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Titre :
La revue des deux Frances : revue franco-canadienne
Éditeur :
  • Paris; Montréal; Québec [etc] :la Revue,1897-1899
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
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La revue des deux Frances : revue franco-canadienne, 1898-10, Collections de BAnQ.

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[" | 37 L FRANCE.Un franc Le Numéro } TR ANGER.25 cents 2e ANNÉE LA REVUE Revue Franco-Canadienne Directeur : .Achille STEENS Sommaire ictorien Sardou (DE L\u2019ACAD.FRANC.) La Bastille.c.covieiininn ee PPS 1 Albert Fleury.010000000000 Pleurs dans le réve.\u2026.0\u2026.\u2026.evewenseunwcce 12 Anatole France (DE L'ACAD.FRANG.).La Dame & UEventail blanc.ccoeievnnnnnsn.13 ean Mahondeau.\u2026.Tapisserie.beeen sons ssuccens 16 enjamin Sulte.\u2026.\u2026.Ballade de la Vigne.00\u202600cas cam anne 17 FAchille Steens.\u2026.\u2026.\u2026.Après la Guerre L.0.20sassc anses seance scan 0e 18 bel Letalle.\u2026.\u2026.200000000 Les Sphinz.2.00 2000 sa ea ne ane e 00e caserne 24 XX irae Le Paris du Directoire.\u2026.\u2026.2\u2026\u2026.\u2026\u2026sssess anses sause 25 arc Legrand.0000000u00e Narcisse.0.100020 enes sua asus a savane 0000 37 arry O'Delany.-.0.0000000 La Découverte précolombienne de l'Amérique.38 .-N.Legault.eran Dodo, mon fils! .cccvviiennn.J 42 enée Allard.00000000 Les Apparitions de Tilly.ss.cs 00 se -e 00000000 44 vila Bourbonniére.Chronique américaine.\u2026.\u2026\u2026\u2026.0.resssenauve 50 rthur Smith.0000000000000u00 Pour Georges Charette.\u20260.0200sessesa aucunes 56 lfred Parienti.\u2026.\u2026.\u2026.\u2026 Les Issaouas.\u2026\u2026.2+< secana ns nana sance ne .\u2026 59 FMérys.20cceuso nanas sean nc 00e Le Jardin.20 ca nan e ane sean a nee sen 0e I Alfred Bonneau.\u2026.\u2026.\u2026.Les Canadiens-Ameéric@ing.covveveevanns- 61 #Georges de Dubor.-.- Critique musicale.\u2026.\u2026.\u2026.2\u2026essessanes sac naecn ue 70 Philippe Malpy.\u2026.Le Théâtre à Paris.\u2026.\u2026.100srescssreueseu0se T2 Fantasio.cocovvneenennnenne vens Les Thédtres.eterna 76 CHRONIQUE Dis (Bux FRANÇES.w Liv MODE RARISIENNE.BUREAUX : FRANCE CANADA ÉTATS-UNIS 23, RUE RACINE 30,R.S-J ACQUES 29, R.ST-JEAN 21, RUE GOLD @ Vol.13.\u2014 Octobre 1898 \u2018Deux FRANCES PARIS MONTREAL QUEBEC LOWELL, Mass. Administration Francaise PARIS \u2014 23, rue Racine, 23 - PARIS DE 2 A 5 HEURES DU SOIR, TOUS LES JOURS L A Revue des Deux Frances Secrétaire de la Rédaction : Rodolphe BRUNET Abonnements pour la France, le Canada et les Etats-Unis { 15 francs.| 3 dollars.9 francs.Six Mois.ja L 20 cents.Les abonnements seront servis dans toute l\u2019Amérique par nos Administrations de Montréal, de Québec (Canada) et de Lowell.Mass.(E.-U.).4 PUBLICITÉ | La publicité se traite directement : Au Canada, avec nos administrateurs de Québec et de Montréal ; Lowell, Mass., avec la Direction de Paris.A chaque Numéro aux Etats-Unis, avec notre Administrateur de ou avec les Agents dûment accrédités par eux ; en France, | LA MODE PARISIENNE | VOYAGES MARITIMES PRATIQUES PARIS, \u2014 9, rue de Rome, 9.\u2014 PARIS tM BILLETS DE CHEMINS DE FER ET NAVIGATION A PRIX REDUITS en toutes Classes et par toutes Compagnies EXCURSIONS A FORFAIT : POUR TOUTE iti COLONISATION AU état ae DES RENSEIGNEMENTS' sont donnés aux adresses suivantes: MONTRÉAL : 80, rue Saint-Jacques.QUÉBEC : 29, rue Saint-Jean.GRANDE PHARMACIE - DE LA Croix de Genéve MAISON DE CONFIANCE SPÉCIALE POUR LES ORDONNANCES ET ANALYSES MÉDICALES PRIX MODÉRÉS ET SPÉCIAUX POUR LES ABONNÉS Apéciaiement en dépôt ! \u201cspène ÉDULCOR ve, RES AUX DIABÉTIQUÉS DRAGÉES FERRÉ CONTRE LA CONSTIPATION ef.LES oe « * \u201cae Les Produits de la Maison se trouvent dans les principales pharmacies de Québec et U de Montréal.REMISE AUX DOCTEURS La Bastille Je visitais, avec quelques amis, à la grande Exposition de 1889, cette réduction de la Bastille, que tout le monde a pu voir, et qui, d\u2019ailleurs, était bien faite pour en donner l\u2019idée la plus fausse.À peine avait-on franchi la porte d'entrée, que l\u2019on voyait, dans l'obscurité, un vieillard, affublé d\u2019une longue barbe blanche, couché sur « la paille humide » traditionnelle, \u2014 agitant ses chaines, et poussant des hou! hou!! lamentables.Et le guide des visiteurs disait.non sans émotion : « Vous voyez ici l\u2019infortuné Latude, qui est resté dans cette position, les deux bras enchaînés derrière le dos, pendant trente- cinq ans! » Je complétai ce renseignement, en disant sur le même ton : « C'est même dans cette attitude, qu\u2019il a eu l\u2019adresse de fabriquer l\u2019échelle de cent quatre-vingts pieds de long, qui lui a permis de s\u2019évader.» L'assistance me regarda avec surprise, le guide avec malveillance et je m\u2019esquivai.La pensée qui me soufflait cette phrase est précisément celle qui a dicté à M.Funck-Brentano son livre sur la Bastille, où il remet les choses au point.et oppose aux légendes que tout le monde connaît, les vérités que bien des gens ignorent.Car, en dépit de tout ce qu\u2019ont écrit à ce sujet : M.Ravaisson, dans l\u2019introduction à ses Archives de la Bastille, \u2014 Victor Four- niel, dans ses Hommes du 14 Juillet, MM.Gustave Bord, Biré, Bégis, ete\u2026, l'opinion publique sur le régime intérieur de la 1°\" OCTOBRE 1898 1 128524 2 LA REVUE DES DEUX FRANCES Bastille, en 1789, s\u2019en tient à cette description de Louis Blanc.« Des cages de fer, rappelant le Plessis-les-Tours et les tortures du cardinal de La Ballue!\u2026 des cachots souterrains, affreux repaires de crapauds, de lézards, de rats monstrueux, d\u2019araignées.dont tout l\u2019ameublement consiste en une énorme pierre, recouverte d\u2019un peu de paille ; où le prisonnier respire un air empesté!\u2026 Enveloppé des ombres du mystère, condamné à une ignorance absolue du délit qui lui est intenté, et du genre de supplice qui l'attend \u2026 il cesse d\u2019appartenir a la terre!.» Si cette Bastille de mélodrame a jamais existé, celle du xvin° siècle n\u2019y ressemble guère !\u2026 En 1789, ces cachots, situés au rez-de-chaussée de la Forteresse, avec fenêtres sur les fossés, ne sont même plus, comme sous Louis XV, réservés aux condamnés à mort, aux fous dangereux, aux détenus pour injures, vacarmes, voies de fait; ni aux gardiens pour infractions à la discipline! \u2014 Lors du premier ministère de Necker, l'usage en a été « aboli » pour tous les cas.Le prisonnier, interrogé dès les premiers jours de son arrivée, n\u2019ignore jamais de quel « délit » il est accusé, et n'a pas à se préoccuper du genre de supplice qui l'attend ; car, depuis un siècle, il n\u2019y a ni torture ni supplice d'aucune sorte à la Bastille.Tout prisonnier, au lieu d\u2019une oubliette ou d'une cage de fer, occupe une chambre assez vaste, dont le plus grand défaut est d\u2019être fort mal éclairée par une étroite fenêtre, munie de barreaux, dont quelques-uns font saillie à l\u2019intérieur.\u2014 Elle est suffisamment meublée; mais il ne tient qu'à lui de faire venir des meubles du dehors.I] peut se procurer, de même, les vêtements et le linge qu'il désire, et, s\u2019il n'en à pas les moyens, on les lui fournit.Latude se plaint de rhumatismes; on lui donne des fourrures.Il souhaite une robe de chambre, « calemande à raies rouges ».\u2014 On court les magasins pour satisfaire à ce désir.Le sieur Hugonnet se plaint qu\u2019on ne lui donne pas les chemises qu\u2019il a demandées, « avec des manchetles brodées ».La dame Sauvé voudrait une robe de soie blanche semée de fleurs vertes.On ne trouve dans tout Paris qu\u2019une robe blanche à raies vertes et l'on espère qu'elle s\u2019en contentera. LA BASTILLE 3 Toute chambre est munie d\u2019une cheminée ou d\u2019un poêle.On fournit le bois de chauffage et le luminaire; le détenu peut se procurer des bougies à son gré, il a papier, plumes, encre à sa disposition.La Bastille ayant ouvert ses portes, ne croyez pas que les légendes qui la font si cruelle vont s\u2019évanouir, comme les fantômes d\u2019un vieux château, où l\u2019on introduit la lumière.Tandis que le « tout Paris » de Michelet assomme les Invalides qui lui ont livré la place; coupe en morceaux celui qui l'a empêché de sauter; égorge le major de Losme, l\u2019ami, le bienfaiteur des prisonniers; torture le malheureux de Launey qui, de la Bastille à l\u2019Hôtel-de-Ville, percé, tailladé, haché à coups de sabres, de piques, de baïonnettes, est finalement décapité à l\u2019aide d\u2019un petit couteau, \u2014 épisode sur lequel Michelet glisse avec art; \u2014 tandis que tous les malfaiteurs du quartier, accourus à la suite des combattants, courent aux bâtiments de service, pillent, brisent, jettent dans les fossés, meubles, livres, dossiers, archives, dont on aura tant de peine à recueillir les épaves, quelques bonnes gens se disent : « Mais, au fait, il y a des prisonniers!.Si nous allions les délivrer?.» Ici, laissons la parole à Louis Blanc.« Cependant les portes des cachots (il y tient;) se sont écroulées (!) sous un généreux effort; les prisonniers sont libres! Hélas! pour trois d\u2019entre eux, il était trop tard! \u2014 Victimes depuis sept ans de vengeances inexpliquées d\u2019un père implacable, le premier, qui s'appelait le comte de Solages, ne retrouva, ni des parents qui consentissent à le reconnaître, ni ses biens devenus la proie de collatéraux avides!\u2026.Le second se nommait Whyte! \u2014 De quel crime était-il coupable!\u2026 accusé, soupçonné du moins?\u2014 On ne l'a jamais su! \u2014 Lui, on l\u2019interrogea vainement.À la Bastille il avait perdu la raison! \u2014 Le troisième, Tavernier, à l\u2019aspect de ses libérateurs, avait cru voir entrer ses bourreaux et s'était mis sur la défensive.On le détrompa en l\u2019'embrassant; mais le lendemain il fut rencontré errant par la ville, et prononçant des paroles étranges.\u2014 Il étaitfou! » + LA REVUE DES DEUX FRANCES Autant d'erreurs volontaires que de mots! Le comte de Solages était un exécrable libertin, enfermé à la requête de sa famille pour crimes « atroces et notoires ».\u2014 Ses parents eurent pourtant la bonté de le recueillir après sa délivrance, et c\u2019est chez eux qu\u2019il est mort, en 1825.De Whyte et Tavernier n\u2019étaient pas devenus fous la Bastille.Ils étaient à la Bastille, parce qu\u2019ils étaient fous; et le second était, de plus, impliqué dans une affaire d'assassinat! \u2014 Recueilli par un perruquier du quartier, il brisa tout chez son hôte, qui dut le faire interner à Charenton, où de Whtye vint le rejoindre.Ce n\u2019était pas la peine de les changer de local.Quatre autres prisonniers délivrés, Corrège, Bechade, Pujade ct Laroche \u2014 étaient détenus comme faussaires.Aussi Louis Blanc a-t-il soin de les passer sous silence ! Dix jours avant, une autre victime de la tyrannie gémissait dans les fers! \u2014 Le marquis de Sade \u2014 qui, du haut de la plate-forme, ameutait les passants à l\u2019aide d\u2019un porte-voix.\u2014 De Launey dut le transférer à Vincennes, privant ainsi les vainqueurs de la gloire de délivrer le futur auteur de Justine.La République prit sa revanche, en le faisant plus tard secrétaire de la section des Piques !\u2026 fonction pour laquelle le désignaient ses vertus ! Mais de tous ces prisonniers, le plus célèbre, le plus populaire, celui dont tout Paris déplora les infortunes \u2014 c'est le fameux comte de Lorges \u2014 enfermé depuis trente-deux ans, dit la notice bibliographique que lui a consacrée l'auteur inconnu de sa délivrance.C\u2019est dans la brochure du citoyen Rousselet, vainqueur de la Bastille, qu\u2019il faut en lire le récit.« L'humanité pénètre dans des chemins rétrécis par la défiance.\u2014 Une porte de fer s'ouvre : que voit-elle?\u2014 Est-ce un homme?\u2026 Ciel!\u2026 ce vieillard chargé de fers !\u2026 la splendeur de son front, la blancheur de sa barbe pendante sur sa poitrine!.quelle majesté!.le feu qui étincelle encore de ses paupières semble procurer une douce lueur dans ce lugubre séjour!.\u2026 » LA BASTILLE 5 Surpris de voir tant d'hommes armés, il leur demande si Louis XV vit encore !\u2026 On le délivre, et on le conduit à l\u2019Hôtel de Ville ! Pendant quinze jours, tout Paris alla visiter le noir cachot où ce malheureux était enfermé depuis tant d\u2019années, sans autre clarté que celle qui s'échappait « de ses paupières »! Une pierre même de ce cachot figura au musée Curtius !\u2026 On publia son portrait! Une estampe le représente, au moment où l\u2019on brise ses chaînes, assis sur une chaise, dans sa chambre, à côté d\u2019une eruche d\u2019eau ! Et ce vieillard infortuné, personne ne l\u2019a jamais vu!.Il n'a jamais existé ! En réalité, le 14 juillet, il n\u2019y avait à la Bastille que sept prisonniers.\u2014 Deux fous, un sadique et quatre faussaires.Mais, sur leur nombre, et leurs droits à la détention, Michelet reste muet; \u2014 cela nuirait à son épopée.\u2014 Et il excelle à mettre en valeur tout ce qui peut servir sa thèse.à ignorer ce qui la contredit.\u2014 Aussi, se borne-t-il à parler des deux qui sont devenus fous »! \u2014 Equivoque digne de Louis Blanc, \u2014 indigne de lui! Les vainqueurs furent un peu surpris de ce petit nombre de victimes ! \u2014 plus surpris encore de les voir installées dans des chambres, dont quelques-unes avaient pour meubles des fauteuils en velours d\u2019Utrecht.L'auteur de la Bastille dévoilée s\u2019écrie : « Quoi?Pas de cadavres! Pas de squelettes ! Pas d'hommes enchaînés ! ! » \u2014 La prise de la Bastille, dit le cousin Jacques, a dessillé les yeux du public sur l'espèce de captivité que l\u2019on y éprouvait! » En quoi il se trompait bien ! Les légendes ont la vie dure ! Une Bastille sans cachots, oubliettes, ni cages de fer!! \u2014 L'opinion publique n'admettait pas qu'elle se fût méprise à ce point!\u2026.« Plusieurs prisonniers, dit l'Histoire des événements remarquables, etc., ont été mis en liberté; mais quelques-uns, et c'est peut-être le plus grand nombre, sont déjà morts de faim, parce qu\u2019on ne connaît pas la disposition de cette monstrueuse prison.Il y a de ces prisonniers, enfermés enire quatre mu- 6 LA REVUE DES DEUX FRANCES railles, qui ne reçoivent à manger que par des trous pratiqués dans le mur.On a trouvé une partie de ces prisonniers morts, affamés, parce que leurs cachots n'avaient pu être découverts qu'après plusieurs jours! » Une autre brochure, Les Oubliettes retrouvées dans les souterrains de la Bastille, rééditant une vieille fable qui avait déjà servi pour le cardinal de Richelieu, nous montre le prisonnier tiré de son cachot el conduit par le gouverneur dans « une chambre qui n\u2019avait rien de sinistre.\u2014 Elle était éclairée par plus de cinquante bougies.Des fleurs odoriférantes y répandaient un parfum délicieux.\u2014 Le tyran causait amicalement avec son prisonnier! \u2014 Puis on donnait l\u2019affreux signal, et une bascule pratiquée dans le parquet s\u2019ouvrait et faisait dis- poraitre l\u2019infortuné qui tombait sur une roue garnie de rasoirs, que des agents secrets faisaient mouvoir.» \u2014 Et l'auteur termine par cette belle réflexion : \u2014 « Un tel châtiment, aussi lâchement combiné, n'est pas même croyable ! \u2014 c\u2019est cependant Paris, dans cette ville si belle, si florissante que cela se trouve ! » Dorat-Cubières, qui fut une des hontes littéraires du xviu® siècle, va plus loin !\u2026 Il a vu, \u2014 de ses yeux vu : \u2014 Un de ces trous où le captif enfermé avec du pain pour huit jours, n\u2019avait plus après, pour subsister, que sa propre chair.« Dans ce trou, dit-il, se trouvait un squelette horrible, dont la vue me fit reculer d\u2019effroi ! » Et l'imagerie populaire ne manqua pas de propager ces insanités\u2026 J'ai là une gravure du temps bien faite pour émouvoir les cœurs sensibles.\u2014 Sur les marches d\u2019un sombre caveau, les vainqueurs, entraînent un personnage que son uniforme désigne comme un défenseur de la Bastille, et lui montrent un vieillard que l\u2019on emporte; un autre détaché du plafond où il est suspendu par les bras ; d\u2019autres encore, couchés sur une roue garnie de crochets en fer, enchainés, tordus dans des contorsions atroces par d\u2019abominables engins, et, dans un trou, derrière une grille, apparaît le squelette que Dorat-Cubières n\u2019a jamais vu!\u2026 L'absence réelle de ces trous à squelette et d\u2019oubliettes, LA BASTILLE 7 autres que les latrines, contrariat trop les idées acquises! \u2014 Cette Bastille devait cacher sous terre quelques caves inconnues, où gémissaient ses victimes! Et naturellement, en prêtant l'oreille, on entendit leurs appels désespérés! Mais après avoir percé les voûtes, creusé des puits, pioché, sondé\u2026 il fallut bien renoncer à ses chimères ! et \u2014 chose plaisante à dire \u2014 avec regret! On se rabattit alors sur les instruments de torture; car, bien que la question füt abolie depuis cent ans, comment concevoir la Bastille sans quelques petits instruments de torture ?On les découvrit sans peine.« Des chaines, dit Louis Blanc, que les mains de beaucoup d'innocents peut-être avaient \u2018usées, des machines dont personne ne put deviner l'usage.Un vieux corselet de fer qui paraissait inventé pour réduire l'homme à une immobilité éternelle!.» : Or, ces chaines étaient celles des deux statues de captifs qui flanquaient la grosse horloge de la cour.\u2014 Les machines, dont personne ne devinait l'usage, les débris d\u2019une imprimerie clandestine démontée, et le corselet de fer, un fragment d'armure du xv° siècle.\u2026 ! On manquait aussi de squelettes! \u2014 bien qu'on eût trouvé quelques ossements chez le chirurgien du château ; mais la plus mauvaise foi était forcée d\u2019avouer que c\u2019étaient des pièces ana- lomiques.\u2014 Heureusement pour la légende, on fit une découverte plus sévieuse : « Deux squelettes enchainés par un boulet», affirmait le registre du district de Saint-Louis la Culture.Ils sortaient tous deux du remblai dont était formé le bastion converti en jardin pour le gouverneur.L'un, dit le rapport de Fourcroy, Vicq-d'Azyr, Sabatier, invités à les examiner, fut trouvé renversé, 1a tête en bas, sur Jes marches d\u2019un escalier profond.entièremient couvert de terre;tet paraît être celui d\u2019un ouvrier tombé par accident dans cet escalier obscur, où il n\u2019a pas été aperçu par ceux qui travaillaient à ce comblement; l\u2019autre, enterré avec soin dans une espèce de fosse; y avait été \u20ac po \u20ac -\u2014 ea 2 pc + yy p= v°; sx Latude (d\u2019après le portrait de Vestier).\u201c ?& Se a7 a 5 ms wat 4 wf he xT a \"cf Fe % a « ë apex, : 8 3 [xd A ) .| j fon > A id | et oy r pe Vue intérieure de la Bastille (d'après une aquarelle de l'époque) [07 28 po Se ir Coc ist J Up y Ha rh, + x +H # RG mn PY nu i, Hd ow Ky I awe B Frais a\u201d 3.3 Ze, A \u201c4 + i) 2 pi} i] BA a ut hg bp N 2 \u20ac La af No Ÿ 4 {ol 3 bi = IR + 3 \u2018 Fi LE Pas 2 EC Fr.3 4 i A\" 4 x ER £, À Ya A EL £ ar, 9 4 pe = x pars Tak} pal ay ES Ws Jp ES pI Se Prise de.la Bastille (dessin original de Thévenin).st ~~ fo Fa 2%,\u201d # A 5 i PNG | [NN ¥ s Bo, % gr PW y 3 #,: x i % * f 3 L > \u2018 LA JN ; 3 aj ry Te wi 22% 47 4 + pa ra pay EN ane ned Ao x° Rr # a no ~\\ ee ' A i x # i ir ; 4 ; #- Ci Ÿ A o>.Ra ny a Haat = pans 23 CLE Scène dans l'intérieur de la Bastille, 14 Juillet 1789 (d\u2019après la toile de Klooger). 10 LA REVUE DES DEUX FRANCES déposé sans doute depuis longtemps, avant qu\u2019on eût idée de remplir ce bastion.Quant au boulet, il devait dater de la Fronde.Mais on avait besoin de squelettes! \u2014 On tenait ceux-là.C'était le cas d\u2019en profiter ! Le démolisseur de la Bastille, ce charlatan de Palloy, les exposa à la vénération des fidèles, dans un caveau, à la lueur d'une lampe funéraire; après quoi on leur fit de magnifiques obsèques, avec tambours, clergé, cortège d\u2019ouvriers, entre deux haies de gardes nationaux, de la Bastille à l\u2019église Sainl- Paul.\u2014 Et enfin, dans le cimetière attenant à l\u2019église, on leur érigea, entre quatre peupliers, un monument dont une gravure contemporaine nous'a conservé l\u2019image.Et, après une telle cérémonie, allez donc contester l\u2019authenticité de ces reliques !