oo oo ee nary Août 1934 as = ee ex a oe A a or a = a = a > or = = us a es SE = a.= ss S = # = 5 0 x = s = Qu Ry 2 = Se = a on a cu ve = 3 : > > 3 Ra = a 2 su = = = = ee 3 = ce se = = = S ve 8% = 27 ce se 3 = sn = 5 RRR on Ce es ee = se a as a = = se Le a ce cs se 1 ce Se ce ou i pe se 2 $e 2 cs.i sx en en = 2 ee Se a 23 =.ee .2 , a Ze Ta 8 5 en Ee 66 0 ae oR 7 Le ee ee 2 ps sx Se 2 2 ro 3 25 en 5 7 5 Voi i À = 2 2 od = se > 1 0 ch 2 ee ; $2: La Revue Populaire | > fo 2% : tomb RE = Re a 5 es Ja oO ie ha: = = oo 2 A: or % ce es = 2 cs ae 2 3% oy on, = = 4 5 Re 4 = x os = £5 MOLSON'S Se > e ca = a ; sx i = Li ee bY 3 ee © i Ge 5 .9 rs & Sa cs 2 a a oe = ë 3 7 i ui a 3 ee e vo poi ® * 42 qui en 4 > se a à x ce 5 EXPO quelque 2 74 Gr = a ; nt % i 99 RT So RS 7 Le 2 4 = se 5 7 es 23 3 pn oi ee 25 a 2 es 25 26 riche pour ne pas racheter très cher les preuves de son infamie d\u2019autrefois.« Votre amie, « Blanche.» Les prunelles dilatées de stupeur Elia- ne répéta : « Roger est trop riche pour ne.pas racheter très cher les preuves de son infamie d\u2019autrefois.» Un brouillard avait passé devant ses yeux et elle restait anéantie sur le bane, brisée moralement, incapable de faire un mouvement, tant sa détresse était immense.« Roger ! .Roger avait commis une infamie ! » À cette pensée, son codeur cessait de battre et il lui semblait que tout son sang, afflué vers les extrémités de ses veines, coulait lentement par le bout des doigts.C\u2019était atroce.Un infâme, indigne d'elle, son fiancé !.\u2026 L'homme de qui elle devait être bientôt la femme ! .celui en qui elle avait mis toute sa confiance ! .Des bourdonnements grandissaient à ses oreilles en glas sourd sonnant l\u2019agonie de son bonheur.Elie fit un effort pour se dresser et rompre l\u2019enchaînement douloureux des pensées.Mais une lueur navrante de détresse contenue noyait encore son regard.Des larmes perlèrent à ses cils, puis roulèrent à flot sur ses joues pâlies, et ce lui fui un vrai soulagement de pleurer.Mais, avant tout, il convenait de se renseigner et de savoir au juste à quelle action blamable de la vie de Roger faisait allusion la lettre que le hasard mettait ce jour-là entre ses mains.Vivement, elle rassembla les papiers épars sur ses genoux.Quelques-uns avaient glissé à terre, elle les ramassa avec la même hâte et les joignit aux premiers, serrant le tout dans le portefeuille.« Je ne parlerai pas aujourd\u2019hui de ma trouvaille », décida-t-elle.Et elle glissa le portefeuille sur sa poitrine, entre la soie du peignoir et le soutien-gorge de dentelle.XI Mère et Fils \u2014 Roger !.Roger, arrive donc.Par trois fois, Mme Croixmare répéta son appel.\u2014 Eh bien, qu\u2019est-ce qu\u2019il y a ?fit tout à coup le jeune homme en apparaissant entre les lentures qui garnissaient la porte de Tappartement maternel.Elle le regarda, toute vibrante d\u2019émotion.\u2014 Figure-toi.c\u2019est extraordinaire.la lettre de Jean.Roger eut un sursaut et répéta : \u2014 La lettre de Jean ?\u2014 Oui, celle que je lui ai envoyée.\u2014 Eh bien ?\u2014 La voici.on me la retourne.Plus calme, il demanda : \u2014 Qu'est-ce qui la retourne ?\u2014TLa poste.l\u2019administration des postes ! Tiens, vois.il y a une petite note sur l\u2019adresse.C\u2019était justement une lettre chargée ! Roger prit flegmatiquement le carré de papier et l\u2019examina.Il lut tout haut : «Retour à l\u2019envoyeur.\u2014 Le destinataire, absent de chez lui depuis le 15 courant, est parti sans laisser d'adresse.» Le jeune châtelain eut un sourire: \u2014 Encore une fredaine de Jean! fit-il.Il fait la fête dans quelque coin.Mais Mme Croixmare, d\u2019un geste de protestation, lui coupa la parole.\u2014 Non, ne ris pas.c\u2019est peut-être plus grave que tu ne le penses.Roger haussa les épaules d\u2019un a*r sceptique.\u2014Oh!.\u2014 Si.regarde la date de son départ: « Absent de chez lui depuis le 15 cou- ranty.Clest clair, hein ! \u2014 Je ne vois pas.\u2014 Comment ! Mais réfléchis: c\u2019est le 15 au soir qu\u2019il est venu ici.c\u2019est dans la nuit du 15 au 16 qu\u2019il nous a quittés si bizarrement et si mystérieusement.et, depuis, il n\u2019a pas reparu à son domicile.C\u2019est une véritable disparition ! La Revue Populaire \u2014 Mais non ! Je ne vois là rien d\u2019extraordinaire.Jean, en quittant les Houx- Noirs, sera allé chez des amis qui l\u2019auront retenu, voilà tout ! La vieille dame hocha la tête.Elle n\u2019avait pas la même sérénité que son file, et de pénibles appréhensions commençaient à naître en elle.\u2014 Dieu t'entende ! soupira-t-elle.\u2014 Allons, maman ! ne te fais pas de mal inutilement.Tout ça s\u2019arrangera, tu verras.Elle secoua la tête et soupira : \u2014 Il me semble au contraire que tout cela va nous porter malheur.Si je l\u2019avouais, mon fils, que, chaque fois qu\u2019il est question de Jean devant moi, j'ai une oppression qui m\u2019étreint.comme une main de fer qui me serre le coeur.Vois-tu, j\u2019ai la sensation qu'une catastrophe plane sur notre maison ! Roger, malgré son apparente indifférence, avait frissonné.Les paroles de sa mère devaient avoir trouvé un écho dans ses propres pensées, car il était tout pâle et une légère sueur de peur ou d'angoisse mouillait son front assombri.\u2014 Non ! non ! balbutia-t-il.Ce n\u2019est pas possible.Il ne peut rien arriver.nul ne sait où est Jean.Une voix jeune et fraîche, derrière lui, coupa sa phrase : \u2014 Non, nul ne sait où est Jean Val- mont, mais il reviendra, il faut l\u2019espérer! Roger se tourna vers Eliane qui entrait, un peu hébété par sa soudaine apparition et par le ton bizarre de son exclamation.Leurs regards se croisèrent, vifs et pénétrants chez la jeune fille, hésitants et indécis chez le fiancé.Elle se mit à rire; mais son rire, contrairement à son habitude, était plus ironique qu\u2019espiègle.\u2014 Allons, pauvre Roger, remettez-vous! Vous êtes tout troublé.Ces simples paroles semblèrent cingler Croixmare, Il se raidit et retrouva son calme.\u2014 Très troublé de-vous voir, en effet, fit-il, redevenant complètement maître de lui.Il est près de onze heures du matin et je n\u2019ai pas encore eu le bonheur de vous apercevoir aujourd\u2019hui .Vous n\u2019étiez pas au déjeuner et ma mère est allée en vain frapper à la porte de votre chambre.Où étiez-vous donc ?Elle répondit sans embarras, trop habituée aux usages du monde pour laisser voir ses véritables sentiments.\u2014 J'étais au fond du pare .je me suis égarée pour revenir et j'ai joué à Penfant perdue au milieu des bois, c\u2019est très amusant, je vous assure ! Il sourit, subjugué par la grâce enchanteresse de la jeune fille.\u2014 Quel dommage que je ne me sois pas trouvé sur votre passage ! \u2014 Qu\u2019auriez-vous fait ?\u2014 Je vous aurais suivie.comme les loups suivent les petites filles pas sages, puis j'aurais essayé de vous croquer.\u2014 Grand merci ! \u2014 Oh ! avec des baisers.sans vous faire de mal! Tenez, comme cela.Il avait pris sa petite main et essayait de la porter à ses lèvres, mais une sorte de répulsion crispa le fin visage d\u2019Eliane qui dégagea ses doigts.Elle donna mutinement le change : \u2014 Je me sauve.pardonnez-moi, Roger, mais je ne serai jamais habillée pour le déjeuner, si je ne me dépêche pas.Précipitamment, elle quitta l\u2019appartement, pendant que Roger pensait tout bas, en la suivant des yeux : « Qu'est-ce qu\u2019elle a donc, ce matin, ma petite Eliane ?» XII Le Fusil du Garde-Chasse La terre croulait par toutes les fentes du tombereau à moitié plein, pendant que lentement, mais d\u2019un geste suivi et régulier, le jardinier et l\u2019enfant s\u2019efforçaient à coups de pelles d\u2019en diminuer le tas branlant.Calmes et paisibles, les chevaux allongeaient leurs cols luisants pour essayer de saisir avec les dents l\u2019herbe fraîche qui poussait si abondamment autour d\u2019eux.Debout, près des bêtes, caressant et claquant de la main les croupes soyeuses, le cocher leur parlait d\u2019une voix amicale, haute, traînante un peu.Gens et bêtes réunis dans la clairière concouraient de concert à exécuter l\u2019ordre que Roger Croixmare avait donné l\u2019ordre de combler le vieux puits.Une voix joviale qui sonna à l\u2019orée du bois fit lever la tête aux travailleurs.\u2014 Eh bien, les amis! Ça va, l\u2019ouvrage ?.Ils reconnurent Morvan, le garde-chasse, qui, le fusil en bandoulière, s\u2019avançait vers eux.\u2014 Comme ci, comme ça! répondit à sa question le père Etienne.Il en faudra des tas et des tas pour boucher tout.\u2014 Oui, c\u2019est profond ! \u2014 Une centaine de pieds au moins.\u2014 Et combien déjà avez-vous versé ?\u2014 Heu.deux tombereaux à peine.La voiture ne peut pas approcher à cause des pierres qui entourent le puits.Il faut manoeuvrer deux fois la terre.ça allonge le travail ! \u2014 Je crois bien.Morvan s\u2019était avancé vers le puits.La paume des mains posées sur le rebord plat circulaire, il se penchait en avant et, curieusement, sondait l\u2019orifice.\u2014 Brrr! C\u2019est noir là dedans.Le petit Pierre se mit à rire.\u2014 Ça ressemble à la maison du diable.\u2014 Blague pas avec ça, mon garçon! interrompit le jardinier superstitieux.La tombe d\u2019un iraître doit être une suceur- sale de l\u2019enfer ! \u2014 Ah ! mince d\u2019idée! fit le gamin railleusement, car la mine du père Etienne l\u2019amusait.Le vieillard fronça le sourcil en haussant les épaules, mais le garde-chasse qui ne croyait pas à toutes les balivernes racontées sur le vieux puits, sourit à l\u2019enfant.\u2014 Gamin va ! Si tu allais voir au fond ce qu\u2019il y a pour nous le raconter ensuite.En même temps, il se penchait en arrière pour donner une bourrade affectueuse au petit.Mais dans ce geste son fusil se déplaça, quitta l\u2019épaule, glissa le long du bras, et avant que le garde eût fait un mouvement pour retenir l\u2019arme qui s\u2019échappait, elle disparut au fond du trou.\u2014 Ah! \u2014 Mon fusil ! \u2014Oh! Ce fut pour les quatre interlocuteurs une minute de consternation.Le garde, surtout, était navré.\u2014 Mon fusil.Un fusil tout neuf qui a coûté douze cents francs au patron.\u2014 Quelle déveine ! \u2014 Bon sang de bon sang! Qu\u2019est-ce qu\u2019on va me dire ?Les autres le regardaient, apitoyés.\u2014 M.Roger sera mécontent.\u2014 Vous serez sûrement mal reçu quand il saura.\u2014 Probable ! \u2014 Le maître ne blague pas avec les outils qu\u2019il nous confie! Pour une scie édentée ou une faux mal essuyée, il fait un chambard de tous les diables ! \u2014 Pour un fouet que j'avais égaré l\u2019autre jour, il m\u2019a emballé d\u2019une sale façon ! Le garde-chasse écoutait ces exclamations entre-croisées, d\u2019un air plus désolé encore.\u2014 Aussi, pour mon fusil, qu'est-ce que je vais prendre ! s\u2019exclama-t-il piteusement.\u2014 Pauvre monsieur Morvan ! fit tristement le gamin qui affectionnait tout particulièrement le garde.Les hommes se regardaient, génés, ne sachant pas traduire l\u2019ennui qu\u2019ils éprouvaient de cette aventure.Après un silence de réflexion, Morvan hasarda limidement une proposition.\u2014 On pourrait peut-être descendre 13 dedans?fit-il en regardant le trou béant.Ce n\u2019est pas si profond qu\u2019on ne trouve le fond.Mais le jardinier protesta : \u2014 Non ! bien sûr que non ! Ce serait dangereux.ce n\u2019est peut-être plus solide, et on ne sait pas ce qu\u2019il y a au fond.Le garde eut un geste de désespoir.\u2014 Je ne veux pas perdre ma place pour un fusil ! \u2014 Mais rien ne prouve qu\u2019on vous renverra pour si peu.\u2014 M.Roger est si vif qu\u2019il faut s\u2019attendre à tout.\u2014 Dans tous les cas, faut pas descendre là dedans sans que le patron soit Août 1934 averti.Vous avez des gosses, Morvan, faut penser à tout.Le vieux jardinier réfléchit un moment.Debout, le dos voûté, les cheveux blancs tombant presque jusqu\u2019aux épaules, le menton appuyé sur ses deux mains réunies au manche de la pelle, il évoquait le souvenir des vieilles estampes du siècle dernier.Tout à coup, il releva la tête et, d\u2019une voix qu\u2019il s\u2019efforçait de rendre persuasive, il dit : .\u2014 Savez-vous ce que je ferais, Morvan, si j'étais à votre place ?Le garde secoua la tête.\u2014 Non.Que feriez-vous ?\u2014 J'irais trouver Mlle Eliane et je lui expliquerais mon embarras.L\u2019autre eut une exclamation de sur- ° prise.\u2014 Ah! quelle idée ! Mais le vieux insista : Les autres approuvèrent très vite le vieux et Morvan qui hésitait d\u2019abord, de peur de compliquer encore les choses, finit par convenir qu\u2019effectivement c\u2019était le meilleur parti à prendre.\u2014 AHez-y tout de suite, conseilla le gros cocher.Morvan sourit.\u2014 Vous avez raison, mes amis, jy vais de ce pas.Il les quitta après leur avoir recommandé de ne pas reprendre leur besogne avant son retour._ \u2014 Ne jetez plus de terre dans le puits; il ne s\u2019agit pas d\u2019enterrer mon fusil ! \u2026 Sûrement que M.Roger va trouver un moyen pour le sortir de là! Et à grandes enjambées, il s\u2019éloigna dans la direction du château.Quelques minutes après, il y arrivait.La cloche du déjeuner de midi n\u2019était pas encore sonnée et Eliane qui venait de faire rapidement sa toilette, se tenait dans la véranda aux carreaux de verres multicolores.Auprès d\u2019elle, Roger était assis.Un peu de gêne semblait paralyser l\u2019entretien des fiancés.Eliane, soucieuse malgré elle, contrairement à son habitude, ne répondait que du bout des lèvres aux paroles de Roger et celui-ci, qu\u2019ennuyait le mustisme de la jeune fille, ne se mettait pas en frais pour essayer de rompre la glace.Quand Morvan parut sur le seuil de la véranda qu\u2019un domestique lui avait indiquée comme lieu de retraite de Mlle de Surtot, il s\u2019arrêta, extrêmement désappointé de voir qu\u2019elle n\u2019était pas seule, mais qu\u2019au contraire, c\u2019était celui qu\u2019il redoutait tant pour le moment qui se tenait auprès d'elle.En l\u2019entendant arriver, les deux jeunes gens avaient tourné la tête de son côté.\u2014 Que cherchez-vous, Morvan ?interrogea Roger du ton hautain qui lui était habituel avec les inférieurs.Morvan roula sa casquette entre ses doigts sans répondre.Le pauvre garçon cherchait un prétexte difficile à trouver.\u2014 Eh bien ?fit Roger à nouveau.Un peu d\u2019impatience durcissait sa voix et le garde vivement se décida à parler.Mais quelle incohérence d\u2019abord dans ses explications : \u2014 Pardonnez-moi, monsieur Croixmare, balbutia-t-il.C\u2019est à cause de.du vieux puits.Le jeune comte tressaillit et pâlit un peu.Comme l\u2019autre s\u2019était arrêté, il ques-, tionna brièvement, la voix rauque : \u2014 Quoi encore ?Son embarras augmentait devant l\u2019air nerveux du maître, l\u2019autre continua : \u2014 Voilà.au vieux puits.dedans.au fond.Roger s\u2019était dressé brusquement.Il était bléme.\u2014 Quoi ?.au fond ! Qu\u2019est-ce qu\u2019il ya?Un frémissement le secouait des pieds à la tête pendant qu\u2019avec des yeux affolés il fixait anxieusement Morvan.\u2014 J\u2019ai laissé tomber mon fusil, bégaya le garde en courbant piteusement la tête.\u2014 Hein ! \u2014 Le fusil que Monsieur le comte m'\u2019avait acheté récemment.\u2014 Votre fusil ?\u2014 Oui.\u2014 Que lui est-il arrivé ?\u2014 Il est au fond du puits.(Suite à la page 35) Août 1934 La Revue Populaire 27 La décoration du foyer UN INTERIEUR DU VINGTIEME SIECLE A SALLE à manger de l'appartement de Madame Helena Rubinstein, à Paris.Cette pièce s'ouvre de chaque côté sur le salon qu\u2019on pourrait ici appeler atelier.La gravure sur cuivre qui décore le mur, au- dessus de la desserte faite d\u2019une simple tablette, est de Marcoussis, l'artiste polonais bien connu en Europe.OUTES les photos qu'illustrent cette page ont êté prises, à Paris, dans l'appartement moderne de Madame Helena Rubinstein, \u2018fabricante des produits de beauté qui portent son nom.On voit ici un petit boudoir attenant au grand salon.Les murs sont de laque rouge et la note orientale de la pièce se retrouve dans la plupart des meubles.Aux murs, peintures de Raoul Dufy, Alice Halicka, Modigliani.Marcoussis et autres modernes.Prat CE DR E grand salon vu de la galerie où se trouve la saile à manger.Eclairage indirect.Décoration rose pâle, brun et cuivre.Pointures par Picasso, Matisse et autres maîtres de la peinture contemporaine: sculpture nègre; on voit, tout à gauche, quelques-uns des fétiches nègres dont Mme Rubinstein possède une très riche collection.À gauche, le vestibule où sont deux vitrines remplies de précieuses icônes et de divers objets d'art.À droite, un coin d\u2019un petit salon intime d'influence orientale.Les vitrines renferment des sculptures chinoises d'un prix inestimable.Te id eli VR RRRAE Te AT a e La Revue Populaire Août 1934 Toilettes d'été Ensemble de sport, en tissu Mon- terey.Le large foulard peut se nouer de différentes façons.Pour le soir, une délicieuse robe de crêpé Lotus bordée de georgetle empesé.Costume de sport fort pratique.Tissu Monterey blanc avec ornements bleu Lido.Photos gracieusement fournies par Canadian Celanese Limited. = we Août 1934 La Revue Populaire Petit ensemble très sport : jaquette et jupe blanches, tricot de couleurs vives.Ici, Lois Wilson.Le bel été, que symbolise ici la jolie et fraîche vedette du cinéma, Esther Ralston.P O U R L A C A M P A G N E Une élégante tenue de sport : tricot jaune clair à manches longues avec jupe blanche.Le modèle n\u2019est autre que Muriel Evans.29 30 Août 1934 La Revue Populaire ww Ra w Er \u201d a 4 a Wy 4 À > i mn | | Ÿ + | $ % & \u201c % ; se a MANTEAU DU SOIR MAGGY ROUFF EN VELOURS RUBIS GARNI DE RENARD Scaioni, Photos > 31 Août 1934 La Revue Populaire a j Fes ; I 7 À de fn ei or: \u201cPy | EE Ê \\ 4 .== pe LA ol oe a + = Es = \u2014 = Io ) =.a = = = NN Ld ie, i, 4 Fi J 0e oe UNE TOILETTE DILKUSHA DE VELOURS CHINE MARRON exclusives a La Revue Populaire æ Pr Sl pr Août 1934 N TOILE naturelle.ce coussin KE est idéal pour l\u2019été ou l\u2019hiver.Il paraît naturel et à sa place quels que soient le temps et le lieu où on l\u2019emploie.On se sert de six brins pour toute la broderie.Brodez les fleur: au point de chainette, avec le blanc pour les bords des plus grau- des et des plus petites, F.468 pour la plus triangulaire au côté droi: supérieur et F.596 pour la circulaire au côté gauche inférieur.Em.La Revue Populaire | Cest du Naru ployez F.443 pour le centre des quatre.Brodez les feuilles au plumeti: avec F.498 et toutes les tiges au point de tige également avec F.498.Employez le noir pour les deux carrés intérieurs voisins et F.498 pour les deux carrés extérieurs, exécutés au point de tige.Finissez le bord du coussin en cousant chaque carré de toile au galon jaune, avec du noir, exécutant en méme temps le point de Boulogne avec 6 brins de F.498.MATERIEL REQUIS 1 écheveau de Coton en Brins « Anchor », F.468 (Géranium) \u201c6 es 6 oe se (3 se se ee ce .c cc Le se ob En [13 WO = - & 3 \u201c6 oe oe LS ce 6 F.443 (Jaune serin) \u201c F.596 (Cramoisi pale) sé (Blane pur) \u201c F.498 (Vert jade) té (Noir) 2 carrés de toile naturelle foncée 21\u201d x 21\u201d.21, verges de galon de laine jaune assorti F.443.Patron au fer chaud 703 \u2014 D.27 3 ; 3 32 La Revue Populaire SAC A TRICOT No 951 (illustré ci-contre) Monarch Dove.2 balles violet 1 balle lavande.1 balle rose rouge.1 pr.aig.No 6.Com.avec violet.80 ch, tri.1 ch.80 s.c., tri.2 ch.80 de, tri.1 ch.80 s.c., tri.2 ch.80 d.c., tri.1 ch.80 s.e., tri.2 ch.30 d.e.Prenez la lavande.50 d.c, tri.1 ch.50 se.Prenez le violet.30 sc, tri.2 ch, dim.2.m.38 d.c.Prenez le rose rouge.38 d.c., tri.1 ch., dim.2 m.33 s.c.Prenez le violet.38 se, tri.2 ch.76 d.c.en largeur.76 se.un rang entier, tri, 2 ch., dim.2 in.Prenez la lavande.48 d.c.Prenez le violet.26 d.c., tri.1 ch.26 se.Prenez la lavande.48 s.c., tri.2 ch.Prenez le rose rouge, dim.2 m.36 de.Prenez le violet.36 d.c., tri.1 ch, dim.1 m.35 s.c.Prenez le rose rouge.35 s.c., dim, 1 m., tri.2 ch.Prenez le violet, dim.à 63 d.c.en largeur.68 s.c.en largeur, tri.2 ch.34 d.c.Prenez la lavande, 34 dc, tri.1 ch, dim.1 m, 33 s.c.Prenez le violet.33 sc, tri.2 ch, dim.1 m.43 d.c.Prenez le rose rouge.23 de, tri.1 ch, 23 sc.Prenez le violet.43 s.c., tri.2 ch.66 d.e.en largeur.tri.1 ch, dim.2 m.64 s.e.en largeur.tri.2 ch.Prenez la lavande.32 de.Prenez le violet.32 d.c., tri.1 ch, dim.1 m.31 se.Prenez la lavande 31 s.c., tri.2 ch.Prenez !e rose rouge.20 d.c.Prenez le violet.42 d.c.tri.1 ch, dim, 1 m.41 s.c.Prenez le rose rouge, 19 s.c, tri.1 ch.Prenez le violet.5 s.c., 2 ch.de.jusqu\u2019à 5 m.du bord.Continuez un rang sc.puis an rang de d.c.pour 4 rangs complets, & (1 rang d.c.1 rang s.c.valent un rang complet) Finissez avec 50 s.c.La même chose pour Pen- vers.Repassez.Cousez les deux parties ensemble puis cousez enfin la poignée.ALGRE les embarras causés par la crise, celle- ei a été profitable a beaucoup.Des femmes qui, aux jours d\u2019abondance, délaissaient leur foyer, y sont revenues; et leur ingéniosité naturelle a trouvé a s\u2019y exercer.Rendues insousciantes par une prospérité apparemment durable, n\u2019occupant leurs loisirs qu\u2019à pratiquer les sports, elles ne se préoccupaient que fort peu de l\u2019aspect prosaïque de la vie.Elles se désintéressaient tout à fait de travaux féminins tels que la couture et le tricotage dont elles oubliaient même rapidement le vocabulaire.Après plus de quatre années de dépression économique, la femme est encore une fervente du tennis, du bridge et autres amusements \u2014 et qui pourrait le lui reprocher ?Mais elle a ajouté à ces passetemps agréables, la pratique des arts domestiques dont le plus utile, en même temps que le plus agréable, est sans contredit le tricotage.C\u2019est pourquoi, nous voyons aujourd\u2019hui dans la toilette féminine tant de gilets aux couleurs gaies, tant de bérêts aussi pratiques que peu dispendieux, tant d\u2019ensembles et de blouses de laine, tant de sacs à main aussi jolis que variés de forme et de couleur ! Les collets et poignets tricolés sonl aussi très à la Jolie robe tricotée, pour le sport ou le voyage.13 balles Everglade, 4 Mode avec des robes de laine ou de soie.balles absinthe, 1 aiguille circulaire no 8.1 paire d\u2019aiguilles droites Nous pouvons nous attendre à une recrudescence no 9, 1 crochet fin et 1 épingle à mailles.des objets tricotés, Des amies, arrivées récemment Août 1934 Blouse iricotée avec la Monarch.C\u2019est le no 910.3 balles rose cerise, 3 balles blanches, laine Monarch Fairy et 1 paire d\u2019aiguilles no 10.Le chapeau no 958.Il n\u2019exige que 2 balles de laine Monarch Tweed et un crochet medium.Ce modèle-ci étant très facile à faire, peut servir d\u2019essais pour une débutante dans le tricotage.Le tricotage est un amusement \\ ° tres profitable Photos gracieusement fournies par The Monarch Knitting Company Limited de Paris, nous oni montré des créations des meilleurs couturiers: le tricotage y est évidemment à l'honneur! Pour nous, qui ne pouvons nous payer le luxe de toiletles exclusives, nous tricoterons à la maison.Ce n\u2019est pas une corvée.Rien de plus intéressant que de voir progresser chaque jour un travail commencé avec deux broches et de la laine, 11 y a quelque satisfaction à se dire que l\u2019on fait soi-même quelque chose d\u2019utile; c\u2019est presque une joie d\u2019artiste.Et l\u2019on éprouve, avec raison, plus de fierté à montrer une toilette ou un accessoire faits de ses mains que si on se les était procurés à prix d\u2019argent.Enfin, le tricotage apprend la patience, il repose les nerfs surexcités.Et, the last but not the least, il épargne beaucoup sur les frais de toilette ! Que vous tricotiez en experte ou en amateur, il vous faut une laine de qualité supérieure.Elle est plus économique et aussi plus facile à travailler.Douce, souple et forte, la laine Monarch retient les teintes les plus disparates : c\u2019est là un élément de beauté indispensable.Quand vous aurez tricoté un gilet, un béret ou tout autre objet, vous regarderez avec une fierté légitime volre ouvrages et si vous avez employé une laine Monarch, vous le laverez en toute sécurité car vous serez sûre que les couleurs resteront uniformes et solides. 34 La Revue Populaire Août 1934 Pour les derniers beaux jours de l'été La Un petit costume d\u2019été de laine blanche que relèvent une ceinture, une cravate et ur ruban de chapeau dont le motif et la couleur sont d'influence mexicaine.Vous reconnaissez toutes ici Ginger Rogers.Kay Francis est, comme vous savez, l\u2019une des femmes les mieux habillées de : Hollywood.Cette gentille robe d\u2019été est vraiment à la hauteur de sa réputation. Août 1934 Roger passa la main à plusieurs reprises sur son front moite.De l\u2019égarement se lisait encore sur sa physionomie, mais peu à peu, ses traits se détendirent.A deux pas de lui, Eliane, les sourcils froncés, le fixait d\u2019un regard bizarre, profond et serutateur au possible.on eût dit que de la peur ou de l'horreur en assombrissait l\u2019éclat ! Comme Croixmare, tout à ses pensées, ne parlait pas, Morvan se risqua à demander : \u2014 Si Monsieur le comte le permet, je vais descendre jusqu\u2019à l\u2019étang et prendre, sur le bateau, la longue corde de halage.\u2014 Pourquoi faire ?fit vivement le jeune homme.\u2014 Pour descendre au fond du puits.Avant même que le garde-chase eût achevé sa phrase, Roger avait crié : \u2014 Je vous le défends ! \u2014 C\u2019est pour mon fusil.\u2014 Tant pis pour vous ! L'homme balbutia, gêné par le ton tranchant du maître : \u2014 J'aurais pu essayer, monsieur Roger.\u2014 Non ! non ! En voilà une idée ! Je vous le défends ! S\u2019apercevant de sa violence, le comte reprit, plus doux : , \u2014- Obéissez-moi, Morvan, c'est pour votre bien.Vous risqueriez de vous rompre les os.\u2014 Dame !.Jaurais fait attention.\u2014 Non ! Brisons là-dessus .Tant pis pour votre fusil ! Il ne fallait pas le laisser tomber.Eliane, qui avait jusque-là gardé le silence, intervint avec vivacité : \u2014 Pourquoi refusez-vous à cet homme l\u2019autorisation qu\u2019il vous demande?Le puits n\u2019est pas si profond qu\u2019on ne puis se parvenir à sa base ! .\u2014 Mais un accident est à craindre.\u2014 Avec des précautions., \u2014 Non, je ne veux pas que quelqu\u2019un s\u2019y risque.\u2014 Cependant, ce pauvre Morvan ne va pas perdre son fusil.S'il ne peut rentrer en sa possession, cet objet représente pour lui une forte somme à débourser.\u2014-Eh bien, je lui en achéterai un autre.Il parlait brièvement, comme impor: tuné par l\u2019insistance de la jeune fille.Celle-ci sourit, un peu railleuse : ; \u2014 Quelle générosité, Roger ! Vous dépensez douze cents francs aujourd\u2019hui, bien facilement.mais, surtout, bien inutilement ! Décontenancé, le châtelain la regarda: \u2014 Comment?que voulez-vous dire ?\u2014Je veux dire qu\u2019il me paraît beaucoup plus raisonnable et plus normal d\u2019aller chercher un fusil là où il se trou ve.Vingt mètres, trente même.ce n'est pas infranchissable ! \u2026 Et s\u2019adressant à Morvan : __ Vous avez une bonne corde, mon ami ?: .\u2014 Siir, mademoiselle, répondit le garde avec empressement.L\u2019amarre du bateau est comme neuve.1107 Le brave homme avait pensé, à part lui, devant l'offre mirifique du chatelain: « Méfiance ! .si le patron me pale un fusil aujourd\u2019hui, il regrettera demain .et comme il est assez regardant, il me le reprochera.Méfiance, mon vieux Morvan !.C\u2019est un outil que tu pourrais p\u2019têt ben payer trop cher.> Aussi, tout content de l'intervention de la jeune fille, il insista : _ .\u2014 Ft puis.j'ai une autre idée: si on n\u2019a pas confiance dans la solidité de la corde, il a les échelles.- \u2014 II n\u2019y a pas d\u2019échelle assez longue, vous le savez bien, dit le maître.\u2014 Pardon, excuse, monsieur.Nya les échelles à fruits qui servent pour les noix et pour les grands cerisiers de la ferme.C\u2019est pas large, mais c\u2019est long.dix, douze mètres p\u2019têt ben ?Avec trois comme ça, mises de bout en bout, on en verraiit le fond, de ce fameux puits ! \u2014 Non, coupa le jeune homme, c\u2019est impossible ! \u2014 Pas du tout, riposta Eliane tranquillement.C\u2019est très faisable; ce que dit ce brave homme me paraît tout 3 fait juste.Le châtelain s\u2019énervait visiblement.Il répéta.en hachant ses mots : \u2014 Impossible ! .Ne comprenez-vous donc pas que je suis responsable 7.Vous entendez ?responsable de nos gens! La Revue Populaire LE VIEUX PUITS (Suite à la page 26) Je ne peux autoriser une imprudence pouvant amener un accident grave.Dans ce cas, je vous le répète, je serais responsable.vous comprenez ! \u2014 Aussi je n\u2019insiste pas, reprit Eliane très calme, devant son emportement.Je n\u2019insiste pas pour que vous accordiez à Morvan l\u2019autorisation qu\u2019il vous demande.Elle s\u2019arrêta une seconde, puis, observant intensément le visage de son fiancé, elle continua, presque souriante : \u2014 Mais, moi, Roger, je suis libre.entièrement libre! Je viens d\u2019avoir vingt et un ans et ne suis pas encore votre femme.Je n\u2019ai aucune autorisation à demander et personne n\u2019est responsable de moi.Ma tante, d\u2019ailleurs, approuverait ma témérité.donc, c\u2019est moi qui descendrai dans le puits.voilà ! \u2014 Eliane ! Ce nom avait jailli comme un cri d\u2019angoisse, un cri où il y avait tout l\u2019amour du jeune homme pour sa fiancée, un cri où il y avait aussi de la terreur.\u2014 Eliane ! Dominant son émoi, il fit un effort pour sourire.\u2014 Eliane ! Je vous en prie!.Ne plaisantez pas ainsi, chère petite folle ! \u2014 Ce n\u2019est pas une plaisanterie, répliqua la jeune fille sérieusement.J'ai réellement l\u2019intention de tenter ce petit exercice acrobatique qui n\u2019a rien de bien dangereux, je vous l\u2019assure.\u2014 Mais c\u2019est fou ! \u2014 Vous oubliez que je suis une alpiniste très entraînée.Ma bonne tante, qui n\u2019est pourtant pas très moderne par ailleurs, a la passion de la montagne et je lui dois, heureusement, mon éducation sportive.Il y a dix ans que je fais des ascensions autrement plus rudes que cette modeste descente de trente mètres.\u2014 Oui, mais ce sont des excursions permises et coutumières.Tandis que cette promenade dans le fond d\u2019un puits serait absolument ridicule.\u2014 Oh! je proteste !.Ce qui offre de l\u2019intérêt et ce qui a un but véritable est autrement normal qu\u2019un danger couru pour le seul plaisir de le courir.Après quelques secondes d\u2019hésitation où il envisagea toutes les solutions, il décida enfin, s\u2019adressant au garde-chasse: \u2014 À vos risques et périls, Morvan ! Si vous y tenez, soit, allez-y ! .mais prenez toutes les précautions nécessaires.Il continua, très maître de lui maintenant, à donner les instructions pour que les échelles, la corde de l\u2019étang, tout fût rassemblé.\u2014 11 est l\u2019heure d\u2019aller déjeuner, maintenant, mais que tout soit prét pour la descente .attendez deux heures, j\u2019y serai.Je tiens à y assister ! \u2014 Moi aussi, ajouta Eliane.XIII Dans le Vieux Puits Autour des vieilles pierres de la margelle, près des tas de cordages et des échelles préparées, les serviteurs groupés restaient graves.Ils avaient dégagé l'entrée du puits en coupants les ronces et les orties qui en défendaient l\u2019approche, et le trou béant dressait sa gueule noire vers le ciel comme un monstre vorace et redoutable.Après avoir écarté soigneusement les pierres branlantes qui eussent pu se détacher durant la descente du garde-chasse et lui tomber sur la tête, les hommes faisaient, maintenant, glisser les longues échelles dont les montants, ajoutés bout à bout avec de solides cordes, la multipliaient d\u2019une façon continue.\u2014 Alors, Morvan ?On est d'attaque ?\u2014 Bah ! répondit le garde, évasif, on en a vu d\u2019autres.\u2014 Faut dire tout de même que la promenade n\u2019est guère affriolante.c\u2019est noir pis qu\u2019une cave.Ils attendaient, maintenant, l\u2019arrivée du châtelain qui avait dit vouloir assister aux recherches du garde.\u2014 Tenez! les v'1a! signala bientôt celui-ci.La demoiselle qu\u2019est une crâne luronne, a tenu à venir aussi.À voulait- y point descendre elle-même chercher mon fusil ! Pour une chouette patronne, à promet d\u2019être épatante.Un peu silencieux, les fiancés s\u2019avançaient sous les grands pins.Roger avait, malgré lui, le visage crispé dans son effort pour paraître calme.Plus encore que le résultat problématique de cette descente de Morvan, l'attitude d\u2019E- liane, depuis la scène du matin, l\u2019inquiétait.Que signifiait cette insistance ?Elle ne pouvait s\u2019intéresser à ce point au fusil du garde, et ce n\u2019était certes pas par raison d\u2019économie qu\u2019elle préférait qu\u2019on le retrouve.Alors ?Il se tourna vers la jeune fille marchant à son côté.Un rayon de soleil, perçant l\u2019épaisse verdure, venait jouer à cet instant sur ses cheveux bouclés et les nimbait d\u2019or.Que se passait-il dans cette chère tête blonde ?Soudain, une idée jaillit en son cerveau fatigué.Une idée ! comment ne l\u2019avait-il pas eue plus tôt ?c\u2019était si simple.Aussi, lorsque les échelles furent solidement fixées à la margelle, il s\u2019approcha du puits.Morvan, assez ému malgré sa bravoure, s\u2019apprêtait à descendre.Sa lampe électrique à la main, une longue cordée fixée à sa ceinture, il allait poser son pied sur le premier échelon quand la voix de Roger retentit, nette et autoritaire : \u2014 Attendez, Morvan.L\u2019homme s\u2019arréta.\u2014 Décidément, je préfére y aller moi- même.Et déjà le maître avait bondi sur les vieilles pierres et repoussait le garde pour prendre sa place.Mais Eliane s\u2019était approché de l\u2019ouverture béante avec autant de rapidité que son fiancé.En face de celui-ci, et très près, les yeux dans les yeux, elle articula d\u2019une voix incolore : \u2014 Je ne comprends pas, Roger.Pourquoi voulez-vous, vous, prendre la place de Morvan .je ne comprends pas ?Que vit le jeune homme dans ce regard intense fixé sur le sien ?Quelle inquiétude?Quel soupçon ?Ou, peut-être, simplement, quelle raillerie ?\u2014 Soit ! dit-il avec un haussement d\u2019épaules presque brutal.Allez-y, Morvan! Et le garde obéit.Lentement, il descendit.Penchés sur la margelle, les assistants suivaient la lueur de plus en plus faible de sa lampe électrique.Les pensées les plus diverses s\u2019agitaient dans ces tétes réunies autour de ce trou sombre.mais nul ne songeait a les exprimer.Un temps passa.qui parut trés long.Puis les secousses de l\u2019échelle et le mol- lissement de la corde indiquèrent que l\u2019homme remontait.Il parut enfin.Il sortit du trou, très pâle, oppressé par une frayeur qu\u2019il ne cherchait même pas à dissimuler.Et le groupe des curieux s\u2019écarta, saisi d\u2019une terreur irraisonnée devant la mine décomposée du garde.Sorti du puits, Morvan, dont les jambes fléchissaient, s\u2019assit sur le rebord de pierre de l'ouverture.D\u2019une main qui tremblait, il essuya machinalement la sueur qui perlait à son front.\u2014 Eh bien, Morvan, qu\u2019y a-t-il ?\u2014 Rien.\u2014 Comment, rien?que vous est-il arrivé ?\u2014 Rien.j'ai rien trouvé.\u2014 Qu'est-ce que vous dites ?\u2014 Mon fusil a disparu.Il y eut un frémissement dans le petit groupe à cette déclaration.\u2014 Que Dieu nous protège! balbutia le père Etienne en se signant.Mais Roger Croixmare ne devait pas être superstitieux.Une vague expression d\u2019étonnement avait bien, un instant, détendu ses traits, mais il s\u2019était vite ressaisi.I! soupçonnait autre chose et le dit carrément d\u2019une voix nerveuse, pourtant.35 \u2014 Allons, Morvan ! ne racontez pas des bêtises! Vous n\u2019avez pas osé aller jusqu\u2019au fond ?Le garde avait posé sa lampe sur la margelle.Il leva son visage encore effaré sur le jeune châtelain et montra ses deux mains ridées : \u20141I1 n\u2019y avait rien, monsieur Roger, affirma-t-il d\u2019un air accablé.\u2014 Je vous demande si vous avez osé descendre jusqu\u2019au fond.\u2014 Eh! pardi! je n\u2019avais pas peur, moi! Il cracha à terre, puis il se dressa et d\u2019une voix sourde, il expliqua : \u2014 Je vous jure que je suis allé tout en bas.J\u2019ai quitté l\u2019échelle et marché dans la terre.J'ai regardé partout avec ma lampe, crainte que mon outil soit resté accroché ou bien qu\u2019il soit un peu enterré.Rien ! Il n\u2019y a rien! C\u2019est de la sorcellerie! Mon fusil n\u2019y est pas ! \u2014 Vous aurez mal chercher, mon garçon.\u2014 Ou peut-être que vos yeux étaient brouillés par l\u2019émotion, risqua le petit Pierre.Mais l\u2019homme secoua la tête.Il commençait à retrouver ses esprits.\u2014 Aussi vrai qu\u2019il fait jour en ce moment, affirma-t-il avec force, j'ai regardé partout et mon fusil n\u2019y était pas ! \u2014 Enfin, êtes-vous sûr qu\u2019il est bien tombé dans le puits, ce matin ?\u2014 Ah ! pour ça, oui ! Et chacun joignait son affirmation a celle de Morvan.\u2014 Sûrement et sans qu\u2019on puisse en douter, le fusil avait bien glissé dans le trou du vieux puits quelques heures auparavant, chacun en avait été témoin.\u2014 Aucune terre n\u2019a été jetée depuis ?\u2014 Aucune, monsieur .aucune ! Ils étaient tous affirmatifs.Roger risqua, enfin, une question qui le harcelait depuis quelques minutes : \u2014 Comment est le sol au fond du puits ?De la terre?de l\u2019eau?des cailloux ?\u2014 Au fond, monsieur Roger, c\u2019est de la terre meuble qui remplit tout.la terre des tombereaux que nous avons jeté ce matin.Ni herbe, ni broussaille, ni humidité .c\u2019est net et j'ai rien vu.rien.Il répétait : «rien > avec une sorte d\u2019égarement.Le châtelain le laissait dire.Au fond, il était heureux que l\u2019affaire finit aussi simplement.\u2014 Renonçons à retrouver votre fusil, Morvan.Je vous en achéterai un autre.Laissons cette histoire de côté.Le mieux est que chacun en mette un coup pour boucher ce puits infernal .lorsque ce sera fait, tout le monde sera tranquille et les revenants, s\u2019il y en a, iront habiter un autre lieu! Mes amis, à l\u2019ouvrage! remplissez ce puits le plus vite possible! Et ne vous tourmentez pas trop au sujet de la disparition de ce fusil.Il est probable que quelqu\u2019un avisé de sa chute est allé le querir pour s\u2019en emparer ou essayer de troubler les cervelles.j'en paierai un autre à Morvan, voilà le résultat de cette fumisterie.Il se mit à rire, mais aucun des assistants ne partagea sa gaîté.Les braves gens qui écoutaient parler le maître, ne croyaient pas du tout à une fumisterie.Ils n\u2019étaient pas sûrs, non plus que boucher le puits fût une solution .au contraire! Si on avait pu lire dans leurs pensées, on aurait vu qu\u2019ils étaient persuadés que la disparition du fusil avait une origine diabolique.\u2014 C\u2019est un avertissement .les esprits sont mécontents qu\u2019on bouche le vieux puits.Si la funeste besogne continue.faut s\u2019attendre à tous les malheurs !.Soudain, un cri retentit, sourd et affolé, poussé par Croixmare.\u2014 Eliane ! La jeune fille avait écouté, en silence, tout leur colloque.Elle avait entendu les explications du garde et vu leurs réactions sur le visage de son fiancé.Eliane était vaillante, complètement dénuée de superstitions.Une révolte fut en elle devant la solution adoptée par Roger.Profitant du désarroi et du trouble de tous, elle saisit la lampe de poche laissée par le garde et enjambant la margelle, elle descendit, légère et rapide.\u2014 Eliane ! Ce fut ce cri, poussé par le châtelain, quand il s\u2019aperçut de l\u2019acte de la jeune fille, qui fit sursauter tous les assistants. 36 \u2014 Eliane ! Elle ne répondit pas, mais Roger qui s\u2019était précipité vers l'ouverture béante du puits, voyait la lueur de la petite lampe se perdre lentement dans l\u2019ombre du trou.L\u2019intrépide jeune fille était partie sans corde, sans protection.Elle descendait vite, en vraie sportive, courageuse et sûre de ses mouvements.Tout à coup, un cri retentit : \u2014 Ah! Un cri terrible ! Un cri enflé par l\u2019écho qui monte des profondeurs de la terre ! Un cri glaçant de terreur tous ceux qui, là-haut, attendaient.\u2014 La malheureuse ! Que s\u2019était-il donc passé an fond dn puits sinistre ?Un accident ?Une des échelles s\u2019était-elle détachée ?Ou plutôt, presque arrivée au but, la jeune fille avait-elle glissé sur l\u2019un des derniers échelons et, tombant à la renverse, poussé ce cri affreux ?\u2014 Eliane ! Aucune réponse ! Aucun autre cri! C\u2019était le silence absolu \u2026.XIV Enigme ! \u2014 Eliane ! \u2014 Mademoiselle de Surtot ! \u2014 Le malheur ! .le malheur est sur nous ! Un cri d'angoisse et d\u2019horreur, un appel désespéré avait répondu au cri déchirant jailli de l\u2019ombre.Puis.le silence.Un silence poignant.pendant lequel le maitre et les serviteurs unis dans la même terrible inquiétude, épiaient anxieusement une réponse à leurs appels.Mais rien.rien que ce lugubre silence.Quelques timides réflexions leur vinrent aux lèvres.\u2014 Elle ne répond pas ! \u2014 Elle n\u2019a peut-être pas la force.si elle est blessée.\u2014 Blessée et inanimée, alors ! \u2014 Ou enlevée par le diable, murmura le gosse qui.cette fois, ne riait plus.En dehors de son appel déchirant, le châtelain n\u2019avait rien dit.Pâle, décomposé, une horreur était en lui.Cependant, affolé, sans hésiter, sans réfléchir, il avait enjambé la margelle et il commençait la périlleuse descente.Inconscient de son propre danger, il s\u2019enfonçait dans l\u2019ombre humide.il arrivait jusqu\u2019au dernier échelon.La-haut, les hommes se taisaient encore, guettant chaque bruit, chaque secousse de l\u2019échelle.Soudain, des exclamations étranges et confuses leur parvinrent, déformées par la résonnance du puits, incompréhensibles.Et parce qu\u2019on parlait en bas, les sec viteurs respiraient mieux.\u2014 On entend des voix, fit le père Etienne a mi-voix.\u2014II a retrouxé sa fiancée, observa un autre, sur le même ton.\u2014 Oui, il parle.\u2014 Avec la demoiselle, pardine ! \u2014 Enfin, heureusement, elle vit toujours.\u2014 Elle doit être blessée, tout de même.Tout à l'heure, elle ne parlait pas.\u2014 Jai eu chaud! fit Clément en s\u2019épongeant le front.\u2014 Oui, moi aussi, dit Morvan d\u2019un air abattu, je commençais à croire à tout ce qu\u2019ôn raconte sur le vieux puits.C\u2019est tellement drôle pour mon fusil ! Subitement, ils dressèrent l\u2019oreille et se penchèrent davantage vers l\u2019orifice.Une longue plainte semblait sourdre des profondeurs de la terre.Un frisson couru sur ces hommes; toutes les histoires de revenants les hantaient.\u2014 On parle.mais c\u2019est pas naturel.on dirait.Celui qui avait prononcé ces quelques mots n\u2019osa pas achever sa pensée.Cependant, l\u2019échelle gémissait.on remontait.C\u2019était Roger.Et Roger seul ! Roger bléme, hagard.le visage décomposé.La Revue Populaire Roger parlant tout seul.ou plutôt bégayant : \u2014 Eliane !.Partie ! .Eliane a disparu ! Comme le fusil.disparue.le puits est vide.Le malheureux semblait devenu fou.Cette fois, tous reculèrent, épouvantés, Comme s\u2019ils s\u2019attendaient à voir sortir du puits tous les démons de l\u2019enfer.Les superstitions renaissaient.Le vieux puits se vengeait de ce qu\u2019on eût osé profaner ses silencieuses parois.En voulant le combler, on avait réveillé l\u2019âme maudite du traître qui reposait au fond et ne devait pas être ensevelie.Déjà, la douce Eliane avait payé sa juvénile hardiesse! Happée par les vieilles pierres, elle ne reviendrait pas.Les malheurs allaient fondre sur les Houx- Noirs.Car personne ne contestait ce que le châtelain annonçait si dramatiquement.Eliane avait bien disparu.Tout à l\u2019heure, pour le fusil de Mor- van, on avait pu douter.C\u2019était tellement inattendu et invraisemblable.Mais puisque le fusil avait pu s\u2019éclipser mystérieusement et comme enlevé par une main invisible, rien ne s\u2019opposait à ce que la jeune fille eût été emportée de la même manière par le même esprit malfaisant.Enfin les lanternes arrivèrent.Petit Pierre avait répandu l\u2019extraordinaire nouvelle.\u2014 Mlle de Surtot était disparue dans le puits ! Le chauffeur Bénédict, un solide gaillard, était venu se joindre au groupe des sauveteurs ainsi que Clovis, l\u2019aide-jardi- nier, un blessé de guerre qui n\u2019était pas des plus costauds, mais qui, en revanche, n\u2019avait pas froid aux yeux.Mme Croixmare et ses deux invitées, la mère et la tante d\u2019Eliane, prévenues en hâte, arrivaient, atterrées, ne sachant pas encore ce qui s\u2019était passé, mais déjà tout en larmes.Cependant, la période de stupeur et d\u2019effroi passée, tout le monde s'\u2019agitait, plein de bonne volonté.Chacun se rendait compte que chaque minute qui s\u2019écoulait enlevait une chance de retrouver la jeune fille en bon état.Car, pour tous les nouveaux arrivés, il ne pouvait s\u2019agir que d\u2019un accident: l\u2019intrépide fiancée gisait blessée au fond du puits, punie de son audacieuse témérité par une chute stupide.\u2014 Monsieur Roger, nous avons de la lumière maintenant, on va y voir clair.Nous y allons, Morvan et moi.Le garde, une fois encore, était sur l\u2019échelle, Bénédict le suivait.Roger, faisant un effort, se leva et descendit à son tour.Les fortes lanternes éclairaient crû- ment la maçonnerie humide et verdie où ne se voyait nulle fente, nulle excavation.En haut, il y avait un peu de végétation, mais ensuite les parois étaient lisses.Vers le niveau de la troisième échelle, une trace vertical dans la moisissure verdâtre du mur pouvait indiquer la chute d\u2019un corps tombé en frottant la surface moussue, Mais en bas, rien ! Pas d\u2019empreinte des petits pieds d\u2019Eliane.pas de trace d\u2019un corps qui y serait tombé.Les lanternes éclairaient la terre frai- chement jetée, aucun trou, aucune ouverture ne se voyaient.rien où pût se cacher un fusil.nul recoin où un corps eût pu disparaître ! Les trois hommes examinèrent la maçonnerie, pouce par pouce, projetant la lumière sur chacune des grosses pierres verdies.Rien ! Aucune ouverture, porte, ni de trappe.Des pesées exercées sur les murs, en plusieurs points, n\u2019eurent aucun résultat.Il n\u2019y avait aucune erreur possible.aucune hallucination.le sinistre vieux puits avait happé sa proie.sa proie vivante de jeunesse en fleur.Il la gardait tragiquement! Xv aucun indice de En plein Mystére Il fallut se rendre à l\u2019évidence.Après avoir encore, pendant un temps qui parut interminable à chacun, poursuivi leurs recherches infructueuses, les trois hommes durent se décider à remonter les mains vides.Leur retour acheva de consterner tous ceux qui attendaient si anxieusement.Mme Croixmare et Mlle de la Bréche, ne pouvant plus retenir les larmes qu\u2019elles avaient courageusement refoulées jusque- là, unissaient leurs lamentations douloureuses à celles de la mère désespérée.Folles de terreur et de chagrin, les trois malheureuses restaient debout, près du vieux puits, incapables de s\u2019éloigner de l\u2019endroit où on leur affirmait que l\u2019enfant chérie avait disparu.Roger, réplongé dans une idée fixe qui le dévorait, semblait pétrifié.Et plus encore que le chagrin, ce qui pesait sur tout le groupe des assistants, c\u2019était la terreur ! Une terreur folle, irraisonnée, inexplicable.Le puits maudit gardait sa proie.Et cette certitude devenait de minute en minute si oppressant, si tragique, que quelqu\u2019un, pour rompre le sinistre ai- lence, murmura : \u2014 Il faudrait prévenir la police.\u2014 Oui, il faut aller chercher les gendarmes, répondit vivement un autre.Et ce fut presque un soulagement, comme une palpitation d\u2019espoir qui galvanisa chacun.Dans ce besoin, un peu enfantin, de se raccrocher à une force organisée connue, à une force publique dont le pouvoir apparaissait illimité, il y avait un véritable réconfort.Il semblait que devant cette réalité positive, le mystère allait s\u2019évanouir.A ce mot de police, Roger avait eu une brève crispation de son visage défait.\u2014 Quoi ! les gendarmes ?le parquet ?les enquêtes?Non ! pas cela! pas cela! Cependant les serviteurs insistaient.Devant Roger, hésitant mais silencieux, chacun approuvait cette idée, et même les trois vieilles dames semblaient accrocher un vague espoir dans cette venue de la police.L\u2019espace d\u2019une seconde, Roger revit le fond du gouffre.Rien ! il n\u2019y avait rien ! On ne retrouverait peut-être jamais Eliane.ni le fusil .ni rien !.On ne pourrait rien trouver d\u2019autre ! Alors, il consentit.Et même, tandis que Clément s\u2019éloignait d\u2019un pas lourd, se dirigeant vers les écuries pour seller un cheval, afin d\u2019être plus vite au chef-lieu de canton, Roger le rappela : \u2014 J'irai moi-même, Clément.Je prendrai l\u2019auto, ça ira plus vite.Sur la route, le jeune homme retrouva un peu de tranquillité.La certitude que le fond du vieux puits était normal, semblait lui donner un étrange stimulant.Malgré son éducation et son instruction, le châtelain croyait-il donc, lui aussi, à toutes les légendes bâties sur le vieux puits ?Pourquoi se répétait-il avec une si amère satisfaction : « Le vieux puits ne trahira jamais son mystère.aucun de ses mystères ! > Mais alors l\u2019image d\u2019Eliane, sa fiancée adorée, l\u2019image d\u2019Eliane à jamais perdue, se dressait devant lui et cette brève minute de détente s\u2019achevait en désespoir.Ce fut dans cet état de trouble intense et douloureux qu\u2019il arriva à la gendarmerie.Le brave Bénédict, moins atteint par le chagrin, mais davantage par la terreur, n\u2019était guère plus d\u2019aplomb que son maître.Aussi le gendarme qui reçut leur première dépozition, n\u2019y comprenant rien, alla, avant toutes choses, chercher son brigadier.Celui-ci se fit répéter les explications déjà données : le fusil du garde-chasse, disparu, introuvable !.La jeune fille qui descend dans le puits et qui ne revient pas.; \u2014 Voyons, monsieur Croixmare, insistait le brigadier, ce n\u2019est pas possible.vos hommes ont eu peur.On a raconté tant d\u2019histoires sur votre vieux puits ! \u2026.Ils n\u2019ont pas été voir jusqu\u2019au fond ?\u2014 Moi-même je suis descendu deux fois, brigadier .deux fois avec des lanternes ! Bénédict que voilà est descendu également.II n\u2019y a rien.rien! Et Roger, les yeux fixes, répétait : \u2014 Rien ! plus rien ! Le brigadier, brave homme, n\u2019insista pas.Il savait qu\u2019il ne faut pas contrarier Août 1934 les gens émus.ceux qui pour une raison ou une autre, ont perdu la tête.Et, pensant, lui aussi, à mettre sa responsabilité à couvert : \u2014 L'affaire me semble conséquente, monsieur Croixmare, dit-il.Il est de mon devoir, présentement, d\u2019en avertir le parquet.Je vais de ce pas téléphoner à Guin- gamp.\u2014 Bien, murmura Roger, la tête vide.\u2014 Je vais téléphoner, mais le parquet ne pourra se transporter à votre domicile que dans la journée de demain.Donc, vu les circonstances.particulières, et la nouveauté de la situation, je pense conséquemment qu\u2019il faut faire garder le lieu ua.Il allait dire « du crime », par habitude professionnelle, mais il se reprit à temps: \u2014 Le lieu de l\u2019accident.Deux de mes hommes vont aller avec vous.Même que je vais moi-même vous suivre là-bas et me rendre compte.Un peu sceptique, il ajouta, plein de bienveillance : \u2014 Allons, monsieur Croixmare, y a rien à craindre, croyez-moi, ça s\u2019arrangera, tout ça.Y a eu erreur, sans doute, y a eu erreur ! Quan Le juge d\u2019instruction arriva dans la matinée du lendemain.Important, pénétré de sa valeur, et surtout désireux de ne pas compromettre sa situation dans une histoire invraisemblable, il venait aux Houx-Noirs sans enthousiasme.L'affaire, aux premiers mots, lui avait semblé inextricable et les divers interrogatoires qu\u2019il avait fait subir aux châte- Jains et aux serviteurs de la maison, l\u2019avaient affermi dans cette conviction qu\u2019on ne pourrait rien tirer au clair.Quelle créance accorder aux dires de tous gens, épuisés visiblement par une nuit d\u2019insomnie et non moins visiblement affolés par une terreur inexplicable et mystérieuse ?Les constatations matérielles n\u2019apportaient aucun éclaircissement.De nouvelles recherches, de nouvelles descentes dans le puits maudit ne donnaient aucune précision.Le mieux, dans cette affaire qui semblait ne devoir jamais aboutir, était, au point de vue de M.le juge d\u2019instraction, de n\u2019en pas garder la responsabilité.Aussi se hâta-t-il, aussitôt que les premières constatations furent faites, de téléphoner à Paris.Il vint, ensuite, avertir Roger, fort aimablement, que son rôle étant, pour le moment, terminé, il avait demandé Louis Manzin, le célèbre et subtil détective.Celui-ci arriverait le lendemain.Quant à lui, il prenait congé du châtelain, en attendant le fait nouveau qui lui permettrait de poursuivre l\u2019affaire XVI Un policier à la hauteur Louis Manzin, jeune ambitieux, déjà connu et réputé comme adroit limier, se montra plein de zèle.Il devait à sa propre réputation de se montrer à la hauteur des circonstances et le mystère même qui entourait la disparition de Mlle de Surtot faisait de cette affaire un cas intéressant.Les difficultés à vaincre, le manque de piste sérieuse, la sinistre réputation du vieux puits, tout excita au plus haut point l\u2019intérêt du détective.Il lui parut que, si cet imbroglio se dénouait en fin de compte, par ses soins, ce serait un brillant résultat et le couronnement d\u2019une carrière qui promettait d\u2019être belle.Aussi ne négligea-t-il rien pour s\u2019assurer toute la publicité désirable et, en premier lieu.pour provoquer les indiscrétions de la presse.Dès son arrivée, il se rendit sur les lieux du mystère, que surveillaient toujours, impassibles et somnolents, les deux braves gendarmes.Roger Croixmare, ainsi que Morvan, Bénédict et le vieil Etienne, les principaux témoins de la disparition d\u2019Éliane, l\u2019accompagnaient.Le châtelain achevait de lui expliquer avec autant de précision que le lui permettait son trouble, tout le déroulement Août 1934 des événements, depuis la chute du fusil jusqu\u2019au moment présent.Et la première chose que le détective put noter sur son calepin fut que le mai- tre de maison, avec des efforts visibles pour maîtriser son émotion, laissait néanmoins paraître une certaine incohérence dans ses récits.De là à croire qu\u2019il semblait glisser sur certaines questions, il n\u2019y avait pas loin.« Il sera assez difficile de savoir l\u2019exacte vérité, avec ce bonhomme-là, pensa-t- il.Il va être nécessaire, évidemmént, d\u2019interroger séparément tous les gens d\u2019ici et de faire ensuite les recoupements indispensables.> \u2014 Le puits est gardé par la gendarmerie depuis quelque moment ?demanda-t- il à haute voix.\u2014 Depuis le soir même de l'accident, répondit Roger Croixmare.Je suis allé moi-même prévenir le brigadier, à la fin de l\u2019après-midi.\u2014 Et puisque vous me dites, monsieur, que vous êtes allé vous-même au chef- lieu de canton, le puits est-il resté sans surveillance pendant votre absence ?\u2014 Je ne peux pas préciser .Bénédict, vous rappelez-vous ?dit le châtelain.\u2014 Dame ! non ! Monsieur sait bien que je suis allé à la gendarmerie avec Jui.Je n\u2019étais donc poimt ici, pendant ce temps.\u2014 Et vous, Etienne ?\u2014 Pour moi, monsieur, je ne me suis guére éloigné .Le temps d\u2019aller jusque chez nous boire une bolée .fallait bien se mettre un brin, avec toutes ces émotions.\u2014 Et auparavant ?reprit Louis Manzin.Je veux dire avant la disparition de Mlle de Surtot ?juste après la chute du fusil ?\u2014 Pour ça, se hâta de répondre le garde-chasse.C\u2019est sûr que le puits est resté seul pendant que je suis venu parlementer avec Monsieur, qui ne voulait pas me laisser descendre dans le puits.Les autres étaient allés déjeuner.\u2014 Pourquoi donc cette interdiction ?interrompit le détective.\u2014 Simple mesure de prudence, répondit Roger.Le puits est très profond, très sombre et j\u2019ignorais exactement son état.Il pouvait être très délabré et présenter de sérieux dangers pour Morvan, qui voulait y descendre.Bref, j'hésitais, moi qui ai la responsabilité de mes gens.\u2014 Oui, je comprends.En somme, entre la chute du fusil et les premières recherches, il s\u2019est écoulé combien de temps ?\u2014 Deux heures environ.Je me rappelle ceci trés bien, parce que Morvan est venu me trouver au moment où j'allais me mettre à table et que j'ai donné les ordres pour tout préparer, afin de commencer l\u2019exploration après le déjeuner.Le détective, impassible, nota sur son calepin: « Puits resté deux heures sans surveillance avant les recherches devant témoins.Quelqu\u2019un aurait-il eu intérêt à faire disparaître le fusil, pour frapper les imaginations, en utilisant les fâcheuses légendes qui courent à son sujet ?Il s\u2019était cependant approché de la vieille maçonnerie.Penché sur la margelle, il essayait, à l\u2019aide d\u2019une forte lampe électrique de poche, de percer les ténèbres et de seru- ter le fond du puits.\u2018 Mais le faisceau lumineux s\u2019accrochait à des broussailles, aux branches d\u2019un petit arbuste poussant entre les pierres, et le regard ne pouvait aller très loin.\u2014 Il faudra enlever tout ça, dit-il.Vou- lez-vous, monsieur Croixmare, donner des ordres pour faire nettoyer les murs intérieurs de toute cette végétation qui nous gênerait pour nos recherches ?\u2014 Bien, dit Roger, qui partit avec le garde et le chaufeur pour donner les indications nécessaires au travail.Louis Manzin le regarda un instant s\u2019éloigner, le front baissé, l\u2019air profondément soucieux.\u2014Le pauvre garçon est absolument désorienté ! .Il ne me paraît pas éloigné de croire aux revenants, lui aussi ! Voulant commencer, dès cet instant, ses interrogatoires séparés, le détective jugea l\u2019occasion bonne pour questionner le vieil Etienne.Le brave homme ne se fit pas prier pour narrer les événements dans tous leurs détails.Manzin voulut lui faire préciser ce qui s\u2019était passé au moment même où la jeune fille était descendue dans le puits : La Revue Populaire 37 \u2014 Comment se fait-il que vous tous qui étiez là, lui ayez laissé commettre une telle imprudence ?Le vieux jardinier fit un effort visible pour bien mettre au net ses souvenirs : \u2014 Dame ! monsieur.C\u2019est que le moment juste où Mlle Eliane a passé pardessus la margelle.personne ne l\u2019a vu.en tout cas, pas moi.on parlait à Morvan, nous autres.on était tout remué de ce qu\u2019il n\u2019avait rien trouvé.Et le vieux continua, narrant par le menu, le cri d\u2019angoisse de la jeune fille, les recherches infructueuses, le désespoir et la panique qui avaient étreint tous les témoins.Et toujours comme un triste refrain, sa pensée revenait sur la blonde enfant ensevelie : \u2014 Une si belle jeunesse ! monsieur, si fraîche et si mignonne ! Une demoiselle qu\u2019avait toujours un mot gracieux pour nous autres tous ! \u2014 Elle devait épouser votre maître bientôt ?demanda Manzin.\u2014 Bientôt, oui, répondit le vieil homme avec émotion.Dans quinze jours.La noce devait se faire ici, au château.Ah! le pauvre M.Roger ! \u2014 M.Croixmare ?\u2014 Qui, not\u2019 maitre.Il est bien sec, des fois, avec nous; mais c\u2019est un homme juste et, aujourd\u2019hui, il a tant de misère que tout le monde le plaint! Pensez donc ! perdre une fiancée comme celle- là! Il en est quasiment fou.Fou, en effet, il avait bien semblé à Manzin que Roger l\u2019était un peu.De ses propos assez incohérents, le détective ne pouvait presque rien déduire.rien d\u2019autre que l'impression vague que l\u2019affaire était encore plus embrouillée qu\u2019elle n\u2019en avait eu l\u2019air à première vue.et que, derrière le mystère de la jeune fille disparue, se cachait peut-être un autre roman .mystérieux ! Lequel ?La première supposition qui pouvait venir, à si peu de temps du mariage, était celle d\u2019un rival, disputant à Roger sa fiancée.Un rival ?.préféré secrètement par la jeune fille ?Et, dans ce cas, on se trouvait en présence d\u2019un enlèvement.consenti, ou d\u2019une fugue volontaire.\u2014 Une fugue ?L'idée s\u2019en présentait de plus en plus à l\u2019esprit de Manzin.Mais avec qui !.ou pour rejoindre qui ?.Où était le rival ?Et puis, il y avait cette petite lueur de la lampe de poche, que tous affirmaient avoir vue descendre peu à peu dans le puits.Et ce cri qui les avait glacés tous.Enfin, le châtelain affirmait qu\u2019il avait nettement vu sa fiancée disparaître daus le trou du vieux puits.L\u2019enquéte qu\u2019il fit quelques heures plus tard, au château, allait le lancer sur une piste plus précise.XVII Les Déductions d\u2019un Détective Très correct, plein de discrète sympa- tie, Manzin s\u2019était excusé de venir déranger ces dames, déjà si accablées par l\u2019incroyable disparition de MIle Eliane.\u2014 Je suis surtout navré de troubler la douleur de cette pauvre mère.Cependant j'aurais bien voulu obtenir quelques renseignements de Mme de Surtot.Celle-ci, malgré son chagrin, consentit à recevoir le détective.Spontanément, elle se mit à sa disposition.Ne cherchait-il pas la piste d\u2019Eliane ! Ah ! qu\u2019il lui posât toutes les questions utiles ! Elle lui répondrait de son mieux, puisque quelque chose de ce qu\u2019elle pourrait dire, aiderait peut-être à percer l\u2019horrible mystère.\u2014 Je vous remercie, madame, de bien vouloir autoriser certaines demandes.un peu intimes, mais je vous assure qu\u2019elles me paraissent extrêmement importantes.\u2014 Faites, monsieur! Rien ne peut m\u2019embarrasser, puisqu\u2019il s\u2019agit de mon enfant chérie.\u2014 Eh bien, madame, voulez-vous me permettre d\u2019examiner la chambre de Mlle de Surtot.Je sais que ma demande est presque inconvenante.Je m\u2019en excuse .cependant, je serais désolé que vous vous opposiez à cette visite.Saveur insurpassable THÉ DALADA 663F \u2018Frals des plantations\u2019 DOLLFUS-MIEG & C* | SOCIÉTÉ ANONYME MAISON FONDEE EN 17486 MULHOUSE - BELFORT - PARIS by POUR BRODER-CROCHETER-TRICOTER À Les X lu} wd MARQUE- DE FABRIQUE DÉPOSÉE SPÉCIALITÉ DE COULEURS BON TEINT ARTICLES DE I\u201d QUALITE POUR OUVRAGES DE DAMES COTONS A BRODER D-M-C, COTONS PERLES.D-M-C COTONS À COUDRE D-M-C, COTON À TRICOTER D-M-C COTON À REPRISER D-M-C, CORDONNETS.D-M-C SOIE À BRODER .D-M-C, FILS DE LIN.D-M-C SOIE ARTIFICIELLE D-M-C, LACETS DE COTON D-M-C PUBLICATIONS POUR OUVRAGES DE DAMES On peut se procurer les fils et lacets de la marque D-M-C dans tous les magasins de mercerie et d'ouvrages de Dames\u2018 Oholsissez l\u2019Hotel le plus Economique, 750 chambres.$1.50 à $2.50 élevés, Stationnement trés facile pour autos.8 .5 tré rer MN Radio dans toutes les chambres Et aussi autres Hotels a wt WLR E FLY Rochester, Buffalo et Erle TORONTO-MONTREAL Hi Moderne à l\u2019épreuve du feu.HN Location très favorable $1.50 à $2.50 Simple, pas de prix plus êlevés.COUPON D\u2019ABONNEMENT La Revue Populaire Ci-inclus $1.50 pour 1 an ou 75 cents pour 6 mois ( Etats-Unis: $1.75 pour 1 an ou 90 cents pour 6 mois) d\u2019abonnement 3 La Revus Populaire.Nom Adresse POIRIER, BESSETTE CIE, Ltée, 975, rue de Bullien, Montréal, Canada. 38 \u2014\u2014Mais je ne m\u2019y oppose pas, monsieur, bien qu eje sois persuadée que vous n\u2019y trouverez rien qui soit une indication.Ma petite Eliane n\u2019avait certainement pas prémédité sa fatale descente dans le puits maudit.Quand il pénétra dans la chambre d\u2019Eliane, il poussa l\u2019indiscrétion jusqu\u2019à visiter le sac à main de l\u2019absente, jeté négligemment sur l\u2019oreiller de dentelle.S'il n\u2019attacha aucune importance aux quelques billets de banque et à la trousse de toilette qui se trouvaient dans le sac, il fut, au contraire, sidéré par le portefeuille de Jean Valmont, que la jeune fille avait ramassé dans les ronces, auprès du vieux puits et qu\u2019elle avait précieusement serré dans le secrétaire chinois.Ouvrir le portefeuille et prendre connaissance des lettres et des factures qui s\u2019y trouvaient ne le génèrent pas davantage.Manzin estimait certainement qu\u2019un bon détective a le droit d\u2019user sans seru- pules de toutes les indiscrétions.\u2014 Pour une fois, fit-il, en mettant sans aucune gêne le tout dans sa poche, ça sert à quelque chose de perquisitionner dans une chambre de jeune fille.Il allait sortir avec son butin quand il s\u2019arrêta sur le seuil de la porte pour jeter un dernier coup d\u2019oeil dans la chambre.Le sac à main, qu\u2019il avait remis en place sur l\u2019oreiller, lui fit faire des déductions précieuses : Eliane de Surtot, en abandonnant son sac et l\u2019argent qu\u2019il contenait, avec une telle insousciance, n\u2019avait certainement pas projeté de quitté furtivement les Houx- Noirs.Elle devait donc croire n\u2019avoir à s\u2019absenter que quelques instants.D\u2019autre part, hasard ou vengeance, elle avait appris que Roger Croixmare était indigne delle.La révélation devait être récente, puisque ses proches l\u2019ignoraient, mais indiscutablement Eliane ne devait pas être une heureuse fiancée.Ceci amenait les déductions vers un suicide possible.« Possible, mais pas probable ! » Non, il s\u2019agissait plus vraisemblablement d\u2019une fugue imprévue.que les circonstances avaient hatée.Mais que venait faire, dans tout ça, le portefeuille de Jean Valmont ?Quel était cet homme?Quels rapports ou quels liens l\u2019attachaient à la jeune fille ?En vérité, c\u2019étaient autant d\u2019énigmes à débrouiller, mais Louis Manzin était heureux, il tenait le fil conducteur ! À peine fut-il sorti de la chambre d\u2019E- liane qu\u2019il retrouva Mlle de la Brèche.La vieille fille l\u2019attendait patiemment, mais assez tristement, car elle n\u2019espérait aucun résultat de cette longue visite domiciliaire.\u2014 Pouvez-vous me dire, mademoiselle, quelle personne de vos connaissances se nomme Jean Valmont?s\u2019informa tout de suite Manzin, qui aimait à battre le fer pendant qu\u2019il était chaud.\u2014 Je ne connais pas ce jeune homme.C\u2019est un neveu de Mme Croixmare.Cette dame pourra vous parler de lui plus savamment que moi.\u201411 est allié à M.Roger ?\u2014 Oui, monsieur, c\u2019est son cousin.il devait être son garçon d'honneur.\u2014 MHle de Surtot le connaissait donc ?\u2014 Oh ! si peu ! Elle l\u2019avait, je crois, rencontré à Ostende, il y a deux ans, mais elle n\u2019avait conservé de lui aucun souvenir.\u2026 D'ailleurs, mon amie vous parlera de son neveu, si vous le désirez.\u2014 Est-il au château, actuellement?insista Manzin, qui désirait obtenir le plus de renseignements possible sur Jean Val- mont avant d\u2019entendre la châtelaine.\u2014 Non, monsieur! répondit docilement la vieille demoiselle.Le jeune homme n\u2019est pas aux Houx-Noirs.En vérité, il devait s\u2019y trouver en même temps que nous, mais il a disparu au moment où nous arrivions.\u2014 Disparu ! s\u2019exclama le détective trop précipitamment.Comment?Il y a eu d\u2019autres disparitions au château et personne ne m\u2019en a parlé ?Mlle de la Brèche était toute confuse d\u2019avoir évoqué, avec une pareille légèreté, un fait si en dehors du mystère du vieux puits.\u2014 Le mot a dépassé ma pensée, bal- butia-t-elle gênée.Le neveu de notre Wôtesse s\u2019est contenté de quitter les Houx-Noirs sans embrasser sa tante.Je suis navrée, monsieur, d\u2019avoir pu vous donner une si fausse indication sur les La Revue Populaire allées et venues d\u2019un parent de mon amie.Je suis absolument désolée.Louis Mazin n\u2019insista pas.I] se rendait compte que son interlocutrice s\u2019était ressaisie et qu\u2019il n\u2019en tirerait aucun autre renseignement.Cependant, en lui-même, la certitude s\u2019imposait de plus en plus d\u2019une escapade d\u2019Eliane.\u2014Elle est allée retrouver Jean Val.mont, parbleu ! Le détective était positif.Pendant que tout le monde s\u2019obtenait a chercher autour du vieux puits le noeud de la question, il était bien persuadé, lui, de l\u2019a- Tout en parlant, il prenait les mesures, et le fusain courait sous voir irouvé là où personne ne songeait à le situer.Et c\u2019est en se frottant les mains avec satisfaction qu\u2019il se fit annoncer chez la châtelaine.\u2014 Ce drame affreux, madame, vous a frappée en plein bonheur! On m\u2019a dit que vous ne pensiez qu\u2019au très prochain mariage de votre fils, que tout était en fête ici ?commença-t-il, dès qu\u2019il fut assis en face d\u2019elle, dans le petit salon ou elle l\u2019avait rejoint.La vieille dame se borna à répondre très simplement : \u2014 Oui, mon fils et Mlle de Surtot devaient se marier dans quinze jours.Août 1934 \u2014 Madame .veuillez excuser ma.brutalité, mon métier m\u2019oblige aux questions directes .Je dois vous demander : Les deux fiancés s\u2019aimaient-ils ?\u2014 Mais.naturellement ! \u2014 Et ce mariage était-il également bien vu de M.Valmont ?La mère de Roger eut un sursaut.\u2014 Il ne s\u2019agit pas de mon neveu, bal- butia-t-elle, interdite.Il n\u2019est pour rien dans la disparition d\u2019Eliane.\u2014 II a quitté les Houx-Noirs, en effet, il y a quelques jours.assez précipitamment, m\u2019a-t-on dit.A cause, justement, de ce mariage ?i + + | ï J + } ses doigts agiles. Août 1934 \u2014 Oh ! monsieur! protesta la malheureuse femme, indignée, je ne sais pas qui a pu mêler le nom de mon neveu à nos soucis actuels; mais je vous jure que ce n\u2019est pas le mariage de Roger qui a éloigné son cousin d\u2019ici.\u2014 J\u2019avais cru comprendre.M.Jean Valmont connaissait Mlle Eliane, n\u2019est-ce pas ?.Vous pourriez peut-être me dire où ce jeune homme se trouve actuellement ?Le détective sentait des réticences dans les réponses de Mme Croixmare et il s\u2019efforçait, par des questions faites un peu au hasard, de la désarçonner.Mais la châtelaine était sans malice.11 ne lui était même pas venu à l\u2019idée qu\u2019elle eût quelque chose à cacher au sujet de son neveu.Ce fut donc avec la plus grande sincérité qu\u2019elle répondit au policier : \u2014 Non, monsieur.Je ne pourrais pas vous dire où mon neveu réside en ce moment.Je suis absolument sans nouvelles de lui.\u2014 Le fait ne vous semble pas étrange, madame ?\u2014 Oui.un peu.Elle hésitait.sans remarquer le regard aigu dont le dévisageait son interlocuteur.\u2014 Monsieur, fit-elle enfin, il faut que je vous dise toute mon inquiétude.Ce grand garçon au visage énergique lui inspirait confiance.Et c\u2019était pour elle un soulagement d\u2019en finir avec cette histoire du départ de Jean que les gens rapprochaient, maintenant, de la disparition d\u2019Eliane.\u2014 Parlez sans crainte, madame, je vous écoute, l\u2019invita courtoisement Manzin.\u2014 Eh bien! voilà: Il y a une quinzaine de jours, nous avons eu la visite de mon neveu, un gentil garçon, pas très raisonnable, mais que j'aime bien.Il devait rester ici jusqu\u2019au mariage, et être le garçon d\u2019honneur de son cousin.\u2014 N\u2019en est-il plus ainsi ?\u2014 Hélas! dès le soir de son arrivée, une funeste question d'argent a amené une querelle entre mon fils et lui.Ce pauvre Jean est généreux, mais souvent prodigue.Mon Roger est beaucoup plus raisonnable.Je crains \u2018qu\u2019en la circonstance, il n\u2019ait été un peu trop dur.Bref, Jean est parti, dans la nuit même.\u2014 Sans vous revoir, madame ?\u2014 Oui, sans voir personne, répondit- elle avee chagrin, sans même occuper la chambre qu\u2019on lui avait préparée au pavillon.\u2014 Au pavillon ?Qu'est-ce ?\u2014 Une petite maison rustique, à l\u2019autre bout du parc.Par la fenétre ouverte, Mme Croixmare indiquait de la main la direction du sombre bosquet de sapin qui entourait le vieux puits.\u2014 C\u2019est par là ?demanda Manzin.\u2014 Oui.juste derrière le vieux puits.L\u2019allée qui y mène passe sous les sapins, vous pourrez gagner le pavillon par là.\u2014 Je vous remercie, madame.Et le détective ajouta : \u2014 Puis-je vous demander si vous avez eu.depuis qu\u2019il vous a quitté, des nouvelles de votre neveu.avec l\u2019explication de ce brusque départ ?.Le visage de Mme Croixmare eut une contraction douloureuse.\u2014 Ah ! monsieur, voilà ce qui me tourmente le plus.Jean n\u2019a rien écrit, personne ne l\u2019a vu.\u2014 Vraiment ?\u2014 Moi-même, voulant réparer l\u2019attitude peut-être.trop sévère de mon fils, j'ai écrit au pauvre enfant.\u2014 Et il n\u2019a pas répondu ?\u2014 Non, la lettre était recommandée.J'avais glissé quelques billets dans l\u2019enveloppe.et.elle m\u2019est revenue.Tenez, ajouta-t-elle en ouvrant un secrétaire ancien, la voici.Louis Manzin prit la lettre qu\u2019elle lui tendait et nota l\u2019adresse de Jean Valmont.Retournant l\u2019enveloppe, il vit la mention de la poste : «Retour à l\u2019envoyeur.le destinataire absent de chez lui depuis le 15 courant.» \u2014 Ainsi, fit-il légèrement, comme s\u2019il n\u2019attachait aucune importance à sa remarque, votre neveu, probablement fâché du refus de son cousin, a quitté, en pleine nuit, les Houx-Noirs ?\u2014 Oui, monsieur.\u2014 Et lequel de vos gens l\u2019a vue en dernier lieu ?La Revue Populaire \u2014 C\u2019est mon fils, monsieur.Ils se sont séparés à une heure du matin.