\u2026 Le souvenir de l'Homme au Masque de Fer est si intimement lié à celui dela Bastille, que je ne pouvais pas négliger cette grande mystification, qui, depuis deux cents ans, a fait noircir tant de papier! Je lève ce fameux masque, qui d\u2019ailleurs était en velours, et je montre la figure que l\u2019on s'attendait bien à voir: celle de Mattioli, ce confident du duc de Mantoue, qui trahit à la fois Louis XIV et son maître.Mais il ne faut pas espérer que le bon public accepte mes conclusions comme définitives.Le mystérieux a pour lui plus d\u2019attraits que la vérité.Mattioli manque de prestige! \u2014 Tandis qu\u2019un jeune jumeau de Louis XIV! \u2014 Voilà qui parle à l'imagination.Et puis-il faut compter avec les\u2018ciceroni, gardiens fidèles de toute légende, et dont la propagande est plus active que celle des érudits.Pensez que chaque jour, à l\u2019île Sainte-Marguerite, le cachot de l\u2019homme au masque est ouvert aux visiteurs, par une bonne femme qui leur débite toutes les fables traditionnelles, sur le luxe du prisonnier, ses dentelles, sa vaisselle plate et les égards de M.de Saint-Mars!\u2026 Luttez donc contre cette conférence quotidienne !\u2026 + oe es ES LA BASTILLE 11 D'ailleurs il vous en cuirait: Je visitai le château d'If, avant les constructions nouvelles.La cicerone de l\u2019endroit, autre bonne femme, nous montrait les cachots écroulés de l'abbé Faria et d\u2019Edmond Dantès.Et les spectateurs contemplaient ces débris avec recueillement.« 11 me semble, dis-je, que ces cachots sont bien rapprochés et qu'Alexandre Dumas nous les montre plus éloignés l'un de l'autre! \u2014 Oh! bien, répliqua la dame, me foudroyant d\u2019un regard de mépris, si quand je parle histoire, monsieur me cite un romancier ! » N'allez pas si loin.\u2014 Suivez, un jour, à Versailles, les promeneurs de l\u2019agence Cook, guidés par un cicerone anglais.Vous le verrez désigner la fenêtre par laquelle Louis XVI est sorti, sur un pont volant, pour gagner son échafaud, dressé dans la cour de marbre! Ce guide n\u2019est point-sot.\u2014 Il -a compris que la place de la Concorde ne dirait rienà l'imagination de ses compatriotes ; tandis que le rapprochement se fait tout naturellement, dans leur esprit, entre I'échafaud de Louis XVI, a Versailles, et celui de Charles I\", à White-Hall ?Conclusion?\u2014 Quoi que l'on puisse écrire et dire, rien ne prévaudra contre la croyance populaire : que la Bastille était « l\u2019enfer des vivants » et qu'on l'a prise d'assaut.\u2014 Les légendes sont l\u2019histoire du peuple.Celles surtout qui flattent ses instincts, ses préjugés et ses passions.On ne lui prouvera jamais leur fausseté.Je vais être traité de « réactionnaire », car c\u2019est l'être pour bien des gens que de ne pas tout dénigrer de l'ancien régime ! \u2014 Il avait, certes, ses wices et ses abus, que la Révolution a fait disparaître, pour les remplacer par d\u2019autres, beaucoup plus supportables à coup sûr; mais ce n'est pas une raison pour calomnier le passé et le faire plus noir qu'il n\u2019était.Les fanatiques de la Révolution ont fondé, en son honneur, une sorte de culte dont l\u2019intolérance est souvent agaçante.À les entendre, tout, avant sa naissance, n'était que ténèbres, ignorance, iniquités et misère, Il faut donc l\u2019admirer sans réserves et pallier ses erreurs 12 LA REVUE DES DEUX FRANCES et ses crimes ; jusqu\u2019à dorer, disait Chateaubriand, le fer de sa guillotine ! \u2014 Ces idolâtres de la Révolution sont bien maladroits! À vouloir forcer l\u2019admiration pour tout ce qu'elle a fait, de bien et de mal, sans distinction, on provoque l'envie très injuste de la détester en bloc.Elle se passerait bien de tant de zèle; car elle est de taille à souffrir la vérité, et son œuvre, en somme, est assez grande, pour qu'on n\u2019ait pas à la justifier et à la glorifier par des légendes.1898.Victorien Sardou, de l'Académie française.9 PLEURS DANS LE REVE Elle était ma petite amie, et je l'aimais Comme un frêle lilas éclos dans une allée ; Ces choses ne sont plus, je n\u2019y pense jamais.Car mon âme avec elle au loin s\u2019est envolée, Depuis que, pâle souffle évaporé de fleurs Elle s\u2019est doucement dans l'azur en allée.Amour, espoir, regrets, souvenir et douleur, Elle a tout emporté là-bas où sont les songes.Pourtant mes yeux parfois se remplissement de pleurs.Et cependant ses traits que l\u2019âpre tombeau ronge, Je ne les revois plus, pour toujours ils sont morts, Illusion, chimère adorable et mensonge.Mais en mon cœur son charme indélébile et fort Survit, subtil parfum de violette brève, Et c'est pourquoi la nuit je pleure quand je réve.Albert Fleury.Es LA DAME A L\u2019EVENTAIL BLANC (CONTE CHINOIS) Tchouang-Tsen, du pays Soung, était un lettré qui poussait la sagesse jusqu\u2019au détachement de toutes les choses périssables, et comme, en bon Chinois qu\u2019il était, il ne croyait point, d\u2019ailleurs, aux choses éternelles, il ne lui restait pour contenter son àme que la conscience d'échapper aux communes erreurs des hommes qui s'agitent pour acquérir d\u2019inutiles richesses ou de vains honneurs.Mais il faut que cette satisfaction soit profonde, car il fut, après sa mort, proclamé heureux et digne d\u2019envie.Or, pendant les jours que les génies inconnus du monde lui accordèrent de passer sous un ciel vert, parmi des arbustes en fleur, des saules et des bambous, Tchouang-Tsen avait coutume de se promener en rêvant dans ces contrées où il vivait sans savoir ni comment ni pourquoi.Un matin qu\u2019il errait à l\u2019aventure sur les pentes fleuries de la montagne Nam-Hoa, il se trouva insensiblement au milieu d\u2019un cimetière où les morts reposaient, selon l'usage du pays, sous des monticules de terre battue.À la vue des tombes innombrables qui s'étendaient par delà l'horizon, le lettré médita sur la destinée des hommes : \u2014 Hélas! se dit-il, voici le carrefour où aboutissent tous les chemins de la vie, Quand une fois on a pris place dans le séjour des morts, on ne revient plus au jour.Cette idée n\u2019est point singulière, mais elle résume bien la philosophie de Tchouang-Tsen et celle des Chinois.Les Chinois ne connaissent qu'une seule vie, celle où l\u2019on voit au soleil fleurir les pivoines.L'égalité des humains dans la tombe les 14 LA REVUE DES DEUX FRANCES console ou les désespère, selon qu\u2019ils sont enclins à la sérénité ou à la mélancolie.D'ailleurs, ils ont, pour les distraire, une multitude de dieux verts ou rouges qui, parfois, ressuscitent les morts et exercent le magie amusante.Mais Tchouang-Tsen, qui appartenait à la secte orgueilleuse des philosophes, ne demandait pas de consolation à des dragons de porcelaine.Comme il promenait ainsi sa pensée à travers les tombes, il rencontra soudain une jeune dame qui portait des vêtements de deuil, c\u2019est-à-dire une longue robe blanche d\u2019une étoffe grossière et sans coutures.Assise près d'une tombe elle agitait un éventail blanc sur la terre encore fraîche du tertre funéraire.Curieux de connaître les motifs d\u2019une action si étrange, Tchouang-Tsen salua la jeune dame avec politesse et lui dit : \u2014 Oserai-je, madame, vous demander quelle personne est couchée dans ce tombeau et pourquoi vous vous donnez tant de peine pour éventer la terre qui la recouvre?Je suis philosophe; je cherche les causes, et voilà une cause qui m'échappe.La jeune dame continuait à remuer son éventail.Elle rougit, baissa la tête et murmura quelques paroles que le sage n'entendit point.Il renouvela plusieurs fois sa question, mais en vain.La jeune fe:nme ne prenait plus garde à lui et il semblait que son âme cût passé tout entière dans la main qui agitait l\u2019éventail.Tchouang-Tsen s\u2019éloigna à regret.Bien qu'il connut que tout n\u2019est que vanité, il était, de son naturel, enclin à rechercher les mobiles des actions humaines, et particulièrement de celles des femmes: cette petite espèce de créature lui inspirait une curiosité malveillante, mais très vive.Il poursuivait lentement sa promenade en détournant la tête pour voir encore l\u2019éventail qui battait l\u2019air comme l'aile d\u2019un grand papillon, quand, tout à coup, une vieille femme qu\u2019il n'avait point aperque d\u2019abord lui fit signe de la suivre.Elle l\u2019entraîna dans l'ombre d\u2019un tertre plus élevé que les autres et lui dit : LA DAME A L\u2019EVENTAIL BLANC 15 \u2014 Je vous ai entendu faire à ma maîtresse une question à laquelle elle n\u2019a pas répondu.Mais moi je satisferai votre curiosité par un sentiment naturel d\u2019obligeance et dans l'espoir que vous voudrez bien me donner en retour de quoi acheter aux prêtres un papier magique qui prolongera ma vie.Tchouang-Tson tira de sa bourse une pièce de monnaie, et la vieille parla en ces termes : « Cette dame que vous avez vue sur un tombeau est Mme Lu, veuve d\u2019un lettré nommé Tao, qui mourut, voilà quinze jours, après une longue maladie, et ce tombeau est celui de son mari.Îls s\u2019aimaient tous deux d\u2019un amour tendre.Même en expirant, M.Tao ne pouvait se résoudre à la quitter, et l\u2019idée de la laisser au monde dans la fleur de son âge et de sa beauté lui était tout à fait insupportable.Il s\u2019y résignait pourtant, car il était d\u2019un caractère très doux et son âme se soumettait volontiers à la nécessité.Pleurant au chevet du lit de M.Tao, qu\u2019elle n'avait point quitté durant sa maladie.Mme Lu attestait les dieux qu\u2019elle ne lui survivrait point et qu\u2019elle partagerait son cercueil comme elle avait partagé sa couche.« Mais M.Tao lui dit : « \u2014 Madame, ne jurez point cela.« \u2014 Du moins, reprit-elle, si je dois vous survivre, si je suis condamnée par les Génies à voir encore la lumière du jour quand vous ne la verrez plus, sachez que je ne consentirai jamais à devenir la femme d\u2019un autre et que je n'aurai qu\u2019un époux comme je n\u2019ai qu\u2019une âme.« Mais M.Tao lui dit : « \u2014 Madame, ne jurez point cela.« \u2014 Oh! monsieur Tao, monsieur Tao! laissez-moi jurer du moins que de cinq ans entiers je ne me remarierai.« Mais M.Tao lui dit : « \u2014 Madame, ne jurez point cela.Jurez seulement de garder fidèlement ma mémoire tant que la terre n'aura pas séché sur mon tombeau.« Mme Lu lui en fit un grand serment, ct le bon M.Tao ferma les yeux pour ne les plus rouvrir.Le désespoir de Mme Lu passa tout ce qu'on peut imaginer.Ses yeux étaient dévorés de 16 LA REVUE DES DEUX FRANCES larmes ardentes.Elle égratignait, avec les petits couteaux de ses ongles, ses joues de porcelaine.Mais tout passe, et le torrent de cette douleur s\u2019écoula.Trois jours après la mort de M.Tao, la tristesse de Mme Lu était devenue plus humaine.Elle apprit qu'un jeune disciple de M.Tao désirait lui témoigner la part qu'il prenait à son deuil.Elle jugea avec raison qu\u2019elle ne pouvait se dispenser de le recevoir.Elle le reçut en soupirant.Ce jeune homme était très élégant et d\u2019une belle figure ; il lui parla un peu de M.Tao et beaucoup d'elle; il lui dit qu\u2019elle était charmante et qu\u2019il sentait bien qu'il l\u2019aimait ; elle le lui laissa dire.Il promit de revenir.En l\u2019attendant, Mme Lu, assise auprès du tertre deson mari, où vous l\u2019avez vue, passe tout le jour à sécher la terre de la tombe au souffle de son éventail.» * x» Quand la vieille eutterminé son récit, le sage Tchouang-Tsen songea : \u2014 La jeunesse est courte; l'aiguillon du désir donne des ailesaux jeunes femmes et aux jeunes hommes.Après tout, Mme Lu est une honnête personne qui ne veut pas trahir son serment.Anatole France.de l'Académie française.eu.& TAPISSERIE Non loin d'un lac où glisse indolemment un cygne, A l'ombre pourpre d\u2019un sarment noueux de vigne, Vautré dans le gazon, Pan, le Faune aux poils roux, Fait voltiger ses doigs sur sa flûte à sept trous, Adroit et preste, et dans l'émoi des feuilles mortes, La ronde des Sylvains et des Nymphes accortes Tournoie, en prodiguant les rires à l\u2019écho ; Tandis qu\u2019au lointain d'or, sous les branches ombreuses, Un cortège de cerfs, aux poses langoureuses, Regarde vaguement la danse au bord de l\u2019eau.Jean Mahondeau.Septembre 1898. Ballade de la Vigne Noé, sur la porte de l'arche, Saluaït le soleil levant Et, rêveur, contemplait la marche Des flots balayés par le vent.« Seigneur, dit-il, dans ton empire « Tout est si beau, tout est si pur! « Pourquoi faut-il que je soupire « En revoyant ton ciel d'azur?« O maître souverain du monde Me faudra-t-il donc abreuver « De cette eau devenue immonde Rf « Par les corps qu\u2019elle a dû laver! » Trois jours il pria, solitaire, Sans boire, et le cœur oppressé, Voyant se découvrir la terre, Car le déluge était passé.Enfin, il donne à sa famille L'ordre de cultiver un champ \u2014 Mais tout à coup dans le ciel brille La figure du Dieu vivant! Son regard n\u2019a plus rien d\u2019austère.Il plane dans sa majesté, D'un geste il a béni la terre; Dieu revient à l\u2019humanité.= Sa main cueille, faveur insigne, Dans les jardins du Paradis, \u2018 Le glorieux cep de la vigne Et l'offre aux hommes réjouis._ .Benjamin Sulte.: 1°\" OCTOBRE 189% ce, APRÈS LA GUERRE On connait assez mes sentiments pour les Etats-Unis, sentiments ultra-sympathiques s\u2019il en fut, pour que je ne sois point soupçonné de parler ici avec l'aigreur d\u2019un adversaire ; mais il est des vérité qu\u2019il faut savoir reconnaître et que la fin de la guerre m\u2019autorise à dire.Cette campagne de Cuba n'a pas laissé derrière elle que les souvenirs riants d\u2019un pique-nique national.Si, suivant le mot du vieux général américain Sheridan, « la guerre est un fléau, la guerre est la mort », il était bon que ceux qui l'avaient oublié dans la lecture des bulletins de victoire, l'apprissent un peu de leurs propres yeux.Il était nécessaire que la grande foule, qui se laisse toujours prendre à la grande gloire des tueries collectives, et qui oublie de quelles atrocités se payent les lauriers, vit de près ce que le professeur Norton appelait « le visage noir de la guerre ».Elle l\u2019a vue sous les traits de ces soldats, revenus du champ de bataille et qui, couchés sous les tentes des camps ou promenés dans les voitures à \u2018travers les rues de leurs villes natales, lui ont offert une leçon de choses qu\u2019elle n\u2019oubliera pas.Pâles, haves, amaigris et débiles, ouvrant sur le peuple qui les acclamait de grands yeux étonnés, incapables de supporter aucune émotion et fondant en larmes devant les moindres marques de sympathie, ces soldats que nous avions vus s\u2019en aller en mai dernier, vaillantset joyeux, ressemblaient maintenant à des spectres revenus des portes de la mort.Le 71° régiment d\u2019infanterie de New-York était parti avec un effectif de 1.043 hommes.Vous savez combien d\u2019hommes ont défilé dans Broadway au milieu de la foule en délire qui les escortait à leurs casernes. APRÈS LA GUERRE +9 331 en tout et pour tout, parmi lesquels un bon nombre, ne pouvant marcher, avaient été chargés sur les cars ! Où donc étaient les autres ?14 avaient été tués, 64 étaient blessés et tout le reste, \u2014 faites la différence, \u2014 était dispersé dans les hôpitaux, était mort en route ou avait été repris d'urgence par les familles.La voilà, la guerre ! .Je n'ignore pas qu\u2019on impute ces conditions meurtrières à la mauvaise organisation, à l'absence de nourriture, au manque de soins, à cette incurie inouïe contre laquelle s\u2019élève à cette heure une clameur d\u2019indignation.Un soldat du camp Thomas déclare qu\u2019il a vu des malades couverts d'insectes et de mouches, et dont personne ne s'occupait.Un autre affirme avoir entendu des malades appeler l\u2019infirmière pendant une demi-heure sans recevoir de réponse.« J'ai vu, ajoute ce dernier, des infirmières s'endormir à leurs postes et rester sourdes aux appels des, malades réclamant de la glace et de l\u2019eau.» Un troisième se plaint qu\u2019une nurse ait couvert le visage d'un malade avec un journal et elle-même, pendant ce temps, s\u2019accoudant à un arbre, lisait.Il n\u2019y avait, déclare-t-on, ni nourriture, ni médicaments, ni instruments, ni médecins en quantité suffisante.« Les hommes étaient couchés comme des chiens dans le camp Thomas, ajoute un aumônier.De pauvres diables, qui étaient malades et étaient brûlés par la fièvre, couchaient sur le sol pendant vingt-quatre heures sans que personne s\u2019occupit d\u2019eux.» A Montaun, qui est plus à portée de New-York, mêmes scènes, mêmes plaintes.Mais ici, très vite l'initiative privée a suppléé aux fautes de l'administration.De New-York, des chargements entiers de fruits, de comestibles divers, de friandises, sont partis a l'intention des malades.Ii faut savoir dire ces choses et reconnaître ses propres faiblesses.Je suis partisan de ces armées de volontaires qui sauvèrent la France en 1793 et je ne crois guère utiles les armées permanentes qui, étant donné l'extrême rareté des guerres aujourd'hui, ne sont que ruineuses pour le pays qui les entretient.Nous n\u2019avons pas eu, en France, de guerre depuis vingt- huit ans.Qu\u2019ont donc fait pendant tout ce temps les 28.000 offi- 20 LA REVUE DES \u2018DEUX FRANCES ciers qui sont à la solde de l'Etat?Ils ont vieilli devant leurs troupes sans avoir jamais tiré l\u2019épée.N'oublions pas que la France s\u2019obère chaque année davantage avec l'énorme tribut qu\u2019elle doit payer pour son armée et sa marine : plus d\u2019un milliard par an! (Deux cents millions de dollars.) Que de canaux ne creuserait-on point, que de chemins de fer ne construirait-on, que de routes ne tracerait-on, que d\u2019œuvres utiles, en un mot, faisant vivre les pauvres gens, ne ferait-on avec une telle somme jetée dans le gouffre inutile de la guerre ! Je ne souhaite pas pour lesAméricains d\u2019être jamais pris de la folie de s'offrir le luxe d\u2019une armée permanente.L'exemple de la vieille Europe qui succombe aujourd\u2019hui sous le faix des armes, est là pour les en dissuader.La proposition de désarmement du Tzar, si humainement grandiose, ne lui a été dictée, soyez-en sûr, que par la crainte d'un avenir terrible pour sa nation.La Russie, par suite de son peu de développement agricole même, sera tuée par ses propres soldats.L'Allemagne proteste de jour en jour, l'Italie succombe et ses enfants préfèrent s'expatrier en foule.La France fait encore bonne mine, grâce à son inépuisable richesse, mais déjà l\u2019agriculture manque de bras et l'on est forcé d'envoyer des soldats pour faire la moisson.Que les Américains pèsent bien tout cela, car ils auront à choisir peut-être entre la vie ou la mort pour leurs générations à venir.L'armée permanente est la ruine incontestable pour une nation.Je l\u2019ai prouvé.Mais l\u2019armée volontaire a de nombreux défauts si l\u2019on s'en rapporte à la dernière guerre.Ces soldats de la veille sont incapables de se plier aux nécessités parfois rigoureuses de la discipline.On ferait un long chapitre de tous les manquements qu'on à pu relever, devant l'ennemi même, car les volontaires se refusaient à se rompre aux exigences d\u2019une armée régulière., Que dire, par exemple, de cet officier d'un régiment du Massachusetts qui donna sa démission parce qu\u2019on voulait l'obliger à punir ses hommes qui traînaient sur la route de Porto-Rico et ne voulaient pas avancer: « Songez donc, monsieur, dit-il à un journalisté, ce sorit tous mes -compatriotes.ees\u201d hommes-1a.Jamais je ne-pourrais faire passer au conseil de \u2018guerre, des sol- re « o APRÈS LA GUERRE 21 dats que je connais personnellement ct avec lesquels je vis! » Un lieutenant du 22e régiment de New-York, qui avait été obligé de démissionner pour faute contre la discipline, -vit organiser en son honneur, par les soldats de sa compagnie, un grand banquet à la suite duquel il fut porté en triomphe, en même temps qu'on conspuait le nom d'un autre officier du même régimenl.Mais l'indiscipline a eu des effets plus graves et il n\u2019est pas douteux que l'expérience que l'Amérique vient de faire d'une grande armée est de nature, dans une certaine mesure, à la dégoûter pour longtemps des agglomérations militaires.Est-il besoin de dire, en effet, que parmi les volontaires qui se sont engagés pour avoir ce qu\u2019on appelle un bon « job » de 13 à 15 dollars par mois, il y a un certain nombre de « patriotes » qu\u2019on préférerait ne pas rencontrer au coin d\u2019un bois?The Army and Navy, journal spécial mililaire, a relevé quelques-uns de leurs exploits.À San-Francisco, deux troupes de soldats se sont mutuellement attaquées ; d\u2019autres ont causé dans une propriété pour 25.000 francs de dommages.À la Nouvelle-Orléans, ils ont terrifié les bars et menacé de lyncher des tenanciers.Au camp Alger, les désordres ont été si graves que le général dut prendre des mesures spéciales.Que choisir alors, dira-t-on ?\u2014 L'armée nationale, ni permanente, ni volontaire, c'est-à-dire l\u2019armée réellement démocratique, réellement républicaine, qui enrôlerait fous les citoyens valides de 20 à 50 ans, sans qu\u2019ils eussent à quitter leurs occupations, mais qui seraient prêts en cas de guerre.Et pour leur enseigner malgré cela le maniement des armes et l\u2019école de discipline, de simples réunions, tous les dimanches matins dans chaque ville.L'expérience est possible aux Etats-Unis plus qu'ailleurs.Les généraux sont des républicains comme leurs soldats, tous animés d\u2019unc foi commune en des principes politiques et sociaux, tous convaincus qu\u2019ils luttent pour la civilisation et pour la Justice et qu\u2019ils apportent à des peuples opprimés des bienfaits auxquels eux-mêmes attachent un très grand prix et qui se trouvent énumérés dans la Déclaration d'indépendance.Et c\u2019est 22 LA REVUE DES DEUX FRANCES = là une très grande supériorité.Il suffit à cet égard de lire le manifeste que Miles adressait au peuple de Porto-Rico, manifeste de-républicain plus encore que de soldat et qui prouve que ces hommes savent pourquoi ils se battent.Avec de tels éléments, l\u2019armée nationale ainsi créée serait invincible.Le peuple américain serait le véritable peuple de civilisation et de lumière qui pourrait tendre la main.à tous les opprimés et que, chez lui, nul ne pourrait vaincre.Il faut faire des socs de charrue avec les épées, mais tenir son fusil prêt au pied de son lit.Ceci serait une grande leçon pour la vieille Europe qui désarmerait à son tour.Quel splendide espoir! La paix armée est une plaie mortelle, pire que la guerre, la vraie paix seule est fertile.Il est besoin, Américains, d'une croisade nouvelle.Et tandis que vous serez prêts chez vous contre toute surprise, préchez au monde la dévotion à la paix et à la science.Faites-nous entendre cette grande clameur de fraternité qui sera la loi des temps futurs : « Aimez-vous les uns les autres! » Achille Steens.Les cendres de Christophe Colomb.\u2014 La presse espagnole à soulevé la question de savoir si l'Espagne n'aurait pas le droit de réclamer, comme sa propriété incessible et insaisissable.les restes de Christophe Colomb dont le tombeau s'élève dans la cathédrale de la Havane et si, en tout cas, le duc de Veragua ne pourrait pas, comme dernier descendant du grand navigateur, en revendiquer la propriété.Question épineuse, mais avant laquelle il conviendrait d'en trancher une autre : le tombeau de la cathédrale de la Havane contient-il les restes de Christophe Colomb ou ceux de son neveu Diego Colomb?Tous les deux, c'est un fait certain, furent inhumés dans la cathédrale de Saint-Domingue, quand cette île était possession espagnole.Il est non moins certain qu\u2019en 1796 furent trans- - APRÈS LA GUERRE 23 portés en grande pompe à lä Havane\u2019 les restes de Christophe Colomb, mais, parmi les grandioses cérémonies auxquelles donna lieu ce transfert, on n\u2019oublia que la plus importante, celle de reconnaître l\u2019authenticité de ces restes.Or, il parait -avéré que, si l\u2019on possède bien, à la Havane, un Colomb authentique, c\u2019est Diego et ce n\u2019est pas Christophe.Comment\u2019 en douter ! Il ya quelque vingt ans, devant la persistance de la tradition à Saint-Domingue, qui voulait que les Espagnols se fussent trompés de tombeau, les consuls étrangers obtinrent du gouvernement haïtien la permission d'ouvrir le tombeau laissé \u2018dans la cathédrale.Et que découvrirent-ils?Une épitaphe et des inscriptions qui apportaient la preuve qu\u2019ils avaient devant les yeux les restes de Christophe Colomb, et que ceux transférés à la Havane n'étaient autres que ceux de Diego.En témoignage de cette constatation, les consuls rédigèrent et signèrent un procès- verbal qu\u2019ils déposèrent aux archives de la cathédrale de Saint- Domingue.À l'ouverture du tombeau était présente une dame américaine, qui demanda la permission de prendre une pincée de poussière du corps de « celui quidonna un nouveau monde à l'Espagne ».Cette poussière fut mise dans une petite boîte de cristal et exposée avec les autres reliques de Christophe Colomb à l\u2019Exposition de Chicago, où chacun put la voir.On peut même se rappeler qu\u2019un voleur tenta de s\u2019en emparer.Si les consuls ne sc sont pas eux-mêmes trompés, et ils paraissent être sûrs de leur fait, il est donc certain que ce ne sont pas les cendres de Christophe Colomb que les Espagnols pourraient être admis à ramenet cn Espagne.Si l'Espagne ou le duc de Veragua veut rentrér en possession des cendres du grand homme, c\u2019est à Saint-Domingue et non à la Havane qu\u2019il lui faudra s\u2019adresser.L'erreur commise par la Commission espagnole d'il y a cent ans est assez explicable.Elle eut à faire un choix parmi les nombreux Colomb enterrés dans la cathédrale de Saint-Domingue, dont plusieurs portaient le nom de Christophe; elle eut la malchance de passer à côté du 1 4 vrai.En tenant à honneur de s\u2019abriter sous son ombre illustre, 24 LA REVUE DES DEUX' FRANCES sa descendance à placé l\u2019 Espagne devant l'embarras d\u2019un choix qui n\u2019a pas été heureux.- .( Il ne faut pas croire d\u2019ailleurs que, pour si peu de chose qu\u2019un procès-verbal solennellement rédigé par des témoins qui, cette \u2018fois, n\u2019ont pu se tromper, la cathédrale de la Havane soit dépossédée depuis sa rédaction du tombeau de Christophe Colomb.On a continué quand même, depuis vingt ans, à s\u2019incliner avec respect, et même dévotion \u2014 puisque l\u2019on parle de canoniser Christophe Colomb \u2014 devant les cendres de son neveu Diego.Rien ne persuadera les Havanais qu\u2019ils ont été trompés, ct, si, Saint-Domingue offrait de réparer l\u2019erreur commise, ils accepteraient sans doute le don de Christophe, mais sans vouloir se dessaisir de Diego.Deux sûretés valent mieux qu'une.Ey LES SPHINX La pyramide au ciel dresse son épouvante, Dans l'immensité blonde, où le désert s\u2019étend, Dans l'air tranquille et lourd d'un soleil éclatant Sur la masse dc pierre à l'énigme savante.Quel symbole éternel ou sacré, que l'on vante, Quel orgueil surhumain, quel chiffre palpitant Cache, sous ses débris, ce bloc inquiétant, Dont l'âme nous demeure à jamais décevante ?L'astre géant qui veille aux sépulcres des dieux Eclairera, peut-être, à ses feux radieux, Notre esprit trop leuré d'une ombre périssable\u2026 Mais le soleil, soudain, dans le sang disparait, Après avoir, tout bas, confié son secret Aux grands Sphinx endormis dans les couches de sable.Abel Letalle.Paris, 1898.Ed Le Paris du Directoire (1796) La nuit tombe ; écoutez : toute la vilie est en bruit, et, fatiguant les échos, un orchestre, fait de milliers d\u2019orchestres, sonne au levant et au couchant de la ville, sur la rive droite et sur la rive gauche de son fleuve.Partout, les violons chantent; et des culs-de-sac obscurs s\u2019envolent dans l'ombre les notes criardes des archets aigres.Les ménétriers halètent, et à tout coin, à tout carrefour, les musiques tapagent, et mêlent, sans les marier, les tintamarres de leurs rhythmes ennemis.La France danse.Elle danse depuis thermidor ; elle danse comme elle chantait autrefois: elle danse pour se venger, elle danse pour oublier ! Entre son passé sanglant, son avenir sombre, elle danse! À peine sauvée de la guillotine, elle danse pour n\u2019y plus croire ; et le jarret tendu, l\u2019oreille à la mesure, la main sur l\u2019épaule la première venue, la France, encore sanglante et toute ruinée, tourne, et pirouette, et se trémousse en une farandole immense et folle.C\u2019est le dieu Vestris qui succède au dieu Marat! \u2014 Courez, courez partout avec votre pochette, maîtres de danse ! Allumez- vous, lustres éclatants, soleils des nuits! Fournisseurs d\u2019orchestre, Helman de la rue Gaillon, ayez toujours prêtes d\u2019harmonieuses cohortes, des troupes de musiciens infatigables, en haleine jusqu\u2019à quatre heures\u2019du matin! \u2014 Aux heures nocturnes, les marteaux frappent aux portes : Violons! réveillez- vous! voilà six écus de six livres, et une bouteille de vin pour 26 LA REVUE DES DEUX FRANCES votre nuit! Bienheureux le ci-devant riche qui sait râcler : il vit en faisant sauter les nouveaux riches ; et souvent un pauvre honnête homme, qui fait sa partie dans l\u2019orchestre, reconnaissant Jasmin dans le salon, joue : Ah! Povero! Tout ce peuple se rue-au bal.Il vit l'heure qui est, dépouillant le souvenir, abdiquant l'espoir ; il s\u2019enivre de bruit, de lumières, de gaze remuée, de chaudes odeurs, de jambes devinées, de regards, de formes, de scnorités ; et Terpsichore suffit à les consoler dans leurs peines, tous ces Français, tous ces jeunes Armagnacs deux ans arrosés du sang des échafauds où leurs pères mouraient! On danse en fins souliers; on danse en gros sabots; on danse aux nasille- , ments de la muset- te; on danse aux suaves accents des flûtes ; on danse en scandant la bourrée; on danse en sautant l\u2019anglaise ! Et le riche et le pauvre, et l'artisan .et le patron, et la -bonne compagnie et la mauvaise, tous se démènent du meilleur -de'leurs jambes dans cette bacchanale épidémique qui court six cent quarante-quatre bals.Barras * x x On danse à vingt-quatre sous par cavalier, à douze sous par citoyenne, rue des Filles-Saint-Thomas, entre le passage Fey- gon eo - LE PARIS DU DiRECTOIRE 27 deau et la rue Notre-Dame-des-Victoires, à la maison de la Modestie ; ; On danse tous les quintidis et les décadis, chez le citoyen Failly, au Musée, rue de Thionville, ci-devant Dauphine, On danse rue de la Loi, n° 1238, chez le citoyen Travers, moyennant cinq livres par cavalier ; On danse au Bal de Calypso, chez Maloisel, faubourg Montmartre, 109 et 110, moyennant une mise décente ; On danse rue Neuve - des - Capucines, près celle des Piques, chez le citoyen Blondel ; On danse rue du Mont-Blanc, au coin du boulevard, chez le citoyen Justin ; On danse rue de la Loi, vis-à-visl'Arcade Colbert, chez lecitoyenDolat, professeur de danse; On danse, Hotel de la Chine, rue Neuve - des - Petits- Champs, vis-à-vis la Un Incroyable en 1795 (d'après Carle Vernet).Trésorerie ; On danse chez Lucquet, rue Etienne ; On danse, maison Mauduit, rue Poissonnière ; On danse, rue des Prouvaires, chez Loiseau ; On danse, rue de Jussienne., chez Maréchal ; On danse, place Vendôme, chez Guittet ; On danse au bal Allemand de la rue Tiquetonne ; 28 LA REVUE DES DEUX FRANCES On danse au bal rue Neuve-Saint-Eustache,.où les\u2019 dames seules ne soni pas admises; On danse, tous les dimanches et tous les jeudis, au bal d'hiver et au billard de Société, rue Saint-Jacques, n° 5, l\u2019allée en face la rue de la Parcheminerie, au fond de la cour; On danse partout, on danse sur les souvenirs ; On danse au quai de la Vallée, dans l\u2019enclos des ci-devant Augustins; - On danse au Noviciat des Jésuites ; On danse au couvent des Carmélites du Marais ; \u2026- On danse au séminaire Saint-Sulpice ; On danse aux Fil- \\ les de Sainte-Marie ; On danse sur le sang, on danse sur septembre ! On danse rue de Vaugirard, dans la maison des ci-devant Carmes-Déchaux ! Les bals du Directoire : Paphos.On danse dans l\u2019ancien cimetière de Saint-Sulpice! On danse, et sur la porte sculptée, au-dessous des mots encore écrits : Has ultra melas beatam spem expec- tantes requiescunt, un joli transparent rose annonce : Bal des Zéphirs! On danse sur ses larmes, on danse sur ses deuils! On danse entre fils et filles de guillotinés ; et ces grandes douleurs, qui se devaient d\u2019être immortelles, sautillent sous l\u2019archet des rigau- donniers! Les Artémises souriantes se remuent avec grâce ; les orphelins et les orphelines, toutes larmes séchées, s'enlacent pour la valse et le zéphyr.\u2014 Et comme raconte un témoin oculaire, qui est Polichinelle : « Je vis un beau jeune homme, et ce beau jeune homme me dit: \u2014 Ah! Polichinelle, ils ont tué mon père ! \u2014 Ils ont tué votre père ?\u2014 et je tirai mon mouchoir de ma poche, et il se mit à danser : Le LE PARIS DU DIRECTOIRE 29 Zigue, zague, dondon, Un pas de rigaudon! » \u2014 On danse dans le faubourg Saint-Germain au bal des Victimes.On danse du haut en bas de la société : les marchands dansent avec leurs voisines ; et la cagnotte paye les violons.Pour trente sous, jeunes commis et clercs dansent avec les couturières et PETER dE A Une audience publique du Directoire.les grisettes.Pour vingt sous, apprentis bijoutiers, metteurs en \u2018œuvre, coiffeurs, garçons tailleurs et tapissiers, dansent avec les ouvrières en linge-et les femmes de chambre.Pour \"deux sous le cachet, les garcons cordonniers, les serruriers, eharpen- tiers, menuisiers, dansent avec des nymphes de guinguettes, les harengères \u2018et les bouquetières.Et jusque'dans.ces granges qu\u2019un poteau sans orthographe annonze Fazhall, dont le lustre est un chandelier de fer'accroché a une corde; le\u2018buffet, le broc d\u2019un garçon de cabaret; le glacier, un marchand de tisane, l'orchestre, une\u2019 vielle jusque dans.les (Porcherons.de la ¢a- 34 LA REVUE DES DEUX FRANCES naille, il est une joie bondissante, des sauts, des trépignements sans cadence : on danse! ° \u2018 + \u201c- La bonne compagnie est entrée dans le branle général.Elle danse.Elle danse au bal par abonnement.Elle danse au bal du pr Te TT | i 1 - 1 a T Haadh | L { À if Load i eT EF re 3 \\ La promenade du boulevard des Italiens sous le Directoire.bel air, où il est une salle de rechange pour les pantalons couleur de chair.Elle danse pour cinq livres.Elle danse au n° 80 de la rue d\u2019Orléans-Honoré, à l'hôtel d\u2019Aligre.Elle danse au bal de l'hôtel Biron, dont Gérard dirige l\u2019excellent orchestre.Ellé danse au Lycée des bibliophiles et des LE PARIS DU DIRECTOIRE 31 nouvellistes, rue de Verneuil.Elle danse maison Egalité, aux bals du Cercle de l\u2019Harmonie, entremêlés de morceaux de harpe.Elle danse à la maison dite des Tuileries, rue Honoré, où Krasa fait entendre l\u2019Instrument du Parnasse.Elle danse à la maison d'Orsay, sous les plafonds dignes de Pierre de Cortone, dans des salons décorés comme les thermes de Titus, autour des tables de mosaïque, autour des tableaux de Boucher et de Taraval.Un salon sous le Directoire.\u2014 La bouillotte.Elle danse au bal de la maison de Richelieu, couronné par un ambigu.Elle danse sous ces lambris que déshonorent, le dimanche, la fumée des pipes et la flamme des punchs; sur ces parquets que foulent des bottes huilées, où tombent et se vautrent les gens du Palais-Royal.Elle danse au Wauxhall de la rue de Bondy, dont le citoyen Joly, artiste du Théâtre des Arts, a l\u2019entreprise.Elle danse au pavillon du Hanovre. 32 LA REVUE DES DEUX FRANCES .Elle danse, rue de I'Echiquier, au pavillon de I'Echiquier.C'est la ci-devant maison du fleuristé Wenzell, dont les fleurs de papier faisaient, dit-on, la Nature jalouse.Plus de débouchés à ces merveilles ! À peine, dans la salle de la fabrique, quelques ouvrières travaillant d'après la collection de fleurs et de feuilles rangée contre les murs.Et Wenzell fait de sa maison maison deplaisir, deconcerts, de bals par souscription.Le monde accourt, brillant et nombreux, emplissant les Les bals du Directoire : Tivoli.salons et la rotonde qu\u2019orne l'autel de l\u2019Amour, ou l\u2019épreuve de la Sensibilité.Pour ses balladères, ainsi il appelle ses fêtes, Wenzell mêle toutes les distractions.Il évoque le rire, avant de lancer les danses; et le fameux Thiémet, le miraculeux imitateur, ne donne la place aux danseurs qu'après avoir égayé tous et toutes avec ses Moines gourmands, sa Chasse du moulin, et son Arracheur de dents.LE RÈGNE DES FEMMES « La voici !\u2026 la voilà ! \u2014 Qui donc ?\u2014 Mme Tallien ! -\u2014 Mme Tallien ! »++#Et chacun de côurir et d'accourir, qui bousculant une chaidépqui cognant un banc, qui coudoyant un \u2018arbre.Les jeunes gens volent, les vieillards se \u2018hâtent, le public se groupe.Mme Tallien, assiégée dé muets hommages, fend, pour circuler, la foule essoufflée et se promène lentement à travers cétte'Haie de curiosités impatientes, de: cœurs blessés, \u2018de regards qui s\u2019'empréssent.\u2019.oo Mais où la meilleure compagnie.danse, où madame: Harielin LE PARIS DU DIRECTOIRE 33: vient le plus souvent apporter ses grâces créoles, c\u2019est à l'hôtel Longueville, à cet hôtel Longueville à la vogue duquel succédera dans quelques années l'hôtel de Merci.La, duns ces salons majestueux comme une galerie du Louvre, roulent trente cercles de contredanse à seize ; si vaste est la salle, que deux quadrilles de négresses dansent incognito dans un enfoncement près de la porte d'entrée.L'archet.d\u2019Hullin commande, et tout ce monde ondule aux accompagnements prolongés des cors\u2026 La révolution de thermidor a été la victoire de la femme.La Terreur était une tyrannie toute virile, et elle était l\u2019ennemie personnelle de la femme, en ce sens qu\u2019elle lui prenait son influence et ne lui donnait que des droits.La Terreur détrônée, les femmes ont recouru à leur rôle éternel : elles ont apitoyé les cœurs, pour mener les esprits ; elles ont fait de la révolution politique une révolution sentimentale.Puis, les larmes mal séchées, elles ont jeté la France vers leur patron : le- plaisir ; et bientôt elles ont été les maîtresses et les reines en ce pays qui venait de jeûner de luxe, de diamants, de galanterie et de fêtes.Jamais la femme n\u2019a occupé le public d\u2019une façon pareille, jamais elle n'a touché aux affaires d'une si apparente manière.Ce n\u2019est plus une seule disposant du bon plaisir d\u2019un seul maître, et gouvernant son caprice ; c\u2019est une nuée d'épouses et de favorites tenant à elles une nuée de roitelets.Les femmes ordonnent du choix des généraux, elles décident de leurs succès et de leurs revers, elles commandent leur réputation.Et non seulement l\u2019opinion publique est à elles et leur appartient, non seulement leur recommandation écrite est bien plus qu\u2019un titre de préférence, un brevet d\u2019'impunité ; mais encore elles larron- nent les clefs du trésor public à la ceinture des gardiens endormis, et elles mènent avec leurs mainsles mains qui accordent les soumissions et consentent les marchés.Et pourtant dans cette troupe de femmes, aimables au-delà du permis, influentes au-delà du raisonnable, dans ces créatures légères et usurpatrices, il en est quelques-unes de la famille des Cléopâtres : \u2014 enchanteresses qui charment la postérité ! il leur suffit de se montrer à l\u2019Histoire pour que l\u2019Histoire les regarde, leur sourie, et leur pardonne ! 1° OCTOBRE 1898 3 34 LA REVUE DES DEUX FRANCES * x» MADAME TALLIEN La jolie ambassadrice envoyée pour réconcilier les femmes avec la Révolution, les hommes avec la Mode, le commerce avec la République, la France avec une cour ! Elle est une Pompadour venue après tant de Lycurgues ; et, de sa voix enchantée, Madame Tallien (d'après le portrait de Gérard).elle rappelle de l\u2019exil et les ris el les jeux! Elle fait étendre les tapis sur les taches de sang ; elle verse a la France oublieuse le Léthé de la fo lie! Et reconstituant un Versailles tout autour d'elle, prêchant les dépenses, l\u2019amour, les élégances, elle entraine à la musique, elle en- traine à la danse, elle entraine à la vie tout ce monde tout à l'heure occupé à mourir.Visant à tous les protectorats aimables, cette favorite de l\u2019opinion publique fait rayer l\u2019art de la liste des émigrés ; et elle honore le Salon d'une toilette nouvelle.Elle a, comme une maîtresse de roi, la tutelle des théâtres et de leur monde ; et le Dauberval qu\u2019elle protège et qu\u2019elle marierait s\u2019il voulait, est un chanteur qui se nomme Martin.\u2014 Quand elle se promène triomphalement par les rues, dans son carrosse sang LE PARIS DU DIRECTOIRE 35 de bœuf, blanche, et vêtue d\u2019un nuage, Paris s'incline comme devant l'âme et le génie et la fortune du Directoire.Cette femme est la fée du Luxembourg.Elle pare ses cérémonies de son sourire.Elle organise ses parties et ses galas.Elle se change, elle se métamorphose pour rajeunir ses fêtes et leur donner un nouvel attrait.Tantôt, c\u2019est Calypso accueillant les amis de Tallien dans sa chaumière du Cours-la-Reine, et les promenant sous les dais de verdure enlacés d'emblèmes, parmi les arbres, comme la nymphe du lieu.Au palais de Surène, c\u2019est une paysanne de Frascati ; déesse déguisée, qui se trahit en marchant ! \u2014 À Comme un spectre SARE CE léger, avec lequel ses doigts badinent, elle tient en main la surintendance du goût ; et parelle, les for- té-pianos de la liste civile, dont on laissait dormir les mélodies, sont distribués aux belles mains dignes de les réveiller.Parelle, la maison directoriale est emplie de collections de musique 4 due IE 9e RE cll .de Marie- Antoi- La Belle Merveilleuse à la promenade.nette, de Mme Victoire, de Mme Elibeth et de Bombelles.Elle est parmi les cinq rois comme une Grâce obéie, qui les range à ses menus vou- loirs.Son exemple fait autorité pour le détail et le décor de leur intérieur ; et se met-elle à raffoler de porcelaine de Sèvres, ministres et directeurs ne manquent aussitôt d\u2019avoir un cabaret sur leurs tables. 