\u2014 Ah! c'est M.Croixmare ?C\u2019est très bien.On peut donc être sûr du moment où son cousin est parti ?\u2014 Oui.c\u2019est-à-dire que Jean a quitté Roger pour gagner le pavillon.Il n\u2019a pas dû s\u2019y rendre, il aura préféré repartir ! \u2014 Oui, oui! Pour qui connaissait le policier, ce « oui, oui ! » si légèrement prononcé, eût paru l'indice d\u2019une découverte sensationnelle.Jamais Manzin n\u2019affectait autant d\u2019indifférence que lorsqu\u2019il venait de recueillir un précieux renseignement.De même que, dans ces moments-là, il évitait de regarder en face l\u2019indicateur bénévole: il avait trop peur que l\u2019autre ne vit, dans ses yeux brillants, la joie du limier flairant la bonne piste.Le détective, après avoir remercié la châtelaine, prit immédiatement le chemin du pavillon.Nous ne l\u2019y accompagnerons pas puis- qu\u2019il ne devait trouver aucun nouvel indice: le lit y était toujours préparé et les pots et broes du cabinet de toilette attenant à la chambre y étaient encore emplis d\u2019eau.Il y avait à faire, maintenant, la reconstitution du drame, à laquelle tous les té: moins devaient assister.A présent que les parois du puits étaient débarrassées de toute la végétation qui les encombrait, on procédait aux expériences de chute pour reconstituer les mêmes circonstances.D\u2019abord avec un fusil, puis avec un sac rempli de sable ayant approximativement le poids d\u2019un corps humain.Le fusil fut lancé, ou plutôt, on fit placer Morvan dans la position où il se trouvait quand l\u2019arme avait glissé de son épaule.Le fusil tomba.tout droit, sans rencontrer les mêmes obstacles qui avaient pu faire dévier, lors du mystérieux fait, celui du garde.Le détective n\u2019avait pas réfléchi à l\u2019importance de cette végétation, si bien qu\u2019on retrouva l\u2019arme au fond du puits, fichée un peu oblique- mennt dans la terre meuble.Le sac, rappelant vaguement la silhouette d\u2019Eliane, fut lancé à son tour.Ne trouvant pas plus d\u2019obstacles que le fusil, il fut simplement retrouvé aplati au fond.Manzin, qui naturellement asistait à cette double expérience, ne voulut en tirer aucune conclusion.Le résultat était négatif.véritablement.Un architecte avait été appelé pour examiner les parois du puits et donner son avis.Après l\u2019inutile reconstitution, on le pria de procéder à des sondages.Ceux-ci n\u2019eurent d\u2019autre effet que d\u2019indiquer à peu près l\u2019épaisseur de la couche de terre nouvellement jetée dans le fond du puits.Elle dépassait un peu la hauteur d\u2019un homme.Quant aux parois, elles paraissaient véritablement normales de haut en bas.Louis Manzin réfléchissait profondément.Soudain, s'adressant à Roger, il décida : \u2014 Monsieur Croixmare, il faut enlever cette terre.Roger eut un sursaut involontaire.\u2014 Quelle terre ?\u2014 Toute la terre meuble qui a été jetée dans le fond du puits.\u2014 Mais c\u2019est impossible .impossible.Il avait l\u2019air absolument excédé par les exigences du policier.Celui-ci ne se démonta pas pour si peu.Se tournant vers l\u2019architecte, il demanda : \u2014 Votre avis, monsieur ?Son ton était si rogue que l\u2019autre s\u2019empressa de lui donner raison.\u2014 Ce sera un travail dur et un peu long, mais il n\u2019est nullement impossible.Avec la main-d\u2019oeuvre que Monsieur met à notre disposition, on peu en venir à bout avant la nuit.Roger objecta encore : \u2014 Mais.quelle nécessité ?Alors, Louis Manzin expliqua son désir avec beaucoup de calme.\u2014 II est possible que des débris de branchages ou de ferraille aient été au cours des années passées, jetés dans le vieux puits.La couche ainsi formé peut être assez épaisse et former un barrage qui retient la terre récemment jetée.Dans ce cas, un vide existerait au fond.\u2014 Rien d\u2019invraisemblable à cette supposition, approuva l\u2019architecte, qui trouvait l\u2019explication un peu tirée par les- cheveux, mais qui était enchanté d\u2019avoir un prétexte de plus, en surveillant le travail de déblaiement, de demander de gros honoraires.\u2014 Je ne suis pas de votre avis, riposta Croixmare, à qui le bonhomme était antipathique.Nous avons tous piétiné cette terre.Si elle avait dû s\u2019effondrer, ce serait déjà fait.\u2014 Néanmoins, insista Manzin, je ne dois rien négliger.Le fusil, assez lourd, a pu, en tombant, s\u2019enfoncer verticalement dans cette terre meuble qui s\u2019est refermée sur lui, tandis que la disparue, tombant de moins haut.ou roulant de degré en degré, peut avoir provoqué l\u2019effondrement de toute la masse de terre friable.\u2014 Le corps de cette jeune fille, émit l\u2019architecte, pourrait très bien être enseveli sous cette avalanche.\u2014 Oh! Roger avait eu une sourde et rauque exclamation.Une affreuse vision surgissait des paroles de cet homme correct et indifférent, le corps enseveli d\u2019Fliane.la douce fiancée disparue si étrangement.Le visage blême, le regard halluciné, sans ajouter un mot devant son impuissance à diriger les événements, le jeune châtelain alla s\u2019adosser contre un arbre.I! y resta immobile et insensible à tout, pendant les heures que dura le travail de déblaiement.Travail formidable.et vain ! Dans le fond, sous la terre, on ne trouva rien.rien qu\u2019un chapeau ! Un chapeau d\u2019homme en bon état, un peu sali par la boue, mais visiblement tombé là depuis peu de temps.Louis Manzin s'attendait certainement à autre chose, mais il n\u2019en laissa rien paraître.Il prit le chapeau et l\u2019examina attentivement.Sur le cuir de la coiffe, à l\u2019intérieur, il y avait deux petites initiales : «J.V.» Tout de suite, l\u2019homme pensa : \u2014 J.V.Jean Valmont ! toujours ce même nom qu\u2019on retrouve partout dans cette affaire.Mais que signifiait ce chapeau au fond du puits ?\u2014 Il n\u2019y a rien d\u2019autre ?Vous êtes sûrs ?demanda-t-il aux terrassiers.Il descendit lui-même s\u2019en assurer et sonda, minutieusement, la terre maintenant argileuse et humide.\u2014 Un chapeau seulement, se répétait- il.Pourquoi pas un costume complet, une valise.ou.ou.est-ce que je sais, moi ! Un chapeau, ça ne veut rien dire.Néanmoins, ce chapeau le ramenait à Jean Valmont.Quand il remonta, sa décision était prise.D\u2019autant que l'attitude du châtelain lui semblait suspecte.On aurait dit que celui-ci aussi s\u2019attendait à voir sortir du puits autre chose qu\u2019un chapeau.Il paraissait, à présent, littéralement effondré.Par trois fois, n\u2019avait-il pas divagué faisant lui aussi allusion à la sinistre réputation du vieux puits ?\u2014 Malédiction ! Il n\u2019y a rien.rien! Tous les sortilèges sont au fond ! .Malheur à tous ! malheur à tous ! Et assommé par cette nouvelle déception, car peut-être, réellement.avait-il fini par croire que le corps de sa fiancée était sous la terre, il était parti vers le château comme un fou.Il n\u2019y avait plus grand\u2019chose, pour Man.zin, à apprendre aux Houx-Noirs, et le policier commençait à dire qu\u2019avant de poursuivre l\u2019enquête, il fallait retrouver Jean Valmont.l\u2019autre mystérieux disparu.XVIII Les réflexions de Louis Manzin Le mystère paraissait s\u2019obseureir, de plus en plus, autour de l\u2019invraisemblable escamotage d\u2019Eliane.It y avait quatre jours que celle-ci était disparue et aucun fait nouveau n\u2019était venu éclairer, même d\u2019une lueur, le mystère troublant du vieux puits.Plus que jamais, naturellement.les langues marchaient, et devant la carence de la justice, chacun croyait plus fermement 39 LE COU AL MORT MOUCHES, MITES.MARINGOUINS © Odeur agréable, ne tache pas, inoffensif pour humains et animaux\u2014 WHIZ le TUEUR d\u2019INSECTES EST LE MEILLEUR INSECTICIDE QUE VOUS PUISSIEZ ACHETER GRANDEUR 8 Onces 35c GRANDEUR 16 Onces 60c VAPORISATEUR \u2018WHIZ ADAPTABLE AU BIDON 15c PUISSANCE DOUBLE Maturite.Maternité.Age Moyen Une femme a besoin, A ces trois époques critiques, du Composé Végétal de Lydia EB.Pinkham.Donnez-en À votre fille quand elle devient femme.Prenez-en pour vous fortifier, avant et après la naissance de l\u2019enfant.Prenez-en pour vous aider À traverser l\u2019âge critique.Prenez-en chaque fois ue vous êtes nerveuse, faible et puisée.Un remède, qui porte le témoi- nage écrit de près de 800,000 emmes, doit être bon.Donnez-lui une chance de vous soulager, vous aussi.IR Prenez-en régulièrement, les résultats seront meilleurs.VE be UE MAP Le COMPOSE VEGETAL de LYDIA E.PINKHAM i TP = Déticieux sur rôtie, pain ou comme remplissage complet de sandwich.Un repas en un instant\u2026 à la maison ou au dehors.avec le délicieux et nutritif oF PARIS PATE PROCUREZ -LE-VOUS CHEZ VOTRE EPICIER Lo 40 TEIGNEZ VOS CHEVEUX GRIS de la manière prescrite par le premier spécialiste canadien pour les cheveux Employé avec succès par des milliers de personnes \u2014 perfectionné par W.T.Pember aprés des années d\u2019expérimentation, INEC- TO-Rapid, la teinture Pour tout scientifique pour les che- .veux, redonne facilement produit et rapidement aux chess veux gris leur couleur SUPpérIeUI naturelle.S'applique chez en cheve sol.UX INECTO-Rapid est en vente chez les coiffeurs, dans les pharmacies et Demandez notre brochuret- te gratuite.magasins à rayons ou Nous avonsie envoyé par la poste par plus grand as- W.Pember Stores sortiment au Limited, Toronto, seuls Canada.Con- distributeurs canadiens.sefls gratuits Bouteille d'essai $1.50.sur toute ma- Bouteille media $3 et ladie des che- grande bouteille $5.25.veur ou du Envoyez un échantillon cuir chevelu.de vos cheveux.THE W.T.PEMBER STORES LIMITED 129, rue Yonge Toronto | A NOTRE CLIENTELE Depuis longtemps déjà, nombre de lecteurs nous demandent de donner au FILM un format plus maniable, tel que celui adopté par les magazines américains, et les renseignements qui nous sont parvenus nous permettent de penser que c\u2019est le désir de la majorité de nos lecteurs.Bien qu\u2019un changement de format signifie pour nous une réadaptation du matériel, nous avons décidé de donner satisfaction à la masse, et nous ferons paraître, à partir du mois d'août 1934, le FILM sur format 84 x 114, reconnu comme étant le plus pratique.Cette modification de format ne signifie pas une diminution du nombre de gravures ou de la matière à lire; le texte, plus petit, sera aussi copieux et les illustrations aussi nombreuses.La diminution ne porte donc réellement que sur un superflu de papier auparavant encombrant pour le lecteur.Avec son nouveau format, le FILM deviendra ainsi de transport et de conservation plus commodes.Dans les numéros qui suivront nous introduirons méthodiquement une plus grande variété dans les sections de ce magazine pour lui donner davantage encore d\u2019intérêt.$ LA DIRECTION Notre roman : Rien que deux camarades par CHRISTIAN DEF COUPON D'ABONNEMENT IEFTLM Ci-inclus le montant d'un abonnement au magazine LE FILM : $1.00 pour 1 an 50c pour 6 mois Adresse ______.__1 00000 Prov.ou Etat POIRIER, BESSETTE CIE, Ltée 975, rue de Bullion, Montréal, Can.La Revue Populaire encore que jadis aux esprits et aux maléfices diabloliques.Le châtelain lui-même, maintenant, semblait partager les sinistres croyances de ses serviteurs.Il évitait de retourner du côté du vieux puits.ce puits tragique qui absorbait les armes et les corps sans en rien restituer ! Mais on le voyait regardant de loin les noirs sapins avec une sorte d\u2019épouvante.\u2014 La légende disait vrai: le puits était maudit! Comme un vampire, un esprit malveillant y attirait les gens et les faisait disparaître ! A y réfléchir trop, il y avait de quoi devenir fou.Roger Croixmare sentait sa raison vaciller.Parfois, il lui semblait qu\u2019il allait étre une autre victime du lieu maudit: l\u2019âme du traître réclamait d\u2019autres trai- tres et leurs victimes voulaient être vengées.Seul, le détective croyait bien avoir saisi la clef de l\u2019énigme.Du moins, c\u2019est ce qu\u2019il affirmait à un journaliste de ses amis qui lui demandait les éléments d\u2019un article sensationnel.\u2014 Voyez-vous, expliquait-il, tout concorde à me prouver que rien ne s\u2019est passé selon imagination de tous ces braves gens.Le fusil ?Enlevé pendant le temps du déjeuner où le puits était resté sans surveillance.La jeune fille ?Partie.disparue durant l'instant très court où, ému, effrayé et profondément troublé, chacun n\u2019avait d\u2019yeux que pour le garde abasourdi.La jeune personne avait su profiter, avec une admirable présence d\u2019esprit, de la panique-des autres.Elle était partie! Et partie pour retrouver qui ?Jean Valmont, parbleu ! Le beau cousin.le rival de Roger !.Le beau cousin disparu mystérieusement, lui aussi ! Tous ces paysans étaient vraiment romanesques avec leurs revenants et leurs légendes ! Seulement, Valmont avait raté son coup.tout au moins en partie ! Il avait pourtant bien organisé son petit mystère.car ce chapeau.ce fameux chapeau trouvé au fond du puits, n\u2019avait-il pas été posé sur la margelle pour attirer l\u2019attention ?.Pour faire croire, tout au moins, à un accident ?Mais voilà.un coup de vent avait détruit la belle mise en scène .Un coup de vent que Valmont n\u2019avait pas prévu, et le chapeau était tombé dans le trou noir.Ah! ils pouvaient croire aux esprits, les braves gens, au diable et à ses diableries ! Ce n\u2019est pas lui, Manzin, qui donnerait dans ces sornettes! Il avait à sa disposition le raisonnement froid et sûr, la déduction logique, la vision nette des évé- nements.Il usait de vérifications sérieuses, classiques et méthodiques Parbleu ! Avant de quitter les Houx-Noirs, l\u2019excellent garçon eut un mot d\u2019encouragement pour chacun : \u2014 Nous tirerons la vérité du vieux puits, dit-il à Croixmare.Tout s\u2019expliquera et je vous assure que ses vieilles pierres nous rendront tout ce qu\u2019elles ont renfermé ! Pour Mlle de la Brèche, qui, toute petite de taille, regardait en général les gens de très haut, Manzin fut très pince-sans- rire.\u2014 Mademoiselle, vous habitez, je crois, une très jolie propriété, dans le Dauphiné.C\u2019est très sain chez vous et très loin du vieux puits.Permettez-moi de vous donner un conseil de ne pas vous attarder trop longtemps aux Houx-Noirs: l\u2019air n\u2019y est pas bon du tout, pour ceux qui ont eu, comme vous, d\u2019assez fortes émotions.\u2014 Je resterai ici, cependant, tant que ma nièce ne sera pas de retour.\u2014 Alors, mademoiselle, le mieux serait peut-être de vous sacrifier tout de suite au bonheur de M.Roger, qui me paraît bien compromis.\u2014 Qu'est-ce que vous dites, monsieur ?fit la vieille demoiselle avec indignation.Le détective n\u2019en fut que plus humble.Se penchant vers elle, il lui fit une vraie confidence : \u2014 Yai acquis la certitude, mademoiselle, que les esprits du vieux puits sont opposés au mariage de votre niéce.Vous attendrez donc longtemps son retour aux Houx-Noirs.Saluant trés bas la tante d\u2019Eliane, Man- zin s\u2019en alla rejoindre Mme de Surtot.\u2014 Je vieus prendre congé de vous, madame, avant de quitter ce pays.\u2014 Comment, monsieur, vous renoncez à me rendre ma fille ?\u2014 Au contraire, madame, je crois avoir trouvé la vraie solution.Je dois être sur une bonne piste.\u2014 Ah ! mon Dieu! Puis-je espérer ?\u2014 Je ferai l\u2019impossible, croyez-le bien.Cependant, j'ai pensé que vous devriez m'aider.\u2014 Oh ! monsieur, disposez de moi.Toute ma fortune.\u2014 Fi donc, madame ! Il ne s\u2019agit pas d\u2019argent ! Seulement, il m\u2019a semblé que vous devriez rejoindre votre appartement de Paris.Si jamais Mlle Eliane, après cette histoire, préférait ne pas se retrouver en face de Roger Croixmare .c\u2019est sûrement chez vous, à Paris, qu\u2019elle se réfugierait de préférence.Le policier, le soir même, reprit le train pour la capitale, pendant que ces dames, raisonnablement, malgré leur chagrin, lui obéissaient en faisant leurs malles avant de prendre congé de leurs hô- tes, aussi désolés de les voir partir qu\u2019elles l\u2019étaient elles-mêmes de les quitter en d\u2019aussi pénibles circonstances.Elles partirent le lendemain de très bonne heure, chacune dans la direction indiquée par le fin limier parisien.\u2014 II valait mieux lui obéir, n\u2019est-ce pas ?.Même sans comprendre ! Le retour d\u2019Eliane n\u2019était-il pas annoncé par cet homme?Cela seul comptait pour une mère et une tante très affectées ! Mais ce qu\u2019elles comprirent moins encore, ce furent les précisions données par les journaux les jours suivants: tous parlaient des voyages à Paris et en Dauphiné! Qui donc avait appris aux grands quotidiens le départ des deux dames ?Il n°y eut pas un journal qui ne répandit la nouvelle ! Et comme la mère et la tante d\u2019Eliane étaient des femmes bien élevées, elles furent très gênées de ce gros tapage fait autour de leurs noms! Et c\u2019est avec une réelle sincérité qu\u2019elles se lamentèrent d\u2019une telle publicité.Cependant, si elles avaient vu Louis Manzin se frotter les mains après avoir parcouru les journaux qui répandaient leurs nouvelles adresses, elles eussent eu l\u2019explication de l\u2019énigme : \u2014 Maintenant, disait le détective avec satisfaction, il n\u2019y a plus qu\u2019à attendre que Jean Valmont raméne Eliane de Sur- tot.à Paris ou en Dauphiné, mais sûrement pas aux Houx-Noirs ! Quant au mariage de Croixmare, le policier était certain qu\u2019il était remis aux calendes grecques ! Mais qui peut dire, après tout, qu\u2019il n\u2019avait pas tort ?DEUXIEME PARTIE 1 Dans les Ténébres Eliane de Surtot avait écouté attentivement Morvan, qui, n\u2019ayant pas retrouvé son fusil dans le fond du puits, donnait des explications terrifiées et assez confuses.La jeune fille adorait les légendes, mais n\u2019était pas superstitieuse.En dépit des racontars du père Etienne, elle ne crai- gnaiît ni les esprits baladeurs, ni les revenants courroucés; la disparition du fusil lui parut absolument du domaine imaginatif.Tous ces paysans assoiffés de surnaturel était en train de se suggestiou- ner eux-mêmes.Et voici que son fiancé semblait abonder dans leurs idées.Il donnait ordre de reprendre le remplissage du vieux puits sans s'occuper davantage du fusil.C\u2019était un défi au bon sens ! L\u2019échelle était en place, une recherche plus méticuleuse au fond du puits pouvait être tentée sans complication.Pourquoi donc Roger s\u2019y dérobait-il ?Elle saisit la lampe électrique du garde et, bravement, sans caleuler le danger qu\u2019il pouvait y avoir pour elle à s\u2019avan- turer dans les parois obscures du puits sinistre, elle franchit la margelle et descendit l\u2019échelle.Elle entendit l\u2019exclamation inquiète de Roger, mais n\u2019y répondit pas.Août 1934 Elle descendit tranquillement une partie des échelons.Ses mains s\u2019agrippé- rent, au passage, aux basses branches d\u2019un arbuste desséché poussé entre les pierres .Tout à coup, son dos heurta la pierre.Ce fut bizarre, incompréhensible.comme un vertige qui la tirait en arriére, vers un trou béant dans lequel elle tombait.s\u2019engloutissait.Et puis.plus rien ! Un coup à la tête, des chocs cruels par tout le corps.Des ténèbres.Eliane s\u2019évanouit durant quelques instants, autant d\u2019émotion que de douleur.Lorsqu\u2019elle reprit connaissance, sa lucidité tout de suite revenue, la jeune fille se rendit compte qu\u2019elle était étendue sur le sol.un sol fiable, presque humide.Le dos lui faisait mal.Tout était noir autour d\u2019elle.Elle essaya de se soulever, malgré cette douleur sourde au crâne et aux reins.Ses membres lui obéirent.un peu lourds, un peu meurtris, mais, enfin, il n\u2019y avait rien de cassé.Elle calcula qu\u2019elle n\u2019avait pas di tomber de trés haut, puisqu\u2019elle n\u2019était pas blessée.Mais où était-elle ?Dans le noir, le noir absolu ! Elle leva les yeux, anxieusement.Pourquoi ne percevait-elle pas la lueur de l\u2019orifice du puits ?.Pourquoi ne voyait- elle pas cé petit rond de ciel au-dessus de sa tête ?\u2014 Roger ! Sa voix résonna sourdement .comme sous une voûte.Elle appela encore une fois.puis plusieurs fois.Aucune réponse ne lui parvint.L\u2019air était lourd, difficile à respirer et sentait le renfermé.Eliane, un peu inquiète, étendit les bras, cherchant la paroi arrondie du puits, et ne trouvant, à son grand étonnement, que le vide.\u2014 Où suis-je ?se demanda-t-elle à nouveau.Auprès d\u2019elle, il n\u2019y avait aucune trace de l\u2019échelle.Elle avait dû, cependant, glisser sur les derniers échelons ?Elle se rappelle maintenant qu\u2019elle est tombée un peu à la renverse .contre la paroi.Enfin, elle doit être allongée, en ce moment, à l'endroit juste où l\u2019échelle posait sur le sol.A force de tâtonner autour d\u2019elle, elle sentit quelque chose sous sa main.une chose dure et longue ! Serait-ce un morceau de l'échelle brisée ?\u2014 Non ! l\u2019objet est en métal.C\u2019est\u2026 Oh! Eliane l\u2019a vite reconnu du bout de ses doigts délicats.\u2014 C\u2019est le fusil.le fusil du garde! Elle est presque heureuse de sa trouvaille.La découverte lui donnait raison.\u2014 Parbleu ! Je savais bien qu\u2019il n\u2019y dVait rien de surnaturel dans cette disparition.Le voilà, le fusil ! Il n\u2019y avait qu\u2019à le chercher.Eliane, en elle-même, se promit de rire de Morvan et des autres .même de Roger.\u2014 Ce grand capon ! Tout de même, elle se dit qu\u2019elle voudrait bien sortir de là.Pour le moment, elle n\u2019a qu\u2019un désir : elle est tombée dans un trou et il lui faut en sortir.Soudain, elle se rappelle qu\u2019avant de tomber, elle tenait à la main la lampe de poche du garde.Si elle ne l\u2019a pas lâché dans sa chute, celle-ci doit être assez près d\u2019elle.Eliane cherchait, palpant avec hésitation, mais méthodiquement, le sable autour d\u2019elle.Elle avançait la main, de plus en plus, très étonnée de ne pas heurter la parois du puits.Enfin, à quelque distance de l\u2019endroit où elle était tombée, elle trouva quelque chose de rond et de dur: la lampe de poche électrique, une belle lampe compliquée dont le garde est très fier et qui brûle quarante-huit heures.Mais dans quel état Eliane retrouve- t-elle cette merveille ! Eteinte, seulement, ou brisée ?Fébrilement, elle fait jouer le déclic.« Bonheur ! la lampe s\u2019allume encore!» Août 1934 Le cauchemar de cette lourde obscurité est fini.Quoi qu\u2019elle puisse voir.quelle que soit la réalité peu aitrayante, tout est préférable à ce noir.à cet inconnu ! La jeune fille s\u2019était mise debout.Curieusement, elle promenait autour d\u2019elle la lueur faible, mais nette, de la petite lampe.Etrange mystère.Ceci n\u2019est pas le fond du puits.C\u2019est une pièce ronde assez vaste et voûtée.Les murs, absolument nus, sont formés de larges pierres très anciennes qui, pendant des années, des siècles pent- être, ont été lentement rongées par le salpétre.Le sable moite du sol, les joints suintants de la maçonnerie, et surtout cet air confiné, renfermé, étouffant, tout indique que cet endroit est un souterrain, profondément creusé dans la terre.Mais comment .par où a-t-elle pu arriver dans cette pièce ?Du côté où elle est tombée, le mur est formé de grosses dalles unies et continues.Eliane n\u2019a pu passer à travers ces lourdes pierres, l\u2019une d\u2019elles doit basculer, mais c\u2019est en vain que la jeune fille essaye d\u2019en ébranler une.Et cependant, aucune autre explication n\u2019est possible: dans sa chute, l\u2019une de ces dalles a dû s'ouvrir, puis, entraînée par son propre poids, reprendre son aplomb et se refermer automatiquement.Maintenant il faut, pour la rouvrir, appuyer sur le point précis qui fera joucr le ressort.Il faut trouver le secret.Mais le secret se dérobe.Eliane a beau promener ses petits doigts sur la pierre immobile et y appuyer de toute sa force, rien ne bouge et la prison reste murée sur l'enfant trop hardie qui commence à s\u2019inquiéter sériea- sement du résultat de sa témérité.Que doit-elle faire?Rester là ?Attendre?Attendre, c\u2019est peut-être le secours qui viendra du dehors, mais escompter l\u2019intervention des autres, c\u2019est aussi, peut- être, attendre la mort par la faim et par l\u2019asphyxie, car Eliane se souvient de la terreur que le vieux puits inspire à ceux qui sont en haut.« Vont-ils savoir agir assez vite et avec efficacité ?» Eliane est une lutteuse et une vaillante et se dit qu\u2019il sera toujours temps d\u2019attendre et de s\u2019en remettre aux autres da soin de la tirer de là.Avant d\u2019en arriver à cette passivité, elle doit essayer de se tirer d\u2019embarras toute seule.«Il ne s\u2019agit pas de s\u2019attendrir et de se désespérer, songe-t-elle avec vaillance.Il faut sortir de la.» Cette fois, elle fait le tour de cette espèce de rotonde souterraine.Sa lampe guide ses pas hésitants pendant qu\u2019elle longe la muraille salpêtrée.Devant le mince faisceau de lumière, l\u2019ombre recule, mais rien n\u2019apparaît que le mur brutal et nu.Elle avance encore, un peu oppressée, mais sans découragement.«Là.derrière cette espèce de pilier.ce coin d\u2019ombre ?» Avec un petit frisson elle projette la Ineur de sa lampe.La lumière se perd dans un trou noir et ne se heurte plus au mur.Vivement elle éclaire à droite, à gauche: c\u2019est bien l\u2019entrée d\u2019un couloir, l\u2019issue tant cherchée, probablement ! Où cela va-t-il la mener ?.Vers quelle libération ou vers quel danger ?I En plein drame Ils ne sont pas rares, sous la terre française, ces longs souterrains creusés aux époques guerrières, moyen âge, ou temps plus lointains encore, remontant aux Romains, lorsqu\u2019il s\u2019agissait, en cas de siège, de déjouer la surveillance de l\u2019ennemi, pour recevoir des renforts ou se ravitailler au loin, à des lieues et des lieues parfois de distance.On en connaît qui ont plusieurs lieues de long et qui, partis d\u2019un château imposant, aboutissent toujours dans un endroit désert, lande ou forêt, loin de toute habitation.Eliane était dans un de ces tunnels interminables du temps passé ! Et voilà que cette marche sans trêve ni repos, cette marche vers un but qui, La Revue Populaire d\u2019instant en instant, reculait devant elle, devenait quelque chose d\u2019épuisant et de démoralisant.La jeune fille avait perdu la notion du temps.Depuis combien d\u2019heures mar- chait-elle ?Maintenant, elle avançait péniblement.La respiration dans cet air moisi et lourd devenait de plus en plus difficile.Son bras, engourdi par le poids du fusil, laissait traîner, par moments, la crosse sur le sol.Il devait y avoir longtemps qu\u2019elle marchait ainsi, car, à son extrême fatigue, la faim et la soif s\u2019ajoutaient.\u2014 Allons, courage ! répétait-elle d\u2019une voix sans timbre.Il faut sortir de ce souterrain de cauchemar.Il faut.La volonté ne suffit pas toujours à maintenir la force physique.Une torpeur l\u2019envahissait, tout son corps épuisé était secoué de longs frissons.\u2014 La fièvre?le sommeil?s\u2019inquiétait- elle avec épouvante.Si je tombe, je suis perdue ! Et cette crainte la faisait encore franchir quelques mètres, d\u2019un pas de somnambule, mécanique et las.Mais voici que, devant elle, les murs, dans l\u2019étroit cône de lumière, semblent devenir rouges.Peu à peu, tout s\u2019assombrit.Le noir se rapproche, les ténèbres l\u2019encerclent et l\u2019étouffent.C\u2019est sa lampe qui agonise et qui, bientôt, s\u2019éteint.Atterrée, la malheureuse s\u2019est arrêtée.Elle est si lasse qu\u2019il lui semble que, pour elle aussi, bientôt, ce sera la fin.Un moment, l\u2019idée lui vient de se laisser tomber sur le sol et d\u2019attendre la, inconsciemment, la mort qui ne peut manquer de venir.Ce qui la maintient debout, en un pareil moment de dépression, c\u2019est la pensée des bêtes qui peuplent peut-être ce long boyau.Maintenant qu\u2019elle est sans lumière, tout sont beau courage sportif est fondu.Elle n\u2019est plus qu\u2019une faible femme aux frayeurs irraisonnées.Elle a peur du noir, des obstacles sur lesquels elle va buter, des ennemis invisibles qui peuvent la menacer.Quelles bêtes rampantes vivent le long de ces murs ?Quelles affreuses arraignées visqueuses et velues dont les toiles pendent sur sa tête ?Et ce sont ces affolantes terreurs qui la font se remettre en marche, malgré ses frissons, cette soif qui lui brûle la gorge et ce poids sur la tête qui semble l\u2019assommer.Et voici que, tout à coup, il lui sembla apercevoir une lueur vague qui s\u2019accentuait à mesure qu\u2019elle avançait péniblement.En même temps, l\u2019atmosphère était moins lourde; Eliane respirait mieux; un air presque pur remplissait délicieusement ses poumons.Un grand sursaut de courage la mit debout et la jeta en avant dans un bond d\u2019espoir et de joie.Ce fut en titubant qu\u2019elle franchit cette pénible étape qui la séparait de l\u2019ouverture lumineuse.La certitude de la délivrance soutenait ses dernières forces; elle était sauvée, puisqu'elle allait revoir le ciel ! L'ouverture était étroite parmi les pierres éboulées, et les broussailles l\u2019obstruaient presque entièrement.Pour se trouver à l\u2019air libre, Eliane dut franchir à quatre pattes un buisson de ronces qui la déchira de toutes parts.Mais enfin, elle était dehors, dans un soleil lumineux, sous l\u2019immensité du ciel bleu, échappée des affolantes ténèbres et du long boyau vomi des profondeurs souterraines.Autour d\u2019elle, c\u2019était la lande.À perte de vue, des ajoncs, dont beaucoup étaient plus hauts qu\u2019elles, entouraient ce lieu comme d\u2019une forêt de piquants.Ivre de joie, elle aurait voulu sauter, chanter, courir.Elle n\u2019était réellement qu\u2019ivre de fatigue, de faiblisse et d\u2019inanition.L'air pur, qui vivifiait sa poitrine, l\u2019étourdit comme un breuvage trop alcoolisé et tout se mit a tourner autour d\u2019elle.Se sentant vaciller, elle voulut s\u2019accrocher à une touffe de genéts, qui ploya sous son poids, et elle tomba, inconsciente du danger qu\u2019offrait la sauvage nature, dans un buisson d\u2019ajoncs ou son corps se tassa en s\u2019ensanglantant aux épines.Prisonnière d\u2019une végétation trop puissante, en cette lande bretonne, Eliane, la douce fiancée de Roger Croixmare, inanimée en plein air, dans les ajoncs inaccessibles, était autant en danger que dans le souterrain enténébré.Loin d\u2019un village, de la route et de tout sentier battu, défendue par un désert de plantes épineuses infranchissables à l\u2019homme, qui ne les coupe que tous les trois ans pour en alimenter ses fournils, qui donc aurait eu l\u2019idée de soupçonner la présence d\u2019un être humain dans un lieu aussi impénétrable ?Un miracle seul pouvait sauver la jeune fille.Elle était belle, elle était jeune.un homme n\u2019avait pas oublié sa grâce juvénile.L'amour, peut-être, allait faire le miracle d\u2019arracher sa proie à la nature hostile.III Celui qu\u2019on n\u2019attendait pas Souriante, blonde et blanche dans sa blouse immaculée, la petite infirmière entra dans la chambre 12, portant sur un plateau une tasse de thé, un flacon et un journal.La pièce où elle pénétrait était une classique chambre de clinique: faïence et ripelin blanc.Le lit vide était déjà correctement refait, et sur une chaise longue d\u2019osier, un jeune homme, le bras en écharpe et le visage un peu pale, la regardait venir avec une complète indifférence.\u2014 Merci, mademoiselle, murmura-til, lorsqu\u2019il eut bu le thé, dans lequel elle avait versé la potion reconstituante.Puis il prit le journal et l\u2019ouvrit d\u2019un air distrait.Soudain, il eut une sourde exclamation et son visage exprima un véritable émoi.Il rappela l\u2019infirmière : \u2014 Mademoiselle, les journaux du soir sont-il parus ?demanda-t-il fébrilement.\u2014 TI est encore bien tôt.On ne doit trouver seulement que ceux de midi.\u2014 Je vous en prie, mademoiselle, veuillez me faire envoyer au plus vite tous ceux qui paraîtront, dès qu\u2019on pourra se les procurer.Et comme la jeune fille allait se retirer, il ajouta : \u2014 Voulez-vous aussi avoir l\u2019obligeance de faire remplir au plus tôt les formalités pour ma sortie ?\u2014 Votre sortie?répéta l'infirmière, souriante.Oh ! monsieur, nous avons le temps d\u2019y penser.Il faut d\u2019abord que votre bras et votre épaule.\u2014 Tous deux sont solides, interrompit le blessé en sortant son bras de l\u2019écharpe et en essayant quelques gestes.Ce n\u2019est pas de cela qu\u2019il s\u2019agit: il faut absolument que je quitte cette clinique au plus tôt.Voulez-vous, mademoiselle, dès que le docteur arrivera pour la visite d\u2019après- midi, lui dire que je désire lui parler ?Lorsque la jeune fille fut sortie, le malade reprit son journal et demeura longtemps pensif devant cette manchette écrite en gros caractères : LE MYSTERE DU VIEUX PUITS TRAGIQUE DISPARITION D\u2019UNE JEUNE FIANÇEE Et, en plus petites lettres : La terre engloutit une jeune fille vivante, et garde sa proie et son secret Suivait l\u2019article très court : « Toute la région de Plougras, près de Guingamp, est violemment émue par l\u2019événement le plus extraordinaire que l\u2019imagination puisse concevoir.« Dans des circonstances que nous relaterons après plus ample information, une jeune fille tombe dans un puits, sous les yeux de son fiancé et de tous les serviteurs de celui-ci.« Les recherches entreprises immédiatement pour lui porter secours n\u2019ont donné aucun résultat.Et, ce qui est inconcevable, c\u2019est qu\u2019on a pu atteindre le fond du puits, qui est desséché et facile à explorer, sans trouver le corps, mort ou vif, de la jeune fille.Celle-ci semble être absolument volatilisée.«Le mystère reste inexplicable.» 41 L\u2019Unguentine soulage vite la douleur Ce célèbre remède soigne les figures, épaules et jambes brûlées du soleil comme il soigne toute autre brûlure.Contrairement aux crèmes cosmétiques, l\u2019Unguentine est médicamentée pour soulager les brûlures \u2014 elle enraye la douleur, vous rend le confort et vous laisse dormir, hâte la guérison eomplète.Ne vous fiez pas aux moyens peu sûrs.N\u2019acceptez aucune substitution.Il n\u2019existe qu\u2019une UNGUENTINE \u2014 le tube doit porter le nom NORWICH.NOTE : Les brûlures du soleil ne sont pas les seules en été.L'on peut toufours se brûler au camp, ou avec le moteur de l\u2019auto et du canot.Mieux vaut toujours avoir de l'Unguentine sur soi.Employez-la pour les coupures, égratignures, éraflures, morsures d'insectes et de llerre du Canada (toxico- dendron) tout l\u2019été.L\u2019Unguentine est un puissant antiseptique, un pansement chirurgical calmant sous forme d\u2019onguent.Prix 50c, dans un tube pratique, chez tous les pharmaciens.Unguentine Un Produit Norwich Pharmacal Company Ltd., Fort Frié Nord, Ontario La meilleure partie du pique-nique.cesmerveilleux sandwiches que vous préparez en un instant avec le Paris-Pâté.Vous ne sauriez souhaiter rien de mieux! VAN 42 La Revue LA CHANSON FRANÇAISE Le Samedi et Le Film publient également des textes de chansons françaises.L'Etoile d'Amour (Fallot-Delmet ) Une chanson vécue que remet à la mode Lucienne Boyer.Un poète, ayant fait un voyage de rêve, M\u2019a dit qu'il existait, dans le ciel radieux, Une étoile où jamais ne sonne l'heure brève, L'heure brève où les coeurs se brisent en adieux.Une étoile d\u2019amour, Une étoile d\u2019ivresses; Les amants, les maîtresses, Aiment, la nuit, le jour.Un poète m\u2019a dit qu\u2019il était une étoile Où l\u2019on aime toujours.On y entend, le soir, échanger sous les arbres De fous baisers, troublant le calme de la nuit; Auprès de l\u2019eau, glissant sur la fraîcheur des marbres, Les femmes font goûter leurs lèvres comme un fruit.Et l\u2019on parle d'amour, On parle de caresses; Les amants, les maîtresses, Aiment, la nuit, le jour.Un poète m'a dit qu'il était une étoile Où l\u2019on aime toujours.III Lä, jamais de soucis, jamais de coeur moroses; Les femmes, pour charmer, ont pris l'âme des fleurs; Elles n\u2019ont qu'un chagrin, c\u2019est voir mourir les roses.Jamais leur clair regard ne se voile de pleurs.On chante les amours, Les plaisirs, les tendresses; Les amants, les maîtresses, Aiment, la nuit, le jour.Un poète m'a dit qu\u2019il était une étoile Où l\u2019on aime toujours.IV Dis-moi, petite aimée, envolons-nous vers Elle, Et nous nous aimerons pendant l'éternité.La chimère aux doux yeux nous prêtera son aile.Vois, là-haut dans le ciel, vois, sa pâle clarté.C\u2019est l'étoile d'amour, C'est l'étoile d'ivresses; Les amants, les maîtresses, Aiment, la nuit, le jour.Un poète m'a dit qu\u2019il était une étoile Où l\u2019on aime toujours.Chanson des heures (Xavier Privas) Une très belle romance bien interprétée par le populaire Max Rogé.I À qui sait aimer Les heures sont roses, Car c\u2019est le bonheur qu\u2019elles font germer En l\u2019Eden secret des amours écloses.Les heures sont roses À qui sait aimer! Il A qui sait rêver Les heures sont grises, Car c\u2019est le souci qu\u2019elles font lever Dans le coeur troublé par d\u2019amères crises, Les heures sont grises À qui sait rêver! II À qui sait souffrir Les heures sont noires, Car c\u2019est la douleur qu\u2019elles font mûrir En l\u2019âme blessée au choc des déboires, Les heures sont noires A qui sait souffrir! IV À qui sait mourir Les heures sont blanches, Car c\u2019est le repos qu\u2019elles font fleurir Aux coeurs détachés des vitales branches, Les heures sont blanches À qui sait mourir! AVIS \u2014 Nous prions les lecteurs qui nous écrivent d'indiquer leur nom et adresse, pour nous permettre de communiquer avec eux et de leur fournir les renseignements demandés.Vous pouvez vous procurer ces chansons, paroles et musique, sur disque ou en feuille, chez les marchands de musique de votre localité.+ PY oD Populaire Et le reporter ajoutait : « L'arrivée du célèbre détective Louis Manzin est attendue et apportera sans doute la lumière sur cette étrange et ténébreuse affaire.» Aucun nom n\u2019était donné autre que ce-» lui du vieux puits, et l\u2019indication de la région.Mais le jeune homme n\u2019avait pas eu une seconde d\u2019hésitation.H savait, lui ! Lorsque, une heure après, le docteur entra dans la chambre 12, il trouva son blessé habillé, prêt pour le départ et la pièce jonchée de journaux épars qui relataient, tous, l\u2019événement.Ceux-là fourmillaient de détails: on savait que le drame s\u2019était déroulé aux Houx-Noirs et que l\u2019héroïne, ou la victime, était Eliane de Surtot.Tout était mentionné, depuis le rôle du garde Mor- van, jusqu\u2019à la légende de l\u2019ancêtre Hugues Croixmare, le fier colonel des gardes, tout.Mais le dénouement attendu ne se produisait pas: aujourd\u2019hui, comme hier, la terre gardait son mystère.Le docteur Brault fit quelques difficultés pour laisser partir son malade.C\u2019est lui qui l\u2019avait fait admettre dans cette clinique quelques semaines auparavant, alors que, blessé, épuisé par la fièvre et la douleur, le malheureux était venu frapper à sa porte et réclamer les soins que nécessitait son état.Depuis longtemps déjà, les deux hommes étaient liés par des liens d\u2019amitié et l\u2019indulgence du savant pour le jeune homme n\u2019avait d\u2019égale que l\u2019affectueuse confiance de celui-ci pour le premier.\u2014\u2014 Allons, allons ! protesta le docteur à la demande de sortie du blessé.Qu\u2019est- ce que cette fantaisie?Je parie qu\u2019il y a une femme là-dessous ?\u2014 En effet, fit l\u2019autre en souriant.Il y a une femme, mais ce n\u2019est pas ce que \"1 crois.N\u2019importe! Je ne te permets pas encore de te passer de mes soins.Cette demoiselle atiendra.\u2014 Ecoute, Brault, il s\u2019agit d\u2019une question de vie ou de mort.\u2014 Pour toi ?Quelle blague ! \u2014 Non, pour elle! Une femme est en danger et moi seul puis la sauver.\u2014 Quelle est cette nouvelle histoire ?\u2014 Une vérité.Pardonne-moi de ne pas ten dire davantage, il s\u2019agit d\u2019un atroce secret de famille.mais, si je tarde davantage à faire mon devoir, une enfant innocente va mourir sans soins et sans secours.\u2014 Diable! fit le docteur, devant une telle assurance.Je ne veux pas t\u2019empêcher d\u2019accomplir ce que tu estimes être un impérieux devoir.Je vais te bander solidement l\u2019épaule et le bras.Evite de trop remuer celui-ci.Et à Dieu va, mon vieux ! S'il t\u2019arrive quelque complication dans ton état, c\u2019est toi qui l\u2019auras voulu.\u2014 Merci, Brault! moins de ton amitié.Une fois le bras du malade solidement bandé, les deux hommes se serrèrent fortement la main.\u2014 Encore une fois, merci, docteur.Toute ma reconnaissance t\u2019esl acquise pour tes bons soins, en attendant que je puisse te le prouver autrement que par des paroles.Ils allaient se séparer, quand le chirurgien sortit son portefeuille de sa poche.\u2014 Dis donc, vieux, je pense que si tu dois porter secours incessamment a quel- qu\u2019un, tu n\u2019auras pas la possibilité, à cette heure, de passer a la banque.Tu permets.Comme il voyait le blessé rougir subi- lement sous une gêne évidente, le doe- teur se mit à rire.\u2014 Entre copains, voyons .Tu me rendras ça plus tard.Vois-tu, je sème comme ça, à droite et à gauche, de petites sommes insignifiantes et, quand j'en ai besoin, je les retrouve aussi facilement que si je les avais confiées à mon banquier.L\u2019autre ne répondit pas, il était trop ému, mais le docteur, qui le regardait, vit une humidité voiler ses yeux rougis et cette silencieuse émotion lui fut plus précieuse que les quelques billets qu'il mettait de force dans la main de son ea- marade.\u2014 À présent, file, puisque c\u2019est pressé! ; dit-il au blessé.Et si vraiment tu peux Je n\u2019attendais pas P Août 1934 sauver la vie de quelqu\u2019un, apprends-moi seulement que tu as réussi: ça me fera plaisir ! \u2014 Que Dieu permette que j'arrive à temps ! répondit l\u2019autre, sourdement.Il y avait une telle anxiété dans sa voix que le docteur, en lui donnant l\u2019accolade, ne put s\u2019empêcher de lui dire : \u2014 Je reste à ta disposition.si tu as besoin de moi; dans n\u2019importe quelle circonstance, compte sur moi.\u2014 Merei, Brault! Merci!.Je ferai peut-être appel à ta science, mais, pour le moment, c\u2019est de l\u2019aide du ciel que jai besoin.Au revoir! Ils se séparèrent: le blessé avait hâte d\u2019agir.Ne fallait-il pas que, dans le plus court délai, il organisit son expédition en Bretagne ?Il s\u2019était dit, deux heures auparavant, après avoir lu les journaux qui lui apprenaient la nouvelle du drame des Houx-Noirs.« Moi seul peut la sauver ! » Il savait, en effet.Il connaissait la clef du mystère mieux que tous les détectives, que tous les reporters, puisqu\u2019il était peut-être le seul au monde à connaître l\u2019existence du souterrain et l\u2019endroit approximatif où celui-ci débouchait dans la lande.Un hasard dramatique l\u2019avait mis au courant dernièrement.De cette découverte récente, il tirait toutes les déductions possibles, au point qu\u2019il lui semblait que la Providence, en lui faisant connaître l\u2019existence du tunnel, avait voulu tirer son sort à celui de Mlle de Surtot et lui créer l\u2019oligation d\u2019aller la secourir.Mais de Paris au souterrain où celle-ci était enterrée.il y avait à franchir une distance de plus de cinq cent cinquante kilomètres, et la volonté ne suffit pas toujours à réaliser un tel raid.Il faut croire, cependant, qu\u2019elle fut un levier très puissant pour notre héros, puisqu\u2019elle l\u2019aida à triompher de toutes les difficultés.La plus grande certes, aurait été le manque d\u2019argent.Or, le hasard, qui semblait protéger le jeune homme en cette occasion, avait suscité chez le docteur Brault un geste qui réduisait à néant ce gros obstacle.Le blessé vint à bout facilement de toutes les autres complications.De même qu\u2019il avait convaincu le chirurgien de la nécessité où il était de quitter la clinique, il sut persuader un ami, propriétaire d\u2019un garage, de lui prêter, moyennant une somme relativement faible, une bonne vieille auto capable de l= conduire en Bretagne.C\u2019était une torpedo démodée; mais le garagiste la garantissait capable de faire, sans fléchir, ses soixante-quinze kilomètres à l\u2019heure.C\u2019était suffisant pour arriver là-bas au petit jour.Par ailleurs, notre jeune homme rassembla hâtivement tout un amalgame de choses les plus diverses: des couvertures de voyage, une solide lanterne, une corde, des bougies, des allumettes, un panier de victuailles, une petite trousse pharma- seutique, deux thermos dont l\u2019un fut rempli de thé fort et l\u2019autre de bouillon.Du lait eût peut-être été mieux indiqué, mais les cahots de la voiture l\u2019auraient certainement aigri.Bref.notre ami réunit tout un assemblage hétéroclite qui lui paraissait indispensable pour mener à bien son sauvetage.11 faisait nuit noire quand il quitta Paris, guidant de sa main valide l\u2019auto, qui roulait aussi vite que le permettait son vieux moteur encore solide.IV La Lande Bretonne Mais quel était donc ce singulier blessé qui, sans souci des soins que nécessitait son état.abandonnait l\u2019hospitalière clinique pour courir au secours d\u2019Eliane de Surtot ?Quels liens pouvaient l\u2019attacher à la victime du vieux puits?Et pourquoi le fait de connaître l\u2019existence du souter- raint suffisait-il à mettre une telle anxiété dans ses veux ?Il faut croire que quelque chose de plus intime, de plus poignant le poussait à agir en personne, puisqu\u2019il ne songeait pas à réclamer le concours de la police, alors qu\u2019il n\u2019aurait eu besoin que à {ad Août 1934 d\u2019éclairer celle-ci sur l\u2019existence du mystérieux tunnel et du lieu de-son débouché dans la lande bretonne, pour éviter de faire lui-même une randonnée aussi exténuante.Toute la nuit, cependant, le jeune homme se hata, infatigable et sans défaillance.Insensible au sommeil et a cette douleur sourde qui ne quittait pas son épaule, il roula, l\u2019esprit tendu vers le but.Il conduisait avec une prudence imposée par l\u2019âge respectable du véhicule et la douleur que lui causait chaque mouvement un peu vif, tout en s\u2019efforçant, cependant, d\u2019obtenir le maximun possible de vitesse.Son esprit impatient était déjà au terme de son voyage, avec crainte de ne pas trouver tout de suite l\u2019endroit exact out le souterrain débouchait dans la lande.Il avait fait lui-même le trajet, en sens inverse, quelques semaines auparavant, de l'ouverture du tunnel à Guingamp, mais, cette fois-là, il était dans un tel état de trouble physique et moral qu\u2019il lui était difficile de retrouver un souvenir précis.Cependant, il avait noté un point de repère.La lande vallonnée était bordée par le chemin de Plougras a Loquivy.la route no 15! Ce chiffre lui était resté dans la mémoire comme une obsession de fièvre.Ce chiffre peint en noir sur la borne kilométrique près de laquelle jl s\u2019était assis, épuisé ! Qu\u2019il retrouvât cette borne et il n\u2019aurait plus qu\u2019à plonger dans les ajoncs et à chercher loin de la route, au fond du plateau, vers les grands arbres qui es caladaient les hauteurs.Enfin, l\u2019aube blanchissante éclaira pour lui la lande bretonne, si mélancolique au petit jour.Le conducteur avait arrêté sa voiture à la lisière du bois d\u2019ajoncs, près de la borne kilométrique qui était restée dans sa mémoire.Il s\u2019orienta.Les Houx-Noirs étaient situés vers les bois de Beffou, 1a, sur sa gauche.Le souterrain qui partait da vieux puits devait donc s\u2019allonger sous le coteau et s\u2019ouvrir au fond de la lande, au pied des hauteurs boisées qui coupaient l\u2019horizon de ce côté.L'homme se chargea d\u2019une musette qui contenaît un des thermos et divers objets, dont le paquet de bougies.D'une main, il tenait la lanterne; de l\u2019autre, un bâton avec lequel il comptait écarter les broussailles.Un vague chemin de terre mal tracé traversait l\u2019extrémité du plateau.Le voyageur s\u2019y engagea avec le désir d\u2019arriver à l\u2019autre lisière de cette plaine d\u2019ajencs et de la remonter.Une inquiétude grandissait en lui.Allait-il pouvoir arriver à temps près de la pauvre enfant dont il connaissait la situation critique ?Serait-il venu en vain de si loin pour échouer tout près du but ?Pour éviter de revenir sur ses pas, il longea le pied du coteau qui formait cet- fe sorte d\u2019ourlet pierreux le long du plateau d\u2019ajoncs.Un instinet plus fort que sa raison Pen- traînait vers le point le plus éloigné.de la route.Le soleil était déjà haut sur l'horizon.Les arbres, encore humides de la pluie nocturne, étincelaient sous les rayons lumineux.L'homme observait machinalement cet admirable spectacle, lorsqu'il s\u2019arrêta soudain avec une exclamation de joie.Devant lui.un bouquet de genêts, très hauts, très jaunes, se détachait sur la verdure pile des ajoncs environnants.Ces genéts, il les avait remarqués sur £a droite, en sortant du ravin tant cherché.Il avança de quelques pas.En effet, derrière le sombre bosquet, le terrain déclinait rapidement.L'homme se précipita.En quelques instants, il fut au fond de la petite cavité.C'était bien là, les pierres éboulées, les broussailles\u2026 l'entrée, enfin, du sinistre couloir ! \u2014 Qu Dieu soit loué ! s\u2019écria-t-il.Voici l\u2019endroit ! Un instant, il se recueillit, le visage grave.Quelle vision évoquait-il?Souvenirs terribles d\u2019une angoisse passée ou atroce appréhension de ce qu\u2019il allait trouver?Puis, il se décida.La Revue Populaire Malgré tout son calme courage, le jeune homme eut un frisson en franchissant à quatre pattes l\u2019étroite ouverture qui donnait accès au souterrain obseur.Il avait allumé sa lanterne et la promenait autour de lui, observant avec soin le sol et les murs.Tout à coup, il tressaillit.Plus de doute, quelqu\u2019un a rampé sur ce sable, quelqu\u2019un qui n\u2019avait plus la force de se tenir debout.\u2014 Mon Dieu! Serait-elle venue jusqu\u2019ici ?Plus attentivement, il poursuit son examen des lieux, et constate que le salpêtre du mur a été zébré par des mains tâtonnantes.À mesure qu\u2019il avance, il projette devant lui la lueur jaune de sa lanterne.Il cherche un indice convaincant, et voici que son pied heurte quelque chose de métallique.Il se baisse et ramasse une lampe électrique.cette lampe perfectionnée qui a guidé si longtemps Eliane dans les ténèbres.Vingt mètres plus loin, c\u2019est un fusil qui s\u2019allonge en travers de l\u2019étroit couloir.Et l\u2019homme, tout de suite, se rend compte : \u2014 La lampe et le fusil du garde dont les journaux ont parlé.La pauvre enfant a donc pu venir jusqu'ici.Un long examen du sol le convainquit bientôt qu\u2019elle n\u2019a pas dû revenir en arrière.Il n\u2019y a véritablement aucune trace de pas, grands ou petits, qui aillent vers le vieux puits.Alors, vivement, le jeune homme rebrousse chemin.Cette longue traînée sur le sol qu\u2019il a remarquée en venant lui semble éloquente, à présent.Elle lui révèle que la pauvre enfant, complètement épuisée, s\u2019est traînée sur le sol pour la dernière partie du parcours.Elle n\u2019a pas dû aller bien loin.Ce n\u2019est plus dans le souterrain qu\u2019il doit chercher l\u2018abandonnée, c\u2019est dans la lande, aux alentours du débouché.Avec précaution, pour n\u2019effacer aucune trace, l'homme explore les environs immédiats.C\u2019est par là, à droite, qu\u2019il est arrivé.A gauche, tout passage est impossible.Mais là, en face.une branche brisée, lherbe froissée.Il suit le faible indice et fait quelques pas.Il a cru entendre un soupir.Oui, là, tout près, quelqu\u2019un respire avec peine.c\u2019est presque un rile ! Un pas encore.Il écarte les genêts humides.Là, derrière les longues herbes graduées de fleurs jaunes, dans les ajoncs mouillés, la jeune fille est étendue, le visage zébré de sang, la poitrine oppressée par une respiration sifflante et les yeux clos, si tragiquement cernés.Le voyageur, cependant, se sentait le coeur léger : \u2014 Elle est retrouvée! Elle est vivante! Sa poitrine enfin se dilatait.Après l\u2019avoir crue perdue à jamais, n\u2019est-ce pas un bonheur inouï que de la tenir en vie, contre lui ?Malgré toutes les difficultés de l'heure, un merci reconnaissant s\u2019exhale des lèvres de l'inconnu et monte vers le ciel qui a permi le bienheureux sauvetage.Puis, de sa besace, il sort le thermos où du thé tiède, aromatisé de rhum, va lui permettre de ranimer la victime du vieux puits.Mais c\u2019est cette respiration sifflante qui l\u2019inquiète; la malheureuse a dû prendre froid et une congestion pulmonaire la menace peut-être ?Et comme il s\u2019aperçoit qu\u2019elle est revêtue d\u2019une robe légère, que l'humidité plaque sur son corps, l\u2019homme retire son veston et le lui passe autour des épaules.Il reste encore à celui qui veut sauver Eliane une tâche à remplir.Il lui faut ramener le plus vite possible la jeune fille jusqu\u2019à sa voiture, à travers les ajoncs cruels.Si, seulement, elle pouvait marcher; mais le thé qui a ranimé sur ses joues un peu de rose; ne l\u2019a pas tirée de sa torpeur.Blessé et fatigué, l'inconnu n\u2019hésite pas, cependant.Il a abandonné fusil et lanterne dans l'entrée du souterrain; il se déleste encore de tout ce qui lui est inutile et peut alléger sa charge.Encore une gorgée de thé entre les lèvres de l\u2019infortunée, puis, courageusement, il enlève le corps fragile et le charge sur son épaule valide.Avec son précieux fardeau, le sauveteur s\u2019orientait, maintenant; la voiture était au moins à deux cents mêtres; la conduire dans ce terrain bosselé et raviné était impossible.Il fallait porter la vie time jusque-là.En temps normal, sans être un colosse, le jeune homme aurait pu facilement transporter Eliane à une telle distance.Mais, aujourd\u2019hui, avec son épaule blessée, tout mouvement du bras gauche étant impossible, il titubait sous la charge.Pourtant, il ne renonçait pas.Les dents serrées, les yeux fixes, les veines du cou gonflées sous l\u2019effort, il s\u2019acharnait à sa tâche héroïque, contournant les buissons, allongeant encore la distance pour épargner à celle qu\u2019il sauvait l\u2019aiguillon des ajoncs trop épais.C\u2019est ainsi que, brisé de fatigue, mais triomphant, il arriva à l\u2019auto avec sa charge vivante.Alors seulement, il put donner véritablement des soins à la jeune fille.La petite trousse pharmaceutique qu\u2019il avait emportée lui en fournit les éléments et le voyageur eut la joie de voir Eliane ouvrir les paupières et le regarder de ses grands yeux fixes, brillants de fièvre.Elle ne parut pas s\u2019étonner de la présence d\u2019un inconnu près d\u2019elle, mais, instinctivement, elle fit un effort pour se dresser.Trop faible encore pour se mouvoir, elle retomba aussitôt sur le bras masculin qui la soutenait; cependant, cet effort semblait l\u2019avoir éveillée complètement.\u2014 Jai soif ! murmura-t-elle faiblement.Ces deux syllabes bruirent aux oreilles du sauveteur comme une musique céleste.Elle ne fit pas un mouvement quand l\u2019auto démarra.Au contraire, elle ferma les yeux comme si les cahots de la voiture la berçaient d\u2019une douce torpeur.Le conducteur avait repris le chemin de Plougras; mais pourquoi traversa-t-il le village, tête baissée, casquette sur les yeux et col relevé comme s\u2019il avait peur d\u2019être reconnu ?Il évita aussi la route de gauche, qui l\u2019eût conduit au delà de Bef- fou, vers les Houx-Noirs où, normalement, il aurait dû reconduire la jeune fille.Par Huelgoat, Carhaux et Gourin, l\u2019inconnu se dirigeait vers Rosporden où, à quelques milles de ce gros bourg, un de ses amis, Paul Morec, possédait un vieux manoir, vrai nid à hiboux, qu\u2019il habitait seul avec une vieille bonne.C'était la seule maison hospitalière que le sauveur d\u2019Eliane connût en Bretagne, mais il était sûr d\u2019y être accueilli à bras ouverts, lui et sa fragile compagne.Plusieurs fois, en route, le conducteur s\u2019arrêta.De préférence, il choisissait les coins déserts pour venir s\u2019assurer que sa malade ne manquait de rien et qu\u2019elle était toujours confortablement installée.I profitait de ces arrêts pour la nourrir un peu, ne se risquant que peu à peu à l\u2019alimenter, car il craignait, après un si long jeûne, de lui faire plus de mal que de bien avec une nourriture trop substantielle.: Eliane se prêtait à ses soins, sans prononcer un mot, ni faire un geste inutile.C\u2019est lui qui la faisait boire, lui qui per- tait les mets à sa bouche sans qu\u2019elle fit autre chose que de boire ou de manger docilement ce qu\u2019il lui offrait.Il y avait même une telle confiance en lui dans cette soumission que l\u2019infirmier bénévole en était ému et qu\u2019il eût voulu pouvoir aller ainsi avec cette docile malade jusqu\u2019au bout du monde.Mais peut-être Eliane avait recouvré toute sa connaissance?On eût pu le croire, car, dans son visage aminci, ses grands yeux dorés suivaient tous les gestes de son compagnon qui les sentait peser sur lui, curieux, étonnés, indéchiffrables, et pourtant sans crainte, pleins d\u2019une tranquille sécurité.Parfois, leurs prunelles se croisaient et se pénétraient.La minute paraissait exquise au garçon, bien qu\u2019il ne crût pas qu\u2019Eliane se rendit compte de l\u2019insistance de son regard poignant; mais c\u2019était lui qui, gêné, détournait la tête, aver l\u2019obscure crainte que la jeune fille finit par s\u2019émouvoir et par l\u2019interroger.Que lui aurait-il répondu si elle avait exigé qu\u2019il la conduisit aux Houx-Noirs, WV Tro re oR Venez, OU L'UNIVERS EREVELE A VO SYE UX Partout des foules animées.De la musique dans l'air.L\u2019instruction ! La Vie! Le Plaisir! La curiosité ! Les spectacles ! Voilà l\u2019Exposition Canadienne Nationale, le plus grand événement au monde qui accueille une ère nouvelle de prospérité.Vous en serez émerveillé.Et ce sera tout profit pour vous.Venez voir les représentations internationales auxquelles l\u2019Angleterre, la France, les Etats-Unis et le Canada participent pour célébrer le quatrième centenaire de la découverte du Canada par Jacques Cartier.Les 4 et 5 septembre.Voyez les 1500 acteurs costumés sur un plateau de 1000 pieds.Suivez les milliers de personnes qui chaque jour parcourent le Pavillon de l\u2019Automobile où sont montrés les progrès actuels et futurs de cette industrie.Venez voir les plus beaux spécimens nord-américains de l'élevage, concurrents pour $125,000 en prix.grandiose spectacle de danses modernes, acrobaties.admirez les merveilles du génie mécanique et électrique de 1934 dans le Pavillon de la Mécanique et de l\u2019Electricité.voyez les produits du monde entier dans le Pavillon du Progrès.voyez mille autres merveilles, et procurez-vous dix mille plaisirs nouveaux.Passez la quinzaine à Toronto, du 24 août au 8 septembre.COLONEL F.H.DEACON Président ELwoop A.HUGHES Administrateur CENTENAIRE DE TORONTO EXPOSITION (anadionne Hahionale TORONTO LE 24 AOÛT AU 8 SEPT.1934 44 auprès de ses parents et de son fiancé ?Jamais il n\u2019aurait accepté d\u2019aller la- bas, mais quels prétextes eût-il inventés pour s\u2019y refuser et la retenir auprès de lui, comme il le souhaitait si ardemment ?Alors, il reprenait vite le volant, et talonné par la crainte qu\u2019elle ne le.questionnât sur leur itinéraire, il accélérait la vitesse comme s\u2019il avait voulu couvrir la voix de celle qui pourtant ne lui demandait rien.Vv Une sombre histoire - Bossulan, le domaine de Paul Morec, que l\u2019inconnu atteignit à la tombée du jour, était un vieux manoir breton bien ruiné et bien délabré, situé en Concar- neau, dans le Finistère.Dans cette grande demeure, aux toits cintrés et aux murs lézardés, trois pièces seulement restaient habitables.Au rez-de- chaussée, la grand\u2019salle, destinée jadis à un personnel nombreux de serviteurs avec ses lits clos, ses armoires alignées et son immense table de chêne.Maintenant, seule, Katou, la vieille servante, y régnait.: A côté de cette pièce, il y en avait une autre aussi importante, la salle des mai- tres, avec sa cheminée monumentale, sa grande table ronde en acajou et ses deux lits aux rideaux de cretonne verte, ses lits plus modernes qui ne dataient que.du premier empire! C\u2019est dans l\u2019un d\u2019eux que le voyageur, aidé de Katou, avait installé Eliane.Katou avait apporté et mis au lit de beaux draps blancs, un peu rugueux mais tout parfumés de l\u2019odeur des genêts sur lesquels on étend les lessives, Et maintenant, sous les chaudes couvertures, la jeune fille reposait, détendue.toujours à demi inconsciente.Elle toussait, ayant dû prendre froid dans la lande durant sa longue immobilité, et comme la fièvre persistait, ceux qui la soignaient évitaient de trop l\u2019alimenter, se contentant de lui faire absorber lait et tisanes chaudes.Une fois Eliane soignée et couchée, le propriétaire de Bossulant, cordialement, avait fait asseoir son ami en face du grand feu flambant, auprès de la table ronde où Katou venait d\u2019apporter le repas du soir.\u2014 Un diner rustique, mon cher vieux, s\u2019excusait le maitre de la maison auprès du nouveau venu.Tu arrives à l\u2019improviste et, dame! tu tombes sur le repas traditionnel qui ne varie guère chez nous, tu le sais.la soupe, les pommes de terre et le lard, avec du cidre doux ! \u2014 Tout cela est excellent, Paul.Et c\u2019est si réconfortant de se trouver ici, entre vieux amis.après les jours terribles que j'ai traversés depuis quelque temps; après ces vingt-quatre dernières heures où j'ai connu bien des angoisses.Quelles aventures, mon cher! Il respira profondément.La soupe grise fumait dans son assiette creuse; la lampe à pétrole, sous l\u2019abat- jour de carton, répandait un cercle de lumière qui ne dépassait guère la grande table et laissait dans l\u2019ombre le coin où, sur le lit aux rideaux fleuris, reposait paisiblement Eliane.RN \u2014 Raconte-moi cela, fit Paul .j'ai hâte de savoir quel concours de circons- lances a pu t\u2019amener à débarquer ce soir dans mon vieux Bossulan avec une épaule bandée.et une si belle fille à tou bras valide ! .L\u2019autre eut un mouvement inquiet vers le lit ou Eliane venait de se retourner.Il se leva et alla s\u2019assurer qu\u2019elle dormait.La jeune fille, les yeux clos, reposait tranquillement.\u2014 Tu permets, Panl ?demanda cependant le jeune homme.Allant chercher le paravent qui masquait la porte et devait, en hiver, défendre la grande pièce des courants d\u2019air trop vifs, il l\u2019apporta près du lit de la malade et le disposa avec sollicitude pour mieux l\u2019isoler dans le calme et la pénombre.Puis il revint s\u2019asseoir à la grande table hospitalière, à côté de ce bon feu de bois si gai qui brûlait en sifflant dans le grand âtre noir.La lampe éclairait doucement la nappe de toile blanche, immaculée, et le pain bis.le gros pain rond coupé en deux, La Revue Populaire à côté de la soupière fumante.Tout cela était paisible, intime et familier, malgré le manque de luxe.\u2014 Quel calme et reposant décor! murmura doucement le Parisien.Songeur, il s\u2019accouda sur la table et resta silencieux, les yeux pleins de rêverie.\u2014 Sais-tu à quoi je pense, Paul ?reprit- il après quelques instants.Au moment de faire le récit de toutes les choses tragiques et compliquées qui m'ont assailli ces dernières semaines, je suis frappé du calme et de la paix de ton vieux logis.et je songe à ceux qui se sont assis devant ce feu, sous le manteau de cette cheminée monumentale .à tous les pères et les grand-pères Morec qui ont mangé la soupe au lard à cette même table, à tous ces braves gens simples dont la vie toute unie s\u2019est passée sans complication et sans drame.\u2014 Oui, murmura Paul, pensif, mais qui peut savoir?Le drame, souvent, est dans le coeur seulement.Nos parents ont eu aussi leurs chagrins et leurs passions.\u2014 Peut-être .Mais, toi, tu es un sage.Tu as choisi la vie libre et tranquille.Pourquoi n\u2019ai-je pas suivi ton exemple, quand mes parents sont morts en me léguant modestement Bellefontaine?Je posséderais encore cette vieille bicoque et je n\u2019aurais pas, au fond de l\u2019âme, tant d\u2019amertumes et de désillusions ! \u2014 Tu n\u2019étais peut-être pas fait pour vivre seul, comme le vieil ours que je suis.au fond de cette campagne déserte où les distractions sont rares et les jours brumeux trop nombreux ! Mais le Parisien était mélancolique en cette fin de journée, un peu trop fatigante pour un blessé mal remis encore de ses fractures.Montrant du doigt le coin d\u2019ombre où reposait Eliane, le jeune homme soupira: \u2014 Vois-tu, fit-il à voix basse, le malheur dans une vie d\u2019homme, c\u2019est de ne pas être digne d\u2019un ange comme celle- ci.c\u2019est d\u2019être sans fortune et de ne pas pouvoir offrir son nom à celle qu\u2019on aimerait voir vivre à côté de soi.\u2014 Ainsi, fit l\u2019autre, étonné et ému du ton grave dont son ami avait parlé, cette demoiselle que tu m\u2019apportes comme un objet précieux \u2026.\u2014 N'est pas ce que tu crois.Elle ne m\u2019est rien! Je t\u2019en donne l\u2019assurance\u2026 Pas même une amie de rencontre, Si, moi, je connais son nom et n\u2019ignore pas qui elle est, je suis sûr, en revanche, qu\u2019elle n\u2019a jamais entendu parler de moi et que je lui suis totalement inconnu.\u2014 Bizarre ! Alors, comment est-elle ici avec toi ?\u2014 Ah ! cela, c\u2019est une autre histoire.Il s\u2019arrêta, regarda Paul Morec avec un sourire amusé.\u2014 Je parie, fit-il que, depuis trois jours, tu t'intéresses a cette jeune fille.comme tout le monde, d\u2019ailleurs! On ne parle que d\u2019elle, en.ce moment ! \u2014 Quoi ?.Que veux-tu dire ?\u2014 Tu vas comprendre! Tu as lu les journaux, ces derniers jours ?\u2014 Oui.\u2014 Eh bien, le mystére des Houx-Noirs a dû attirer ton attention .d\u2019autant plus que iu connais les Croixmare et leur château.\u2014 Evidemment ! Mais quel rapport ?\u2014 Celui-ci, tout simplement: la jeune fille à qui tu as offert si spontanément Phospitalité, n\u2019est autre que la disparue du vieux puits.\u2014 Eliane de Surtot ?\u2014 Elle-même.\u2014 Ah! par exemple !.Mais, explique ! Comment l\u2019as-tu trouvée, toi ?\u2014 Parce que je l\u2019ai cherchée.Jai failli moi-même être victime du vieux puits, il y a quinze jours.\u2014 Toi ?\u2014 Oui, je te raconterai! .Bref, quand hier j'ai eu pris connaissance des journaux qui relataient la disparition de la fiancée de Roger Croixmare, j'ai compris que la malheureuse était ensevelie vivante dans un souterrain dont j'étais probablement le seul à connaître l\u2019existence.J\u2019ai pris l\u2019auto d\u2019un camarade et, de Paris à Plougras, j'ai marché toute la nuit.J\u2019ai eu la chance de pouvoir recueillir la pauvre enfant.Elle avait réussi à sortir du souterrain, mais elle était tombée inanimée, mourante de faim et de fatigue.Bien certainement, elle y serait restée, personne n\u2019aurait eu la pensée d\u2019aller la chercher si loin de la route, et elle était impuissante à sortir de la toute seule !.Je l\u2019ai ramassé et conduite ici.Voilà toute l\u2019affaire.\u2014 Oui, oui, je vois! fit Paul Morec, le sourcil froncé sous l\u2019effort de la réflexion; je vois même que c\u2019est assez embrouillé et, si tu veux que jy comprenne quelque chose, il faut que tu me donnes d\u2019autres détails.\u2014 Tu as le droit à toutes les explications.d\u2019autant plus que cela me soulagera de te raconter l\u2019histoire de ces der- niéres semaines.J'ai vécu des heures si atroces et connu des situations si tragiques, que je me demande par quelle miraculeuse protection je suis encore vivant.\u2014 Ton heure n\u2019était pas probablement sonnée, fit gravement le Breton.J\u2019ai conservé la croyance de mes pères et j'ai l\u2019intime conviction que rien n\u2019arrive ici- bas sans la permission du Très-Haut.Le Parisien courba la tête, pensivement.\u2014 Oui, fit-il lentement, l\u2019heure n\u2019était pas venue !.Mais jai eu si peu de chance jusqu\u2019ici que je ne vois pas par quel lamentable ironie la destinée s\u2019est plu à me conserver en vie.\u2014 Elle te réserve peut-être des compensations que tu ignores ?\u2014 Souhaitons-le .sans trop oser l\u2019espérer ! \u2014 Mais tout cela ne me dit pas pourquoi tu es si pessimiste, toi, habituellement si boute-en-train ?Quels ennuis as-tu donc traversés ces temps-ci ?\u2014 Ah! voila! Jai eu tant de déboires, que je ne sais par quel bout commencer pour te les raconter judicieusement.Tout d\u2019abord, parlons d\u2019un autre qui est particulièrement mêlé aux événements de ces dernières semaines.Tu cornais Roger Croixmare ?\u2014 Ton cousin ?\u2014 Oui, mon cousin.Galerie Nationale du Canada W.RUSSEL FLINT.\u2014 Le bain public Août 1934 \u2014 C\u2019est un type qui ne m'est pas très sympathique.\u2014 L'hypocrisie n\u2019est jamais très sympathique, observa l\u2019autre avec un sourire désabusé.Or, Roger est l\u2019un des êtres les plus doubles qué j'aie jamais rencontrés.Dans sa famille, c\u2019est un petit saint; il joue au bon fils sérieux et raisonnable !.Des tas de beaux sentiments .générosité exceptée, je dois dire, car il se montre, même chez lui, d\u2019une éconou- mie touchani a avarice.\u2014 Tu m\u2019étonnes, mon cher! L\u2019économie est une vertu, dit-on, mais je n\u2019anrais jamais eu l\u2019idée de l\u2019attribuer à Roger qui, à Paris, menait une vie de patachon.\u2014 Justement, là se montrait l\u2019autre face du bonhomme.Ça n\u2019était même pas très joli! Roger a eu de sales histoires: les femmes, le jeu.Tu me diras que dans tout cela il y a la manière, mais Roger n\u2019avait pas la manière élégante.Il était plutôt mufle avec les pauvres filles qu\u2019il fréquentait et qu\u2019il choisissait dans les pires milieux.\u2014 II me semble, pourtant, avoir connu Parmi ses relations une femme assez intéressante.\u2014 Nérelle ?\u2014 Oui.\u2014 Elle est, en effet, fort intelligente, assez vulgaire, mais pas bête.et celle- là le tient bien, tu peux me croire.\u2014 Comment ?Il l\u2019aime à ce point ?\u2014 Non, c\u2019est fini l\u2019amour, mais Nérelle a été au courant de certaines petites choses.pas belles!.du temps où le vieil oncle vivait! Tu te rappelles ?Cet oncle était la providence de Roger, lorsque celui-ci ne voulait pas avouer à sa mère une trop grosse perte au jeu ou à la Bourse.\u2014 II jouait beaucoup, en effet ! \u2014 Et il ne gagnait pas toujours! Heureusement, le bon oncle casquait! Et si gentiment .sans faire trop de morale, Un bon vieil oncle en or.quoi !.Tout de même, à un moment, la somme a été si forte que Croixmare, malgré son aplomb, n\u2019a pas osé la lui demander \u2026 \u2014 Alors ?\u2014 Alors, il a préféré se la procurer autrement.c\u2019est-à-dire vilainement.Le bon oncle ne songeait pas à se méfier du cher neveu et il laissait traîner son carnet de chèques, que Roger a eu bien souvent entre les mains.Tu devines le reste ?Cette fois-là, il s\u2019en est servi en imitant la signature de l\u2019oncle.\u2014 C'était très simple ! \u2014 Au contraire, ce fut assez difficile.C\u2019est un travail délicat de bien imiter une signature.Roger dut s\u2019y reprendre à plusieurs fois.Il a eu des ratés et ceux-ci sont entre les mains de Nérelle, chez qui mon imprudent cousin se livrait à cette petite fantaisie.\u2014 Ca ne lui donne pas grand\u2019chose.à Nérelle, interrompit Morec, puisque l\u2019oncle était très riche et que Croixmare était son héritier.Ton cousin a pris une avance, somme toute! Ce n\u2019est pas très beau, mais le vieux est mort, Roger a hérité de lui, qui donc aurait intérêt à ressusciter cette histoire ancienne ?\u2014 C\u2019est plus compliqué que tu ne penses.Il y a eu un dénouement tragique: l\u2019oncle était très vieux et il avait le coeur malade.Or, le beau neveu avait fait un tel trou dans le compte en banque du bonhomme, que ce dernier s\u2019en est aperçu.Quand il a compris que le coupable était son cher Roger, il en a eu un tel coup, qu\u2019il en est mort subitement.\u2014 Diable! ceci est plus grave! Il y a là une responsabilité morale.\u2014 D'autant plus que, de ce fait, Roger héritait de la fortune entière de son oncle.Or ce dernier (et mon cousin le savait fort bien) avait toujours eu l\u2019intention d\u2019en consacrer une partie à la création d\u2019un préventorium pour les enfants menacés de tuberculose.Cette mort subite, sans testament spécial, a ramené automatiquement toute la fortune sur la tête de Roger.\u2014 Qui n\u2019a jamais songé, naturellement, à exécuter cette dernière volonté de son oncle ?\u2014Sois-en persuadé ! Ce qui fait que Roger a sur la conscience la mort de son oncle, d\u2019une part, et d\u2019autre part, la privation pour un tas de pauvres gosses de soins et de grand air qui auraient pu leur rendre la santé et la vie.\u2014 C\u2019est lourd, en effet.+ AN Août 1934 \u2014 Oh! Roger n\u2019a pas la conscience sensible.Un crime impuni ne compte guère pour un type de ce genre et il ne se doutait pas que le châtiment pouvait venir.\u2014 De quelle manière ?