36 LA REVUE DES DEUX FRANCES Le caprice de Mme Tallien sauve une manufacture ! Qui ne I'applaudit en tout ce qu\u2019ellecommande, et en tout ce qu\u2019elle ose, qui ne l\u2019applaudit en son chant, qui ne l\u2019applaudit en sa danse, cette Sempronia qui repose les yeux lassés de Ca- tilina, et ne conspire que pour lesamusements ?Tout son esprit a été tourné vers l'agrément : et la harpe, le triomphe de ses beaux bras! \u2014 et les langues méridionales, musique de la voix! \u2014 elle sait tout ce qui enchaine les regards et les oreilles.\u2014 Therezia s\u2019anime-t-clle, lorsqu\u2019au profonddes nuits,s\u2019acharnant à une,bouillotte, elle arrache ou jette au hasard des poignées de cent louis?son visage s\u2019embellit d\u2019un charme qu'on ne trouve qu\u2019en elle.Circé! qui, au temps des échafauds et des bonnets rouges, obligeait les bourreaux à se poudrer à la poudre d\u2019œillet! et qui aujourd'hui, dans le cortège du jabot et des culottes à rosettes de Fréron et de sa jeunesse dorée, mène, en souriant, le chœur des scandales de la France ! Mme Tallien règne: les femmes de Feydeau la proclament laide, et les vendémiaristes l\u2019avouent jolie.Elle règne : mais que de jalousies, que de médisances, et que de calomnies autour de son trône ! Ses amies ne peuvent lui pardonner ni ses voitures, ni ses épaules.L'un lui fait un crime de son nez et l\u2019autre de son mari.Les petits journaux démentent bruyamment le prétendu écriteau attaché par un royaliste« à pa-ôle numé- ai-e » au bas du costume romain de la citoyenne Tallien : Respect aux propriétés nationales.Ils racontent le mot de celui-là attaché au pas de Mme Tallien : « Qu\u2019avez-vous, monsieur, à me considérer?\u2014 Je ne vous considère pas, madame ; j'examine les diamants de la couronne.» Ceux-ci lui rappellent son chocolat à la vanille pendant que les têtes tombaient à Bordeaux.Quelle joie pour les satiriques que le ménage Tallien ! C\u2019est une histoire, et puis une autre histoire.Le matin l'on s'est dit: Mme Tallien est décidément brouillée avec son mari.\u2014 « Ah! dit l\u2019une, il était bien difficile qu'elle pit supporter aussi longtemps le supplice de Mézence ! \u2014 À tout péché miséricorde ! répond une bonné äme; cette pauvre madame Tallien, elle était si honnête, qu\u2019on ne comprenait rien àce mariage-là !\u2026 » \u2014 Et le soir, voilà, de par les nouvellistes, Mme Tallien remariée LE PARIS DU DIRECTOIRE 37 de plus belle! Et le lendemain, un méchant prédit : « Enfin, Mme T\u2026 a eu de petits retours à l\u2019honnêteté.Enfin elle a menacé de le quitter; enfin elle le quittera; enfin elle divorcera; enfin elle aura épousé M.F.; elle aura divorcé avec M.F.; elle aura épousé M.T.\u2026; elle aura divorcé avec M.T.» \u2014 Une autre semaine, autre bruit : l\u2019étoile de Mme Tallien se couche, et l\u2019étoile de Mme de Contade se lève, et vive Mme de Contade! Mme de Contade va gouverner le Directoire.\u2014 Le bruit est un conte.Et la semaine qui suit, autre conte : Barras et Mme Tal- lien sont brouillés ! Barras a dit à Mme Tallien « qu\u2019il avait été trop longtemps entouré d\u2019intrigants » ! Barras, dans un salon, a feint de ne pas reconnaître Mme Tallien, et il a demandé tout haut: « Quelle est cette femme?» Tel était le Paris officiel après la Révolution.XXX.NARCISSE Tout se tait.Le jour plane.Au bois, pas un soupir, Pas une aile dans l'air, sur l\u2019eau pas une brise, L'éphèbe, fils charmant de l\u2019ondoyant Céphise, Sur la rive est couché \u2014 non pour voir resplendir Le ciel dans le flot clair, ni pour y rafraichir Sa lèvre lentement ou sa main indécise, Ni pour suivre sur l'eau quelque mouche surprise, Mais pour s\u2019y contempler, s'y chérir à loisir.Tordant avec langueur sa nudité flexible, Narcisse est consumé d\u2019un désir impossible Et jusqu'au soir s'admire en l'humide miroir.Ainsi penchée au bord de l'amour de la femme, a , , Est notre âme inquiète et chaste, croyant voir Lui sourire son pur reflet dans une autre âme.Marc Legrand.Cas - LA DÉCOUVERTE PRÉCOLOMBIENNE DE L\u2019AMÉRIQUE Il est presque universellement admis aujourd\u2019hui que l\u2019honneur de la découverte précolombienne de l\u2019Amérique revient à I Irlande.Le seul point sur lequel il semble exister quelque incertitude, est de savoir si la gloire de cette découverte revient à l'Irlande païenne ou à l'Irlande chrétienne.Dans son savant ouvrage : Histoire de la découverte de l'Amérique, l'auteur, Paul Gaffarel, dit, en faisant allusion aux divers voyages supposés précolombiens au Nouveau-Monde, par les Irlandais : « Ily a.« deux parts à faire dans ces voyages ; la première, toute de tradition, mais de tradition persistante, et marquée par des légendes, soit d'origine païenne, soit d\u2019origine chrétienne.La seconde repose sur des témoignages plus authentiques.Le premier de ces Irlandais, au cœur intrépide dont la légende a conservé le souvenir, se nommait Condla le Beau (1).Il était fils de Conn Cet Cathac, roi d\u2019Irlande de 123 à 157 de notre ere.Cette légende était populaire en Irlande.On la trouve sous diverses formes, et est modifiée par les civilisations et religions différentes : mais le fonds subsiste le méme ; il s\u2019agit toujours d\u2019un voyage par mer dans la direction de l\u2019Ouest à la recherche d\u2019une terre merveilleuse.Dans une autre légende, presque aussi populaire que la précédente (1) Voir « La Légende de Condla », traduite de l'irlandais par Beirne Crowe, dans The Journal of Royal historical and archeological Association ofTreland », pour 1874.Voir également « Irishe Texte » par Ernest Windish ; \u2014 Leipzig, 1880: et La Grande Terre de l'Ouest », par Beauvois. LA DÉCOUVERTE PRÉCOLOMBIENNE DE L\u2019AMERIQUE 39 « celle de Cuculain, prince de Cualaigne et Muirthenne, dans « I'Ulster (1), il est question d\u2019un pays situé à l\u2019Ouest, au-delà « de la grande mer.Le fils de Fionn, Oisin, bien plus connu « sous le nom d\u2019Ossian, est aussi le héros d\u2019une légende dont « le retentissement fut autrement considérable.Assurément, « toutes ces légendes païennes sont étranges et fabuleuses, mais « on les a trop dédaignées.Elles cachent un fonds de vérité.« Les légendes chrétiennes sont également remplies d\u2019événe- « ments extraordinaires, mais elles confirment la réalité des « voyages entrepris par les Irlandais dans la direction de « l\u2019Ouest.» Le principal héros de la découverte de l'Amérique par l'Irlande chrétienne, est saint Brandan, évêque de Clonfert (2).La plupart des autorités placent sa naissance en 460, mais quelques-uns soutiennent qu\u2019elle n\u2019a eu lieu qu'environ vingt années plus tard.On raconte que, dans l\u2019année 545, avec quelques fidèles compagnons, saint Brandan s\u2019embarqua sur la côte de Kerry, dans la baie qui porte encore son nom.Gaffarel, dans son Histoire de la découverte de l'Amérique, décrit ainsi le voyage du saint irlandais : \u2014 « Après plusieurs aventures, ils « finissent par trouver une terre inconnue.Un immense con- « tinent où se rencontrent les productions les plus variées.« Pendant quarante jours, les moines essayent de faire le tour « de cette terre, qu'ils prenaient pour une île, mais ils arrivent « à l'embouchure d\u2019un fleuve immense qui leur prouve, comme « plus tard l\u2019Orénoque à Colomb, que l\u2019île est une continent >.Paulo Toscanelli, qui prépara pour Colomb les cartes dont il se servit dans son premier voyage, donna le nom de « Terre de Saint-Brandan » à la contrée appelée maintenant Amérique (3).L'Amérique était connue des Scandinaves sous le nom de « Irland it Mikla », ou « Grande [Irlande ».Leurs annales parlent de trois voyages après celui de saint Brandan, et avant l\u2019arrivée de Christophe Colomb.Le plus connu de ces voyages, (1) Voir un article de M.Curry, dans « The Ptlantis » pour le 11 juillet 1858.(2) Voir « Lyfe of Saynt Brandan dans le « Golden Legend » publiée par Wynkyn de Worde en 1843.- (8) Voir « Greater Ireland, or The Iris Race in America » par E.O'Elleagher Condon. 40 LA KEVUE DES DEUX FRANCES est, peut-être, celui de Ari Marson, parent de l\u2019Éric le Rouge, qui dans l\u2019année 983, fut poussé par une tempête à « Huitram- naland », ou « Terre des Hommes blancs »,.aussi appelée « Ir- land it Mitkla ».On nous raconte que Marson s'était converti au christianisme pendant son séjour en « la Grande Irlande », où les semences de la foi, semées par saint Brandan, avaient porté fruit et où on parlait encore la langue irlandaise.En faisant allusion aux annales scandinaves, Gaffarel écrit : « De ces trois documents, il semble donc résulter que les Irlan- «-dais avaient découvert à l'Ouest un pays auquel ils avaient « donné leur nom, «Irland it Mikla », ou « la Grande Irlande »; «que cet autre nom de Huitramnaland, ou terre des Hommes «blancs, ou vêtus de blanc, rappelle le costume des papae (1) ; qu'ils avaient conservé l\u2019usage de la langue irlandaise ; qu\u2019ils « étaient restés fidèles au christianisme ».Pour conclure, l\u2019auteur ajoute : « Il ne nous reste plus qu\u2019à déterminer l\u2019emplace- « ment de cette Irland it Mikla.La plupart des savants se « sont contentés de reproduire une assertion de Rafn, qui pla- « gait l'Irland it Mikla dans la partie méridionale des Etats- « Unis.Mais Beauvois (2) a démontré par une étude attentive « des textes, et une rigoureuse argumentation, que la véritable « position de l\u2019Irland it Mitkla doit être reportée beaucoup plus « au nord, soit dans l\u2019île de Terre-Neuve, soit sur la rive méri- « dionale du Saint-Laurent.L\u2019authenticité de cette nouvelle « théorie est confirmée par des notions très précises sur les x a « traces persistantes du christianisme dans cette région que « recueillirent quelques missionnaires francais en Canada (3).» Le tempset I'énergie dépensés dans la suite par les Irlandais, pour combattre chez eux l'invasion étrang?re, les empécherent dè poursuivre leur découverte par la formation d\u2019autres colonies, ou même de garder une communication avec l'Irlande it Mikla.Mais les Irlandais d'aujourd'hui, exilés dans le Nouveau- (1) Les prêtres furent quelquefois appelés papae dans les premiers temps.(2) Voir « Découverle du Nouveau-Monde par les Irlandais ».(3) Voir le Père le Clerq dans la « Nouvelle relation de la Gaspesie », etc , \u2014 publiée à Paris 1691, par Amable Aubry. LA DÉCOUVERTE PRÉCOLOMBIENNE DE L'AMÉRIQUE 41 Monde, dont l'influence et le nombre sont la cause que cetle contrée est souvent appelée « la Grande Irlande », n\u2019ont pas oublié que ce nom fut donné à l'Amérique par leurs ancêtres, qui foulèrent ses rives et les colonisèrent, de longs siècles avant que son existence ne fût même ,soupçonnée par aucune autre nation.Barry O'Delany.sr RONDEL Quand ces temps-ci seront jadis, Quand nous serons à notre Automne, Quand tout nous sera monotone, Mème les doux chants affadis, Nous nous souviendrons, tiédis, Du Passé clair qui tourbillonne, Quand ces temps-ci seront jadis, Quand nous serons à notre Automne.Lors il viendra, de sons hardis, Peut-être ce chant qui frissonne Nous bercer, vieux luth qui fredonne.Mais nos rêves seront partis Quand ces temps-ci seront jadis.Jean Mahoudeau.Septembre 1808. Dodo! mon fils! (Pantoum.) Au vieux clocher, là-bas tinte la cloche Lançant au loin son chant pur et serein.Viens dans mes bras, mon fils, la nuit est proche, Repose-toi doucement sur mon sein.Lançant au loin son chant pur et serein, Son gai refrain sourit à la nature.Repose-toi doucement sur mon sein ; N\u2019entends-tu pas des anges le murmure ?Son gai refrain sourit à la nature ; L'oiseau déjà s\u2019est enfui vers l'ormeau.N\u2019entends-tu pas des anges le murmure : « Dors, petit frère, en ton frêle berceau.» L'oiseau déjà s'est enfui vers l\u2019ormeau Et dans son nid sommeille la colombe, « Dors, petit frère, en ton frêle berceau ; « Qu\u2019au doux repos ta paupière succombe.» Et dans son nid sommeille la colombe Rêvant sans doute à ses tendres amours.« Qu'\u2019au doux repos ta paupière succombe; « Petit Jésus veillera sur tes jours.» Révant sans doute à ses tendres amours, Elle revoit son compagnon fidèle.« Petit Jésus veillera sur tes jours, « Vers le ciel bleu dirigera ton aile.» pono! MON Fis! 43 Elle revoit son compagnon fidéle D'un vol léger effleurant le gazon.« Vers le ciel bleu dirigera ton aile « Aux feux divins du céleste horizon.» D\u2019un vol léger effleurant le gazon, Je vois aussi s\u2019éloigner la fauvette.Aux feux divins du céleste horizon Je veux bercer ta téte si coquette.Je vois aussi s\u2019éloigner la fauvette; Dans les buissons, au loin son aile bruit.Je veux bercer ta téte si coquette; Dodo! mon fils ; voici bientôt la nuit.Dans les buissons, au loin son aile bruit.Tout est silence'.\u2026 Enfin son nid est proche.Dodo ! mon fils ; voici bientôt la nuit ; Au vieux clocher, là-bas, tinte la cloche!\u2026 J.-N.Legault.Montréal, 1898. LES APPARITIONS DE TILLY Le 15 août, la fête de la Sainte Vierge, je m'étais promis d'aller aussi à Tilly, voir de mes propres yeux, entendre de mes propres oreilles, tous ces faits merveilleux dont j'avais tant entendu parler.Bien m\u2019en a pris, mes chers lecteurs ! \u2014 de toutes ces histoires étranges, de tous ces phénomènes divins que bien loin de railler J'étais toute disposée à croire, j'ai constaté qu'il n'y avait qu'une comédie sacrilège, et que tout un certain public fort naïf était la dupe et la victime du plus audacieux des mensonges et de la plus vile escroquerie.Pour la gloire du Christianisme, il faut savoir chasser les Marchands du temple.Je revins de Tilly sous le sentiment d\u2019une très vive indignation el d\u2019une très grande révolte et je veux bien haut et bien fort faire part de mes impressions très sincères, et donner ma parole d'honneur qu\u2019il n'y a point d'autre Vierge à Tilly-sur- Seules qu\u2019une méchante madone en plâtre, à robe blanche, à ceinture bleue, dans le fond d\u2019une cabane de planches, contre un arbre mort, au fond d\u2019un grand champ.Mais n\u2019anticipons pas.Je veux scrupuleusement raconter mot à mot toute cette journée passée à Tilly, le 15 août, dont j'entend déjà parler de toutes les façons.Dans la petite voiture où je montai à la gare d'Audrieu et qui fait spécialement le service pour Tilly, je trouvai d\u2019autres voyageurs ou plutôt des voyageuses.L\u2019une d'elles, une femme du peuple qui portait un petit panier au bras, me conta que, demeu- LES APPARITIONS DE TILLY 45 rant tout près de Tilly, et le voyage n\u2019étant point cher, elle venait fort souvent dans ce pays merveilleux et spécialement les jours de fêtes, espérant toujours assister « aux miracles » qui devaient, disait-on, arriver un jour.\u2014 Cette femme n\u2019avait jamais rien vu ; jamais la vision n\u2019avait été pour elle.Mais d'après tout ce qu\u2019on lui avait dit, elle y croyait tout de même, c\u2019est qu\u2019elle n\u2019était point « assez sage pour voir ».Pauvre femme! elle me disait cela fort naïvement et l\u2019on sentait une vraie foi, une passion dans tout ce qu\u2019elle me disait.Les autres, qui étaient dans la petite diligence, n'étaient pas encore venues et elles venaient comme moi pour savoir ce qu\u2019il fallait décidément penser au sujet de Tilly.Au pays même, devant la petite église entourée de son touchant cimetière de village, je descendis de la diligence: Il ne me restait plus qu\u2019à monter « au champ », mais je voulais auparavant parcourir un peu le village et me rendre compte un peu de l'opinion générale des habitants.Une vieille bonne femme, amusante avec sa coiffe normande et ses petits yeux malins, me répondit en souriant qu\u2019elle ne voulait rin dire, qu\u2019elle savait rin.Mais je sentais une foule de choses dans l\u2019intonation de ce rin et dans ses petits yeux farceurs.Elle ne voulait pas se compromettre.Deux paysans que j'interrogeai ensuite me regardèrent quelques secondes comme étonnés que j'osasse si carrément demander « pareille affaire »; puis de tout leur cœur ils se mirent à rire.\u2014 On vient exprès d\u2019Paris, me répowdit l\u2019un d\u2019eux, alors c\u2019est qu\u2019ça doit êlre vrai.\u2014 Mais vous-même, croyez-vous?.Avez-vous vu quelque chose?' \u2014 Ah! me répondit l'autre, ça n'est pas pour nous.Ça ne nous regarde pas.Et dans toutes les réponses que la plupart me firent, on sentait les mêmes « Ça n\u2019me regarde pas.» « J'veuz rin dire.» Ils sont gênés chaque fois que vous leur en parlez.Car, vous comprenez bien, cette renommée de leur village, cette procession de Parisiens et de bien d\u2019autres, ça ne leur dé- 46 LA REVUE.DES DEUX FRANCES plait pas du tout à ces braves villageois.Leur petit commerce n\u2019en marzhe pas plus mal ! Il y a même beaucoup de boutiques ouvertes maintenant à Tilly.M.Morel, le maître de l'auberge, non, je-me trompe, du grand hôtel à Tilly, avait loué toutes ses chambres au 15 août, il n'y avait plus de place à ses tables d\u2019hétes, et je vous assure que de tout son cœur M.Morel bénissait la Sainte Vierge ce jour-là ! Je montai au fameux champ.Aujourd\u2019hui même, le 15 août, il y aurait peut-être des miracles, disait-on.Je pris un chemin caillouteux, vilain, qui commence au pied d\u2019un calvaire dont le grand Christ à la tête penchée, aux bras tendus vers le ciel, me disposèrent à la plus absolue conviction.Arrivée au faite, entrant dans « le champ », une file de baraques en planches me donnèrent aussitôt un profond écœurement moral au sujet des « apparitions ».Le commerce déjà était venu s\u2019en mèler! On vendait des souvenirs de toutes sortes : photographies, statuettes, images, ronds de serviette, etc.On vendait des cierges ; on vendait des bonbons; on vendait à boire ; on vendait des gaufres! et même on vendait (je vous jure que je n\u2019invente rien), on vendait des crabes et des crevettes, je les ai vus.Ce commerce me fit peine et je ne pus empêcher en moi une sorte d\u2019indignation.On vendait.Les marchands vous appelaient, vous invitaient lorsque vous passiez devant leurs petites boutiques, tandis que là-bas, dans le fond, on priait la Sainte Vierge dc bien vouloir apparaître.À quelques pas de ce méchant bazar, une petite cabane en planches était dressée comme un autel contre un arbre jeune encore et qui pourtant n\u2019avait plus de feuilles, il était entouré presque jusqu'à la cime de débris de volets et de persiennes (il paraît qu\u2019on arrachait son écorce).Au fond de cette cabane, on voyait d'absurdes images entourant la statue de la Vierge, des bibelots qui donnent envie de pleurer en les regardant, des papiers découpés, des cierges qui coulent.C'était hideux et cela n\u2019avait rien de touchant vraiment.Devant cet autel improvisé, une foule se trouvait déjà ; on priait haut, d\u2019autres chantaient ; LES APPARITIONS DE TILLY 47 des femmes à genoux priaient, pleuraient avec une ferveur touchante et sincère.Autour de ces quatre méchantes planches où tout l'enthousiasme religieux et la dévotion de ces êtres venaient se rassembler, je regardais la campagne superbe à perte de vue, heureuse et tranquille, où le soleil riait.Des vaches beuglaient au loin.Des corbeaux passaient en croassant, et dans les appels de.ces ruminants, dans le vol de ces corbeaux, laissez-moi vous le dire, je trouvai une note plus gaie et plus juste encore que dans tout l'ensemble de cette superstition.L'apparition devait avoir lieu à six heures.Pas avant.\u2014 Tiens, pourquoi?\u2014 Le hasard avait fait que cette brave Sainte Vierge avait annoncé sa visite assez tard, ce jour-là, et cette heure coïncidait aussi parfaitement bien avec les intérêts et combinaisons de M.Morel, l\u2019aubergiste.\u2014 Tous les voyageurs venus de bien loin exprès à Tilly pour voi, se trouvaient obligés de rester diner et coucher même, l'heure de l'apparition se trouvant juste à l\u2019heure du dernier train de la journée.Je vous fais grâce des longues heures que je passai à Tilly avant le fameux moment où je devais faire connaissance avec la voyante, de tout ce qu\u2019on put m'y conter, des renseignements divers que je voulus y prendre, et de beaucoup de choses que j'aurais à vous dire au sujet de M.le marquis de Lespinasse, le grand patron, le premier rôle de cette comédie digne de Satan lui-même.À six heures seulement, remontons au « champ » et assistons à ce curieux spectacle.M.le marquis de Lespinasse, il fallut qu\u2019on me le désignit, un monsieur très bedonnant, au teint rouge, à l\u2019air fort commun, parlait en maître autour de lui.\u2014 M.le marquis de Les- pinasse, dont le Sosie est un boucher de faubourg, faisait prendre place.Deux voitures chargées de bancs d'église arrivaient.On - rangeait les bancs \u2014 comme pour un guignol.Lui, M.le marquis, placé au milieu du cercle, parlait en maître, criait fort, bousculait paysannes et paysans, donnait de bonnes\u2019 places aux élégants venus de Paris pour « voir ».On se disputait les places, on criait.\u2014 J\u2019oubliai totalement que ce füt une céré- 48 LA REVUE DES DEUX FRANCES monie religieuse qui se préparait.Une apparition ! des guérisons miraculeuses ! Mais un spectacle très touchant, fort triste et qui me mit les larmes aux yeux, me rappela pourquoi l\u2019on avait ainsi rangé les bancs.Ce fut un défilé d\u2019infirmes, de malades qui, avec une physionomie sérieuse.émue, étaient venus se-ranger au milieu de tous en disant leur chapelet.Une dame très distinguée venue en voiture exprès de bien loin, pour le 15 août à Tilly, paralysée des jambes, portée respectueusement par ses deux fils.Une malheureuse petite infirme, toute contrefaite, avortée, dont le père et la mère auprès d'elle priaient en pleurant.Une aveugle! une muette, un picd bot.Oh! comme cela serrait la gorge et faisait mal à voir ! Tout était prêt.On priait, mais la voyante n\u2019arrivait pas.M.le curé, homme sincère, les missionnaires, se promenaient tenant aussi leur chapelet.Et lui, le maître, le riche à gros ventre, M.le marquis de Lespinasse, parlait toujours fort, annonçait « qu\u2019elle allait venir », car il faut que je vous apprenne une chose plus importante qu'on ne pourrait le penser d\u2019abord, Marie Martel, la voyante, est l'hôte de M.le marquis de Lespi- nasse, la voyante demeure au château.Elle est adoptée par la famille de M.le marquis.Elle porte de fort belles robes, et, pour la circonstance,il fallait qu\u2019elle chan- geät de toilette.Pour la procession : robe blanche.Pour l\u2019apparition : robe bleue.Tout est fort bien combiné, je vous l\u2019ai dit.De la petite Louise Polinière, carmélite maintenant, je ne sais rien, je ne veux rien dire, mais de Marie Martel que j'observais dans les moindres mouvements de sa physionomie, mon opinion est que c\u2019est une malheureuse fille charmée par le brillant des pièces d\u2019or du marquis, enjolée, victime presque d\u2019une scandaleuse affaire qui, je l\u2019espère bien, s\u2019écroulera bien vite.Cette pau- - vre fille a trente ans.On ne les lui donne pas.Elle fut couturière, m'a-t-on dit.Elle travaillait autrefois au château.Sur sa vie de fille des champs, surses mœurs de campagnarde les paysannes ne voulaient trop rien dire! Et puis ! comme cela tout à coup ! elle est devenue la fameuse petite innocente, la voyante de Tilly-sur-Seules ! LES APPARITIONS DE TILLY 49 Je dirai : elle est devenue la malheureuse et presque.inconsciente complice du ventru marquis de Lespinasse.Flle commanda que tout le monde prit en main un cierge allumé.C'était la Sainte Vierge qui le voulait ainsi, disait-elle.Vite on courut chercher les cierges (ils étaient tout prêts, à deux pas et n\u2019étaient point bon marché), puis la séance commença.Tout le monde priait dans le champ.Les malheureux infirmes revinrent comme ils étaient venus.De source il n\u2019en jaillit point.Personne autre que Marie Martel ne put voir l'apparition.J'étais indignée.Cela me faisait peine.J'avais envie d'aller dire en pleine figure à ce marquis de Lespinasse ce que je pensais de lui, le grand coupable de cette indigne escroquerie, le chef de ce honteux commerce, le caissier de cette administration qui s'organise.Il s\u2019en faut de bien peu, m\u2019a t-on dit, pour qu\u2019un MILLION se trouve en caisse, encore quelques cierges vendus, quelques Parisiens naïfs laissant leur bourse entrouverte, et le million sera.Alors monsieur le marquis promet de faire construire une cathédrale plus vaste que celle de Lourdes, un édifice superbe, dont il a déjà les plans, et l\u2019on viendra de tous les coins du monde à Tilly se prosterner devant une madone, prier, pleurer, gémir, pour une guérison, pour le « miracle ».Mais moi, je fais des vœux pour que cette offense à notre religion ne s\u2019accomplisse pas ! Renée Allard.Tilly, 15 août 1898.1°\" OCTOBRE 1898 4 aux Etats-Unis Frontispice de Raoul Barré.Comme la Religion, la Presse a une mission.Elle enseigne, elle guide, elle gouverne.Dans les conflits religieux, dans les luttes politiques, en temps de guerre comme en affaires, la Presse joue toujours le plus grand rôle.Aussi quelle responsabilité n\u2019assume-t-elle pas ?Heureusement que de nos jours, les journalistes semblent comprendre la gravité du rôle qu'ils ont à jouer dans la société moderne.À part quelques exceptions, ils sont soumis à l'Eglise et c\u2019est là le phare où ils viennent prendre la lumière, car, en suivant cette voie, leur barque, comme celle de Pierre, ne peut sombrer.Sans doute, comme le disait si bien un jour un jeune et brillant janissaire de la presse franco-américaine, nos journaux ont été fondés dans le but particulier de maintenir l\u2019usage de la langue française dans les famille canadiennes et de perpéluer parmi les Canadiens-Américains, sur ce sol des Etats-Unis, leur religion, leurs coutumes et leurs traditions.Mais ce zèle n\u2019est pas une menace, encore moins de la déloyauté ; au contraire notre conduite en nous enrolant en aussi grand nombre sous les drapeaux américains, dans la dernière guerre, en protestant contre les malveillantes remarques d\u2019une certaine presse du Canada mal documentée, prouve que nous sommes de loyaux PRESSE CANADIENNE CHRONIQUE AMÉRICAINE 51 citoyens de cette grande République américaine et que, suivant les ordres de l'Eglise et de notre Presse, nous reconnaissons son Gouvernement comme légitimement constitué et sommes prêts à nous sacrifier pour notre nouvelle Patrie.Les journaux canadiens-américains ne combattent donc point l'inluence américaine, au contraire ils l\u2019aident de toutes leurs forces.Pour mieux les connaître, pour mieux apprécier ce que cette presse canado-américaine a fait, et ce qu\u2019elle fait encore tous les jours, je me propose de présenter aux lecteurs de la Revue des Deux Frances, les directeurs et propriétaires des Journaux canadiens-américains publiés aux Etats-Unis.Ces journaux sont, je crois, au nombre de vingt deux, dont quatre sont quotidiens.En voici la liste : Le Messager, de Lewiston, Maine.\u2014 Bi-Hebdomadaire.La République, de Lewiston, Maine.\u2014 Hebdomadaire.La Justice, de Biddeford, Maine.\u2014 Hebdomadaire.LAvenir National, de Manchester, N.H.\u2014 Bi-hebdomadaire.Le Bulletin, de Manchester, N.H.\u2014 Hebdomadaire.L\u2019 Impartial, de Nashua, N.H.\u2014 Hebdomadaire.L'Etoile, de Lowell, Massachussets.\u2014 Quotidien.L'Indépendant, de Fall-River, Massachussets.\u2014 Quotidien.L'Opinion Publique, de Worcester, Massachussets.\u2014 Quotidien.Le Défenseur, de Holyoke, Massachussets.\u2014 Hebdomadaire.La Presse, de Holyoke, Massachussets.\u2014 Hebdomadaire.Le Progrès, de Lawrence, Massachussets.\u2014 Hebdomadaire.L'Echo du Soir, de New Bedford, Massachussets.\u2014 Hebdomadaire.Le Courrier de Boston, de Boston, Massachussets.\u2014 Hebdomadaire.L'Estafette, de Marlborough, Massachussets.\u2014 Hebdomadaire.La Tribune, de Woonsocket, R.I.\u2014 Quotidien.Le Jean-Baptiste, de Pawtucket, R.I.\u2014 Bi-hebdomadaire.L'Espérance, de Central Falls, R.I.\u2014 Bi-hebdomadaire.Le Connecticut, de Waterbury, Conn.\u2014 Hebdomadaire.L'Indépendant, de Cohoes, New-York.\u2014 Hebdomadaire. 52 LA REVUE DES DEUX FRANCES Le Canadien, de Saint-Paul, Illinois.\u2014 Hedomadaire.L'Ouest Français, de Chicago, Illinois.\u2014 Hebdomadaire.C\u2019est M.Honoré Beaugrand, ex-maire de Montréal et ex-di- recteur propriétaire de La Patrie de cette dernière ville, bien connu en France, qui publia en 1875 le premier journal français à Lowell, La République.Cette gazetle fut suivie en 1880 par La Sentinelle, et en 1881 parut l'Abeille.En 1884, parut Le Journal de Commerce et un an plus tard, La Gazette de Lowell.Le 16 septembre 1886, les fondateurs du Cercle canadien, M.Aimé Gauthier, que j'ai le plaisir de présenter aujourd\u2019hui aux lecteurs de la Revue comme le doyen des journalistes de la presse quotidienne et MM.A.Parthenais, Henri J.Lanthier, Chas.H.Parthenais, A.C.Cruchet, et J.B.Frédéric, s'adjoignirent MM.Clovis Belanger, David Parthenais et quelques autres et fondèrent l'Etoile qui brille plus que jamais aujour- d\u2019hui parmi tous les autres astres lumineux de notre presse canadienne française aux États-Unis.En 1889, l\u2019Etoile devint la propriété de MM.Lépine et Cie, société composée de MM.Aimé Gauthier, comme directeur et administrateur, Henri Lanthier, comme trésorier, Clovis Belan- ger, aujourd\u2019hui ex-conseiller de ville comme secrétaire et de Maxime Lépine, comme chef d'atelier.M.Lanthier.étant mort, les trois autres sociétaires sont aujourd\u2019hui seuls propriétaires de l'Etoile qui est devenue en mars 1893, journal quotidien.L'année 1889 vit aussi surgir /e Farceur, en 1890, l'Union, qui devint l'Indépendance et enfin Le National qui fit une guerre terrible à l'Etoile et à toute la presse francaise en général, mais qui finit par succomber.Voilà l'histoire du journalisme à Lowell.Worcester, Mass, a aussi eu sa part, car en 1870 paraissait en cette ville /\u2019Etendard National; en 1873 Le Foyer Canadien; en 1874 Le Travailleur, dont le grand patriote Ferdinand Gagnon, dont nous pleurons toujours la perte, était rédacteur-proprié- taire.Le Bien Public naquit en 1879; Le Courrier de Worcester en 1881 ; et le Réveil en 1896.Voilà les quelques notes historiques sur notre presse Canado- CHRONIQUE AMÉRICAINE 53 américaine.Je les donne pour servir d\u2019introduction aux membres de cette même presse qui seront présentés à nos lecteurs.L\u2019EXPÉDITION DU JUGE DILLON L\u2019Hon.juge Dillon est de retour de l\u2019expédition qu\u2019il avait entreprise pour rechercher les cadavres flottants de la Bourgogne.On se rappelle que M.le juge Dillon a perdu dans le naufrage sa femme et sa fille.C\u2019est pour retrouver les corps de ces deux êtres chers à son cœur qu'il fréta a ses frais un steamer.L'expédition a duré près d\u2019un mois.Dans les parages de Sable-Island, M.Dillon a recueilli en mer autant de cadavres que les douze cercueils qu'il avait emportés ont pu en contenir, mais il n\u2019a retrouvé ni le cadavre de sa femme, ni celui de sa fille.Le steamer a rencontré des corps en grande quantité.Pieusement, M.le juge Dillon les a fait débarrasser des ceintures de sauvetage qui les maintenaient sur l\u2019eau et, après avoir recueilli tous les indices pouvant servir aux reconnaissances futures, les cadavres ont été immergés.Détail affreux : les médecins qui accompagnaient M.Dillon ont déclaré après l\u2019examen des corps que beaucoup d\u2019entre les victimes avaient survécu quatre jours après le naufrage et étaient mortes de froid et de faim.Dans sa croisière, M.Dillon a également rencontré un radeau sur lequel se trouvaient les cadavres de douze naufragés de la Bourgogne morts, eux aussi, de faim ! Que de drames, après le drame ! On frissonne d\u2019épouvante en y songeant.C\u2019est à New-York que M.le juge Dillon a centralisé les renseignements qu\u2019il a rapportés de son expédition.En passant à Halifax, M.Dillon a fait enterrer le corps de Mme Roussel, retrouvé en mer.Mme Roussel était la femme de l\u2019un des directeurs du journal le Courrier des Etats-Unis. 54 LA REVUE DES DEUX FRANCES En France, comme aux Etats-Unis, la conduite de M.le juge Dillon provoque un véritable enthousiasme.Cet homme de bien mérite, à notre avis, que son nom soit inscrit à côté de ceux des plus célèbres philanthropes.* x a On se souvient de l'histoire de Mlle Evangelina Cisneros, cette jeune fille cubaine qui prit une part si active à l\u2019insurrection de son pays et qui, prisonnière des Espagnols, fut délivrée par le correspondant d\u2019un grand journal de New-York.Cette jeune patriote, renommée pour sa beauté et ses malheurs, vient d\u2019épouser le directeur du journal qui avait contribué à son audacieuse évasion.La cérémonie nuptiale a été célébrée a New-York.Mlle Cisneros, aujourd\u2019hui Mme Hearst, est certainement la femme la plus populaire des Etats-Unis.Son mariage avec le directeur du New-York Journal lui assure une fortune de cinquante millions.Mme Hearst, que ses compatriotes ont surnommée « la Perle de Cuba », se'propose de publier un récit détaillé de l\u2019insurrection cubaine : une page d\u2019histoire\u2026 qui a fini par un mariage.* \u201c EXPOSITION DE 1900 Le Commissaire-général des Etats-Unis à l\u2019Exposition de 1900, M.Ferdinand Peck vient d'arriver à Paris, accompagné du personnel de ses bureaux : M.Paul Blackmar, directeur des Affaires; M.F.J.V.Skiffe, directeur des Mines ; M.Robert J.Thompson, directeur temporaire du bureau de la Presse; M.J.Mc Gibbons, secrétaive privé, et M.le comte de Valcourt Vermont, secrétaire francais.M.Paul Blackmar, directeur des Affaires, a déja rempli les fonctions de Surintendant des collections à exposition de Chicago, situation qui exigeait de hautes qualités administratives.M.F.J.V.Skiffe occupait à Chicago les mêmes fonctions CHRONIQUE AMÉRICAINE 55 de chef du département des Mines et de la Métallurgie pour le district du Minnesota.Il est actuellement directeur du Field columbian museum.Le comte de Valcourt-Vermont, né à Paris d\u2019une vieille famille française, est aussi attaché en ce moment à l'exposition d\u2019Omaha.Il fut officiellement accrédité à la Foire de San Francisco, l'hiver dernier.Les premiers efforts de M.Ferdinand Peck porteront sur une augmentation de l\u2019espace accordé à l'exposition particulière des Etats-Unis qui a été primitivement fixé à 150.000 pieds carrés.* Ea De toutes parts, en France et aux Etats-Unis, il se produit actuellement de nombreuses tentatives de rapprochement entre les deux Républiques.L'intervention si gracieuse et si habile de l'ambassadeur français, M.Jules Cambon, lors du dernier conflit, a eu ce premier résultat pratique d'amener la signature du protocole de paix et de rappeler aux cœurs américains que la France était toujours la terre de fraternelle générosité.On a eu un instant, dans les deux pays, un ressouvenir de l'antique amitié qui unissait Washington à La Fayette.On s\u2019est rappelé que le sang français coula avec le sang américain et l\u2019on a pensé que ce ne pouvait être en vain que les deux peuples avaient été compagnons d'armes aux grands jours de l'Indépendance ! C\u2019est aux Canadiens-Américains, fils de la libre Amérique, mais petits-fils de la vieille France, qu\u2019échoit la mission de sceller l'alliance indestructible des deux républiques, par une incessante propagande en sa faveur et leur fidélité aux idées françaises.Avila Bourbonnière.Lowell, Mass.Septembre 1898. Pour Georges Charette Tu nous reviens le front tout couronné de gloire, Quand l'Espagne est vaincue et que notre victoire Est complète partout, sur la terre et sur l\u2019eau ; Tu voulus jusqu\u2019au bout demeurer sur la brèche, Pointant les lourds canons, en allumant la mèche, Calme dans le danger, toujours superbe et beau.O descendant du peuple aux plus hautes idées, Nous t'avons vu grandir soudain de cent coudées ! Washington, Sheridan, Montcalm et Frontenac, À ces noms glorieux de preneurs de redoute, C\u2019est le tien, immortel aujourd\u2019hui, qu'on ajoute, Noble héros du « Merrimac! » L'Histoire redira, dans un récit épique, Ton haut fait inouï rappelant l\u2019ère antique, Les Romains d'autrefois toujours grands dans la mort.Hobson, Deignan, Murphy, Clausen, Kelly, Charette, Montagne, puis Philipps, \u2014 l\u2019un dans une cachette \u2014 C'était huit contre mille à l\u2019abri dans un fort.Ce fameux Vendéen, si vaillant catholique, Défenseur obstiné du règne monarchique, Qui pour son Dieu, son Roi, sacrifia ses jours, Que Nantes vit mourir comme un héros d'Homère, Charette était son nom que le monde vénère ; Sa mémoire vivra toujours. POUR GEORGES CHARETTE 57 Le pouvoir temporel du Souverain Pontife, Hélas ! allait périr ; le vautour, sous sa griffe Tenant sa proie, avait l\u2019œil injecté de sang.Qui donc a défendu le Pape avec les braves Qu'on nomme en s'inclinant les valeureux Zouaves ?C\u2019est encore un Charette, un moderne géant.Ce nom célèbre en France est sur nos bords illustre ; C\u2019est toi, hardi marin, qui lui donnes ce lustre, En le portant avec tant d\u2019éclat et d'honneur ; Et de chaque côté de l'immense Atlantique, Saluez-vous, trio pour toujours historique : Vous avez la même valeur ! On avait dit un jour : Souvenez-vous du « Maine », De l\u2019action féroce, effroyable, inhumaine, Qui lança dans l'abîme un équipage ami.Ce souvenir navrant est resté dans ton âme, Et, pendant ton exploit, sous le fer et la flamme, Tu sentais plus d\u2019ardeur pour punir l'ennemi.L\u2019avenir oublieux retiendra ta parole, Réponse fière et digne à la garde espagnole ; « Nous tous, sur nos vaisseaux de guerre, obéissmns Sans demander la cause ou si c\u2019est raisonnable.> Combien qui, par un mot tout aussi remarquable, Ont immortalisé leurs noms ! Le Saint-Laurent superbe a vu naître tes pères ; Et c\u2019est du sang français qui coule en tes artères ; Ta langue maternelle encor tu la chéris.N\u2019en aimes-tu pas moins la grande République?N\u2019en ressens-tu pas moins l\u2019ardeur patriotique ?Et plus \u2018que toi peut-on aimer ce beau pays ?Vous tous, vils insulteurs d'une race vaillante, Arrière |.Elle se perd votre clameur méchante 58 LA REVUE DES DEUX FRANCES Dans les hourras poussés en l'honneur de ce preux.Patriotisme, amour sublime, inexprimable, Ton incarnation et vivante et palpable, C\u2019est ce canonnier glorieux ! Oh! sois le bienvenu dans ta ville natale ; Qu'une acclamation s'élève triomphale ; Laisse nous te louer, te fèter comme un roi, Placer sur ta poitrine une belle médaille, Un sabre à ton côté pour les jours de bataille, Et cent fois répéter : Nous sommes fiers de toi ! Arthur Smith.Lowell, Mass., 1868. LES ISSAOUAS En dehors de Tlemcen, dès que le soleil baisse à l\u2019horizon, les Issaouas ou charmeurs de serpents se réunissent sous l'ombre des remparts.Assis, les jambes croisées sur des tapis d'alfa, ils forment un cercle serré.Ils chantent des refrains barbares, tout en s'accompagnant d'un tambourin et d\u2019une flûte de roseau qui rend des sons d\u2019une douceur mélodieuse.Auprès des musiciens se trouve un fourneau en terre sur lequel brûle un brasero.Ce feu sert à chauffer de temps à autre la peau du tambourin, ce qui la rend plus sonore.Des petits Arabes en haillons, à la mine éveillée, attirés par l\u2019étrangeté du spectacle, accoururent de toutes parts.Des hommes d'un âge mûr, se joignent à eux.Les derniers arrivés se rangent autour des premiers.Une foule nombreuse est bientôt réunie.Brusquement le chef des Issaouas se lève, un grand gaillard aux cheveux crépus, au visage balafré, tatoué, d'une simiesque laideuvr, les bras et les jambes nus, vêtu d\u2019une sorte de tunique blanche qui s'arrête aux genoux.Il débute par des gestes et des signes cabalistiques tout en marmottant des invocations à un être mystérieux dans une langue inconnue.Tous les assistanls l\u2019écoutent et le regardent avec crainte.Ils portent en signe de respect leurs mains à leurs yeux, puis à leurs lèvres\u2026 Le sorcier multiplie ses prières.