\u2014 Par les soins de Nérelle, ce qui est assez naturel de la part de cette femme que Roger a traitée avec la pire goujaterie.et par mon intermédiaire, ce qui est, je l\u2019avoue, beaucoup moins joli! \u2014 Comment ?Toi, tu as voulu tirer parti de cette sale histoire?Je ne te reconnais pas là ! \u2014 Ecoute d\u2019abord, avant de me juger.Ce n\u2019est pas très reluisant, mais tu verras que j'ai de bonnes excuses.Laisse-moi, pour commencer, te rappeler quelle était ma situation chez Lanfred.Celui-ci était pour moi un véritable ami autant qu\u2019un patron.«Lanfred était jeune encore, marié, père de deux petits enfants; toute la prospérité de son affaire reposait sur son activité et sur son travail personnel: il n\u2019y avait pas de capitaux derrière lui.Or, malgré toute son énergie, Lanfred a subi les effets de la crise.Ces derniers mois, son affaire flanchait.\u2019 « Oh! ce n\u2019était pas irrémédiable: des échéances importantes arrivant au même moment, il ne s'agissait que d\u2019y faire face.H fallait seulement trouver quarante mille francs.Il le fallait absolument, et immédiatement.« Quarante billets et tout était sauvé ! Si on ne les trouvait pas au jour fixé, l\u2019affaire entière sombrait et je savais que Lanfred ne survivrait pas à la ruine et à la faillite.«Je te l\u2019ai dit, il était mon ami.C\u2019était un type énergique et probe, n\u2019ayant pas mérité de se trouver devant une telle difficulté.J\u2019ai voulu faire l\u2019impossible pour l'aider.« Tu m\u2019objecteras qu\u2019en voulant le tirec de ce mauvais pas, je travaillais aussi pour moi, puisque je me serais trouvé sans situation si son affaire sombrait.Néanmoins, je te le jure, je pensais à lui plus qu\u2019à moi.Et c\u2019est alors que je me souvins d\u2019une proposition à peine voilée de Nérelle.> Jean s\u2019arrêta, tendant l\u2019oreille.Il lui avait semblé entendre remuer dans le vieux lit aux rideaux verts.El se leva et, sur la pointe des pieds, s\u2019approcha doucement du paravent.Eliane, les yeux clos, continuait de doz- mir.Rassuré, le jeune homme vint se rasseoir au coin du feu et continua : \u2014 Nérelle, naturellement, est furieuse du mariage de Roger avec Eliane de Sur- tot.Elle ne songe qu\u2019à se venger.Comme, autrefois, prévoyant le parti qu\u2019elle pourrait tirer des fausses signatures, elle s\u2019était bien gardée de jeter les ratés, tu devines ce qu\u2019elle veut faire ?\u2014 Je comprends pour elle.mais comment toi.?\u2014 Eh bien! voila! Devant la détresse de mon patron, j'avais pensé tout de suite à m\u2019adresser à mon cousin, dont je connais la grosse fortune, mais dont je connais aussi l\u2019égoïsme et la sécheresse de coeur.Je ne pouvais espérer l\u2019intéresser au malheur d\u2019un autre homme.Le désespoir de Lanfred, la misère des enfants et de toute la famille, tout cela ne devait guère le toucher.\u2014 C\u2019est invraisemblable.\u2014 Oh ! c\u2019était certain! Une seule chose avait chance de l\u2019atteindre: la menace d\u2019un déshonneur rendu publie et ayant pour effet la rupture de son mariage avec Eliane.\u2014 II l\u2019aime ?\u2014 Je le crois.je le croyais, du moins, car je ne sais plus.Oui, je croyais que cet amour et ce sens de l\u2019honneur seraient plus forts que son avarice; c\u2019est pour cela que j'ai accepté d\u2019user des preuves fournies par Nérelle.Paul eut un pli de déplaisir au front.\u2014 C\u2019est du chantage, cela, mon vieux! fit-il nettement.\u2014 Oui, répondit Jean, en haussant les épaules.Du chantage, si tu veux, mais pour le bon motif .C\u2019était de la justice, en somme! Appelle cela comme tu voudras.L'important est que cela n\u2019a pas réussi ! \u2014 Roger a refusé ?\u2014 Oui.et violemment, encore ! Il s\u2019est jeté tout simplement sur moi et a voulu m\u2019étrangler.\u2014 Rien que ça! La Revue Populaire \u2014 Sans l\u2019arrivée d\u2019un domestique, ça } était! Je râlais déjà sous son étreinte.Nous étions dans la maison; si j'avais eu les pièces sur moi, il me les arrachait.Je ne les avais pas.alors.Jean regarda du côté du lit, et baissant la voix : \u2014 Alors, c\u2019est moi qu\u2019il fallait supprimer, fit-il tragiquement.Tu comprends?\u2014 II ta attaqué ?\u2014 Pas dans la maison.Un meurtre et un cadavre, c\u2019est gênant! Les circonstances le favorisaient merveilleusement.Il était une heure du matin et, pour aller dormir, je devais gagner le pavillon où l\u2019on m'avait logé, toutes les chambres du château étant occupées .Tu connais les Houx-Noirs ?\u2014 Oui.\u2014 Tu sais que le pavillon est situé de l\u2019autre côté du parc et tout proche du vieux puits, dont tu n\u2019as pas oublié Ia légende et la sinistre réputation ?\u2014 Oui, oui, je sais ! \u2014 Alors, tu devines ?Il me fallait passer sous les sapins.Roger m\u2019a laissé partir seul, mais il a couru après moi.\u2026 Je venais de m\u2019engager sous la futaie, avec une impression lugubre, due sans doute à ma nervosité, après cette violente discussion.\u2014 Je devine.\u2014 Lorsque tout à coup, j'entends un pas précipité derrière moi.Avant que j'aie pu me rendre compte, je suis saisi aux épaules et terrassé .Ce fut affreux et si rapide.\u2014 Mon pauvre vieux ! \u2014 Si rapide !.Toute ma vie, je me souviendrai.J\u2019ai essayé de me défendre, mais que peut faire un homme attaqué pas derrière ?Roger est un colosse et sa force était décuplée par la colère.\u2014 Alors ?questionna l\u2019autre, haletant.\u2014 Je n\u2019étais qu\u2019un gamin dans ses bras rigoureux.Il m\u2019a jeté tout vivant dans le vieux puits.Il n\u2019a pas hésité, je te prie de le croire ! \u2014 Mais c\u2019est abominable ! Cet homme est un assassin ! \u2014 II a tout fait pour que je me tue en tombant.Le hasard seul.ou si tu préfères, la providence.\u2014 Je préfère la providence.\u2014 Eh bien! celle-ci m\u2019a sauvé.Je ne suis pas tombé jusqu\u2019au fond du puits.quelque chose m\u2019a recueilli au passage .Je dois dire qu\u2019à partir de ce moment, ça se brouille dans mes souvenirs.J\u2019ai plutôt reconstitué depuis.par la lecture des journaux.Un coup discret frappé à la porte interrompit le récit de celui que nous savons, maintenant, être Jean Valmont.Jean Valmont.Ainsi, l\u2019inconnu qui s\u2019élançait sur la route au secours d\u2019Eliane de Surtot était le neveu de Mme de Croixmare, l\u2019autre disparu des Houx-Noirs qu\u2019une chance inespérée avant sauvé lui-même de Ja mort, quelques semaines auparavant.Il avait volé au secours d\u2019Eliane, généreusement, par devoir, par grandeur d\u2019âme spontanée, parce que sa nature impulsive ne lui eût pas permis d\u2019agir autrement, sans calculer qu\u2019en agissant ainsi il travaillait au bonheur de Roger, le parent au coeur sec qui n\u2019avait pas reculé devant un crime pour se débarrasser de lui.Il avait couru délivrer la jeune fille, guidé seulement par la pensée de l\u2019innocente enfant perdue dans un souterrain et qui devait vivre les affres d\u2019une agonie que lui-même avait connue.« Tête folle, mais bon coeur», disait de lui sa tante.La vieille dame aurait pu ajouter, sans altérer la vérité, que, malgré tous ses défauts et toutes ses folies de jeunesse, Jean Valmont était vraiment une « riche nature ».Et c\u2019était peut-être à cause de cela que, malgré son manque de fortune, ce garçon possédait tant d\u2019amis, toujours prêts à lui rendre service.VI Où bien des choses sont expliquées Le diner était fini depuis longtemps, mais la vieille Katou, suivant l\u2019usage, apportait un pichet de cidre frais pour la bolée de la veillée.\u2014 Ces messieurs n\u2019ont plus besoin de rien ?demanda-t-elle.\u2014 Non, ma bonne Katou, vous pouvez aller vous reposer, répondit Paul.\u2014 Ben, alors, je vais me coucher et ce gra avec ben du contentement.Une journée comme ça, ça compte ! Discrètement, la vieille se retira, après le rapide « kevano > des Bretons.Paul Morec, encore tout remué par le récit de son ami, remplit, en silence, les bols de cidre.Il prit ensuite une blague à tabac et avant d\u2019en bourrer sa vieille pipe bien culottée, il la tendit à son compagnon.\u2014 Je n\u2019ai pas de fines cigarettes, dit-il d\u2019un ton d\u2019excuse, mais c\u2019est du bon tabac et il y en a autant que nous pourrons en fumer.Déjà, il bourrait sa pipe.L'autre Parréta : \u2014Il vaudrait mieux ne pas fumer, vieux! fit-il doucement.Il y a une femme ici.et elle tousse ! L\u2019autre acquiesça tout de suite.En re- metant dans sa poche son attirail de fumeur, il regardait Jean Valmont et souriait.« Hein ?pensait-il.Qu'est-ce qui aurait dit que ce joyeux luron de Jean Valmont était capable de pareilles attentions ?\u2026.Un vieux papa débonnaire pour sa petite fille, en vérité !.Ce qu\u2019un cotillon à son goût peut faire d\u2019un homme, tout de même ! » Après avoir ranimé les braises du feu rougeoyant, il observa, revenant au drame que l\u2019autre lui avait conté : \u2014 Une chose me frappe dans ton récit: c\u2019est la simplicité avec laquelle tu parles de tout cela.sans passion et presque sans haine .comme s\u2019il ne s'agissait pas de toi ou que tu n\u2019aies pas failli en mourir.C\u2019est très beau, sais-tu, un pareil sangfroid.\u2014 Non, cher vieux, ce n\u2019est pas très beau.Ma colère et ma rancune existent contre Roger.mais je suis désarmé! Son bras s\u2019allongea dans la direction du lit où reposait Eliane.\u2014 Elle l\u2019aime, comprends-tu ! .Elle est innocente, elle ! Et si je touchais a Croixmare, c\u2019est à elle que je ferais du mal.\u2014 Tout de même, tu ne vas pas laisser cette pure jeune fille épouser un monstre comme ton cousin ?Le parisien eut un geste d\u2019impuissance navrée : \u2014 Cette brute l\u2019aime et elle Paime.tout est là ! \u2014 Ne crois-tu pas que tu aurais dû aller trouver la tante ou la mère de Mlle de Surtot et leur dire, à elles, toute la vérité.Elle auraient arrangé ça.\u2014 y ai pensé.la vengeance était belle ! \u2014 Qu'est-ce qui t\u2019en a empêché ?\u2014 Ma maladie, d\u2019abord.Des scrupules me sont venus ensuite.Je dois de l\u2019argent à Croixmare et ne suis pas en mesure de le lui rendre.\u2014 Mais en voulant t\u2019assassiner, il ta dégagé de toute reconnaissance.L\u2019autre haussa les épaules.\u2014 Trop facile à dire.Ça concilie trop bien mon désir de vengeance et mon intérêt! J'aurais peut-être agi dans le sens que tu indiques, si je n\u2019avais pas pu sauver Eliane de Surtot.Vois-tu, depuis hier, je me dis qu\u2019il fallait que je fusse jeté tout vivant au fond du vieux puits pour en découvrir le secret.Sans le geste homicide de Roger, jamais je n\u2019aurais pu aller au secours de cette pauvre enfant.Aussi, j'en arrive à bénir ma souffrance et mes angoisses au fond du puits maudit, puisqu\u2019elles m\u2019ont permis de sauver la petite.Le regard percant de l\u2019amphytrion s\u2019attarda sur le visage pensif de son hôte.Morec n\u2019était guère plus vieux que celui-ci.Célibataire comme lui, voilà qu\u2019il percevait en lui-même ce que l\u2019autre ressentait et n\u2019osait peut-être s\u2019avouer.\u2014 Je trouve que tu attaches bien de l'importance à cette jeune fille?observa- t-il doucement.\u2014 Jai pour elle tous les égards qu\u2019un méchant bougre comme moi doit avoir pour l\u2019ange de douceur et de beauté qu\u2019elle est.\u2014 Au point de ne pas désirer la punition d\u2019un misérable ?\u2014 Au point, plutôt, de ne pas vouloir être l\u2019artisan de son châtiment.\u2014 Mais ne pousse pas cet ostracisme jusqu\u2019à permettre que l\u2019innacence épouse le crime.45 \u201cLes maigres vivent le plus longtemps\u201d dit un médecin éminent Au cours d\u2019une récente conférence devant les membres de l\u2019Académie Américaine de Médecine, un éminent médecin a déclaré que les personnes maigres avaient plus de chance de vivre longtemps.Le bon sens d\u2019ailleurs prouve cet avancé.Est-ce que les compagnies d\u2019assurance ne refusent pas les personnes trop grasses, ou ne leur chargent pas des primes plus élevées ?La graisse nuit aux organes et les affaiblit; elle ralentit et force le coeur.Toutes rortes de malaises (même le rhumatisme, l\u2019acidité, le manque d\u2019haleine et la lassitude) sont souvent causés par un embonpoint trop prononcé.Débarrassez-vous donc de votre surplus de graisse.Rien ne vous justifie de ne pas le faire, car la science met à votre disposition dans les Sels Kruschen, un traitement sûr et efficace.Il vous suffit d\u2019en prendre chaque matin une demi-cuillerée à thé dans un verre d\u2019eau chaude.Cette «petite dose» quotidienne de Kruschen débarrasse l\u2019organisme des matières toxiques et favorise le bon fonctionnement de tous les organes éliminateurs.L'énergie fait place à l\u2019indolence et vous vous sentez revivifié, bien portant.Votre poids diminue graduellement, sans aucun inconvénient ni malaise.-BAZIN £nleve les POILS Appliquez la crème X-Bazin, enlevez en lavant \u2014et vos dessous de bras et jambes seront débarrassés de poils superflus.Vite, Facile, Sar! 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Il s\u2019est fait sauter la cervelle ! \u2014 Ah! .\u2014 Oui.Ayant perdu tout espoir, ne recevant pas de nouvelles de moi qui lui avait donné tant de raisons d\u2019espérer, aceulé par l\u2019échéance fatale, il a préféré disparaître.C\u2019est affreux ! \u2014 Mais sa femme et ses enfants ?\u2014 Le pauvre diable s\u2019est dit que sa mort reculerait automatiquement le terme de sa dette.que j'aurais peut-être alors le temps de trouver l\u2019argent.I] m\u2019a écrit une lettre en ce sens, en me recommandant les trois êtres qu\u2019il aimait.C\u2019est lamentable ! .Quand j'ai pu aviser chez lui que j'étais en traitement a Phôpital, sa femme est venue me trouver tout en larmes! Mon malheureux ami s\u2019était tué, doutant de moi, pendant que j\u2019errais, blessé et épuisé, dans le souterrain libérateur.Ah! cette pensée ! Cette simpuissance ! .\u2014 C\u2019est épouvantable ! \u2014 Affreusement! Sa jeune femme est malade de chagrin, les petits sont réduits à la misère.Oh! pour cela, oui, je lui en veux, à cette brute ! .De cela, certes, je ne peux parler sans passion ! Il baissa encore la voix pour dire : \u2014 Et quand je pense que cet homme, cel assassin, fourbe, menteur et lâche, va se marier.va épouser Eliane, cette enfant pure et charmante ! .\u2014 C\u2019est une terrible chose, murmura Paul, mais ce mariage n\u2019est pas fait, cette aventure cruelle peut changer les idées de Mlle de Surtot.En voulant, une fois encore, ramener son ami à des idées moins sombres, il demanda : \u2014 Mais enfin, comment tes-tu tiré du vieux puits?Ce qui m\u2019intéresse, c\u2019est de savoir de quelle manière tu es sorti de là ?\u2014Par un miracle, mon vieux! Je ne vois pas d\u2019autre explication: je devais me tuer dix fois dans une telle chute! \u2014 En effet.\u2014 Je suis resté longtemps sans comprendre jusqu\u2019à ces derniers jours.À la clinique où j'ai été soigné par notre vieil ami, le docteur Brault, que tu connais bien.\u2014 Ah ! oui, un chic type! \u2014 Et calé, tu sais ! il m\u2019a bien retapé, car il paraît que j'étais en assez mauvais état.Je te disais qu\u2019à la clinique, pendant mes quinze jours de repos et d\u2019inaction, j'ai essayé de reconstituer l\u2019aventure, de deviner comment j'avais pu échapper à l\u2019écrasement au fond du trou.\u2014 C\u2019est qu\u2019il est profond, le vieux puits, d\u2019après la légende.-\u2014 Oui, mais j'avais bien compris que je n\u2019étais pas arrivé jusqu\u2019au fond \u2026 Je m\u2019étais parfaitement rendu compte que j'avais été projeté contre une paroi qui avait cédé.J'avais conservé l\u2019impression d\u2019avoir roulé sur une surface inclinée, lisse et glissante.\u2014 Une dalle basculante que le choc de ton corps avait fait ouvrir.\u2014 Justement .une dalle qui, par son propre poids, s\u2019est refermée derrière moi, tandis que je roulais sur le sol de quelque oubliette.Jean passa la main sur son front, soudain crispé comme pour en chasser l\u2019ë- pouvantable souvenir.\u2014Cela a dia être horrible, pauvre vieux, dit Paul affectuensement.Horrible, cette impression d\u2019étre enseveli vivant.\u2014 Ah ! certes ! Il resta pensif un instant et reprit, d\u2019une voix grave : \u2014 Je vivrais cent ans que je ne pourrais oublier l\u2019horreur de ce réveil dans les ténèbres.Avais-je perdu conscience ?Je crois que oui.Mon premier souvenir net est une violente douleur à l\u2019épaule gauche et dans tout le côté.J'ai su depuis, par le diagnostic du docteur Brault, que j\u2019avais des contusions multiples par tout le corps avec une fracture de deux côtes et une luxation de l\u2019épaule: l\u2019omoplate était brisée.Ça, c\u2019était plus douloureux.\u2014 Mais alors, tu ne pouvais pas bouger dans ton oubliette ?\u2014 II le fallait !.Je pouvais encore moins supporter l\u2019idée que j'étais enterré vivant ! L\u2019instinet de la conservation, hein ?.En rampant sur les genoux et le bras droit, j'ai exploré mon cachet a tâtons, dans le noir.Je n\u2019avais ni lampe, ni bougie.Combien de temps cela a-t-il duré ?Je ne sais.\u2014 Tu as tout de même eu du cran, sais-tu ! \u2014 I le fallait, répéta Jean, simplement.A un moment, j'ai senti le vide.une ouverture dans le mur.J'ai avancé.Chaque pas.Je ne peux dire: chaque pas, puisque je me traînais sur les genoux.enfin, chaque progression en avant me causait une souffrance presque intolérable.Et cela a duré des heures ! Cela m\u2019a paru des siècles ! .Là, il y a des trous dans ma mémoire .J'ai dû, plusieurs fois, m\u2019évanouir.Enfin, j'ai vu le jour! .Ah! Paul! tu ne peux pas te faire une idée de ce que j'ai éprouvé ! \u2014 Je m\u2019en doute.\u2014 Non, tu ne peux pas ! Il faut avoir véeu cela: la délivrance de la mort! C\u2019est comme une résurrection ou une naissance dont on serait conscient.Cela fut une joie si forte, si vivifiante, que jai retrouvé immédiatement la force de marcher ! .Ah! revoir le soleil! respirer l\u2019air libre! J\u2019ai pu, dans ce renouveau d\u2019énergie, faire les quelques centaines de mètres qui me séparaient d\u2019un chemin.J'étais dans une lande d\u2019ajoncs, absolument sauvage et déserte.et j'ai pu arriver jusqu\u2019à la lisière, au bord d\u2019une route.je vois toujours la borne prés de laquelle je suis tombé, épuisé.a bout de forces ! \u2014 Et après ?\u2014 Eh bien, j'ai eu de la chance! Un peu plus tard, une auto a passé.Son conducteur était un excellent homme! Il m'a installé le mieux possible dans sa voiture et m\u2019a conduit à Guingamp, où il allait lui-même.Je ne pouvais m\u2019y arrêter.Pas le sous pour payer une mal son de santé.et puis, le croirais-tu?dans l\u2019état de faiblesse où j'étais, Roger me faisait peur ! .Il me semblait qu\u2019il allait me découvrir et venir m\u2019achever pour m\u2019empêcher de parler !.La dépression physique, n\u2019est-ce pas?Je n\u2019étais plus qu'une logue !.II me fallait rentrer a Paris, tout de suite.\u2014 A Paris, tu avais Brault.\u2014 Tout juste! Done, j'ai voulu partir.Mon « rescapeur » m\u2019a fait bander solidement les bras et les côtés dans une pharmacie et il m\u2019a installé lui-même dans le train.Un brave type, vrai !.Le lendemain, aprés une atroce nuit de cahots et de fièvre, sans même être passé chez moi, j'étais à la clinique, admirablement soigné par notre ami.\u2014 Et c\u2019est là que tu as eu l\u2019explication de ton invraisemblable salut.?\u2014 Oui, quinze jours après.en lisant les journaux qui ont relaté le « mystérieux drame des Houx-Noirs».Tu as vu certainement ce qu\u2019ils ont dit: le fusil du garde qui tombe et reste introuvable.la jeune fille qui disparaît également sans laisser de traces.A force de fouiller mes souvenirs, j'ai pu retrouver l\u2019impression d\u2019un premier choc sur quelque chose de pliant et d\u2019élastique qui m\u2019aurait rejeté vers le paroi d\u2019en face.celle qui a cédé.Je ne vois que des branches d\u2019arbustes qui aient pu produire cet effet.\u2014 C\u2019est possible! Dans les vieux puits il y a souvent toute une végétation qui pousse entre les joints.les racines trouvant leur nourriture dans l\u2019argile qui relie les pierres.\u2014 Evidemment, c\u2019est ce qu\u2019il doit y avoir dans le vieux puits.Des branches nous ont accroché et, en amortissant notre chute, nous ont sauvé la vie.\u2014 Oui, elles vous ont arrêtés, toi, la jeune fille et le fusil, au même endroit et, vous faisant dévier suivant la même ligne, vous ont projetés sur le même point de la paroi opposée.\u2014 Je l\u2019ai supposé.Nous avons dû tous les trois toucher l\u2019endroit exact où se déclenchait le ressort qui faisait basculer la dalle.Je ne vois pas une autre explication.\u2014 Celle-ci est la bonne .C\u2019est géométrique .comme un jeu de billard, conclut Paul.Vous avez fait « bande première > et voilà ! Ce qui m\u2019étonne, c\u2019est Août 1934 que les explorateurs du puits, après l\u2019accident, y compris le détective, n\u2019aient pas eu cette idée-là ?\u2014 Tous ces gens ignorent l\u2019existence du souterrain, ou s\u2019ils s\u2019en doutent, logiquement ils ne peuvent savoir à quelle hauteur il se situe par rapport à la profondeur du puits.Or, cette végétation devait se trouver bien au-dessus du fond, et d\u2019après ce que j'ai lu dans les journaux, c\u2019est ce fond surtout qu\u2019on a exploré avec soin.Les plantes d\u2019en haut n\u2019ont attiré l\u2019attention de personne.Puis, les deux amis vont se coucher.Seul, rougeoyant de ses braises écroulées, dans la hante cheminée monumentale, le feu, le bon génie dufoyer, veille sur le sommeil de la rescapée.\u2026.VII Vivre, c\u2019est comprendre \u2026 Dans le lit aux longs rideaux verts, Eliane, depuis longtemps, avait ouvert les yeux.Elle se sentait à la fois engourdie et légère, avec la tête un peu vide, incapable d\u2019un effort prolongé.Cependant, à mesure qu\u2019elle reprenait conscience, elle cherchait à deviner où elle se trouvait.Tout ce qui l\u2019entourait lui était inconnu.La pièce était d\u2019ailleurs plongée dans une demi-obscurité, les volets de bois plein des petites fenêtres étant clos.Mais comme ils étaient très vieux et passablement disjoints, de longs rais de soleil passaient par les fentes et venaient jouer sur les meubles bien cirés.Les yeux d\u2019Eliane s\u2019habituant a cette pénombre, elle distinguait maintenant l\u2019alignement des armoires à l\u2019autre bout de la pièce et cela lui semblait loin, très loin, tant cette salle était vaste.Ce n\u2019était pas une chambre à la mesure d\u2019une jeune fille moderne.Le paravent, déjà, avait été replié par une main précautionneuse et matinale.Eliane essaya de se retourner pour écarter un peu le rideau vert; y ayant réussi, elle aperçut la cheminée monumentale où fumait encore, sous les cendres, la bûches énormes de la veillée.Et là, juste devant elle, sur la grande table ronde, nettement éclairé par l\u2019un des beaux rayons lumineux, un vase rustique, en terre vernissée, était rempli d\u2019une touffe d\u2019épines noires en fleurs.de ces fleurs neigeuses qui apportent toute la poésie du printemps à l\u2019aube frissonnante d'avril.Qui done avait disposé ce frais bouquet pour réjouir sdh premier regard?Les fleurs si blanches se nomment « épines noires» parce qu\u2019elles s\u2019épanouissent, sans feuilles, à même un bois sombre et piquant; la main qui a cueilli tout cela a dû s\u2019écorcher plus d\u2019une fois.Cette pensée fit remonter en elle de vagues réminiscences.Une silhouette d'homme penchée sur elle.une voiture qui court inlassablement.un autre homme.et une vieille Bretonne dont la coiffe palpite à chaque mouvement de la tête.Les souvenirs d\u2019Eliane se précisent.La nuit elle a entendu, lui semble-t-il, toute une conversation.À moins que ce ne soit un rêve.an rêve désagréable, alors ?Mais non, elle se rappelle, à présent, Son nom a été prononcé plusieurs fois.et aussi celui de son fiancé ! Son fiancé ?C\u2019est étrange ! Les voix ont parlé de lui longuement.« Oh! comme c\u2019est difficile de se rappeler .difficile et si triste.Elles ont dit des choses si pénibles.« Vraiment, est-ce possible, tout cela?» Eliane a refermé les yeux.Tout se brouille à nouveau dans sa tête qui se fatigue vite.Peu à peu, elle va se rendormir.Mais quelqu\u2019un est rentré.Un petit pas léger, trottinant, vieillot.\u2014 Bonjour, mademoiselle ! C\u2019est la vieille Katou qui a posé quelque chose sur la table.\u2014 Voilà votre déjeuner, mais c\u2019est qu\u2019on n\u2019y voit goutte ici, je vais donner de la lumière.Les volets ont claqué sur le mur extérieur et le soleil entre joyeux par les deux larges baies.Sur la table, le bouquet neigeux prend un air de fête.À côté de lui, le café au lait odorant fume dans un grand bol qu\u2019accompagne, sur Août 1934 le plateau, une pyramide de petites tartines beurrées.] Eliane sourit à Katou et celle-ci, contente, son vieux visage tout plissé d\u2019uu bon rire, observe avec son accent \u2018pittoresque: \u2014 Pour sûr que vous avez bien reposé: vous êtes toute fraîche et rose, ce matin ! Et vous avez bon appétit, sans doute ?Eliane secoua la tête doucement.Elle n\u2019a pas faim.Il y a des pensées qui coupent l\u2019appétit ! \u2014 Mais si, mademoiselle, il faut manger.C\u2019est du bon lait de la Bauée, la petite vache blanche et noire.la meilleure laitière du pays.Et du beurre de chez nous, c\u2019est pas du fraudé ! Tout en parlant, la vieille femme ar- > \u2026 range les oreillers, puis aide la jeune fille à s\u2019asseoir.Eliane se laisse faire, les attentions de cette vieille femme lui évoquent celles de sa maman.\u2014 C\u2019est vrai que ce café au lait sent bon ! murmure-t-elle aimablement.Elle commence à manger un peu ct Katou, les mains croisées sur son tablier gris, la regarde avec ravissement.Cette demoiselle est mignonne, avec ses beaux chevaux blonds et ses yeux si dorés et si doux, des yeux qui cherchent quelque chose.Voilà qu\u2019ils se sont arrêtés sur la vieille domestique, et la jeune fille parle, enfin: \u2014 Je vous remercie, c\u2019est très bon, mais je voudrais savoir qui vous êtes.et où je suis ?\u2014 Eh! mademoiselle, c\u2019est point difficile à savoir.Pour moi, c\u2019est Katou qu\u2019on m'appelle, et la maison, c\u2019est Bossulan, le manoir de M.Paul Morec, not\u2019 maître.Qu'est-ce que tout cela?Eliane ne se retrouve pas.\u2014 Ah! oui! dit-elle, Bossulan?.C\u2019est très loin, ça ?\u2014 Mais non, pas loin! Concarneau est là-bas.Un effroi passe dans les grands yeux dorés.\u2014 Concarneau, c\u2019est dans le Finistère.plus loin que.Ab! les Houx-Noirs ! Un frisson l\u2019a saisie à ce nom évoqué.Et, toute pâlie, elle a fermé les yeux sous une angoisse obscure pendant que la Bretonne, inquiète, lui enlève des mains son bol à demi rempli encore.\u2014 Alors, quoi ?Ça ne va pas ?La jeune fille rouvre sur elle ses prunelles élargies et d\u2019une voix anxieuse dit : \u2014 Si, je vais mieux! Mais, dites-moi, il y a combien de temps que je suis ici?\u2014 Dame ! ça fait depuis hier soir, mademoiselle.À la tombée du jour, vous êtes arrivée avec M.Jean, dans l'auto.Mais vous éliez ben fatiguée, quasi dormante et vous n\u2019en avez point souvenir, sans doute ?En effet, tout cela est bien vague et n\u2019apprend pas grand'chose à Eliane.\u2014 Ft.monsieur.M.Jean ?est- il encore ici ?\u2014 Dame ! oui.même qu\u2019il est venu lui-même me demander de vous préparer le café au lait.C\u2019est bien sûr qu\u2019il n\u2019est pas loin, puisque c\u2019est lui qu\u2019a cueilli ces fleurs.\u2014 Alors, bonne Katou, voulez-vous le _prier de venir \u2018me voir ?Tout de suite, mademoiselle.Je vas le querir ! \u2014 Merci, Katou; attendez, s\u2019il vous plait.Voulez-vous emporter ce plateau.et aussi arranger un peu les couvertures.l\u2019oreiller?Bien, merci, Katou.Je voudrais aussi.je n'ai pas de glace, vous comprenez ?Je ne suis pas trop décoiffée ?\u2014 Ah! soupire la vieille Bretonne, Mademoiselle est jolie comme la bonne sainte Vierge! Des cheveux comme ça, tout bouclés, on n\u2019est jamais décoiffé ! Et la petite vieille se retire avec son sourire futé en marmottant tout bas : \u2014 Allons.ça va bien.la demoiselle n\u2019est point trop malade, puisqu\u2019elle pense à sa coiffure.Ah! ces jeunesses ! Pendant que la servante s\u2019éloignait, Eliane, pensivement, se demandait ce qu\u2019il fallait dire ou cacher de son aventure.pour connaître la vérité.toute la vérité ! Un instant après la porte de la salle s\u2019ouvrit, livrant passage à Paul, accompagné de son ami Jean Valmont.\u2014 Mademoiselle, murmura ce dernier La Revue Populaire en approchant du lit où reposait la res capée, j'espère que vous avez bien dormi et que vous avez oublié toute votre fatigue.La jeune fille était encore très pâle, mais dans le beau visage apaisé, les yeux avaient reprit l\u2019éclat de la jeunesse.Ils se posèrent longuement \u2018sur Jean Valmont.Après un silence, elle répondit, semblant chercher ses mots : \u2014 Oh! oui, jai dormi! Je suis très bien! Mais, vous dites que j'ai oublié ma fatigue .Etais-je donc si fatiguée ?.Que s\u2019est-il passé ?Jai oublié, tout oublié.je voudrais savoir.\u2014 Ne cherchez pas maintenant, mademoiselle, il faut encore vous reposer, murmura Jean avec une douce autorité.\u2014 Non, je suis bien.Seulement, je veux savoir.Ecoutez : j'ai l'impression que j'ai couru un très grave danger et que vous m\u2019avez sauvée.Son regard clair allait de l\u2019un à l\u2019autre des deux amis.Elle sourit faiblement devant leur mutisme et continua : \u2014 Je voudrais remercier mon sauveur, mais.auquel de vous dois-je la vie ?Paul, à qui son camarade avait fait la leçon, se taisait, un peu gêné.Jean eut un geste de la main pour indiquer que le détail qu\u2019elle exigeait n\u2019avait aucune importance.\u2014 Si, si, insista Eliane, je veux savoir.lequel de vous deux est mon sauveur ?\u2014 Ni l\u2019un, ni l\u2019autre, répondit enfin Valmont avec un sourire insouciant.Sauveur est un bien grand mot.Voilà ce qui s\u2019est passé: tout simplement, nous avons eu la chance de vous rencontrer, alors qu\u2019une trop longue promenade vous avait sans doute entraînée loin de chez vous.Vous paraissiez avoir marché longtemps et être à bout de forces.Il était tout naturel de vous offrir une place dans l\u2019auto et de vous amener vous reposer ici.\u2014 Tout naturel, répéta Eliane, rêveuse.Tout naturel ?.Enfin, messieurs, quoi qu\u2019il en soit.quel que puisse être l\u2019événement qui m\u2019a mise sous votre protection, je tiens à vous redire simplement et bien sincèrement : merci.Elle tendait aux deux jeunes gens sa main fin.Sur la peau blanche, quelques écorchures rappelaient à Jean les ronces du buisson sous lequel la jeune fille lui était apparue presque évanouie.Il les regarda pensivement; puis ses yeux remontèrent vers le visage zébré où les égratignurent pâlissaient déjà.Chaca- ne d\u2019elles marquait une souffrance ressentie.« Pauvre enfant! pensa l\u2019homme apitoyé.Et ceci n\u2019est rien à côté des tortures éprouvées dans le souterrain.> Son coeur était gonflé de pitié et de tendresse grandissante depuis qu\u2019il se sentait uni à clle par la même dramatique infortune, par les mêmes angoisses et les mêmes dangers.« Pauvre pelite Eliane ! > Mais, pâle et grave, il demeurait silencieux auprès du lit, pendant que Paul conversait avec la rescapée.\u2014 Je crois que je vais pouvoir me lever, disait Eliane; je vous encombrerai ainsi beaucoup moins que dans un lit.\u2014 Je préférerais, cependant, que vous demeuriez encore couchée, iptervint Jean.Vous avez pris froid et vous toussiez un peu, hier soir.\u2014Je ne pense pas que ce soit très grave, fit-elle en souriant.Pourtant, si cela doit vous rassurer, messieurs, je garderai le lit jusqu\u2019à ce que vous me permettiez d\u2019en sorlir.A la condition, ajon- ta-t-elle un peu coquettement, que vous veniez quelquefois me tenir compagnie dans cette grande salle où je me fais Peffet d\u2019un oisillon tombé du nid.\u2014 Nous nous arrangerons pour que lun de nous soit toujours auprès de vous, proposa Morce avee toute la bonne grâce d\u2019un maître de maison qui cherche à faire plaisir.Eliane les remercia.Elle s\u2019adressait aux deux hommes, ne paraissant pas vouloir les séparer dans sa pensée; cependant, son regard lumineux revenait toujours se poser sur le visage de Jean.\u2014 Je vais voue laisser avec mon camarade, ce matin, reprit l\u2019hôte.Jai aux chÿmps des travailleurs qui commencent à ensemencer une pièce de terre et je dois aller surveiller ces semailles.Ex- cusez-moi, tous deux Tantôt, je serai heureux d\u2019être des vôtres.Je passe auprès du bourg, je vous apporterai le journal.Il s\u2019éloigna.Restés seuls, les deux jeunes gens s\u2019examinèrent en silence.Jean, d\u2019abord, hésita à s\u2019asseoir.Cette chaise au pied du lit était bien près.Elle plaçait Eliane sous son regard direct et cet emplacement semblait indiseret.gênant aussi pour la jeune fille.Cet autre siège, près de la table, était bien loin; en revanche, il les faisait complètement étrangers et comme cérémonieux.Valmont cependant, opta pour ce dernier.Eliane avait saisi son hésitation.Comme, une fois asris, il demeurait silencieux, elle se mit à rire.\u2014 Quelle pénitence je vous impose, monsieur, de rester enfermé dans cette pièce alors que vous seriez si bien dehor3, sous ce beau soleil de printemps ! \u2014 Oh! protesta-t-il d\u2019un élan qui le tourna complètement vers elle.Je suis bien mieux ici, mais je ne voudrais pas vous fatiguer er parlant trop.Vous devez avoir besoin de repos et de silence.\u2014 Ah! non, fit-elle pas de silence ! Il y a trop de pénibles souvenirs dans ma pauvre tête endolorie, je voudrais pouvoir m\u2019empêcher de penser.\u2014 Voulez-vous que je vous donne un cachet qui vous ferait dormir et qui permettrait à votre cerveau de se reposer un peu, sans pensée importune et sans cauchemar pénible ?\u2014 Qui vous permettrait, surtout, de rejoindre votre ami Paul, observa-t-elle un peu amèrement.\u2014 Ne croyez pas cela, mademoiselle, protesta-t-il de nouveau avec chaleur, en se penchant vers elle.Je ne désire qu\u2019alléger vos souffrances .J\u2019ai, moi-même, passé par des circonstances un peu cruelles ces dernières semaines, et je sais combien la pensée s\u2019affole et s\u2019énerve dans l\u2019immobilité du lit, quand on ressasse les maux dont on a souffert.\u2014 Oui, fit-elle.La pensée est une torture.surtout après avoir vécu les hen- res épouvantables que j'ai traversées ! Elle s\u2019animait, ses pommettes rougissaient sous la fièvre intérieure qui la dévorait au rappel des terribles épreuves subies dans l« souterrain.\u2014 Vous ne savez pas.vous ne pouvez pas vous douter de ce que c\u2019est épouvantable d\u2019être enterrée vivante.«t toute seule.pendant des heures, dans une nuit qu\u2019aucune étoile n\u2019éclaire.Elle avait caché son visage dans ses mains, comme pour ne pas voir la redoutable hantise.Et, cependant, elle l\u2019évoquait toujours : \u2014 C\u2019est affreux ! horrible!.Ah! j'ai souffert ! Dai pleuré, j'ai crié ! Je me sentais devenir folle .Et rien ! personne! j'étais seule ! Des larmes coulaient le long de ses joues.Elle hoquetait sous une crise nerveuse.Flle n\u2019avait certainement pas prémédité ces confidences; mais les mots jaillis- saïent spontanément de sa poitrine contractée, comme si elle était soulagée de lui dire ces choses.a lui qui devait la comprendre ! Valmont, bouleversé d\u2019émoi et compatissant, s\u2019était levé et approché du lit.Il sentait bien que les nerfs, en cet instant, avaient raison de la vaillante jeune fille.Ces larmes, d\u2019ailleurs, étaient la réaction d\u2019une volonté trop longtemps tendue.Elles eussent fait du bien à la victime du vieux puits, si l\u2019état fébrile n\u2019avait compliqué son état de faiblesse.\u2014 Ne pensez plus à tout ça, mon petit.calmez-vous, je vous en prie.C\u2019est fini.\u2014 J\u2019étais seule ! répétait-elle à travers ses sanglots.C\u2019était horrible.\u2014 Oui, c'était épouvantable! Mais c\u2019est passé ! Ces heures affreuses ne reviendront plus.Vous n\u2019êtes plus seule, vous voyez.Je suis là! .Je ne vous quitterai pas! Ma pauvre petite fille, calmez-vous, pnisque c\u2019est fini.Il l\u2019avait aitirée contre lui, bien que son épaule blessée fût placée de son côté.Et malgré la souffrance que la position incommode lui causait, il tenait la jeune fille serrée sur sa poitrine, pendant que, de l\u2019autre main, avec son mouchoir, il lui essuyait les jones ou lissait ses cheveux.doucement, dévotement, avec le désir impuissant de prendre toute sa peine pour lui, et la certitude de ne pouvoir rien faire d\u2019autre que la bercer comme un petit enfant.47 \u2018Papa aime les RICE KRISPIES lui aussi\u201d Quanp les Rice Krispies de Kellogg pétent, craquent et éclatent dans le lait ou la créme, l\u2019appétit est toujours en éveil.Et jeunes comme vieux en goûtent la délicieuse saveur.A n\u2019importe quel repas, servez les Rice Krispies.Pour la mère, c\u2019est le goûter délicieux et léger.Et rien de mieux pour les enfants qui veulent manger avant de se coucher.Particulièrement bons avec des fruits ou du miel.Les Rice Krispies possèdent toute la saveur nutritive du riz grillé.Faciles à digérer, ils procurent un sommeil paisible quand les enfants en mangent au souper.Dans le carton rouge et vert, chez les épiciers.Conservés très frais dans le sac CIRE.Préparés par Kellogg, à London, Ontario.Qualité garantie.Ecoutez ! \u2014 48 Peu à peu, la malheureuse se calmait, ses sanglots s'étaient apaisés, et ses hoquets nerveux s\u2019étaient espacés.Elle restait blottie cependant contre l\u2019épaule tutélaire qui semblait la protéger, pendant qu\u2019avec le mouchoir de Valmont elle se séchait elle-même le visage.\u2014 Oui! J'ai été bien malheureuse! ré- pétait-elle.Jamais je ne pourrai oublier.\u2014 Je sais.\u2014 Non ! fit-elle avec une moue puérile, ce n\u2019est pas pareil.Vous, vous êtes un homme.Un homme, ça réagit mieux qu\u2019une femme ! \u2014 En effet, fit-il, convaincu.Il vous a fallu cent fois plus d\u2019énergie qu\u2019à un garçon pour sortir de ce trou infernal.Les cheveux d'Eliane étaient si près de ses lèvres qu\u2019il oubliait, en cette minute, son propre calvaire quand, sans lumière, blessé et meurlri par tout le corps, il avait dû chercher à tâtons, et sur les genoux, son salut dans les ténèbres inextricables du couloir sans fin.Quand la jeune fille fut totalement calmée, elle se dégagea elle-même de l\u2019étreinte de son compagnon et reposa sa tête languissante sur l\u2019oreiller; elle laissa néanmoins sa main dans celle de son sauveur, qui avait fini par attirer la chaise au pied du lit, pour la placer à la hauteur de la malade, avant de s\u2019y asseoir.\u2014 Est-ce que vous avez les journaux de ces derniers jours ?demanda-t-elle tout à coup.\u2014 Pourquoi faire ?\u2014 Je voudrais les lire.\u2014 Cela va vous fatiguer.\u2014 Non, ce sera une distraction.\u2014 Je ne crois pas que leur lecture vous soit salutaire.Vous savez bien que vous n\u2019allez y trouver que des rappels douloureux.: \u2014 Non, ça m\u2019amusera de voir les déductions des reporters, je suis sûre qu\u2019ils ont dû dire des bourdes énormes.\u2014 Plutôt.\u2014 Ça ne vous a pas fait rire ?- Ah! non ! \u2014 Moi, j\u2019aurais ri ! \u2014 Non.Peut-être; mais quand je les ai lus, je pensais qu\u2019une jeune victime était en grand péril.\u2014 Ah ! oui.Il y a longtemps que vous être au courant ?\u2014 Quarante-huit heures.\u2014 Avant-hier ?\u2014 Oui .l\u2019après-midi.\u2014 Alors, vous êtes venu tout de suite?\u2014 Dès que j'ai pu.\u2014 De Paris ?\u2014 Oui, de Paris.\u2014 Ah!.c\u2019est loin ! Ils se turent.Tous deux réfléchissaient à cette suite d\u2019interrogations et de réponses qui les faisaient communier dans un même secret.Valmont avait inventé une fable pour expliquer à Eliane comment il l\u2019avait ramenée à Bossulan, et la jeune fille, de son côté, avait affirmé ne garder aucun souvenir de la veille; pourtant aucun d\u2019eux n\u2019aurait voulu altérer la vérité.\u2014 C\u2019est hier matin que vous m'avez trouvée ?interrogea à nouveau la jeune fille.\u2014 Oui, hier matin.mais ne parlez plus de tout ça, vous allez vous faire encore du mal.Mais elle secoua la tête : \u2014Je pense, et c\u2019est pire !.Ne me laissez pas penser toute seule ! Revenant à ses questions, elle continua: \u2014 De Paris en Bretagne, c\u2019est loin.\u2014 Un peu plus de cing cents kilometres, fit-il, en riant de préciser un tel détail.\u2014 I vous a fallu marcher toute la nuit ?\u2014 Une belle nuit claire! vraie promenade ! \u2014 Toute la nuit.pour me sauver! \u2014 Pas du tout.Vous vous étiez sauvée vous-même! Votre magnifique vaillance vous avait fait gagner la sortie du souter- ran.Vous étiez a l\u2019air libre, heureusement.Elle parut réfléchir.chercher dans sa mémoire.\u2014 En plein air, peut-être, dit-elle lentement, mais pas sauvée pour ça! Sans vous, je serais morte là-bas.\u2014 Qu'est-ce que vous allez imaginer la?C\u2019était une La Revue Populaire \u2014 La vérité.Je sais bien que je n\u2019avais méme plus la force de me dégager du buisson où j'étais tombée.Voyez mes mains.\u2014 De simples égratignures.\u2014 Qui ont leur éloquence .Vous m\u2019avez sauvé la vie.Je ne l\u2019oublierai jamais ! \u2014 Je vous en prie, mademoiselle, fit-il, embarrassé, ne prononcez pas d\u2019aussi grands mots pour une aussi petite chose.Je ne mérite pas que vous les employiez.\u2014 Si, répéta-t-elle avec exaltation.Je n\u2019oublierai jamais.Ma mère m\u2019a donné le jour.mais c\u2019était ma mere! Vous, vous m'avez sauvé la vie.et je ne vous étais rien !.Vous avez droit à toute ma reconnaissance.Quoi que vous désiriez.que vous me demandiez, je vous fais le serment de vous l\u2019accorder, si la chose est en mon pouvoir.Jamais je n\u2019oublierai.Vous entendez, monsieur Jean, tout ce que vous me demanderez ! Dans sa reconnaissance éperdue, elle eût voulu se donner toute.Elle le fixait de ses grands yeux brillants, comme si elle s\u2019attendait à ce qu\u2019il profitât tout de suite de son offre magnanime et énonçât quelque désir qu\u2019elle ne demandait qu\u2019à satisfaire.Mais le regard masculin qui plongeait dans ses yeux demeurait sombre.L'homme sentait bien qu\u2019en cette minute éperdue il aurait pu tout exiger de sa compagne, même sa vie !.Mais il ne se souciait pas de s\u2019attacher une âme par la reconnaissance.Ce n\u2019est pas ainsi qu\u2019il eût voulu régner sur le coeur d\u2019E- liane.\u2014 Donnez-moi votre amitié, fit-il gravement.Accordez-la-moi.même si l\u2019on vous dit que j'en suis indigne !.Et puis, soyez heureuse.que je vous sache complètement heureuse, vous ! Ce sera ma plus belle récompense, si tant est que j\u2019en mérite une.Un voile noyait soudain les yeux gris du jeune homme.Il détourna la tête avec un mouvement d\u2019orgueil qui veut dominer la situation.Mais Eliane avait surpris la détresse masculine et, petite chose très pure, mais sans expérience, elle demeura silencieuse, se demandant quelles lourdes pensées pouvaient ainsi assombrir un front d\u2019homme et lui faire crier \u2014 si passionnément et d\u2019une voix si douce, si lasse \u2014 cet émouvant souhait où vibrait une longue plainte : « Que je vous sache complètement heureuse, vous ! » Heureuse ! Elle ?Pourquoi pas, lui aussi ?Il y avait done des hommes qui ne croyaient plus au bonheur ?Et celui qui l\u2019avait sauvée était de ceux-là ?Quelque chose se crispa dans la poitrine d\u2019Eliane.un serrement de coeur devant un malheur qu\u2019on pressent ?.ou le déchirement d\u2019une impuissance en face d'une catastrophe ?La jeune fille, gravement, longuement, réfléchissait.VIII Et vivre, c\u2019est aussi aimer Une dernière lueur du jour finissant entrait par les petites fenêtres.La forme des meubles s\u2019estompait de plus en plus dans l\u2019ombre.Toute la chaleur et toute la lumière se concentraient maintenant dans le rayonnement du feu, du feu chantant, joyeux et clair ! Les reflets de la flamme jouaient sur les cheveux d\u2019or d\u2019Eliane et sur les plis de son vêtement filial.Qu'elle était donc belle ainsi, la petite convalescente ! Comme ce brave Paul avait eu une heureuse idée d\u2019aller chercher dans l\u2019une des antiques armoires ce long châle de eachemire blanc, souvenir d\u2019une aïeule, qui enveloppait de tant de grace les épan- les frêles et le jeune corps souple qu\u2019on venait d\u2019installer dans un fauteuil, sous le manteau de pierre de la vaste cheminée ! Le grand chien roux de la maison était venu se coucher aux pieds de la jeune fille et les deux amis silencieux contemplaient ce tableau admirable et sans âge : cette belle enfant blonde et blanche, rêvant au Coin du feu, une bête fauve à ses pieds.Mais, même en ce coin paisible de Bretagne, Valmont n\u2019oubliait pas la veuve et les enfants de Lanfred.Et, pour aller leur téléphoner à Paris, il s\u2019arracha a la douce quiétude de la grande salle mi-obscure où régnait Eliane, telle une blonde et jolie châtelaine d\u2019autrefois.\u2014Je vous quitte, noble demoiselle et gentil seigneur.Puissent les serves du téléphone m'être favorables et me permettre de revenir très vite parmi vous ! Sa haute taille se dressa, plus grande encore dans la pénombre.\u2014 À tout à l\u2019heure.La jeune fille le suivit des yeux peu- dant qu\u2019il disparaissait.\u2014 Votre ami a l\u2019air d\u2019un homme charmant, dit-il à Paul, d\u2019un ton détaché.\u2014 C\u2019est le meilleur garçon que je connaisse, répondit celui-ci chaleureusement.\u2014 Et vous le connaissez depuis longtemps ?\u2014 Depuis toujours ! \u2014Ah!.C\u2019est un bail!.Mais il est donc originaire de ce pays ?\u2014 Non.Il est né en Normandie.de pure race normande, même ! Mais ma mère et la sienne avaient grandi ensemble, à la même pension.Et, tous les ans, Pune des deux familles allait chez l\u2019autre passer les vacances.Il fit une pause, et simplement ajonta, avec une sorte de gravité : \u2014 Je ne pense pas que deux frères puissent avoir plus de confiance l\u2019un dans l\u2019autre que nous deux.Jean et moi sommes véritablement liés par les liens d\u2019une puissante et sincère amitié.\u2014 A ce point-là, l\u2019amitié est une belle chose ! fit rêveusement Eliane.Katou apportait la lampe et la jeune fille sourit à la vieille bonne dont le regard maternel s\u2019était tout de suite posé sur elle.Paul Morec s\u2019était levé et était allé chercher un châssis sur lequel une toile enduite était tendue.\u2014 Je voudrais garder le souvenir de votre passage chez moi, expliqua-t-il.Vou- lez-vous me permettre de prendre une esquisse de vous, mademoiselle?.là.comme vous êtes en ce moment.Je préparerais ma toile tout de suite et demain, en quelques heures, jy mettrais des couleurs.Eliane acquiesça d\u2019un signe de tête.\u2014 Si cela vous fait plaisir.\u2014 Oui, un réel plaisir.Ces heures ont été belles pour moi: vous si délicieuse et mon ami Valmont sous mon toit.Je n\u2019ai pas un pareil régal tous les jours, dans ma vieille demeure.\u2014 Vous vivez seul, ici?\u2014 Avec ma vieille Katou.\u2014Et.M.Jean ne vient pas souvent vous voir ?\u2014 Hélas ! \u2014 Il habite Paris ?\u2014 Oui.Tout en parlant, il prenait ses mesures, et le fusain courait sous ses doigts agiles.\u2014 Je suis bien ainsi?questionna Elia- ne dont la coquetterie s\u2019inquiétait.\u2014 Jolie comme une madone, vous dirait Katou.\u2014 C\u2019est que je tiens à ce que mes traits ne soient immortalisés que sous un jour favorable.\u2014 II me serait difficile de vous «faire» autrement que jolie.\u2014 Même avec mon visage fatigué de convalescente ?\u2014 Si j\u2019osais, je vous dirais que vous n\u2019en êtes que plus délicieuse ainsi.la langueur ne nuisant pas aux fins visages féminins .Mais je ne continue pas, mon ami Valmont ne me le pardonnerait pas.Une vague rougeur teinta les joues d\u2019Eliane.\u2014 Est-il done si pudibond, M.Jean ?\u2014 Lui ?Oh! non ! C\u2019est, au contraire, un gai et joyeux luron.\u2014 Eh bien, alors ?\u2014 Ah! voilà! .J\u2019ai remarqué qu\u2019avec vous, il me semble se permettre aucune licence.\u2014 C\u2019est vrai, cela ?\u2014 Dame ! s\u2019exclama-t-il en riant.Et un peu taquin devant sa confusion: \u2014 Vous avez dû remarquer ! Il vous parle avec respect.presque religieusement.c\u2019est ainsi qu\u2019on doit parler aux anges, il me semble.\u2014 En effet! fit Eliane étonnée.Ce n\u2019est donc pas son habitude ?\u2014 Ah! fichtre non! Jean est d\u2019ordinaire un boute-en-train et vous êtes sûrement, mademoiselle Eliane, la première jeune fille qu\u2019il ne bombarde pas de Août 1934 compliments et n\u2019assassine pas de galants propos.La jeune fille était devenu songeuse.\u2014Je n\u2019ai pas cependant, un air rébarbatif, observa-t-elle.\u2014 Je ne crois pas, en effet, que ce soit cela.\u2014 Alors ?pourquoi ?.\u2026.dites-le-moi.\u2014 Oh! je ne sais pas, moi.Vous feriez peut-être bien de le lui demander.Mais, quittant subitement son air malicieux : \u2014 I est vrai que le pauvre diable a eu de gros soucis, depuis quelque temps.\u2014 Des soucis matériels ?\u2014 Oui.Il est sans fortune, n\u2019est-ce pas ?Ses parents ne lui ont laissé que des affaires très embrouillées .des gens qui entretenaient trois maisons: à la ville, à la campagne et à la mer, sans en avoir les moyens réels.D\u2019un autre côté, il a été élevé à l\u2019ancienne manière.avec l\u2019horreur de certains métiers qui sont interdits aux jeunes gens de bonne famille.Bref, il y a eu, dans sa vie, plus de soucis que de bouteilles de champagne.\u2014 J'ai déjà entendu dire cela de quel- qu\u2019un, murmura Eliane qui évoquait Mme Croixmare et ses réflexions au sujet de son neveu.\u2014 Mais, ces temps derniers, il n\u2019a pas eu de motifs d\u2019étre plas ennuyé, n\u2019est-ce pas ?reprit-elle a voix haute.\u2014Si.je crois que si ! Des soucis importants, même.Il a perdu sa situation: son patron s\u2019est suicidé.\u2014 Ah ! fit la jeune fille, toute saisie.Des bribes de phrases lui revenaient: « Acculé, découragée.une veuve.des enfants!» \u2014 C\u2019est affreux! balbutia-t-elle.Elle passa sa main fiévreuse sur son front, où un point sensible lui faisait soudain du mal.\u2014 II est sans situation en ce moment ?reprit-elle machinalement.\u2014 Oui! Et le souci de l'existence le hante, mais c\u2019est surtout le suicide de son ami qui l\u2019a démoralisé.Il l\u2019aimait beaucoup son patron et il est malheureux de n\u2019avoir pu le secourir.\u2014 Je comprends pourquoi il est si grave.\u2014 C\u2019est un peu naturel.Il n\u2019a pas de chance, d\u2019ailleurs: de tous les côtés, la malchance l\u2019accable! Il a été blessé \u2026 il sort de l\u2019hôpital.\u2014 Blessé ?interrogea Eliane avec surprise.\u2014 Gravement, même! Vous n\u2019avez pas remarqué: il remue difficilement le bras gauche.\u2014 Il a le bras cassé ?\u2014 Oui.et aussi l\u2019épaule.Il est bandé.il est loin d\u2019être guéri! Il a quitté I\u2019hopital pour venir en Bretagne.Eliane ne répondit pas.Elle réfléchissait que, le matin, Jean avait entouré son buste de son bras gauche.Elle avait surpris une grimace lorsqu\u2019elle avait roulé sa tête sur l\u2019épaule du jeune homme.Et n\u2019avait pas fait attention, ne sachant pas.Maintenant, elle se rappelait.Et malgré la douleur, il n\u2019avait pas retiré son bras tant qu\u2019elle avait pleuré.Elle eut un gros soupir; sa dose de gratitude s\u2019alourdissait encore pour lui.Quel singulier garçon que ce M.Jean, qui avait de pareilles attentions ! \u2014 C\u2019est tout cela qui le rend si triste, pensa-t-elle tout haut.\u2014 Il a évidemment mille raisons de ne pas être gai.Morec s\u2019arrêta de travailler.Tenant la toile à bout de bras, la tête penchée alternativement à droite, puis à gauche, il comparait son ouvrage an modèle.\u2014 Ça vient bien, fit-il.\u2014 Oh ! Montrez ! De sa place, il la lui tendit délicatement \u2014 C\u2019est loin d\u2019être fini, mais, déjà, c\u2019est vous.La coupe du visage.la bouche, le menton.\u2014 Oui, dit Eliane, mal convaincue de- vent l\u2019embrouillamini de tout ce blanc et noir enchevêtré.Ce sera moi.quand ce sera fini ! Morec sourit : \u2014 Evidemment, pour un profane, cette esquisse n\u2019a rien de merveilleux, mais vous verrez quand les couleurs aurout recouvert tout ça.\u2014 Pourvu que le portrait vous paraisse joli, à vous, c\u2019est le principal, concéda la jeune fille déçue et qui ne se trouvait *x \u201cwi Août 1934 La Revue Populaire oo oI} CONSEIL = MESDAMESP de da ue Bière Ol ABILLER?LES PELLETIER d Stock \u2018 Zw ASS A 5 PS VEE x JOS DUPUIS ! VEUX-TU SORTIR A | Ke ERP TE j=, DECE HAMAC ET ALLER Em % _ \u20ac / = | S Cf, 140 Yes) a \u201c TH ( 5 >\u2019 > ad rl CINÉ 3 .CG © Z, \\ ER Sa, + \u2019 2.75 > ~ JE CROIS QU'IL NY À QU'UN MOYEN POUR LE REMUER -CA NE RATE JAMAIS VOTRE EXCELLENCE DÉSIRE - TR) Er VERRE DE RAFRAICHISSANTE BIÈRE Do OLD STOCK QUI ATTEND SON BON PLAISIR! HEIN! QU'EST -CE QUE TU DIS?A DIRE, MARGOT, TZ ] T-ELLE SE LEVERTILYA SUR( b% 53 3% LATABLE DE LA CUISINE UN z PR 1EN COMME TE BIÈRE Doll oi STIMULER UN HOMME ! POUVEZ-VOUS PRESENTA MAINTENANT ?JEAN PELLETIER, a | ME VOICI, MADAME! ME BLE 49 50 pas belle du tout sur cette image barbouillée.\u2014 Vous verrez! vous verrez! s\u2019écria gaiement le peintre amateur.Jean Val- mont, lui-même, voudra me la chiper, ma toile! Mais bernique! c\u2019est pour moi que je travaille.Comme c\u2019est peut-être le seul tableau que j'aurai l\u2019occasion de faire de vous, je ne m\u2019en sépare pas.\u2014 Et puis, mon image n\u2019intéresse probablement pas votre ami.Paul Moree, qui avait repris son crayon et travaillait, s\u2019arrêta pour regarder Elia- ne; mais celle-ci ne sut pas si c\u2019était ce qu\u2019elle venait de dire qui avait fait loucher le jeune homme ou si, plus simplement, il examinait son modèle avant de poursuivre.Un éclair égayé, cependant, brillait dans l\u2019oeil du maître de maison.\u2014 Valmont, dit-il, amphigourique, est obsédé par une image de femme.Hormis celle-ci, il ne regarde peut-être pas les autres.Eliane avait tressailli.\u2014 Une femme ?questionna-t-elle.\u2014 Oui.Il hésita, puis, se penchant en avant, il lui expliqua confidentiellement : \u2014 C\u2019est ça qui le rend si triste, par moments.Il a du chagrin.\u2014 Ah! \u2014 Oui.un amour malheureux \u2026.Ne lui dites pas que je vous en ai parlé.\u2014 Oh! non! Je n\u2019oserais pas ! Mais vous dites qu\u2019il aime, sans espoir.\u2014 Une jeune fille.Elle est trop riche pour lui.\u2014 Il est assez joli garçon pour être aimé pour lui-même, observa Eliane d\u2019une voix neutre.\u2014 Peut-être.mais il ne lui en a jamais parlé.\u2014 Pourquoi ?L\u2019autre haussa les épaules : \u2014 Des serupules ! .Jean est farci de scrupules! Et puis, maintenant, il est trop tard ! Elle va épouser un de ses parents.un homme riche, trés riche.un cousin qui ne vaut pas grand\u2019choese.Ah! certes ! ce dernier est loin de valoir mon brave camarade, et sûrement il ne rendra pas sa femme aussi heureuse que Jean aurait pu le faire.Seulement, voilà.c\u2019est la destinée ! L\u2019autre a tons les honneurs et mon bon ami n\u2019a que des embêtements .C\u2019est la vie! En parlant, il évitait de regarder son interlocutrice.Il entrecoupait son récit de petits silences, comme si la confidence lui était arrachée brides par brides.Lorsqu\u2019il eut fini de dire tout ce qu\u2019il voulait qu\u2019elle sût, Morec leva les yeux sur elle.Le prétexte de son travail ne lui permettait-il pas de la dévisager ?Fliane était demeurée immobile.Les yeux fixés dans le vague, sa pensée semblait partie à des lieues de là.Pourtant, sur le front pur, une ride transversale mettait une note de dureté.\u2014 Je n\u2019aurais peut-être pas dû vous raconter tout ça, balbutia Morec, subitement géné de ses confidences devant ce visage tendu.\u2014 Qu'est-ce que vous voulez que, personnellement, ça me fasse, les amours de M.Jean ?.Mais, si vous regrettez de m\u2019en avoir tant appris sur les secrets de votre ami, rassurez-vous, je ne répète jamais ce qu\u2019on me dit ! C\u2019était ferme, net, un peu tranchant peut-être.Le peintre rangea ses fusains, Katou rentrait mettre la table pour le diner du soir et Valmont venait d\u2019arriver.\u2014 II fait bon, ici, après le vent un peu froid du dehors.On sent déjà le printemps, quand le soleil donne; mais, à cette heure nocturne, on a l\u2019impression que l'hiver a du mal a relâcher ses pin- Ces.Il s\u2019arrêta devant le petit visage tendu qui évitait de le regarder et ne semblait pas l\u2019entendre.Morec, pour couper le silence, lui montrait l\u2019esquisse d\u2019Eliane.\u2014 Les contours sont bons, fit Jean après l\u2019avoir examinée.Mais il faudra mettre du rêve dans les grands yeux dorés.idéaliser l\u2019expression.Tiens.ici.regarde.Son bras tendu désignait Eliane.11 allait préciser son observation, mais la petite tête se redressait si orgueilleusement sous la masse des cheveux flous, la lèvre marquait un si énergique dédain, que Valmont y cherchait en vain le rêve et Pidéal qu\u2019il voulait y mettre.La Revue Populaire « Cause, mon bonhomme! pensait cn effet avec malveillance Eliane en cette minute.Tu peux prendre tes grands airs et ta voix la plus émouvante, tu ne me trompes pas.Tu n\u2019es qu\u2019un vulgaire coureur de cotillons qui use des grands moyens pour séduire une fille riche sans défense.Quant à ton ami, bien stylé, bien dressé, il a parfaitement récité sa leçon ! .trop bien, même, car il a dépassé le but à atteindre ! .Vous pouvez vous entendre comme larrons en foire, vous ne me prendrez pas à vos rets, messieurs.Tout est truqué chez vous.même l\u2019histoire de cette nuit si merveilleusement surprise.Et mei, bonne béte, qui ai failli m\u2019y laisser prendre! Ah ! c\u2019est qu\u2019elle n\u2019y allait pas de main morte, la vaillante Eliane, quand il s\u2019agissait de démasquer des hypocrites ! Mais, comme tout de même l\u2019un était son hôte et que l\u2019autre lui avait renda un réel service, elle déroba ses sentiments et demeura correcte.On devine que le repas, avec une invitée aussi réservée, fut plutôt silencieux.A un moment, Morec demanda à son ami s\u2019il avait pu atteindre la veuve de son ami.\u2014 Oui, c\u2019est elle-même qui est venue à l\u2019appareil .il n\u2019y a plus de bonne, naturellement, dans la maison .Mme Lan- fred est toujours aussi lamentable, elle me supplie d\u2019arranger ses affaires.Elle dit m\u2019avoir écrit.Sa lettre m\u2019arrivera demain et me donnera certainement des détails qu\u2019elle a dû passer sous silence au téléphone.Selon ce qu\u2019elle m\u2019apprendra, je repartirai demain soir ou vendredi matin.\u2014 Déjà! Comment, tu ne resteras pas jusqu\u2019à ce que Mademoiselle soit complètement rétablie ?Valmont haussa les épaules et un peu bourru : \u2014 Je ne pourrai pas.Je suis désolé, mon vieux.J'aurais préféré rester, crois-le bien.Mais cette petite femme m'inquiète.Elle est complètement sans ressort.Je n\u2019ai pas envie qu\u2019elle réédite le geste de son mari.Cette fois, ça m\u2019assommerait, j'en deviendrais fou! Et qu'est-ce que je ferais ensuite avec les deux mômes ?Ah ! fichtre non, je ne la laisse pas seule! C\u2019est contrariant, mais je partirai demain.Eliane avait écouté en silence.Son sauveur avait parlé avec une telle force et il paraissait si grave, si affecté, qu\u2019elle n\u2019était pas loin de croire qu\u2019il disait la vérité.Cependant Morec, en lui parlant de l\u2019amour caché et malheureux de son camarade, avait éveillé sa méfiance.Quelques paroles dites, sans doute intentionnellement, ne suffisaient pas à lui rendre sa quiétude et sa belle insouciance.Le repas lui parut interminable.Elle avait hâte d\u2019être couchée et de pouvoir réfléchir tranquillement.Les yeux clos, dans le silence nocturne, n\u2019allait-elle pas faire de nouvelles observations ?Elle avait été si naïvement confiante depuis vingt-quatre heures! Il convenait d\u2019être plus pondérée et de ne pas accorder trop vivement sa sympathie à quelqu\u2019un qui, peut-être, ne la mériterait pas.Malgré tout, ce doute lui était désagréable: c\u2019était tellement plus doux de prêter à son sauveur toutes les qualités ! Un peu triste, elle s\u2019excusa d\u2019être fatiguée et de ne pouvoir rester plus lons- temps avec ses deux nouveaux compagnons.Ils parurent admettre ses raisons et Ja laissèrent se retirer sans protester.Eux- mêmes quittèrent la salle presque aussitôt, avec l\u2019obscure prescience d\u2019un malentendu inexplicable.IX Des explications qui finissent beaucoup mieux qu\u2019on n\u2019aurait pu l\u2019espérer Malgré le soleil qui rayonnait sur tous les meubles de la grande salle, malgré les épines noires pomponnées de bouquets blancs que Jean renouvelait chaque matin, une même atmosphère de réserve régnait sur le petit groupe assemblé au coin du feu pour permettre à Elia- ne de garder la pose pendant que Morec étalait ses couleurs sur la toile.La jeune fille, déjà, était l\u2019âme de leur réunion, son sourire était leur soleil et, parce que aujourd\u2019hui il ne s\u2019épanouissait pas sur ses lèvres, les deux jeunes gens demeuraient silencieux.Tout à coup, la grosse voix du facteur résonna derrière les murs : \u2014 Les journaux habituels et une lettre pour monsieur.M.Jean Valmont! C\u2019est bien ici ?\u2014 Voilà.Déjà Jean revenait, une enveloppe à entête commercial à la main.\u2014 C\u2019est de Mme Lanfred.Je vais voir s\u2019il me faut partir ce soir même.ou si je puis remettre mon départ à demain matin.\u2014 J'aimerais mieux que tu ne partes que demain.Je ne te vois pas recommen- cant a voyager toute la nuit.Tout ie monde compte sur toi et abuse de ta complaisance! Tu n\u2019es pas un terre-neuve, mon vieux !.Valmont étonné d\u2019une telle réflexion faite en présence de la convalescente, leva les yeux sur son ami et l\u2019examina d\u2019un oeil réprobateur.Le brave Paul ne sourcilla pas.Jamais il n\u2019avait eu un air aussi naturel ! C\u2019est qu\u2019il en voulait un peu à sa petite hôtesse de son mutisme.Sa protestation cachait un blâme à son endroit.Il se doutait bien que ses confidences n\u2019avaient pas atteint le but qu\u2019il avait espéré.Son interlocutrice avait cherché dans ses paroles autre chose que ce qu\u2019il avait voulu dire.Une jeune fille ordinaire n\u2019aurait jamais eu de pareilles pensées, mais voilà, celle-ci était riche et, tout de suite, elle avait vu du calcul dans sa franchise.Et Paul, qui avait parlé spontanément, avec l\u2019espoir de rendre service à son camarade, ne se pardonnait pas d\u2019avoir obtenu un résultat si différent de celui escompté.Sa mauvaise humeur s\u2019épanouissait donc de lui-même à celle qui l\u2019avait déçu, et avec sa brusquerie bretonne, il avait du mal à la dissimuler.Valmont, après l\u2019avoir examinée en silence, se mit à l\u2019écart pour lire sa lettre.\u2014 C\u2019est bien ce que je soupçonnais, ex- pliqua-t-il ensuite.Mme Lanfred perd complètement la tête; mais il me semble qu\u2019il n\u2019y a que son affolement qui soit à craindre; le reste ne presse pas.Je vais lui envoyer une dépêche annonçant mon arrivée pour demain soir et je ne partirai pas aujourd\u2019hui.I allait, négligemment, fourrer la lettre dans sa poche, quand Eliane se dressa, une flamme aux joues.\u2014 Montrez-moi cette lettre, dit-elle d\u2019une voix âpre et autoritaire qui ne lui était pas habituelle.Je veux savoir.C'était si inattendu que Jean pirouetta sur ses talons pour se trouver en face d\u2019elle.Il la regardait, tellement surpris de cette demande si en dehors des choses permises, qu\u2019il croyait avoir mal entenda.D\u2019elle à lui qui se connaissaient a peine, était-il possible qu\u2019elle commit une indiscrétion aussi marquée ?Il la regardait.Que vit-il dans ce regard qui bravait le sien ?Quelle supposition extraordinaire, quelle suspicion imprévue et malveillante dressait subitement Eliane contre lui?I! était demeuré cloué sur place, la lettre à la main; non pas qu\u2019il hésitât à montrer celle-ci, mais parce qu\u2019il avait du mal à assimiler l\u2019invraisemblable demande.Quand il fut revenu de son étonnement, il tendit en silence l\u2019enveloppe à la jeune fille.Eliane n\u2019eut pas une hésitation: elle s\u2019en saisit, pendant que son oeil un peu dur paraissait braver celui du garçon.Elle prit connaissance de la lettre, la lisant attentivement jusqu\u2019au bout, sans aucune discrétion.Ce regard qui avait bravé le sien semblait avoir rassuré Valmont.Un vague sourire se jouait sur ses lèvres.Comme la jeune fille achevait sa lecture, il observa, très doucement railleur : \u2014 Rien ne vous concerne là dedans, mademoiselle.Et je ne pense pas que quelque chose ait pu vous paraître intéressant dans cette letre ?Eliane leva son petit nez vers lui.\u2014 Quelle est cette femme qui vous a écrit?demanda-t-elle, soupçonneuse, pour toute réponse.\u2014 La veuve d\u2019un ami.\u2014 Jeune ?\u2014 Oui, mais elle a deux délicieux bébés.Août 1934 \u2014 Et il y a longtemps que son mari est mort ?\u2014 Seize jours aujourd\u2019hui.\u2014 Ah! \u2014 II s\u2019est-suicidé .mauvaises affaires dans son industrie.\u2014 Suicidé ?\u2014 Oui.Les journaux en ont parlé.Si vous voulez voir, j'ai la coupure dans ma poche ! Sans se départir de sa curiosité, la jeune rescapée tendit la main.Valmont continuait de sourire.On aurait dit que cette inquisition dans les questions qui ne regardaient que lui le ravissait.Il atteignit son portefeuille et y cher cha le bout de papier annoncé.\u2014 Voila! fit-il tranquillement.\u2018 Ses yeux amusés ne quittaient pas Pin.discrète, mais, pendant qu\u2019elle Fisait l\u2019entrefilet du journal, ses dents mordillaient ses lèvres.peut-être pour retenir quelque familière et railleuse réflexion !\u2026.ou peut-être pour dominer une joie intime.inexplicable.À quelques pas d\u2019eux, Morec, inattentif à son travail, avait écouté le singulier interrogatoire.La nervosité de son hôtesse ne lui échappait pas.N°allait-elle pas faire une observation inattendue et regrettable ?Regrettable.pour lui et pour eux ! .une observation qui le mettrait en mauvaise posture devant Valmont.C\u2019est que la jeune fille avait l\u2019air assez singulier! Elle devait, spontanément, obéir à l\u2019instinect du moment ! Jean aussi, d\u2019ordinaire, était vif; mais, aujourd\u2019hui, il gardait tout son calme courtois d\u2019homme bien élevé qui se com- plait à satisfaire aux caprices d\u2019une enfant gâtée.trop aimée ! , Paul eut l\u2019impression que, des deux, c\u2019était son ami qui dominait.Eliane n°1- vait que des griefs imaginaires à opposer, alors que Jean était sans reproche vis-à-vis d\u2019elle.Quand elle eut prit connaissance du petit feuillet, la jeune fille parut toute décontenancée.Ainsi, toute l\u2019histoire de la veuve, du suicide, du besoin d\u2019argent, était vraie ?.Peut-être que le reste aussi était réel ?Lasse, elle se laissa retomber dans son fauteuil.La tête lui tournait, elle était toute désorientée ! Après avoir suspecté les deux jeunes gens de tant de noirceurs, voici qu\u2019ils lui apparaissaient lavés de tout soupçon ; tandis qu\u2019elle, manifestement, venait d\u2019être discourtoise avec celui qui lui avait rendu service.qui lui avait sauvé la vie ! Elle était désolée et en même temps ravie qu\u2019il en fût ainsi.Mettant ses coudes aux genoux, elle cacha son visage tourmenté entre ses mains.Un long silence d\u2019émoi palpita dans la grande pièce.Ce fut Valmont qui le coupa avec autorité : \u2014 Je te prie de m\u2019excuser d\u2019interrompre ton travail, cher vieux! Voici une enfant qui a besoin de sortir un peu.Depuis plusieurs jours, Mademoiselle est enfermée et un peu de soleil et de grand air lui sont nécessaires.Je te l\u2019enlève! A côté des deux autres assez émus, lui seul paraissait avoir gardé tout son sangfroid.Elle était si jeunette et si faible encore, la petite Eliane, qui, depuis deux ans qu\u2019il l\u2019avait rencontrée à Ostende, ban- tait obscurément ses pensées de célibataire.Une bouffée de tendresse gonflait le coeur de l\u2019homme qui la tenait enfin, là, tout près de lui.Sa haute taille se baissa miséricordieuse vers la blonde tête inclinée, et Jean aida la jeune fille à se mettre debout.Il prit d\u2019autorité sa main, qu\u2019il passa sous son bras valide.\u2014 Venez faire un tour dans le jardin avec moi, mademoiselle.Il n\u2019y a pas encore de fruits aux arbres; mais le verger de mon ami est ravissant sous les fleurs roses ou blanches.Sa voix demeurait grave, mais reposante.On eût dit que les questions un peu hardies de la petite curieuse lui avaient donné sur elle des droits insoupçonnés jusqu'ici, et qu\u2019il pouvait, maintenant, l\u2019emporter comme une proie bien à lui. Août 1934 Ils avancèrent, lentement, en silence, dans le chemin herbeux que quelques pâquerettes émaillaient de blanc.Tout le charme d'avril, toute la grâce du printemps, étaient enclos dans le verger rustique de Paul Moree.De l'herbe fraîche d\u2019un vert vif, aux cerisiers neigeux, aux pommiers roses, tout éclatait de sève, de force et de jeune vie ! Dans ce cadre enchanteur, encore un peu pâle sous son long châle blanc, Elia- ne fit ses premiers pas au bras de son sauveur.Ce ne fut qu\u2019au bout d\u2019un moment .qu\u2019ils s\u2019arrêtèrent.Alors, Valmont attira la jeune fille .devant lui, la tenant aux épaules, plon- = geant dans ses grands yeux dorés, prêts \u2018encore à s\u2019embuer d'humidité, il demanda avec fermeté: \u2014 Vous allez me dire, mademoiselle Eliane, ce que vous avez cru, tout à l\u2019heure ?Qu'est-ce que vous vous atteu- diez à trouver dans cette lettre?De quoi ou de qui avez-vous douté ?Mais Eliane détourna la tête pour lui dérober ses yeux où il pouvait lire trop de choses.\u2014 Vous ne voulez pas répondre?ques- tionna-til plus doucement, après avoir attendu vainement sa réponse.\u2014 Non.Ce n\u2019était qu\u2019un souffle que l\u2019homme eût voulu cueillir de plus près.Il se contenta de serrer farouchement le corps fragile contre lui.\u2014 Méchante : Mot magique ! Extraordinaire signification de ces trois syllabes sur des lèvres amoureuses ! Clest le seul reproche qu\u2019un coeur épris ose adresser à l\u2019autre.Et ce petit mot est presque aussi doux qu\u2019un baiser.\u2014 Méchante ! C\u2019est comme si Valmont avait voulu dire à Eliane : \u2014 Je vous adore ! Ah ! Dans ce jardin clos de murs, sons le dôme enchanteur des arbres en fleurs, si loin du monde civilisé, comme elle lui paraissait sienne, la blonde fillette qu\u2019il avait sauvée ! Pourquoi fallut-il qu\u2019en cet instant la pensée brutale d'un autre vint arrêter son élan et briser son rêve ?Roger Croixmare, le fiancé heureux, même lointain, les séparait autant que s\u2019il était présent.Valmont desserra son étreinte.Son visage, un moment transfiguré d\u2019amour, était redevenu sombre.Celui d\u2019Eliane, au contraire, g'était illuminé.Timidement, elle avait levé la main jusqu\u2019à l\u2019épaule de Phomme .,- celle qu\u2019elle soupçonnait blessée.À travers l'épaisseur du veston, elle sentit les bandes du pansement bien tendues.\u2014 Vous êtes blessé ?Pourquoi ne m\u2019avez-vous pas dit que vous aviez eu Té- paule cassée ?.Pourquoi me cachez- vous quelque chose ?\u2014 Parce que c'\u2019était insignifiant, surtout maintenant que je suis en bonne voie de guérison.\u2014 C\u2019est un coup de revolver ?\u2014 Ah ! non! merci bien ! Une simple fracture, c\u2019est assez.\u2014 Comment est-ce arrivé ?\u2014Je suis tombé.\u2014De très haut ?\u2014 Qui.assez ! \u2014II y a longtemps ?\u2014 Quinze jours.\u2014 Ah! quinze jours.Tout à coup, elle comprenait et son sourire s\u2019éteignit.Elle essayait d'imaginer la scène._.Vous ne vous en êtes pas tiré avec une simple fracture, comme vous dites?\u2014 Non.Il y en a eu quelques autres: I\u2019épaule, le bras, plusieurs cotes, des luxations par tout le corps.un gentil bouquet, vous voyez! C\u2019était assez de choses à guérir sans y ajouter une balle à extraire.\u2026 ou alors, je crois que j'y serais resté ! \u2014 C\u2019est horrible! frissonna-telle.Et moi qui m\u2019appuyais, hier, si insoucieuse- ment sùr votre blessure ! Pourquoi ne m\u2019avez-vous pas dit que je vous faisais du mal ?\u2014 La joie de votre résurrection me faisait oublier le reste.\u2014 Quand je pense que, pour venir de Paris en Bretagne, vous avez dû piloter votre auto d\u2019une seule main ! La Revue Populaire pe \u2014 II le fallait bien, mais ce n\u2019est pas tellement difficile.\u2014 Pour les changements de vitesse, cependant ?\u2014 Oh! la nuit! il n\u2019y en a guére.Et puis, on se débrouille.\u2014 Mais, pour me porter dans vos bras, comment avez-vous fait ?\u2014 Voulez-vous que je recommence pour vous montrer comme je m\u2019y suis pris ?proposa-t-il en riant.\u2014 Oh! non, fit-elle en reculant instinctivement et devenue très rouge.Je suis solide et puis marcher seule à présent.\u2014 Heureusement! N\u2019oubliez pas qu\u2019un homme arrive toujours à soulever d\u2019un seul bras la femme qu\u2019il a besoin de transporter.