À un certain moment on le voit tournoyer sur lui-même, les bras levés au ciel avec la rapidité et l\u2019agilité d\u2019un être fantastique.Puis, il se baisse, et déroule un paquet informe, une peau de bête qui gît à ses pieds.Un énorme serpent apparaît.Il dressé sa tête fine et promène autour de lui des yeux brillants dont 60 LA REVUE DES DEUX FRANCES I'éclat magnétique n\u2019est comparable qu\u2019aux prunelles diaboliques de I'Issaoua charmeur.Il se couche, ondule et mollement déploie son long corps visqueux.L'homme s'approche alors.Toute son énergie est passée dans son regard, devenu aigü et fier.Une flamme d\u2019acier semble en jaillir.Le reptile fasciné pousse un sifflement de rage, sa gueule immonde s\u2019entr\u2019outre.On aperçoit l\u2019extrémité d\u2019un dard qui s'agite, avide de semer un venin mortel sur l\u2019audacieux qui brave sa colère\u2026 Toutes les têtes du cercle frémissent à cette vue, une pâleur envahit ces faces de bronze.Mais voici que la scène change.L'homme prend une flûte suspendue à sa ceinture par une cordelette.Il la porte à ses lèvres et module des sons plainufs\u2026 Le serpent brusquement attentif, couche sur le sol sa tête altière.La musique change, elle monte et plane impérieuse, elle murmure des détresses inexplicables que l\u2019âme peut seule saisir, elle sanglote et rit tour à tour, finalement meurt dans un soupir d\u2019une douceur de brise.Le serpent peu à peu est arrivé auprès du charmeur, il a grimpé le long de ses jambes, puis à son torse, enfin, à son cou.Les deux têtes, celle de l\u2019homme et celle de la bête, se touchent.La main de l'Issaoua est posée sur cette masse gélatineuse, verdatre, effrayante a regarder.Des applaudissements frénétiques se font entendre.La foule hurle et trépigne.Elle exulte ravie, épouvantée par l\u2019audacieux triomphe de cet homme qui lui parait grand comme un Dieu.Une pluie de sous tombe sur le tapis à ses pieds.Après quelques minutes de cette parodie, il enferme le serpent dans son sac de peau, l\u2019attache solidement et compte sa recette.,.Souvent du milieu de l'assemblée un indigène se lève.Il s\u2019avance vers l'Issaoua.Il le conjure de lui conférer son pouvoir magique, de le rendre comme lui invulnérable à la morsure du serpent.Il est bon de dire que la contrée est infectée par nombre de ces dangereux ophidiens dont la morsure est souvent mortelle.Les Arabes en ont une grande frayeur.Mais comme la superstition parle plus haut que la crainte chez eux, ils demandent aux Issaouas de leur faire toucher les serpents, pendant que ceux-ci formulent des prières et dessignes cabalistiques en guise d\u2019exor- LES 1SSAOUAS 61 cisme afin d'ôter à ces animaux le pouvoir de leur nuire.Cette nouvelle scène terminée, le jeune homme est congédié après avoir versé au préalable une certaine somme que le charmeur fait disparaître le plus habilement du monde.Dès lors l\u2019Arabe est tenu en haute estime par tous ses frères qui lui prodiguent à l\u2019occasion les marques de cette vénération profonde que les Orientaux éprouvent pour toutce qui se rattache au domaine des choses touchant le merveilleux.Cette sottise el cette crédulité par trop naïves ne peuvent s'expliquer qu\u2019en raison de l'ignorance de ce peuple.C'est ce qui fait qu\u2019on a pitié de ses croyances et qu'on ne peut ni les railler, ni les mépriser à cause d'elles.Alfred Parienti Le Jardin Dans l'air pur, au sommet prochain de la colline, Il est un grand jardin, séjour délicieux Empli de l\u2019allégresse éclatante des cieux Et des fraîches senteurs de la brise saline.Toutes les voluptés s\u2019y lèvent à la fois : L'âme exquise des fleurs s'exhale des corbeilles Où vont en frémissant s'enivrer les abeilles ; Les oiseaux familiers chantent à pleine voix ; De tout buisson qu\u2019on frôle un papillon s'envole Et monte en zig-zaguant dans l\u2019azur infini ; Des couples de bouvreuils se bâtissent un nid ; Quelque insecte est au bout tremblant d\u2019une herbe folle.Et d'ici le regard peut franchir les coteaux, Toucher la mer, glisser longtemps sur le flot pâle Jusqu'au pâle horizon dont la ligne idéale Vient clore le seuil d'or des cieux occidentaux.On sent que la Nature est mère et souveraine En ce coin merveilleux, abrégé d'univers, Que rien n\u2019y vienttroubler de ses flancs entr'ouverts L\u2019ample fécondité magnifique et sereine ; Que sans crainte, à l'abri de nos plaisirs méchants, Là, chaque destinée est en paix accomplie, Que l\u2019Être, sans repos, renaît et multiplie, Que de la joie au ciel monte avec tous ces chants.Jardin où tant de Vie anime la matière, Ou tant d'amour s\u2019agite au bord des nids tremblants, Pourquoi faut-il qu\u2019on l'ait peuplé de marbres blancs Et que tu sois le Champ de Mort, le Cimetiére ?.Mérys.1898. Des hommes WILLIAM MAC KINLEY La dernière guerre a révélé au monde la grande figure de philanthrope et d\u2019organisateur du Président Mac Kinley.On le connaissait déjà en France pour l\u2019énergie qu\u2019il déploya dans la défense desesidées, etsaréputation de protectionnisteintransigeant avait donné des craintes à notre commerce.Aujourd\u2019hui tous ces motifs de dissentiments ont disparu grâce à la loyale attitude du Président qui, sans atténuer en rien les principes qui lui sont chers, a su apporter dans leur mise en vigueur une modération et un à-propos qui témoignent du plus haut esprit.Sa sagesse et sa longanimité dans cette dernière guerre ont achevé de lui conquérir les sympathies du monde civilisé.L'élection du Major Mac Kinley à la présidence des Etats-Unis d'Amérique, en juin 1896, fut l'origine d\u2019une ère de prospérité nouvelle pour ce pays.Il apportait, dans sa haute charge, tout un passé d'études, d'énergieet d'intégrité qui permeltait à chacun de se reposer sur lui du soin de diriger les destinées de la République.Il n\u2019a point trahi cette confiance, il a donné plus qu\u2019on n\u2019attendait de lui.Ses capacités militaires, son impeccable sang-froid et ses robustes qualités administratives, déjà mis en lumière lors de la guerre de Sécession, à laquelle il participa, ont brillé d\u2019un nouvel éclat pendant le conflit avec l'Espagne.Jusqu\u2019à la veille de la déclaration de guerre, jusqu'au jour où il làt au Congrès son message qui restera dans l'histoire comme le cri d\u2019une conscience indignée devant latyrannie des hommes, le Président désirait sincèrement l\u2019ententeet il fittous ses efforts pour éviter les hostilités.Les longues tergiversations de sa diplomatie sont là du reste pour en témoigner.Mais, conscient de 64 LA REVUE DES DEUX FRANCES son devoir de chef d'Etat, comme il l\u2019était du besoin de protéger l\u2019industrie et le commerce américains qui souffraient de la situa- désespérée de Cuba, cédant aussi à l'immense pression du peuple que révoltait la barbarie d\u2019une guerre impitoyable, il résolut comme Lincoin, au nom de l'humanité, d'intervenir en faveur de l\u2019opprimé.Au risque de coaliser contre son pays toutes les puissances d'Europe, il proclama Cuba libre et lança cette formidable marine que nul ne soupgonnait dans le Vieux-Monde et cette armée de volontaires qui fit des prodiges de bravoure, contre la plus ancienne nation militaire du monde, l'Espagne de Charles-Quint et de Saint-Dominique ! Cent treize jours suffirent pour enseigner à l\u2019Europe, pourtant hostile, que l\u2019Oncle Sam était valide et bien constitué, et que, malgré sa passion des affaires, il n\u2019était pas ignorant de la guerre ni ne méprisait un peu de chevaleresque humanité\u2026 William Mac Kinley est né à Niles, dans l'Etat de l\u2019Ohio, le 29 janvier 1843.Ses ancêtres, originaires d\u2019Ecosse, s'étaient établis, il y a plus de deux cents ans, en Pensylvanie.Son grand-père, Daniel Mac Kinley, fut un soldat de la Révolution, il'se distingua à Brandywine, Germantown et Monmouth.Son père était manufacturier en quincaillerie.I| mourut en 1892, âgé de 85 ans.Sa mère est morte l\u2019année dernière à Canton, Ohio, à l\u2019âge de 90 ans.Le Président provient donc d\u2019une souche robuste et d\u2019une vitalité extrême.Tous les siens ont conservé leur lucidité d'esprit jusqu\u2019à leur fin sans que l'âge ait, chez aucun, altéré en rien les facultés.Le jeune Mac Kinley suivit les cours des écoles publiques et de l\u2019Académie Poland.Il passa ensuite quelques années au collège Allegheney, à Madville, Pensylvanie, qu'il quitta pour s\u2019enrôler, en juin 1861, dans le 23° régiment volontaire d\u2019infanterie de l'Ohio.Il fit toute la campagne jusqu'à la paix.Le 24 septembre 1862, il fut promu second lieutenantetle 7 février suivant passa en premier.Le 25 juillet 1864, il était capitaine et reçut le brevet de major de l'armée régulière des mains mêmes du président Lincoln, pour sa vaillante conduite aux batailles de Opequam, Fishers Hill et Cedur Creek.Il servit ensuite successivement dans les états-majors de l'ex-président i ay t | v Lgl F7 5 WILLIAM MAC KINLEY Président des États-Unis d'A mérique La Rever ns Deux-Fraers, WILLIAM MAC KINLEY 65 Hayes et du général George Cook, et, apres la capture de ce dernier par les rebelles, dans l\u2019état-major du major général Winfield S.Hancock et plus tard dans celui du général Samuel S.Carroll.I] fut déchargé de son service avec distinction, le 26 juillet 1865, après quatre années d'activité et de campagne.Il revint alors dans l\u2019Ohio et étudia le droit.En 1869, il fut élu avocat de son comté et, en 1876, appelé au Congrès des États-Unis, poste qu\u2019il occupa sans interruption jusqu'en mars 1891, soit pendant quatorze ans.Au Congrès, le major Mac Kinley a été membre des comités de revision des lois, des dépenses judiciaires, des postes, etc.Mais son immense popularité devait naître surtout de ses fécondes études économiques.Pendant plus de quinze ans il a été le champion incontesté du parti protectionniste intransigeant qu'il a mené à la victoire après une lutte des plus dpres.Lorsqu\u2019en 1880, le général Garfield fut élu Président, le major Mac Kinley lui succéda au « comité des voies et moyens ».11 continua d'appartenir à ce comité jusqu'à la fin de son mandat de député, en fut le président lors du 51\u201d Congrès et l\u2019auteur du fameux bill de tarifs qui porte son nom.Ce bill a fait le tour du monde, mais c'est en France surtout et en Angleterre qu'il eut un énorme retentissement.Il s'éleva au Parlement français une protestation unanime contre la barrière de douanes où les États-Unis s'enfermaient.Aujourd'hui la France s'est gratifiée d\u2019un système protectionniste presque équivalent.En novembre 1891, le major Mac Kinley fut élu gouverneur de l'Ohio par une majorité de 21.511 voix sur son adversaire le gouverneur James E.Campbell, et, deux ans plus tard, il fut réélu par 433.342 voix, le plus grand nombre qui ait jamais été atteint dansaucun État.Il battait alors son concurrent, l'Honorable M.Neal, par 80.995 voix de majorité.Enfin, le 4 novembre 1896, il était élu Président des États-Unis.Le Président est un homme modeste, de mœurs austères, qui n\u2019excluent pourtant pas une agréable bonhomie.Tous ceux qui l\u2019ont approché s'accordent à lui reconnaitre une affabilité extrême, unesage circonspection de parole ct des goûts simples.A.B.1°\" OCTOBRE 1898 5 Le suicide Mon cœur est lourd, mon cœur est las ; J'ai faim de mort.Je me décide\u2026 Oh! la volupté du suicide ! Ton cœur qui bat sonne mon glas.Oh! m\u2019évanouir, disparaître, Fondre, me dissoudre, passer ! Oh! choir, me perdre, m\u2019enfoncer, Dans le gouffre béant de l\u2019Être ! Oh! gouter la moelle des Lois Et m\u2019empreindre au tissu des choses, Aller dans le parfum des roses Et dans le timbre de ta voix, Etre une étincelle, un grain d'orge, L'âme étrange d\u2019un papillon, Le vent qui souffle en tourbillon ; Être le satin de ta gorge! .C\u2019est dit : je meurs ; je me confonds Avec l'insaisissable monde.Je me sens attiré par l'onde De deux lacs d'azur, lacs profonds Bordés de blondes oseraies Et pleins de reflets irisés Où les rayons du jour, brisés, Dansent en paillettes dorées.Qu'il fera bon descendre en eux En buvant leur cristal fluide ! Oh ! la volupté du suicide !\u2026 Je veux me noyer dans tes yeux.Mérys. LES CANADIENS-AMERICAINS Aujourd'hui fiers de l'avenir, Sans faire un seul pas en arriére.FRECHETTE.Je n'ai pas eu l'intention, en fournissant ma contribution à la Revue des Deux Frances, de longuement parler, de cet élément considérable qui se rencontre aux Etats-Unis sous l\u2019étiquette de « Canadiens-Américains ».Je veux plutôt enregistrer dans cette vivante revue une note de progrès, non parce que ce progrès est manifeste, mais parce que c\u2019est un fidèle indice de ce qui arrivera plus tard si l\u2019on ne ne se dément pas.L\u2019instruction et le développement moral sont les deux grands facteurs de notre avenir : les Canadiens-Américains semblent- ils s\u2019en prévaloir aux Etats-Unis ?C'est ce que nous examinerons succinctement ensemble.D'abord, si je consulte mon expérience personnelle, ce précieux indicateur que j'ai pris la peine de feuilleter avant de me décider à venir vous en entretenir, je constate un fait patent, c'est que Américains-Canadiens commencent à se défaire de ce que j'appellerai leur plus vilain travers, celui qui leur a le plus nui, ils commencent, dis-je, à se défaire de leurs petites jalousies, de ces petites haines généralement engendrées par l'infériorité à l'égard de la supériorité.Si j'allais aux preuves de ce que j'avance là, vous auriez peut- être un portrait bienfaisant du progrès qui s'est accompli depuis quelque temps, mais je ne fais que constater un fait. US LA REVUE DES DEUX FRANCES Depuis bientôt dix années que je me suis transplanté sur le sol américain, vous l'avouerai-je lecteurs, j'ai amassé plus d'expérience que de ducats, bien à l'encontre de mes désirs, il est vrai, mais n\u2019allez pas croire que cette expérience soit oisive, ou bien qu\u2019elle ne constitue pas pour moi un brin de fortune.Au contraire, c'est dans mon expérience, c\u2019est dans cette escarcelle bien fournie, que je trouve aujourd\u2019hui de quoi payer aux Canadiens-Américains un tribut qu\u2019ils priseront plus que n'importe quel poids d\u2019or que je leur offrirais, et ce tribut le voici : C'est que les Canadiens-Américains reconnaissent aujourd'hui que ces jalousies leur ont été fatales, et que personne ne s'y laissera prendre à l'avenir.N'est-ce pas le cas ?Allons, lecteurs de cette revue franco-américaine, n'avez- vous pas constaté, chacun chez soi un peu de ce progres?N'avez- vous pas remarqué que le vrai mérite se fait maintenant jour sous de meilleurs auspices?Enfin, n\u2019avez-vous pas remarqué que les citoyens capables de nous représenter dignement, arrivent plus facilement aujourd\u2019hui à la surface?L'élément canadien fournit les siens et non les moindres parmi les illustres.Il y a dans la vie des peuples, comme à la surface de l'Océan, des aspects changeant suivant les heures, qui peuvent tromper l'observateur de passage.Tantôt souriantes et douces, tantôt sombres et menacantes, ces perspectives variables n'inspirent au pilote expérimenté ni une confiance absolue, ni la crainte de la tempête.De même au fond du cœur des peuples, comme dans la mer profonde, il y a des courants changeants et celui qui a mission de conduire le navire doit les rechercher, les découvrir et régler sa marche en conséquence.Souvent les peuples comme les individus s\u2019ignorent eux- mêmes, et sous l'impression vive du moment ou sous le coup d\u2019une impulsion étrangère morbide, ils n\u2019apprécient pas avec LES CANADIENS-AMÉRICAINS 69 une complète équité les sentiments durables qu'ils ont les uns pour les autres.C\u2019est une noble tâche que de nous aider à être Justes envers autrui et justes envers nous-mêmes, pourquoi ne continuerions-nous pas dans cette belle voie où nous sommes maintenant engagés ?Les marques de cordialité, manifestement sincères, que nous avons reçues en ce pays.sont de nature à nous faire croire que, puisque l\u2019on peut nous acclamer, nous applaudir, nous associer aux affaires publiques, nous avons le devoir de nous apprécier mutuellement.Tout d\u2019ailleurs nous porte à ce développement moral dont j'ai parlé au commencement de ma chronique : notre clergé, notre presse, nos prédécesseurs dans cette république et enfin le plus profond de tous les enseignements : la leçon du passé.Continuons donc dans la mesure de toutes nos forces à nous connaître, à nous faire respecter, c'est ce que je conseille aux Canadiens Américains qui me lisent en ce moment.Agissons de manière à faire disparaître les préjugés qui nous entourent et nous aurons contribué au progrès social de notre race et au bien-être général de l\u2019élément Canadien-Américain.Alfred Bonneau.Biddeford, Septembre 1898. CRITIQUE MUSICALE Les lecteurs de cette excellente revue excuseront, je n\u2019en doute pas, le signataire de cet article qui s\u2019est permis de fuir Paris pendant quelques semaines et d'aller se reposer sous les frais ombrages du Morvan.Le chant des oiseaux vaut bien parfois celui des humains et l\u2019harmonie de la grande nature fait un peu oublier celle des compositeurs.D'ailleurs, en cette saison, les nouveautés musicales sont presque aussi rares que le phénix ; seul, le théâtre lyrique de MM.Milliaud a tenté de lutter contre la canicule et je suis arrivé à temps pour entendre une œuvre assez importante dont il vient de donner la primeur : Lovelace, drame lyrique en 4 actes de MM.Jules Barbier et Paul de Choudens, musique de M.Henri Hirschmann.Ce n\u2019est pas la première fois que l'on essaie de transporter au théâtre l\u2019œuvre du grand romancier anglais Richardson : Clarisse Harlowe.Dumanoir et Clairville \u2014 deux vaudevillistes célèbres à leur heure \u2014 firent jouer au théâtre du Gymnase, il y a déjà un certain nombre d'années, une comédie tirée du même roman.C\u2019était déjà assez osé : Clarisse Harlowe, valant surtout par la peinture des caractères et le charme des détails.En faire un drame lyrique me semble plus audacieux encore.Il est vrai qu\u2019un proverbe latin assure que la fortune aime les audacieux! Mais le proverbe est-il toujours vrai?MM.Jules Barbier ct Paul de Choudens, en librettistes experts, ont tiré, je crois, tout ce qu'il était possible de l'œuvre de Richardson et le poème contient quelques scènes intéressantes, offrant aux compositeurs des situations, sinon puissantes, du moins ingénieusement présentées, mais laissant dans l'ombre la partie psychologique du roman. CRITIQUE MUSICALE 71 M.Hirschmann est un tout jeune compositeur \u2014 vingt-six ans, me dit-on \u2014 élève de Massenet.On lui reproche de manquer d'originalité.Mais quel est le compositeur qui, du premier coup, se soit montré original ! Ce n\u2019est pas, à coup sûr, Wagner, dont les premières œuvres : les Fées et la Novice de Palerme, ne faisaient pas présager le futur auteur de la Tétralogie et de Parsifal! Ce n\u2019est pas davantage Meyerbeer, ni Rossini, ni Verdi, dont les premières œuvres sont complètement oubliées ! Alors, il m\u2019apparaît que M.Hirschmann peut et doit être fier de sa première tentative artistique ; car, quoique créée dans l'ancien moule des opéras d'antan, l\u2019œuvre est pleine de sentiment et de vie; maints passages révèlent un auteur de tempérament et l\u2019orchestration accuse un musicien déjà sûr de son art! Je le répète, comme œuvre de début, Lovelace a pleinement satisfait et mc fait espérer dans M.Hirschmann un compositeur d\u2019avenir.L'interprétation a laissé à désirer; le ténor M.Paz chante avec gout, mais la voix manque de force et le timbre n'en est pas parfait; Mes Noelly-Milliaud et Mary Garnier font de leur mieux.Georges de Dubor. LE THEATRE A PARIS COMÉDIE-FRANÇAISE : reprise de Louis XI, tragédie en cinq actes, de Casimir De- lavigne.\u2014 THÉATRE DES NATIONS : reprise de Kean, drame en cinq actes et six tableaux, d'Alexandre Dumas.Il y a de la témérité à tenter d\u2019intéresser les Français d\u2019outremer aux petites choses de nos petits théâtres : je m\u2019en rends compte et, s\u2019il le faut, je m\u2019en excuse.Mais il se trouve, à y réfléchir, que l\u2019objet de ces études n\u2019est pas si frivole, ni surtout si négligeable.Par le malheur des temps, la domination de la France n\u2019est restée incontestée que sur ce domaine; et par la légèreté des hommes notre vie politique \u2014 morale et littéraire \u2014 s\u2019y est, en bonne partie, réfugiée.Si bien que nos pièces, passant par dessus les frontières, vont faire régner l'esprit français dans toutes les capitales de l\u2019Europe et qu\u2019elles emportent avec elles l'écho des principales occupations et préoccupations du jour.À côté du journal et autant que lui, le drame et la comédie à succès résume donc, de la façon la plus vivante, nos éphémères états d\u2019âme.Parler théâtre, c\u2019est parler un peu de tout, d\u2019histoire, de sociologie, de morale et même de littérature ; mais c\u2019est, avant tout \u2014 voilà mon excuse \u2014 parler de la France.oe Au moment où j'écris ces lignes, la saison dramatique n\u2019est pas encore ouverte.Les fortes chaleurs qui se sont prolongées très avant dans l\u2019été ont rendu nos directeurs timides.Il n\u2019en est pas qui ose inaugurer franchement sa campagne avec une pièce nouvelle.Quelques-uns seulement entrebâillent leurs LE THÉATRE A PARIS 73 portes et hasardent des reprises.Ce sont presque encore des spectacles d'été qu'on nous offre avec prudence et parcimônie.La Comédie-Française a repris le Lowis XI de Casimir Dela- vigne.La pièce a plus de soixante ans d'âge et elle se porte assez bien, comme quelques-unes de celles que l\u2019effréné critique des romantiques a cru tuer.On en cite quelques scènes dans tous les recueils de morceaux choisis destinés à nos écoliers; et les applaudissements du public l\u2019autre soir ont justifié ce choix.En somme, c\u2019est une œuvre qui mérite de rester encore une vingtaine d'années au répertoire, par sa valeur propre d'abord et aussi parce qu\u2019elle demeure le modèle d\u2019un art conciliateur qui s'efforçait d'allier les sévérités de composition classique au souci nouveau d'une vérité plus réelle, plus imprévue et plus vivante.Écrit en 1832, en effet, Louis XI, dans la pensée de son auteur et du public qui l\u2019a préféré, s'opposait au romantisme naissant, touten ne dédaignant pas de lui emprunter quelques-uns de ses procédés.Casimir Delavigne répugnait par tempérament et par goût au lyrisme de Hernani ou de Marion Delorme ; mais il appréciait à sa valeur l'usage nouveau que Victor Hugo faisait de l'histoire et même la manière de donner l'impression de la vie par le contraste.« Tragédie » historique, Louis XI est composé comme un bon mélodrame.L'action est faite d\u2019une anecdote imaginaire qui se déroule autour d\u2019un personnage central, réel et très étudié, et provoque les manifestations de son caractère.Voici l\u2019anecdote.Le duc de Nemours, tout enfant, a vu tuer son père, sous ses yeux, par l\u2019ordre de Louis XI.Il s'est réfugié à la cour du rival de son roi, Charles le Téméraire.Leur haine commune les a réunis.Au moment où s'ouvre la pièce, « vingt ans après », Nemours se présente à la cour de France, sous le nom de comte de Réthel, pour exposer les doléances de son maître.Quelle est son idée de derrière la tête?11 n\u2019en sait rien, ni, à vrai dire, l\u2019auteur.Il se laissera guider par les circonstances.Et si nous aboutissons, vers le quatrième acte, à une scène fortement tragique, ce n\u2019est qu'après avoir passé par ces ordinaires stratagèmes des faiseurs de mélodrames. T4 LA REVUE DES DEUX FRANCES Racontons-les brièvement.L'insolence \u2014 un peu excessive \u2014 du pseudo-comte de Réthel, qui sans rime ni raison jette son gant aux pieds du roi, donnerait des soupçons au plus confiant des hommes.Louis XI est sur ce qui-vive.Il cherche à savoir la vérité.Le hasard la lui découvre.Une amie d\u2019enfance de Nemours, trompée par sa fausse bonhommie, lui révèle le nom véritable de l'ambassadeur.Fureur du roi.Nemours est perdu, d'autant plus que Charles, son maître, qui vient d\u2019être battu à plate couture par les Suisses, n\u2019est plus à redouter de Louis, son roi.Car enfin, que feriez-vous si vous aviez en votre toute-puissance le fils de votre ennemi et qu\u2019un duel à mort fût engagé entre vous?Vous commenceriez par vous assurer de sa personne.Louis XI, vous auriez recours à Olivier le Daim, el un crime de plus \u2014 vous ne les comptez pas \u2014 vous délivrerait de la crainte d'expier tous les autres.Mais voilà! Il fallait que Casimir Delavigne, qui n\u2019a pas les mêmes raisons que Louis XI, d'être expdéditif, pùt tourner son mélodrame, vers ie quatrième acte, en une sorte de tragédie.Il fallait qu\u2019aux petites combinaisons de faits succédât un conflit tragique de sentiments.\u2014 Il fallait, en un mot, que Nemours se retrouvit en présence de Louis XI et l\u2019ayant cette fois à sa merci.Aussi, imaginez que ce château de Plessis-lès-Tours est, en dépit de ses barreaux, le plus mal gardé de tous les châteaux du monde; que la chambre du roi a une porte que le roi ignore, qu\u2019un serviteur infidèle a la clef de cette porte et que Nemours la reçoit de lui.Imaginez aussi que Louis XI s'enferme dans sa chambre loin de tout secours humain ; qu\u2019il ne peut crier ou qu\u2019on ne peut l'entendre.Et vous consentirez peut-être, étant de bonne composition, à admettre que Nemours peut maintenant faire à Louis XI ce que Louis XI pouvait tout à l\u2019heure faire à Nemours, Mais voilà qui va vous surprendre.Nemours ne profite pas plus-de ses avantages que Louis XI n\u2019a profité des siens.Au moment de lever le poignard sur le roi, il est pris d\u2019un serupule.Toute sa vie n\u2019a fait que préparer cette heure de vengeance; toute l\u2019ingéniosité de Casimir Delavigne n\u2019a travaillé qu\u2019à la rendre vraisemblable.Et voilà que l\u2019effort du héros et l'effort LE THÉATRE A PARIS 15 du poète s\u2019arrêtent à cent pas du but ! Il ya à cette contradiction une raison, mais elle n\u2019est pas dans la pièce.C\u2019est que si l'anec- docte a pu être arrangée pour la scène sans tenir compte des dates que le publie ignore, elle ne doit pas heurter les connaissances précises que le public possède.Que Nemours se fasse passer pour un ambassadeur, que la défaite des Suisse coïncide avec l\u2019extrème vieillesse de Louis XI, que Plessis-les-Tours soit un château de prestidigitateur, soit! le bon public acceptera tout pourvu qu'on l\u2019amuse ou qu\u2019on l\u2019émeuve.Mais vous ne lui ferez jamais admettre que Louis XI est mort assassiné, car c'est lui supposer plus d\u2019ignorance qu\u2019il n\u2019est vraisemblable.Donc Nemours laisse tomber son poignard.Il permit à Louis XI de vivre parce que la vie pour lui est un supplice plus cruel que la mort.Vous me direz que c\u2019est là une remarque qu\u2019il aurait pu faire depuis quelque temps et qu\u2019elle lui aurait évité d'être, sans subtilité aucune, décapité.Car vous pensez bien que Louis XI ne laisse pas, une seconde fois, échapper sa vengeance et qu\u2019il attend pour être clément et pour mourir à son tour que son ennemi soit mort.L'anecdote qui fait l\u2019action de la pièce est donc assez mal aménagée pour le théâtre.Flle est pleine d'invraisemblances ; et, ce qui est plus grave, elle n\u2019aboutit à aucun dénouement.Le personnage central, sujet véritable de la tragédie, est plus heureusement tracé.Encore faut-il sur ce point faire des réserves.Casimir Dela- vigne n\u2019a pas prétendu nous donner le vrai Louis XI, celui de l\u2019histoire, mais seulement un personnage conforme à l'idée que se fait, par avance, de Louis XI, la majorité des spectateurs.Les érudits \u2014 ou simplement les lecteurs de Commynes \u2014 n\u2019en seront pas satisfaits, sans doute.C\u2019est un Louis XI pour images d\u2019Epinal.Mais il suffira à ceux qui se représentent le monarque de Plessis-les-Tours avec son mélange curieux d\u2019hypocrisie et de piété, de bonhommie et de cruauté, de belle ambition et de perfidie.La vérité historique n\u2019est pas nécessaire au théâtre : la vraisemblance suffit.Cette reprise a été pour la troupe de nos comédiens ordinaires l'occasion d'un beau succès.L'interprétation est, même 16 LA REVUE DES DEUX FRANCES pour ce théâtre, hors ligne.Sylvain a curieüsement étudié la physionomie de Louis XI et il a peut-être ajouté de la vie à la création de l\u2019auteur.Albert Lambert fils, dans le personnage de Nemours est un comédien élégant et sûr; Mlle Lecomte (le Dauphin) complète ce trio dans lequel ne contrastaient pas trop les rôles de second plan moins brillamment tenus.* \u201c> La direction de l'Opéra-Comique qui occupe depuis quelque temps déjà les locaux qu\u2019on vient de lui contruire sur les boulevards, à laissé libre le théâtre de la Place du Châtelet.Il à repris son nom de théâtre des Nations.Et on essaye d\u2019y acclimater le drame historique, la Porte Saint-Martin se réservant au drame littéraire et l'Ambigu au drame populaire.Je ne sais si la tentative réussira.Toujours est-il qu\u2019elle nous a permis de voir à la scène un vieux drame d'Alexandre Dumas, /es Gardes forestiers, inconnu du public parisien, et d'apprécier dans Kean du même auteur, la jeunesse, l\u2019élégance, et déjà l\u2019autorité de M.Henry Krauss, successeur de Mélingue.Philippe Malpy. LES THÉATRES A l'Opéra, M'e Ackté vient de faire sa rentrée dans Faust.Chez Molière, ou la camaraderie {leurit, on le sait, plus que partout ailleurs, on a conservé la douce habitude des surnoms : il en est de familiers, il en est de comiques, il en est de méchants! Celui-ci appartient plutôt à la dernière catégorie : une artiste de la Maison qui, l'été, pendant que les trois quarts des sociétaires se promènent, joue presque tous les soirs et se prodigue dans presque tous les emplois, a été baptisée : La Petite Moyenne de la Comédie-Française ! Une autre, très talentueuse, et qui vient du boulevard, où elle a été surnommée Dieu tout-puissant, a conservé ce surnom rue Rivhelieu.Il ne m\u2019est malheureusement pas possible de conter les origines de cette plaisanterie, et je le regrette, car l\u2019histoire est bien drôle! * ro» Le Nouveau-Thédtre a ouvert ses portes le 1°\" de ce mois, avec Rembrandt, la délicieuse et jolie pièce.* LEY A l'Opéra-Comique : M\"* Georgette Leblanc vient de quitter Paris pour aller faire en Espagne le voyage qu\u2019elle projetait, en vue de recherches utiles à la recréation de Carmen. T8 LA REVUE DES DEUX FRANCES De son côté, M.Albert Carré est parti pour Séville, où il compte séjourner durant la foire célèbre et d'où il espère rapporter de nouveaux documents pour la reconstitution complète de la mise en scène de l'opéra de Bizet.* *- Les représentations lyriques ont retrouvé, au théâtre de la République, leur succès des grands boulevards et les applaudissements qui, chaque soir, saluent les différents ouvrages démontrent, une fois de plus, le besoin de doter Paris d'un opéra populaire.Les humbles, de cette façon, peuvent voir les anciens chefs- d'œuvre dont parfois ils chantent des fragments, tels Lucie de Lammermoor, le Trouvère, le Voyage en Chine, les Mousquetaires de la Reine, et connaître les nouveaux ouvrages, comme Lovelace, par exemple.dont la brillante carrière se dessine définitivement.* » x M.Brieux auracet hiver, trois actes au Théâtre-Français : Le Berceau ; trois actes au Vaudeville ou au Gymnase : Nos Juges, et cing actes au théâtre Antoine : Résultat complet des courses.Le Berceau sera créé, pour les principaux rôles, par M™ Bar- tet.MM.Worms et Albert Lambert fils.* a x \u2014 Le grand succes des Quatre filles Aymon s'est affirmé, hier samedi, devant une salle comble.La charmante partition de Lacôme, l\u2019amusante pièce de Liorat et Fonteny, applaudie par toute la presse, a décidément ramené aux Folies-Dramatiques les beaux soirs d'autrefois.A l'Opéra-Comique : Ce n\u2019est pas tout le ballet de /a Source qu'on a résolu d\u2019ajouter au ballet de Lakmé, mais seulement deux variations prises au deuxième acte de cette œuvre de jeunesse de Delibes, et qui LES THÉATRES .79 seront dansées par Mlle Brianza, l'étoile de la Scala de Milan, engagée par M.Albert Carré.Lecture a été faite hier par M.Porel, aux artistes du Gymnase, de la pièce qui succèdera à l\u2019Afnée.Cette pièce est une comédie en trois actes de M.Ambroise Janvier.Titre : Marraine.Principaux interprètes : MM.Noblet, Huguenet, Numa, Delarue; Mlles Mégard, Carlet, Henriot, Jenny Rose, Marlys et Dikson.Nous apprenons avec plaisir que notre aimable confrère du Rappel, M.Grenet-Dancourt, l\u2019auteur applaudi de nombreuses pièces et monologues comiques, vient d\u2019être choisi par M.Porel comme secrétaire général du théâtre du Vaudeville.a Il y aura cette année, à l\u2019Odéon, trois sortes d'abonnements : 1° Abonnement aux matinées-conférences du jeudi : Spectacles classiques ; grand répertoire ; 2 Abonnements aux soirées du lundi (deux séries) : Spectacles classiques et spectacles modernes; 3° Abonnement aux matinées dramatiques et musicales, avec le concours de M.Colonne, de son orchestre et de ses chœurs.On a commencé les répétitions du Roman d'un jeune homme pauvre dont la reprise aura lieu dans les premiers jours d'octobre.+ » x Les soirées d'abonnement auront lieu, cette année, aux théâtres du Vaudeville et du Gymnase, ies lundis et vendredis, de quinzaine en quinzaine, du 10 octobre 1898 au 5 mai 1899.Il y aura huit séries d'abonnés ; chaque série aura droit à dix spectacles : six au Gymnase et quatre au Vaudeville. 80 LA REVUE DES DEUX FRANCES Voici les œuvres inscrites au programme : Les Plus Forts, comédie en quatre actes, de M.Georges Clé- menceau.\u2014 Le Lys rouge, comédie en trois actes et cing tableaux, de M.Anatole France.\u2014 Marraine! comédie en trois actes, de M.Ambroise Janvier.\u2014 Madame de la Valette, pièce en cinq actes, de M.Emile Moreau.\u2014 La Petite Paroisse, comédie en quatre actes, de MM.Alphonse Daudet et Léon Hennique.\u2014 Mademoiselle Morisset, comédie en trois actes de Louis Legendre.\u2014 Les Vieux Garçons, comédie en cinq actes, de M.Victorien Sardou.\u2014 Paraître, comédie en quatre actes, de M.Maurice Donnay.\u2014 Lucette, comédie en quatre actes, de M.Romain Coolus.\u2014 Une pièce nouvelle de M.Georges Ohnet.\u2014 Les Deux Races, comédie en quatre actes, de M.Albert Gui- non.\u2014 Une comédie nouvelle de M.Léon Gandillot.\u2014 Nos Juges, comédie en trois actes de M.Brieux.\u2014 Mariage Blanc, comédie en trois actes le M.Jules Lemaitre.(Spectacle d'abonnement.) \u2014 Une pièce nouvelle de MM.Courteline et P.Wolff.\u2014 Mon Cousin Robert, comédie en trois actes, de M.André Sylvane.\u2014 Une Idée de Mari, comédie en quatre actes, de M.Fabrice Carré.\u2014 Le Vieux Jeu, comédie en trois actes, de MM.P.Gavault et V.de Cottens.\u2014- Monsieur et Madame Duga- zon, comédie en quatre actes de M.Jacques Normand.\u2014 L'Héritage, comédie en trois actes, de M.Gaston Shefer.(Spectacle d\u2019abonnement.) \u2014 Cosmopolis, comédie en trois actes, de MM.À.d'Artois et G.Jollivet.\u2014 Le plaisir des Autres, comédie en trois actes, de M.Pierre Weber.(Spectacle d\u2019abonnement).La Débutante, comédie en quatre actes, de M.Alfred Capus.\u2014 La Façade, comédie en quatre actes, de M.Michel Provine.\u2014 L'Angora, comédie en trois actes, de M.Solié.(Spectacle d\u2019abonnement).\u2014 Une comédie nouvelle de M.Marcel Prévost.\u2014 La Mouche, comédie en trois actes, de M.Lecorbeiller.(Spectacle d'abonnement.) Nota.\u2014 Les inscriptions sont reçues au bureau de location du Vaudeville.* x \u2014 M'® Angèle de Lignières est engagée au Châtelet pour jouer un des roles de la Poudre de Perlinpinpin. LES THÉATRES 81 Au Casino de Paris, la Voyante, dont les extraordinaires qualités de divination font courir tout Paris au music-hall de la rue Blanche.- \u201c+ \u2014 Au Grand Guignol, spectacle nouveau et très intéressant : deux tableaux de mœurs provinciales, de M.Trézenick; \u2014 En famille, de M.Oscar Méténier, étude de mœurs, jouée jadis au Théâtre Libre.Le principal attrait de la soirée est : Cher ami, de MM.Féli- cien Champsaur et Henry Fransois.Cette œuvre d'observation intense, fine, délicate, très spirituelle, a beaucoup plu.En dehors de l'action comique, il s\u2019y trouve l\u2019imprévu d\u2019un enchai- nement sentimental qui a surpris et charmé, tant par l'ingéniosité de la trouvaille que par la vérité de la situation.Les auteurs ont un admirable interprète en M.Pons-Arlès.MM.Vois et Jovenet, sont excellents, M'« Roger apporte toute sa séduction.\u2014 Cher ami, au Grand Guignol, est un franc et vif succès.* x x BuLLien.\u2014 La danse reste toujours l\u2019amusement favori de la jeunesse, et c\u2019est ce qui explique le succès du « Jardin Bullier », dont les fêtes des jeudis et les soirées des samedis et dimanches sont assidiment suivies par une foule élégante et joyeuse.Fantasio.1\" OCTOBRE 1898 0 Spectacles OPERA.\u2014 8 h.«/».\u2014 Don Juan \u2014 Lohengrin \u2014 Faust.FRANÇAIS.\u2014 8 h.1/2.\u2014 Le gendre de M.Puirier \u2014 L'aventurière \u2014 Hernani.OPÉRA-COMIQUE.\u2014 Clôture.ODÉON.\u2014 8 h.«/».\u2014 Colinette.RENAISSANCE.\u2014 Les mauvais Rergers.VAUDEVILLE.\u2014 Zaza.GYMNASE.\u2014 L'Ainée.TH.DES NATI©NS.\u2014 8 h.1/2, \u2014 Kéan.VARIÉTÉS.\u2014 Nouveau jeu.GAITE.\u2014 8 h.1/2.\u2014 La fille de Mme Angot.PALAIS-ROYAL.\u2014 Chou Chou \u2014 La Culotte.PORTE-ST.-MARTIN, \u2014 Cyrano de Bergerac.AMBIGU-COMIQUE.\u2014 8 h.1/2.\u2014 La bande à Fifi.FOLIES-DAAMATIQUES.\u2014 8 h.1/2.\u2014 Les 1 filles Aimon, TH.CLUNY.\u2014 8 h.1/4.\u2014 Coqueluche.TH\u2019 DE LA RÉPUBLIQUE.\u2014 Les Mousquetaires de la Reine.TH.ANTOINE.\u2014 8 h.1/2.\u2014 Le Retour de I'Aigle \u2014 Les Tisserands.oLYMPIA.\u2014 8 h.1/2.\u2014 The Royal Edison.LA SCALA.\u2014 Le jeu de l'Amour et du hazard.LES FOLIES BERGERES.\u2014 8 h.1/2.\u2014 L'enlèvement de Saline.TRIANON \u2014 Allons-y!.CASINO DE PARIS.\u2014 Mazella \u2014 La Prin cesse Wolkansky.ELDORADG.\u2014 (\u2018yraune de Blairgerac.LE CIRQUE D'ETE.\u2014 Miss, Edinée.LA ROULOTTE.\u2014 Comédie Nouvelle.MOULIN ROUGE.\u2014 Tous les soirs, à 8 I 1/2.\u2014 Concert-Bal, LA CIGALE.\u2014 8 h.1/2, \u2014 Pour qui votait on?CINEMATOGRAPHE.\u2014 Le voyage au Japua BULLIER.\u2014 Tous les jeudis, bal masque MUSÉE GREVIN.\u2014 Le drame de Bicètre etc, etc.JARDIN D'ACCLIMENTATION.\u2014 Ouvel tous les jeudis \u2014 Concert tous les diman ches. CHRONIQUE DES DEUX FRANCES Nous devons des remerciements à nos confrères des journaux suivants qui ont bien voulu parler de nous d\u2019une façon si aimable : L'Etoile de Lowell; Le Monde Illustré, de Montréal ; L'Ouest Canadien, d'Edmonton; La Patrie, de Montréal ; L\u2019Avenir National, de Manchester ; L'Avenir du Nord, de Saint- Jérome; Le Saint-Jean-Baptiste de Pawtucket ; L'Espérance, de Central Falls; La Presse, de Holyoke et I'Evangeline de la Nouvelle-Ecosse.Puis, nous serions ingrats, si nous oubliions de remercier une petite feuille de Québec : La Vérité, dont le jeune rédacteur, M.D.Dumontier a bien voulu nous faire une réclame telle que nous lui en devons une reconnaissance incontestable.Depuis que La Vérité nous fait de la réclame, nous avons eu le plaisir de constater une sensible et magnifique augmentation dans la vente au numéro de notre Revue à Québec.Nous croyons être agréables et utiles à M.Dumontier, en lui adressant, par le plus prochain courrier, un nouveau dictionnaire français et quelques journaux parisiens.Nous sommes heureux de pouvoir annoncer que, dans un prochain numéro de la Revue, nous publierons un excellent article d\u2019un prince de l\u2019Église et de bonnes et brillantes pages d\u2019un ancien ministre de France.Merci donc à tous nos chers confrères d'Amérique qui nous tendent une main si bienveillante et si amicale. 84 LA REVUE DES DEUX FRANCES Canadiens et Américains inscrits à la Revue des Deux Frances, en Septembre : Le docteur Ed.Plamondon, Saint-Césaire, 2, rue Perronet.M.J.H.Sampson, New-York ; Grand-Hôtel.M.J.Holden, New-York ; Grand-Hôtel.Le docteur F.de Martigny, Montréal, 11, rue de la Santé.M.John Seriver, Boston; Hôtel Continental.Mme John Scriver, Boston ; Hôtel Continental.Mlle B.Scriver, Boston ; Hôtel Continental.Mlle A.Scriver, Boston; Hôtel Continental.M.L.Scriver, Boston; Hotel Continental.M.le docteur Alfred Mac Cormack, Foxboro, Mass., 3, rue Casimir-Delavigne.M.Joseph Dupuy, Montréal ; 24, rue Saint-Augustin.M.Henri Hudon, Montréal ; 24, rue Saint-Augustin.* > M.le docteur Ed.Plamondon de Saint-Césaire, à l'intention de demeurer à Paris pendant deux années.Il étudiera la médecine générale.* * * M.le docteur Alfred Mac Cormack de Foxboro, Mass.qui arrive d\u2019un long séjour en Allemagne, restera à Paris jusqu\u2019au commencement de janvier 1898.Après quoi, il retournera se fixer à Foxboro avec une incontestable dose de science dont ses clients retireront tout le bénéfice.* x» M.l'avocat J.A.Bernard de Montréal, après un magnifique voyage en Italie, vient de s'embarquer à Naples, en roule pour le Canada.M.Bernard rapporte les plus excellents souvenirs de se: séjours à Paris, Rome et Naples. CHRONIQUE DES DEUX FRANCES 85 * * » On nous apprend ici, le mariage de notre ami le docteur Louis Gauthier, de Québec, qui fut, à Paris, pendant longtemps, le médecin en chef de la célèbre clinique du professeur Abadie.Nous ignorons si cette nouvelle est absolument vraie, mais à tout hasard, nous adressons à l\u2019aimable docteur nos plus vives et cordiales félicitations.- + L'Association des journalistes parisiens, voulant prouver sa reconnaissance et sa haule estime à notre compatriote, le docteur François de Martigny, interne à l'Hôpital Péan, lui a voté et offert un cadeau superbe.M.le docteur de Martigny avait soigné avec succès, M.Georges Grisier secrétaire de cette association et qui est maintenan* rétabli et en excellente santé.M.de Martigny, directeur du journal médical canadien, La Clinique, étant un confrère, nous avons été particulièrement heureux de l'hommage mérité qu\u2019il vient de recevoir.