\u2014 Oui, peut-être.pour une femme.Elle allait ajouter: «que l\u2019on tient à sauver», mais elle garda pour elle ce complément.Ils étaient arrivés au bout de l'allée d\u2019herbe, sous les, arcades des cerisiers tardifs encore en fleurs.Un banc rustique invitait au repos.Les deux jeunes gens s\u2019y assirent.Entre les branches, le soleil versait ses rayons d\u2019or sur leurs têtes assez rapprochées.\u2014 Vous allez me donner à lire, monsieur Jean, tous les journaux qui parlent de l\u2019affaire, demanda Eliane.Je veux que vous ne me laissiez rien ignorer.\u2014 Jai dans ma valise les articles que j'avais découpés à Paris, acquiesça-t-il simplement.Nous trouverons ici, je pense, ceux qui ont paru depuis.\u2014 Il faut aussi que j\u2019écrive à ma mère.Elle doit être affolée.Je ne veux pas qu\u2019elle ait du chagrin plus longtemps.\u2014 J'ai avisé votre mère, répondit-il tranquillement.\u2014 Comment ?Ma mère est prévenue ?Par vos soins ?Elle était vraiment surprise par cette dernière prévenance de l\u2019homme qu\u2019elle avait soupçonné.\u2014 Ma pauvre maman ! Comme vous avez bien fait ! \u2014 Je n\u2019aurais pas voulu la laisser sans nouvelles de vous, quand je vous savais en bonne santé, expliqua-t-il.\u2014 Oh ! fit-elle, tout heureuse.C\u2019est gentil, ça ! Elle le regardait avec une reconnaissance émue.\u2014 Quand lui avez-vous écrit ?\u2014 Le soir même de votre arrivée ici.\u2014 Et que lui avez-vous dit?\u2014 Ceci est une autre affaire, fit-il, un peu gêné; j'ai dû cacher le lieu de votre retraite.Je ne voulais pas que notre hôte pût être livré aux commentaires des journalistes.I nous a accueillis spontanément et sans réserve .I] m\u2019a paru que, comme moi, vous ne voudriez pas qu\u2019il en recueillit des désagréments ou qu\u2019on vint troubler sa retraite.\u2014 Vous avez bien fait.Mais alors, comment avez-vous pu.?\u2014 J'ai expliqué tout cela à votre maman.Je lui ai dit aussi que I'ausomo- biliste qui vous avait recueillie sur la route était un jeune homme, qu\u2019il vous avait conduit chez un autre célibataire où vous étiez soignée .et que le souci de votre réputation .la crainte de voir tous nos noms livrés à la presse.Bref, j'ai expliqué pourquoi je la rassurais sans pouvoir lui donner de plus explicites détails.J'ai terminé en disant que vous lui écririez aussitôt que le repos vous aurait redonné le calme et les forces neuves que les terribles émotions des derniers jours vous avaient fait perdre.\u2014 C\u2019est très bien; mais si vous avez mis cette lettre à la poste d\u2019ici, vous allez voir ma mère arriver par le prochain train.\u2014 J'ai pensé, en effet, que le cachet de la poste pourrait nous trahir.\u2014 Et alors ?\u2014 J'ai adressé ma lettre au docteur Brault, en lui demandant de la faire parvenir immédiatement à votre mère.avec, prière, si besoin était, de confirmer de son autorité morale tous les détails que je donnais.\u2014 Et vous pensez que le docteur Brault gardera le silence sur ce qui vous concerne en acceptant de garantir le reste ?\u2014 Oh! J'en suis sûr ! C\u2019est un ami de longue date.Il me connaît et sait que je ne puis lui demander d\u2019appuyer un mensonge.Sans s\u2019en rendre compte, Valmont venait de faire de lui le plus bel éloge qu\u2019on puisse dire d\u2019un homme : SALRUVNANAGUN AA SAM 51 u CÉLÈBRE MAYONNAISE CANADIENNE 2 oeufs bien battus 1 cuil.à thé sel (sans huile) 1 cuil.à thé moutarde 1 boîte Lait Eagle Borden 1 tasse vinaigre Battez vigoureusement durant quelques minutes les quatre premiers ingrédients, ajoutez le vinaigre, amalgamez bien et laissez épaissir durant quelques heures.Cette Mayonnaise se conserve plusieurs semaines.® FEssayez-la! Sa saveur est la même que celle de la \u201cMayonnaise bouillie\u201d que préparaient nos mères! Cependant elle se prépare à froid, par simple brassement! Recommandée pour la salade au chou, les salades de légumes verts et même pour la salade aux tomates.® Mais rappelez-vous que le Lait Evaporé ne s'emploie pas dans cette recette.Pour la réussir, vous devez faire usage de Lait Condensé-Sucré.Il suffit de vous souvenir du nom: EAGLE.33 3 à 3 9 à à 9 9 à à à à à à à 9 9 9 à 5 à 9 à à à à à 6 9 6 50 9 9 9 9 9 à à 9 à À à A à à à 8 9 AV GRATISI Merveilleux Livre de Recettes Inéditesl , ; Contient de nombreux raccourcis pour la préparation des friandises au caramel, au chocolat et au citron, de même que des trucs magiques pour la réussite des bonbons, petits fours, crèmes glacées et mayonnaises! THE BORDEN CO., LIMITED, Yardley House, Toronto.T-F 108 Ville I EN Prov.A SSSR SARA RAL ARR RLS RRl ALLER LALLRLt AltA ACARI RAR RRT RRR ERR nnn 4 4 > Lisez un joli roman d\u2019amour dans LE FILM D\u2019AOUT Rien que deux camarades par CHRISTIAN DEE COUPON D\u2019ABONNEMENT Ci-inclus veuillez trouver la somme de $1.00 pour 1 an, ou 50c pour 6 mois d\u2019abonnement au magazine LE FILM.Nom Adresse Ville Prov.POIRIER, BESSETTE CIE, limitée 975, rue de Bullion, Montréal, P.Q. 52 Soulagez les Brûlures Instantanément avec le Soda à Pâte \u2018\u2018Cow Brand\u201d LA PEAU enflammée, irritée, rougie trouve un adoucissement rapide et la douleur intense est soulagée immédiatement par l'application, sur les surfaces affectées, d'une pâte de Soda à Pâte \u2018Cow Brand\u201d et d'eau.Le même traitement offre un soulagement rapide à I'urticaire, aux échaudures, piqûres d'abeilles, de frelons, de guêpes, de moustiques et de mouches noires.Toute trousse de vacances, toute pharmacie devrait contenir son paquet facilement accessible de Soda à Pate \u2018Cow Brand\u2019.+ Essayez Ceci la Prochaine Fois que Vous Ferez Cuire des Légumes Verts Une simple pincée de Soda à Pâte \u2018Cow Brand\u201d dans l'eau ou ils doivent cuire dégage la pleine couleur, la riche et fraiche saveur de tous les légumes verts tels que pois, fèves jaunes en gousses, haricots verts, épinards, brocoli et choux nouveaux.Simple, n\u2019est-ce pas, mals des plus efficaces.L'on trouvera dans notre Livre de Cuisine offert gratuitement ci- dessous d\u2019autres suggestions aux cuisinières et plusieurs recettes précieuses.Faites- en venir un exemplaire.Le Soda à Pâte \u201cCow Brand\u201d est du Bicarbonate de Soude pur et il est également bon pour fins médicinales et culinaires.Faites venir ces brochurettes GRATUITES CHURCH % DWIGHT LIMITED, 2715, rue Reading, Montréal, P.Q.Veulllez m'envoyer vos brochurettes gratuites décrivant les utilisations du Soda à Pâte \u2018Cow Brand\u201d pour fins médicinales et culinaires.Nom Adresse ame METTEZ VOS NOMS ET ADRESSE R.14 EN IMPRIME 43P La Revue Populaire «Il me connaît et sait que je ne puis lui demander d'appuyer un mensonge.» Eliane se répéta lentement cette phrase claironnante de loyauté.Elle songeait qu\u2019elle n\u2019aurait pas osé la dire en parlant de Roger Croixmare.\u2014 Vous comptez toujours partir demain matin ?s\u2019informa-t-elle au bout d\u2019un moment.\u2014 Il le faut.\u2014 Pour aller au secours de cette femme ?\u2014 Pour arranger ses affaires, oui ! \u2014 C\u2019est très utile, ce départ ?\u2014 Autant que peut l\u2019être un impérieux devoir.Une amertume involontaire noya le sourire d\u2019Éliane.Cette jeune femme que Valmont allait rejoindre avait peut-être des droits à soi dévouement.Elle évoquait aussi les lettres d\u2019amour trouvées dans le portefeuille aux initiales d\u2019argent.\u2014 Elle vous tient bien au coeur, hein ! monsieur Jean, cette jeune femme ?Il répondit très simplement : \u2014 J'ai beaucoup d\u2019amitié et beaucoup de pitié pour elle.Elle se trouve dans une situation pécuniaire épouvantable et dans une position morale plus pénible encore.Son mari était mon meilleur ami et elle a un chagrin affreux de l\u2019avoir perdu si tragiquement.Toutes ces raisons ne sont-elles pas suffisantes pour justifier mon départ ?\u2014 Oui, fit Eliane, adoucie, presque honteuse de son réflexe trop jalousement féminin de l'instant d\u2019avant.Je comprends.Vous devez partir, en effet! Et c\u2019est vraiment pour demain matin ?\u2014 Oui, il le faut.\u2014 Oh ! je ne proteste plus, dit la jeune fille, très décidée; je pars avec vous.\u2014 Mais c\u2019est impossible .Votre santé.\u2014 Ma santé ne m'inquiète pas du tout, cela va très bien, je vous assure.Et j'ai besoin, moi aussi, pour des questions sérieuses, de rentrer à Paris.Jean hocha la tête.\u2014 J'aurais préféré que vous vous reposiez encore au lieu de risquer si 161 cette longue fatigue.\u2014 Eh bien, nous ferons la route en deux étapes.Ce sera délicieux.Nous passerons une nuit à l\u2019hôtel .au Mans, par exemple.Valmont demeura silencieux.L'offre d\u2019Eliane le tentait.Voyager avec elle, l\u2019enlever dans sa voiture, c\u2019était retarder le moment de la séparation, c\u2019était l\u2019avoir encore un peu à lui, puisque après il ne savait plus quand il la reverrait.si, même, il la reverrait jamais ! Mais, d\u2019autre part, il devait calculer si ses finances lui permettaient d\u2019assumer les frais de ce double retour.cette nuit, pour deux, à l\u2019hôtel ?C\u2019est qu\u2019il n\u2019aurait pas voulu, après tout ce que Paul Morec avait fait pour eux, ces jours-ci, emprunter au trop complaisant ami l\u2019argent du retour.Valmont n\u2019avait à envisager, somme toute, que les frais du voyage.A Paris, Jean se débrouillerait! Le «solitaire» qu\u2019il portait au petit doigt avait déja connu bien des vacances au Mont-de-Piété; il irait y faire une nouvelle saison, voilà tout ! Rassuré par ce calcul mental, le jeune homme ne songea plus qu\u2019à se réjouir de la présence d\u2019Eliane.\u2014 C\u2019est entendu ! s\u2019écria-t-il.Je vous enlève encore une fois.Et cette perspective était douce, puisque inconsciemment, il étreignait, à nouveau, Eliane contre lui.X A travers la presse.déchainée! Tant qu\u2019il avait fait jour, Eliane avait parcouru les journaux qui, maintenant, jonchaient la petite table.Elle avait voulu les voir tous, aussi bien les vieux que Jean avait apportés de la capitale ou ceux qu\u2019on avait retrouvés dans la maison, que les dernières feuilles de Paris ou de la région que Val- mont était allé chercher au pays.Eliane, amusée, avait lu : «Le mystère des Houx-Noirs reste impénétrable.» Le mystère, pour elle, il était ailleurs.Il l\u2019environnait encore ici: entre elle et ce Jean impénétrable qui s\u2019était lancé sur la route pour lui porter secours.Tous ces journaux, cependant, lui avaient apporté une nouvelle preuve que le jeune homme avait bien connu, lui aussi, le vieux puits et son mystérieux souterrain.D\u2019ailleurs, elle ne doutait plus de son sauveur, à présent.Le seul fait qu\u2019il eût écrit à sa mère, lui prouvait combien, en cette affaire, il s\u2019était efforcé d\u2019être correct, en méme temps que bon et pitoyable jusqu\u2019au bout.Tout à coup, quelques lignes qui lui avaient échappé au cours d\u2019un article, la firent sursauter : \u2014 Oh ! dit-elle.C\u2019est abominable! Ces journalistes inventent des choses.\u2014 Qu'est-ce qu\u2019il y a ?questionna Paul.\u2014 Figurez-vous qu\u2019un reporter est allé chercher qu\u2019aux Houx-Noirs un parent de Mme Croixmare a déjà disparu d\u2019une ma- niére inexplicable, il y a irois semaines.\u2014 Et alors?fit Jean, soudain intéressé.\u2014 II en tire des déductions très offensantes pour moi.\u2014 Comment cela ?Valmont avait saisi le journal pour lire Particle incriminé : \u2014 Là.voyez ! lui désigna la jeune fille du doigt.Et pendant qu\u2019il lisait, elle expliqua au peintre, qui mettait les dernières touches à son portrait : \u2014 On parle de fugue.d\u2019amour caché.Tout espoir de me retrouver ue serait pas perdu.Je serais allée rejoindre un M.Valmont et, si l\u2019on pouvait découvrir la retraite de ce dernier, il est probable qu\u2019on me trouverait avec lui.\u2014 C\u2019est très curieux! fit Jean qui, sur le moment, ne voyait que la singulière coïncidence.Mais Eliane ajouta, toujours de son même air scandalisé : \u2014Ils sont très malveillants, ces journalistes! Ils supposent des choses.C\u2019est abominable ! \u2014 Car, enfin, je ne le connais pas, moi, ce neveu de Mme Croixmare.Je ne puis pas être partie le rejoindre.Vous le connaissez, vous autres, ce M.Val- mont ?Paul Morec se tut, assez embarrassé.I] avait plusieurs fois prononcé le nom de Valmont devant la jeune fille et il croyait qu\u2019elle connaissait complètement la personnalité de son sauveur, bien qu\u2019elle le désignat toujours sous le vocable de «M.Jean ».Mais, du moment que sa jeune hôtesse marquait une si vertueuse indignation, c\u2019est que le vrai nom de leur compagnon lui avait échappé.Et le brave Paul Morec baissa la tête, un peu gêné devant l\u2019insistance d\u2019Eliane.Valmont, au contraire, n\u2019avait jamais fait allusion, avec Eliane, aux liens qui l\u2019attachaient aux châtelains des Houx- Noirs.Elle avait bien paru comprendre comment il était tombé dans le vieux puits et avait connu le couloir souterrain, mais elle pouvait ne pas avoir approfondi le mystère, et lui aussi, se laissa premdre aux protestations scandalisées de la jeune fille.\u2014 TI est, en effet, très regrettable que ces journalistes fassent un pareil rapprochement, dit-il avec le plus grand calme.Vous, une personne de bonne famille avec ce garçon léger, volage et qui a une si vilaine réputation ! \u2014 Ah! mon Dieu ! Vous le connaissez ?insista Eliane.\u2014 C\u2019est un individu pas du tout recommandable, précisa Valmont.Un homme sans famille, sans fortune, sans situation et qui n\u2019est pas du tout reluisant pour des parents riches.Il fallait toute l\u2019affectueuse amitié de Paul Morec pour sentir l\u2019amertume cachée dans le ton léger de celui qui parlait.Jean s\u2019était levé et était allé coller son front aux vitres de la fenêtre pour regarder finir le jour dans le jardin solitaire.\u2014 Moi, je trouve que Jean Valmont est un chic type, protesia généreusement Morec.C\u2019est un garçon loyal et généreux que je préfère de beaucoup à son cousin des Houx-Noirs, avec qui il serait injuste de le confondre.L\u2019autre haussa les épaules : \u2014 Laisse donc! Est-ce que ça se compare: Valmont est un gueux, tandis que Croixmare est un puissant seigneur.il est né de parents riches et a hérité je ne sais combien de fois; il possède château, voitures et nombreux serviteurs; il peut se payer toutes ses fantaisies et se per- Août 1934 mettre tous les écarts; enfin, il peut aussi s'offrir comme épouse la plus délicieuse jeune fille et I\u2019entretenir luxueusement.Croixmare est quelqu\u2019un, mon vieux ! Le rire d\u2019Eliane fusa : \u2014 Oh! monsieur Jean, s\u2019écriabt-elle gaiement.Quelle animosité dans tout ce chapelet de qualités que vous attribuez à Roger! Quel ressentiment nourrissez-vous done contre mon brillant fiancé ?\u2014 Devant vous, aucun, mademoiselle.Je ne me le permettrais pas, répondit-l, un peu nerveusement.C\u2019est Paul, au contraire, qui dit des choses contre lesquelles je proteste.\u2014 M.Paul est un ami très précieux, qui a le courage de dire ce qu\u2019il pense, répliqua-t-elle avec vivacté.Moi, j'ai horreur des vilains messieurs trop corrects qui cachent leurs pensées sous une cours; toisie impeccable .Vous entendez, mon- - sour Jean, j'ai horreur de ces messieurs- al Le jeune homme se retourna compléte- ment vers elle : \u2014 Vous approuvez donc, mademoiselle, tout ce que Paul dit contre Croixmare ?* \u2014 Mais il ne dit rien de mal, M.Paul! Il a déclaré qu\u2019il préférait un autre à mon fiancé.libre à lui! c\u2019est son affaire! Ça ne donne ni ne retire rien à Roger.à Roger qui m\u2019aime, qui a du chagrin, qui est presque fou de douleur.Vous n\u2019avez pas lu les journaux, monsieur Jean ?\u2014 En effet! fit-il, un peu pâle.Je n'ai pas remarqué ce passage.Mais je n'ai jamais douté qu\u2019un homme pût vous aimer profondément, mademoiselle.Les yeux dorés de la jeune fille se levèrent sur celui qui avait prononcé d\u2019un ton singulièrement grave ces quelques mots, et son regard s\u2019attendrit une seconde sous le poignant frémissement qu\u2019ils avaient fait naître en elle.Elle poussa un gros soupir.\u2014 Pauvre Roger! fit-elle légèrement.T1 est bien loin ! C\u2019était la première fois, depuis que Jean l'avait sauvée, qu\u2019Eliane évoquait Pabsent.Elle Tavait fait en riant, d\u2019un ton badin, insouciant, sans manisfester à son endroit la moindre émotion.Qu'elle ait seulement parlé de lui, pouvait émouvoir Valmont et troubler son bon sens; mais Morec enregistra l\u2019indifférence marquée de la jeune fille.« Croixmare est bien loin, en effet, pensa-t-il.Loin des yeux, loin du coeur: l'absence ne vaut rien en amour.Si seulement Jean, au lieu de rester aussi distant, voulait profiter de son avantage!» Et ce fut au lour de Morec de soupirer profondément.Mais Eliane continuait de parcourir les Journaux, et, tout i coup, elle eut un nouveau cri : \u2014 Ah ! ça, c\u2019est chic! \u2014 Qu'est-ce qu\u2019il y a encore ?C\u2019était Jean qui venait de poser cette demande d\u2019une voix un peu chargée de rancune.Il aurait bien voulu, depuis quelques minutes, arracher des mains d\u2019Eliane tous ces maudits journaux qui parlaient d\u2019un passé que lui, Jean, aurait bien voulu pouvoir anéantir.\u2014 Figurez-vous, monsieur Jean, que vous voilà presque riche.\u2014 Moi ! \u2014 Oui, vous ! mon sauveur ! Vous avez entendu parler de ma tante, Mlle de la Brèche ?\u2014 Ce nom, en effet, ne m\u2019est pas inconnu.\u2014 Eh bien, cette excellente tante.une très bonne personne, soit dit en passant.celte chère tante, qui aime tant sa nièce, a eu une initiative épatante ! Bref, elle offre une prime de cent mille- francs à qui lui ramènera sa petite Eliane.\u2014 Ah ! ça, c\u2019est gentil ! s\u2019exclama Paul.Voici une tante qui ne mésestime pas la valeur de ma charmante hôtesse.,\u2014Oh! ma tante n\u2019a pas réfléchi que c\u2019était m\u2019évaluer à très bas prix, observa la jeune fille avec un grand sérieux.Je lui ai déjà coûté beaucoup plus cher que ça! Elle a mal calculé, ce qui ne m\u2019étonne pas du tout de cette chère vieille parente qui a horreur de compter.Mais, enfin, ce qui me plait là dedans, c\u2019est que voilà M.Jean capable, maintenant, d\u2019aider efficacement la veuve de son ami.\u2014 Comment cela ?interrogea le jeune- homme dont le front s\u2019assombrissait. Août 1934 \u2014 Dame ! Eliane est sauvée ! Et sauvée par qui?Par vous, mon beau monsieur! Les cent mille francs vous appartiénnent.\u2014 Ah ! non ! s\u2019écria-t-il spontanément.\u2014 Pourquoi non ?.Et pourquoi cette indignation?dit-elle en souriant.\u2014 Parce que je n\u2019ai fait que mon devoir et que ce serait dégoûtant de ma part de me faire payer.\u2014 Vous croyez ?\u2014 Certes ! \u2014 Je ne vaux pas une somme pareille, alors ?\u2014 Vous valez mille fois plus, mais là n\u2019est pas la question.Je ne veux rien, rien qui puisse monnayer mes actes.\u2018rien qu\u2019une pensée indulgente de votre quand vous évoquerez ces heures \u201cgffses, si toutefois vous ne parvenez pas enfin à les oublier.\u2014 Et Mme Lanfred, alors ?insista tranquillement Eliane, de son petit air pince- sans-rire.\u2014 Qu'est-ce que vient faire, dans un tel débat, le nom de cette pauvre femme ?\u2014 Presque rien ! Mais je trouve que, lorsqu'un ami vous a confié, en mourant, sa femme et ses deux gosses, il est très mal porté de faire de la « chevalerie » à rebours.Ma tante a déposé cette somme à la préfecture de police pour être remise toute entière à mon sauveur.Si vous la dédaignez, cette petite fortune ira à quelque vague détective qui n\u2019aura eu aucun mérite dans cette affaire.Grâce à votre orgueil, cette pauvre Mme Lanfred et ses deux bébés continueront à tirer le diable par la queue, ce qui est une position incommode quand ça dure trop longtemps.Tout cela parce que mon sauveur est un monsieur égoïste, orgueilleux, qui veut m\u2019enchainer a lui par la reconnaissance, sans rien accepter en retour! Il n\u2019accepte pas que la dette que j'ai contractée envers lui diminue un peu.Il se refuse à ce que je pense à lui, amicalement avec tout mon coeur.pour lui seul.sans être écrasée par le lourd fardeau de gratitude dont mon excellente tante, avec son à-propos coutumier, veut me libérer! Elle, au moins, elle est pratique ! Jean et Paul se mirent à rire.\u2014 Quel réquisitoire! s\u2019écria le premier, fort amusé.\u2014 Mademoiselle a raison, dit l\u2019autre.Tu es absolument égoïste et exigeant.\u2014 Je commence à croire en effet, que j'ai énormément de défauts.Notre délicieuse amie ne m\u2019a-telle pas déjà fait tout à l\u2019heure tout un cours de morale, à propos d\u2019une question différente ?\u2014 Qui aime bien châtie bien ! dit tranquillement Eliane.Il faut croire que je vous aime bien, monsieur Jean, puisque je cherche à vous corriger.\u2014 Ah ! puissiez-vous dire vrai! s\u2019exclama le jeune homme.Pour que vous vous occupiez de moi toute la journée, je vais mettre en relief tous les vilains côtés de mon caractère! Comme vous allez avoir de la besogne?Ce sera délicieux ! \u2014 En attendant que je m\u2019attelle a une tâche aussi ingrate et aussi absorbante, ne faisons pas dévier le débat! Qu\u2019est-ce que vous décidez pour la prime offerte par ma tante ?Le visage de Valmont se rembrunit à nouveau.\u2014 Ah ! je vous en prie, ne parlons plus de cela ! .Laissez-moi jouir en paix de mes dernières heures auprès de vous, sans que j'aie l'impression d\u2019être payé pour chaque attention qu\u2019il m\u2019est agréable d\u2019avoir envers vous.C\u2019est stérilisant une pensée pareille!.Plus tard, quand vous m\u2019aurez quitté et que je verrai la détresse de Mme Lanfred, peut-être alors aurai-je la volonté d\u2019accepter cet argent.D'ici là, foin de tous ces soucis! Jai si peu de courage pour reprendre mon collier de misères après la douleur bienfaisante de ces derniers jours ! Une mélancolie noyait, tout à coup, le fier regard de l\u2019homme.Lo Jone fille n\u2019insista pas.Subitement, elle aussi, elle sentait les heures fuir trop vite; ces heures de rêve, suaves au coeur, chaudes à l\u2019âme; heures exquises qui allaient finir, que rien ne ferait renaître et que la destinée terminerait peut-être en fin de roman, au lieu du nouveau chapitre auquel tout son être aspirait.La Revue Populaire XI Des inconvénients de mal remplir ses fiches d\u2019hôtel Ils avaient partagé, une dernière fois, le déjeuner de Paul Morec; puis, ils avaient pris congé de Bossulan et de ses sympathiques habitants.Les adieux avaient été un peu brusques.pour couper l\u2019émotion que chacun resssentait: Eliane avait les yeux humides, le brave Paul était tout près de s\u2019attendrir et la vieille Katou ne songeait même pas à retenir une petite larme.Quant à Jean Valmont, il était resté silencieux.Son visage un peu sombre trahissait seul la couleur de ses pensées.C\u2019est qu\u2019il sentait tout proche le moment de se séparer d\u2019Eliane.pour aller vers quel démoralisant inconnu ?Maintenant, ils roulaient: Eliane, ayant refusé d\u2019oecuper les places du fond, s\u2019était installée auprès de Jean, et celui-ci s\u2019efforçait d\u2019être attentif à sa tâche de conducteur et d\u2019éviter à sa compagne les cahots de la route dure.Ils roulaient, serrés l\u2019un contre l\u2019autre avec une sorte de volupté.Eliane babillait joyeusement; jamais elle ne s\u2019était sentie si gaie, et Jean, grisé par la chère présence et par l\u2019intime sensation du trop proche contact, s\u2019efforçait de ne pas penser au lendemain redoutable.: Après Guingamp, ce fut Saint-Brieue, Lamballe, Rennes.puis, enfin, Le Mans.C\u2019est en cette dernière ville qu\u2019ils avaient décidé de descendre.Un hôtel assez moderne, sur la grande place, les accueillit.Tout allait bien jusqu'ici.Ils avaient tous deux une faim de jeunes loups, avivée par le voyage.Et l\u2019heure du diner était proche.Mais avant de les laisser se mettre à table, l\u2019hôtelier, qui était formaliste, exigea de ce jeune couple, qui avait réclamé deux chambres, une formalité indispensable: ils devaient, chacun, remplir la fiche indicatrice de leur identité que réclame, en notre beau pays de France, l\u2019indiscrète police, à qui tout voyageur semble fatalement suspect du fait qu\u2019il va coucher hors de chez lui.Fliane commença par lire la sienne.Tout ce fatras l\u2019amusait.Mais, pour répondre correctement au questionnaire, il convenait de s'entendre avec son compagnon, car il ne lui paraissait pas nécessaire de donner son nom véritable.Elle se pencha donc vers Valmont qui, ayant tiré un stylo de sa poche, commençait a libeller son nom.Déjà\u201c le jeune homme avait écrit « Jean », quand il s\u2019arrêta, subitement embarrassé.La présence d\u2019Eliane, qui lisait pardessus son épaule, le paralysait soudain.Quel nom fallait-il écrire, puisqu\u2019elle avait ignoré jusqu\u2019ici son patronyme véritable ?Il faudrait bien qu\u2019elle le connût un jour ou l\u2019autre, mais il avait espéré que ce serait beaucoup plus tard.après qu\u2019elle l\u2019aurait quitté! De cette façon, il ne verrait pas sa surprise .son mépris, peut-être, lorsqu\u2019elle apprendrait quel - pauvre hère était exactement celui qu\u2019elle nommait si pompeusement «son sauveur ».Penchée sur lui, Eliane percevait son hésitation et en était émue.\u2014 Eh bien?fit-elle.Continuez ! Il faut bien que, vous, au moins, vous mettiez votre état civil.Il leva la tête et, très troublé, demanda : \u2014II faut, vous croyez ?\u2014 Certainement .Tenez, donnez-moi ça ! Vous allez voir comme ça va aller vite.Et, lui arrachant le stylo des doigts, elle le fit courir sur la fiche indiscrète.Frappé de stupeur, le jeune homme lut son nom : « Jean Valmont » et toutes les indications qui le concernaient.11 demeurait immobile, n\u2019osant plus la regarder.Éliane connaissait toute son identité ! S\u2019il avait su qu\u2019elle avait puisé tous ces renseignements dans le portefeuille trouvé par elle, auprès du vieux puits, il eût été moins interloqué, mais cela n\u2019aurait pas diminué sa gêne.\u2014 Ca vu, ainsi ?demanda-t-elle en le regardant bien franchement dans les yeux.mall.Le record officiel mondial du saut en hauteur avec élan est de 6 pieds 84 pouces; on dit que plusieurs indigènes de l\u2019Afrique Orientale franchissent un obstacle à 8 pieds 5 pouces de hauteur.S1 vous cherchez une vraie bonne bière, vous n\u2019avez pas besoin d\u2019aller plus loin que la taverne du Coin ou chez votre épicier et dire \u2014 WHITE CAP.COUPON D'ABONNEMENT \u2014 LA REVUE POPULAIRE Ci-inclus $1.50 pour 1 an ou 75 cents pour 6 mois ( Etats-Unis: $1.75 pour 1 an ou 90 cents pour 6 mois) d\u2019abonnement 3 La Revue Populaire.NOM - - - ADRESSE _ Luc Less VILLE oo ne PROV.où ETAT 1m POIRIER, BESSETTE CIE, LIMITEE, 975 de Bullion, MONTREAL, Can.53 54 \u2014 Vous saviez qui j\u2019étais!.C\u2019est Paul qui vous a renseignée ! \u2014 Pas du tout! Je vous connaissais déjà.Je pourrais vous dire que votre portrait, dans la chambre de Mme Croix- mare, m\u2019avait fait connaître vos traits, mais ce serait un mensonge: il me les a seulement évoqués.Je ne vous avais pas oublié.Vous avez été à Ostende mon pré- mier danseur.C\u2019est un capitaine de corvette, ami de ma mère, qui nous avait présentés l\u2019un à l\u2019autre.vous vous soun- venez ?\u2014Je ne vous ai jamais oubliée, fit-il tout bas, très troublé qu\u2019elle pût lvi donner de telles précisionss.\u2014 Moi non plus, je n\u2019avais pas oublié, avoua-t-elle simplement.\u2014 Et, malgré tout le mal que vous avez dû entendre dire mon sujet, sachant qui j'étais, vous avez pu être aussi aimable avec moi ?\u2014 Je n\u2019avais aucune raison d\u2019agir différemment.Si je n\u2019ai rien dit plus tôt, c\u2019est que je voulais me faire de vous une idée impartiale.\u2014 Comment cela ?\u2014 Parce que j'ai beaucoup entendu parler de vous aux Houx-Noirs, dans les quinze jours qui ont suivi votre disparition et précédé la mienne.Or, les avis étaient partagés.\u2014 Ah! \u2014 Oui.Il y avait l'opinion de votre tante Croixmare, bonne et pleine de sympathie, qui prenait toujours votre défense avec tant d\u2019ardeur et de bienveillance, que je la soupçonnais de quelque partialité en votre faveur.\u2014 C\u2019est bien possible, ma tante est In bonté même et l\u2019indulgence en personne.\u2014 Mais il y avait aussi l\u2019opinion de Roger.C\u2019est assez pénible à évoquer.vous comprenez ?\u2014 Oui, certes.\u2014 Roger parlait peu de vous, mais toujours avec malveillance .avec une sorte de gêne qu\u2019il dissimulait sous une grande dureté.Naturellement, ce son de cloche m'était encore beaucoup plus suspect de partialité que celui de votre tante.\u2014 Merci de cette bonne pensée.\u2014 Vous n\u2019en doutez pas, je pense.Alors, j'ai voulu juger personnellement ; j'ai désiré vous voir vivre sans que vous vous doutiez que je savais qui vous étiez.Vous avez saisi ?\u2014 Vous avez voulu me surprendre, er un mot.\u2014 Oh! vous surprendre! quel vilair mot.non, vous connaître ! \u2014 Et.maintenant ?La question avait été posée en hésitant.\u2014 Maintenant ?dit Eliane, les yeux clairs et le visage sérieux.Maintenant, je vous connais bien, monsieur Jean.et je vous demande d\u2019être mon ami.Elle lui tendait la main, franchement.\u2014 Votre amie en tout et toujours, mademoiselle Eliane, répondit le jeune homme avec ferveur.Et, prenant la petite main qui se tendait vers lui, il y posa ses lèvres pour lu première fois.\u2014II reste à remplir ma fiche, dit Eliane avec vivacité, pour couper l\u2019émotion qui le tenaillait subitement.Vous voulez bien, mon ami Jean, me donner votre nom ?\u2014 Vous donner mon nom, répéta-t-il, complètement bouleversé, oh ! ma chérie.Il la regardait, éperdu et les yeux irradiés d\u2019un suprême bonheur, mais elle, très calme, continuait sans le voir : \u2014 C\u2019est très bien cela, «ma chérie».Vous prenez tout à fait le ton qu\u2019il faut! Donc, j'écris: Mlle Eliane Valmont, soeur de M.Jean Valmont, ete.Ça fait très bien, hein?Jamais Louis Manzin ni ses auxiliaires de la presse n\u2019auront l\u2019idée d\u2019aller me dénicher là-dessous! Dites, mon grand frère, qu\u2019est-ce que vous en pensez ?\u2014 Ça fait très bien.Elle pouvait le dévisager à présent; il répondait à son sourire paisible, malgré la grosse déception qu\u2019il venait d\u2019éprouver, Ils passèrent à table et s\u2019assirent l\u2019un en face de l\u2019autre, dans la grande salle aux cuivres étincelants.ls avaient l\u2019air d\u2019un jeune ménage, et îls ne purent réprimer une légère gaité lorsque la servante appela gravement Eliane « madame ».\u2014Je crois que nous n\u2019avons pas du tout l\u2019air d\u2019être frère et soeur, observa cette dernière.Des frères, ça se tutoie La Revue Populaire et vous me dites < vous».Il faudrait, peut-être, que nous essayions d\u2019être un peu moins cérémonieux .Qu\u2019en pensez- vous, grand frère ?Valmont s\u2019accouda sur la table et, ne quittant pas des yeux son aimable vis-à- vis, il répondit: \u2014 Tu as raison, ma petite Eliane chérie.Tu es une adorable petite soeur.La jeune fille avait sursauté et était devenue toute rouge : \u2014 Oh ! fit-elle, ça fait un drôle d\u2019effet, la première fois.C\u2019est très embarrassant, il vaudrait mieux renoncer, il me semble ?\u2014 Mais non, chérie, essaye au moins une fois, dit-il encore sur le même ton mesuré, mais impitoyablement câlin.\u2014 Oui, évidemment, mon grand Jean, ta.Elle s\u2019arréta, pleine de confusion.\u2014 Non, réellement; jamais je ne pourrai.Dédiée à M.et Mme Martin \u2014Si, si, tenez! Pendant que cette femme vous parlait, j'imaginais un moyen de rendre la chose moins difficile.\u2014 Et ce moyen ?\u2014II n\u2019y a qu\u2019à s\u2019imaginer! Ainsi, moi, j'ai toujours souhaité avoir un grand frère.C\u2019est un peu triste, l\u2019existence d\u2019une fille unique comme moi.On joue toujours seule quand on est petite, et, plus tard, à l\u2019âge des confidences, on n\u2019a personne à qui déverser le trop-plein de son âme.Donc, j'aurais aimé avoir un frère.un grand frère comme vous.qui vous aurait ressemblé et qui aurait fait toutes mes volontés.En retour, il aurait possédé toute ma confiance et toute ma tendresse.Alors, je me dis que si vous étiez mon frère et que nous soyons comme aujourd\u2019hui, tous les deux, faisant la dinette en voyage, je vous parlerais avec toute mon âme.C\u2019était au tour d\u2019Eliane de s\u2019accouder Louise Louise au teint vermeil, petit bouton de rose, Ta chambrette d'enfant est un palais pour moi; C\u2019est la divine enceinte où mon coeur se repose Et le temple d'amour où s\u2019exhale ma foi.Louise, fleur éclose, au regard si limpide, Quelle pureté d\u2019âme au fond de tes grands yeux! Padore les baisers de ta lèvre candide Et la lumière aussi dans l\u2019or de tes cheveux.Auprès de ton berceau, je rêve là penchée A faire de ta vie un jardin tout en fleurs; Je rêve que tes jours ne soient qu\u2019une jonchée De matins entr\u2019ouverts sur de nouveaux bonheurs.Ton front s\u2019épanouit, couronné de tendresses, N'ayant point dépassé le cercle de nos bras, Tu ne connais encore que douceurs et caresses: Mais le temps vite aura passé, tu grandiras.Ah! qu\u2019un ange des cieux vienne incliner son aile Sur ta tête innocente et sur ton front charmant, Qu'il veille à te garder comme un ami fidèle Qui t\u2019offrira parfois son entier dévouement ! Si naïve est ta grâce et si beau ton visage ! Puisses-tu donc fleurir, 6 mon jeune rameau, Jusqu\u2019au jour où la mort viendra sur cette page Où j'ai mis tant d\u2019amour, écrire aussi un mot ! Ainsi que j'ai veillé sur ta bouche en dentelles, Pour moi tu veilleras, au soir sans lendemain \u2026 J'irai, plus confiante, aux sphères immortelles Si ma dernière étreinte est celle de ta main.Extrait de : Premières Harmonies (En préparation) \u2014 Chut ! fit-il, voici la servante.Et, très à son aise : \u2014 Tu veux encore un peu de cette omelette, petite Eliane ?\u2014 Heu.oui.non, j'en ai assez ! \u2014 Ah ! quel dommage ! Elle est exquise.\u2014 Madame a bien raison de se réserver pour le poulet, fit la servante en clignant des yeux d\u2019un air complice.Et puis, il y a un entremets sucré.une vraie surprise ! \u2014 Mais il est exquis, votre menu ! fit Jean avec entrain.\u2014 Un vrai repas de jeunes mariés monsieur! Vous serez contents ! Quand elle fut partie, les deux jeunes gens se regardèrent et se mirent à rire.\u2014 Ça se complique! C\u2019est Mme Jean Valmont que j'aurais dû mettre, fit Elia- ne égayée.\u2014 Hum ! fit Jean pitensement.Avec deux chambres.Et vous n\u2019arriverez seulement pas à me traiter en frère.GABRIEL OUIMET sur la table et de se pencher vers son compagnon : \u2014 Alors je vous dirais : «Mon grand frère chéri.doux compagnon de mon enfance et qui ne m\u2019a jamais quittée, je suis heureuse d\u2019être là, avec toi.protégée par ta tendresse et par ton dévouement.Mon Jean.mon Jean chéri, je voudrais demeurer toujours avec toi.que tu ne me quittes jamais.que je sois la seule femme à régner sur ton coeur.la seule dont la tendresse ne te fera jamais défaut.Je t\u2019aime, mon grand Jean.jamais, comme ce soir, je n\u2019ai éprouvé un tel besoin de te le dire.\u2014 Ma chérie! répondit involontairement Jean, pris au piège d\u2019une telle déclaration.Elle avait fini de parler, mais ses yeux restaient plongés dans ceux de Valmont, et la vérité nous oblige à dire que tous les deux, en cette minute, oubliaient totalement la bienheureuse fiche qui les Août 1934 faisait frère et soeur pendant quelques heures dans ce correct hôtel sarthois.Ce fut la jeune fille qui se ressaisit la première : \u2014 Voilà, monsieur Valmont, ce que je dirais à mon frère, si j'avais eu le bonheur d\u2019en posséder un de votre âge et de votre caractère.\u2014 Ma petite Eliane ! soupira l\u2019amoureux, qui n\u2019était pas encore redescendu sur terre.Mon Eliane chérie ! Par-dessus la table, sa main était allée emprisonner celle de la jeune fille.Mais celle-ci, subitement, aperçut la caissière qui les regardait.\u2014 Ah ! Jean ! observa-t-elle à voix basse et remplie de confusion, soyons rieux ! Si cette femme a lu notre fiche, pour un frère et une soeur, qu\u2019est-ce.qu\u2019elle va s\u2019imaginer ! .Elle pouffait de rire._ Valmont langa un regard malveillant à la malencontreuse caissière dont la curiosité indiscrète l\u2019obligeait à lâcher la petite main si tendrement emprisonnée.; Mais, puisque ce geste était trop ostensible, il en eut un autre plus discret: ses pieds allèrent emprisonner ceux de sa rougissante compagne, lesquels ne se dérobèrent pas.Et, de nouveau, nos deux héros oublièrent la terre entière.