* ¥ x La vieille cité de Champlain, la jolie ville de Québec, se prépare à une fète grandiose pour célébrer le dévoilement de la statue de son fondateur.Des navires anglais, français et américains ont été invités à participer à cette fête, et ils en seront.Le premier ministre et le gouverneur de la province prendront la parole et diront tout l'amour de la France nouvelle pour l\u2019ancienne, pour la vieille et adorée mère-patrie vers laquelle tous les regards seront tournés.Québec ! Champlain ! Voilà deux noms qui rayonnent dans l'histoire du Canada, Québec, c\u2019est la ville sainte d\u2019un immense pays qui fit d\u2019héroïques luttes pour rester à la France qu'il aimera toujours; Québec, avec sa citadelle et ses reliques historiques, c\u2019estencore « la ville de province », mais c\u2019est aussi, peut-être, le plus fier bastion 86 LA REVUE DES DEUX FRANCES d\u2019une race qui grandit en gardant toujours et en le répandant dans tout le Canada le « doux parler de France ».Quel que soit l\u2019étendard qui flotte au hautde sa citadelle, entrez dans Québec, et vous y verrez partout les trois couleurs qui se déplient et battent aux vivats et aux applaudissements de la France nouvelle.Les visiteurs français qui, durant ces jours de fêtes, franchiront les remparts de la cité québecquoise, auront vraiment l\u2019illusion charmante d\u2019être encore en France.Ils entendront les mêmes chansons joyeuses et les mêmes battements de cœur qui font du Français, le chevalier de l'Humanité. A la Bibliothèque nationale Sait-on qu'à Paris la Bibliothèque Nationale, qui possède déjà trois millions de livres, s'augmente chaque année, par le dépôt légal d'environ cinquante-cinq mille volumes?On recule, effrayé, devant cette marée montante de papier imprimé.Cette progression donnera, \u2014 le calcul est facile, \u2014 dans dix ans, plus d'un demi-million, et dans cinquante ans, près de trois millions.Où mettra t-on tant de livres?Et surtout comment les classera-t-on ?On a déjà beaucoup de peine à se reconnaître dans les catalogues actuels, d\u2019ailleurs incomplets encore.Un de nos amis, M.Paulin Teste, bibliothécaire de la Bibliothèque Nationale, s'est préoccupé de cette question ; et, dans l'intérêt des érudits, il nous soumet la proposition suivante : Monsieur le Rédacteur, « Le défaut principal des répertoires des grandes bibliothèques, c'est leur longueur, leur complexité.Ils n'ont pas des divisions, des sections assez nettes pour être comprises rapidement par le public.Les professionnels eux-mêmes les retiennent difficilement.Là est le point faible de tous les répertoires, de tous les catalogues.Une solution se présente, c'est : le commencement du xx siècle.On saisit difficilement une différence entre des périodes partant de 1836, de 1856 ou de 1876.Un nouveau classement commençant avec l\u2019année 1901 frapperait la mémoire sans effort.On pourrait même attribuer un bâtiment nouveau à des livres, gravures, etc., d'un siècle nouveau.Dans tous les classements, le Xx° siècle pourrait servir de point de départ.Mais il faudrait dès maintenant prendre des dispositions pour profiter d'une occasion unique par siècle.Je vous livre l\u2019idée pour ce qu'elle vaut : P.TESTE.Nous ne pouvons qu\u2019applaudir à cette proposition, en faisant des vœux pour qu'on s\u2019oceupe, sans retard, de la réaliser.P.C.Très intéressant et très richement illustré, le fuscicule de cette semaine du Nouveau Larousse illustré contient une superbe carte en couleurs du Canada, hors texte, qui ne le cède en rien aux précédentes pour la netteté, l'exactitude et l'élégance : ce fascicule termine brillamment la huitième série du dictionnaire, une belle brochure de 160 pages (fascicules 71 à 80) qui ne comprend pas moins de 4.959 articles, 915 gravures, 15 tableaux et 10 cartes.Nous y trouvons la fin de la lettre B et le commencement du C : une bonne moitié de la série est déjà consacrée à cette nouvelle lettre.C'est un vrai plaisir, et un plaisir des plus instructifs, de feuilleter cette brochure substantielle, tout émaillée de jolies gravures, où sont pêle-mèêle les matières les plus variées, des articles de géographie aux mots Bruxelles, Budapest, Bulgarie, Cambodge, etc, des articles industriels sur le Bronzage, la Broderie, les Calorifères, des études historiques comme la remarquable étude sur l\u2019Empire Byzantin, d'excellents articles scientifiques sur le Brome, l'acide Bromhydrique, le Calcium, le Camphre, etc., des analyses littéraires comme celle des Burgraves de Victor Hugo, des biographies.Brunetière, Buffon, Bugeaurl, Burne-Jones, Byron, Calderon, Calvin, etc.(La série 5 fr.che: tous les libraires.) Les Livres Les Ribaud, par le D* CHOQUETTE (Montréal).\u2014 Voilà un livre doublement français.Il l\u2019est par les sentiments, il l'est par la langue.C'est un roman dont la trame est des plus simples, mais qui met aux prises ces deux grands courants de l'âme humaine : l'amour et le devoir.Les Ribaud sont de ces familles canadiennes de 1837 qui ne s'étaient pas inclinées devant l\u2019usurpateur et au foyer desquelles brûlait la flamme vivace et pure du souvenir de la mère-patrie.Le vieux père Ribaud a fait le coup de feu contre l'Anglais, son fils a été tué en duel par un officier.Il était réservé à ce patriote, si terriblement éprouvé, d'apprendre en jour que sa fille Madeleine, unique enfant qui lui restait, aimait un soldat anglais et que celui-ci répondait à son amour.Il se fait dans ces deux âmes une lutte surhumaine, c\u2019est l'amour et le devoir qui sont aux prises.Le père Ribaud coit aller combattre les Anglais et peut-être sa première balle sera-t-elle pour celui que sa fille aime et, de son côté, Madeleine s\u2019effraye en pensant que le premier coup de feu de son fiancé tuera peut-être son père.Tout se dénoue, hâtons-nous de le dire, à la satisfaction de tout le monde, sans que le patriotisme du père Ribaud ait eu à abdiquer le moins du monde devant l'amour de sa fille.On pourrait reprocher à M.Choquette l\u2019inhumaine action du patriote Ribaud qui sait pertinemment, à un certain endroit, qu\u2019il peut tuer l\u2019amant de sa fille et qui s\u2019acharne quand même sur l'officier qu'il croit être celui-là.Combien l'acte du capitaine Percival est plus noble! II préfère briser son épée pour l\u2019amour de sa Madeleine.Voilà un bel et bon livre comme on souhaiterait d'en voir naître souvent surla terre canadienne.Il y a là-dedans quelques pages passionnantes, ce qui ne veut pas dire que tout est sans reproche, beaucoup s'en faut.Peut-être M.Cho- quette sacrifie-t-il parfois le style à l\u2019idée.Mais son livre témoigne d\u2019un esprit bien français, ce qui est une induscutable qualité.Nous sommes heureux d'y applaudir.Dimanches d'été, par GUSTAVE CoQUIOT, librairie de l'Art, Paris.\u2014 Un livre d'une vaillante ironie et d\u2019une philosophie charmante, œuvre d'un flâneur qui aime son Paris, comme Hugo, jusque dans ses verrues.Tout un défilé de croquis passe sous les yeux du lecteur, croquis pris à la hâte, au hasard de la promenade, les dimanches d\u2019été où les Parisiens se partagent l'ombre des arbres dans les maigres bois qui environnent la capitale.Et comme elles ont été observées d'un œil profond de critique ces guinguettes de Meudon ou de Bou- gival que l'auteur décrit de main de maître ! Les Etats-Unis, l\u2019Espagne et la Presse francaise, par ALBERTO Ruz, chez Paul Dupont, Paris.\u2014 Une critique quelque peu amère, mais quelquefois juste, du rôle joué par la majorité de la presse française pendant les deux années que dura l\u2019insurrection cubaine.I! faut bien l'avouer, la presse française gouvernementale, catholique et conservatrice, se montra d\u2019une partialité révoltante envers les malheureux Cubains.Seule la presse socialiste les soutint.Le livre de M.Alberto Ruz est une véhémente protestation d\u2019un Cubain contre l\u2019action néfaste de la presse qui, par vne campagne de fausses nouvelles, était parvenue à attirer les sympathies de la plupart des Français vers l\u2019Espagne.Notre directeur, M.Achille Steens, qui se révolta un des premiers contre une pareille vilenie, fut mis au ban comme un malfaiteur par ses propres amis de la presse parisienne, aujourd\u2019hui bien repentante.De ce livre, détachons cette belle page sur Maximo Gomez : « Lorsqu'en 1286, en présence de la perfidie de l'Espagne qui ne tenait aucune « des promesses stipulées dans le pacte de Zenjon, les Cubains commencèrent à « conspirer à l'étranger et firent appel au vieux soldat ; celui-ci quitta le Hon- duras où il résidait et se rendit à la Jamaïque, l'un des çentres révolutionnaires.Maximo Gomez était dans une situation de fortune désespérée ; le grand soldat manquait de tout.Sur ces entrefaites arriva à la Jamaïque M.Lorenzo Mercado, originaire de Porto-Rico et ami de Gomez.Dès qu'il eut vu ce dernier, M.Mercado alla trouver un médecin pour lui demander quel pouvait être le mal dont l'iNustre chef souffrait.Gomez est en train de succomber aux privations, dit le médecin.M.Mercado courut en toute hâte à la recherche de Gomez et lui demanda des détails sur sa situation actuelle.« Ma situation est toujours la même, répondit Gomez, je suis pauvre; mais aujourd'hui je suis un peu plus mal, parce que je ne puis trouver de travail.\u2014 Dans ce cas, répliqua M.Mercado, j'exige que vous acceptiez mon aide ; vous êtes malade ; vous vous laissez mourir et vous ne vous appartenez pas.Souvenez-vous que Cuba voit en vous son libérateur.» Mercado se retira et fit parvenir à Gomez entre autres choses f\u2019 une caisse contenant douze bouteilles de vin de Porto de qualité exceptionnelle:.et valant soixante piastres.Gomez ne voulait en aucune façon recevoir le cadeau.« C'est trop cher, disait-il, faisons une transaction : il y a du vin excel lent à six piastres la caisse, changez cette caisse pour une autre de six piastres, et les cinquante-quatre piastres de différence iront augmenter les fonds de la révolution prochaine.» A quoi Mercado répondit : « Pas du tout; si vous acceptez ce que je vous ai donné et que vous buviez ce vin, je donnerais six fois sa valeur à la caisse révolutionnaire ; sinon, je ne donne rien.» Gomez n\u2019insista plus et comme Mercado se disposait à lui donner un chèque de 120 livres sterling; « Allons les déposer à ia banque, dit-il, voici mon livret.» « Quelle ne fut pas la stupéfaction de Mercado ! Le livret mettait en évidence qu\u2019il y avait à la banque cinq mille six cents piastres en or (28.000 francs) déposés à l'ordre de Maximo Gomez.Et cet homme mourait de faim! « Comment avez-vous enduré tant de privations en ayant cet argent à votre disposition ?\u2014 Cela ne m'appartient pas, répondit simplement Maximo Gomez; cet argent est sacré, il est pour Cuba.» NOUVEAU LAROUSSE ILLUSTRE EN SEPT VOLUMES T.e plus complet, J Le plus moderne.le mieux illustrée \u2014I\u2014 des Dictionnaires encyclopédiques français Le NOUVEAU LAROYSSE ILLUSTRÉ est publié par fuscicules de 16 pages a 50 centimes, qui paraissent chaque semaine depuis le ler Avril 1897.11 y aura au moins 360 fascicules, devant former sept volumes.Les souscripteurs peuvent, s'ils le préfèrent, recevoir l\u2019ouvrage par séries brochées de 10 fascicules, paraissant tous les deux mois et demi environ, ou par volumes, brochés ou reliés, au fur et à mesure de l'apparition.SOUSCRIPTIONS A FORFAIT : 170 FRANCS (LA RELIURE EN SUS : 5 FRANGS PAR VOLUME) Paiement : Pour la France.par /rdites trimestrielles de 10 francs, la première le 5 du mois qui suit la date de souscription.\u2014 Pour le Canada.en ciug versemenés égaux, de six mois en six mois, le premier en souscrivant.La souscription à forfait garrantit contre toute augmentation de prix, quel que soit le nombre de fascicules à paraître.Librairie LAROUSSE, 17.rue du Montparnasse, Paris SUCCURSALE, 58, RUE DES ECOLES (SORBONNE) On souscril également chez tous les Libraires de France el du Canada Demander Gratis un fascicule pour Comparer avec les autres Dictionnaires \u2014 \u2014 MADAME NAPOLÉON LAMARCHE & SA JEUNE FILLE DIANA Rendues à la Santé et au bonheur par l\u2019usage des Pilules Rouges du Dr.CODERRE Madame Lamarche souffrait du retour de l\u2019âge, sa fllle pâle et faible souffrait de faiblesse féminine et débilité générale.La mère et la fille, toutes deux jouissant maintenant d'une parfaite santé, recommandent à toutes les femmes et les jeunes filles malades de ne plus souffrir, mais de se guérir en prenant l'unique remède au monde pour les maladies des femmes : Les Pilules Rôuges du D' Côderre.Pourquoi suis-je toujours si fatiguée ?Pourquoi suis-je toujours si faible ?Pourquoi suis- je toujours si misérable ?\u2014 Ces questions sont répétées et entendues tous les jours, à chaque instant dans toutes les maisons.Elles sont faites par des jeunes filles aussi bien que par des femmes.\u2014 Jeunes filles, épouses et mères de famille, vous avez perdu votre bonheur, vous ne jouissez pas de la vie, parce que vous soulfrez de maladies particulières à votre sexe.Tout vous fatigue, vous vous sentez tristes, découragées, vous souffrez de maux de reins, troubles nerveux, lassitudes, irrégularité des menstrues, douleurs dans le bas- ventre, prostration physique et morale.Ces symptômes vous conduiront à des maladies incurables, peut-être à la mort, si vous les négligez, il faut donc de suite prendre le seul remède qui peut vous guérir.Les Pilules Rouges du D\" Coderre sont l'unique remède au monde dont les femmes peuvent compter pour se guérir : elles ont guéri des milliers de jeunes filles et de femmes, de tout age et de toutes conditions, elles ont sauvé des milliers de vies.Lisez les deux témoignages suivants : « Il y a.trois ans je commençai à être très souffrante de maladies causées par le retour de l'age, j'avais des douleurs dans la tête, mal d'estomac, mal de dos.J'avais des chaleurs qui me mettaient toute en transpiration, mal dans les côtés et douleurs dans tous les membres.Ma digestion était trés mauvaise, j'avais perdu la mémoire, j'étais triste et découragée.J'étais obligée de rester couchée, je ne pouvais rien manger, je vivais au pain et à l'eau.J'étais rendue au dernier degré de faiblesse, quand ure amie me conseilla d'essayer les Pilules Rouges du Dr Coderre.J'ai suivi son conseil, et aujourd'hui, je suis parfaitement bien, je ne souffre plus que d\u2019une chose : c\u2019est le besoin de toujours manger.Je me sens une toute autre personne.Je vous permet de ublier mon temoignage et je ne maoquerai jamais de recommander ce précieux remède.Mie Nap.Lamarche, 4, rue Rose ile Lima Saint-llenri, Montréal.» Encore une autre preuve; lisez : Je « demeure avec mes parents, et je travaille à la manufacture de coton.Depuis un an, j'ai constamment souffert de grande faiblesse causée pir la pauvreté du sang.J'avais toujours mal à la tête, douleurs dans les reins, mal d'estomac, de côtés, le cœur malade, pas de courage pour rien, toujours prete à pleurer.À chaque mois j'endurais des douleurs atroces, et j'étais obligée d'être deux ou trois jours sans pouvoir aller travailler.Aucun remède ne m'avait soulagée.Encouragée par l'exemple de ma mère, qui s'était guérie par les Pilules Rouges du Dr Coderre, je résolus d'en prendre, et c'est à peine croyable, mais je suis complétement guérie.Puisse mon exemple encourager toutes les jeunes filles malades à se guérir comme moi.Diana Lamarche.» Les Pilules Rouges du D' Coderre sont un remède sûr et certain pour le beau mal, le mal de tête, les maux de rein, de cûté, elles font désenfler les pieds et les mains, douleurs des maladies mensuelles, douleurs dans le bas-ventre, irrégularités, leucorrhée, hystérie, douleurs dans l'estomac, toutes les maladies du changement d'âge, manque d'énergie, fatigue après le moindre exercice, vertige, étourdissements, bourdonnement dans les oreilles, dépression de l'esprit ou mélancolie; aux femmes pâles et faibles, le- Pilules Rouges du D' Coderre font du sang rouge, riche et pur, elles rendent les joues roses, les yeux ternes luisants, l\u2019appétit aux estomacs faibles, celles que la maladie rend de mauvaise humeur deviennent souriantes et courageuses.Les Pilules Rouges du Dr Coderre peuvent être prises par la femme la plus délicate, elles sont recommandées en tout temps et sous toute condition.; ; oo Rappele-vous que nous avons à votre disposition un éminent médecin spécialiste pour les maladies des femmes.Envoyez-lui une description complète de votre maladie, Le médecin vous répondra confidentiellement et absolument pour rien.Adressez comme suit : « Dep.med cal, boite 2306, Montreal.» ; En garde contre les Pilules qu\u2019on vous offre à la douzaine, au cent ou à 25 la boîte.Ces pilules sont des imitations, refasez-les.Si vous ne pouvez vous procurer les Pilules Rouges du Dr Coderre où vous demeurez, écrivez-nous en envoyant 0 fr.50 en timbres- oste pour une boite ou § 2 fr.50 par lettre enregistrée ou mandat-poste pour six boites.Rous les envoyons dans toutes les parties du pays et à l'étranger franc de port.Donnez votre adresse complète afin d'éviter du retard.Adresses: Compagnie chimique france- américaine, boîte 2306, Montreal.Can. LA MODE PARISIENNE L'Administration de la Revux DE DEUX FRANCES se charge de fournir les patrons sur demande.AA UE et TE RN 1.Toilette de jeune femme en peau de soie.Jupe trés'plate devant, à tablier orné de broderie; le dos est monté en plis plats et légèrement à traine.Corsage à pointe, ouvert sur un gilet Mane traversé par une bande de satin noir.Col de satin noir sur lequel se rattachent deux pattes outonnées.: d'un col dé | &, PES \u201ctr if = por FS pp = 2 ial | me, Ly 7 LE a ss = hey Eglin Zl 4\u201d | ; S EN mee = = | |) a A SG ZZ TZ \u2014 ha ) nt EP) a IW = > fi IER = 257 GE PL 7 5 FR 2d pie AS / a) GE 2 ss = == v J).CB \u2014 a oO En SX.sl ZE a formant peplum retombant sur un volant de ve ss mm =O) RS = SN = S = 7 S = 4 > \u2014 y 2 da ENN £3 EN a = Zar ES a > 55 ve Bay TS = pas = M SE rl EN ee + = \u2014 = == NA A I MODE PARISIENNE - \u2014 Teer \u2014z== SES 23 oF TT Te Xa eee TE Se No rE ma TE mc res mr Us | = LA = 4.Toilette de ville.Jupe en lainage écossais lours.Jaquette de velours & basque longue et arrondie, boutonnée devant et ornée coupé doublé de soie LA MODE PARISIENNE \u201c 9 He EN Où % (Cia BETS J 6 Qu (& A8 A NP 7 a A 1 7) N \\\\ 4 Le À 2 N 1 A / A y I CD +) i ix) A) ee (Ce eh res vo, = Yo WI Ge C2) ci SC A 7 = 1) 5 |} D> ee | À i (in § (« Ë 4, JA ll i 2) C 73 NS i pH = a HK > 27 SE 5.Toiletta de ville en velours, recouverte d\u2019une tunique de guipure se fermant de côté, et dans laquelle sont passés de petits velours.Manche plate en velours, surmontée de pointes de guipure. LA MODE PARISIENNE A 2 2.Manteau en tartan écossais pour fillette de 3.Toilette de promenade en drap rouge.Jupd 7 a 8 ans.Redingote sac serrée 4 la taille par une en forme, montée a plat autour de la taille et gf ceinture de velours, ornée d'un capuchon de soie nie d\u2019un volant légèrement ondulé; le corsage à claire entouré d'un revers de velours, bordé d'un ajusté, se continuant jusqu'au bas de la Jupe ?double volant en forme.Longs pans de soie retom- longs pans formant deux plis plats garnis de pel! bant jusqu'au bas du vêtement et serrés à l'enco- boutons; le devant, formant veste boléro ouve lure par une patte boutonnée.Manche plate ornée sur un gilet de mousseline de soie plissee, est 7 d'un revers de velours avec volant en forme.de deux plis en travers.Petits revers garnis de qures, rattachés au milieu-du devant par up ne e velours.Manche légèrement bouffante ornée petits plis en travers, et terminée en pointe su main. > : LA MODE PARISIENNE SUperposés en mousseline de soie, s\u2019arrondissant sous les manches mant tunique.i | ! A GUN Sos 6.Toilette de bal.Jupe à traine en brocart glacé.Corsage entièrement ajusté el décolleté en tarré; le devant drapé, dont les plis sont rattrapés au milieu par une broche, est orné de volants Le Directeur-Gérant : A.SrEExs.Paris.\u2014 Typ.A.DAVY, 52, rue Madame.\u2014 Téléphone.et entourant le corsage, for- INSTRUMENTS DE CHIRURGIE Oculaire et Larynéologique ACCUMULATEUR \u2018\u201c\u201cMAJOR\u201d Officier d\u2019Académie.\u2014 Membre du Jury, Paris 1895 Premières récompenses aux Expositions Fournisseur de la Cliniqne Ophtalmologique, de l\u2019Hôtel-Dieu de Paris et des Hôpitaux INI 91 \u2014 Boulevard Saint-Germain \u2014 91 PARIS (CI-DEVANT 2, RUE THENARD) PUYJALINET, TAILLEUR MeparLe D'OR, PARIS 1804 QUELQUES-UNS DES PRIX DE LA MAISON : Complet Veston.depuis 80 à 100 francs \u2014 Jaquette.\u2014 90 a 110 \u2014 \u2014 Redingote .\u2014 100 a 130 \u2014 \u2014 Habit de cérémonie .\u2014 125 a 150 \u2014 Le complet comprend toujours les trois pièces : l'habit, le gilet et le pantalon.Pardessus depuis 70 à 120 francs 15, rue des SMartyrs \u2014 Paris P.S.\u2014 Adresser la mesure avec la commande (et y joindre un acompte de 50 0/0 sur le complet choisi) à M.PUYJALINET, 15, rue des Martyrs, PARIS.L'Administration de notre Revue, à Montréal, donnera tous les autres détails nécessaires, si besoin en est."]
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