\u2014 Tout bien considéré, fit Eliane au bout d\u2019un moment, si notre fiche n\u2019a pas été ramassée, nous allons la rétablir comme il se doit., \u2014_ Mon Dieu! qu\u2019est-ce qu\u2019il va falloir écrire, cette fois ?\u2014 Mon vrai nom, tout bonnement! Au grand jour et sans obscur mystère: Elia- ne de Surtot, fiancée de M.Jean Val- mont, avec lequel elle va se marier le plus tôt possible.Et, cette fois, ajouta- t-elle avec autorité: cette fiche-là sera la bonne et il ne faudra plus jamais la dé- traire! N'est-ce pas votre avis, mon grand ami ?Mais Jean était incapable de parler.II se contentait de la regarder éperdument, en tremblant de tous ses membres devant le grand bonheur qui se levait pour lui.XII Le triomphe du détective Arrivés à dix heures du matin à Paris, Eliane et Jean se séparèrent devant une station de taxis.Par téléphone, du Mans ils avaient prévenu Mme de Surtot de leur arrivée, et celle-ci, dont l\u2019angoisse était enfin calmée, attendait sa fille et son sauveur avec la plus vive impatience., Mais Eliane avait préféré que Jean ne l\u2019accompagnât pas chez elle, où elle voulait d\u2019abord mettre sa mère au courant des terribles aventures qui avaient failli se terminer si tragiquement pour elle.La jeune fille désirait aussi, avant de présenter Valmont, faire à sa mère la confidence du doux roman ébauché avec celui qui lui avait sauvé la vie, N°était-il pas plus correct d\u2019obtenir de l\u2019indulgente maman qu'elle prit, elle-même, l\u2019initiative de la rupture avec le propriétai des Houx-Noirs ?proprictaire Et deux autres raisons encore faisaient agir Eliane.D\u2019abord, elle tenait a ce que Jean tou- chit la prime donnée par sa tante.Il fallait donc le désigner ouvertement à la préfecture comme étant celui qui, tout seul et sans aide, l\u2019avait sauvée.Devant le fait accompli, le jeune homme ne pourrait que s\u2019incliner.Ensuite, il fallait, si possible, éviter les premiers commentaires de la presse.Le retour de la rescapée avec Valmont aurait fait couler des flots d\u2019encre dans les journaux.Tandis que Louis Manziu, mis au courant de la vérité, arrangerait l\u2019histoire pour le mieux.Pour tout cela, il semblait préférable a Eliane que Jean Valmont ne vint pas l\u2019accompagner au domicile maternel.Quand il y rejoindrait dans la soirée, comme elle le lui avait fait promettre, tous ces points seraient arrangés, et la chère maman ne serait pas obligée d\u2019accepter par surprise ce nouveau fiancé de sa fille que rien ne faisait prévoir.Et il en fut bien ainsi, ce soir-là et les jours qui suivirent, pour tout ce qu\u2019E- liane avait envisagé. ! Sy Août 1934 Quand Valmont, un peu ému, sonna le soir à la porte des deux femmes, il fut accueilli par une maman indulgente et reconnaissante qui le serra dans ses bras avec émotion, comme s\u2019il était déjà son fils.Par ailleurs, les journaux du soir et ceux du lendemain annoncèrent en énormes manchettes deux sensationnelles nouvelles: la première fut le retour d'Eliane, que tout le monde croyait morte, et la seconde fit connaître que la prime avait été versée au sauveur anonyme qui, si intelligemment, avait volé au secours de la malheureuse victime du vieux puils.Cependant l'opinion publique avait été tellement secouée par cette abracadabrante histoire, qu\u2019il fut impossible aux deux héros de se dérober complètement aux infatigables reporters.S'ils ne réussirent pas à atteindre Val- mont qui, très occupé à renflouer les affaires de son ami Lanfred, ne venait que tard, dans la soirée, chez la mère de sa fiancée, du moins obsédèrent-ils celle-ci de leurs interviews répétés.Eliane, à qui son affection pour Jean Valmont avait donné du sens pratique, accepta de servir d\u2019intermédiaire entre eux et son sauveur.Avec un étonnant à-propos et une non moins merveilleuse décision, elle fit préparer pour Valmont un bon petit contrat en règle, où il était spécifié que le jeune homme réservait en exclusivité à un grand journal du matin le récit de leur double aventure, moyemmant la bagatelle d\u2019un demi-million.Une seule réserve était faite: celui qui écrirait l\u2019article le signerait d\u2019un pseudonyme, afin de garder l\u2019anonymat auquel il tenait pardessus tout.Et comme Eliane collabora à la confection de cette histoire vécue, nous pouvons affirmer que les deux fiancés, tout en racontant la vérité, surent néanmoins en cacher les points trop sensibles qui eussent couvert d\u2019opprobre le nom de Croixmare, jusqu'ici honoré.Disons d\u2019ailleurs que Roger Croixmare ne connut pas le retour d\u2019Eliane, ni le bonheur de Jean Valmont.Le misérable était devenu fou.Depuis le départ des Houx-Noirs de Louis Manzin, qui lui avait affirmé que le vieux puits rendrait tous ceux qu\u2019il contenait, le jeune châtelain avait complètement perdu la raison.; Armé d\u2019un fusil, le dément surveillait \u2018puit et jour le mystérieux puits, pour tuer tous les revenants qui s\u2019aviseraient d\u2019en sortir.Mais comme sa folie, au bout de quelques jours, était devenue furieuse et qu\u2019il menaçait de son arme tous ceux qui approchaient du sinistre bouquet de pins, il devint nécessaire de l\u2019interner.Mme Croixmare, en apprenant l\u2019évêne- ment à ses deux amies, Mlle de la Brèche et Mme le Surtot, exprima tous ses regrets du nouveau malheur qui la frappait, en même temps qu\u2019elle rendait a Eliane «sa parole, si jamais on retrouvait la jeune fille.» Il est probable que la malheureuse mère avait dû saisir bien des choses dans les paroles incohérentes que son fils laissait échapper.Elle avait dû reconstituer en partie le drame.Et si son attitude ne permit jamais à quelqu\u2019un d\u2019en augurer, du moins fit-elle à son neveu un magnifique et maternel cadeau quand celui-ci épousa Eliane, quelques semaines après que le bruit fait autour du vieux puits se fut éteint.Mais Louis Manzin?direz-vous.Que devient ce fin limier de la préfecture ?Eh bien, il triomphe, tout simplement! N\u2019avait-il pas affirmé que là où se trouvait Jean Valmont, était aussi la disparue ?N\u2019avait-il pas deviné, bien avant qu\u2019il en fût question, l'amour des deux jeunes gens l\u2019un pour l\u2019autre ?Enfin, n\u2019avait-il pas prédit que jamais Eliane de Surtot n\u2019épouserait Roger Croixmare ?Et tout ce qu\u2019il avait annoncé ne s\u2019est- il pas réalisé ?H triomphe, Louis Manzin, et avec orgueil, encore.Au surplus, combien d\u2019autres fins limiers triomphent comme lui ?Tout simplement parce que le hasard est le dieu des détectives et que, bien souvent, complètement pourtant en dehors d\u2019eux, les circonstances leur donnent raison ! FIN La Revue Populaire Quand la brise vagabonde.(Suite de la page 10) a parvenir au quai de la Pointe au Pic.Allons a terre.11 h.Départ pour les Eboulements.Léger vent du nord-est.Mon journal de bord est rédigé sans façon; j\u2019écrivais d\u2019une main en tenant la barre de l\u2019autre.Cependant, je n\u2019ai jamais pu en relire les pages sans tomber dans une sorte de rêverie et être repris du plus ardent désir d\u2019aller de nouveau me faire mouiller la face a l\u2019eau, passer de longues nuits à la barre, fixant pendant des heures la lumière d\u2019un phare qui approche tranquillement, chantant, ballottant, riant tout seul; ou boulotter, à bord, ces «puddings» de ma confection, ces omelettes au fromage farcies d\u2019ingrédients qui engraissent, ces crépes que je savais rendre épaisses, grice a un don culinaire que je me suis découvert: ou encore roupiller comme un prince dans le fond de mon « Vagabond> pour me réveiller souvent en sursaut, rêvant qu\u2019un navire me passe dessus ou que je touche le fond.J\u2019espère qu\u2019en lisant ces quelques extraits, le jeune lecteur qui se sent une âme de marin, qui ne craint pas de cuire ses repas lui- même, de manger son pain à la pluie battante, de dormir à des heures irrégulières; à qui il importe peu de tenir la roue le jour ou la nuit, au soleil ou à la pluie, cherchera lui aussi à vivre la même vie l\u2019été prochain.Celui qui se transporte dans son bateau dans le Bas de Québec est sûr de passer des vacances pleines d\u2019imprévu, de voir un pays merveilleux de beauté, qui rivalise avec les plus beaux sites du monde entier, et que les Canadiens ne connaissent pas assez.Il fera une navigation des plus intéressantes et il apprendra à aimer la mer, à l\u2019aimer quand elle est vivante, ensoleillée, souriante, et qu\u2019une bonne brise fait moutonner la crête de ses vagues.À l\u2019aimer quand elle est noire, furieuse, menaçante.À l\u2019aimer le soir quand elle est majestueuse, calme, quand les nuages colorés par un soleil couchant se reflètent en elle.À l'aimer toujours, parce qu\u2019elle est toujours belle, même quand il pleut et que la brume la rend mystérieuse, traîtresse, à l\u2019aimer la nuit, parce qu\u2019alors, si elle est paisible, elle fait une compagne charmante pour l\u2019homme, écoutant ses chansons, partageant ses tristesses et ses joies.Le soin des bébés Bébé a la fièvre Si votre enfant a de la fièvre, ne vous fiez pas à votre diagnostic.C\u2019est le médecin qui doit en chercher la cause.Il faudra savoir comment prendre sa température.C\u2019est par le rectum que l\u2019on doit toujours prendre la température des bébés ou des jeunes enfants; on se procurera facilement un thermomètre spécial avec une boule épaisse.Il n\u2019est pas sage de prendre la température du bébé à tout propos ; cependant, si la figure du bébé est rouge ou que sa peau est bien chaude, il faut prendre sa température; celle-ci varie entre 98 et 99.5 à la normale.Avant de vous servir du thermomètre, se- couez-le par un mouvement brusque du poignet jusqu\u2019à ce que le mercure soit en bas de 97 degrés.Enduisez la boule de vasseline.Placez le bébé sur vos genoux, entrez le thermomètre dans le rectum à un pouce de profondeur, et sans quitter le bébé un seul instant.Quand la température est prise et lue, nettoyez parfaitement le thermomètre en lavant avec de l\u2019eau froide et en désinfctant avec de l\u2019alcool ou un désinfectant quelconque.Ne jamais le mettre à l\u2019eau chaude, il se briserait.Pour soigner le bébé à la maison Quand le bébé est malade, et que vous ne pouvez l'envoyer à Phôpital, les soins que vous lui donnez à la maison doivent être sous la surveillance immédiate du médecin.Votre enfant traverse une période critique et vous ne sauriez prendre trop de précautions pour l\u2019aider à guérir.Lorsqu\u2019il s\u2019agit de lui donner son bain, vous devez surtout s\u2019il a la fièvre, craindre un refroidissement qui pourrait être fatal.Au lieu de le baigner dans la cuve comme à l\u2019ordinaire, c\u2019est un bain d\u2019éponge que vous lui donnerez.Nous ne saurions trop vous recommander de ne découvrir l'enfant que partiellement pour ne pas lui donner de frissons.Mettez un sac d\u2019eau chaude aux pieds du bébé pendant le bain.Réchauffez le petit lit avant d\u2019y déposer le bébé.® \u201cAh! Bravo\u2014Bravo! La voila qui marche maintenant, mais quelle affaire ! Je savais bien que j'en viendrais à bout avec ma Poudre Johnson pour les Bébés.Qu'est-ce qu\u2019on ne fait pas avec cette pou- dre-là ?\u201d @ \u201c Allons-y maintenant! Je n'ai pas encore essayé cette machine-la, mais je suis aussi fin qu\u2019un autre ! Si je tombe, eh bien ! je me relèverai.Pas facile, pourtant - ATTENTION !\u201d ® \u201cCA Y EST \u2014 Jai dii donner un mauvais coup.Je ne me suis pas fait mal, mais je demanderai quand même à maman de me mettre de la Poudre Johnson pour les Bébés, si douce et si veloutée, que toutes les mamans devraient em- ployer\u2014\u201d @ \u201cLes poudres pour bébés sont loin d\u2019avoir toutes la même consistance.Fai- tes-en ainsi la preuve vous-même : \u2014 Tâtez différentes poudres entre le pouce et l\u2019index.Alors que quelques-unes sont graveleuses, la Johnson est aussi douce que du duvet et ne contient ni stéréate de zinc ni racine d\u2019iris ! \u201d Sur réception de 10\u20ac (en argent) nous vous enverrons des échantillons de la Poudre, du Savon et de la Crème Johnson pour les Bébés.Johnson & Johnson Ltd Montréal, Can.Gotrvren Jolson Limited POUDRE £7247 JOHNSO FABRICATION CANADIENNE 80 56 dents serrées, l\u2019une contre l\u2019autre.\u2026 Mon Dieu, pourvu que.Il la frictionne vigoureusement avec de la neige, et parvient enfin à lui faire avaler un peu de vin.\u2014 Alain, Alain.gémit-elle.\u2014 Es-tu réchauffée ?Pourras-lu marcher encore un peu ?\u2014 Je suis si fatiguée, et je m\u2019endors.je m\u2019endors.\u2014 Essayons, veux-tu ?Ils partirent, malgré le froid qui leur brûle la figure, mais, quelques instants plus tard : \u2014 Si tu savais combien je suis lasse, Alain, murmura la petite.Reposons-nous encore.\u2014 Non, non, c\u2019est trop dangereux.Ils marchent, marchent, ne sachant où ils vont.Cependant, l\u2019enfant avance de plus en plus lentement, et s\u2019appuie presque complètement sur lui.tout à coup, elle s'arrête, découragée.\u2014 Je ne puis plus avancer, pleu- re-t-elle.je n\u2019ai plus de forces, laisse-moi mourir ici.Le petit gentilhomme se penche doucement sur l\u2019être menu qui se presse contre lui.il la console .l'enveloppe de son manteau, et la prend dans ses bas.Pourvu que les forces ne lui manquent pas, à lui.Il y a si longtemps qu\u2019ils marchent ainsi \u2026 Si le jour se levait, il pourrait reconnaître la direction.ils ont certainement passé le village.Que faire.mon Dieu! que faire.\u2014 Alain, jai froid.Alain, j'ai peur ! gémit la petite fille, se cramponnant à son cou.Son coeur se serre en entendant pleurer la pauvre petite.\u2014 Ne crains rien, rassure-t-il.nous arrivons.Si c\u2019était vrai, mon Dieu, si c\u2019était vrai.comme il se sent las lui aussi.Il n\u2019avance plus qu\u2019avec peine .à un moment donné, il heurte une pierre, et en tombant il sent une affreuse douleur à la jambe, et malgré ses efforts, il ne peut plus se relever.Alors, le brave petit voit son courage l\u2019abandonner, et, la tête sur l\u2019épaule de Marie, il sanglote convulsivement.il exhale tout le grand désespoir qui l\u2019étreint, devant ce destin affreux qui les condamne à mourir là, tous deux, sous la neige.Ce sont les appels de Marie qui le tirent de sa douleur.\u2014 Alain.Alain.où es-tu ?La Revue Populaire CHEVALIER DU ROY (Suite de la page 13) Comme sa voix est faible.on ne l\u2019entend presque plus.Il essaye vainement de réchauffer les petites mains glacées; les siennes sont froides, aussi.Mon Dieu ! Mon Dieu ! que faut-il faire ?Mais .rêve-t-il ?.On dirait un bruit de grelots.il écoute.plus rien.Mirage ! .ce n\u2019est qu\u2019un mirage ! .et il éclate de rire, nerveusement.Pourtant.le bruit augmente.Le jeune homme voit une forme étrange s\u2019avancer vers eux.Dans un dernier sursaut d\u2019énergie, il se lève, il appelle.La grande forme noire s\u2019arrête, quelqu\u2019un descend, il entend confusément une voix qui dit: «Que faites-vous ici à l\u2019aube, Seigneur-Jésus, et par un pareil temps ?.» Puis, tout s\u2019anéantit pour Alain, il ne se souvient plus.Les deux enfants étaient sauvés par le curé de Terrebonne, qui, malgré la tempéte, se rendait porter le Viatique 4 un moribond.«Que demandent ces chevaliers, « Compagnons d'la Marjolaine, « Que demandent ces chevaliers, Leur bref séjour au presbytère de Terrebonne avait été pour elle des heures d\u2019enchantement.Elle avait voulu repartir pour Québec, retrouver sa mere, mais le bon curé avait insisté pour les garder tous deux, les routes n\u2019étaient pas sires, et après une telle aventure, ils avaient tous deux besoin de repos.Ils avaient, par des messagers sûrs, fait avertir leurs parents, et ils s\u2019en donnaient à coeur joie.Marie, insensiblement, s\u2019attachait à ce jeune homme qui faisait toutes ses volontés.Ils allaient ensemble faire de longues promenades sur la route qui conduit a St- Eustache.Un jour, ne sachant pas encore la mort de son pere, elle lui avait demandé : \u2014 Alain, est-ce que, la guerre finie, je pourrai revoir mon papa?Je pense trés souvent a lui, vois-tu, et c\u2019est affreux de songer qu\u2019il se bat toujours contre ces méchants Anglais.Il a peut-être froid.peut-être faim.Le petit gentilhomme partageait cette détresse enfantine, et trop vraie, malheureusement, et souvent il songeait comme Marie serait seule, dans la vie, et comme il aimerait à la protéger toujours, comme la nuit terrible de la tempête.\u2014 Non, ton papa n\u2019a pas froid, il ne souffre plus, continue à penser à lui, ma petite Marie, et prie pour lui.\u2014 Comme tu dis ça, tu \u2018as la même voix triste que lorsque tu me consolais, dans la «poudrerie».Alain changeait de sujet, alors, et essayait de lui cacher sa tristesse et ses appréhensions, afin de ne pas l\u2019inquiéter.Le soir, c\u2019étaient de longues causeries, dans la grande salle du presbytère, près du foyer ancien qui pouvait troncs d\u2019arbres presque entiers.Sa grosse pipe à la main, le bon curé leur disait des légendes canadiennes, à cette seule lueur dansante, dorée, rouge et mauve.aisément contenir des Marie avait des réflexions piquantes.Un jour elle demanda au jeune homme : \u2014 Alain, pourquoi ne portes-tu pas d\u2019armure ?\u2014 Parce que je n\u2019en ai pas, petite fille.\u2014 Mais, les chevaliers de mes livres de contes avaient tous des armures.\u2014 Alors, petite Marie, j'en aurai une, si cela peut te faire plaisir, répondit-il, en riant de tout son coeur.L\u2019heure de la séparation vint, trop tôt.Marie ne pouvait se résoudre à quitter le bon curé et surtout son petit chevalier, à qui elle devait la vie.Alain, pour cacher son émotion, lui baisa galamment la main, et d\u2019une voix qu\u2019il voulait gaie : \u2014 Adieu, ma dame, dit-il.La pauvre petite s\u2019en fut, sans un regard en arrière; mais, au moment de monter dans la voiture qui l\u2019attendait, le coeur lui manqua et elle revint se jeter dans les bras du jeune homme, en pleurant.«Ne m\u2019oubliez pas!.Ne m\u2019oubliez pas ! » \u2014 Est-ce qu'un « chevalier » oublie ainsi la dame de ses pensées?Au revoir, Marie .Ma petite Marie!l.Ils se séparèrent, mais l\u2019écharpe de gaze bleue qui entourait le cou de la petite, se dénoua par le vent, et vint tomber près de lui.\u2014 Je vous la donne, cria-t-elle, déjà loin.Et comme elle se retournait une dernière fois, elle le vit la porter à ses lèvres.4 Août 1934 En évoquant ces souvenirs, mademoiselle Chénier sentait des larmes sourdes couler lentement sur ses joues .Larmes de regrets?.Larmes d\u2019amour ?.a «Ce sont les chevaliers du Roy, « Compagnons d\u2019la Marjolaine, « Ce sont les chevaliers du Roy, < Compagnons, de sur le quai.Qu'\u2019était-il devenu ?Son jeune âge lui avait évité l\u2019exil aux Bermudes, et Madame de Blainville lui avait appris qu\u2019il était en France, dans un régiment du roi Louis-Philippe.Il était « chevalier du Roy » ! Depuis, elle ne savait plus.« Que demandent ces chevaliers, « Compagnons d\u2019la Marjolaine, « Que demandent ces chevaliers ?.\u2014 Marie, on te demande au parloir, cria une petite voix.' La jeune fille tressaillit, surprise, elle n\u2019attendait personne; néanmoins elle se hâta dans la direction du parloir des religieuses.La tourière I\u2019attendait.\u2014 On vous permet de sortir en dehors du «tour», mon enfant, dit-elle.De plus en plus étonnée, puis- qu\u2019on n\u2019a la permission de franchir les grilles du cloître que pour la visite d\u2019un père ou d\u2019une mère, Marie, orpheline, ne put que balbutier : \u2014 Je ne comprends pas.\u2014 C\u2019est à la demande de Madame de Blainville.Comme en un rêve Marie arriva au parloir, et là, elle eut ce cri dont, sans trop s\u2019en rendre compte, elle appelait Alain, dans ses rêveries : \u2014 Mon chevalier ! dit-elle.Comme jadis, il baisa doucement la jolie main, et répondit dans un sourire : \u2014 Je vous rapporte votre écharpe bleue.Là-bas, la ronde continuait de plus belle.La-bas, le couchant laquait d\u2019or fauve le petit parc des « grandes », et mettait des patines roses sur les vieux murs du monastère.em «Que demandent ces chevaliers, « Compagnons, de sur le quai ?«Jolie dame à marier, « Compagnons d\u2019la Marjolaine, «Jolie dame à marier, « Compagnons, de sur le quai. + J Août 1934 pendant quatorze ans, il fait au- jourd\u2019hui partie du Sénat, dont le siège est a Cape Town.L\u2019honorable Francois Meland, puisque c\u2019est son nom, séjourna jadis, pendant assez longtemps, dans le midi de la France, pour apprendre la langue française, langue qu\u2019il parle couramment et avec une telle pureté qu\u2019on le prendrait parfois pour un Français.Au cours de cette promenade, notre visiteur distingué fut frappé * par le style des églises et des maisons canadiennes qui ornent encore - le trajet que l\u2019on fait en parcourant l'Ile d\u2019Orléans.A chaque instant, eur la falaise, l\u2019on aperçoit de ces superbes édifices de cinquante et soixante pieds de long, coiffés d\u2019un toit formidable, comme un capuchon de.capucin, au carré blanchi à la chaux et à la toiture noire avec deux cheminées qui en flanquent les pignons.Ces édifices firent l\u2019admiration du visiteur étranger.«Je viens de parcourir, dit-il, une grande partie du Canada et des Etats-Unis, Jy ai vu des choses remarquables et méme des choses fantastiques, surtout à l\u2019Exposition de Chicago, mais après la vie tré- pidente des grandes villes américaines et l\u2019uniformité de ses villages et de ses campagnes, au point de vue édifices, quel plaisir de se retrouver dans la province de Québec, où j'ai l'illusion d\u2019être en France, pays que j\u2019admire pour l'avoir habité pendant plusieurs années pendant ma jeunesse et que j'ai maintes fois visité au cours de ma vie.Ce serait un crime, ajoutait-il, que de vous départir de votre architecture et de ces formules si françaises, si vous voulez continuer à attirer chez vous les touristes étrangers et surtout vous garder dans une atmosphère qui exprime bien d\u2019où vous venez, ce que vous êtes et ce que vous voulez demeurer.» À propos de l'Exposition de Chicago que je viens de mentionner, me serait-il permis de rappeler que deux des «exibits », si l\u2019on peut dire, les plus remarquables et les plus fréquentés, ce sont, premièrement, une reproduction du Fort Dearborn et, deuxièmement, une replique de la maison de Lincoln et de ses dépendances.Ce fort et cette maison reproduisent des édifices qui existaient il y a environ un siècle, et comme ils ont été aménagés la façon de l\u2019époque, les visiteurs qui y affluent passent des instants délicieux à voir de quelle façon, autrefois, l\u2019embouchure de la rivière Chicago était défendue et aussi dans quel milieu le grand président des Etats-Unis passa sa jeunesse.La Revue Populaire LA MAISON CANADIENNE (Suite de la page 11) Une couple de tentatives ont été faites, chez nous, pour conserver à certaines maisons le caractère bien canadien.Tout d\u2019abord, mentionnons la série de plans que distribue le département de l\u2019Instrue- tion publique aux commissions scolaires qui veulent bâtir des écoles et, ensuite, les édifices superbes qui ont été érigés, depuis une couple d\u2019années, dans le Jardin Zoologique de Québec, situé à Saint- Pierre-de-Charlesbourg.Ce sont là deux tentatives très louables, mais elles ne suffisent pas à assurer, chez nous, la survivance de l\u2019architecture canadienne, qui n\u2019est que la fille de l\u2019architee- ture normande apportée ici par nos pères.«Ce qui atiire, intéresse et retient les touristes qui parcourent nos routes, disait récemment un journal de la Province, c\u2019est le caractère même de nos habitants, leurs habitudes, leurs moeurs, mais surtout leurs maisons et leurs installations.» Un peu plus loin, il continue ainsi : « Les étrangers qui viennent dans notre belle province veulent trouver, chez nous, ce qui n\u2019existe pas chez eux.Sachons donc les recevoir avec cette cordialité qui a rendu fameuse l\u2019hospitalité française de nos aïeux.Recevons- les dans des maisons d\u2019un caractère français.Décorons nos hôtels de la campagne de vieux meubles, de catalognes, de tapis faits à la maison; que la cuisine serve des mets simples mais savoureux, mais, encore une fois, des mets de chez nous.» Il y a tendance très prononcée à laisser dépouiller nos vieilles maisons de tout ce qu\u2019elles ont d\u2019antique, de vieux, tels que meubles, instruments de travail, argenterie, porcelaine, chandeliers et marteau de portes de cuivre, etc.Nos compatriotes de langue anglaise et les Américains en font leurs délices, quand ce ne sont pas des antiquaires qui les trafiquent.Pourquoi nous dépouiller de tous ces signes de noblesse, puisqu'ils marquent notre origine et qu\u2019ils indiquent que nous ne sommes pas arrivés d\u2019hier, mais que, depuis longtemps, nous avons planté notre tente sur le sol canadien et que nous voulons y demeurer lidement attachés avec tout ce que nos ancêtres ont apporté de France avec eux et qu\u2019ils nous ont transmis religieusement.so- cÂir de glas FSI Coups d\u2019ailes que donne le métal .A la priere de ceux qui pleurent, Les bourdons frappent d\u2019un son brutal Les airs se brisant comme un cristal; Puis, tel le souffle de ceux qui meurent, Pures de la pureté d\u2019antan, Les ondulations, en montant, Se raidissent, retombent, s\u2019effleurent, Et bientôt s\u2019endorment en chantant.Extrait de Les Phases Montréal, Déom 1910 Guy DELAHAYE Trois monuments \u2014Trois*symboles 3 (Suite de la page 5) Montréalais, de 4 Algonquins et du chef Hanontaha, soutint, derrière de mauvaises palissades, un siège de huit jours contre plusieurs centaines d\u2019Iroquois.C\u2019est à lui que revient l'honneur d\u2019avoir tenté le premier raid dans le secteur iroquois.Dollard et ses compagnons se battirent pendant des jours et des nuits, jusqu\u2019à la mort.Ce coup de main adoucit l\u2019humeur belliqueuse des Iroquois et blessa leur orgueil qui était immense.Pendant deux années, la colonie put respirer plus à l\u2019aise et récupérer ses forces.Comme les chroniqueurs, historiens et gazetiers du temps de Dollard n\u2019admettaient pas la maniére forte des conquistadors, ils feignent prsque tous d\u2019ignorer son fait d\u2019armes, de sorte que Dol- lard n\u2019entra dans la gloire que deux cents ans après sa mort.Mais il est aujourd\u2019hui, pour la jeunesse canadienne, ce qu\u2019est Jeanne d\u2019Arc pour la jeunesse de France.57 PRECIEUSES RECETTES ANCIENNES ET MODERNES Un des livres de recettes les plus intéressants jamais offerts aux Canadiennes-Fran- Caises vient d'être publié par les fabricants de la farine Purity.Il renferme 100 recettes économiques modernes de pain, gâteaux et pâtisserie avec une nouvelle méthode détaillée facile à suivre \u2014 et choisies Jar une autorité française dans la fameuse édition anglaise du livre de cuisine Purity.Aussi plusieurs excellentes recettes en usage depuis des générations dans les vieux manoirs et couvents de Québec \u2014 inchangées et dans leurs termes originaux.Magnifiquement imprimé et illustré, ce livre vous sera toute une révélation \u2014 11 vous épargnera plusieurs fois son coût.Envoyez seulement 15¢ 4 Western Canada Flour Mills Co., Limited, 4105 immeuble Board of Trade, Montréal, Qué.Sac a Couture qui a du CHARME Déploiement de couleurs et rapidité pour votre aiguille avec le nouveau Fil a Broder Souple \u201cAnchor\u201d.Un point fait le travail de trois et toutes les nuances sont de couleurs T- manentes.De- mandez-le par son nom.Les Aiguilles de ilward sont les meilleures \u2014 célèbre depuis 1730, FIL À BRODER A OE OE aw gy WOE ONY OM OM OW The Canadian Spool Cotton Co., 158F Dépt.V32Case postale 519, Montréal, P.Q.J'inclus 5c pour les patrons au fer chaud et le nouveau feuillet d'instructions sur la broderie au Fil Souple \u201c Anchor\u201d, Nom.Adresse.MAUX de TETE Douleurs périodiques LA REVUE POPULAIRE 975, rue de Bullion Montréal, P.Q.Ci-joint $1.50 pour un abonnement d\u2019une année.Nom et prénoms tee eas er ens Adresse 58 SANDWICHES Pour le goûter ou le lunch des enfants d\u2019écoles, les sandwiches au Beurre d\u2019arachides ( peanuts) « Meadow Sweet» se recommandent spécialement à la ménagère.Riches en valeur nutritive, satisfaisants, économiques, ils se préparent de la façon la plus facile, en différentes manières, et les enfants en raffolent.Les sandwiches suivants se servent très bien aux réceptions, soirées, le « five-o\u2019clock » intime, etc.Ser- vez-vous du pain fait le jour d\u2019avant, car le pain frais se coupe difficilement.Sandwiches au beurre d\u2019arachide: et au beurre d'érable Beurrez sur une tranche de pain, une certaine quantité de beurre d\u2019arachides « Meadow Sweet» et eur l\u2019autre tranche une quantité égale de beurre d\u2019érable « Meadow Sweet » et unissez-les ensemble.Raisin et beurre d\u2019arachides Employez une quantité égale de raisins et de beurre d\u2019arachides.Hachez vos raisins fin-moyen et mélangez-les avec le beurre d\u2019arachides, et une petite quantité de beurre frais ordinaire.Etendez entre vos tranches de pain blanc ou de son, coupées très fines.Sandwiches piquants Battre en crème dans un bol la quantité désirée de beurre d\u2019arachides en ajoutant peu à peu de la crème et quelques gouttes d\u2019eau si nécessaire.Et pour 3 cuillerées à table de ce mélange aujoutez 2 cuillerées à table de ketchup aux tomates, mélangez bien et étendez entre deux tranches de pain.Les fruits secs ou en conserves, le fromage à la crème, les gelées aux groseilles, confitures d\u2019abricot, la marmelade, les tomates, les olives vertes et le céleri s\u2019accommodent également bien avec le beurre d\u2019arachides (peanuts) « Meadow Sweet » \u2014 entre les tranches de pain beurrées.A part ces suggestions, la cuisiniére habile fera bien des variations qui lui seront spéciales.La Revue Populaire LA BONNE CUI par Germaine TAILLEFER Photo Libby, McNeill & Libby PAIN AUX NOIX ET AUX PRUNEAUX DE CALIFORNIE 1 tasse de farine blanche 6 c.a thé de poudre a pate 15 c.à thé de soda 2 t.de Pruneaux de Californie cuis, dénoyautés et hachés 1 tasse d\u2019amandes hachées 1 c.à soupe de shortening 1 tasse de sucre granulé 1 oeuf battu L, tasse de jus de pruneaux 1 tasse de lait sur 2 tasses de farine graham Défaites le shortening avec le sucre.Ajoutez l\u2019oeuf battu, que vous mélangez ensuite avec le jus des pruneaux et le lait.Ajoutez la farine graham, mélangez bien, puis ajoutez la farine blanche tamisée avec la poudre à pâte, le soda et le sel.Combinez avec les pruneaux et les noix, battez bien et versez dans un moule à pain graissé.Faites cuire environ 1 heure à four modéré (325 degrés F.).Cette recette fait un pain qu\u2019on peut partager en 14 tranches d\u2019un demi-pouce.CREME NAPOLITAINE 4 blancs d\u2019oeufs 14 tasse eau froide 1 ce.à soupe de gélatine 2 c.à soupe de jus de citron Crème douce 114 once de chocolat 34 tasse de sucre candi 15 tasse d\u2019eau bouillante 3 onces de cerises au marasquin Cochenille Faites amollir la gélatine dans l\u2019eau froide et dissoudre dans l\u2019eau bouillante.Ajoutez 14 tasse de sucre et brassez jusqu\u2019à dissolution.Ajoutez les blancs d\u2019oeufs battus ferme.Brassez jusqu\u2019à parfait mélange.Partagez le mélange en trois parts.Ajoutez le chocolat fondu à une part, avec la moitié de ce qui reste de sucre.Ajoutez le jus de citron à la seconde part, avec le reste du sucre.Ajoutez les cerises hachées à la dernière part.Ainsi le mélange de base sert à préparer la crème napolitaine, mais chacune des trois parts est colorée et assaisonnée différemment.Servez avec de la crème douce.Août 1934 SINE ~~ SPAGHETTI AU CELERI 8 oz.de Sphaghetti Hirondelle, Catelli ou Sunshine 2 t.de céleri coupé en dés.2 t.de sauce blanche épaisse 1, tasse de fromage râpé fort.Chapelure Quelques noisettes de beurre Sel et poivre Faire cuire le Spaghetti et le ver- -ser dans un plat à gratin.Alterner un rang de Spaghetti et un rang de céleri.Verser sur le dessus une sauce blanche épaisse à laquelle on ajoute le fromage râpé et les assaisonnements.Parsemer le plat de chapelure-et de noisettes de beurre.Faire gratiner au fourneau et servir très chaud.Gateau aux noix et à l\u2019érable 1/3 tasse shortening 1 tasse cassonade blanche 2 oeufs 1 ce.à thé essence de vanille 1 tasse amandes hachées, des pécanes de préférence 15 tasse lait 114 tasse Farine Préparée XXX Brodie Défaites le shortening en crème, Ajoutez le sucre, les jaunes d'oeufs, l\u2019essence et le lait, puis battez bien.Ajoutez la farine et les amandes hachées.Incorporez en mêlant les blancs d\u2019oeufs battus.Cuisez en pain dans un moule à gâteau graissé, de 35 à 45 minutes, à four modéré.Recouvrez le dessus d\u2019un glaçage à l\u2019érable.Gâteau ordinaire à un oeuf 7 c.à soupe ou une petite 1% tasse graisse (si vous employez du beurre désalez-le) 1 oeuf 1 c.a thé d\u2019essence 115 tasse Farine Préparée XXX Brodie 1, tasse lait 2/3 tasse sucre Defaites la graisse ou le beurre en crème.Ajoutez le sucre.Continuez à défaire en crème jusqu\u2019à dissolution des granules de sucre.Ajoutez l'oeuf et battez vigoureusement.Ajoutez lait et farine alternativement.Versez dans un moule à gâteau graissé et enfariné et cuisez à four modéré (350 dég.).Durée de préparation : 6 min.Durée de cuisson : 30 min. 922 e Aujourd'hui, il est de mode d'organiser des pique- niques qui n\u2019occasionnent à peu près aucun travail préliminaire.On appelle cela des pique-niques \u2018\u2018à la Heinz,\u201d parce que presque tous les aliments nécessaires à la préparation d\u2019un substantiel repas au grand air sont fournis par la tablette Heinz.Vous n'avez qu\u2019à remplir votre panier d\u2019un assortiment de cessucculents produits Heinz, de prendre un ou deux pains frais et bien enveloppés .et vous êtes prête à vous mettre en route! Et quel lunch délicieux vous aurez de cette façon! Soupe Heinz réchauffée dans la boite, puis emportée en bouteille \u2018\u2018thermos\u2019\u2019\u2014sandwiches de Beurre d\u2019Arachides Heinz, Sandwich Spread et Olives Heinz \u2014 salades faites de \u2018\u2018relishes\u2019\u2019 et de cornichons Heinz, accompagnées de sauce vinaigrette se composant de Vinaigre Heinz, de Moutarde Préparée Heinz et d\u2019Huile d'Olive Heinz, ou encore de Mayonnaise Heinz.Et, pour les appétits plus robustes, vous ajoutez des Fèves cuites au four Heinz et du Spaghetti cuit Heinz.N'est-ce pas que le menu est appétissant?Il est pourtant bien simple! Ayez toujours à la maison une tablette de produits Heinz ien garnie.etsurtout, voyez à n\u2019y garder que des produits Heinz.Ils sont tellement supérieurs! Tout ce qui porte le nom de Heinz possède une saveur naturelle véritable .rien d\u2019artificiel n\u2019est ajouté pour colorer ou relever le goût.Seuls des ingrédients de choix vous sont offerts, après avoir été préparés à la perfection et cachetés soigneusement.Essayez à la maison, un de ces jours, pareil menu de pique- nique \u2014 et vous comprendrez notre enthousiasme.H.J.Heinz Company \u2014 Fabrique établie à Leamington, Canada, 1909 Sauce Worcestershire Heinz Jus de Tomates Heinz Ketchup aux Tomates Heinz Sauce Chili Heinz FORD V8 de 1934 L'AUTOMOBILE LA PLUS REMARQUABLE DE L'ANNÉE La performance définitivement supérieure du moteur Ford à 8 cylindres en V, unie aux plus récents perfectionnements connus de l'I ndustrie de l\u2019Automobile .Une Nouvelle Carburation Double, procurant plus de puissance et de rapidité, des reprises plus nerveuses, Un démarrage plus docile quand il fait froid, et plus de milles au gallon d\u2019essence (surtout aux grandes vitesses) .Un système de Ventilation inédit, perfectionné, n\u2019offrant aucun obstacle au champ visuel, permettant à l\u2019air frais de circuler librement et supprimant tout courant d\u2019air (quelles que soient la vitesse et la température).La vue n\u2019est entravée et la beauté du véhicule n\u2019est diminuée par aucun dispositif extérieur .Roulement plus élastique, grâce à l\u2019exceptionnelle flexibilité des ressorts; confort plus complet, assuré par des sièges dont les ressorts sont, eux aussi, plus souples , .Nouvelles calandre et grille de radiateur.Ailes de couleur sur toutes les carrosseries de luxe.Traitement décoratif de l\u2019intérieur et capitonnage nouveaux .Essayez vous-même cette Nouvelle Ford V-8 et vous direz avec nous que c\u2019est, en effet, l\u2019Automobile la plus Remarquable de l\u2019Anné.er.ov.RE "]
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